Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

16e siècle

À l'aube du XVIe siècle
Les réformes en Europe
La réforme en France
Les protestants dans les arts et les lettres
De grandes figures
Un nouveau rapport à Dieu


Les idées de Luther suscitent un vif intérêt en France, mais les répressions limitent l'essor du protestantisme. L'apparition d'un parti protestant conduit à une réaction catholique qui menace le trône royal et engendre les guerres de religion.

Implantation de la Réforme en France
L'essor du protestantisme en France (1520-1562)
Les huit guerres de religion (de 1562 à 1598)
Le protestantisme après 1562
L'Édit de Nantes (1598)
Les Places de sûreté protestantes
La Réforme en Alsace
La Réforme à Montbéliard
Traductions de la Bible en latin et en français au XVIe siècle



Implantation de la Réforme en France

Le souhait d'une réforme de l'Église est largement répandu en France, comme dans toute l'Europe. C'est pourquoi les idées de Luther trouvent un accueil favorable dans le milieu intellectuel.

Églises Réformées
Les Églises Réformées au XVIe siècle.
(Musée du Désert)
La Réforme pénètre en France

La Réforme ne naît pas en France mais en Allemagne. En 1518, un moine Martin Luther dénonce les abus de l'Église catholique romaine dans 95 thèses qui font grand bruit. Grâce au progrès de l'imprimerie, ces propositions de réforme se répandent largement en Europe. Elles sont accueillies favorablement en France dans le milieu humaniste qui ne ménage pas ses critiques vis-à-vis de l'Église et milite pour un retour à l'Évangile.

Les idées de Luther gagnent la cour du roi François 1er. Tolérance et persécution alternent sans freiner l'expansion du Protestantisme. Mais les guerres de religion embrasent la France et donnent un coup d'arrêt à cet essor, surtout après l'épisode sanglant de la Saint Barthélemy. Le roi Henri IV ramène la paix civile avec l'Édit de Nantes.

La plus grande figure du Protestantisme français est le réformateur Jean Calvin. Menacé en France, il doit s'expatrier et passe la majeure partie de sa vie à Genève. De là il veille aux destinées de la nouvelle Église protestante française.

Le royaume de France au XVIe siècle

La France du XVIe siècle ne ressemble pas à celle d'aujourd'hui. Bien des provinces ne font pas encore partie de la France comme l'Alsace, le pays de Montbéliard et la Savoie. Le protestantisme s'implante sans heurt en Alsace et au Pays de Montbéliard mais plus difficilement en Savoie.



L'essor du protestantisme en France (1520-1562)

L'affaire des placards (1534)
La Conjuration d'Amboise (1560)
Le Colloque de Poissy (1561)
Le massacre de Wassy (1562)

Les idées de Luther se répandent en France à partir de 1520. Les autorités font barrage de leur mieux. À partir de 1540, sous l'influence de Jean Calvin, une nouvelle Église se structure en rupture avec l'Église romaine.

Naissance de deux courants évangéliques

Les idées nouvelles qui traversent la France à partir de 1520 donnent naissance à deux courants :

le courant évangélique humaniste favorable à une réforme dans le cadre de l'Église ;
le courant évangélique dit « luthérien » influencé par la Réforme en Allemagne et dans les villes suisses conduisant à une rupture avec l'Église romaine.

Ces courants se sont souvent entrecroisés et le second rend le premier suspect aux yeux de l'Église.

Marguerite d'Angoulême
Marguerite d'Angoulême
(1492-1549).
(S.H.P.F.)
L'évangélisme humaniste

Retour à l'Évangile de Jésus-Christ et retour aux textes originaux de la Bible : tel est le mot d'ordre des humanistes chrétiens. En étudiant la Bible, Érasme en vient à critiquer de nombreux rites et pratiques de l'Église romaine.

Ses idées novatrices circulent dans les milieux érudits et dans une partie du haut clergé. Elles atteignent aussi l'entourage du roi François Ier. Marguerite d'Angoulême, la soeur du roi, encourage l'évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet dans le projet de réformer son diocèse. L'évêque fait venir Lefèvre d'Étaples. Celui-ci fonde le cénacle de Meaux et traduit le Nouveau Testament en français. Il s'attire ainsi en 1527 les récriminations de la faculté de théologie de Paris, la Sorbonne. Devant la montée de l'évangélisme « luthérien », le parlement de Paris intente un procès à l'évêque de Meaux soupçonné d'hérésie luthérienne. Il fait ensuite interdire toutes les traductions de l'Écriture en français.

L'évangélisme dit « luthérien »


Guillaume Farel
Guillaume Farel (1489-1565).
(S.H.P.F.)

Dès 1520, les écrits de Luther parviennent en France où ils trouvent un terrain favorable. Guillaume Farel, membre du cénacle de Meaux, les lit et en répand l'esprit. La Sorbonne condamne ces écrits comme hérétiques et les interdit en France. Mais, traduits en français dès 1524 et imprimés à Paris, Alençon, Lyon, et surtout hors de France, ils circulent clandestinement.

Grâce à Farel, réfugié à Strasbourg puis en Suisse, les idées d'autres réformateurs : Bucer et Zwingli sont introduites en France. À partir de 1530 les chemins de « l'hérésie » partent plutôt de Suisse.

Les protestants, appelés à l'époque luthériens, appartiennent surtout à l'élite sociale sachant lire : clercs, maîtres d'école, étudiants, hommes de robe, imprimeurs et ouvriers du livre, artisans du textile et du cuir. Des couches plus larges sont gagnées grâce aux prédicateurs et aux maîtres d'école.

La persécution des protestants

La condamnation comme hérétiques des protestants commence dès 1521 à l'initiative de la Sorbonne, des autorités ecclésiastiques et du Parlement : amende, prison et, surtout pour les moines et les prêtres, prison perpétuelle et condamnation à mort sur le bûcher.

L'affaire des placards constitue un tournant. Il s'agit d'affiches apposées partout à Paris, Orléans, Blois et même sur la porte de la chambre du roi. Les placards dénoncent avec violence la conception catholique de l'eucharistie et de la messe catholique.

Ce geste provocateur coupe les ponts entre l'évangélisme humaniste et luthérien. Désormais la répression s'accentue avec l'assentiment du roi.

En 1546, à Meaux, on brûle le même jour 14 « luthériens » dont le pasteur. En deux ans, le parlement de Paris, compétent pour le centre de la France et Lyon, prononce 500 condamnations dont au moins 68 à mort.

Les martyres suscitent des retours au catholicisme, mais incitent le plus grand nombre à la clandestinité tandis que certains sont renforcés dans leurs convictions.

La fondation de l'Église protestante en France

Minorités protestantes
Carte des minorités protestantes.
(S.H.P.F.)
À partir de 1540 la diffusion des idées de Calvin depuis Genève influence profondément le mouvement de réforme en France.

La première Église protestante est celle de Meaux. Ce n'est qu'à partir de 1555 que d'autres Églises sont constituées dans différentes localités, notamment à Paris, Angers, Valence. Dans certaines régions, elles sont très nombreuses notamment en Provence, en Languedoc et dans la vallée de la Garonne.

En 1559 a lieu le premier rassemblement clandestin des représentants, pasteurs et laïcs des Églises protestantes : le synode national de Paris. Le synode est l'organe de liaison entre les communautés locales. À Paris, les délégués au synode se donnent un certain nombre de règles : une confession de foi et une : discipline ecclésiastique, toutes deux inspirées de Calvin. L'organisation des Églises favorise les progrès de la Réforme dans toute la France.

