Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Au XVIe siècle, le protestantisme innove essentiellement dans l'architecture et la musique religieuses. De nombreux protestants se sont illustrés aussi dans les arts et lettres.

Le Protestantisme est porteur dès le milieu du XVIe siècle d'une esthétique nouvelle. Le monde créé par Dieu est selon Calvin « paré d'ornements qui le rendent admirable » et l'art qui transmet cette beauté est un « don digne de louange ».

Mais la Réforme se méfiera des « images taillées » ou peintes qui peuvent devenir objet d'idolâtrie, et l'accent sera mis sur la sobriété, la gravité, le réalisme.

Les artistes protestants
Les temples protestants du XVIe siècle à la Révocation
La musique protestante
La littérature du XVIe siècle

Les beaux-arts

Temple de Charenton
Temple de Charenton.
(Reymond)
En architecture, peu d'espaces destinés au culte sont construits avant l'Édit de Nantes (1598). Mais ceux-ci témoignent tout de suite d'une typologie nouvelle.

Unicité de l'espace qui renonce à la séparation entre l'espace du peuple et l'espace du clergé imposant donc un édifice d'un seul tenant proche des bâtiments civils ou ruraux.

Ceci dans le but d'une plus grande proximité entre le prédicateur et les assistants et une meilleure diffusion de la parole et de la lumière.

De confession protestante, Salomon de Brosse (1571-1626) est connu surtout pour son chef-d'oeuvre, le Palais du Luxembourg à Paris. Il construit le temple de Charenton (1621), sur un plan rectangulaire, pourvu de larges ouvertures, et de galeries sur son pourtour, qui servira de modèle à de nombreux temples en Europe. Ce temple sera détruit lors de la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).

En peinture et en sculpture, il faudra attendre le deuxième quart du XVIIe siècle pour que se manifeste l'influence d'une foi qui puise sa source dans la lecture de la parole de Dieu, et dans un face à face plus personnel avec son Seigneur sans la médiation de la Vierge, des saints et du clergé.

La musique, art de prédilection de la foi réformée

Dans l'art musical, l'inspiration réformée se manifeste très tôt, tant le chant paraît être le véhicule idéal d'une foi nouvelle.

Luther lui-même a composé 36 chorals (vers 1535) expression d'une nouvelle spiritualité. Sous l'influence de Calvin, le poète Clément Marot et le réformateur Théodore de Bèze, traduisent en vers français les psaumes de la Bible. Les mélodies sont d'abord proches de chants populaires allemands puis des musiciens comme Clément Janequin (vers 1549) et Claude Goudimel (vers 1566) composeront des harmonisations qui laisseront toute sa place au texte et feront de ces psaumes le chant de ralliement de la foi réformée.

La littérature : un apport original et varié

Clément Marot
Clément Marot (1496-1544).
(Musée de la Réformation Genève)
Calvin est le premier des écrivains français à s'être exprimé dans une langue dite classique nourrie de la lecture de la Bible et dépourvue d'un vocabulaire trop fleuri. Il mérite, à ce titre, de figurer parmi les grands auteurs du XVIe siècle.

Mais c'est surtout dans la poésie de la deuxième moitié du XVIe siècle que l'on trouve une inspiration spécifique de l'art réformé, soit dans les traductions, déjà citées, des Psaumes de David par Clément Marot, soit dans les oeuvres héroïques d'Agrippa d'Aubigné (1552-1630) qui montrent les horreurs des affrontements religieux, dans son livre majeur les Tragiques publié de 1577 à 1623, soit dans le foisonnement des poèmes de Guillaume Du Bartas (1544-1590), inspirés de l'Ancien Testament.

Mais l'art littéraire protestant s'illustre aussi dans des oeuvres profanes : poésies amoureuses de Jean de Sponde (1557-1595) et dans des traités de « littérature pratique », comme par exemple Agriculture et Ménage des champs d'Olivier de Serres (1539-1619), ou comme le Traité de chirurgie pratique d'Ambroise Paré (1509-1590).


Bibliographie
• COTTIN, Jérôme, Le regard et la parole. Une théologie protestante de l'image, Genève, Labor et Fides, 1994.


Les artistes protestants

Jacques I Androuët du Cerceau (avant 1520-1585 ou 1586)
Baptiste Androuët du Cerceau (c. 1540/1550-1590)
Jacques II Androuët du Cerceau (c. 1550/1560-1614)
Salomon de Brosse (1571-1626)
Ligier Richier (c. 1500-1567)
Jean Goujon (c. 1510-1567)
Bernard Palissy (1510-1590)



Jacques I Androuët du Cerceau (avant 1520-1585 ou 1586)

Architecte – Dessinateur

Ayant exercé une immense influence sur les architectes grâce à ses nombreuses publications, Jacques I Androuët du Cerceau refusa de se convertir au catholicisme malgré son attachement au roi de France.

Pour amples informations, voir : Jacques I Androuët du Cerceau.



Baptiste Androuët du Cerceau (c. 1540/1550-1590)

Architecte

Architecte des bâtiments royaux, Baptiste Androuët du Cerceau reste fermement attaché à la religion réformée.

Pour amples informations, voir : Baptiste Androuët du Cerceau.



Jacques II Androuët du Cerceau (c. 1550/1560-1614)

Architecte

Jacques II Androuët du Cerceau, présent sur les chantiers initiés par Henri IV à la fin du XVIe siècle, est surtout connu comme architecte du temple de Charenton.

Pour amples informations, voir : Jacques II Androuët du Cerceau.



Salomon de Brosse (1571-1626)

Architecte

Né dans une des plus fameuses familles d'architectes du XVIe siècle, Salomon de Brosse fut le prestigieux architecte du Palais du Luxembourg (actuel Sénat) pour Marie de Médicis. Parmi ses nombreuses réalisations, il convient de noter la reconstruction du plus célèbre des temples protestants d'avant la Révocation : le temple de Charenton.

Pour amples informations, voir : Salomon de Brosse.



Ligier Richier (c. 1500-1567)

Sculpteur

Né en Lorraine au début du XVIe siècle, Ligier Richier fut sollicité par d'importants commanditaires. Converti au protestantisme, il se réfugia à Genève où il mourut.

Pour amples informations, voir : Ligier Richier.



Jean Goujon (c. 1510-1567)

Sculpteur

D'origine normande, le sculpteur Jean Goujon s'illustre sur de nombreux chantiers parisiens, en particulier au Louvre. Il se réfugie en Italie où il meurt.

Pour amples informations, voir : Jean Goujon.



Bernard Palissy (1510-1590)

Artiste faïencier

Cet artiste faïencier paye de sa vie sa fidélité à la foi réformée.

Pour informations complémentaires, voir : Bernard Palissy (1510-1590).



Les temples protestants du XVIe siècle à la Révocation

Dans la France du XVIe siècle, le culte réformé se met en place dans d'anciennes églises catholiques et dans de nouveaux édifices.

Alès (Gard)
Anduze (Gard)
Beaumont-lès-Valence (Drôme)
Bordeaux (Gironde)
Caen (Calvados)
Cardet (Gard)
Chamerolles (Loiret)
Charenton (Val-de-Marne)
Collet-de-Dèze (Lozère)
Héricourt (Doubs)
La Force (Dordogne)
La Rochelle (Charente)
Lyon (Rhône)
Mandajors (Gard)
Montauban (Tarn-et-Garonne)
Montbéliard (Doubs)
Montpellier (Hérault)
Nîmes (Gard)
Pons-en-Royans (Isère)
Pontaix (Drôme)
Pontorson (Manche)
Rouen (Seine-Maritime)
Saint-Ambroix (Gard)
Sainte-Croix-de-Caderle (Gard)
Sainte-Croix-Vallée-Française (Lozère)
Saint-Jean-du-Gard (Gard)
Saint-Jean-de-Maruejols (Gard)
Saint-Paul-la-Coste (Gard)
Sedan (Aisne)
Vialas (Lozère)

Les premiers cultes

Les premiers réformés se réunissent tout d'abord dans des maisons de particuliers.

Puis, lorsqu'ils montent en puissance, ils réquisitionnent locaux publics, abbayes, églises catholiques, et les adaptent au culte protestant.

Dans ces lieux catholiques réutilisés, les protestants font disparaître les statues et les images saintes, mais ils modifient aussi l'espace architectural, supprimant les autels et recentrant l'édifice autour de la table de communion.

On peut citer ainsi :

à Montauban, l'église Saint-Jacques,
à Nîmes, les couvents des Augustins, des Observantins, les églises Sainte-Eugénie, Saint-Étienne de Capduel,
à Agen, l'église Saint-Fiary et le couvent des Jacobins,
à La Rochelle, l'église Saint-Barthélemy, Sainte-Marguerite, le réfectoire du couvent des Augustins, et l'ancien Jeu de Paume ;
à Gap, la chapelle Sainte-Colombe,
à Montpellier, l'église Notre-Dame,
à Caen et Lyon, plusieurs églises.

Les nouvelles constructions

Temple de Paradis
Lyon,
intérieur du Temple de Paradis (1564).
Attribué à J. Perrissin, vers 1565.
(Fonds B.P.U. Genève)
Puis les réformés en viennent à construire des édifices neufs, pris en charge par les communautés et, qui à partir de l'Édit de Nantes (1598), sont situés à l'extérieur des villes, et, pour Paris dans un rayon de cinq lieues autour de la capitale.

Dans ces constructions neuves, il faut distinguer :

les temples des communautés (Lyon, Rouen, Charenton),
les chapelles seigneuriales (Chamerolles),
les temples issus de réutilisation ou d'aménagements
d'immeubles existants (Poët-Laval).

Les édifices construits se doivent d'être vastes pour réunir le plus grand nombre de fidèles. Ils sont des lieux de rassemblement qu'on appelle temples pour désigner leur usage cultuel tout en les différenciant des églises dédiées au culte catholique.

Les plans sont de type basilical (Charenton, Montpellier, Nîmes...) ou de type centré (Lyon, Caen, Rouen) issus de l'antiquité. La lumière entre à flots par de larges ouvertures en réaction à l'obscurité des cathédrales.

Les matériaux sont ceux de la région : moellons d'Ile de France à Charenton, briques à Montauban, silex et bois à Dieppe et à Rouen, schiste et quartz au Collet de Dèze. De même pour les toitures, ardoises à Dieppe, tuiles à Lassalle.

L'architecture intérieure donne la primauté à l'écoute sur le visuel. Le centre de l'édifice est occupé par la table de communion et la chaire d'où le prédicateur fait entendre la Parole de Dieu.

Que le temple soit de plan basilical ou centré, il est entouré de galeries faisant le tour de l'édifice ce qui en augmente la capacité. Les fidèles sont assis sur des bancs entourant la chaire et la table de communion.
Collet de Dèze
Collet de Dèze (Lozère).
(Reymond)


Les éléments de décor

Ils sont extrêmement réduits, puisque le lieu de culte doit être dépouillé de toute image d'idolâtrie, mais on trouve

des ornements civils, armes royales (Lyon ou La Rochelle),
armes du gouverneur Châtillon (Montpellier)
ou religieux : les tables de la loi (Chamerolles) ou
des versets bibliques (Charenton, Nîmes, Montauban).

Le plafond diffère des voûtements traditionnels. Par souci de rapidité et mesure d'économie, le système de la charpente (Montpellier, les temples cévenols) ou du lambris (La Rochelle, Charenton) sont privilégiés.

Temple de Vialas
Temple de Vialas (Lozère).
(René Laurent)
Les temples qui subsistent

Deux grandes vagues de destruction auront raison des temples protestants, en 1660 et 1680, et avec la Révocation, à partir de 1685.

Seuls quelques temples ont échappé aux démolitions de la Révocation de 1685, celui du Collet-de-Dèze (Lozère) et celui de Poët-Laval (Drôme). Par ailleurs le temple de Vialas (Lozère) n'a pas été détruit, mais a perdu pendant 50 ans son affectation au culte protestant, de même le temple de Sainte-Croix-Vallée-Française (Lozère).

