Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


   • Laurent Angliviel de La Beaumelle (1726-1773)
   • Jacques Basnage (1653-1723)
   • Jean Cavalier (1680-1740)
   • Antoine Court (1695-1760)
   • Antoine Court de Gébelin (1724 ou 1728-1784)
   • Marie Durand ( 1712-1776 )
   • Les frères Gibert
   • Jean Jarousseau (1729-1819)
   • André Jeanbon Saint-André (1749-1813)
   • Pierre Jurieu (1637-1713)
   • Isaac Mallet (1684-1779)
   • Guillaume Mallet (1747-1826)
   • Paul-Henri Marron (1754-1832)
   • Abraham Mazel (1677-1710)
   • Élie Marion (1678-1713)
   • Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815)
   • Denis Papin (1647-vers 1712)
   • Benjamin Du Plan (1688-1763)
   • Paul Rabaut (1718-1794)
   • Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-1793)
   • Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
   • Jacques Saurin (1677-1730)



Laurent Angliviel de La Beaumelle (1726-1773)

Homme de lettres français, contemporain de Voltaire, La Beaumelle prône un christianisme inséparable de la tolérance.

Après des études de théologie, il est précepteur, professeur, journaliste, écrivain.

Lettres toulousaines
Lettres toulousaines :
Angliviel de la Beaumelle (1763).
Évoquant le procès de Calas.
(Archives Dép. de Foix 09)
Né à Valleraugue en Cévennes (Gard) d'une mère catholique et d'un père protestant (la famille Angliviel était protestante depuis le XVIe siècle), il est régulièrement baptisé par le curé de la paroisse, comme cela devait se faire alors – le temps des persécutions n'étant pas aboli – et par la suite, il fait ses classes au collège de l'Enfant-Jésus à Alais. Mais, de retour à Valleraugue, il vit une crise religieuse qui le ramène au protestantisme.

Il décide alors se rendre à Genève afin d'y poursuivre des études de théologie (1745).

De là, il part pour le Danemark où il sera d'abord précepteur dans une famille, puis professeur de langue et belles-lettres françaises à Copenhague.

En 1750, il est à Paris, puis de nouveau à Copenhague d'où il rejoint la Hollande et ensuite Berlin (1751) où il rencontre Voltaire.

Lettres toulousaines évoquant le procès de Calas :

Province deu Rouffillon & du Païs de Foix.
N

ous avons été informés, que certains Quidams mal intentionnez fe donnent la licence de faire des Affemblées illicites même avec port d'Armes, tant dans la Ville du Mafdafil que dans les Lieux circonvoifins, & dans les Bois, ou en pleine Campagne ; & étant neceffaire pour le bien du fervice, non-fculement d'interrompre le cours de ces Affemblées, mais même de punir feverement ceux qui y affiftent, à ces caufes.

Nous faifons très-expreffes inhibitions & défenfes à tous Particuliers de quelque état, qualité & condition qu'ils puiffent être, d'affifter auxdires Affemblées, d'y envoyer leurs Enfans & Domeftiques & de les favorifer en aucune maniere : Leurs défendons parciellement de découcher de leurs Maifons fans une permiffion par écrit des Confuls du lieu de leur Domicile, qui ne pourront la donner qu'en connoiffance de caufe, le tout aux peines portées par les Reglemens & Ordonnances de Sa Majefté, en confequence ordonnons auxdits Confuls & autres Officiers des Villes & Paroiffes dudit Païs de Foix, où il y a des nouveaux Convertis de faire des Patrouilles la nuit dans lefdites Villes & Lieux, d'arrêter Prifonniers ceux qu'ils trouveront atroupés au nombre de trois & au-deffus, de vifiter leurs Maifons pour reconnoitre ceux qui feront abfents, & de les arrêter Prifonniers à leur retour, dont ils drefferont leurs Procès-Verbaux, qu'ils remettront à nôtre Subdelegué du lieu le plus prochain, devant lequel il les affirmeront veritables pour lefdits Procès-Verbaux à nous envoyez être ftatué fommairement, & fans autre forme de Procès fur la punition des coupables ainfi qu'il apartiendra ; & fera la préfente Ordonnance éxecutée nonobftant oppofition & autres empêchements quelconques pour lefquels ne fera differé, lüc publiée & affichée, par tout où befoin fera à ce que pefonne n'en ignore. Enjoignons à nos Subdelegués & aux Officiers & Cavaliers de la Marechauffée d'y tenir exactement la main, & à Meffieurs les Officiers des Troupes du Roy de donner pour fon Execution toute affiftance & main-forte. Fait à Pergignan le 16. Septembre 1735. Signé, BAUYN ; & plus bas, par Monfeigneur, PEYROTTES.
Collationné
PEYROTTES.

Sa querelle avec Voltaire

Voltaire
Voltaire
(François Marie Arouet,
dit, 1694-1778),
gravure d'après La Tour.
(Collection du
Château de Coppet)
La Beaumelle a un caractère entier, exigeant et il ne craint pas le combat. Il s'est affronté à Voltaire en dénonçant la légèreté de l'information du Siècle de Louis XIV et en soulignant les négligences et les erreurs de l'ouvrage. Il s'ensuivit une querelle qui prit l'allure d'une affaire d'État, et qui indéniablement a considérablement desservi La Beaumelle.

Voltaire lance contre La Beaumelle le Supplément au Siècle de Louis XIV, auquel La Beaumelle s'empresse de répondre. Ce sera la Réponse au supplément du Siècle de Louis XIV où La Beaumelle, en un violent réquisitoire, s'en prend à la politique religieuse de Louis XIV. Il conteste notamment les chefs de condamnation de Claude Brousson. Voltaire aurait prétendu que Brousson avait été roué comme criminel d'État, et non comme hérétique, car Voltaire considérait le prophétisme cévenol comme un mouvement séditieux.

Son oeuvre eut à souffrir du jugement négatif émis par Voltaire à son rencontre. En outre, étant un homme seul, n'appartenant à aucun clan, il n'est pas en mesure de se défendre lorsque Voltaire le dépeint comme un homme dangereux, dont les écrits portent ombrage au gouvernement. C'est ainsi que, sur dénonciation de Voltaire, il fera deux séjours à la Bastille (1753 et 1757).

À sa sortie de prison, la Beaumelle est exilé dans son Languedoc natal. En 1758, il est à Nîmes et, l'année suivante à Montpellier, puis il s'installe à Toulouse.

C'est là qu'au cours de la période 1761-1762, il prend part à la défense des Calas.

Diversité de son oeuvre et originalité de sa position intellectuelle.

La Beaumelle occupe une position originale dans le monde des lettres, dans la mesure où il est un acteur important des échanges culturels entre le royaume de France et les pays du Refuge.

Il est en outre un auteur extrêmement précoce : C'est à l'âge de 22 ans qu'il crée un périodique : La Spectatrice danoise ou l'Aspasie moderne (1749-1750), dans lequel il attaque l'athéisme et le déisme et prône la tolérance civile.

Trois ans plus tard, il publie Mes pensées, ou le Qu'en dira-t-on ? (Copenhague, 1751), ouvrage dans lequel certains ont pu déceler des liens entre le calvinisme professé par La Beaumelle et le républicanisme, considéré à l'époque comme une hérésie politique majeure.

En 1755-1756, il publie à Amsterdam les 15 volumes de ses Mémoires pour servir à l'histoire de Madame de Maintenon et à celle du siècle passé. Le succès de ces deux ouvrages a été immédiatement éclatant. Mais, dans les deux cas, il s'agit d'ouvrages hardis, impliquant des sujets délicats, mettant en cause des personnages connus de tous et donc susceptibles d'attirer à son auteur de nombreuses difficultés, objections, voire oppositions.

La Beaumelle a joué un rôle important dans la lente conquête de la tolérance civile par les protestants. Il réclame la liberté de conscience.

Dans L'Asiatique tolérant, (1748) véritable « traité sur la tolérance » adressé au roi de France Louis XV, La Beaumelle, par prudence, ne dévoile pas son identité. Il tente de démontrer que la tolérance est inséparable d'un véritable christianisme. Il insiste aussi sur le fait que l'État ne saurait agir sans faire preuve de la tolérance civile. Il réclame la liberté de conscience pour les protestants français. Il va jusqu'à justifier la révolte contre le tyran.

En 1762-1763, il correspond avec le pasteur Paul Rabaut, et il rédige les délibérations que Rabaut soumet au synode national de 1763.

Son Catéchisme universel est resté inédit (1763), sans doute par prudence. Son but dans cet ouvrage composé comme un dialogue est de répondre aux questions posées exclusivement par des textes bibliques.


Bibliographie
Correspondance générale de La Beaumelle, En cours de publication, tome 1 : 1729-1747, Voltaire Foundation, Oxford, 2005.
• LAURIOL Claude, La Beaumelle, un protestant cévenol entre Montesquieu et Voltaire, Droz, Genève, 1978.
• Bulletin de la S.H.P.F., LAURIOL Claude, Un huguenot adversaire de Voltaire, Laurent Angliviel de La Beaumelle


Jacques Basnage (1653-1723)

Pasteur à Rouen au moment de la Révocation, Jacques Basnage est obligé de fuir la France et il se réfugie en Hollande où il sera tout à la fois théologien, controversiste, historien et diplomate au service du Grand Pensionnaire Hensius.

Pour informations complémentaires, voir : Jacques Basnage (1653-1723).



Jean Cavalier (1680-1740)

Jean Cavalier est le plus célèbre des chefs camisards.

Jean Cavalier
Jean Cavalier (1680-1740).
(S.H.P.F.)
Jean Cavalier est né le 28 novembre 1681 à Ribaute (canton d'Anduze). Fils d'Antoine Cavalier et d'Élisabeth Granier, il est « goujat » (valet) de ferme de son oncle Lacombe de Vézenobre, puis mitron à Anduze (Gard). En 1701, repéré dans des assemblées protestantes interdites, il part pour Genève. Il en revient en 1702, et après le meurtre de l'abbé du Chayla rejoint dans les Cévennes le groupe des insurgés avec quelques jeunes gens de la plaine ; il redescend en septembre, et de coup de mains en coups de mains, sa troupe s'équipe, s'aguerrit et s'agrandit.

