Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Au XVIIe siècle, les artistes protestants sont très actifs. Leur présence est prépondérante lors de la fondation de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, clé de voûte de l'organisation artistique en France sous l'Ancien Régime. La période de la Révocation marque une profonde fracture avec la conversion de ceux qui vont rester en France (par exemple, Samuel Bernard, Mathieu Lespagnandelle) tandis que d'autres choisiront l'exil (comme Henri Testelin ou Louis Chéron). C'est aussi le cas de Pierre Bayle, un des penseurs majeurs de cette époque, que sa tolérance désigne comme un précurseur de l'esprit des Lumières et dont les oeuvres seront publiées aux Pays-Bas où il s'était réfugié en 1681.

Pierre Bayle (1647-1706)
Samuel Bernard (1615-1687)
Abraham Bosse (1604 ?-1676)
Sébastien Bourdon (1616-1671)
Valentin Conrart (1603-1675)
Louis Du Guernier (1614-1659)
Famille Du Guernier
Mathieu Lespagnandelle (1616-1689)
Nicolas Moillon (1555-1619)
Louise Moillon (1610-1696)
Isaac Moillon (1614-1673)
Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692)
Louis Testelin (1615-1655)
Autres peintres protestants du XVIIe siècle
Les Gobelins

L'architecture des temples au XVIIe siècle



Pierre Bayle (1647-1706)

Son apologie de la tolérance et sa pratique de la critique historique font de lui un précurseur de la philosophie des Lumières.

Pour informations complémentaires, voir : Pierre Bayle (1647-1706).



Samuel Bernard (1615-1687)
Louis XIV
Louis XIV,
par Samuel Bernard.
(Collection privée)

Peintre et graveur

Issu d'une famille réformée et immergé dans le milieu artistique protestant, Samuel Bernard finira par abjurer après la Révocation.

L'artiste

Samuel Bernard naît le 8 novembre 1615 à Paris. Son père fait partie des nombreux peintres du faubourg Saint-Germain et lui donne les premiers rudiments de sa formation qu'il poursuivra auprès de Simon Vouet et de Louis du Guernier.

Samuel est peintre à l'huile, à la gouache et graveur. Il a gravé des portraits dont celui de Louis du Guernier, peintre en miniature avec lequel il travaille. Comme ce dernier, il fait partie du groupe des premiers Académiciens. C'est en même temps que lui qu'il est nommé professeur, en 1655.

Temple de Charenton
Temple de Charenton.
Gravure de Mariette.
(S.H.P.F.)
Le protestant

Samuel Bernard est d'une famille réformée (Son père et son grand-père sont protestants).

Le 8 octobre 1645, il se marie au temple de Charenton. De ce mariage naissent neuf enfants qui tous sont baptisés à Charenton. Les noms des parrains et marraines témoignent de l'attachement de Samuel Bernard au milieu réformé et artistique. L'aîné a pour parrain Thomas Pinagier ; La deuxième, Marie, Louis Testelin ; Le troisième, Gabriel, a pour marraine la femme de Sébastien Bourdon, Suzanne du Guernier, soeur de Louis. Samuel Bernard est le père du célèbre traitant qui fut baptisé à Charenton en 1651.
Samuel Bernard
Le financier Samuel Bernard
(1651-1739), fils du peintre.
(S.H.P.F.)

Artiste, protestant et converti

Le 10 octobre 1681, à la requête de l'ordre royal destituant les protestants des charges qu'ils ont à l'Académie, Samuel Bernard démissionne avec Henri Testelin, Louis Ferdinand et Jean Michelin. Louis Ferdinand le fils, Jacques Rousseau et Mathieu Lespagnandelle, absents lors de la séance de réunion, sont tenus de démissionner sur ordre royal pour être remplacés par des catholiques.

Le 16 octobre 1684, il assiste à l'enterrement de son petit-fils Samuel (le fils du traitant) au cimetière réformé des Saints-Pères. Mais sous la pression des événements, il abjure après la Révocation.

Après son abjuration, il est réintégré dans son rang de Conseiller-Professeur le 27 octobre 1685. Le 24 juin 1687 il meurt en sa maison, rue de l'Université. Il est enterré par le clergé de Saint-Sulpice.


Bibliographie
• JAL A., Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Réédition, Genève, Slatkine, 1970 (2 vol.), Plon, Paris, 1867.
• MONTAIGLON, Anatole de (sous la direction de), PV de l'Académie royale de peinture et de sculpture.


L'enfant prodigue
Gravure d'Abraham Bosse,
L'enfant prodigue.
(Musée Jeanne d'Albret)
Abraham Bosse
(1604 ?-1676)


Graveur et théoricien

Né et élevé dans un milieu calviniste, Abraham Bosse produisit plusieurs centaines de gravures dont certaines situent dans un cadre contemporain des scènes de l'Évangile. Membre fondateur de l'Académie où il enseigna, il s'illustra aussi comme théoricien.

Le graveur


L'atelier du peintre
Abraham Bosse, L'atelier du peintre.
(Musée des Beaux Arts de Tours)
Fils de Louis, un tailleur d'habits calviniste, né dans le duché de Clèves près de Kranenburg, région proche de la frontière hollandaise située aujourd'hui en Allemagne, Abraham, naît à Tours où il est élevé dans un milieu calviniste. Cependant sa mère, Marie Martinet, était catholique. Après son mariage en 1633 avec la fille d'un horloger de Tours, Catherine Sarrabat, il s'établit à Paris où il travaille chez le graveur Melchior Tavernier, lui-même huguenot. Il reçoit les conseils de Jacques Callot dont il grave le portrait. Graveur prolifique (on lui doit plus de 1500 estampes, essentiellement à l'eau-forte), il s'exprime dans tous les genres : portraits, allégories, scènes de genre, scènes religieuses, gravures de plantes pour le recueil dit les Plantes du Roi. Il se plaît à transposer les scènes de l'Évangile dans la société française de son temps, comme dans la série des Parabole des vierges sages et des vierges folles ou celle de L'Histoire du Fils prodigue.