Cependant quelques temples sont connus par leur iconographie, en raison de l'importance qu'ils ont tenue dans le monde protestant des XVIe et XVIIe siècles : Lyon, Petit-Quevilly (Rouen), Charenton, La Rochelle.

L'Édit de Nantes (1598) précise :

« Les lieux d'exercice ou temples, que ceux de la religion prétendue réformée ont la permission de bâtir, doivent être sans élévation, capables seulement de contenir les fidèles. Ils ne doivent pas être faits en forme d'église, ni avoir de tours ou de grands clochers. »


Bibliographie
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation, pp. 477-503.


Alès (Gard)

L'histoire protestante est liée à Alès.

Alès au sud du Massif Central, occupe une position géographique exceptionnelle, au carrefour de trois routes vers les Cévennes, le Rhône et le Midi.

Dès 1530, la pensée réformatrice de Luther s'implante à Alès

Plan d'Alès
Plan d'Alès (siège de 1629).
Dessin de Jean de Beins, ingénieur d'Henri IV et précurseur de Vauban.
(R. Laurent)
Cette implantation s'accentue nettement à partir de 1545. Devenue place de sûreté, Alès devient un des bastions du protestantisme. Les fidèles occupent pour leur culte la chapelle catholique des Cordeliers, puis celle des Dominicains et l'église Saint-Jean édifiée en 1472. L'Édit d'Amboise (1553) permet aux protestants d'avoir leur propre culte. Ils quittent alors les lieux catholiques.

Le premier temple est construit en 1577

Il peut contenir de 5 à 6 000 fidèles. Il est éclairé par quinze fenêtres rectangulaires. Sa façade aux trois portes d'entrée est imposante. Une tour à clocher surplombe le bâtiment.

Sur la pierre frontale est apposée une inscription : « mes brebis oyent ma voix, et, je les cognais, elles me suivent et je leur donne la vie éternelle ».

En 1629 Louis XIII assiège la ville et y signe le 16 juin la « paix d'Alais » (ou d'Alès). Richelieu loge à Alès à l'auberge du Coq Hardi.

En 1685 la Révocation ordonne la destruction de l'édifice. Ce n'est qu'à la Révolution que les protestants retrouveront un lieu de culte. En 1792, la chapelle des Pénitents construite en 1707 sur l'ancien temple leur est affectée. Elle sera démolie en 1864-65 pour édifier le temple actuel.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Anduze (Gard)

À partir de 1560 la Réforme a droit de cité à Anduze, surnommée la Petite Genève.

Temple d'Anduze
Plan du temple d'Anduze.
(Dubief et Poujol)
Premiers cultes (1560-1598)

Les premiers cultes ont lieu dans l'église paroissiale Saint-Étienne qui devient le temple. En 1562, les habitants optent pour le parti protestant du Prince de Condé contre le comte de Villars qui monte de Montpellier pour pacifier les Cévennes. En 1567, pour mieux assurer leur défense, les habitants détruisent les édifices religieux dont le temple Saint-Étienne pour construire des fortifications.

L'accalmie est de courte durée et les guerres de religion reprennent.

Dès la signature de l'Édit de Nantes (1598) les réformés décident de construire leur temple.

Premier temple (1600-1686)

En 1600, le premier vrai temple est construit sur l'emplacement de l'ancienne église catholique. Son architecture est simple : un carré de 22,80 m, flanqué d'un clocher, à l'intérieur un arc unique en plein cintre, comme à Collet-de-Dèze (Lozère). Il peut contenir plus de 2 000 fidèles. La chaire est au fond du temple, encadrée par les bancs des capitaines et des conseils. À l'intérieur, deux travées, à gauche les hommes, à droite les femmes.

En 1686, le temple est rasé. Sur l'emplacement, les catholiques construisent leur église. Une inscription indique que le sanctuaire « ruiné jusqu'à ses fondements par l'hérésie de Calvin fut reconstruit grâce à la munificence de Louis XIV et consacré à Dieu en 1688 ».

Après la Révolution

À la Révolution, l'église catholique devient Temple décadaire. Les cultes protestants y reprennent en 1796.

Un nouveau temple sera construit en 1811.



Beaumont-lès-Valence (Drôme)
Temple de Beaumont-lès-Valence
Temple de Beaumont-lès-Valence
(partie protestante) (Drôme).
(M. Chalamet)

À l'est de Valence, ville qui n'obtint jamais le droit de culte, les protestants se réunissent à Beaumont-lès-Valence.

Tour à tour église catholique puis temple protestant, aujourd'hui une église-temple

L'église primitive est construite pour les bénédictines au XVe siècle. Dès la Réforme, elle est utilisée par les protestants pour leur culte.

En 1562, le baron des Adrets, François de Beaumont brûle, pille et incendie le sanctuaire. Les protestants construisent alors un nouveau temple.

Temple de Beaumont-lès-Valence
Temple de Beaumont-lès-Valence
(partie catholique) (Drôme).
(M. Chalamet)
Après l'Édit de Nantes (1598), l'église des bénédictines est rendue aux catholiques. En 1665 la toiture et le clocher s'effondrent. En 1716, elle abrite une église du Désert.

Partage entre les deux confessions

Après la Révolution et le Concordat, en 1806, l'édifice est attribué aux protestants et aux catholiques suivant le principe du simultaneum. Un mur sépare l'église en deux, le choeur et l'abside sont attribués aux catholiques, la nef et le portail aux protestants.

Cette situation perdure toujours aujourd'hui.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Bordeaux (Gironde)

Bordeaux : Dans ce port de commerce, le protestantisme pénètre par les échanges commerciaux avec les pays protestants, l'Angleterre, les Flandres, la Hollande. En 1560 on compte 7 000 fidèles. Comme à Toulouse, le parlement de Bordeaux s'emploie à réprimer l'hérésie.

Bègles
Bègles : temple en 1639.
(S.H.P.F.)
Un premier temple est construit hors les murs, à Bègles

La Saint-Barthélemy fait de nombreuses victimes dans la ville. L'Édit de Nantes (1598) n'y sera enregistré que deux ans après sa promulgation.

Isolé à l'extérieur de la ville, le temple, construit après l'Édit de Nantes, se compose d'une longue salle rectangulaire de 20 m de long, éclairée par dix fenêtres hautes et étroites.

Une architecture sobre

La toiture est à deux pentes, un porche d'entrée s'ouvre dans le pignon nord. À l'intérieur, pas de décor, des murs nus blanchis à la chaux, des bancs pour les conseillers ou les autorités placés de face, devant ou sous la chaire.

Sur les murs figurent les dix commandements.

En 1685, juste avant la Révocation, le temple est rasé. Sur le sol nivelé, l'archevêque de Bordeaux fait élever une croix monumentale sur la place du Prêche, aujourd'hui place Duhourquet.

Le protestantisme survit à Bordeaux grâce aux situations prépondérantes acquises par les Réformés dans le commerce, le fret, l'industrie, mais tous les emplois publics sont aux mains des catholiques jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Caen (Calvados)

Le Temple de Bourg-l'Abbé

Dès 1533, les thèses luthériennes sont affichées à l'université de Caen. À la fin du siècle, 10 000 protestants sont dénombrés dans la généralité de Caen.

Un temple hors la ville

Caen
Caen, Temple de Bourg l'Abbé.
(S.H.P.F.)
Comme l'exigeait l'Édit de Nantes, le temple de Caen se construit hors la ville, à Bourg-l'Abbé (1611-1612), sur plan centré et à pans coupés, avec un double toit. Celui-ci est surmonté d'une petite tourelle abritant une cloche et couronné à chaque angle d'un pot-à-feu.

Chaque petit côté est constitué de deux travées, séparées par des pilastres d'ordre colossal, et percées d'une baie en plein cintre. Le long côté présente cinq travées dont une travée centrale plus grande dans laquelle s'ouvre la porte, surmontée d'un fronton curviligne, puis d'un pot à feu. À l'étage, on retrouve la même disposition.

Probablement surpris par cette forme inhabituelle pour un édifice cultuel, les catholiques le raillent et le traitent de « godiviau » et de « pâté ».

Détruit à la Révocation de l'Édit de Nantes, seuls des documents nous permettent de le connaître aujourd'hui.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation.


Temple de Cardet
Temple de Cardet
(XVIIe siècle).
(O. d'Haussonville)
Cardet (Gard)

Aux environs d'Alès, cardet a conservé son temple du XVIIe siècle, de venu église catholique à la Révocation.

Un temple lié à Jean Cavalier

Aux environs d'Alès, à Cardet, subsiste le temple datant du XVIIe siècle qui n'a pas été détruit à la Révocation, étant devenu église catholique à cette date (1685).

Les parents de Jean Cavalier s'y marièrent, et lui-même y fut baptisé.

Jean Cavalier (1681-1740) est un célèbre chef camisard. Ancien garçon boulanger, il mène la guerilla dans les Cévennes contre les troupes royales. Battu en 1704, il doit négocier la paix avec le Maréchal de Villars et obtient le droit d'émigrer.



Château de Chamerolles
Château de Chamerolles.
(V.M.F.)
Chamerolles (Loiret)

Entre Pithiviers et Orléans : une chapelle huguenote dans le château de Lancelot du Lac, seigneur de Chamerolles.

Un culte protestant dans un château privé

Ce château, a été construit par Lancelot Ier du Lac, qui épouse en secondes noces Louise de Coligny, soeur du maréchal de Châtillon, père de l'amiral Gaspard II de Coligny. Proche de Louis XII, il fut gouverneur d'Orléans. Son petit-fils Lancelot Dulac, rallie le protestantisme dès le début des guerres de religion (1562). Il commande la compagnie personnelle de l'amiral. La Chapelle de Chamerolles sert de lieu de culte.

Entouré de douves et d'un jardin Renaissance, ce château a été acquis récemment par le département du Loiret.

Château de Chatillon-Coligny
Décalogue du château de
Chatillon-Coligny, Chamerolles (Loiret).
(Collection privée)
Le château de Chamerolles est une étape marquante de l'itinéraire historique du protestantisme au nord de la Loire, au même titre que Châtillon-Coligny.

La chapelle

Au cours de travaux de restauration dans la chapelle, en 1989, sous un tableau représentant l'Assomption de la Vierge a été retrouvé le texte des Tables de la Loi, écrit en lettres d'or sur fond bleu, ainsi que des traces de la prière dominicale et du symbole des apôtres, version huguenote (« la sainte église universelle »).

Cette chapelle servit de lieu de culte à l'Église réformée de Chillieurs-aux-Bois.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Charenton (Val-de-Marne)

Oeuvre majeure de Salomon de Brosse, architecte du Palais du Luxembourg (Sénat) pour Marie de Médicis (1623).

Un lieu de culte à l'est de la capitale

Temple de Charenton
Temple de Charenton.
(S.H.P.F.)
L'Édit de Nantes (1598) interdisant la construction de temples dans Paris, et à moins de cinq lieues de la capitale, les réformés vont se réunir à l'Est, à Charenton.

Jacques II Androuët du Cerceau, réformé, architecte du château du Fontainebleau avait construit à Ablon un premier temple. Les matériaux d'Ablon seront réutilisés à Charenton où Androuët du Cerceau construit à partir de 1607 un vaste édifice pouvant accueillir jusqu'à 4 000 fidèles. En 1621 un incendie ravage ce premier temple de Charenton. Salomon de Brosse,neveu de Jacques II Androuët du Cerceau, se charge de la reconstruction en 1623.

Le nouveau temple

Temple de Charenton
Temple de Charenton.
(Reymond)

Sur plan basilical, l'édifice mesure 33 m de long sur 19,50 m de haut, il est couvert en pavillon par des tuiles avec, à une extrémité, un petit clocheton. 18 fenêtres de 1,30 m sur 1 m environ, surmontées de deux étages de hautes lucarnes permettent à la lumière de pénétrer à flot.

