Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


L'Alsace au XVIIe siècle
La naissance de la communauté Amish en Alsace
Le pays de Montbéliard au XVIIe siècle



L'Alsace au XVIIe siècle

Les mesures coercitives vis-à-vis de la communauté protestante, essentiellement luthérienne, s'appliquent à l'Alsace lorsque la France en prend possession au cours du XVIIe siècle, sans cependant atteindre l'intensité de la répression dans les autres provinces françaises.

Une géographie compliquée

La guerre de Trente Ans
La guerre de Trente Ans.
Dans Jacques Callot, les misères et
malheurs de la guerre, Paris 1633.
(coll. Comte d'haussonville)
Au début du XVIIe siècle, l'enchevêtrement des territoires donne à la carte confessionnelle de l'Alsace une grande complexité.

Au XVIe siècle, de vastes régions constituaient des territoires ecclésiastiques catholiques. Le pouvoir de l'Évêché de Strasbourg s'étendait sur la moitié du Bas-Rhin et sur certaines parties du Haut-Rhin. L'évêque de Bâle au sud, celui de Spire au nord avaient des possessions en Alsace. Le domaine des Habsbourg s'étendait sur les deux-tiers du Haut-Rhin ; les possessions des ducs de Lorraine s'étendaient également en Alsace.

Par contre, favorable à la Réforme, la maison de Wurtemberg possédait des territoires dans le Haut-Rhin, de même que les diverses branches de la maison palatine. Le cas de Strasbourg restait particulier : elle était depuis le XIIe siècle une ville libre, s'étant émancipée de la tutelle épiscopale, ne reconnaissant d'autre autorité au-dessus d'elle que celle de l'Empereur ; la ville, sous l'influence de Bucer, fut rapidement acquise au luthérianisme.

Les étapes du rattachement à la France

La guerre de Trente Ans qui domine la première moitié du XVIIe siècle, (1618-1648), s'achève par la prise de possession de la majeure partie de l'Alsace par la France. Le traité de Westaphalie (1648) qui y mit fin comporte :

Frédéric duc de Wurtemberg
Frédéric duc de Wurtemberg
(1593-1608), gravure.
(Collection privée)
Le traité d'Osnabruck, signé entre la Suède protestante et l'Empire autrichien catholique, stipule clairement que chaque confession doit récupérer les biens et droits possédés le 1er janvier 1624.
Le traité de Munster, signé entre la France et l'Empire, confirme la souveraineté française sur les Trois évêchés (Metz, Toul, Verdun) ainsi que sur les possessions des Habsbourgs : la Haute Alsace et le langrave de Haguenau, c'est-à-dire la plus grande partie de l'Alsace, à l'exception de Strasbourg. Cependant, certains articles étaient ambigus. Le traité déclare que le roi conserve dans les régions qui lui sont cédées « la religion catholique comme elle y a été maintenue sous les princes d'Autriche et d'en bannir toutes nouveautés qui s'y sont glissées pendant la guerre », ratifiant ainsi le principe Cujus regio, ejus religio. Mais il était rappelé que ce principe ne s'appliquerait pas aux régions où la tolérance existait de fait avant 1624 : la liberté d'exercice de la religion concernant « ceux que l'on nomme Réformés » était reconnue, toute persécution était proscrite, les luthériens étaient autorisés à garder les biens écclésiastiques qu'ils possédaient avant le 1er janvier 1624.
Mais le roi de France n'était, selon les termes du traité, maître que des anciennes possessions autrichiennes à l'exception de Strasbourg et des villes libres impériales de la Décapole (Mulhouse, Colmar, Munster, Turckhein, Kayserberg, Sélestat, Obernai, Rosheim, Haguenau, Wissembourg) : ces dernières refusèrent le serment de fidélité au roi et même d'ouvrir leurs portes au duc de Mazarin, neveu du Cardinal et grand bailli d'Alsace. Le traité de Nimègue (1678) qui met fin à la guerre de Hollande les rattachera à la France.

