La crise financière 2008-2009


La Banque du Vatican :
un vrai paradis fiscal sur terre !

L'Église catholique est-elle indécente ? En pleine crise financière, avec les conséquences inéluctables qu'elle engendrera à court terme, les évêques de France lance une campagne publicitaire pour récolter des legs (coût de la campagne 300 000 euros (474 203 dollars canadien)). Pendant que le numéro 2 du Vatican, le cardinal Bertone en appelle au christianisme comme recours à la crise mondiale actuelle : « La crise financière qui balaye l'économie mondiale prouve que la politique a besoin de la religion, et même d'une éthique inspirée par la "religion rationnelle" qu'est le christianisme ». Étranges propos venant d'une personne dont le nom a été cité à plusieurs reprises dans une affaire de pots de vin impliquant en 2002 l'hôpital pédiatrique du diocèse de Gênes à l'époque où il en était l'archevêque. Par ailleurs les pratiques de la Banque du Vatican, l'IOR (l'Institut des Œuvres Pontificales), n'en font pas un enfant de chœur dans le monde sans scrupules de la haute finance. Enquête sur la face cachée des richesse du Vatican.

Le siège de l'IOR est un écrin de pierre à l'intérieur des murs du Vatican. Une tour typique du XIVième siècle, construite sous le pape Nicolas V, avec des murs épais de neuf mètres à la base. On entre par une porte discrète, sans indication ni sigle ni symbole. Seule la garnison de la Garde suisse présente nuit et jour en signale l'importance. À l'intérieur on trouve une grande salle informatique avec de très nombreux ordinateurs, une seule porte et un unique distributeur de billets automatique. À travers ce trou d'aiguille passent en fait d'immenses et même d'obscures fortunes. Les estimations les plus prudentes calculent 5 milliards d'euros (7,9 milliards de dollars canadien) en dépôts bancaires.


Premier épisode

La banque vaticane offre à ses clients, parmi lesquels a reconnu l'ancien président de l'IOR, Angelo Caloia, "ceux aussi qui avaient des problèmes avec la justice", des rendements supérieurs aux meilleurs "Hedge Fund" et un avantage inestimable : un secret total. Complètement imperméable aux contrôles des îles Caïmans où l'IOR dispose d'importants fonds de pension, plus réservée encore que les banques suisses, la banque du Vatican est un véritable paradis (fiscal) sur terre. D'ailleurs, un carnet de chèques avec le sigle IOR n'existe pas. Tous les dépôts et les transactions d'argent se font par virements, en espèces ou en lingots d'or. Mais sans laisser aucune trace.

Il y a vingt ans, lorsque s'est terminé le procès de la "Banco Ambrosiano", l'IOR était un immense trou noir sur lequel personne n'osait se pencher et encore moins regarder. Pour sortir du krach qui avait ruiné des dizaines de milliers de familles, la banque vaticane versa 406 millions de dollars aux liquidateurs. Moins du quart de la somme par rapport aux 1 159 millions de dollars dus selon le ministre du Trésor de l'époque, Beniamino Andreatta.

Le scandale fut accompagné d'histoires et de légendes sans fin ainsi que d'une série de cadavres de personnalités réputées. Michele Sindona fut empoisonné dans sa prison de Voghera, Roberto Calvi pendu sous le pont des "Frères Noirs" à Londres, le juge d'instruction Emilio Allessandrini assassiné, l'avocat Giorgio Ambrosoli abattu devant la porte cochère de son immeuble par un tueur de la mafia venu spécialement des États-Unis. Sans oublier le mystère le plus inquiétant, la mort du pape Luciani (Jean Paul I), après seulement 33 jours de pontificat, à la veille de la décision de remplacer Mgr Paul Marcinkus, le patron américain de l'IOR et ses collaborateurs principaux (voir à ce sujet Golias, numéro 107 : Da Vinci Code, de la fiction à la réalité...).

