Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Les protestants réformés sont plus nombreux dans les provinces atlantiques et celles du Sud que dans celles du Nord de la France.

Les seize provinces synodales (1660)
Sociologie du protestantisme
L'enseignement protestant au XVIIe siècle
Les luthériens à Paris
Protestants en France
Centres importants des protestants en France au XVIIe siècle.
(Musée du Désert)


Un long dépérissement

On assiste à un long dépérissement de la population protestante au cours du XVIIe siècle.

Une première cause n'est pas religieuse : il s'agit des pestes qui ont provoqué une mortalité considérable dans les villes protestantes :

à Montpellier en 1629-1630 ;
à Anduze en 1650 ;
à Montauban en 1653-1654 ;
à Saumur en 1624 et 1631.

L'autre cause est politique et militaire. Des villes comme La Rochelle et Privas ont été lourdement sanctionnées lors des sièges. D'autres villes ont subi la perte de leur garnison après la paix d'Alès (1629). Des conversions au catholicisme ont aussi réduit la population protestante.

Vers 1660-1670, le protestantisme français est presque uniquement réformé. Il est globalement très minoritaire dans le royaume : environ 800 000 habitants, soit 4,5 % de la population française. Sa répartition n'est pas du tout homogène : la densité est beaucoup plus faible dans le Nord du royaume que dans le Midi et dans les régions atlantiques.

Le Nord de la France

C'est là que le protestantisme est le plus minoritaire, avec seulement 135 000 fidèles dans 171 églises. Il est le reliquat d'un protestantisme urbain et seigneurial qui a été particulièrement affecté par l'abandon du protestantisme par les nobles : ils ont cédé aux pressions de Richelieu, surtout après la paix d'Alès. Quelques noyaux de forte densité permettent cependant la survie du protestantisme.

Les régions atlantiques

La population protestante est de 293 000 fidèles dans 227 Églises. Elle est essentiellement rurale et peu implantée dans les grandes villes comme Poitiers et Bordeaux. L'exode rural des protestants vers les villes ne vient pas renforcer le protestantisme, car les protestants devenus citadins sont pour beaucoup récupérés par la reconquête catholique.

Le Midi de la France

La population protestante est de 369 000 fidèles dans 298 Églises. Son enracinement rural est très marqué. Il bénéficie du soutien des élites protestantes d'un réseau de villes plus ou moins importantes. Ces élites sont très présentes dans les institutions municipales et royales assurant la protection de l'Église dans leur circonscription administrative. Cet ensemble méridional comporte des îlots protestants fortement majoritaires, vestiges d'un ordre protestant.

Les campagnes protestantes résistent à la pression démographique catholique.

Il existe des isolats catholiques dans les zones à forte majorité protestante par exemple la vallée de Sumène dans les Cévennes. La situation des minorités catholiques est difficile pendant les périodes de trouble.

L'Alsace et le pays de Montbéliard

En Alsace, rattachée à la France en 1648 (Strasbourg en 1681), le protestantisme, surtout luthérien, est très implanté : à la fin du XVIIe siècle l'Alsace, qui était hors du champ d'application de l'édit de Fontainebleau, comptait environ 90 000 luthériens et 15 000 à 20 000 réformés.

Le pays de Montbéliard, qui ne sera rattaché qu'en 1793 à la France, est majoritairement luthérien.


Bibliographie
• Bulletin de la S.H.P.F., CHAREYRE, Philippe, Démographie et minorités protestantes, Octobre-novembre 2000, pp. 867-889.


Les seize provinces synodales (1660)
Provinces et colloques
Délimitations des provinces et des colloques au XVIIe siècle.
(Musée du Désert)

Les Églises réformées sont regroupées selon le cadre géographique des provinces du royaume. Les communautés réformées sont principalement urbaines, mais il existe d'importantes implantations rurales dans le Midi et sur la façade atlantique.

Une organisation par province

Depuis la fin de l'indépendance du Béarn (1620), les Églises réformées du royaume de France sont organisées dans le cadre de 16 provinces.

Pour chaque province dans ses frontières de 1620 (sans Sedan, ni Metz, ni l'Alsace, ni le pays de Montbéliard) sont indiqués le nombre d'Églises et une estimation de la population réformée vers 1660.

Les provinces du Nord

Les six provinces du Nord ne comportent qu'une faible population réformée : 135 000 fidèles dans 171 Églises. La moitié de cette population est urbaine.

