Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Moyse Amyraut (1596-1664)
Jacques Basnage (1653-1723)
Pierre Bayle (1647-1706)
La famille Broche de Méjanes
Charles Drelincourt (1595-1669)
Pierre Dugua de Mons (v 1560-1628)
Abraham Duquesne (1610-1688)
Pierre Jurieu (1637-1713)
Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay (1549-1623)
Pierre Du Moulin (1568-1658)
Denis Papin (1647-vers 1712)
Blaise Pascal (1623-1662)
Théophraste Renaudot (1584-1653)
Henri de Rohan (1574-1638)
Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692)
Turenne (1611-1675)
Isabeau Vincent



Moyse Amyraut (1596-1664)

Moyse Amyraut occupe une place importante dans l'histoire de la théologie réformée du XVIIe siècle.

Moïse Amyraut
Moïse Amyraut.
(S.H.P.F.)
Amyraut, figure de l'humanisme réformé de « l'école de Saumur ».

Moïse Amyraut est né à Bourgueil (Touraine) en 1596.

Il fait des études de droit, puis de théologie à Saumur où il sera ministre et dès 1633, nommé professeur à l'Académie protestante.

C'est à Saumur que la majeure partie de sa vie va se dérouler et c'est là qu'il mourra le 13 janvier 1664.

L'Académie de Saumur, créée par Philippe du Plessis-Momay en 1599, est marquée dès son origine par l'influence modérée de son fondateur et, au cours du XVIIe siècle, son rayonnement est grand. Elle est l'expression de ce que l'on pourrait appeler un humanisme réformé, dont Amyraut est un représentant typique. Il est réputé pour sa largeur d'esprit, sa modération et son aptitude à la tolérance.

L'humanisme de l'école de Saumur s'est exprimé dans le domaine théologique, dans le champ de la recherche historique et philologique et dans celui de la réflexion politique.

À la suite de la Paix d'Alès (1629), les protestants, privés de leurs places fortes et de leurs privilèges politiques, sont amenés à développer une grande activité intellectuelle.

Ils tentent, dans leurs écrits, de justifier théoriquement l'Édit de Nantes, de démontrer qu'ils ne sont fauteurs ni de désordre ni de subversion.

Sur le thème de la prédestination, Amyraut ravive une querelle au sein du
monde réformé (1634-1644), mais sa position est celle de la conciliation.


Son livre : Brief traitté de la prédestination et de ses principales dépendances (Saumur, Lesnier et Desbordes, 1634) ravive une querelle parmi les réformés sur le thème de la prédestination.

En effet, en 1618-1619, un synode avait été réuni à Dordrecht (Hollande) pour tenter de résoudre le problème posé par les thèses défendues par Arminius (1560-1609) qui remettaient en question la doctrine calviniste officielle affirmant la double prédestination. Face aux arminiens, qui défendaient l'idée d'une responsabilité de la foi individuelle pour le salut, les gomariens, disciples de François Gomar (1563-1641), soutenaient que le décret divin de prédestination ne laisse aucune place à la volonté humaine en matière de salut. À Dordrecht les positions gomariennes ont été approuvées et le système d'Arminius dénoncé. En 1620, le synode d'Alès approuve les décisions de Dordrecht.

Disciple de l'Écossais John Cameron (1580-1625), qu'il rencontre à Saumur entre 1618 et 1620 et dont il suit l'enseignement, Amyraut tente de concilier les positions des uns et des autres.

Il pose le principe d'un salut accessible à tous sous condition de la foi, Dieu veut le salut de tous les hommes, mais ne donne pas à tous la foi au Christ, condition nécessaire au salut.

Cette prise de position suscita des remous au sein du monde réformé. Les pasteurs de Charenton défendaient Amyraut, tandis que des réactions hostiles venaient des Pays-Bas, de Saintonge ou de Sedan, notamment de la part de Pierre Du Moulin (1568-1658), professeur à l'Académie de Sedan.

En 1637, le Synode d'Alençon manifeste à Amyraut sa confiance, et, si au synode de Charenton, de nouvelles plaintes sont portées contre lui, il n'y est pas donné suite et la querelle s'apaise progressivement.

La modération, la tolérance et l'ouverture de la pensée d'Amyraut ont permis un renouveau de la théologie réformée.

Son oeuvre écrite est abondante et lui vaut une grande notoriété.

L'oeuvre écrite d'Amyraut est très vaste et aborde de nombreux domaines : tout d'abord la théologie, mais aussi la morale, l'exégèse, et même la polémique.

Les ouvrages majeurs sont :
Traité des religions contre ceux qui les estiment indifférentes, (Saumur, 1631).
Brief Traitté de la prédestination et de ses principales dépendances, (Saumur, 1634).
Discours sur l'état des fidèles après la mort, (Saumur, 1646), écrit à la suite du décès de sa fille Élisabeth.
Apologie pour ceux de la Religion, (Saumur, 1647), destinée à justifier le comportement politique des réformés français, à démontrer qu'ils ne sont fauteurs ni de désordres ni de subversion, qu'ils ne contestent pas l'autorité du roi et ne trament aucunement de créer un État dans l'État.
Morale chrétienne, 6 vol., (Saumur, 1652-1660).
Du gouvernement de l'Église contre ceux qui veulent abolir l'usage et l'autorité des synodes, (Saumur, 1653), ouvrage dans lequel Amyraut fait l'apologie de la forme la meilleure et la plus sage de gouvernement ecclésiastique : le régime presbytérien-synodal.
Vie de François de La Noue depuis le commencement des troubles religieux en 1560 jusqu'à sa mort (Leyde, 1661).


Bibliographie
• LAPLANCHE François, Orthodoxie et prédication. L'oeuvre d'Amyraut et la querelle de la grâce universelle, PUF, Paris, 1965.
• STAUFFER Richard, Moïse Amyraut, un précurseur français de l'oecuménisme, Librairie protestante, Paris, 1962.


Jacques Basnage (1653-1723)

Pasteur à Rouen au moment de la Révocation, Jacques Basnage est obligé de fuir la France et il se réfugie en Hollande où il sera tout à la fois théologien, controversiste, historien et diplomate au service du Grand Pensionnaire Hensius.

Le théologien

Jacques Basnage, sieur de Franquenay, est né en 1653 à Rouen, où son père est un jurisconsulte distingué. Il est petit-fils et arrière petit-fils de pasteur.

Il fait des études de théologie à l'Académie de Saumur, puis à Genève et Sedan.

Nommé pasteur à Rouen en 1676, il se réfugie en Hollande à la suite de la révocation de l'édit de Nantes. En 1691, il est nommé à l'Église wallonnne de Rotterdam et à partir de 1709, à l'Église française de La Haye, où il a été appelé par le grand Pensionnaire (chef du pouvoir exécutif) Hensius.

