Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Les Églises réformées font preuve de vitalité jusqu'en 1660. La qualité de la formation des pasteurs stimule la foi des fidèles et permet les débats théologiques et les controverses avec les représentants les plus qualifiés du catholicisme.

Les Églises réformées avant la révocation
L'organisation des Églises réformées
Les controverses
Les pasteurs
Les académies réformées
La pratique religieuse
Les débats théologiques
Moyse Amyraut (1596-1664)
Pierre Du Moulin (1568-1658)



Les Églises réformées avant la révocation

La vie religieuse des réformés est animée par des pasteurs qui ont reçu une formation de haut niveau tandis que l'entraide au sein de la communauté est assurée par des laïcs. Dès 1660, les décisions royales entravent le bon fonctionnement des Églises réformées jusqu'à leur suppression en 1685 par la révocation de l'édit de Nantes.
Églises réformées de France
L'état des églises
réformées de France
au XVIIe siècle.
Page de titre.
(Collection privée)


Le fonctionnement des Églises

Les Églises réformées fonctionnent comme au XVIe siècle. Elles sont dirigées par une série d'instances au niveau local (consistoire), régional (synode provincial), national (synode national). Dans toutes ces instances, les laïcs sont au moins en nombre égal aux pasteurs. L'organisation des Églises réformées selon le système « presbytérien-synodal » diffère largement de celle très hiérarchisée de l'Église catholique. À partir de 1614, le fonctionnement des Églises réformées est contrôlé et limité par l'autorité royale qui suscite des difficultés en ce qui concerne les finances et la convocation des synodes nationaux. Les pasteurs, au nombre approximatif de 700, desservent les villes et bourgs autorisés par l'édit de Nantes. Ils y résident, avec leurs familles lorsqu'ils sont mariés. Leur tâche est essentiellement théologique : assurer la prédication le dimanche et plusieurs fois par semaine et le catéchisme pour enfants et adultes. Les difficultés financières des Églises qui s'accroissent au cours du siècle rendent la situation matérielle des pasteurs de plus en plus difficile, s'ils ne sont pas issus de familles aisées. À la Révocation de l'édit de Nantes (1685), les pasteurs ont le choix entre abjurer et émigrer. La plupart choisissent de quitter la France.

La formation des pasteurs est assurée dans les académies réformées dont le nombre varie entre 3 et 5 au cours du XVIIe siècle. Il s'agit d'un enseignement supérieur qui privilégie l'enseignement des langues (hébreu et grec) pour la lecture de la Bible dans les textes originaux. Certaines académies, comme celle de Saumur, ont un rayonnement qui dépasse la France et attire de nombreux étudiants étrangers.

La controverse avec les catholiques est une occupation importante des pasteurs soit dans la prédication soit dans les écrits où catholiques et protestants se réfutent mutuellement. Plus de 7 000 ouvrages de controverse sont publiés au cours du XVIIe siècle. Du côté protestant, les principaux protagonistes sont les pasteurs du temple de Charenton comme Pierre du Moulin ou Jean Claude et les professeurs des académies. Du côté catholique, les jésuites s'engagent dès le début dans la controverse puis Bossuet et les jansénistes.

Pierre du Moulin est le premier pasteur du temple de Charenton (qui est l'Église de Paris) puis professeur à l'académie réformée de Sedan. Sa réputation d'orateur est grande et lui vaut d'être l'aumônier de Catherine de Bourbon, soeur d'Henri IV, fidèle huguenote.

La pratique religieuse communautaire des réformés a pour cadre le temple. Les fidèles s'y rendent pour la prédication et la célébration des sacrements et le catéchisme. Mais il existe aussi une pratique privée ou familiale centrée sur la lecture de la Bible et le chant des psaumes.



L'organisation des Églises réformées

Les Églises réformées fonctionnent comme au XVIe siècle selon le modèle prévu dans la discipline de 1559. Elles sont dirigées par une série d'instances au niveau local, régional ou national où les laïcs sont au moins en nombre égal aux pasteurs.

Synode national de Montpellier
Synode national de
Montpellier, 1598, gravure.
Au bureau, un modérateur
et son adjoint,
deux secrétaires,
le commissaire royal. Autour,
les députés des provinces.
(Collection privée)
Les différentes instances (le système presbytéro-synodal)

L'Église locale est dirigée par un consistoire (ce qu'on appelle aujourd'hui le conseil presbytéral).

Un certain nombre d'Églises locales (jusqu'à une trentaine) forment un colloque (ce qu'on appelle aujourd'hui un consistoire). Les colloques règlent des questions entre Églises proches.

Au niveau provincial, le synode provincial regroupe plusieurs colloques et se réunit une fois par an (c'est ce qu'on appelle aujourd'hui le synode régional).

Au niveau national le synode général (on parle aujourd'hui de synode national) ne peut se réunir qu'avec l'autorisation du roi et s'est tenu très irrégulièrement à partir de 1623. Le dernier autorisé l'a été en 1659.

Le consistoire

C'est l'instance qui gouverne l'Église locale, composée de quelques dizaines ou centaines de familles (parfois jusqu'à 2 ou 3 000 familles : en tête, Nîmes, Paris, Montauban, Dieppe, Caen, Montpellier et La Rochelle avant 1628).

Les membres du consistoire se nomment les anciens (appelés aujourd'hui conseillers presbytéraux). Ils sont en moyenne une dizaine, et c'est le pasteur qui préside. Les anciens sont nommés en général pour 2-3 ans, mais sont rééligibles plusieurs fois. Ils sont choisis parmi les hommes de bonnes moeurs et de piété exemplaire, avec l'accord des fidèles. Il y a peu de membres de droit : les seigneurs dans les Églises de fief et les consuls dans les villes protestantes.

Les séances du consistoire ont lieu après le culte, mais la périodicité varie selon les lieux.

Les fonctions du consistoire

Méreau
Méreau (Mazamet-Tarn).
(Musée du Désert)
Le consistoire a pour mission propre de veiller à l'application de la discipline.

