Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


XVIe siècle

Le Protestantisme est né au XVIe siècle d'un mouvement de contestation du pouvoir religieux de l'Église catholique romaine. Ce mouvement réformateur a réussi dans certains États, mais est violemment réprimé dans d'autres. À la fin du XVIe siècle, après des affrontements parfois violents, la carte religieuse de l'Europe se trouve fixée pour les siècles à venir.

La Réforme du XVIe siècle a été préparée par :

la crise morale et politique de la chrétienté en Occident,
les pré-réformateurs,
les mouvements de la Renaissance et de l'humanisme,
le développement de l'imprimerie.

Les éléments précurseurs
La Chrétienté en Occident
Les pré-réformateurs
La Renaissance
L'humanisme (XVe - XVIe siècles)
La révolution de l'imprimerie (au milieu du XVe siècle)



Les éléments précurseurs
Une des premières imprimeries
Une des premières imprimeries.
(S.H.P.F.)

Les éléments précurseurs des Réformes protestantes s'accumulent depuis plusieurs dizaines d'années.

La crise de la chrétienté en Occident

À l'aube du XVIe siècle se trouvent réunis les éléments qui vont faire éclater l'unité de la chrétienté en Occident et instituer un nouveau rapport à Dieu dans un climat d'intolérance, de passions et de violences, exacerbé par des dérives et des exploitations politiques.

Ce sont essentiellement :

la crise morale et politique dans la chrétienté en Occident,
les idées des pré-réformateurs qui avaient été condamnées par l'Église,
les idées de la Renaissance venues d'Italie,
l'humanisme,
la mise au point par Gutenberg d'une nouvelle technique pour la diffusion de masse : l'imprimerie.



La Chrétienté en Occident

Une Église minée par des crises et des abus

Au début du XVIe siècle, la chrétienté romaine est en crise morale et politique depuis deux siècles mais ne parvient pas à la surmonter.
Basilique St-Pierre à Rome
Intérieur de la Basilique St-Pierre à Rome.
(Collection privée)

Un clergé déconsidéré

Les prêtres sont pauvres et peu instruits, tandis que le haut clergé vit généralement dans l'opulence grâce aux revenus des charges ecclésiastiques. Beaucoup d'évêques ne résident pas dans leur diocèse et se reposent sur leurs vicaires généraux. Certains sont attirés par la politique et entrent au service des rois.

Les monastères sont nombreux mais le relâchement de la discipline et des moeurs ont entamé leur prestige.

L'image de la papauté est sortie éprouvée par le Grand schisme d'Occident, au cours duquel se sont affrontés plusieurs papes entre 1378 et 1417, et par la suprématie des conciles sur la papauté proclamée au concile de Constance. Elle est également ébranlée par les conflits périodiques entre les papes et les souverains en Occident.

Une suite de désastres

L'Occident est particulièrement éprouvé par une suite de désastres :

la guerre de Cent Ans qui s'achève en 1450,
la peste noire qui a ravagé l'Europe de 1346 à 1353 (25 millions de morts) pour reprendre sporadiquement, notamment vers 1478 à Venise,
la prise de Constantinople par les Turcs ottomans en 1453 qui marque la chute de l'Empire romain d'Orient sans que l'Occident soit venu à son secours.

Les esprits sont troublés par la crainte de la mort et le souci du salut. Ces thèmes sont illustrés dans les églises par des danses macabres et des représentations du jugement dernier. Les fidèles se tournent vers la Vierge et les saints, chacun d'eux étant censé apporter une protection particulière, par exemple saint Roch, saint Gilles et saint Adrien pour la peste.

La croyance au purgatoire, lieu intermédiaire entre paradis et enfer, conduit l'Église à accorder des indulgences pour en abréger le séjour.

Des difficultés financières

L'apparition de la Renaissance en Italie à partir de 1453 s'accompagne de mécénat au profit des arts. Les papes y participent : Jules II fait travailler Michel-Ange. Mais cela coûte cher. L'Église a besoin d'argent, notamment pour la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, d'où la vente des indulgences, ce qui scandalise Luther.

Des réformes qui ne viennent pas

Au cours de cette période longue de deux siècles, beaucoup de voix se font entendre pour réclamer une réforme de l'Église, y compris dans le clergé mais la réponse ne vient pas. Pour préserver son autorité, l'Église préfère condamner. C'est le cas pour les plus véhéments des critiques : les Vaudois, Wyclif, Jan Hus. Les quelques tentatives de réforme échouent en raison principalement de la rivalité d'autorité entre le pape et les conciles. Le concile de Latran (1512-1517) se heurte à l'indifférence du pape Léon X.

