Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


L'Alsace au XVIIIe siècle
Les Amish en Alsace au XVIIIe siècle
Le pays de Montbéliard au XVIIIe siècle



L'Alsace au XVIIIe siècle

La politique coercitive menée contre les protestants, déjà atténuée à la fin du XVIIe siècle, fut progressivement contournée, puis abandonnée. Le faste de l'enterrement du maréchal de Saxe (1751), qui était resté luthérien, en est le symbole.

Une province à ménager

La politique coercitive menée contre les protestants s'était atténuée à la fin du XVIIe siècle. Par le traité de Ryswick (1698), qui met fin à la désastreuse guerre de la « ligue d'Augsbourg », la France abandonne une partie des conquêtes antérieures, à l'exception de Strasbourg, et confirme les libertés accordées théoriquement en 1648. Mais plus tard, les traités d'Utrecht (1713) et de Rastadt (1714) après les victoires obtenues – tardivement – par la France, mettent fin à la guerre de succession d'Espagne et confirment à la France la possession de la totalité de l'Alsace.

L'idée se répandit alors qu'il fallait cesser d'inquiéter cette terre frontalière exposée aux conflits potentiels. Des consignes de modération furent diffusées par le duc d'Orléans, régent après la mort de Louis XIV, et si Louis XV, à sa majorité, déclara son intention de maintenir l'Édit de Fontainebleau (révocation de l'Édit de Nantes), l'Alsace n'était pas concernée, sa liberté étant garantie par les traités internationaux antérieurs. De plus, l'émigration, sans paiement de la forte taxe habituelle, fut autorisée.

Hôtel de Rohan Strasbourg
Hôtel de Rohan Strasbourg.
(Collection privée)
Une tolérance envers la communauté protestante

À partir de 1727, un véritable statut fut accordé à la communauté protestante. Un point particulier mérite d'être souligné : comme pour le clergé catholique, tous les ministres du culte devaient être de nationalité française, ce qui ne manqua pas de créer des difficultés aux protestants, dont de nombreux pasteurs venaient des territoires de l'Empire ; l'orientation vers la carrière pastorale fut donc vivement encouragée dans de nombreuses familles protestantes, ce qui eut comme heureux résultat de rapprocher la population de ses nouveaux pasteurs aux racine locales.

Si « respect et déférence » étaient demandés aux protestants vis-à-vis de la religion du roi, ce dernier les tolérait. Naturellement, cet esprit de conciliation du gouvernement ne fut pas toujours respecté par les autorités locales, en particulier en ce qui concerne l'appartenance confessionnelle des enfants des nouveaux convertis ou encore l'application de la règle du simultaneum, source de nombreux conflits locaux. Mais le duc de Choiseul écrivait en 1762 que « l'intention de Sa Majesté est que tous ses sujets indistinctement soient traités avec justice et humanité ». L'interdiction de l'ordre des jésuites en 1764 rassura la communauté protestante. Par ailleurs, les Alsaciens apprécièrent la prospérité économique induite par les réformes du pouvoir central, dont témoigne la construction des grands bâtiments administratifs, celle du palais des Rohan, celle du chapitre Saint-Thomas.

Strasbourg
Strasbourg, Mausolée du Maréchal de Saxe par Pigalle. Statue du XVIIIe siècle, église Saint Thomas.
(Collection privée)
Le maréchal de Saxe

L'enterrement à Strasbourg du maréchal de Saxe (1696-1750) témoigne de ces améliorations. Militaire glorieux, le maréchal était toujours resté luthérien : aucune église catholique ne pouvait recevoir sa dépouille et il n'y avait plus en France de temples protestants officiels. Comme il y avait en Alsace des églises maintenues luthériennes, la cour leur demanda de rendre au roi le service d'organiser les obsèques du maréchal. Le 8 février 1751, un cortège superbe accompagna la dépouille au Temple-Neuf de Strasbourg, où la cérémonie réunit toutes les autorités, civiles et militaires : l'émotion fut grande, le culte protestant devenait un culte reconnu. La fusion complète de l'Alsace à la France progressait : quand en 1773 les cendres du maréchal de Saxe furent transférées à l'église luthérienne Saint-Thomas de Strasbourg, Louis XV lui fit ériger par Pigalle un splendide mausolée, et la cérémonie fut célébrée entièrement en français.