Abraham Bosse
Abraham Bosse.
(Collection privée)
L'Académie

Dès la fondation de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, en 1648, il est chargé d'y enseigner la perspective. Toutefois, son caractère difficile, irascible le fait exclure de l'institution où il s'opposait vivement à Charles Errard, Charles Le Brun, Henri Testelin.

Le théoricien

Il est aussi un actif théoricien. À ce titre, il écrit plusieurs traités inspirés des théories perspectives du géomètre Desargues. La traduction en plusieurs langues de certains – y compris en plein XVIIIe siècle – atteste l'importance qui leur était accordée. Citons plus particulièrement : Traité des manières de graver en taille-douce... (1645), Traité des pratiques géométrales et Perspectives enseignées dans l'Académie royale (1665), Le Peintre converty aux précises et universelles règles de son art (1667).


Bibliographie
• BLUM, André, L'oeuvre gravé d'Abraham Bosse, Morancé, Paris, 1924.
• JOINT-LAMBERT, Sophie et PREAUD, Maxime sous la direction de, Abraham Bosse : savant graveur, Exposition Paris BNF et Tours, Musée des Beaux-Arts, Bibliothèque Nationale de France, Paris, avril-juillet 2004, 368 pages.
• LE BLANC, Marianne, D'acide et d'encre, Abraham Bosse (1604?-1676) et son siècle en perspectives, CNRS Éditions, 2004, 317 pages.
• VALABREGUE, Antony, Abraham Bosse, Librairie de l'Art, Paris, 1892, 116 pages.
• WEIGERT, Roger Armand, Bosse Abraham : le peintre converty aux précises et universelles règles de son art : Sentiments sur la distinction des diverses manières de peinture, dessin et gravure, Hermann, Paris, 1964.


Sébastien Bourdon (1616-1671)

Sébastien Bourdon
Sébastien Bourdon
(1616-1671).
Peintre du roi.
(S.H.P.F.)
Le plus célèbre des peintres réformés du XVIIe siècle évolua entre sa ville natale, Montpellier, et Paris où il reçut d'importantes commandes et s'affirma dans la fondation de l'Académie avec le concours d'autres artistes protestants. Sa carrière est aussi marquée par le séjour qu'il fit à Stockolm, invité par la reine Christine de Suède. Tout au long de sa vie, on le retrouve très présent dans le milieu protestant de la capitale.

Enfance et formation : 1616-1636

Sébastien Bourdon naît à Montpellier le 2 février 1616 dans un milieu d'artisans modestes. Son père, Marin, est peintre et vitrier, sa mère, Jeanne Gaultière, est fille d'un maître-orfèvre. Le jeune enfant est baptisé le 10 février au temple de Montpellier.

Il a six ans lorsque la ville qui ne reconnaît pas le pouvoir de Louis XIII, est investie par le prince de Condé et connaît une période dramatique. Après trois mois de résistance, le siège se conclut par le rétablissement du pouvoir royal (1622).

À cette époque, le tout jeune Sébastien est envoyé à Paris, en apprentissage chez un peintre. Vers 1630, on le trouve dans le Bordelais et le Toulousain avant qu'il ne rejoigne la capitale.

Le séjour romain ou les dangers d'être réformé dans la ville papale : 1636-1637

II poursuit son instruction à Rome, formation idéale des artistes contemporains. Il s'y lie d'une étroite amitié avec le peintre Louis de Boullogne le père, qui le conduit à un projet d'abjuration qui finira par échouer.

Menacé d'être dénoncé comme hérétique à l'Inquisition par un peintre avec lequel il s'était querellé, il se trouve obligé de quitter Rome.

La première période parisienne : 1638-1652

Crucifiement de Saint Pierre
Sébastien Bourdon,
crucifiement de Saint Pierre.
(Notre Dame)
À son arrivée à Paris, il se lie très étroitement avec Louis du Guemier, peintre protestant dont il épouse la soeur Suzanne, veuve de l'ingénieur Nicolas Colsonnet, le 13 janvier 1641 au temple de Charenton. Ce mariage conforte ses liens avec le milieu protestant de peintres, orfèvres et marchands joailliers.

En 1643, le choix qui se porte sur lui pour le May annuel offert à Notre-Dame de Paris par la corporation des orfèvres, témoigne de sa notoriété. L'oeuvre : Le Crucifiement de saint Pierre, se trouve toujours à Notre-Dame.

Son fils Abraham, né en 1648, est baptisé au temple de Charenton, avec comme parrain Abraham Bosse.

La même année, Sébastien Bourdon participe activement à la fondation de l'Académie et fait partie des douze « Anciens ». Dès le début, il semble au centre d'un groupe actif de cette institution, qui comprend son beau-frère du Guemier, les deux Testelin, Ferdinand Elle, Samuel Bernard, Thomas Pinagier et Abraham Bosse.

Stockolm-Paris-Montpellier : 1653-1658

Oeuvre de Bourdon
Oeuvre de Bourdon.
(S.H.P.F.)
Ces années voient Bourdon présent à Stockolm en 1652-1653. Malgré sa brièveté, ce séjour compte beaucoup pour le prestige de l'artiste que s'attache un des souverains européens, la reine Christine de Suède.

De 1653 à 1657, Bourdon est à nouveau présent à Paris où il reçoit d'importantes commandes dans le climat d'après la Fronde favorable aux artistes.

Puis en 1657-1658, Bourdon va à Montpellier où il a reçu la commande de La Chute de Simon le Magicien, destiné au maître-autel de la cathédrale Saint-Pierre où il se trouve toujours. Au cours de ce séjour, il peint aussi de nombreux portraits.

