Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


La Réforme a provoqué un nouveau type de rapport à Dieu. Grâce à la lecture de la Bible, les protestants ont directement accès à Dieu, sans l'intermédiaire du clergé.

Au XVIe siècle une réforme de l'Église catholique apparaît indispensable. Mais comment réformer ? Jusqu'où ?

Réformes : les débats théologiques
L'organisation des Églises
Le culte et les sacrements chez les réformés
Être protestant en France au XVIe siècle

Des débats théologiques à l'organisation des Églises

Poids de la Bible
Le poids de la Bible,
gravure de Huijeh Allardt, 1562.
Du côté des protestants,
Bèze, Luther, Calvin et Marot.
La seule Bible fait pencher le fléau,
bien que l'autre côté de la balance soit surchargé d'attributs du catholicisme (tiare, clefs, reliquaire)
et qu'un cordelier y soit grimpé.
(Musée Calvin)
Les débats théologiques conduisent à plusieurs orientations de la Réforme :

la Réforme magistérielle avec
ses deux courants luthérien et réformé,
la Réforme radicale,
le réformisme avec la contre-réforme catholique.

Des différences importantes apparaissent sur le rapport à Dieu, sur le salut et le pardon des péchés, sur la façon de comprendre et d'interpréter la Bible.

Le royaume de France reste majoritairement catholique. Pourtant le courant réformé se développe malgré les persécutions : des Églises réformées se constituent à partir de 1555. Inspirées par Calvin, elles adoptent une confession de foi et une discipline qui fixe les règles de leur organisation aux plans local, provincial et national.

Le culte au temple suit la liturgie de Calvin, le centre du culte est la prédication prononcée par le pasteur. La Cène n'est célébrée que quatre fois par an avec distribution du pain et du vin. Il y a aussi des cultes dans les familles.

Être protestant au XVIe siècle, c'est se singulariser de plusieurs façons : d'abord dans son rapport à Dieu, sans l'intermédiaire des saints et du clergé, mais également dans sa vie privée.



Réformes : les débats théologiques

Le désir de réformer l'Église est très répandu en Europe, mais il n'y a pas accord sur les changements à promouvoir.

En quel sens « réformer » ?

À l'aube du seizième siècle, le désir de réformer l'Église (qui se manifeste antérieurement à plusieurs reprises) est très répandu en Europe. Par contre il n'y a pas accord sur les principes et les orientations d'une réforme. On peut discerner trois tendances.
1. Le réformisme estime bons les principes de l'Église catholique, mais défectueuse leur application pratique. Il entend donc corriger déviations et abus, mais sans rompre avec l'Église. Ce réformisme aboutira, en partie, avec le redressement opéré par le Concile de Trente (« Contre-réforme », ainsi appelée parce qu'elle réagit contre les Réformes protestantes, mais qui est aussi une véritable « réforme catholique »).
2. La réforme dite « magistérielle » (parce qu'elle s'appuie sur les gouvernements, princes ou conseils de cité, appelés à l'époque « magistrats », et aussi à cause du rôle important qu'y jouent des professeurs de théologie) comporte deux branches principales, la luthérienne et la réformée. Elle estime qu'il faut rectifier non seulement les pratiques, mais aussi les principes de l'Église, en supprimant ou corrigeant ce qui y est contraire aux enseignements du Nouveau Testament, et en gardant le reste. Elle ne veut pas créer une Église nouvelle, mais amender profondément l'Église existante. Parce que Rome s'y refuse, elle se résigne à une rupture qui n'est pas souhaitée au départ.
3. La réforme dite « radicale » (ainsi appelée parce qu'elle estime que les luthériens et les réformés ne vont pas assez loin, que la réforme s'arrête à mi-chemin) se caractérise par :
Timbre Luther et Calvin
Timbre représentant Martin Luther et Jean Calvin.
(Collection privée)
l'anabaptisme (refus du baptême des enfants),
l'illuminisme (affirmation que le Saint Esprit parle directement au coeur et à l'esprit des vrais croyants,
et l'antitrinitarisme (refus du dogme de la Trinité considéré comme non biblique).
Cette réforme ne veut rien garder de l'Église existante. Elle entend suivre uniquement le modèle apostolique, et recréer l'Église du Nouveau Testament en faisant table rase de l'héritage des siècles.