Dans chaque Église, les anciens visitent les fidèles, notent les scandales, distribuent les méreaux pour la cène. Le consistoire essaye d'amener les pécheurs à la repentance privée ou publique. Si un ancien note un « scandale » (non participation au culte, fréquentation des cabarets, des comédies, des danses, assistance à la messe), il en réfère au consistoire, qui convoque le présumé coupable. Celui-ci est alors admonesté et exhorté à la repentance. S'il n'y a pas repentance, il peut être suspendu de cène (excommunié).

Avant chaque cène (une fois par trimestre) le consistoire dresse la liste des gens interdits de cène qui ne recevront pas le méreau autorisant à communier.

Le consistoire règle également les querelles entre individus et essaye de réconcilier les parties. Dans un siècle très procédurier, il parvient souvent à éviter le recours à une juridiction publique.

Les anciens ont aussi dans leurs attributions la visite des malades.Chaque ancien est à son tour de service une semaine pour être lecteur en chaire, assister aux baptêmes, mariages et enterrements. Le consistoire tient les registres de baptêmes, mariages et décès.

Les finances de l'Église relèvent du consistoire : lui échoient ainsi la levée des cotisations et l'entretien des bâtiments (temple et presbytère).

Les finances du consistoire

Synode de Privas
Les traitements des
professeurs d'Académies,
Synode de Privas, 1612.
(Collection privée)
Chaque Église a en général trois permanents à rémunérer : le pasteur, le régent (instituteur) et le concierge avertisseur qui sonne la cloche.

La principale charge financière est celle du pasteur qui à cette époque reste généralement en fonction dans la même paroisse toute sa vie. Le traitement varie selon les paroisses et est sujet à un agrément entre le consistoire et le nouveau pasteur. On lui paye aussi son logement et ses frais de voyage aux annexes s'il y en a et aux colloques et synodes. On pourvoit éventuellement à la retraite de l'ancien pasteur s'il n'a plus la force d'exercer le ministère, ou à l'entretien de sa veuve ou des orphelins s'il vient à mourir. On peut aussi avoir à assister un futur pasteur pendant ses études de théologie.

Le traitement de l'instituteur est beaucoup plus faible et celui du concierge plus faible encore. Le consistoire contribue également aux honoraires du député général à la cour. Il contribue au financement (par le synode de la province) des collèges et académies et, après 1660, aide les prisonniers pour fait de religion.

Les recettes proviennent des contributions volontaires des fidèles. C'est l'ancien de quartier qui collecte les cotisations, en général par trimestre.

Jusqu'en 1620 une subvention prévue par l'édit de Nantes est accordée par le roi. Elle n'a jamais été intégralement versée et tarit tout à fait vers 1620. Dans les localités protestantes, une part du budget communal est affectée à l'Église.

Heureusement, il y a de nombreux dons et legs, car il est fréquent dans les testaments de donner une part à l'Église.

Mais beaucoup de consistoires ont des difficultés financières et ont du mal à payer régulièrement leur pasteur.

L'aide aux pauvres

Abraham Bosse
Abraham Bosse (1602-1676),
Donner à manger à ceux qui ont faim.
« Donner à manger à ceux qui ont faim ».
Gravure contenue dans le recueil
« Les oeuvres de miséricorde ».
(S.H.P.F.)
L'assistance aux pauvres est une activité considérable des consistoires. Les pauvres à aider sont nombreux surtout les années de famine.

Le consistoire aide les malades, les vieillards, les veuves et orphelins etc.

Un ancien tient le registre des pauvres et doit les visiter chaque mois pour savoir s'il faut continuer l'aide.

Dans certains endroits, il y a des médecins protestants et des hôpitaux protestants pour éviter la pression des curés dans les hôpitaux catholiques. Louis XIV les supprime en 1679.

Les consistoires aident les enfants pauvres pour les frais d'école ou d'apprentissage.

Ils aident à l'entretien des prisonniers et au rachat des captifs réduits à l'esclavage.

Les ressources viennent de collectes faites à la porte des temples et surtout des dons et legs.

Les colloques

Provinces et des colloques
Délimitations des provinces et
des colloques au XVIIe siècle.
(Musée du Désert)
Les colloques regroupent un certain nombre d'Églises locales et sont une subdivision de la province. Certaines provinces ne comptent qu'un colloque (la Bretagne et la Provence), d'autres peuvent en compter jusqu'à huit.

La réunion des colloques se fait de une à quatre fois par an et comporte un pasteur et un ancien par Église. Le colloque règle les différends entre les Églises ou à l'intérieur d'une Église qui n'ont pu être résolus par le consistoire. Le cas échéant, il blâme ou censure.

Les commissaires royaux

À partir de 1623, les colloques, synodes provinciaux et généraux ne peuvent se tenir sans la présence d'un commissaire royal. Celui-ci doit veiller à ce que l'on ne traite rien qui soit préjudiciable au service du roi ou à la paix publique. Les relations avec les réformés étrangers sont très surveillées ou prohibées.

Au début ce commissaire royal est protestant. À partir de 1679, il peut être catholique.

Les synodes provinciaux

Les renseignements proviennent de deux sources : les Actes des synodes et les procès-verbaux des commissaires royaux.

Les synodes provinciaux se réunissent une fois par an, ensuite, jusqu'en 1685, une fois tous les deux ans, ou de façon plus espacée, quand l'intendant l'autorise. Ils rassemblent un pasteur et un ancien par Église.

Comme tous les synodes, le synode provincial s'ouvre par un sermon d'ouverture où le public est admis. Il y a quelquefois sermon tous les jours. Chaque journée commence par la prière et le synode se termine par une prière.

Le synode traite les questions concernant l'ensemble de la province (l'observation de la discipline, l'instruction des enfants, les jours de jeûne...)

Il arbitre les questions non tranchées par les colloques ou les appels des décisions prises. Il nomme les examinateurs des candidats pasteurs (ou proposants) et admet ceux qui ont été jugés dignes. Les finances y occupent une place importante (doléances des pasteurs mal payés, Églises en difficultés etc.) Il nomme les députés au prochain synode national.

