Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Au XVIe siècle, le désir de réformer l'Église romaine est très répandu en Europe. Des hommes qu'on appelle « Réformateurs » ont proposé des modèles différents mais ils s'accordent sur un certain nombre de principes théologiques définis par Luther.

Les Différentes Réformes en Europe
Plusieurs modèles de Réforme
La Réforme luthérienne
Jean Calvin (1509-1564)
Le courant réformé
La Réforme radicale
La Réforme anglicane
La Réforme catholique ou Contre-Réforme
Traductions de la Bible en latin et en français au XVIe siècle
L'éducation protestante au XVIe siècle



Les Différentes Réformes en Europe

À l'aube du XVIe siècle, le désir de réformer l'Église est très répandu en Europe. Mais il n'y a pas accord sur les principes et orientations d'une réforme.

Les Réformateurs
Les Réformateurs
De gauche à droite : (au premier rang)
Jan Hus, Martin Luther, Philip Melanchthon,
(au second rang) Jean Calvin, Johannes
Bugenhagen, Gustave-Adolphe II,
Ulrich von Hutten, Ulrich Zwingli.
(S.H.P.F.)
Plusieurs mouvements de Réforme

Au XVIe siècle, il n'y a pas une, mais plusieurs réformes.

La réforme luthérienne

Elle est née en Allemagne de l'action d'un moine, Martin Luther. Elle s'est implantée en Allemagne et dans le nord de l'Europe.

Le courant réformé

Ce courant naît en Suisse sous l'impulsion de Zwingli et s'étend dans plusieurs pays : en Suisse, en France, en Écosse, aux Pays-Bas, en Hongrie.

L'influence du Français Jean Calvin est prépondérante dans ce courant.

La réforme radicale

Elle naît en Allemagne et en Suisse dans le sillage de Luther et Zwingli mais en réaction contre eux. Les réformateurs radicaux les jugent trop timorés : il faut aller plus loin et plus vite dans les réformes de l'Église mais aussi de la société.

La réforme anglicane

Elle naît en Angleterre d'un mélange de facteurs personnels, politiques et religieux.

L'Église anglicane unit une doctrine plutôt réformée avec des célébrations et une hiérarchie proches du catholicisme.

La réforme catholique ou contre-réforme

Elle corrige les déviations et les abus de l'Église catholique sans mettre en cause ses principes et doctrines.

C'est l'oeuvre du concile de Trente qui donne un nouveau visage à l'Église catholique.



Plusieurs modèles de Réforme


Situation religieuse en Europe de l'ouest
Situation religieuse en Europe de l'ouest, fin du XVIe siècle.
(Musée du Désert)
« D'elle-même, la Réforme était née partout. Partout, en France, en Suisse, elle fut indigène, un fruit du sol et de circonstances diverses qui pourtant donnèrent un fruit identique » (Jules Michelet).

La Réforme protestante affirme les États et fixe les langues

Au XVIe siècle, la réforme protestante est directement liée à l'affirmation des États-nations. En permettant à chacun de lire l'Écriture et de prier Dieu dans sa langue, elle contribue par exemple au développement de l'allemand, de l'anglais, du français et du suédois. La traduction de la Bible par Luther, par Tyndale, par Lefèvre d'Étaples et Olivétan, ou encore par Olaf Petersen contribue à l'émergence de littératures théologiques ou philosophiques nationales. L'institution de la religion chrétienne de Calvin connaît, outre son original latin, d'innombrables versions en français, en anglais, en espagnol ou en italien...

Les relations entre la foi évangélique restituée et les différents États sont cependant loin d'être simples. Luther a bénéficié de l'appui de nombreux princes allemands, à commencer par celui de l'Électeur de Saxe, Frédéric le Sage ; par contre Calvin, bien qu'il adresse à François Ier la préface de son Institution, a dû trouver en marge du royaume de France ses principaux appuis. Des terres de « Refuge » ont accepté d'accueillir la foi réformée, de Strasbourg à Genève, en passant par Bâle. Le cas anglais est différent puisque la Couronne a réorganisé l'Église, en conservant les évêques mais en donnant au pays une confession de foi protestante : les Trente-Neuf Articles de 1563-1571 de la Réforme anglicane.

Ce que l'on sait moins, c'est que les monarchies scandinaves furent en fait les premières à rompre de façon définitive avec le catholicisme. Les idées luthériennes sont prêchées au Danemark dès les années 1520, et le duc de Schleswig-Holstein défait les évêques et la noblesse conservatrice avant de devenir roi sous le nom de Christian III. Le pays adopte la confession d'Augsbourg (luthérienne). La Suède de Gustave Vasa entreprend la sécularisation des biens d'Église et la prédication de l'Évangile, sous l'impulsion d'Olaf et Laurent Petersen.

Une réforme en plusieurs modèles

L'on peut dégager plusieurs modèles :

soit la Réforme protestante s'accomplit d'en haut, avec l'appui des autorités de l'Église et de l'État, comme en Angleterre (Réforme anglicane) et en Suède ;
soit elle s'appuie sur les princes ou sur certains éléments urbains (Réforme luthérienne) ;
soit elle dépend fortement d'un élément populaire ou du moins bourgeois, c'est le cas français ou suisse (courant réformé).

Il arrive que ces deux aspirations entrent en conflit : une « Réforme radicale » s'est vite heurtée à la « Réforme magistérielle ». Luther a été confronté à la révolte des paysans en 1525, Calvin a combattu les anabaptistes ou ceux qu'il appelle les « libertins spirituels », accusés de semer le désordre social et la zizanie.

La Réforme protestante, si elle se retrouve toujours dans certaines affirmations fortes (justification par la foi, importance de la grâce, primauté de la Bible sur l'institution ecclésiale), s'est prêtée historiquement à des expressions souvent contradictoires. Faut-il parler malgré tout de la Réforme au singulier, ne vaut-il pas mieux dire les Réformes au pluriel, comme le déclarait Lucien Febvre ?

L'expression « la Réforme protestante » garde le mérite de souligner les incontestables convergences qui existent entre ces différentes sensibilités, perçues comme une richesse et non comme une faiblesse dans un monde contemporain, familier du pluralisme. Les « variations des Églises protestantes », que Bossuet présentait comme la marque de l'erreur, peuvent être perçues à l'inverse comme une marque de dynamisme et de large tolérance spirituelle.

Tolérance spirituelle

B. Cottret


Bibliographie
• COTTRET, Bernard, Histoire de la Réforme protestante, Paris, Perrin, 2001.
• CHRISTIN, Olivier, Les Réformes. Luther, Calvin et les protestants, Paris, Découvertes Gallimard, 1995.


La Réforme luthérienne

Martin Luther (1483-1546)
Philipp Melanchthon (1497-1560)
La confession d'Augsbourg (1530)

Luther initie un mouvement de réforme de l'Église qui veut rectifier non seulement les pratiques mais aussi la doctrine de l'Église. Il ne veut pas créer une Église nouvelle. Mais devant le refus de Rome, il se résigne à une rupture qu'il n'a pas souhaitée au départ.

Thèses de Luther
Luther affichant ses thèses à Wittenberg.
(S.H.P.F.)
La révolte de Luther

En 1517, Luther déclenche un mouvement de Réforme en affichant ses 95 thèses contre les indulgences. Grâce à l'imprimerie ses thèses vont circuler largement en Europe. S'appuyant sur le Nouveau Testament, il veut non seulement corriger les abus de l'Église catholique, mais aussi sa doctrine. Il veut supprimer ou corriger tout ce qui est contraire aux enseignements du Nouveau Testament. Il veut réformer profondément l'Église existante. Parce que le pape refuse de l'entendre et l'excommunie, il se résigne à une rupture qu'il n'a pas souhaitée.

L'Église luthérienne

Ainsi naît une nouvelle Église qui en Allemagne se nomme Église évangélique, car elle se veut un retour à l'Évangile. La nouvelle doctrine est résumée dans les deux catéchismes de Luther de 1529 et dans la confession d'Augsbourg, qui est l'oeuvre de son collaborateur Philipp Melanchton.

La messe est profondément modifiée. Elle est célébrée en allemand et non plus en latin reposant sur :
la prédication de l'Évangile,
le chant des cantiques (Luther en compose plusieurs),
la cène ou communion, sous les deux espèces : pain et vin.

Il n'y a plus de culte de la Vierge, des saints ou des morts.

L'expansion du luthéranisme

Dans l'empire germanique, la Réforme luthérienne se répand au nord de l'Allemagne dans les états des princes qui l'adoptent et dans de nombreuses villes.

Luther sollicite l'appui des princes pour planter l'Église nouvelle et veiller au bon déroulement du culte.

La Réforme luthérienne se répand aussi au Danemark et en Norvège, ainsi qu'en Suède. où se constituent de véritables Églises nationales, sous l'impulsion des souverains.



Martin Luther (1483-1546)
Martin Luther
Luther (1483-1546),
Église des Billettes.
(O. d'Haussonville)

Luther est considéré comme le premier des réformateurs religieux du XVIe siècle. L'Église luthérienne, qui compte aujourd'hui 70 millions de membres à travers le monde, se réclame de lui mais aussi l'ensemble du Protestantisme.

