Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Au XVIIe siècle, les protestants qui vivent sous le régime de l'édit de Nantes font preuve de vitalité sur le plan théologique et intellectuel. Mais Louis XIII, après la paix d'Alès, leur ôte leurs places fortes. Louis XIV entame petit à petit leurs libertés religieuses puis emploie la force armée pour obtenir leur conversion au catholicisme. Par la Révocation de l'édit de Nantes en 1685, le protestantisme est interdit en France.

L'édit de Nantes, accordant aux protestants le droit de cité en France, dure près d'un siècle. Il est démantelé par Louis XIII, qui ôte les avantages politiques et militaires, puis par Louis XIV qui supprime progressivement les libertés religieuses.

Le protestantisme sous l'édit de Nantes
L'application de l'édit de Nantes jusqu'en 1610
Les dernières guerres de religion (1621-1629)
Une apparente accalmie (1630-1660)
La reconquête catholique (1600-1660)
L'édit à la rigueur (1661-1685)
Les réformés et le roi (1630-1660)
Les Places de sûreté protestantes
Les courants catholiques réformateurs dans la France du XVIIe siècle



Le protestantisme sous l'édit de Nantes

L'édit de Nantes, accordant la liberté aux protestants de France, dure près d'un siècle. Mais il est d'abord démantelé par la suppression des avantages politiques et militaires, puis les lieux de culte et la liberté religieuse sont de plus en plus contestés.

Fin du parti protestant

La France religieuse
La France religieuse
à l'époque de l'édit de Nantes.
(D.R.)
L'édit de Nantes, signé en 1598 par Henri IV, met fin aux guerres de religion du XVIe siècle. Par cet édit, le culte protestant est autorisé dans certaines limites, les protestants ont accès à tous les emplois, le parti protestant est maintenu avec ses places fortes pour une durée limitée.

À la mort du roi Henri IV, les relations entre le roi et les protestants se détériorent. Trois nouvelles guerres de religion ont lieu sous Louis XIII, la troisième avec le célèbre siège de la Rochelle.

Le parti protestant est défait. Les protestants ne peuvent plus défendre leur cause militairement.

Vers la révocation de l'édit de Nantes

Démolition
Démolition de 89 temples en Languedoc (1663).
(Archives Dép. du Gard)
Par la suite, la liberté de culte et l'accession aux emplois vont être progressivement rognées, de façon insidieuse d'abord, puis plus musclée ensuite.

Des temps d'accalmie surviennent cependant, liés à la politique extérieure du roi qui s'allie aux princes protestants et à l'Angleterre contre les Habsbourg.

Les catholiques, de leur côté, essayent par divers moyens de ramener les protestants vers leur Église. C'est la reconquête catholique.

Lorsque Louis XIV accède au pouvoir, il restreint de plus en plus les libertés des protestants et fait fermer de nombreux lieux de culte. C'est la période de « l'édit à la rigueur ».

Mais il faut attendre les dragonnades (ou logement forcé des soldats du roi chez les protestants avec liberté de commettre toutes les exactions possibles) pour aboutir à une abjuration massive des protestants.

Louis XIV révoque alors l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau en 1685.

Le protestantisme n'a plus droit de cité en France et passe dans la clandestinité.


Bibliographie
Histoire des Protestants en France de la Réforme à la Révolution, sous la direction de Philippe Wolff, Toulouse, Privat, 2001.
• LABROUSSE Élisabeth, Une foi, une loi, un roi ? La Révocation de l'édit de Nantes, Paris – Genève, Payot – Labor et Fidès, 1985.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


L'application de l'édit de Nantes jusqu'en 1610

Après l'édit de Nantes, la France connaît une période de paix. Henri IV veille à la bonne application de l'édit qui protège les protestants mais limite l'expansion du protestantisme.

L'enregistrement de l'édit de Nantes
Édit de Nantes
Enregistrement de l'Édit de Nantes
par le Parlement de Paris.
(S.H.P.F.)

L'édit de Nantes, signé en 1598 par Henri IV, mettait fin à 36 ans de guerres de religion. Il s'ensuit une période de paix véritable.

La France est, avec la Navarre, un des rares pays d'Europe admettant officiellement le catholicisme et le protestantisme.

Une fois l'édit signé, Henri IV exige qu'il soit promulgué. Les autorités catholiques essayent de l'empêcher. Les parlements ne pouvant admettre qu'il y ait deux « religions » dans l'État refusent d'enregistrer l'édit. Le parlement de Paris ne cède qu'après un an, en 1599, et ceux de Toulouse, Dijon, Aix et Rennes au bout de deux ans, tandis que celui de Rouen n'enregistre l'édit qu'en 1609, au bout de onze ans.

L'application de l'édit de Nantes

Charenton
Charenton : le 2ème temple sous Henri IV.
(S.H.P.F.)
La surveillance de l'application de l'édit est confiée à des commissions mixtes, comportant chacune un catholique et un protestant, désignées par le roi.

Au point de vue religieux, l'édit de Nantes légitime l'installation d'un millier de lieux de culte : ceux qui étaient déjà établis en 1596 et 1597.

Les lieux de culte sont à l'écart des grandes villes, mais Henri IV permet aux protestants de Paris de se réunir à Charenton (Val de Marne), alors que l'édit les renvoyait à 5 lieues (20 km) au moins de la capitale.

En ne reconnaissant que les communautés existantes, l'édit interdit de fait toute expansion du protestantisme. La population réformée est estimée à 1,2 million de fidèles, en incluant le Béarn qui appartient personnellement au roi.

Des « privilèges »

Places fortes du parti protestant
Carte des Places fortes
du parti protestant entre 1598 et 1629.
Dans Sourial P.J., Les Places de
sûreté protestantes 1570-1629.
(Souriac)
Les protestants sont une minorité religieuse mais aussi un parti qui dispose de « privilèges » (places fortes et assemblées politiques). Henri IV ménage le parti protestant en raison de la rivalité de la France avec l'Espagne qui soutient les catholiques français.

L'édit avait concédé aux protestants des places fortes, dites places de sûreté, pour huit ans seulement. En 1608 Henri IV leur en accorde le renouvellement. Pour Henri IV c'était une protection contre une éventuelle invasion du Sud-Ouest par les Espagnols.

Dès 1601, les protestants obtiennent l'autorisation de tenir à nouveau des assemblées politiques. Il s'agit d'assemblées à forte composante nobiliaire chargées d'élire deux députés des Églises, mandatés pour présenter au roi des requêtes et doléances. Ceci était devenu nécessaire face à l'hostilité du clergé local et des parlements.

