Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Malgré l'interdiction de leur religion, les protestants qui ne se sont pas exilés dans les pays du Refuge tentent de conserver leur foi réformée. Cette désobéissance aux édits royaux va jusqu'à la violence, lors de la guerre des Camisards.

La répression s'adoucit à la fin du siècle, et les protestants, reconnus par l'édit de Tolérance, jouent un rôle dans la période révolutionnaire.

La « guerre des Cévennes » est le nom donné au XVIIIe siècle à la guérilla qui ravage les Cévennes au début du siècle et tente d'obtenir par la force le rétablissement de l'édit de Nantes. Plus tard, on parlera de guerre des Camisards.

Les origines de la guerre des Camisards
Le déclenchement de la guerre
Le déroulement de la guerre 1702-1704
Les Camisards
La fin de la guerre des Camisards
Jean Cavalier
Élie Marion (1678-1713)
Abraham Mazel (1677-1710)

Une guérilla religieuse

Cartouche de la carte des Cévennes
Cartouche de la carte des Cévennes.
« Le théâtre de la guerre dans les Cévennes avec les montagnes et les plaines des environs du Languedoc. » Nieuwe Caart van Sevennes.
C. Danckerts Amsterdam 1703.
(Musée des Vallées Cévenoles)
À la révocation de l'édit de Nantes en 1685, les temples protestants ont été détruits, les pasteurs exilés. Des laïcs prennent la relève, prédicants qui assurent la prédication dans des assemblées clandestines puis prophètes qui parlent sous l'inspiration de l'Esprit. Dans le Languedoc, face à une répression impitoyable, ces prophètes appellent à la révolte.

L'événement déclencheur de la guerre est l'assassinat de l'abbé du Chayla au Pont-de-Montvert le 24 juillet 1702. L'abbé du Chayla est inspecteur des missions dans les Hautes Cévennes. Ces missions tentent de convertir les protestants cévenols. Son zèle anti-protestant lui attire une grande animosité. La guerre proprement dite, ne dure que deux ans mais elle mobilise deux maréchaux de France et 25 000 soldats. Les camisards font subir quelques défaites aux troupes royales. Leurs chefs les plus prestigieux sont Rolland et Jean Cavalier.

En mai 1704, après une défaite, Jean Cavalier accepte de négocier avec le maréchal de Villars. Il se rend et peut quitter la France. Parmi les autres chefs camisards certains sont tués, d'autres se rendent. Ils négocient avec le maréchal de Villars en ordre dispersé. Des tentatives pour relancer l'insurrection ont lieu jusqu'en 1710. Elles échouent toutes.

Qui sont ces camisards qui mettent en échec pendant près de deux ans les troupes de Louis XIV, une des meilleures armées d'Europe ? Des paysans ou artisans cévenols répartis en petites troupes par région avec des cadres permanents et des soldats occasionnels. Leurs chefs sont pour la plupart très jeunes et n'ont aucune formation militaire. Leur parfaite connaissance du terrain et le soutien de la population rendent cette guérilla efficace. La violence est extrême tant du côté camisard que de celui des troupes royales qui vont jusqu'à brûler des villages entiers. Le pays est mis à feu et à sang. Cette guérilla a une visée essentiellement religieuse : rétablir la liberté de culte. Au sein des troupes camisardes, une intense activité religieuse se développe : cultes clandestins, chant des psaumes, prières animées par des prédicateurs improvisés ou des prophètes. Les prophètes cévenols ont un rôle important dans cette guerre puisque c'est sous leur inspiration que sont déclenchées attaques ou opérations militaires. C'est pourquoi certains ont pu parler de « guerre sainte ».



Les origines de la guerre des Camisards

Après la Révocation de l'édit de Nantes en 1685, les temples sont détruits et l'exercice de la religion réformée est interdit. Mais des laïcs, prédicants puis prophètes, prennent la relève des pasteurs exilés. Face à une répression impitoyable dans le Languedoc, les prophètes, d'abord pacifistes, appellent à la révolte.