Un moine exemplaire

Né en Allemagne (Eisleben) en 1483, Martin Luther se destine à une carrière de juriste. Mais lors d'un terrible orage où la foudre tombe à deux pas de lui, il fait le voeu de devenir moine.

Il entre en 1505 au couvent des Augustins d'Erfurt où il devient un moine exemplaire. Ses qualités intellectuelles sont vite remarquées. Il poursuit des études de théologie et devient « docteur en théologie ». Il est un des brillants professeurs de l'université de Wittenberg où il explique et commente la Bible (psaumes et épîtres de Paul en particulier).

Les bulles du pape
Luther brûlant
les bulles du pape
(10 décembre 1520).
(S.H.P.F.)
C'est en étudiant l'épître de Paul aux Romains qu'il acquiert la conviction que tout homme est sauvé par l'amour gratuit de Dieu. Il en déduit que la vente des indulgences est contraire à l'enseignement de la Bible. Il placarde 95 thèses contre les indulgences sur la porte de l'église de Wittenberg en 1517. Ces thèses vont enflammer l'Allemagne puis l'Europe.

La rupture avec Rome

Le pape tente par tous les moyens de soumettre Luther. Après trois ans de procès, le pape l'excommunie. Mais Luther brûle solennellement le 15 juin 1520 la bulle du pape qui l'excommunie.

L'empereur Charles Quint convoque Luther devant la diète de Wormsen 1521 mais celui-ci refuse de se rétracter : « Je ne puis, ni ne veux rien rétracter car il n'est ni sûr ni salutaire d'agir contre sa conscience ». Il fonde ainsi le protestantisme sur la liberté de conscience et non plus sur l'appartenance à l'Église.

Luther, traducteur de la Bible et théologien

Luther à la Wartburg
Luther à la Wartburg.
(S.H.P.F.)
Réfugié chez le prince électeur de Saxe au château de la Wartburg, il entreprend la traduction de la Bible en allemand. Cette traduction parue en 1534, d'une rare beauté, contribue à fixer la langue allemande.

Protégé par le prince Frédéric de Saxe, il revient à Wittenberg, se marie et devient père de 6 enfants.

Il continue à enseigner à l'université et à écrire de nombreux ouvrages de théologie pour défendre ses positions. Il lutte contre les catholiques d'une part et d'autre part contre ceux qui veulent aller plus loin dans la liberté politique (guerre des paysans) et dans la Réforme radicale (anabaptistes, illuminés...).

Ses écrits sont diffusés dans toute l'Europe.

Bible de Luther
Bible de Luther (Wittenberg, 1561).
(Fonds Société Biblique / Marc Gantier)
La réforme luthérienne, plus spécifiquement allemande et nordique, a préparé la Réforme en France inspirée notamment par Jean Calvin.

Sa doctrine

La « justification par la grâce seule », ou par « la foi seule » : radicalement pécheur, l'homme est justifié, c'est-à-dire rendu juste, pardonné, donc sauvé, à cause du Christ crucifié, par sa foi au Christ (cf. épître de Paul aux Romains). Cette foi-confiance est elle-même un don gratuit de Dieu. Le chrétien est libéré de la logique rémunératrice des (bonnes) oeuvres et des pratiques méritoires.

L'Écriture seule autorité pour le chrétien : la parole de Dieu, c'est-à-dire l'Évangile de Jésus-Christ, que porte l'Écriture biblique, est au-dessus de toute norme de l'Église, fût-elle proclamée par un pape ou un concile. Accessible à tous les croyants, la Parole de l'Écriture ne peut être confisquée ou contrôlée par les clercs. Le « sacerdoce universel » de tous les baptisés : « nous sommes tous prêtres » : il n'y a pas de différence de dignité, pas de hiérarchie sacrée entre clercs et laïcs, puisque tous ont égal accès à Dieu. Il n'existe que des différences de fonction entre les chrétiens : ceux-ci exercent des métiers différents, « prince ou savetier ou pasteur, tous au service les uns des autres, comme les membres d'un même corps dont le seul chef est le Christ. »

Les sacrements : signes visibles de la grâce de Dieu institués par le Christ. Cette définition empruntée à saint Augustin conduit Luther à ne retenir comme sacrements que le baptême et l'eucharistie (mais non la pénitence, la confirmation, le mariage, l'ordination et l'extrême-onction) et à comprendre le sacrement comme promesse de grâce reçue par la foi (et non plus comme un acte opérant par lui-même le salut).

Une telle compréhension du sacrement bouleverse la doctrine et la pratique traditionnelles de l'eucharistie :

elle exclut toute idée de la « messe » comme sacrifice offert par les prêtres pour le salut des vivants et des morts ;
si la promesse de grâce reçue par la foi est constitutive du sacrement, il faut que la Parole soit clairement entendue de tout le peuple : la « messe » ou l'office doit être en langue vulgaire, non en latin ;
la référence du sacrement aux paroles de son institution par le Christ – « Buvez-en tous » – conduit à une communion pour tout le peuple sous « les deux espèces » : le pain et le vin.


Bibliographie
• COTTRET, Bernard, Histoire de la Réforme protestante, Paris, Perrin, 2001.
• OLIVIER, Daniel, La foi de Luther, Paris, Beauchesne, 1978.
• LEPLAY, Michel, Martin Luther, Desclée de Brouwer, 1998.
• LIENHARD, Marc, Martin Luther, un temps, une vie, un message, Paris, Le Centurion, 1983.


Philipp Melanchthon (1497-1560)

Le bras droit et le successeur de Luther en Allemagne

Melanchthon est un théologien humaniste qui adopte les idées de Luther. Ses tentatives de conciliation entre les différentes tendances de la Réforme échouent.

Un humaniste
Melanchthon
Melanchthon.
(Musée de la Réformation Genève)

Philipp Schwarzerdt, dit Melanchthon, est un humaniste, professeur de grec à l'université de Wittenberg, qui adhère dès le début à la Réforme et devient l'ami et le collaborateur de Luther.

Il donne un premier exposé systématique de la pensée de Luther dans ses Loci Communes (1521).

Il se préoccupe de concilier la Réforme et l'humanisme chrétien.

Il affirme le pouvoir de l'État, issu du droit naturel, face à la suprématie de l'Église.

Il s'efforce de réaliser l'unité entre les différentes tendances de la Réforme et tente même de rapprocher la Réforme et le catholicisme pour maintenir l'unité de la chrétienté et l'unité politique de l'empire.

Le bras droit et le successeur de Luther

Il est l'auteur de la Confession d'Augsbourg présentée à la diète d'Augsbourg (1530) convoquée par Charles Quint qui voulait mettre fin aux dissensions religieuses dans son empire. Cette confession de foi, pourtant très modérée, ne parvient pas à rétablir l'accord avec les catholiques. Elle est devenue la confession de foi officielle des luthériens jusqu'à aujourd'hui.

À la mort de Luther (1546) il devient le principal chef du luthéranisme.

Il inspire la création d'universités et de collèges, en forme les enseignants et définit les programmes.

Il publie de nombreux écrits notamment des commentaires bibliques et des ouvrages de dogmatique.


Bibliographie
• BOISSET, Jean, Melanchton, éducateur de l'Allemagne, Paris, Seghers, 1967.


La confession d'Augsbourg (1530)

Rédigée par Philipp Melanchthon pour la diète d'Augsbourg de 1530, cette confession de foi se voulait un instrument de concorde. Elle repose sur l'Écriture et la tradition des premiers siècles de l'Église, mais exprime aussi la pensée théologique de Luther. Elle devient dès 1555 la confession de foi de l'Église luthérienne.

La confession de foi de l'Église luthérienne

Médaille Confession d'Augsbourg
Médaille Confession d'Augsbourg :
Luther et Melanchton.
(Collection privée)
En 1530, l'empereur Charles Quint convoque les princes allemands à une diète qui doit se réunir à Augsbourg en vue de faire cesser les discordes ecclésiastiques. Chaque prince est invité à présenter par écrit en allemand et en latin ses opinions en matière religieuse et à indiquer les abus ecclésiastiques à réformer. Le prince électeur de Saxe demande à Melanchthon de rédiger cet écrit. En effet, il connaît sa modération et espère encore parvenir à une entente avec les princes catholiques. L'oeuvre est soumise à Luther qui l'approuve entièrement : « Elle me plait fort et je ne saurais rien y corriger ni changer : cela ne conviendrait pas non plus car, quant à moi, je ne puis marcher avec tant de grâce et de légèreté ».

Les autres princes évangéliques et les délégués des villes libres apportent, chacun, à Augsbourg un projet de déclaration de foi. Mais il est décidé d'établir une déclaration commune. Et c'est la confession de foi de Melanchthon qui est présentée au nom de tous les états évangéliques d'Allemagne et signée par tous les princes luthériens. Elle est précédée d'une adresse à l'empereur : les princes évangéliques déclarent vouloir rétablir la concorde avec les princes catholiques et appellent à un concile chrétien.

La première partie est réservée aux questions de doctrine. Elle démontre que les protestants remettent en honneur l'authentique doctrine de l' Église chrétienne universelle, s'appuyant sur l'Écriture et les Pères de l'Église. La deuxième partie traite des pratiques à modifier ou déjà modifiées dans les États passés au Protestantisme : la Sainte Cène, le mariage des prêtres, la messe, la confession, les prescriptions alimentaires, les voeux monastiques, le pouvoir des évêques.