En 1610, Henri IV est assassiné par Ravaillac. Les protestants perdent leur protecteur.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Les dernières guerres de religion (1621-1629)

Sous Louis XIII, à la suite de l'affaire du Béarn, les protestants se révoltent contre le roi. Après leur défaite, ils perdent leurs assemblées politiques et leurs places de sûreté : ils ne dépendent plus alors que du bon vouloir du roi.

Duc Henri de Rohan
Duc Henri de Rohan
(1579-1638).
(S.H.P.F.)
L'assemblée de Saumur

Après l'assassinat d'Henri IV en 1610, l'édit de Nantes apparaît fragile. Le début de la régence de Marie de Médicis inquiéte les réformés en raison du rapprochement avec l'Espagne catholique.

Les représentants du parti protestant tiennent une assemblée politique à Saumur en 1611.

Les « prudents » avec Duplessis-Mornay, prônent le loyalisme à la couronne.

Les « fermes » avec Henri de Rohan, sont prêts à l'affrontement.

La stratégie de l'affrontement l'emporte en 1617 avec l'affaire du Béarn, mais la division entre prudents et fermes affaiblit le parti protestant.

L'affaire du Béarn (1617-1620)


Messe catholique en Béarn
Rétablissement de
la messe catholique en Béarn.
Gravure Melchior Tavernier 1620.
(Bibliothèque Nationale)

Le Béarn était un vicomté de la famille d'Albret dont Henri IV avait hérité de sa mère, Jeanne d'Albret, en même temps que du royaume de Navarre.

Par la volonté de Jeanne d'Albret, le Béarn était devenu protestant et les biens du clergé catholique avaient été mis sous séquestre. En 1599, Henri IV avait fait rétablir en Béarn l'exercice du culte catholique, mais la restitution des biens ecclésiastiques n'avait pas été effectuée.

En 1616, le conseil du Béarn, composé de magistrats protestants, s'était compromis lors de troubles de nobles protestants. En 1617, le conseil du roi proclame la réunion au royaume de France du Béarn, propriété personnelle du roi, et décide d'y faire exécuter toutes les dispositions de l'édit de Nantes. Le conseil du Béarn, refuse d'enregistrer cette décision.

En 1620, le roi Louis XIII arrive à Pau avec des troupes et il remplace le conseil du Béarn par un parlement où ne siègent que des catholiques. Il rétablit le culte catholique. Ce changement alarme le parti protestant dans tout le royaume et entraîne un mouvement de résistance au roi au nom de « la cause » réformée.

Les guerres de religion sous Louis XIII

Rouanes
Rouanes, monnaie émise par
le duc de Rohan entre 1620 et 1629
dans la région d'Anduze.
(Collection privée)
Ces guerres, dites aussi guerres de Monsieur de Rohan, du nom du principal chef du parti protestant, ont pour enjeu le pouvoir politique des protestants qui repose sur les assemblées politiques et les places fortes. La monarchie tendant vers l'absolutisme ne peut tolérer longtemps une minorité à structure partisane qui apparaît comme « un état dans l'État ».

Henri de Rohan frappe sa propre monnaie, les « rouanes », à Anduze : ce sont des douzains semblables à ceux du roi. Dans une lettre de novembre 1628, Henri de Bourbon accuse Henri de Rohan de « faire battre monnaie aux armes royales et dues au roi seul ».

Première guerre (1621-1622)

Montpellier
Montpellier.
(S.H.P.F.)
Une assemblée nationale des Églises réformées s'était réunie à la Rochelle. Elle comprenait 75 députés, pasteurs et laïcs, pour la plupart liés aux principales familles nobles protestantes. Beaucoup d'Églises avaient refusé d'envoyer des députés. L'assemblée de la Rochelle proteste contre l'annexion du Béarn et organise des levées de taxes et de soldats et fait même appel à la protection du roi d'Angleterre.

Refusant de se dissoudre, l'assemblée apparaît comme faisant sécession, bien qu'elle déclare demeurer fidèle au roi et ne chercher qu'à défendre la liberté des Églises réformées.

Les principaux chefs protestants sont :

Henri de Rohan qui commande en Languedoc
Benjamin de Rohan, son frère seigneur de Soubise, qui reste dans la région de la Rochelle.

Louis XIII se met en campagne en avril 1621 et entre sans résistance dans les deux villes protestantes de Saumur et de Thouars.

La ville de Saint-Jean d'Angely en Saintonge, tenue par Soubise, résiste mais doit se rendre après un siège de deux semaines. Ses remparts sont renversés et elle perd ses privilèges. L'armée royale se dirige ensuite vers Montauban pourvue d'une forte garnison et met le siège devant la ville. Mais atteinte d'une épidémie de fièvre qui lui cause beaucoup de pertes, elle se retire.

Henri de Rohan est maître du Languedoc. Il établit son quartier général de 1622 à 1629 à Anduze dont il fait une place forte (aujourd'hui subsiste un vestige des fortifications de la ville : la tour de l'horloge).

Soubise tient la Rochelle qui avait acquis la suprématie maritime sur la côte atlantique. Il pille les villes catholiques du Bas-Poitou.

Le roi, appelé au secours, livre bataille dans le marais poitevin de Rié. Soubise perd plusieurs milliers d'hommes mais s'échappe de justesse. Poursuivant son avantage l'armée royale occupe les places protestantes de Guyenne et pousse jusqu'à Montpellier dont elle fait le siège sans succès.

En octobre 1622, sous les murs de Montpellier, le roi accorde un traité aux protestants. Une amnistie couvre tous les faits de guerre de 1621 à 1622. Les protestants doivent démanteler de nombreux sites fortifiés et renoncer à tenir garnison dans certaines de leurs places de sûreté. Le roi entre dans Montpellier. L'assemblée de la Rochelle accepte les termes du traité et se disperse.

Deuxième guerre (1624-1625)

La paix de Montpellier en 1622 n'était de fait qu'une trêve. Au début de 1624 les hostilités reprennent lors d'un coup de main de la flotte de la Rochelle dans la rade du fleuve Blavet, près de Lorient. Soubise confisque tous les vaisseaux présents dans la rade. Au début 1625, il prend le contrôle de tous les ports des îles de Ré et d'Oléron au large du littoral charentais.