À partir de 1679, Louis XIV procède habilement. Rappelant que les traités de Westphalie ont cédé à la France des territoires et des villes « avec leurs dépendances », la politique dite des « réunions » rattache à la couronne la principauté de Montbéliard (possessions des ducs de Wurtemberg), les territoires de Germescheim et Lauterbourg, le duché des deux-Ponts, Forbach, et d'autres places de la Sarre. Plus spectaculaire, sans tirer un coup de canon, en septembre 1681 Strasbourg capitule, par surprise et en pleine paix, dans les mains de Louvois. La réunion définitive de l'Alsace à la France (à l'exception de Mulhouse rattachée en 1798), précède de peu la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, limitant l'avenir du protestantisme en Alsace.

Le traité de Ryswick (1697) qui met fin à la ligue d'Augsbourg marque un arrêt de la politique impérialiste de Louis XIV, obligé de rendre à l'Empire toutes les têtes de pont que la France avait sur la rive droite du Rhin.

Une politique coercitive

Église Saint-Guillaume
Strasbourg, Église Saint-Guillaume.
(S.H.P.F.)
Bien que lors de la capitulation de Strasbourg, Louvois, ministre de la guerre et chargé des affaires d'Alsace, ait concédé le maintien des droits des protestants comme admis par le traité de Munster, la réouverture du culte catholique à la cathédrale de Strasbourg, en présence de Louis XIV montra aux habitants que leur ville avait cessé d'être une citadelle protestante. La compagnie de Jésus fut chargée de créer un séminaire pour le futur clergé de la province et bientôt un collège pour toute la jeunesse laïque.

Des mesures plus restrictives ne se firent pas attendre. On peut citer l'interdiction de l'exercice de la religion luthérienne ou calviniste dans les communes où des catholiques, même en petit nombre, se seraient déclarés ; la liberté totale donnée à la propagande catholique diffusée par les jésuites et les capucins ; les punitions sévères contre toute offense à la religion catholique, tous ces interdits pouvant aller jusqu'à la confiscation des biens ou au bannissement.

De nombreux avantages sont donnés aux nouveaux convertis, et l'installation de catholiques venant d'autres régions est encouragée. Dans beaucoup d'églises protestantes, le partage ou « simultaneum » est rendu obligatoire, et à Strasbourg la tentative d'imposer le simultaneum aux deux des principales églises luthériennes, Saint Thomas et Saint Guillaume faillit réussir. Enfin, dans les villes libres entièrement protestantes ou à population mixte, les conseils devaient comprendre un nombre égal de catholiques et de protestants, même si les premiers étaient en faible proportion. Le nombre de convertis au catholicisme est difficile à évaluer, et en 1697 on comptait approximativement 5 000 catholiques et 21 000 protestants.

Mais à la fin du XVIIe siècle, cette politique coercitive s'atténua, surtout après la mort de Louvois en 1692.


Bibliographie
• STROHL Henri, Le protestantisme en Alsace, Oberlin, 2000.


La naissance de la communauté Amish en Alsace

Les amish sont apparus en Alsace à la fin du XVIIe siècle au sein de la communauté anabaptiste : leur fondateur, Jacob Amann, réclame une plus grande rigueur dans la discipline de la communauté.

Mise à mort
Mise à mort par le feu d'une anabaptiste.
Gravure de Jan Luyken
dans le "Miroir des Martyrs".
(Michaël Sattler)
Les anabaptistes au XVIe siècle

L'anabaptisme est un des courants de la Réforme radicale du XVIe siècle. Il est né en Suisse. Il se distingue de la Réforme luthérienne et calviniste par le refus du baptême des enfants. Ses adeptes prônent le baptême des adultes croyants et donc rebaptisent ceux qui avaient été baptisés enfants, d'où le terme d'« anabaptiste », (ou daïfer en Alsace) c'est-à-dire rebaptiseur. Ils refusent également de porter l'épée, d'exercer une fonction publique et de prêter serment.

Cette tendance pacifiste est jugée séditieuse et dangereuse, en 1529 au moment où les Turcs sont aux portes de Vienne et menacent l'occident. Les anabaptistes sont impitoyablement pourchassés et persécutés.

Ils sont accueillis à Strasbourg par les réformateurs Bucer et Capiton puis dispersés en Alsace. Ils tiennent des assemblées clandestines et sillonnent l'Alsace pour prêcher le pacifisme évangélique. Ils sont emprisonnés en particulier à Riquewihr où ils étaient nombreux mais les exécutions sont exceptionnelles. À la fin du XVIe siècle, la répression se calme et la doctrine anabaptiste se propage.

