HISTOIRE DE LA BIBLE EN FRANCE

ET FRAGMENTS RELATIFS À L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA BIBLE

par
Daniel LORTSCH



21 - Chapitre 18 — Le prix de la Bible autrefois
Aujourd'hui la Bible est accessible à toutes les bourses. Mais, jadis, pour avoir une Bible, il fallait être riche. C'est surtout dans les inventaires des anciennes bibliothèques et dans les obituaires des couvents qu'on trouve les renseignements qui permettent d'évaluer le prix des anciennes Bibles (295) .


21.1 - Ce qu'elles coûtaient

Voici pour les Bibles latines. Au couvent de Saint-Victor, à Paris, nous trouvons la Bible estimée, vers 1173, 20 livres (environ 400 fr.) ; vers 1203, 14 livres (environ 230 fr.) ; en 1218, 17 ou 18 livres (315 et 345 fr.). À la fin du treizième siècle, à la Sorbonne, son prix d'estimation est de 16 livres (environ 290 fr.), et en 1311, de 12 livres (environ 180 fr.). En 1389, à Saint-Victor, une bonne Bible est estimée 32 francs, c'est-à-dire environ 256 francs d'aujourd'hui.

Les prix s'élevaient naturellement selon la beauté de l'exemplaire. Les grandes Bibles, bien ornées, étaient appelées Bibliothèques. À la fin du treizième siècle, à Notre-Dame, «une Bibliothèque bonne et très belle» était appréciée 30 livres parisis, soit 480 francs.

Nous avons vu plus haut, que dans le midi de la France, au commencement du quatorzième siècle, une Bible entière se vendait 20 livres.

En 1415, nous voyons évaluer à 86 livres parisis, soit 860 francs, une charmante Bible latine ornée de miniatures, et un volume des concordances de la Bible.

Quant aux Bibles françaises, leur prix était beaucoup plus considérable. En 1336, Pierre de Villenay et Marie sa femme, donnèrent à Saint-Victor «une très bonne Bible en français» du prix de six-vingt francs, c'est-à-dire peut-être 1.725 francs, valeur actuelle.

Ces prix, marqués dans les registres des couvents et des écoles, devaient être, si élevés soient-ils, inférieurs à la réalité, comme le sont d'ordinaire les prix d'inventaires. Ce qui le prouverait, c'est que, quand il y a vente, le prix monte plus haut.

En 1284, en Normandie, on voit une Bible évaluée à 50 livres tournois (environ 800 fr.). En Alsace, à la même époque, on voit une Bible en cinq volumes vendue 35 livres (environ 600 fr.), aux chanoines d'Ittenwiller, par les frères Augustins de Strasbourg. En 1417, le couvent d'Engelthal, dans la Hesse, engage une Bible à un autre couvent pour 63 florins d'or (environ 756 fr.). En 1450, le couvent d'Obersteigen, dans la Hesse, vend 60 florins (environ 420 fr.), au vicaire du grand choeur de la cathédrale de Strasbourg quatre volumes en parchemin contenant l'Ancien et le Nouveau Testament.

Les Bibles glosées atteignaient aussi des prix très élevés. Nicolas Lombard, «marchand de livres à Paris», vend 40 livres parisis (640 fr.) à Gui de la Tour, évêque de Clermont de 1250 à 1286, une Bible glosée copiée «d'une seule main».

Mais il ne suffit pas, pour se rendre compte de la valeur d'une Bible au moyen âge, d'indiquer son prix évalué en francs. Il faut encore se rappeler que la valeur de l'argent était bien plus considérable alors qu'aujourd'hui. «De bons auteurs estiment, en effet, dit M. Samuel Berger, que l'argent du quatorzième et du quinzième siècle, avait six fois plus de valeur relative, ou, comme on dit, de pouvoir, que le nôtre, relativement à la plus générale et à la plus nécessaire de toutes les dépenses, au prix du blé».

D'après cela, pour comparer le prix d'une Bible au moyen âge avec le prix d'une Bible d'aujourd'hui, il faudrait multiplier par six les chiffres ci-dessus.


21.2 - Comment faire pour les lire

Combien peu pouvaient posséder des Bibles si chères ! Si un prêtre voulait lire la Bible, il fallait qu'il en empruntât un exemplaire à la bibliothèque d'un couvent, et pour l'emprunter, il devait fournir une caution, parfois fort élevée. Ainsi, en 1284, le recteur d'un village du diocèse d'Évreux met «tous ses biens meubles et immeubles, présents et futurs, ecclésiastiques et mondains», en gage d'une Bible estimée 50 livres tournois (800 fr. actuels), qu'il a empruntée à des religieux Augustins. Et en revanche, on voit la Bible servir de gage. En 1457, l'Université de Caen emprunte une somme de 90 francs (valeur actuelle, 423 fr.) à la Faculté des Arts, sur une Bible, quatre volumes de Saint-Augustin, et le Catholicon, qu'elle abandonne comme hypothèque.

Ceux qui avaient le plus facilement accès à la Bible, c'étaient les étudiants de Paris.

L'Université de Paris avait arrêté, en 1303, le tarif auquel les libraires devaient louer des livres aux étudiants. La location du texte de la Bible était limité à 5 sous (4f50). On faisait mieux encore. Le concile de Paris, en 1212, avait rappelé aux religieux que le prêt gratuit est une oeuvre de miséricorde et que les moines doivent prêter les livres cum indemnitate domus (avec indemnité de logement) aux pauvres écoliers. Aussi le prêt gratuit de la Bible était largement pratiqué dans les couvents. La règle des Augustins contenait des dispositions particulièrement libérales en vue de ces prêts de Bibles aux étudiants. Un couvent d'Augustins, à Paris, celui de Saint-Victor, possédait plusieurs Bibles que lui avaient données ou léguées divers personnages à l'intention «des pauvres clercs, étudiants en théologie». L'une de ces Bibles portait sur la garde ces mots : Nota pauperibus (destinée aux pauvres). À la Sorbonne et à l'Église Notre-Dame, il y avait également des Bibles données ou léguées à l'usage des étudiants. La règle des Dominicains (au chapitre : des étudiants) obligeait chaque province de l'ordre à pourvoir les frères envoyés à l'Université «de trois livres au moins, savoir, la Bible, les histoires écolâtres, et les sentences».

Il y eut mieux encore. En 1409, des livres saints étaient prêtés aux prisonniers détenus dans les prisons du chapitre de Notre Dame.

On voit que la pensée qui a présidé à la création des Sociétés bibliques est très ancienne, et que déjà au moyen âge elle recevait une application restreinte, mais touchante.


21.3 - Depuis l'invention de l'imprimerie

L'invention de l'imprimerie diminua sensiblement, tout en le laissant fort élevé encore, le prix de la Bible.

Voici un fait curieux qui montre quelle influence cette invention eut immédiatement sur le prix des Bibles :

Fust (précédemment associé de Gutenberg) apporta à Paris quelques exemplaires de la Bible, et les vendit soixante couronnes, au lieu de quatre ou cinq cents que coûtaient autrefois les Bibles manuscrites sur parchemin.

Les premiers acheteurs furent d'abord dans l'admiration en voyant l'exacte ressemblance de tous ces volumes qui ne différaient pas d'un iota et avaient partout le même nombre de lignes et de lettres, ce dont on ne pouvait se rendre compte alors ; mais ensuite ayant appris que Fust, pour se défaire plus vite de sa marchandise, avait cédé ses Bibles à cinquante, quarante couronnes et même à un prix beaucoup inférieur, ils y regardèrent de plus près et se convainquirent que ces volumes avaient été exécutés par un procédé mécanique moins coûteux que la calligraphie. Alors, se considérant comme lésés, ils vinrent réclamer au vendeur les trois quarts et même quelques-uns les quatre cinquièmes du prix payé par eux (296) .

On possède l'acte de vente, daté de 1471, par lequel «Hermann de Stathoen, colporteur d'honnête et discrète personne Jean Guymier, libraire juré de l'Université de Paris», vend à l'illustre et savant maître Guillaume de Tourneville, archiprêtre et chanoine d'Angers, un exemplaire sur parchemin de l'admirable Bible de Mayence (la première Bible imprimée (en latin) en 1456) pour le prix et somme de 40 écus (450 fr.).

Les Bibles sur papier étaient moins chères.

En 1465, la maison de Saint-Jean de Schelestadt acquiert une Bible pour 4 florins, 3 livres, 1l sols (81 fr.). En 1466, Hector Mulich paie environ 84 francs un exemplaire non relié de la Bible allemande de Mentel. En 1469, une Bible appartenant au cardinal Balue est saisie et évaluée à 12 livres (environ 72 fr.).

Le Nouveau Testament de Luther de 1522 se vendait un florin et demi, environ 10 francs.

Les catalogues de Robert Estienne, notamment celui de 1546, sont intéressants à étudier. Chose à remarquer, le livre qui figure en tête de ces catalogues, c'est toujours la Bible hébraïque ; et tous les livres de la Bible hébraïque se vendent séparément, même, d'après tel catalogue, chacun des petits prophètes. La très belle Bible hébraïque in-4 de Robert Estienne de 1539-1542 se vendait 100 francs (La Genèse 6 francs, le Psautier 7 francs, Osée 3 francs, Amos 20 deniers, Abdias 4 deniers, etc.) La petite Bible hébraïque in-16 de Robert Estienne, en 17 volumes, de 1545, probablement ce qui a jamais été imprimé de mieux en fait de Bible hébraïque, un vrai bijou, se vendit d'abord 80 francs, puis 75 francs (Le Pentateuque 25 francs, la Genèse 4 francs 6 deniers, le Psautier 5 francs, les petits Prophètes 4 francs, etc.)

Le Nouveau Testament grec se vendait, l'in-16 de 1546, 10 francs, l'in-8 de 1550, 35 francs. Quant aux Bibles latines, une Bible infolio se vendait 100 francs, une autre 60 francs, une Bible petit format, 45 francs, une autre 30 francs. L'Ancien Testament, 24 francs, le Nouveau, 6 francs. Un autre Nouveau Testament, 7 francs 6 deniers. Le Décalogue se vendait 3 deniers, une Harmonie évangélique, 3 francs 6 deniers (297) .

Et ces livres si chers se vendaient fort bien, preuve en soit la rapidité avec laquelle s'écoulaient les éditions.

La Polyglotte de Complute (1522) coûtait 6 ducats et demi. La Polyglotte de Plantin (Anvers, 1573) coûtait 72 florins.


21.4 - Chez les protestants

La première édition de la Bible d'Ostervald (1744) coûtait 2 écus neufs et demi (298) . En 1756, le proposant Simon Lombard, qui se préparait au désert à devenir pasteur, écrivait à son père qu'il venait d'acheter la petite Bible Martin, et qu'elle lui avait coûté 14 livres. Il ajoutait : «Elle me suivra dans toutes mes retraites, et je vais la dévorer». 14 livres, en 1756, en vaudraient bien le double aujourd'hui, si ce n'est plus.

En 1797, une Bible Ostervald neuve, éditée par la librairie de Bienne en 1771, valait 9 livres reliée. La Bible in-folio de 1805, de la Compagnie des pasteurs de Genève, se vendait 18 francs. À Genève, en 1821, une Bible Martin de 1820, in-18, brochée, se vendait 4f 50, et en 1823 une Bible Martin de 1802, in-8, brochée, était cotée 12 francs.

Le rapport de 1837 de la Société Biblique britannique et étrangère raconte que les habitants d'un village belge (Dour) s'étaient cotisés (sans doute au commencement du siècle dernier) pour l'achat d'une Bible, et qu'ils avaient envoyé l'un d'eux se la procurer en Hollande. La Bible, un Ostervald in-folio, coûta 42 francs. Une Bible par village, c'est tout ce qu'on pouvait se permettre.


22 - Comparaison de quelques versions
Tableau synoptique de la traduction de deux morceaux du Nouveau Testament dans six versions protestantes et dans deux versions catholiques

Nous choisissons ces deux morceaux comme étant, le premier, l'un des plus mouvementés, et le second, l'un des plus littéraires du Nouveau Testament. Le texte choisi pour les versions de Lausanne, d'Oltramare, de Segond, de Stapfer, est celui de la révision la plus récente. Nous supprimons la séparation en versets dans Ostervald et dans Sacy.