À l'intérieur, des galeries soutenues par 20 poteaux permettent d'accroître la capacité d'accueil. Dans chaque angle, de grands escaliers donnent accès aux galeries. Le temple de Charenton pouvait accueillir 4 000 personnes. La chaire du pasteur est placée au tiers de la nef. Au plafond de la nef sont inscrites les Tables de la Loi, en lettres d'or sur fond bleu. Des textes bibliques illustraient les portes.

La destruction

Temple de Charenton
Temple de Charenton : destruction (novembre 1685).
(S.H.P.F.)
1685 : Révocation de l'Édit de Nantes. Le temple de Charenton est détruit, démantelé, rasé. Sa place symbolique en tant que temple de la communauté parisienne lui a assuré une grande célébrité et en a fait le temple réformé idéal.

Le superbe psautier du temple de Charenton est conservé, déposé à la Bibliothèque diocésaine Briçonnet, à Meaux.

La destruction du temple de Charenton provoque l'enthousiasme de certains dignitaires catholiques. Ainsi, lors d'un discours prononcé à l'Académie française le 27 janvier 1687, l'Abbé Tallemand dit : « Heureuses ruines qui sont le plus beau trophée que la France ait jamais vu. Les arcs de triomphe et les statues élevées à la gloire du roi ne la porteront pas plus haut que ce temple de l'hérésie abattu par sa piété. »


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation, p. 482.


Collet-de-Dèze (Lozère)

Le temple de Collet-de-Dèze est le plus ancien temple de France. Dès 1566, le protestantisme s'implante dans cette vallée du Gardon.

Un temple lié à l'Édit de Nantes
Temple du Collet de Dêze
Schéma du pavement d'origine du temple du Collet de Dêze.
(Collection privée)

Les cultes se déroulent à l'église paroissiale dans la grande salle du château, ou les cuisines du bourg jusqu'à l'Édit de Nantes. Mais les réformés veulent leur temple.

Des matériaux de construction originaux

1646 : le temple de Collet-de-Dèze est construit en matériaux de quartz et de schistes retirés du Gardon. Le bâtiment repose sur la roche du sol ; la salle mesure 15 m de long sur 10,50 m de large.

Le temple est couvert par un toit à deux pentes surmonté d'un clocheton.

À l'intérieur, un grand arceau central en plein cintre repose sur deux murets de 2 m 30 de large et 2 m 70 de long. Des bancs pour les anciens sont disposés sur l'élèvement intérieur. Le sol est réalisé en galets de rivière formant un remarquable décor géométrique.

Le temple échappe à la destruction

Dès 1661, un décret stipule que tous les temples construits après l'Édit de Nantes doivent être détruits. Le temple de Collet-de-Dèze y échappe jusqu'à la Révocation.

Temple du Collet de Dêze
Intérieur du temple de Collet-de-Dèze.
(Reymond)
À la Révocation, peut-être sur intervention de la marquise de Portes, l'édifice est sauvé parce qu'il devient « la nouvelle chapelle de la mission catholique ».

Il résiste ensuite aux tourments des XVIIIe et XIXe siècles. À la Révolution, il appartient toujours aux Conti, descendants de la marquise de Portes. Il est confisqué en 1797, puis racheté par les protestants de Collet-de-Dèze. Il subit quelques modifications au XIXe siècle (construction d'une tribune en chêne et d'un escalier) mais il est parvenu intact jusqu'à nous et représente l'architecture très particulière des temples cévenols.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• HUGON, André, Le Temple et l'histoire de la paroisse réformée du Collet de Dèze, Éditions Henri Peladan, Uzès, 1975.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Temple d'Héricourt
Temple d'Héricourt (Doubs).
Dessin de Robert Repiquet.
(Bretegnier)
Héricourt (Doubs)

En 1563, cette ancienne église catholique devient un temple luthérien.

Une église née au XIIe siècle...

La ville d'Héricourt possède une des plus anciennes églises de la région et plus particulièrement du Pays de Montbéliard.

Le clocher-porche date des XIIe -XIIIe siècles. Il est coiffé d'un dôme comtois recouvert de tuiles vernissées polychromes. La nef charpentée date du XVe siècle.

Les deux chapelles latérales furent fondées en 1525 et 1545 par deux bourgeois d'Héricourt, Jean Pouisard et Jean Perdrix.

Temple d'Héricourt
Intérieur du temple d'Héricourt.
Dessin de Robert Repiquet.
(Bretegnier)
...qui n'a cessé d'évoluer

Le choeur, gothique flamboyant est édifié de 1524 à 1530. On peut accéder par une porte latérale sommée du blason des Fürstenberg, alors seigneurs d'Héricourt.

L'édifice est consacré à la religion luthérienne en 1563. Le simultaneum imposé par Louis XIV en 1700 dure jusqu'en 1887. Le conseil presbytéral d'alors « rénove » l'intérieur du sanctuaire aux dépens de certains détails architecturaux remis à jour entre 1950 et 1954.
Vitrail d'Héricourt
J.P. Bretegnier, l'agneau,
vitrail d'Héricourt, XXe siècle.
« L'agneau »
(Apocalypse 6 et 8).
(Bretegnier)

Des vitraux remarquables

En 1887, également sont posés des vitraux à motifs de rinceaux fleuris de la même veine que ceux de la Mosquée Bleue d'Istanbul. Trois de ces vitraux sont détruits en novembre 1944 lors des combats de la Libération. Ils ont été remplacés par des vitraux illustrant l'Apocalypse dans les chapelles latérales et les Paraboles dans le choeur.

Se trouve aussi dans le choeur un remarquable tableau d'un peintre maniériste italien, Ludovico da Cigoli (1559-1613), représentant la flagellation du Christ. Il a été offert par les descendants d'une famille héricourtoise.

Le buffet d'orgue installé en 1923 est inauguré par Albert Schweitzer.

L'édifice est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.



Bibliographie
• DÉBARD, Jean-Marc, La vieille église d'Héricourt, Imprimerie Metthez, Montbéliard, 1999.
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Temple de La Force
Temple de La Force
(XVIIe siècle).
(O. d'Haussonville)
La Force (Dordogne)

La vallée de la Dordogne est un terrain particulièrement propice à la Réforme. La Force est sous la protection du duc de Caumont, ami de Henri IV.

Une déclaration le sauve de la destruction

Construit en 1604, le temple dépendait du château édifié pour Jacques Caumont, duc de la Force, Maréchal de France (1558-1652), fidèle huguenot ami de Henri IV.

Affecté au culte réformé, le temple sera préservé de la destruction malgré l'arrêté l'ordonnant le 14 juillet 1679, grâce au duc de Caumont La Force qui déclare avoir transformé le temple en chapelle.

Le château sera détruit sous la Révolution par Lakanal mais le temple est préservé puis acquis par les protestants en 1806 et restauré en 1821.



La Rochelle (Charente)

Temple de la Rochelle
Temple de la Rochelle,
gravure du XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
Temple de la Villeneuve

Haut-lieu du protestantisme dès 1530-1540, les protestants utilisent d'abord pour leur culte des églises catholiques, parfois en simultaneum, comme souvent au début de l'installation de la religion réformée.

Le culte avant 1568

L'église Saint-Sauveur, l'église Saint-Barthélemy servent alternativement aux deux cultes. La salle Saint-Michel, dont l'édifice date du XVe siècle, est affectée au culte protestant.

1568 : La Rochelle devient la capitale des Réformés

Le Temple Saint-Yon, ancien réfectoire du couvent des Augustins, puis la chapelle Sainte-Marguerite (couvent des Oratoriens) succèdent à la salle Saint-Michel, devenue trop petite.

Temple de la Villeneuve
Temple de la Villeneuve à la Rochelle.
Bâti en 1630, démoli le 1er mars 1685.
(S.H.P.F.)
Le grand Temple (1577-1689)

1577 : la première pierre du Grand Temple, dont les plans ont pu être attribués à Philibert Delorme, est posée par Henri II de Bourbon, Prince de Condé, mais la construction n'est effective qu'à partir de 1600.

1603 : Consécration de l'édifice, premier prêche. C'est un chef d'oeuvre de l'architecture : octogone irrégulier, de 49 m de long sur 30 m de large et 60 m de haut. La toiture repose sur une charpente en corbeille, sans aucun pilier de soutènement, elle est recouverte de plomb.

À l'extérieur : décor de portes à frontons et de pilastres cannelés.

1627 : Capitulation de la ville assiégée par Richelieu. Le Grand temple est affecté aux catholiques. Le Roi veut détruire « cette citadelle de la rébellion et de l'hérésie ».

1648 : La Rochelle devient siège de l'archevêché et l'ancien Grand Temple devient cathédrale.

1687 : Le bâtiment est en grande partie détruit par un incendie.

1689 : Destruction totale.

Le temple de la Villeneuve

Temple de la Rochelle
Temple de la Rochelle :
ancienne église des Récollets.
(Musée Rochelais
d'Histoire Protestante)
Après le siège et la dévolution du Grand Temple aux catholiques, Louis XIII concède aux protestants un terrain pour y bâtir un nouveau lieu de culte. Sa construction commence en 1630. Modeste, de plan rectangulaire, il est entouré d'un enclos, présente un ensemble d'ouvertures asymétriques et possède une cloche.

18 janvier 1685 : Le parlement ordonne sa démolition par décret.

Mars 1685 : sa destruction est effective. Les Tables de la Loi et la chaire sont démolies. Sa cloche est utilisée pour l'église Saint-Barthélemy. Ses pierres servent en partie à la construction de l'hôpital Saint-Louis dont il occupe l'emplacement. Il ne reste plus du Temple que le nom de la rue, la rue du Prêche.

L'ancienne église des Récollets

L'ancienne église des Récollets appelés par Louis XIII après 1628, fut construite en 1691 puis confisquée à la Révolution. Elle sera rachetée par Ranson au nom des chefs de famille protestants de la ville, puis consacrée au culte réformé en 1798.


Bibliographie
• COUNEAU, Émile, La Rochelle disparue, Foucher, La Rochelle, 1904.
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation, pp. 477-504.


Lyon (Rhône)

Le Temple de Paradis : une figure emblématique de la Réforme au XVIe siècle.

Temple de Paradis
Lyon, intérieur du Temple de Paradis (1564).
Attribué à J. Perrissin, vers 1565.
(Fonds B.P.U. Genève)
Avant la construction du temple

La Réforme s'implante à Lyon au sein de la Communauté vaudoise créée par Pierre Valdo, précurseur, dès 1176.

Les réformés occupent d'abord l'église Sainte-Croix où ils installent un « amphithéâtre » et des bancs tout en affichant sur la porte les commandements de Dieu et les armoiries du Roi.

En 1563 se tient à Lyon un synode national. Dès 1564 un ensemble immobilier et foncier est acheté pour être aménagé en temple. Celui-ci dit « Temple de Paradis » est construit en six mois.

Ce nom de « Paradis » aurait été donné par les réformés eux-mêmes « parce qu'il était environné en dedans de galeries en forme de balcons saillants qu'ils disaient ressembler à un paradis » (Almanach de Lyon, 1743).

La chaire du pasteur occupe le centre de l'édifice

Sur plan centré, le bâtiment comprend trois escaliers à deux volées donnant accès aux tribunes intérieures, avec des galeries tout autour. Un toit rond et pointu coiffe la grande salle.

La chaire du pasteur occupe le centre de l'édifice, des bancs sont répartis tout autour. À l'étage, la tribune est largement éclairée par des lucarnes. Un décor intérieur sur les murs de la galerie supérieure présente des cartouches avec les armes du roi et celles de la ville.

La disposition de l'édifice permet de comprendre l'intérêt du plan centré qui met en relation très proche le ministre du culte et l'assemblée, comme dans un théâtre.