Il faut finalement attendre la propagation de la Réforme, à partir de 1517, pour que l'Église en vienne à se réformer de l'intérieur : c'est l'oeuvre du concile de Trente (1545-1563).


Bibliographie
• PIETRI C., VAUCHEZ A., VENARD M., MAYEUR J.M., Histoire du christianisme des origines à nos jours, Paris, Desclée, 1994, T. VII : De la Réforme à la Réformation (1450-1530).
• AUBENAS R. et RICARD R., L'Église et la Renaissance (1449-1517), Paris, 1951.
• CROUZET, Denis, La genèse de la Réforme française 1520-1562, Paris, SEDES, 1996.
• DELUMEAU, Jean, La peur en Occident, Paris, Fayard, 1978.
• CHAUNU, Pierre, Le Temps des Réformes : histoire religieuse et système de civilisation : la crise de la chrétienté, l'éclatement (1250-1550), Paris, Le Grand livre du mois, 1997.
• CHRISTIN, Olivier, Les Réformes. Luther, Calvin et les protestants, Paris, Découvertes Gallimard, 1995.
• DELUMEAU, Jean et WANEGFFELEN, Thierry, Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, PUF, 1997.


Les pré-réformateurs

Pierre Valdo (1140-1217) et les Vaudois
John Wyclif (vers1328-1384) et les Lollards
Jan Hus (1369-1415) et les guerres hussites (1419-1436)

Beaucoup des idées de Luther sont inspirées de celles des pré-réformateurs. Pierre Valdo est le premier d'entre eux au XIIe siècle.
Luther, Calvin, Viret, Wyclif et Hus
Luther, Calvin, Viret, Wyclif et Hus.
Plaque émaillée de Colin-Noylier.
On croit pouvoir reconnaître
Luther, Calvin, Viret, Wyclif et Hus.
(S.H.P.F.)

Réformer l'Église

Bien avant Luther et Calvin, des hommes ont oeuvré pour une réforme de l'Église. L'image ci-contre les rapproche plaisamment.

Ils prônent un retour à la simplicité de l'Évangile, mettent en cause la hiérarchie de l'Église et s'appuient sur l'autorité exclusive de la Bible.

Les principaux pré-réformateurs sont :

Pierre Valdo au XIIe siècle en France,
John Wyclif au XIVe siècle en Angleterre,
Jan Hus entre le XIVe et le XVe siècle en Bohême.

Leur doctrine influence Luther et les réformateurs au XVIe siècle.

Influence



Pierre Valdo (1140-1217) et les Vaudois

Pierre Valdo est à l'origine du mouvement des Vaudois qui se répand dans le Sud de l'Europe.

Pierre Valdo
Pierre Valdo (1140-1217).
(S.H.P.F.)
Retour à l'Évangile

Pierre Valdo, Vaudès ou Valdès est un riche marchand de Lyon qui, frappé par la lecture de l'Évangile, vend tous ses biens pour prêcher en vivant dans la pauvreté. Il fait réaliser une traduction de textes bibliques dans la langue du peuple.

Il est suivi de nombreux disciples qu'on appelle vaudois. Valdo n'obtient pas du pape la permission pour les laïcs de prêcher. Les vaudois sont excommuniés au concile de Vérone (1184). Malgré les persécutions, les vaudois continuent leur expansion en France, en Italie, en Allemagne et jusqu'en Hongrie et en Pologne.

La théologie des vaudois

Les vaudois se séparent de l'Église catholique sur les points suivants :

le radicalisme évangélique, centré sur le « sermon sur la montagne » qui les amène à refuser le serment civil ;
la contestation de l'institution romaine : ils sont contre la papauté, contre le pouvoir et la richesse de l'Église ;
le rejet du purgatoire et des indulgences ainsi que du culte des saints ;
la prédication itinérante : la prédication est effectuée par des laïcs appelés « barbes » (oncle en piémontais, c'est-à-dire ancien). Les barbes sont célibataires. Ils pratiquent des métiers nécessitant des déplacements fréquents. À cause des persécutions, la prédication a lieu dans des maisons et non sur la place publique.

Guillaume Farel
Guillaume Farel (1489-1565).
(S.H.P.F.)
Les vaudois participent cependant à la messe et aux sacrements de l'Église catholique.