Les actes
Les actes de tous les synodes nationaux (1559-1660) collationnés en 1710.
(Collection privée)
Les synodes nationaux

Plus on avance dans le XVIIe siècle, plus la convocation des synodes nationaux se complique. À partir de 1614, ils ne peuvent se réunir sans autorisation préalable, à partir de 1623 sans la présence d'un commissaire royal. Le commissaire est souvent nommé avec retard et les synodes nationaux en sont de plus en plus espacés.

À l'origine ils se réunissent tous les ans ; à partir de 1598 tous les trois ans ; à partir de 1628, il n'y eut plus que quatre synodes nationaux :

1631, à Charenton ;
1637, à Alençon ;
1644, à Charenton ;
1659, à Loudun.

Chaque province envoie quatre députés, sauf la Bretagne et la Provence qui n'en envoient que deux. Le synode réunit donc en principe 60 députés, 30 pasteurs et 30 anciens.

Après le sermon d'ouverture, le discours du commissaire royal, la lecture de la confession de foi, le député général auprès du roi fait son rapport que le synode doit approuver. Le premier travail du synode est la lecture et la révision de la discipline ecclésiastique. Les 40 articles définis lors du premier synode de Paris en 1559 sont remaniés et augmentés pendant un siècle.

Les synodes sont débordés par les appels des particuliers, des pasteurs ou des Églises et sont obligés de les limiter. Ils rédigent ensuite un cahier de plaintes : ce sont les vexations subies par les réformés malgré les édits royaux. Une délégation va le porter au roi. Les synodes abordent alors les questions générales. Par exemple en 1623, on examine à Charenton les querelles théologiques qui agitent les Pays-Bas et les décisions prises au synode de Dordrecht. En 1631 à Charenton, on décide d'accepter à la Cène les luthériens qui en feraient la demande.

Le synode s'occupe ensuite des problèmes des académies, du budget de celles-ci et du traitement du député général. Les comptes des synodes sont bien simplifiés depuis la suppression vers 1620 de la subvention royale qui n'a d'ailleurs jamais été intégralement payée. Il fallait auparavant en faire une distribution équitable.

Avant de se séparer le synode vérifie la liste des Églises pourvues et à pourvoir, prévoit la ville où se réunira le prochain synode, dresse la liste des pasteurs déposés, fixe éventuellement la date d'un jeûne général, enfin lit et signe les Actes du synode.

Après la dernière prière du modérateur qui préside le synode, les députés emportent une copie des Actes en repartant vers leur province.


Bibliographie
• De FÉLICE, Paul, Les protestants d'autrefois, Fischbacher, Paris, 1897-1901, 4 Tomes, Tome 2, Les pasteurs.


Les controverses

Le XVIIe siècle est le grand siècle de controverse entre protestants et catholiques. Les controverses sont soit orales, soit écrites. Elles sont évidemment l'affaire des théologiens.

La controverse dans la prédication

La controverse entre protestants et catholiques est d'abord présente dans la prédication. Lors de missions de reconquête catholique dans les territoires protestants, des religieux (par exemple, des capucins) mènent l'attaque en critiquant ou ridiculisant la « religion prétendue réformée » (R.P.R.). Par ces moyens, ils tentent de fidéliser les catholiques et de convertir les protestants.

Les pasteurs, bien sûr, répondent à ces attaques dans leurs prédications en défendant les positions réformées et en dénonçant les erreurs de la religion catholique romaine.

Le pasteur de Charenton, Charles Drelincourt écrit ainsi un Avertissement sur les disputes, il s'agit bien sûr de disputes avec les catholiques.
Exemple de controverse
Exemple de controverse.
Controverse : l'auteur veut
montrer aux protestants que
leurs griefs contre l'Église
catholique n'ont pas lieu d'être
et qu'ils doivent s'y rallier.
(Collection privée)


La littérature de controverse

Une partie de ces prédications sont imprimées et diffusées. À cela s'ajoute la controverse écrite par laquelle les théologiens catholiques et protestants se réfutent mutuellement. Cette abondante littérature de controverse connaît un grand succès : au cours du XVIIe siècle jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes sont éditées plus de 7 000 ouvrages de controverse. Les ouvrages catholiques sont édités dans les grandes villes : Paris, Lyon, Rouen, Bordeaux, Toulon.

L'édition réformée n'est autorisée que dans les localités d'exercice du culte et par là même absente des villes importantes à commencer par Paris. Les presses huguenotes sont principalement établies à Sedan, Charenton, Saumur et La Rochelle, mais également Genève ou à Rotterdam et Amsterdam. De plus des poursuites en justice sont toujours possibles contre les ouvrages protestants, ce qui handicape encore la littérature protestante.

Les champions de la controverse



Daniel Chamier
Daniel Chamier.
(S.H.P.F.)

Le plus souvent les catholiques mènent l'attaque. Des religieux s'engagent dans la controverse, essentiellement les jésuites, mais aussi les capucins et les franciscains. Le plus prolixe est le jésuite François Véron autorisé par son ordre à se consacrer entièrement à la controverse. Bossuet s'illustre aussi dans la controverse.

À partir de 1669, après leur retour en grâce, les jansénistes de Port-Royal entrent dans l'arène. La lutte contre ceux de la religion prétendue réformée (RPR) leur permet de témoigner de leur orthodoxie catholique. Arnauld et Nicole sont les principaux protagonistes.

Du côté protestant, répondent pasteurs et professeurs de théologie. Au premier rang, plusieurs pasteurs de Charenton : Pierre du Moulin qui unit l'érudition, l'habileté et l'humour, Jean Daillé, Jean Claude qui s'illustre, lui, dans la controverse avec Port-Royal. Mais on peut également citer Jean Gigord à l'académie de Montpellier et Daniel Chamier à l'académie de Montauban. C'est d'ailleurs toute l'académie de Montauban qui s'occupe de controverse. Dans le règlement de l'académie, il est stipulé que l'enseignement théologique doit « former doctrinalement et armer les futurs ministres pour la controverse ».