Bibliographie
• STROHL Henri, Le protestantisme en Alsace, Oberlin, Strasbourg, 2000.


Les Amish en Alsace au XVIIIe siècle

La persécution s'abat de nouveau sur les amish au début du XVIIIe siècle et les chasse de leurs terres. Mais cette dispersion donne une nouvelle vigueur à la communauté. Partout ils sont reconnus pour être de remarquables agriculteurs.

La persécution sous Louis XIV

Tout au long du XVIIe siècle une importante immigration suisse vient renforcer les communautés anabaptistes dispersées en Alsace dès le XVIe siècle. Parmi les nouveaux venus, Jacob Amann, le fondateur d'une nouvelle communauté dissidente : les amish. Grâce à leur travail acharné et à leur savoir faire agricole, la communauté amish installée dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines connaît une éclatante réussite économique. Elle fait des envieux qui écrivent au chancelier de la Cour, Voysin, pour l'avertir de la situation illégale des anabaptistes en Alsace. Ils ne sont pas inclus dans les traités de Munster et d'Osnabrück de 1648 qui ont donné un statut particulier aux protestants d'Alsace. Louis XIV, averti, décide de les chasser de ses terres. En septembre 1712, l'intendant d'Alsace donne l'ordre à tous les baillis de chasser les anabaptistes des terres de France avant le mois d'octobre. Tous leurs biens sont bradés, en raison de la précipitation du départ.

Le prince de Birkenfeld qui avait succédé aux Ribeaupierre se désole de la perte de ses fermiers et leur donne des certificats élogieux qui leur permettent de trouver de nouvelles destinations hors des terres françaises : la principauté de Montbéliard, la Lorraine, le comté de Salm, le val de Villé, le duché des Deux-Ponts.

La communauté amish gagne en vigueur en se dispersant. La vallée de Sainte-Marie-aux-Mines par contre voit son économie très affaiblie. Après la mort de Louis XIV en 1715, quelques familles reviennent discrètement à Sainte-Marie-aux-Mines. Ils deviennent locataires des terres qui leur appartenaient auparavant.

Une certaine tolérance sous Louis XV

Sous Louis XV, les anabaptistes sont tolérés avec des réserves comme l'interdiction des mariages par exemple. Cette mesure est restée sans véritable application en raison de la protection des princes, des notables et même des ecclésiastiques qui les employaient sur leurs terres.

Les assemblées amish sont alors au nombre d'une vingtaine. On les retrouve dans les principales fermes du Sundgau, sur les métairies des vallées vosgiennes et nombre de domaines dans la plaine. En 1766, des frères s'enhardissent à demander une dispense officielle du serment devant les tribunaux. Le secrétaire d'état aux affaires étrangères, le duc de Choiseul, leur répond que le mieux pour eux est « de se faire oublier » sous peine d'expulsion. Cela va favoriser le repli sur soi des anabaptistes dans des lieux retirés.
Le Nouvel anabaptiste
Le Nouvel anabaptiste
ou l'agriculteur pratique.
Almanach agricole de la région
de Belfort, début XIXe siècle.
(Collection privée)

Des fermiers hors pair

Voici comment le conseiller Kroeber, directeur des mines à Sainte-Marie-aux-Mines les décrit à l'intendant pour espérer leur retour :

« Les anabaptistes sont naturellement des gens fort laborieux et s'appliquent avec un soin extraordinaire à défricher les terres incultes...Ils sont particulièrement et beaucoup plus entendus que les autres habitants d'Alsace en l'art de nourrir le bétail, d'en faire trafic et de les conserver par des remèdes... »

On leur doit des innovations significatives dans les techniques d'élevage et d'agriculture (sélection de la race bovine montbéliarde, par un croisement de bêtes du canton de Berne avec des races locales, techniques d'irrigation, réalisation de prairies artificielles, rotation des cultures dispensant de la mise en jachères).