2 Corinthiens 11, 17-29
OSTERVALD (1744)
17 Ce que je dis dans cette confiance avec laquelle je me glorifie, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme par imprudence.
18 Puisque plusieurs se glorifient selon la chair, je me glorifierai aussi.
19 Car vous souffrez sans peine les imprudens, parce vous êtes sages.
20 Même, si quelqu'un vous assujettit, si quelqu'un vous mange, si quelqu'un prend ce qui est à vous, si quelqu'un vous frappe au visage, vous le souffrez.
21 J'ai honte de le dire, on nous regarde comme si nous n'avions aucun pouvoir, mais de quelque chose que quelqu'un ose se vanter, (je parle en imprudent), j'ose aussi m'en vanter.
22 Sont-ils Hébreux ? Je le suis aussi. Sont-ils Israélites ? Je le suis aussi. Sont-ils de la postérité d'Abraham ? J'en suis aussi.
23 Sont-ils Ministres de Christ ?(je parle en imprudent). Je le suis plus qu'eux ; j'ai souffert plus de travaux qu'eux, plus de blessures, plus de prisons ; j'ai été plusieurs fois en danger de mort.
24 J'ai reçu des Juifs, cinq fois, quarante coups de fouët moins un.
25 J'ai été battu de verges trois fois, j'ai été lapidé une fois, j'ai fait naufrage trois fois ; j'ai passé un jour et une nuit dans le profond de la mer.
26 J'ai été souvent en voyage ; j'ai été en danger sur les rivières ; en danger de la part des voleurs ; en danger parmi ceux de ma nation ; en danger parmi les Gentils ; en danger dans les Villes ; en danger dans les déserts ; en danger sur la mer ; en danger parmi les faux frères ;
27 dans les peines, dans les travaux, dans les veilles, dans la faim, dans la soif, dans les jeunes, dans le froid, dans la nudité.
28 Outre les choses qui me viennent de dehors, je suis comme assiégé tous les jours, par les soucis que me donnent toutes les Églises.
29 Quelqu'un est-il affligé, que je n'en sois aussi affligé ? Quelqu'un est-il scandalisé, que je n'en sois aussi comme brûlé ?
SACY (1759)
17 Croyez, si vous voulez, que ce que je dis, je ne le dis pas selon Dieu ; mais que je fais paraitre de l'imprudence dans ce que je prends pour un sujet de me glorifier.
18 Puisque plusieurs se glorifient selon la chair, je puis bien aussi me glorifier comme eux.
19 Car, étant sages comme vous êtes, vous souffrez sans peine les imprudents.
20 Vous souffrez même qu'on vous asservisse, qu'on vous mange, qu'on prenne votre bien, qu'on vous traite avec hauteur, qu'on vous frappe au visage.
21 C'est à ma confusion que je le dis, puisque nous passons pour avoir été trop faibles en ce point. Mais puisqu'il y en a qui sont si hardis à parler d'eux-mêmes, je veux bien faire une imprudence en me rendant aussi hardi qu'eux.
22 Sont ils Hébreux ? Je le suis aussi. Sont-ils Israélites ? Je le suis aussi. Sont-ils de la race d'Abraham ? J'en suis aussi.
23 Sont-ils ministres de Jésus Christ ? Quand je devrais passer pour imprudent, j'ose dire que je le suis encore plus qu'eux. J'ai plus souffert de travaux, plus reçu de coups, plus enduré de prisons ; je me suis souvent vu tout près de la mort.
24 J'ai reçu des Juifs, cinq différentes fois, trente-neuf coups de fouet.
25 J'ai été battu de verges par trois fois, j'ai été lapidé une fois, j'ai fait naufrage trois fois, j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer.
26 J'ai été souvent dans les voyages, dans les périls sur les fleuves, dans les périls des voleurs, dans les périls de la part de ceux de ma nation.

dans les périls de la part des païens, dans les périls au milieu des villes, dans les périls au milieu des déserts.

dans les périls sur mer, dans les périls entre les faux frères.
27 J'ai souffert toutes sortes de travaux et de fatigues, de fréquentes veilles, la faim, la soif, beaucoup de jeûnes, le froid et la nudité.
28 Outre ces maux qui ne sont qu'extérieurs, le soin que j'ai de toutes les Églises m'attire une foule d'affaires dont je suis assiégé tous les jours.
29 Qui est faible, sans que je m'affaiblisse avec lui ? Qui est scandalisé, sans que je brûle ?
LAUSANNE
17 Ce que je dis, en ce sujet que j'ai de me glorifier, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme par imprudence.
18 Puisque beaucoup se glorifient selon la chair, moi aussi je me glorifierai.
19 Car, tout prudents que vous êtes, vous supportez volontiers les imprudents.
20 Car si quelqu'un vous asservit, si quelqu'un vous dévore, si quelqu'un s'empare de vous, si quelqu'un s'élève, si quelqu'un vous déchire au visage, vous le supportez.
21 Je le dis avec honte ; [c'est] comme si nous avions été sans force. Mais en quoi que ce soit que quelqu'un ait de la hardiesse (je parle avec imprudence), moi aussi j'ai de la hardiesse.
22 Sont-ils hébreux ? moi aussi. Sont-ils israélites ? moi aussi. Sont-ils de la postérité d'Abraham ? moi aussi.
23 Sont-ils serviteurs de Christ ? (je parle en déraisonnant), moi encore plus ; en travaux bien plus ; en blessures, excessivement ; en prison bien plus ; en morts, souvent ;
24 cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante [coups] moins un ;
25 trois fois j'ai été battu de verges ; une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans la haute mer.
26 Souvent en voyages, en périls sur les fleuves, en périls de la part des brigands, en périls de la part de ceux de ma race, en périls dans le désert, en périls sur la mer, en périls parmi les faux frères,
27 en travail et en peine, souvent en veilles, dans la faim et dans la soif, souvent en jeûnes, dans le froid et la nudité.
28 Outre ces choses de dehors, l'assaut qui m'est livré chaque jour, c'est le souci de toutes les assemblées.
29 Qui est affaibli, que je ne sois aussi affaibli ? Qui est scandalisé, que je ne sois aussi brûlé ?
OLTRAMARE
17 Ce que je dis, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme en état de déraison, lorsque j'affiche cette prétention de me glorifier.
18 Puisque tant de gens se glorifient selon la chair, moi aussi je me glorifierai.
19 Vous supportez volontiers les insensés, vous, si raisonnables ;
20 vous supportez qu'on vous traite comme des esclaves, qu'on vous dévore, qu'on vous pille, qu'on vous traite avec hauteur, qu'on vous frappe au visage.
21 Ah ! pour nous (je le dis à notre honte), nous avons été faible ! Mais de quoi que ce soit que quelqu'un ose se vanter (je parle en insensé), moi aussi, je l'ose.
22 Ils sont Hébreux ? moi aussi. Ils sont Israélites ? moi aussi. Ils sont de la postérité d'Abraham ? moi aussi.
23 Ils sont ministres de Christ ? Ah ! je vais parler comme un homme qui ne se possède pas, je le suis plus qu'eux. j'ai supporté plus de fatigues, plus beaucoup de coups et d'emprisonnements ; souvent j'ai vu la mort de prés.
24 J'ai reçu des Juifs, par cinq fois, quarante coups de fouet moins un ;
25 j'ai été battu de verges trois fois ; j'ai été lapidé une fois ; j'ai fait naufrage trois fois ; j'ai passé un jour et une nuit dans l'abime.
26 Souvent, dans mes voyages, j'ai été en danger sur les fleuves, en danger de la part de ceux de ma nation, en danger de la part des païens, en danger dans les déserts, en danger sur mer, en danger parmi les faux frères.
27 Fatigue, peine, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et dénûment, j'ai tout enduré,
28 sans parler du fardeau que m'impose chaque jour le souci de toutes les Églises.
29 Qui est faible, que je n'en souffre ? Qui trébuche, que je n'en aie la fièvre ?
SECOND
17 Ce que je dis, avec l'assurance

