Jean Calvin de son vrai nom Cauvin, 1509-1564, né à Noyon (Oise), théologien et réformateur français. Après des études consacrées aux humanités, au droit et à la théologie, au cours desquelles il fut influencé par la pensée évangélique, il rompit avec le catholi- cisme à Paris en 1533. En 1536, à Bâle, il écrivit son oeuvre doctrinale maîtresse, l'Institution de la religion chrétienne, publiée d'abord en latin, puis en français.

Calvin est un grand écrivain, au style clair et vigoureux. L'Institution de la religion chrétienne est un des ouvrages qui ont le plus contribué à fixer la prose française.

Calvinisme, n.m., doctrine de Calvin. La doctrine de Calvin est surtout répandue dans certaines parties de l'Europe occidentale, notamment en Suisse, en Écosse (par John Knox), en Angleterre, ainsi qu'en Amérique. Calvin reprend l'essentiel des thèses de Luther : justification par la foi, autorité exclusive de l'Écriture. Mais il y ajoute la doctrine de la prédestination, qui fut d'ailleurs bientôt modifiée, et qui, sur le plan pratique, provoqua un désir opiniâtre de servir Dieu dans la vie profane, par le travail, l'économie et la philanthropie. Cette attitude était favorable à la prospérité économique, et c'est dans le monde calviniste que l'industrialisme se développa d'abord.

En matière de sacrements, Calvin se tient à égale distance de Luther et de Zwingli : le baptême et l'eucharistie sont considérés, sinon comme les véhicules, du moins comme les symboles et les gages de la grâce.

Le calvinisme a pour autres traits caractéristiques une certaine organisation de l'Église, dite presbytérienne, et une stricte discipline des fidèles.

(Extrait de l'Encyclopédie Bordas)

Source : Les Églises réformées de Suisse romande




Calvin, éléments autobiographiques


Combien que j'ensuive David de bien loin et qu'il s'en faille beaucoup que je sois à accomparer à lui, ou pour mieux dire, combien qu'en aspirant lentement et avec grande difficulté à tant de vertus qui ont été excellentes en lui, je me sente encore entaché des vices contraires, toutefois si j'ai quelques choses de commun avec lui, je suis content de les considérer et faire quelque comparaison de l'un à l'autre (...) Vrai est que ma condition est beaucoup moindre et plus basse, et ce n'est pas besoin que je m'arrête à le montrer : mais comme il fut pris d'après les bêtes, et élevé au souverain degré de dignité royale, ainsi Dieu de mes petits et bas commencements m'a avancé jusqu'à m'appeler à cette charge tant honorable de ministre et prêcheur de l'Évangile. Dès que j'étais jeune enfant, mon père m'avait destiné à la théologie ; mais puis après, d'autant qu'il considérait que la science des lois communément enrichit ceux qui la suivent, cette espérance lui fit incontinent changer d'avis. Ainsi cela fut cause qu'on me retira de l'étude de philosophie, et que je fus mis à apprendre les lois: auxquelles combien que je m'efforçasse de m'employer fidèlement pour obéir à mon père.

Dieu toutefois, par sa providence secrète, me fit finalement tourner bride d'un autre côté. Et puis premièrement, comme ainsi soit que je fusse si obstinément adonné aux superstitions de la papauté, qu'il était bien malaisé qu'on me pût tirer de ce bourbier si profond, par une conversion subite, il dompta et rangea à docilité mon cœur, lequel, eu égard à l'âge, était par trop endurci en telles choses. Ayant donc reçu quelque goût et connaissance de la vraie piété, je fus incontinent enflammé d'un si grand désir de profiter, qu'encore que je ne quittasse pas du tout les autres études, je m'y employais toutefois plus lâchement. Or je fus tout ébahi que devant que l'on passât, tous ceux qui avaient quelque désir de la pure doctrine se rangeaient à moi pour apprendre, combien que je ne fisse que commencer moi-même. De mon côté, d'autant qu'étant d'un naturel un peu sauvage et honteux, j'ai toujours aimé recoi et tranquillité, je commençai à chercher quelque cachette et moyen de me retirer des gens/- mais tant s'en faut que je vinsse à bout de mon désir, qu'au contraire toutes retraites et lieux à l'écart m'étaient comme écoles publiques. Bref, cependant que j'avais toujours ce but de vivre en privé sans être connu, Dieu m'a tellement promené et fait tournoyer par divers changements que toutefois il ne m'a jamais laissé de repos en lieu quelconque jusqu'à ce que, malgré mon naturel, il m'a produit en lumière et fait venir en jeu, comme on dit. Et de fait, laissant le pays de France, je m'en vins en Allemagne de propos délibéré, afin que là je puisse vivre à recoi en quelque lieu inconnu, comme j'avais toujours désiré.