À Rotterdam, Basnage a retrouvé Pierre Jurieu qui avait été son professeur à Sedan et qui est devenu son beau-frère. Mais il ne partage pas ses idées, notamment sur la guerre des Camisards. Tandis que Jurieu justifie l'insurrection des camisards en vertu du droit naturel et de la nécessité de se défendre, Basnage – dans ses Lettres pastorales sur le renouvellement de la persécution (1698) – préconise la patience et exhorte les protestants restés en France à la persévérance.

Basnage a été rendu célèbre par sa polémique avec Bossuet :

Dans le Traité des préjugés faux et légitimes, (Delft, 1701), il répond aux Lettres pastorales des archevêques de Paris et de Rouen et des évêques de Meaux et de Montauban où ceux-ci prétendaient que pour reconnaître l'Église catholique comme l'Église véritable, il n'était pas nécessaire de reconnaître ses dogmes. Basnage défend, lui, la nécessité de l'examen en matière de religion.

Ses ouvrages sont nombreux et concernent la Bible, l'histoire de l'Église et celle des Juifs. Notamment :

Histoire de l'Église depuis Jésus-Christ jusqu'à présent, Rotterdam, 1669, 2 vol.

Histoire de la religion des Églises réformées, 1690.

Histoire des Juifs depuis Jésus-Christ jusqu'à présent, Rotterdam, 1705.

L'historien et l'homme politique

Basnage est nommé par Hensius historiographe des États de Hollande.

Dans les Annales des Provinces-Unies depuis les négociations de la paix de Munster, (en 2 vol., publiées à La Haye, en 1719 et en 1726), il fait preuve de largeur de vues, d'une grande sagacité et d'une impartialité louable.

Le grand Pensionnaire Hensius a également chargé Basnage de plusieurs missions politiques, qui lui ont valu une réputation de diplomate habile.

Grâce à la confiance qu'il inspirait au représentant de la France, l'abbé Dubois, envoyé à La Haye pour négocier en 1716, il a contribué – lui au service de la Hollande – à faire conclure le traité d'alliance de 1717 entre la France, la Hollande et l'Angleterre.


Bibliographie
• MAILHET, E. André, Jacques Basnage, théologien controversiste diplomate et historien, Schuchardt, Genève, 1880.


Pierre Bayle (1647-1706)

Son apologie de la tolérance et sa pratique de la critique historique font de lui un précurseur de la philosophie des Lumières.

Professeur et homme de lettres


Pierre Bayle
Pierre Bayle,
copie du tableau de
Louis Ferdinand Elle.
(Musée Pierre Bayle)
Pierre Bayle est né au Carla (Ariège), dans le comté de Foix, d'un père pasteur.

Lors de ses études au collège jésuite de Toulouse, il se convertit au catholicisme.

En 1670, bachelier ès Arts, il quitte Toulouse et abjure le catholicisme. Relaps, il est contraint de quitter le pays. Il s'enfuit alors à Genève où il entreprend des études de théologie.

Voici en quels termes Pierre Bayle raconte (à la troisième personne) son retour au calvinisme :

« Le culte excessif qu'il voyait rendre aux Créatures lui ayant paru très suspect et la Philosophie lui ayant fait mieux connaître l'impossibilité de la transsubstantiation, il conclut qu'il y avait du Sophisme dans les objections auxquelles il avait succombé ; et faisant un nouvel examen des deux Religions, il retrouva la lumière qu'il avait perdu de vue, et la suivit sans avoir égard à mille avantages temporels dont il se privait, ni à mille choses fâcheuses qui lui paraissaient inévitables en les suivant. »

En 1675, après avoir été précepteur dans diverses familles réformées à Rouen puis à Paris, il gagne par concours la chaire de philosophie à l'Académie réformée de Sedan.

Lors de la suppression de cette Académie, en 1681, il fuit à Rotterdam où il enseigne la philosophie et l'histoire à l'École Illustre jusqu'en 1693.

Prestige du Refuge huguenot aux Provinces Unies et francisation du monde littéraire européen

Les Provinces Unies sont, au moment de l'arrivée de Bayle, un état souverain qui jouit d'une économie florissante et d'un grand rayonnement culturel. La langue française y est très répandue, grâce notamment aux nombreux Wallons qui se sont installés après avoir fui le sud des Pays-Bas espagnols.

L'importance et la renommée des imprimeurs hollandais favorisent et stimulent une grande activité littéraire. Journaux et gazettes sont diffusés à travers tout le monde européen. Pierre Bayle assure de 1684 à 1687 la rédaction du plus célèbre de ces périodiques littéraires : Les Nouvelles de la République des Lettres, qui le met en rapport avec toute l'Europe savante.

Dictionnaire historique et critique
Dictionnaire historique
et critique, Pierre Bayle.
(Collection privée)
C'est à Rotterdam que Bayle publie une série d'ouvrages majeurs

Citons notamment :

Pensées diverses sur la comète, 1682,
Ce que c'est que la France toute catholique sous le règne
de Louis-le-Grand
, 1686,
Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ :
« Contrains-les d'entrer »
, 1686,
Dictionnaire historique et critique, 1696-1697, qui se présente comme un examen critique des dogmes et des traditions.

Ce dictionnaire qui marie l'érudition et ce qui est matière de raisonnement a eu un très grand succès auprès d'un public lettré européen, quoique son entrée ait été interdite dans le Royaume de France.

Plaidoyer pour la tolérance civile

Bayle, hostile à tous les sectarismes, plaide pour une tolérance civile qui autorise la liberté de conscience. Pour lui, les chances de la tolérance en France sont liées au loyalisme monarchique. La tolérance qu'il préconise se fonde sur le respect des consciences individuelles, et donc sur celui des diversités spirituelles, ce qui implique le rejet de toute persécution de l'hérésie. Ses prises de position politiques et son apologie des droits de la « conscience errante » l'amènent à une controverse violente avec Pierre Jurieu, lui aussi réfugié à Rotterdam.

C'est à Rotterdam qu'il meurt en 1706.


Bibliographie
• BAYLE, Pierre, Ce que c'est que la France toute catholique, Vrin, Paris, 1973.
• BAYLE, Pierre, Dictionnaire historique et critique, Trevoux, Amsterdam, 1734.
• BAYLE, Pierre, Oeuvres diverses, Éditions sociales, Paris, 1971.
• BOST Hubert, Pierre Bayle, Fayard, Paris, 2006.
• Collectif, Pierre Bayle citoyen du monde : de l'enfant du Carla à l'auteur du Dictionnaire, actes du colloque du Carla-Bayle (13-15 septembre 1996) réunis par Hubert Bost et Philippe de Robert, Champion, Paris, 1999.
• LABROUSSE, Élisabeth, Pierre Bayle, Nijhoff, La Haye, 1963-1964.
• RETAT, Pierre, Le Dictionnaire de Bayle et la lutte philosophique au XVIIIe siècle, Les Belles Lettres, Paris, 1971.
• sous la direction de ZARCA, Yves-Charles, Les fondements philosophiques de la tolérance, PUF, Paris, 2002, 1200 pages, 3 Tomes. Tome 1, Études. Tome 2, Textes et documents.
• Bulletin de la S.H.P.F., SOLE, Jacques, Religion et conception du monde dans le Dictionnaire de Bayle, 1971-1972.