La Révolution



Couple amish
Couple amish, portrait daguerréotype
du milieu du XIXe siècle.
(Collection privée)

À la Révolution, les anabaptistes deviennent citoyens français et peuvent enfin jouir d'une existence légale. Ils peuvent de nouveau devenir propriétaires.

Mais la période révolutionnaire soulève plusieurs problèmes : le serment, symbole de la fidélité à la constitution républicaine et surtout le service militaire.

Hostiles au serment, les anabaptistes parviennent à faire admettre la promesse comme l'équivalent du serment. Résolument pacifistes, ils bénéficiaient d'une exemption du service de milice.

Avec la conscription obligatoire, ils sont traités de traîtres à la patrie, de lâches, jusqu'à ce qu'un conventionnel de Paris, un certain Goupilleau, rende visite à l'anabaptiste Jacob Kupfershmitt de Salm. Il dira des anabaptistes : « Je crois que ce sont les meilleurs hommes sur la terre ».

Fort de cet encouragement, les anabaptistes envoient une délégation à Paris en 1793. Ils en reviendront avec une recommandation du Comité de Salut Public, sous forme d'un arrêté, les dispensant du service militaire.

Comment ils sont parvenus à obtenir cette recommandation demeure un mystère, car ils sont bien les seuls dont le particularisme a été pris en compte et cela à l'époque de la « patrie en danger ».

Recommandation du Comité de Salut Public :

« Les Anabaptistes de France, citoyens, nous ont député quelques-uns d'entre eux, pour nous représenter que leur culte et leur morale leur interdisent de porter les armes, et pour demander qu'on les employât dans les armées à tout autre service. Nous avons vu des coeurs simples en eux, et nous avons pensé qu'un bon gouvernement devait employer toutes les vertus à l'utilité commune. C'est pourquoi nous vous invitons à user envers les Anabaptistes de la même douceur qui fait leur caractère, d'empêcher qu'on les persécute et de leur accorder le service qu'ils demanderont dans les armées, tel que celui de pionniers et celui de charrois, ou même de permettre qu'ils acquittent ce service en argent.

Amish aux États-Unis d'Amérique
Amish aux États-Unis d'Amérique.
(La Voix Protestante)
Signé :
Couthon, Barrère, Hérault, Saint-Just, Thuriot, Robespierre »


Départ vers les États-Unis d'Amérique

Plus tard, sous Napoléon, le port des armes leur fut de nouveau imposé, ce qui provoqua le départ d'une grande partie des amish d'Alsace et de Lorraine vers le Nouveau Monde.

La communauté amish est encore florissante aujourd'hui aux États-Unis d'Amérique et garde ses costumes et ses coutumes.


Bibliographie
Souvenances Anabaptistes-Mennonitisches Gedächtnis, Bulletin annuel de l'Association Française d'Histoire Anabaptiste-Mennonite, 1982-2003.
• The Mennonite Encyclopedia, Aschendorff, Münster, 1982 et 1990, Volume 1, Article : ROTHERT, Hermann, Das reich der Widertaüfer zu Münster.
• MATHIOT, Charles et BOIGEOL, Roger, Recherches historiques sur les Anabaptistes, Le Phare – Flavion, Namur, 1969.
• SÉGUY, Jean, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, École des hautes études en sciences sociales, Paris, 1977.
• The Mennonite Quarterly Review, CLASEN, Claus-Peter, Executions of Anabaptists, April 1973.


Le pays de Montbéliard au XVIIIe siècle

Aux termes du traité de Vienne de 1733, la France reconnaît les droits de la Maison de Wurtemberg sur les seigneuries dépendant de la principauté mais ne les a pas respectés. Louis XV voulait forcer les comtes à reconnaître la suzeraineté de la France, ce qui arriva en 1748, car le comte Charles-Eugène abandonna au roi de France ses droits de souveraineté sur toutes les terres de ses seigneuries, Montbéliard excepté.

Louis XV promet de tolérer la religion luthérienne

Intérieur du temple d'Héricourt
Intérieur du temple d'Héricourt.
Dessin de Robert Repiquet.
(Bretegnier)
Sous le règne du comte Léopold-Eberhard (1699-1723) furent recueillis dans le comté les anabaptistes chassés du canton de Berne. C'étaient d'excellents agriculteurs qui introduisirent dans le pays les meilleurs procédés de culture.