Le Désert
Le Désert : assemblée de protestants
à Lecques près de Nîmes.
Lithographie du début du XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
Les Cévennes après la Révocation

Confrontés aux dragonnades, les protestants, majoritaires dans les Cévennes, ont abjuré en masse. À la Révocation, les derniers temples sont détruits et les pasteurs quittent la France. Mais la plupart de ceux qu'on appelle « les nouveaux convertis » tentent de limiter la pratique catholique devenue obligatoire.

Commence alors une période de clandestinité. Ceux qui ont pu éviter d'abjurer et les autres se réunissent en secret par petits groupes, dans des lieux isolés pour célébrer le culte interdit. Ces assemblées clandestines sont animées par des « prédicants » qui prêchent et parfois administrent la Cène. Les plus célèbres sont François Vivent et Claude Brousson.

Nicolas Lamoignon de Basville, intendant du roi en Languedoc de 1685 à 1718, fait traquer les assemblées clandestines. Les prédicants sont exécutés, les fidèles emprisonnés ou envoyés aux galères ou parfois massacrés.

Premier projet d'insurrection en Cévennes

Bâville
Bâville, huile sur toile.
(Musée Fabre, Montpellier)
Sous l'impulsion de François Vivent, les participants aux assemblées n'hésitent pas à porter des armes pour se défendre si les dragons du roi attaquent. Basville accuse les prédicants d'être rebelles au roi et en conséquence il intensifie la répression.

François Vivent entre en rapport avec les princes protestants en guerre contre Louis XIV dans la guerre de la ligue d'Augsbourg (1689-1697) pour rechercher leur appui et obliger Louis XIV à rétablir l'édit de Nantes.

Il met beaucoup d'espoir en Guillaume d'Orange qui vient d'être reconnu roi d'Angleterre (1688-1689). Plusieurs projets de débarquement en Bas-Languedoc sont élaborés en liaison avec François Vivent, chargé de préparer une insurrection dans les Cévennes.

Mais ces projets n'aboutissent pas et à la paix de Ryswick en 1697 les protestants français sont les grands oubliés des puissances protestantes.

Les petits prophètes cévenols
Les petits prophètes cévenols.
Gravure du XIXe dans Histoire de France populaire, d'Henri Martin.
(Collection M. Chaleil)
Le prophétisme

Les prédicants sont éliminés les uns après les autres, Vivent en 1692, Claude Brousson en 1698. En 1699, Roman, le dernier prédicant, est capturé mais il parvient à fuir en Suisse. La prédication prend alors une nouvelle forme : l'inspiration prophétique. Le mouvement prophétique, né en Dauphiné et en Vivarais, gagne les Cévennes en 1700.

« Repentez-vous, n'allez plus à la messe, renoncez à l'idolatrie » tels sont les mots d'ordre de ces prophètes qui annoncent la destruction prochaine de la Bête de l'Apocalypse, c'est-à-dire de l'Église romaine. Mêlée de larmes et tremblements, la parole prophétique est dite par des femmes, des enfants, des petits artisans, des paysans.

Les notables des villes se tiennent à l'écart, méfiants devant cette explosion charismatique anarchique. De même les pasteurs du Refuge, sauf Jurieu.

Basville, lui, continue d'emprisonner.


Bibliographie
• JOUTARD Philippe, Les camisards, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 1994.
• MAZEL Abraham, MARION Élie et BONBONNOUX Jacques, Mémoires sur la Guerre des Camisards, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001
• MISSON Maximilien, Le théâtre sacré des Cévennes, Presses du Languedoc, Montpellier, 1996.
• VIDAL Daniel, Le malheur et son prophète, Payot, Paris, 1983.


Le déclenchement de la guerre

Le songe d'Abraham Mazel
Le songe d'Abraham Mazel, Samuel Bastide.
(Musée du Désert)
L'événement déclencheur de la guerre des camisards a été l'assassinat de l'abbé du Chayla au Pont-de-Montvert le 24 juillet 1702.

Appel à la révolte

Le mouvement prophétique qui s'est répandu dans les Cévennes à partir de 1700 est initialement appel à la conversion et exhortation à revenir à la foi et la pratique réformées.