La famille Broche de Méjanes

Du XVIe au XIXe siècle, les heurs et malheurs d'une famille huguenote, seigneurs de St André de Valborgne, Barbotz, Paillole, Cabrillac et autres lieux, barons de Vauvert.

Pour informations complémentaires, voir : La famille Broche de Méjanes.



Charles Drelincourt (1595-1669)

Charles Drelincourt
Charles Drelincourt
(1595-1669),
pasteur de Charenton.
(S.H.P.F.)
Toute la carrière de Drelincourt, écrivain et pasteur, s'est déroulée au service des Églises réformées.

Le pasteur du temple de Charenton

Après de brillantes études de théologie à l'académie de Sedan, sa ville natale, puis à l'académie de Saumur, Drelincourt reçoit la consécration en 1618.

Il est nommé pasteur d'une Église qui devait se créer à Langres, mais qui n'a jamais pu obtenir l'autorisation du Conseil du roi.

En 1620, le consistoire de Paris le charge de desservir l'Église de Paris-Charenton, à la suite de Pierre Du Moulin.

C'est là qu'il exerce son ministère jusqu'à sa mort en 1669, et là qu'il s'acquiert une grande réputation de prédicateur.

Une oeuvre abondante

Avertissement
Avertissement sur les
disputes et le procédé
des missionnaires de
Charles Drelincourt
(page de titre).
(S.H.P.F.)
Drelincourt est un auteur très prolixe et prisé. Plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais, en allemand et en flamand.

Citons quelques titres :

Prières et méditations pour se préparer à la sainte cène, Charenton, 1621,
Le triomphe de l'Église sous la croix ou la gloire des martyres, Genève, 1629,
Abrégé des controverses ou sommaire des erreurs de l'Église romaine avec leur réfutation par des textes exprès de la Bible de Louvain, Genève, 1628, réédité une vingtaine de fois et traduit en allemand, Bâle, 1634,
Avertissement sur les disputes et le procédé des missionnaires,1651,
Catéchisme, ou instruction familière sur les principaux points de la religion chrétienne, 1ère édition 1642,
Consolation de l'âme fidèle contre les frayeurs de la mort, Charenton, 1651, 40 éditions jusqu'à la fin du siècle.



Timbre commémoratif
Timbre commémoratif représentant Dugua de Mons.
(Collection Privée)
Pierre Dugua de Mons (v 1560-1628)

Le gentilhomme calviniste Pierre Dugua de Mons est le fondateur de l'Acadie : secondé par Samuel Champlain, il crée les bases d'une colonie française au Canada.

Un militant de la cause réformée

Né à Royan vers 1560, Pierre Dugua de Mons appartient à une riche famille réformée Saintongeaise. Dès sa jeunesse, il prend part aux guerres de religion contre la ligue catholique et soutient le futur Henri IV. En récompense, il est nommé gentilhomme de la chambre du roi.

L'exploration du Canada

Cette région d'Amérique du Nord avait été découverte en 1525 par Vérazzano et en 1534 par Jacques Cartier et dénommée alors Nouvelle France ou Acadie.


Migrations acadiennes
Carte des grandes migrations acadiennes aux XVIIe et XVIIIe siècles.
(Les Amitiés Acadiennes)
Après la fin des guerres de religion, malgré l'avis de Sully, Henri IV souhaite relancer la colonisation de cette région d'Amérique. Des pêcheurs normands et bretons y font d'ailleurs le commerce des fourrures avec les autochtones.

En 1599, Pierre Dugua de Mons vend son château de Mons pour financer une expédition vers les terres nouvelles avec son ami protestant, Pierre Chauvin, originaire de Normandie.

En 1603, Pierre Dugua de Mons est nommé par Henri IV « Lieutenant général du pays, côtes et confins de l'Acadie » et vice-amiral. Sa mission est de « conquérir ces terres et convertir les amérindiens au christianisme ». Afin de subvenir aux frais de cette entreprise, Henri IV confie à Dugua de Mons le monopole du commerce des fourrures avec les indiens.

La conquête de l'Acadie



Île de Sainte Croix
Carte de l'Île de Sainte Croix
établie par Champlain en 1612.
(Les Amitiés Acadiennes)

En 1604, Dugua de Mons constitue une compagnie commerciale avec des marchands de Rouen, St Malo et La Rochelle. Il équipe deux navires : le Don de Dieu et la Bonne Renommée et conduit cette première expédition en compagnie de plusieurs gentilhommes et de Samuel Champlain, navigateur, cartographe et protestant. Ils installent des bases à l'île Sainte Croix puis à Port Royal, mais l'hiver canadien et le scorbut agressent durement les occupants.

En 1605, Dugua laisse le site de Port Royal à la garde de Champlain et Pontgravé et rentre en France pour préparer une nouvelle expédition. Il est vivement critiqué à cause du monopole des fourrures et de sa religion réformée. Il parvient cependant à équiper un nouveau bateau qui explorera les côtes de l'Amérique vers le Sud mais sans trouver une nouvelle implantation.

En 1607, les hostilités contre Dugua et le monopole redoublent. Henri IV, cédant à la pression des opposants, révoque le monopole. La rentabilité de l'entreprise coloniale est compromise et les français doivent rentrer en France, laissant Port-Royal à la garde du chef indien Memberton avec qui sont établies d'excellentes relations.

La fondation de Québec

Début 1608, Dugua obtient de Henri IV le rétablissement du monopole pour un an. Il envoie Champlain en mission sur le fleuve Saint-Laurent pour y créer un nouvel établissement. Il arrive sur le site qui deviendra la ville de Québec le 3 juillet 1608.

En 1609, le roi révoque définitivement le monopole des fourrures. Dugua est abandonné par ses associés. Il sauve cependant le site de Québec en rachetant les parts de ses associés. Il aura consacré à la cause de l'Acadie une grande partie de sa fortune. En 1610 l'assassinat de Henri IV le prive d'un soutien important.

Louis XIII lui reproche d'être huguenot et protestant obstiné alors que Champlain est un nouveau converti.

En 1612, Dugua de Mons renonce à son titre de Lieutenant général au profit d'Henri de Bourbon, prince de Condé.

Retour en Saintonge

En 1610, Pierre Dugua est nommé gouverneur de Pons, place forte protestante, qu'il tente de remettre en état.