Tour de Riquewihr
Tour de Riquewihr,
lieu d'emprisonnement
au XVIe siècle.
(Robert Baecher)
L'immigration suisse

Le XVIIe siècle est très marqué par les bouleversements de la guerre de Trente ans (1618-1648). En 1648 l'Alsace devient française (mises à part certaines villes). La province entière est terriblement dévastée, la population décimée tant par les maladies, la famine que par la soldatesque. Après la guerre, les autorités royales ou princières font dès lors tout leur possible pour favoriser l'immigration en offrant des terres en friches et des exemptions d'impôts. Ces mesures attirent de nombreux anabaptistes suisses.

En effet en 1635-36, dans le canton de Zurich, berceau de l'anabaptisme, a lieu une recrudescence de la persécution. Les anabaptistes sont considérés comme des rebelles à cause de leur position pacifiste. Les adultes sont enfermés, les enfants placés dans de nouvelles familles, les biens sont saisis. Situation analogue dans le canton de Berne en 1670-71 avec, comme mesure supplémentaire, des déportations sur les galères vénitiennes.

Grâce à l'appui des réformés hollandais et des anabaptistes alsaciens, après bien des difficultés, les anabaptistes suisses peuvent immigrer en Alsace. À partir de 1650, ils s'installent là où personne ne veut s'établir et remettent en état, fermes et moulins seigneuriaux, en particulier dans le comté de Ribeaupierre. On assiste à un regroupement d'anabaptistes dans cette région où la tolérance religieuse est reconnue. De citadin, l'anabaptisme devient rural. Quelques Bâlois et Hollandais les rejoignent. En 1660 au moulin d'Ohnenheim, ils adoptent une confession de foi commune. Cette confession de foi est toujours en usage dans les communautés amish aux États-Unis.

Les anabaptistes obtiennent le droit de se réunir dans des lieux isolés. Les charges de prédicateurs, d'anciens ou de diacres sont électives. Outre la Bible, les anabaptistes se servent d'un recueil de chants appelé « Ausbund » dont la plupart des chants ont été composés en prison par des coreligionnaires. Il est encore en usage chez les amish.

Anabaptiste suisse
Gravure représentant
un anabaptiste suisse,
fin XVIIIe siècle.
(Collection privée)
L'émergence des amish

À la fin du XVIIe siècle, une soixantaine de familles de la région de Berne viennent s'établir dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines sous la conduite de Jacob Amann. Celui qu'on nomme « le patriarche » s'offusque du mode de vie et de la discipline de la communauté anabaptiste alsacienne. Il exige une plus grande rigueur, en particulier une tenue vestimentaire emprunte de simplicité. La nouvelle communauté nommée « Jacob Amann's Partie », puis Amish aux U.S.A. est née en 1693 après leur séparation avec les anabaptistes (en Alsace on continue à les appeler Daïfer). Ils sont regroupés essentiellement autour de Sainte-Marie-aux-Mines et grâce à leur travail acharné connaissent une éclatante réussite économique. Ils acquièrent les fermes et domaines les plus importants de la vallée. Leurs troupeaux sont plus nombreux et plus productifs.

Ils obtiennent quelques avantages :

ne pas servir dans les milices,
ne pas exercer la charge de receveur communal,
remplacer le serment par la « Handtreue » (taper de la main en signe d'engagement).

Une compensation financière leur est demandée en échange.

La réussite de ces anabaptistes ne tarde pas à susciter des convoitises.


Bibliographie
• ROTHERT Hermann, Das reich der Widertaüfer zu Münster, Arschendorff Münster The Mennonite Encyclopedia, 1982 et 1990, Vol. I-V.
• CLASEN Claus-Peter, Executions of Anabaptists, The Mennonite Quarterly Review, Groschen College, April 1973.
SEGUY Jean, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, Paris, École des hautes études en sciences sociales, 1977.
• MATHIOT Charles et BOIGEOL Roger, Recherches historiques sur les Anabaptistes, Namur, Le Phare – Flavion, 1969.
• Souvenances Anabaptistes-Mennonitisches Gedächtnis, Bulletin annuel de l'Association Française d'Histoire Anabaptiste-Mennonite, 1982-2003.