• Île de France – Picardie – Champagne – Metz

Cette grande province compte seulement 51 000 réformés pour 47 Églises. Les communautés les plus importantes sont à Paris (12 000), Meaux, Nanteuil (3 000), Calais, Alberville, Saint-Quentin.

• Normandie

Cette province compte 42 000 réformés pour 43 Églises, dont les plus importantes sont Dieppe, Le Havre, Rouen, Caen, Bolbec. Il existe aussi d'assez nombreuses églises de fief, c'est-à-dire sous juridiction seigneuriale.

• Bretagne

Cette province ne compte que 3 500 réformés dans 11 Églises dont Nantes, Rennes et Vitré ainsi que quelques Églises de fief.

• Anjou – Maine – Touraine

Cette province compte 10 200 réformés dans 21 Églises dont celles de Tours, Saumur et Loudun. Elle compte aussi quelques lieux de culte de fief.

• Orléanais – Berry

Cette province compte 11 500 réformés dans 23 Églises dont celles de Blois, Mer, Châtillon, La Charité, Henrichemont.

• Bourgogne

Cette province compte 17 000 réformés, dans 26 Églises dont celles de Lyon et de quelques groupes isolés en Auvergne, Châlonnais, Dijonnais. Le pays de Gex, près de Genève, compte des communautés importantes.

Les provinces de l'Atlantique

Les quatre provinces atlantiques comportent une population réformée essentiellement rurale de 293 000 fidèles dans 227 Églises.

• Poitou

Cette province comporte une forte densité protestante avec 77 500 réformés dans 49 Églises dont celles de Niort (la plus importante), Poitiers, Châtellerault, Thouars. L'Est de la Vendée et le Sud des Deux-Sèvres comportent de nombreuses Églises de fief.

• Saintonge – Aunis – Angoumois

Cette province comporte 93 500 réformés dans 60 Églises, dont celles de la Rochelle et de Cognac et de nombreuses Églises de bourgades.

• Basse-Guyenne

C'est cette province qui comporte le plus de protestants, avec 97 000 réformés dans 72 Églises dont celles de Bordeaux, Sainte-Foy, Bergerac, Clairac et Nérac et autour de ces villes.

• Béarn

Cette petite province, dont la population protestante a beaucoup baissé depuis le rattachement du Béarn à la Couronne, compte encore 25 000 réformés dans 46 Églises,dont celles de Nay-Pontacq, Pau, la vallée d'Osse et Oloron, Salies et surtout Orthez.

Les provinces du Midi

Les six provinces du Midi regroupent près de la moitié des protestants réformés du royaume : 369 000 avec 298 Églises.

• Haut-Languedoc, Haute-Guyenne

Cette province compte 80 000 réformés dans 64 Églises, dont celles de Montauban, Millau, Castres et sa région, Foix, Mazamet et Revel.

• Bas-Languedoc

Cette province compte 81 000 réformés dans 63 Églises dont celles de Montpellier et de Nîmes (1 200 protestants). La population est majoritairement protestante dans le Vaunage, la Vistrenque et l'Uzège.

• Cévennes

Cette province compte 74 000 réformés dans 59 Églises, dont celles d'Alès, de Sauve et de la haute vallée du Tarn.

• Vivarais

Cette province compte 48 000 réformés dans 29 Églises, dont celle d'Annonay. Les communautés protestantes très majoritairement rurales sont assez denses autour de la vallée de l'Eyrieux, sur les plateaux du Velay et dans les Boutières.

• Provence

Cette province compte 8 000 réformés, surtout ruraux, dans 12 Églises, dont celles de Manosque, Riez, Eyguières et le Luc. Un groupe vaudois est présent dans la vallée de la Durance (Mérindol, Lourmarin, Cabrières). Il y a très peu de protestants à Marseille.

• Dauphiné

Cette province compte 78 000 réformés dans 71 Églises dont celles de la principauté d'Orange, de Montélimar, de Dieulefit et de Grenoble. Les communautés protestantes sont présentes dans la basse vallée de la Drôme, le Diois, la vallée du Drac, et dans les confins vaudois entre la France et l'Italie.


Bibliographie
• Bulletin de la S.H.P.F., CHAREYRE, Philippe, Démographie et minorités protestantes, Octobre-novembre 2000, pp. 867-889.


Sociologie du protestantisme

Après l'édit de Nantes et surtout la paix d'Alès, l'affaiblissement de la noblesse réformée est sensible. La bourgeoisie d'affaires tend à prendre le relais à la tête des Églises réformées.