Seul ou en association avec Rolland, il dévaste les villages catholiques et brûle les églises. Il n'hésite pas à attaquer les troupes royales, leur imposant parfois de cuisantes défaites comme celle du Mas de Cauvi, aux portes d'Alès, en décembre 1702, ou celle du Devois de Martignargues, près de Vézenobre, en mars 1704. Peu après cependant, en avril 1704, sa troupe est durement défaite à Nages, ses « magasins » d'Euzet découverts et pillés. Il entame alors des négociations avec le maréchal de Villars, dépose les armes et part avec une poignée de fidèles.

Il rejoint Genève et se met au service du duc de Savoie qui lui donne une charge de colonel. En 1706 il commande un régiment de l'armée anglo-portugaise composé en partie de camisards et de réfugiés (un de ses buts était de rejoindre les Cévennes en passant par la Catalogne), mais cette armée est défaite à Almansa, où il est grièvement blessé.

En demi-solde, il fait la navette entre l'Angleterre et la Hollande jusqu'en 1710, et à partir de cette date vit en Irlande de la petite pension qu'il a obtenue. En 1735 il est promu général de brigade, puis en 1738 lieutenant-gouverneur de l'Ile de Jersey. Il meurt à Chelsea le 17 mai 1740 et est enterré dans le cimetière de ce faubourg ouest de Londres (et non pas à Dublin dans le cimetière réservé aux réfugiés français).


Bibliographie
• ALLARD A., Jean Cavalier, chef camisard, Dordrecht, 1925.
• PIN, Marcel, Jean Cavalier, Nîmes, 1936.


Antoine Court (1695-1760)

Antoine Court s'est donné pour tâche de rétablir et de réorganiser le protestantisme en France après la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).

Le restaurateur du protestantisme en France

Serre de Lès
Serre de Lès (Ardèche) :
paysage d'assemblée du Désert.
(Patrimoine huguenot d'Ardèche)
Né à Villeneuve de Berg en Vivarais. dans une famille attachée à la foi réformée à une époque où la clandestinité était la seule façon de survivre. Il est baptisé, comme la loi l'impose, dans la religion catholique. Mais il fréquente avec sa mère les Assemblées du Désert.

Dès 1713, à l'âge de dix-huit ans, il s'engage dans une vie de prédicant, et assez vite, prend ses distances par rapport au prophétisme alors pratiqué au cours des assemblées.

« De là en avant, je me déclarais contre tout ce que l'on appelait inspiration et je travaillais à en faire connaître la source et les abus. »

Le synode des Montèzes : premier synode du Désert

Plaque du 1er synode du Désert
Plaque du 1er synode
du Désert aux Montèzes
près de Monoblet (1715).
(H. Ayglon)
Il prend aussitôt conscience de l'urgence de réorganiser les Églises réformées et de redonner de l'importance à la fonction pastorale.

En 1715, une réunion a lieu aux Montèzes, près de Monoblet (Gard). C'est le premier synode du Désert, il rassemble quelques prédicants et fidèles. Antoine Court fait prendre les décisions suivantes :

rétablir la discipline de l'Église réformée,
réorganiser les consistoires et les synodes,
former de jeunes prédicateurs.

La tâche n'est pas aisée, étant donné les risques que comporte la clandestinité.

En 1718, Antoine Court est consacré pasteur par l'ancien camisard Pierre Corteiz qui avait obtenu lui-même à Zürich la consécration pastorale.

Vers la fin de 1720, il se rend pour deux ans à Genève où il peut compléter sa formation théologique. Il y noue en outre des relations particulièrement utiles pour désenclaver les Églises du Désert.

À son retour en France, il se marie en 1722 avec Étiennette Pagès.

En 1729, il se réfugie à Lausanne où il organise le Séminaire pour former les futurs pasteurs du Désert.

Il ne reviendra qu'une fois en France en juin 1744, pour le 4e « Synode National des Églises Réformées de France assemblé au Désert dans le Bas-Languedoc ». À ce synode neuf provinces étaient représentées par dix pasteurs et vingt-quatre anciens, ce qui atteste l'ampleur du mouvement de restauration du protestantisme en France.

Antoine Court meurt à Lausanne en 1760.

Il est le père de Court de Gébelin.

La publicité des Églises du Désert

Antoine Court entend rompre avec l'époque du prophétisme. De même, il entend prendre ses distances avec l'esprit camisard en refusant notamment toute violence insurrectionnelle. Mais contre l'avis de la plupart des Églises du Refuge, il plaide pour la pratique des assemblées du Désert, donc pour l'illégalité.

Au synode de 1744, il se voit confier officiellement la mission de « député général des Églises », en remplacement de Benjamin Du Plan.

En outre il entretient une abondante correspondance européenne et publie plusieurs ouvrages destinés à faire connaître la communauté réformée en cette période troublée et à solliciter le droit à la liberté de conscience : Le Patriote français et impartial (1752), la Lettre d'un patriote pour la tolérance civile (1756), et l'Histoire des troubles des Cévennes ou de la guerre des Camisards (1760).

Il rédige aussi ses Mémoires, qui lui permettent notamment de justifier son départ de France par le travail qu'il a pu accomplir, depuis le Refuge, en faveur des « Églises sous la croix ».


Bibliographie
• BOST, Hubert, éd., Entre Désert et Europe : le pasteur Antoine Court, actes du Colloque de Nîmes, 1995, Champion, Paris, 1998.
• CABANEL Patrick, Mémoires d'Antoine Court, Max Chaleil, 1999.
• COURT, Antoine, Mémoires, Éditions E. Hugues, Toulouse, 1885.
• HUGUES, Edmond, Antoine Court. Histoire de la restauration du protestantisme en France au XVIIIesiècle, M. Lévy, Paris, 1872.
• LASSERRE C., Le Séminaire de Lausanne, Bibliothèque vaudoise, Lausanne, 1997.
• SELLES, Otto H., Antoine Court et l'idée de tolérance au XVIIIe siècle. Le patriote français et impartial., édition critique et commentée, thèse de doctorat dactylographiée, Paris IV-Sorbonne, 1994.


Antoine Court de Gébelin (1724 ou 1728-1784)

Un érudit au service de sa religion et de la science.

Au service de l'Église

Antoine Court de Gébelin
Antoine Court de Gébelin (1724 ou 1728-1784).
(S.H.P.F.)
Court de Gébelin est le fils d'Antoine Court (1690-1760). Le nom de Gébelin lui vient de sa grand-mère paternelle.

Sa date de naissance suscite une controverse. Certaines sources, se basant sur la correspondance de son père, indiquent qu'il serait né à Nîmes en 1728, mais d'autres mentionnent sa naissance à Genève en février 1724, où il aurait été enregistré par prudence sous le nom de Antoine Corteiz.

Il se destine à la carrière pastorale, entre au Séminaire de Lausanne où il soutiendra sa thèse de théologie en 1754 : De prophetiis.

Jusqu'en 1763, il enseigne au Séminaire la philosophie, la morale et la controverse.

Il collabore avec son père au maintien des relations avec les Églises réformées de France, tant en entretenant avec elles une correspondance abondante qu'en se rendant lui-même en France.

En 1763, il se fixe à Paris et renonce à la théologie au profit de la littérature. Mais il continue à se mettre au service des Églises qui l'élisent comme député ou « correspondant » des Églises de France auprès des puissances protestantes.

Il meurt à Paris en 1784.

Court de Gébelin, homme de lettres et de sciences
Tombeau de Court de Gébelin
Tombeau de Court de Gébelin
(XVIIIe siècle).
(S.H.P.F.)

Après la mort de son père en 1760, tout en continuant à intervenir en faveur des protestants persécutés, Court de Gébelin, installé à Paris, se livre à l'étude de l'histoire des religions et des langues anciennes.

Il fonde une société libre de sciences, lettres et beaux-arts qu'on appelle « le Musée de Paris » et dont il est nommé président.

Court de Gébelin a adhéré, peu après 1776, à la franc-maçonnerie. Il fut membre de la loge des « Neuf soeurs ».

Son oeuvre littéraire est abondante, tout à la fois érudite et engagée.

Citons :

Les Toulousaines ou lettres historiques et apologétiques en faveur de la religion réformée et de divers protestants condamnés dans ces derniers temps par le parlement de Toulouse, 1763. Il s'agit d'un mémoire sur les affaires Calas et Sirven ;
Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne, 11 volumes, Paris, 1773-1782, qui lui valut d'être nommé par le gouvernement « censeur royal », en dépit de sa religion ;
Devoirs du prince et du citoyen, publié longtemps après sa mort à Paris, en 1789.



Marie Durand ( 1712-1776 )

Marie Durand est pour les protestants français la figure emblématique de la résistance à l'intolérance religieuse, après la révocation de l'Édit de Nantes.

L'enfance de Marie

Marie Durand
Marie Durand (1712-1776).
(S.H.P.F.)
Marie Durand, soeur du pasteur Pierre Durand, naquit en 1712,dans le hameau du Bouchet de Pransles en plein Vivarais.

La famille Durand soutenait clandestinement sa foi par la lecture quotidienne de la Bible. Le père organisait de temps à autre des assemblées secrètes et c'est à l'occasion de l'une d'elle, dénoncée par un voisin, que la mère de Marie fut arrêtée ; elle devait mourir en prison.

Son frère Pierre Durand, né en 1700, déjà bon prédicateur dans les assemblées clandestines, alors qu'il avait à peine 20 ans, devait avoir un rôle important dans les Églises du Vivarais pour lesquelles il essayait de mettre en applications les décisions prises au Synode du Languedoc de mai 1721 ; il devait finalement être arrêté et exécuté le 22 avril 1732.

Son père bien qu'âgé était lui aussi en prison. Marie venait de se fiancer avec Mathieu Serre, de 25 ans son aîné ; là encore une dénonciation fit croire à leur mariage célébré au « Désert ». Le fiancé fut arrêté et envoyé au fort de Brescou.

En 1730, un mois plus tard, Marie fût arrêtée et emprisonnée à la Tour de Constance à Aigues-Mortes. Elle avait 18 ans, elle devait y rester 38 ans,c'est-à-dire jusqu'en 1768 ; retirée au Bouchet de Pransles, elle mourra 8 ans plus tard, en 1776.