Malheureusement, son usage fut éphémère : dès 1567, le temple est détruit, à la veille de la seconde guerre de religion. La rue où il était situé conservera cependant le nom de « Paradis ».


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.
• RONDOT, Nathalie, Les protestants de Lyon au dix-septième siècle, Mougin-Rusard, Lyon, 1891, p. 149.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation, pp. 487-488.


Mandajors (Gard)
Temple de Mandajors
Temple de Mandajors.
(O. d'Haussonville)

Haut lieu de la guerre des Camisards, le château de Mandajors est détruit en 1703, mais la chapelle échappe aux représailles, et devient temple protestant.

Un « mini » temple cévenol

C'est le mini temple des Cévennes, au fond de la vallée de Roubarbel et accessible par un sentier abrupt, qui a échappé aux destructions des XVIIe et XVIIIe siècles.

Ce petit édifice, qui peut contenir quatre personnes de front sur quatre rangs, dépendit du château de Mandajors qui fut incendié et démoli lors de la guerre des Camisards en 1703.

Sur le fronton, une inscription : « Église réformée de France, 1727 ».



Montauban (Tarn-et-Garonne)

Les idées de la Réforme qui y sont attestées dès 1537 gagnent peu à peu la majorité de la population, à tel point que les réformés se rendent maîtres de la ville en 1561. Reconnue comme une des quatre places de sûreté accordées aux protestants par le traité de Saint-Germain-en-Laye (1570), elle devient une des capitales du protestantisme français.

Place du Coq
Place du Coq à Montauban.
Emplacement du
Temple Neuf.
(Collection privée)
Le « temple de l'École »

1565 : Les protestants aménagent un temple dans les bâtiments de la Grande Boucherie. Une école située près du château consulaire est affectée au culte et prend le nom de temple de l'École.

Dès le début du XVIIe siècle, les consuls doivent trouver une solution pour pouvoir accueillir plus confortablement la vaste communauté réformée.

Le « Temple vieux »

1609 : L'école qui abritait le temple est démolie pour construire un bâtiment d'une plus grande capacité sur son emplacement élargi (emplacement actuel sur une partie de la place Lefranc de Pompignan). Ce bâtiment prendra le nom de « Temple vieux » après la construction du temple édifié par Pierre de Levesville.

Le « Temple neuf »

1615 : Les consuls et Pierre de Levesville passent contrat pour construire un nouveau temple (emplacement actuel, place du Coq). Cet établissement entraîne un remodelage urbain.

1617 : Achèvement de l'élévation du nouveau temple, qui est alors désigné comme « Temple neuf ». Édifié sur plan centré, haut de 13 mètres, il s'ouvre par un portail principal décoré avec soin ; sa façade principale est rythmée de pilastres d'ordre monumental et présente deux tours renfermant des escaliers à vis.

Destructions successives

29 octobre 1664 : Un arrêt royal ordonne la démolition du « Temple neuf ». Le même arrêt autorise l'accroissement du « Temple vieux » ; les Réformés n'osent pas mettre cette autorisation à profit.

Début 1665 : L'emplacement du « Temple neuf » ne présente que des ruines. À son emplacement, est érigée une croix surmontée d'un coq.

2 juin 1683 : Un arrêt du parlement de Toulouse interdit l'exercice de la « R.P.R. » (Religion Prétendue Réformée) dans la ville et juridiction de Montauban et ordonne la démolition du « Temple vieux ».

23 juin 1683 : Démolition du « Temple vieux ».


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• GUICHARNAUD, Hélène, Guide historique des rues de Montauban, Montauban, 1992, 500 pages, 3 Tomes.
• GUICHARNAUD, Hélène, Montauban au XVIIe siècle, 1560-1685 – Urbanisme et architecture, Picard, Paris, 1991.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Montbéliard (Doubs)

Le Temple Saint-Martin de Montbéliard est le plus grand temple protestant de France.

Temple de Saint-Martin
Temple de Saint-Martin à Montbéliard.
(S.H.P.F.)
En référence à Luther...

Il doit son nom de Saint-Martin à la référence à Martin Luther, né lui-même le jour de la Saint-Martin en 1483. Sa construction fut décidée en 1601 par le Comte Frédéric de Montbéliard, duc de Wurtemberg et confiée à l'architecte Heinrich Schickard avec lequel il fit un voyage en Italie afin qu'il en subisse l'influence pour réaliser cet imposant édifice.

Il est construit en calcaire blanc du Jura rehaussé de grès rose d'Alsace.

D'après les plans initiaux, il devait être surmonté d'une tour à quatre étages avec une balustrade saillante entre le troisième et le quatrième, le tout coiffé d'un clocher pyramidal. Les fonds ayant manqué, on se contenta d'édifier, aux frais des fidèles, un petit clocher provisoire inauguré en 1677, qui subsiste encore aujourd'hui.

On ne sait pas grand-chose de l'aménagement intérieur initial, dont il reste cependant un superbe plafond à caissons, illustré en son centre d'une peinture italienne du XVIIe siècle en « Tondo » représentant le Bon Berger. En 1837 des orgues monumentales furent installées sur la tribune construite en 1684. Temple de la Raison pendant la Révolution, dépôt de vivres en 1870-1871, magasin à farine entre 1914 et 1921, le temple Saint-Martin en impose par ses dimensions solennelles dont la froideur n'est atténuée que lors des grandes assemblées réunies pour les fêtes carillonnées.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Montpellier (Hérault)

Grand temple – Petit temple

Dès le début du XVIe siècle, avant 1535, la Réforme s'implante à Montpellier.

Cathédrale de Montpellier
Cathédrale de Montpellier.
(Collection privée)
Le Grand temple, antérieur à l'Édit de Nantes

À partir de 1560, le culte a lieu dans des maisons privées : dans la maison Dessandrieux, au Petit Scel, actuelle place du Marché aux Fleurs, ou, de nuit, dans la maison Didier Baudin ou la maison Mage, à l'emplacement de l'actuel palais des Facultés.

En 1561 les réformés s'emparent de l'église Notre-Dame-des-Tables, puis de la cathédrale Saint-Pierre. Mais Pierre Viret vient prêcher la modération et renvoie les protestants à la maison Mage.

1583 : Construction du Grand temple de plan rectangulaire sur l'actuelle place Chabaneau. La date de l'inauguration y est gravée, accompagnée des armes de François de Chatillon, fils de Gaspard II de Coligny.

Le Petit temple


Montpellier
Montpellier.
(S.H.P.F.)
Après l'Édit de Nantes(1598) : Construction du Petit temple place Saint Côme, inauguré en 1603. Des troubles à la destruction

De grands désordres se déroulent dans la ville au XVIIe siècle, sous le nom de Grand Harlan. Louis XIII se déplace en personne pour signer la paix en 1622. Une amnistie générale est décrétée. Rohan, le chef militaire protestant, est nommé au gouvernement de Nîmes. Quarante ans de paix s'en suivent.

À partir de 1660, l'Intendant du Roi, Nicolas de Lamoignon de Basville, impose une répression indépendante des ordres du Roi, contre les huguenots et les camisards, jusqu'en 1718.

1670 : L'intendant de Basville fait démolir le Petit temple.

1682 : Le Grand temple est démoli sur l'ordre de Louis XIV, dans les vingt-quatre heures, par les réformés eux-mêmes qui doivent briser tous les matériaux, bancs, poutres, etc. Par tombereaux ceux-ci sont transportés vers le cimetière protestant, situé dans les jardins allant de la Comédie à la place de la gare (actuelle rue d'Obilion).

1698 est une année sanglante pour Montpellier. Les prédicants sont torturés ou exécutés sur l'échafaud jusqu'à l'Édit de Tolérance (1787).


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Nîmes (Gard)

Le temple de la Calade – Le temple Saint-Marc

La doctrine réformée s'implante à Nîmes comme à Montpellier dès le début du XVIe siècle.

Le temple de la Calade

Nîmes
Nîmes en 1567.
(S.H.P.F.)
En 1561, le réformateur Pierre Viret célèbre le culte de Noël dans la cathédrale Saint-Castor qui sera le premier lieu de culte des réformés. De cet édifice subsiste encore la tour du XIe siècle, les mâchicoulis du XIVe et le clocher du XVe.

Charles IX et sa mère Catherine de Médicis passent à Nîmes en 1565. Les députés réformés présentent leur cahier de doléances.

Charles IX accorde deux terrains pour construire le temple de la Calade.

Un bâtiment vaste conçu pour 5 000 fidèles



Nîmes
Nîmes, porte de la Calade :
seul vestige.
(O. d'Haussonville)
L'édifice est un grand rectangle de 30 m de long sur 48 m de large. Il ouvre sur la place de la Calade par une grande porte seul vestige de l'ancien temple. Au-dessus de cette porte figurait, une inscription dans la pierre « C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux ». Effacée en 1795, elle sera reproduite au tympan du petit temple, ancienne chapelle des Célestins, affectée au culte en 1793.

À l'intérieur, des galeries sont soutenues par des voûtes en arceau comme aux temples de Viala et de Collet-de-Dèze.

1685 : Le temple est démantelé à la révocation de l'édit de Nantes

Les pierres des ruines sont utilisées au XVIIIe siècle par des religieux pour construire une école. Ils remploient la porte d'entrée. La cloche est vendue 1 000 livres à la commune voisine de Calvisson (toujours à la mairie de cette commune). Le temple Saint-Marc

En 1601, une poutre du temple de la Calade semblant prête à céder, un second temple est construit. Édifié en 1610, le petit temple Saint-Marc était situé dans la Grand Rue, face à la rue Trélis. Il sera démoli en 1663.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Pons-en-Royans (Isère)

Dès le XVIe siècle, la Réforme est présente en Dauphiné. Pierre de Sibiville, correspondant de Zwingli, y prêche dès 1523.

1561 : Grenoble devient place de sûreté des protestants

Temple de Pons-en-Royans
Temple de Pons-en-Royans.
(S.H.P.F.)
Une floraison de petites églises se construisent semblables à celle de Pons-en-Royans.

Une architecture très simple

C'est le type même du modèle « populaire », issu de la grange.

Sur plan rectangulaire, éclairé par des fenêtres cintrées, le sanctuaire accompagne la pente naturelle du terrain. La porte principale est flanquée d'une seconde petite porte.

Le temple a été détruit au XVIIe siècle. Il n'est connu que par les documents.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation, p. 484.


Pontaix (Drôme)

Dès 1561, une communauté réformée existe à Pontaix. La chapelle romane des XIIe-XVe siècles sert au culte réformé.

Un lieu chargé d'histoire


Temple de Pontaix
Temple de Pontaix, ancienne église catholique.
(Musée Protestant Dauphinois)
Bâti dans un lieu stratégique de la vallée de la Drôme, Pontaix eut son château fort et son donjon dès le XIIe siècle. Sur un vestige de la chapelle du XIIe siècle a été construit, au XVe siècle, le temple actuel qui fut église catholique avant de devenir temple au XVIe siècle.

De cette époque subsistent des fresques, le Christ en croix entre Marie et Madeleine, et les « litres », bandes noires entrecoupées d'écussons, insignes funéraires de huguenots de Pontaix au XVIe siècle.

Sur le mur ouest du temple est inscrite dans une fenêtre la date de 1562, commémorant la visite du Réformateur Guillaume Farel.

Pendant les guerres de religion, la garnison militaire du château de Pontaix a joué un rôle important, combattant aussi bien en Diois, en Dauphiné ou en Guyenne, participant aux sièges de Livron, Montélimar, Gap, Grenoble.

À la fin du XVIe siècle, la paroisse de Pontaix comptait environ 600 fidèles. Un nouveau temple est construit après 1614 et sera rasé à la Révocation. L'ancien temple rendu aux catholiques devient l'église Saint-Apollinaire. Cependant la communauté protestante reste importante, opiniâtre et active même dans la clandestinité.