d'avoir sujet de me glorifier, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme par folie.
18 Puisqu'il en est plusieurs qui se glorifient selon la chair, je me glorifierai aussi.
19 Car vous supportez volontiers les insensés, vous qui êtes sages.
28 Si quelqu'un vous si asservit, quelqu'un vous dévore, si quelqu'un s'empare de vous, si quelqu'un est arrogant, si quelqu'un vous frappe au visage, vous le supportez.
21 J'ai honte de le dire, nous avons montré le la faiblesse. Cependant tout ce que peut oser quelqu'un, — je parle en insensé, — moi aussi, je l'ose !
22 Sont-ils Hébreux ? Moi aussi. Sont-ils Israélites ? Moi aussi. Sont-ils de la postérité d'Abraham ? Moi aussi.
23 Sont-ils ministres de Christ ? — Je parle en homme qui extravague. — Je le suis plus encore : par les travaux, bien plus ; par les coups, bien plus ; par les emprisonnements, bien plus.
24 Souvent en danger de mort, cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups moins un,
25 trois fois j'ai été battu de verges, une fois j'ai été lapidé, trois fois j'ai fait naufrage, j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme.
26 Fréquemment en voyage, j'ai été en péril sur les fleuves, en périls de la part des brigands, en péril de la part de ceux de ma nation, en péril de la part des païens, en péril dans les villes, en péril dans les déserts, en péril sur la mer, en péril parmi les faux frères.
27 J'ai été dans le travail et dans la peine, exposé à de nombreuses veilles, à la faim et à la soif, à des jeûnes multipliés, au froid et à la nudité.
28 Et sans parler d'autres choses, je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les Églises.
29 Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, que je ne brûle ?
STAPFER
17 Ce que je vais dire, je ne le dirai pas selon le Seigneur, je parlerai comme un «fou» ; j'ai la prétention de chanter ma gloire ;
18 il y en a tant qui chantent la leur, chantons aussi la nôtre !
19 Vous qui êtes si sages, vous savez être indulgents pour les fous ;
20 vous avez une étonnante patience avec ces gens qui vous asservissent, qui vous mangent, qui vous pillent, qui vous regardent de haut en bas, qui vous frappent au visage.
21 Je suis honteux de le dire, mais nous nous sommes montrés bien faibles. Si ces gens-là se mettent en avant, moi dans ma «folie», je le fais comme eux ;
22 ils sont Hébreux ? moi aussi je le suis ; ils sont Israélites ? moi aussi je le suis ; ils sont de la race d'Abraham ? moi aussi j'en suis.
23 Ils sont ministres de Christ ? (ici ma «folie» dépasse toute mesure), je le suis bien plus qu'eux, par mes immenses travaux, par les innombrables coups que j'ai reçus, par mes emprisonnements multiples, par les mille morts que j'ai souffertes !
24 Cinq fois les Juifs m'ont appliqué leurs «quarante coups moins un» ;
25 trois fois j'ai été bâtonné, une fois j'ai été lapidé, trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé toute une nuit et un jour dans l'abîme ;
26 et les voyages sans nombre, et les dangers en passant les fleuves, et les dangers du côté des voleurs, et les dangers du côté des Juifs, et les dangers du côté des païens, et les dangers dans les villes, et les dangers dans la solitude, et les dangers sur mer, et les dangers chez les faux frères,
27 et les labeurs et les fatigues, et les veilles répétées, et la faim, et la soif, et les jeûnes répétés, et le froid et le dénûment !
28 Et, sans parler du reste, mes préoccupations quotidiennes ! le souci de toutes les Églises !
29 Qui vient à faiblir que je n'en souffre ! Qui vient à tomber sans que j'en aie la fièvre !
VERSION SYNODALE
17 Ce que je dis, quand je me glorifie avec une telle assurance, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme un insensé.
18 Puisque plusieurs se glorifient selon la chair, moi aussi, je vais me glorifier.
19 Car vous supportez volontiers les insensés, vous qui êtes des sages.
20 Oui, vous supportez qu'on vous asservisse, qu'on vous dévore, qu'on vous pille, qu'on vous traite avec hauteur, qu'on vous frappe au visage.
21 Je le dis à notre honte, nous avons montré de la faiblesse. Et cependant, si quelqu'un ose se vanter de quelque chose, — je parle en insensé, — moi aussi, je l'oserai.
22 Ils sont Hébreux ? Moi aussi. Ils sont Israélites ? Moi aussi. Ils sont de la postérité d'Abraham ? Moi aussi.
23 Ils sont ministres de Christ ? Eh bien, — je parle comme un insensé, — je le suis davantage : j'ai eu à supporter plus de travaux, plus d'emprisonnements, infiniment plus de coups ; souvent, j'ai été en danger de mort ;
24 cinq fois, j'ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ;
25 j'ai été battu de verges trois fois : j'ai été lapidé une fois ; j'ai fait naufrage trois fois ; j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme ;
26 j'ai été souvent en voyage, en danger sur les rivières, en danger de la part des voleurs, en danger de la part de ma nation, en danger de la part des Gentils, en danger dans les villes, en danger dans les déserts, en danger sur la mer, en danger parmi les faux frères ;
27 dans le travail et la peine, souvent dans les veilles, dans la faim et la soif, souvent dans les jeûnes, dans le froid et la nudité.
28 Sans parler de tout le reste, chaque jour je suis assiégé par le souci de toutes les Églises.
29 Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à broncher, que je n'en aie la fièvre ?
CRAMPON
17 Ce que je vais dire, avec cette assurance d'avoir sujet de me glorifier, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme si j'étais en état de folie.
18 Puisque tant de gens se glorifient selon la chair, je me glorifierai aussi.
19 Et vous qui êtes sensés, vous supportez volontiers les insensés.
20 Vous supportez bien qu'on vous asservisse, qu'on vous dévore, qu'on vous pille, qu'on vous traite avec arrogance, qu'on vous frappe au visage.
21 Je le dis à ma honte, nous avons été bien faibles ! Cependant, de quoi que ce soit qu'on ose se vanter, — je parle en insensé, — moi aussi je l'ose.
22 Sont-ils Hébreux ? Moi aussi, je le suis. Sont-ils Israélites ? Moi aussi. Sont-ils de la postérité d'Abraham ? Moi aussi.
23 Sont-ils ministres du Christ ? — Ah ! je vais parler en homme hors de sens : — je le suis plus qu'eux : bien plus qu'eux par les travaux, bien plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j'ai vu de près la mort ;
24 cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ;
25 trois fois j'ai été battu de verges ; une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans l'abime.
26 Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer, les périls de la part des faux frères,
27 les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité !
28 Et, sans parler de tant d'autres choses, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la solli citude de toutes les Églises ?
29 Qui est faible que je ne sois faible aussi ? Qui vient à tomber sans qu'un feu me dévore ?
Jacques 3, 1-12
OSTERVALD (1744)
1 Mes Frères, qu'il n'y ait pas plusieurs Maîtres parmi vous ; sachant que nous en recevrons une plus grande condamnation.
2 Car nous bronchons tous en plusieurs choses. Si quelqu'un ne bronche point en parole, c'est un homme parfait, et il peut tenir tout le corps en bride.
3 Voilà, nous mettons des mords dans la bouche des chevaux, afin qu'ils nous obéissent, & ; nous menons çà & ; là tout leur corps.
4 Voila aussi les navires, quoi qu'ils soient si grands, & ; qu'ils soient poussés par des vents violens, ils sont menés de côté & ; d'autre avec un petit gouvernail, selon la volonté de celui qui les gouverne.
5 Ainsi la langue est un petit membre, & ; elle se vante de grandes choses ; voyez combien de bois un petit feu peut allumer.
6 La langue est aussi un feu, un monde d'iniquité ; la langue est posée entre nos membres d'une manière qu'elle souille tout le corps ; elle enflamme tout le corps ; elle enflamme tout le cours de nôtre vie, et elle est enflammée du feu de la géhenne.
7 Toutes sortes de bêtes sauvages, & ; d'oiseaux, & ; de reptiles, & ; de poissons de mer, se domptent, & ; ont été domptés par la nature humaine :
8 Mais aucun homme ne peut dompter la langue ; c'est un mal qu'on ne peut réprimer ; elle est pleine d'un venin mortel.
9 Par elle, nous bénissons Dieu nôtre Père ; & ; par elle nous maudissons les hommes qui sont faits à l'image de Dieu.
10 D'une même bouche sort la béné diction & ; la malédiction. Mes Frères, il ne faut point que cela soit ainsi.
11 Une fontaine jette-t-elle par une même ouverture de l'eau douce, & ; de l'eau amère ?
12 Mes Frères, un figuier peut-il porter des olives, ou une vigne des figues ? Ainsi aucune fontaine ne peut jetter de l'eau salée & ; de l'eau douce.
SACY (1759)
1 Mes frères, qu'il n'y ait point parmi vous tant de gens qui se mêlent d'enseigner : car vous devez savoir que par là on s'expose à un jugement plus sévère.
2 En effet, nous faisons tous beaucoup de fautes ; et si quelqu'un ne fait point de faute en parlant, c'est un homme parfait ; il peut tenir tout le corps en bride.
3 Ne voyez-vous pas que nous mettons des mors dans la bouche des chevaux, afin qu'ils nous obéissent, et qu'ainsi nous faisons tourner tout leur corps où nous voulons ?
4 Ne voyez-vous pas aussi qu'encore que les vaisseaux soient si grands, et qu'ils soient poussés par les vents impétueux, ils sont tournés néanmoins de tous côtés avec un très petit gouvernail, selon la volonté du pilote qui les conduit ?
5 Ainsi la langue n'est qu'une petite partie du corps ; et cependant combien peut-elle se vanter de faire de grandes choses ! Ne voyez-vous pas combien un petit feu est capable d'allumer de bois ?
6 La langue aussi est un feu ; c'est un monde d'iniquité ; et n'étant qu'un de nos membres, elle infecte tout notre corps ; elle enflamme tout le cercle et tout le cours de notre vie, et est elle-même enflammée du feu de l'enfer.
7 Car la nature de l'homme est capable de dompter, et a dompté en effet toutes sortes d'animaux, les bêtes de la terre, les oiseaux, les reptiles, et les poissons de la mer.
8 Mais nul homme ne peut dompter la langue : c'est un mal inquiet et intraitable ; elle est pleine d'un venin mortel.
9 Par elle, nous bénissons Dieu notre Père ; et par elle nous maudissons les hommes qui sont créés à l'image de Dieu.
10 La bénédiction et la malédiction partent de la même bouche. Ce n'est pas ainsi, mes frères, qu'il faut agir,
11 Une fontaine jette-t-elle par une même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère ?
12 Mes frères, un figuier peut-il porter des raisins, ou une vigne des figues ? Ainsi nulle fontaine d'eau salée ne peut jeter de l'eau douce.
VERSION DE LAUSANNE
1 Ne soyez pas beaucoup de docteurs, mes frères, sachant que nous en subirons un plus grand jugement ;
2 car nous bronchons tous en beaucoup de choses. Si quelqu'un ne bronche pas en parole, c'est un homme parfait, qui peut tenir en bride même tout le corps.
3 Voici que nous mettons des mors à la bouche des chevaux pour qu'ils nous obéissent, et nous conduisons çà et là tout leur corps ;
4 voici que les vaisseaux même, quelque grands qu'ils soient et bien que poussés par des vents violents, sont conduits çà et là par un très petit gouvernail, partout où le veut l'impulsion de celui qui dirige ;
5 de même, la langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voyez quel petit feu embrase une grande forêt !
6 La langue aussi est un feu ; c'est le monde de l'iniquité. Ainsi est placée parmi nos membres la langue, qui souille tout le corps, et qui enflamme le cours de l'existence, et qui est enflammée par la géhenne.
7 Car toute nature de bêtes sauvages et d'oiseaux, de reptiles et de poissons, se dompte et a été domptée par la nature humaine ;
8 mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c'est un mal qu'on ne peut arrêter ; [elle est] pleine d'un venin mortel.
9 Par elle, nous bénissons celui qui est Dieu et Père ; et par elle, nous maudissons les hommes qui ont été faits à la ressemblance de Dieu ;
10 de la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction ! Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
11 Une fontaine jette-t-elle par la même ouverture le doux et l'amer ?
12 Mes frères, un figuier peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ? De même, aucune fontaine ne peut donner de l'eau salée et [de la] douce.
OLTRAMARE
1 Mes frères, qu'il n'y ait pas parmi vous tant de gens qui s'érigent en docteurs ; vous savez que nous nous exposons à un jugement d'autant plus sévère.
2 Tous en effet, nous bronchons souvent. Si quelqu'un ne bronche pas en paroles, c'est un homme parfait, capable de tenir en bride son corps tout entier.
3 Pour nous faire obéir des chevaux, nous leur mettons un mors dans la bouche, et nous gouvernons ainsi leur corps tout entier.
4 Voyez encore les navires : tout grands qu'ils sont, et quoique poussés par des vents violents, ils sont dirigés au gré du pilote, par un bien petit gouvernail.
5 De même aussi la langue est un petit membre, et elle peut se vanter de grandes choses. Voyez quelle grande masse de bois un petit feu peut embraser !
6 La langue aussi est un feu, c'est un monde d'iniquité : la langue est installée parmi nos membres, souillant le corps tout entier, et enflammant tout le cours de la vie, enflammée elle-même du feu de la Géhenne.
7 Toute espèce de bêtes sauvages et d'oiseaux, de reptiles et d'animaux marins peuvent être domptés, et ont été domptés par l'espèce humaine ;
8 mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c'est un fléau qu'on ne peut arrêter ; elle est pleine d'un venin mortel.
9 Avec elle, nous bénissons le Seigneur, notre Père ; et avec elle, nous maudissons les hommes qui sont faits à la ressemblance de Dieu :
10 de la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction ! Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
11 Une source donne-t-elle par la même ou verture de l'eau douce et de l'eau amère ?
12 Un figuier, mes Frères, peut-il donner des olives, ou une vigne des figues ? Une source salée ne peut pas non plus donner de l'eau douce.
SEGOND
1 Mes frères, qu'il n'y ait pas parmi vous un grand nombre de personnes qui se mettent à enseigner, car vous savez que nous serons jugés plus sévèrement.
2 Nous bronchons tous de plusieurs manières. Si quelqu'un ne bronche point en paroles, c'est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride.
3 Si nous mettons le mors dans la bouche des chevaux pour qu'ils nous obéissent, nous dirigeons aussi leur corps tout entier.
4 Voici, même les navires, qui sont si grands et que poussent des vents impétueux, sont dirigés par un très petit gouvernail, au gré du pilote.
5 De même, la langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt !
6 La langue aussi est un feu, c'est le monde de l'iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne.
7 Toutes les espèces de bêtes et d'oiseaux, de reptiles et d'animaux marins, sont domptés et ont été domptés par la nature humaine ;
8 mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c'est un mal qu'on ne peut réprimer ; elle est pleine d'un venin mortel.
9 Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l'image de Dieu.
10 De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
11 La source fait-elle jaillir par la même ouverture l'eau douce et l'eau amère ?
12 Un figuier, mes frères, peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ? De l'eau salée ne peut pas non plus produire de l'eau douce.
STAPFER
1 Ne soyez pas nombreux à vous ériger en docteurs, mes frères, vous savez que nous serons jugés d'autant plus sévèrement.
2 Nous bronchons tous et de bien des manières, et si quelqu'un ne bronche pas dans ses paroles, c'est un homme parfait, capable de tenir en bride son corps tout entier.
3 Quand nous mettons un mors dans la bouche des chevaux pour nous en faire obéir, nous conduisons en même temps leur corps tout entier.
4 Voyez aussi les navires : qu'ils sont grands ! combien sont violents les vents qui les agitent ! Et c'est avec un tout petit gouvernail que le pilote les mène à volonté dans toutes les directions.
5 Il en est de même de la langue, petit membre qui a de grandes prétentions ! Un bien petit feu peut embraser une bien grande forêt !
6 La langue aussi est un feu ; elle est le monde de l'iniquité, la langue, installée parmi nos autres membres, souillant le corps tout entier, enflammant le cours de la vie, et enflammée elle-même par le feu de la Géhenne !
7 Toute espèce d'animaux sauvages, d'oiseaux, de reptiles, de poissons, peuvent être domptés ou ont été domptés par l'espèce humaine,
8 mais la langue, il n'est pas d'homme qui puisse la dompter ; mal impossible à arrêter, elle est pleine d'un venin mortel.
9 Avec elle, nous bénissons le Seigneur notre Père, et avec elle nous maudissons les hommes créés à l'image de Dieu.
10 De la même bouche, sortent bénédiction et malédiction ! Il ne doit pas en être ainsi, mes frères !
11 La source donne-t-elle, par la même ouverture, de l'eau douce et de l'eau saumâtre ?
12 Un figuier, mes frères, peut-il donner des olives ? Une vigne, des figues ? Une source d'eau salée ne peut pas davantage donner de l'eau douce.
VERSION SYNODALE
1 Mes frères, qu'il n'y en ait pas beaucoup parmi vous qui s'érigent en docteurs, car vous savez qu'on s'expose ainsi à un jugement plus sévère.
2 Nous bronchons tous de bien des manières. Si quelqu'un ne bronche pas dans ses paroles, c'est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride.
3 Nous mettons un mors dans la bouche des chevaux pour nous en faire obéir, et ainsi nous dirigeons tout leur corps.
4 Voyez aussi les navires : quelque grands qu'ils soient, et bien que poussés par des vents violents, ils sont dirigés par un très petit gouvernail, suivant la volonté de celui qui les gouverne.
5 De même, la langue est un petit membre, et elle peut se vanter de grandes choses. Voyez quelle grande forêt un petit feu peut embraser !
6 La langue aussi est un feu ; c'est le monde de l'iniquité. La langue, placée comme elle l'est parmi nos membres, souille tout le corps et enflamme tout le cours de la vie, étant elle-même enflammée du feu de la géhenne.
7 Toute espèce de bêtes sauvages, d'oiseaux, de reptiles et d'animaux marins peuvent être et ont été domptés par l'espèce humaine ;
8 mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c'est un mal qu'on ne peut réprimer ; elle est pleine d'un venin mortel.
9 Par elle, nous bénissons le Seigneur, notre Père, et par elle nous maudissons les hommes, faits à l'image de Dieu.
10 De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction ! Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
11 Est-ce qu'une fontaine jette par la même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère ?
12 Mes frères, un figuier peut-il porter des olives, ou une vigne, des figues ? Une source d'eau salée ne peut pas non plus donner de l'eau douce.
CRAMPON
1 Mes frères, qu'il n'y en ait pas tant, parmi vous, qui s'érigent en docteurs, sachant que nous serons jugés plus sévèrement.
2 Car nous péchons tous en beaucoup de choses. Si quelqu'un ne pèche pas en parole, c'est un homme parfait, capable de tenir aussi tout le corps en bride.
3 Si nous mettons aux chevaux un mors dans la bouche pour nous en faire obéir, nous gouvernons aussi leur corps tout entier.
4 Voyez encore les vaisseaux : tout grands qu'ils sont, et quoique poussés par des vents impétueux, ils sont conduits par un très petit gouvernail au gré du pilote qui les dirige.
5 Ainsi, la langue est un tout petit membre ; mais de quelles grandes choses elle peut se vanter ! Voyez, une étincelle petit embraser une grande forêt !
6 La langue aussi est un feu, un monde d'iniquité. N'étant qu'un de nos membres, la langue est capable d'infecter tout le corps ; elle enflamme le cours de notre vie, enflammée qu'elle est elle-même du feu de l'enfer.
7 Toutes les espèces de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles et d'animaux marins peuvent se dompter, et ont été domptés par l'homme.
8 Mais la langue, aucun homme ne peut la dompter : c'est un fléau qu'on ne peut arrêter ; elle est remplie d'un venin mortel.
9 Par elle, nous bénissons le Seigneur et notre Père, et par elle nous maudissons les hommes qui ont été faits à l'image de Dieu.
10 De la même bouche, sortent la malédiction et la bénédiction ! Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
11 Est-ce que de la même ouverture, la source fait jaillir le doux et l'amer ?
12 Est-ce qu'un figuier, mes frères, peut produire des olives, ou la vigne des figues ? Ainsi une source salée ne peut donner de l'eau douce.


