Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


La période de la révocation de l'édit de Nantes (1661-1700)

La révocation de l'édit de Nantes en 1685 par Louis XIV fait disparaître les Églises réformées en France et contraint les protestants à la clandestinité ou à l'exil. Ceux-ci perdent ainsi leur identité sociale.

La politique antiréformée (1661-1685)
Les dragonnades (1681-1685)
L'édit de Fontainebleau ou la Révocation (1685)
Les nouveaux convertis
L'émigration
Les réactions en France et à l'étranger
Les assemblées clandestines
Répression anti-réformée et persécutions (1685-1700)

De la répression à la révocation


Louis XIV
Louis XIV signant la Révocation
de l'édit de Nantes à Fontainebleau.
(S.H.P.F.)

La révocation de l'édit de Nantes a été précédée par toute une série de mesures répressives à l'égard des protestants et du culte réformé. C'est la politique anti-réformée du roi Louis XIV pour réaliser l'unité religieuse du royaume.

Cette politique se révélant insuffisante, le pouvoir a recours à la force : les dragonnades ou logement forcé des soldats chez les protestants avec autorisation de piller et malmener. Les protestants terrorisés par les dragons abjurent en masse.

Face à cette situation, Louis XIV révoque l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau. Ce nouvel édit interdit l'exercice de la religion réformée et décrète la démolition de tous les temples encore debout. Les pasteurs doivent abjurer ou s'exiler. Les fidèles n'ont plus d'état civil autre que catholique. Beaucoup choisissent l'émigration (cependant interdite) plutôt que de se soumettre.

L'édit de Fontainebleau suscite des réactions violentes : approbation en France parmi les catholiques, mais à l'étranger les méthodes employées provoquent réserve ou indignation.

Les protestants qui sont restés en France et qui ont abjuré sont appelés « les nouveaux convertis ». Ils sont obligés de se soumettre aux pratiques catholiques : aller à la messe, faire baptiser leurs enfants, recevoir l'extrême-onction à l'article de la mort.

Bien des nouveaux convertis continuent de pratiquer leur religion réformée soit en famille ou dans des réunions privées soit dans des assemblées clandestines, en plein air, dans des lieux reculés. Lorsque ces assemblées sont surprises, la répression est sévère : prisons et galères attendent les récalcitrants.



La politique antiréformée (1661-1685)

Afin de mettre à exécution sa politique de réduction de la « religion prétendue réformée » (R.P.R.), le roi Louis XIV utilise d'abord des moyens pacifiques, juridiques, puis il aura recours à la force.

Dragonnade à Orange
Dragonnade à Orange (1685).
Gravure de Jean Luyken. (S.H.P.F.)
Les mesures répressives

Après avoir appliqué l'édit de Nantes d'une façon de plus en plus restrictive et avoir tenté d'obtenir de nombreuses conversions à l'aide des compagnies de la propagation de la foi, la politique royale adopte à l'égard des protestants des mesures ouvertement répressives.

Les réformés sont atteints dans leur vie civile et professionnelle. Les mesures prises à leur encontre concernent également leur liberté de conscience et l'exercice de leur culte.

La vie politique et professionnelle :

les protestants sont progressivement exclus des fonctions municipales et judiciaires ;
les chambres mi-parties où magistrats protestants et catholiques étaient en nombre égal sont supprimées ;
les corporations de métier sont peu à peu fermées aux artisans protestants ;
les membres de l'Académie de peinture et sculpture doivent abjurer ou démissionner.

La liberté de conscience et l'exercice du culte :

interdiction faite aux catholiques de se convertir au protestantisme ;
validité des conversions d'enfants dès l'âge de sept ans ;
fermeture ou démolition de nombreux temples ;
réglementation restrictive du culte ;

interdiction faite aux pasteurs d'exercer leur ministère en dehors du lieu de leur résidence ;
suppression progressive des académies de théologie (Sedan en 1681, Saumur en 1685) ;
fermeture des cimetières protestants, dans les villes où l'exercice du culte a été supprimé.
Conversion forcée
Conversion forcée de jeunes filles.
(S.H.P.F.)


De la violence verbale à la violence physique

Les mesures judiciaires s'étant révélées insuffisantes, le pouvoir aura recours à la violence. Ce sont des compagnies d'infanterie, les dragons du roi qui vont agir pour contraindre les protestants à abjurer.

Le 18 mars 1681, Louvois, secrétaire d'État à la guerre, autorise l'usage à l'égard des protestants de la dragonnade.




Les dragonnades (1681-1685)

La dragonnade est le logement forcé de dragons, soldats du roi, chez les huguenots. Ceux-ci sont pillés et maltraités jusqu'à ce qu'ils abjurent.

Pour informations complémentaires, voir : Les dragonnades (1681-1685).



L'édit de Fontainebleau ou la Révocation (1685)

Édit de Fontainebleau
Édit de Fontainebleau :
révocation de l'édit de Nantes.
(Archives Nationales)
En octobre 1685, Louis XIV signe l'édit de Fontainebleau qui révoque l'édit de Nantes. Il interdit tout exercice de la religion protestante et toute émigration des protestants. Les pasteurs, eux, sont bannis.