En 1618, il vend sa charge de gouverneur et achète le château d'Ardenne près de Fléac sur Seugne, où il finira ses jours. Il continuera à soutenir Champlain et les familles françaises qui veulent s'installer au Canada.


Bibliographie
Les huguenots en Acadie, Huguenot héritage, hiver 2002-2003.
• BINOT, Guy, Pierre Dugua de Mons, Lieutenant de la Nouvelle France de 1603 à 1612, Éditions de la Bonne Anse, 2004.

L'ancienne France
La Marine et les colonies, 1888.

Lettre du Comité protestant des amitiés françaises à l'étranger
• Numéro 32, décembre 2003, MARTEL, Robert, Pierre Dugua de Mons.


Abraham Duquesne (1610-1688)
Abraham Duquesne
Abraham Duquesne.
(S.H.P.F.)

Le marin protestant

Abraham Duquesne naît en 1608 ou 1610 à Dieppe dans une ancienne famille huguenote d'armateurs.

Il commande un bateau dès l'âge de 17 ans. Entré au service de la marine royale, il participe aux opérations navales de la guerre de Trente ans et devient capitaine de vaisseau. En 1644, il entre au service de la Suède comme vice-amiral et défait la flotte danoise à la bataille de Femem.

Rentré en France en 1647, il est nommé chef d'escadre par Mazarin puis lieutenant général des armées de mer en 1667. Au nombre de ses exploits on peut citer sa victoire en 1676 sur les flottes réunies d'Espagne et de Hollande à Agosta en Méditerranée.

Sa fidélité au protestantisme lui vaut de solides inimitiés à la Cour bien qu'il soit protégé par Colbert. Louis XIV le récompense toutefois en lui accordant l'érection en marquisat de sa terre du Bouchet à la condition toutefois, « qu'il n'y serait fait aucun exercice de la religion prétendue réformée ». Mais il ne lui fera aucune autre faveur car il lui dit « Je regrette. Monsieur le Marquis que vous ne m'obligiez pas à faire quelque chose de plus pour un homme de votre valeur », ce à quoi Duquesne lui répond, « Quand j'ai combattu les ennemis de Votre majesté, je ne me suis jamais demandé quelle était leur religion. Il m'a suffit de savoir que vous m'ordonniez de les attaquer ».

Une exception royale non transmissible

Après la Révocation de l'édit de Nantes, bien que tous les officiers de marine protestants aient dû, soit abjurer, soit émigrer, Duquesne est autorisé à rester en France sans abjurer mais il est radié du corps de la marine en 1686 à la demande de Seignelay, Ministre de la marine et rédacteur de l'édit de Fontainebleau, qui voue une haine féroce aux huguenots en général, et à Duquesne en particulier. Il meurt à Paris le 1er février 1688.

Il est enterré sur sa terre du Bouchet (où son corps repose toujours) mais son coeur, placé dans une ume est emporté en Suisse à Aubonne, par un de ses fils qui avait émigré. Cette urne est placée dans un monument funéraire qui existe encore.

Sa femme doit abjurer pour conserver les biens de la succession, et ses enfants s'expatrient.

T. Durand-Gasselin


Bibliographie
• ROSSIGNOL, Ferdinand, Les protestants illustres, Paris, 1862.
• VERGE FRANCESCHI, Henri, Abraham Duquesne, huguenot et marin du roi Soleil, France Empire, Paris, 1992, 444 pages.


Pierre Jurieu (1637-1713)

Pierre Jurieu
Pierre Jurieu.
(S.H.P.F.)
Pasteur du Refuge, Pierre Jurieu s'est fait le défenseur du droit des nations.

Pasteur, professeur de théologie, homme de lettres

Né à Mer sur la Loire, dans une famille de pasteurs. Sa mère est la fille de Pierre Du Moulin, premier pasteur du temple de Charenton (1568-1658).

Il fait des études de théologie à Saumur puis à Sedan où il obtient son doctorat. En 1674, il est nommé professeur de théologie et d'hébreu à l'académie de Sedan. Mais en 1681, l'académie réformée de Sedan doit fermer sur ordre de Louis XIV et Pierre Jurieu se réfugie à Rotterdam où il va être pasteur de l'Église wallonne (Église protestante de langue française aux Pays-Bas) et professeur à l'École Illustre.

C'est là qu'il meurt en 1713.

Histoire critique
Histoire critique de Pierre Jurieu.
(S.H.P.F.)
Grande production littéraire

Ses oeuvres sont à la fois théologiques et historiques et elles revêtent un caractère nettement engagé :
Apologie pour la morale des réformés (1675) ;
Traité de la puissance de l'Église (1677) ;
Histoire du calvinisme et celle du Papisme mises en parallèle (1683) ;
Réflexions sur la cruelle persécution (1685) ;
Histoire critique des dogmes et des cultes (1704).

Entre France et Refuge : Les Lettres pastorales

Lettres pastorales
Lettres pastorales de
Pierre Jurieu adressées
aux fidèles qui gémissent
sous la captivité de Baylone
(Rotterdam,1688).
(S.H.P.F.)
Après la révocation de l'Édit de Nantes, Jurieu rédige Les Lettres pastorales aux fidèles qui gémissent sous la captivité de Babylone (1686-1689), diffusées clandestinement en France et répandues dans toute l'Europe. Jurieu se place sur un plan religieux, mais également politique, dans la mesure où il conteste la légitimité de l'Édit de Fontainebleau (1685) et où il développe une théorie contractuelle du pouvoir politique.

Jurieu défend « les droits des nations »

Il s'oppose à la politique du Roi-Soleil et soutient sans limite l'entreprise de Guillaume III d'Orange : la « Glorieuse Révolution » de 1688-89 est pour lui « la merveille de notre temps ».

Il met en question l'absolutisme et l'origine divine de la souveraineté.

Il prend parti pour le droit des peuples. Très tôt il a l'idée que le peuple est la source primaire de la souveraineté.

Dans l'Église également, il revendique la notion de souveraineté du peuple des fidèles. Il en vient à expliquer et justifier les « prophètes » et à soutenir la révolte des camisards.

Ces prises de position le mettent en désaccord avec Pierre Bayle (1647-1706) lui aussi réfugié à Rotterdam, chez qui « l'abus despotique » de Louis XIV n'a pas ébranlé le loyalisme monarchique.


Bibliographie
• LABROUSSE, Élisabeth, Conscience et conviction. Études sur le XVIIIe siècle, Universitas, Paris, 1996.
• LUREAU R., Les doctrines politiques de Pierre Jurieu, Thèse de Doctorat, Bordeaux, 1904.
• Le Refuge huguenot, KNECHT F.R.J., Pierre Jurieu, réfugié unique et caractéristique, 1969, actes du colloque, pp. 445-485.


Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay (1549-1623)

Capitaine, diplomate, homme de lettres et théologien, il contribue à la négociation de L'édit de Nantes.

