Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


On appelle « Désert » la période où la pratique de la religion réformée est interdite par les édits royaux et doit donc se faire clandestinement. Elle est dite « héroïque » car cette pratique est réprimée sévèrement lorsqu'elle est découverte. Nombreux sont les martyrs pour la foi.

La reconstitution clandestine des Églises
Les Églises sous Louis XV (de 1724 à 1760)
Peines appliquées aux protestants
Antoine Court (1695-1760)

Les Églises du Désert

L'assemblée est surprise
L'assemblée est surprise, gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
La reconstitution clandestine des Églises démarre en Cévennes en 1715, dans un pays dévasté par la guerre des camisards. Les protestants renoncent à l'insurrection et privilégient les assemblées clandestines, dites aussi assemblées du Désert. Celles-ci doivent être pacifiques, encadrées par des responsables (les anciens) et animées par des prédicants ou des pasteurs autorisés à prêcher. Cette réorganisation des Églises se propage petit à petit dans le Sud de la France, puis dans l'Ouest et le Nord.

Les Églises sous Louis XV voient alterner périodes de calme et de reprise des persécutions. La situation varie aussi selon les provinces et la personnalité de l'intendant qui est à la tête de chacune d'elles. À partir de 1743, les assemblées se tiennent de plus en plus en plein jour, au su et au vu de la population et des autorités. Cette stratégie préconisée par Antoine Court vise à montrer au Roi et à la Cour que les protestants existent toujours mais ne sont pas rebelles. Malgré le danger qu'ils encourent, les pasteurs sont de plus en plus nombreux.

Antoine Court est la grande figure de cette période. Au synode des Montèzes (1715) il dresse le programme de la restauration des Églises. Appuyé par un petit groupe de prédicants et de pasteurs, il étend son programme aux régions avoisinantes. Obligé de fuir en Suisse, il fonde le séminaire de Lausanne pour former les futurs pasteurs du Désert.

Cette période est dite « héroïque » car ceux qui pratiquent clandestinement la religion réformée savent à qu'ils s'exposent à des sanctions très lourdes. Les peines appliquées aux protestants arrêtés au cours d'assemblées surprises sont les suivantes : les galères pour les hommes et la prison pour les femmes, la peine de mort pour les prédicants et les pasteurs.



La reconstitution clandestine des Églises

La restauration clandestine des Églises est l'oeuvre d'Antoine Court qui rétablit la discipline des Églises Réformées, d'abord dans les provinces méridionales, puis dans quelques provinces du Nord.

Les petits prophètes cévenols
Les petits prophètes cévenols.
Gravure du XIXe dans
Histoire de France populaire,
d'Henri Martin.
(Collection M. Chaleil)
Le Désert improvisé (1685-1715)

On nomme désert la période de clandestinité des Églises protestantes. Il est improvisé lorsque les assemblées clandestines sont réunies à l'instigation de prédicants ou prophètes sans organisation d'ensemble et sans concertation. Ces assemblées sont plus ou moins fréquentes selon les régions et rassemblent des auditoires plus ou moins nombreux. Elles sont interdites et lorsqu'elles sont découvertes, la répression est très dure : envoi aux galères pour les hommes, prison pour les femmes et mise à mort du prédicant. Le Languedoc et les Cévennes connaissent le plus grand nombre d'assemblées. Le phénomène prophétique, né dans le Dauphiné, gagne les Cévennes vers 1700 et déclenchera la guerre des camisards.

La reconstitution des Églises au synode des Montèzes


Premier synode du Désert aux Montèzes
Premier synode du Désert
aux Montèzes,
gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
L'année 1715 voit le début de la reconstitution des Églises sous la houlette d'un jeune prédicant, Antoine Court. Le 24 août 1715, une réunion de neuf personnes (4 laïcs et 5 prédicants) s'est tenue au hameau des Montèzes (Gard). Plus tard, on a donné le nom de synode des Montèzes à cette réunion car elle a été décisive pour l'avenir des Églises Réformées. Les participants essayent de réglementer les assemblées du Désert, de faire taire les prophètes, surtout les femmes, et de substituer une prédication biblique aux révélations des inspirés. Ils condamnent l'insurrection et préconisent des assemblées pacifiques où l'on priera pour le roi.

La mesure la plus importante est le rétablissement des anciens selon la discipline des Églises Réformées d'avant 1685. Ces anciens auront la responsabilité de convoquer les assemblées, en usant de prudence, de procurer aux prédicants des retraites sûres et des guides pour les y conduire et de faire des collectes pour les pauvres.