Les luthériens et réformés pensent que tout ce que n'interdit pas expressément la Bible est permis. Pour les radicaux, tout ce qu'elle n'ordonne pas expressément est interdit.
Dieu seul est Dieu

Les réformes protestantes reprochent au catholicisme de ne pas assez distinguer le Créateur des créatures, de donner à certaines d'entre elles une valeur « sacrée ». L'affirmation, commune à tous les chrétiens, que « Dieu seul est Dieu » signifie pour les protestants qu'il a le monopole du sacré, qu'en dehors de lui, rien ni personne ne mérite d'être vénéré et adoré. Ce rejet de la sacralisation prend plusieurs formes.
1. Les réformés et les radicaux, plus fortement que les luthériens, refusent de voir dans le pain et le vin de la Cène (ou eucharistie) le corpus Dei (le corps même de Dieu) : ce sont des signes, et non des éléments devenus divins par une miraculeuse transmutation.
2. Les protestantismes n'admettent pas de « saints » (même bibliques), que les chrétiens ordinaires devraient vénérer et invoquer dans leurs offices ou prières. La devise Soli Deo gloria (rendre gloire à Dieu seul) signifie qu'il faut rendre un culte seulement à Dieu et n'avoir de dévotion que pour lui.
3. Les protestantismes récusent la notion d'un clergé que sa consécration mettrait à part, placerait au-dessus des autres fidèles, et qui serait un intermédiaire obligé pour entrer en relation avec Dieu. Tous les chrétiens ont également accès à Dieu (principe du sacerdoce universel). Certains radicaux refusent tout ministère institué (personne n'est prêtre ou pasteur). Chez les luthériens et les réformés, il y a des « ministres » (des serviteurs) qui remplissent certaines fonctions (prédication, enseignement), sans que cela leur confère un statut religieux spécial.
4. Les protestantismes se méfient également de la sacralisation de l'institution ecclésiastique. Si elle est nécessaire (la vie chrétienne a une forme communautaire), elle n'est pas infaillible ni parfaite. Sans cesse, il faut la corriger et la purifier. Elle est semper reformanda (toujours à réformer).
Coupe de communion
Coupe de communion démontable du
XVIIIe siècle.
(S.H.P.F.)
Le salut gratuit

Toutes les Églises affirment que personne ne peut se sauver par ses efforts et ses mérites, mais que Dieu donne le salut gratuitement (par grâce sans que nous puissions le gagner). Toutefois à ce « gratuitement » commun, elles donnent un sens et une portée qui diffèrent.

1. Pour la majorité des catholiques, Dieu nous demande de faire un effort. Il accorde son salut aux « hommes de bonne volonté ». Ils n'arrivent pas à mériter leur salut, mais doivent montrer qu'ils le souhaitent. Dieu leur apporte ce qui leur manque. Le salut se situe essentiellement dans le futur ; il vient couronner une vie où le don de Dieu prend en compte les dispositions des humains.
2. Dans le luthéranisme, on considère en général que les pensées, les aspirations, les actions humaines sont mauvaises ; même si moralement elles sont bonnes, spirituellement elles ne valent rien. Dieu donne son salut sans rien exiger : le croyant est à chaque moment un pécheur pardonné, toujours pécheur et indigne, toujours au bénéfice de l'amour inconditionné que Dieu a manifesté en Christ.

Le salut se vit surtout au présent. Tous les jours, le fidèle le reçoit de Dieu à nouveau, comme si c'était la première fois.
3. Pour la plupart des réformés, le salut appartient d'abord au passé. Dieu l'a décidé dès avant la création du monde et il l'a accompli en Christ. Le croyant le reçoit sans l'avoir mérité si peu que ce soit. Dieu le lui a donné antérieurement à son existence, et ne le lui retirera pas. La grande affaire de sa vie n'est pas de parvenir au salut, mais de témoigner de Dieu et de lui rendre gloire dans ce monde.

Certains radicaux pensent que le croyant peut et doit entièrement éliminer le péché de sa vie, devenant ainsi parfait. Pour les réformés, si le chrétien arrive à rendre sa vie de plus en plus sainte (ce qu'on appelle la sanctification), il reste toujours un pécheur.

Bible de Luther
Bible de Luther (Wittenberg, 1561).
(Fonds Société Biblique / Marc Gantier)
L'autorité de la Bible

Les progrès techniques du livre permettent de répandre largement la Bible, ce qui auparavant était impossible, et ce qui crée une situation nouvelle et fait naître un rapport au texte différent. On se met à l'étudier avec les méthodes utilisées par les « humanistes » (les érudits littéraires) de la Renaissance.

Toutes les Églises reconnaissent la valeur suprême de la Bible, mais elles diffèrent dans leur manière de la comprendre et de la pratiquer.