Pour informations complémentaires, voir : Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay (1549-1623).



Pierre Du Moulin (1568-1658)

Pierre du Moulin
Pierre du Moulin, pasteur.
(S.H.P.F.)
Érudit et orateur réputé, Pierre Du Moulin est surtout connu en tant que premier pasteur du temple de Charenton.

Des études dans l'Europe protestante

Il fréquente le collège de Sedan, puis se réfugie en Angleterre où il poursuit des études à Cambridge, de 1588 à 1592.

En 1592, il se rend aux Pays-Bas, à Leyde, où il occupe une charge de co-recteur dans un collège, puis est nommé professeur de philosophie à l'académie.

Pierre Du Moulin devient pasteur de l'Église de Paris

En 1598, à l'appel du consistoire de l'Église réformée de Paris, il revient en France et rejoint les Églises réformées qui ont un besoin impérieux de pasteurs.

Temple de Charenton
Temple de Charenton.
(S.H.P.F.)
Au mois de mars 1599, il prend sa place dans l'Église de Paris. Les protestants n'avaient obtenu la liberté de célébrer leur culte qu'à 5 lieues de Paris, à Grigny, chez le sieur des Bordes Mercier, puis en 1601, à Ablon à 4 lieues, puis à Charenton en 1606. Il est le premier pasteur du temple de Charenton.

Sa réputation d'orateur est grande, elle lui vaut d'être aumônier de Catherine de Bourbon, soeur d' Henri IV, fidèle huguenote, qui organise des cultes au Louvre (salle des cariatides) et au château de Fontainebleau.

Un rôle de premier plan dans l'Église

Dès 1612, il occupe un rôle de premier plan dans l'Église, exerce une influence certaine sur les synodes, notamment celui de Privas en 1612. Néanmoins, la période est difficile pour les protestants qui se sentent menacés, c'est le moment où Louis XIII entre en Béarn. En 1618, Du Moulin se voit interdire par le roi de se rendre au synode de Dordrecht aux Pays-Bas, mais parvient toutefois à faire entériner par le synode d'Alès (1620) qu'il préside les décisions prises à Dordrecht, en faveur de la doctrine orthodoxe de la prédestination.

Ses activités sont surveillées, on craint des liens trop étroits avec l'Angleterre où il s'est rendu en 1615 à l'invitation du roi Jacques II pour se voir conférer le titre de docteur de l'université de Cambridge.

De peur d'être arrêté à Paris, il se rend en 1621, à Sedan, en terre réformée, auprès du duc de Bouillon, qui l'accueille genéreusement. Il y sera pasteur de l'Église réformée et professeur de théologie à l'Académie. Louis XIII refusant encore son retour à Paris, c'est là qu'il passera l'essentiel des dernières années de sa vie, avec toutefois, en 1624, un voyage en Angleterre à la demande du roi Jacques II. Il est nommé pasteur de l'Église française de Londres, mais son séjour prendra fin avec la mort du roi en 1625. Il obtient enfin en 1628 la permission de Louis XIII de pouvoir retourner à Paris.

Cependant c'est à Sedan qu'il s'établit jusqu'à sa mort en 1658.

Un auteur prolixe

Parmi les ouvrages de controverse, citons Apologie pour la saincte Cène du Seigneur contre la présence corporelle et la transsubstantiation, La Rochelle, 1607. Il y eut plusieurs éditions de ce texte et quelques traductions en anglais et en allemand.

Il écrivit aussi de nombreux ouvrages de piété, citons notamment Du combat chrétien ou des afflictions, Sedan, 1622, dont il y eut 16 éditions jusqu'en 1710 et des traductions en anglais, hollandais, allemand et italien.



Denis Papin (1647-vers 1712)

C'est pour rester fidèle à sa foi réformée,que le physicien Denis Papin fera carrière à l'étranger,et c'est en Allemagne,dans la province de Hesse qu'il inventera la machine à vapeur.

Denis Papin
Denis Papin.
(S.H.P.F.)
Une période de formation auprès de savants illustres

Denis Papin, fils d'un médecin protestant, naît près de Blois en 1647. Il fait ses études de médecine à Angers et vient à Paris en 1673, où il devient le préparateur de Christian Huygens, célèbre physicien et astronome hollandais, protestant installé en France.

Envoyé par Huygens en Angleterre, il travaille auprès de Robert Boyie, physicien et chimiste, un des plus grands savants de son temps, à perfectionner une machine pneumatique et met au point en 1679, sa fameuse « marmite », ancêtre de tous les autoclaves, pour laquelle il invente la soupape de sûreté.

En 1679, il devient l'assistant de Robert Hooke, mathématicien et astronome à la Société Royale de physique à Londres, dont il est nommé membre en 1680.

Proscrit par la Révocation


Denis Papin
Denis Papin (1647-1714),
machine à vapeur.
(Bibliothèque Mazarine)

En 1685, la Révocation de l'Édit de Nantes le conduit à abandonner toute idée de retour en France, car il veut rester fidèle à sa foi protestante.

En 1687, l'Électeur de Hesse-Cassel lui confie la chaire de mathématiques à l'Université de Marburg. Il construit là divers appareils remarquables : ventilateur centrifuge pour l'aération des mines, machine pour couler les glaces, appareil pour pomper les salines, etc. Mais c'est vers la construction d'une machine à vapeur que tendent tous ses efforts, couronnés de succès en 1705 (machine décrite en 1707, dans un ouvrage en latin). En 1707, il construit le premier bateau à vapeur, qui sera détruit par les bateliers jaloux de cette invention menaçante pour leur emploi. Il retourne alors en Angleterre, où il tente de nouvelles recherches qui n'aboutiront pas, et meurt à Londres, oublié et dans la misère, vers 1712.



Blaise Pascal (1623-1662)

Le grand mathématicien et philosophe Blaise Pascal a vécu dans la proximité du jansénisme. Sa soeur cadette, Jacqueline, dont il était particulièrement proche, était entrée à l'Abbaye de Port-Royal des Champs. Il fut lui-même l'un des Solitaires de l'Abbaye, vivant une vie d'ascèse dans son proche environ.

Blaise Pascal
Blaise Pascal.
(S.H.P.F.)
Blaise Pascal, une figure qui interpelle les protestants

Né à Clermont-Ferrand en 1623, Blaise Pascal perd sa mère un an après la naissance de sa soeur Jacqueline. Son père, un juriste, mais aussi un latiniste et un scientifique, fut son principal professeur.

Après son veuvage, il était venu s'établir à Paris, puis à Rouen, une ville pleine d'effervescence intellectuelle, où l'on pouvait rencontrer Pierre Corneille (1606-1684) et Jean du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643). Le premier n'étant en rien janséniste, mais croisait volontiers le fer avec le second.

