Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


De grandes figures protestantes se sont illustrées au XVIe siècle dans les domaines les plus divers. Ils sont les témoins des temps troublés et même tragiques qu'ils ont vécus : persécutions et guerres de religion.

Une grande diversité de destins

Jeanne d'Albret (1528-1572)
Marguerite d'Angoulême (1492-1549)
Agrippa d'Aubigné (1552-1630)
Théodore de Bèze (1519-1605)
La famille Broche de Méjanes
Jean Calvin (1509-1564)
Claude du Chastel (1554-1587)
Gaspard de Coligny (1519-1572)
Robert Estienne (1503-1559)
François de La Noue (1531-1591)
Clément Marot (1496-1544)
Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay (1549-1623)
Henri IV (1553-1610)
Olivétan (1506-1538)
Bernard Palissy (1510-1590)
Ambroise Paré (1509-1590)
Catherine de Parthenay (1554-1631)
Olivier de Serres (1539-1619)
Sully (1559-1641)
Pierre Viret (1511-1571)



Agrippa d'Aubigné
Agrippa d'Aubigné (1552-1630).
(S.H.P.F.)
Une grande diversité de destins

Beaucoup de réformés se sont illustrés au XVIe siècle dans des domaines multiples.

Des temps troublés

Les figures présentées ont été choisies parmi les plus connues ou les plus pittoresques comme Claude du Chastel.

Témoins de leur siècle, leur vie a été affectée par les temps troublés qu'ils ont vécus depuis l'apparition de la réforme en France jusqu'à la fin des guerres de religion, en 1598, lors de l'édit de Nantes imposé par Henri IV.

Coligny a été assassiné lors de la Saint-Barthélemy en 1572. D'autres ont échappé de peu à ce massacre.

Certains sont morts pour leur foi comme Bernard Palissy et Claude Goudimel. Beaucoup ont dû fuir à l'étranger : Jean Calvin, Clément Marot, Robert Estienne, François Hotman.

La conversion d'Henri IV au catholicisme en 1593 suscite beaucoup de passion, certains l'ayant conseillée, comme Sully, tandis que l'autres l'ont violemment critiquée, comme Agrippa d'Aubigné et Jean de Sponde, lequel s'est finalement aussi converti au catholicisme !


Jeanne d'Albret
Jeanne d'Albret (1528-1572).
Reine de Navarre de 1555 à 1572, mère d'Henri IV.
(S.H.P.F.)

Jeanne d'Albret (1528-1572)

Elle se convertit au protestantisme et l'impose dans son royaume de Navarre.

La mère d'Henri IV

Jeanne est la fille d'Henri II d'Albret, roi de Navarre, et de Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier.

En 1541, celui-ci la marie au duc de Clèves. Ce mariage forcé est cassé en 1545 et elle épouse en 1548 Antoine de Bourbon. En 1553, Henri de Navarre, le futur Henri IV, naît de cette union.


Une calviniste convaincue

Château de Nérac
Château de Nérac.
(S.H.P.F.)
Devenue reine de Navarre, à la mort de son père en 1555, elle veille à maintenir l'indépendance de ses états par rapport à la France et l'Espagne. Elle se convertit au protestantisme en 1560, sous l'influence de Théodore de Bèze et impose à partir de ce moment-là sa religion à ses états. Elle promulgue des ordonnances ecclésiastiques sur le modèle genevois.

Venue à la cour de France en 1572 pour arranger le mariage de son fils avec Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX, elle y meurt juste avant ce mariage, ce qui recule au mois d'août 1572 la cérémonie initialement prévue en mai.


Bibliographie
• CAZAUX, Yves, Jeanne d'Albret, Paris, Albin Michel, 1973.
• ROELKER N.L., Jeanne d'Albret, reine de Navarre, Paris, Imprimerie nationale, 1979.


Marguerite d'Angoulême
Marguerite d'Angoulême
(1492-1549).
(S.H.P.F.)
Marguerite d'Angoulême (1492-1549)

Reine de Navarre (1527-1549)

Marguerite d'Angoulême, femme de lettres, au centre de la vie culturelle et spirituelle de son temps, elle encourage les idées nouvelles.

La soeur du roi

Marguerite est la fille de Charles d'Orléans, duc d'Angoulême, et de Louise de Savoie. Elle est la soeur de François Ier sur lequel elle exerce toute sa vie un grand ascendant. Elle joue ainsi un rôle politique important à la cour du roi.

Elle épouse Charles, duc d'Alençon, en 1507. Veuve en 1525, elle se remarie en 1527 avec Henri d'Albret, roi de Navarre. Sa fille Jeanne d'Albret est la mère d'Henri de Navarre, futur Henri IV.
Les marguerites de la marguerite
Les marguerites de
la marguerite de
Marguerite de Navarre.
Illustration de
Bernard Salomon.
Publiée en 1547.
(Collection privée)


Une femme de lettres

Marguerite occupe une place de choix dans la vie culturelle de son temps : grâce à sa grande culture et son intarissable besoin d'apprendre – elle sait le grec, le latin et l'italien – son rayonnement intellectuel est considérable et fait de son château de Nérac un centre distingué de l'humanisme.

Comme nombre d'humanistes de son temps, elle est sensible aux idées nouvelles. Elle protège de nombreux protestants et les accueille à sa cour.

Dès 1517, elle se lie avec Lefèvre d'Étaples et Briçonnet, évêque de Meaux. Comme eux, elle se rapproche de la Réforme, sans pour autant rompre avec l'Église.

Son oeuvre poétique la place au premier rang de la littérature de son temps. Ses poésies rassemblées sous le titre de Marguerites de la Marguerite des princesses, sont éditées à Lyon en 1547. Son oeuvre la plus connue est l'Heptameron, recueil de contes à l'imitation du Decameron de Boccace.


Bibliographie
• DEJEAN J.L., Marguerite de Navarre, Paris, Fayard, 1987.
• CERATI, Marie, Marguerite de Navarre, Paris, Éd. du Sorbier, 1981.


Agrippa d'Aubigné (1552-1630)

Homme de guerre et écrivain protestant, il participe aux guerres de religion au côté d'Henri de Navarre puis raconte les souffrances des protestants dans les Tragiques.

Un soldat

Agrippa d'Aubigné
Agrippa d'Aubigné (1552-1630).
(S.H.P.F.)
Né en 1552 en Charente-Maritime dans une famille calviniste, Agrippa d'Aubigné reçoit une formation humaniste à Paris, à Orléans, à Genève et à Lyon. À seize ans, il s'engage dans l'armée du prince de Condé puis devient le compagnon d'Henri de Navarre. Il participe aux guerres de religion par les armes et par la plume en se distinguant par la véhémence de ses écrits en faveur des protestants. Il échappe au massacre de la Saint-Barthélemy.

Il ne pardonne pas à Henri IV sa conversion au catholicisme, et reste hostile aux tentatives de rapprochement entre protestantisme et catholicisme.

Son Histoire universelle publiée en 1616 traite de l'époque des guerres de religions. En dépit des efforts d'impartialité de l'auteur, l'ouvrage est condamné (arrêt du Châtelet 1620) et le livre est brûlé.

Le poète des Tragiques

Les Tragiques
Les Tragiques
d'Agrippa d'Aubigné.
(S.H.P.F.)

Mais Agrippa d'Aubigné est surtout connu pour les Tragiques, poème héroïque de plus de 9 000 vers, inspiré par les persécutions subies par ses coreligionnaires. Il le remanie plusieurs fois de 1577 à 1623, date de l'édition augmentée publiée à Genève.

Les Tragiques sont l'oeuvre d'une vie, l'épopée de la guerre, des persécutions et de la foi. Dans une langue d'une rare violence, d'Aubigné peint les misères endurées en ces temps de guerres de religion dont il se sent moralement contraint de témoigner. En fait, le poème est une vision prophétique nourrie de la Bible, un parcours initiatique qui, de la fresque des souffrances présentes aboutit au ravissement des derniers vers, au triomphe et à la gloire de Dieu.

Les Tragiques ne sont vraiment connus qu'au XIXe siècle.

Agrippa d'Aubigné est le grand-père de Madame de Maintenon, née Françoise d'Aubigné, que Louis XIV épouse en 1683. Elle passe pour avoir influencé Louis XIV contre le protestantisme et suscité la Révocation de l'Édit de Nantes.


Bibliographie
• LAZARD, Madeleine, Agrippa d'Aubigné, Paris, Fayard, 1998.
• DESCHODT, Éric, Agrippa d'Aubigné, le guerrier inspiré, Paris, Laffont, 1995.
• LESTRINGANT, Frank, Agrippa d'Aubigné. Les Tragiques, Paris, PUF, 1986.
• AUBIGNÉ, Agrippa (d'), Histoire universelle, Genève, Droz, 1981-2000, 11 vol..
• FRAGONARD, Marie-Madeleine, La pensée religieuse d'Agrippa d'Aubigné et son expression, Paris, Didier, 1986.
• AUBIGNÉ, Agrippa (d'), Les Tragiques, éd. établie par F. Lestringant, Paris, Gallimard, 1995.