Ayant déjà touché l'élite sociale, la Réforme s'étend aux couches populaires notamment dans les villes, lieux de circulation des livres et des nouvelles, d'où une majorité d'artisans dans ses rangs.

Un parti protestant

Antoine de Bourbon
Antoine de Bourbon.
(S.H.P.F.)
À partir de 1555, la noblesse adhère massivement à la Réforme, surtout dans les provinces du Sud, en Normandie, en Brie et en Champagne. À la mort d'Henri II en 1559, une partie de la haute noblesse qui entre de droit au conseil du roi est devenue protestante, dont :

Antoine de Bourbon et sa femme Jeanne d'Albret, les parents d'Henri IV,
Louis de Bourbon, prince de Condé, le frère d'Antoine,
Gaspard de Coligny.

La croissance du groupe réformé et l'adhésion d'une partie de la haute noblesse le font sortir de la clandestinité et le politisent. Les réformés aspirent à une reconnaissance légale et éventuellement à la conquête de l'État. Les nobles réformés de haut rang proches de la cour du roi croient pouvoir infléchir le jeu politique en faveur des protestants.

Les événements précurseurs des guerres de religion

Anne du Bourg
Mort d'Anne du Bourg (1559),
Conseiller du Parlement de Paris, brûlé à
St-Jean-en-Grève, le 21 décembre 1559.
(Musée Calvin de Noyon)
Le roi Henri II est entouré de grands seigneurs catholiques ambitieux, notamment le duc François de Guise et son frère le cardinal de Lorraine. À sa mort en 1559, les Guise monopolisent le pouvoir au détriment du jeune roi François II. En 1559, ils font pendre et brûler en place de Grève Anne du Bourg, prêtre et juge au parlement de Paris. Celui-ci avait déjà été arrêté par ordre du roi Henri II parce qu'il était intervenu en séance plénière du parlement, dite mercuriale, pour demander que cessent les persécutions des protestants.

En 1560 quelques nobles protestants veulent enlever le jeune roi François II pour le soustraire à l'influence des Guise ; c'est la conjuration d'Amboise : elle échoue. Les Guise se vengent par de multiples exécutions, tandis que les protestants se soulèvent en divers lieux et s'emparent d'églises catholiques pour y célébrer leur culte.

Redoutant le pouvoir des Guise, Catherine de Médicis, veuve d'Henri II et régente de France en 1560 après la mort de François II, veut ménager les protestants car elle espère obtenir la concorde religieuse.

En 1561, elle réunit des théologiens catholiques et protestants au colloque de Poissy pour tenter une réconciliation, mais l'entente ne peut être trouvée.

Pour s'opposer à l'essor du protestantisme, le duc François de Guise, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André (triumvirat) prêtent serment à Pâques 1561 d'extirper le protestantisme et de ne jamais tolérer un autre culte que le culte catholique.

Le chancelier Michel de l'Hospital incite la régente à accorder aux protestants l'Édit de janvier 1562, leur permettant de s'assembler pour la célébration du culte dans les faubourgs des villes et à la campagne. Le culte public des réformés deviendrait légal. Mais, en fait, l'édit ne satisfait réellement ni l'une ni l'autre des parties car il intervient trop tard pour apaiser les passions et surtout le roi Charles IX n'a pas les moyens de le faire respecter.

Les guerres de religion vont commencer après le massacre de Wassy.


Bibliographie
• LÉONARD, Émile G., Histoire générale du protestantisme, Paris, PUF, 2ème éd., 1980, trois volumes.
• HIGMAN, Francis, La diffusion de la Réforme en France, Genève, Labor et Fides, 1992.
• CROUZET, Denis, La genèse de la Réforme française 1520-1650, Paris, SEDES, 1996.
• GARRISSON, Janine, Les protestants au XVIème siècle, Paris, Fayard, 1988.


L'affaire des placards (1534)

Des tracts injurieux pour l'Église catholique sont affichés à Paris, en province et même devant la chambre du roi. Le roi déclenche la répression.

Château de Blois
Château de Blois.
(Collection privée)
Une initiative malencontreuse

En octobre 1534, des placards (affiches) contre la messe sont distribués ou apposés en une nuit à Paris et en province à Orléans et à Amboise, où réside la cour, ainsi que devant la porte de la chambre du roi François ier à Blois. Ces placards sont d'une grande violence : ils traitent les rites de la messe de sorcellerie et accusent le pape, les évêques, les prêtres et les moines de mensonge et de blasphème.

Ces placards proviennent de Neuchâtel où un pasteur, Antoine Marcourt, les avait fait imprimer. Ce pasteur fait partie d'un groupe de Français réfugiés en Suisse auprès de Guillaume Farel.

Le roi et l'Église catholique réagissent fortement

Jusqu'alors les protestants étaient poursuivis par les parlements et parfois mis à mort comme hérétiques mais le roi lui-même était plutôt tolérant et clément envers eux. Il rêvait de rétablir l'unité de la chrétienté là où Charles Quint n'a pas réussi : il avait envoyé un ambassadeur auprès des principaux réformateurs en Allemagne et en Suisse.

Pour le roi, c'est l'échec de sa tentative de conciliation, mais surtout il considère qu'il s'agit d'un complot organisé qui menace sa propre autorité. L'affaire des placards provoque une indignation considérable dans l'opinion. Le roi décide de préserver le royaume de l'« hérésie ». Il déclenche la répression. De nombreux suspects sont inquiétés, emprisonnés, jugés, voire exécutés à Paris et en province. Beaucoup de protestants et de sympathisants s'enfuient.

En janvier 1535, l'Église catholique organise à Paris une procession expiatoire annoncée dans toutes les paroisses et à laquelle le roi participe. Le même jour six « hérétiques » montent sur le bûcher.

Titre des placards : Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papale inventée directement contre la Sainte Cène de notre Seigneur seul médiateur et sauveur Jésus Christ.


Bibliographie
• BERTHOUD, Gabrielle, Antoine Marcourt : réformateur et pamphlétaire, du «  Livre des marchans  » aux Placards de 1534, Genève, Droz, 1973.


La Conjuration d'Amboise (1560)

Le parti réformé tente de s'emparer de la personne du roi pour le soustraire à l'influence des Guise.

Naissance de la Conjuration

Conjuration d'Amboise
Conjuration d'Amboise – 15 mars 1560.
Gravure de Tortorel et Pérrissin.
(S.H.P.F.)
Après la mort d'Henri II en 1559, Catherine de Médicis est régente pour son fils le roi François II. Le pouvoir effectif est exercé par la régente et par les Guise : le duc de Guise est lieutenant général du royaume. Les protestants se sentent menacés après l'exécution du conseiller au parlement de Paris Anne du Bourg.

Le parti réformé décide alors de s'emparer de la personne du roi pour le soustraire à l'influence des Guise.

La reine Élisabeth d'Angleterre, chef de l'Église anglicane, accorde une subvention à la conjuration.

Antoine de Bourbon refuse de diriger la conjuration. On pense alors à Louis de Bourbon, prince de Condé. Calvin et la plupart des Églises réformées désavouent la préparation.

Le complot mal préparé échoue

Répression d'Amboise
Répression d'Amboise (1559).
Gravure de Hogenberg.
(B.P.U. Genève)
Le chef du complot, La Renaudie, un petit noble périgourdin, réunit une troupe d'environ 200 hommes qui arrive par la Loire et assiège Amboise où la cour est installée. Mais il y a des fuites, les Guise parviennent à capturer les conjurés et dès le 17 mars 1560, la répression commence.