Les thèmes de la controverse

Le thème de la grâce et de la justification par la foi est singulièrement absent de la controverse du XVIIe siècle, alors qu'elle avait été le centre du débat au XVIe siècle. Au XVIIe siècle, c'est l'Église et l'eucharistie qui occupent le devant de la scène, mais on retrouve aussi des thèmes traditionnels comme la messe, les images, le purgatoire, le culte de la Vierge, les reliques, etc.

En 1631, la décision du synode national réformé d'accueillir à la cène des luthériens qui en feraient la demande fait rebondir la polémique au sujet de l'eucharistie. Les catholiques tirent argument de cet acte d'union avec les luthériens, pour minimiser l'écart avec la doctrine catholique. D'où la réponse du pasteur Jean Daillé : l'acte d'union est un acte de charité vis-à-vis des luthériens n'entraînant aucune modification de doctrine.

Les jansénistes, et Bossuet ensuite, opposent la « perpétuité » de l'Église catholique aux « variations » des Églises nées de la Réforme. Le pasteur Jean Claude va s'attacher à montrer que la doctrine catholique a varié au cours des siècles, que les Pères de l'Église par exemple ne croyaient pas à la transsubstantiation, que c'est une doctrine nouvelle « inventée » au Xe siècle. Il défend ensuite la nécessité de la Réforme contre l'état déplorable de l'Église au XVIe siècle.

La polémique sur l'eucharistie et l'Église occultait la proximité de doctrine entre Charenton et Port-Royal sur la grâce et la prédestination.

Les résultats de la controverse

Si la controverse avait pour but de convertir, elle a échoué.

Mais elle a surtout oeuvré à usage interne. En approfondissant les positions de chaque Église et en les légitimant, elle a aidé à l'affirmation identitaire de chacune d'elles.

La controverse a eu également des effets imprévus : un grand développement de la critique biblique et de la critique historique, car les débats s'articulent principalement autour de la Bible et de la Tradition, donc de l'histoire. En adoptant les mêmes règles méthodologiques, les controversistes ont finalement construit une même communauté intellectuelle qui a contribué à la mutation des idées à la fin du XVIIe siècle.

Après la Révocation de l'édit de Nantes, la controverse entre dans une ère nouvelle avec les protestants du Refuge : du côté réformé,le pasteur Pierre Jurieu et le philosophe Pierre Bayle en sont les figures de proue.


Bibliographie
• Bulletin de la S.H.P.F., DOMPNIER, Bernard, L'histoire des controverses à l'époque moderne, une histoire des passions chrétiennes, 2002.


Les pasteurs

Les pasteurs réformés, au nombre approximatif de 700, desservent les villes ou les bourgs désignés par l'édit de Nantes comme lieux d'exercice du culte. Ils y résident avec leur famille.

La nomination des pasteurs

Charles Drelincourt
Charles Drelincourt
(1595-1669),
pasteur de Charenton.
(S.H.P.F.)
Bien former et bien choisir ses pasteurs est un des soucis majeurs des Églises réformées au XVIIe siècle. Des candidats au ministère pastoral, il est requis une formation poussée, de préférence dans l'une des académies réformées. Au cours de trois années d'études en théologie, ils apprennent l'hébreu, le grec, la théologie dogmatique. L'examen des candidats est fait par les synodes provinciaux ou plus exactement par un jury de sept examinateurs désignés par chaque synode. Ceux-ci doivent vérifier le niveau des connaissances et la « pureté de la doctrine ». Auparavant on s'était assuré de la « sainteté des moeurs » des candidats.

Si le candidat a passé avec succès l'examen, il est alors proposé par le synode à une Église vacante de la province, mais c'est la communauté qui décide ou non de son acceptation. Le candidat prêche trois dimanches de suite devant les fidèles. S'il n'y a pas de contestation, le pasteur est élu et son élection est confirmée par une cérémonie de consécration. Le plus souvent le pasteur restera dans la même paroisse jusqu'à la fin de son ministère. Il ne s'arrêtera qu'à sa mort ou lorsque ses forces défailliront.

Les fonctions du pasteur

Pasteur protestant prêchant
Pasteur protestant
prêchant, par Petrus
Hieronimus Glandius.
(Collection privée)
À la différence du prêtre, le pasteur n'est pas un personnage sacré. Ce n'est pas l'homme d'un rite, mais l'homme d'une parole. Il a la charge d'annoncer la Parole de Dieu. C'est pourquoi la formation théologique et biblique de pasteurs est très importante.

La première tâche du pasteur est donc la prédication et la préparation de plusieurs prédications par semaine occupe l'essentiel de son temps.

À partir de 1660, le pasteur doit veiller à chaque mot de sa prédication, car des catholiques assistent au culte pour surveiller et tout est prétexte pour faire un procès ou fermer le temple.

La deuxième tâche du pasteur est le catéchisme. Au cours du service du dimanche après-midi où participent enfants et adultes, le pasteur utilise le catéchisme de Calvin, ou d'autres, notamment celui de Charles Drelincourt. Les pasteurs font peu de visites sauf aux malades et aux affligés. Celles-ci sont plutôt du ressort des anciens du consistoire qui veillent avec le pasteur sur le comportement des fidèles.

Le pasteur du XVIIe siècle est surtout un homme d'étude. Il passe la majeure partie de son temps dans son bureau à préparer ses sermons ou à répondre à la controverse avec les catholiques.

La situation matérielle des pasteurs

Églises réformées
Les Églises réformées
au XVIIe siècle.
Carte d'implantation
des protestants en France
à la veille de la révocation
de l'Édit de Nantes.
(SIG Lozère)
L'édit de Nantes prévoyait l'entretien des pasteurs sur la cassette royale (en contrepartie de la dîme payée au clergé par les protestants) mais Louis XIII met fin à ce coûteux engagement. C'est aux Églises de payer leurs pasteurs. Les salaires des pasteurs varient selon les régions, les paroisses ou les époques. Ceux de Charenton sont les mieux payés. Le pasteur est en outre logé avec sa famille, chauffé et ses déplacements dans les annexes (s'il y en a) ou aux synodes et colloques sont pris en compte.