23 - Sonnets pour servir d'Introduction aux Fragments et à l'Aperçu sur le colportage biblique

23.1 - Les copistes

Gloire à ces travailleurs modestes
Qui gardaient le Livre de Dieu,
Lampe d'or brillant au saint lieu
En dépit des souffles funestes !

Ils déchiffraient les palimpsestes,
Puis, sur le vélin précieux,
Traçaient les paroles célestes
Avec un art religieux.

Et lorsque, au milieu d'une page,
La mort interrompait l'ouvrage,
Il s'achevait par d'autres mains.

Devant ces nobles parchemins,
S'incline, ouvriers anonymes,
Un fils de vos labeurs sublimes !


23.2 - Les imprimeurs

Gutenberg, Elzévir, Estienne,
Inventeurs du plus noble outil,
Vos mains habiles ont serti
Dans l'or nouveau la perle ancienne.

Grâce à vous l'immortel Écrit,
Sans autre beauté que la sienne,
Redevint, pour l'âme chrétienne,
Le pur joyau du Saint-Esprit !

Son orient incomparable
Charma les yeux du misérable,
Éblouissant même les rois.

Dans leur indigence commune
Ce livre devint la fortune
De tous les peuples à la fois !


23.3 - Les traducteurs

À l'humanité fut donnée
La parole, attribut de Dieu :
Par le péché, maître en tout lieu,
Au blasphème elle est condamnée.

La langue humaine est profanée
Et fait entendre, sous les cieux,
Non plus le verbe harmonieux,
Mais des cris de bête enchaînée.

Vous dont les patients travaux
Forcent à des accents nouveaux
Le langage le plus rebelle,

Vous faites du Livre divin
La grammaire où le genre humain
Apprend la langue universelle !


23.4 - Les colporteurs

Debout, les vaillants serviteurs !
Pour vous la besogne commence ;
Les scribes et les traducteurs
Vous ont préparé la semence ;

Dans sa misère et sa démence,
La terre attend ses bienfaiteurs ;
Vous êtes peu, l'oeuvre est immense :
En avant, hardis colporteurs !

Le sol où votre pied se lasse
Ne gardera pas votre trace,
Mais Dieu la suit avec amour.

Il rend sa Parole féconde :
Semeurs, ensemencez le monde,
Et vous moissonnerez un jour !


23.5 - Le nerf de la guerre

Il n'est pas une pièce d'or
Qui soit nette du sang des hommes :
Au total de toutes les sommes
S'ajoute la honte ou la mort...

Ô toi qui sais comment se nomme
Celui qui venge tous les torts,
Sois, pour tout le reste, économe,
Mais prodigue pour ses trésors,

Afin qu'en tout lieu se répande
De Dieu la magnifique offrande :
Le sang précieux de Jésus,

Qui sauve, rachète et répare
Même les crimes de l'avare
Quand l'or ne le possède plus !

Ruben Saillens


24 - Fragments relatifs à l'Histoire générale de la Bible (Les Textes Originaux)

24.1 - Les trois plus vieilles Bibles du monde

Avant l'invention de l'imprimerie, tout nouvel exemplaire des livres saints devait être copié à la main. Or, il était impossible que dans la copie d'un long manuscrit il ne se glissât pas des erreurs, et que dans une copie de cette copie il ne s'en glissât pas de nouvelles (299) . On comprend donc que les manuscrits du quinzième siècle devaient être passablement fautifs. Il est vrai que ces erreurs sont généralement insignifiantes. Mais pour avoir, le plus exactement possible, le texte sacré original, une révision du texte des Bibles imprimées d'après ces manuscrits du quinzième siècle est indispensable.

Comment cette révision est-elle possible ? On a trois sources d'information :

Les manuscrits de la Bible dans les langues originales.
Les anciennes versions de la Bible, dont l'une, les Septante, est antérieure à Jésus-Christ, dont d'autres sont de très peu postérieures aux temps apostoliques. Nous rejoignons ainsi par elles un texte très ancien,
Les très abondantes citations des Écritures dans les écrits des Pères de l'Église, qui datent principalement des deuxième, troisième et quatrième siècles.

En comparant les données de ces trois sources d'information, inconnues, ou à peu près, au quinzième siècle, on peut arriver à établir un texte plus sûr que celui des manuscrits récents, où les erreurs ont pu s'accumuler, et d'après lesquels ont été imprimées nos premières Bibles protestantes.

La science qui étudie ces données s'appelle la critique du texte, ou «basse critique», comme on dit dans d'autres pays, par opposition à la «haute critique» qui s'occupe des questions, plus importantes, d'auteur, de date, d'authenticité.

Arrêtons-nous un peu sur la première de ces sources d'information.

La valeur d'un manuscrit est généralement en proportion de son âge. Comment cet âge peut-il se déterminer ? La question est très complexe. Toutefois, le guide principal, c'est la forme des lettres. Les manuscrits les plus anciens sont écrits en lettres onciales, c'est-à-dire en lettres majuscules, environ de la dimension de l'épaisseur du pouce (uncia, en latin, signifie pouce), sans ponctuation, sans accents, sans division entre les mots, comme ceci

DIEUATANTAIMELEMONDEQUILADONNESONFILSUNIQUE

On économisait ainsi de l'espace, ce qui était nécessaire, vu la cherté des matériaux. De plus, les abréviations sont nombreuses.

Les manuscrits plus modernes sont écrits en écriture cursive.

Parmi les manuscrits anciens, il y en a trois qui dépassent tous les autres en importance : ce sont le Vaticanus, du quatrième siècle, le Sinaïticus, du quatrième ou cinquième siècle (300) . et l'Alexandrinus, du cinquième siècle. Chose assez curieuse, la possession de ces trois manuscrits se trouve partagée entre les trois grandes branches de l'Église chrétienne. Le Vaticanus est entre les mains de l'Église catholique : il est conservé à la Bibliothèque du Vatican, à Rome. L'Alexandrinus appartient à la protestante Angleterre il est conservé au Musée britannique. Le Sinaïticus appartient à l'Église grecque : il est conservé à Saint-Pétersbourg.


24.1.1 - Le Codex Vaticanus

Le Codex Vaticanus (codex est le nom technique de ces anciens manuscrits) est donc la plus vieille Bible du monde. Il a dû être placé dans la bibliothèque du Vatican lors de sa fondation, en 1448, par le pape Nicolas V. Les autorités du Vatican l'ont pendant longtemps gardé d'une manière un peu trop jalouse. L'accès en était interdit, même aux savants. L'un d'eux, pourtant, le Dr Tregelles, put pénétrer jusqu'à lui, mais tout d'abord on fouilla ses poches, on lui enleva plume, encre, papier. Deux prêtres chargés de le surveiller cherchaient à le distraire s'il paraissait trop occupé à examiner un passage, et même allaient jusqu'à lui enlever le livre. Depuis, le pape Pie IX a fait faire de ce manuscrit d'excellents fac-similés que l'on peut trouver dans les principales bibliothèques de l'Europe.

Le manuscrit n'est pas complet. Il y manque Genèse 1-46, les psaumes 105 à 137, et la fin du Nouveau Testament à partir de Hébreux 11, 14 (où le manuscrit s'arrête au milieu du mot «purifiera»). Tout le reste manque (ou est d'une écriture plus récente). Marc 16, 9-20 est omis. Mais un espace blanc est réservé, à cet endroit, ce qui montre que le copiste connaissait le passage, mais ne savait s'il devait l'insérer ou non. Le Sinaïticus l'omet également. C'est pour cela que ce passage est entre crochets dans les éditions modernes du Nouveau Testament, «comme manquant dans les plus anciens manuscrits», ainsi que s'exprime la version révisée anglaise.

L'écriture est délicate et belle. Malheureusement, un copiste du dixième siècle, de crainte, probablement, que l'écriture ne s'altérât, a tout repassé grossièrement avec une encre fraîche. Sa crainte était vaine, car ici et là des mots qu'il a laissés tels quels, parce qu'ils étaient écrits en double, sont restés clairs et lisibles malgré les quinze cents ans écoulés.

Le Vaticanus a probablement été écrit en Égypte, dans le cercle d'Athanase.


24.1.2 - Le Codex Sinaïticus.

Ce manuscrit doit son nom à l'endroit où il a été découvert d'une façon tout inattendue, presque dramatique, par le grand savant Tischendorf. Ce dernier se trouvait, en 1844, en quête d'anciens manuscrits de la Bible, au couvent de SainteCatherine, au pied du mont Sinaï. Il n'y avait rien trouvé, quand il aperçut au milieu de la grande salle un panier plein de vieux parchemins. Le bibliothécaire lui dit qu'on avait déjà employé pour allumer le feu deux paniers de ces vieux papiers. Quelle ne fut pas la surprise de Tischendorf en trouvant dans ce panier une quantité de pages d'un manuscrit de la version des Septante ! Il n'avait jamais rien vu qui eût un cachet si prononcé d'antiquité. On lui permit de prendre une quarantaine de feuilles, mais il ne sut pas déguiser sa joie, et les moines, soupçonnant la valeur du manuscrit, refusèrent de lui en donner davantage.

Tischendorf retourna en Allemagne, où il fit avec sa découverte grande sensation dans le monde savant. Il prit soin, toutefois, de ne pas dire où il l'avait faite, car il espérait encore mettre la main sur le reste du manuscrit. Bien lui en prit, car le gouvernement anglais chargea immédiatement un savant de visiter l'Orient et d'acquérir tout manuscrit grec de valeur sur lequel il mettrait la main. Tischendorf avait grand peur que le savant anglais ne découvrît le vieux parchemin du mont Sinaï, mais l'autre ne découvrit rien.

Tischendorf essaya, par l'entremise d'un ami influent qu'il avait à la cour d'Égypte, de se procurer le reste du manuscrit, mais sans succès. «Les moines, lui écrivit son ami, connaissent maintenant la valeur de ces parchemins, et ils ne s'en déferont à aucun prix». Tischendorf retourna au couvent, mais n'y put trouver qu'une seule feuille avec onze lignes de la Genèse, par où il vit que le manuscrit avait contenu tout l'Ancien Testament.

Quinze ans s'écoulèrent, pendant lesquels Tischendorf sut éveiller l'intérêt et se concilier la sympathie de l'empereur de Russie. En 1859, il est de nouveau au couvent, cette fois avec une commission de l'Empereur. Toutefois il ne trouve presque rien qui ait de la valeur, et il a pris toutes ses dispositions pour repartir, quand survient un événement inattendu.

La veille même de son départ, il faisait dans les jardins du couvent une promenade avec l'économe, et, celui-ci, en rentrant, l'invitait à entrer dans sa cellule pour lui offrir quelques rafraîchissements. À peine étaient-ils entrés que le moine lui dit : «Moi aussi, j'ai lu un exemplaire de ces Septante». Et, ce disant, il descendit d'une étagère un gros paquet enveloppé d'un drap rouge, qu'il plaça sur la table. Tischendorf ouvrit le paquet, et, à sa grande surprise, y trouva non seulement les fragments du manuscrit des Septante qu'il avait vus quinze ans auparavant, mais aussi des fragments étendus de l'Ancien Testament, le Nouveau Testament tout entier, une partie des Apocryphes et deux écrits des Pères de l'Église (l'épître de Barnabas et une partie du pasteur d'Hermas).