Théodore de Bèze (1519-1605)

Écrivain et théologien, il recueille à Genève la succession de Calvin.

Un humaniste disciple de Calvin


Théodore de Bèze
Théodore de Bèze (1519-1605).
(S.H.P.F.)
Théodore de Bèze est né à Vézelay en Bourgogne en 1519. Il fait des études littéraires et juridiques à Orléans et Paris. Il s'intéresse vivement aux idées réformées tout en initiant une brillante carrière d'homme de lettres. C'est une grave maladie qui l'amène à la Réforme (1548).

Il est alors contraint à l'exil et devient professeur de grec à Lausanne, puis professeur de théologie et pasteur à Genève. Il est le premier recteur de l'Académie que Calvin vient de fonder à Genève en 1559.

Lors de la première guerre de religion, il est aumônier de l'armée de Condé. Il dirige la délégation protestante au Colloque de Poissy (1561). Il préside le synode de la Rochelle en 1571 durant lequel la Confession de foi des Églises réformées de France est adoptée.

De retour à Genève en 1563, il succède à Calvin à la direction de l'Église de Genève et reste le fidèle continuateur de son oeuvre. Il assure après lui la direction ecclésiastique et intellectuelle du mouvement réformé international.

Théodore de Bèze homme de lettres

Théodore de Bèze
Théodore de Bèze,
Devise faisant allusion aux persécutions
« Plus à me frapper on s'amuse,
tant plus de marteaux on y use ».
(Collection privée)
Il compose une tragédie biblique Abraham sacrifiant en 1550, peut-être l'oeuvre littéraire la plus accomplie qu'il ait laissée, oeuvre qui mêle habilement l'héritage humaniste et la conscience chrétienne.

La Confession de la foi chrétienne, parue en français en 1559, puis en latin en 1560 résume de façon systématique la doctrine réformée.

En 1561, continuant l'oeuvre entreprise par Clément Marot, Théodore de Bèze termine la transposition des Psaumes en vers français, qui seront ensuite mis en musique dans le Psautier de Genève.

Du droit des magistrats sur leurs sujets fait partie des ouvrages écrits par des auteurs protestants à la suite de la Saint-Barthélemy et qui légitiment une résistance constitutionnelle à l'égard d'un gouvernement devenu tyrannique. Avec cet ouvrage, Théodore de Bèze fait partie des monarchomaques.

Sa Correspondance est considérable. Elle est échangée avec les théologiens, les hommes politiques et les écrivains de l'Europe entière.


Bibliographie
• BÈZE, Théodore (de), Correspondance, éd. par A. Dufour, B. Nicollier et Hervé Genton, Genève, Droz, 1960-2001, 23 vol..
• BÈZE, Théodore (de), Du droit des magistrats sur leurs sujets (1574), éd. Par R.M. Kingdon, Genève, Droz, 1971.
• GEISENDORF, Paul Frédéric, Théodore de Bèze, Genève, Labor et Fides, 1949.
• Un siècle et demi d'histoire protestante : Théodore de Bèze et les protestants sujets du roi, Entretiens d'Auxerre (03, 1985), Paris, Éd. de la Maison des Sciences de l'Homme, 1989.


La famille Broche de Méjanes

Du XVIe au XIXe siècle, les heurs et malheurs d'une famille huguenote, seigneurs de St André de Valborgne, Barbotz, Paillole, Cabrillac et autres lieux, barons de Vauvert.

Les premiers Broche de Méjanes réformés

Testament de François de Broche
Testament de François de Broche en français (8 décembre 1567).

(Collection privée)
Dès le XVe siècle, les Broche sont signalés à Uzès (Ardèche) ou dans la région à Méjanes. Ils sont catholiques et très pratiquants.

Ainsi en 1523, le testament de Guillaume Broche de Méjanes, fait état de legs à l'église cathédrale de Nîmes, et demande des messes pour son âme chez les frères mendiants de Nîmes, les Augustins, les Carmélites etc.

Mais Claude, fils de Guillaume Broche de Méjanes, sa femme Louyse de Pesquidoux et leurs trois enfants, François, Thomas et Robert adoptent la Réforme. Leurs testaments sont alors rédigés en français, commencent par « Au nom de Dieu soit fait, Amen », et celui de Thomas en 1567 précise que son corps doit être enseveli par ceux de l'Église réformée.

Robert, fils de Claude, époux de Bernardine de Fimot, est emprisonné en 1572 pour « acte de protestantisme et avoir refusé de faire baptiser sa fille Louyse à l'église catholique ».

Paul Broche de Méjanes, né en 1564, fils de Robert, docteur en droit des universités de Padoue, de Montpellier et de Pavie, est lieutenant du prévôt de la Sénéchaussée de Nîmes et Beaucaire en 1607. Il est désigné comme député de la noblesse du Colloque d'Anduze à l'Assemblée protestante d'Uzès le 10 septembre 1627.

En 1663, Paul Broche de Méjanes est à Castres où il rédige son testament.

Où catholiques et protestants alternent

Pierre, dernier fils de Paul (né en 1631), avocat au Conseil du Roi à Paris, ami du jésuite le Père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, abjure et devient prêtre. Nommé prévôt de l'église primatiale de Nancy, il meurt dans cette ville en 1736 à l'âge de 105 ans.

Étienne Broche de Méjanes, fils de Paul (né en 1620) et frère aîné de Pierre, est pasteur de l'église réformée. Formé à Nîmes, reçu pasteur en 1644, il prononce le sermon d'ouverture du Synode national de Loudun en 1654. À plusieurs reprises, il prend des positions contraires à la politique royale et est cité à comparaître devant le Conseil du Roi. Après un dernier poste à St Romain de Touques, il est contraint de s'exiler en Suisse en 1684.

Pour rester en France et conserver leurs biens, ses enfants abjurent et deviennent N.C. (Nouveaux Convertis)à l'exception d'un seul, Louis, qui devient dragon dans l'armée britannique.

Le retour au protestantisme

Au XVIIIe siècle, Charles-Béranger de Broche (1680-1750), petit-fils d'Étienne, (et non plus Broche de Méjanes), revient au protestantisme et s'installe à Saint -André -de -Valborgne. L'arrière petit-fils d'Étienne Broche de Méjanes, Mathieu (1760-1815), sera maire de St André de Valborgne. Mais son fils Raoul devra vendre les ruines du château en 1827.

Ainsi finit l'épopée catholico-réformée de la famille cévenole des Broche de Méjanes dont les descendants sont toujours présents dans les Cévennes.



Jean Calvin (1509-1564)

Une génération après Luther, le français Jean Calvin est l'organisateur de la Réforme : organisateur de l'Église, de la doctrine, du rôle de l'Église dans l'État.

Jeunesse

Jean Calvin
Calvin (1509-1564).
(Musée Calvin)
Jean Cauvin ou Calvin est né à Noyon en Picardie. Il est le fils d'un administrateur de biens au service des chanoines de Noyon et d'une mère catholique dévote morte prématurément. Calvin reçoit un bénéfice ecclésiastique qui lui permet de poursuivre des études d'abord à Noyon.

Après Noyon, il étudie à Paris aux collèges de la Marche et de Montaigu. Son père le destinait à la prêtrise mais, à la suite de démêlés avec les chanoines de Noyon, il oriente son fils vers le droit. Calvin étudie le droit à Orléans, puis à Bourges, auprès des meilleurs maîtres de son temps. L'étude du droit marque durablement la pensée de Calvin. Il considère toujours la loi de façon positive, contrairement à Luther.

À la mort de son père, il se tourne vers la théologie et les lettres. Son premier livre est un commentaire du De Clementia de Sénèque. Il fréquente les milieux humanistes et les cercles de théologiens où se discutent les idées nouvelles. Il apprend le grec et l'hébreu.

La conversion, l'exil



Noyon
Noyon au XVIe siècle.
(S.H.P.F.)
À quand remonte la conversion de Calvin ? Sans doute vers 1533, mais ce n'est pas clair. En 1534, il rompt définitivement avec l'Église catholique en résignant ses bénéfices ecclésiastiques. En 1534, Calvin se déplace fréquemment (Angoulême, Nérac, Paris, Noyon, Orléans).

Calvin se trouve à Paris quand éclate en 1534 l'affaire des placards. Durant la répression, il quitte définitivement la France et se réfugie à Bâle. Il y poursuit son travail théologique. Son premier texte dogmatique est l'introduction à la traduction en français de la Bible par son cousin Olivétan. Son second ouvrage est un résumé de l'essentiel de la foi chrétienne : L'institution de la religion chrétienne, (1536). Il s'agit de la première édition en latin de son oeuvre majeure qu'il ne cesse de remanier et de développer toute sa vie durant.