La dernière période parisienne : 1658-1671

Après le décès de sa femme en septembre 1658, Bourdon se remarie avec Marguerite Jumeau, fille d'un marchand de Tours. Le mariage est célébré au temple de Charenton par le célèbre pasteur Drelincourt. La nouvelle épouse faisait vraisemblablement partie du groupe des amis protestants de du Guemier. On retrouve ce cercle avec le baptême du fils d'Henry Testelin, Sébastien, dont Bourdon est le parrain au temple de Charenton le 11 novembre 1665.

L'enfant qui mourra en 1669, sera enterré aux Saints-Pères, en présence de Bourdon.

L'artiste lui-même meurt le 8 mai 1671 et est enterré le 10 au cimetière du faubourg Saint-Germain.

Tous les enfants de Sébastien Bourdon ont été enterrés au cimetière des Saints-Pères.

Seule Anne, l'unique survivante des enfants, née en 1653 est encore vivante en 1687 ; mais à cette date, elle avait quitté le royaume à la suite de la Révocation.



Valentin Conrart (1603-1675)

Homme de lettres, Valentin Conrart a été le premier secrétaire perpétuel de l'Académie française.

Conrart professionnel des lettres
Valentin Conrart
Valentin Conrart, fondateur
de l'Académie française.
(S.H.P.F.)

Valentin Conrart est né à Paris, d'une famille de religion réformée originaire de Valenciennes, ville qui faisait alors partie des Pays-Bas espagnols. Sa famille s'est réfugiée en France pour échapper aux fureurs du duc d'Albe.

En 1627, il est nommé officier et secrétaire du roi, spécialisé dans les affaires de librairie. Les secrétaires du roi étaient chargés de dresser les lettres de privilèges de librairie, c'est-à-dire d'autoriser la parution d'un livre et de conférer un monopole à l'éditeur.

Personnage central du monde des auteurs, Conrart joue un rôle de médiateur entre le pouvoir royal et les auteurs, et également entre les auteurs et le public grâce à son activité de publication.

Dès 1629, il réunit régulièrement chez lui, une fois par semaine, des hommes de lettres : c'est ce que l'on a appelé le « cercle Conrart ».

Premier secrétaire de l'Académie française de 1635 à 1675

Richelieu offre de transformer ces réunions informelles en une compagnie littéraire sous l'autorité royale : elles sont donc à l'origine de l'Académie française.

Conrart est nommé en 1635 secrétaire perpétuel de cette Compagnie dont il dresse les statuts qui sont approuvés par Richelieu. Puis, le roi Louis XIII ratifie la fondation de l'Académie française, qui adopte les formes d'une société savante.

Un protestant « honnête homme »

Valentin Conrart est lié avec le monde protestant de Paris, notamment avec les pasteurs du temple de Charenton dont il publie les écrits.

Homme de foi et pratiquant, il est toutefois modéré dans son attitude et sert même parfois d'intermédiaire entre catholiques et protestants. Il favorise un dialogue profitable aux deux parties.

Il a aussi encouragé l'édition en Hollande de certains livres qui n'avaient pas l'agrément du roi en France, notamment celle des Mémoires de Philippe Duplessis-Momay. En dépit de nombreuses pressions, il n'a jamais voulu abjurer.

Il contribue à la révision et à la modernisation du psautier huguenot. Les Psaumes retouchés sur l'ancienne version de Clément Marot et Théodore de Bèze, ont été publiés par ses héritiers (Charenton, 1677).

Un professionnel des lettres, mais non un auteur publié de son vivant

Les oeuvres de Conrart publiées de son vivant sont quasi-inexistantes. (Il n'a publié sous son nom que trois poèmes, en 1647). Il semble que ce soit de propos délibéré, dans la mesure où il considérait que son nom ne pouvait figurer dans la liste des auteurs qu'il publiait. D'ailleurs, sa réputation ne repose pas sur un modèle de notoriété fondée sur une publication imprimée.

Dans un couplet satirique, le poète Linière s'étonne :

« Conrart, comment as-tu pu faire
Pour acquérir tant de renom ?
Toi qui n'as, pauvre secrétaire,
Jamais imprimé que ton nom ».

Conrart a laissé un nombre considérable de textes manuscrits, conservés à la bibliothèque de l'Arsenal, parmi lesquels un récit sur la Fronde qui a été édité au XIXe siècle, sous le titre de Mémoires de Valentin Conrart, publié pour la première fois à Paris en 1826.


Bibliographie
• SCHAPIRA, Nicolas, Un professionnel des lettres au XVIIe siècle. Valentin Conrart : une histoire sociale, Seyssel, Champ Vallon, 2003.


Louis Du Guernier (1614-1659)

Issu d'une famille réformée, dont plusieurs membres furent artistes, Louis Du Guernier est le plus notable de tous. Il se montre attaché à sa religion tout en pratiquant ouverture d'esprit et tolérance.

L'artiste

D'après Félibien, érudit qui fut un ami intime de notre artiste, Louis Du Guernier, né le 14 avril 1614, aurait eu pour grand-père un homme qui « avoit possédé une charge considérable dans le Parlement de Rouen » mais perdu tous ses biens lors des guerres de religion. La mort précoce de son père le contraint à peindre des miniatures, afin de soutenir une nombreuse fratrie dont il est l'aîné et dont plusieurs membres embrasseront la profession d'artiste.

Sa soeur Suzanne épousera le peintre Sébastien Bourdon, ami de Louis, que l'on trouve très présent dans le milieu protestant des artistes et orfèvres. Samuel Bernard qui travaille avec lui, a gravé son portrait.

Il est un des premiers membres de l'Académie à laquelle il adhére le 16 août 1651. À ce titre, il fait partie des Douze Anciens. Le 6 juillet 1655, il est nommé Professeur.