En 1625, le conseil du roi, dans lequel Richelieu était entré comme ministre dès 1624, lance trois expéditions :

aux environs de Castres,
dans l'île de Ré où les soldats du roi débarquent,
en mer où les Rochelais sont défaits en septembre 1625 au large de l'île de Ré, ce qui conduit Soubise à se réfugier en Angleterre.

Un accord de réconciliation est conclu en 1626 grâce à l'entremise des Anglais. Louis XIII maintient aux protestants les « privilèges » de l'édit de Nantes mais impose à la Rochelle la présence d'un commissaire pour y contrôler le conseil de la ville.

Troisième guerre (1627-1629)

Timbre Richelieu
Timbre représentant Richelieu
et le siège de La Rochelle.
(Collection privée)
En 1627, l'Angleterre se déclare protectrice des réformés français. À partir de mars 1627, le duc de Buckingham prépare une expédition navale anglaise contre la France avec plus de 80 vaisseaux et 10 000 hommes. Il est accompagné de Soubise.

Les habitants de la Rochelle sont divisés. Les magistrats, notamment le maire, Jean Guiton, veulent rester fidèles au roi, mais la ville s'ouvre aux Anglais. Le duc débarque dans l'île de Ré dont la citadelle de Saint-Martin résiste.

Une contre-offensive royale oblige l'escadre anglaise à se retirer en octobre 1627.

À partir d'août 1627, Richelieu organise le siège de la Rochelle. Le blocus est réalisé grâce à une tranchée fortifiée de 12 km complétée par une digue de 1 800 m constituée de bateaux coulés en mer.

En mars 1628, la Rochelle repousse un assaut des troupes royales. En mai, le duc de Buckingham revient mais renonce à forcer le blocus et se retire. Une autre flotte anglaise revient fin septembre puis se retire sans résultat.

De son côté, Henri de Rohan, bloqué dans les Cévennes, ne peut envoyer de secours. En octobre 1628 la Rochelle, épuisée par la famine, se rend après plus d'un an de défense héroïque organisée par son maire. Lors de la reddition, la ville est jonchée de morts que les survivants n'ont pas eu la force d'enterrer. Il ne reste que 150 soldats capables de se tenir debout et 5 000 habitants vivants. Pour Richelieu, qui a dirigé les opérations de siège, c'est un succès politique personnel.

En Languedoc, Henri de Rohan tenait toujours. En septembre 1628, il avait entamé des négociations avec l'Espagne devenue adversaire de la France. Lorsque celles-ci aboutissent, les secours espagnols n'ont pas le temps de venir avant que les forces royales, de retour d'Italie, passent à l'offensive dans le Vivarais, et prennent la place forte de Privas (Ardèche). Les habitants sont massacrés ou chassés avec interdiction de revenir et la ville est brûlée.

Cette nouvelle conduit les places fortes du Languedoc à capituler. Louis XIII met le siège devant Alès (Gard) qui se rend en juin 1629. Henri de Rohan se soumet. Il est autorisé à partir en exil à Venise.

La paix d'Alès (1629)

Plan d'Alès
Plan d'Alès (siège de 1629).
Dessin de Jean de Beins, ingénieur
d'Henri IV et précurseur de Vauban.
(R. Laurent)

Par la paix d'Alès (ou Alais) Louis XIII accorde son pardon aux habitants de la ville qui conservent leurs biens. Les réformés peuvent continuer à pratiquer leur religion.

La paix d'Alès est confirmée par l'édit de grâce de Nîmes qui accorde l'amnistie aux protestants et confirme l'édit de Nantes mais leur enlève leurs privilèges politiques : places de sûreté et assemblées politiques.

Elle met fin à six ans de guerre civile et marque la fin du parti protestant.

Richelieu fait raser les fortifications des villes soulevées : les protestants sont dorénavant entièrement dépendants du « bon plaisir » du roi.


Bibliographie
• BOST Charles, Histoire des protestants en France, Carrières-sous-Poissy, La Cause, 1992.
• BERCE Y. M., La naissance dramatique de l'absolutisme (1598-1660), Paris, Le Seuil, 1992.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Une apparente accalmie (1630-1660)

Après la paix d'Alès, Richelieu tente de réintégrer les protestants dans l'Église catholique. Sous le ministère de Mazarin, les impératifs de politique étrangère et la loyauté des protestants pendant la Fronde leur valent une période d'accalmie.

La politique de réintégration de Richelieu de 1630 à 1642

Armand du Plessis
Armand du Plessis,
Cardinal de Richelieu
(1585-1642).
(Collection du
Château de Coppet)
La paix d'Alès (et l'édit de Nîmes) en 1629 avait enlevé aux protestants leurs places de surêté et mis fin à leur pouvoir politique. Le culte catholique est rétabli dans les villes réformées : Montauban, Nîmes, Castres,... et les protestants doivent subvenir au financement du culte catholique en application de l'édit de Nantes.

Il y a aussi un changement dans les régions protestantes avec l'arrivée de paysans, d'artisans et d'ouvriers catholiques (Montauban, La Rochelle). Suivent les notables catholiques avec leurs domestiques. À partir de 1632, le parlement de Toulouse impose aux villes protestantes, notamment Montauban et Castres, que leur municipalité comprenne un nombre égal de catholiques et de protestants.

Par ailleurs, Richelieu cherche à obtenir la réunion à l'Église catholique des « dissidents hérétiques ». Il considère en effet l'unité religieuse comme le ciment de l'unité politique. Richelieu pense que le différend théologique entre catholiques et protestants peut être aplani en recentrant le catholicisme sur la « vraie religion » élaguée de quelques dogmes secondaires. Ce projet de réunion dans une Église catholique gallicane soulève l'opposition tant des synodes réformés que de Rome.

Des restrictions juridiques

Défense de troubler les catholiques
Défense de troubler
les catholiques dans
leurs dévotions (1643).
(S.H.P.F.)

Par ailleurs des restrictions juridiques sont prises par des parlements, souvent influencés par une société religieuse catholique : la Compagnie du Saint-Sacrement. Il s'agit de suppressions de lieux de culte protestant ou de fermetures d'écoles pour infraction à l'édit de Nantes. Une déclaration royale de 1634 interdit aux pasteurs d'exercer en dehors de leur lieu de résidence : ainsi les temples annexes ne peuvent plus être utilisés comme lieux de culte.

À partir de 1635 les assemblées du clergé, qui réunissent tous les cinq ans les évêques et des délégués des chapitres et des abbayes devant le roi, lui présentent des cahiers de doléances comportant des plaintes contre les huguenots de façon à le pousser à une application plus stricte de l'édit.