Genève
Genève : portes du bas de la Cité.
(S.H.P.F.)
L'appel de Genève

Calvin aurait pu continuer sa brillante carrière d'intellectuel sans un hasard providentiel. Il veut se rendre à Strasbourg. La route directe est fermée à cause des guerres. Il doit passer par Genève. Genève vient d'adopter la Réforme, sous l'influence du réformateur Guillaume Farel. Celui-ci, apprenant la présence de Calvin à Genève, pense aussitôt que l'auteur de l'Institution Chrétienne est l'homme qui pourra le mieux l'aider dans la tâche de structurer la Réforme à Genève. Il lui adresse un appel pressant. Calvin reste à Genève. Il tente de mettre en pratique ses idées, mais la tâche est rude.

Calvin et Farel s'opposent au gouvernement de la ville sur la question de l'autorité respective de l'Église et de l'État, notamment sur les sujets religieux. Ils n'ont pas le dernier mot et sont expulsés par les autorités de la ville en 1538.

Strasbourg
Strasbourg : maisons datant du XVIe siècle.
(Collection privée)
Calvin à Strasbourg

À l'appel du réformateur Martin Bucer, Calvin s'établit à Strasbourg. Ce seront les trois plus belles années de sa vie. Il exerce les fonctions de pasteur et de professeur. Il fréquente de nombreux intellectuels. Il se marie avec une jeune veuve, Idelette de Bure, dont il aura un fils mort en bas âge. L'influence de Bucer est notable sur la pensée de Calvin, mais Calvin ne lui ménage pas ses critiques.

En 1540, vingt-cinq ans après Luther, Calvin rédige son Commentaire de l'Épître aux Romains. Il y manifeste clairement sa distance par rapport à Luther : il n'y pas d'opposition inconciliable entre loi et Évangile.

En 1541, il fait paraître son Petit traité de la Cène, où il définit une position médiane entre celles, inconciliables, de Luther et de Zwingli. La même année paraît la première édition en français de l'Institution Chrétienne, beaucoup plus développée que celle de 1536.

C'est à Strasbourg que Calvin accède à la reconnaissance internationale. Il accompagne Bucer à plusieurs colloques organisés par Charles Quint pour tenter de guérir la fracture entre les Églises. Il y rencontre Melanchton avec lequel il se lie d'amitié. Malgré l'intelligence de Melanchton et la modération de Bucer, tous ces colloques échouent.

Retour à Genève

En 1540, une majorité favorable au retour de Calvin se retrouve dans les conseils de la ville de Genève. On le supplie de revenir par deux fois, en 1540 et en janvier 1541. Calvin ne reviendra qu'en septembre 1541, pensant ne rester que six mois. Il y reste vingt-trois ans, jusqu'à la fin de sa vie.

Dès les six premiers mois, trois textes de Calvin structurent l'Église : Les ordonnances ecclésiastiques, Le catéchisme, La forme des prières c'est-à-dire la liturgie.

Il fait adopter, pendant le culte, le chant des psaumes traduits en vers par Clément Marot. L'année suivante il accueille celui-ci à Genève.

Genève est attaché au nom de Calvin, pourtant Calvin s'y sent souvent mal à l'aise. Il y est un étranger jusqu'en 1559, où il obtient le statut de bourgeois de la ville.

Il est en butte à l'hostilité des conseils de la ville jusqu'en 1555. On voit souvent Calvin comme un dictateur à Genève. En fait, il n'a jamais été favorable à une emprise du pouvoir religieux sur le pouvoir politique.

Calvin prédicateur et écrivain

À son retour à Genève, Calvin reprend la prédication. Il prêche deux sermons par dimanche et il prêche quotidiennement une semaine sur deux en suivant un livre biblique. Ces milliers de sermons de Calvin ont été pris en note par ses étudiants, mais seule une partie a été conservée.

Autographe de Jean Calvin
Autographe de Jean Calvin
(22 décembre 1559).
(Musée Calvin de Noyon)
Contrairement à Luther, Calvin se méfie des méthodes de lecture médiévales de la Bible (allégorique et typologique). Il applique au texte biblique les règles de lecture des textes profanes. Il dénonce en particulier la confusion entre le sens littéral et le sens figuré. Par exemple, pour les paroles prononcées par Jésus lors de son dernier repas, « ceci est mon corps, ceci est mon sang... », le pain et le vin sont, pour Calvin, une figure de style, une image. Ils représentent le Christ, mais ne sont pas vraiment le Christ. De même que, dans la Bible, la colombe représente l'Esprit Saint, mais n'est pas l'Esprit Saint.

Dès 1541, Calvin traduit en français L'Institution de la religion chrétienne.

C'est un des premiers livres de théologie systématique traduit en français. Par cette traduction, Calvin contribue à fixer la langue française alors en pleine évolution.

Les écrits de Calvin en français sont très nombreux : commentaires bibliques, ouvrages de théologies, lettres, etc. C'est un des écrivains français les plus féconds du XVIe siècle.

L'affaire Servet


Michel Servet
Michel Servet (1511-1553).
(S.H.P.F.)
L'Espagnol Michel Servet est persécuté tant par l'Église romaine que par les Réformateurs pour ses traités antitrinitaires. Il considère le dogme de la Trinité comme non biblique et donc comme hérétique. Calvin condamne ses doctrines.

Michel Servet est arrêté à Genève et brûlé, après un procès pour hérésie, le 27 octobre 1553. L'exécution de Servet déclenche une polémique entre Calvin et Sébastien Castellion, défenseur de la tolérance religieuse.

Calvin et la France

Calvin exilé se soucie de la France et de ceux qui y ont adhéré à la Réforme. Par crainte des persécutions, ils vivent leur foi clandestinement et participent aux cérémonies de l'Église catholique. Calvin dénonce cette dissimulation et exhorte ses compatriotes à fuir vers des pays passés à la Réforme (Excuse aux Nicodémites, 1544). Ils arrivent massivement à Genève et la population de Genève double entre 1545 et 1560. Ils apportent à Calvin un soutien non négligeable.

À partir de 1555, de nombreuses Églises réformées sont créées en France. Calvin exhorte alors les protestants à rester dans leur pays. Il les soutient de ses conseils et en leur envoyant des pasteurs formés à l'Académie de Genève.

Pour le premier synode de Paris en 1559, il leur envoie un projet de confession de foi et de discipline. Par la suite il leur envoie de nombreuses lettres pastorales.

Les dernières années


Adieux de Calvin
Adieux de Calvin au syndic de Genève.
(Musée Calvin)
La création d'une académie, en 1559, contribue à la réputation de Genève. L'enseignement théologique qui y est donné insiste sur l'étude et l'interprétation des Écritures.

L'Académie de Genève est dirigée par le français Théodore de Bèze. En raison de la qualité des maîtres, elle connaît un grand rayonnement.

À partir de 1555, l'autorité de Calvin à Genève n'est plus contestée. Le modèle genevois se diffuse largement en Europe. En 1559, il donne sa forme définitive à l'Institution Chrétienne, qui compte désormais quatre livres et quatre-vingt chapitres. Il écrit de nombreux traités (contre les anabaptistes, les libertins, l'astrologie, les reliques etc.). Il donne des cours publics à l'Académie de Genève qui vient d'être fondée. Il y fait une exposition continue des livres de la Bible.

De santé fragile, ce travail intense et soutenu l'épuise. Il meurt le 27 mai 1564 à l'âge de cinquante-cinq ans. Théodore de Bèze continue son oeuvre.


Bibliographie
• MILLET, Olivier, Calvin et la dynamique de la parole, Paris, Champion, 1992.
• COTTRET, Bernard, Calvin, biographie, Paris, Payot, 1999.
• WENDEL, François, Calvin, sources et évolution de sa pensée religieuse, Genève, Labor et Fides, 1985.
• CALVIN, Jean, Institution de la religion chrétienne, Paris, Vrin, éd. J.D. Benoit, 1957-1963, 5 vol..
• CROUZET, Denis, Jean Calvin, vies parallèles, Paris, Fayard.
• FUCHS, Éric, La morale selon Calvin, Paris, Cerf, 1986.
• GISEL, Pierre, Le Christ de Calvin, Paris, Desclée, 1990.


Claude du Chastel (1554-1587)

Une riche héritière huguenote convoitée par un noble catholique ou l'histoire de Roméo et Juliette pendant les guerres de religion...

Château de Combourg
Château de Combourg.
(Collection privée)
Une idylle mal perçue

Claude du Chastel, orpheline, riche héritière du parti huguenot, est élevée au château de Combourg (immortalisé plus tard par Chateaubriand). En 1565, à 12 ans, elle professe publiquement la foi huguenote et y reste attachée tout au long de sa vie.