Mais très vite les prophètes annoncent « que les églises (catholiques) seront brûlées et qu'il y aurait une grande désolation ». Devant la persécution, le discours des prophètes devient appel à la guerre sainte.

L'un de ces prophètes, Abraham Mazel, a raconté dans ses mémoires un rêve qu'il fit en ce temps-là : il voyait dans un jardin des boeufs noirs et quelqu'un lui commandant de les chasser ; et l'inspiration lui fit comprendre que les boeufs noirs étaient les prêtres et qu'il devait prendre les armes pour combattre les persécuteurs.

Du Chaila
Du Chaila : tableau anonyme.
(5017 – Musée Départemental Ignon Fabre)
L'abbé du Chayla (1648-1702)

De 1686 à 1702, 75 missionnaires catholiques se succèdent pour tenter de convertir les protestants cévenols, animés par l'abbé du Chayla, inspecteur des missions dans les Hautes-Cévennes. Le zèle anti-protestant de l'abbé est bien connu de l'intendant Basville qui s'appuie sur lui pour la répression, alors que l'évêque de Mende est peu énergique.

À la mi-juillet 1702, l'abbé fait arrêter 7 jeunes gens qui cherchaient à gagner Genève. Les 3 jeunes filles sont envoyées au couvent de Mende. Les 4 jeunes hommes et leur guide sont retenus prisonniers dans la résidence de l'abbé du Chayla. La nouvelle de cette arrestation se répand largement. Le 22 juillet 1702, les parents des détenus implorent la clémence de l'abbé du Chayla. En pure perte.

La nuit du 24 juillet

Les camisards et les historiens font traditionnellement commencer la guerre des camisards avec le meurtre de l'abbé du Chayla le 24 juillet 1702.

D'après la relation d'Abraham Mazel, c'est « l'inspiration » qui lui commande d'aller délivrer les prisonniers retenus au Pont-de-Montvert par l'abbé du Chayla. Avec Esprit Séguier, il regroupe une soixantaine d'hommes armés de 20 fusils ou pistolets, près du sommet du Bougès au lieu dit des « Trois Fayards ».

La petite troupe arrive au Pont-de-Montvert et tire quelques coups de fusil devant la maison de l'abbé du Chayla dont la garnison est inexistante.

« Que demandez-vous ? » demande l'abbé.

« Nous demandons les prisonniers, de la part de Dieu ».

C'est ainsi qu'Abraham Mazel rapporte le dialogue dans ses mémoires.

Exécution de Séguier
Exécution de Séguier, plaque de verre peinte de Samuel Bastide.
(Musée des Vallées Cévenoles)
Ne voyant rien venir, il enfonce la porte, met le feu à l'escalier. Les occupants de la maison s'enfuient par la fenêtre. L'abbé du Chayla se casse la jambe en sautant, est pris par le groupe armé et mis à mort sur le pont du village.

L'escalade

Le lendemain, les insurgés tuent deux curés, dont celui de Saint-André-de-Lancize, puis les habitants du château de la Devèze. L'alerte est donnée. Les troupes royales investissent le Pont-de-Montvert. Plusieurs meneurs sont condamnés, puis exécutés en public : Esprit Séguier au Pont-de-Montvert (brûlé), Moïse Bonnet devant le château de la Devèze et Pierre Nouvel dans l'église de Saint-André-de-Lancize.


Bibliographie
• JOUTARD Philippe, Les camisards, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 1994.
• L'OUVRELEUL Jean-Baptiste, Histoire du fanatisme renouvelé, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001.
• MAZEL Abraham, MARION Élie et BONBONNOUX Jacques, Mémoires sur la Guerre des Camisards, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001.
• MISSON Maximilien, Le théâtre sacré des Cévennes, Presses du Languedoc, Montpellier, 1996.
• POUJOL Robert, L'abbé du Chayla, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001.
• VIDAL Daniel, Le malheur et son prophète, Payot, Paris, 1983.


Le déroulement de la guerre 1702-1704

La guerre ne dure que deux ans, mais elle mobilise deux maréchaux de France et 25000 soldats. Le pays est mis à feu et à sang par les violences commises de part et d'autre.