Militaires réfugiés en Brandebourg
Les militaires réfugiés en Brandebourg sont présentés au Grand Électeur.
(S.H.P.F.)
Noblesse

L'affaiblissement de la noblesse protestante au XVIIe siècle qui constituait l'âme du parti protestant avant la paix d'Alès (1629) touche essentiellement la haute noblesse.

Dans la noblesse provinciale, les protestants restent fidèles à leur religion. En Picardie et en Bourgogne ce sont des seigneurs qui maintiennent les Églises en utilisant leur droit de fief.

De nombreux réformés se distinguent dans le métier des armes. Ils servent dans l'armée royale ou dans les armées étrangères alliées de la France.

Après la révocation de l'Édit de Nantes, en 1685, les officiers protestants sont nombreux à émigrer pour entrer au service de Guillaume d'Orange ou de l'Électeur de Brandebourg.

Valentin Conrart
Valentin Conrart, fondateur de l'Académie française.
(S.H.P.F.)
Bourgeoisie

Le protestantisme reste une religion de la ville et du bourg.

Au fur et à mesure que les protestants sont écartés des emplois officiels par les ordonnances royales, à partir des années 1660, ils s'orientent vers la finance et les affaires, l'artisanat et le commerce.

Parmi les protestants de Paris figurent de grands commis, des banquiers comme Samuel Bernard, des hommes d'affaire comme les Gobelin.

En province, on trouve des soyeux à Nîmes, des négociants à Lyon et à Bordeaux, des drapiers à Alençon et à Montauban, des papetiers à Angoulême, des tapissiers à Aubusson.

Les Églises urbaines sont riches et bénéficient d'un corps pastoral de qualité.

Les huguenots sont présents dans le monde littéraire et artistique. Pensons à Valentin Conrart (1603-1675), premier secrétaire de l'Académie française, ou aux nombreux artistes qui faisaient partie de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

Monde rural

Le protestantisme du monde rural, habitant hameaux, villages ou bourgs, vivant de la terre et de la laine, reste stable dans les régions où il est majoritaire depuis les années 1560 : les Cévennes, le Bas-Languedoc et le Sud du Poitou.


Bibliographie
• LIGOU, Daniel, Le protestantisme en France de 1598 à 1715, SEDES, Paris, 1968, 268 pages, pp. 192-207.


L'enseignement protestant au XVIIe siècle

Transmettre la foi réformée est au XVIIe siècle, le but fondamental de l'enseignement protestant. On ne peut concevoir à cette époque d'enseignement purement laïc.

Abraham Bosse
Abraham Bosse, Le maître d'école.
(Musée des Beaux Arts de Tours)
Importance de l'enseignement

Comme tous les humanistes du XVIe siècle, les réformateurs, Luther en tête, ont fait de l'instruction des enfants à l'école un devoir pour les parents et pour les Églises. Devoir inscrit dans la Discipline des Églises réformées de France, depuis le synode national de Sainte-Foy en 1578.

L'édit de Nantes autorise ceux de la RPR à entretenir des écoles, mais dans les seuls lieux d'exercice du culte prévus par l'édit.

Les « petites écoles »

En principe chaque Église réformée dresse son école : école primaire de garçons surtout (souvent aussi écoles de filles ou écoles mixtes).

Le maître d'école, ou régent, est recruté par le consistoire de chaque Église, qui lui fournit un logement et une indemnité assez faible, complétée par un « écolage » payé par les parents.

L'enseignement est individuel : chacun vient à tour de rôle devant le maître lire, écrire, réciter. Il n'est collectif que pour le chant des psaumes et le catéchisme.

Synode de Privas
Les traitements des
professeurs d'Académies,
Synode de Privas, 1612.
(Collection privée)
Les collèges

Au début du XVIIe siècle on compte environ une trentaine de collèges réformés (le synode national de Saumur en 1596 avait prévu au moins un collège par province synodale).

Au collège, l'enfant apprend le latin, puis le grec, et dans les deux dernières classes l'histoire, la dialectique et la rhétorique.

La journée commence et se termine par la prière et le catéchisme fait partie du cursus scolaire. Les élèves sont emmenés au prêche du dimanche par les régents.

Le collège est dirigé par un principal, choisi autant pour sa piété que pour ses qualités administratives et pédagogiques. Les régents et professeurs doivent tous signer la confession de foi et la discipline des Églises réformées (décision du S.N. Alès 1620).