L'adhésion des vaudois à la Réforme

Dès 1526, les « barbes » assemblés en synode décident d'envoyer deux délégués en Suisse et en Allemagne pour s'enquérir des nouvelles doctrines de Luther. Ils reviennent avec des livres de Luther et Zwingli.

D'autres émissaires sont envoyés en 1530 auprès des réformateurs de Neuchâtel, Berne, Bâle et Strasbourg avec un questionnaire. Les réponses d'Oecolampade et de Bucer sont connues.

Il y a accord sur l'essentiel, mais des divergences demeurent sur :

le ministère itinérant des prédicateurs (les barbes),
l'interprétation du sermon sur la montagne qui amène les vaudois à refuser le serment,
la contestation du pouvoir civil,
la participation à la messe et aux sacrements catholiques.

En 1532 au synode de Chanforan, dans les vallées vaudoises, le réformateur Guillaume Farel est présent. Son influence est décisive. Il emporte l'adhésion du synode en faveur des idées réformées.

Le ministère itinérant des barbes est aboli. La plupart des barbes deviennent pasteurs. Les localités visitées deviennent des sièges d'Églises réformées.

En même temps, le synode de Chanforan décide de consacrer 500 écus d'or à une nouvelle traduction de la Bible en français qui est confiée à Olivétan.

Les Églises vaudoises aujourd'hui

Bien que sévèrement persécutées, en particulier lors du massacre des vaudois dans le Lubéron en 1545, des communautés subsistent dans les vallées alpines et en Italie jusqu'à aujourd'hui. Elles se développent même jusqu'en Uruguay.

Les Églises vaudoises font partie du Conseil oecuménique des Églises depuis sa fondation.

Pour tout connaître de l'histoire des Vaudois :

Fondation Centre culturel vaudois
Via Beckwith 3
10066 Torre Pellice (TO)
Italie
www.fondazionevaldese.org


Bibliographie
• THOUZELLIER Ch., Hérésie et hérétiques : Vaudois, Patarins, Albigeois, Rome, 1969.
• LE GOFF, Jacques, éd., Hérésies et sociétés dans l'Europe préindustrielle, XIème - XVIIIème siècle, Paris-La Haye, Mouton, 1968.
• AUDISIO G. éd., Les Vaudois des origines à leur fin (XIIe-XVIe s.), Colloque d'Aix en Provence, Turin, A. Meynier, 1990.

John Wyclif
John Wyclif (1330-1384).
(S.H.P.F.)

John Wyclif (vers 1328-1384) et les Lollards

Un précurseur de la Réforme en Angleterre

Wyclif, lointain précurseur de la Réforme, remet en cause le principe de l'autorité de la hiérarchie dans l'Église. Ses partisans, les lollards, sont à l'origine d'une révolte de paysans. Ils dénoncent l'Église établie.

Un contestataire de l'Église établie

Né dans une famille de petite noblesse du Yorkshire, John Wyclif fait de brillantes études à Oxford, scientifiques d'abord puis théologiques et il devient docteur en 1372. Il est professeur à Oxford puis entre au service du roi d'Angleterre.

À partir de 1374, il publie par fascicules une véritable somme théologique dans laquelle il expose sa doctrine :

la hiérarchie ecclésiastique : la véritable Église est l'Église invisible des chrétiens en état de grâce. S'ils sont en état de péché mortel, les membres de la hiérarchie, et le pape lui-même, en sont exclus. Wyclif préconise même le tirage au sort de la dignité pontificale. Dieu exerce directement, sans l'intermédiaire du pape, son droit sur les biens terrestres ; les rois n'ont de comptes à rendre qu'à Dieu seul ;
la Bible est l'autorité suprême ;
les indulgences : un péché ne peut être pardonné sans qu'il y ait expiation et c'est Dieu seul qui pardonne ;
en revanche, Wyclif maintient le dogme de la présence réelle du Christ dans la communion.

On reproche à Wyclif de semer le désordre social. Sa doctrine est condamnée en 1382 par trois synodes tenus à Londres par les dominicains, mais lui-même n'est pas excommunié.

Ses idées se répandent partout grâce aux Lollards

Wyclif envoie de sa propre autorité ses disciples prêcher dans le royaume d'Angleterre ; ils sont appelés « Lollards ». Ceux-ci sont largement écoutés.

Leurs prédications contribuent, dans le Sussex et le Kent, à une révolte des paysans qui, massacrant nobles et clercs, envahissent Londres en 1381. Cette révolte est durement réprimée.