Le contexte

À partir de 1661, Louis XIV détruit pièce à pièce l'édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598. Il interdit progressivement la plupart des professions aux protestants réformés et fait peu à peu démolir leurs temples. En octobre 1685, il ne reste plus qu'une vingtaine de temples réformés encore en service.

Le recours à la violence (dès 1681 en Poitou) va contraindre les protestants à abjurer. Terrorisés par les atrocités des dragonnades déclenchées à partir de mai 1685 en Béarn, puis Languedoc, Dauphiné, Aunis, Saintonge, Poitou, les protestants se convertissent en masse. Des communiqués triomphants parviennent à la Cour : la France est presque entièrement catholique.

Révocation de l'édit de Nantes
Révocation de l'édit de Nantes.
1ère page de l'édit de
Fontainebleau signé par
Louis XIV ordonnant la
révocation de l'édit de Nantes.
(S.H.P.F.)
Aussi le 17 octobre 1685 Louis XIV signe l'édit de Fontainebleau qui révoque l'édit de Nantes.

Le préambule de l'édit

Louis XIV, dans un long préambule, prête à son aïeul Henri IV l'intention de réunir les protestants à l'Église catholique, l'édit de Nantes et l'édit de Nîmes (paix d'Alès) par la suite n'ayant été accordés que pour pacifier les esprits.

La mort prématurée d'Henri IV puis les nombreuses guerres extérieures qui ont suivi ont empêché la réalisation de ce dessein. Maintenant que la paix est revenue, Louis XIV s'est appliqué à le réaliser. Et puisque « la meilleure et la plus grande partie des sujets de la religion prétendue réformée (R.P.R.) » se sont convertis à la religion catholique, l'édit de Nantes est devenu « inutile ».

Le contenu de l'édit

L'édit comporte 12 articles :

Temple de Charenton
Destruction du Temple de Charenton.
(S.H.P.F.)
1. la révocation de l'édit de Nantes (1598) signé par Henri IV et de l'édit de Nîmes (1629) signé par Louis XIII, en conséquenc e : la démolition de tous les temples encore debout,
2 et 3. l'interdiction de tout exercice de la religion prétendue réformée (R.P.R.) y compris chez les seigneurs,
4. le bannissement dans les 15 jours, sous peine de galères, des pasteurs qui ne voudraient pas se convertir,
5 et 6. des incitations à la conversion des pasteurs : pension à vie et facilité de reconversion vers les métiers juridiques,
7. l'interdiction des écoles protestantes,
8. l'obligation aux réformés de faire baptiser et de faire instruire leurs enfants dans la religion catholique,
9. la confiscation des biens des réformés déjà partis à l'étranger sauf s'ils reviennent dans un délai de 4 mois,
10. l'interdiction aux réformés d'émigrer à l'étranger sous peine de galères pour les hommes et de prison pour les femmes,
11. la punition des relaps, c'est-à-dire des "nouveaux convertis" qui reviendraient au protestantisme,
12. l'autorisation pour ceux qui ne se seraient pas encore convertis, de résider en France, à condition d'observer les dispositions précédentes.
Interdiction
Interdiction de l'exercice
de la R.P.R.
Arrêt du Conseil d'État
(30 juillet 1685) portant
interdiction de la R.P.R.
(G982-Arch Dep Loz.)

L'atteinte à la liberté de conscience

Le dernier article de l'édit de Fontainebleau laissait apparemment aux réformés la liberté de conscience (à défaut de liberté de culte). En fait, il n'en est rien, nombre de protestants sont emprisonnés simplement pour avoir refusé d'abjurer. De plus des dragonnades ont encore lieu après l'édit de Fontainebleau, au nord de la Loire, pour convertir de force ceux qui ne l'étaient pas encore.

L'interdiction d'émigrer est un cas unique dans le droit européen du XVIIe siècle. L'édit de Fontainebleau, en effet, contraint les dissidents (plusieurs centaines de milliers) à se convertir à la religion du roi sans même leur laisser la liberté minimale de quitter le territoire.

Les déclarations royales postérieures à l'édit

De nombreuses déclarations royales viennent renforcer ou préciser les termes de l'édit jusqu'à la fin du règne de Louis XIV.


Cadavre
Cadavre d'un protestant traîné sur la claie.
(S.H.P.F.)
L'état civil pose un problème puisque les registres de baptêmes, mariages et sépultures sont tenus par les ministres du culte. Faute de pasteurs, comment enregistrer le décès de ceux qui n'ont pas abjuré ? Devant ce vide juridique, Louis XIV donne une possibilité d'enregistrement du décès auprès des autorités civiles, dès décembre 1695.

À l'approche de la mort, bien des nouveaux convertis refusent le sacrement catholique de l'extrême-onction et déclarent vouloir mourir dans la religion réformée. Pour l'empêcher, Louis XIV déclare en avril 1686 que seront punis de galère pour les hommes et de prison pour les femmes ceux qui guérissent après avoir refusé l'extrême-onction. En cas de mort, le cadavre sera traîné sur la voie publique.

Mais dès l'année suivante, le roi fait recommander à ses intendants une application modérée de cette disposition.

Une déclaration de janvier 1686 ordonne que tous les enfants de parents protestants, âgés de cinq à seize ans, soient confiés à des parents catholiques ou à défaut chez toute personne catholique nommée par le juge.