Malheureusement les paroisses payent très irrégulièrement leurs pasteurs. En témoignent les nombreuses doléances à ce sujet aux colloques et synodes. Ceux qui n'ont que leur salaire ont bien du mal à joindre les deux bouts.

Cependant les pasteurs du XVIIe siècle sont souvent de famille aisée, possédant certains biens ou ayant des revenus, ce qui leur garantit une certaine aisance. De plus, ils épousent fréquemment des filles de bonne famille avec une dot importante.

En effet, après l'édit de Nantes, les familles de la noblesse et de la bourgeoisie n'hésitent pas à pousser certains de leurs fils vers le pastorat qui est alors une situation honorable, bien en vue.

La vie quotidienne du pasteur

Abraham Bosse
Abraham Bosse (1602-1676),
La bénédiction de la table.
(S.H.P.F.)
Le pasteur du XVIIe siècle est un érudit. Outre ses études de théologie, il a une bonne culture générale et se tient au courant du mouvement intellectuel. La preuve en est l'importance des bibliothèques des pasteurs et le nombre de livres publiés par des pasteurs. Le pasteur est marié et suit l'éducation de ses enfants, tout particulièrement si l'un de ses fils se destine au ministère pastoral. Il y a de nombreuses dynasties pastorales, comme les Fontaine, les Claude, Les Daillé, les Dumoulin, les Drelincourt etc.

Les pasteurs sont souvent appréciés pour leur conversation et sont reçus par la noblesse du lieu – surtout si elle est réformée – et la bourgeoisie.

Dans la première moitié du siècle, certains pasteurs ont même de bons rapports avec le clergé catholique. Le pasteur Amyraut dîne chez l'évêque de Chartres et reçoit à Saumur les visites de l'archevêque de Paris. Il est vrai qu'il est connu surtout comme professeur de théologie à l'académie de Saumur. Cependant ce n'est pas un cas isolé.

Mais tout change à partir de 1660. Les pasteurs sont traités comme des suspects. Leurs moindres paroles ou démarches sont épiées. Tout est prétexte à un procès ou à la fermeture des temples. Plusieurs dizaines de pasteurs émigrent en Suisse ou en Hollande lors de la fermeture de leur paroisse par le pouvoir royal.

Les pasteurs et la Révocation de l'édit de Nantes

Lettres pastorales
Lettres pastorales de
Pierre Jurieu adressées
aux fidèles qui gémissent
sous la captivité de Baylone
(Rotterdam,1688).
(S.H.P.F.)
Selon les termes de l'édit de Fontainebleau, les pasteurs ont le choix entre abjurer et émigrer. Sur un total de 700 pasteurs réformés en 1685, 140 abjurent. Mais la plupart quittent la France et continuent d'exercer le ministère pastoral dans leur nouveau pays d'adoption.

Certains entretiennent des correspondances avec leur ancienne communauté ou publient des fascicules ou des livres à l'adresse des fidèles restés en France, tout spécialement des « prières pour les communautés privées de pasteurs ».

Les lettres pastorales de Pierre Jurieu (de 1686 à 1689) sont les plus diffusées.

Dans ces lettres, d'une dizaine de pages envoyées tous les 15 jours à ceux qui sont restés en France, Pierre Jurieu mêle la controverse traditionnelle, la consolation, les exemples de résistance héroïque et l'exhortation. Il identifie le petit troupeau réformé privé de pasteurs et de temples au peuple d'Israël en exil selon les récits de l'Ancien testament. Il adresse ses lettres aux « fidèles qui gémissent sous la captivité de Babylone ».


Bibliographie
• De FÉLICE, Paul, Les protestants d'autrefois, Fischbacher, Paris, 1897-1901, 4 Tomes, Tome 2, Les pasteurs.


Les académies réformées

Dès 1565, les synodes des Églises réformées se sont préoccupés de la formation des pasteurs, exhortant les Églises à ouvrir des collèges (préalable nécessaire à l'enseignement supérieur), et des universités ou « académies » (sur le modèle de l'académie fondée par Calvin à Genève en 1559).

Cependant, jusqu'à la fin du XVIe siècle, on ne compte qu'une académie réformée dans le royaume : Nîmes. Les futurs pasteurs français pouvaient aussi se former à l'académie de Genève ou dans trois autres académies situées sur des territoires limitrophes du royaume : Orthez, Orange et Sedan.

Pierre Viret
Pierre Viret (1511-1571).
(S.H.P.F.)
Nîmes

1561 : le consistoire décide qu'une école de théologie – inspirée de l'académie de Genève – serait adjointe au collège des Arts (constitué en 1539, sur le modèle de celui de Jean Sturm à Strasbourg : 1538).

1664 : interdiction de l'académie (en même temps que la prise en charge du collège par les jésuites).

Professeurs célèbres :
Théologie : Pierre Viret (de 1561 à 1562) ;
Théologie : Jean de Serres (de 1579 à 1591)
(enseigne aussi le grec et la philosophie) ;
Théologie : Jean Claude (de 1656 à 1661) ;
Philosophie : David Dérodon (de 1654 à 1663)

Jeanne d'Albret
Jeanne d'Albret,
reine de Navarre.
(S.H.P.F.)
Orthez

1566 : Jeanne d'Albret, reine de Navarre, fonde à Orthez un collège avec une académie (professeurs de théologie, grec, hébreu, philosophie, mathématiques, musique).

1583 : Henri de Navarre lui donne le titre d'université royale de Béarn (délivrant des diplômes, non seulement de théologie, mais aussi de sciences, droit, médecine).

1620 : suppression de l'académie, à la suite de l'annexion du Béarn au royaume de France.