En 1640, un arrêt du conseil du roi ordonne de saluer les processions du Saint-Sacrement sous peine d'une forte amende.

Cependant la politique étrangère de Richelieu d'opposition aux Habsbourg dans le cadre de la guerre de Trente ans s'appuie sur les princes protestants de l'empire germanique. Richelieu fait alors passer au second plan la « réduction de l'hérésie » en France.

Une accalmie avec Mazarin

Puylaurens
Puylaurens, académie protestante.
(S.H.P.F.)
En 1643 à la mort de Louis XIII, son fils Louis XIV devient roi. Il a cinq ans : la régence est assurée par Anne d'Autriche, la reine-mère. Le cardinal Mazarin est ministre de Louis XIV de 1644 à 1661.

Mazarin poursuit la politique étrangère de Richelieu contre l'empereur Ferdinand III (jusqu'au traité de Westphalie en 1648) et contre l'Espagne. Il est aux côtés des princes protestants allemands et de l'Angleterre. La raison d'État implique de ne pas mécontenter les alliés : les protestants français ne sont plus inquiétés juridiquement.

Plusieurs arrêts du conseil du roi reviennent même sur les limitations de l'édit de Nantes instituées par des arrêts antérieurs. Cette mansuétude faisait dire que le cardinal n'avait pas grand zèle pour l'Église.

Pourtant l'avancée catholique se poursuit avec la création de diocèses : en 1648 La Rochelle devient le siège d'un évêché.

Pendant la Fronde de 1649 à 1653, les protestants restent fidèles à la couronne. La déclaration royale de 1652, signée par Louis XIV lors de sa majorité, confirme solennellement l'édit de Nantes en louant les réformés « de leur affection et fidélité » pendant les troubles.

Pendant cette période de calme religieux, le protestantisme regagne du terrain : les réformés rebâtissent des temples démolis et même en construisent de nouveaux, mais en 1659 l'académie de Montauban (faculté de théologie réformée) est exilée à Puylaurens, petit village écarté du Tarn, et le collège protestant de Montauban passe entièrement aux mains des jésuites.

La réaction catholique

Devant l'avancée des protestants, l'assemblée du clergé réagit en 1655 avec un cahier de doléances demandant la révocation de la déclaration de 1652 ainsi que la destruction de temples et la limitation de l'accès aux offices.

Mazarin accepte et la déclaration royale de 1656 est plus restrictive que celle de 1652. Cependant un synode national des Églises réformées est encore autorisé à Loudun en 1659 mais ce sera le dernier.

La paix des Pyrénées signée avec l'Espagne en 1659 allait permettre de prendre des mesures beaucoup plus contraignantes contre les réformés. Ce sera l'édit à la rigueur.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Un exemple de controverse
Un exemple de controverse.
Lettres d'un théologien
catholique à un magistrat
protestant (Strasbourg, 1732)
pour le convaincre
de se convertir.
(Collection privée)
La reconquête catholique (1600-1660)

Les forces vives de l'Église catholique dynamisées par le concile de Trente se lancent dans la reconquête pacifique sur « l'hérésie » protestante. Elles utilisent trois moyens : la controverse, la mission, la conversion personnelle.

La controverse : une affaire de théologiens

Commencée au XVIe siècle, la controverse se renforce au XVIIe siècle. Elle porte alors essentiellement sur l'Église et la messe. Il s'agit de débats publics entre théologiens catholiques, principalement jésuites, et pasteurs protestants. Chacun cherche à convaincre les auditeurs du bien fondé de sa position et de l'erreur de la position adverse, à partir de textes de la Bible et de la tradition de l'Église. Il y a aussi des controverses écrites qui donnent lieu à des milliers de documents. Ces joutes savantes entre théologiens n'ont que peu d'impact sur le plan des conversions.

La mission

Prédication d'un capucin
Prédication d'un capucin devant
le logis des députés protestants.
(S.H.P.F.)
Il s'agit de combattre le protestantisme par la prédication et la catéchisation de la population. À partir de 1617 des journées de mission, conduites par des religieux capucins, sont organisées dans les régions à prédominance réformée, à la fois pour convertir les « hérétiques » et pour protéger les fidèles catholiques, notamment en Poitou, dans les Cévennes, le Languedoc et le Dauphiné.

La journée se termine par des confessions et des communions. Ces actions rencontrent un certain succès dans l'Ouest avec des milliers de conversions mais n'atteignent pas un résultat d'ensemble déterminant.

La conversion personnelle

Les compagnies de la propagation de la foi composées d'ecclésiastiques et de laïcs dévots s'efforcent d'obtenir des conversions personnalisées : il s'agit de « ramener les errants et tous les dévoyés de la foi à la connaissance de la vérité ».

La première compagnie est celle de Paris créée en 1632. À partir de 1640, d'autres compagnies sont créées en province sous l'autorité de l'évêque du diocèse.

Les compagnies portent un secours financier à ceux qui abjurent et sont mis au ban de leur ancienne communauté. Elles recueillent les plus démunis dans des maisons de nouveaux catholiques. Le pouvoir royal contribue au financement de l'opération.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


L'édit à la rigueur (1661-1685)

Le harcèlement juridique (1661-1685)
La résistance des protestants (1661-1680)
La politique de conversion (1660-1685)
Les dragonnades (1681-1685)

Tandis que le clergé catholique lance des missions de conversion des protestants, Louis XIV met d'abord en oeuvre une politique de restriction à l'édit de Nantes puis se lance dans une campagne d'intimidation, avec les dragonnades, visant à faire disparaître le protestantisme du royaume.

Dragonnades
Dragonnades dans le Poitou en 1685.
(S.H.P.F.)
De la persécution légale à la violence

L'étouffement du protestantisme, voulu par Louis XIV est progressif. Il est rythmé par les contraintes de la politique étrangère du roi. Le clergé catholique entreprend une politique de conversion des protestants au catholicisme avec des arguments tendant à minimiser les différences théologiques. Il lance aussi des missions de conversion accompagnées d'aides sociales aux nouveaux convertis.

À l'instigation des évêques, l'application de l'édit de Nantes donne lieu de la part des parlements à un harcèlement juridique consistant à rechercher les moindres irrégularités pour justifier la fermeture de temples.

De son côté le roi restreint progressivement l'édit lui-même sur l'exercice du culte, l'accès des protestants à certaines fonctions et même la liberté de conscience.