Avec le successeur du pape Luciani, Marcinkus trouva rapidement un terrain d'entente. Karol Wojtyla est en effet tombé sous le charme de ce fils d'immigrés de l'Est qui parlait parfaitement le polonais, haïssait les communistes et semblait particulièrement sensible à la lutte de Solidarnosc. Aussi, lorsque les magistrats de Milan décidèrent d'émettre un mandat d'arrêt pour confronter Marcinkus, le Vatican se ferma comme un château fort pour le protéger, refusa toute collaboration avec la justice italienne et opposa ses passeports étrangers et son extra-territorialité. Il fallut dix années à Wojtyla pour se décider à renvoyer de l'IOR un des principaux responsables du krach de la "Banco Ambrosiano". Mais sans émettre cependant une seule parole de condamnation ni même le début d'une critique voilée : Marcinkus était et reste pour la hiérarchie ecclésiastique "une victime", et même "une pauvre victime innocente".

À partir de 1989, avec l'arrivée à la présidence de l'IOR de Angelo Caloia, un gentilhomme (laïc) de la "finance propre", beaucoup de choses changèrent à l'IOR. D'autres non, en raison notamment de très graves et importantes difficultés qu'il rencontrera dans sa gestion de la banque vaticane, surtout dans les premières années de son mandat où les conflits furent nombreux. Il indiquera notamment que "le véritable patron de l'IOR" est Mgr Donato De Bonis, un prélat influent au Vatican en relation avec tout ce que Rome compte de réseaux politiques et mondains. Ce qui explique en particulier les raisons pour lesquelles parmi les titulaires de comptes à l'IOR on trouve des personnalités issues des cercles aristocratiques, financiers, politiques et artistiques qui ont maille à partir avec la police et la justice. Il suffit en réalité d'un signe de Mgr De Bonis pour obtenir une domiciliation bancaire à la banque vaticane. Mgr De Bonis accompagne d'ailleurs en personne les clients de l'IOR possédant des comptes ou des lingots dans le caveau de la banque, par une échelle, au sommet de la tour, "très près du ciel".

La "glasnost" financière de Caiola n'empêcha pas cependant le retour des affaires. Ainsi à l'automne 1993 éclate le scandale de la "Tangentopoli". Un beau matin du 4 octobre, après les suicides non établis de deux hommes d'affaires (Gabriele Cagliari et Raul Gardini), le président le l'IOR reçoit un coup de téléphone du procureur responsable du service "Mains propres", Francesco Saverio Borrelli : « Cher professeur, il y a des problèmes concernant votre banque, notamment dans ses relations avec le groupe Enimont... ». Le fait est qu'une partie importante de la "mère de tous les pourcentages", environ 108 milliards de lires (55,7 millions d'euros / 88,7 millions de dollars canadien) en bons du Trésor, a transité par l'IOR sur le compte d'un vieux client, Luigi Bisignani, un journaliste véreux, collaborateur du groupe Ferruzzi, qui sera condamné par la suite à 3 ans et 4 mois de prison dans le scandale Enimont.

Après l'entretien téléphonique avec Borelli, le président Caloia est convoqué précipitamment au Vatican par Mgr Renato Dardozzi, l'homme de confiance du secrétaire d'État de l'époque, le cardinal Casaroli. « Mgr Dardozzi, racontera plus tard Caiola, avec son langage fleuri me dit qu'il est dans la merde et, pour me le faire bien comprendre, m'ordonne d'étouffer l'affaire. Je m'y oppose, lui répondant que le patron du pôle "Mains propres" attend une réponse. Ainsi, après consultation de juristes chevronnés, j'indique à mon interlocuteur policier, poursuit Caloia, que chaque témoignage susceptible d'être recueilli doit l'être dans le cadre d'une commission rogatoire internationale. » En réalité, la cité du Vatican est protégée par le Concordat : une telle demande doit donc partir du Ministère des Affaires étrangères italien. Or, les probabilités d'obtenir dans ce cadre une commission rogatoire sont quasiment nulles. D'autant plus qu'une saisine des juges italiens aurait été dévastatrice sur l'opinion publique. Le pôle "Mains propres" se retira sur la pointe des pieds et se contenta des explications données officiellement : « l'IOR ne pouvait pas connaître la destination de l'argent en question ».