La répression est impitoyable

La Renaudie est tué, son corps est écartelé. Les autres chefs de la conjuration sont exécutés à Amboise devant la cour et des notables, spécialement invités pour assister au supplice.

Le prince de Condé désavoue ses partisans.

La répression suscite en divers lieux des soulèvements de protestants qui s'emparent d'églises pour y célébrer leur culte.


Bibliographie
• ROMIER, Lucien, La conjuration d'Amboise, Paris, Perrin, 1923.


Le Colloque de Poissy (1561)

Pour éviter la guerre civile entre catholiques et protestants, Catherine de Médicis réunit à Poissy des théologiens des deux partis, mais c'est un échec.

Catherine de Médicis
Catherine de Médicis (1519-1589), reine de France.
(S.H.P.F.)
Une tentative de conciliation

En 1561, Catherine de Médicis, veuve d'Henri II, est régente depuis deux ans. Charles IX est roi depuis la mort de son frère aîné François II. Catherine de Médicis veut éviter un conflit religieux dans un contexte politique grave : elle sent le pouvoir royal menacé par les troubles et le renforcement du parti des Guise après l'échec de la conjuration d'Amboise.

Pour rapprocher les points de vue religieux, la régente convoque une assemblée de théologiens catholiques et protestants à Poissy en présence du roi et de la famille royale.

Le colloque bute sur la question de la communion

Du côté catholique siègent 40 prélats parmi lesquels le cardinal de Lorraine et le cardinal de Tournon. La délégation protestante conduite par Théodore de Bèze comprend douze participants.
Colloque de Poissy
Colloque de Poissy (1561).
(S.H.P.F.)

Le chancelier Michel de l'Hospital expose la volonté du roi : « il faut rétablir l'ordre et l'unité par la douceur ; pour le royaume, la paix est plus importante que le dogme ». Mais ce message n'est pas compris par les théologiens.

Théodore de Bèze nie énergiquement la présence réelle du Christ dans le pain et le vin de la communion : le corps du Christ « est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut ciel est éloigné de la terre ».

Aucun accord ne peut être trouvé.

Pourtant, par l'Édit de janvier 1562, Catherine de Médicis, conseillée par Michel de l'Hospital, reconnaît officiellement aux protestants le droit de s'assembler pour leur culte dans les faubourgs des villes et à la campagne.

La situation devient explosive

Les guerres de religion vont éclater dès l'année suivante car le parti catholique n'accepte pas l'Édit de janvier.

Le colloque a deux autres conséquences indirectes :

le concile de Trente est relancé dès janvier 1562.
les jésuites, introduits en France à l'occasion de ce colloque, sont autorisés à s'y installer.


Bibliographie
• DUFOUR, Alain, Le colloque de Poissy, Mélanges d'histoire du XVIème siècle offerts à Henri Meylan, Lausanne, 1970, pp. 127-137.


Le massacre de Wassy (1562)

Les protestants font partir les guerres de religion du massacre de Wassy, alors que les catholiques considèrent, comme point de départ, l'attaque d'Orléans par Louis de Condé.

L'Édit de janvier

Le 17 janvier 1562 est promulgué, à l'issue d'un conseil du roi élargi, l'Édit de janvier. Il est un signe de tolérance de la part du roi, mais limité et provisoire (dans l'attente d'une décision du concile de Trente). L'édit accorde aux protestants le droit de s'assembler publiquement pour célébrer leur culte dans les faubourgs des villes et à la campagne.

Les protestants acquièrent ainsi une existence légale, quoique temporaire, ce qui n'est pas négligeable.

Le duc François de Guise et nombre de catholiques sont totalement opposés à la mise en application de cet édit.

Le massacre de Wassy

Massacre de Wassy
Massacre de Wassy (1er mars 1562).
Gravure de Hogenberg.
(B.P.U. Genève)
À Wassy, ville champenoise, un culte réformé est célébré le 1er mars dans une « grange » qui se trouve vraisemblablement à l'intérieur des remparts donc en contravention avec l'édit de janvier. Le duc de Guise passe, avec une escorte, dans la ville qui fait partie de ses terres. D'altercations en violence, la dispute dégénère en massacre. L'attaque de la « grange » fait une cinquantaine de morts, dont des femmes et des enfants, et plus de 150 blessés chez les protestants.

Les protestants parlent de préméditation et voient dans ce massacre le début des guerres de religion. Pour les catholiques, c'est l'attaque d'Orléans par le prince Louis de Condé, le 2 avril 1562, qui en marque le point de départ.



Les huit guerres de religion (de 1562 à 1598)

Gaspard de Coligny (1519-1572)
La Saint-Barthélemy (24 août 1572)
Henri IV (1553-1610)
L'Édit de Nantes (1598)

Une sombre période de l'histoire de France

Les huit guerres de religion se succèdent sur une durée de 36 ans, entrecoupées de périodes de paix fragile. La guerre est ponctuée de batailles, de massacres et d'assassinats. Par moments le trône royal est menacé.

L'Angleterre soutient les protestants, tandis que l'Espagne soutient les catholiques.

1ère guerre (1562-1563)

Massacre à Cahors
Massacre fait à Cahors en Quercy
(19 novembre 1561).
D'après Jean Perrissin
et Jacques Tortorel.
(Musée Calvin de Noyon)
En 1562, le duc François de Guise massacre les protestants rassemblés pour le culte dans la Grange de Wassy. À l'appel de Louis de Bourbon, prince de Condé, les protestants prennent les armes. Condé s'empare d'Orléans.

La guerre s'étend à tout le royaume. Des atrocités sont commises.

Le baron des Adrets (protestant) met Lyon à sac. Monluc (catholique) ravage la Guyenne.

En 1563, l'armée protestante est battue près de Dreux par les forces royales, le duc François de Guise met le siège devant Orléans tenu par les protestants. Au cours du siège, il est assassiné par Poltrot de Méré.

Catherine de Médicis conclut la paix à Amboise avec Condé.

2ème guerre (1567-1568) Inquiets des négociations de Catherine de Médicis avec l'Espagne, les protestants essaient d'enlever Charles IX dans son château de Montceau-les-Meaux.

Les protestants sont battus à Saint-Denis par le connétable de Montmorency.

Moncontour
Moncontour (1570).
(S.H.P.F.)
Charles IX conclut la paix de Longjumeau avec Condé.

3ème guerre (1568-1570)

Craignant le renforcement des armées protestantes, Charles IX signe une déclaration demandant le départ des pasteurs et interdisant les cultes autres que catholique. C'est le signal d'une guerre à outrance, de massacres et de cruautés. Les principales batailles ont lieu en 1569 à Jarnac où le prince de Condé blessé est assassiné, et à Moncontour. Au cours de cette guerre les deux camps bénéficient d'une aide étrangère :

pour les protestants, celle du prince d'Orange et l'aide allemande financée par la reine d'Angleterre ;
pour les catholiques, celles du roi d'Espagne, du pape et du duc de Toscane.

Coligny refait ses forces dans le Sud-Ouest et remonte vers le Nord jusqu'à la Charité d'où il menace Paris.

La paix, dont le principal artisan est le roi Charles IX, est signée à Saint-Germain en 1570.

Elle rétablit la tolérance civile. Les protestants reçoivent quatre places de sûreté : La Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité.
Saint Barthélemy
Saint Barthélemy,
24 août 1572.
(S.H.P.F.)


4ème guerre (1572-1573)

En 1572, juste après le mariage d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX, Coligny échappe de peu à un attentat. La tension est grande dans Paris. C'est alors que dans la nuit du 23 au 24 août, jour de la Saint-Barthélemy, le conseil du roi décide de frapper les chefs du parti protestant. Coligny et la plupart d'entre eux sont assassinés au Louvre et en ville. Le massacre des protestants dégénère en massacre généralisé avec 4 000 tués à Paris et 10 000 en province.