La résistance des protestants est limitée et passive. Elle commence en 1683 à l'appel de l'avocat Claude Brousson sous forme d'assemblées réunies pour des cultes sur les ruines des temples détruits, ce qui était interdit.

La violence commence en 1681 avec les dragonnades en Poitou. Il s'agit du logement forcé de soldats du roi chez les protestants. Les soldats se font nourrir et payer. Ils vendent ensuite ou détruisent les meubles puis ils maltraitent leurs hôtes, et même leurs enfants, jusqu'à obtenir leur abjuration. Les dragonnades se généralisent au sud de la Loire en 1685.

Il s'ensuit des conversions en masse de protestants au catholicisme et, malgré l'interdiction royale, de nombreux départs vers les pays du refuge, à l'étranger.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Le harcèlement juridique (1661-1685)

Sous la pression du clergé, Louis XIV décide d'appliquer l'édit de Nantes dans un sens de plus en plus restrictif pour forcer les protestants à se convertir. C'est pourquoi on parle d'édit à la rigueur.

L'utilisation des plaintes du clergé

Défense de chanter les psaumes
Défense de chanter
les psaumes, 1681.
Ordonnance défendant
aux protestants de
chanter leurs psaumes
en revenant du temple
de Charenton et ailleurs.
(S.H.P.F.)

En 1661 commence le règne personnel de Louis XIV. Le roi a pour dessein de réunir à l'Église catholique ceux qui s'en étaient séparés. Pour lui, c'est une condition nécessaire à l'unité du royaume.

La réalisation de ce dessein ne s'arrête pas même si elle est modulée par les circonstances extérieures. C'est ainsi qu'elle est ralentie pendant la guerre de Dévolution (1667) contre l'Espagne et pendant la guerre de Hollande (1672-1678) qui se termine par la paix de Nimègue. Louis XIV vainqueur, alors au faîte de sa puissance, devient « dévot » et il relance la politique de persécution légale.

Le roi nomme des commissaires royaux chargés d'enquêter sur les plaintes du clergé qui lui sont transmises après la réunion des évêques de France en 1656. À partir de 1665 la charge de commissaire royal est attribuée à l'intendant de chaque province.

Plusieurs ecclésiastiques juristes justifient une interprétation restrictive de l'édit de Nantes au motif que celui-ci a été arraché par la « religion prétendue réformée » à la faveur des guerres.

Il se met en place une législation démolissant l'édit pièce à pièce par une succession d'arrêts du conseil du roi et de déclarations royales au moins 75 de 1661 à 1678 et une centaine de 1679 à 1685.

L'exercice du culte et l'enseignement

Défense d'enterrer les morts
Défense d'enterrer les morts
dans la journée (1663).
(S.H.P.F.)
À la demande du clergé des diocèses, les commissaires enquêtent avec zèle sur la régularité de l'exercice du culte réformé. L'ordre de fermeture des temples intervient en cas d'irrégularité, en particulier si on ne peut pas prouver leur existence en 1596 ou 1597. Il ne reste plus alors que la réussite improbable d'un appel au conseil du roi. En cinq ans sur 700 églises réformées plus de 250 sont fermées et parfois démolies, comme celle de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard). Ces mesures sont complétées en 1661 par l'interdiction du chant des psaumes hors des temples et en 1663 par l'interdiction des prédications à proximité des temples fermés sur ordre royal.

Les enterrements des protestants ne peuvent plus avoir lieu que de nuit et avec une assistance réduite. Les cultes dans les châteaux des seigneurs protestants sont entravés en 1682 puis supprimés en 1684.

Les collèges réformés sont interdits, puis, entre 1681 et 1685, les académies où sont formés les pasteurs afin d'en tarir le recrutement.

Édit royal
Édit royal de 1685
interdisant aux protestants
d'être reçus avocats.
(Musée du Désert)
L'accès aux charges et dignités

Les réformés sont aussi visés dans leur vie civile et professionnelle : ils sont progressivement exclus des fonctions municipales et judiciaires. Les réformés juristes deviennent alors avocats jusqu'à ce que la profession leur soit interdite en 1685.

À partir de 1664 les protestants sont exclus de la plupart des corporations, des métiers de santé et du livre en particulier.

La liberté de conscience

Les dispositions très précises de l'édit de Nantes sur la liberté de conscience ne sont plus respectées. De lourdes peines sont prévues en 1663 pour empêcher aux nouveaux convertis au catholicisme tout retour à la « religion prétendue réformée ».

En 1680, les conversions au protestantisme sont interdites pour empêcher les mariages mixtes.
Enlèvement des enfants
Enlèvement des enfants protestants.
(S.H.P.F.)

Le domicile n'est plus un abri contre les « convertisseurs ». En 1666, il est permis aux curés de se présenter aux malades pour savoir s'ils veulent mourir dans la « religion prétendue réformée ». Mais en 1669, le curé ne peut plus entrer qu'accompagné d'un magistrat et à la demande du malade. En revanche en 1680, ordre est donné aux juges de se transporter chez les malades et d'appeler un ecclésiastique.

En 1681, les enfants peuvent être enlevés à l'autorité des parents aux fins d'éducation chez un parent catholique, dans un collège jésuite pour les garçons ou un couvent pour les filles. Leur conversion est même déclarée valide dès l'âge de sept ans.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


La résistance des protestants (1661-1680)

Les protestants sont prisonniers de leur loyalisme vis-à-vis du roi. C'est pourquoi ils ont peu résisté aux mesures restrictives prises à leur encontre par Louis XIV.

Claude Brousson
Claude Brousson
(1647-1698).
Avocat puis « prédicant ».
(S.H.P.F.)
Les protestations juridiques

La communauté réformée revendique son loyalisme vis-à-vis du roi. Elle utilise cependant un certain nombre de moyens légaux pour tenter de résister aux attaques dont elle est l'objet.

Le député général des Églises réformées présente des requêtes auprès du roi et demande au conseil du roi de casser un certain nombre d'arrêts des parlements de province, en particulier ceux de Toulouse et de Guyenne. Parfois il obtient gain de cause. D'autre part les protestants et les communautés se pourvoient devant les tribunaux. Quelques avocats protestants s'illustrent dans la défense de la cause réformée, comme Claude Brousson à Toulouse. Ils ont quelque succès qui retarde le processus de démembrement de la communauté réformée.

Défense de quitter le Royaume
Défense aux gens de mer
de quitter le Royaume, 1682.
(S.H.P.F.)
L'émigration

Quand tombent les arrêts d'interdiction du culte réformé et les atteintes à la liberté de conscience, beaucoup de réformés comprennent qu'il n'y a pas d'avenir possible pour eux dans le Royaume. Ils émigrent malgré l'interdiction formelle de l'établissement en pays étranger qui est formulée en 1669 et répétée en 1682.