Leurs « Douze Conclusions » (1395) condamnent l'Église établie, les sacrements, les prières pour les morts, la confession. Les Lollards veulent la pratique d'une foi simple et « évangélique » : tout homme doit avoir le libre accès aux Écritures dans sa propre langue. On doit aux Lollards deux traductions de la Bible en anglais.

En 1401 un décret anglais condamne les hérétiques lollards au bûcher.

Une influence posthume

Les idées de Wyclif ont un rayonnement considérable en Angleterre et hors d'Angleterre, particulièrement à Prague et dans toute l'Europe centrale, où elles inspirent Jan Hus.

Longtemps après sa mort, le concile de Constance en 1415 le condamne comme hérétique. En 1528, ses ossements sont déterrés, brûlés et jetés dans la rivière Swift.

Le mouvement lollard annonce certaines idées de la Réforme et dispose favorablement l'opinion à accueillir la séparation de l'Église d'Angleterre d'avec Rome, décidée par Henri VIII en 1534.


Bibliographie
• CONGAR, Yves, L'église de saint Augustin à l'époque moderne, Paris, 1970.
• KENNY, Anthony, Wyclif, Oxford, Oxford University Press, 1985.


Jan Hus (1369-1415) et les guerres hussites (1419-1436)

Prêtre tchèque, il prêche la réforme de l'Église un siècle avant Luther et meurt sur le bûcher. Sa mort déclenche une révolution religieuse, politique et sociale en Bohême et 18 ans de guerre.

Jean Hus
Jean Hus (1369-1419)
D'après l'original de Cranach.
(S.H.P.F.)
Un pré-réformateur en Bohême

Né en Bohême méridionale, étudiant pauvre à l'université de Prague, il est ordonné prêtre en 1400 puis devient confesseur de la reine de Bohême et doyen de la faculté de théologie de Prague.

Il incarne les aspirations des Tchèques

Il décide de prêcher en langue tchèque et ses sermons rassemblent régulièrement plus de 3 000 personnes.

Il entreprend de traduire l'Évangile en tchèque, ce qui contribue à fixer la langue littéraire tchèque.

Dans le même temps, il lutte pour que les Tchèques soient maîtres en leur patrie (contre l'empereur, roi de Bohême) et qu'ils puissent employer leur langue nationale dans la vie publique. Il incarne ainsi les aspirations des Tchèques.

Cachot de Jean Hus
Hus : son cachot près de Constance.
(S.H.P.F.).
Il défend ses idées jusqu'à la mort

Il s'élève contre le système ecclésiastique, prêche la réforme de l'Église et prône le retour à la pauvreté évangélique : l'Évangile est la seule règle et tout homme a le droit de l'étudier. Dans Questio de indulgentiis (1412) il condamne les indulgences.

Il admire les écrits de Wyclif et prend sa défense lorsque ce dernier est condamné. Il est excommunié. Prague, sa ville, est frappée d'interdit et il doit la quitter pour la Bohême méridionale où il prêche et écrit des traités de théologie, notamment le Tractatus de ecclesia (1413).

En 1414, il est cité devant le concile de Constance et s'y rend, muni d'un sauf-conduit de l'empereur Sigismond. Il est cependant condamné pour hérésie et brûlé vif en 1415 et ses écrits sont brûlés.

Aussi soucieux de justice sociale que de morale religieuse, il est en même temps un patriote et un réformateur de la langue littéraire tchèque.

Exécution de Jean Hus
Exécution de Jean Hus et
dispersion de ses cendres.
(S.H.P.F.)
Le martyre de Jan Hus entraîne 18 ans de guerre en Bohême

La « défenestration » à Prague le 30 juillet 1419 de notables catholiques constitue le début d'une insurrection des hussites (défenseurs des idées de Jan Hus) qui vont résister avec acharnement à cinq croisades que l'Europe envoie à l'appel du pape et du roi de Bohême contre les « hérétiques ».

Le programme des hussites

Les Quatre articles de Prague (1420) exposent le programme
des hussites :

la communion sous les deux espèces,
la libre prédication de l'Évangile,
la confiscation des biens du clergé,
la punition des péchés mortels.

Certains radicaux hussites prônent la communauté des biens, l'égalité absolue et le sacerdoce universel.

L'Église catholique cède et... gagne

Devant les victoires militaires des hussites qui dominent toute la Bohême, l'Église va négocier un compromis avec les modérés : les « compactata » de Bâle (1433) qui accordent :

la communion sous les deux espèces,
la lecture en tchèque de l'épître et de l'Évangile.