La position de son père place d'emblée Pascal dans un environnement de mouvance janséniste intense. Dans ce cadre, il reçoit une remarquable éducation et montre d'exceptionnels talents qui lui font très tôt partager des questions posées dans les milieux jansénistes.

Blaise Pascal était un homme de grande intensité, à la mesure des violents maux de tête dont il a tant souffert, un homme plein de curiosités et de génie, que sa remarquable éducation a rendu présent à toutes les difficultés d'un environnement en profonde mutation, un homme d'amitié précieuse pour ceux qu'il rencontre.

Géomètre, arithméticien, il se heurte aux limites du seul raisonnement déductif et en dénonce les usages abusifs, qu'il s'agisse de théologie, de philosophie ou de raison d'État. Prêtant une grande attention à la diversité des solutions proposées pour résoudre une difficulté d'ordre pratique, il s'engage dans ce qui deviendra le calcul des probabilités, soit un ensemble de raisonnements mathématiques très rigoureux qui permettent une approche de l'incertitude et du risque. Ce faisant, il s'oppose au probabilisme souvent invoqué au secours de la raison d'État. Le probabilisme laisse entendre qu'une solution à un problème pratique, laquelle serait non démontrable, sans être improbable, peut être adoptée comme une solution juste dès lors qu'elle donne satisfaction au plus grand nombre et au pouvoir. Pascal a dénoncé dans les Provinciales, l'usage souvent abusif du probabilisme par certains jésuites conseillers du Roi.

Blaise Pascal a été sans cesse frappé, tant par l'inintelligibilité du monde que par l'impérative exigence d'agir pour soulager les souffrances des hommes. C'est ce qu'il a exprimé fortement et à plusieurs reprises dans les Pensées, un ensemble de notes et de fragments dans lequel se trouve le célèbre Pari sur l'existence de Dieu.

Fragment n° 105 de l' édition Brunschwig (qui se trouve au n°397 de l'édition Le Guern. Éditions de la Pléiade, Paris 1999). Argument dit du Pari :

Infini rien
... Nous connaissons (...) l'existence et la nature du fini parce que nous sommes finis et étendus comme lui.
Nous connaissons l'existence de l'infini et ignorons sa nature, parce qu'il est étendu comme nous, mais n'a pas de bornes comme nous.
Mais nous ne connaissons ni l'existence, ni la nature de Dieu, parce qu'il n'a ni étendue, ni bornes.
... Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu'il est, ni si il est.
...Cependant il est certain que Dieu est ou qu'il n'est pas. Il n'y a point de milieu...
Pariez donc qu'il est sans hésiter...
En prenant le parti de croire, si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien.
Croyez donc, si vous le pouvez.



Bibliographie
• MAURY Pierre, Saint Augustin, Luther, Pascal, Cahiers de Foi et Vie, Labor et Fides, Paris, 1930.


Théophraste Renaudot (1584-1653)

Théophraste Renaudot, médecin du roi, est surtout connu comme le premier journaliste français. Il fonde la Gazette de France en 1631.

Un médecin philanthrope

Théophraste Renaudot
Théophraste Renaudot.
(S.H.P.F.)
Né à Loudun en 1584 dans une famille réformée, il fait des études de médecine à Montpellier. En 1612, alors médecin en Poitou, il est appelé à Paris par la Reine-mère, Marie de Médicis, et nommé médecin du roi.

Très préoccupé du sort des pauvres – en grand nombre dans la capitale – il se voit conférer, en 1618 le titre de « commissaire général des pauvres du royaume » et fait accepter par le roi le projet d'un établissement en leur faveur : le « Bureau d'adresse » qui ouvre ses portes en 1630. Cet établissement est destiné à l'accueil des déshérités.

Bureau de placement au début, il devient, dès 1640, un dispensaire et une clinique où Renaudot organise des consultations gratuites, ce qui lui aliène la plupart des médecins.

Il s'intéresse en outre à la préparation des médicaments et prône l'emploi de la médication chimique.

Le bureau d'adresse de la rue de la Calandre à Paris – la maison du « Grand Coq » – a connu un tel succès qu'il a fallu l'agrandir et créer des succursales.
Théophraste Renaudot
Théophraste Renaudot.
« Bureau d'adresse pour les curieux ».
(S.H.P.F.)

Un journaliste

Renaudot est le fondateur de la Gazette de France (1631), le premier des journaux français, publié dès son début sous le patronage du gouvernement. Il arrive que Louis XIII et Richelieu y collaborent.

La Gazette, qui paraît une fois par semaine et fournit des informations politiques qui concernent l'Europe entière, poursuit son activité jusqu'en 1792 et compte 162 volumes.

En 1635, Renaudot prend la rédaction du Mercure français qui était sorti en 1605 des presses de Jean Richer imprimeur et libraire.

D'origine protestante, il s'est converti au catholicisme vraisemblablement lorsque Richelieu lui fit accorder en 1631 le privilège pour l'établissement de la Gazette de France.

Théophraste Renaudot meurt à Paris en 1653.


Bibliographie
NRF
• Numéro 42, 1929, La vie de Théophraste Renaudot, Coll. « Vie des hommes illustres ».


Henri de Rohan (1574-1638)

Ce breton protestant jouissant de la protection d'Henri IV deviendra en 1610 le chef des réformés. Les guerres qu'il mènera dans le midi languedocien contre les armées royales et sa fidélité à sa foi le conduiront à l'exil, pendant lequel il rédigera des traités de géopolitique.

Duc Henri de Rohan
Duc Henri de Rohan
(1579-1638).
(S.H.P.F.)
Début dans la vie sous la protection d'Henri IV

Henri de Rohan est le petit fils de René I de Rohan et d'Isabelle d'Albret, elle-même fille du Roi de Navarre. Son père René II de Rohan prince de Léon et vicomte de Porhoët avait épousé Catherine de Parthenay, héritière d'une puissante famille protestante du Poitou. Henri appartient donc à la haute noblesse protestante et bretonne.

Cousin et compagnon du futur Henri IV, qui le fait duc et pair, il épouse en 1604 Marguerite, fille de Maximilien de Béthune futur duc de Sully.

L'amitié du Roi le promet à une brillante carrière qui débute par le succès des armes. Il participe à la campagne contre le Duc de Bouillon, puis avec Maurice de Nassau fils de Guillaume le Taciturne, aux campagnes de Flandres contre les armées espagnoles.

Le chef des protestants

L'assassinat du Roi en mai 1610, va faire basculer le destin d'Henri de Rohan. Il devient plus ou moins malgré lui, le chef de la résistance protestante.

Face aux intrigues de la Régence de Marie de Médicis, beaucoup plus favorable que son époux au « parti dévot », puis surtout face à la volonté de Louis XIII poussé par Richelieu, d'abattre le parti protestant, Rohan sera en permanence déchiré entre la fidélité à la cause protestante et le service du Roi.