Une personnalité forte, attachante et tolérante

Louis a une personnalité qui plaît à nombre de ses contemporains comme Félibien qui se lie d'une étroite et solide amitié avec lui et déclare ne connaître « personne de son âge qui eust une modération et une sagesse égale à la sienne... Son scavoir & son habilité à bien peindre estoient en luy les qualitez les moins estimables & il avoit une beauté d'ame qui surpassoit de beaucoup tout ce que j'en pourrois dire. Si l'excellence de son travail m'avoit fait rechercher à le connoître, ses bonnes moeurs et son mérite personnel m'engagèrent à l'aimer, et à le voir souvent. Sa conversation estoit douce et agréable, ses divertissemens innocens : tout etoit sérieux en luy ; il n'y avoit rien de chagrin : on respectoit son abord, et on ne l'appréhendoit pas ; il paroissoit extrêmement froid et retiré, mais civil et honneste ; ennemi des vices, sans être ennemi des honnestes divertissemens. Il aimoit la Musique, touchoit fort bien le théorbe, se plaisoit à la lecture des bons livres, en jugeoit fort bien, ne parloit jamais de sa Religion. S'il parloit de la nostre, c'estoit d'une manière sage et honneste ; & dans toutes ses actions on voyait toûjours quelque chose de noble & de genereux. »

Il est parrain d'un enfant d'Henri Testelin, baptisé au temple de Charenton, tandis que sa femme, devenue veuve, est marraine d'un autre enfant du même Testelin.

Il meurt le 16 janvier 1659 à son domicile situé quai de l'Horloge et est enterré le lendemain au cimetière du faubourg Saint-Germain.


Bibliographie
• FÉLIBIEN A., Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, Paris, 1666-1668.
• FIDIÈRE O., État civil des peintres et sculpteurs de l'Académie royale : billets d'enterrement de 1648 à 1713, Charavay frères, Paris, 1883.
• JAL A., Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Réédition, Genève, Slatkine, 1970 (2 vol.), Plon, Paris, 1867.
• MONTAIGLON, Anatole de (sous la direction de), PV de l'Académie royale de peinture et de sculpture.
• THUILLIER J., Catalogue de l'exposition Bourdon, Montpellier-Strasbourg, 2000-2001.


Famille Du Guernier

Famille protestante de peintres en miniatures

D'après Félibien, érudit qui fut un ami intime de Louis Du Guernier, l'aïeul de la famille aurait été un homme qui « avoit possédé une charge considérable dans le Parlement de Rouen » mais perdu tous ses biens lors des guerres de religion.

Son fils, Alexandre I, s'était exilé en Angleterre et, revenu en France, « obligé de se mettre à peindre des miniatures » afin de subsister et d'élever sa famille. Il avait épousé Marie Dauphin, fille d'un peintre de Troyes. Sa mort prématurée laisse dans le besoin plusieurs enfants dont Louis, l'aîné, qui prend la tête de la famille et prend la suite de son père dans la peinture en miniature.

Parmi les autres enfants, plusieurs embrassent une carrière identique, à la frontière entre le métier d'artiste et celui d'artisan :

Pierre. Né en 1614, il est agréé à l'Académie en 1663 et reçu comme peintre en miniature. Il est enterré le 27 octobre 1674 au cimetière des Saints-Pères.
Alexandre II. Est peintre du Roi. Il est inhumé au cimetière des Saints-Pères le 22 septembre 1655.
Suzanne. Également habile au dessin, épouse en premières noces Nicolas Colsonnet, ingénieur ; devenue veuve, elle se remarie avec le peintre Sébastien Bourdon, le 13 janvier 1641 au temple de Charenton. Décédée en septembre 1658, elle est enterrée au cimetière des Saints-Pères.


Bibliographie
• FÉLIBIEN A., Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, Paris, 1666-1668.
• JAL A., Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Réédition, Genève, Slatkine, 1970 (2 vol.), Plon, Paris, 1867.
• MONTAIGLON, Anatole de (sous la direction de), PV de l'Académie royale de peinture et de sculpture.
• THUILLIER J., Catalogue de l'exposition Bourdon, Montpellier-Strasbourg, 2000-2001.


Mathieu Lespagnandelle (1616-1689)

Sculpteur

Les hésitations religieuses de ce sculpteur d'origine protestante, qui travaille sur les chantiers royaux, reflètent les inquiétudes d'une époque tourmentée.

Lespagnandelle
Lespagnandelle, le Flegmatique, parc du château de Versailles.
(O. d'Haussonville)
De conversion en conversion

Mathieu Lespagnandelle naît à Paris en 1616 dans une famille protestante.

En 1641, il travaille à Richelieu où le 2 décembre, il abjure pour épouser Perrine Prou dans la religion catholique. L'aîné de ses enfants est baptisé dans cette religion.

En 1648, il est à Paris où son fils Mathieu est baptisé protestant comme les trois autres enfants qui vont suivre. Mathieu Lespagnandelle est alors revenu à sa religion d'origine, la religion réformée. Il est d'ailleurs lié à la famille Marot, en particulier avec Jean, dont la dernière des filles de Mathieu Lespagnandelle épousera un fils. Toutefois sa fille Judith se mariera dans la religion catholique.

Sa carrière se poursuit. Il travaille à Vaux-le-Vicomte, au Louvre, à Versailles. Plusieurs de ses oeuvres sont encore en place, en particulier, à la grotte de Vaux et dans le parc de Versailles. En 1651 il est reçu à l'Académie de Saint-Luc et en 1665, à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture.

Le 10 octobre 1681, à la requête de l'ordre royal destituant les protestants des charges qu'ils ont dans l'Académie, Samuel Bernard démissionne avec Henri Testelin, Louis Ferdinand le père et Jean Michelin. Mathieu Lespagnandelle absent ce jour-là comme Louis Ferdinand le fils et Jacques Rousseau, est tenu de démissionner sur ordre royal. Après sa seconde abjuration qui a lieu le 19 octobre 1685, il est réintégré le 1er décembre 1685.

Il meurt le 28 avril 1689 et il est enterré à Saint-Étienne-du-Mont.