Une déclaration du 13 décembre 1698 vient encadrer plus strictement les nouveaux convertis en exigeant :

l'assistance à la messe et aux pratiques catholiques quasi obligatoire pour les seigneurs et notables,
l'obligation de se marier à l'église et de faire baptiser ses enfants dans les 24 heures après leur naissance,
l'obligation de présenter un certificat de bonne catholicité signé par le curé pour obtenir une charge juridique ou obtenir un diplôme en droit ou médecine.

Cette même déclaration enjoint aux paroisses d'ouvrir des écoles primaires, notamment pour les enfants de nouveaux convertis. Le roi ne se faisait pas d'illusion sur la conversion des adultes, mais il espérait gagner les enfants par le catéchisme et l'instruction.

En 1699 est répétée l'interdiction d'émigrer pour ceux de la R.P.R. et pour les nouveaux convertis.

Le désarroi de la communauté protestante

Famille protestante
Famille protestante lisant la bible et chantant, vue au XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
Pour ceux qui sont restés en France, sans temple, sans école et sans pasteur, le désarroi est grand. La religion structurait la vie quotidienne des protestants. Face à cet effondrement, certains interprètent ce drame à l'aide du livre de l'Apocalypse.

L'abjuration brutale et massive, sous la pression des dragons ou la menace d'enlever les enfants à leurs parents, a engendré surtout dans les territoires très protestants un profond sentiment de culpabilité collective.

Les protestants qui ne sont pas convertis de coeur adoptent une double conduite : pratiquer un minimum de catholicisme au dehors et rester fidèles à leur religion et en particulier à la lecture de la Bible et au chant des psaumes dans le secret de leurs maisons.

La transmission de la foi réformée à leurs enfants est très difficile, puisqu'il faut les envoyer au catéchisme catholique et dans les écoles catholiques. Mais certains défont le soir à la maison l'enseignement catholique.

À cela s'ajoute les fortes amendes qui tombent sur ceux qui, restant attachés à leur foi réformée, ne pratiquent pas très assidûment les rites catholiques.

Devant tant de malheurs, les protestants s'interrogent : les dragons, la destruction des temples, l'exil des pasteurs ne sont-ils pas les signes de la punition d'un peuple impie ?


Bibliographie
Histoire des Protestants en France de la Réforme à la Révolution, sous la direction de Philippe Wolff, Toulouse, Privat, 2001.
• LÉONARD, Émile G., Histoire générale du protestantisme, Paris, PUF, 2ème éd., 1980, trois volumes.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


Les nouveaux convertis

À la révocation de l'édit de Nantes, presque tous les protestants qui restent en France ont abjuré : ce sont les « nouveaux convertis ». Leur participation aux cérémonies catholiques est surveillée et leur absence soumise à des sanctions. Mais beaucoup tentent par divers moyens de se soustraire à l'obligation catholique.

Défense de sortir
Défense de sortir
du royaume (1682).
(Musée du Désert)
Une conversion quasi générale

Face aux dragons ou à l'approche de ceux-ci, les réformés abjurent massivement. Ils se convertissent à la religion catholique apostolique et romaine. D'où leur appellation de « nouveaux convertis » (N.C.).

Quelques-uns refusent d'abjurer. Malgré le dernier article de l'édit de Fontainebleau stipulant que ceux de la Religion Prétendue Réformée (R.P.R) peuvent « continuer leur commerce ou jouir de leurs biens sans pouvoir être troublés » à condition de ne pas faire d'exercice public de leur religion, ils sont le plus souvent persécutés et de toute façon leurs enfants doivent être baptisés et élevés dans la religion catholique.

L'obligation catholique

À la révocation, les « nouveaux convertis » (N.C.) perdent leur identité sociale et culturelle et doivent se soumettre à l'obligation catholique :

aller à la messe,
communier à Pâques,
faire baptiser leurs enfants,
envoyer leurs enfants au catéchisme,
recevoir l'extrême onction à l'article de la mort.

L'accueil des nouveaux convertis pose des problèmes dans les régions protestantes ou les villes protestantes. Il faut agrandir les églises catholiques pour accueillir cette nouvelle population ou en construire de nouvelles, par exemple à Montauban.

Il faut aussi catéchiser ces nouveaux convertis. Le roi ordonne une distribution gratuite d'ouvrages pieux, de catéchismes catholiques et même de Nouveaux Testaments traduits en français par le père Amelot. Les missions catholiques continuent dans les régions protestantes pour instruire les nouveaux convertis. Des conférences sont organisées par des docteurs de la Sorbonne. Fénelon lui-même en donne en Saintonge.

En 1686, le roi délègue aux curés le soin de contrôler les nouveaux convertis. Ceux-ci établissent des listes de nouveaux convertis avec des annotations. Ils deviennent ainsi les agents de la répression du pouvoir royal. Ils dénoncent les mauvais catholiques, ceux qui ne vont pas à la messe ou ne communient pas à Pâques, ou ceux qui n'envoient pas leurs enfants au catéchisme catholique. Ceux-ci peuvent se voir confisquer leurs biens, ou retirer leurs enfants pour les placer dans des établissements catholiques.

La résistance des « nouveaux convertis ».