En 1617, le libre exercice du culte catholique est rendu à tout le Béarn passé à la Réforme sous Jeanne d'Albret. Cette décision déclenche un mouvement de résistance au nom de la « Cause Réformée », et en juin 1620, Louis XII lassé par les atermoiements du parlement décide de marcher sur le Béarn afin d'imposer l'exécution de son édit de 1617. L'émotion des Réformés est immense. Dans les provinces de Saintonge, de Guyenne et de Languedoc, des soulèvements s'organisent, et de 1621 à 1625 de véritables opérations militaires ont lieu autour de La Rochelle, St Jean d'Angély, Montauban et Montpellier. Rohan est le chef de tous les insurgés Malgré des victoires précaires et l'énergie de leur chef pour soutenir les derniers bastions, « les guerres de M. de Rohan » sont un échec.


Richelieu et le siège de La Rochelle
Timbre représentant
Richelieu et le siège de La Rochelle.
(Collection privée)
Pendant ce temps la pression sur La Rochelle, où Richelieu est décidé à en finir, s'accroît de mois en mois. Soutenu par son frère Benjamin de Rohan-Soubise, acharné plus encore que lui-même à contrer les visées du Cardinal, Henri de Rohan essaie de rallier les anglais à la cause réformée, mais leur intervention – conduite par le duc de Buckingham – est un échec. Et après un siège héroïque de 6 mois où la mère et la soeur d'Henri de Rohan, vont partager les souffrances des insurgés, la ville tombe aux mains des troupes royales en octobre 1628.

Ayant capitulé à la Rochelle, défaits dans le Midi, les réformés se voient imposer la « paix de grâce » d'Alès le 27 juin 1629, qui leur retire le droit aux assemblées politiques, et toutes leurs anciennes places de sûreté.

Une triste fin de vie

Au lendemain de la proclamation de la paix, Rohan est contraint à l'exil. Il s'installe à Venise où il écrira L'Apologie du duc de Rohan sur les derniers troubles de la France... puis ses Mémoires publiées en 1644, après sa mort, où il se justifie longuement de ses échecs, par la division de la communauté réformée.

De l'intérêt des princes et états de la chrétienté, publié en 1634 et Le parfait capitaine, en 1638 sont considérés comme d'excellentes contributions à la littérature politique du XVIIe siècle.

Rentré en grâce en 1634, il prend en 1635 le commandement des troupes royales en Valteline, province de l'Italie du Nord, pour couper aux troupes du Roi d'Espagne l'entrée du Milanais. D'abord victorieux Rohan est laissé sans renforts et sans ordres précis dans les montagnes de l'est de la Suisse. Après avoir sans succès instruit Richelieu de ses difficultés, suspecté d'être responsable de l'échec des troupes françaises en Valteline il est prié de reprendre le chemin de l'exil.

Il accepte en janvier 1638, la proposition du duc de Saxe-Weimar, allié de la France de reprendre les armes contre l'Allemagne et trouve la mort, qu'il recherchait sans doute, le 28 février 1638 à la bataille de Rheinfelden.

Le seul de ses enfants qui survivra, sa fille Marguerite, épousera en 1645 Henri Chabot, gentilhomme catholique, fondant ainsi la dynastie des Rohan-Chabot.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.
• DEYON, Pierre et Solange, Henri de Rohan, huguenot de plume et d'épée, Perrin, Paris, 2000.


Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692)

L'oeuvre de cet écrivain protestant, partagée entre l'observation satirique et l'anecdote, a souffert d'une réputation de légèreté et n'a été connue qu'au milieu du XIXe siècle. La vie personnelle de Tallemant a été marquée par les déchirements des années précédant la Révocation de l'édit de Nantes.

Des débuts brillants à Paris

Tallemant des Réaux est né en 1619 à la Rochelle dans une famille de banquiers protestants. Il vient à Paris très jeune et se lie avec Valentin Conrart protestant lui aussi, grand lettré, secrétaire de Louis XIII et qui regroupe autour de lui des hommes de lettres qui formeront le premier noyau de l'Académie Française.

Mais Tallemant fait aussi partie du milieu mondain et brillant de l'hôtel de Rambouillet situé près du Louvre, où la marquise de Rambouillet, née Catherine de Vivonne, réunit dans son salon les grands esprits de son temps : Malherbe, Racan, Corneille, Rotrou, Conrart.

C'est là qu'il glane la matière de ses Historiettes comme il les baptisera lui-même. Dans cet ouvrage qu'il remaniera jusqu'en 1659, Tallemant mêle des anecdotes souvent crues à des observations très pertinentes mais féroces sur les moeurs parisiennes du règne de Louis XIII et du début du règne de Louis XIV. Leur publication semi-clandestine et leur légèreté n'a pas servi les Historiettes. Elles sont plus reconnues comme source d'information sur un milieu que comme une oeuvre littéraire, jugée par ailleurs inclassable. Mais leur publication en 1834, par l'éditeur Monmerqué leur a rendu justice et on a parlé à leur propos de Madame de Sévigné pour « la qualité de la narration » et de Saint-Simon pour « l'ampleur du témoignage sur son temps ».

Une triste fin de vie

Par sa position sociale particulière, très fortuné mais huguenot, honnête homme accompli, d'une grande culture sans être pédant, Tallemant traverse tous les milieux sans s'inféoder à aucun et se retrouve finalement dans une grande solitude.

La fin de sa vie fut très assombrie par des déchirements familiaux. Sa femme abjure le protestantisme en 1660. Sa fille par contre voulant rester fidèle à sa foi réformée est expulsée ; lui- même se convertira en 1684.


Bibliographie
• MAIGNE Vincenette, Tallement des réaux-le Cabinet d'un amateur, Klincksieck, Paris, 1992.


Henri de la Tour d'Auvergne
Henri de la Tour d'Auvergne,
vicomte de Turenne.
(Collection privée)
Turenne (1611-1675)

Turenne, éminent chef militaire, a connu une conversion retentissante du protestantisme au catholicisme.

Jeunesse

Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, est né à Sedan en 1611. Il est le deuxième fils du duc de Bouillon, prince de Sedan et d'Élisabeth de Nassau, elle-même fille de Guillaume le Taciturne, fondateur de la République des Provinces-Unies de Hollande.

Il fait ses premières armes au service des princes de Nassau.

En 1630, suite au traité conclu par sa mère avec Louis XIII, il passe au service du roi de France comme colonel et fait la campagne d'Italie puis sert en Lorraine en 1633 puis en Alsace et aux Pays-Bas.

Guerre de Trente ans (1618-1648)

Turenne fait campagne en Italie en 1640 comme lieutenant général et il prend Turin. En 1643 il fait de nouveau campagne en Italie et il est nommé maréchal de France après l'avènement de Louis XIV.