Antoine Court, préside cette réunion. Parmi les prédicants réunis, se trouvent : Jean Huc, prédicant, ancien camisard de la troupe de Rolland ; Jean Vesson, un ancien prophète ; Pierre Durand, frère de Marie Durand.

Cette organisation va s'étendre peu à peu et toucher les régions voisines. Des synodes clandestins provinciaux puis nationaux vont se tenir plus ou moins régulièrement pendant toute la période du Désert et les actes de ces synodes sont parvenus jusqu'à nous.

Les Églises sous la Régence (1715-1723)

Louis XIV meurt en 1715. Les protestants espèrent beaucoup de l'arrivée au pouvoir du régent, le Duc d'Orléans. Celui-ci était connu pour ses idées modérées en matière de religion et il n'avait rien contre les protestants. Mais son entourage le persuade de continuer la politique de Louis XIV et de réprimer les assemblées. La répression est cependant plus modérée et varie selon les périodes. Lorsque les soldats sont en campagne ou lorsqu'ils restent dans leurs casernes par crainte de la contagion pendant l'épidémie de peste de 1720, la répression faiblit.

Il est difficile d'estimer le nombre des assemblées tenues car seules sont connues celles qui ont été découvertes. Mais pour une assemblée découverte, une centaine se tenait vraisemblablement sans dommage. On sait que des assemblées avaient repris au Pays de Foix, en Poitou et même en Picardie.

Les pasteurs du Refuge ne comprennent pas la stratégie d'Antoine Court et assimilent les assemblées du Désert à des actes de sédition envers le roi. Aussi lorsque Antoine Court appelle ces pasteurs à rejoindre la France, il n'est pas entendu. C'est pourquoi il songe alors à un établissement de formation pour les prédicants : le séminaire de Lausanne mis sur pied à partir de 1726.

La pratique des assemblées du Désert


Baptême au Désert
Baptême au Désert, gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)

Jusqu'en 1743, les assemblées se tiennent de nuit, dans des endroits isolés, sous la conduite de pasteurs ou prédicants. En 1718, il n'y a que trois pasteurs : Pierre Corteiz, un ancien camisard qui reçoit la consécration pastorale à Zurich, Antoine Court qui la reçoit des mains de Corteiz lors d'un synode clandestin et Jacques Roger, un pasteur formé et consacré en Allemagne qui revient en France en 1715 et exerce dans le Dauphiné.

Seuls les pasteurs distribuent la Cène au cours des assemblées. Ils célèbrent également baptêmes et mariages mais beaucoup de fidèles continuent à se marier et à faire baptiser leurs enfants à L'Église catholique. Les exhortations des pasteurs à ne plus se marier à l'Église catholique et à ne plus aller à la messe ne sont guère suivies d'effet comme en témoignent les nombreuses recommandations faites à ce sujet lors de tous les synodes du Désert. C'était effectivement risqué pour les fidèles. Les mariages au Désert n'ayant pas d'existence légale, les enfants étaient considérés comme bâtards et ne pouvaient hériter de leurs parents. Au fur et à mesure que ces pratiques au Désert se généralisent, à partir de 1745, le problème de la reconnaissance légale de ces unions et des enfants qui en sont issus va se poser.

Après de longues années d'interventions auprès du roi, l'édit de tolérance (1787) va enfin donner une existence légale aux protestants.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.
• HUGUES, Edmond, Antoine Court. Histoire de la restauration du protestantisme en France au XVIIIe siècle, M. Lévy, Paris, 1872.


Les Églises sous Louis XV (de 1724 à 1760)

Sous Louis XV, les Églises protestantes sont toujours interdites et la répression continue. Mais celle-ci varie selon les périodes, selon les provinces et en fonction de la personnalité de l'intendant qui la dirige.

La déclaration de 1724

Mariage au Désert
Mariage au Désert,
gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
Le régent meurt en 1723. À son arrivée au pouvoir Louis XV reprend par la déclaration de 1724 toute la législation antiprotestante de Louis XIV. Cette déclaration provoque la consternation chez les protestants qui songent même à se révolter. Antoine Court parcourt la province pour prêcher le calme et convoque un synode pour appuyer son point de vue.

En fait la déclaration de 1724 n'est guère suivie d'effet jusqu'en 1726, lorsque Fleury, évêque de Fréjus, devient Premier Ministre. De nouvelles arrestations et condamnations ont lieu. En 1730, les soldats viennent prendre les Bibles, psautiers et livres de foi chez les protestants de Nîmes et les font brûler sur la place publique.