En 1434 les hussites modérés, qui ont accepté le compromis et se sont alliés aux catholiques, prennent le pas sur les plus extrémistes à la bataille de Lipany. La diète de Jihlaoa en 1436 met fin à la guerre.

Jan Hus précurseur de la réforme luthérienne

Jan Hus apparaît comme le précurseur, avec un siècle d'avance, des grands réformateurs du XVIe siècle, de Luther en particulier qui préfacera la publication de ses oeuvres en Allemagne.

Les deux tiers des Tchèques se rallient à la réforme luthérienne en reconnaissant en 1575 une confession inspirée de la Confession d'Augsbourg.


Bibliographie
• MACEK, Josef, J. Hus et les traditions hussites (XVe-XIXe s.), Paris, Plon, 1973.
• MOLNAR, Amedeo, Jean Hus, témoin de la vérité, Paris, Les Bergers et les mages, 1978.
• DE VOOGHT, Paul, L'hérésie de Jean Hus, Louvain, Publ. de l'université de Louvain, 1975.
• SMACHEL, Frantisek, La révolution hussite une anomalie historique, Paris, PUF, 1985.


La Renaissance

Un esprit nouveau, une forme nouvelle, un regard neuf, de nouveaux horizons : ceux de la grandeur et du bonheur de l'homme.

Un tournant dans l'histoire de la pensée

Ce vaste phénomène culturel marque un tournant dans l'histoire de la pensée et des mentalités. Né en Italie dès le XIVe siècle, il s'épanouit au XVe et se répand dans toute l'Europe dès le XVIe siècle. La Renaissance se caractérise par :

l'humanisme qui prône le retour aux sources de l'Antiquité gréco-latine et l'étude des textes anciens ;
l'abandon de la pensée médiévale : la disparition d'une certaine image figée d'un monde défini, étranger à l'action du temps ;
la mise en valeur de l'homme, placé au centre de l'univers.

Une soif de découvrir et de connaître

La Renaissance a pour effet de stimuler :

l'essor financier, commercial et économique lié aux grandes Découvertes (l'Amérique en 1492, le cap de Bonne Espérance en 1488 et l'Inde atteinte par Vasco de Gama en 1498) ;
la révolution scientifique, notamment dans le domaine de l'astronomie avec Copernic ;
l'évolution des arts plastiques déterminée par un retour à la nature et à l'observation exacte ;
l'ouverture dans le domaine philosophique et littéraire ;
la découverte de l'imprimerie.

De la Renaissance est né l'État moderne.
Planisphère
Planisphère.
(Collection privée)


Bibliographie
• LESTRINGANT, Frank, Écrire le monde à la Renaissance, Caen, Paradique, 1993.
• GARIN, Eugenio, L'homme de la Renaissance, Paris, Éd. du Seuil, 1990.
• MARGOLIN J.C., L'humanisme en Europe au temps de la Renaissance, Paris, PUF, 1981.
• DELUMEAU, Jean, La civilisation de la Renaissance, Paris, Arthaud, 1967, rééd. 1984..
• COTTRET, Bernard, La Renaissance 1492-1598. Civilisation et Barbarie, Paris, Éditions de Paris, 2000.
• FERGUSON W.K., La Renaissance dans la pensée historique, trad. fr., Paris, Payot, 1950.


L'humanisme (XVe - XVIe siècles)

Jacques Lefèvre d'Étaples (1450-1537)
Le cénacle de Meaux (1521-1525)
Érasme (1469-1536)
Michel de l'Hospital (1505-1573)

L'humanisme s'accompagne d'un retour à la Bible. À ce titre, il est un précurseur de la Réforme.

Foyers de l'humanisme et de la Renaissance
Foyers de l'humanisme et de la Renaissance en Europe.
(D.R.)
Un retour aux sources de l'Antiquité

L'humanisme est un mouvement caractérisé par un retour aux sources de l'Antiquité gréco-latine.

Il a son origine en Italie où, dès la fin du XIVe siècle, Pétrarque est considéré comme son initiateur.

À Florence au XVe siècle Cosme de Médicis fonde l'Académie platonicienne.

D'Italie, ce mouvement se propage dans toute l'Europe.

L'étude des textes anciens – pense-t-on – va permettre une meilleure compréhension des vérités chrétiennes.

De l'humanisme à la Réforme

En France au début du XVIe siècle, l'humanisme favorise la Réforme :

en mettant l'accent sur le retour à la Bible, sur son étude à partir des langues originales et sa traduction en langue vulgaire,
en introduisant la méthode critique dans les sciences religieuses,
en prônant une religion intérieure, ce qui discrédite les cérémonies, le culte des saints et la hiérarchie.