À partir de 1644, Turenne est à la tête de l'armée d'Allemagne, il mène une guerre de mouvement et remporte une série de victoires conduisant en 1648 à la paix de Westphalie qui met un terme à la guerre de Trente ans, dans laquelle la France est entrée en 1635 au côté des princes protestants et des Suédois contre les Impériaux (Habsbourg d'Autriche et d'Espagne).

La Fronde (1648-1654)

Lors de la Fronde contre Mazarin, il participe d'abord à la Fronde parlementaire en 1649, puis il suit Condé (le Grand Condé, arrière petit-fils de Louis de Condé) au service du roi d'Espagne en 1650, mais revient définitivement au service du roi de France en 1651.

En 1652 il mène campagne contre Condé et les Espagnols, ce qui permet au roi de regagner Paris et il délivre Arras en 1654.

Guerre franco-espagnole (1656-1659)

Turenne prend Dunkerque en 1658 et envahit la Flandre, ce qui conduit à la paix des Pyrénées en 1659. Turenne est alors nommé gouverneur du Limousin et en 1660 maréchal général des camps et armées du roi et il est chargé de réorganiser l'armée.

Guerre de Dévolution et guerre de Hollande

En 1667, Turenne prépare avec Louis XIV la guerre de Dévolution (1661-1668) contre l'Espagne et prend Charleroi et Tournais. En 1672 commence la guerre de Hollande, (1672-1678), Turenne prend Arnheim puis entre en Allemagne et occupe la Westphalie.

En 1673, Turenne subit quelques échecs en Allemagne et se brouille avec Louvois, secrétaire d'État à la guerre de Louis XIV. En 1674 Turenne est chargé de tenir l'Alsace avec des forces réduites : il passe le Rhin et incendie le Palatinat mais les Impériaux franchissent à leur tour le Rhin et s'installent à Strasbourg. Turenne manoeuvre dans les Vosges en plein hiver, surprend les Impériaux à Mulhouse et il est vainqueur à Turckheim. Les Impériaux repassent le Rhin, mais reviennent en Alsace quelques mois plus tard. Turenne est tué par un boulet lors d'une reconnaissance à Sasbach (Allemagne).

Parcours personnel

Né protestant, Turenne avait épousé Charlotte de Caumont en 1651, laquelle meurt sans enfant en 1666.

Protestant convaincu mais modéré, il use de son influence pour plaider auprès du roi la cause de ses coreligionnaires. Mais il s'interroge, fréquente les jansénistes puis, sous l'influence de Pierre Nicole et de Bossuet, se convertit au catholicisme en 1668 : il devient un catholique modéré, continuant de lire la Bible.

Il a laissé des mémoires et des lettres.

Louis XIV fait enterrer Turenne à l'abbaye de Saint Denis. Son tombeau est actuellement aux Invalides où Bonaparte a fait transférer son corps en 1800 en hommage à ce grand stratège.


Bibliographie
• WEYGAND Général, Turenne, Flammarion, Paris, 1942.


Isabeau Vincent

Isabeau Vincent, une jeune bergère des environs de Crest, est à l'origine du mouvement protestant des « petits prophètes » en Dauphiné, Vivarais et Cévennes.

Les premières exhortations

Plaque en mémoire
Plaque en mémoire
d'Isabeau Vincent et
des petits prophètes,
Saou, Drôme.
(Pierre Waller)
Fille d'un protestant ayant abjuré avant la Révocation, orpheline de mère, Isabeau Vincent est placée comme bergère chez son oncle à Saou, entre Bourdeaux et Crest (Drôme). Elle est âgée de quinze à seize ans quand elle commence à parler en dormant, en février 1688, et à prophétiser durant la nuit, en patois, puis en français. Ses « exhortations » bouleversent tous ceux qui sont accourus pour l'entendre. Elle les appelle à la repentance, au rejet de la messe romaine, à chercher la parole de Dieu, à tenir ferme malgré les persécutions :

« Repentez-vous... Tenons ferme et que votre foi soit toujours fondée sur Jésus-Christ (...) Car qui persévérera jusqu'à la fin recevra la vie éternelle, il faut souffrir pour sa parole (...). Cherchez sa parole et vous la trouverez par la repentance, obéissez aux commandements de Dieu et non point à ceux des hommes (...). Les méchants périront avec leur méchanceté et seront fauchés comme l'herbe des champs qui est séchée... ».

Il est difficile pour ceux qui l'écoutent de ne pas penser aux persécuteurs et aux bourreaux. Car, ainsi que l'écrit un témoin, c'est sûrement l'esprit de Dieu qui parle par elle.

Le recueil des exhortations

Les petits prophètes
Les petits prophètes :
Isabeau Vincent
(gravure de S. Bastide).
(Samuel Bastide
Musée des Vallées Cévenoles)
L'un de ceux qui ont entendu ces exhortations les a recueillies par écrit et les a envoyées à Amsterdam où elles sont imprimées et diffusées ; c'est la première partie du document intitulé Abrégé de l'histoire de la bergère de Saou près de Crest en Dauphiné, imprimé à Amsterdam l'an 1688. Lettre du 14 juin 1688. Vous m'avez demandé des nouvelles de cette fille dont on vous a parlé (...). Dans sa deuxième partie, le manuscrit comporte la déposition de l'avocat Gerlan qui l'observe durant la nuit du 20 au 21 mai et qui transcrit les prophéties de la petite bergère.

L'arrestation

Dans sa lettre du 14 juin, le témoin raconte qu'Isabeau est arrêtée le 8 juin, amenée à Crest, interrogée pendant plusieurs heures et emprisonnée dans la Tour, en attendant d'être transférée en juillet à l'hôpital de Grenoble puis enfermée dans un couvent où elle disparaît. Mais son message n'est pas perdu, d'autres jeunes gens et jeunes filles se mettent à prophétiser : c'est le mouvement des « petits prophètes ». L'un d'entre eux, Gabriel Astier, transmet le prophétisme en Vivarais où il prend rapidement de l'extension et, en 1700, il surgit dans le Bas-Languedoc, deux ans avant la guerre des Camisards.

Monument en mémoire
Monument en mémoire d'Isabeau Vincent, Saou, Drôme.
(Pierre Waller)
La mémoire d'Isabeau Vincent

La déposition de Gerlan et la lettre du 14 juin ont été trouvées par hasard, il y a une trentaine d'années, dans un ferme de la Pervenche, dans l'Ardèche, en même temps qu'un nombre important d'archives privées.

Un mémorial des « petits prophètes » a été aménagé par les soins du Musée du Protestantisme dauphinois et inauguré le 13 août 1988, aux pieds des falaises de la forêt de Saou, non loin de la ferme des Berles où vécut Isabeau Vincent. Il rappelle que son « témoignage est à l'origine du mouvement protestant des petits prophètes en Dauphiné, Vivarais et Cévennes ».



Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français