1. Pour le catholicisme du XVIe siècle, il appartient aux autorités ecclésiastiques d'indiquer la compréhension ou l'interprétation exacte de la Bible. On ne peut donc pas opposer la Bible aux doctrines et pratiques de l'Église, ni lui donner un sens qui s'écarte de son enseignement.
2. Pour les luthériens et les réformés, il n'appartient pas à l'Église de déterminer le sens de la Bible, mais à la Bible de juger de la fidélité de l'Église. Une étude rigoureuse du texte, menée avec les méthodes de « l'humanisme », permet d'en dégager l'enseignement exact. Ceux qui prêchent et enseignent doivent avoir une solide formation universitaire : leur savoir et leur compétence sont des garanties nécessaires, même si elles ne suffisent pas (il faut aussi que l'Esprit éclaire la lecture de la Bible).
3. Les « radicaux » reprochent aux luthériens et réformés de donner trop d'importance aux « savants » (aux « spécialistes »), et de remplacer, comme l'écrit l'un d'eux, la « tyrannie des papistes par celle des linguistes ». Ils préconisent une lecture spontanée, populaire, naïve et inspirée (seul le Saint Esprit dévoile au coeur et à l'esprit du croyant le sens de la Bible).

A. Gounelle



L'organisation des Églises

Les Églises réformées en France

Églises Réformées
Les Églises Réformées
au XVIe siècle.
(Musée du Désert)
D'abord non institutionnalisées, des Églises réformées se constituent progressivement dans le royaume de France à partir de 1555 sur le modèle voulu par Calvin depuis Genève.

Des pratiques communautaires avant les Églises

Les idées de Luther parviennent dès 1520 à Paris et dans d'autres villes de France. Depuis leur condamnation, elles circulent clandestinement. Elles sont imprimées en France et surtout hors de France. À partir de 1524, elles sont traduites en français.

Vers 1530 apparaissent des pratiques communautaires : réunions discrètes chez l'un ou chez l'autre pour partager la lecture du Nouveau Testament et prier. Mais pour éviter des ennuis, il fallait bien aller à l'Église à l'occasion pour se confesser et pour communier au moins une fois par an, pour se marier, pour faire baptiser ses enfants et enterrer ses parents.

Des Églises réformées de plus en plus nombreuses

Calvin a voulu mettre fin à cette double pratique car bien des gens n'osaient se déclarer ouvertement protestants. Calvin les appelle « nicodémistes ». Il les somme de choisir entre la Réforme et le catholicisme.

Des colporteurs s'approvisionnent en livres à Genève pour les revendre en France. Ils les expliquent. Certains célèbrent même de petits cultes.

La première Église régulièrement constituée dans le royaume de France est celle de Meaux, établie vers 1546 sur le modèle de celle de Calvin à Strasbourg. L'Église de Meaux subit une persécution en 1546 : 14 protestants dont le pasteur sont brûlés vifs.

À partir de 1555, d'autres Églises sont établies à Paris, Angers, Valence sur le modèle de Genève en suivant les recommandations de Calvin qui établissent des conditions strictes pour les sacrements évangéliques : le baptême et la cène. Les protestants s'assemblent pour élire un conseil d'anciens appelé consistoire. Le consistoire nomme le pasteur, surveille les membres de l'Église et s'occupe des pauvres. Le pasteur prêche et administre les sacrements.

Vers 1560, il existe un millier d'Églises réformées pourvues chacune d'un conseil d'anciens mais pas toujours d'un pasteur à demeure. Elles sont inégalement réparties sur le territoire. La plupart sont situées dans l'espace occitan mais aussi dans le sud du Poitou, les pays de la Loire, La Normandie.



Les Églises réformées en France

C'est le synode de Paris en 1559 qui fixe l'organisation des Églises réformées de France d'après des propositions de Jean Calvin.

Synode National des Églises Réformées
Synode National des Églises
Réformées de France-1598.
(S.H.P.F.)
Une organisation progressive

Au début des années 1530, ceux qui adhèrent aux idées de Luther et Zwingli se réunissent chez l'un ou l'autre pour partager la lecture du Nouveau Testament et prier. Dans les années 1540, ces réunions informelles se multiplient et évoluent vers des formes plus régulières de culte incluant parfois la Cène.

Calvin souhaite une organisation plus précise. Deux modèles existent aux portes du royaume : celui de Strasbourg et celui de Genève. C'est Genève qui va l'emporter. Les premières règles sont données en 1559 lors de la réunion des délégués des Églises réformées de France. C'est le premier synode national. Il vote :

une confession de foi
une discipline.