L'année 1702

Carte des combats de Champdomergue
Carte des combats de Champdomergue.
(SIG Lozère)
24 juillet : Meurtre de l'abbé du Chayla au Pont-de-Montvert par une petite troupe conduite par Abraham Mazel et Esprit Séguier. Puis meurtre de deux curés et d'une famille catholique au château de la Devèze.
Début août : Condamnation et exécution au Pont-de-Montvert d'Esprit Séguier.
11 septembre : À Champ-Domergue, premier combat sérieux des Camisards contre les troupes royales : l'issue est incertaine.
22 octobre : Combat du Témélac. Gédéon Laporte, le plus vieux chef Camisard est tué. Sa tête et celles de quelques compagnons sont exposées à Barre-des-Cévennes, Anduze, Saint-Hippolyte et Montpellier. L'intendant du Languedoc, Basville, croit la révolte matée. C'est alors que deux nouveaux chefs se révèlent : Pierre Laporte dit Rolland et Jean Cavalier.
24 décembre : Jean Cavalier met en déroute les 700 soldats de la garnison d'Alès avec seulement 70 hommes.

L'année 1703

Le brûlement des Cévennes
Le brûlement des Cévennes, plaque de verre peinte de Samuel Bastide.
(Musée des Vallées Cévenoles)
12 janvier : La troupe de Cavalier remporte un succès au Val-de-Barre (près de Nîmes) et oblige le comte de Broglie, commandant des troupes royales à se retirer.
Février : La Cour s'inquiète et remplace le comte de Broglie par le maréchal de Montrevel à la tête des troupes en Languedoc. De nouvelles troupes arrivent.
26 février : Le chef camisard Castanet et sa troupe massacrent les habitants de Freissinet-de-Fourques (canton de Meyrueis), à la suite de vexations faites aux protestants du voisinage.
6 mars : Défaite des camisards par Montrevel à Pompignan, l'espoir renaît dans les rangs catholiques.
1er avril : Montrevel massacre des participants à une assemblée clandestine au Moulin de l'Agau (près de Nîmes).
Avril : Déportation à Perpignan des habitants de Mialet et Saumane, trop favorables aux révoltés, Montrevel s'en prend à la population parce qu'il sent son impuissance face à une guérilla qui bénéficie de la complicité de la population.
29 avril : Défaite de Cavalier à la Tour de Billot (près d'Alès).
Septembre : Les camisards tentent d'étendre la révolte en Rouergue. Les camisards massacrent des habitants catholiques de Saturargues (près de Lunel).
Automne : « Brûlement des Cévennes ». Les autorités décident, avec la permission du roi, de dévaster les Cévennes et de les dépeupler pour priver les révoltés de leurs appuis parmi la population. Entre octobre et mi-décembre, 466 villages et hameaux sont détruits par les troupes royales commandées par le brigadier Julien. Les habitants sont déplacés vers des régions catholiques. Ces mesures n'ont pas l'effet escompté. De nombreux cévenols rejoignent les troupes camisardes. Devant la difficulté des troupes royales à rétablir l'ordre, les catholiques arment des partisans appelés « cadets de la croix » ou « camisards blancs ». Ils contribuent à la confusion en pillant et massacrant.

L'année 1704

Mort de Rolland
Mort de Rolland, gravure.
(L1220 – Musée du Désert)
15 mars : Grande victoire de Cavalier dans la plaine au Devois de Martignargues (canton de Vezenobres) contre un régiment de Marine.
Fin mars : Les camisards tentent de soulever le Vivarais.
Avril : En raison de ses échecs, le maréchal de Montrevel est remplacé par le maréchal de Villars.
16 avril : Avant de partir, Montrevel inflige une sévère défaite à Cavalier à Nages (canton de Sommières).
19 avril : Les troupes royales découvrent les magasins de vivres et de munitions de Cavalier dans les cavernes d'Euzet.
20 avril : Arrivée de Villars qui propose de négocier.
Mai : Début des négociations entre Villars et Cavalier. Cavalier accepte de se rendre sans condition.
13 août : Mort de Rolland au Château de Castelnau-les-Valence.
Octobre : Les principaux chefs camisards se rendent et quittent la France.