Henri de Navarre est épargné parce que prince du sang, mais il est contraint à se convertir au catholicisme.

La Saint-Barthélemy porte un coup terrible aux Églises réformées en France. On compte 5 000 abjurations, tandis que de nombreux pasteurs s'exilent à Genève, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre.

Les protestants privés de chefs s'organisent pourtant et la guerre reprend dans le Midi et à l'Ouest. Nîmes et Montauban refusent des garnisons royales. C'est surtout le siège de la Rochelle qui représente l'essentiel de cette quatrième guerre : la ville refuse de recevoir le gouverneur envoyé par le roi. Le roi ordonne le siège. Ce premier siège n'est levé que le 6 juillet 1573. Le roi accorde alors un édit de pacification aux protestants : l'Édit de Boulogne enregistré au parlement le 11 août 1573. Cet édit est beaucoup moins avantageux pour les protestants que les précédents : ils conservent la liberté de conscience, mais n'obtiennent la liberté du culte que dans trois villes ; la Rochelle, Nîmes et Montauban.

5ème guerre (1574-1576)


Assassinat du Duc de Guise
Assassinat du Duc de Guise (1588).
Gravure de Hogenberg.
(B.P.U. Genève)
Le duc d'Alençon, jeune frère du roi, prend la tête d'un mouvement composé de protestants et de catholiques modérés indignés par la perfidie du roi lors de la Saint-Barthélemy. C'est l'alliance des « Malcontents » qui réclame une réforme de l'État. Le nouveau roi, Henri III, doit signer avec le duc d'Alençon en 1576 la paix de Beaulieu, dite de Monsieur, qui permet l'exercice du culte réformé dans tous les lieux du royaume. 6ème guerre (1576-1577)

Les conditions obtenues par les protestants étaient jugées trop favorables par le parti catholique qui avait constitué la Sainte Ligue. Les États Généraux de Blois demandent le bannissement des pasteurs et la guerre recommence pour s'achever par la paix de Bergerac (1576) et l'Édit de Poitiers, beaucoup moins favorable aux protestants. 7ème guerre (1580)

Henri de Navarre, redevenu protestant, prend la tête du parti protestant et assiège Cahors dont il s'empare en 1580. La guerre se déroule pour l'essentiel dans le Sud-Ouest et se termine par la paix du Fleix qui confirme celle de Bergerac. Cette paix est signée au château du Fleix, dont une partie subsiste dans le temple actuel. 8ème guerre ou guerre de la Ligue (1585-1598)

La mort du duc d'Alençon en 1584 place Henri de Navarre, protestant, en première position pour l'héritage du royaume. Cette perspective suscite la constitution de la Ligue ou Sainte Union des catholiques. Cette ligue, soutenue par le pape et par l'Espagne, prend le duc Henri de Guise comme chef et impose à Henri III, la signature de l'Édit de Nemours en 1585. Cet édit constitue un revirement de la politique de tolérance : tous les Français doivent professer la religion catholique, les pasteurs sont chassés du royaume, et les protestants ont six mois pour se convertir, les places de sûreté doivent être rendues.

Le nombre de protestants diminue fortement.

Cependant Henri de Navarre, vainqueur à Coutras, tient encore les provinces du Midi.

La Ligue prend le contrôle du Nord de la France et même de Paris, qui se soulève en 1588 (journée des barricades). Henri III doit s'enfuir.

Le roi réfugié à Blois entame des négociations avec les ligueurs. Mais le pouvoir conquis par les Guises l'inquiète et il veut à tout prix lutter contre la subversion qu'il redoute. Il décide de faire assassiner le duc Henri de Guise ainsi que son frère le cardinal de Lorraine.

Henri III se rapproche alors d'Henri de Navarre. Leurs deux armées se joignent et montent vers Paris.

C'est alors qu'Henri III est assassiné par le moine ligueur Jacques Clément en 1589. Henri de Navarre devient roi sous le nom d'Henri IV, mais Paris est aux mains des ligueurs et il doit conquérir son royaume.

En mars 1590, la fameuse bataille d'Ivry ouvre au roi la voie au siège de Paris.

En 1593, le roi déclare son intention d'abjurer – « Paris vaut bien une messe » – et de recevoir une instruction catholique. Il faudra le sacre royal à Chartres pour vaincre les réticences des parisiens. Paris cède en 1594.

En 1595, Henri IV reçoit l'absolution du Pape et déclare la guerre à l'Espagne qui avait envoyé des troupes en France pour soutenir la Ligue.

En 1598, par le traité de Vervins il obtient le départ des troupes espagnoles. Henri IV obtient aussi la soumission du duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne qui s'était allié aux Espagnols. Il entre à Nantes où il signe l'Édit de Nantes qui met un terme aux guerres de religion qui ont ravagé la France au cours d'une période de 36 ans et qui ont affaibli le protestantisme en France, surtout dans la moitié nord du pays.


Bibliographie
• JOUANNA, Arlette, BOUCHER J. et al., Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Paris, Laffont (Bouquins), 1998.
• MIQUEL, Pierre, Les guerres de religion, Paris, Fayard, 1980.
• PERNOT, Michel, Les guerres de religion en France, Paris, SEDES, 1987.
• CROUZET, Denis, Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion, Seyssel, Champ Vallon, 1990.


Gaspard de Coligny (1519-1572)

Gaspard de Coligny, seigneur de Châtillon, consacre sa vie au service de la royauté. Gagné à la Réforme, il prend la tête du parti protestant. Il est assassiné lors de la Saint-Barthélemy.

Pour informations complémentaires, voir : Gaspard de Coligny (1519-1572).



La Saint-Barthélemy (24 août 1572)

Un grand massacre de protestants

Après une tentative de réconciliation religieuse, Charles IX, poussé par les Guise, autorise l'assassinat des chefs protestants ; la situation dégénère en un massacre général.

Un mariage royal

Le traité de Saint-Germain en 1570 – nouvel essai de tolérance civile – qui clôt la troisième guerre de religion, suscite la colère des milieux ultra-catholiques menés par les Guise qui le considèrent comme trop favorable aux protestants.

La reine-mère Catherine de Médicis, dans l'espoir de sceller la réconciliation nationale, favorise le mariage du roi Henri de Navarre, futur Henri IV, qui est protestant avec Marguerite de Valois, soeur de Charles IX. Le mariage qui a lieu le 18 août provoque la venue à Paris de très nombreux nobles protestants de la suite du roi de Navarre.

La guerre des Flandres ?

Le chef du parti protestant, l'amiral de Coligny, qui a la faveur du roi, incite celui-ci à s'engager dans la guerre des Pays-Bas (ou des Flandres) aux côtés du prince d'Orange, pour soutenir les insurgés soulevés contre Philippe II d'Espagne. Il est convaincu qu'une guerre contre l'Espagne serait le meilleur moyen de réconcilier catholiques et protestants face à un adversaire commun.

L'attentat manqué contre l'amiral de Coligny

Saint Barthélemy à Paris
Saint Barthélemy à Paris (1572)
par François Dubois. F. Dubois a été témoin oculaire de la Saint Barthélemy.
À l'arrière (plan gauche), devant le Louvre, Catherine de Médicis se penche sur un monceau de cadavres. La Seine charrie des morts et des blessés.
À droite, Gaspard de Coligny est défenestré et, gisant au sol, il est décapité puis émasculé, sous les yeux des ducs de Guise et d'Aumale et du chevalier d'Angoulême.
(S.H.P.F.)
Le 22 août, un attentat est perpétré contre l'amiral de Coligny à sa sortie du Louvre où il assistait au Conseil du roi. L'attentat échoue et l'amiral n'est que blessé. Il est vraisemblable que cet acte soit le fait des Guise, furieusement opposés à la guerre des Flandres, commandités ou non par l'Espagne.