Après la Révolution, les lois organiques du Concordat permettent aux protestants de récupérer leur temple de Pontaix.



Pontorson (Manche)

Ralliée à la Réforme, la Normandie était une province à forte densité protestante au XVIe siècle, où la noble famille huguenote des Montgomery possédait le fief de Pontorson.

Temple de Pontorson
Temple de Pontorson (XVIIe siècle).
(S.H.P.F.)
Un temple ayant échappé aux destructions du XVIIe siècle

Le prêche de Pontorson était situé dans la propriété des Montgomery-Lorge. À l'origine, l'édifice était peut-être une grange aux dîmes dans laquelle auraient été percées des fenêtres pour la transformer en temple.

Édifié avant l'Édit de Nantes (1598), son usage est agréé comme temple jusqu'en 1625. Il est alors fermé sous la pression des catholiques et sert d'entrepôt. Il ne retrouvera jamais sa vocation première. Racheté récemment par la ville, il est protégé Monument historique et géré par l'Association de sauvegarde du prêche de Pontorson.



Rouen (Seine-Maritime)

Le Temple du Petit-Quevilly (1600)


Temple de Rouen Quevilly
Plan du temple de Rouen Quevilly.
Plan du rez-de-chaussée.
(Reymond)

Une communauté protestante importante existe en Normandie dès le XVIe siècle. Les thèses luthériennes sont affichées à l'Université de Caen en 1533. La Réforme se répand à Rouen.

Une architecture régionale originale

De graves répressions sont imposées dès 1562 : plus de 600 victimes sont dénombrées à Rouen, précédant la Saint-Barthélemy. L'Édit de Nantes (1598) ramène le calme et permet la construction d'un temple à l'extérieur de la ville, au Petit-Quevilly.

Hors les murs, comme le voulait l'Édit de Nantes, au Petit-Quevilly, s'élève le temple, sur plan centré. Il se présente sous forme d'un dodécaèdre de près de 30 m de long sur 22 m de hauteur maximale, éclairé par 60 doubles fenêtres carrées, surmonté d'une lucarne, sur chaque pan. Construit à partir de 1600, il est achevé en 1601.

Temple de Rouen Quevilly
Demi-coupe du temple de Rouen Quevilly.
(Reymond)
Les murs de l'édifice, montés sur une base solide, étaient construits en brique et pierre, avec colombages, comme le temple construit à la même époque à Dieppe, par les protestants.

Un chef d'oeuvre d'acoustique

À l'intérieur, aucun pilier, toute la charpente est en bois et repose sur une clé centrale.

Tout autour une galerie à triple étage, des bancs au centre et sur les douze côtés, font converger les fidèles vers la chaire du pasteur et permettent d'accueillir un nombreux public.

En 1685, à la Révocation, le Temple du Petit-Quevilly est détruit.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• FARIN, François, Histoire de la ville de Rouen, Louis du Souillet, Rouen, 1731.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.

Études théologiques et Religieuses
• Tome 75, 2000, GUICHARNAUD, Hélène, Approche de l'architecture des Temples protestants construits en France avant la Révocation.


Saint-Ambroix (Gard)

Ce village médiéval détient peut-être son nom du protecteur de l'église primitive, Saint-Ambroise, évêque de Milan.

Un premier temple est édifié dès 1574

Tour Dugas
Cloche de la tour Dugas
à Saint Ambroix.
(O. d'Haussonville)
Dès 1560 la religion protestante est présente à Saint-Ambroix. L'évêque d'Uzès, Jean de Saint-Gelais, et ses chanoines ont rallié la Réforme. Des assemblées se tiennent dans des maisons particulières, puis la salle des Consuls est utilisée pour le culte, l'église catholique du Dugas détruite.

Au coeur de la cité, entre la Grand-Rue (rue de l'hôtel de ville) et les remparts du Portalet s'élève le premier temple, de 24 m de long sur 12 m de large. Il est agrandi en 1609 et on lui adjoint un clocher et une cloche.

Dès 1682, l'évêque d'Uzès veut détruire le temple en se basant sur l'irrégularité de la construction de l'église réformée locale. Les protestants démontrent que l'existence de leur temple est antérieure à l'Édit de Nantes (1598) et le sauvent.

Le temple est détruit à la Révocation (1685). La cloche de 98 cm de diamètre est brisée et refondue par les catholiques qui la placent sur la Tour de l'Horloge où elle se trouve toujours.

Il faudra attendre 1822 pour qu'un nouveau temple s'élève à Saint-Ambroix.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Sainte-Croix-de-Caderle (Gard)

Temple de Ste Croix de Caderle
Temple de
Sainte Croix de Caderle.
(O. d'Haussonville)
Une chapelle romane primitive devenue prieuré en 1420 sert au culte protestant dès le XVIe siècle.

Une histoire troublée

Les vicissitudes des guerres religieuses des XVIe et XVIIe siècles lui vaudront successivement pillages, destructions et reconstructions. À la Révocation, elle est restituée au culte catholique. En 1702 elle est incendiée par les Camisards.

En 1704, la garnison des dragons du roi occupe le village, pour convertir par la terreur les huguenots. Ils y restent jusqu'en 1711.

L'église est épargnée, mais un grenier est élevé au-dessus de la porte d'entrée, le clocher est supprimé, les chapelles surélevées.

À la Révolution, l'édifice est dédié au culte de la Raison.

En 1802, la chapelle est remise aux protestants.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Sainte-Croix-Vallée-Française (Lozère)

La chapelle de la Boissonnade consacrée à la Vierge Marie en 1063 devient temple protestant aux environs de 1560.

Le plus ancien édifice de Lozère

Temple de la Boissonnade
Temple de la Boissonnade
(Ste Croix Vallée Française).
(O. d'Haussonville)
De style roman, construite en fradonite noire, ou granit noir des Cévennes, cette petite chapelle à nef et abside est couverte de lauzes, et surmontée d'un clocheton et de sa cloche. Elle sert au culte protestant dès le XVIe siècle.

À la Révocation de l'Édit de Nantes, le temple est récupéré par les catholiques. Le clocher disparaît. La chapelle est incendiée par les Camisards en 1702, lors d'une expédition punitive. Les murs et les voûtes résistent.

En 1796, l'église est vendue comme bien national. Elle sera affectée au culte protestant après le Concordat. Ce bâtiment est aujourd'hui le plus ancien de la Lozère.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages, p. 13.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Saint-Jean-du-Gard (Gard)

En 1551 la population de Saint-Jean-du-Gard est totalement réformée, grâce aux trois frères vaudois Pierre, Jean et François Barbier, venus du Piémont.

Un temple au centre de la vie religieuse

Horloge de Saint-Jean-du-Gard
Tour de l'Horloge de
Saint-Jean-du-Gard.
(O. d'Haussonville)
Les réformés se réunissent d'abord dans des maisons particulières ou, par beau temps, sous les châtaigniers.

De 1562 à 1569, un premier temple est édifié. De forme rectangulaire, il s'élève sur la place entre le château et la maison des trois pignons. Une grande porte orne la façade. Deux portes latérales ouvrent sur la place de l'Esplanade et la rue Combe d'Aze.

Il peut contenir de 800 à 1 000 fidèles. En l'absence de clocher jusqu'en 1669, on utilise la cloche de la Tour de l'Horloge, vestige de l'ancienne abbaye.

À l'intérieur, une vaste tribune est soutenue par des colonnes. D'autres tribunes et galeries seront ajoutées par la suite.

À la fin du XVIe siècle, il ne reste plus que 17 familles catholiques à Saint-Jean-du-Gard, aussi l'église catholique est démolie. Le temple devient le centre de la vie religieuse et politique de la ville. Plusieurs synodes y sont organisés.

Avant la Révocation, en février 1685, le temple est rasé. Les pierres seront réutilisées pour la construction de l'église catholique en 1686.

Ce n'est qu'en 1822 que Saint-Jean-du-Gard aura de nouveau un temple.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Saint-Jean-de-Maruejols (Gard)

Du temple datant de l'Édit de Nantes (1598) subsiste la table sainte.

Temple de St-Jean de Maruejols
Table de Communion du temple
de St-Jean de Maruejols.
(D.R.)
Deux temples se succèdent

Dès la Réforme, un premier temple est construit dans ce village traversé par la Cèze. Il disparaîtra pendant les guerres de religion. Un second temple lui succède après l'Édit de Nantes (1598). Il sera démantelé par les dragons du roi Louis XIV à la Révocation (1685).

Le terrain du temple de 1598 devient jardin

Affecté à une famille « catholique romaine » le terrain du temple est transformé en jardin. Dans les décombres du bâtiment, est retrouvée la table sainte, un très beau plateau en pierre d'asphalte provenant vraisemblablement des mines voisines d'Avéjean. Elle reste dans cette famille catholique jusqu'à la construction du temple actuel, inauguré en 1821.

La table en pierre d'asphalte retourne dans le temple du XIXe siècle

À la construction du temple actuel le propriétaire catholique fait don au consistoire de la table qui était dans son jardin depuis plus de deux siècles.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Temple de Saint-Paul-la-Coste
Nouveau temple de
Saint-Paul-la-Coste.
(O. d'Haussonville)
Saint-Paul-la-Coste (Gard)

Plus rien ne subsiste du premier temple protestant.

Reconstruit trois siècles plus tard au même emplacement

Vers 1565 un premier temple aurait été construit dans ce village haut perché des Cévennes. Il sera démoli à la Révocation.

La chapelle romane porte aujourd'hui le souvenir de la confrérie qui s'établit à Saint-Paul pour combattre l'hérésie cathare. Incendiée par les Camisards elle garde la mémoire de cette époque difficile.

Cependant au XVIIIe siècle, catholiques et protestants semblent vivre en bonne intelligence.

En 1835, un nouveau temple est construit à l'emplacement de l'ancien temple de 1565 et dans le même esprit.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Sedan (Aisne)

Dès 1562, Robert de la Marck, duc de Bouillon et prince souverain de Sedan, et sa femme Françoise de Bourbon, adoptent la religion réformée et font, en 1593, construire le temple de Sedan.

Sedan
Sedan,
ancien temple transformé en
église catholique en 1642.
(S.H.P.F.)
Le temple neuf

Dans la ville et les vingt villages constituant la principauté qui ne sera rattachée à la France qu'en 1642, entre la Meuse, les frontières de Belgique et du Luxembourg, de nombreux protestants s'installent ou se réfugient après la Saint-Barthélemy.

Le culte est d'abord célébré à l'hôtel-Dieu Mirbrych (disparu) puis au premier étage de la halle. L'église catholique de Saint-Laurent (détruite en 1799) sert à des services de simultaneum. En 1593, le duc et sa femme décident de faire construire un grand temple dit le Temple neuf.

L'édifice se présente comme un grand rectangle à angles coupés. La charpente est soutenue par six colonnes latérales. Sur chaque travée sont édifiées des tribunes à demi surélevées. L'édifice est éclairé par quatre grandes baies vitrées. La chaire occupe le centre de la nef. Un petit clocheton et une tour à horloge surmontent le chevet.

Devenu église catholique durant plus d'un siècle

En 1642, Sedan est rattaché à la France : le temple est transformé en église catholique. Un choeur et deux chapelles latérales lui sont ajoutés : elle devient l'église Saint-Charles.

Les cultes étant interdits pendant 100 ans, les cultes de simultaneum dans l'église Saint-Laurent sont abandonnés.

Ce n'est qu'en 1803 que Napoléon remettra aux protestants l'église du Couvent des Filles de la Propagation de la Foi, construit en 1669, qui servait de prison pour les jeunes filles réformées à partir de 1669, et deviendra alors le temple protestant jusqu'en 1896.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


Vialas (Lozère)

Après l'Édit de Nantes, la population protestante est suffisamment nombreuse et décide dès 1612 de construire un temple sur ses deniers. Seulement tolérés par l'État, les réformés ne bénéficient d'aucun subside.