Cette riche héritière est un parti très convoité. Charles Gouyon de La Moussaye tombe amoureux d'elle alors qu'elle n'a que 12 ans mais cette inclination rencontre bien des difficultés de la part des deux familles.
Les tuteurs huguenots de Claude ne veulent pas d'un mari papiste. Les parents catholiques de Charles voient d'un très mauvais oeil leur fils manifester de plus en plus des signes de protestantisme. Fréquenter des prêches passe encore, mais vouloir s'engager dans l'aventure militaire réformée, c'est de la folie !

Le tuteur de Claude, bien en avance sur son temps, laisse celle-ci décider. Mais Claude ne peut faire bonne figure à un prétendant du parti catholique. Charles ne demande qu'à se convertir au protestantisme, mais son père risque de le déshériter ce qui rendrait le mariage impossible.

La cour romantique et assidue de Charles fait céder Claude qui accepte de le prendre pour époux.

Mariage au temple ou à l'église ?

Claude ne veut se marier qu'à l'Église réformée. Les La Moussaye sont d'accord, mais il faut attendre une dispense du roi Charles IX qui est refusée.

Le récit de leur histoire d'amour a entre temps fait le tour des provinces. Le roi est ému et a pris les jeunes gens en amitié. Il ordonne que le mariage ait lieu à la Cour. Le 20 mai 1571, dans la chapelle du château de Gaillon, l'évêque de Saint-Malo prononce la bénédiction. La mariée est couverte de tissus d'or et ornée des bijoux de la couronne.

Ils vécurent heureux...

Rentrés en Bretagne, les deux époux font publiquement profession de calvinisme. Claude et Charles vivent la vie de nobles campagnards, se gardant au maximum des expéditions militaires mais recueillant pasteurs et seigneurs huguenots fugitifs.

Charles refuse les honneurs de la Cour. Il se rend à Paris pour le mariage d'Henri de Navarre, mais rentre bien vite auprès de son épouse, avant la Saint-Barthélemy.

Le couple acquiert des biens considérables en Bretagne et donne le jour à onze enfants. Claude, très pieuse, leur enseigne les psaumes et le catéchisme. Elle meurt à la naissance de son dernier enfant en 1587.

Charles s'engage alors dans les armées du Béarnais contre le duc de Mercoeur.

Dans ses dernières années, il rédige son Brief discours, témoignage à la mémoire de Claude du Chastel et leçon de piété huguenote pour ses fils et filles.


Bibliographie
• CARLUER, Jean-Yves, Protestants et bretons, la mémoire des hommes et des lieux, Paris, Éd. La Cause, 1993.


Gaspard de Coligny (1519-1572)

Gaspard de Coligny, seigneur de Châtillon, consacre sa vie au service de la royauté. Gagné à la Réforme, il prend la tête du parti protestant. Il est assassiné lors de la Saint-Barthélemy.

Le chef incontesté des protestants

Gaspard de Coligny
Gaspard de Coligny
(1519-1572).
(S.H.P.F.)
Élevé dans la religion catholique, Gaspard de Coligny adhère aux idées de la Réforme au cours de sa captivité (1557-1558) à la suite de la bataille de Saint-Quentin contre les Espagnols où il lit et médite la Bible.

Il jouit d'une grande faveur à la cour d'Henri II qui le nomme amiral de France en 1552.

En 1560, il présente une requête au roi pour la construction de temples et la suppression des peines contre les protestants. Il prépare avec Catherine de Médicis le Colloque de Poissy (1561).

Au cours des premières guerres de religion, il a un rôle de premier plan et, après la mort du prince de Condé à Jarnac, il devient le chef incontesté des protestants. Après la paix de Saint-Germain (1570) qui clôt la troisième guerre de religion, Coligny est invité à la cour, où il jouit de la faveur du roi. Il incite Charles IX à soutenir les rebelles des Pays-Bas contre le roi Philippe II d'Espagne. Ce projet suscite l'hostilité de Catherine de Médicis et l'exaspération du camp des catholiques,
Assassinat de Coligny
Assassinat de Coligny (1572).
(S.H.P.F.)
mené par les Guises.

L'attentat

Le 22 août 1572, Coligny est victime d'un attentat, derrière lequel se profilent Catherine de Médicis et plus vraisemblablement les Guise, commandités ou non par l'Espagne.

Cet attentat manqué provoque, dans les deux camps, colère et angoisse et déclenche le massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572, qui commence par l'assassinat de l'amiral. Son corps est jeté par la fenêtre de sa maison.

L'assassinat de Coligny d'après Agrippa d'Aubigné (Histoire Universelle)

Besme entre dans la chambre, trouve l'Amiral, sa robe de nuit sur lui, à qui il demande : « Es-tu l'Amiral ? ». La réponse fut « Jeune homme, respecte ma vieillesse » (...) Besme lui passa l'épée au travers du corps et, la retirant, lui met le visage en deux. Le duc de Guise demandant si la besogne était faite et Besme ayant répondu que oui, on lui commanda de jeter le corps par la fenêtre, ce qu'il fit.


Bibliographie
• CRÉTÉ, Liliane, Coligny, Paris, Fayard, 1985.
L'Amiral de Coligny et son temps, actes du Colloque de Paris, octobre 1972, Paris, Société de l'histoire du protestantisme français, 1974.
• BOURGEON, Jean-Louis, L'assassinat de Coligny, Genève, Droz, 1992.


Robert Estienne
Robert Estienne (1503-1559).
(S.H.P.F.)

Robert Estienne (1503-1559)

Robert Estienne est issu d'une illustre famille de typographes parisiens en relation avec les milieux humanistes de l'Europe entière.

Un célèbre imprimeur

Robert Estienne adhère tôt à la Réforme. Vite suspecté d'hérésie, il subit les menaces de la Sorbonne qui lui reproche de diffuser les textes bibliques dans leurs langues originales et d'en imprimer des traductions accessibles au plus grand nombre. En 1550, après vingt ans de lutte, il fuit Paris pour Genève où il peut librement confesser sa foi et exercer son métier de typographe.
Robert Estienne
Robert Estienne, marque
typographique (XVIe siècle).
(S.H.P.F.)

Sous l'enseigne de l'olivier

Robert Estienne est à Genève l'un des principaux artisans de l'âge d'or de l'imprimerie réformée. Il publie notamment sous l'enseigne de l'Olivier :

des ouvrages de théologie, notamment l'Institution chrétienne de Calvin,
des oeuvres profanes d'auteurs grecs et latins,
des ouvrages destinés à l'enseignement et des dictionnaires dont le plus célèbre est son Thesaurus latinae linguae, oeuvre considérable entreprise en 1528 et dont l'édition définitive date de 1543.






Bibliographie
• RENOUARD A.A., Annales de l'imprimerie des Estienne, ou histoire de la famille Estienne et de ses éditions, Genève, Slatkine, 1971.
• AMSTRONG E., Robert Estienne, royal printer, Abington, Sutton Courtenay Press, 1986.


François de La Noue (1531-1591)

Gentilhomme huguenot, François de La Noue surnommé « Bras de fer », s'est fait connaître comme chef militaire et mémorialiste des guerres de religion.

Il appartient à une famille de la noblesse bretonne

François de La Noue
François de La Noue (1531-1591),
gravure de Martin-Claverie,
in Portraits et biographies,
Les Protestants illustres,
par Ferdinand Rossignol
(Collection privée)
François, seigneur de La Noue Briord, est né en Bretagne en 1531.

Par tradition familiale, il est tout d'abord au service du roi de France. Comme son père avait été gentilhomme de la chambre de François 1er, lui sera page auprès de Henri II.

Puis il fera carrière dans les armes.

Il s'est converti très tôt à la Réforme (1558), à la suite de la venue en Bretagne de François d'Andelot, frère de l'amiral de Coligny. C'est à partir de là qu'il tisse des liens de foi et de fidélité avec la famille de Châtillon.

Il prend part aux guerres de religion

II va prendre part aux guerres de religion : dès la première de ces guerres, il participe à la bataille de Dreux (19 décembre 1562) où le prince de Condé – le chef des protestants – est capturé. Lors de la deuxième guerre (1567-1568), il participe à la bataille de Saint-Denis (10 novembre 1567) où le connétable de Montmorency est mortellement blessé.

La Noue s'empare d'Orléans qui devient le quartier général des huguenots.

La paix de Longjumeau (23 mars 1568) qui clôt la deuxième guerre ne dure que cinq mois, « méchante petite paix » écrit La Noue. Dès sa conclusion, les réformés sont envahis de craintes qui vont les amener à chercher des alliances extérieures. En août ils concluent un accord avec les « gueux » en révolte aux Pays-Bas espagnols contre le roi d'Espagne Philippe II qui les réprime de façon terrible. On a parlé alors d'une internationalisation du conflit.