La confession de foi

Les Églises réformées adoptent une confession de foi nouvelle rédigée d'après un projet de Calvin. Elle comprend 40 articles. Elle sera appelée plus tard Confession de foi de la Rochelle, parce qu'elle sera ratifiée en 1571 au synode de la Rochelle.

Tout en se rattachant à la foi des premiers siècles de l'Église, les Églises réformées marquent leur distance avec l'Église catholique romaine. Elles condamnent très clairement l'intercession des saints, le purgatoire, les pouvoirs de l'Église.

La discipline
Discipline des églises réformées
La discipline des
églises réformées (1653).
(S.H.P.F.)

Proche des ordonnances ecclésiastiques de Calvin qui régissent l'Église de Genève, la discipline précise l'organisation commune des Églises réformées. Cette organisation est fondamentalement non hiérarchique.

L'Église locale est dirigée par un conseil d'anciens appelé consistoire. Ce conseil se réunit au moins une fois par mois avec le pasteur.

Les anciens (entre 5 et 10 dans chaque Église) sont choisis par la communauté. Ils veillent sur les pratiques religieuses et les moeurs des fidèles, règlent les conflits et s'occupent des pauvres.

Les pasteurs, ministres de la Parole, sont élus par le conseil des anciens. Après 1571, ils sont soumis à un examen par le synode provincial. Ils sont avant tout des prédicateurs, qui expliquent la Parole de Dieu lue dans la Bible. Ils administrent les deux sacrements : le baptême et la Cène. La plupart des pasteurs français sont formés à l'Académie de Genève.

Les synodes sont une institution originale adaptée à la situation française des Églises réformées disséminées sur le territoire. Rassemblant des représentants des Églises, (pasteurs et laïcs), les synodes servent d'organes de liaison (non permanents) entre les Églises locales (indépendantes et égales).

Les synodes se réunissent au niveau provincial et au niveau national.



Le culte et les sacrements chez les réformés

Le centre du culte réformé est la prédication sur un texte biblique. C'est pendant le culte que sont célébrés les baptêmes, et quatre fois par an, la cène.

Le culte au temple

Temple de Paradis
Lyon, intérieur du
Temple de Paradis (1564).
Attribué à J. Perrissin, vers 1565.
(Fonds B.P.U. Genève)
Le dimanche, jour du Seigneur, les réformés ont l'obligation de cesser tout travail et de s'assembler pour entendre la Parole de Dieu et louer Dieu en français pour « un culte en esprit et en vérité ». Le lieu de rassemblement est le temple. L'usage est d'avoir deux services le dimanche.

Celui du matin suit la liturgie de Calvin. C'est le pasteur qui préside le culte dont le centre est la lecture de la Bible et la prédication sur les textes lus. De nombreux sermons de Calvin ont été conservés. L'assemblée chante à l'unisson les psaumes en vers de Clément Marot et de Théodore de Bèze.

Le service de l'après-midi, destiné aux adultes comme aux enfants, est consacré au catéchisme (celui de Calvin) avec présentation des vérités de la religion.

Les baptêmes des petits enfants, signes de l'entrée dans l'alliance de Dieu, sont célébrés par le pasteur à la fin du culte en présence de la communauté.



Famille protestante
Famille protestante lisant la bible
et chantant, vue au XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
La cène est prévue quatre fois par an, conformément à la pratique de Genève : à Pâques, à la Pentecôte, en septembre et à Noël. Le pain et le vin sont distribués aux fidèles préalablement instruits de la signification de ce sacrement. Certains sont suspendus de la cène à cause de péchés scandaleux.

Le culte de famille

Une nouvelle pratique religieuse mise en honneur par Coligny et inscrite dans la discipline à partir de 1565 caractérise les réformés : le culte de famille matin et soir.

Le père de famille, rassemblant toute sa maison, dit une prière : il s'adresse à Dieu en le tutoyant. Il fait chanter un psaume et lit un chapitre de la Bible.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Être protestant en France au XVIe siècle

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, de nombreuses Églises réformées se constituent en France. Le catéchisme et la discipline calviniste y modèlent un nouveau type d'homme : le protestant.