Bibliographie
• BOSC Henri, La guerre des Cévennes, Presses du Languedoc, Montpellier, 1985-1993.
• CABANEL, Patrick et JOUTARD, Philippe, Les camisards et leur mémoire, 1702-2002, colloque du Pont-de-Montvert des 25 et 26 juillet 2002, Presses du Languedoc, Montpellier, 2002, 278 pages.
• COURT Antoine, Histoire des troubles des Cévennes ou de la Guerre des Camisards sous le régime de Louis le Grand, Presses du Languedoc, Montpellier, 2002.
• JOUTARD Philippe, Les camisards, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 1994.
• MAZEL Abraham, MARION Élie et BONBONNOUX Jacques, Mémoires sur la Guerre des Camisards, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001.


Les Camisards

De simples artisans et paysans mettent en échec pendant près de deux ans les troupes de Louis XIV, une des meilleures armées d'Europe, et tiennent tête à deux maréchaux de France. Voilà qui est incompréhensible pour le roi et les puissances étrangères.

Chemins escarpés autour de Barre-des-Cévennes.
Chemins escarpés
autour de Barre-des-Cévennes.
(N. Mercier)
Le mot « camisard »

Le mot « camisard », donné aux insurgés des Cévennes par leurs ennemis, peut avoir deux origines :

- camise, c'est-à-dire chemise, que les combattants portaient par dessus leurs vêtements ;

- camus, c'est-à-dire chemins. Grâce à une bonne connaissance du terrain, les camisards prenaient des chemins détournés et surprenaient les troupes royales.

Mais les insurgés eux-mêmes se désignaient par le nom : « Enfants de Dieu ».

Les catholiques et les protestants opposés à la révolte armée les appelaient aussi : « fanatiques ».

Les Cévennes à cette époque s'étendent à la plaine du Bas-Languedoc, et au XVIIIe siècle l'on parle de guerre des Cévennes et non de guerre des camisards.

Qui sont les camisards ?

Les camisards sont pour 42 % des paysans cévenols et pour 58 % des artisans ruraux dont les trois-quart travaillent la laine comme cardeurs, peigneurs, tisserands.

Aucun gentilhomme ne figure parmi les camisards, c'est-à-dire aucun homme formé au métier des armes. Cette absence de nobles à la tête de la rébellion a tellement étonné les contemporains qu'ils ont supposé, à tort, que des gentilshommes protestants du Refuge étaient revenus en Cévennes prendre la tête des opérations. Jean Cavalier, l'un des chefs les plus prestigieux, était apprenti-boulanger.

Il n'y a pas d'armée unique ni de chef unique, mais de petites troupes par région avec des cadres permanents et des soldats occasionnels.

Les chefs camisards

Jean Cavalier
Jean Cavalier, chef camisard, tableau de
Pierre-Antoine Labouchère.
(G280 – Musée du Désert)
La plupart des chefs sont très jeunes. Cavalier a 21 ans lorsqu'il prend le commandement d'une troupe et Rolland 22 ans.

Les chefs pratiquent la dispersion de leur troupe en petites unités et se répartissent à l'intérieur des Cévennes par région.

Le Bougès et le Mont Lozère, points de départ de l'insurrection étaient tenus par Gédéon Laporte puis Salomon Couderc avec Abraham Mazel (1677-1710).

Le Mont Aigoual avait pour chef Henri Castanet (1674-1705), ancien garde forestier de l'Aigoual.

Pierre Laporte, dit Rolland, (1680-1704) menait les opérations dans les Basses-Cévennes, la région de Mialet et Lassalle.

Jean Cavalier (1681-1740) livrait bataille dans la plaine du Bas-Languedoc entre Uzès et Sauve.

Les troupes étaient indépendantes, mais pouvaient se réunir pour une action, pour se séparer ensuite. Les camisards passaient facilement d'une troupe à l'autre. La souplesse de l'organisation et la décentralisation des révoltés étaient leur force, ainsi que leur parfaite connaissance du terrain. Dès la bataille ou l'embuscade terminée, ils disparaissaient se fondant dans la population. Les camisards pratiquaient une forme de guérilla. Mais ils se battaient non pour une idéologie politique mais pour leurs convictions religieuses.