Rien sur les indulgences, les pèlerinages, l'autorité du pape, la doctrine du purgatoire. Tout cela est passé sous silence par ménagement et pour mieux faire ressortir les points essentiels.

Les princes catholiques refusent de présenter une profession de foi. Puisqu'ils sont restés fidèles à la foi chrétienne, ils n'ont pas, selon eux, à présenter de justification. Ils contraignent Charles Quint à rejoindre leur camp. Au lieu de jouer le rôle d'arbitre, celui-ci charge alors les théologiens catholiques de réfuter la « Confession d'Augsbourg ».

Les princes protestants, de leur côté, demandent alors à Melanchthon de rédiger une apologie de « la Confession d'Augsbourg ». L'empereur refuse de la recevoir.

Le 19 novembre 1530, la diète d'Augsbourg statue : elle considère la doctrine luthérienne comme réfutée par l'Écriture. Les princes protestants ont six mois pour faire leur soumission.

Melanchthon retravaille son Apologie pour démontrer le mensonge du décret d'Augsbourg. Elle est publiée en 1531. Elle devient le 4e livre symbolique de l'Église luthérienne après les deux catéchismes de Luther et la Confession d'Augsbourg.

Melanchthon remanie toute sa vie la Confession et son Apologie. L'édition de 1540 est même signée par Calvin.

Dès 1555 la Confession d'Augsbourg devient la confession de foi officielle de l'Église luthérienne dans sa version de 1530.


Bibliographie
La confession d'Augsbourg, Paris, Beauchesne, 1983.


Jean Calvin (1509-1564)

La doctrine de Jean Calvin
L'Oeuvre de Jean Calvin
L'Institution de la religion chrétienne
Les ordonnances ecclésiastiques (1541)
Portraits de Calvin
Les lieux où vécut Calvin
Calvin au travail

Une génération après Luther, le français Jean Calvin est l'organisateur de la Réforme : organisateur de l'Église, de la doctrine, du rôle de l'Église dans l'État.

Pour informations complémentaires, voir : Jean Calvin (1509-1564)



La doctrine de Jean Calvin

Calvin expose sa doctrine dans son oeuvre majeure : L'institution de la religion chrétienne.

L'institution de la religion chrétienne


Jean Calvin
Calvin
Par Popelin Claudius.
(Musée Calvin de Noyon)
Né une génération après Luther et Zwingli, la tâche de Calvin n'est pas d'offrir des idées originales, mais d'agencer la vision nouvelle de ses prédécesseurs en un ensemble cohérent. La clarté de l'exposition doctrinale de Calvin aide au rayonnement de sa pensée.

Il reprend le message essentiel de Luther sur le salut gratuit en Jésus-Christ pour celui qui croit. Comme lui, il proclame donc la justification par la foi seule, sola fide, et non par les oeuvres. Mais tandis que Luther centre son message sur Jésus-Christ, Calvin, dans la mouvance de Zwingli, le centre davantage sur Dieu, à qui revient toute gloire (Soli Deo gloria, à Dieu seul la gloire).

La doctrine de la gratuité du salut va peu à peu se préciser sous la forme de la double prédestination : Dieu élit les uns pour être sauvés, les autres pour être damnés. Dans cette doctrine les Réformés ont puisé une grande force. Elle est pour eux source de joie dans la mesure où le fidèle reconnaît le fait qu'il a été élu par Dieu à travers la foi qui l'anime. Calvin insiste sur la déchéance de l'homme depuis le péché originel, afin d'exalter la grandeur de Dieu et la grâce du salut.

Comme Luther, Calvin affirme que l'Écriture est le seul fondement de la vérité, sola scriptura. Mais il l'étudie avec les méthodes des humanistes.

Il rejette, comme Luther et Zwingli, le purgatoire, les prières pour les morts et le culte des saints qui, pour lui, n'ont aucun pouvoir d'intercession.

Les ordonnances ecclésiastiques

Calvin garde deux sacrements : le baptême et la Cène. Il se sépare de Luther sur la doctrine de la Cène et se rapproche de Zwingli. Tous deux refusent la doctrine catholique de la transsubstantiation. Mais pour Luther, le Christ est présent dans le pain et le vin de la communion. Pour Calvin, le Christ est présent au moment de la Cène par l'action du Saint-Esprit et par la foi des fidèles.

Calvin précise son ecclésiologie dans les Ordonnances ecclésiastiques promulguées à Genève en 1541.

Il règle l'organisation de l'Église et son rapport avec les autorités civiles. Ce sont les bases de l'Église réformée qui subsistent encore aujourd'hui avec ses quatre ministères : les pasteurs, les docteurs, les anciens, les diacres.

Calvin distingue le pouvoir de l'Église et celui du gouvernement civil. L'Église obtient une certaine autonomie par rapport à l'État.


Bibliographie
• MILLET, Olivier, Calvin et la dynamique de la parole, Paris, Champion, 1992.
• WENDEL, François, Calvin, sources et évolution de sa pensée religieuse, Genève, Labor et Fides, 1985.
• CALVIN, Jean, Institution de la religion chrétienne, Paris, Vrin, éd. J.D. Benoit, 1957-1963, 5 vol..
• FUCHS, Éric, La morale selon Calvin, Paris, Cerf, 1986.
• GISEL, Pierre, Le Christ de Calvin, Paris, Desclée, 1990.


L'Oeuvre de Jean Calvin

À travers ses écrits, on peut distinguer six oeuvres principales.

L'institution de la religion chrétienne

Oeuvre maîtresse de Calvin, sans cesse remaniée tout au long de sa vie, elle se présente comme un manuel de l'enseignement chrétien.

Les ordonnances ecclésiastiques

Colloque à Genève
Calvin présidant un colloque
à Genève en 1549.
(S.H.P.F.)
Elles définissent l'organisation de l'Église réformée et les rapports entre l'autorité de l'Église et l'autorité civile.

Épître à Sadolet, 1539

Calvin y affronte l'un des représentants les plus prestigieux de l'Église romaine, qui tente de ramener Genève au sein de l'Église catholique. Calvin, exilé à Strasbourg, y répond en prenant l'ensemble de la chrétienté à témoin. Comme Luther, Calvin oppose la conscience individuelle à l'autorité du magistère. La mission principale de l'homme est la louange du Seigneur et non le salut de l'âme.

Petit traité de la Cène, 1541

Calvin tente de trouver une solution au différend qui divise les Églises de la Réforme. Pour lui, la présence de Jésus-Christ est réelle dans la Cène, mais c'est une présence spirituelle. La communion engage la foi des fidèles.

Traité des reliques, 1543

Ce traité recense les reliques vénérées en Europe pour prouver l'absurdité du culte qui s'y attache. À propos des gouttes de lait de la Vierge, trop nombreuses pour être authentiques : « tant il y a que si la Sainte Vierge eût été une vache et qu'elle eût été nourrice toute sa vie, à grand peine en eût-elle pu rendre telle quantité. »

« Au lieu de chercher Jésus-Christ en sa parole, en ses sacrements et en ses grâces spirituelles, le monde, selon sa coutume, s'est amusé à ses robes, chemises et drapeaux. »

Excuse aux Nicodémites, 1544

Calvin compare les français qui vivent leur foi réformée clandestinement à Nicodème qui est venu voir Jésus de nuit pour ne pas être repéré. (Évangile de Jean, ch. 3). Calvin dénonce cette dissimulation.


Bibliographie
• MILLET, Olivier, Calvin et la dynamique de la parole, Paris, Champion, 1992.
• WENDEL, François, Calvin, sources et évolution de sa pensée religieuse, Genève, Labor et Fides, 1985.
• CALVIN, Jean, Institution de la religion chrétienne, Paris, Vrin, éd. J.D. Benoit, 1957-1963, 5 vol..
• FUCHS, Éric, La morale selon Calvin, Paris, Cerf, 1986.
• GISEL, Pierre, Le Christ de Calvin, Paris, Desclée, 1990.


L'Institution de la religion chrétienne

Oeuvre maîtresse de Jean Calvin, sans cesse remaniée. Dans les 25 éditions successives de son vivant, il y précise sa pensée théologique.

Le titre

Institution de Jean Calvin
L'Institution de la religion chrétienne
de Jean Calvin.
(Musée Calvin de Noyon)
Le mot « institution » a, au XVIe siècle, un sens pédagogique.

Érasme avait publié en 1516 une Institution au prince très chrétien.

L'institution de Jean Calvin se présente essentiellement comme un manuel de l'enseignement chrétien.

La première édition : 1536

La première édition paraît en latin à Bâle en 1536. Dans la préface adressée au roi François Ier, l'Épître au roi, Calvin défend l'idée que les protestants sont de bons chrétiens qui ne veulent nullement s'opposer au pouvoir royal.

La première édition comprend six chapitres : Calvin reprend les idées de Luther sur le salut gratuit et expose les principaux éléments de la foi chrétienne : le décalogue, le credo, le Notre-Père et les sacrements. Comme Luther, il n'en reconnaît que deux : le baptême et la Cène.