Professeurs célèbres :
Théologie : Pierre Viret (en1571) ;
Théologie : Nicolas des Gallars (en 1579) ;
Théologie : Lambert Daneau (de 1583 à 1593).

Dragonnade à Orange
Dragonnade à Orange (1685).
(S.H.P.F.)
Orange

1573 : le comte Ludovic de Nassau adjoint un collège à l'Université de sa principauté d'Orange (université qui existait depuis 1365) et lui donne le titre d'académie.

1686 : dragonnade à Orange et occupation par les troupes françaises jusqu'en 1697.

Professeurs célèbres :
Théologie : Jean de Serres (de 1591à 1597) ;
Grec : Alexandre Morus (de 1638 à 1649) ;
Philosophie : David Derodon (de 1639 à 1654).

Pierre du Moulin
Pierre du Moulin, pasteur.
(S.H.P.F.)
Sedan

1579 : ouverture d'un collège, à l'initiative de Françoise de Bourbon, veuve de Henri-Robert de la Marck.

1601 : le synode national de Gergeau soutient le développement du collège comme académie (quoique la principauté de Sedan n'ait été rattachée à la France qu'en 1642, l'Église et l'académie de Sedan ont été ainsi précocement intégrées dans le réseau synodal des ERF).

1681 : suppression de l'académie.

Professeurs célèbres :
Théologie : Pierre Du Moulin (de 1621 à 1658) ;
Théologie : Pierre Jurieu (de 1673 à1681) (enseigne aussi l'hébreu) ;
Philosophie : Pierre Bayle (de 1675 à 1681).

En 1596, le synode général de Saumur décide la création de deux académies réformées entretenues par l'ensemble des provinces. Saumur était nommément prévue, mais les deux premières furent Montpellier et Montauban.

Montpellier

1596 : le consistoire de Montpellier institue une école de théologie.

1609 : une chaire de théologie, une d'hébreu et une de grec, une de philosophie.

1617 : le synode national de Vitré décide la réunion des deux académies de Nîmes et de Montpellier, ce qui se fit au profit de celle de Nîmes.

Professeurs célèbres :
Théologie : Jean Gigord (de 1595 à 1617) ;
Théologie : Michel Le Faucheur (de 1612 à 1617) ;
Grec, Histoire et Éloquence : Isaac Casaubon (de 1596 à 1599).

Puylaurens
Puylaurens, académie protestante.
(S.H.P.F.)
Montauban

1579 : ouverture d'un collège.

1598-1600 : naissance de l'académie, installée dans les bâtiments du collège, avec une bibliothèque.

1600 : deux professeurs de théologie, un d'hébreu, un de grec, deux professeurs de philosophie (les chaires de mathématiques, de jurisprudence, de médecine étaient prévues mais sont restées vacantes, faute de ressources).

1659 : à la suite d'une émeute mettant aux prises écoliers catholiques et réformés, l'académie est transférée à Puylaurens par arrêt du Conseil du roi.

1685 : suppression de l'académie de Puylaurens.

Professeurs célèbres :
Théologie : Daniel Chamier (de 1612 à 1621) ;
Théologie : John Cameron (en 1624 et 1625) ;
Théologie : Antoine Garissolles (de 1628 à 1651).

Philippe Duplessis-Mornay
Philippe Duplessis-Mornay
(1549-1623).
(S.H.P.F.)
Saumur

1599-1600 : naissance de l'académie, grâce au soutien de Du Plessis-Mornay, avec deux chaires de théologie, une d'hébreu, une de grec et deux de philosophie.

1635-1660 : période de grand rayonnement de l'académie, dont plusieurs professeurs (Amyraut, Louis Cappel, La Place) font preuve d'audace par rapport à l'orthodoxie réformée.

1685 : suppression de l'académie.

Professeurs célèbres :
Théologie : John Cameron (de 1618 à 1622) ;
Théologie : Moïse Amyraut (de 1626 à 1664) ;
Théologie : Louis Cappel (de1626 à 1657) ;
Théologie : Isaac d'Huisseau (de1630 à 1670) ;
Théologie : Josué de La Place (de 1631 à 1655) ;
Théologie : Claude Pajon (de 1666 à 1667) ;
Hébreu : Louis Cappel (de 1613 à 1657) ;
Hébreu : Jacques Cappel (de 1657 à 1685) ;
Philosophie : Josué de La Place (de 1621 à 1625) ;
Philosophie : Jean-Robert Chouet (de 1664 à 1669).

En 1620, le synode national d'Alès établit des Statuts généraux pour les académies. Dans chaque académie l'enseignement comporte la théologie (un ou deux professeurs pour l'Écriture sainte et un pour les « lieux communs »), l'hébreu, le grec, la philosophie, la rhétorique et les mathématiques. On compte alors cinq collèges ayant rang d'académie (outre Sedan) : les quatre précitées (Montauban, Nîmes, Saumur, Sedan) et une plus récente : Die.

Die

1596 : ouverture d'un collège.

1604 : ouverture d'une académie (une chaire de théologie, une d'hébreu, deux de philosophie).

1684 : suppression de l'académie.

Professeurs célèbres :
Théologie : David Eustache (de 1638 à 1641) ;
Philosophie : David Derodon (de 1634 à 1639).

À l'époque du synode de Loudun (1659-1660), le réseau académique réformé semble bien en place ; les académies de Saumur, Sedan et Montauban bénéficient même chacune d'une aura intellectuelle spécifique. Mais dès ce moment la politique royale vise à affaiblir les Églises réformées et en particulier les académies, en multipliant les tracasseries juridiques. Occupées par le souci de leur survie et les difficultés financières, les académies s'étiolent, avant même d'être officiellement interdites, entre 1681 et 1685, par des arrêts du Conseil du roi.

M. Carbonnier-Burkard



La pratique religieuse

La pratique religieuse communautaire des réformés a pour cadre le temple. Les fidèles s'y rendent pour le « prêche », la célébration des sacrements et le catéchisme. La pratique religieuse privée ou familiale est centrée sur la lecture de la Bible et le chant des psaumes.