La prisonnière de la Tour de Constance

Prisonnières huguenotes
Prisonnières huguenotes à la Tour de Constance, tableau de Jeanne Lombard.
(G067 – Musée du Désert)
On sait peu de choses des premières années de Marie dans cette prison, où sur la trentaine de femmes incarcérées, elle retrouve plusieurs vivaroises. Elle était la plus jeune, mais dans l'épreuve sa foi s'affermit ; la douleur causée par le martyre de son frère deux ans après son propre emprisonnement, son courage, sa résignation lui donnent vite un grand ascendant sur ses compagnes. Elle soutient les plus découragées, lutte avec elles contre les tentations de l'abjuration qui ouvre les portes de la prison et devient l'âme de cette résistance aux pressions de la hiérarchie catholique pour favoriser les conversions.

L'inscription « RÉSISTER » gravée sur la margelle du puits de la prison, est attribuée sans vraie certitude à Marie Durand, mais elle symbolise pour le peuple protestant la foi et l'exhortation à l'espérance de ces témoins au temps du Désert.

Les Lettres de Marie Durand

Résister
« Résister »,
inscription à la Tour de Constance.
(O. d'Haussonville)
Il existe une cinquantaine de lettres de Marie Durand, qui ont été publiées. Les lettres représentaient l'unique lien des prisonnières avec le monde extérieur. Ce sont :

des suppliques pour demander du secours,
des remerciements aux rares donateurs,
des nouvelles au pasteur Paul Rabaut de Nîmes qui s'occupait des prisonnières,
quelques lettres personnelles à la fille de son frère, Anne Durand réfugiée à Genève.


Bibliographie
• FABRE, André, Marie Durand, prisonnière de la Tour de Constance, 1712-1768, Nouvelle Société d'édition de Toulouse, Dieulefit, 1935.
• GAMONNET, Étienne, Lettres de Marie Durand, Presses du Languedoc, Montpellier, 1986.


Les frères Gibert

Les frères Gibert exercent tous les deux un ministère pastoral pendant la période de clandestinité. Ils ont tous les deux une vie mouvementée qui les conduira du « Désert » au Refuge.

Pasteur Louis Gibert
Pasteur Louis Gibert.
(Maison du Protestantisme Charentais)
Louis Gibert (1722-1773), pasteur du Désert

Né en Cévennes, dans le village de Saint-Martin-de-Boubaux (Lozère), Louis Gibert est baptisé catholique, comme l'exige la loi, mais éduqué par ses parents dans la piété protestante. À 20 ans, il est proposant c'est-à-dire candidat au ministère pastoral dans la clandestinité. En 1744, il est secrétaire au synode clandestin des Cévennes. En 1746, il obtient la permission du synode d'aller se former au séminaire de Lausanne où il va rester trois ans. Il revient en Cévennes en 1750 et devient pasteur du « Désert » au risque de sa vie. Dès 1751, il demande à aller exercer son ministère en Poitou et Saintonge pendant un an. Il y restera treize ans. Il s'attache à réorganiser l'Église en Saintonge, en Agenais, en Périgord, à Bordeaux, se déplaçant sans cesse. Malgré une condamnation à mort par contumace, il encourage et réconforte les communautés toujours inquiètes devant les risques de persécution.

Les maisons d'oraison

Une maison d'oraison
Une maison d'oraison à Arvert (17).
(Maison du Protestantisme Charentais)
Louis Gibert est un homme ardent avec une force de conviction peu commune. Il parvient à persuader les protestants de Saintonge, malgré l'interdiction officielle, de financer et construire de nombreux lieux de culte, « les maisons d'oraison ». Ce sont des maisons toutes simples, dans le style des granges, sans signes extérieurs qui indiqueraient un édifice religieux. Louis Gibert sait expliquer au gouverneur de la province, le maréchal de Sennecterre, que ce sera avantageux aussi pour lui car il pourra mieux contrôler ainsi les communautés protestantes. Dans un premier temps, il structure le peuple protestant en « sociétés » qui se réunissent dans des maisons particulières. Il voit que les autorités réagissent peu. S'appuyant sur la prophétie de Daniel annonçant aux juifs de Babylone la fin de leurs épreuves au bout de 70 ans, il pense que le temps de la liberté arrive pour les protestants français ; que ceux-ci vont pouvoir rebâtir des lieux de culte comme les juifs ont rebâti le Temple de Jérusalem en rentrant de captivité. La première maison d'oraison est construite dans la presqu'île d'Arvert à Breuillet en 1756 puis la deuxième à Mornac peu de temps après. Elles ne sont pas détruites, ce qui encourage la construction de nouvelles maisons. Celles d'Avallon (commune d'Arvert) et de Maine Geoffroy (au nord de Royan) sont encore visibles aujourd'hui et constituent un patrimoine protestant rare et donc précieux.

L'Amérique

Ne voyant pas venir la liberté de culte tant attendue, Louis Gibert imagine d'émigrer avec ses fidèles en Amérique du Nord. En 1761 il se rend à Londres auprès de l'archevêque de Canterbury pour que celui-ci intervienne auprès du roi d'Angleterre en faveur de ce projet et de la liberté de conscience en France. Lors du traité de paix avec la France à la fin de la guerre de Sept Ans, le roi d'Angleterre n'intervient pas en faveur des protestants français mais leur assure le meilleur accueil dans ses colonies d'Amérique du Nord. En Saintonge, les fidèles ne suivent pas. Le colloque de Saintonge désapprouve même le projet. Louis Gibert part cependant avec un groupe d'émigrants pour la Suisse, l'Angleterre puis l'Amérique. Avant son départ, Louis Gibert se marie avec une jeune émigrante, Jeanne Boutiton, soeur d'un pasteur. Le groupe fonde en Caroline du Sud une colonie qu'il appelle New-Bordeaux et se consacre à la culture de la vigne et du mûrier pour la fabrication de la soie.

Louis Gibert n'exerce pas longtemps son ministère à New-Bordeaux, car il meurt soudainement en 1773, à l'âge de 51 ans. Sa descendance est nombreuse aujourd'hui en Caroline du Sud. Sa tombe et son souvenir sont entretenus fidèlement.

Étienne Gibert (1736-1817)

Ses parents le destinent au droit mais Étienne Gibert suit les traces de son frère Louis et se prépare au ministère pastoral en le rejoignant en Saintonge. Puis il part faire ses études au séminaire de Lausanne. Il est ordonné pasteur en 1758 et envoyé en Saintonge puis à Bordeaux pour seconder un pasteur malade. Celui-ci meurt l'année suivante et Étienne Gibert restera pasteur à Bordeaux jusqu'en 1770.

À Bordeaux, s'est établie une petite communauté de « frères moraves » avec laquelle Étienne se sent en sympathie. Il oriente sa prédication vers les thèmes du Réveil morave : la conversion du coeur et l'action du Saint-Esprit. Une partie de son auditoire est scandalisée par cette « nouvelle doctrine ». Le consistoire de Bordeaux le désavoue. En appel, le synode l'autorise à poursuivre son ministère mais dans une autre paroisse, en Saintonge. Profondément blessé, Étienne Gibert prend le chemin de l'exil.

Le Refuge

Il s'installe à Londres où il est bien reçu dans les paroisses francophones. En 1771, il reçoit l'ordination anglicane et est nommé pasteur de l'Église française de la Patente puis de la Chapelle royale de Saint-James. En 1785, il accompagne l'ambassadeur britannique à Paris en qualité de secrétaire. Et il paraît à la Cour de Versailles en tenue de clergyman, lui l'ancien pasteur du désert qui avait été condamné aux galères par contumace ! Il est encore à Paris lors de la préparation de l'édit de tolérance signé en 1787. Puis il reprend sa charge pastorale à Londres. En 1793, le gouverneur de Guernesey lui offre le poste de pasteur de la cathédrale mais il préfère une plus petite paroisse, celle de Saint-André qu'il desservira jusqu'en 1815. Il meurt en 1817, à l'âge de 80 ans.

L'oeuvre littéraire

Étienne Gibert possède un grande culture et une bonne connaissance des textes bibliques qu'il étudie dans les langues originales.

Au Refuge, il peut se livrer à l'étude et exercer une activité littéraire. Dans sa première oeuvre Observations sur les écrits de M. de Voltaire, 1788, il récuse le déisme de Voltaire.

Ses autres oeuvres sont apologétiques ou bibliques :

Réflexions sur l'Apocalypse, 1796 ;
Démonstration de l'Authenticité et de la Divinité des livres du Nouveau Testament, 1799 ;
Histoire suivie et complète de Jésus-Christ, 1801 ;
Trois volumes de sermons, 1804 et 1806.


Bibliographie
• BENOIT Daniel, Les frères Gibert, Le Croît vif, 2005.


Jean Jarousseau (1729-1819)

Le pasteur du Désert Jean Jarousseau exerce son ministère en Saintonge à la fin de la période héroïque et pendant la période dite de tolérance. Il est connu grâce à la biographie écrite par son petit-fils Eugène Pelletan.
Jean Jarousseau
Jean Jarousseau (1729-1819).
(Collection privée)

Une famille engagée

Jean Jarousseau naît le jour de Noël 1729 à Mainxe, petit village du Cognaçais à la limite de la Saintonge. Sa famille est restée fidèle à la foi réformée puisque son père et son grand-père sont prédicants. Le jeune homme participe certainement dès l'adolescence aux assemblées du désert qui se tiennent dans les bois de Mainxe, Chassors et Segonzac.

À la mort de son père, probablement pendu comme prédicant, les biens de la famille sont confisqués. Jean Jarousseau gagne la Suisse. De retour en France, il s'initie au ministère pastoral dans les Cévennes, aux côtés du pasteur Paul Rabaut avec lequel il se lie d'amitié et entretient une correspondance suivie jusqu'à la fin de la vie de ce dernier.