Lettres pastorales
Lettres pastorales de
Pierre Jurieu adressées
aux fidèles qui gémissent
sous la captivité de Baylone
(Rotterdam,1688).
(S.H.P.F.)
Les nouveaux convertis tentent de diverses manières de se soustraire à « l'obligation catholique ». La première est la fuite malgré l'interdiction d'émigrer répétée en 1699 et une nouvelle fois en 1713.

La deuxième est la résistance passive : s'abstenir d'aller à la messe ou d'envoyer ses enfants au catéchisme dès que les dragons s'éloignent. De fait l'assistance à la messe est plus surveillée pour les notables que pour le petit peuple. En 1689, les curés d'Anduze constatent que seulement 10 % des nouveaux convertis ont communié à Pâques.

Pour ceux qui sont obligés d'envoyer leurs enfants au catéchisme catholique beaucoup défont le soir à la maison l'enseignement catholique et transmettent à leurs enfants leur rejet du catholicisme.

Selon les termes de l'édit de Fontainebleau, le baptême catholique est obligatoire. Les nouveaux convertis s'y soumettent pour donner un état civil à leur enfant, car désormais seule l'Église catholique peut tenir les registres d'état civil. Par contre il n'est pas question de mariage dans l'édit. Certains nouveaux convertis acceptent le mariage catholique. D'autres font seulement un contrat de mariage devant notaire, mais leurs enfants sont alors illégitimes.

En ce qui concerne l'extrême onction, les nouveaux convertis trouvent toutes sortes de ruses pour y échapper (déclaration de mort subite, absence d'appel du médecin qui a obligation de déclarer l'état du malade au pouvoir civil et au curé).

La résistance devient active par le maintien d'une pratique religieuse familiale ou des réunions privées avec des voisins. Les pasteurs du Refuge cherchent à favoriser ces réunions privées en imprimant des « liturgies pour les chrétiens privés de pasteur ».

Mais très vite, dans les régions méridionales, les nouveaux convertis s'assemblent dans des endroits reculés pour célébrer le culte protestant. Ce sont les « assemblées » clandestines.

Elles sont cruellement réprimées.


Bibliographie
Histoire des Protestants en France de la Réforme à la Révolution, sous la direction de Philippe Wolff, Toulouse, Privat, 2001.
• LÉONARD, Émile G., Histoire générale du protestantisme, Paris, PUF, 2ème éd., 1980, trois volumes.
• BERGEAL Catherine, Protestantisme et tolérance en France au XVIIIe siècle, Carrières-sous-Poissy, La Cause, 1988.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.


L'émigration

L'émigration atteint son point culminant au lendemain de la Révocation de l'Édit de Nantes(1685). Commencée dès les premières années du règne personnel de Louis XIV (1661), et causée par les mesures restrictives à l'Édit de Nantes, elle se poursuit jusqu'à la fin du règne de Louis XIV.

L'exode

Protestants français
Les Protestants français après
la Révocation ; refuges proches.
(Musée du Désert)
Depuis que l'Édit de Nantes a été appliqué « à la rigueur » sur ordre du roi Louis XIV et que les obstacles, tracasseries et interdits s'amoncellent de jour en jour devant les réformés, beaucoup d'entre eux ont décidé de quitter le pays bien qu'un édit royal (en 1669, et renouvelé en 1682) le leur défende.

En prohibant tout exercice de la religion protestante, l'Édit de Fontainebleau ou Révocation de l'Édit de Nantes(1685), provoque un exode considérable de protestants, en dépit de l'interdiction qui leur est faite de « s'établir en pays étranger » et qui est étendue aux « nouveaux convertis » par une déclaration de 1686.

Réfugiés huguenots
Accueil des réfugiés huguenots,
en Brandebourg, en 1686.
(S.H.P.F.)
Les départs sont nombreux malgré les peines encourues

Dans l'Édit de Fontainebleau, les ministres (pasteurs) ont un régime particulier. S'ils n'abjurent pas, ils ont quinze jours pour quitter le pays.

Sur les 700 pasteurs en 1685, 560 partent pour l'exil, et 140 abjurent.

Pour tous les autres sujets, l'interdiction d'émigration est absolue, elle est assortie des mesures suivantes :

galère pour les hommes,
prison pour les femmes,
confiscation des biens pour tous.

Le gros de l'exode se situe entre 1686 et 1689. Il y a un net ralentissement au cours de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) et l'exode reprend de plus belle après la signature de la paix de Ryswick (1697).

Malgré une surveillance accrue des frontières, l'exode est considérable. On compte 200.000 à 300.000 émigrés entre 1685 et 1715.

Pour tenter d'enrayer le mouvement, en 1687, la peine de mort est prévue pour les passeurs.

Les pays d'accueil ou pays du Refuge

Refuge des Huguenots français
Principaux lieux de refuge
des Huguenots français.
(Musée du Désert)
L'émigration se fait en fonction des facilités géographiques. Les huguenots du nord et de l'ouest se dirigent principalement vers l'Angleterre ou les Provinces- Unies. Pour ceux du Dauphiné, du Languedoc, des Cévennes, l'exode se fait généralement par Genève. Au cours de l'année 1687, il passe à Genève jusqu'à 350 personnes par jour. Nombreux sont ceux qui poursuivent leur route vers les cantons suisses, les Provinces-Unies ou les états protestants d' Allemagne et notamment le Brandebourg (Prusse) où les conditions d'accueil sont très favorables.