Un lieu de résistance

Temple de Vialas
Temple de Vialas.
(René Laurent)
Le premier temple est une modeste chapelle aux ouvertures extérieures limitées en raison du climat, édifiée à l'extrémité du village comme l'exige l'Édit de Nantes.

À l'approche de la Révocation, dès 1680, les protestants sont mis en demeure d'abandonner leur religion. Ils abjurent ou émigrent, les catholiques s'emparent du temple qui devient chapelle catholique. Une abside en pierre est ajoutée, l'édifice échappe ainsi à la destruction (1680-1787).

Vialas restera cependant un lieu de résistance et pendant le XVIIe siècle, les réformés célèbrent le culte en famille ou se réunissent en assemblées sur les pentes de Trenze.

À la Révolution (1789) la chapelle est fermée.

Le 30 août 1804, le maire, protestant, remet au consistoire réformé les clés de l'ancien temple de Vialas.


Bibliographie
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages.
• LAURENT, René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996, 520 pages.
• REYMOND, Bernard, L'architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.


La musique protestante

Le chant des psaumes
Loys Bourgeois (v. 1510-1560)
Claude Goudimel (v. 1520-1572)
Claude Lejeune (v. 1530-1600)

Les réformateurs ont voulu faire chanter l'assemblée. Ils ont donc suscité une intense création musicale pour donner aux fidèles un nouveau répertoire : les chorals en milieu luthérien, le chant des psaumes en milieu réformé.

Psaume XXV
Psaume XXV mis en vers
par Clément Marot.
« À toi, mon Dieu, mon coeur monte,
en toi mon espoir ai mis,
fais que je ne tombe à honte,
au gré de mes ennemis. »
(S.H.P.F.)
Réforme de la musique religieuse

Au début du XVIe siècle, dans l'Église catholique, la musique religieuse était chantée en latin dans le choeur de l'église par des religieux. Les réformateurs ont voulu rendre la musique au peuple, c'est-à-dire faire chanter l'ensemble des fidèles, y compris les femmes.

Le chant d'Église va subir de nombreuses transformations au niveau des textes et de la musique.

Pour faire chanter l'assemblée des fidèles, il faut des chants en langue du peuple. Il faut donc traduire mais aussi adapter les textes pour qu'ils puissent être chantés. On choisit de les mettre en strophes sous forme de poésie métrique, c'est-à-dire avec un certain nombre de pieds.

Les textes sont soit des transcriptions des psaumes de la Bible, soit des compositions nouvelles s'inspirant de la Bible.

Psaume XXXIII
Psaume XXXIII mis en vers
par Clément Marot.
« Éveillez-vous peuple fidèle,
chantez à Dieu en tous endroits,
louange est très séante et belle,
en la bouche des hommes droits. »
(S.H.P.F.)
La musique

Le chant d'assemblée nécessite de renoncer à la polyphonie qui jouit d'un grand prestige à cette époque. Il faut un chant à l'unisson, avec une seule note par syllabe. Et la mélodie doit respecter les accents toniques de la langue.

Les progrès de l'imprimerie dans l'impression de la musique ont contribué à une diffusion rapide de ce nouveau répertoire. Même si tous les fidèles ne savent pas lire et encore moins lire la musique, les nouveaux psautiers ont contribué à l'apprentissage rapide du nouveau répertoire.

Le répertoire est différent selon les courants de la Réforme.

Chez les luthériens

Luther aimait la musique et en a même composé. Aussi la réforme luthérienne s'est-elle montrée très accueillante à la musique.

Pour Luther, « Dieu annonce l'Évangile aussi par la musique », l'Évangile c'est-à-dire la Parole incarnée en Jésus-Christ. Luther veut mettre le Christ au centre du culte, c'est pourquoi il fait composer de nouveaux chants prêchant l'incarnation, la croix et la résurrection. Ce sont les chorals luthériens.

Les textes sont répartis en strophes. Ils sont chantés d'abord à l'unisson, puis à quatre voix.

La production de chorals se développe. Le choral le plus célèbre est : « Ein feste burg » (C'est un rempart que notre Dieu) dont le texte et la mélodie sont de Luther.

Dans l'Église luthérienne, ni les orgues, ni les instruments de musique, ni les choeurs professionnels n'ont disparu. Ceci a permis une très riche production musicale religieuse aux XVIIe et XVIIIe siècles (Schütz, Bach, etc...). Il y aura 5 000 chorals au temps de Jean-Sébastien Bach. En reprenant des chorals dans ses Passions, Bach n'a pas inventé les mélodies, il les a harmonisées.
Recueil des 150 psaumes de David
Recueil officiel des
150 psaumes de David
(Genève de 1562),
Édition de Genève 1562.
(Collection particulière)

Dans le courant réformé

Les Réformés sont allés plus loin dans la réforme de la musique, bannissant tout ce qui pouvait rappeler la mainmise du clergé sur la musique religieuse. Ils suppriment les orgues de choeur.

Le chant des fidèles se fait a capella c'est-à-dire sans le soutien d'instrument de musique et à l'unisson. Le répertoire réformé est le chant des psaumes.

Pourquoi les psaumes et seulement les psaumes ?

Parce que les psaumes bibliques sont donnés par Dieu. C'est comme si Dieu les mettait dans la bouche des fidèles pour chanter sa gloire.

Également parce que le culte réformé est centré sur la gloire de Dieu (soli deo gloria) – les psaumes conviennent donc très bien – alors que le culte luthérien, centré sur Jésus-Christ, oblige à créer de nouveaux chants, les chorals.

Lors de son séjour à Strasbourg, auprès de Martin Bucer, Calvin découvre les psaumes chantés en allemand par l'assemblée. Luther a, le premier, l'idée de mettre les psaumes en vers et en strophes, en allemand. Martin Bucer à Strasbourg reprend l'idée pour l'ensemble du psautier. C'est là que Calvin les découvre lors de son séjour dans cette ville. Il s'en inspire et confie à de vrais poètes (Clément Marot et Théodore de Bèze) et de vrais musiciens la mise en vers et en musique du psautier, qui devient le psautier de Genève.

Il y eut d'autres psautiers, ceux de Lausanne, Bâle et Mulhouse, mais celui de Genève est le plus connu du fait de ses qualités poétiques et musicales.

L'absence d'instrument pour guider le chant a conduit Calvin à créer un ministère spécifique pour diriger le chant des psaumes : celui de chantre, dont un des plus célèbres est Loys Bourgeois.

À la fin du XVIe siècle s'est introduit l'usage du chant des psaumes à trois ou quatre parties mais pour l'usage privé, en famille, Claude Goudimel et Claude Lejeune sont les musiciens les plus importants pour l'harmonisation des psaumes.

Mais la production musicale des réformés s'est pratiquement arrêtée à la fin du XVIe siècle.


Bibliographie
Fed. Musique et Chant, Le psautier français, Lyon, Réveil Publications, 1995.
• WEBER, Édith, La musique protestante en langue française, Paris, Honoré Champion, 1979.
• REYMOND, Bernard, Le protestantisme et la musique, Genève, Labor et Fides, 2002.
• PIDOUX, Pierre, Le psautier huguenot du XVIe siècle, Bâle, Baerenreiter, 1962.


Le chant des psaumes

Les réformateurs ont voulu faire chanter l'assemblée des fidèles pendant le culte. Il a fallu créer un nouveau répertoire de chant d'Église. Les Églises réformées francophones ont placé le chant des psaumes en français au centre de leurs célébrations.

Clément Marot et la traduction de psaumes en vers

Psaumes de David
Psaumes de David
traduits par
Clément Marot (1551).
(Collection particulière)
Dans l'Église catholique romaine au XVIe siècle, la messe était chantée en latin par des religieux. Les réformateurs ont voulu faire chanter l'assemblée des fidèles pendant le culte, dans une langue accessible à tous. Calvin cherche donc à créer un répertoire en français. Celui-ci s'est constitué à partir de la mise en vers des psaumes de la Bible par Clément Marot (1496-1544).

Le célèbre poète de cour Clément Marot entreprend de traduire en vers les psaumes de la Bible sans doute à partir de 1531. Il est influencé par l'humanisme et les idées de Luther. Mais il est surtout séduit par la beauté poétique des psaumes. Peut-être a-t-il été encouragé par Marguerite d'Angoulême.

En 1539, Marot remet au roi François Ier le manuscrit des 30 premiers psaumes mis en vers et structurés en strophes pour être chantés.

Des musiciens les mettent en musique sur des airs de cour ou des airs profanes. Le succès est considérable. Étudiants et courtisans les chantent tous également.

En 1543, Marot est inquiété pour ses idées religieuses et se réfugie à Genève auprès de Calvin.

Famille protestante
Famille protestante lisant la bible
et chantant, vue au XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
Calvin et le psautier

Quand Calvin, réfugié à Strasbourg en 1538, a pris en charge la paroisse française de la ville, on y chantait déjà des psaumes en allemand. C'est à Strasbourg que paraît le premier recueil des psaumes en vers français. Douze psaumes sont de Clément Marot, et sept de la main même de Calvin.

À son retour à Genève en 1541, Calvin introduit le chant des psaumes dans les cultes. Avec l'arrivée de Marot, ce projet prend de l'ampleur. Marot met en vers de nouveaux psaumes (ces psaumes en vers sont aussi appelés paraphrases des psaumes) et retouche l'édition précédente.

Pour ces nouveaux textes, il faut des mélodies. Calvin désire un style musical pour le chant d'église qui reflète la gloire de Dieu. C'est pourquoi il fait adapter des mélodies anciennes ou composer de nouvelles mélodies par les chantres qui se sont succédés à Genève et dont le plus connu est Loys Bourgeois. L'assemblée chante ces mélodies à l'unisson.

Recueil des 150 psaumes de David
Recueil officiel des
150 psaumes de David
(Genève de 1562),
Édition de Genève 1562.
(Collection particulière)
Il encourage également les fidèles à chanter les psaumes à la maison, mais sur les nouvelles mélodies de Genève et non sur les mélodies profanes en usage en France.

À sa mort en 1544, Marot avait versifié 49 psaumes.

Théodore de Bèze et la fin du psautier

Le grand humaniste français et poète Théodore de Bèze (1519-1616) continue l'oeuvre de Clément Marot. En 1551 paraît le psautier genevois qui comprend les 49 psaumes de Marot, et 34 de Théodore de Bèze.

En 1562 paraît à Genève l'édition intégrale des 150 psaumes mis en vers français (49 par Marot, 101 par Théodore de Bèze) sous le titre Pseaumes de David. Ils sont dotés de 123 mélodies différentes (certaines mélodies servent pour deux psaumes). Le psautier peut être qualifié de français par sa langue, sa prosodie et sa musique.

Le psautier huguenot


Psaume 51
Psaume 51 du recueil officiel
de Genève de 1562.
(Collection privée)
Le terme de psautier huguenot date du XIXe siècle et se réfère au recueil officiel de Genève des 150 psaumes. Il connaît une extraordinaire diffusion grâce aux progrès de l'imprimerie pour l'impression de la musique. Plus de 30 000 exemplaires sont diffusés en une année. Il a une grande postérité en France comme en Suisse. Le psautier est souvent inclus à la fin des Bibles des XVIIe et XVIIIe siècles.

Le texte en a été plusieurs fois remanié et actualisé jusqu'à aujourd'hui, notamment par Valentine Conrart (1603-1675). Dans les recueils de cantiques des Églises protestantes figurent encore un grand nombre de psaumes chantés sur les mélodies originales du XVIe siècle.

Pour caractériser les psaumes, trois noms s'imposent, l'auteur du texte, le mélodiste qui a adapté ou composé la mélodie, l'harmoniste qui a créé la version polyphonique à quatre voix.