Second épisode

Le second épisode, encore plus scabreux pour la banque vaticane, se déroula à la fin des années 90, à l'occasion du procès du mafieux Marcello Dell'Utri. En vidéo conférence depuis les États-Unis, le repenti Francesco Marino Mannoia révéla que « Licio Gelli (patron de la célèbre loge P2) avait investi l'argent de la mafia dans la banque du Vatican, l'IOR garantissant au clan incriminé investissements et discrétion ». Jusqu'à ce que Mannoia fournisse des informations de première main. Comme chef du laboratoire d'héroïne de toute la Sicile, principale source de profit des mafieux, il ne pouvait ignorer la destination des capitaux de la mafia. Et de déclarer lors du procès : « Quand le pape (Jean Paul II, NDLR) est venu en Sicile et décida d'excommunier les "mafiosi", leurs chefs se sentirent trahis car ils déposaient leurs liquidités à la banque du Vatican. De là partit la décision de faire exploser deux bombes devant deux églises de Rome ». Précisons-le, Mannoia n'est pas n'importe qui ! Pour le juge Falcone notamment, « il est le collaborateur de justice le plus fiable. Chacune de ses affirmations a trouvé chaque fois des recoupements d'information crédibles ». Sauf que sur un point précis, aucun juge n'a pas voulu suivre l'une de ses pistes : celle de l'IOR. Au palais de justice de Palerme, l'un des responsables observe dépité : « Nous nous sommes fait suffisamment d'ennemis pour ne pas en plus nous mettre à dos le Vatican ».


Troisième épisode

Concernant les intrigues de la banque du Vatican, le voile d'une autre affaire vieille de dix ans tomba et mit à mal les positions des "monsignori" des palais apostoliques. Le 10 juillet 2007, le chef d'un autre clan de la mafia, le "furbetti", Giampiero Fiorani, raconta aux magistrats alors qu'il était en prison : « À la BSI suisse, il y a trois comptes du Saint-Siège qui sont, sans exagérer, d'un montant estimé entre deux et trois milliards d'euros (3,1 et 4,7 milliards de dollars canadien) ». Et Fiorani de poursuivre sa confession au procureur de Milan, Francesco Greco, en reconnaissant des versements au noir effectués dans les caisses vaticanes : « Les premières sommes, je les ai données au cardinal Castillo Lara (président de l'Apsa, l'administration du Patrimoine immobilier de l'Église NDLR) lorsque le Vatican a acheté une banque milanaise la "Cassa Lombarda". Il m'a demandé trente milliards de lires (15,4 millions d'euros / 24,6 millions de dollars canadien), pour les mettre probablement sur un compte à l'abri à l'étranger ». D'autres versements suivirent, très nombreux à en juger par les informations du même Fiorani lors de ses rencontres avec le cardinal Giovanni Battista Re, le puissant préfet de la Congrégation des évêques et bras droit du vicaire de Rome. Pour éviter un énorme scandale le Vatican lâcha rapidement Fiorani, mais en compensation défendit le banquier Antonio Fazio, proche de l'Opus Dei, jusqu'à la veille de sa démission de responsable de la "Bankitalia" et après avoir été abandonné par tout le monde. "Avvenire", le quotidien des évêques italiens et "l'Osservatore Romano", le quotidien du Vatican, répétèrent à l'envi, et cela jusqu'au dernier jour de Fazio à la "Bankitalia", la théorie du "complot politique" à l'encontre du gouverneur qui sera retrouvé quelque temps plus tard assassiné.

Du reste, la carrière de cet étrange banquier s'explique par ses appuis au Vatican, lui qui, lors des réunions des gouverneurs centraux des banques d'Italie, ne citait pas une seule fois l'économiste Keynes mais une centaine de fois au moins les encycliques. Le cardinal vicaire de Rome, Camillo Ruini, encore président de la Conférence épiscopale italienne et Giovanni Battista Re, le préfet des évêques au Vatican figuraient entre autres comme ses amis intimes au point que ces deux ecclésiastiques de haut rang célébrèrent le 25ième anniversaire de mariage du gouverneur avec Maria Cristina Rosati. Naturellement aucune des révélations et confidences de Fiorani ne permirent d'ouvrir le coffre fort des secrets de l'IOR et de l'APSA, y compris dans leurs rapports pour le moins singuliers avec les banques suisses et les paradis fiscaux à travers le monde.