L'assassinat des chefs protestants

La nouvelle de l'attentat provoque la stupeur. La tension est extrême dans Paris.

Dans la nuit du 23 au 24 août, un Conseil royal se réunit, au cours duquel il est décidé d'assassiner l'amiral de Coligny et un certain nombre de chefs huguenots. La cloche de l'église Saint-Germain l'Auxerrois sonne le tocsin.

L'amiral est sauvagement tué dans son logis et défenestré tandis que de nombreux gentilshommes huguenots sont massacrés au Louvre et en ville, surpris de nuit sans possibilité de défense, « tués comme des brebis à l'abattoir » comme l'a écrit Théodore de Bèze.

La situation dégénère en massacre généralisé à Paris

Saint Barthélemy
Saint Barthélemy,
24 août 1572.
(S.H.P.F.)
Pendant trois jours la tuerie se poursuit dans Paris, échappant au contrôle royal. La violence est extrême. Les catholiques qui portent une croix blanche à leur chapeau s'en prennent à toutes les maisons des protestants. Les rues sont rouges du sang versé. Le nombre des victimes est évalué à 4 000 à Paris. Le 26 août, le roi se rend devant le parlement et revendique la responsabilité du massacre.

Le massacre s'étend à la province

Au fur et à mesure que la nouvelle se répand en province la violence s'étend : à La Charité, Meaux, Orléans, Lyon et d'autres villes, des Saint-Barthélemy locales ont lieu d'août à septembre 1572. Il y a en tout au moins 10 000 morts en province.

Le pape Grégoire XIII accueille la nouvelle avec enthousiasme : il fait dire des messes d'action de grâce et fait frapper une médaille commémorative.

La Saint-Barthélemy entraîne une nouvelle guerre

La Saint-Barthélemy est le moment le plus dramatique des guerres de religion et marque le début de la quatrième de ces guerres.


Bibliographie
• BOURGEON J.L., Charles IX devant la Saint-Barthélemy, Genève, Droz, 1995.
• CROUZET, Denis, La nuit de la Saint-Barthélemy : un rêve perdu de la Renaissance, Paris, Fayard, 1994.
• GARRISSON Janine, La Saint-Barthélemy, Bruxelles, Complexes, 1987.
• BOURGEON J.L., Pour une histoire, enfin, de la Saint-Barthélemy, Revue historique, T. 282, pp. 83-142.


Henri IV (1553-1610)

Roi de Navarre (1562), roi de France (1589)

Après avoir conquis son trône, Henri IV restaure la paix civile.

Pour informations complémentaires, voir : Henri IV (1553-1610).



L'Édit de Nantes (1598)

La fin des guerres de religion

C'est l'acte majeur du roi Henri IV car il institue la coexistence religieuse entre catholiques et protestants et impose la paix en France après 36 ans de guerre civile.

Un acte de souveraineté

C'est un acte de souveraineté voulu et imposé par le roi Henri IV, en dépit de nombreuses difficultés. En cela il se distingue des édits antérieurs dont il s'inspire mais qui ont été aussitôt remis en cause. Son but immédiat est la paix civile, mais son objectif avoué reste l'unité religieuse du royaume. Dans le préambule, le roi souhaite que « l'établissement d'une bonne paix » permette à ses « sujets de la religion prétendue réformée » de revenir à la « vraie religion », la sienne, « la religion catholique, apostolique et romaine ».

L'élaboration de l'édit a été une affaire très délicate. Elle a nécessité de longues négociations. Il s'agissait de rassurer tant les catholiques que les protestants et de redonner confiance à tous. Il en résulte un compromis. L'édit institue l'égalité civile entre catholiques et protestants, il fixe les conditions de coexistence entre catholiques et protestants, mais la pratique du culte protestant est limitée.

Les documents de l'édit : quatre textes distincts

Un premier brevet promet une subvention annuelle de 45 000 écus pour les besoins du culte protestant et surtout la rémunération des « ministres » (pasteurs).
L'édit proprement dit, qui comporte 92 articles, est « perpétuel et irrévocable » ce qui signifie qu'il ne peut être révoqué que par un nouvel édit.
Un deuxième brevet assure aux protestants 150 lieux de refuge accordés pour 8 ans, dont 51 places de sûreté, les garnisons de ces places étant tenues par les protestants. (Ce brevet a été renouvelé en 1606 et en 1611, mais supprimé par la Paix d'Alès en 1629).
56 articles dits « secrets ou particuliers » de moindre importance règlent des situations locales.
Édit de Nantes
Édit de Nantes (1598).
(S.H.P.F.)
Les dispositions de l'édit de Nantes

Certaines sont en faveur de l'Église catholique :

les services catholiques sont seuls autorisés dans la plupart des villes ;
tous les bâtiments ayant servi aux catholiques leur sont rendus ;
la messe doit être rétablie partout, y compris en Béarn ;
les curés des paroisses perçoivent la dîme de la part des protestants selon la coutume.

D'autres sont en faveur des protestants :
Édit de Nantes
Édit de Nantes : les signatures.
(S.H.P.F.)
octroi de la liberté de conscience ;
respect de l'organisation des synodes ;
égalité des protestants et des catholiques en matière d'éducation ;
égalité absolue d'accès à toutes dignités et charges publiques ;
limitation de la liberté de culte : le culte protestant est autorisé seulement dans certains lieux et il est interdit là où il n'est pas explicitement autorisé, notamment à la cour, à Paris et à moins de cinq lieues de la capitale, ainsi qu'aux armées.

L'édit comporte aussi des dispositions générales :

amnistie générale sauf cas « exécrables » ;
interdiction des troubles, provocations, excitations du peuple ;
égalité devant la loi et la justice ;
liberté d'abjuration, c'est-à-dire possibilité de changer de religion ;
garantie juridique, grâce à des chambres mixtes ;
droit de retour des émigrés et de leurs enfants.

L'enregistrement de l'édit

L'édit devait être enregistré par les parlements. Certains parlements y sont franchement hostiles. Henri IV doit l'imposer au parlement de Paris et celui de Rouen attend onze ans avant de la ratifier.

Au siècle suivant, de la signature de l'édit à sa révocation

Enregistrement de l'Édit de Nantes
Enregistrement de l'Édit de Nantes
par le Parlement de Paris.
(S.H.P.F.)

Pendant son règne, Henri IV veille à l'application de l'édit de Nantes. Il permet même aux protestants de Paris de se réunir à Charenton, soit à moins de cinq lieues de la capitale.

Sous Louis XIII, les protestants perdent leurs places fortes et ne dépendent plus que du bon plaisir du roi.

Le début du règne de Louis XIV (de 1643 à 1660) est une période de paix religieuse, mais à partir de 1660, lorsque Louis XIV exerce personnellement le pouvoir, l'édit de Nantes est appliqué de façon restrictive. En 1680, les persécutions commencent. Les dragons répandent la terreur pour obtenir des conversions forcées, c'est le temps des dragonnades. En 1685, le roi signe à Fontainebleau l'édit de révocation de l'édit de Nantes. Il considère que la plupart des protestants sont devenus catholiques.