Sous les règnes des comtes Charles-Alexandre (1733-1737) et de son frère Charles-Eugène (1737-1768) se manifestèrent d'incessantes tracasseries résultant de la politique catholicisante du roi Louis XV. Chaque mois surgissaient de nouvelles usurpations. Les églises étaient prises l'une après l'autre aux protestants et aucune réclamation n'était écoutée. Ce fut le cas à Vaujeaucourt, Héricourt, Montécheroux, Langres, Chagey, Seloncourt, Boudeval, Longevelie.

Finalement, pour mettre un terme à ces exactions, le comte Charles-Eugène signa à Versailles le 10 mai 1748, une convention par laquelle Louis XV promettait de tolérer l'exercice de la religion luthérienne dans les seigneuries. Le comte gardait la jouissance de ses droits dans celles-ci, tout en reconnaissant la suzeraineté de la France.

Au cours du XVIIIe siècle, quinze temples sont construits dans les villages du Pays :

Sainte-Suzanne, Bethoncourt, Brevilliers, Saint Julien, Aibre, Valentigney (démoli et remplacé en 1832), Mandeure (démoli et reconstruit en 1860), Vandoncourt, Deslé (démoli et remplacé en 1872), Dampierre-les-Bois, Attenjoie, Dambenois, Étufes, Exincourt (démoli et remplacé en 1845) Pierrefontaine les Blamont.

Montbéliard au faîte de sa gloire

Timbre : la ville de Montbéliard
Timbre : la ville de Montbéliard.
(Collection privée)
Le dernier comte de Montbéliard, Frédéric-Eugène qui régna de 1768 à 1793 donna un certain lustre à sa principauté. Il s'était fait construire une résidence d'été à Étufes en 1770. Il avait épousé une nièce de Frédéric II, roi de Prusse, dont il eut deux filles. L'une, Sophie-Dorothée, épousa le grand-duc Paul de Russie, futur tsar Paul 1er, la seconde, Élisabeth, épousa l'archiduc François d'Autriche qui devint empereur d'Autriche. Les deux princesses devinrent donc impératrices. Ces unions justifièrent de fréquentes visites à Montbéliard et Étufes de l'empereur Joseph II, du prince Henri de Prusse et d'une fidèle de la cour de France, la baronne d'Oberkirch.

L'annexion à la France

En 1790, les seigneuries devinrent effectivement françaises. En fait les Montbéliardais étaient depuis toujours français de langue et leur particularisme avait empêché la réelle soudure avec le Wurtemberg. Si bien que l'annexion des seigneuries se passa sans coup férir. Sous prétexte que le comte Frédéric-Eugène s'était allié aux ennemis de la France, le conventionnel Bernard de Saintes prit possession de Montbéliard le 10 octobre 1793.

Comme dans la France de l'intérieur pour le catholicisme, le culte luthérien fut interdit et tous les temples servirent à célébrer le culte de l'Être suprême. Toutefois les pasteurs restèrent en fonction dans leurs presbytères. On se réunissait dans des maisons particulières dans des granges ou dans des salles d'école. À la fin de 1795, la Convention Nationale proclama la liberté des cultes et les temples furent rendus à leurs fidèles.

La Révolution française ne versa pas de sang à Montbéliard. La réunion définitive à la France eut lieu en 1796 lors de la convention de Paris par laquelle Frédéric-Eugène cédait tous ses droits à la France. Le comté fut successivement rattaché aux départements de la Haute-Saône, du Mont-Terrible et du Haut-Rhin. Ce n'est qu'en 1816 que furent prises les dispositions administratives qui partagèrent le comté entre les actuels départements du Doubs, de la Haute-Saône et du Haut-Rhin.

J-P Brétegnier


Bibliographie
• CANEL, Charles, Histoire de la ville d'Héricourt, 1914.
• LOVY, René, Sanctuaires montbéliardais, 1949.
• VIENOT, John, Histoire des Pays de Montbéliard à l'usage de la jeunesse et des familles, Imprimerie Pierre Juillard, Audricourt, 1904.


Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français