Mais voici, pource que cependant que je demeurais à Baie, étant là comme caché et connu de peu de gens, on brûla en France plusieurs fidèles et saints personnages, et que le bruit en étant venu aux nations étranges, ces brûlements furent trouvés fort mauvais par une grande partie des Allemands, tellement qu'ils conçurent un dépit contre les auteurs de telle tyrannie; pour l'apaiser, on fit courir certains petits livres malheureux et pleins de mensonges, qu'on ne traitait ainsi cruellement autres qu'anabaptistes et gens séditieux, qui par leurs rêveries et fausses opinions renversaient non seulement la religion, mais aussi tout ordre politique. Lors moi, voyant que ces pratiqueurs de Cour, par leurs déguisements, tâchaient de faire non seulement que l'indignité de cette effusion du sang innocent demeurât ensevelie par les faux blâmes et calomnies, desquelles ils chargeaient les saints martyrs après leur mort, mais aussi que par après il y eût moyen de procéder à toute extrémité de meurtrir les pauvres fidèles, sans que personne en pût avoir compassion, il me sembla que sinon que je m'y opposasse vertueusement, en tant qu'en moi était, je ne pouvais m'excuser qu'en me taisant je ne fusse trouvé lâche et déloyal. Et ce fut la cause qui m'incita à publier mon Institution de la religion chrétienne, premièrement afin de répondre à ces méchants blâmes que les autres semaient, et en purger mes frères, desquels la mort était précieuse en la présence du Seigneur, puis après afin que d'autant que les mêmes cruautés pouvaient bientôt après être exercées contre beaucoup de pauvres personnes, les nations étranges fussent pour le moins touchées de quelque compassion et sollicitude pour iceux. Car je ne mis pas lors en lumière le livre tel qu'il est maintenant, copieux et de grande labeur, mais c'était seulement un petit livret contenant sommairement les principales matières, et non à autre intention, sinon afin qu'on fût averti quelle foi tenaient ceux lesquels je voyais que ces méchants et déloyaux flatteurs diffamaient vilainement et malheureusement.

Or que je n'eusse point ce but de me montrer et acquérir bruit, je le donnai bien connaître par ce qu'incontinent après je me retirai de là, joint mêmement que personne ne sut là que j'en fusse l'auteur, comme aussi partout ailleurs, je n'en ai point fait de semblant, et avais délibéré de continuer de même jusqu'à ce que finalement maître Guillaume Farel me retînt à Genève, non pas tant par conseil et exhortation, que par une adjuration épouvantable, comme si Dieu eût d'en haut étendu sa main sur moi pour m'arrêter. Pour ce que pour aller à Strasbourg, où je voulais lors me retirer, le plus droit chemin était fermé par les guerres, j'avais délibéré de passer par ici légèrement, sans arrêter plus d'une nuit en la ville. Or un peu auparavant, la papauté en avait été chassée par le moyen de ce bon personnage que j'ai nommé, et de maître Pierre Viret; mais les choses n'étaient point encore dressées en leur forme, et y avait des divisions et factions mauvaises et dangereuses entre ceux de la ville. Adonc un personnage, lequel maintenant s'est vilainement révolté et retourné vers les papistes, me découvrit et fit connaître aux autres. Sur cela, Farel (comme il brûlait d'un merveilleux zèle d'avancer l'Évangile) fit incontinent tous ses efforts pour me retenir. Et après avoir entendu que j'avais quelques études particulière auxquelles je me voulais réserver libre, quand il vit qu'il ne gagnait rien par prière, il vint jusqu'à une imprécation, qu'il plût à Dieu de maudire mon repos et la tranquillité d'études que je cherchais, si en une grande nécessité je me retirais et refusais de donner secours et aide. Lequel mot m'épouvanta et ébranla tellement que je me désistai du voyage que j'avais entrepris, en sorte toutefois que sentant ma honte et ma timidité, je voulus point m'obliger à exercer quelque certaine charge.