Le dernier chapitre intitulé « la liberté chrétienne » est plus personnel. Calvin se préoccupe de l'organisation de la cité et tente de définir le gouvernement civil en trois parties :

le magistrat ou autorité civile, gardien et conservateur des lois ;
la loi ;
le peuple, gouverné par les lois, et qui doit obéissance au magistrat.

Il y a une seule exception à l'obéissance au magistrat : quand la loi du magistrat est contraire à la loi de Dieu. Calvin prêche la résistance passive.

Ces intuitions du jeune Calvin sur la cité seront maintenues tout au long de son oeuvre, sans modification majeure.

Les éditions postérieures

L'édition de 1539 comporte dix-sept chapitres et l'ordre est totalement modifié. Les premiers chapitres traitent d'abord de Dieu, de l'homme. Alors que la pensée de Luther est centrée sur Jésus-Christ, celle de Calvin l'est sur Dieu. La formule latine : « soli deo gloria » (à Dieu seul la gloire) résume bien cette accentuation. Les chapitres suivants exposent successivement : la loi, la confession de foi, la pénitence, la justification par la foi, le rapport entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament et la prédestination-providence.

La doctrine de la prédestination reste attachée au nom de Calvin. Pourtant il ne l'a pas inventée, mais reprise de saint Augustin. Elle est inséparable de la doctrine du salut gratuit. Pour Calvin, si Dieu seul est maître du salut, c'est donc lui qui choisit les élus et les réprouvés. La prédestination pour Calvin est une conséquence logique du salut gratuit. Elle souligne la priorité de l'initiative divine.

Les chapitres suivants traitent des sacrements. La Cène est un objet de discorde non seulement avec les catholiques, mais entre les réformateurs. Luther et Zwingli s'affrontaient violemment tout en refusant le dogme catholique de la transsubstantiation.

Pour Zwingli, la présence du Christ au cours de la communion est spirituelle, pour Luther elle est réelle dans le pain et dans le vin.

Calvin rejette la présence matérielle du Christ dans le pain et le vin. Pour lui, le Christ est présent dans ce repas communautaire à travers la foi des fidèles.

Les derniers chapitres traitent respectivement de la liberté chrétienne, du pouvoir ecclésiastique, du gouvernement civil et de la vie chrétienne.

Calvin distingue le pouvoir ecclésiastique et le gouvernement civil. Il est opposé à l'ingérence du magistrat dans les discussions de l'Église. Contrairement à une idée très répandue, Genève au XVIe siècle est loin d'être une théocratie. Mais, grâce à Calvin, l'Église a pu obtenir une certaine autonomie par rapport à l'État ce qui lui a permis de fonctionner même quand l'État lui était hostile.

Jean Calvin, dans l'Épître au roi, qu'il adresse à François Ier à qui il dédie l'Institution de la religion chrétienne, écrit notamment :

« Quelle chose convient mieux à la Foy, que de nous recongnoistre nudz de toute vertu, pour estre vestuz de Dieu ? Vuides de tout bien, pour estre empliz de luy ? Serfz de péché, pour estre délivrez de luy ? Aveugles, pour estre de luy illuminez ? Boyteux, pour estre de luy redressez ? Débiles, pour estre de luy soustenuz, De nous oster toute matière de gloire, à fin que luy seul soit glorifié et nous en luy ? ».


Bibliographie
• CALVIN, Jean, Institution de la religion chrétienne, Paris, Vrin, éd. J.D. Benoit, 1957-1963, 5 vol..


Les ordonnances ecclésiastiques (1541)

Dans les ordonnances ecclésiastiques, Jean Calvin définit l'organisation de l'Église et les rapports entre l'Église réformée et le pouvoir politique à Genève.

L'organisation de l'Église

Les ordonnances reconnaissent quatre ministères de l'Église.

les pasteurs : prêchent la parole de Dieu et donnent les sacrements. Par contre, ils n'exercent aucune juridiction civile et doivent prêter le serment civil par lequel ils s'engagent à faire en sorte que le peuple respecte l'autorité de la ville.
les docteurs : enseignent la sainte doctrine.
les anciens : veillent aux moeurs des fidèles. Ce sont des laïcs choisis par les conseils de la ville.
les diacres : veillent sur les pauvres et les malades.
Colloque à Genève
Calvin présidant un colloque
à Genève en 1549.
(S.H.P.F.)

Les ordonnances établissent deux assemblées : la compagnie des pasteurs et le Consistoire.

La compagnie des pasteurs qui se réunit chaque semaine assure la cohérence doctrinale des pasteurs. Elle examine la candidature des nouveaux pasteurs.

Le Consistoire réunit anciens et pasteurs de l'Église de Genève (les laïcs y sont majoritaires). Il traque les « superstitions », c'est-à-dire les relents de catholicisme et dénonce les moeurs scandaleuses.

Le partage des pouvoirs

Genève n'a jamais été une théocratie (soumission totale de l'État à l'Église) et Calvin n'y a jamais été favorable. Il a plutôt dû se défendre contre l'excès inverse, le contrôle de l'État sur l'Église.

De retour à Genève en 1541, Calvin élabore ce texte négocié ensuite avec les conseils de la ville. Il y distingue très nettement le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir de la cité. Il ne s'agit pas d'une séparation de l'Église avec l'État avant la lettre, mais d'une complémentarité des tâches.

Le problème de l'excommunication est au centre du débat entre le magistrat (l'autorité civile) et la compagnie des pasteurs. L'excommunication (interdiction de participer à la Cène) est-elle un acte religieux ou un acte civil ?

Calvin défend la première interprétation. Les conseils de la ville veulent garder la prérogative d'excommunier. La compagnie des pasteurs doit lutter pied à pied pour finalement l'emporter.

L'autorité civile intervient également en approuvant la nomination des pasteurs, après cooptation par leurs pairs, et en déposant les pasteurs indignes, sur recommandations de la compagnie des pasteurs.

Le pouvoir du consistoire est limité par la possibilité de recours au magistrat dans de nombreuses instances.



Portraits de Calvin

Peu de portraits ont été exécutés de son vivant. Beaucoup des tableaux le représentant datent en fait du XIXe siècle.

Calvin jeune
Calvin jeune.
(Musée de la Réformation Genève)
Jean Calvin
Jean Calvin (1509-1564).
(S.H.P.F.)
Jean Calvin
Calvin (1509-1564).
(S.H.P.F.)
Jean Calvin
Calvin
Par Popelin Claudius.
(Musée Calvin de Noyon)
Jean Calvin
Calvin (1509-1564).
(Musée Calvin)
Calvin âgé
Calvin âgé.
(Musée de la Réformation Genève)
Jean Calvin
Jean Calvin (1509-1564).
(S.H.P.F.)
Jean Calvin
Jean Calvin par Ary Scheffer.
(S.H.P.F.)
Colloque à Genève
Calvin présidant un colloque à Genève en 1549.
(S.H.P.F.)
Adieux de Calvin
Adieux de Calvin au syndic de Genève.
(Musée Calvin)
Labouchère
Labouchère, Calvin.
(Collection privée)


Les lieux où vécut Calvin

Il reste encore des traces de l'environnement de Calvin, des lieux où il vécut :

Noyon qui le vit naître, à l'ombre de la cathédrale où son père était le trésorier des chanoines, non loin de l'abbaye d'Ourscamp où sa mère l'emmenait chaque année entendre une messe ;
les lieux en France où il a fait ses études ;
les lieux d'exil lorsqu'il dut quitter la France.

Noyon
Noyon au XVIe siècle.
(S.H.P.F.)
Hôtel de ville de Noyon
Hôtel de ville de Noyon.
(S.H.P.F.)
Cathédrale de Noyon
Cathédrale de Noyon.
(S.H.P.F.)
Abbaye d'Ourscamp
Abbaye d'Ourscamp.
(Musée Calvin)
Collège Fortet
Paris, collège Fortet, résidence de Calvin.
(S.H.P.F.)
Maison à Orléans
Maison où habita Calvin vers 1530 à Orléans.
(S.H.P.F.)
Chaire de Calvin
Chaire de Calvin à Bourges.
(V.M.F.)
Maison de Calvin à Enfer
Maison de Calvin à Enfer près Wy (Seine et Oise).
(S.H.P.F.)
Bâle
Bâle : cathédrale et la Pfalz.
(S.H.P.F.)
Église Saint-Thomas
Strasbourg, Église Saint-Thomas.
(S.H.P.F.)
Strasbourg
Strasbourg : maisons datant du XVIe siècle.
(Collection privée)
Genève
Genève en 1602 – Gravure de Hogenberg.
(B.P.U. Genève)
Genève
Genève : maison de la cathédrale.
(S.H.P.F.)
Genève
Genève : portes du bas de la Cité.
(S.H.P.F.)
Costumes genevois
Costumes genevois.
(S.H.P.F.)
Costumes genevois
Costumes genevois.
(S.H.P.F.)
Cathédrale St-Pierre
Cathédrale St-Pierre à Genève.
(Collection privée)
Médaille Jean Calvin
Médaille Jean Calvin – Noyon 1010-1564 « Soli deo gloria ».
(Collection privée)



Calvin au travail

Calvin fut un infatigable travailleur.