Lors de la 3e guerre (1568-1570), il est nommé par Condé gouverneur de La Rochelle et des provinces de Poitou, Aunis et Saintonge, puis il succède à François d'Andelot à la tête de l'infanterie huguenote.

Il est fait prisonnier à Jarnac (mars 1569) et à Moncontour (novembre 1569).

En 1570, commandant au siège de Fontenay, il est blessé grièvement. On doit l'amputer du bras gauche, d'où son surnom de « Bras-de-fer ».

Le retour à la paix en 1570 permet à La Noue de concilier l'obéissance au roi et le respect de la foi réformée.

En 1572, il rejoint le prince Ludovic de Nassau pour soutenir les révoltés des Pays-Bas. Il s'empare de Valenciennes, puis de Mons, mais, faute de soutien, cette dernière ville est obligée de capituler le 28 septembre 1572. La Noue n'est donc pas à Paris lors de la Saint-Barthélemy.

Lors de la quatrième guerre, il est chargé par le roi Charles IX d'une mission délicate de conciliation à La Rochelle entre la ville et le roi. En dépit de la part active qu'il prend aux négociations, il n'obtient rien et quitte la ville (1573). L'édit de paix (édit de Boulogne, juillet 1573) n'a pas été exécuté. Il en conçoit une certaine rancoeur qui l'amène à durcir sa position et à modifier son attitude à l'égard du roi.

Il se rapproche du parti des Malcontents rassemblés autour de François d'Alençon, le jeune frère du roi.

Après la sixième guerre, il reprend son engagement aux Pays-Bas. Mais il est fait prisonnier en 1580 par les Espagnols qui le gardent cinq ans prisonnier au château de Limbourg.

C'est là qu'il compose ses fameux Discours politiques et militaires.

Dans ses dernières années, il combat pour le roi contre la Ligue. Il meurt en 1591 des suites d'une blessure. L'homme de lettres

Les Discours politiques et militaires, parus en 1587 (dernière édition, Genève, Droz, 1967), sont une oeuvre historique d'un intérêt majeur. S'appuyant sur son expérience, l'auteur y analyse avec acuité la situation politique de la France. Il préconise une politique de tolérance tout en manifestant sa foi dans l'action.

Il présente en outre une étude approfondie de l'art et de la stratégie militaires.

Enfin, il entreprend une réflexion sur le rôle et la place de la noblesse dans le royaume de France. Il préconise la création d'académies pour une formation polyvalente des jeunes nobles qui les préparerait aussi bien au métier militaire qu'aux fonctions civiles.


Bibliographie
• HAUSER Henri, François de La Noue, Hachette, 1892, Paris, rééd. Slatkine, 1970.
• VRAY Nicole, François de La Noue : Bras de fer, La crèche, Geste, 2001.
• HUSEMAN William H., La personnalité littéraire de François de La Noue 1531-1591, Paris, Nizet, 1986.


Clément Marot (1496-1544)

Célèbre poète français du XVIe siècle, Clément Marot met en vers des psaumes de la Bible qui seront chantés dans toute la France et seront le point de départ du célèbre recueil, le psautier huguenot.

Une vie tourmentée

Clément Marot
Clément Marot (1496-1544).
(S.H.P.F.)
Clément Marot naît à Cahors en 1496. Formé par un père lui-même poète à la poésie et la rhétorique, il entre au service du seigneur de Villeroy puis de Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier et future reine de Navarre. Il succède à son père auprès du roi François Ier et fréquente les milieux humanistes et les cercles évangéliques.

Ses sympathies pour la Réforme et sa grande liberté d'esprit lui attirent bien des ennuis. En 1529, il est accusé d'hérésie et mis en prison. Libéré sur l'intervention de François Ier, il devient le poète attitré de la cour.

De nouveau inquiété en 1532, puis en 1534 après l'affaire des placards, il se réfugie à Nérac auprès de Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre puis à Ferrare, à la cour de Renée de France, fille de Louis XII. Il abjure le protestantisme en 1536 et obtient le pardon du roi. Il rentre à Paris en 1537 et retrouve le statut de poète officiel de la cour.

La réédition en 1542 d'une de ses oeuvres, L'Enfer, lui vaut une nouvelle accusation d'hérésie. Il se réfugie alors à Genève auprès de Calvin. Il meurt à Turin en 1544.

La mise en vers des psaumes



Psaumes de Davi
Les Psaumes de David
mis en français
par Clément Marot
et Théodore de Bèze.
(S.H.P.F.)

Marot entreprend la mise en vers (ou paraphrase) des psaumes, sans doute vers 1531, dans le but de remplacer « les chansons mondaines et sales » par le chant des psaumes. Il est sans doute influencé par Marguerite de Navarre et par ses affinités avec l'humanisme et la Réforme. Il met les psaumes en vers et en rimes pour qu'ils soient mémorisés facilement. Il les organise en strophes pour qu'ils puissent être chantés.

En 1539, il offre au roi François Ier le manuscrit des trente premiers psaumes. Des musiciens les mettent en musique sur des mélodies connues et des airs profanes. Le succès est considérable à la cour et dans toute la France.

En 1542, réfugié à Genève auprès de Calvin et encouragé par lui, Marot reprend la traduction des psaumes. À sa mort en 1544, il aura versifié 49 psaumes. Calvin charge Théodore de Bèze de poursuivre l'oeuvre de Marot et de terminer la paraphrase des 150 psaumes de la Bible.

Calvin fait composer ou adapter par les chantres successifs de Genève des mélodies qui conviennent pour le chant des psaumes en Église. En 1562 paraît à Genève le recueil officiel des 150 psaumes sous le titre Les pseaumes de David. Ce psautier connaît une impressionnante diffusion. Il contribue à façonner l'identité réformée. Ce sera un signe de ralliement et même un chant de guerre dans les tribulations du peuple protestant français.

Le poète

L'oeuvre de Marot est entièrement en vers. Il s'agit surtout de poésies profanes, notamment les Opuscules (comprenant le poème L'Enfer), les Élégies, les Épîtres (au roi, et à des grands personnages), les Épigrammes, les Complaintes de l'adolescence.

Ses oeuvres religieuses ne se limitent pas aux psaumes : Marot a notamment mis en vers le Cantique de Moïse, Le Cantique de Siméon et des Oraisons parmi lesquelles figurent les Commandements de Dieu (les dix commandements) et l'Oraison de Notre Seigneur Jésus Christ (Notre Père).

Clément Marot, par l'étendue de son inspiration, par sa veine poétique et raffinée et son style clair et pittoresque est aussi un précurseur de la Pléiade, le grand mouvement littéraire de la Renaissance française.

Clément Marot, début du psaume IX :

« De tout mon coeur t'exalteray
Seigneur, et si raconteray
Toutes tes oeuvres nompareilles,
Qui sont dignes de grans merveilles. »


Bibliographie
• MAROT, Clément, Oeuvres poétiques complètes, Paris, Bordas, 1990-1993, 2 vol..
• MAYER, Claude Albert, Clément Marot, Paris, Nizet, 1972.
• MAROT Clément, et BÈZE, Th. (de), Les psaumes en vers français avec leurs mélodies, introduction de P. Pidoux, Genève, Droz, 1986.


Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay (1549-1623)

Capitaine, diplomate, homme de lettres et théologien, il contribue à la négociation de L'édit de Nantes.

Le capitaine, l'homme politique et le conseiller du roi de Navarre

Philippe Duplessis-Mornay
Philippe Duplessis-Mornay
(1549-1623).
(S.H.P.F.)
Philippe de Momay, seigneur du Plessis-Marly, dit Duplessis-Momay, consacre toute sa vie à la cause protestante.

Il participe auprès du roi de Navarre, futur Henri IV, au combat politique et militaire. Sa valeur de combattant se manifeste dans les batailles décisives qui opposent les huguenots aux armées de la Ligue. Il s'illustre notamment à la bataille de Coutras, le 20 octobre 1587.

Son activité militaire se double d'une activité politique majeure auprès du roi de Navarre. Dès 1576 il est son conseiller et son ambassadeur.

Lors de sa mission auprès du prince d'Orange (1578-1582) il prend la mesure de la dimension européenne du combat huguenot. Aux Pays-Bas comme dans le royaume de France, il se fait le défenseur de la coexistence confessionnelle contre l'hégémonie espagnole et pour le respect de la liberté de pensée. En 1582, il laisse les Pays-Bas aux mains de Monsieur, le frère du Roi (François d'Anjou) et rejoint le roi de Navarre.

Il intervient plus directement dans le débat politique national, lorsque Henri de Navarre devient l'héritier présomptif du royaume à la suite de la mort de François d'Anjou (1584). Il tente alors de mener une action en vue d'une légitime accession du roi de Navarre au trône de France.

L'assassinat des Guise sur ordre du roi Henri III ouvre une nouvelle époque. Il est urgent aux yeux de Momay de réconcilier Henri III avec son héritier légitime. Mais l'assassinat d'Henri III par Jacques Clément en 1589 vient interrompre cette oeuvre de réconciliation entre les deux camps.