Les harmonisations des psaumes

Psaumes de David
Psaumes de David,
mis en musique par Goudimel (1563).
(Collection particulière)
Le succès des psaumes a incité de nombreux musiciens de l'époque et parmi les plus grands à les harmoniser pour le chant à 4 voix ou plus. Les plus célèbres sont Claude Goudimel, Claude Lejeune, Paschal de l'Estocart, Philibert Jambe de Fer, Pierre Certon.

De nombreux psaumes connaissent donc plusieurs harmonisations différentes. La mélodie pouvant être soit au soprano, soit le plus souvent au ténor.

Au XVIe siècle, les psaumes à quatre voix sont réservés aux réunions privées, comme le dit Goudimel « pour s'esjouir en Dieu particulièrement ès maisons ».

« C'est pourquoi, quand nous aurons bien cherché çà et là, nous ne trouverons meilleures chansons ni plus propres pour ce faire que les psaumes de David ». (Jean Calvin)


Bibliographie
Le psautier français, Lyon, Réveil Publications, 1995.


Loys Bourgeois (v. 1510-1560)

Musicien français, Loys Bourgeois joue un rôle essentiel dans l'élaboration du psautier huguenot. Il arrange et compose la majorité des mélodies de ce psautier.

Le principal mélodiste des psaumes



Cathédrale St-Pierre
Cathédrale St-Pierre à Genève.
(Collection privée)

Loys Bourgeois est né et mort à Paris. Il séjourne à Genève vers 1551. Il exerce les fonctions de maître de chant et de chantre à la cathédrale Saint-Pierre, l'église de Calvin. C'est lui qui dirige le chant des psaumes pendant le culte.

Mais il est surtout connu pour le rôle qu'il a joué dans l'élaboration du psautier huguenot. C'est le principal mélodiste de ce psautier, c'est-à-dire celui qui compose la mélodie qui s'adapte aux textes.

Il compose de nouvelles mélodies pour les psaumes mis en vers par Théodore de Bèze ou il arrange des mélodies latines pour les adapter à ces textes. Mais il corrige aussi certaines mélodies de son prédécesseur Guillaume Franc sur des textes de Clément Marot, ce qui lui vaudra des remontrances de la part du Conseil de Genève et même 24 heures de prison pour « avoir corrigé les psaumes ».

Il fut sans doute le premier à harmoniser à quatre voix certains psaumes.

On lui doit également : Le droit chemin de musique, ouvrage de théorie où il précise les principes du chant des psaumes d'après les directives de Calvin.


Bibliographie
Fed. Musique et Chant, Le psautier français, Lyon, Réveil Publications, 1995.
• WEBER, Édith, La musique protestante en langue française, Paris, Honoré Champion, 1979.
• PIDOUX, Pierre, Le psautier huguenot du XVIe siècle, Bâle, Baerenreiter, 1962.


Claude Goudimel (v. 1520-1572)

Claude Goudimel est l'un des compositeurs français les plus importants du XVIe siècle. Il crée une version polyphonique à quatre voix de 150 psaumes du psautier de Genève pour être chantée en famille. Cette version connaît un immense succès et est encore chantée aujourd'hui.

Biographie

Psaumes de David
Psaumes de David,
mis en musique par Goudimel (1563).
(Collection particulière)
Claude Goudimel ou Godimel est né à Besançon vers 1520. Sa présence est attestée à Paris en 1542 où il entreprend des études à l'université. Il occupe un poste de correcteur chez l'imprimeur Nicolas Du Chemin qui le prend ensuite comme associé. Il s'installe à Metz vers 1557.

Converti au protestantisme vers 1560, il s'intéresse aux textes et mélodies du psautier de Genève. Il est assassiné à Lyon lors de la Saint-Barthélemy, en 1572. Son corps est jeté dans le Rhône.

C'est un compositeur prolifique qui a composé des messes et motets pour l'Église catholique mais aussi de nombreuses chansons profanes. Il met en musique des poèmes de Ronsard et une ode à Michel de l'Hospital.

L'harmonisation des psaumes

Psaumes de David
Psaumes de David,
mis en musique
par Goudimel (1561).
(Collection particulière)
On parle souvent des psaumes de Goudimel. Pourtant Goudimel n'a pas créé les mélodies des psaumes, mais des versions polyphoniques à quatre voix ou plus. Il n'est d'ailleurs pas le seul musicien à avoir harmonisé les psaumes. Mais son harmonisation à quatre voix la plus simple, favorisant la compréhension du texte, (dite aussi note contre note) a connu un tel succès qu'elle a éclipsé un peu les autres. Il est d'ailleurs le seul à avoir harmonisé la totalité du psautier, c'est-à-dire les 150 psaumes mis en vers par Clément Marot et Théodore de Bèze.

Les autres versions polyphoniques de Goudimel (contrepoint fleuri ou motet pour quatre à huit voix) sont réservées à des professionnels et sont encore aujourd'hui chantées en concert.

Toutes ces versions polyphoniques des psaumes étaient réservées à l'usage privé. À l'église au XVIe siècle, le chant des psaumes était à l'unisson. Goudimel précise bien dans la préface de ses psaumes qu'il les a composés « non pas pour induire à les chanter en l'Église, mais pour s'esjouir en Dieu particulièrement es maisons ».

Calvin lui-même préconisait le chant des psaumes à la maison, en famille.

Les psaumes de Goudimel connaissent un immense succès. Ils ont été chantés tout au long de l'histoire du protestantisme, même pendant les périodes de persécutions. Ils sont encore chantés aujourd'hui.


Bibliographie
• WEBER, Édith, La musique protestante en langue française, Paris, Honoré Champion, 1979.
• PIDOUX, Pierre, Le psautier huguenot du XVIe siècle, Bâle, Baerenreiter, 1962.


Claude Lejeune (v. 1530-1600)

Musicien de cour, les sympathies protestantes de Claude Lejeune l'incitent à composer de nombreuses versions polyphoniques des psaumes.

Un musicien de cour

Claude Lejeune
Claude Lejeune (1530-1600).
(S.H.P.F.)
Né à Valenciennes vers 1530, il se fixe à Paris avant 1564. Il est protégé par deux seigneurs protestants (François de la Noue et Charles de Teligny) à qui il dédie en 1564 ses Dix pseaumes de David.

Il devient l'un des principaux compositeurs de « musique mesurée » dont le principe est de calquer le rythme musical sur celui de la poésie (mesurée à l'antique).

Il rejoint l'Académie de poésie et musique fondée par le poète Jean-Antoine Baif.

Claude Lejeune devient maître de musique de François, duc d'Alençon, frère d'Henri III.

En 1590, ses sympathies protestantes l'obligent à fuir à La Rochelle.

En 1596, il est nommé compositeur officiel au service du roi Henri IV.

Harmonisation des psaumes

Claude Lejeune compose plus de 300 oeuvres religieuses dont la plus grande partie est publiée en 1601, après sa mort.

Il s'intéresse aux psaumes dès 1564 et compose des versions polyphoniques d'un grand nombre de psaumes du psautier de Genève.

Ses harmonisations des psaumes, publiées bien après celles de Goudimel, sont d'une écriture polyphonique très nouvelle et d'une interprétation plus difficile. C'est ce qui explique la préférence donnée aux harmonisations de Goudimel pour le chant en famille ou le chant d'église à partir du XVIIIe siècle.

Mais les psaumes de Claude Lejeune connaissent une grande diffusion au XVIIe siècle, en particulier hors de France.


Bibliographie
• WEBER, Édith, La musique protestante en langue française, Paris, Honoré Champion, 1979.
• PIDOUX, Pierre, Le psautier huguenot du XVIe siècle, Bâle, Baerenreiter, 1962.


La littérature du XVIe siècle

Clément Marot (1496-1544)
Robert Estienne (1503-1559)
Sébastien Castellion (1515-1563)
François Hotman (1524-1590)
Guillaume Du Bartas (1544-1590)
Agrippa d'Aubigné (1552-1630)
Jean de Sponde (1557-1595)

Guillaume du Bartas
Oeuvres de
Guillaume du Bartas.
(S.H.P.F.)
Le puissant mouvement de renouvellement que représente la Réforme dans le domaine social et spirituel ne pouvait qu'apposer sa marque sur la littérature de son temps : des noms prestigieux en portent le témoignage, de vastes domaines en révèlent l'influence profonde.

La poésie religieuse

C'est dans le domaine poétique que se manifeste au premier abord cette influence. En ce qui concerne l'inspiration proprement religieuse, l'éclat exceptionnel des Psaumes de Clément Marot et de Théodore de Bèze et la grandeur visionnaire des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné ne doivent pas éclipser d'autres réussites majeures. C'est aussi la foi réformée qui a directement inspiré le magnifique foisonnement et le souffle biblique de la Semaine de Du Bartas, dont le succès prodigieux marqua l'Europe entière. Et dans des manifestations plus discrètes de la méditation personnelle, les sonnets de Jacques Grévin, les Octonaires du pasteur Chandieu, les Poèmes chrétiens de Jean de Sponde sont de purs exemples d'un certain lyrisme huguenot, dépouillé, grave et vibrant.
Robert Estienne
Robert Estienne,
marque typographique
(XVIe siècle).
(S.H.P.F.)

Les genres profanes

Le protestantisme ne se cantonne pas à un cadre religieux, empreint de rigueur et de sévérité : il s'illustre aussi dans les genres profanes. La réévaluation de la Renaissance tardive a tiré de l'oubli la poésie amoureuse, passionnément tourmentée du Printemps d'Agrippa d'Aubigné ou des Amours de Sponde.

Au théâtre, les écrivains réformés ont innové : on doit la première tragédie française à Théodore de Bèze : Abraham sacrifiant (1553), suivie de la trilogie biblique de Louis des Masures, et au dramaturge huguenot Jean de La Taille, le traité pré-classique De l'art de la Tragédie.

On trouve encore des protestants dans la plupart des genres littéraires, légers ou sérieux, qui ont marqué leur époque, même s'ils nous paraissent aujourd'hui étranges ou lointains :

ouvrage de divertissement : Chansons et blasons d'Eustorg de Beaulieu, emblèmes illustrés de Guillaume Guéroult ou de Georgette de Montenay,
ouvrages d'érudition, de traduction, de linguistique (Pierre de La Ramée, dit Ramus, Robert Estienne), d'histoire (Jean Crespin, Simon Goulard, François de La Noue ou encore Agrippa d'Aubigné avec son Histoire Universelle).

Théâtre d'Olivier de Serres
Théâtre d'Agriculture
d'Olivier de Serres.
Page de titre
du cinquième livre.
(S.H.P.F.)
Les sciences naturelles et humaines

L'esprit réformé inspire également quelques textes fondateurs de littérature pratique ou appliquée aux domaines les plus divers des sciences naturelles et humaines : écologie et chimie avec Bernard Palissy et Olivier de Serres (Agriculture et ménage des champs), chirurgie avec Ambroise Paré, ethnologie avec Jean de Lhéry.

Dans le domaine de la pensée politique se signalent aussi d'importants précurseurs, Sébastien Castellion pour la liberté de penser, François Hotman pour la souveraineté de la nation.

Philippe Duplessis-Mornay
Philippe Duplessis-Mornay
(1549-1623).
(S.H.P.F.)

Une langue moderne

À travers la variété de ces travaux, auxquels vient s'ajouter toute la production théologique et polémique, avec notamment Pierre Viret et Philippe Duplessis-Mornay, la Réforme a exercé une action générale profonde et durable : le développement d'une langue moderne, claire, efficace.

Ainsi l'écriture de Calvin est-elle généralement reconnue comme une première manifestation de la grande prose française.

S'il existe un apport original de la Réforme aux lettres françaises, il n'est donc pas à chercher dans une littérature protestante considérée comme un bloc homogène et rigide, mais au contraire dans la diversité des genres et des domaines et dans l'ouverture aux préoccupations de toute une époque.