Plein de joie, mais d'une joie que, cette fois, il eut assez d'empire sur lui-même pour dissimuler, il demanda, d'un ton indifférent, la permission d'emporter le paquet dans sa chambre pour l'examiner à loisir. «Et là, dit-il, seul avec moi-même, je m'abandonnai aux transports de ma joie. Je savais que je tenais entre les mains un des plus précieux trésors bibliques qui existassent, un document qui, en antiquité et en importance, dépassait tout ce que j'avais vu pendant vingt années d'études».

Grâce à l'influence de l'empereur de Russie, il réussit à obtenir le précieux manuscrit. La générosité du souverain permit d'en publier, en 1862, un élégant fac-similé en quatre volumes in-folio. Trois cents exemplaires furent tirés, dont cent furent donnés à Tischendorf, qui en vendit la plupart, tandis que les deux cents autres furent distribués comme cadeaux par le gouvernement russe. On trouve de ces fac-similés dans les grandes bibliothèques de l'Europe (301) . L'original est conservé, comme un trésor littéraire sans prix, à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg.


24.1.3 - Le Codex Alexandrinus

Le Codex Alexandrinus a été donné à Charles 1er d'Angleterre, en 1628, par Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople, qui l'avait probablement rapporté d'Alexandrie. Sur la première page se trouvent écrits en arabe ces mots : «Écrit par Thekla, le martyr. Il manque Matthieu 1 à 25 et Jean 6 v. 50 à 8 v. 52».

Ce manuscrit a été écrit en Égypte ou en Palestine.


24.2 - Comment le texte de l'Ancien Testament est venu jusqu'à nous

L'Ancien Testament nous a été transmis par les Massorètes. La Massore (c'est-à-dire tradition) est l'ensemble de tous les renseignements concernant le texte sacré, longtemps conservés par la tradition orale. Les Massorètes, docteurs juifs dont l'activité s'étend du cinquième au dixième siècle après Jésus-Christ (à Tibériade et à Babylone), ont fixé ce texte, en même temps qu'ils nous ont transmis cette tradition par écrit et l'ont enrichie.


24.2.1 - En premier lieu, ils ont fixé le texte sacré

D'un côté, il est prouvé que le texte hébreu actuel n'est pas identique au texte des manuscrits originaux. Cela ressort soit du fait que la version des Septante, qui remonte à deux ou trois cents ans avant Jésus-Christ, suppose un texte différent de notre texte hébreu actuel, soit de l'étude de ce texte hébreu lui-même. Ainsi, Josué 15, 32, il est dit que les villes de Juda dans le Negueb sont au nombre de vingt-neuf. Or, si on les compte, on en trouve trente-six. Si on compare les passages 1 Chroniques 8, 29-38 et 9, 35-44, qui donnent tous deux la généalogie de Saül, on n'y trouve pas moins de onze divergences. Nous sommes évidemment, ici, en présence de fautes de copistes.

D'autre part, l'étude des manuscrits hébreux prouve que tous ces manuscrits sont issus d'un original unique.

D'où il est aisé de conclure qu'à un moment donné un manuscrit a été choisi comme archétype, et que tous les autres ont été éliminés, détruits.

C'est ainsi que les massorètes, desquels procède le texte actuel de l'Ancien Testament, ont fixé ce texte. Voilà comment il se fait que le texte de l'Ancien Testament est dépourvu de variantes, tandis que le texte du Nouveau Testament, dont nous possédons des manuscrits nombreux et divers, en a de très nombreuses.


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Rouleau de la loi, en hébreu, du 15e siècle.
Rouleau de la loi, en hébreu, du 15e siècle qui fait partie de la bibliothèque de la Société biblique britannique et étrangère.
24.2.2 - En second lieu, ils ont copié le texte.

Aucun mot ne devait être écrit de mémoire. Le copiste devait regarder attentivement le mot à copier et le prononcer oralement. Avant d'écrire un des noms de Dieu, il devait se recueillir solennellement et laver sa plume. Avant d'écrire le nom ineffable de Jéhovah (que les Israélites, par respect formaliste, ne prononcent jamais, mais remplacent par le nom d'Adonaï, Seigneur), il devait se laver tout le corps. La seule encre employée devait être une encre noire, pure, faite de suie, de charbon et de miel. Le parchemin devait être la peau d'un animal pur préparée spécialement par un Israélite. Les différents parchemins qui composaient le manuscrit devaient être attachés ensemble par des cordons faits avec les tendons d'animaux purs. Le manuscrit était examiné dans les treize jours qui suivaient son achèvement. D'après certains écrivains, une erreur d'une seule lettre rendait le manuscrit inutilisable. D'après d'autres, on pouvait corriger jusqu'à trois erreurs par parchemin. et s'il y en avait davantage, l'exemplaire était rejeté comme profane.

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Codex Babylonicus


Partie d'une colonne du Codex Babylonicus
(voir point 24.2.5 du texte global
= point 1.2.5. de la Partie 4
«Les textes originaux et
les traductions anciennes»).
Les points-voyelles sont
au-dessus des lettres.
C'est le système supralinéaire,
dit babylonien, plus simple et
probablement plus ancien que
le système sublinéaire, ou palestinien.
Le fac-similé ci-dessus représente
le passage Osée, 1 v. 2-5, depuis :
à Osée, va prends...
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Fragment d'un papyrus découvert en Égypte.


Fragment d'un papyrus découvert
il y a quelques années en Égypte
(voir point 24.2.5 du texte global
= point 1.2.5. de la Partie 4
«Les textes originaux et
les traductions anciennes»).
Le morceau reproduit ci-dessus
commence avec ces mots :
l'Éternel ton Dieu (Exode. xx, 2)
et se termine avec ceux-ci :
C'est pourquoi (11).


24.2.3 - En troisième lieu, ils ont annoté le texte

Ils ont rédigé :


24.2.3.1 - Des notes sur le contenu du texte.

24.2.3.1.1 - Compte des lettres

1) Ils ont compté combien de fois chaque lettre revient dans l'Écriture. Ainsi la lettre aleph revient 42.377 fois, la lettre beth 38.218 fois, etc. Le nombre total de lettres de l'Ancien Testament est de 815.280. Le but de ce calcul était de prévenir l'addition ou l'omission d'une seule lettre.


24.2.3.1.2 - Compte des expressions

2) Ils notaient combien de fois tel mot ou telle expression revient dans l'Écriture. Si ce n'est qu'une fois, la note dit : «Pas d'autres». Si c'est plus souvent, la note dit : «Trois, quatre, cinq fois, etc».

Ainsi pour les mots : «l'Esprit de Dieu», la note dit : «Revient huit fois», et indique les endroits. Partout ailleurs, il y a «l'Esprit de l'Éternel» (Jehovah). La note est destinée à empêcher le copiste de commettre une erreur facile en reproduisant l'expression sous sa forme la plus ordinaire. On trouve aussi des notes comme celles-ci : «Il y a deux versets dans la Thorah (le Pentateuque) qui commencent par un M. Il y en a onze où la première et la dernière lettre sont un N. Il y en a quarante où le mot lo (non) se retrouve trois fois».


24.2.3.1.3 - Autre classe de notes

Voici un exemple curieux d'une autre classe de notes :

Dans Josué 9, 1, se trouvent énumérés, selon leur nationalité, les rois de six peuples différents. «À la nouvelle de ces choses, tous les rois, le Hétien et l'Amorréen, le Cananéen, le Phérézien, le Hévien et le Jébusien, s'unirent...» (c'est ainsi que les Massorètés lisaient le passage). Le mot et ne s'y retrouve que deux fois, avant le second et avant le sixième nom. N'était-il pas inévitable qu'une fois ou l'autre un copiste, dans un moment de négligence, déplaçat ces deux petits mots ? (En hébreu la conjonction et est exprimée par une seule lettre, un v assez semblable à notre i).

Pour parer à ce danger, voici l'expédient auquel les Massorètes eurent recours. À ce verset, ils mirent une petite note ainsi conçue «L'or pour les rois», en indiquant le passage Nombres 31, 22 «L'or et l'argent, l'airain, le fer, l'étain et le plomb». Dans ce passage, il y a six noms, et la conjonction et se trouve devant le second et devant le sixième, tout comme dans Josué 9, 1. Ainsi ces deux passages devaient se contrôler l'un l'autre. Il était peu probable qu'une erreur se produisît dans les deux. D'ailleurs l'attention du copiste était éveillée, et c'était suffisant.


24.2.3.1.4 - Autres comptes

Les Massorètes avaient compté les versets, les mots, aussi bien que les lettres. Ils ont trouvé 23.206 versets dans l'Ancien Testament. Ils indiquent la lettre du milieu dans chaque livre ou collection de livres (pour le Pentateuque, la lettre du milieu est dans le mot ventre, Lév. 11, 42), le mot du milieu (pour le Pentateuque, c'est chercha dans Lév. x, 16), le verset du milieu (pour le Pentateuque, c'est Lév. 8, 8). Ils avaient aussi compté les versets, mots, lettres, de chaque section.


24.2.3.2 - Des corrections

Quand une correction semblait s'imposer, ils ne l'introduisaient jamais dans le texte, tel était le respect qu'ils avaient de celui-ci. Ils maintenaient les consonnes du mot dans le texte, plaçaient en marge les consonnes du mot rectifié, et mettaient les voyelles du second sous les consonnes du premier (voir plus bas). On ne pouvait lire le premier, naturellement, sans regarder le second. Le premier s'appelait kethib (ce qui est écrit), le second, keri (ce qui doit être lu).

On ne peut que se féliciter de la méthode suivie par les Massorètes. Si, avec leur connaissance imparfaite de la critique du texte, ils avaient corrigé le texte lui-même, ils auraient sans doute fait plus de mal que de bien. Avec le système qu'ils ont adopté, nous avons sous les yeux, en même temps, leur opinion et l'ancienne leçon, et nous pouvons choisir.

Voici un exemple :

Job 13, 15, nous lisons, dans Ostervald : Quand même il me tuerait, je ne cesserais d'espérer en lui. Segond traduit : Voici, il me tuera, je n'ai rien à espérer. Cette différence vient de ce qu'Ostervald a adopté la correction marginale des Massorètes (lo, orthographié de manière à signifier : en lui), tandis que Segond s'en tient à la leçon du texte (lo, orthographié de manière à signifier : non).


24.2.4 - Les points-voyelles

En quatrième lieu, ils ont inventé les points-voyelles. Jusque vers l'an 500 après Jésus-Christ, les manuscrits des livres saints de l'Ancien Testament étaient dépourvus de voyelles. La prononciation était donnée par la tradition. Les Massorètes, pour fixer la prononciation, inventèrent un système de points-voyelles, ainsi appelés parce que leurs voyelles sont des points, ou de tout petits traits, qui sont placés sous ou dans les lettres. Eux-mêmes ne reconnurent à ces voyelles qu'un caractère tout humain. Elles n'ont jamais été introduites dans les manuscrits sacrés destinés aux Synagogues.

Dans certains mots, une légère modification des voyelles donne un sens différent. Genèse 47, 31, nous lisons : Israël se prosterna sur le chevet de son lit. Dans Hébreux 11, 21 : il adora appuyé sur l'extrémité de son bâton. Le mot traduit ici par bâton, là par chevet, se lit dans le manuscrit hébreu sans voyelles : mtth. Les Massorètes ont ajouté les voyelles i et a, ce qui fait mittah, lit, tandis que les auteurs de la version des Septante, que cite l'épître aux Hébreux, lisaient le même mot avec les voyelles a et e, ce qui fait matteh, bâton.


24.2.5 - Système d'accents

En cinquième lieu, enfin, les Massorètes inventèrent un système compliqué d'accents, qui indiquent les nuances de sentiment, d'énergie, à mettre dans la lecture à haute voix et couchent presque la parole vivante sur le papier. Il paraît que rien n'est beau comme d'entendre un juif cultivé, capable d'émotion, d'enthousiasme, lire l'Ancien Testament en se conformant à ces accents.

Le plus ancien manuscrit hébreu connu est le Codex Babylonicus (302) . Il contient les prophètes, d'Ésaïe à Malachie. Les savants sont d'accord pour lui assigner la date de 916. Il est à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg.

On a découvert, il y a quelques années, en Égypte, des fragments de papyrus qui contiennent presque tout le Décalogue en hébreu, et le Schema (écoute... Deut. 6, 4-9). On suppose qu'ils sont du commencement du second siècle. Ils sont en tout cas antérieurs de cinq ou six siècles au Codex Babylonicus. Ils se trouvent à la bibliothèque de l'Université de Cambridge.