Les moyens de l'émigration

Le départ nécessite de longs préparatifs. Pour faciliter le passage il y avait des passeurs, ou à défaut des « routes de sortie ». Les émigrants trouvaient tout au long de leur route des hôtes qui pouvaient les héberger clandestinement dans les maisons d'autres coreligionnaires, dans les auberges spécialisées ou dans les ambassades de Prusse ou de Hollande.

Militaires réfugiés en Brandebourg
Les militaires réfugiés en Brandebourg
sont présentés au Grand Électeur.
(Musée du Désert)
Ils pouvaient également trouver dans ces ambassades une aide pour les transferts de fonds.

Répercussion de l'émigration sur le plan économique et culturel

Ceux qui partent appartiennent souvent au secteur de la production artisanale et industrielle, tout particulièrement aux métiers du textile, également aux carrières libérales, à l'armée ou encore à l'enseignement. Il ne faut pas oublier non plus tous ceux qui sont exclus des charges publiques.

Le niveau élevé de la civilisation matérielle de la France a permis de favoriser l'industrie des pays d'accueil, notamment l'Allemagne ruinée après la guerre de Trente Ans. L'essor de l'économie française s'en trouva freiné et dans certains secteurs, comme l'ébénisterie. il fallut même faire appel à des artisans allemands, tels Oeben ou Riesener.



Les réactions en France et à l'étranger

L'Édit de Fontainebleau suscite en France une approbation quasi-unanime, tandis qu' au-delà des frontières, l'opinion internationale est réservée sinon indignée.

En France, l'enthousiasme est grand

Jacques Bossuet
Jacques Bossuet (1627-1704)
Évêque de Meaux.
(S.H.P.F.)
Le clergé célèbre le jour de la Révocation par des actions de grâce publiques. Dans son oraison funèbre du chancelier Le Tellier (25 janvier 1686), Bossuet s'écrie : « Poussons jusqu'au ciel nos acclamations et disons à ce nouveau Constantin, à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Marcien, à ce nouveau Charlemagne (...) : Vous avez affermi la foi ; vous avez exterminé les hérétiques, c'est le digne ouvrage de votre règne... »

Madame de Sévigné écrit à son cousin Bussy-Rabutin, le 28 oct 1685 : « Vous avez vu sans doute l'édit par lequel le roi révoque celui de Nantes. Rien n'est si beau que tout ce qu'il contient, et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus mémorable ».

Au sein du grand concert de louanges, quelques voix toutefois conseillent discrétion et modération, comme le janséniste Arnault (lettre à M. du Vaucel, 13 décembre 1685) : « Je pense qu'on n'a pas mal fait de ne point faire de réjouissances publiques pour la révocation de l'Édit de Nantes et la conversion de tant d'hérétiques ; car comme on y a employé des voies un peu violentes., quoique, je ne le croie pas injustes, il est mieux de n'en pas triompher ».

Seules voix critiques, celle de Vauban en 1689, et de nombreuses années après celle de Saint-Simon. Non que Vauban déplore la légitimité du projet qui consiste à réaliser l'unité du royaume, mais il constate les nombreux maux que ce projet a causés à l'État.

Mémoire de Vauban pour le rappel des huguenots

Les Réfugiés
Les Réfugiés répandent
leur sang pour la gloire
de leur nouvelle patrie.
(S.H.P.F.)
Gouverneur de Lille depuis 1684. et nommé lieutenant-général en 1688, Vauban adresse à Louvois en 1689 un Mémoire pour le rappel des Huguenots. II y énumère les nombreux maux que la Révocation a causé à l'État « La désertion de quatre-vingts ou cent mille personnes, de toutes conditions, sorties hors du Royaume, qui ont

emporté avec elles plus de trente millions de livres d'argent le plus comptant ;
(Appauvri) nos arts et manufactures particulières, la plupart inconnus aux étrangers, qui attiraient en France un argent très considérable de toutes les contrées de l'Europe ;
Causé la ruine de la plus considérable partie du commerce ;
Grossi les flottes ennemies de huit à neuf mille matelots, des meilleurs du royaume ;
(Grossi) leurs armées, de cinq à six cents officiers et de dix à douze mille soldats, beaucoup plus aguerris que les leurs, comme ils ne l'ont que trop fait voir dans les occasions qui se sont présentées de s'employer contre nous.

À l'égard des restés dans le Royaume, on ne saurait dire s'il y en a un seul de véritablement converti, puisque très souvent ceux que l'on a cru l'être le mieux ont déserté et s'en sont allés. »

Vauban déplore le départ non seulement des industriels, des commerçants et des artisans, mais de nombreux membres de la classe intellectuelle : « quantités de bonnes plumes qui ont déserté le Royaume (...) se sont cruellement déchaînées contre la France et la personne du Roi même. »

Vauban redoutait, comme d'autres d'ailleurs, que l'émigration ne représente pas seulement une perte, pour le royaume, mais encore un bénéfice pour ses ennemis.