Les temples
Temple de Charenton
Temple de Charenton (intérieur).
(S.H.P.F.)

Passé le temps de la clandestinité et des guerres, les communautés réformées se sont mises à bâtir des édifices à usage de leur culte, ainsi que les y autorisait l'édit de Nantes. On compte environ 760 temples en 1620, mais rarement à l'intérieur des grandes villes, selon les termes de l'édit. Ce sont des bâtiments destinés au prêche. Le plus vaste temple est celui de Charenton, construit pour la communauté de Paris par Salomon de Brosse. Pour les fidèles des grandes villes, le déplacement au temple est souvent une expédition.

Le prêche

Pasteur protestant prêchant
Pasteur protestant
prêchant, par
Petrus Hieronimus Glandius.
(Collection privée)
Le prêche correspond à ce que les réformés appellent aujourd'hui le culte.

La prédication du pasteur porte toujours sur un texte de la Bible, lu dans la Bible de Genève (révision de la Bible d'Olivétan par les pasteurs et professeurs de Genève en 1588).

La règle générale est de suivre un livre biblique du début jusqu'à la fin et de le commenter dimanche après dimanche.

Le prêche a lieu le dimanche matin, mais également une ou deux fois en semaine selon les communautés.

Les jours de jeûne, il y avait trois « prêches » au temple.

Les jours de jeûne

Jusqu'au XVIIIe siècle, les réformés avaient une tradition qui a disparu depuis : les jours de jeûne. En cas de persécution, guerre, épidémie de peste, famine ou autre affliction, on décrétait un jour de jeûne. Il y avait :

des jeûnes généraux, décidés par le synode national, obligatoires pour toutes les Églises le même jour ;
des jeûnes provinciaux, décidés par le synode provincial ;
des jeûnes particuliers, décidés par le consistoire d'une église, mais les églises voisines pouvaient s'y associer.

Pendant le jour de jeûne, on mange peu, les boutiques sont fermées, tout travail est interdit. On assiste à trois services successifs au temple (les lectures de psaumes et de prophètes sont privilégiées).

Les sacrements : le baptême et la cène

Dans le protestantisme, seuls le baptême et la Cène sont des sacrements.

Le baptême est administré aux enfants dans les jours, éventuellement les semaines, suivant leur naissance. C'est le pasteur qui administre le baptême lors d'un culte public. Le consistoire tient les registres de baptême qui servent d'état civil aux réformés.
Méreau
Méreau.
(S.H.P.F.)

La cène, commémoration du dernier repas du Christ, donc aussi de sa mort et de sa résurrection, est comprise comme nourriture spirituelle reçue dans la foi et exhortation à la charité fraternelle. Elle est célébrée quatre fois par an le dimanche (à Noël, Pâques, Pentecôte et en septembre ou octobre). Pour des raisons pratiques, les services de cène étaient répétés en général deux dimanches de suite, en raison de l'affluence et pour permettre à tous d'y assister. On communie selon la hiérarchie écclésiale et sociale : ainsi les pasteurs communient en premier, puis les membres du consistoire, puis les autorités municipales dans les villes protestantes, puis les fidèles, les hommes d'abord, les femmes ensuite. Les fidèles s'avancent deux par deux, entourent la table de communion. Après la communion et la bénédiction, ils se dispersent et un autre groupe s'avance.

Pour participer à la communion les fidèles doivent remettre un méreau, jeton qui indique que le porteur remplit les conditions nécessaires pour participer à la Cène. On pouvait être suspendu de Cène pour tout manquement à la discipline non suivi de repentance. Il fallait aller chercher ce laissez-passer pour la Cène chez l'ancien de son quartier. À partir de 1640, le méreau sert aussi à vérifier que le porteur est bien réformé. Car si un catholique ou un « relaps » venait à communier, cela pouvait fournir le prétexte à fermer le temple. Les anciens devaient faire preuve d'une grande vigilance. Si quelqu'un vient d'une autre paroisse, il doit avoir un billet de son consistoire.

L'admission des enfants à la Cène se fait à partir de l'âge de 12 ans.

Après la décision du synode national de Charenton de 1631, les luthériens qui le désirent sont admis à la cène réformée.

Les autres cérémonies

Actes de baptême
Les actes de baptême du temple de Quevilly, Rouen, 1619 à 1624.
(S.H.P.F.)
Le mariage n'est pas un sacrement, mais la bénédiction du mariage a lieu au temple dans un service public. Les annonces doivent en être faites au temple trois dimanches de suite. Les consistoires tiennent les registres de mariage.

La cérémonie d'abjuration de la religion romaine revêt un certain éclat, dans la première moitié du siècle. Lorsque des catholiques se convertissent à la religion réformée, ils ne sont pas rebaptisés. Leur abjuration de la religion romaine se fait en général en public, lors d'un culte du dimanche, après une longue préparation du candidat et un examen de ses motivations et connaissances.

Dès la deuxième moitié du siècle, par prudence, les abjurations se font parfois non dans une cérémonie publique au temple, mais seulement devant le consistoire, ou dans une paroisse éloignée du lieu de résidence.

En 1633, un édit royal interdit aux prêtres et religieux de se convertir. En 1680, un autre édit interdit à tout catholique de se convertir. En 1683, un édit condamne les pasteurs qui recevront des conversions.

Les inhumations

Depuis le XVIe siècle et jusqu'au XIXe, les réformés se distinguent des catholiques par l'absence de cérémonie publique au temple ou au cimetière au moment de la mort. La discipline réformée entend ainsi lutter contre les superstitions et les prières pour les morts.
Catéchisme de Drelincourt
Catéchisme de Drelincourt.
(S.H.P.F.)

La discipline et les synodes exhortent à une grande simplicité lors des enterrements. Les décrets royaux les y aident, en interdisant tout convoi de plus de 30 personnes et toute exhortation en public (février 1669).

Le catéchisme

Le dimanche après-midi, enfants et adultes se réunissent au temple pour le service de catéchisme.