Le pays de Montbéliard au XVIIe siècle

Frédéric duc de Wurtemberg
Frédéric duc de Wurtemberg
(1593-1608), gravure.
(Collection privée)
Le comté de Montbéliard était sous influence française dès le XVIIe siècle, mais son indépendance de droit lui valut d'être terre de refuge lors de la révocation de l'édit de Nantes.

L'héritage de la Réforme

Le comté de Montbéliard, propriété de la Maison de Wurtemberg, était entièrement acquis à la Réforme luthérienne à la fin du XVIe siècle. En 1587, le duc de Guise et ses ligueurs envahissent le comté pour punir le comte Frédéric (qui régna de 1580 à 1608) de sa sympathie pour Henri de Bourbon, futur Henri IV. De plus, le comté avait accueilli le fils de l'amiral de Coligny avec sa troupe de 3 000 hommes, en route vers les principautés protestantes d'Allemagne.

L'armée des Guise soumit le comté au pillage et le mit à feu et à sang. Les mémoires du temps dénombrent les incendies de 4 temples, 15 presbytères, 8 fermes ou domaines princiers, 10 ateliers artisanaux et 700 maisons.

Un des plus grands temples de France



Église Saint-Martin
Église Saint-Martin de Montbéliard.
(S.H.P.F.)

La paix étant revenue, le comte Frédéric entreprit un voyage en Italie avec l'architecte Henri Schikhard et, à son retour, fit édifier à Montbéliard le temple Saint-Martin dans un style inspiré de la Renaissance italienne. Sa construction dura de 1601 à 1604. Ses dimensions en font aujourd'hui l'un des plus grands temples de France.

À partir de 1618, la principauté subit les effets désastreux de la guerre de Trente Ans. Pour tenter de les atténuer, le comte Louis-Frédéric (qui régna de 1608 à 1631) négocia avec le roi de France Louis XIII un traité de protection du pays de Montbéliard pendant son occupation par des détachements de troupes françaises, occupation qui se prolongera jusqu'après la paix de Westphalie en 1648. Cependant la pratique du luthéranisme ne fut pas mise en question, bien que la guerre ait apporté son lot de souffrances et de dévastations, sans parler de la peste qui sévit en 1635 et 1637.

Le comté de Montbéliard, terre de refuge

Le comte George, qui avait épousé en 1648 Anne de Châtillon, arrière-petite-fille de l'amiral Coligny, régna de 1662 à 1699.

Il fit construire un second temple à Montbéliard (qui existe encore mais qui est désaffecté : c'est un centre culturel municipal) pour y accueillir le nombre croissant de réformés français qui émigraient pour pouvoir pratiquer leur religion.

Les guerres, que mena Louis XIV pour la conquête de la Franche-Comté acquise en 1678 et ensuite en Alsace, troublèrent considérablement le comté de Montbéliard, situé exactement entre ces deux provinces.

Temple d'Héricourt
Temple d'Héricourt (Doubs).
Dessin de Robert Repiquet.
(Bretegnier)
Louis XIV impose le simultaneum

Louis XIV fit passer ses troupes par la route qui, reliant Besançon à Belfort, traverse Héricourt dont il fit raser les murailles. En 1684, il exigea que le temple de Tavey (qui existe encore, rendu aux protestants en 1908), village voisin d'Héricourt, soit attribué exclusivement aux catholiques.

En 1700, il ordonna à l'archevêque de Besançon d'installer des prêtres catholiques dans les chefs-lieux des seigneuries de la principauté et la pratique du simultaneum entraîna nombre de vexations et de querelles, ne serait-ce que par l'éviction des pasteurs de leurs presbytères pour y installer les curés.

Toutefois, le pays fut à l'abri des persécutions violentes que connurent les autres provinces françaises à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes.

Au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle ont été édifiés les temples de Colombier-Fontaine, Champey et Saint-Maurice.

J.-P. Brétegner


Bibliographie
• CANEL Charles, Histoire de la ville d'Héricourt, 1914.
• VIENOT John, Histoire des Pays de Montbéliard à l'usage de la jeunesse et des familles, Audricourt, Imprimerie Pierre Juillard, 1904.
• LOVY René, Sanctuaires montbéliardais, 1949.


Un peu d'histoire

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Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
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Source : Musée virtuel du protestantisme français