Duplessis-Mornay et Henri IV

Dès l'accession au trône d'Henri IV (1589) la tâche de conseiller de Momay va se révéler très difficile. Il est progressivement écarté des initiatives royales qui vont à l'encontre de ses conseils. Le roi rallie les principaux seigneurs catholiques et s'engage à protéger leur religion. La pression de la Ligue et de l'Espagne est telle, que le roi annonce sa conversion. Momay la condamne tout en conservant au roi sa fidélité.

Il prend une part active aux négociations de l'Édit de Nantes. Sans participer à sa rédaction, il y contribue par ses remontrances au roi en faveur des protestants et ses conseils de modération. Il cherche à aplanir les difficultés.

Il est considéré par les protestants comme leur défenseur naturel dans les conseils du roi, jusqu'à ce qu'il quitte la cour en 1598 où son influence s'affaiblit. En 1600, il est définitivement écarté du pouvoir à la suite de ce que Hugues Daussy appelle le « sacrifice de Fontainebleau » : sa confrontation désastreuse et humiliante sur le thème de l'Eucharistie avec l'évêque d'Évreux, Jacques Du Perron pour qui le Roi prend parti ouvertement.

Son activité se concentre dorénavant sur Saumur dont il a été nommé gouverneur en 1588 et où il fonde l'Académie de théologie protestante en 1604.

Le penseur politique et l'écrivain
Institution de l'Eucharistie
Institution de l'Eucharistie
de Philippe de Mornay.
(S.H.P.F.)

Duplessis-Momay est non seulement un acteur mais un penseur politique, témoin de son temps.

Il inspire les écrits de propagande diffusés dans l'entourage d'Henri de Navarre au cours de la période 1585-1589. Il entend démontrer que les Guise pactisent avec l'ennemi, notamment lorsqu'ils ont, avec les représentants du roi d'Espagne, signé le traité de Joinville le 31 décembre 1584.

Duplessis-Momay insiste sur le principe de distinction du politique et du religieux contre la Ligue qui défend l'idée selon laquelle la religion conditionne la fidélité au prince. Il défend la loi salique contre la loi de catholicité défendue par les Guise. Momay en ce sens se situe dans la ligne du loyalisme calviniste à l'égard de la royauté.

Acteur et penseur politique, Duplessis-Momay se montre également, dans ses ouvrages, théologien et exégète.

L'appel à l'unité est une constante de son action et de sa pensée. Il a tenté de rechercher sur le plan politique un consensus minimal, et sur le plan religieux il s'efforce de répertorier les principes communs.

Ses attaques contre la « toute-puissance » du pape dans le Traité de l'Église (1578) et dans De l'Institution, usage et Doctrine du Saint sacrement de l'Eucharistie en l'Église ancienne (1598) ne l'empêchent pas de prôner la conciliation entre catholiques et protestants, de défendre l'idée d'une concorde religieuse et de souhaiter la convocation d'un concile entre protestants et catholiques, thèse défendue dans Pour le Concile (1600). Il considère qu'il n'y a pas entre calvinistes et catholiques de divergence fondamentale. Rien donc ne devrait s'opposer à la coexistence des deux confessions.


Bibliographie
• DAUSSY Hugues, Les huguenots et le roi : le combat politique de Philippe Duplessis-Mornay (1572-1600), Genève, Droz, 2002.
• DU PLESSIS MORNAY, Philippe, Mémoires et correspondance, rééd. Genève, Slatkine, 1969, Paris, Treuttel et Wurtz, 1824-1825, 12 vol..
• PATRY, Raoul, Philippe Duplessis-Mornay. Un huguenot homme d'État, Paris, Fischbascher, 1933.


Henri IV (1553-1610)

Roi de Navarre (1562), roi de France (1589)

Après avoir conquis son trône, Henri IV restaure la paix civile.

Les « noces vermeilles »

Henri IV
Henri IV (1553-1610).
(S.H.P.F.)
Henri de Navarre est le fils d'Antoine de Bourbon, descendant de Saint Louis, premier prince du sang, et de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, tous deux protestants.

Très jeune mêlé aux guerres de religion, il fait ses premières armes à La Rochelle en 1568.

Le 18 août 1572 est célébré à Paris son mariage avec Marguerite de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, et soeur du roi Charles IX. Ce mariage qui est censé être le symbole de la réconciliation à l'intérieur du royaume, se révèle explosif. Henri de Navarre, resté huguenot, n'assiste pas à la messe célébrée à Notre-Dame et reçoit la bénédiction sur le parvis. En outre, la présence dans la capitale des principaux chefs huguenots, venus pour la cérémonie, exacerbe les tensions dans Paris. On ne peut dissocier les « noces vermeilles » du massacre de la Saint-Barthélemy qui a lieu le 24 août 1572.

Le chef du parti protestant

Accord de Henri III
Accord de Henri III
avec Henri de Navarre (1588).
(S.H.P.F.)
Épargné comme prince du sang lors de la Saint-Barthélemy, Henri de Navarre est contraint à l'abjuration et retenu prisonnier à la cour. Au bout de trois ans, il parvient à s'échapper, retourne dans ses États de Navarre, revient au protestantisme et prend la tête du parti protestant.

La mort du duc d'Alençon, dernier frère du roi Henri III, fait de lui l'héritier de la couronne en 1584.

En 1588, le pouvoir d'Henri III est sérieusement menacé par la Ligue, soutenue par l'Espagne. Henri III se rapproche alors d'Henri de Navarre et en 1589 tous deux vont assiéger Paris tenu par la Ligue. Henri III est assassiné par un moine ligueur, Jacques Clément, après avoir confirmé Henri de Navarre comme son héritier.

Le royaume reste à conquérir et à pacifier

Conversion d'Henri IV
Conversion d'Henri IV (1593).
Gravure de Hogenberg.
(B.P.U. Genève)
Henri de Navarre devient roi sous le nom d'Henri IV. Il hérite d'un royaume ruiné, divisé, partiellement occupé par les Espagnols. Il doit le conquérir. En mars 1590, la fameuse bataille d'Ivry ouvre la voie au siège de Paris.

La reconversion d'Henri IV au catholicisme en 1593 et son sacre à Chartres en 1594 facilitent le ralliement des catholiques mais provoquent un grand choc parmi les protestants. Le roi entre triomphalement dans Paris en 1594.

Il lui reste à liquider la Ligue. Pour ce faire, il déclare la guerre à l'Espagne. Après trois ans de guerre qui s'achèvent par la paix de Vervins (1598) les Espagnols quittent le royaume. La Bretagne, aux mains du duc de Mercoeur, dernier prince ligueur,
Édit de Nantes
Édit de Nantes (1598).
(S.H.P.F.)
se soumet au printemps 1598.

La paix religieuse : l'Édit de Nantes

C'est en 1598 qu'est signé l'Édit de Nantes qui va permettre le rétablissement de la paix religieuse dans le royaume.

Le roi impose aux parlements l'enregistrement de l'édit.

Paroles d'Henri IV au parlement de Paris pour lui demander l'enregistrement de l'Édit de Nantes :

« ... Il ne faut plus faire de distinction de catholique et de huguenot, mais il faut que tous soient bons Français... Je suis roy et berger qui ne veux répandre le sang de mes brebis, mais les veux rassembler avec douceur et non par force... ». Henri IV assure la sécurité dans les provinces et restaure la prospérité de son royaume.

Il choisit des conseillers catholiques et protestants. C'est Sully, un protestant, nommé conseiller dès 1595, qui est son principal ministre et qui procède au redressement des finances.

L'agriculture et l'élevage sont favorisés ainsi que l'industrie. Les infrastructures sont reconstruites : ponts, routes, canaux, phares.

Henri IV obtient en 1595 l'annulation de son mariage avec Marguerite de Valois (la reine Margot) qui ne lui avait pas donné d'héritier. Il épouse Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane en 1600.

Une menace de guerre

Assassinat de Henri IV
Assassinat de Henri IV
par Ravaillac (1610).
(S.H.P.F.)
En 1601, il conduit une expédition contre le duc de Savoie, allié de l'Espagne et gagne notamment la Bresse et le pays de Gex au traité de Lyon.

En 1610, voulant contrer une alliance entre les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne, Henri IV s'allie aux protestants allemands de l'Union évangélique et prépare la guerre.

L'assassinat d'un grand roi

Alors que le royaume a retrouvé une prospérité remarquable et qu'il est en paix civile, le 14 mai 1610, Henri IV est assassiné par François Ravaillac, un fanatique nostalgique de la Ligue.