En 1732, le pasteur Pierre Durand est pris et condamné au gibet. Mais ces persécutions ne freinent pas l'expansion des Églises et de jeunes pasteurs prennent la relève. Le Languedoc envoie des prédicants puis des pasteurs aux provinces de Guyenne, Rouergue et Poitou.

En 1729 Antoine Court, trop menacé, doit quitter la France pour Genève où il a déjà envoyé sa femme et ses enfants. Il s'installe finalement à Lausanne où il veille sur la formation des futurs pasteurs du Désert au séminaire de Lausanne. Il soutient les Églises de France par une importante correspondance. Il défend sans relâche la pratique des assemblées du Désert toujours mal vue dans les milieux du Refuge et cherche des secours pour les Églises persécutées. Il entreprend de rédiger l'histoire de l'Église Réformée depuis la Révocation de l'édit de Nantes mais ne publiera que la partie sur la guerre des camisards. Il réunit une importante documentation rassemblée aujourd'hui à Genève : les papiers Court (qui n'ont pas encore été totalement exploités).

La trêve de 1744

Fleury meurt en 1743, la France est en guerre (guerre de succession d'Autriche 1740-1748), les soldats sont occupés ailleurs. La persécution ralentit. En Languedoc, les protestants s'assemblent en plein jour et le nouveau gouverneur, le duc de Richelieu, laisse faire. Les protestants ont l'illusion que la tolérance est enfin là. Les bourgeois et les nobles qui avaient condamné les assemblées du Désert commencent à y venir, à y faire baptiser leurs enfants et à s'y marier.

En 1744, au synode national de Lédignan (Gard) auquel Antoine Court assiste, il est décidé, pour apaiser le clergé catholique et gagner la Cour à la cause protestante, d'interdire aux pasteurs de polémiquer et de prêcher sur la controverse avec les catholiques. Il y a un projet de lettre au roi et au duc de Richelieu pour réclamer la liberté de conscience.

Antoine Court est nommé député général auprès des pays protestants en remplacement de Benjamin Duplan désigné par le synode de 1727. La tâche du député général consiste à recueillir des fonds auprès des pays du Refuge pour secourir les Églises de France et subvenir aux besoins des étudiants du séminaire de Lausanne.

Reprise de la persécution

Dès 1745, la persécution reprend. L'assemblée du clergé catholique réclame de nouvelles mesures contre la tenue des cultes clandestins. Le nouvel intendant du Languedoc, Le Nain, applique un politique plus énergique que son prédecesseur. Dans le Dauphiné, deux pasteurs sont exécutés : le jeune Louis Ranc et le vieux Jacques Roger à 80 ans, après plus de trente années de ministère clandestin. En Vivarais, un jeune pasteur est exécuté, un autre en Saintonge.

En 1746, la persécution ralentit. La France en guerre craint une entente des protestants avec les puissances étrangères, mais les protestants restent fidèles au roi. Après la Paix d'Aix-la-Chapelle (1748), les persécutions reprennent : enlèvements d'enfants, lourdes amendes pour les villes qui tenaient des assemblées interdites et logement des soldats dans les villes récalcitrantes.

En Languedoc, à partir de 1750, le nouvel intendant, Saint-Priest, inaugure par la force une campagne de re-baptême catholique des enfants baptisés au Désert. Devant le refus des parents, cette campagne occasionne des scènes d'horreur. Certains protestants quittent leur demeure et s'enfuient dans les bois. La Cour craint une nouvelle insurrection et la pression se relâche fin 1752. Le duc de Richelieu revient en

Depuis Lausanne, Antoine Court exhorte les protestants de France à continuer les assemblées au Désert mais à les reprendre de nuit et à effectifs plus réduits. Il publie un mémoire intitulé Le patriote français et impartial (1753). Il se réfère à l'histoire pour montrer que les protestants français ont toujours été loyaux envers le roi, que les assemblées au Désert ne sont pas séditieuses, que les protestants français sont d'honnêtes gens qui ne demandent que la liberté de conscience.

Dernières persécutions

Pasteur Louis Gibert
Pasteur Louis Gibert.
(Maison du Protestantisme Charentais)
Dès fin 1752, les assemblées reprennent ainsi que les mariages et baptêmes au Désert. L'espoir renaît. Mais en 1754, 30 bataillons arrivent en Languedoc et empêchent toute assemblée. Ils traquent les prédicants et même leurs femmes. Ainsi la femme de Paul Rabaut erre pendant deux ans dans les bois. On offre même des passeports aux pasteurs pour qu'ils sortent du royaume, mais la plupart y restent.