Le rôle des prophètes

C'est la prophétie d'Abraham Mazel qui a déclenché l'insurrection. C'est encore la prophétie qui assure la conduite de la guerre et le développement des opérations. Les attaques sont conduites par l'inspiration et les exhortations d'un prophète. Le rôle du prophète est essentiel dans cette guerre.

Les principaux prophètes sont :
Esprit Séguier,
Abraham Mazel,
Élie Marion,
Jean Cavalier, à la fois prophète et chef de troupe, ce qui lui assure un grand prestige.

Se sentant conduits par l'Esprit de Dieu, des paysans sans formation militaire se croient invincibles. Ils oublient leur sentiment d'infériorité face aux troupes royales. Ils se précipitent sur leurs adversaires au lieu de fuir comme cela se produit dans la plupart des révoltes populaires. Ils foncent sur eux en entonnant à tue-tête un psaume, en particulier le psaume 68, dit aussi le "psaume des batailles" : « Que Dieu se montre seulement... ».

Devant cette détermination, ce sont les troupes royales qui se débandent.

Montée de la violence


Temple de Mialet
Temple de Mialet (Gard).
(O. d'Haussonville.)
Les camisards n'hésitent pas à brûler des églises (catholiques) et à tuer les curés. Ils sèment l'épouvante au point que les curés quittent leur paroisse et se réfugient dans les villes.

Pourquoi cette violence ? Parce que les curés obligeaient les nouveaux convertis à aller à la messe dans les églises romaines et dénonçaient les récalcitrants auprès de l'intendant Basville. Les camisards répondaient donc à la violence faite aux protestants.

Mais Basville répond par le supplice des chefs camisards et une pression accrue sur la population. C'est l'escalade de la violence, aux atrocités des uns succèdent celles des autres : massacre de villages catholiques (Fraissinet-de-Fourques, Valsauve et Potelières) par les camisards, déportation par Basville des habitants de Mialet et Saumane, soupçonnés d'aider la troupe de Roland. Puis, avec l'accord du roi, le « Brûlement des Cévennes » (destruction de 466 hameaux et déplacement de la population en automne 1703).

De plus des catholiques lassés par l'inefficacité des troupes royales forment des bandes de partisans appelés « camisards blancs » ou « cadets de la croix ». Ces bandes se livrent rapidement au brigandage, ce qui ajoute à la confusion.

Le pays est à feu et à sang.

Le soutien de la population

Grotte d'Euzet
Grotte d'Euzet.
(Guy Rieutord)
La complicité de la population est déterminante. Elle fournit les hommes pour les opérations militaires. Les troupes peuvent ainsi passer de quelques dizaines de permanents à quelques centaines et même quelques milliers pour la troupe de Cavalier. Puis les hommes regagnent leurs champs.

La population fournit aussi les vivres, entreposés dans des caches avec les munitions. Aussi le maréchal de Montrevel est-il autorisé à déclencher l'opération « Brûlement des Cévennes » en 1703, pour priver les insurgés de leurs ressources et épouvanter les populations. La découverte de la cachette des magasins de Cavalier est une catastrophe pour lui et l'incite à se rendre.

Une guerre sainte

L'insurrection n'avait aucune origine économique, à la différence de la plupart des révoltes populaires. Les Camisards prennent les armes dans un premier temps pour punir les persécuteurs les plus acharnés comme l'abbé du Chayla, puis pour obtenir le rétablissement du culte réformé.

Mais en attendant, ils organisent des assemblées clandestines animées par des prophètes prédicateurs. Jean Cavalier était le prédicateur prophète le plus renommé, d'après les mémoires du camisard Jacques Bonbonnoux. Celui-ci cite aussi les noms de huit autres prédicateurs qui entraient tour à tour en fonction dans la troupe de Cavalier. Il nous apprend aussi qu'il y avait des lecteurs et des chantres, car le chant des psaumes joue un grand rôle dans cette guerre. Ces cultes étaient ouverts à la population locale qui venait de toutes parts y assister. Ce rôle spirituel des camisards maintenait un lien très fort avec la population protestante cévenole.