Il est difficile par exemple d'expliquer au nom d'exigences pastorales la décision du Vatican de détacher les îles Caïmans du diocèse jamaïcain de Kingston, pour en faire une entité missionnaire "missio sui iuris" directement dépendante du Saint-Siège et l'affilier au cardinal américain Adam Joseph Maïda, membre du collège (directoire) de l'IOR (voir à ce sujet Golias, numéro 82 : "Terres de mission et... paradis fiscaux").


Dernier épisode

Le quatrième et dernier épisode significatif de l'implication de la banque du Vatican dans les scandales financiers (italiens) est presque comique au regard des précédents épisodes. Selon les magistrats romains Palamara et Palaia, l'argent noir de la GEA, une société de recouvrement financier présidée par le fils d'une personnalité très influente auprès du Vatican, Luciano Moggi, serait gardé dans les coffres de l'IOR. À travers notamment les bons offices d'un autre banquier de confiance du Saint-Siège au casier judiciaire pourtant bien rempli, Cesare Geronzi, père de l'actionnaire majoritaire de la GEA. Dans le "caveau" de l'IOR, il semblerait établi que s'y trouve aussi le "petit trésor" personnel de Luciano Moggi, une cassette estimée à environ 150 millions d'euros (237,1 millions de dollars canadien). Comme d'habitude, les commissions rogatoires et les vérifications sont impossibles. Mais il est certain que Moggi bénéficie d'une grande considération auprès des autorités vaticanes. Défenseur depuis toujours de la presse catholique, accueilli à plusieurs reprises lors des pèlerinages à Lourdes par l'entourage proche du cardinal Ruini, Moggi est devenu depuis peu titulaire d'une rubrique "éthique et sport" sur "Petrus", le quotidien en ligne proche du pape Benoît XVI. Cet ancien dirigeant du grand club de football de la "Juventus" de Turin, poursuivi par la justice, a subitement commencé à jeter les premières pierres contre la corruption (des autres) ! Avec l'image de Luciano Moggi, grand maître de morale catholique, prend fin l'espoir de faire changer les choses à l'IOR tel que l'incarnait l'ancien dirigeant de l'IOR, Caloia.

Les secrets de la banque du Vatican restent bien gardés, peut-être pour toujours dans la tour inexpugnable de l'IOR. L'époque Marcinkus est certes révolue mais l'opacité qui entoure la banque du Saint-Siège est très loin de se dissiper. En effet, comme si rien n'avait changé, les caisses et le "trésor" de l'IOR n'ont jamais été aussi abondants qu'aujourd'hui. Et si les dépôts continuent à affluer, c'est qu'ils y sont encouragés par des taux d'intérêt de 12% annuel et souvent plus. Fournir des chiffres précis est presque impossible. Toutefois, selon les estimations de la FED (la banque centrale privée des États-Unis), en 2002, suite à l'unique enquête de cette institution sur les finances vaticanes, l'Église catholique possédait aux États-Unis à cette période 298 millions de dollars américain (232,1 millions d'euros) en titre, 195 millions (151,9 millions) en actions, 102 (79,4) en obligations à long terme, ainsi qu'un "joint venture" avec un partenaire financier américain de 273 millions de dollars (212,6 millions d'euros). Aucune autorité italienne n'a jamais pu faire une enquête pour déterminer le poids économique du Vatican dans le pays qui l'accueille. Un pouvoir énorme, direct et indirect. En effet, au cours de ces dernières décennies, à l'aide des nombreuses associations qui le composent et en lien étroit avec la hiérarchie et la prélature de l'Opus Dei, le monde catholique a pris d'assaut la forteresse traditionnelle de la minorité laïque et libérale italienne, la finance. Au point que certains observateurs autorisés en Italie n'hésitent pas à dire que l'Église catholique aujourd'hui a plus d'influence et de pouvoir sur les banques qu'à l'époque de la Démocratie chrétienne. C'est dire !

Source : Golias — Golias-Éditions.fr


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