Du côté des protestants

Abjurations à Marvejols
Abjurations à Marvejols (1685)
(G996-Arch Dep Loz.)
La publication de l'Édit de Fontainebleau ne met pas fin aux dragonnades qui se poursuivent jusqu'en 1686, avec une violence accrue. Les huguenots sont terrorisés par ce déferlement de violence. Dans l'angoisse qui en résulte, certains en viennent à s'interroger s'il ne s'agit pas d'une punition divine ?

Les « missions dragonnes » sont couronnées de succès : de très nombreux protestants abjurent. Ce seront les « nouveaux convertis ».

En Languedoc, dans les Cévennes, en Dauphiné, l'annonce de l'arrivée des dragons et les récits de leurs cruautés provoquent la panique et suscitent des abjurations collectives avant même que les dragons n'entrent en action.

De nombreux protestants choisissent de quitter le pays en dépit de l'interdiction qui leur est faite. On parle de 200 000 à 300 000 personnes qui s'enfuient de France dans les pays protestants d'Europe, appelés pays du Refuge.

Parmi les émigrés, nombreux sont ceux qui envisageaient la Révocation comme temporaire, prévoyant un retour prompt en France. Cet espoir disparaît avec la paix de Ryswick en 1697 et surtout avec la paix d'Utrecht en 1713.

À l'étranger

Réfugiés huguenots
Accueil des réfugiés huguenots,
en Brandebourg, en 1686.
(S.H.P.F.)
De nombreuses protestations diplomatiques sont présentées au roi et des pamphlets hostiles à la France circulent dans les pays du Refuge, en Hollande en particulier.

Les princes protestants d'Europe, quant à eux, ont été indignés du sort réservé aux huguenots. En Brandebourg, le Grand Électeur n'hésite pas à rompre avec Louis XIV.

En Angleterre, la Révocation a sans doute eu pour conséquence de favoriser l'accession au trône du prince Guillaume d'Orange à la faveur de la Glorieuse Révolution, en écartant le catholique Jacques II dont l'absolutisme intransigeant faisait craindre aux dirigeants politiques une entente secrète avec Louis XIV pour l'élimination du protestantisme.

Même l'Autriche très catholique condamne les méthodes employées en France.

À Rome, si le pape – d'après le nonce Ranuzzi – envoie sa bénédiction au roi « pour cette grande oeuvre », il récuse néanmoins l'emploi de la force dans la conversion.



Les assemblées clandestines

Bien avant la révocation de l'Édit de Nantes (1685) la liberté du culte protestant est remise en cause.

À la révocation de l'Édit de Nantes, les trois quarts des protestants restent en France et abjurent.

Mais très vite ils défient le roi en s'assemblant dans des lieux reculés pour célébrer leur culte : ce sont les assemblées clandestines.

La répression

Le Désert
Le Désert : assemblée de protestants
à Lecques près de Nîmes.
Lithographie du début du XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
Dès 1634, il est interdit aux pasteurs de faire « l'exercice du culte » en dehors du lieu de leur résidence. À partir de 1635, les plaintes contre les huguenots s'accumulent dans les cahiers de doléances des Assemblées du clergé ; En 1655, est demandée la destruction des temples construits en dehors des lieux expressément prévus par l'Édit de Nantes (et fixés par les commissaires de l'application de l'édit) et la limitation de l'accès aux offices.

Une législation anti-R.P.R. (Religion Prétendue Réformée) est mise en place entre 1666 et 1683, défaisant pièce à pièce l'Édit de Nantes. De 1661 à 1685 environ 175 arrêts et déclarations royales interdisent l'exercice du culte, l'accès aux offices et aux dignités, la liberté de conscience.

Entre 1679 et 1685 (avant même l'édit de révocation) environ 250 temples sont abattus, les « exercices de fief » dans les chapelles des châteaux sont progressivement supprimés. Alors s'organisent spontanément des assemblées sur les emplacements des temples démolis.

Lampe sourde
Lampe sourde pour aller
aux assemblées du Désert.
(Maison du
Protestantisme Poitevin)
Les premières assemblées

Dès 1682, la pratique d'assemblées clandestines, s'organise dans les provinces méridionales (dans la Drôme, près d'Anduze et à Vauvert, puis en Cévennes et Languedoc), là où les temples ont été abattus.

En 1683, dans la Drôme, à Château-Double 32 réformés sont arrêtés, 300 autres forment le « camp de l'Éternel » dans la forêt de Saou et se heurtent à quatre régiments de dragons. Le combat se solde à Bourdeaux (Drôme) par l'arrestation de 50 rebelles qui seront brûlés ou pendus. L'avocat Claude Brousson (1647-1697) tente d'étendre ce mouvement à toute la France pour montrer au roi que les temples peuvent être détruits mais que les communautés protestantes restent bien vivantes. L'affaire tourne à l'émeute, occasion d'une répression très dure.

Après la Révocation (1685)

Claude Brousson
Claude Brousson
(1647-1698).
Avocat puis « prédicant ».
(S.H.P.F.)
En juillet 1686 une déclaration prévoit la peine de mort pour ceux qui « seront surpris faisant des assemblées », les galères à perpétui té pour les hommes qui les aident, la prison pour les femmes.

Dans les régions où les protestants sont peu nombreux, ils se réunissent chez l'un ou l'autre. En Hollande et en Suisse, des pasteurs cherchent à favoriser ces réunions privées en imprimant des « liturgies pour les chrétiens privés de pasteurs ».