Les Académies

Le terme Académie désigne les collèges sur lesquels a été greffé un enseignement supérieur et tout particulièrement une faculté de théologie, selon le modèle genevois.

Après un cursus de deux ans dominé par l'enseignement de la philosophie, donnant droit au titre de maître es arts, l'étudiant peut poursuivre un enseignement théologique qui dure trois ans. L'étude de l'hébreu, du grec, de la grammaire, de la rhétorique lui permet une lecture approfondie des textes.

L'étudiant acquiert ainsi un savoir théologique, nécessaire à l'office du « ministre de la Parole », dont la « charge est principalement de prêcher ».

La formation des ministres est le premier objectif des Églises réformées. Mais certaines académies offrent la possibilité d'autres enseignements, le droit ou la médecine. C'est le cas notamment de celles d'Orthez et de Sedan.

L'Académie est dirigée par un recteur, qui est souvent aussi professeur. Il est nommé pour un ou deux ans et rééligible.

La prise en charge du financement de l'enseignement supérieur est décidée par les synodes.

Au synode d'Alès, en 1620, sont confirmées les académies de Die, Montauban, Nîmes, Saumur, Sedan.

Pédagogie protestante

Tout en posant le fait que la religion est le but fondamental de l'enseignement, celui-ci fait une place de choix à la littérature de l'antiquité païenne.

Si l'on compare l'enseignement des collèges protestants avec celui des collèges catholiques – ceux des Jésuites ou des Oratoriens – il faut signaler d'abord une même orientation dans la tradition humaniste.

Il y a en outre des similitudes et des convergences dans l'emploi des manuels et dans l'usage de certains exercices.

Relevons quelques différences :

le choix des auteurs de l'Antiquité est plus diversifié chez les protestants ;
l'enseignement des académies protestantes est orienté sur les textes bibliques ;
mais surtout les protestants enseignent à la fois le grec, l'hébreu et le latin tandis que les jésuites insistent presque exclusivement sur le latin ;
au lieu de la règle unique qui régit les collèges catholiques, collèges et académies protestantes s'organisent chacun de façon autonome.

Démantèlement progressif du réseau académique protestant par l'État


Puylaurens
Puylaurens, académie protestante.
Bâtiment où fut installée
l'académie protestante de Montauban
après son transfert de
Montauban à Puylaurens.
(S.H.P.F.)
À partir de 1661, le pouvoir d'État et d'Église tente de reprendre en main le savoir.

Tout au long du XVIle siècle une série de mesures vise à limiter le développement des écoles et collèges protestants : suppression des écoles mixtes sous prétexte de moralité, suppression des écoles lorsque le temple a été supprimé, reprise par les jésuites des collèges protestants, etc...

À l'égard des Académies, des mesures sont prises pour les asphyxier financièrement et pour interdire à leurs professeurs l'accès aux synodes.

Elles sont progressivement détruites les unes après les autres : Nîmes en 1664, Sedan en 1681, Die en 1684, Saumur et Montauban en 1685. L'académie de Montauban avait été transférée en 1659 à Puylaurens.

Il en résulte l'exode de nombreux intellectuels vers ce que l'on a appelé plus tard les pays du Refuge, où plusieurs d'entre eux vont jouer un rôle important, comme Pierre Jurieu ou Pierre Bayle aux Pays-Bas.


Bibliographie
• BOURCHEMIN P.D., Études sur les Académies protestantes au XVIe et au XVIIe siècle, Grassart, Paris, 1882.
• Centre d'Histoire de la Réforme et du protestantisme, La Réforme et l'éducation, 3e colloque, Privat, Montpellier, 1974.
• De FÉLICE, Paul, Les protestants d'autrefois, Fischbacher, Paris, 1897-1901, 4 Tomes, Tome 4, Éducation, instruction.
• GARRISSON, Janine, Les protestants au XVIème siècle, Fayard, Paris, 1988.
• Bulletin de la S.H.P.F., Numéro 127, 1989, DEYON, Solange, Les Académies protestantes en France, pp. 77-86.
• Foi et Éducation, Numéro 47, avril-juin 1969, LEONARD, Émile-G., Les académies protestantes dans le destin du protestantisme, pp. 61-75.
• H.S. du Bulletin de la S.H.P.F. : La Révocation de l'édit de Nantes et le protestantisme français en 1685, PITTION, Jean-Paul, Les académies réformées de l'édit de Nantes à la Révocation, 1986.