Le ministère en Saintonge


Carrières de Montendre
Carrières de Montendre où Jarousseau réunissait ses paroissiens (Poitou)
Gravure de Samuel Bastide,
dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)

En 1754, on le retrouve en Saintonge aux côtés du pasteur Louis Gibert. Cette même année, lors d'une assemblée nocturne au lieu dit La Combe à la Bataille, les dragons surviennent, tuent, blessent et arrêtent un grand nombre de fidèles. Louis Gibert et Jean Jarousseau ont peine à s'échapper. En décembre 1657, il est envoyé au séminaire de Lausanne. Il y étudie jusqu'en avril 1761. En mai 1761, au synode de Saintonge, Angoumois, Périgord et Bordeaux, Jean Jarousseau est consacré solennellement au « saint ministère ». Il a charge de desservir les Églises de Cozes, Royan, Saint-Georges-de-Didonne, Meschers, Mortagne, Saint-Fort, Gémozac et Pons.

En raison de la guerre de sept ans (1756-1763), l'administration royale a besoin de s'assurer de la fidélité des marins protestants, nombreux dans la région, et desserre sa rigueur vis-à-vis des protestants. La période héroïque du désert se termine et Jean Jarousseau peut exercer son ministère dans de meilleures conditions. Le 4 janvier 1767, à Saint-Georges-de-Didonne il épouse Anne Lavocat qui lui assure une certaine aisance. Le couple est béni par le pasteur Dugas. Il aura sept enfants. Dans la maison d'Anne, une cache est aménagée pour soustraire le pasteur à d'éventuelles poursuites. Comme le montrent les sermons conservés, sa prédication est adaptée à un public simple qu'il exhorte à la fidélité, au respect de l'autre et à une vie morale.

Le voyage à Versailles

D'après le livre de son petit-fils Eugène Pelletan, Jarousseau, pasteur du désert, qui le rendra célèbre, Jarousseau aurait effectué un voyage à Versailles en 1780 pour y rencontrer Malesherbes, ministre de Louis XVI, et le roi lui-même en vue de plaider la cause de la liberté de conscience. Il aurait également rencontré Parmentier qui lui aurait remis des plants de pommes de terre. L'audience secrète à Versailles n'est pas attestée par des documents mais l'introduction de la pomme de terre à Saint-Georges-de-Didonne est bien connue. Jarousseau en cultiva même dans son jardin.

Pendant la Révolution, le pasteur aide le curé de Saint-Georges à fuir. Il obtient ensuite des charges cantonales avant de se retirer à Chenaumoine, commune de Semusac, où il meurt le 18 juin 1819.


Bibliographie
• PELLETAN Eugène, Jarousseau, pasteur du désert, La Cause, 1982.
• TOUROUDE Georges, De l'oppression à la liberté, Éditions de la Langrotte, 1992.


André Jeanbon Saint-André (1749-1813)

Issu d'une famille et d'une région réformées, André Jeanbon, dit Saint-André, se tourne vers le ministère pastoral après avoir entamé une carrière d'officier dans la marine. Actif pendant la période révolutionnaire, il sera désigné comme consul puis préfet par le nouveau Régime et nommé baron d'Empire. Il mourra dans la fidélité à la foi réformée.

Une famille et une région acquises à la Réforme

Jeanbon Saint-André
Jeanbon Saint-André
(1749-1813), par David.
Portrait dessiné pendant l'incarcération commune de Jeanbon et de David au Collège des Quatre-Nations, en 1795.
(S.H.P.F.)
André Jeanbon naît à Montauban le 25 février 1749 dans une famille de « facturiers », c'est-à-dire de fabriquants, d'entrepreneurs, représentants de la classe moyenne aisée, sinon riche, des industriels du textile, nombreux chez les protestants montalbanais, dans une ville où les trois-quarts des négociants et des minotiers étaient « de la religion », comme l'attestent les « états » dressés à la fin de l'Ancien Régime. La présence de la famille Jeanbon, venue vers le milieu du XVIIe siècle à Montauban, est attestée dans cette ville marquée par la Réforme, en 1683. Elle était vraisemblablement originaire de Mauvezin, bourg de l'actuel département du Gers, où les protestants étaient nombreux.

Comme tous les protestants du XVIIIe siècle, les membres de sa famille ont été baptisés et se sont mariés à l'Église catholique, les « actes de catholicité » étant alors indispensables pour obtenir un état-civil. Le premier acte protestant est, en 1771, celui du mariage de son frère aîné, preuve que les mentalités sont en train de changer.

La famille Jeanbon intimement calviniste -quoique discrète et prudente- semble avoir été très présente au Désert et active dans la maintenance et la reconstitution des Églises réformées.

Marin et pasteur

Après des études au collège de sa ville natale (1759-1765), le jeune André étudie la marine à Bordeaux (1765-66) et est officier de marine jusqu'en 1771.

Puis, il se rend à Lausanne, au séminaire fondé par Antoine Court en 1724 (avec l'appui du « Comité français de Genève »). Il s'y prépare au ministère pastoral et sa consécration a lieu le 21 avril 1773. Avant de quitter Lausanne, Jeanbon, selon la coutume du Désert, prend le pseudonyme catholique de Saint-André (de même, Rabaut prend celui de Saint-Étienne).

Avant même sa consécration, l'Église clandestine de Castres fait appel à lui. Dès le 29 avril 1773, il est présent dans cette ville d'industrie textile, au riche passé protestant. Il a rapidement des responsabilités. Le synode du Désert de 1776 le délègue au synode national. Celui de 1777 le charge de la correspondance et des contestations avec les synodes voisins, fonction qui lui est renouvelée en 1778 et 1779.

Mais son légalisme lui aliène une partie de ses paroissiens, qui montent une cabale contre lui et le forcent à démissionner en 1783.

Dans sa retraite, Jeanbon rédige ses Considérations sur l'organisation civile des Églises protestantes qui ne sera publié qu'en 1848. L'établissement de l'Édit de Tolérance (signé par le roi en novembre 1787, ratifié le 29 janvier 1788), en conformité avec ses idées, le pousse à reprendre son ministère en juillet 1788 à Montauban où, peu de temps après, il introduit un « cours de religion » appelé au succès, tout comme ses talents d'orateur, fort appréciés.

L'entrée en politique

À la suite des troubles politiques survenus à Montauban en 1790, il se réfugie à Bordeaux où il se lie avec de nombreux futurs Girondins. Il continue de s'occuper de politique en 1791 où commence son ascension.

Élu à la Convention le 6 septembre 1792 comme député du Lot (le Tarn et Garonne ne sera créé par Napoléon qu'en 1808), il obtient un congé du consistoire.

Il se révèle excellent orateur et multiplie les interventions. Détaché peu à peu des Girondins, il est élu président de la Société des Jacobins le 2 novembre 1792. En janvier 1793, il vote la mort du roi. Il écrit un texte d'inspiration très rousseauiste, partisan des méthodes actives : Sur l'éducation nationale. En mars 1793, David et Jeanbon réclament la création d'un tribunal révolutionnaire. Jeanbon n'oublie ni sa ville natale ni ses convictions religieuses ; son action dans l'achat de l'ancienne église des Carmes, devenu le temple réformé de la ville, est capitale.

Devenu membre du Comité de marine, il propose un plan de réorganisation. Arrêté le 28 mai 1795, à la suite du soulèvement de Prairial, il est enfermé au Collège des Quatre-Nations (notre Institut) avec David qui racontera que, pendant deux jours, la guillotine fut dressée dans la cour de la prison. C'est au cours de cet emprisonnement que l'artiste dessinera le portrait de Jeanbon. Ce dernier est libéré au bout de six mois de réclusion.

Le Directoire. Heurs et surprises d'une nouvelle vie

Il ne reprend pas alors son ministère. Il est nommé consul à Alger puis à Smyrne, poste le plus important du Levant, où il arrive le 8 brumaire an VI (29 octobre 1798). La conquête de l'Égypte, contraire aux intérêts turcs, conduit à son arrestation. Sa captivité, relatée dans Récit de ma captivité sur les bords de la mer Noire, dure presque trois ans.

Sous Bonaparte, puis Napoléon

Le 10 frimaire an X (1er décembre 1801), Bonaparte signe sa nomination de Commissaire général des nouveaux départements français de la rive gauche du Rhin et de préfet de Mont-Tonnerre, en résidence à Mayenne. Il restera préfet jusqu'à sa mort.

Après le décret du 13 fructidor an XIII (31 août 1805) qui réglait la situation religieuse dans les « territoires réunis », Jeanbon tente, sans succès, de créer une faculté de théologie protestante à Deux-Ponts (Rhénanie).

En 1809, il est fait baron d'Empire.

Une fin exemplaire et fidèle au protestantisme

Étranger aux spécificités qui constitueront plus tard le « Réveil », il continue à privilégier la morale par rapport à la théologie et à la mystique, et est très peu concerné par les cérémonies du culte.

La donation qu'il fait de sa bibliothèque à la Faculté de Théologie de Montauban, nouvellement créée, prouve l'attention qu'il continue à porter au devenir réformé de sa ville natale, malgré son éloignement.

Après avoir contacté le typhus pour avoir lui-même soigné des soldats atteints de cette maladie qui faisait alors de terribles ravages, il meurt à Mayence le 10 décembre 1813. Son Oraison funèbre est prononcée dans l'église protestante le jour de Noël.

Reconnaissants de son activité de préfet, les Mayençais lui feront élever un monument funéraire encore visible de nos jours.


Bibliographie
• LEVY-SCHNEIDER L., Le conventionnel Jeanbon Saint-André, Paris, 1901.
• LIGOU, Daniel, Jeanbon, Messidor-Éditions sociales, Paris, 1989.
• Bulletin de la Société montalbanaise d'étude et de recherche sur le protestantisme, Numéro 2, 1995, GUICHARNAUD, Hélène, L'histoire mouvementée du temples des Carmes.


Pierre Jurieu (1637-1713)

Pasteur du Refuge, Pierre Jurieu s'est fait le défenseur du droit des nations.
Pour informations complémentaires, voir : Pierre Jurieu (1637-1713).



Isaac Mallet (1684-1779)

Descendant d'un protestant français réfugié à Genève, Isaac Mallet est le fondateur de la banque Mallet Frères et Cie qui restera dans sa famille pendant plus de 250 ans.

Isaac Mallet
Isaac Mallet (1684-1779),
peint par Prudhomme.
(Collection privée)
Le créateur d'une banque pour le commerce

Isaac Mallet est un descendant de Jacques Mallet (1530-1598) protestant originaire de Rouen. Celui-ci s'était réfugié à Genève en 1557 pour échapper aux persécutions. Il était devenu bourgeois de Genève en 1566. Le père d'Isaac est marchand chapelier à Genève.