Bibliographie
Avènement d'Henri IV. Quatrième centenaire, Colloque I, 1987-1988, Colloque II, Colloque III, Pau, 1990.
• GARRISSON, Janine, Henri IV, Paris, Le Seuil, 1984.
• BAYROU, François, Henri IV, Paris, Flammarion, 1994.
• BABELON, Jean-Pierre, Henri IV, Paris, Fayard, 1982.


Olivétan (1506-1538)

Olivétan est connu pour sa traduction de la Bible en français, dite Bible d'Olivétan. C'est la première Bible française traduite à partir des textes originaux, en hébreu et en grec. Elle porte également le surnom de Bible des martyrs.

Bible d'Olivétan
Bible d'Olivétan,
Édition de 1536
par Pierre de Vingle.
(Musée Calvin de Noyon)
La traduction de la Bible en français

Né à Noyon vers 1506, Pierre Robert dit Olivétan est un cousin de Calvin. Il fait ses études à Orléans, puis étudie l'hébreu à Strasbourg auprès de Bucer. Il se consacre à l'enseignement.

En 1532, au synode de Chanforan (vallée vaudoise du Piemont), les vaudois adhèrent à la Réforme sous l'influence de Guillaume Farel. Ils décident aussi d'éditer une Bible en français. Farel charge Olivétan de la traduction. Olivétan réalise ce travail en deux ans. Pour la première fois, une traduction française part des textes originaux, en hébreu et en grec. Olivétan s'inspire du travail d'autres érudits comme Lefèvre d'Étaples. Sa Bible est préfacée par Calvin qui n'a alors que 25 ans. Elle est imprimée à Neuchâtel en 1535.

Les livres deutérocanoniques sont imprimés dans cette Bible avec l'indication : « qu'ils ne sont point reçus ni tenus comme légitimes tant des hébreux que de toute l'Église ».

La Bible des martyrs

C'est la Bible des vaudois, qui subirent de nombreuses persécutions.

Au XVIIe siècle, la Bible d'Olivétan est celle des prophètes cévenols, des galériens de la foi, des huguenots chassés de France à la Révocation de l'édit de Nantes. C'est pourquoi on l'appelle la Bible des martyrs.

Elle est l'objet de nombreuses révisions et devient la Bible de Genève en 1562.

En 1744, elle est à nouveau corrigée par Ostervald et devient la Bible la plus répandue chez les protestants dans les pays de langue française jusqu'à la Bible Segond.

« Les vaudois, peuple évangélique,
ont mis ce trésor en publique. »
Extrait d'une poésie à la fin de la Bible d'Olivétan.



Bernard Palissy (1510-1590)

Artiste faïencier

Cet artiste faïencier paye de sa vie sa fidélité à la foi réformée.

Bernard Palissy
Bernard Palissy (1510-1590).
(S.H.P.F.)
Un chercheur

Né à Lacapelle-Biron près d'Agen vers 1510, Bernard Palissy s'installe à Saintes après avoir voyagé. Il est d'abord verrier puis il se consacre pendant seize ans à la redécouverte du secret de la faïence émaillée. Si, contrairement à la légende, il n'a pas brûlé ses meubles, il n'hésita pas à sacrifier les étais et espaliers qui soutenaient les treilles de son jardin. En esprit curieux de la Renaissance, plaçant l'expérience avant la théorie, il est aussi chimiste, géologue, alchimiste.

Il se convertit à la Réforme en 1546. En 1555 il succède à Hamelin comme responsable d'une petite communauté réformée en Saintonge, ce qui lui vaut d'être arrêté et emprisonné à Bordeaux. Catherine de Médicis le protège, et le charge de l'embellissement des jardins des Tuileries et de la construction d'une grotte rustique dans ces jardins. Il reçoit le titre « d'inventeur des rustiques figurines du roi ».

En 1563, il est arrêté pour crime d'hérésie. En 1572, il échappe au massacre de la Saint-Barthélemy et se réfugie à Sedan. En 1575, il revient à Paris et donne un cours public sur ses recherches et ses observations. En 1587, après l'Édit de Nemours, il doit se cacher, mais il tombe aux mains de la Ligue et il est emprisonné, pour refus d'abjurer, à la Bastille où il meurt en 1590. Son cadavre est jeté aux chiens.

La faïence émaillée
Lézard en émail
Lézard en émail de Bernard Palissy.
(Collection privée)

Bernard Palissy est l'auteur de poteries décorées de reliefs de végétaux, d'animaux ou d'arabesques, qu'on peut voir dans de nombreux musées dont le Louvre. Des fragments de celles-ci ainsi que les traces de l'atelier de fabrication ont été retrouvés fortuitement au XIXe siècle et lors des fouilles exécutées dans le cadre de l'établissement du grand Louvre dans les années 1980.

Il a laissé des ouvrages scientifiques tels que les Discours admirables de la nature des eaux et fontaines de la terre, tant naturelles qu'artificielles, (Paris, Martin le Jeune, 1580).

Bernard Palissy :

« Je n'ai point eu d'autre livre que le ciel et la terre, lequel est connu de tous et est donné à tous de connaître et lire ce beau livre. »


Bibliographie
• LESTRINGANT, Franck, (édité par), Bernard Palissy 1510-1590, l'écrivain, le réformé, le céramiste, Actes du Colloque Bernard Palissy, Journées d'études, Saintes, 29 et 30 juin 1990, Éditions Inter-Universitaires Amis d'Agrippa d'Aubigné, 1992.
• BOUDON-DUANER, Marguerite, Bernard Palissy, le potier du roi, Paris, La Cause, 1989.


Ambroise Paré
Ambroise Paré (v. 1509-1590).
(S.H.P.F.)
Ambroise Paré (1509-1590)

D'abord chirurgien aux armées, il fait des découvertes en anatomie, physiologie et thérapeutique.

Le père de la chirurgie moderne

Ambroise Paré naît près de Laval vers 1509. Après un apprentissage à Angers puis à Paris, il poursuit sa formation à l'Hôtel-Dieu pendant trois ans et devient maître barbier-chirurgien en 1536. Il s'engage comme chirurgien dans l'armée du Piémont, puis s'attache au vicomte de Rohan.

En 1552, il est nommé chirurgien ordinaire du roi Henri II. Il retourne aux armées, il est fait prisonnier par le duc de Savoie.

Il ne peut sauver Henri II

Après sa libération, il ne peut sauver la vie du roi Henri II mortellement blessé dans un tournoi en 1559. Il reste chirurgien du roi sous les règnes suivants.

Ambroise Paré
Ambroise Paré en train d'opérer, gravure.
(Collection privée)
En 1572, au chevet de l'amiral de Coligny, il échappe de peu au massacre de la Saint-Barthélemy.

Ambroise Paré est considéré comme le père de la chirurgie moderne et l'un des précurseurs de la science expérimentale. Il a substitué la ligature des artères à la cautérisation au fer rouge après amputation. Il a laissé de nombreux traités de chirurgie et de médecine, par exemple la Méthode curative des plaies et fractures de la tête (Paris 1562) et le Traité de la peste, de la petite vérole et de la rougeole avec une brève description de la lèpre (Paris 1568).


Bibliographie
• Actes du Colloque de Paris (6-7 mai 1999), Ambroise Paré (1510-1590). Pratique et écriture de la Science à la Renaissance, Paris, H. Champion, 2003.
• DUMAÎTRE, Paule, Ambroise Paré, chirurgien de 4 rois de France, Paris, Perrin, 1986.
• PEDRON Fr., Histoire d'Ambroise Paré chirurgien du roi, Paris, Orban, 1980.
• PACKARD F.R., The Life and Time of Ambroise Paré, New York, 1926..
• MALGAIGNE J.F., Vie d'Ambroise Paré, introduction aux Oeuvres complètes, Paris, Baillère, 1840, t. I.


Catherine de Parthenay (1554-1631)

Catherine de Parthenay
Catherine de Parthenay
(1554-1631),
duchesse de Rohan.
(Musée Rochelais
d'Histoire Protestante)
Passionaria de la défense de la Rochelle devant Richelieu en 1627-1628, cette huguenote inébranlable fut en même temps poétesse, dramaturge et mathématicienne.

Sa jeunesse

Catherine est l'héritière de la puissante famille huguenote poitevine, les Parthenay-Levêque. Elle a pour précepteur François Viète, le plus grand mathématicien de son temps.

Elle se marie très jeune avec Charles de Quelennec, baron de Pont-l'Abbé, qui meurt la nuit de la Saint-Barthélemy en défendant Coligny.

Veuve à 18 ans, Catherine est un beau parti et elle passe pour une des femmes les plus intelligentes de son temps. Elle est courtisée par René, cadet des Rohan. Mais la belle Catherine n'accepte de lui donner sa main que lorsque René devient vicomte de Rohan et hérite de la fortune des Rohan à la mort du frère aîné.