Les principaux pays d'accueil sont l'Allemagne, l'Angleterre, les Pays-Bas et la Suisse.

La protestation pacifique de Claude Brousson

L'idée d'une organisation clandestine des Églises avait vu le jour en Dauphiné, Cévennes et Vivarais. Des directeurs nommés par les synodes régionaux devaient prendre toutes les mesures pour maintenir le culte dans les lieux où il était interdit.

Signature de Claude Brousson
Signature de Claude Brousson.
(Collection privée)
Lorsque le temple de Montpellier est condamné à être rasé en novembre 1682, deux protestations sont envoyées, l'une au Parlement de Toulouse qui avait prononcé la condamnation, l'autre auprès du roi. Les deux protestations, sans doute écrites par l'avocat Claude Brousson, restent sans effet. Le temple de Montpellier est rasé en décembre 1682.

Claude Brousson tente alors de coordonner les efforts de résistance dans le midi. Il réunit à Toulouse le 3 mai 1683 seize directeurs représentant le Haut et Bas Languedoc, les Cévennes, le Vivarais, le Dauphiné. Ils se mettent d'accord sur un projet de 18 articles distinguant les devoirs des sujets vis-à-vis du roi, des obligations des croyants vis-à-vis de Dieu. C'est pourquoi il invite les réformés à se réunir dès le 27 juin pour célébrer le culte dans les lieux où celui-ci est interdit, sans ostentation mais de façon non secrète. Ils espèrent faire plier le roi par une manifestation pacifiste de grande ampleur dans toute la France.

Mais la Guyenne, Saintonge et Poitou refusent de s'associer à cette manifestation collective, ainsi que les grandes villes du Haut et Bas Languedoc. La manifestation calme, décidée à Toulouse se transforme en émeute du fait de certains protestants. Elle est sévèrement réprimée. Pour la discréditer, les catholiques répandent le bruit que le projet a été concerté avec le prince Guillaume d' Orange.



La politique de conversion (1660-1685)

Tandis que l'édit est appliqué « à la rigueur » l'Église catholique utilise des moyens pacifiques pour inciter les protestants à la conversion. Des ressources financières sont mobilisées.

Bossuet
Bossuet
(Cathédrale de Meaux).
(O. d'Haussonville)
Les arguments théologiques

Les incitations à la conversion sont du ressort du clergé. Bossuet, évêque de Meaux se trouve au centre de la propagande anti-réformée entre 1670 et 1680.

Ses deux principaux arguments sont :

l'opposition théologique de la Réforme se réduit à la contestation d'anciens abus et à des malentendus dogmatiques,
les Églises de la Réforme divergent entre elles alors que l'Église catholique ne varie pas.

Les arguments savamment présentés par des théologiens de renom sont efficaces. En 1668, Bossuet parvient à convaincre le maréchal de Turenne de se convertir au catholicisme.

Certains pasteurs se convertissent aussi.

Paul Pellisson
Paul Pellisson,
maître des Requêtes et
de l'Académie Française.
(S.H.P.F.)
Les arguments financiers

Les Compagnies de la Propagation de la foi et leurs maisons de nouveaux convertis se multiplient à partir de 1660. À Lyon entre 1659 et 1685, 568 protestants ont abjuré sur une communauté de 1600 membres : il s'agit d'orphelins, de veuves, d'enfants issus de mariage mixtes, d'étrangers à la ville.

Les nouveaux convertis bénéficient d'une aide sociale et d'un soutien pédagogique. Les moyens financiers sont fournis aux maisons de nouveaux convertis par les membres des Compagnies de la Propagation de la foi et les assemblées du clergé.

À partir de 1677, des moyens financiers supplémentaires proviennent de revenus ecclésiastiques nouveaux et alimentent la Caisse des conversions. Celle-ci est confiée par le roi de 1676 à 1693 à Paul Pellisson, un converti. La Caisse vient aussi soutenir les missions en terres protestantes, reprises en main avec efficacité par les évêques alors qu'elles s'étaient relâchées au milieu du siècle.

Dans l'ensemble cette politique de conversion ne rencontre pas un succès éclatant.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Les dragonnades (1681-1685)

La dragonnade est le logement forcé de dragons, soldats du roi, chez les huguenots. Ceux-ci sont pillés et maltraités jusqu'à ce qu'ils abjurent.

La première dragonnade en Poitou (1681)

Les nouveaux missionnaires
Les nouveaux missionnaires,
gravure d'Engelmann (1686).
Les dragons du Roi sont envoyés
en France pour amener
les hérétiques à la foi catholique.
Le fusil paraît une raison invincible
et l'hérétique signe sa conversion.
(S.H.P.F.)

En 1681, la première dragonnade est expérimentée en Poitou à l'initiative de l'intendant René de Marillac (intendant du Poitou de 1677 à janvier 1682), encouragé sans doute par Louvois.

Louvois lui ayant envoyé un régiment de cavalerie pour ses quartiers d'hiver, Marillac les loge principalement chez les réformés en leur permettant de piller et de ruiner leurs hôtes. Les dragons se font nourrir et payer. Quand l'argent est épuisé, les dragons vendent les meubles ou les mettent en morceaux. Si l'hôte protestant s'obstine à ne pas se convertir, il est maltraité, frappé et devient le jouet de brutes qui inventent des supplices allant jusqu'à faire souffrir les enfants. Ils font subir aux femmes toutes les exactions possibles. Quand le malheureux abjure, les dragons passent chez le voisin.

En quelques mois, les curés enregistrent 38 000 conversions. La région Poitou est ruinée, les habitants s'enfuient vers l'Angleterre, la Hollande. La nouvelle suscite l'indignation de l'Europe protestante. Les soldats sont rappelés et Marillac est déplacé.

Les Dragonnades
Les Dragonnades.
(S.H.P.F.)
Les dragonnades avant la Révocation (1685)

Avant même la Révocation, les persécutions frappent durement les protestants.

La trêve de Ratisbonne en 1684 avait rendu des troupes disponibles. En juillet 1685 Foucault, intendant du roi à Pau, reçoit l'autorisation d'utiliser des soldats contre les réformés. Il perfectionne la méthode inaugurée par Marillac en Poitou. Dès l'annonce de l'arrivée des dragons des bourgs entiers se convertissent. Foucault annonce des milliers de conversions sans violence. Il passe ensuite dans le Poitou, où il laisse les dragons se livrer à des sévices et exactions terribles.