Bibliographie
• COTTRET, Bernard, 1598, L'édit de Nantes, Paris, Perrin, 1997.
L'édit de Nantes, texte présenté et annoté par J. Garrisson, Biarritz, Atlantica, 1997.
• WANEGFFELEN, Thierry, L'édit de Nantes : une histoire européenne de la tolérance, Paris, Librairie générale française, 1998.
• GARRISSON Janine, L'édit de Nantes, chronique d'une paix attendue, Paris, Fayard, 1998.


Le protestantisme après 1562 (1562-1598)

Les monarchomaques et la contestation du pouvoir absolu
Les Provinces-Unies du Midi

Dans la seconde partie du XVIe siècle, en dépit de persécutions et de longues périodes de guerre civile, les Églises réformées s'organisent. Un régime politique inspiré de l'organisation des Églises réformées apparaît dans les Provinces-Unies du Midi.

Diffusion des idées de Calvin

Les oeuvres de Calvin circulent en France et surtout son Institution de la Religion chrétienne, dont la dernière édition paraît en 1560. Il s'agit d'une oeuvre immense dont le but est double : construire une doctrine pour ensuite susciter des hommes aptes à la mettre en pratique. Ainsi les communautés réformées, plus ou moins clandestines, acquièrent une légalité religieuse, une structure théologique et ecclésiologique.

Développement des Églises réformées

À partir de 1555, de nombreuses Églises s'étaient organisées « à la mode de Genève ».

La France religieuse
La France religieuse à l'époque
de l'édit de Nantes.
(D.R.)
Dès son ouverture, en 1559, l'Académie de Genève forme des ministres qui viennent en France « dresser » des Églises de stricte obédience. En cinq ans, il s'en crée environ un millier, situées surtout dans l'espace occitan, mais aussi dans le sud du Poitou, dans les pays de la Loire et en Normandie. Au cours des années 1559-1565, le mouvement d'expansion est considérable : on compte en France environ deux millions de protestants, soit quelque 10% de la population du royaume. Certaines villes comme Montauban sont exclusivement protestantes. Mais cet essor spectaculaire est de courte durée. Dès 1565 le reflux s'amorce. Le grand tournant se situe au moment de la Saint-Barthélemy en 1572.

À la fin du XVIe siècle, les protestants ont diminué en nombre – ils ne sont plus qu'un million – mais ce million demeure actif, surtout dans les villes.

Une organisation des Églises à trois niveaux

Synode National des Églises Réformées
Synode National
des Églises Réformées
de France, 1598.
(S.H.P.F.)
Au niveau de l'Église locale, les protestants s'assemblent pour élire un conseil d'anciens appelé consistoire. Le consistoire nomme le pasteur. Il doit « avoir de toutes choses qui concernent l'ordre, l'entretien et le gouvernement de l'église ».

Au niveau provincial et national, les Églises se dotent d'une institution originale, le synode, assemblée de représentants des Églises qui servent de liaison entre les communautés locales indépendantes et égales.

Un cas d'organisation politique

La pensée protestante ouvre sur une conception du pouvoir qui conteste l'absolutisme. Dans le domaine de la théorie politique, certains prônent la souveraineté du peuple, représenté par les États-Généraux, ce sont les monarchomaques. Les Provinces-Unies du Midi représentent une application originale de cette théorie : l'instauration d'un régime qui s'apparente à une république fédérative. Ce régime dura une vingtaine d'années.



Les monarchomaques et la contestation du pouvoir absolu

Les théoriciens désignés comme « ceux qui combattent le gouvernement d'un seul » sont partisans d'une monarchie contractuelle. Ils sont aussi appelés monarchomaques.

Les monarchomaques protestants

En France, les monarchomaques sont d'abord des protestants :

Le juriste François Hotman publie en 1573 à Genève
la Francogallia ;
Le théologien Théodore de Bèze écrit
Du droit des magistrats sur leurs sujets (1574) ;
L'auteur du Vindiciae contra Tyrannos (1579),
vraisemblablement Philippe Duplessis-Mornay.
Théodore de Bèze
Théodore de Bèze (1519-1605).
(S.H.P.F.)
On compte encore quelques autres ouvrages dont les auteurs sont anonymes, notamment le Réveille-Matin des Français et de leurs voisins, paru en 1574 à Édimbourg (lieu fictif, sans doute Bâle) et les Discours politiques des diverses puissances establies de Dieu au monde (1574).

Caractéristiques et traits communs de ces ouvrages

Ils déclarent la souveraineté du peuple représenté par les États-Généraux. L'assemblée des États choisit les rois et les magistrats, elle peut les déposer s'ils ont démérité ; elle décide de la paix et de la guerre et fait les lois. Cette monarchie contractuelle annonce la future monarchie constitutionnelle.

L'obéissance du peuple est conditionnelle : elle repose sur le respect par le roi de ses promesses. Dans le cas où le souverain est un tyran, la résistance est légitime.

Les monarchomaques catholiques

En 1584, lorsque Henri de Navarre devient héritier du trône, les monarchomaques modèrent quelque peu leurs vues pour ne pas porter ombrage au futur Henri IV.

Leurs arguments sont repris par certains Ligueurs. On peut citer le De justa Henrici tertii abdicatione (1589) du curé Jean Boucher ou le De justa reipublicae in reges impios authoritate (1590) attribué à l'évêque Guillaume Rose.

Ces traités diffèrent de ceux qui ont été écrits par des protestants par le fait que la distinction entre tyrannie religieuse et tyrannie politique tend ici à disparaître, car pour leurs auteurs le spirituel et le temporel sont intimement liés. Le tyrannicide s'en trouve plus largement justifié que dans l'idéologie protestante.



Les Provinces-Unies du Midi

Une ébauche de république

Le calvinisme est porteur d'une théorie de l'État qui est appliquée pendant une vingtaine d'années dans le Midi. Il s'agit d'un système politique dans lequel le pouvoir émane de la base.

Les provinces d'une république fédérative

Henri 1er de Bourbon
Henri 1er de Bourbon,
Prince de Condé (1552-1588).
(S.H.P.F.)
Une sorte d'État huguenot s'ébauche dans le Midi, ce sont les Provinces-Unies du Midi, ou Provinces de l'Union, fondées à Anduze en février 1573. Leur protecteur est Henri Ier prince de Condé puis Henri de Navarre.

Les huguenots créent ainsi une république fédérative où chaque province jouit d'une grande autonomie face au pouvoir central. L'autorité est confiée au « pays », c'est-à-dire à des États-Généraux.

L'assemblée politique qui constitue l'exécutif fédéral regroupe des députés de chaque province, elle se réunit tous les six mois, elle fait les lois, décide de la paix et la guerre et vote les impôts.

En réalité, les Provinces-Unies n'ont pas constitué une sécession dans royaume. Elles affirment n'avoir d'autre but que « la gloire de Dieu, l'avancement du règne du Christ, le bien et service de cette couronne et le commun repos de ce royaume ».

Ce système a assuré une continuité administrative et judiciaire dans le sud du royaume. Il a permis une restauration rapide de l'ordre royal sous Henri IV.

Les dirigeants des Provinces-Unies négocient avec le roi les articles de l'Édit de Nantes.


Bibliographie
Histoire des Protestants en France de la Réforme à la Révolution, sous la direction de Philippe Wolff, Toulouse, Privat, 2001.
• GARRISSON, Janine, Les protestants au XVIème siècle, Paris, Fayard, 1988.
• GARRISSON, Janine, Protestants du Midi, 1559-1598, Toulouse, Privat, rééd. 1991.