Les humanistes sont dans l'ensemble tous des esprits religieux, adeptes de la tolérance et de la réconciliation entre catholiques et protestants, tels Michel de l'Hospital ou Guillaume Budé. Certains peuvent être considérés comme les précurseurs des réformateurs, tels Lefèvre d'Étaples, le fondateur du cénacle de Meaux, et surtout Érasme dont les idées ont marqué l'Europe entière. Le crédit accordé à l'homme et le respect du libre arbitre les ont détourné d'adhérer à la Réforme, mais ils ont ouvert la voie, ils ont contribué à la préparer sans pour autant quitter l'Église catholique.

De nombreux réformateurs peuvent aussi figurer parmi les humanistes notamment Calvin, Zwingli, Théodore de Bèze ou Olivétan, traducteur de la Bible en français (1535).

Estaples, Budé, Érasme, Hospital

Bibliographie
• BOISSET J., éd. Réforme et humanisme. Colloque de Montpellier, Montpellier, 1977.
• CASSIRER, Ernst, Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance, trad. fr., Paris, Minuit, 1991.
• RENAUDET, Augustin, Préréforme et humanisme, réed. Genève, Slatkine, 1981., Paris, 1953.


Jacques Lefèvre d'Étaples
Jacques Lefèvre d'Étaples
(1450-1537).
(S.H.P.F.)
Jacques Lefèvre d'Étaples (1450-1537)

Théologien, il est le fondateur du Cénacle de Meaux et le premier traducteur de la Bible en français.

Philosophe et théologien

Après des études à Paris et en Italie, il se fixe à Paris, où il enseigne la philosophie au collège du Cardinal Lemoine.

Ses premiers ouvrages commentent la philosophie d'Aristote. En même temps, vers 1508, il se consacre à la théologie et à la Bible. Il écrit des Commentaires sur les Épîtres de Saint-Paul en 1512 qui influencent Luther, et des Commentaires sur les quatre Évangiles en 1521.

En 1520, il est à Meaux auprès de l'évêque dont il devient le vicaire général.

Bible de Lefèvre d'Étaples
Bible de Lefèvre d'Étaples
Édition de 1534
par Martin Lempereur.
(Musée Calvin de Noyon)
Il fonde le cénacle de Meaux qui préconise la prédication de l'Écriture dans les paroisses.

La traduction de la Bible

Lefèvre d'Étaples entreprend la traduction en français du Nouveau Testament à partir de la Vulgate en latin, en commençant par les Épîtres et les Évangiles. La traduction complète du Nouveau Testament paraît en 1524.

L'engouement pour cette traduction qui permet de comprendre les lectures faites en latin pendant la messe favorise la propagation des idées de Luther.

Les docteurs de la Sorbonne considèrent que la traduction en français de la Sainte Écriture ne doit pas être tolérée dans le royaume très chrétien : le Nouveau Testament de Lefèvre d'Étaples est brûlé par décision de justice. Lefèvre doit à la protection du roi de ne pas être poursuivi. Il se réfugie pourtant à Strasbourg en 1525.

Retour en grâce et retraite à Nérac

Rappelé par François 1er, Lefèvre d'Étaples rentre en France en 1526 et devient précepteur des enfants du roi.

En 1530, il se retire à Nérac auprès de Marguerite d'Angoulême et termine la traduction complète de la Bible.

Il a toujours voulu être d'une fidélité absolue à l'esprit et à la lettre des Écritures. Il est réformiste sans devenir réformateur.


Bibliographie
Jacques Lefèvre d'Étaples, Actes du Colloque d'Étaples, Paris, Champion, 1995.
• BEDOUELLE, Guy, Lefèvre d'Étaples et l'intelligence des Écritures, Genève, Droz, 1976.
• HUGHES, Philip E., Lefèvre, Pioneer of ecclesial renewal in France, Grand Rapids Mich., Edmans, 1984.


Le cénacle de Meaux (1521-1525)

Fondé en 1521 par Lefèvre d'Étaples, le cénacle de Meaux constitue un foyer de réflexion et de diffusion préconisant notamment la prédication de l'Écriture dans les paroisses.