Devant le succès rencontré, Louvois envoie les dragons auprès d'intendants d'autres provinces : les dragons passent à Bergerac, à Montauban puis à Castres, dans la vallée du Rhône et en Dauphiné. Devant la terreur qu'ils inspirent, les réformés de Montpellier et de Nîmes abjurent sans attendre les violences, de même que dans les Cévennes : ils se convertissent avant l'arrivée des soldats. Les trois quarts des huguenots ont abjuré grâce aux « missionnaires bottés » c'est-à-dire les dragons.

Dragonnade à Orange
Dragonnade à Orange (1685).
Gravure de Jean Luyken
Les dragonnades après la Révocation

Dans le Lubéron, les dragons du comté de Grignan ont raison des réformés réunis autour des villages de Lacoste, Mérindol, Lourmarin, Joucas, Cabrières, anciens fiefs vaudois.

Les régions du nord de la Loire subissent aussi les dragonnades, mais après la révocation de l'édit de Nantes.

La Normandie, la Brie puis la Champagne ne sont pas épargnées. En novembre 1685, les régions du Nord et de l'Est, celles de Chartres, Rouen, Dieppe, Caen, Nantes sont assaillies, puis c'est le tour du diocèse de Meaux, de la Champagne et de Sedan.

À Rouen, fin octobre 1685, en quatre jours de brutalité, douze compagnies de cuirassiers forcent les chefs de famille à abjurer. Toutes les villes du pays de Caux cèdent et le Havre capitule avant l'arrivée des dragons. Une forte émigration vers l'Angleterre ou les Pays-bas, via les îles anglo-saxonnes, dépeuple la région.

La Brie est dragonnée en décembre 1685, jusqu'à Soissons mais, malgré Bossuet, évêque de Meaux, exhortant les « nouveaux convertis », le protestantisme ne disparaît jamais complètement.

Les réformés de Metz, que les traités de Westphalie mettent à part, bénéficient de la part de Louis XIV d'un délai de dix mois après l'Édit de Fontainebleau (1685) pour se convertir. Metz sera la dernière ville de France à être dragonnée en août 1686. En moins de trois jours, Metz était soumise, et la déportation met fin aux derniers résistants en 1687.

Cependant, malgré les violences des dragonnades, l'esprit de la Réforme subsiste et les N.C. (nouveaux convertis) de façade vont rapidement organiser la résistance.


Bibliographie
• DUBIEF Henri et POUJOL Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Montpellier, Max Chaleil éditeur, 1992.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Les réformés et le roi (1630-1660)

Pourquoi les protestants ont-ils si peu réagi face à l'oppression du roi Louis XIV ? C'est à cause de leur soumission presque idolâtre vis-à-vis du souverain.
Louis XIV
Louis XIV.
(S.H.P.F.)

Une soumission idolâtre au roi

Après la paix d'Alès (1629) les protestants n'ont plus de parti politique : ils se trouvent soumis au bon vouloir du roi sans aucune autre garantie que sa parole de respecter l'édit de Nantes.

Toutefois, contrairement à la période du début du règne de Louis XIII (1610), ils font majoritairement confiance au roi s'inspirant en cela de la doctrine de Luther et de Calvin selon laquelle le pouvoir est transmis directement de Dieu au prince. Ils reconnaissent le droit divin du souverain.

Sous le règne de Louis XIV les théologiens réformés s'affirment plus loyaux à la monarchie que les catholiques. Ainsi pendant la Fronde (1649-1653), les protestants restent fidèles au roi.

L'exagération du droit divin du souverain, poussée jusqu'à l'extrême par certains, dénature la théologie de Calvin et confine à l'idolâtrie. Ainsi en 1656, les délégués des Églises réformées s'adressent au jeune roi Louis XIV « Nous avons dans la politique la même pensée que dans la religion. Nous croyons qu'un sujet ne peut jamais rien mériter de son souverain ».

Des conséquences néfastes

Cet état d'esprit conduit les protestants réformés à se soumettre aux décisions royales, à ne pas se révolter quand leurs temples sont menacés de destruction. Il durera même chez certains jusqu'après la révocation de l'édit de Nantes en 1685.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Les Places de sûreté protestantes

Places fortes tenues par un gouverneur de place, les « places de sûreté » attribuées aux Réformés avaient un but à la fois religieux et politique.

Pour informations complémentaires, voir : Les Places de sûreté protestantes.



Les courants catholiques réformateurs dans la France du XVIIe siècle

En partie pour contrer l'influence de la réforme protestante en France, divers mouvements visant à réformer l'Église catholique de l'intérieur, sans pour autant la quitter, ont vu le jour au XVIIe siècle.

Volontés de réformes dans le catholicisme

De nombreux courants réformateurs sont apparus au sein de l'Église catholique après le Concile de Trente (1545-1563). Au XVIIe siècle, ils ont pris une grande ampleur, notamment en France. D'une manière générale, ces mouvements de réforme, au premier rang desquels se trouve la Compagnie de Jésus, avaient pour projet d'éviter une extension de la Réforme protestante, en rappelant à l'Église catholique romaine sa vraie vocation. Ils prônaient un retour à une vraie sainteté, à une vraie charité, ces mots pouvant avoir des contenus divers. Cette volonté de réforme fut l'occasion de débats internes importants.

Certains courants ont été à l'origine d'un renouvellement de la vie monastique. Le Cardinal Pierre de Bérulle (1567-1622), qui avait déjà introduit en France l'ordre des Carmes, crée l'ordre des Oratoriens. Saint François de Sales (1567-1660) crée celui des Salésiens. L'ordre de Saint Vincent de Paul, du nom de son fondateur (1581-1660), est créé en 1617.

D'autres courants ont été plus mystiques, tel le mouvement quiétiste apparu dans la seconde moitié du XVIIe siècle à l'initiative de Fénelon (1651-1715) et de Madame Guyon (1648-1717).

Mais le mouvement le plus connu, en raison de ses effets visibles dans la société civile, est le jansénisme.