Né en 1684 il vient s'établir à Paris en 1711 pour représenter les intérêts de son parent, Gédéon Mallet, porteur de créances sur le trésor royal français.

En 1713 Isaac s'associe avec son cousin Antoine de la Rive pour fonder à Paris la maison qui allait devenir « Mallet Frères et Cie ».

En, 1718 Isaac, prudent, se sépare de son associé, car il ne veut pas s'associer à la fièvre spéculative du système de Law mais veut rester banquier commissionnaire.

En 1721 la banque prend le nom d'« Isaac Mallet et Cie », puis celui de « Dufour et Mallet », car Isaac s'est associé avec son beau-frère Robert Dufour. La banque a pour clients des maisons de commerce, des banques et des particuliers genevois et bernois.

En 1734 Isaac devient membre du Conseil des Deux-Cents à Genève et il se décharge peu à peu de ses affaires sur Robert Dufour. Mais en 1750 il fait entrer son fils Jacques dans la banque qui prend le nom de « Robert Dufour, Mallet et Cie ».

De son mariage avec Françoise Dufour, Isaac a six enfants. Ceux qui naissent en France sont baptisés dans les chapelles des ambassades de Hollande et d'Angleterre et un dans la maison des parents.

Isaac meurt en 1779 à l'âge de 94 ans.


Bibliographie
• CHOISY, Albert, Notice généalogique et historique sur la famille Mallet de Genève, Imprimerie Atar, Genève, 1930.
• Collectif, Mallet Frères et Cie – 250 ans de banque, 1713-1963, Presses de Jean Ruchert, Paris, 1963.
• GRAND, Christian, Trois siècles de banque de Neuflize, Schlumberger, Mallet 1667-1991, EPA, Paris, 1991.


Guillaume Mallet (1747-1826)

Un suspect sous la Révolution

Guillaume
Guillaume,
Ier baron Mallet de Chalmassy
(1747-1828),
peint par Delaroche.
(Collection privée)
Guillaume Mallet, né à Noisy en 1747, est le fils de Jacques, lui-même fils d'Isaac, fondateur de la banque qui s'appellera Mallet Frères et Cie en 1782.

Guillaume entre très jeune dans la maison de banque de son père, devient son associé, puis son successeur avec son frère Jean-Jacques et un cousin. En 1791, Guillaume bénéficie du décret de l'Assemblée constituante qui rend la qualité de français aux descendants des personnes ayant quitté le royaume pour cause de religion.

Alors que la loi l'autorise à payer en assignats dévalués, la banque Mallet règle en écus à un émigré, M. Bertin, ancien Ministre des affaires étrangères de Louis XV, le produit de la vente en 1792 de son hôtel particulier. Cela rend les Mallet, Guillaume et son frère, suspects d'aider les émigrés, d'autant plus qu'ils étaient tous deux banquiers et genevois d'origine. Accusés de complot contre-révolutionnaire, ils sont arrêtés et emprisonnés pendant la Terreur en 1794. Leur libération intervient dix jours après le 9 thermidor An II (1794). Pendant l'incarcération des deux frères, la ténacité de leurs épouses permet d'éviter la fermeture de la banque menacée de faillite.

La création de la Banque de France

Lors de la création de la Banque de France, en 1800, Guillaume Mallet fait partie de ses premiers régents (administrateurs) dont la candidature a été approuvée par Bonaparte premier consul. Il est en effet, un banquier respecté, souvent sollicité dans les litiges entre ses confrères. De plus sous l'Ancien Régime la banque Mallet avait été un gros actionnaire de l'ancienne Caisse d'Escompte, ancêtre (abolie en 1793) de la future Banque de France.

Les statuts de la Banque de France prévoient l'escompte de lettres de change et billets à ordre mais aussi une nouveauté : l'émission de billets payables au porteur et à vue. Guillaume Mallet joue un rôle déterminant : il statue sur les candidatures de ceux qui veulent voir accepter leurs effets de commerce à l'escompte. Après la crise de 1805-1806 dans laquelle certains régents sont compromis, Napoléon charge Guillaume Mallet de participer à la rédaction des nouveaux statuts de la Banque de France.

Bien entendu le crédit de la banque Mallet se trouve fortifié par la position qu'occupe Guillaume Mallet à la Banque de France. Les descendants de Guillaume lui succéderont comme régents de la Banque de France jusqu'à la suppression du Conseil de régence en 1936.

Guillaume Mallet n'accepte pas de fonction politique autre que celle de Conseiller général de la Seine. En 1810, il est récompensé de ses mérites par la Légion d'honneur et Napoléon lui décerne le titre héréditaire de baron, lequel est confirmé en 1815 par lettre royale de Louis XVIII.

Membre du Consistoire de Paris

En 1803, Guillaume est un des protestants réformés de la Seine qui paie le plus d'impôts. À ce titre il siège au consistoire de l'Église réformée de Paris avec les vingt-quatre chefs des familles réformées les plus riches aux côtés des pasteurs des Églises locales. Il reste membre du consistoire de 1803 jusqu'à sa mort en 1826. Ses deux fils, James et Jules, épousent chacun une fille de Christophe Oberkampf.


Bibliographie
• CHOISY, Albert, Notice généalogique et historique sur la famille Mallet de Genève, Imprimerie Atar, Genève, 1930.
• Collectif, Mallet Frères et Cie – 250 ans de banque, 1713-1963, Presses de Jean Ruchert, Paris, 1963.
• GRAND, Christian, Trois siècles de banque de Neuflize, Schlumberger, Mallet 1667-1991, EPA, Paris, 1991.


Paul-Henri Marron (1754-1832)

Issu d'une famille huguenote réfugiée aux Pays-Bas, Paul-Henri Marron a été le premier pasteur de l'église reformée de Paris.

Une famille huguenote du Refuge

Paul Henry Marron
Paul Henry Marron,
premier pasteur de
l'Église Réformée
de Paris.
(S.H.P.F.)
Né à Leyde, Paul-Henri Marron est descendant de huguenots originaires de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme).

Il fait des études de théologie à Leyde, puis commence sa carrière de ministre de l'Évangile à Dordrecht (1776).

Il est, en 1782, chapelain de l'ambassade de Hollande a Paris.

Le pasteur Marron célèbre le premier culte public parisien

Rabaut Saint-Étienne fait agréer Paul-Henri Marron pour pasteur par les protestants de Paris.

Louis XVI par l'édit de Tolérance (1787), vient de rendre l'état-civil aux protestants. Le culte privé est autorisé aux non-catholiques, mais l'exercice du culte public est encore interdit en 1789. Les protestants de Paris décident de passer outre, et le 7 juin 1789, le culte est célébré rue Mandetour dans une arrière-salle pour noces et banquets louée à un marchand de vin puis, en février ou mars 1790, au 105 de la rue Dauphine, dans l'hôtel où Antoine Court de Gébelin avait logé sa société savante appelée le Musée de Paris.

Premier exercice public légal du culte réformé à Paris

En 1791 avec autorisation du Directoire, la Municipalité loue l'église de Saint-Louis du Louvre, alors vacante, à « une société de personnes professant la religion protestante ». Le dimanche 22 mai 1791 a lieu la « première assemblée publique du culte protestant ».

Par arrêté consulaire du 2 décembre 1802, l'église Saint-Louis du Louvre est affectée au consistoire protestant. Mais, vers 1806, Napoléon Ier souhaitant joindre le Louvre aux Tuileries décide de faire démolir l'église Saint-Louis du Louvre et met à la disposition de l'Église réformée l'Oratoire du Louvre, église dont la construction a commencé en 1621, sur les plans de l'architecte Jacques Lemercier, et dont la Révolution avait fait un magasin de décors de la Comédie française. Le premier culte solennel et l'inauguration du nouveau temple ont lieu le 31 mars 1811.

Marron sera pasteur de Saint-Louis du Louvre puis de l'Oratoire du Louvre jusqu'à sa mort en 1832.

Si Marron a pu recevoir l'étiquette d'opportuniste, c'est sans doute parce qu'il a donné l'impression de composer avec tous les gouvernements depuis Louis XVI. À tous, il a envoyé ses hommages en vers ou en prose. Sa position en tant que pasteur a toutefois été fort difficile. Arrêté par deux fois, il a été emprisonné en juin 1794 pour avoir continué clandestinement à marier et à baptiser.


Bibliographie
• Bulletin de la S.H.P.F., Numéro 127, 1991, GARRISSON, Francis, Genèse de l'Église réformée de Paris, 1788-1791, p. 25.


Abraham Mazel (1677-1710)

Abraham Mazel prophète et combattant est à la fois le premier et le dernier des Camisards.

Le début de la guerre des Camisards

Le songe d'Abraham Mazel
Le songe d'Abraham Mazel, Samuel Bastide.
(Musée du Désert)
Abraham Mazel, fils de David Mazel, peigneur de laine (1648-1719) et de Jeanne Daudé (1650-1680) est né le 5 septembre 1677 à Saint-Jean-du-Gard ou Saint-Jean-de-Gardonnenque.

En octobre 1701, Abraham Mazel est visité « de l'esprit de prophétie » qui lui inspire de délivrer des frères prisonniers de l'abbé du Chayla, archiprêtre des Cévennes. C'est un appel à la guerre sainte contre les persécuteurs.

Le 24 juillet 1702, Abraham Mazel, avec Esprit Séguier et quelques autres, mène une expédition contre l'abbé du Chayla qui détenait prisonniers de jeunes inspirés, au Pont de Montvert. Le meurtre de l'abbé déclenche la guerre : aux troupes royales, appelées pour arrêter les séditieux, s'opposent de petits groupes d'insurgés armés ("camisards"), sous la direction de jeunes prophètes, Jean Cavalier (1681-1740), Pierre Laporte dit Rolland (1675-1704 ; parcourant les Cévennes et la plaine environnante, ils brûlent les églises, en chantant des psaumes.

Le combat permanent

En 1704, alors que Cavalier, après un grave échec, négocie la paix avec le chef des troupes royales, le maréchal de Villars, d'autres continuent le combat, dont Abraham Mazel. En janvier 1705 il est arrêté et a la vie sauve grâce à l'intervention du curé de Saint Martin de Corconac qu'il avait épargné auparavant.