Bibliographie
• CABANEL, Patrick et JOUTARD, Philippe, Les camisards et leur mémoire, 1702-2002, colloque du Pont-de-Montvert des 25 et 26 juillet 2002, Presses du Languedoc, Montpellier, 2002, 278 pages.
• JOUTARD Philippe, Les camisards, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 1994.
• MAZEL Abraham, MARION Élie et BONBONNOUX Jacques, Mémoires sur la Guerre des Camisards, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001.
• MISSON Maximilien, Le théâtre sacré des Cévennes, Presses du Languedoc, Montpellier, 1996.
• ROLAND Pierre, Dictionnaire des Camisards, Presses du Languedoc, Montpellier, 1995, 332 pages.


La fin de la guerre des Camisards

Les chefs camisards se rendent les uns après les autres et négocient avec le maréchal de Villars en ordre dispersé. Des tentatives pour relancer l'insurrection ont lieu jusqu'en 1710, mais elles échouent toutes.

La négociation de Jean Cavalier

Entrevue entre Cavalier et Villars
Entrevue entre Cavalier et Villars
au jardin des Recollets,
Samuel Bastide.
Dessin de Samuel Bastide d'après
un tableau peint par Jules Salles.
(Musée des Beaux-Arts de Nîmes)
Après sa grande victoire le 15 mars 1704, au Devois-de-Martignargues (près de Vézenobre), Jean Cavalier subit une sévère défaite à Nages (près de Nîmes) le 16 avril 1704. Quelques jours plus tard, les troupes royales découvrent ses magasins de vivres et de munitions dans les cavernes d'Euzet (près de Vézenobre), Jean Cavalier se sent alors très vulnérable, car il sait qu'il pourra difficilement se ravitailler auprès de la population cévenole exsangue.

C'est pourquoi lorsque le maréchal de Villars, qui remplace le maréchal de Montrevel, arrive en Languedoc le 20 avril et propose un armistice à ceux qui déposent les armes, Cavalier accepte de négocier. Il rencontre d'abord deux intermédiaires, puis le 16 mai à Nîmes, il rencontre Villars et Basville, l'intendant du Languedoc. Cavalier est plus habile sur le champ de bataille que dans la négociation avec des grands. Il accepte de se rendre presque sans condition.

La trêve de Calvisson (19-27 mai 1704)

Proposition de grâce
Proposition de grâce
à ceux qui posent les armes.
(A160 – Musée du Désert)
L'acte de soumission de Cavalier est envoyé à Versailles. Les Camisards de la troupe de Cavalier sont réunis à Calvisson (Gard) et attendent la réponse du roi.

Et là, pendant 8 jours, les camisards multiplient assemblées, prédications, prières et chants de psaumes. Toute la population alentour accourt. Le maréchal de Villars laisse faire. Tout le monde croit à la liberté de conscience et de culte retrouvée.

La réponse du roi arrive enfin, accordant la permission pour les camisards soit de passer à l'étranger, soit de s'enrôler dans les troupes royales, mais sans reconnaissance de la liberté de culte.

Déception de Cavalier, colère des autres chefs camisards qui se sentent trahis et abandonnent Cavalier. Le 21 juin, Cavalier quitte la province, accompagné seulement de 100 hommes.

Château de Castelnau
Château de Castelnau.
(O. d'Haussonville)
La mort de Rolland

Pendant la négociation de Cavalier, Rolland et sa troupe tendaient une embuscade victorieuse au Plan-de-Fontmort dans les Hautes-Cévennes. Apprenant la reddition de Cavalier, il hésite à suivre son exemple. Suite à une promesse d'aide des puissances alliées contre Louis XIV dans la guerre de succession d'Espagne, Rolland décide de poursuivre le combat. Mais il est trahi et tué au château de Castelnau-les-Valence près d'Uzès, le 13 août 1704.

La bataille de Saint-Bénezet

Le 13 septembre 1704, le lieutenant de Cavalier, Laurent Ravanel, est battu à la bataille de Saint-Bénezet (au Sud d'Alès), où 100 à 200 camisards sont tués. C'est la dernière grande bataille des camisards.