Jean Calvin
Calvin par Ary Scheffer.
(Musée Calvin )
Lettre de Calvin
Lettre de Calvin.
(Musée Calvin de Noyon)
Autographe de Jean Calvin
Autographe de Jean Calvin (22 décembre 1559).
(Musée Calvin de Noyon)
Colloque à Genève
Calvin présidant un colloque à Genève en 1549.
(S.H.P.F.)
Institution de Jean Calvin
L'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin.
(Musée Calvin de Noyon)
L'obéissance due au Roi
L'obéissance due au Roi – Jean Calvin (page de titre).
(Collection privée)


Le courant réformé

Ulrich Zwingli (1484-1531)
Guillaume Farel (1489-1565)
Martin Bucer (1491-1551)
Olivétan (1506-1538)
Jean Calvin (1509-1564)
Théodore de Bèze (1519-1605)
John Knox (1513-1572)

Le courant réformé naît de l'action de plusieurs réformateurs et se répand dans une grande partie de l'Europe, à partir de Zurich et de Genève.

La naissance de la Réforme

Jean Calvin
Jean Calvin (1509-1564).
(S.H.P.F.)
Le courant réformé commence en Suisse, précisément à Zurich, vers 1519-1520, sous l'impulsion d'Ulrich Zwingli. Zwingli, curé de la cathédrale de Zurich, avait fait des études poussées à Vienne et à Bâle, et avait subi l'influence de l'humanisme.

Il se développe ensuite grâce à un français, Jean Calvin, lui aussi marqué par l'humanisme. En 1536 paraît Institution de la religion chrétienne. D'emblée son livre, publié d'abord en latin, vite traduit en français, connaît un grand succès. Il y expose avec clarté, fermeté et science les positions réformées.

Appelé à devenir le conducteur spirituel de la ville de Genève, il en fait la citadelle de la réforme « réformée ».

On parle de « réformés » et non de « calvinistes », parce que ce courant naît de l'action de plusieurs hommes (Zwingli, Martin Bucer, Calvin, John Knox), et pas seulement de celle de Calvin. On peut aussi citer Guillaume Farel, Olivétan, Théodore de Bèze, Sébastien Castellion.

Les réformés s'implantent en Suisse, en France, en Écosse, aux Pays-Bas, en Hongrie.

Réforme luthérienne et réforme « réformée » se ressemblent beaucoup avec, cependant, une différence d'accentuation et un point majeur de désaccord.

La différence d'accentuation tient à ce que la réforme luthérienne se centre sur le salut gratuit, la réforme réformée sur la juste lecture de la Bible. Bien entendu, les luthériens donnent beaucoup d'importance à la bonne compréhension de la Bible, et les réformés à la gratuité du salut.

Le désaccord concerne la Cène. Les luthériens restent proches de la doctrine catholique, alors que les réformés la rejettent catégoriquement. Au XVIe siècle, cette divergence a empêché toute alliance. À un moment où leur intérêt vital les poussait à s'allier, réformés et luthériens en furent incapables à cause de la Cène.



Ulrich Zwingli (1484-1531)

Pasteur et théologien, il fonde la Réforme sur l'étude de la Bible. Pour lui la Réforme s'étend jusqu'à la lutte contre les injustices sociales.

Ulrich Zwingli
Ulrich Zwingli (1484-1531).
(Musée de la Réformation Genève)
Le fondateur du courant réformé

Né à Wildhaus, dans le canton de Saint-Gall en Suisse, Ulrich Zwingli fait de solides études universitaires. Il se rattache au courant de l'humanisme et, grâce à l'édition d'Érasme, étudie le Nouveau Testament en grec. Il lit aussi l'Ancien Testament en hébreu.

Il est successivement curé d'une paroisse de campagne, dans un lieu de pèlerinage, et aumônier militaire des troupes suisses engagées dans les guerres d'Italie.

En 1519, il devient curé de Zurich. Il entreprend de réformer la ville ; les autorités politiques de Zurich se rallient progressivement à ses vues et prennent sa défense contre l'évêque de Constance. Sa Réforme s'étend à Bâle et à Berne, et le réformateur Guillaume Farel la répand en Suisse romande.

Zwingli meurt en 1531 à la bataille de Kappel, où il est aumônier des troupes de Zurich dans un conflit qui oppose six cantons qui ont opté pour la Réforme à cinq qui entendent rester catholiques.

Comprendre la Bible

Zwingli, en étudiant l'Ancien et le Nouveau Testament, prend conscience que la doctrine et la pratique de l'Église s'écartent souvent de ce que dit la Bible, et parfois la contredisent. Les écrits de Luther le confortent dans cette conviction, mais alors que la préoccupation centrale de Luther est le salut, celle de Zwingli est la juste compréhension et la juste application des enseignements de la Bible. À Zurich, il développe des études bibliques qui comparent les textes originaux avec les diverses traductions. En 1523, il rédige Soixante-sept thèses, et obtient du conseil de la ville l'autorisation de prêcher sur la seule base des Écritures.

La réforme à Zurich

Zwingli réorganise l'Église, s'occupe de la formation des pasteurs (on appelle ainsi les ministres du culte réformé à la suite d'une prédication de Zwingli, en 1523, sur « le berger » ; rappelons que pasteur veut dire berger).

Zwingli ne veut pas d'une Église coupée de la société : il y a pour lui non pas identité mais interférence entre communauté ecclésiastique et société civile. Ce qui le conduit à lutter, au nom de l'Évangile, contre les abus socio-politiques. Certains de ses premiers partisans souhaitent une coupure radicale entre la Cité et l'Église : ils se séparent de Zwingli et sont à l'origine du mouvement anabaptiste (qui refuse le baptême des enfants). Soupçonnés d'être de dangereux anarchistes, ils seront abominablement persécutés à travers toute l'Europe et notamment à Zurich où certains sont noyés dans le lac.

Signatures des Réformateurs
Signatures des Réformateurs
(oct 1529)

Marburg, Luther, Jonas, Melanchton, Ossiander, Agricola, Brenzius, Oecolampade, Zwingli, Bucer, Hedio.
(Dans Martin Luther
par Peter Manns)
Luther et Zwingli

Luther et Zwingli se retrouvent à Marburg en 1529. La rencontre est organisée par le prince Philippe de Hesse qui souhaite une alliance entre les divers mouvements de Réforme. Ils rédigent un texte en quatorze points Sur les treize premiers l'accord est total, par contre sur le quatorzième, qui concerne la Cène, les deux Réformateurs s'opposent, et l'affrontement très dur empêchera toute entente.

Pour Luther, le pain et le vin de la Cène contiennent et portent la présence du Christ. Pour Zwingli, le Christ est présent spirituellement (grâce à l'action de l'Esprit) dans la vie, le coeur et l'esprit des croyants. En prenant la Cène ils expriment cette présence, ils en rendent témoignage publiquement. Pour Luther, le pain et le vin sont les instruments de la présence du Christ, pour Zwingli ils en sont les signes. De Zwingli à Calvin

Calvin n'a pas connu ni lu, semble-t-il, Zwingli. Il en subit, pourtant, l'influence par l'intermédiaire de Farel et de Bullinger (le successeur de Zwingli à Zurich, avec lequel il signera en 1549 le Consensus Tigurinus (« l'accord de Zurich ») qui unifie le courant réformé.

Plusieurs thèses de Zwingli se retrouvent chez Calvin : la souveraineté absolue de Dieu ; l'importance de la Bible et de l'action de l'Esprit dans les coeurs et les esprits ; la prédestination ; le rejet de la présence matérielle de Christ dans le pain et le vin de la Cène.


Bibliographie
• POLLET, Jacques, Huldrych Zwingli, Genève, Labor et Fides, 1988.
• ZWINGLI, Huldrych, La foi réformée, (voir l'introduction de A. Gounelle), Paris, Les bergers et les mages.
• STEPHENS, Peter, Zwingli le théologien, Genève, Labor et Fides, 1999.


Guillaume Farel
Guillaume Farel (1489-1565).
(S.H.P.F.)
Guillaume Farel (1489-1565)

Farel est le réformateur du pays romand (Suisse de langue française) et en particulier de Neuchâtel. Il est à la fois un prédicateur, un organisateur et l'auteur d'une liturgie en français.

Un ardent propagateur de la Réforme

Guillaume Farel naît à Gap (Dauphiné) d'une famille noble, fait des études à Paris, où il rencontre le savant humaniste Lefèvre d'Étaples. Il enseigne la grammaire et la philosophie. Il fait partie du Cénacle de Meaux qui, institué par l'évêque Briçonnet, propose de réformer l'Église depuis l'intérieur.

Il rompt alors avec le catholicisme dès 1521. Il subit l'influence de Zwingli et diffuse la Réforme à Bâle, Strasbourg, Berne et enfin Neuchâtel qui adhère à la Réforme en 1530.
Chaire de Farel
Chaire de Farel à Neuchâtel.
(S.H.P.F.)


Un réformateur en Suisse

Les autorités de Berne le chargent de propager la Réforme dans toute la Suisse romande, ce qu'il fait avec un zèle et une fougue qui lui valent beaucoup d'ennemis.