En 1756, le duc de Richelieu est remplacé par le duc de Mirepoix, plus tolérant. Il permet les assemblées si elles se tiennent discrètement. Il correspond même avec des pasteurs modérés comme Paul Rabaut. Comme les protestants de Saintonge ont construit des maisons d'oraison dès 1756 sous l'impulsion du pasteur Louis Gibert, les protestants du Languedoc pensent à reconstruire des temples, mais la troupe intervient aussitôt pour tout démolir.

La persécution continue cependant en Agenais et à Orthez, en Guyenne, Béarn et Dauphiné. Il ne s'agit pas de persécution générale mais plutôt de quelques coups de semonce sporadiques, pour l'exemple.

Même s'il y a encore une dernière exécution, celle du pasteur François Rochette à Toulouse en 1762, les historiens s'accordent sur la date de 1760 pour faire commencer la nouvelle période de tolérance vis-à-vis des protestants. En 1760 Il y a alors plus de 50 pasteurs en activité en France. La Cour ne peut plus espérer convertir les protestants. 1760 voit aussi disparaître celui qui avait été le maître d'oeuvre de la reconstitution clandestine des Églises en cette période héroïque : à Lausanne, Antoine Court meurt le 15 juin 1760 après une longue maladie.


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.
• HUGUES, Edmond, Antoine Court. Histoire de la restauration du protestantisme en France au XVIIIe siècle, M. Lévy, Paris, 1872.


Peines appliquées aux protestants

La condamnation aux galères
La peine de prison
La peine de mort

L'édit de Fontainebleau (1685) et diverses ordonnances de l'année 1686 prévoient les peines contre les protestants.

Galère, enfermement, peine de mort

À la mémoire des Galériens
À la mémoire des Galériens,
Aigues Mortes.
(O. d'Haussonville)
« Galère perpétuelle ou enfermement pour les femmes : pour les protestants qui tentent de sortir du Royaume, pour ceux qui prêtent assistance aux pasteurs cachés et pour toute expression publique du culte réformé, dorénavant interdit ». Qu'il s'agisse de fugitifs arrêtés à la frontière du royaume, de personnes soupçonnées de complicité pour aider les fugitifs, de fidèles surpris à une assemblée clandestine, les réformés peuvent être condamnés. Des peines semblables sont applicables aux nouveaux convertis soupçonnés de pratiquer encore en secret.

La peine de mort est réservée aux pasteurs ou aux prédicants, et aux passeurs qui aident les fugitifs.

À noter aussi des châtiments posthumes : s'il est avéré que le mort nouveau converti est resté protestant dans son for intérieur, le cadavre est déterré, traîné sur une claie et jeté aux ordures ; son héritage est confisqué.



La condamnation aux galères

Près de 1550 « galériens pour la foi », condamnés pour n'avoir pas voulu renier leur foi, ont passé jusqu'à trente années de leur vie aux galères.

Quarante galères sous Louis XIV ont besoin de rameurs

La Réale
La Réale, galère du Roi.
(Musée du Désert)
Les galères ont davantage servi d'établissement pénitencier que de navires de guerre. Elles ont été supprimées en 1748, remplacées par des bagnes dans les ports militaires ou les arsenaux.

Le roi Louis XIV a quarante galères, trente-quatre sont basées à Marseille ; il faut deux cent soixante rameurs sur une galère normale, les tribunaux doivent en fournir les effectifs. Cependant les protestants ne sont pas condamnés par besoin de main d'oeuvre, mais pour faire des exemples, pour faire peur.

Condamnation aux galères
Condamnation aux galères
des « nouveaux catholiques »
qui tentent d'émigrer et contre
ceux qui auraient tenté
de les aider.
Fait à Versailles
le 26 juillet 1686,
signée par Louis Le Tellier.
(S.H.P.F.)
Si l'on étudie les registres d'écrou, qui comptabilisent les 60 000 entrées entre 1680 et 1748, on constate que les 1 550 « galériens pour la foi » représentent 4% de l'effectif.