Bibliographie
• MONTAIGLON, Anatole de (sous la direction de), PV de l'Académie royale de peinture et de sculpture.
• SOUCHAL, François, French Sculptors of the 17th and 18th centuries. The reign of Louis XIV. Illustrated catalogue, Cassirer, London, 1977-1987, Volume 2, (G-L), 1981.


Nicolas Moillon (1555-1619)

Nicolas Moillon est à l'origine d'une nombreuse famille de peintres protestants parisiens évoluant dans le milieu de Saint-Germain-des-Prés.

Peintre et homme d'affaires avisé

Nicolas Moillon naît à Paris en 1555. En 1605, il se marie au temple de Charenton avec Marie Gilbert, fille d'un orfèvre. De cette union naîtront sept enfants dont plusieurs seront peintres. De tous, Louise est la plus connue. On sait que Nicolas a peint des portraits et des paysages. Trois de ses Paysages du Tyrol, datés de 1613, nous sont connus par la gravure.

Temple de Charenton
Temple de Charenton.
(S.H.P.F.)
Peintre du roi, Nicolas Moillon était peintre de l'Académie de Saint-Luc (puissante corporation des peintres). En 1616, il s'installe sur le pont Notre-Dame, à l'enseigne du « Franc Gaulois ». Ses affaires prospérant sans doute, il achète l'année suivante des loges à la foire Saint-Germain, qui lui permettent de toucher une clientèle plus nombreuse et assoient sa présence parmi les peintres de Saint-Germain. La maîtrise de Saint-Germain-des-Près, jouissant des franchises concédées par l'abbaye, permettait aux nombreux peintres étrangers (le plus souvent flamands et nordiques) et provinciaux, venus à Paris, de s'affranchir de la tutelle soupçonneuse et contraignante de la maîtrise parisienne.

Nicolas Moillon se révèle peintre, marchand de tableaux (ce commerce s'ajoutant fréquemment à l'activité des peintres) et aussi, conséquence de son activité commerciale, prêteur sur gages.

Il meurt en septembre 1619 et sa femme cède le bail de la maison du pont Notre-Dame à un marchand d'estampes, Melchior Tavernier, probablement protestant lui aussi.


Bibliographie
• FARE, Michel, La Nature morte en France, Genève, 1962.

Archives de l'Art français
• LA MORINERIE, baron de, Isaac Moillon, 1858-1860.


Louise Moillon (1610-1696)

Née dans une famille protestante d'artistes parisiens, Louise Moillon se révèlera comme une des femmes peintres de natures mortes les plus marquantes de son époque. La fin de sa longue vie sera assombrie par la Révocation et ses lourdes conséquences.

Une famille de peintres protestants



Louise Moillon
Louise Moillon,
La marchande de fruits et de légumes.
(Musée du Louvre)

Née à Paris en 1610 dans une famille de peintres protestants, Louise Moillon est l'artiste le plus célèbre de tous. Après la mort, en 1619, de son père, Nicolas, peintre, sa mère se remarie l'année suivante avec le peintre protestant de natures mortes, François Garnier, dont le titre de « bourgeois de Paris » laisse supposer une situation prospère. Il est aussi marchand de tableaux lié au milieu de Saint-Germain-des-Prés. La fillette qui a entamé sa formation auprès de son père défunt la poursuit avec son beau-père. À la mort de sa mère, en 1630, Louise a déjà peint de nombreuses natures mortes, corbeilles et plats de fruits, étalages de légumes, vases de fleurs qui peuvent parfois être accompagnés de figures humaines (La marchande de fruits et de légumes, 1630, Louvre). On dénombre aujourd'hui une quarantaine de tableaux de sa main, peints essentiellement entre 1630 et 1640, où l'artiste se confirme comme un des peintres français de natures mortes du XVIIe siècle les plus importants et une des femmes peintres de cette époque parmi les plus célèbres.

En 1640, Louise épouse Étienne Girardot de Chancourt, marchand de bois, d'une famille huguenote originaire de Bourgogne.

Les temps de la Révocation

Les membres de la famille Girardot sont pris de plein fouet dans la tourmente de l'édit de Fontainebleau. Menaces, dragonnades, exil de ses enfants, sévices s'abattent sur Louise. Son mari est emprisonné ; les convictions de ce dernier demeurent intactes comme le révèle une déclaration de Seigneulay qui écrit en 1686 : « On a donné avis au roi que les marchands de bois...nouveaux convertis ne font point leur devoir de catholiques et qu'il y a trois hommes prisonniers au Fort l'Évêque, nommés La Chapelle, Girardot et Louis Le Verroux qui se fortifient l'un l'autre et empêchent la conversion de ceux que l'on met dans cette prison. »

Un des enfants, au moins, est placé aux « nouveaux catholiques » (jeunes enfants réformés convertis de force au catholicisme). Deux s'enfuient en Angleterre.

Les termes du testament de Louise Moillon sont suffisamment ambigus pour ne pas laisser prise aux exactions commises contre les relaps mais peuvent laisser entendre sa fidélité à sa foi. Elle y remercie Dieu de l'avoir « fait naître en son Église et persévérer en la religion chrétienne. » Elle meurt en 1696 et est enterrée selon le rite catholique.


Bibliographie
• FARE, Michel, La Nature morte en France, Genève, 1962.
• Bulletin de la S.H.P.F., DOUEN O., Les Girardot à l'époque de la Révocation, 1890, pp. 69-70.


Isaac Moillon (1614-1673)

Isaac Moillon fait partie d'une nombreuse famille de peintres protestants parisiens, évoluant dans le milieu de Saint-Germain-des-Prés.

Une vocation familiale

Fils du peintre protestant Nicolas Moillon et frère de Louise, Isaac naît à Paris en 1614. Orphelin de père à l'âge de cinq ans, Isaac Moillon est élevé dans le milieu des peintres de Saint-Germain-des-Prés, sa mère s'étant remariée avec le peintre protestant de natures mortes, François Garnier.