Les volontés de réformes dans l'Église catholique doivent être associées aux grands débats politiques du monde séculier qui traversent le XVIIe siècle. Le pouvoir royal, devenant beaucoup plus autonome dans une société qui se modernisait rapidement, cherchait à se libérer de la tutelle politique de l'Église de Rome (il caressait l'idée d'une Église gallicane, plus ou moins proche du modèle de l'Église anglicane). La société civile, quant à elle, prise dans des responsabilités nouvelles (extension de l'artisanat et du commerce), exprimait des exigences propres et contestait le bien fondé de certains pouvoirs. Par exemple, le mouvement libertin critique le statut des « vérités révélées », lesquelles lui paraissent pouvoir être soumises à un libre examen. La Fronde (1648-1652) oppose une partie de la noblesse à Mazarin sur la question des attributs du pouvoir royal et rallie à son camp certains réformateurs (aussi bien catholiques que protestants).



Le jansénisme : un mouvement de grande influence

Le jansénisme : un mouvement de grande influence
Jansénisme et protestantisme

Abbaye de Port Royal
Abbaye de Port Royal aux Champs,
d'après une aquarelle de M. Boullogne.
(Collection privée)
Le jansénisme fut en France un mouvement de grande influence, y compris du fait de son voisinage avec la Réforme protestante.

Un large réseau d'influence

L'histoire « officielle » du jansénisme en France est sans doute relativement courte, si on la fait commencer en 1640 avec la traduction en français du livre de Cornelius Jansen, l'Augustinus, pour la conclure avec la condamnation prononcée par le Pape Clément XI en 1713 (bulle Unigenitus), Celle-ci, en l'occurrence, n'était plus que la confirmation de plusieurs décisions antérieures prises par Louis XIV, le Roi ayant été tout à fait hostile, dès le début de son règne personnel (1661), aux prises de position jansénistes.

Cependant, c'est une histoire de grande intensité, que l'on considère ses nombreux et influents protagonistes, la mère Angélique Arnauld (1591-1661)(petite fille convertie d'un chef de guerre protestant et réformatrice du couvent de Port Royal), ses frères Antoine (1612-1694) et Robert (1589-1674) Arnauld, Blaise Pascal (1623-1662), Pierre Nicole (1625-1695), sans oublier Jean Racine, Antoine Lemaistre de Sacy (à qui l'on doit une traduction de la Bible en français), etc, que l'on considère aussi tous ceux qui s'en sont sentis proches ou très critiques, selon les circonstances, Bossuet, les frères Perrault, le peintre Philippe de Champaigne, Mademoiselle de Scudéry, Madame de Sévigné et beaucoup d'autres, tous saisis par l'importance du débat qu'ils ouvraient et ses conséquences politiques (l'homme est-il personne propre ou sujet soumis au Roi ?).

De plus, malgré les signes visibles des désapprobations et condamnations successives, la destruction de l'abbaye de Port-Royal à Paris, puis de celle de Port-Royal-des-Champs ainsi que la fermeture des Petites Écoles, il y eut des jansénistes encore actifs pendant tout le XVIIIe siècle, parmi lesquels se trouve Antoine Arouët, le frère aîné de Voltaire, qui, lui-même n'était pas resté insensible à certains thèmes jansénistes ou encore l'Abbé Grégoire, dont on sait qu'il fut favorable à la constitution civile du Clergé en 1791.

Les importants débats qui eurent lieu dans la mouvance de l'Abbaye de Port-Royal-des-Champs, le principal centre du jansénisme, sont restés longtemps très présents dans les esprits. Sainte-Beuve (1804-1869), écrivant les nombreux volumes de son Port-Royal, en a porté un témoignage passionnant.


Bibliographie
• TAVENEAUX René, Jansénisme et politique, Paris, 1996.
• SAINTE BEUVE Charles Augustin, Port Royal, 1840-1859.


Jansénisme et protestantisme

En reprenant l'enseignement de Saint Augustin sur ces deux thèmes importants de la Réforme protestante que sont la prédestination et la grâce, le jansénisme a tenté d'engager une réforme interne à l'Église catholique. Mais pour éviter une rupture qu'il ne souhaitait pas, il fut contraint de se soumettre.

Port Royal des Champs
Port Royal des Champs. (S.H.P.F.)
Convergences et divergences doctrinales

C'est en raison de la place qu'ils occupent dans les écrits réformés qu'il faut sans doute comprendre l'intérêt porté par les jansénistes à ces points de théologie que sont la prédestination, la grâce (efficace, prévenante ou suffisante), le serf-arbitre.

Les jansénistes en ont proposé une interprétation qui a la réputation d'être particulièrement sévère. Elle l'est en effet, si l'on considère l'inquiétude se rapportant au salut personnel, une inquiétude très présente au XVIIe siècle. Les écrits jansénistes soulignent que rien ne peut être assuré à cet égard, étant donné que la nature de l'homme est foncièrement pécheresse et mauvaise.

Cette interprétation avait pour principal propos de refuser l'idée d'une religion qui assujettit la créature aux prescriptions d'une institution qui se dit mandatée par Dieu pour être son seul intermédiaire dans le monde.

En refusant tout assujettissement naïf aux pouvoirs temporels, en mettant l'accent sur ce qui pourrait plutôt se rapporter au salut du monde, les jansénistes étaient sans doute assez proches des protestants ; ils étaient manifestement attentifs en tout cas à ce qui avait suscité la volonté de réforme protestante. Comme les protestants, ils en ont tiré des conséquences qui touchaient aux conduites de vie, ainsi qu'à l'exigence d'une réflexion argumentée pour traiter des problèmes rencontrés dans le monde.

Dans ce cadre, les jansénistes se sont plus particulièrement intéressés aux usages et mésusages de la raison dans la société civile. Par la rigueur du raisonnement, ils ont dénoncé les abus de pouvoir, tant de la Monarchie que de l'Église. On leur doit notamment, dans la Grammaire et dans la Logique de Port-Royal, l'introduction d'une capacité à raisonner hors du registre de la seule causalité, lequel cesse d'être fiable dès que se présente, dans une même situation, une diversité de points de vue, raisonnablement hétérogènes entre eux.

Les approches jansénistes et protestantes des problèmes de leur temps ont été certainement assez complémentaires. Mais les efforts de compréhension réciproque n'eurent pas vraiment lieu, ainsi que plusieurs controverses l'ont montré, dans le contexte tendu de la Contre-réforme. Pierre Bayle s'en est fait l'écho dans son Dictionnaire.

Lejansénisme n'a jamais souhaité faire sienne la rupture de la Réforme protestante. Il espérait en effet être capable de rétablir l'Église catholique dans sa « juste autorité » en y introduisant une réforme qui la rendrait capable de respecter les divers usages de la raison dans un monde qui devenait moderne et se percevait comme autonome.



Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français