24.3 - Aperçu sur l'Histoire du Nouveau Testament

24.3.1 - Formation du Canon

Dans les premiers temps de l'âge apostolique, la grande autorité, au sein de l'Église, c'est le Seigneur. Cette autorité est égalée à celle de Dieu lui-même parlant dans les oracles de l'Ancien Testament (1 Cor. 7, 10 ; 9, 14). Encore au second siècle, on trouve chez le plus ancien historien ecclésiastique, Hégésippe (mort en 180), cette expression : «La loi, les prophètes, et le Seigneur».

D'après Luc 1, 3-4, les souvenirs du ministère du Seigneur furent d'abord transmis par les témoins oculaires de son activité, puis recueillis et rédigés sans ordre, par «plusieurs» — ce qui était tout naturel, puisque tous les chrétiens ne pouvaient entendre les témoins, et que ceux-ci disparurent peu à peu, — puis racontées «d'une manière suivie» par les évangélistes. Ces évangélistes, en prenant la plume, se proposaient soit de contribuer à l'édification des chrétiens, soit d'amener ceux du dehors à reconnaître que Jésus était le Fils de Dieu. Tels furent les premiers éléments de ce qui devint plus tard le Nouveau Testament.

En même temps que les paroles du Seigneur, mais plus lentement, les écrits des apôtres s'imposèrent à l'attention des églises. Les lettres de Paul étaient lues dans les églises auxquelles elles étaient adressées, et communiquées à d'autres églises (Col. 4, 16). Plus tard vinrent les épîtres catholiques, adressées à tous les dispersés, et l'Apocalypse. Ces écrits étaient lus au culte public (303) , comme la Loi et les prophètes dans les synagogues.

Toutefois, pendant longtemps, il n'y eut pas de recueil proprement dit, encore moins un recueil uniforme, et moins encore un recueil ecclésiastique. Divers livres étaient utilisés, comme l'épître de Clément, l'épître de Barnabas, le pasteur d'Hermas, qui ne figurent pas dans notre Nouveau Testament.

À mesure que les communautés chrétiennes devenaient plus considérables et entraient davantage en contact avec les courants intellectuels de leur temps, la liberté dans l'emploi des livres sacrés de la nouvelle alliance n'était pas sans offrir de sérieux inconvénients. À la faveur de cette liberté et de cette incertitude, les tendances les plus diverses et les plus fâcheuses pouvaient se manifester et se légitimer. Dans les livres alors en usage, on pourrait citer bien des assertions étranges et antiévangéliques. Le danger devint aigu quand se prononcèrent deux mouvements d'inspiration opposée, d'un côté celui des gnostiques, qui rejetaient l'Ancien Testament et la tradition des douze, ne retenaient que les épîtres de Paul et l'Évangile de Luc, et méconnaissaient l'origine spécifiquement divine du christianisme, — d'un autre côté celui des Montanistes, qui prétendaient créer un prophétisme nouveau et exagéraient le spiritualisme évangélique. L'hérésie obligea l'Église à se défendre, et, pour se défendre, à délimiter les livres qui devaient faire autorité.

Nous ne pouvons raconter ici en détail l'histoire de la formation du Nouveau Testament (304) . Qu'il nous suffise de dire qu'à la fin du second et au commencement du troisième siècle, on constate l'existence d'une collection proprement dite, d'un canon du Nouveau Testament, dans les écrits d'Irénée (140-202), de Tertullien (160-220), dans le fragment de Muratori (même époque), pour l'Occident, de Clément d'Alexandrie ( 216) et d'Origène (185-254), pour l'Orient. C'est encore une période de formation.

Vers le milieu du second siècle il n'y a encore qu'une ébauche de ce que sera le Nouveau Testament. La plupart des éléments qui le constituent sont là, mais en désordre... Vers la fin du second siècle, on est d'accord, un peu partout, sur l'étendue du Nouveau Testament, et il comprend tout l'essentiel du nôtre» (305) . D'après Barth (306) , on peut parler de l'an 180 comme d'une date approximative pour la formation d'une collection des écrits du Nouveau Testament.

Le critère auquel on eut recours pour le choix des livres, ce fut l'origine apostolique des écrits. De là des hésitations, des flottements, pour la seconde épître de Pierre, l'épître de Jacques, les deux dernières épîtres de Jean et l'Apocalypse, l'origine apostolique de ces écrits n'étant pas universellement admise. Quant aux Évangiles de Marc et de Luc, ils étaient trop consacrés par l'usage pour qu'on pût hésiter à leur sujet.

Si l'on demande à qui est due la première formation de cette collection, il semble que certaines pages d'Irénée et de Tertullien fournissent les éléments d'une réponse. Nous voulons parler des passages où ces Pères apostoliques parlent avec insistance des évêques comme héritiers de la succession apostolique et gardiens de la foi, et des passages où ils attribuent une importance particulière aux communautés d'origine apostolique. On peut conclure de ces affirmations que les évêques des églises apostoliques de l'Asie Mineure et de la Grèce, églises particulièrement considérées, intervinrent, d'accord avec l'évêque de Rome, soit oralement, soit par écrit, pour arrêter le canon. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons rien dire de plus précis.

C'est dans le cours du quatrième siècle que fut achevée la formation du canon, sous l'influence de trois hommes : Athanase, Jérôme, Augustin. Athanase réussit à faire accepter l'Apocalypse par les églises d'Orient, où elle n'était généralement pas admise. De même, son influence, aidée de celle de Jérôme, fit admettre par les Églises d'Occident l'épître aux Hébreux. C'est grâce à lui également que la seconde épître de Pierre, celle de Jacques, celle de Jude, les deux dernières de Jean, furent admises en Occident. En 382, un synode, à Rome, sous l'influence de Jérôme, fixe la liste des 27 livres du Nouveau Testament. Après Athanase et Jérôme, c'est saint Augustin qui a le plus contribué à faire l'unité dans l'Église sur la question du canon. Sous son influence, le concile d'Hippone, en 393, arrêta la collection de 27 livres canoniques «en dehors desquels il n'était permis de rien lire dans l'Église». Un dernier indice des hésitations de jadis fut la manière dont on désigna l'épître aux Hébreux : «13 épîtres de Paul, et une, du même, aux Hébreux», et l'autorisation de lire les Actes des Martyrs aux anniversaires de ces martyrs. Le concile de Carthage, en 419, formula le canon en parlant nettement de quatorze épîtres de Paul et en rejetant les Actes des Martyrs. Ce décret fut sanctionné par le pape Gélase (492-496).


24.3.2 - Histoire du Texte

24.3.2.1 - Les Manuscrits

Dans les deux premiers siècles, on écrivait surtout sur du papyrus, d'un seul côté, avec un style de roseau et de l'encre de suie. Plusieurs morceaux de papyrus étaient joints ensemble, et la feuille ainsi obtenue était fixée par le côté droit à une baguette autour de laquelle on la roulait. C'était le tomos (grec), ou volumen (latin), que l'on enfermait dans une boîte. On ne possède aucun des manuscrits originaux, ni aucune des copies faites pendant les premiers siècles, ce qui s'explique en partie par la nature peu résistante du papyrus. Dès le troisième siècle, on employa les peaux d'animaux, ou parchemins. On en faisait des cahiers de trois ou quatre feuilles (terniones, quaterniones), qui, réunis, formaient un codex, généralement de la grandeur d'un de nos in-folio. Chaque page était partagée en plusieurs colonnes (de deux à quatre). Telles furent les cinquante copies de la Bible qu'au quatrième siècle Eusèbe de Césarée fit confectionner sur l'ordre de l'empereur Constantin, et qui furent confiées aux églises de Constantinople. Les riches faisaient faire des exemplaires écrits en lettres d'or ou d'argent sur parchemin de pourpre. Ceux, au contraire, pour lesquels le parchemin ordinaire était trop cher se procuraient un parchemin ayant déjà servi dont ils faisaient disparaître l'écriture, pour y coucher un nouveau texte. Ces manuscrits se nomment palimpsestes. L'ancienne écriture ne peut, le plus souvent, être reconstituée que par des procédés chimiques. Le papier (papier de coton ou de lin) ne fit son apparition qu'à partir du huitième siècle. Il fut importé de Chine.

Au point de vue de l'écriture, les manuscrits se divisent en deux catégories, manuscrits en lettres onciales et manuscrits en lettres cursives. Jusqu'au neuvième siècle, ils sont en lettres onciales. On compte environ cent trente de ces manuscrits.

Voici les plus anciens (307) :

Le Vaticanus, du quatrième siècle.

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Codex Vaticanus
Codex Vaticanus
Ce fac-similé représente le passage
Marc 16, 6-8, qui, dans ce manuscrit,
termine l'Évangile de Marc.
Le Sinaïticus, du quatrième ou du cinquième siècle. C'est le seul manuscrit en lettres onciales qui renferme le Nouveau Testament, tout entier.

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Codex Sinaïticus
Codex Sinaïticus
Ce fac-similé représente
le passage
Hébreux 12, 27-29.
L'Alexandrinus, du cinquième siècle.

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Codex Alexandrinus
Codex Alexandrinus
Ce fac-similé représente
le passage
Jean 1, 1-5.

Le Codex d'Ephrem, palimpseste, du cinquième siècle, écrit probablement en Égypte. Il manque environ les trois huitièmes du Nouveau Testament.

Ce manuscrit est à la Bibliothèque nationale de Paris (308) .

Le Codex Bezae, du sixième siècle. Il provient de Lyon. Il fut offert par Théodore de Bèze (309) . à l'université de Cambridge, dans la bibliothèque de laquelle il est conservé. Il contient les Évangiles et les Actes des Apôtres, avec des lacunes. Il est en grec et en latin. Aucun manuscrit ne contient des variantes aussi originales.

Le Codex Claromontanus, du sixième siècle, en grec et en latin. C'est la suite du manuscrit précédent. Il appartint aussi à Théodore de Bèze. Il contient les épîtres de Paul. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de Paris (310) .

Tous les manuscrits en lettres onciales postérieurs au septième siècle dérivent de l'Église grecque, seule en état, alors, de conserver et de reproduire le texte original du Nouveau Testament.

Les manuscrits en écriture cursive font leur apparition au neuvième siècle. C'est à ce moment que fut inventée cette écriture, qui permettait d'écrire chaque mot d'un trait et d'économiser l'espace. Grâce à ces deux innovations, qui datent à peu près de la même époque, l'écriture cursive et le papier, le nombre des manuscrits augmenta considérablement. Jusqu'à l'invention de l'imprimerie, on en compte environ 3.700 en écriture cursive.

Il faut mentionner, en outre, les lectionnaires, exemplaires destinés à servir à la lecture publique dans les églises et ne contenant que les péricopes ecclésiastiques. Les uns sont en lettres onciales, les autres en écriture cursive. On en connaît environ 1.300, dont les plus anciens datent du sixième siècle.

Il existe donc plus de 5.000 manuscrits du Nouveau Testament (311) .


24.3.2.2 - Les Variantes

Dans toute copie, nous l'avons déjà dit (voir Fragment I), les erreurs sont inévitables. Avec le nombre des copies, elles augmentent fatalement. Si déjà Origène se plaignait amèrement de l'état des manuscrits de son temps, on comprend qu'à plus forte raison, au seizième siècle, on fût loin de se trouver en présence d'un texte uniforme du Nouveau Testament (312) .

Souvent, les changements ont pu être inspirés par les meilleures intentions, par le respect même pour le texte sacré ou par le désir de l'adapter à l'usage ecclésiastique.

Voici sous quelles formes elles ont pu se produire :

Changement de formes provinciales en formes classiques, ou l'inverse ; changement de formes rares en formes usuelles ; corrections grammaticales ; corrections de style ; additions destinées ou à rendre le texte plus clair, ou à faire ressortir le parallélisme de la pensée ; modifications destinées à rendre uniformes des passages parallèles, soit dans les Évangiles, soit dans les Épîtres ; modifications amenées par l'usage liturgique ; fautes provenant d'une perception fautive de texte, soit par l'oreille (si le copiste écrivait sous la dictée), soit par les yeux, ou d'une abréviation mal comprise ; omissions de mots répétés dans l'original ; division erronée des mots, que l'écriture onciale ne séparait pas ; modification de passages qui pouvaient paraître étranges ou malsonnants ; atténuations provenant de la décadence de la vie spirituelle dans l'Église ; modifications dogmatiques, amenées par les controverses avec les hérétiques.

Ces altérations, toutefois, furent enrayées dès qu'il y eut, avec un canon, un texte qui s'imposait à la vénération des églises. Déjà au second siècle, Origène s'efforce de rétablir le texte biblique dans son intégrité. Pourtant, en 1707, John Mill signalait l'existence de trente mille variantes dans le Nouveau Testament grec. Mais le nombre des variantes importantes est extrêmement restreint, et aucune d'elles ne saurait, dit M. Rilliet, «porter la moindre atteinte ni aux vérités de fait, ni aux vérités de dogme qui constituent l'essence de l'Évangile» (313) .