L'Édit de Nantes (1598)

La fin des guerres de religion

C'est l'acte majeur du roi Henri IV car il institue la coexistence religieuse entre catholiques et protestants et impose la paix en France après 36 ans de guerre civile.

Pour informations complémentaires, voir : L'Édit de Nantes (1598)



Les Places de sûreté protestantes

Places fortes tenues par un gouverneur de place, les « places de sûreté » attribuées aux Réformés avaient un but à la fois religieux et politique.

Les places de sûreté : garantie de la sécurité des réformés

Places de sûreté protestantes
Carte des Places de
sûreté protestantes avant 1598.
Dans Sourial P.J., Les Places de
sûreté protestantes 1570-1629.
(Souriac)
C'est en 1570, que pour la première fois, les huguenots obtiennent des « places de sûreté » : l'édit de Saint-Germain, qui clôt la troisième guerre de religion, leur accorde, pour une durée de deux ans, quatre villes fortes, en garantie de l'application de l'édit ; lieux de refuge possible : La Rochelle, Cognac, La Charité-sur-Loire et Montauban.

L'édit de Beaulieu (1576) leur en octroie huit, sans préciser la durée ; Aiguesmortes et Beaucaire en Languedoc, Périgueux et le Mas-de-Verdun (appelé aujourd'hui Mas-Grenier) en Guyenne, Nyons et Serres en Dauphiné, Issoire en Auvergne et La Seyne en Provence.

L'édit de Poitiers (1577) leur en laisse huit, mais pour une durée de six ans.
Places fortes du parti protestant
Carte des Places fortes du
parti protestant entre 1598 et 1629.
Dans Sourial P.J., Les Places de
sûreté protestantes 1570-1629.
(Souriac)

L'édit de Nantes

Le deuxième brevet, annexé à l'édit de Nantes (30 avril 1598), intitulé « articles secrets », indique que le roi « tant pour la liberté de leur conscience que pour l'assurance de leurs personnes, fortunes et biens, a accordé et promis (à ses sujets de la religion prétendue réformée) que toutes les places, villes et châteaux qu'ils tenaient jusqu'à la fin du mois d'août dernier (1597), èsquelles y aura garnison (...) demeureront en leur garde sous l'autorité et obéissance de sadite Majesté par l'espace de huit ans à compter du jour de la publication dudit édit. »

Les protestants disposent donc de 150 lieux de refuge. Pour la moitié d'entre eux (51 places de sûreté et 16 places de mariage), le roi nomme les chefs et s'engage à entretenir la garnison.

Château de Saumur
Château de Saumur. (V.M.F.)
L'implantation géographique

L'implantation géographique correspond à celle des Églises réformées. Les régions concernées sont surtout l'Ouest et le Sud-Ouest, le Languedoc et le Dauphiné.

Parfois de simples maisons-fortes servant de refuge aux populations des alentours, les places de sûreté sont pour une bonne part des villes et souvent des villes importantes, comme Montauban, Nîmes, La Rochelle ou Saumur.

Le caractère précaire de l'attribution aux protestants des places de sûreté

Les places de sûreté sont cédées aux protestants pour une durée de huit ans au terme desquels ils sont tenus de les remettre. La concession a été renouvelée en 1606, puis en 1611, sous la régence de Marie de Médicis. En 1615 Louis XIII signe un nouveau brevet de prolongation.

Mais, les brevets n'ayant pas été renouvelés par la suite, les places de sûreté ont dû être l'une après l'autre rendues.

Après la prise de La Rochelle et la dernière guerre de Rohan, où les huguenots du Languedoc sont vaincus par les armées royales, l'édit de grâce d'Alès (1629) ordonne la démolition des murailles des dernières places fortes et châteaux encore tenus par des garnisons protestantes.


Bibliographie
• CORVISIER André, Armées et société en Europe de 1494 à 1789, Paris, Presses universitaires de France, 1976.
• GARRISSON Janine, L'édit de Nantes et sa révocation, Paris, Le Seuil, 1985.
• GUICHARNAUD Robert et LACAVA Marie-José, L'édit de Nantes. Sûreté et éducation, Actes du Colloque de Montauban (14-17 octobre 1998), Montauban, 1999.
• SOURIAC Pierre-Jean, Les places de sûretés protestantes (1570-1629), Mémoire de maîtrise, Université Toulouse le Mirail, 1997.


Saint-Pierre le Jeune
Strasbourg, Saint-Pierre le Jeune.
(S.H.P.F.)
La Réforme en Alsace

Naissance et implantation au XVIe siècle

La Réforme pénètre très tôt en Alsace et s'y implante rapidement. La Réforme strasbourgeoise se caractérise par sa position modérée et par son insistance sur la culture biblique. L'influence de Martin Bucer dépasse largement les limites de l'Alsace. Dès la fin du XVIe siècle c'est le luthéranisme qui domine.

Les idées de Luther pénètrent à Alsace

Terre du Saint Empire Romain Germanique, l'actuelle Alsace fut atteinte, dès les années 1520, par les premiers écrits du Réformateur Martin Luther. L'importante activité des imprimeurs strasbourgeois favorables, à quelques exceptions près, à la diffusion des idées nouvelles, à travers l'édition des traités réformateurs et d'une vaste littérature de pamphlets, permit aux thèses évangéliques d'être propagées par des prédicateurs de renom comme Matthieu Zell, officiant à la cathédrale, devant des foules enthousiastes. Wolfgang Capiton, Caspar Hédion, Martin Bucer, théologiens et exégètes actifs et reconnus, consolidèrent et amplifièrent le mouvement réformateur dans le peuple artisanal et la petite bourgeoisie de la ville : Martin Bucer fut ainsi demandé comme pasteur et prédicateur de la paroisse des maraîchers, Sainte-Aurélie, dès 1524. Même si la majorité des membres du Grand Chapitre, les chapitres de Saint-Pierre-le Vieux et de Saint-Pierre-le-Jeune comme une bonne partie du clergé traditionnel se refusèrent à embrasser la Réforme, l'évêque de Strasbourg, Guillaume de Honstein ne parvint pas, malgré sa résistance, à freiner les désirs de changement.

À Strasbourg, la municipalité régit la nouvelle Église protestante

Les années 1523-1525 virent donc se produire les premiers bouleversements ; le gouvernement municipal strasbourgeois, le Magistrat, prit une part décisive dans les responsabilités traditionnellement allouées à l'Église : il légiféra sur la prédication, s'octroya le privilège d'installer des pasteurs dans les sept paroisses de la ville et endossa la responsabilité de la diaconie envers les plus pauvres.
Enlèvement des crucifix
Enlèvement des crucifix.
(S.H.P.F.)


Une révolte réprimée dans le sang

Dans ces années, une partie des communautés rurales d'Alsace ralliées à la Réforme épousèrent les revendications du mouvement du « soulier à lacet » (Bundschuh) : en effet, les Douze Articles des paysans souabes, militant en particulier pour le droit d'élire ou de déposer leurs pasteurs, séduisent une part importante de la paysannerie de Basse Alsace. Mais le mouvement fut réprimé dans le sang par le duc de Lorraine et on compta des milliers de morts aux portes de Saverne.