Vers 1638-1640, il participe à la décoration de l'Hôtel Bautru, bâti sous la conduite de Le Vau dans l'actuelle rue Neuve des Petits-Champs et aujourd'hui détruit. Dans la galerie et le vestibule, il peint des Scènes de la vie guerrière.

On le trouve dans l'équipe d'artistes réunie par Simon Vouet pour effectuer les dessins de paysages, d'animaux, d'ornements des tapisseries commandées à l'artiste en vue qu'est Vouet. En 1653, il est présent à Aubusson et participe à des décors pour des châteaux de la région.

Il est aussi connu pour des oeuvres qu'il réalise pour l'Hôtel-Dieu de Beaune où ses peintures représentant Les Miracles du Christ accompagnent un retable représentant Saint Hugues ressuscitant un enfant noyé (in situ). À l'église d'Auxey-Duresses, près de Beaune, l'on peut toujours voir un Christ au linceul de sa main.

En 1663, il est reçu à l'Académie de Peinture et de Sculpture.

Il meurt le 26 mai 1673 et il est enterré au cimetière protestant des Saints-Pères le 29 mai en présence de son beau-frère Étienne Girardot.


Bibliographie
• FARE, Michel, La Nature morte en France, Genève, 1962.
• FÉLIBIEN A., Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, Paris, 1666-1668.
• MONTAIGLON, Anatole de (sous la direction de), PV de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

Archives de l'Art français
• LA MORINERIE, baron de, Isaac Moillon, 1858-1860.

Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français
• WILHEM, Jacques, Un peintre oublié : Isaac Moillon, de l'Académie royale. Ses oeuvres à l'Hôtel-Dieu de Beaune, 1973, pp. 113-132.
• LAVEISSIÈRE, Sylvain, Le Christ au linceul d'Isaac Moillon à l'église d'Auxey-Duresses, 1973, pp. 133-134.


Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692)

L'oeuvre de cet écrivain protestant, partagée entre l'observation satirique et l'anecdote, a souffert d'une réputation de légèreté et n'a été connue qu'au milieu du XIXe siècle. La vie personnelle de Tallemant a été marquée par les déchirements des années précédant la Révocation de l'édit de Nantes.

Pour informations complémentaires, voir : Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692).



Louis Testelin (1615-1655)

Peintre

Lorsqu'exerce Louis Testelin, la religion réformée n'est pas encore un obstacle à une brillante carrière.

Peintre et protestant

Né en 1615, fils de Gilles, peintre du roi Louis XIII qui assure sa première formation, Louis Testelin est élève de Simon Vouet dans l'atelier duquel il se lie avec Charles Le Brun. Sa famille est protestante. On ignore dans quelles conditions Gilles qui est attesté comme catholique en 1602, s'est converti au protestantisme. Est-ce à l'occasion de son mariage ? Louis lui-même est engagé dans cette religion, comme le souligne son premier biographe Guillet de Saint-Georges. : « [il a] eu le malheur d'avoir toujours vécu dans la religion calviniste ; mais il n'avoit pas les opiniâtres emportements qui sont ordinaires aux personnes infectées de ces erreurs, et il évitoit les séditieuses controverses ». (Pour mieux comprendre cette affirmation, précisons qu'elle est formulée en 1692.)
Louis Testelin
Louis Testelin, Flagellation de
Saint Paul et de Silas, 1655.
May de la cathédrale
Notre-Dame de Paris.
(Notre Dame)


Peintre à la prestigieuse clientèle

Ses engagements religieux ne nuisent aucunement à sa carrière. Il peint pour Anne d'Autriche et de nombreux établissements religieux parisiens. Toutefois, son oeuvre variée et nombreuse a été largement amputée. Parmi les rares peintures subsistantes, se trouvent les deux Mays réalisés pour Notre-Dame en 1652 (Saint Pierre ressuscite la veuve Tabitha) et en 1655 (Flagellation de saint Paul et de Silas).

L'Académie

En 1648, Louis Testelin participe activement à la fondation de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture auprès de son ami Charles Le Brun. L'année suivante, il est choisi comme secrétaire et, en 1650, comme professeur, fonction dans laquelle il s'investit pleinement jusqu'à sa mort prématurée, en 1655. Il est enterré au cimetière réformé des Saints-Pères. Sa veuve abjurera en décembre 1685.


Bibliographie
• GUILLET DE SAINT-GEORGES, Louis Testelin, Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture, J.B. Dumoulin, Paris, 1854, 1 Tome.

L'Estampille-Objet d'Art
• Numéro 127, octobre 2002. GUICHARNAUD, Hélène, Louis Testelin : Saint Pierre ressuscite la veuve Tabitha, pp. 83-84.


Autres peintres protestants du XVIIe siècle

Nombreux sont les peintres du XVIIe siècle à n'avoir laissé que d'infimes traces. Nous efforcerons de livrer ici quelques noms d'artistes protestants peu connus.

Les protestants et la maîtrise de Saint-Germain-des-Prés

La maîtrise (ou corporation) de Saint-Germain-des-Prés, jouissant des franchises concédées par l'abbaye, permettait aux nombreux peintres étrangers (le plus souvent flamands et nordiques) et provinciaux, venus à Paris, de s'affranchir de la tutelle soupçonneuse et contraignante de la maîtrise parisienne. Nombreux étaient les peintres protestants parmi les artistes cosmopolites qui en dépendaient mais qui étaient rarement fortunés. La nature morte était le genre le plus répandu parmi ces peintres de la maîtrise de Saint-Germain-des-Prés.