Dans les régions où les protestants sont nombreux, la résistance est publique. D'abord ils s'abstiennent massivement d'aller à la messe lorsque les dragons s'éloignent. Surtout, ils convoquent des assemblées secrètes dans des lieux écartés, le plus souvent de nuit, pour le « prêche » et éventuellement la cène. Contrairement aux premières assemblées, il n'y a plus de pasteurs pour les présider puisqu'ils ont dû ou fuir ou abjurer. Ce sont donc des laïcs qui convoquent et conduisent les assemblées : les prédicants.

Les prédicants


Le Désert
Le Désert :
assemblée surprise par les soldats.
(S.H.P.F.)

Dans les provinces du Sud principalement, plusieurs dizaines de prédicants mènent une vie errante, traqués par les soldats (déclaration de 1686). La plupart des prédicants sont jeunes et peu instruits. Le plus connu est l'avocat Claude Brousson qui, réfugié en Suisse depuis 1683, revient en France en 1689 et anime de nombreuses assemblées clandestines en Cévennes et Bas-Languedoc, puis dans les provinces du Nord. Ses sermons écrits au « Désert » sont répandus par des copies et pour certains publiés à Amsterdam.

Quelques pasteurs ayant émigré rentrent en France au péril de leur vie, à l'appel de leurs troupeaux. Cinq sont arrêtés à Paris et emprisonnés à vie au fort de l'Ile Sainte-Marguerite au large de Cannes. Les autres mènent la vie aventureuse des prédicants. Parmi les prédicants les plus célèbres, outre Claude Brousson, supplicié en 1698, il faut citer Fulcran Rey, pendu en 1686, François Vivent exécuté en 1692.

Les petits prophètes
Les petits prophètes :
Isabeau Vincent
(gravure de S. Bastide).
(Samuel Bastide
Musée des Vallées Cévenoles)
En Cévennes et Bas-Languedoc

Le 26 avril 1686, une assemblée est surprise à Saint-Germain-de-Calberte par les troupes royales. À Lasalle (Gard), des assemblées se tiennent dès 1686, notamment dans les grottes de Pagès. Malgré la répression impitoyable de l'intendant Basville, les assemblées se multiplient. C'est dans les Cévennes et le Bas-Languedoc qu'on compte le plus de prédicants : une soixantaine de 1685 à 1700. Cependant, en 1700 la quasi totalité des prédicants sont morts ou exilés.

Certaines assemblées étaient protégées par des hommes en armes qui n'hésitaient pas à tirer sur les soldats du roi. Certains prédicants sont même entrés en rapport avec les princes protestants alliés contre Louis XIV pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Un projet de débarquement des troupes alliées sur la côte du Languedoc, en liaison avec une insurrection des Cévennes, visait à rétablir l'édit de Nantes en France. Le débarquement n'eut pas lieu, mais les autorités royales ont renforcé la surveillance des assemblées et durci les condamnations.

En Haut-Languedoc aussi, dans les montagnes du Tarn, ou monts de Lacaune de nombreuses assemblées se tiennent après 1685. La plus célèbre est celle de Saint-Jean-Del-Frech en 1689 qui donna lieu au massacre de 50 personnes dont le prédicant Corbière de la Sicarié tué à la Pierre-Plantée, près de Castelnau-de-Brassac. Tous les ans une réunion protestante se tient sur ce lieu de mémoire le dernier dimanche du mois d'août.

En Dauphiné et Ardèche

En 1686, des assemblées sont convoquées en Ardèche à Chalençon et Plan de Baix. Elles accueillent de 6 à 6 000 auditeurs. Ceux qui se font prendre sont enfermés dans la Tour de Crest (Drôme), condamnés aux galères ou envoyés à la potence.

À partir de février 1688, naît dans la Drôme un étrange phénomène : le prophétisme.

Tour de Crest
Tour de Crest.
(Collection privée)
Une jeune bergère, Isabeau Vincent, près de Crest se met à prêcher en patois puis en français en dormant. Elle attire une foule de fidèles qui recueillent ses inspirations, les transmettent au Refuge qui les imprime dans de petits opuscules distribués ensuite en France. La jeune prophétesse et plusieurs jeunes gens et jeunes filles se mettent à prophétiser dans toute la région. En janvier 1689 le mouvement des « petits prophètes » traverse le Rhône et embrase le Vivarais. Les assemblées prophétiques se multiplient. Persuadés d'être protégés par le Saint-Esprit, les participants ne prennent plus de précaution. Le 19 février 1689, près de Saint-Sauveur-de-Montagut (Ardèche), les assistants refusent de s'enfuir, convaincus que les anges les mettront à l'abri des balles : 400 personnes sont tuées. Le mouvement prophétique ne se manifeste plus alors dans de grandes assemblées, mais reste enfoui dans les hameaux et les familles jusqu'à sa réapparition en 1700 dans les Cévennes et le Bas-Languedoc.

Dans le reste de la France

Dans le Poitou en 1688 se tient une assemblée près de Mougon (Deux-Sèvres) au Grand Ry. Les dragons surprennent 1 500 personnes en prière et les tirent comme des pigeons.

Dans la presqu'île d'Arvert (Charente-Maritime) des assemblées ont lieu dans les dunes ou dans les forêts, mais les persécutions y sont moins violentes que dans le midi.