La vicomtesse de Rohan

La Rochelle
La Rochelle, ancien hôtel de Marsan,
demeure de la Duchesse de Rohan.
Pendant le siège de la Rochelle.
(Musée Rochelais d'Histoire Protestante)
Devenue vicomtesse de Rohan, Catherine aménage les principales résidences des Rohan en Bretagne : Blain, Josselin et Pontivy. Elle y développe des églises protestantes.

Son nouvel époux prend les armes dès que les guerres recommencent. Catherine se réfugie à la Rochelle avec ses enfants.

Veuve une deuxième fois en 1586, elle consacre sa vie à élever ses cinq enfants et à soutenir le protestantisme breton. Dans ses résidences de Parc Soubise en Poitou et de Blain, Catherine est l'âme d'une intense vie politique, culturelle et religieuse. Elle aime écrire, s'essaye aux poèmes et à la tragédie.

Duc Henri de Rohan
Duc Henri de Rohan
(1579-1638).
(S.H.P.F.)
Le siège de la Rochelle

Farouche huguenote, elle galvanise les défenseurs de la Rochelle devant les armées du cardinal de Richelieu.

Après la reddition de la Rochelle en 1628, elle est emprisonnée et les châteaux de Blain et de Josselin connaissent les pics des démolisseurs.

Catherine de Parthenay meurt en 1631 au Parc Soubise, après avoir connu toutes les guerres religieuses. Ce fut une femme d'action dans le camp protestant, servant d'exemple à ses fils par ses idées et son courage.

Son fils aîné, Henri de Rohan, devient le chef du parti huguenot après Condé, Coligny et Henri de Navarre. Il épouse la fille de Sully. Mais à sa mort, il ne laisse qu'une fille qui est mariée par ordre du roi à un prince catholique.


Bibliographie
• CARLUER, Jean-Yves, Protestants et bretons, la mémoire des hommes et des lieux, Paris, Éd. La Cause, 1993.


Olivier de Serres (1539-1619)

Il fait de l'agriculture une véritable science.

Olivier de Serres
Olivier de Serres (1539-1619).
(S.H.P.F.)
Un agronome novateur

D'une famille protestante, originaire d'Orange, Olivier de Serres naît à Berg en Vivarais. Il devient diacre de l'église protestante de ce lieu. Au cours des guerres de religion, il consacre tous ses efforts au maintien de la paix confessionnelle.

Sa passion pour l'agronomie l'amène à mettre en valeur son domaine de Pradel dont il fait une véritable ferme modèle grâce à des méthodes très innovantes pour l'époque : l'assolement, le soufrage de la vigne, la propagation de cultures nouvelles (maïs, houblon, betterave, riz, garance).

Il est appelé à Paris par Henri IV et fait planter 20 000 mûriers dans le jardin des Tuileries, ce qui permet de généraliser la culture du ver à soie.

Son Théâtre d'agriculture et mesnage des champs, publié en 1600, témoigne non seulement de la qualité de ses connaissances – c'est le premier traité d'agronomie – mais aussi de son engagement spirituel. Pour lui la culture de la terre est inséparable d'une réflexion sur l'usage que l'homme en fait, à la gloire de Dieu.


Bibliographie
• LEQUENNE, Fernand, La vie d'Olivier de Serres, Paris, Juillard, 1945.
• SERRES, Olivier (de), Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs, Genève, Slatkine, 1991.
• LEQUENNE, Fernand, Olivier de Serres, agronome et soldat de Dieu, Paris, Berger-Levrault, 1983.
• GOURDIN, Henri, Olivier de Serres, science, expérience, diligence en agriculture au temps de Henri IV, Arles, Actes Sud, 2001.


Henri IV
Henri IV reçoit Sully blessé après la bataille d'Ivry (1590).
(S.H.P.F.)
Sully (1559-1641)

Maximilien de Béthune, baron de Rosny, duc de Sully, se lie à Henri de Navarre dès son jeune âge. Il devient son conseiller le plus proche, puis son ministre.

Le plus fidèle compagnon d'Henri IV

Issu d'une famille protestante du nord de la France, Maximilien de Béthune échappe très jeune au massacre de la Saint-Barthélemy (1572), caché par ses professeurs au collège de Bourgogne.
Sully
Sully (1559-1641), ministre.
Par Porbus.
(S.H.P.F.)

Très tôt il entre dans l'entourage d'Henri de Navarre, le futur Henri IV. Il le suit lorsque celui-ci parvient à s'échapper de la cour en 1576. En 1590 il est grièvement blessé à la bataille d'Ivry lors de la huitième guerre de religion.

De l'homme de guerre à l'homme politique

Dès l'avènement au trône d'Henri IV, Maximilien de Béthune joue auprès du roi un rôle politique de premier plan et commence une carrière d'homme d'état : conseiller d'État, membre du Conseil du roi, surintendant des bâtiments royaux et surtout surintendant des finances en 1596. Il pratique une gestion rigoureuse des deniers publics, il poursuit les abus et les prodigalités et réduit les impôts (taille). Il soutient l'agriculture en proclamant que « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Il encourage les efforts d'Olivier de Serres pour l'élevage du ver à soie. Son oeuvre est considérable pour le redressement économique de la France, épuisée par les guerres de religion.

Château de Sully
Château de Sully (Loiret).
(O. d'Haussonville)
Il ne critique pas le roi pour son abjuration mais ne l'imite pas. En 1599, il obtient la charge de grand maître de l'artillerie.

Henri IV crée pour lui en 1606 le duché-pairie de Sully.

Le temps de la retraite

La carrière politique de Sully se termine avec l'assassinat du roi en 1610.

Il est fait maréchal de France par Louis XIII en 1634. Il laisse des mémoires : les Économies royales.


Bibliographie
• GRAND, Roger, Sully, parrain de la rénovation française, Paris, Ministère de l'agriculture, s.d..
• BARBICHE, Bernard et DAINVILLE-BARBICHE, Ségolène, Sully. L'homme et ses fidèles, Paris, Fayard, 1997.


Pierre Viret (1511-1571)

Pierre Viret consacre sa vie à l'enseignement de la théologie et à la propagation de la foi réformée. Il a la réputation d'être un prédicateur remarquable.

Pierre Viret
Pierre Viret (1511-1571).
(S.H.P.F.)
Ministère en Suisse et à Genève

Pierre Viret est le seul réformateur français qui soit né dans l'actuelle Suisse romande, à Orbe dans le canton de Vaud. Il est envoyé par son père à Paris pour y faire ses études au collège Montaigu (1527-1530).

Lors de son retour à Orbe, il rencontre le réformateur Guillaume Farel qui le convainc de se destiner à la propagation de l'Évangile.

Il se rend d'abord en Suisse, à Grandson et Payerne, puis, en 1534, à Genève où il participe à la lutte des Genevois contre les troupes du duc de Savoie.

En 1536, il participe à la dispute de Lausanne, puis il devient pasteur et enseigne à la faculté de théologie – l'Académie (fondée en 1537).

Ses dons d'éloquence confèrent à sa prédication un impact considérable.

En 1559, il doit quitter Lausanne, et se rend à Genève, où il est associé à la fondation de l'Académie.

Ministère en France

De Genève, il se rend à Nîmes (1561) – où il est également professeur et travaille activement au développement de l'Église de Nîmes – puis à Lyon où il préside le synode national des Églises réformées d'août 1563, mais, en 1565, il est obligé de quitter la ville, car il est interdit aux réformés d'avoir des ministres nés hors de royaume, (loi promulguée par Charles IX). Il se réfugie à Orange, puis en Béarn où la reine Jeanne d'Albret le nomme superintendant de l'Académie qu'elle a créée à Orthez.

Au cours de la troisième guerre de religions, il est fait prisonnier par les catholiques et reste deux ans en prison. Alors qu'il s'apprêtait à se rendre au synode de La Rochelle, il meurt à Pau, le 4 avril 1571.

De nombreux écrits

L'oeuvre écrite de Pierre Vinet est considérable et couvre les domaines théologique, politique et satirique.

Domaine théologique :

Instruction chrétienne en la doctrine de la foy et de l'Évangile (Genève, 1564, 2 vol.). C'est une version amplifiée d'une première Instruction chrétienne et somme générale de la doctrine, publiée en 1556.
De la providence divine (Lyon, 1565).

Domaine politique :

Remonstrances aux fidèles qui conversent avec les papistes (Genève, 1547).

Domaine satirique :

Dialogue du désordre qui est actuellement au monde (Genève, 1545), remanié sous le titre de : Métamorphose chrétienne (1552), puis de : Le monde à l'empire et le monde démoniacle (1561). Cet ouvrage a connu un très grand succès.


Bibliographie
• BAVAUD Georges, Le réformateur Pierre Viret, Genève, Labor et Fidès, 1986.
• BARNAUD Jean, Pierre Viret, sa vie, son oeuvre, Saint Amans, Carayol, 1911.
• LINDER Robert Dean, The political ideas of Pierre Viret, Genève, Droz, 1964.


Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français