Néanmoins, cela va sans dire, le lecteur du Nouveau Testament ne saurait être trop jaloux de posséder le texte sacré sous une forme qui se rapproche, autant que possible, de sa forme primitive. Et ce n'est, il faut le dire, qu'après un temps assez long et de laborieux efforts, que les éditeurs ou les traducteurs du Nouveau Testament ont fait droit à un désir si légitime.


24.3.2.3 - Le Texte imprimé — «Texte Reçu»

L'imprimerie était inventée depuis plus d'un demi-siècle, et le Nouveau Testament grec n'avait pas encore été imprimé. Il le fut pour la première fois, en 1514, dans le cinquième volume de la Polyglotte de Complute (Alcala, en Espagne) éditée par le cardinal Ximénès (314) . Cette oeuvre remarquable fut utilisée par Simon de Colines et par Robert Estienne. Elle était trop coûteuse pour pouvoir se répandre chez un grand nombre. La première édition populaire du Nouveau Testament grec fut celle d'Érasme, en 1516. Laissons ici la parole à M. Rilliet : (315)

«Beaucoup plus nombreux que leurs devanciers, les manuscrits de la seconde période, en lettres cursives, avaient envahi les bibliothèques, et quand, après plus d'un demi-siècle depuis la découverte de l'imprimerie, on eut l'idée de publier dans leur texte original les livres de la nouvelle alliance, ce furent des copies relativement modernes qui tombèrent sous la main de l'illustre éditeur à qui l'on doit la première édition grecque du Nouveau Testament. C'était Érasme. Il a dit lui-même de cette publication : «Praecipitatum fuit «verius quam editum» (316) , et il est bien certain que, si l'on ne peut qu'applaudir à la pensée, toute tardive qu'elle était, de rendre public le texte original du Nouveau Testament, on ne saurait que déplorer la précipitation et l'incurie avec lesquelles Érasme exécuta ce travail. Du reste, ce ne fut pas de lui-même, mais à la sollicitation du libraire Froben, de Bâle, qu'il l'entreprit. Froben, craignant sans doute d'être devancé par l'apparition de la Bible polyglotte que le cardinal Ximénès faisait imprimer à Alcala, et dont le texte grec du Nouveau Testament était prêt dès l'année 1514, pressait Érasme de se hâter. Il ne fut que trop bien obéi. Prenant dans la bibliothèque de Bâle les premiers manuscrits venus, l'un du quinzième siècle pour les Évangiles, l'autre du treizième pour les Actes et les Épîtres, et une copie de l'Apocalypse tout aussi récente, Érasme les livra tels quels à l'imprimeur, «après leur avoir fait subir, dit-il, les corrections nécessaires», et qui consistaient, pour la plupart, à insérer dans le texte grec les leçons de la Vulgate latine. Il ajoute, dans les lettres d'où sont tirés la plupart de ces détails, que «la révision des épreuves a souffert, soit de l'incapacité des protes, soit du mauvais état de sa santé», mais il prie ses correspondants de garder pour eux ces confidences, «de peur, dit-il, que les exemplaires «de cette édition ne restent dans les magasins de l'imprimeur, si l'on «vient à se douter de la vérité» (317) . Telle est, d'après un aveu non suspect, l'édition dont le texte, très peu modifié, a été admis par les protestants, presque à l'égal de la Vulgate latine de 1592 par les catholiques, comme le texte authentique du Nouveau Testament.

«Cette première édition d'Érasme avait paru en février 1516 ; il en publia en 1519 une seconde qui diffère de la précédente par quelques changements et par un grand nombre de corrections typographiques. En 1522 parut la troisième édition, qui s'éloigne fort peu de la seconde. Ces premières éditions furent réimprimées à Venise, Strasbourg, Haguenau, et ailleurs. En 1527, Érasme donna sa quatrième édition, où il admit quelques leçons nouvelles empruntées au Nouveau Testament de la polyglotte d'Alcala, qui avait été publiée en 1520. Enfin, il fit paraître en 1535 une cinquième et dernière édition, qui s'écarte à peine de la précédente, et qui fut reproduite presque sans changement par Robert Estienne (sauf pour l'Apocalypse, où il suit le texte d'Alcala), dans son édition de 1550. C'est celle-ci qui, retouchée en un très petit nombre d'endroits par Théodore de Bèze, fut, en 1624, adoptée par les Elzévirs de Hollande comme type de leurs nombreuses éditions. Maîtres du marché, il leur suffit d'affirmer, en tête de leur édition de 1633, que ce texte était le «texte universellement reçu» (textum ergo habes ab omnibus receptum in quo nihil immutatum aut corruptum damus), pour qu'il le devînt, et qu'à ce titre il possédât, pendant près de deux siècles, une sorte de consécration officielle. Peu d'usurpations ont été couronnées d'un aussi grand et illégitime succès ; jamais cadets de famille n'ont, avec tant d'audace, dépossédé leurs aînés, et la dépossession a longtemps duré. Heureusement qu'en ces matières il n'y a pas de prescription, surtout pour des chrétiens qui ont fait justice, il y a trois siècles, de prétentions bien plus graves et bien plus enracinées. Le retour aux sources est de droit, en ce qui concerne le texte sacré, comme en ce qui concernait l'Église, et il eût été ridicule, quand on a su rompre avec Rome, de n'oser rompre ni avec les Elzévirs, ni avec Érasme».

«La piété à l'égard du Nouveau Testament, dit M. Sabatier, triompha de l'obstination dogmatique». Aujourd'hui, nous avons un texte critique du Nouveau Testament, c'est-à-dire un texte résultant de la comparaison scientifique des manuscrits.

Les précurseurs de la restitution du texte du Nouveau Testament furent Wettstein, qui imprima à Bâle, en 1715, le texte reçu, mais en déclarant qu'il préférait d'autres leçons à celles de ce texte ; Richard Bentley, qui ne laissa que des travaux préparatoires (1720), et surtout le pieux Albert Bengel (1687-1751), qui, le premier, émit la pensée que les manuscrits, pour être consultés avec fruit, devaient être classés selon leur âge et leur dépendance les uns vis-à-vis des autres. Dans son édition du Nouveau Testament grec (1734), Bengel ménagea fort le texte reçu, mais il avait montré la voie. Il faut nommer ensuite :

Semler (1721-1791), qui distingua trois familles de manuscrits, les familles alexandrine, orientale et occidentale ;

Lachmann (1e édition du Nouveau Testament, 1831 ; 2e, 1842 et 1850) ;

Tischendorf, qui publia successivement huit éditions du Nouveau Testament. La huitième (1869-1872) est pourvue d'un appareil critique à peu près complet qui permet à chacun de comparer les documents et de se faire à soi-même son texte ;

Tregelles (Nouveau Testament publié de 1858 à 1870) ;

Westcott et Hort (Nouveau Testament publié en 1881, après presque trente années de travaux) ;

Gebhardt, qui a donné un texte établi par la confrontation du texte de ces trois derniers théologiens ;

Puis Bernhard Weiss (Nouveau Testament publié de 1894 à 1900), Scrivener, Weymouth.

Le professeur Eberhard Nestle a édité un Nouveau Testament dont il a établi le texte par la confrontation de la huitième édition de Tischendorf, de l'édition de Westcott et Hort et de celle de Bernhard Weiss. Le texte adopté est celui pour lequel se prononcent au moins deux de ces critiques. Dans l'édition allemande, parue en 1898, l'opinion du troisième critique, lorsque les trois ne sont pas d'accord, est indiquée en marge. La Société biblique britannique a édité ce Nouveau Testament en 1904. Cette édition donne en marge les variantes, soit du texte reçu, soit du texte qui a servi de base pour le Nouveau Testament de la version révisée anglaise, paru en 1881.

De nouveaux travaux, encore inachevés, ont été entrepris par de Soden (1902-1906). Ce savant croit retrouver dans notre texte actuel la trace de trois textes différents : un texte d'Antioche, un texte Égyptien, un texte Palestinien.

Toutes les traductions modernes du Nouveau Testament sont faites sur un texte critique. On peut donc dire que le règne du «texte reçu» est fini. Rappelons que, dans les pays de langue française, les premiers traducteurs qui s'affranchirent du texte reçu furent, en 1858, Arnaud et Rilliet.


24.4 - De l'utilité des anciennes versions Bibliques

Les anciennes versions bibliques, avons-nous dit, peuvent rendre des services pour le contrôle du texte hébreu qui nous a été transmis par les Massorètes, c'est-à-dire pour la fixation du vrai texte biblique.

Voici quelques exemples :

Genèse 4, 8, nous lisons : Cependant Caïn adressa la parole à son frère Abel...

Le terme hébreu traduit ici par adressa la parole signifie en réalité dit à. Il précède toujours des paroles prononcées. Les paroles adressées par Caïn à Abel ne manqueraient-elles pas, par suite d'une erreur de copiste ? C'est le cas de voir ce que disent les anciens documents. Or il se trouve que le Pentateuque samaritain (antérieur de plusieurs siècles à Jésus-Christ), la version des Septante, la version Syriaque, la Vulgate, et les deux Targoums (paraphrases de l'Ancien Testament en araméen) de Jérusalem, portent ces mots : Et Caïn dit... Allons dans les champs. Il est bien difficile, devant ces témoignages, de ne pas admettre que ces mots doivent être ajoutés au texte hébreu. Aussi les réviseurs de la version anglaise ont-ils mis en marge : «Plusieurs des meilleurs et des plus anciens documents portent : ... dit à Abel son frère : «Allons dans les champs».

Genèse 49, 6, on lit dans l'ancienne version anglaise : Ils (Siméon et Lévi) creusèrent un mur, et dans Segond : Ils ont coupé les jarrets des taureaux (Ostervald : enlevé des boeufs).

Les consonnes du texte hébreu permettent de lire de l'une ou de l'autre manière. Les voyelles adoptées par les Massorètes donnent le premier sens, celles qu'ont adoptées les Septante donnent le second, qui paraît préférable. Avec ce dernier sens, en effet, il y a une allusion à l'esprit de destruction de Siméon et de Lévi, et c'est ce sens qu'ont adopté Segond et la révision anglaise.

Josué 9, 4, nous lisons dans Ostervald et dans l'ancienne version anglaise : Ils (les Gabaonites) se donnèrent pour des ambassadeurs. La version des Septante lit : prirent des provisions. Le changement d'une seule lettre dans le texte hébreu (vaïistaïâdou au lieu de vaïistaïârou) donne ce sens, qui paraît beaucoup plus satisfaisant, car pourquoi les Gabaonites se seraient-ils donnés pour des ambassadeurs puisqu'ils l'étaient en effet et ne pouvaient pas être autre chose ? Le sens des Septante est d'ailleurs appuyé par le verset 12 : Voici le pain... dont nous avons fait provision. Aussi cette leçon a-t-elle été adoptée par Segond, comme par la révision anglaise.

1 Samuel 14, 18, nous lisons dans l'ancienne version anglaise et dans Segond : Saül dit à Achija : «fais approcher l'arche de Dieu». Ce passage présente une difficulté. Saül a-t-il bien pu dire : «Fais approcher l'arche» ? D'abord l'arche était selon toute probabilité non pas à Guibea, mais à Kirjeath Jearim (1 Sam. 7, 1, 2). De plus, c'était de l'éphod et non de l'arche qu'on se servait pour connaître la volonté de Dieu. Les mots : fais approcher l'arche ne se trouvent nulle part ailleurs, tandis que apporte l'éphod se lit 1 Samuel 23, 9, et 30, 7. Enfin les mots retire ta main (v. 19) se comprennent avec l'éphod, non avec l'arche. On n'est donc pas étonné de voir que les Septante aient lu éphod. On l'est d'autant moins qu'en hébreu les consonnes des deux mots sont presque identiques de forme, et qu'une erreur de copiste s'explique fort bien. La révision anglaise a adopté le texte des Septante comme leçon marginale.

Ésaïe 9, 3, nous lisons dans l'ancienne version anglaise : Tu rends le peuple nombreux, tu n'augmentes pas sa joie.

Ce tu n'augmentes pas sa joie est en contradietion flagrante avec ce qui suit : il se réjouit. Il suffit de changer une consonne dans le mot hébreu lo (318) , changement qui n'affecte pas la prononciation, pour avoir le sens : tu augmentes sa joie. La version syriaque, et le targoum d'Onkelos, lisent : tu augmentes. Donc nous avons ici, très certainement, une erreur de copiste, et la révision anglaise, ainsi que Segond (après Ostervald), a adopté la leçon tu augmentes qui est beaucoup plus naturelle et ajoute à la beauté du texte, tandis que l'autre le contredit et le dépare.

Enfin, terminons par un passage célèbre : Psaume 22, 17.

