Ossement de crucifié Rome et la crucifixion
dans la littérature
de l'époque



Témoignage évident d'une crucifixion, un gros clou de fer est enchâssé dans l'os du talon d'un jeune juif du 1er Siècle ap. J.-C.

La pointe est émoussée et courbée : peut-être a-t-elle heurté un noeud lorsqu'on l'a enfoncé dans la poutre verticale de la croix. Cette affreuse relique fut trouvée parmi d'autre ossements dans une grotte sépulcrale au nord-est de Jérusalem.






Le crime de lèse-majesté

Les accusations portées contre Jésus et les chrétiens pouvaient tomber sous le coup de la loi de lèse-majesté. (Voir Jean 19:12, Actes 16:20-21 et Actes 18:13.)

Tacite, Annales, I, 72, 2-4

"Tibère refusa le titre de père de la patrie, malgré les instances réitérées du peuple ; et, contre l'avis du sénat, il ne permit pas qu'on jurât sur ses actes, répétant sans cesse que tout ce qui touche aux mortels est incertain et que, plus il aurait de pouvoir, plus il risquait un faux pas. Et cependant il ne faisait pas croire ainsi à des sentiments libéraux, car il avait remis en vigueur la loi de majesté qui, chez les anciens, englobait sous ce nom des accusations différentes, trahison envers l'armée, sédition à l'égard de la plèbe, enfin mauvaise gestion des affaires publiques, nuisible à la majesté du peuple romain : les actes étaient mis en cause, les paroles restaient impunies.

Auguste le premier se couvrit de cette loi pour engager une instruction sur les libelles scandaleux, indigné par la licence de Cassius Severus qui, s'en prenant à des hommes et à des femmes de rang illustre, les avait diffamés dans des écrits insolents ; puis Tibère, consulté par le préteur Pompeius Macer sur la recevabilité des accusations pour lèse-majesté, répondit que les lois devaient être appliquées. Lui aussi avait été exaspéré par des vers anonymes qui couraient sur sa cruauté, son orgueil et sa mésintelligence avec sa mère."



Suétone, Vies, Tibère, LVIII.

"Vers le même temps, comme un préteur demandait à Tibère s'il voulait faire poursuivre les crimes de lèse-majesté, il répondit «qu'il fallait appliquer les lois», et il les appliqua de la manière la plus atroce. Quelqu'un avait enlevé la tête d'une statue d'Auguste pour lui en substituer une autre; l'affaire fut débattue au sénat et, comme il y avait doute, on eut recours à la torture. L'inculpé ayant été condamné, ce genre d'accusation fut insensiblement porté si loin qu'on fit un crime capital même d'avoir battu un esclave ou changé de vêtements près d'une statue d'Auguste, d'avoir été aux latrines ou dans un lieu de débauche avec une pièce de monnaie ou une bague portant son effigie, d'avoir critiqué l'une de ses paroles ou de ses actions. Enfin on alla jusqu'à faire périr un citoyen qui s'était laissé investir d'une magistrature dans sa colonie, le même jour où l'on avait autrefois décerné des charges à Auguste."



La Crucifixion

Ce châtiment existe chez presque tous les peuples de l'antiquité, y compris chez les grecs. On voit en elle la dissuasion la plus efficace. Chez les Romains, la crucifixion est appliquée aux criminels qui n'ont pas la citoyenneté romaine, mais il y eut des exceptions.

Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 106-107.

"Et n'oublions pas de mentionner une particularité même plus mémorable, car les plus célèbres historiens l'ont omise. Tarquin l'Ancien (5° roi de Rome, mort en 579 av. J.-C.) faisait exécuter cet ouvrage (construction d'un aqueduc) par les mains de la plèbe et, ne sachant ce qui l'emportait de la grandeur du travail ou de sa durée, de toutes parts, pour échapper à la lassitude, les citoyens se donnaient la mort. A cela, le roi trouva un remède nouveau et que nul n'imagina avant lui ni ne reprit : il fit clouer sur une croix le corps de tous ceux qui s'étaient donné la mort, pour en faire à la fois un spectacle pour les citoyens et une proie à déchirer pour les bêtes sauvages et les oiseaux." (Notes de l'historien : pour Tarquin, c'est la privation de sépulture et le corps donné en proie aux animaux qui sont une dissuasion au suicide. Il ne s'agit donc pas ici de supplice mais de l'infamie liée à la crucifixion).



Cicéron, plaidant pour Rabinius, accusé de haute trahison, s'élève violemment contre la crucifixion dont est menacé son client, un citoyen romain en 63 av. J.-C.

Cicéron, Pro Rabirio, 16.

"C'est un malheur que la flétrissure d'une poursuite criminelle, un malheur que la confiscation des biens, un malheur que l'exil, mais dans tous ces malheurs on conserve toujours quelque apparence de liberté. Enfin si c'est de mort qu'on nous menace, mourons du moins en hommes libres. Oui, que le bourreau, que le voile qui enveloppe la tête (allusion aux modalités de l'exécution), que le nom même de croix soient écartés non seulement de la personne des citoyens romains, mais de leurs pensées, de leurs yeux, de leurs oreilles. Car pour de tels supplices, ce n'est pas seulement l'effet et l'exécution, c'est le caractère, l'attente, le nom seul qui sont indignes d'un citoyen romain et d'un homme libre."



La littérature ancienne ne s'attarde pas sur les souffrances du supplicié.
Sénèque voulant justifier la possibilité du suicide, décrit l'horreur de la mort progressive du crucifié.


Sénèque, Lettres à Lucilius, 101, 14.

"Se trouve-t-il donc un homme qui aime mieux fondre dans les tourments, périr membre à membre et répandre autant de fois sa vie goutte à goutte, que de l'exhaler d'un seul coup? Oui, qui attaché au gibet maudit, déjà infirme, déjà informe, les épaules et la poitrine remontée en deux bosses affreuses, ayant ainsi, même avant la croix, mille motifs de mourir, veut prolonger une existence qui prolongera tant de tortures ?"



Source : Bibliorama.com