En 1532, au synode de Chanforans, il fait adhérer les vaudois à la Réforme.

Farel contribue grandement à faire adopter la Réforme par Genève en 1536, y appelle Calvin qu'il supplie de rester pour l'aider. Le conseil de la ville, jugeant leurs réformes excessives, les expulse tous deux. Farel va s'installer à Neuchâtel comme premier pasteur tout en poursuivant une activité itinérante jusqu'à sa mort.

Il a écrit la première liturgie en langue française Le Sommaire en 1524.


Bibliographie
• BARTHEL P., SCHEURER R., STAUFFER R., éd., Actes du colloque Guillaume Farel, Genève, Lausanne, Neuchâtel, 1983, Neuchâtel, 1980.
• HEYER, Henri, Guillaume Farel : An introduction to his theology, New York, E. Mellen press, 1990.


Martin Bucer (1491-1551)

Le réformateur de Strasbourg

Né en Alsace, cet humaniste a toute sa vie tenté de sauvegarder l'unité de l'Église.

Un humaniste et un conciliateur

Martin Bucer
Martin Bucer (1491-1551)
Réformateur.
(S.H.P.F.)
Né d'un père tonnelier et d'une mère sage-femme, Martin Bucer entre dans l'ordre des Dominicains où il fait dix ans d'études de théologie.

Il rencontre Luther en 1518 et adopte ses idées. Après avoir quitté son ordre il se marie avec une ancienne moniale. Il est excommunié.

Il s'installe alors à Strasbourg, où il organise des cours bibliques et introduit la Réforme en 1529. Il accueille Calvin chassé de Genève en 1538.

Humaniste, il a, toute sa vie, tenté de sauvegarder l'unité de l'Église. Dans l'opposition entre Luther et Zwingli sur la Cène (communion) il tente vainement de trouver un accord. Il accueille à Strasbourg les anabaptistes persécutés. Il essaie aussi de rapprocher catholiques et protestants sur les points fondamentaux. Mais ses tentatives échouent.

L'exil en Angleterre

Exilé de Strasbourg par Charles Quint en 1549, il se réfugie à Cambridge. Il y enseigne jusqu'à sa mort, et joue un grand rôle dans l'établissement de la Réforme anglicane.


Bibliographie
• JOISTEN, Hartmut, Martin Bucer. Un réformateur européen, Strasbourg, Oberlin, 1991.


Olivétan (1506-1538)

Olivétan est connu pour sa traduction de la Bible en français, dite Bible d'Olivétan. C'est la première Bible française traduite à partir des textes originaux, en hébreu et en grec. Elle porte également le surnom de Bible des martyrs.

Pour informations complémentaires, voir : Olivétan (1506-1538).



Jean Calvin (1509-1564)

Une génération après Luther, le français Jean Calvin est l'organisateur de la Réforme : organisateur de l'Église, de la doctrine, du rôle de l'Église dans l'État.

Pour informations complémentaires, voir : Jean Calvin (1509-1564)



Théodore de Bèze (1519-1605)

Écrivain et théologien, il recueille à Genève la succession de Calvin.

Pour informations complémentaires, voir : Théodore de Bèze (1519-1605).



John Knox (1513-1572)

John Knox, le réformateur de l'Écosse, y introduit la réforme calviniste, après un séjour à Genève.

Une vie mouvementée

John Knox
John Knox (1513-1572).
(S.H.P.F.)
John Knox fait ses études à l'université de Glasgow, est peut-être prêtre mais exerce comme notaire et précepteur. Il se convertit à la Réforme en 1546 et devient pasteur de Saint-Andrews. Capturé au siège de Saint-Andrews en 1547 par les Français, il est envoyé aux galères.

Libéré en 1549, il se rend en Angleterre et il devient chapelain du jeune roi Édouard VI d'Angleterre.

À l'avènement de Marie Tudor en 1553, il s'enfuit d'Angleterre, gagne la France puis Genève où il rencontre Calvin. Il est pasteur de l'Église anglaise. Il participe à la traduction en anglais de la Bible de Genève. Il élabore une liturgie en anglais, qui subit fortement l'influence de la liturgie de Genève. Celle-ci deviendra la liturgie de l'Église écossaise.

En 1555, il rentre en Écosse y prêcher la Réforme calviniste, mais doit de nouveau s'enfuir pour ne revenir définitivement qu'en 1559.

Le réformateur de l'Écosse

L'établissement de la Réforme en Écosse est une affaire politique autant que religieuse. Le pouvoir royal est faible : Mary, la reine Marie Stuart, est mineure. La régence est assurée par Marie de Guise jusqu'en 1560. Deux partis s'affrontent : l'un sous l'influence française est favorable au catholicisme, l'autre sous influence anglaise est favorable au protestantisme.

En 1560 a lieu la révolution des nobles protestants qui proposent l'abolition de la papauté, de l'idolâtrie et de la messe. Marie Stuart revient en Écosse en 1561, à la mort de son époux, le roi de France François II. Mais elle ne parvient pas à asseoir son autorité et la France, aux prises avec les guerres de religion, ne peut pas la soutenir. Par ses sermons, John Knox contribue à sa déposition en 1567, puis il exerce une influence considérable sur le nouveau roi, Jacques VI. Il est l'un des fondateurs de l'Église presbytérienne en Écosse, en particulier grâce à sa liturgie : The Book of common order.

Ses oeuvres

Dans The first blast of the trumpet against a monstrous regiment of women (« La première sonnerie de trompette contre le gouvernement monstrueux des femmes », Genève, 1558), les femmes au pouvoir visées sont Marie de Guise, Marie Stuart et Marie Tudor qui défendent le catholicisme. John Knox est le premier en Écosse à développer l'idée d'une résistance au tyran.

Il écrit aussi The history of Reformation in Scotland, (« L'Histoire de la Réforme en Écosse », Londres, 1587).


Bibliographie
• JANTON, Pierre, Concept et sentiment de l'Église chez John Knox, le réformateur écossais, Paris, PUF, 1972.
• REID, William, Trumpeter of God. A biography of John Knox, New York, Scribner, 1974.


La Réforme radicale

Le terme de Réforme radicale désigne un courant complexe et multiforme qui estime que les luthériens et les réformés ne vont pas assez loin, que la Réforme s'arrête à mi-chemin.

La genèse d'un mouvement

Thomas Müntzer
Thomas Müntzer (1489-1525).
(Collection privée)
La Réforme dite « radicale » naît à deux endroits différents : en Allemagne, dans le sillage de Luther, et en Suisse, dans le sillage de Zwingli, mais en réaction contre eux.

En Allemagne, un ancien prêtre devenu pasteur, Thomas Müntzer, trouve que Luther, trop timoré, s'arrête en chemin et ne va pas jusqu'au bout. Luther réforme l'Église ; il faut aussi, pense Müntzer, réformer la société, la rendre plus juste, abolir les privilèges des seigneurs, donner des droits au peuple, répartir la richesse entre tous.

Alors que Luther demande de se soumettre aux autorités sociales et politiques, Müntzer prêche la révolte. Il est entendu, et les paysans, particulièrement misérables et exploités se soulèvent. Ils seront écrasés, en 1525, à la bataille de Frankenhausen. Müntzer fait prisonnier est torturé puis exécuté. Luther appelle les seigneurs à réprimer sans pitié la révolte des paysans.

En Suisse, entre 1521 et 1524, quelques zurichois trouvent que Zwingli va trop lentement. Ils lui reprochent d'opérer une réforme progressive, par petites étapes, au lieu de trancher nettement. Par exemple, Zwingli, quand il acquiert la conviction que la messe n'est pas biblique, attend trois ans avant de l'abolir et de la remplacer par le culte. Cette lenteur répond à un souci pastoral et pédagogique. Zwingli veut expliquer, convaincre ; il ne change les choses que lorsqu'il estime les gens préparés. Par contre, certains de ses collaborateurs, groupés autour de Grebel, voudraient que les choses soient nettes, que l'on mette chacun devant des choix clairs et des décisions à prendre.

Les anabaptistes


Timbre Müntzer
Timbre représentant Müntzer
et la guerre des paysans.
(Collection privée)

Müntzer et Grebel ont en commun de refuser le baptême des bébés. Il faut, disent-ils, baptiser seulement des adultes convertis après une expérience spirituelle personnelle. Grebel estime nul et non avenu le baptême des enfants. On les appelle anabaptistes, car ils rebaptisent des gens qui l'ont été à la naissance. La rupture avec Zwingli se fera sur ce point.

Alors que Müntzer préconise la révolte armée, Grebel opte pour le pacifisme ; pour lui, un chrétien ne doit pas faire usage de la violence, même pour une cause juste.

Une forte persécution s'abat sur les radicaux ; on les massacre en Allemagne ; à Zurich, on les noie dans le lac avec une sentence à l'humour sinistre : ils ont pêché par l'eau, ils seront punis par l'eau. En 1523, se tient à Schleitheim, en Suisse, un synode appelé « synode des martyrs », parce que presque tous les participants seront exécutés à cause de leurs positions religieuses.