Les motifs de condamnation pour la foi

L'édit de Fontainebleau de 1685 ou Révocation de l'édit de Nantes prévoit une peine de galères pour les protestants qui tentent de sortir du Royaume et pour toute expression publique du culte réformé désormais interdit. Parmi les condamnés :

22% pour sortie du Royaume
53% pour assemblée illicite au désert
11% pour détention d'armes à feu ou de poudre
1% pour protection ou hébergement d'un pasteur

Très peu de pasteurs car ceux-ci subissent généralement
la peine capitale.

Les périodes de persécution plus active

Certaines périodes ont vu un afflux massif de protestants : à la Révocation bien sûr (1685), également en 1690 avec l'entrée en guerre de Louis XIV contre l'Europe protestante (Ligue d'Augsbourg), en 1697 lors de la paix de Ryswick, enfin au moment de la guerre des Camisards.

L'intendant Baville en une journée à Montpellier condamne à perpétuité en 1698 75 hommes qui s'étaient rendus dans la principauté d'Orange, enclave étrangère où le culte réformé était encore célébré publiquement.

En 1713, un grand nombre de protestants sont libérés sous les pressions répétées d'Anne, reine d'Angleterre, à la condition de sortir du Royaume.

Sous Louis XV, 132 protestants sont encore envoyés aux galères, et une cinquantaine après 1748 au temps du bagne qui remplace les galères comme établissement pénitencier. Les deux derniers forçats protestants, qu'on avait oubliés, ne sont libérés qu'en 1775.

La vie des galériens


Hôpital des galériens à Marseille
Hôpital des galériens
à Marseille.
Dans G. Tournier,
les galères de
France Presses
du Languedoc.
(Presses du Languedoc)
Les rameurs sont attachés jour et nuit à leur banc sur l'unique pont non abrité de la galère, de part et d'autre d'une coursive, le long d'une longue rame de 12 mètres de long ; ils rament en principe à deux équipes, à raison de vingt à vingt cinq coups par minute ; parfois on marche à la voile.

Le temps de service à la mer est d'environ deux ou trois mois ; le reste du temps, les galères restent à Marseille ; une grande partie des forçats sont embauchés par les artisans du port. Les évasions sont rares, car on promet une forte récompense pour la capture d'un fugitif. Les autres, restés à bord, doivent travailler à des travaux de confection de bas.

Le sort des galériens protestants

L'existence à bord des galères est décrite avec précision par Jean Marteilhe protestant condamné aux galères en 1701 et libéré après douze ans de galère : « Mémoires d'un galérien du roi-Soleil ». Il montre comme on essaie de convertir les protestants, auxquels sont réservés des sévices supplémentaires, les plus fortes têtes étant mis dans des cachots du fort St-Nicolas à Marseille. À bord, les protestants ont su s'organiser pour établir des réseaux de soutien entre eux ou avec des personnalités extérieures, en France comme dans les pays du Refuge, pour obtenir des soutiens financiers, également des écrits pour soutenir leur foi. Peu ont renié leur foi.

44% sont morts à l'Hôpital royal des forçats de Marseille (71% des décès surviennent au cours des trois premières années de condamnation) ; 56% ont été libérés, mais 40% d'entre eux ont subi dix à trente ans de galère.


Bibliographie
• MARTEILHE, Jean, Mémoires d'un galérien du Roi-Soleil, Mercure de France – Le temps retrouvé, Paris, 1982.
• ZYSBERG, André, Les Galériens, Seuil – l'Univers historique, Paris, 1987.


La peine de prison

La peine de prison est appliquée surtout aux femmes et aux enfants trop jeunes pour servir aux galères. Mais beaucoup d'hommes furent enfermés de longs mois, certains avant leur départ pour les galères.

Les motifs d'emprisonnement : tentative d'émigration hors de France, pratique de la religion réformée

À partir de la Révocation de l'édit de Nantes (1685), les protestants qui tentent de quitter la France, s'ils sont arrêtés, sont passibles des galères pour les hommes ou de l'emprisonnement pour les femmes. Il en est de même pour tous ceux qui les ont aidés.

Tous ceux qui ont participé à des assemblées clandestines et ont été arrêtés, sont condamnés de même.

Un quart des protestants tente d'émigrer au moment de la Révocation. Beaucoup sont repris et les prisons se remplissent.
Tour de Constance
Tour de Constance.
(O. d'Haussonville)

La tour de Constance (Aigues Mortes) réservée aux femmes
à partir de 1707


Dès la Révocation, les tours des remparts d'Aigues Mortes servent de prisons. En 1707, la tour de Constance est réservée aux femmes condamnées à perpétuité pour cause de religion. Le nombre de prisonnières a fluctué de 17 à 34. Marie Durand, emprisonnée à quinze ans, est restée enfermée trente huit ans, jusqu'en 1768 date à laquelle les trois dernières prisonnières ont été libérées.