Être réformé c'est se singulariser

Le réformé pratique une religion différente de la religion catholique. La Réforme se veut une épuration des pratiques catholiques considérées comme « païennes » et superstitieuses et ayant « défiguré la vérité chrétienne ». En particulier, être réformé c'est :

refuser certains gestes : signes de croix, processions, génuflexions devant les images et les reliques,
ne plus voir dans la vierge Marie et les Saints les médiateurs de la grâce divine et refuser de leur rendre un culte,
ne plus faire d'enterrement à l'Église. Pour éviter toute superstition, les pasteurs ne font aucune prière ou prédication lors des enterrements. Les morts sont confiés à la miséricorde de Dieu qui leur accorde le salut. Confiants dans la grâce divine, les réformés n'ont plus besoin de rites ou prières au moment de la mort (les cérémonies d'enterrement seront rétablies plus tard).

Cette abstention implique une révolution mentale par rapport aux comportements ancestraux : il n'y a plus de temps, ni de lieux, ni d'images ou d'objets sacrés.

Famille protestante
Famille protestante lisant la bible et chantant, vue au XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
De nouvelles pratiques religieuses

Les réformés remplacent la messe dont le centre est l'eucharistie par le culte dont le centre est la prédication. Le culte est célébré tous les dimanches par la communauté toute entière qui se rend au temple pour louer Dieu, entendre sa Parole et le prier. Le chant des psaumes par l'assemblée des fidèles tient une place importante.

La Cène (qui remplace l'eucharistie) est célébrée en général 4 fois par an, lors des grandes fêtes chrétiennes et non plus tous les dimanches. Le pain et le vin sont distribués aux fidèles.

Une autre pratique se développe chez les réformés :

Le culte familial. La famille se réunit autour du père de famille matin et soir pour :

la prière,
le chant d'un psaume,
la lecture de la Bible,

Les sacrements

Le Nain
Le Nain (1593-1648) « Retour de baptème ».
(Musée du Louvre)
Des sept sacrements de l'Église catholique, l'Église réformée n'en conserve que deux : le baptême et la Cène célébrée au cours du culte.

Le baptême : il est réduit à la simplicité des instructions de Jésus Christ. Les réformés confient à la miséricorde divine le sort des enfants qui meurent sans le baptême. Celui-ci n'est plus le rite qui efface le péché originel et n'est donc plus nécessaire aux bébés en danger de mort.

Que deviennent les autres sacrements ? Les fidèles réformés ne risquent-ils pas d'être désorientés par un manque de repères pour structurer leur vie ? Calvin restructure les pratiques ecclésiales pour les rendre plus conformes aux instructions du Nouveau Testament.

la confirmation : elle est remplacée par le catéchisme qui prépare les jeunes à participer à la communauté des fidèles (la célébration d'une cérémonie de confirmation sera rétablie plus tard).
le mariage : il ne figure pas dans les sacrements, mais il est réaffirmé sous la forme d'une liturgie de bénédiction.
l'ordination des prêtres : au lieu du sacrement de l'ordre, Calvin donne des instructions précises pour la nomination des pasteurs.
la pénitence : pour le réformé le pardon est donné, non par un prêtre, mais directement par Dieu. Le culte débute par une confession générale des péchés devant Dieu et l'annonce du pardon.
l'extrême onction : elle est remplacée par la visite aux malades accompagnée de prières des pasteurs et des laïcs.

Une autre éthique

La discipline calviniste proscrit comme contraires au décalogue et à l'honneur de Dieu des comportements tels que l'adultère, les jeux (surtout les jeux de hasard) la danse, les fêtes (spécialement le carnaval), le luxe vestimentaire. Ceci explique que les protestants soient considérés comme des gens austères.

La Réforme bouscule la hiérarchie traditionnelle des valeurs. Elle supprime les ordres monastiques et dévalorise l'état de moine qui n'est plus considéré comme un idéal. Par contre elle encourage de nouvelles valeurs qui deviendront les valeurs du monde moderne, telles que le travail et l'instruction.

La Réforme accorde de nouvelles responsabilités aux laïcs (anciens et diacres). L'Église n'est plus une Église de clercs, mais une communauté où laïcs et pasteurs assument ensemble la direction de la communauté.

Calvin a également le souci que la Réforme pénètre tous les aspects de la vie quotidienne et que chacun puisse rendre compte de sa foi, non seulement le théologien mais aussi le « plus rude et sot porcher ». En confiant à chaque chrétien la responsabilité de sa foi, Calvin lui donne une autonomie et une liberté inconnues auparavant.

En modifiant peu à peu le statut de l'individu dans le monde, la Réforme a participé de manière déterminante à la lente évolution de la société vers l'instauration de la démocratie.



Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français