Les différents courants

Après la défaite de Müntzer et la dispersion des amis de Grebel, la réforme radicale se poursuit dans de petits groupes clandestins dont on connaît mal l'histoire. Après un épisode sanglant en 1534-1535 à Munster (qui a inspiré la pièce de Sartre Le diable et le bon Dieu), ils répudient la violence et deviennent résolument pacifistes.

Dans ces groupes, on trouve trois tendances qui souvent se combinent :

D'abord, l'antipédobaptisme, ou refus du baptême des enfants. Luthériens et réformés veulent une église du peuple, qui ne se distingue pas de la cité. Les radicaux veulent une église de « purs » ; les fidèles doivent se séparer de la masse et rompre avec la cité terrestre, d'où le refus du baptême des enfants. Après 1535, le principal leader de cette tendance est hollandais Menno Simon (qui a donné son nom aux églises mennonites) ; elle se retrouve chez les baptistes actuels.
Ensuite l'illuminisme ou spiritualisme qui affirme que le Saint-Esprit parle directement aux croyants, leur enseigne des doctrines, leur dicte leur conduite par des illuminations intérieures. Dans cette tendance, on rencontre des gens qui se disent prophètes. On peut voir dans les illuministes les ancêtres des pentecôtistes et des charismatiques actuels.
Enfin, l'unitarisme ou anti-trinitarisme qui refuse le dogme de la trinité, parce qu'il l'estime non biblique. Il veut accorder la révélation et la raison, puisque l'une et l'autre procèdent de Dieu. Ici, domine la personnalité de Fausto Socin, mort en 1604, un italien installé en Pologne. Cette tendance se prolonge dans le protestantisme libéral et l'unitarisme actuels.

La réforme radicale ne veut rien garder de l'Église existante. Elle entend suivre uniquement le modèle apostolique, et recréer l'Église du Nouveau Testament en faisant table rase de l'héritage des siècles. Les luthériens et les réformés pensent que tout ce que n'interdit pas la Bible est permis. Pour les radicaux, tout ce qu'elle n'ordonne pas expressément est interdit.

Cette réforme n'a jamais réussi à gagner un territoire et à avoir un centre géographique ; elle a failli y réussir en Pologne ; elle a eu une implantation assez forte en Transylvanie (actuelle Roumanie), mais jamais n'a dominé une région. Elle est faite de petits groupes discrets, mais souvent influents, et conduite non pas par des professeurs d'université, comme la réforme magistérielle, mais par des intellectuels marginaux, errant à travers l'Europe (par exemple Servet, Marpeck, Schlatter, Joris, les deux plus connus étant M. Simon et F. Socin). Elle touche surtout des artisans (on dirait aujourd'hui des techniciens). Elle a été abominablement persécutée aussi bien par les luthériens et les réformés que par les catholiques.

A. Gounelle



La Réforme anglicane

Le schisme de l'Église d'Angleterre en 1534 ouvre la porte à l'influence protestante dans cette Église.

La rupture avec Rome

Le roi d'Angleterre Henri VIII veut répudier sa femme Catherine d'Aragon qui ne lui a pas donné de fils. Il demande au pape d'annuler son mariage. Catherine est la tante de l'empereur Charles Quint. Tiraillé entre l'Angleterre et l'Espagne, le pape Clément VII laisse traîner l'affaire. Excédé, Henri VIII fait voter l'annulation de son mariage par une cour ecclésiastique.

À l'excommunication du pape, Henri VIII répond en faisant voter par le parlement anglais en 1534 « l'Acte de suprématie » qui proclame le roi, seul chef suprême de l'Église d'Angleterre.
Timbre Henri VIII
Timbre représentant Henri VIII.
(Collection privée)

Un catholicisme sans pape

Henri VIII prend alors quelques mesures novatrices. Il supprime les monastères dont les biens sont sécularisés. Cette mesure soulève peu d'opposition car les esprits étaient scandalisés par les possessions de l'Église (un tiers du royaume).

Ensuite, chaque paroisse, selon la volonté du roi, doit posséder une Bible en anglais, d'après la traduction de Tyndale (en 1526) pour le Nouveau Testament et de Coverdale (en 1535) pour la Bible en entier.

L'Angleterre se dirige-t-elle vers le Protestantisme ? Non, car Henri VIII reste attaché au catholicisme. Il rédige en 1539 « les 6 articles » qui condamnent fermement les idées de Luther et les fait voter par le parlement. Henri VIII a fondé une Église indépendante de Rome, sans communautés monastiques, mais fidèle à la doctrine de Rome.

Thomas Cranmer
Thomas Cranmer.
(Musée de la Réformation Genève)
Les protestants sous Henri VIII

C'est à Cambridge que les idées de Luther circulent au couvent des Augustins et à l'université de 1520 à 1525. Le « groupe de Cambridge » est démantelé en 1525 et certains de ses membres s'exilent.

L'archevêque de Canterbury, Thomas Cranmer, est un érudit sympathisant des idées de Luther. Il épouse même en secret, la nièce d'un théologien luthérien. Son rôle politique est très effacé mais son rôle théologique va être très important après l'annulation du mariage d'Henri VIII et de Catherine d'Aragon.

Édouard VI et le passage de l'Angleterre à la Réforme

En 1547, à la mort du roi Henri VIII, son fils Édouard VI n'a que 9 ans. Le conseil de la régence et l'archevêque de Canterbury, Cranmer, ouvrent toutes grandes les portes de l'Angleterre à la Réforme.



John Knox
John Knox (1513-1572).
(S.H.P.F.)

De nombreux réformateurs arrivent du continent. John Knox devient chapelain d'Édouard VI. Martin Bucer, le réformateur strasbourgeois, devient professeur à l'université de Cambridge. Il persuade Cranmer d'adopter l'intégralité de la théologie réformée.

En 1549, la messe est abolie. Une nouvelle liturgie en anglais est imposée : le « Prayer Book », le chef d'oeuvre de Thomas Cranmer qui restera en vigueur dans l'Église anglicane jusqu'au XXe siècle.

Retour au catholicisme sous Marie Tudor

Marie Tudor, la fille d'Henri VIII et de Catherine d'Aragon est une catholique fervente. En montant sur le trône, elle restaure le catholicisme en Angleterre, sous l'autorité du pape.

La persécution des protestants commence. 300 protestants sont brûlés vifs, dont plusieurs évêques et Thomas Cranmer, celui qui fut archevêque de Canterbury pendant 20 ans. Ces exécutions enflamment l'opinion publique contre Rome et valent à Marie Tudor le surnom de Marie la sanglante.

Elle meurt en 1558, sans héritier. Élisabeth lui succède.

Élisabeth Ière : l'établissement de l'Église anglicane

Élizabeth I
Élizabeth I,
reine d'Angleterre (1533-1603).
(S.H.P.F.)
Élisabeth est la fille d'Henri VIII et d'Anne Boleyn. Elle est portée sur le trône par le parti protestant. On ignore toujours si elle était protestante de coeur. Mais l'appui des protestants lui était nécessaire pour régner.

Élisabeth remet en vigueur l'Acte de Suprématie en réaffirmant qu'elle, la reine, est seul gouverneur de l'Église d'Angleterre.

Elle nomme de nouveaux évêques, et leur fait réviser la doctrine de l'Église. Le résultat est un texte appelé les « 39 articles », reconnu comme texte officiel par les Anglicans. Ces « articles » s'inspirent du protestantisme de Luther, de Calvin et de Bucer.

Pourtant Élisabeth ne rompt pas complètement avec la tradition catholique. Le culte et l'organisation de l'Église en gardent des marques. Élisabeth établit donc un compromis entre éléments protestants et éléments catholiques. C'est pourquoi on appelle souvent l'anglicanisme la « voie moyenne. »


Bibliographie
• COTTRET, Bernard, Histoire de la Réforme protestante, Paris, Perrin, 2001.
• SIMON M., L'Anglicanisme, Paris, Colin, 1969.
• CONSTANT, Gustave, La Réforme en Angleterre, Paris, 1930.
• BEDOUELLE G. et LE GAL P. éd., Le divorce du roi Henri VIII. Étude et documents, Genève, Droz, 1987, Paris, Champion, 1987.
• DICKENS A.G., The English Reformation, 1964.
• SCARISBRICK J.J., The Reformation and the English people, Oxford, 1984.


La Réforme catholique ou Contre-Réforme

Une réforme indispensable lancée en réaction à la montée du protestantisme

Le concile de Trente (1545-1563) marque un tournant dans l'histoire du catholicisme par les réformes qu'il adopte en matière de dogme et de discipline.

Concile de Trente
Le Concile de Trente.
(S.H.P.F.)
À Trente, un concile intermittent qui dure 18 ans

Une réforme de l'Église et du clergé était réclamée depuis des années par les humanistes et certains membres du clergé : les églises se vident, les moeurs du clergé tant régulier que séculier sont critiquées, les prêtres sont souvent ignorants. Le 5e concile de Latran clos en 1517, n'aboutit pas.

La montée de la Réforme conduit Charles Quint à demander la réunion d'un nouveau concile. Le pape Paul III lance une première convocation en 1536 mais le concile ne se réunit qu'en 1545 à Trente, en terre d'Empire.