Après cela à grand-peine se passèrent quatre mois, que d'un côté les anabaptistes nous vinrent assaillir, et de l'autre un méchant apostat, lequel étant secrètement soutenu et appuyé du crédit d'aucuns des principaux, nous pouvait beaucoup faire de fâcherie. Cependant survinrent en la ville séditions les unes sur les autres, qui nous affligèrent et promenèrent d'une façon qui n'était point lâche. Ainsi, combien que je me reconnais être timide, mol et pusillanime de ma nature, il me fallut toutefois dès les premiers commencements soutenir ces flots tant impétueux, auxquels jà soit que je ne succombasse pas, si est-ce que je me trouvai point garni d'une si grande magnanimité, que quand par le moyen de certains troubles on me chassa, je ne m'en réjouisse plus qu'il ne fallait.

Lors par ce moyen étant en liberté et quitte de ma vocation, j'avais liberté de vivre en repos sans prendre aucune charge publique, jusqu'à ce que l'excellent serviteur de Christ Martin Bucer, usant d'une semblable remontrance et protestation qu'avait fait Farel auparavant, me rappela à une autre place. Étant donc épouvanté par l'exemple de Jonas, lequel il me proposait, je poursuivis encore en la charge d'enseigner. Et même combien que toujours je continuasse à être semblable à moi-même, c'est à savoir de ne vouloir point appartenir ou suivre les grandes assemblées, je ne sais comment toutefois on me mena comme par force aux Journées impériales où, bon gré, mal gré, il me fallut trouver en la compagnie de beaucoup de gens. Depuis, quand le Seigneur ayant pitié de cette ville, eut apaisé les émotions et troubles pernicieux qui y étaient, et par sa vertu admirable dissipé tant les malheureux conseils que les efforts sanguinaires des perturbateurs de la République, contre mon désir et affection, la nécessité me fut imposée de retourner à ma première charge. Car combien que le salut de cette Église me fut en telle recommandation que pour icelle je n'eusse point fait de difficulté d'abandonner ma vie, ma timidité toutefois me présentait beaucoup de raisons de m'excuser, pour ne point reprendre derechef sur mes épaules un fardeau si pesant. Mais à la parfin, le regard de mon devoir, que je considérais avec révérence et conscience, me gagna et fit condescendre à retourner vers le troupeau d'avec lequel j'avais été comme arraché, ce que je fis avec tristesse, larmes, grandes sollicitudes et détresse, comme le Seigneur m'en est très bon témoin, et plusieurs bons personnages, qui n'eussent bien voulu voir hors de cette peine, n'eût été que ce que je craignais, et qui m'avait fait consentir, les retenait aussi et leur fermait la bouche.

Maintenant si je voulais réciter les divers combats par lesquels le Seigneur m'a exercé depuis ce temps-là, et par quelle épreuves il m'a examiné, ce serait une longue histoire. Mais afin que je n'ennuie point de paroles inutiles les lecteurs, il me suffira de réitérer en bref ce que j'ai touché un peu devant, qu'en considérant tout le discours de la vie de David, il me semblait qu'à chacun pas il me montrait le chemin, et que cela m'a été un merveilleux soulagement. Car comme ce saint roi a été fâché de guerres continuelles par les philistins et autres peuples étranges ses ennemis, mais encore navré plus grièvement au milieu de son peuple par la malice d'aucuns déloyaux et malheureux; ainsi, je puis dire, quant à moi, que de tous côtés j'ai été assailli, tellement qu'à grand-peine ai-je pu être en repos un bien peu de temps, que toujours je n'eusse à soutenir quelque combat, ou de ceux du dehors ou de ceux du dedans. Signature de Jean Calvin




Source : "Préface" au Commentaire des psaumes (10 août 1557), B.Cottret, Histoire de la Réforme protestante, Perrin, 2000. — Site Réformé Confessant