Un foyer d'idées réformistes

Guillaume Briçonnet
Guillaume Briçonnet (1470-1534)
Évêque de Meaux.
(S.H.P.F.)
L'évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet, adhère dès 1518 aux idées réformistes d'Érasme et de Lefèvre d'Étaples. Protégé par Marguerite d'Angoulême, il réforme son diocèse en restaurant la discipline ecclésiastique et en développant la prédication. En 1521, il appelle Lefèvre d'Étaples. Celui-ci arrive à Meaux avec un groupe d'amis et de disciples humanistes et théologiens dont Guillaume Farel. Il fonde le cénacle de Meaux qui réfléchit à la réforme de l'Église à la lumière de la Bible.

En 1524 Lefèvre achève la traduction française du Nouveau Testament. Mais l'engouement provoqué à Meaux par l'Évangile favorise la propagation des idées de Luther. La traduction du Nouveau Testament est condamnée et le livre est brûlé. Briçonnet est inquiété : il prend peur et se soumet. Le cénacle de Meaux commence à se disloquer en 1523. Il est dissout en 1525.

Le cénacle de Meaux entraîne effectivement des conversions aux idées de Luther, notamment parmi les cardeurs de laine.


Bibliographie
• VEISSIÈRE M., L'évêque Guillaume Briçonnet (1470-1534), Contribution à la connaissance de la réforme catholique à la veille du Concile de Trente, Provins, Société d'histoire et d'archéologie, 1986.


Érasme (1469-1536)

Savant lettré et théologien, Érasme est un européen. À la fois catholique et tolérant, il n'adhère pas à la Réforme.

Érasme
Érasme (1469-1536).
(S.H.P.F.)
Le plus célèbre des humanistes de la Renaissance

Né à Rotterdam, Érasme est l'enfant naturel d'un prêtre. Il est soumis très jeune à la double influence de la Bible et des auteurs grecs et latins. Il devient religieux augustin, prononce ses voeux puis il est ordonné prêtre en 1492. Il poursuit ses études au collège Montaigne à Paris dont il n'apprécie pas l'enseignement scolastique. Le pape le relève de ses voeux en 1495.

Il séjourne en Angleterre puis en Italie où il obtient son doctorat en théologie en 1506. Il fait de nouveaux séjours en Angleterre. En 1518 il est conseiller de l'archiduc Charles, le futur empereur Charles Quint.

Véritable européen, il change fréquemment de résidence : Italie, Angleterre, Pays-Bas, Bruxelles, Anvers, Gand, Louvain. En 1521, il s'établit à Bâle qu'il quitte pour Fribourg en 1529. Il revient à Bâle en 1535 pour y mourir en 1536.

Oui à la réforme de l'Église, non à la Réforme de Luther

Dès avant la Réforme, Érasme défend certaines idées qui sont reprises par Luther. En 1504, il énonce les principes d'une théologie fondée sur l'Écriture. Pour lui, la religion intérieure est plus importante que les oeuvres et les cérémonies extérieures. Il dénonce aussi les abus du clergé.

Certains reprochent à Érasme d'avoir « couvé l'oeuf » de la réforme luthérienne. Mais Érasme n'est pas d'accord avec Luther. Il souhaite une réforme de l'Église depuis l'intérieur. Luther accuse Érasme de tiédeur et de scepticisme. Dans le De servo Arbitrio, Luther proclame que le salut est un pur don de Dieu. Érasme ne veut pas opposer les oeuvres et la foi : selon lui l'homme peut collaborer avec Dieu à son propre salut. Une polémique s'instaure.

Un homme tolérant mais féroce dans son ironie

Érasme traduit le Nouveau Testament du grec en latin. La première édition paraît à Bâle vers 1516. Il publie aussi des commentaires sur les Pères de l'Église en 1522.

C'est un érudit et un travailleur infatigable qui laisse de nombreux ouvrages. Dans l'Éloge de la folie, il critique les institutions laïques et ecclésiastiques. Dans les Colloques, il met en scène quantité de personnages pour exposer ses idées sur son siècle.

Surnommé par ses contemporains « le père de l'humanisme », Érasme a exercé une profonde influence sur les esprits de son temps. Sans le vouloir il a contribué à ouvrir la voie à la Réforme de Luther.


Bibliographie
• CHOMARAT, Jacques, éd., Actes du Colloque international Érasme, Genève, Droz, 1990, Tours, 1986.
• PHILLIPS, Margaret Mann, Érasme et les débuts de la réforme française (1517-1536), Paris, Champion, 1933.
• HALKIN E., Érasme parmi nous, Paris, Le Grand livre du mois, 1997.