Après cette défaite qui suit la mort de Rolland, les groupes camisards se disloquent et se rendent peu à peu, traqués par les troupes royales qui accentuent leur pression. Le chef camisard Élie Marion et ses amis sont les derniers à signer leur reddition en octobre. Après avoir rencontré Villars, Marion s'exile en Suisse puis à Londres. La plupart des camisards partent à l'étranger. Quelques-uns restent sur place, comme Abraham Mazel qui sera arrêté en janvier 1705 et enfermé à la Tour de Constance à Aigues-Mortes. Il s'en évadera en juillet et partira en Suisse.

Les tentatives étrangères

Débarquement à Sète
Débarquement à Sète.
(G076 – Musée du Désert)
Les puissances alliées dans la guerre de succession d'Espagne contre Louis XIV se décident à soutenir la révolte en Cévennes, lorsque celle-ci se termine fin juin 1704. Les Alliés envoient au large des côtes du Languedoc une flotte qui est dispersée par la tempête.

En 1705, ils essaient de relancer l'action en ralliant des catholiques et quelques nobles du Refuge comme le marquis de Miremont sur un programme plus politique que religieux : rétablir les parlements dans leurs prérogatives anciennes, abolir les impôts.

Au printemps 1705, le complot pour enlever Basville et le duc de Berwick (successeur de Villars) échoue. Basville est averti, la plupart des conjurés arrêtés, Ravanel et Catinat sont exécutés.

En 1706, Cavalier, qui s'était mis au service du duc de Savoie, commande un régiment destiné à pénétrer en Languedoc par la Catalogne. Il est battu à la bataille d'Almenza, son régiment est décimé et lui-même est grièvement blessé. Il rejoindra l'Angleterre et terminera gouverneur de l'Ile de Jersey.

Trois ans plus tard, en juin 1709, Abraham Mazel rentre en France et tente de soulever le Vivarais. Après quelques succès, les camisards sont battus.

Le 14 octobre 1709, Abraham Mazel est trahi et tué près d'Uzès.

En juillet 1710, les Anglais débarquent en Bas-Languedoc et s'emparent du port de Sète pendant quelques jours.

De la guerre à la prédication

Les quelques camisards qui restent en France sont traqués. Ils errent à travers les Cévennes, abandonnant tout projet guerrier. Certains, comme Jacques Bonbonnoux et Pierre Corteiz, deviennent prédicants et convoquent de petites assemblées toujours clandestines.

À partir de 1715 (date de la mort de Louis XIV), ils aideront le jeune Antoine Court à restaurer les Églises protestantes en France. Le mouvement de redressement des Églises partira des Cévennes et Pierre Corteiz sera un des premiers pasteurs du désert.


Bibliographie
• BOSC Henri, La guerre des Cévennes, Presses du Languedoc, Montpellier, 1985-1993.
• COURT Antoine, Histoire des troubles des Cévennes ou de la Guerre des Camisards sous le régime de Louis le Grand, Presses du Languedoc, Montpellier, 2002.
• JOUTARD Philippe, Les camisards, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 1994.
• MAZEL Abraham, MARION Élie et BONBONNOUX Jacques, Mémoires sur la Guerre des Camisards, Presses du Languedoc, Montpellier, 2001.


Jean Cavalier (1680-1740)

Jean Cavalier est le plus célèbre des chefs camisards.

Pour informations complémentaires, voir : Jean Cavalier (1680-1740).



Élie Marion (1678-1713)

Élie Marion est l'un des rares chefs et prophètes camisards ayant fait des études supérieures. Exilé à Londres, il est le fondateur du groupe des « Enfants de Dieu » ou « French prophets » et tente de transmettre la flamme prophétique dans toute l'Europe.

Pour informations complémentaires, voir : Élie Marion (1678-1713).



Abraham Mazel (1677-1710)

Abraham Mazel prophète et combattant est à la fois le premier et le dernier des Camisards.

Pour informations complémentaires, voir : Abraham Mazel (1677-1710).



Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français