François Garnier

Ce peintre est plus connu comme beau-père de Louise Moillon dont il épouse la mère devenue veuve le 17 août 1620. Dans le contrat de mariage, son titre de « bourgeois de Paris » laisse supposer qu'il connaît une situation prospère. À l'époque, il demeure dans l'île de la Cité. Il est aussi marchand de tableaux et achète en 1627 une loge à la foire Saint-Germain, rue Mercière, qu'il agrandira ensuite. Après la mort de sa femme, survenue en 1630, il se remarie en 1634 avec Denise Du Pont, veuve de Jacques Le Sage, orfèvre. On a souvent souligné le fréquent calvinisme ou, au moins, l'active sympathie pour le protestantisme, chez les orfèvres parisiens. Marie Gilbert, sa première femme, était elle-même fille d'un orfèvre. Il meurt probablement en 1658 ou juste avant.

François Garnier fils

De l'union de François Garnier et de Marie Gilbert, naît en 1623 un garçon prénommé comme son père, François. De 1647 à 1652 et aussi en 1656, il figure au nombre des artistes de la maison du roi, effectuant des travaux d'embellissement et d'entretien. Renonce-t-il à la religion réformée à l'occasion de son mariage en 1658 (son père est décédé) avec Marie Varin à la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois ? Jusqu'en 1665, il se trouve en Poitou où, comme peintre du roi, il procède à des relevés topographiques. Le 18 avril 1672, il est inhumé paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois.

Abraham et Jean Le Roy

Abraham peintre de natures mortes,habitant rue de l'Horloge, est peut-être originaire de Nancy.

Son fils Jean, peintre en miniature, « a fait abjuration de l'hérésie de Calvin dans laquelle il était né, a fait profession solennelle de la religion catholique, apostolique et romaine » le 1er janvier 1679.

Michel Lanse (ou Lance ou Lansse)

Il est né à Rouen en 1613. Agréé à l'Académie le 6 septembre 1659, il est reçu en février de l'année suivante sur un tableau représentant une « Table couverte d'un grand tapis, avec des instrumens de musique, & des vases antiques, entre-mêlez de fleurs & de fruits, & de quelques animaux ». Reconnu par ses contemporains comme bon paysagiste ainsi que bon peintre de fleurs et d'animaux, il meurt le 19 novembre 1661 et enterré au cimetière protestant des Saints-Pères le lendemain.

Protestants exilés

Des peintres protestants de natures mortes, dont l'art s'harmonise parfaitement avec la production de leurs confrères néerlandais, s'exilent aux Pays-Bas, bien avant la Révocation ou que pointe sa menace.

N.-L. Peschier, probablement d'origine ardéchoise, produit des Vanités en Hollande dans les années 1660.

Sébastien Bonnecroy, sans doute d'origine ardéchoise lui aussi, peint des natures mortes composées de livres, à Anvers autour de 1660. On le trouve à La Haye entre 1650 et 1676.


Bibliographie
• DEZALLIER d'ARGENVILLE, Antoine-Joseph, Description sommaire des ouvrages de peinture, sculpture et gravure exposés dans les salles de l'Académie royale, Paris, 1781.
• FARE, Michel, La Nature morte en France, Genève, 1962.
• FÉLIBIEN A., Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, Paris, 1666-1668.

Nouvelles Archives de l'Art français
• GUIFFREY J., La maîtrise de Saint-Germain-des-Prés, 1873, pp. 92-123.
• GÉRARDIN, François Garnier, peintre du roi, 1873, pp. 341-343


Les Gobelins

Les Gobelins : un quartier de Paris, une manufacture de tapisseries mais aussi une famille réformée et un lieu de refuge pour les huguenots au XVIIe siècle.

Jean Gobelin laissera son nom à cette partie du Bourg Saint-Marcel

Manufacture des Gobelins
Paris, vieux bâtiments
de la Manufacture
des Gobelins 1898
(aquarelle de L. Robillard).
(Collection privée)
En 1443 s'installe à Paris, dans le quartier Saint-Marcel, à proximité des eaux de la Bièvre, Jean Gobelin, teinturier en écarlate. Avec leurs voisins, les Canaye, originaires de Milan, également teinturiers, les Gobelin fondent des entreprises très prospères resserrées par des alliances matrimoniales.

Ils possèdent tous les terrains allant de la rue Mouffetard (actuelle avenue des Gobelins) à la Bièvre (actuelle rue Berbier-du-Mets). Leurs activités, d'abord liées à la teinturerie, se diversifient ensuite vers le tissage de draps puis de tapisseries.

Dès 1559, les noms des Gobelin et des Canaye figurent sur les registres du temple de Charenton.

À quel moment les descendants de Jean Gobelin, alliés aux Canaye, rejoignent-ils la religion réformée ? On ne sait exactement.

En 1568, un Canaye, venu acheter des teintures de gaudes et pastels du Lauragais est pendu à Toulouse, un autre est jeté en prison à Paris et meurt en 1572, lors de la Saint-Barthélemy.

Les registres du temple de Charenton font état de baptêmes et d'autres actes concernant aussi bien les Gobelin que les Canaye, qui ont même obtenu la jouissance d'un cimetière protestant au bourg Saint-Médard, rue des Poules, (actuellement rue Laromiguière).

Le 26 septembre 1621, la maison des Gobelin sert de refuge aux huguenots

Lors des guerres de religion sous Louis XIII, dites guerres de M. de Rohan, le duc de Mayenne, frère du duc de Guise et son successeur à la tête de la Ligue est tué au siège de Montauban. À cette nouvelle, des huguenots revenant du temple de Charenton sont attaqués par des vagabonds. Le lendemain, les mêmes séditieux reviennent à Charenton pour mettre le feu au temple. Une autre émeute éclate au bourg Saint-Marcel. Quatre maisons de la rue des Postes appartenant à des huguenots sont pillées. Il y a des morts de part et d'autre.

Le gouverneur de Paris, le duc de Montbazon, se rend sur place pour calmer les esprits. Il prend des mesures pour protéger la maison des Gobelin en mettant 50 archers de la ville de Paris pour assurer la garde et la sûreté de la dite maison et de ses marchandises. On disait en effet « qu'un grand nombre de ceux de la religion réformée s'était réfugié aux Gobelins ».