Autour de Sedan, les huguenots sont décimés par l'arrivée en novembre 1685 de 300 cavaliers et 17 compagnies du régiment de Champagne : les rescapés tiennent leur culte dans les bois et connaissent aussi la prison et les galères.

Dans le Béarn, des assemblées sont organisées autour de Pau, dans les maisons et dans les bois. En 1698, après avoir présidé deux réunions à Pau, Claude Brousson est arrêté à Oloron, puis supplicié à Montpellier.

Dans la vallée de la Dordogne, la population réformée se rassemble pour chanter des psaumes sur les ruines du temple de Bergerac, détruit en 1682. En 1688, une femme, « la Montjoie », est envoyée à la potence pour avoir tenu des assemblées.

En Normandie, le Désert normand sera soutenu par Claude Brousson. Les grandes assemblées seront évitées et remplacées par des prêches dans des maisons. Une quinzaine d'assemblées seront surprises autour de Condé-sur-Noireau, Bolbec, Crocy, avec pour conséquence plus de 300 condamnations à la prison, 37 galériens, 18 condamnations de cadavres au supplice de la claie.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998
• DUBIEF, Henri et POUJOL, Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992, 450 pages


Répression anti-réformée et persécutions (1685-1700)

Après la Révocation de l'édit de Nantes (1685), la répression se poursuit à l'égard des protestants récalcitrants.

Les Dragonnades
Les Dragonnades.
(S.H.P.F.)
Missionnaires et dragons traquent les « religionnaires »

Environ les trois quarts des réformés sont restés dans le royaume. La plupart d'entre eux, face aux dragonnades et aux persécutions diverses qui s'intensifient encore de 1685 à 1700, ont abjuré.

Ils sont officiellement devenus catholiques, comme l'affirme le Roi Louis XIV dans le préambule de l'édit de Fontainebleau (1685) : « la meilleure et la plus grande partie de nos sujets de la dite RPR ont embrassé la catholique ». On les appelle les Nouveaux Convertis (N.C.).

Atteinte à la liberté et persécutions

Conversion forcée
Conversion forcée de jeunes filles.
(S.H.P.F.)
Les N.C. sont surveillés de près. Ils sont tenus de pratiquer leur nouvelle religion :

aller régulièrement à la messe ;
faire administrer l'extrême onction aux mourants ;
faire baptiser leurs enfants par un prêtre, puis les envoyer au catéchisme ;
en cas de résistance à l'obligation catholique, les parents se voient arracher leurs enfants afin de leur donner une éducation catholique.

Les filles sont mises au couvent. On ne les laisse le plus souvent sortir qu'après les avoir mariées à des catholiques.

Si elles se rebellent, elles sont transférées dans les « hôpitaux », considérés aussi comme « dépôts de mendicité ».

Leur liberté est réduite.

En particulier nul ne peut entreprendre des études de droit ou de médecine sans avoir un certificat de catholicité délivré par le curé, ni vendre ses biens sans l'autorisation du Roi.

Le refus de l'extrême onction est considéré comme un crime de relaps. En cas de rétablissement, les hommes risquent les galères, les femmes la prison. En cas de mort, le cadavre est traîné sur la voie publique et l'héritage confisqué.

Les temples sont rasés, les pasteurs expulsés, les biens des consistoires sont cédés aux hôpitaux et aux couvents.

Les biens de ceux qui ont choisi l'émigration sont confisqués. En revanche, si leurs héritiers sont des nouveaux convertis dociles, ils peuvent entrer en possession de ces biens et sont déchargés d'impôts.

Répression des Assemblées clandestines

Quiconque est jugé coupable d'avoir assisté à un culte clandestin ou assemblée du Désert est condamné à l'emprisonnement ou aux galères et pour les prédicants à la potence. Quelques pasteurs ayant émigré rentrent en France au péril de leur vie, à l'appel des Prédicants. Six pasteurs sont arrêtés à Paris et emprisonnés à vie au Fort de Sainte Marguerite, au large de Cannes.

De 1686 à 1689, des « sédicieux » cévenols qui se rendaient aux Assemblées clandestines ont été déportés aux Antilles. Environ un millier sont ainsi partis. Au bout de trois ans, le roi a renoncé à cette mesure.

L'intensité des persécutions varie selon les provinces et l'intendant qui les dirige

En Languedoc, la répression de l'intendant Basville a laissé un souvenir particulièrement sinistre. En revanche, à Châtillon-sur-Loire, les cultes clandestins n'ont pas donné lieu à des persécutions. Le curé local se disait convaincu que la persuasion était une méthode plus efficace que la manière forte pour ramener les réformés vers l'Église catholique. Les curés avaient en fait un rôle considérable en tant qu'agents directs de l'intendant.

Les persécutions se sont poursuivies tout au long du XVIIIe siècle mais de façon plus sporadique et, à partir des années 1760, l'on peut constater dans la plupart des provinces une tolérance de fait.



Un peu d'histoire

17e siècle

Le temps de l'Édit de Nantes
La révocation de l'Édit de Nantes
L'Alsace et le Pays de Montbéliard
Les protestants dans les arts et les lettres
La communauté protestante
Les Églises réformées
De grandes figures


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français