Les luthériens à Paris

Une origine longtemps oubliée

C'est aux rois de Suède, à leurs ambassadeurs et au dévouement des pasteurs que l'on doit la constitution en 1679 puis la survie, après la révocation de l'édit de Nantes, de la communauté luthérienne de Paris issue de l'immigration.
Hugo Grotius
Hugo Grotius (1583-1645),
savant et ambassadeur
de Suède.
(Collection privée)


Du premier culte luthérien au culte régulier

En octobre 1626, une proclamation à sensation co-signée par une vingtaine de princes et ambassadeurs scandinaves et allemands en mission diplomatique à Paris fait savoir qu'un culte luthérien avec Sainte-Cène a été célébré sous la présidence du pasteur suédois Jonas Hambraeus dans une de leurs ambassades.

Plus qu'un acte de foi, c'est une provocation car tous les luthériens présents à Paris sont invités pour la « prochaine fois ». Cette invitation ne prend effet qu'en 1635 avec l'installation comme légat permanent de Suède à Paris d'Hugo Grotius. Celui-ci s'établit au quai Malaquais, ouvre sa « chapelle » – c'est en fait le salon de l'ambassade dont les meubles sont enlevés – et engage Hambraeus comme pasteur : il y a culte chaque dimanche et tous les luthériens de Paris peuvent s'y rendre.

Qui sont les luthériens à Paris ?




Sceau d'Hambraeus
Sceau d'Hambraeus.
(Collection privée)

Le registre du pasteur mentionne les noms de ceux qui ont communié à la chapelle de Suède de 1635 à 1680. Ce sont presque tous des étrangers : au début des rois et princes scandinaves et de l'empire germanique, des ambassadeurs extraordinaires et des militaires de haut rang en mission en France. Rapidement ils ne sont plus les seuls : assistent au culte en grand nombre des étudiants suédois et allemands qui fréquentent la Sorbonne. Viennent aussi des apprentis artistes, dont le portraitiste Lundberg, le peintre Ehrenstrahl, le médailleur Meybusch.

Les autres sont des immigrants allemands, pauvres gens qui fuient leur pays dévasté par la guerre de Trente ans (1618-1648). Ils arrivent à Paris sans papiers, sans bagages, ne parlent pas la langue, ne savent pas où s'adresser pour être embauchés. Ils trouvent de l'aide à la chapelle de Suède où ils sont accueillis par le pasteur Hambraeus, qui inscrit leurs noms dans son livre et où ils participent au culte du dimanche. À la sortie, ils sont pris en charge par des aînés déjà implantés qui les hébergent et les aident à se placer. Ainsi se forme, semaine après semaine, une petite communauté allemande.

Dès 1679, devant les menaces de dispersion, le légat de Suède Nils Bielke adopte officiellement cette communauté en lui donnant le statut de communauté d'ambassade. Ce statut lui assure la protection et les subsides du roi de Suède et le bénéfice de l'exterritorialité pour l'exercice du culte. Pour la conduire, l'ambassadeur fait venir un Allemand, le pasteur Cephalius, autorisé à prêcher en allemand et à tenir des registres d'état civil en cette langue. Tout cela, en violation des usages diplomatiques ordinaires.

Brevet de permission de mariage
Brevet de permission de mariage.
(Archives du
Consitoire luthérien de Paris)
Les difficultés de la vie dans Paris catholique

Tranquilles pour la pratique de leur foi, ces luthériens étrangers n'en rencontrent pas moins des difficultés pour vivre dans une société catholique et xénophobe.

Les statuts des corporations comportent un règlement pour les étrangers très rigoureux, ce qui ralentit leur ascension professionnelle. Il est très difficile à ces luthériens de se marier, le roi Louis XIV a interdit à ses sujets d'épouser quelqu'un d'une autre religion, de choisir un étranger, d'aller se marier à l'étranger sans son expresse permission.

Dans les hôpitaux, tous tenus par des congrégations catholiques, on cherche à les convertir avant de les soigner. À partir de 1685, le cimetière protestant de la rue des Saints-Pères ayant été dévasté, les enterrements ne peuvent se faire que la nuit le long des berges de la Seine.

Sans les subsides de la Suède et les soins des diacres de la chapelle, le petit groupe de luthériens n'aurait pu survivre dans Paris.


Bibliographie
• DRIANCOURT-GIROD, Janine, L'insolite histoire des luthériens de Paris, Albin Michel, Paris, 1992


Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français