Le texte hébreu est littéralement : Comme un lion mes mains et mes pieds. Ceci ne donne aucun sens. Il suffit d'allonger un peu la dernière lettre du mot câari qui signifie comme un lion (changement qui équivaudrait à peu près en français à celui d'un 1 en J), pour avoir le mot câarou, dont le sens est : Ils ont percé. L'erreur du copiste est évidente. Serait-on tenté d'en douter ? Encore ici, les anciennes versions viennent à notre secours, et cela d'une manière décisive. La version des Septante, la version syriaque, la Vulgate, même la version d'Aquila, faite dans un sens hostile aux chrétiens et aux prophéties messianiques, portent : ils ont percé. Les auteurs de ces versions ont donc lu dans le texte hébreu câarou (ils ont percé), et non câari (comme un lion).

Mais nous avons ici deux preuves au lieu d'une. En effet ce même mot câari se retrouve Ésaïe 38, 13 : Comme un lion il brisait tous mes os. À ce passage, les Massorètes ont mis une note indiquant que le mot câari ne se trouve que deux fois dans la Bible, et qu'il n'a pas les deux fois le même sens. Donc, pour eux, si ce mot signifiait comme un lion dans Ésaïe 38, 13, il ne signifiait pas comme un lion dans Psaume 22, 17. Il ne reste donc comme sens possible pour ce dernier passage que : ils ont percé. Nous ne comprenons pas pourquoi M. Segond a cru devoir traduire comme un lion.


24.5 - La version des Septante (Légende et histoire)

Cette version a des titres spéciaux à notre intérêt. Antérieure de plus de deux siècles à Jésus-Christ, elle est la première traduction des Écritures qui ait jamais été faite. C'est par elle que la connaissance de la vérité put se répandre parmi les coeurs droits dans les principaux centres du monde païen. C'est elle qui, un peu partout, a frayé les voies à la prédication de l'Évangile. Son rôle missionnaire a été immense. C'est elle, plutôt que l'original hébreu, qui a servi aux apôtres et aux évangélistes. C'est elle qui a été la Bible des juifs comme des gentils dans les premiers âges du christianisme. C'est d'elle que dérivent les plus anciennes traductions de l'Ancien Testament. C'est elle qui a fourni au Nouveau Testament la plupart des termes de la langue religieuse. Dans l'Église d'Orient, c'est elle qui est la version autorisée. L'Église orthodoxe russe, entre autres, ne sanctionne que les traductions faites sur le texte des Septante. Enfin, elle peut rendre de grands services, au point de vue du texte, car elle a été traduite de l'hébreu de longs siècles avant que les Massorètes eussent fixé le texte que nous avons aujourd'hui. Toutefois, elle a subi de nombreuses altérations, qui doivent nous rendre prudents dans son emploi.

Quelle est l'origine de la version des Septante ?

Voici d'abord la réponse de la légende :

Au troisième siècle avant notre ère, Ptolémée Philadelphe, roi d'Égypte, voulut ajouter aux trésors de la bibliothèque d'Alexandrie une traduction du Pentateuque hébreu. Un des principaux personnages de sa cour, Aristée, lui fit entendre que ce serait une entreprise bien ardue, et qu'il n'obtiendrait certainement pas cette traduction tant que des milliers d'esclaves juifs souffriraient dans son pays. Mais Ptolémée ne se laissa pas déconcerter. Il commença par consacrer d'énormes capitaux à la libération de 198.000 esclaves. Puis il organisa une magnifique procession d'Alexandrie à Jérusalem, dont ces esclaves libérés formaient la partie principale. Ils portaient au souverain sacrificateur Éléazar, avec de magnifiques présents, — 50 talents d'or, 70 talents d'argent, des tables d'or, des cuves d'or, des coupes d'or en abondance, — une lettre pour lui demander d'envoyer un exemplaire de la Loi en même temps que des savants juifs capables de la traduire.

Éléazar, agréant la demande, envoya soixante-douze savants juifs, six de chaque tribu, avec de magnifiques manuscrits de la Loi sur parchemin, écrits en lettres d'or. Ptolémée fit aux savants une réception royale, organisa en leur honneur une fête de sept jours, leur posa soixante-dix questions pour éprouver leur sagesse, et leur fit aménager près de la mer, loin du bruit de la ville, une splendide salle de travail, où, en soixante-douze jours, les soixante-douze savants, collaborant ensemble, achevèrent leur traduction.

(Au commencement de l'ère chrétienne, la salle commune de travail s'était transformée en soixante-douze cellules, établies sur le rivage de l'ile Pharos, dans chacune desquelles chacun des traducteurs avait poursuivi son travail indépendamment de tous les autres. Une fois achevées, les soixante-douze traductions s'étaient trouvées identiques, preuve certaine de leur inspiration divine. Justin martyr, au second siècle, raconte que son guide lui a montré à Alexandrie les ruines des soixante-douze cellules).

La traduction achevée, Démétrius, le bibliothécaire, assembla les juifs de la ville, et leur lut la traduction, qu'ils approuvèrent sans réserve. On prononça des malédictions contre quiconque oserait y ajouter ou y retrancher quoi que ce fût. Les juifs furent autorisés à la copier. Le roi se réjouit grandement de ce résultat, et ordonna de conserver soigneusement les parchemins. Il fit présent à chaque traducteur de trois robes de rechange et de deux talents d'or, et d'autres cadeaux. À Éléazar il envoya dix tables à pied d'argent, et une coupe de 30 talents.

Cette histoire, qui se retrouve dans Josèphe, dans Philon, dans plusieurs des Pères de l'Église, a été admise comme véridique pendant de longs siècles. Aujourd'hui son caractère légendaire ne fait doute pour personne. Mais on ne prête qu'aux riches, et cette légende même est une preuve du crédit extraordinaire dont a joui cette traduction. À ce titre, toute légende qu'elle est, elle présente un intérêt historique réel.

Et puis, dans cette légende même, il y a une part de vérité.

Il est certain que cette version a vu le jour à Alexandrie vers l'an 280 avant Jésus-Christ. Que les goûts littéraires du roi égyptien aient eu quelque chose à faire avec sa production, cela est possible, mais on sait qu'elle fut élaborée avant tout pour répondre aux besoins des juifs de la dispersion, qui ne connaissaient pas l'hébreu, et dont la langue usuelle était le grec. Quant à ses auteurs, ce furent certainement, non pas des savants de Jérusalem, mais des savants d'Alexandrie, ce qui ressort avec évidence, entre autres indices, de leur connaissance imparfaite de l'hébreu, de leurs erreurs au sujet des noms de lieux en Palestine, enfin de leur traduction libre, que des juifs, plus respectueux de la lettre, ne se seraient jamais permise.

Les Septante ont introduit les livres apocryphes dans leur traduction.

Quant à l'ordre des livres de l'Ancien Testament, ils les ont classés, non selon l'ordre chronologique, ainsi que fait le canon hébreu, mais par ordre de sujets, les livres historiques ensemble, les prophètes ensemble. C'est ainsi que Daniel, qui se trouve dans le canon hébreu parmi les «écrits sacrés», après Job et les Psaumes, se trouve dans les Septante à la suite des trois premiers prophètes. Nos Bibles protestantes, qui suivent le canon hébreu pour le choix et le nombre des livres, suivent, par une étrange inconséquence, la version des Septante pour leur classification.


24.6 - La version d'Aquila

Après la version des Septante, trois autres traductions en grec de l'Ancien Testament, celle d'Aquila, celle de Symmaque et celle de Théodotion, parurent dans le second siècle après Jésus-Christ.

Dans la belle cité de Sinope, sur les bords de la mer Noire, vivait au second siècle un homme de haute position, apparenté à la famille impériale de Rome, du nom d'Aquila. Grâce à cette haute relation, il avait accès aux bons emplois. L'empereur le fit envoyer en mission à Jérusalem pour examiner des questions relatives à quelques bâtiments publics. Or, pendant qu'il était dans cette ville, il se convertit au christianisme.

Il ne fut pas, toutefois, un converti modèle. Il avait conservé quelques-unes de ses superstitions païennes. Les anciens de la courageuse petite église de Jérusalem estimèrent nécessaire de le reprendre publiquement. De colère, Aquilas se joignit aux juifs, fut circoncis, et se posa bientôt en défenseur zélé de la loi et du rituel mosaïques.

À ce moment, il y avait une controverse entre juifs et chrétiens au sujet de l'interprétation de certaines prophéties messianiques de l'Ancien Testament. La version des Septante, à laquelle les chrétiens se référaient, était complètement mise de côté par les rabbins, qui la traitaient de «Bible des chrétiens». Ils allaient même jusqu'à comparer le jour maudit où les soixante-dix anciens traduisirent la Loi en grec pour le roi Ptolémée à cet autre jour de malheur où Israël se fit un veau d'or.

Dans ces circonstances, il fallait bien, à l'usage des juifs qui ignoraient l'hébreu, une traduction grecque de l'Ancien Testament autre que celle des Septante. L'aristocratique converti des juifs, quelque peu savant, entreprit ce travail et l'acheva. Cette traduction eut un plein succès, et peu d'années après, une seconde édition devint nécessaire (319) .

Cette traduction suit l'hébreu avec un littéralisme servile, ce qui en gâte fort le style. Mais ce défaut est une qualité précieuse au point de vue de la critique du texte. En effet, ce littéralisme permet de reconstituer le texte hébreu que le traducteur avait sous les yeux et de contrôler l'antiquité du texte hébreu actuel. Malheureusement, il ne subsiste de la version d'Aquila que des fragments. Ces fragments révèlent, dans l'ensemble, une parfaite concordance des deux textes, avec quelques variantes, qu'appuient fréquemment les Septante et d'autres versions anciennes.


24.7 - La version Syriaque

La Bible syriaque (320) . présente un intérêt unique, car elle est la plus ancienne de toutes les versions chrétiennes de la Bible. Ses origines remontent à la génération qui suivit immédiatement l'âge apostolique. Elle provient de l'Église d'Édesse (aujourd'hui Orfa), qui était le fruit des travaux missionnaires de l'Église d'Antioche. L'existence de cette version, faite dans un dialecte populaire dont la valeur littéraire était peu estimée, montre que la préoccupation de donner les Écritures au peuple dans sa propre langue remonte aux origines même de l'Église chrétienne.

Et le peuple, auquel elle était destinée, sut en profiter. Plusieurs témoignages montrent à quel point elle contribua, dans ces régions, à rendre populaires les connaissances bibliques.

Comme Éphrem, chrétien, écrivain et évangéliste distingué du quatrième siècle, arrivait, vers 325, à Édesse, où il venait d'être nommé évêque, il aperçut quelques femmes occupées à laver leur linge sur les bords de la rivière. L'une d'elles le regardant plus fixement qu'il ne le trouvait convenable, il lui dit : «Aie un peu de retenue, femme. Regarde à terre. — Rien de mieux, répondit-elle, pour l'homme, que de regarder à terre, puisque c'est de la terre qu'il a été tiré. Mais pour cette même raison, je puis bien te regarder, puisque la femme a été tirée de l'homme. — Si les femmes, ici, dit Ephrem en continuant son chemin, ont tant d'esprit, que doivent être les hommes ?» La réponse de cette femme à Éphrem montre combien le peuple, à ce moment, était familier avec les textes bibliques.

Dans un de ses sermons, ce même Éphrem disait :
Que d'autres se glorifient de converser avec les grands, les chefs, les rois. Toi, glorifie-toi devant les anges de Dieu de converser par les Écritures avec le Saint-Esprit.
Ces témoignages sont du quatrième siècle, et concernent plutôt les habitants des villes. En voici un du cinquième siècle, qui montre que la Bible était connue dans les villages non moins que dans les villes. C'est un autre Père de l'Église, Théodoret, qui parle.
Nos hommes sont familiers avec Matthieu, avec Barthélemy, avec Jacques, que dis-je, avec Moïse, avec David, avec Josias, avec les autres apôtres et les autres prophètes, autant qu'avec les noms de leurs propres enfants... Et ce ne sont pas seulement ceux qui enseignent dans l'Église que nous voyons familiers avec ces doctrines, ce sont même des cordonniers, des forgerons, des ouvriers en laine, et d'autres artisans, ce sont aussi des femmes, et, avec des femmes cultivées, celles qui doivent gagner leur vie, des couturières et des domestiques. Et ces connaissances, on les trouve chez les gens de la campagne comme chez les gens de la ville. Vous verrez jusqu'à des hommes qui manient la bêche, jusqu'à des pâtres, jusqu'à des jardiniers, qui s'entretiennent de la divine Trinité, de la création de l'univers, et qui en savent bien plus long sur la nature humaine qu'Aristote ou Platon. Mieux encore, ils recherchent la vertu, évitent le vice, songent aux châtiments qui se préparent, attendent sans effroi le tribunal divin... et entreprennent toutes sortes de travaux dans l'intérêt du royaume des cieux.
Cette version sy