Le 24 juillet 1705, il s'évade de la Tour de Constance (Gard) avec 76 autres détenus.

Ayant l'assurance d'être conduit à l'étranger, il se rend, rejoint son ami Élie Marion et va avec ses compagnons jusqu'à Genève, puis à Lausanne où il est pensionné comme officier dans le « régiment camisard ». En novembre 1705, il est impliqué dans l'affaire de la tentative de débarquement en Savoie des camisards et des partisans savoyards. Il se réfugie en Angleterre où il participe au groupe des « prophètes cévenols ». Son inspiration lui dit de repartir dans les Cévennes, ce qu'il fait.

En mars 1709 avec Daniel Guy dit « Billard » et Antoine Dupont, il passe en Vivarais et crée une troupe de jeunes gens dirigée par Jean Justet de Vals.

Le 22 juin, les camisards attaquent les régiments suisses de Courten qui se retirent sans combattre. Le 8 juillet, ils sont battus à Leyrisse ; Justet, et peut-être Dupont, sont tués. Les débris de la troupe de Mazel sont dispersés à Font-Réal, près de Saint Jean Chambre (Ardèche). Guy Billard est tué près de Vors, Mazel parvient encore à s'enfuir. Il se réfugie dans les Cévennes, rencontre Claris, Corteiz et d'autres prédicants encore en activité et prépare un nouveau soulèvement armé.

Le 14 octobre 1710 il est pris et abattu au Mas de Couteau près d'Uzès.

Une plaque commémore cet événement au temple d'Uzès, ancien couvent des Cordeliers acquis en 1791 par les réformés.



Élie Marion (1678-1713)

Élie Marion est l'un des rares chefs et prophètes camisards ayant fait des études supérieures. Exilé à Londres, il est le fondateur du groupe des « Enfants de Dieu » ou « French prophets » et tente de transmettre la flamme prophétique dans toute l'Europe.

1er temple de Barre des Cévennes
1er temple de Barre des Cévennes.
« Qui est de Dieu,
oit la parole de Dieu » (1608).
(O. d'Haussonville)
L'enfance cévenole

Élie Marion est né en 1678 à Barre-des-Cévennes (Lozère) dans une famille de notables. Il a donc 7 ans au moment de la révocation de l'Édit de Nantes. Il doit fréquenter l'école tenue par le curé mais, comme il le raconte dans ses mémoires, le soir, à la maison, ses parents défont l'enseignement catholique.

Il fait ensuite des études de droit à Nîmes puis à Toulouse. À plusieurs reprises, il songe à gagner le Refuge. Mais, sa rencontre avec le prophétisme en 1702 va changer le cours de son existence.

Le prophète et camisard

Le 1er janvier 1703, Élie Marion fait une expérience mystique et prophétique. C'est alors qu'il s'engage dans la troupe du chef camisard la Valette. En 1704, il devient un des chefs camisards et est chargé du secrétariat de la troupe. Son activité prophétique est modeste.

Après la reddition de Jean Cavalier, en 1704, Élie Marion continue la lutte avec une poignée de camisards. Suite à leur échec, il négocie leur reddition avec les autorités militaires et s'exile d'abord en Suisse en 1705, puis à Londres en 1706 avec quelques compagnons.

Le fondateur des « French prophets »


Le Théâtre sacré des Cévennes
Le Théâtre sacré
des Cévennes.
(L2127 – Musée du Désert)
C'est à Lausanne puis à Londres que le discours des prophètes camisards devient millénariste : il annonce la venue du Christ pour un règne de 1000 ans. Il rejoint ainsi le discours des puritains anglais. Aves quelques compagnons camisards, Élie Marion se met à prophétiser et attire à Londres une foule de curieux. Il devient le leader du mouvement des « enfants de Dieu » qu'on appelle aussi les « French prophets ».

Des Français recueillent par écrit les « inspirations » des prophètes, dont un écrivain Maximilien Mission qui publie en 1707 ces témoignages sous le nom de Théâtre sacré des Cévennes, aussitôt traduit en anglais. En même temps, Marion publie ses avertissements prophétiques. Ces livres rencontrent un grand succès et le mouvement attire de nombreuses personnalités anglaises.

Par contre, l'Église française de Londres condamne les prophètes et les écarte de la Cène. La polémique qui s'ensuit défraye la chronique londonienne en 1707 et 1708. Une guerre de pamphlets et de libelles est déclenchée : plus de 150 ouvrages sont publiés. Des émeutes éclatent contre les prophètes. Les avertissements prophétiques de Marion sont condamnés par un juge comme séditieux. L'affaire est relayée par la presse européenne dont les Nouvelles de la République des Lettres éditées aux Pays-Bas par Pierre Bayle.

Cette médiatisation attire de nombreux adeptes et les dons prophétiques se multiplient, accompagnés d'une certaine effervescence. On annonce même une résurrection qui n'a pas lieu et qui provoque l'éclatement du groupe. Marion essaye de le ressouder en le dotant d'une organisation et d'une hiérarchie.

La tournée européenne de Marion (1711-1713)

Les « French prophets » entreprennent des missions à l'extérieur de Londres. Les adeptes anglais vont sillonner l'Angleterre, l'Irlande et l'Écosse. Marion et quelques compagnons vont porter le « message de l'Esprit » à travers l'Europe.

Lors d'un premier voyage en Allemagne en 1711 l'accueil est favorable chez les piétistes allemands à Halle, Leipzig et Erlangen. Par contre, les clergés luthériens et calvinistes manifestent leur hostilité. Les prophètes sont expulsés ou menacés de poursuite. Lors d'un deuxième voyage (1712-1713), Marion et ses compagnons se rendent à Stockholm. C'est un échec. En traversant la Pologne, ils sont emprisonnés pendant 8 mois. En prison, Marion contracte une fièvre. Libéré mais toujours malade, Marion continue la route : Halle, La Moravie puis Constantinople. Les prophètes adressent des messages au sultan et au roi de Suède détenu à Constantinople, sans succès. Ils embarquent alors vers l'Italie pour rejoindre Rome. Mais Marion meurt en cours de route le 28 novembre 1713 à l'âge de 35 ans.


Bibliographie
• BOST Charles, Mémoires d'Abraham Mazel et Élie Marion, Presses du Languedoc, Montpellier, 1983.
• CHABROL Jean-Paul, Élie Marion, le vagabond de Dieu, Edisud, Aix-en-Provence, 1999, 240 pages.
• MARION Élie, Avertissements prophétiques, Londres, 1707.
• VIDAL Daniel et CHABROL Jean-Paul, Avertissements prophétiques, J. Million, Grenoble, 2003, 280 pages.


Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815)

Oberkampf crée à Jouy-en-Josas (Yvelines) une manufacture de toiles imprimées qui atteint une notoriété internationale. Protestant, venu de Suisse, il se marie ainsi que ses enfants dans la société protestante française.

La réussite d'un chef d'Entreprise

Christophe Philippe Oberkampf
Christophe Philippe Oberkampf (1738-1815).
(S.H.P.F.)
Christophe-Philippe Oberkampf, né à Wiesenbach (Brandebourg-Anspach) est le descendant d'une lignée de teinturiers luthériens du Wurtemberg. Il apprend le métier chez son père, établi à Aarau en Suisse comme fabricant de toiles imprimées ( indiennes).

En 1756, à 18 ans, le jeune Oberkampf acquiert son indépendance et entre comme graveur à la manufacture d'impression de Samuel Koechlin et Dolfuss à Mulhouse. En 1758, il est à Paris et c'est en 1762 qu'il s'associe à Antoine de Tavannes pour installer à Jouy-en-Josas sa manufacture d'impression sur toile, qui devient, à la veille de la Révolution, la deuxième entreprise industrielle de France après Saint-Gobain.

La Manufacture connaît entre 1765 et 1805, un immense succès. Oberkampf fait appel aux meilleurs ouvriers et fait évoluer les procédés d'impression : planche de bois pendant les dix premières années, puis planche de cuivre et enfin rouleau de cuivre gravé en creux, ce qui assure une plus grande rapidité d'impression.

Les motifs sont très variés : fleurs, oiseaux, guirlandes, mais aussi personnages de romans et de fables à la mode, scènes exotiques dans le goût oriental. D'excellents artistes travaillent pour la manufacture, dont Jean-Baptiste Huet (1745-1811).

Oberkampf adopte des innovations techniques : blanchiment des toiles au chlore qui remplace l'étendage sur les prés, mise au point d'une teinte de vert en une impression au lieu de deux, variété et bonne tenue des couleurs, légèreté des toiles qui permettent leur utilisation pour l'habillement mais aussi pour le mobilier. Tout celà contribue à assurer à la Manufacture de Jouy une notoriété internationale.

Sous le Consulat (1799-1804) Oberkampf crée un cours de chimie à Jouy et y fait venir des enseignants renommés, tels Berthollet et Gay-Lussac. En 1804, il entreprend la construction d'une usine de filature et tissage qui démarre en 1810, pour disposer d'une source d'approvisionnement de sa matière première.

Le ballon de Gonesse
Le ballon de Gonesse.
(Musée de la Toile de Jouy-Jouy
en Josas © Gérard Dufresne)
La traversée de plusieurs régimes

Bien qu'il fut protestant, Oberkampf n'a pas été gêné dans ses activités sous l'Ancien Régime. Pourtant, le curé de Jouy-en-Josas avait remarqué que lui et ses ouvriers n'allant pas à la messe étaient un mauvais exemple pour la population. Il reçoit en 1781 des lettres de noblesse du Roi Louis XVI et sa manufacture obtient le privilège de Manufacture Royale.

Sous la Révolution, plutôt que d'émigrer, Oberkampf maintient sa manufacture en état de marche grâce à beaucoup d'habileté et au prix d'un certain opportunisme politique. Il souscrit des emprunts d'État, se fait élire maire de Jouy et participe à la création de la Société populaire de Jouy dont il garde le contrôle, grâce à son beau-frère Petiteau, tandis que la garde nationale est commandée par son neveu Samuel Widmer. La manufacture est déclarée utile à la République.