Carcassonne

En 1712, de nombreuses femmes, particulièrement de la région de Nïmes, y sont enfermées, la plupart depuis plus de dix ans.

Marseille
Le château d'If
Le château d'If, Marseille.
(Isabelle de Rouville)

Les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean servent généralement pour des galériens en transit pour l'outre-mer. Un millier de protestants au total furent déportés aux Antilles, hommes, femmes et enfants.

Dans le château d'If, véritable prison, certains huguenots restent captifs de nombreuses années. Les galériens protestants refusant avec constance de se convertir sont jetés dans les cachots.

Île Sainte Marguerite (près de Cannes)
Château de Pierre-Encize
Château de Pierre-Encize :
prison pour les protestants fugitifs.
(S.H.P.F.)

Un vieux fort sert de prison à sept pasteurs, qui sortis de France à la Révocation sont revenus sur le conseil de Claude Brousson pour ne pas abandonner les fidèles ; ils ont beaucoup prêché avant d'être arrêtés à Paris entre 1689 et 1692 et envoyés à l'île Ste Marguerite condamnés au secret absolu. Ils tentent de communiquer entre eux ou avec l'extérieur, chantent des Psaumes, ce que leurs gardiens interdisent. À la suite de mauvais traitements, deux ou trois seraient devenus fous.

Lyon

Tour de Crest
Tour de Crest.
(Collection privée)
Lyon est un lieu de passage pour ceux qui tentent de franchir la frontière vers Genève. Les prisons lyonnaises, et surtout celle de Pierre-Encize, se remplissent.

Tour de Crest (Drôme)

L'ancien donjon sert de prison aux huguenots de 1687 à 1740.

Maisons des Nouvelles Catholiques

Il existe encore une autre forme d'enfermement pour ceux qui n'ont pas consenti à renier leur foi : sans jugement cette fois, les couvents servent de prison pour les femmes, les jeunes filles protestantes enlevées à leurs parents sont envoyées dans des « Maisons des Nouvelles Catholiques ». Dans les deux cas, on tente de les faire abjurer, des convertisseurs les visitent sans cesse.


Bibliographie
• Bulletin de la S.H.P.F., Numéro 28, 1879. Liste de plusieurs prisonniers et prisonnières pour la foi, dressée par Daniel de Superville le 13 novembre 1712.


La peine de mort

Peine de mort pour les pasteurs qui rentrent en France, pour les passeurs qui ont aidé à quitter le royaume, pour les fidèles surpris dans une assemblée clandestine.

Des ordonnances complètent ultérieurement les dispositions du traité de Fontainebleau

Supplice de la roue
Supplice de la roue.
(Musée du Désert)
Une ordonnance du 1er Juillet 1686 condamne à mort les pasteurs qui rentrent en France et également tous les fidèles qui seraient surpris dans une assemblée clandestine.

Pour tenter de limiter l'émigration, une ordonnance d'octobre 1687 étend la peine de mort aux passeurs qui ont aidé les fugitifs.

Le 15 mars 1689, ordre est donné de condamner à mort sans autre forme de procès ceux qui seraient surpris dans une assemblée clandestine, et aux galères les hommes soupçonnés d'y avoir participé.

La mort est donnée dans des conditions horribles : tortures, puis supplice de la roue ou du bûcher, pendaison dans le meilleur des cas.

En Languedoc, l'intendant Basville appliquera souvent cette peine

Exécution de Séguier
Exécution de Séguier,
plaque de verre peinte
de Samuel Bastide.
(Musée des Vallées Cévenoles)
Les prédicants tombent les uns après les autres : en octobre 1689, après une réunion à l'Hospitalet (Lozère) six prédicants sont condamnés à mort par pendaison.

Le pasteur Brousson sera condamné à mort par la roue en novembre 1698.

Les chefs camisards lorsqu'ils sont pris, encourent les mêmes châtiments : ainsi Séguier, brûlé vif le 12 Août 1702.

Castanet, Couderc, Boaton rompus vifs à Montpellier entre 1703 et 1705.

Catinat, Ravanel suppliciés à Nîmes le 22 avril 1705.



Antoine Court (1695-1760)

Antoine Court s'est donné pour tâche de rétablir et de réorganiser le protestantisme en France après la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).

Pour informations complémentaires, voir : Antoine Court (1695-1760).



Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français