Michel de l'Hospital
Michel de l'Hospital, chancelier de France (1503-1573).
(S.H.P.F.)
Michel de l'Hospital (1505-1573)

Juriste catholique, il est appelé par Catherine de Médicis pour tenter d'instaurer une coexistence religieuse entre catholiques et protestants, mais il échoue.

L'artisan d'une politique de réconciliation

Fils de médecin, il étudie le droit à l'université de Padoue, où il subit l'influence de l'humanisme et devient professeur de droit civil. Rentré en France, il devient premier président de la Chambre des Comptes de Paris, en 1554.

Catherine de Médicis le fait nommer chancelier de France en 1560 pour mener une politique de réconciliation entre catholiques et protestants. Il s'attache à limiter la répression des protestants après l'échec de leur conjuration à Amboise. Il se refuse à signer la condamnation à mort de Condé.

Timbre représentant Michel de L'Hospital
Timbre représentant Michel de L'Hospital.
(Collection privée)
L'échec du colloque de Poissy

Partisan d'un concile national, il favorise la réunion du colloque de Poissy (1561). Il échoue à cause de l'intransigeance des deux parties, représentées par Théodore de Bèze pour les protestants et le cardinal de Lorraine pour les catholiques.

Mais à partir de 1562, les guerres de religion se déclenchent. Catherine de Médicis rend Michel de l'Hospital responsable de l'échec de sa politique de modération : il donne sa démission de l'office de chancelier en 1568.

Un écrivain protecteur des lettres

Écrivain très renommé pour ses Épîtres, il est le protecteur des poètes de la Pléiade. Il a également rédigé des ordonnances pour la réforme de la justice et de l'administration.


Bibliographie
• BUISSON, Albert, Michel de l'Hospital, Paris, Hachette, 1950.
• CROUZET, Denis, Michel de l'Hospital, Seyssel, Champ Vallon, 1998.
• AMPHOUX, Michel, Michel de l'Hospital et la liberté de conscience au XVIe siècle, Paris, Fischbacher, 1900.


La révolution de l'imprimerie (au milieu du XVe siècle)

Bible de Gutenberg
Bible de Gutenberg
à 36 lignes.
(Société Biblique)
D'un progrès technologique à une ère nouvelle

La mise au point de l'imprimerie typographique a un impact considérable sur la diffusion des idées : c'est elle qui rend possible la diffusion rapide de la Réforme.

Une idée fort ancienne

Les Chinois avaient inventé le papier dès l'an 105. Ils avaient aussi inventé la xylographie : impression grâce à une plaque de bois gravée enduite d'encre.

Au XIe siècle, toujours en Chine, apparaît la typographie utilisant pour chaque signe un caractère mobile en argile collée.

La typographie prend son essor en Corée au XIIIe siècle. Au début du XVe siècle, Laurent Coster à Harlem fabrique des caractères mobiles en bois.

Gutenberg perfectionne la technique

Le mérite de Gutenberg (vers 1400-1468), imprimeur allemand, est d'avoir rendu facilement exploitable l'ensemble du procédé de composition typographique :

des caractères mobiles à la fois résistants (alliage d'antimoine et de plomb) et d'obtention facile par coulée dans des moules,
la composition du texte,
des presses à bras.
Atelier d'imprimerie
Atelier d'imprimerie au XVIe siècle.
(Musée Municipal de Dôle)

Son associé, Schoeffer, imagine de remplacer les moules en sable par des matrices en cuivre.

Gutenberg réalise la première impression de la Bible, aux « 42 lignes », en latin à Mayence vers 1455.

Une révolution culturelle

Explosion de l'imprimerie
Explosion de l'imprimerie (1440-1540).
(Musée du Désert)
L'invention est très vite mise en application, d'abord en Allemagne, puis dans toute l'Europe : à la fin du XVe siècle, on a imprimé environ 25 000 titres, ce qui correspond, avec des tirages à 500 exemplaires, à douze millions de livres !

Les livres imprimés sont beaucoup moins coûteux que les manuscrits. Les prix baissent. Au début de l'imprimerie moins de 10% de la population sait lire. L'apprentissage de la lecture est stimulé par la diffusion des livres.

L'imprimerie contribue à fixer les textes et permet de répandre les idées notamment celles des humanistes puis celles de la Réforme. La Bible peut être lue et comprise grâce à sa traduction complète en allemand, en français et en anglais.


Bibliographie
• GILMONT J.F., dir., La Réforme et le livre. L'Europe de l'imprimerie, v 1517-v. 1570, Paris, Cerf, 1990.


Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français