Toutefois en 1794, un graveur de la manufacture nommé Voët porte, contre Oberkampf, l'accusation de « modérantisme » et de royalisme et le dénonce au Comité de sûreté nationale. Heureusement, cette plainte n'aboutit pas. Par la suite Oberkampf acceptera de refaire travailler Voët à la manufacture.

Sous le Consulat et l'Empire, les affaires reprennent. En 1806, Napoléon vient lui-même à Jouy, avec l'impératrice et décore Oberkampf de la Légion d'Honneur.

En 1815 la région de Jouy est occupée par les Prussiens et les cosaques : la manufacture doit s'arrêter. C'est alors qu'Oberkampf, découragé, meurt après 55 ans d'activité industrielle.

Après sa mort son fils Émile lui succède jusqu'à la vente de la manufacture en 1822. Celle-ci s'arrête définitivement en 1843.
Madame Jules Mallet
Madame Jules Mallet.
(S.H.P.F.)

Une implantation familiale dans la Société protestante

Le premier mariage d'Oberkampf avec Marie-Louise Petiteau en 1774 est célébré par un pasteur luthérien à l'Ambassade de Suède, à Paris.

Après la mort de celle-ci en 1782, il se remarie en 1785 avec Anne-Michelle Massieu de Clerval : le mariage est célébré cette fois par un pasteur calviniste à la chapelle de l'Ambassade de Hollande à Paris.

Si Oberkampf fait baptiser ses enfants à l'église de Jouy, il a le souci de bien les établir, ainsi que ses neveux, dans la société protestante française.

Sa fille Émilie (1794-1856), épouse de Jules Mallet, se distinguera par sa participation à un grand nombre d'oeuvres de charité.


Bibliographie
• CHASSAGNE, Serge, Oberkampf, un entrepreneur capitaliste au siècle des Lumières, Aubier, Paris, 1980.
• ZUBER, Claude, Oberkampf, centre de documentation chimique, Paris, 1939.


Denis Papin (1647-vers 1712)

C'est pour rester fidèle à sa foi réformée,que le physicien Denis Papin fera carrière à l'étranger,et c'est en Allemagne,dans la province de Hesse qu'il inventera la machine à vapeur.

Pour informations complémentaires, voir : Denis Papin (1647-vers 1712).



Benjamin Du Plan (1688-1763)

Benjamin Du Plan fait partie des laïcs qui ont joué un rôle important pour la restauration du protestantisme au Désert.

Un militaire d'origine cévenole

Benjamin Ribot, sieur du Plan, est né dans une famille protestante, au château de la Favède, au nord-ouest d'Alès.

Il reçoit d'abord une éducation militaire, est fait officier sous le nom de Du Caila, mais il abandonne vite le métier des armes.

Dès 1710, à vingt-deux ans, il se consacre au soutien et à la propagation de la foi protestante.

Les petits prophètes cévenols
Les petits prophètes cévenols.
Gravure du XIXe dans Histoire de
France populaire, d'Henri Martin.
(Collection M. Chaleil)
En 1715, il rencontre Antoine Court

Tous deux travaillent de concert à la restauration de l'Église. En dépit d'une grave opposition sur la question des « inspirés », leur amitié se maintient. Contrairement à Antoine Court, Benjamin Du Plan a beaucoup d'indulgence pour les inspirés et les prophètes, il admire le courage des prédicants des « Églises sous la Croix ».

Ils sont d'accord pour affirmer leur fidélité au roi, inciter les huguenots au calme, mais maintenir les assemblées.

Diplomate au service du protestantisme français (1731-1751)

Au synode clandestin de Nîmes, en 1725, il est nommé député général des synodes auprès des puissances protestantes.

Après quatre ans passés à Genève et un an en Suisse, Benjamin Du Plan voyage à travers toute l'Europe pour plaider la cause des protestants français. Il établit des relations avec les pays du Refuge, la Hollande, la Prusse, l'Angleterre. Il obtient de la part des grandes puissances protestantes d'Europe une aide financière substantielle et négocie la libération de nombreux galériens. Son action n'a pas toujours été reconnue à sa juste valeur. Des critiques émanant de France lui reprochent la médiocrité de ses résultats. En dépit d'une réhabilitation en 1751, il en demeure vivement affecté.

Dans les dernières annés de sa vie il s'installe en Angleterre où il se marie. Il s'occupe des huguenots réfugiés en Angleterre et en oriente certains vers l'Amérique du Nord, l'Australie ou l'Afrique du Sud.

Il meurt à Londres en 1763.



Paul Rabaut (1718-1794)

Paul Rabaut
Paul Rabaut.
(S.H.P.F.)
Pasteur du Désert, Paul Rabaut a mené une vie de clandestinité et de risque.

Une carrière au sein de l'Église du Désert

Fils d'un marchand de draps, Paul Rabaut est né à Bédarieux (Hérault) en 1718. Il devient proposant, c'est-à-dire disciple ambulant d'un pasteur du Désert.

En 1738, il est placé par le synode comme proposant de l'Église de Nîmes. Puis, il se rend à Lausanne pour suivre des cours de théologie au Séminaire français. Il y rencontre Antoine Court.

Le combat pour la reconnaissance légale

Paul Rabaut incarne la résistance du « Désert » à la persécution légale.

Son ministère se déroule à une époque où alternent une répression dure – sa tête est mise à prix – avec des périodes de trêve dans la persécution des protestants dues notamment, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, à la pénétration des idées philosophiques des Lumières.

En 1741, il est à la tête de l'Église de Nîmes d'où il multiplie les démarches pour obtenir une amélioration légale de l'état des protestants, et en particulier des prisonnières de la Tour de Constance. Certains de ses écrits en témoignent, notamment la Très humble et très respectueuse requête des protestants de la province de Languedoc au roy (1761).

Paul Rabaut est le père de Rabaut Saint-Étienne, député du Tiers-État en 1789

À la suite de l'arrestation de son fils Rabaut Saint-Étienne, le 5 décembre 1793, puis de son exécution, Paul Rabaut est emprisonné à la citadelle de Nîmes. Il sera libéré après la chute de Robespierre (juillet 1794), mais mourra un an après.



Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-1793)

Rabaut Saint-Étienne
Rabaut Saint-Étienne.
(S.H.P.F.)
Défenseur de la liberté religieuse, Jean-Paul Rabaut, dit Saint-Étienne lutte pour faire disparaître le régime d'exception qui exclut les protestants de la société française depuis la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).

Mission pastorale (Juillet 1765-1786)

Rabaut Saint-Étienne, fils du pasteur Paul Rabaut, est né à Nîmes. Il a passé toute son enfance dans l'atmosphère d'insécurité et d'angoisse qui entourait les familles de pasteurs du Désert.

En raison de l'insécurité, le pasteur Rabaut envoie son fils à Lausanne en pension pour y poursuivre son éducation. Il y fait des études de théologie.

Il est consacré pasteur à Lausanne le 11 novembre 1764. Il est aussitôt appelé à Nimes où il sera en poste, adjoint de son père.

L'émancipation des protestants (1786-1789)

Édit de tolérance
Édit de tolérance (1787).
(Archives Nationales)
Rabaut Saint-Étienne se consacre à une tâche essentielle : améliorer le sort de ses coreligionnaires. Pour ce faire, il se rend à Paris, entre en contact avec le marquis de La Fayette, désireux de mettre fin à la proscription des protestants français. Par l'intermédiaire de La Fayette, il rencontre le ministre Malesherbes, lui aussi favorable à la cause protestante. Obtenir pour les protestants un statut légal est un projet soutenu par plusieurs personnalités autour du roi Louis XVI, qui rédigent des mémoires à cet effet. À la fin de 1786, Rabaut Saint-Étienne en rédige un lui-même et tente de faire pression pour que le mémoire adopté soit le plus libéral possible.

Finalement, l'Édit des non-catholiques, dit Édit de Tolérance, est signé par le Roi Louis XVI le 7 novembre 1787. Il est limité à l'état civil. Tout en regrettant ses limites, Rabaut Saint-Étienne se réjouit de la signature du texte et affirme : « La reconnaissance n'exclut point l'espérance, elle l'autorise ».

Le révolutionnaire

Rabaut Saint-Étienne a été membre de l'Assemblée Nationale et de la Convention.

Le 27 mars 1789, il est élu député du Tiers-État aux États Généraux, pour la sénéchaussée de Beaucaire ; il siège parmi les réformateurs constitutionnels. Pour lui, l'Assemblée Nationale doit rester fidèle à ses principes constitutifs : égalité et liberté, tout en maintenant le principe de royauté.

Il est très actif dans les débats portant sur la Déclaration des droits de l'homme (août 1789). Il rappelle ainsi que « la liberté de la pensée et des opinions » est « un droit inaliénable et imprescriptible », et que « les droits de tous les Français sont les mêmes ».

« Ainsi, Messieurs, les Protestants font tout pour la patrie ; et la Patrie les traite avec ingratitude : ils la servent en citoyens ; ils en sont traités en proscrits : ils la servent en hommes que vous avez rendu libres ; ils en sont traités en esclaves. Mais il existe enfin une Nation Française, et c'est à elle que j'en appelle, en faveur de deux millions de Citoyens utiles, qui réclament aujourd'hui leur droit de Français. Je ne lui fais pas l'injustice de penser qu'elle puisse prononcer le mot d'intolérance ; il est banni de notre langue, où il n'y subsistera que comme un de ces mots barbares et surannés dont on ne se sert plus, parce que l'idée qu'il représente est anéantie. Mais, Messieurs, ce n'est pas même la Tolérance que je réclame ; c'est la liberté ».
(Célèbre discours prononcé par Rabaut Saint-Étienne le 23 août 1789 à la tribune de l'Assemblée Nationale.)

Les protestants sont ainsi réintégrés dans la communauté nationale à la faveur de la Révolution française. La liberté de conscience leur est accordée par la Déclaration des droits de l'homme, l'accès à tous les emplois civils et militaires le sera par le texte constitutionnel du 24 décembre 1789 et la liberté du culte, par celui du 3 septembre 1791.
Les coups de rabot
« Les coups de rabot » :
Caricature de Rabaut Saint-Étienne.
Rabaut Saint-Étienne, doté d'une queue
de serpent, rabote la Constitution ;
chacun des copeaux rappelle un
des forfaits qui lui est attribué :
massacre de Nîmes, massacre de Montauban, destruction des prêtres...
(S.H.P.F.)