Il y a de nombreux manuels de catéchisme. Le manuel officiel est celui de Calvin de 1542.

Mais au milieu du siècle, la langue de ce catéchisme paraît « surannée ». C'est pourquoi fleurissent de nombreux autres manuels dont le plus célèbre est celui de Charles Drelincourt (1642). Ils ne prétendent pas se substituer à celui de Calvin, mais sont plutôt destinés à la lecture des fidèles.

Lecture de la Bible
Lecture de la Bible.
Tableau de Greuze.
(S.H.P.F.)
Avant chaque cène ont lieu des services de « grand catéchisme », récapitulant l'enseignement catéchétique. L'accès à la cène est en effet subordonné à la compréhension de la doctrine, puisque la communion est en quelque sorte une confession de foi en acte.

La pratique religieuse privée ou familiale

Le culte familial, matin et soir, est une pratique courante chez les réformés. Rassemblant parents, enfants et serviteurs, il est présidé par le chef de famille (parfois, dans les maisons nobles, par le pasteur attaché au lieu). Il se compose d'une courte prière, de la lecture d'un ou plusieurs chapitres de la Bible et du chant d'un psaume. De plus avant le repas on récite le benedicite et après le repas une action de grâce.


Bibliographie
• De FÉLICE, Paul, Les protestants d'autrefois, Fischbacher, Paris, 1897-1901, 4 Tomes, Tome 2, Les pasteurs.
• WOLFF, Philippe (dir.), Histoire des Protestants en France de la Réforme à la Révolution, Privat, Toulouse, 2001.


Les débats théologiques

Les débats théologiques au XVIIe siècle portent essentiellement sur la grâce et la prédestination. Ils commencent aux Pays-Bas puis se poursuivent en France autour de l'Académie de Saumur.

Arminius contre Gomar


Arminius
Arminius.
(Collection privée)
Comment concilier la doctrine de la prédestination avec l'enseignement de l'Écriture sur l'amour de Dieu qui veut sauver tous les hommes ? Comment concilier l'autonomie de la volonté humaine et le caractère « irrésistible » de la grâce de Dieu ?

Y-a-t-il un salut possible pour les non chrétiens ?

Voici les questions qui agitent les théologiens réformés tout au long du XVIIe siècle.

Calvin définissait ainsi la double prédestination :

« Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu'il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation. Ainsi, selon la fin à laquelle est créé l'homme, nous disons qu'il est prédestiné à mort ou à vie ». (Inst.III, XXI, 5).

C'est aux Pays-Bas que naît la querelle entre Arminius et Gomar, tous deux professeurs à l'université de Leyde. Jacob Arminius (1560-1609) défend l'idée que Dieu a décidé de sauver tous les hommes. Mais le salut ne devient effectif que pour ceux qui croient. Arminius insiste sur la liberté humaine qui peut résister à la grâce de Dieu.

La position de François Gomar (1565-1641) s'aligne sur celle de Théodore de Bèze : Dieu a décidé de tout temps, avant la chute, ceux qui seraient sauvés et ceux qui seraient perdus.

Le synode de Dordrecht (1618-1619)

La querelle est tranchée au synode de Dordrecht qui réunit 65 pasteurs et laïcs néerlandais et 28 délégués étrangers (Grande-Bretagne, Palatinat, Hesse, Suisse, Genève...). Les représentants français André Rivet et Pierre du Moulin sont interdits de voyage par Louis XIII.

Le synode de Dordrecht rejette les idées d'Arminius selon lesquelles l'efficacité de la grâce de Dieu dépend de la réponse (affirmative ou négative) de l'homme ; que la grâce donnée aux élus puisse être perdue.

Dans les mois suivant la clôture du synode, les partisans d'Arminius (ou « arminiens ») doivent quitter les Provinces-Unies. Le Grand Pensionnaire, Oldenbarnevelt, qui soutenait les arminiens, est condamné à mort et décapité (mai 1619).

Les décisions du synode de Dordrecht sont ratifiées en France au synode national d'Alès en 1620.

Moyse Amyraut à l'Académie de Saumur

Moïse Amyraut
Moïse Amyraut.
(S.H.P.F.)
La dispute rebondit en France parmi les professeurs de théologie de l'Académie de Saumur. Fondée par Duplessis-Mornay, cette académie recrute des professeurs prestigieux, français et étrangers, faisant preuve d'ouverture d'esprit.

Moyse Amyraut (1596-1664), disciple de John Cameron, essaye de concilier les positions de Gomar et d'Arminius. Il affirme que Dieu veut le salut de tous les hommes et sauve ceux qui croient. La foi en Christ est ainsi une condition du salut. Amyraut exempte Dieu de toute responsabilité dans la perte des réprouvés : Dieu se contente de laisser les incrédules à eux-mêmes. Les élus ne sont pas choisis à cause de leurs qualités mais à cause de leur foi. Celui qui a conscience de croire peut donc être assuré d'être élu.

Pierre du Moulin (1568-1658), professeur à l'Académie de Sedan, s'oppose à Moyse Amyraut et défend une position strictement calviniste : Dieu veut le salut des seuls élus.

Les synodes nationaux et provinciaux reviennent à plusieurs reprises sur le sujet. En 1637, le synode d'Alençon donne raison à Amyraut, mais en 1644, celui-ci doit se justifier encore au synode de Charenton.

La querelle s'estompe peu à peu. Les idées de Moyse Amyraut se répandent largement parmi les étudiants de Saumur et au delà.



Moyse Amyraut (1596-1664)

Moyse Amyraut occupe une place importante dans l'histoire de la théologie réformée du XVIIe siècle.

Pour informations complémentaires, voir : Moyse Amyraut (1596-1664).



Pierre Du Moulin (1568-1658)

Érudit et orateur réputé, Pierre Du Moulin est surtout connu en tant que premier pasteur du temple de Charenton.

Pour informations complémentaires, voir : Pierre Du Moulin (1568-1658).



Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français