Clément Marot (1496-1544)

Célèbre poète français du XVIe siècle, Clément Marot met en vers des psaumes de la Bible qui seront chantés dans toute la France et seront le point de départ du célèbre recueil, le psautier huguenot.

Pour informations complémentaires, voir : Clément Marot (1496-1544).


Robert Estienne (1503-1559)

Robert Estienne est issu d'une illustre famille de typographes parisiens en relation avec les milieux humanistes de l'Europe entière.

Pour informations complémentaires, voir : Robert Estienne (1503-1559).



Sébastien Castellion (1515-1563)

Sébastien Castellion est considéré aujourd'hui comme l'apôtre de la tolérance et de la liberté de conscience. Pour lui, différentes interprétations de la Bible sont possibles, ce qui légitime un christianisme pluraliste et le refus du recours à la violence.

Sébastien Castellion
Sébastien Castellion
(1515-1563).
(S.H.P.F.)
Pédagogue, humaniste et théologien

Né près de Nantua, Sébastien Castellion fait ses études à Lyon et devient protestant. Il va à Strasbourg en 1540 où il fait la connaissance de Calvin. À son retour à Genève, Calvin l'appelle à diriger le Collège de Rive.

Des divergences l'opposent à Calvin, et l'empêchent de devenir pasteur à Genève, comme il le souhaitait. Il part pour Bâle en 1545, où après quelques années difficiles (il exerce divers métiers, dont correcteur d'imprimerie), il est nommé en 1553 professeur de grec à l'Université.

Castellion a beaucoup écrit. Dans le domaine de la pédagogie, il rédige de petites saynètes à faire jouer aux enfants pour leur apprendre le latin. Il publie aussi des éditions et des traductions d'auteurs classiques grecs.

La traduction de la Bible

Castellion publie en 1555 une traduction de la Bible, Ancien et Nouveau Testament, selon des principes alors révolutionnaires. D'abord, il reconnaît l'obscurité de certains passages, et la possibilité de les comprendre de diverses manières. Ensuite, il veut s'adresser aux ignorants, non aux lettrés, et il utilise le langage populaire. Sa traduction choque, on estime qu'en employant « le jargon des gueux » Castellion ne respecte pas la majesté de la Bible. Les traductions modernes de la Bible en français courant reprennent aujourd'hui le projet de Castellion.

Contre la violence

Michel Servet
Michel Servet (1511-1553).
(S.H.P.F.)
L'exécution à Genève en 1553 de Michel Servet (pour cause de refus de la doctrine trinitaire) indigne Castellion, et il publie, sous un pseudonyme, le Traité des hérétiques, une anthologie de textes anciens et récents qui condamnent la mise à mort pour opinion doctrinale déviante. Théodore de Bèze répond par un traité qui justifie l'exécution de Servet. Castellion réplique par Contre le libelle de Calvin qui ne paraîtra, pour cause de censure, qu'en 1612. Dans ce traité se trouve une phrase fameuse : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. »

En 1562, Castellion publie Conseil à la France désolée, où il dénonce « le forcement des consciences » et plaide pour qu'on laisse « les deux religions [catholique et protestante] libres, et que chacun tienne sans contrainte celle des deux qu'il voudra ». Le synode réformé de Lyon en 1563 condamne ce livre.

Les écrits théologiques

Castellion écrit des traités contre la doctrine calvinienne de la prédestination. Il rédige également un livre qui résume ses orientations théologiques, De l'art de douter et de croire, d'ignorer et de savoir. Il y pose des règles étonnamment modernes pour la lecture de la Bible (prendre en compte le contexte, le genre littéraire, les variantes textuelles ; distinguer le message qui vient de Dieu et sa formulation humaine), et il y plaide pour une foi qui soit confiance en Dieu, amour du prochain et non adhésion à des doctrines. Il refuse d'opposer la raison (qui est un don de Dieu) et la foi. Il expose une compréhension de la Cène proche de celle de Zwingli.

Ces divers traités seront publiés à sa mort, grâce aux Remontrants (des réformés dissidents) de Hollande qui recueillent ses manuscrits. Aux XIXe et XXe siècles, les protestants libéraux se réclament de Castellion, et entretiennent sa mémoire.

Sébastien Castellion, Conseil à la France désolée :

« Je trouve que la principale et efficiente cause de ta maladie, c'est-à-dire de la sédition et guerre qui te tourmente, est forcement des consciences. »


Bibliographie
• CASTELLION, Sébastien, Conseil à la France désolée, Genève, Droz, 1967.
• CASTELLION, Sébastien, Contre le libelle de Calvin, Genève, éditions Zoé, 1998.
• CASTELLION, Sébastien, De l'art de douter et de croire, d'ignorer et de savoir, Paris, La Cause, 1996.
• CASTELLION, Sébastien, De l'impunité des hérétiques, Genève, Droz, 1971.
• GIRAN, Étienne, Sébastien Castellion et la Réforme calviniste. Les deux Réformes, Paris, Hachette, 1914.
• BUISSON, Ferdinand, Sébastien Castellion, sa vie et son oeuvre, Paris, 1862.


François Hotman (1524-1590)

François Hotman met en cause l'absolutisme royal.

Un juriste et un polémiste huguenot
Francogallia
Francogallia
de François Hotman.
(S.H.P.F.)

François Hotman fait de brillantes études à l'université de droit d'Orléans.

Il adhère à la Réforme vers 1547. Fuyant les persécutions, il décide de quitter la France. Grâce au soutien de Calvin, il est nommé professeur de belles-lettres à l'Académie de Lausanne, en 1549. En 1555, Hotman est à Strasbourg où il obtient une chaire de droit. En 1588, il reçoit le titre de docteur à Bâle.

De retour en France, il rejoint le roi Antoine de Navarre dont il devient maître des requêtes. Il se partage entre son travail de pamphlétaire, son rôle auprès du roi de Navarre ou du prince de Condé et son enseignement.

En 1572 il se trouve à Bourges, à l'université où l'a appelé la duchesse Marguerite de Savoie, lorsqu'éclatent les massacres de la Saint-Barthélemy auxquels il échappe de justesse. Il s'enfuit alors à Genève et y enseigne le droit romain.

François Hotman écrivain

C'est à Genève qu'il publie le De Furoribus gallicis où il dénonce le rôle de la Cour dans les massacres de la Saint-Barthélemy.

Son oeuvre majeure est la Francogallia, étude historique sur l'origine des institutions de la France, qui est en fait une réflexion sur ce qu'il appelle la « sédition légitime ». Il préconise une résistance constitutionnelle – de la part des États Généraux – à opposer au roi lorsque son gouvernement s'avère tyrannique. C'est un début de mise en question de l'absolutisme royal, partagée par Théodore de Bèze. À ce titre Hotman fait partie des monarchomaques.

François HOTMAN, La France gauloise (ou Francogallia), chapitre I :

« Il est plus que nécessaire qu'un roi soit retenu en son devoir par la révérence et l'autorité des gens de bien et d'honneur, comme représentant la personne du Peuple, lequel les commet à cela et leur donne cette puissance. »


Bibliographie
• BLOCAILLE, Étienne, Étude sur F. Hotman : la Franco-Gallia, Genève, Slatkine, 1970.
• HOTMAN, François, La Gaule française, trad. fr., Paris, Fayard, 1991.


Guillaume Du Bartas (1544-1590)

Diplomate et poète, Du Bartas est un calviniste convaincu.

Guillaume du Bartas
Guillaume du Bartas (1544-1590).
Poète français.
(S.H.P.F.)
Un diplomate et un poète savant

Guillaume de Salluste, seigneur Du Bartas, naît à Montfort, près d'Auch en 1544.

Docteur en droit en 1567, il est gentilhomme de la chambre du roi Henri de Navarre, futur Henri IV, dès 1585 et remplit pour lui différentes missions diplomatiques, notamment auprès de Jacques VI d'Écosse en 1587.

Il prend part aux guerres de religion. Il est blessé à la bataille d'Ivry (1590).

Son oeuvre majeure est la Semaine ou création du Monde, publiée en 1578 et qui lui vaut tout de suite une grande notoriété. Il s'agit d'une magnifique épopée en alexandrins qui relate l'histoire de la création du monde telle qu'elle est contée dans la Genèse.

Son récit des sept premiers jours du monde, tout imprégné d'histoire biblique, l'est également des connaissances scientifiques de son temps. Son érudition exceptionnelle lui permet de faire une sorte d'inventaire du savoir à l'époque de la Renaissance.

Deux vers extraits de la Semaine ou création du Monde (livre I, vers 83 et 84) peuvent servir de devise à Du Bartas :

« Ains costoye la rive ayans la Foy pour voile,
l'Esprit saint pour nocher, la Bible pour estoile. »


Bibliographie
• BELLENGER, Yvonne, Du Bartas et ses divines Semaines, Paris, SEDES, 1993.
• DU BARTAS, Guillaume, La Semaine ou création du monde, Arles, Actes Sud, 1988.
• PELLISIER, Georges, La vie et les oeuvres de Du Bartas, Genève, Slatkine, 1969.
• PRIEUR M., Le monde et l'homme de Du Bartas, Paris, SEDES, 1993.


Agrippa d'Aubigné (1552-1630)

Homme de guerre et écrivain protestant, il participe aux guerres de religion au côté d'Henri de Navarre puis raconte les souffrances des protestants dans les Tragiques.

Pour informations complémentaires, voir : Agrippa d'Aubigné (1552-1630).



Jean de Sponde (1557-1595)

Déclaration
Déclaration
des principaux motifs
...de Jean de Sponde.
Déclaration des principaux motifs qui ont induit le sieur de Sponde à s'unir à l'Église catholique (adressée à Henri IV).
(Collection privée)
Homme politique et célèbre poète baroque, sa vie entière est marquée par les guerres de religion : « Je sens dedans mon âme une guerre civile ».

Homme politique

Né à Mauléon en pays basque, il est élevé dans la foi réformée. Il fait de brillantes études, qui le conduisent de Lescar à Bâle, où il rencontre François Hotman.

Dès 1585, il devient agent politique d'Henri de Navarre, futur Henri IV, puis conseiller et maître des requêtes d'Henri IV après son accession au trône. Il est prisonnier de la Ligue en 1589 puis, lorsqu'il est libéré, il devient lieutenant général de La Rochelle.

Poète de l'amour et poète religieux

Surtout connu pour son recueil de poèmes Amours, publié en 1598, il est aussi un grand poète religieux :

Méditations sur quatre Psaumes dédiées en 1588 au roi de Navarre ;
Essay de quelques poèmes chrétiens, contenant notamment
les Douze sonnets de la mort, superbe exemple du style baroque.

Il tente de convaincre Henri IV qu'« il n'est pas bienséant de changer de religion », dans l'Avertissement au Roi, 1589. Mais en 1593, Jean de Sponde se convertit à son tour au catholicisme. Pour se justifier, il publie Response d'un catholique apostolique romain au Protestant (1593) et Déclaration des principaux motifs qui induisent le sieur de Sponde, conseiller et maître des requêtes du roi à s'unir à l'Église (1594). Ce retournement suscite dans le Sud-Ouest une réaction violente parmi les protestants et d'une manière générale, un débat théologique virulent, notamment avec Théodore de Bèze.

Agrippa d'Aubigné, qui n'a jamais admis l'abjuration d'Henri IV, s'en prend également à Jean de Sponde « ayant sacrifié son âme pour l'Église ».

Jean de Sponde, Stances de la Cène :

« Ta mort fut notre mort, ta vie est notre vie, Puisqu'elle est de ta chair et de ton sang nourrie : Vivant ainsi, Seigneur, craindrons-nous de mourir ? »


Bibliographie
• SPONDE, Jean (de), Oeuvres littéraires, Genève, Droz, 1978.
• PINEAUX, Jacques, La poésie des protestants de langue française (1559-1598), Paris, Klincksieck, 1971.
• BOASE, Alan, Vie de Jean de Sponde, Genève, Droz, 1977.


Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français