Le concile de Trente, sous le règne de quatre papes, se déroule sur 18 ans en 25 sessions, ponctuées de longues interruptions. Au cours de la seconde session vers 1550, une délégation protestante luthérienne se rend au concile à la demande de Charles Quint, mais il n'y a aucun dialogue.

Le concile permet à l'Église de clarifier ses positions sur les plans du dogme et de la discipline :

la foi a deux sources : la Bible et la tradition,
le salut de l'homme dépend de Dieu mais aussi de la collaboration du croyant,
il y a toujours sept sacrements,
la présence réelle et substantielle du Christ est dans le pain et le vin de la communion,
le canon des Écritures, c'est-à-dire la liste des livres de la Bible reconnus comme inspirés par Dieu, est fixé,
les indulgences sont maintenues, mais on ne doit plus en faire commerce,
des règles sont établies en matière de discipline ecclésiastique,
l'inquisition est maintenue,
l'affirmation du purgatoire et la nécessité des prières pour les défunts sont maintenus,
la légitimité du culte des saints est affirmée.

Bible latine vulgate
Bible latine vulgate, 1495.
(Fonds Société Biblique /
Marc Gantier)
Une application de la Réforme catholique à Milan

La mise en oeuvre de la Réforme de l'Église n'aurait pu se faire sans l'action personnelle de certains évêques. Charles Borromée, archevêque de Milan, donne l'exemple. Il réside dans son diocèse où il se déplace constamment. Il crée un grand séminaire pour les prêtres. Il rétablit la discipline : les religieuses ne sortent plus des couvents. Il fonde des hôpitaux et des écoles.

Timbre Paul III
Timbre : Paul III approuvant
la fondation de la
Compagnie de Jésus.
(Collection privée)
Le concile de Trente a des suites

Le bilan du concile est considérable
et il a des suites :

la promulgation du catéchisme romain,
l'édition de la Vulgate (Bible en latin),
la réforme du bréviaire et du missel,
Surtout le concile de Trente donne
au catholicisme un dogme bien défini.

Dans toute l'Europe les ordres religieux propagent la Contre-Réforme, en particulier l'ordre des Jésuites, fondé en 1540, qui ouvre des universités et des collèges. Le catholicisme a ainsi les moyens d'arrêter l'expansion du protestantisme et de le refouler partiellement de l'Empire germanique.


Bibliographie
• CHAUNU, Pierre, Église, culture et société. Essais sur la Réforme et la Contre-Réforme, (1517-1620), Paris, Société d'édition de l'enseignement supérieur, 1981.
• JEDIN H., Histoire du Concile de Trente, Paris, 1965.
• TALLON, Alain, La France et le Concile de Trente 1518-1563, Rome, École française de Rome, 1997.
• DELUMEAU, Jean, Le catholicisme entre Luther et Voltaire, Paris, PUF, 1971.


Traductions de la Bible en latin et en français au XVIe siècle

Au XVIe siècle de nombreuses traductions de la Bible sont effectuées en latin et en français.

Bible en latin
Traductions de la Bible en latin
et en français au XVIe siècle.
(D.R.)
Les traductions de la Bible

Au XIIe siècle, Pierre Valdo avait fait traduire des textes de la Bible en langue du peuple mais pratiquement jusqu'au XVe siècle, la Bible n'était accessible qu'en latin avec la Vulgate. Des traductions en français apparaissent à la fin du XVe siècle à partir de la Vulgate.

Lefèvre d'Étaples termine une traduction complète du Nouveau Testament en 1523 puis de l'Ancien Testament en 1530, toujours à partir de la Vulgate.

Il revient à Olivétan le mérite de réaliser en 1535 une traduction à partir des langues d'origine de la Bible.

En Allemagne, Luther avait achevé en 1522 la traduction en allemand du Nouveau Testament et en 1534 celle complète de la Bible.

En Angleterre, la traduction anglaise du Nouveau Testament par Tyndale était disponible en 1526 et celle de la Bible entière de Coverdale en 1535.



L'éducation protestante au XVIe siècle

L'éducation profane et religieuse est une priorité pour les réformateurs. Partout en Europe, de nouvelles écoles paraissent dans le sillage de la Réforme ainsi que des catéchismes.

Philip Melanchthon
Philip Melanchthon.
(S.H.P.F.)
Le projet éducatif de la Réforme

Le projet éducatif de la Réforme a pour base la lecture de la Bible pour éclairer la foi des fidèles et vérifier toutes les affirmations en matière de foi. Il dérive du principe du sacerdoce universel. Chaque chrétien doit, dans la mesure de ses dons, propager la vérité évangélique en se référant uniquement à la Bible.

C'est pourquoi Luther élève la vocation du maître d'école à la hauteur d'un sacerdoce. Il écrit : « Pour moi, si Dieu m'éloignait des fonctions pastorales, il n'est pas de charge sur terre que je ne remplirais plus volontiers que celle de maître d'école, car après l'oeuvre du pasteur, il n'est pas d'oeuvre plus belle ni plus importante que la sienne ».

Philip Melanchthon, ami et successeur de Luther, va jeter les bases de ce projet éducatif.

L'école au Moyen âge
L'école au Moyen âge.
(Collection privée)
Le système scolaire

La Réforme remet en cause le système scolaire hérité du Moyen Âge où les écoles dépendaient le plus souvent des paroisses et des couvents.

Pour les États passés à la Réforme, Martin Luther et Philipp Melanchthon délèguent la responsabilité scolaire aux autorités politiques : les Princes et les magistrats.

La Réforme pose les bases du droit au savoir pour tout homme. Cela s'applique aussi aux filles. Dès 1530, une école de filles est créée à Wittenberg.

À Genève également, une grande importance est donnée à l'éducation. Les enfants, garçons et filles, bénéficient d'un enseignement élémentaire public et surtout gratuit.

L'oeuvre de Melanchthon

Melanchthon s'attache tout particulièrement à rénover le système scolaire en Allemagne. C'est pourquoi on lui a donné de son vivant le titre de « professeur de l'Allemagne ». Son désir découle à la fois de l'humanisme et de la Réforme. Pour lui, l'éducation de tout homme est nécessaire pour lui permettre de vivre en société et de comprendre l'Évangile. Son but c'est la scolarité obligatoire pour tous.

Il réforme les écoles des villes appelées aussi écoles latines (car on y enseigne le latin) et sépare les élèves en trois classes. Melanchthon fonde la Haute École (sorte de lycée). C'est l'étape intermédiaire entre l'école latine et l'université. On y enseigne la rhétorique et la dialectique, la littérature latine, les mathématiques et le grec.

Melanchthon rédige également de nombreux manuels scolaires dont beaucoup furent utilisés jusqu'au XVIIIe siècle, même dans les écoles catholiques. C'est le cas en particulier de ses grammaires grecques et latines.

Ses programmes scolaires comme ses manuels furent utilisés dans la plupart des écoles protestantes en Allemagne et aussi à l'étranger.
Martin Bucer
Martin Bucer (1491-1551),
Réformateur.
(S.H.P.F.)


Le premier « gymnase » à Strasbourg

À Strasbourg, le réformateur Martin Bucer se soucie également de l'enseignement. En 1538, il contribue à la création du premier « gymnase » (sorte de lycée) à Strasbourg. Son premier recteur, l'humaniste Jean Sturm, en fait un centre renommé.

Pour la fonction religieuse, Bucer écrit deux catéchismes.

L'académie de Genève

Dès son passage à la Réforme, la ville de Genève rend l'instruction publique obligatoire. Les enfants, garçons et filles, bénéficient d'un enseignement élémentaire public et gratuit.

Jean Calvin a aussi le souci de l'éducation religieuse. Il écrit un catéchisme qui sera en usage à Genève et en France pendant plus d'un siècle.
Théodore de Bèze
Théodore de Bèze (1519-1605).
(S.H.P.F.)


En 1559 Calvin fonde l'Académie de Genève qui formera bien des pasteurs français aux XVIe et XVIIe siècles. Son premier recteur est l'humaniste français Théodore de Bèze qui contribue à la réputation internationale de l'Académie.

L'obligation éducative

Pour les réformateurs, l'obligation éducative repose d'abord sur la famille. Luther, Melanchthon, Zwingli, Calvin et Farel insistent sur l'importance capitale que revêt l'éducation de la famille pour l'avenir de l'Église et pour la société toute entière.

C'est de la responsabilité des parents de faire de leurs enfants des chrétiens instruits.

L'éducation domestique est complétée par celle de l'école. Dans ses sermons, Luther rappelle aux parents le devoir d'envoyer les enfants à l'école.

L'enseignement protestant en France

L'enseignement de la lecture et de l'écriture est concomitant à la diffusion de la doctrine des réformateurs. Il va s'organiser rapidement en descendant des couches instruites (clercs, magistrats, étudiants, imprimeurs) vers des groupes sociaux variés : artisans et marchands, souvent alphabétisés par nécessité, en allant jusqu'à la paysannerie. Les consistoires prennent sous contrat des maîtres d'école ou régents qui enseignent les filles aussi bien que les garçons. Dans les petites communautés, le pasteur se charge de l'enseignement.

La pratique de la lecture et de l'écriture va donner aux réformés une avance culturelle qui perdurera dans les siècles suivants, d'autant que cet enseignement se fait en français en toutes régions.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français