En 1601, à la demande d'Henri IV, les ateliers de tapisseries se développent par l'arrivée de deux flamands, François de la Planche et Marc de Comans, amis des Gobelin avec lesquels ils avaient des liens familiaux. Leurs noms figurent sur les registres du temple de Charenton ce qui tend à prouver qu'ils étaient réformés. Ils créent la première manufacture de tapisseries du roi qui sera rachetée par Colbert en 1662 pour devenir la célèbre manufacture royale des meubles de la Couronne, appelée aujourd'hui manufacture des Gobelins.

De la famille Gobelin, on perd la trace. On sait seulement qu'après la Révocation un Gobelin est conduit à la Bastille pour avoir refusé d'abjurer. La manufacture des Gobelin et le quartier maintiennent la mémoire de leurs noms.


Bibliographie
• LANGLOIS, Gilles-Antoine, Le 13e arrondissement, une ville dans Paris, Délégation à l'action artistique de la ville de Paris, 1993.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 4, 1855. READ C. et LACORDAIRE A.L., Les Gobelins, p. 68, pp. 489-496.


L'architecture des temples au XVIIe siècle

Le XVIIe siècle voit exploser l'architecture religieuse protestante, dans l'ensemble de la France. Peu de temples construits alors subsistent aujourd'hui, car leur vie fut malheureusement éphémère.

Anduze (Gard)
Bordeaux (Gironde)
Caen (Calvados)
Cardet (Gard)
Charenton (Val-de-Marne)
Collet-de-Dèze (Lozère)
La Force (Dordogne)
La Rochelle (Charente)
Montauban (Tarn-et-Garonne)
Montbéliard (Doubs)
Montpellier (Hérault)
Nîmes (Gard)
Églises du XVIIe siècle à Paris
Rouen (Seine-Maritime)
Vialas (Lozère)

Des destructions massives avant et après la Révocation de l'édit de Nantes

Temple de Rouen Quevilly
Demi-coupe du temple de Rouen Quevilly.
(Reymond)
Entre 1664 et 1683, les temples de Montauban sont détruits.

À la Révocation de l'édit de Nantes (1685), ces réalisations dont certaines étaient somptueuses (Caen, La Rochelle, Rouen...) sont livrées à la pioche des démollisseurs. Il en subsiste heureusement des dessins et des documents.

Des lieux de culte catholiques rachetés après la Révolution

Par ailleurs, le patrimoine religieux protestant s'est enrichi à la Révolution de 1789 de biens ecclésiastiques du XVIIe siècle de grande qualité. Citons, notamment pour Paris, l'Église de l'Oratoire, construite par Lemercier en 1621 et la Chapelle Sainte-Marie, construite par François Mansart entre 1632 et 1634.



Églises du XVIIe siècle à Paris

devenues protestantes à la Révolution.

Temple de l'Oratoire du Louvre (rue Saint Honoré)

Église de l'Oratoire du Louvre
Paris,
Église de l'Oratoire du Louvre.
(Collection privée)
En 1621, le père de Bérulle forme la congrégation de l'Oratoire et ouvre le chantier de la chapelle de l'Oratoire.

Les plans sont donnés par Jacques Lemercier (1585-1654). La première pierre est posée le 22 septembre 1621. Louis XIII lance un « grand dessein » et décide de prolonger une aile du Louvre jusqu'à la rue Saint-Honoré, ce qui oblige la chapelle à se trouver de biais sur la rue de l'Oratoire. En 1625 les travaux sont suspendus pendant 10 ans.

En 1642 et 1643 sont célébrées à l'Oratoire les obsèques du cardinal de Richelieu et de Louis XIII, en 1666 celles de la reine Anne d'Autriche en présence de Mazarin.

C'est seulement en 1740 que la nef est achevée et le grand portail plaqué en 1745. En 1793 l'église est saccagée, pillée et devient salle de conférences, salle d'études, magasin de dépôt de décors de théâtre.

En 1811, Napoléon Ier met l'Oratoire à la disposition du culte réformé.

L'intérieur de l'édifice sera entièrement réaménagé pour le culte protestant. Les boiseries proviennent de l'ancienne église Saint-Louis du Louvre, affectée au culte réformé de 1790 à 1811 puis démolie.

Le premier pasteur de l'Oratoire a été Paul-Henri Masson (1754-1832) précédemment chapelain de l'ambassade de Hollande. C'est le plus grand temple réformé de Paris.

Temple Sainte-Marie (rue Saint Antoine)

Église Sainte Marie
Paris, Église Sainte Marie,
(chapelle de l'ancien couvent
des Filles de la Visitation).
(Collection privée)
Cette ancienne chapelle du couvent des filles de la Visitation ou Visitandines a été construite par François Mansart entre 1632 et 1634. Saint Vincent-de-Paul sera pendant 28 ans directeur spirituel du couvent.

En 1790, devenu bien national, le couvent et la chapelle sont vidés de leur mobilier et servent d'entrepôt aux livres saisis chez les immigrés. En 1792 les Visitandines doivent quitter leur couvent. Dans la chapelle se réunit l'association des « Amis des Lois » et un club révolutionnaire qu'anime Théroigne de Méricourt. En 1796, les bâtiments sont vendus, puis détruits à l'exception de la Chapelle. Le 1er mai 1803, Bonaparte accorde l'usage de celle-ci au culte protestant.

De l'époque révolutionnaire subsiste un curieux bonnet phrygien au-dessus d'une porte. Les armoiries des Coulanges, bienfaiteurs des Visitandines sont encore visibles dans une chapelle.

En sous-sol, on trouve une très belle crypte voûtée. En 1830 les obsèques nationales de Benjamin Constant, ami de Mme de Staël, y ont été célébrées.

On l'appelle également Paroisse du Marais.



Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français