La messe est supprimée à Strasbourg

À la diète d'Augsbourg, en 1530, alors que les partisans de Luther présentaient la Confession d'Augsbourg, comme la synthèse de leurs convictions, les Strasbourgeois adoptèrent une position médiane entre le symbolisme de Zwingli et la conception luthérienne de la Cène, à travers une confession de foi partagée avec trois autres villes : la Confession Tétrapolitaine. Cette position médiatrice, modérée et diaconale des réformateurs strasbourgeois resta la particularité de cette Réforme rhénane, centrée sur l'importance de la culture biblique et une piété d'intériorité, comme l'exprime l'ordonnance ecclésiastique de 1534 : l'aspect disciplinaire de la vie ecclésiale n'y est pas absent au point que la création d'ecclésioles, de communautés ferventes et confessantes fut encouragée au sein même des paroisses évangéliques, jusqu'à ce que, par peur de dissidences, le Magistrat mette un terme à cette expérience inspirée de l'Église primitive. L'Église strasbourgeoise se structura sur le plan liturgique, ecclésiastique et doctrinal : ainsi les autorités ecclésiastiques mirent-elles en place une réunion bimensuelle du corps pastoral auquel s'adjoignirent trois représentants du Magistrat (Kirchenpfleger) afin d'étudier toute question relative au ministère et à la doctrine.

Martin Bucer
Martin Bucer (1491-1551) Réformateur.
Eau-forte de René Boyvin.
(S.H.P.F.)
Le rayonnement du protestantisme strasbourgeois

La formation du clergé protestant permit la poursuite d'une catéchèse et d'une pastorale renouvelée en qualité et, dès 1538, la création d'une Haute École (aujourd'hui le Gymnase ou lycée Jean Sturm) dirigée par l'humaniste Jean Sturm, favorisant l'éclosion de cadres pour la Basse Alsace. L'audience du protestantisme strasbourgeois est réelle : Martin Bucer rédigea l'Ordonnance ecclésiastique de Hesse en 1539 et celle de l'Électorat de Cologne dont le coutumier liturgique inspira les rédacteurs du Book of Common Prayer de l'Église d'Angleterre. De ce fait, la ville fut un lieu d'accueil, en particulier, vers 1540, pour les réfugiés huguenots : Jean Calvin y séjourna de 1538 à 1541 et sa rédaction des Ordonnances ecclésiastiques de Genève doit beaucoup à l'ecclésiologie bucérienne.

Les radicaux sont accueillis à Strasbourg puis chassés

L'échec du mouvement de paysans, en 1525, favorisa l'émergence de mouvements évangéliques radicaux et la ville devint l'un des foyers de l'anabaptisme, toléré dans un premier temps par Bucer et Capiton jusqu'en 1532, avant qu'une politique plus répressive dès 1534 ne chassât, dans les campagnes de la vallée de Munster en particulier, ce mouvement très représenté dans les milieux d'artisans.

Des Églises régies par les princes et les magistrats

Malgré l'Intérim impérial (1548), qui exigeait le retour aux traditions catholiques dans l'Empire, l'Alsace conserva l'essentiel de ses acquis évangéliques et la deuxième moitié du XVIe siècle vit l'octroi des droits épiscopaux aux princes et aux magistrats urbains, ratifié par la Paix d'Augsbourg (1555) ; ceux-ci endossaient la responsabilité de la vie temporelle et spirituelle de leurs sujets : nomination des pasteurs, visites, législations ecclésiastiques particulières, droit d'imposer leur confession.

Le luthéranisme

La fin du XVIe siècle vit la fixation d'une relative orthodoxie luthérienne sous l'impulsion de Jean Marbach, concrètement exprimée dans la Formule de Concorde de 1577.

A. Noblesse



La Réforme à Montbéliard

Dans le comté de Montbéliard, la Réforme est luthérienne mais elle est influencée un temps par Guillaume Farel.

La Réforme est d'abord luthérienne

Montbéliard
Montbéliard au début du XVIIe siècle.
(S.H.P.F.)
C'est au temps du prince Ulric de Wurtemberg, comte de Montbéliard, que la Réforme luthérienne est introduite dans la Principauté.

Ulric avait accueilli en 1522 Jean Gayling, disciple de Luther, après avoir été en contact avec le réformateur Oecolampade. Ce faisant Ulric réagissait contre les abus du clergé catholique de l'époque.

En 1524, Oecolampade envoie à Montbéliard Guillaume Farel qui avait quitté l'Église catholique lorsqu'il fut convaincu que la réforme intérieure y était impossible. À Montbéliard, Farel administrait l'eucharistie sous les deux espèces. En 1525, Érasme écrivait de Rotterdam : « À Montbéliard, Farel a été appelé à prêcher l'Évangile : son succès est merveilleux ».

Mais sous la pression des cantons suisses catholiques, Ulric est obligé de se séparer de Farel. En 1527, l'archevêque de Besançon excommunie l'ensemble des habitants de Montbéliard, mesure qu'il lève en 1529.

L'influence du courant réformé suisse

Jean Oecolampade
Jean Oecolampade (1482-1531).
(S.H.P.F.)
En 1535, le réformateur Pierre Toussain arrive à Montbéliard. Il était chanoine à Metz, ville où il a été attiré par les milieux évangéliques, d'où il part pour Bâle, hébergé par Oecolampade. Il y rencontre Farel puis Zwingli à Zurich. Ce dernier lui développe sa position concernant la présence du Christ dans la Cène.

Dès son arrivée à Montbéliard, Toussain fait ouvrir une école pour les garçons et les filles. En 1538, il obtient l'établissement de l'Église évangélique dans la principauté : le 17 novembre 1538, le comte Georges de Montbéliard fait abolir la messe et les cérémonies catholiques. La Sainte Cène est célébrée à Pâques 1539 selon les principes évangéliques. Dès la fin de 1539, les treize premiers prédicants recrutés par Farel à Genève arrivent et sont installés le 1er avril 1540 dans les paroisses rurales. C'est ainsi que le luthéranisme montbéliardais se trouve marqué par les positions calvinistes qui prévalaient en Suisse.

En 1544, Toussain définit le sacrement de la Cène dans laquelle c'est le vrai corps et le vrai sang du Seigneur qui nous est donné pour la nourriture de nos âmes mais il va de soi qu'il n'y a rien là de charnel ni de matériel : il s'agit d'un corps céleste spirituel.

En 1548, l'empereur Charles Quint impose aux montbéliardais l'Intérim, à la suite de la victoire qu'il avait remportée sur les princes protestants divisés. L'Intérim était une formulation de doctrine et de discipline qui comportait une atténuation de la doctrine catholique et qui devait être obligatoire jusqu'à la réunion d'un prochain concile. Un régime mixte prévalut jusqu'en 1553. D'un côté les prêtres pratiquaient le catholicisme tel qu'il était avant la Réforme, de l'autre les prédicants conservaient les dispositions évangéliques.

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En 1555, Toussain rompt avec Farel et Calvin qui avaient été ses amis. Les motifs de séparation sont la doctrine de la prédestination et la punition des hérétiques dont Calvin avait donné l'exemple avec le supplice de Michel Servet.

Pendant son ministère à Montbéliard, Toussain crée une école dans chaque presbytère. Il applique les dispositions de la Confession d'Augsbourg qu'il considère conforme à la Parole de Dieu. Il prend sa retraite en 1571 et meurt en 1573 à près de 75 ans.

La Réforme s'est implantée dans le Pays de Montbéliard sans qu'aucune violence ait été exercée et sans qu'une goutte de sang ait été répandue.


Bibliographie
• VIENOT, John, Histoire de la Réforme dans le Pays de Montbéliard depuis son origine jusqu'à la mort de P. Toussain 1524-1573, Montbéliard, Imprimerie Montbéliard, 1900.


Traductions de la Bible en latin et en français au XVIe siècle

Au XVIe siècle de nombreuses traductions de la Bible sont effectuées en latin et en français.

Pour informations complémentaires, voir : Traductions de la Bible en latin et en français au XVIe siècle.



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