L'exécution de Rabaut Saint-Étienne

En septembre 1792, Rabaut Saint-Étienne est nommé membre de la Convention.

Il siège aux côtés des Girondins qui incarnent alors une conception modérée par rapport aux tendances extrémistes encouragées par Robespierre ou Marat.

Il combat la mise en jugement de Louis XVI et vote pour l'appel au peuple et le sursis.

L'opposition girondins-montagnards s'envenime de plus en plus. Le 2 juin 1793 les girondins sont exclus de l'Assemblée et Rabaut se cache.

Arrêté le 5 décembre 1793, Rabaut Saint-Étienne est traduit devant le tribunal révolutionnaire et exécuté.


Bibliographie
• DUPONT, André, Rabaut Saint-Étienne 1743-1793 : un protestant défenseur de la liberté religieuse, Labor et Fidès, Genève, 1989.


Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

Jean-Jacques Rousseau, philosophe du siècle des Lumières, est un penseur épris de justice. De grande véhémence dans ses combats, il s'est bien souvent senti incompris. Son oeuvre souligne que, pour vivre ensemble dans l'harmonie que suggère la beauté de la nature, pour vivre ensemble dans le respect de son prochain si différent de soi, il faut une volonté active et donc une attention vigilante aux contradictions que secrète la vie en société.

Enfance à Genève

Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau
(1712-1778).
Huile sur toile de
Sir A. Ramsay.
(Collection Château
de Coppet)
C'est à Genève que Jean-Jacques Rousseau est né, le 28 juin 1712. S'il fut toujours attaché à sa ville natale, ne manquant jamais, à partir de 1750, d'apposer à la signature de ses nombreux écrits, la mention rappelant qu'il était bien Citoyen de Genève, il n'y vécut que fort peu de temps. Essentiellement, ce fut le temps de sa petite enfance, assombrie par la mort précoce de sa mère (qui était fille de pasteur), mais aussi heureuse en compagnie d'un père qui l'entourait d'une grande affection et l'encouragea à de multiples lectures (parfois stupéfiantes pour son âge). Dès l'adolescence, et alors qu'il avait été mis en apprentissage chez un graveur par son oncle, il décida de « s'enfuir ». Ce fut le début d'une longue et remarquable odyssée.

Conversion au catholicisme et années de formation

C'est d'abord à quelques kilomètres de Genève, en Savoie, chez Madame de Warens, que l'adolescent s'est arrêté. L'amie exceptionnelle, de 12 ans son aînée, assure sa conversion au catholicisme – prix de sa décision de s'établir en France –; elle lui donne les éléments les plus précieux de sa formation, y compris musicale, et éveille son attention aux richesses de son environnement, favorisant ainsi les multiples questions qu'il n'a cessé par la suite de se poser sur le « vivre en société ».

Une rupture avec Madame de Warens le conduit à Lyon (1740), puis à Paris (1742) où, étant donné sa culture et grâce à des lettres de recommandation, il est immédiatement plongé dans les milieux savants, ceux des Lumières et de l'Encyclopédie. Ses relations et ses compétences lui valent d'être nommé secrétaire d'Ambassade à Venise (1743) où il fait, entre autres, la connaissance de Goldoni et où il fait l'apprentissage des arcanes – troublantes – de la politique.

Il revient à Paris (1745). L'infatigable voyageur y fait désormais de longs séjours, et y fréquente les milieux de l'Encyclopédie avec lesquels il travaille. Mais il ne se fixe pas vraiment dans la Capitale, tant ses relations avec les autres sont traversées de tensions, de ruptures, d'explications houleuses (avec d'Alembert, Diderot, pourtant son plus attentif ami, Voltaire, etc.).

Premiers pas vers la célébrité, le Discours sur les Sciences et les Arts

C'est en 1749 que Rousseau s'engage dans les écrits philosophiques qui l'ont rendu célèbre auprès de ses contemporains. L'épisode est connu : alors qu'il rend visite à Diderot emprisonné à Vincennes pour avoir publié sa Lettre sur les Aveugles, il prend connaissance d'une question mise au concours par l'Académie de Dijon : « Le progrès dans les arts et les lettres épure-t-il ou corrompt-il les moeurs ? » Ce thème le galvanise (on parle de « l'illumination de Vincennes »).

Encouragé par Diderot, il rédige le Discours sur les Sciences et les Arts, un essai dans lequel il fait apparaître qu'il n'y a pas de relations de cause à effet entre le progrès des arts et techniques et l'amélioration des moeurs. Le problème des moeurs se rapporte en effet d'abord à celui de la nature juridique des institutions sociales.

Son mémoire ayant été couronné, sa célébrité est acquise. Genève le reconnaît comme l'un des siens. Il revient alors (1754) au protestantisme, et ce, de manière éclatante puisque Genève ne juge pas même nécessaire de lui demander le repentir qu'aurait supposé son apostasie.

L'oeuvre philosophique

Il veut alors préciser, enrichir, les principales hypothèses de son mémoire. Un problème, en particulier, le hante, celui de la dysharmonie entre les beautés de la nature et les injustices que multiplie une vie en société traversée par toutes les perversions que les institutions y introduisent. Serait-ce là une fatalité ?

Réfléchissant sur une histoire des sociétés, dont il souligne celles des étapes qui lui paraissent les plus significatives depuis l'âge paléolithique, il suggère que, là où des normes sont imposées autoritairement au nom d'une loi naturelle, des choix rationnels auraient été, seraient, possibles. Il suggère qu'une volonté d'action, fondée sur la réflexion, peut orienter l'évolution des sociétés vers un réel progrès social, vers une harmonie dont la nature donne l'exemple.

Mais, sauf le succès de la Nouvelle Héloïse (1759), les travaux qui font état de sa réflexion et de son ambition réformatrice, le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité (1754), le Discours sur l'économie (1755), sont moins bien reçus.

La critique se fait très virulente lorsque parait, en 1762, d'une part le Contrat social, d'autre part l'Émile, auquel il a adjoint la Profession de foi du Vicaire savoyard (1762).

Le « scandale » de L'Émile

Dans l'Émile, Rousseau pose le problème de l'éducation. Ceux qui ont la responsabilité d'accompagner l'enfant vers sa vie d'adulte assument-ils leur charge ? En ont-ils les moyens et l'intelligence ?

Se fondant sur ce paradoxe que l'enfant est né bon, tandis que l'adulte, plongé dans un monde injuste et contraire à l'harmonie que la nature suggère, est devenu lui-même injuste, Rousseau élabore les grands principes d'une éducation juste et équilibrée. Il les accompagne d'exemples très concrets et parfois surprenants.

Outre le fait d'apprendre à l'enfant l'amour et le respect de la nature, l'une des visées de l'éducation est l'apprentissage du commerce avec les autres, avec l'autre, son semblable pourtant si différent de soi. Il faut que l'enfant puisse éprouver en douceur, la réalité de cet inévitable obstacle pour trouver les moyens de la surmonter, pour éviter qu'elle ne se traduise en agressions répétées pendant la vie adulte. Ainsi sera peu à peu formé le citoyen adulte responsable, celui qui peut exercer une compétence dans la cité, dans le souci d'un progrès des moeurs.

Voltaire fait alors méchamment observer que Rousseau qui, dans sa liaison avec Thérèse Levasseur, a eu 5 enfants, bien loin de se préoccuper de leur éducation, les a tous abandonnés à l'hospice. Le fait était là. Mais le propos de l'Émile n'était-il pas aussi de prévenir de semblables drames, en portant le problème de l'éducation au plan des responsabilités qui touchent à la vie collective ?

Les Confessions


Rousseau déménage
Rousseau déménage
avec un attelage
de l'Ermitage,
illustration de Maurice.
(Collection J.-J. Money)
Blessé par l'accusation de Voltaire, Rousseau prit alors la décision de se défendre, d'expliquer ce qu'avait été sa vie, sans dissimuler ses difficultés, et donc ses contradictions. C'est la rédaction de cette oeuvre si impressionnante que sont les Confessions, un genre littéraire inauguré longtemps auparavant par Saint Augustin. Rousseau a donné, dans cette oeuvre posthume, commencée en 1769, le fil conducteur de son parcours traversé de passions et souvent sinueux : cette exigence de vérité, d'authenticité, de cohérence, qui l'habite et qui ne peut le céder devant le conformisme de règles sociales, car celles-ci ne produisent, le plus souvent, qu'un ordre injuste et sans rapport avec l'harmonie de la nature.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : « Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que j'ai dit... J'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son coeur aux pieds de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose, je fus meilleur que cet homme-là.

À la fin de sa vie, il ne cesse de fuir ses semblables en multipliant ses déplacements. Malgré les efforts de quelques amis fidèles, il se plonge dans la solitude et écrit les Rêveries du Promeneur solitaire.

Rousseau est mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville où, grâce à la complicité du Marquis de Girardin, il avait pu se retirer avec Thérèse Levasseur, sa compagne de 40 ans, devenue en 1768, sa femme. Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1794.

Le rapport de Rousseau à la religion

Quoi qu'il en ait été de ses allers et retours avec le catholicisme, Rousseau n'a jamais oublié l'éducation protestante de sa petite enfance.

Certes, comme beaucoup de ses contemporains, Rousseau s'est montré très critique à l'endroit d'institutions religieuses quelque peu obsédées par le primat de leur pouvoir temporel. Et il a notamment dénoncé l'autorité dont celles-ci abusaient au nom de la « vérité révélée ». Au nom de cette « vérité », dont elles se réservaient le maniement exclusif, trop de contre-vérités se faisaient jour. C'est ce que Rousseau exprime dans la Profession de foi du Vicaire savoyard.


Bibliographie
• COTTRET Monique et Bernard, Jean-Jacques Rousseau en son temps, Perrin, Paris, 2005.
• STAROBINSKYJean, Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l'obstacle, Gallimard, Paris, 1973.


Jacques Saurin (1677-1730)

Pasteur dans les pays du Refuge – à Londres puis à La Haye – Jacques Saurin est connu pour son éloquence de prédicateur et son esprit de tolérance.
Jacques Saurin
Jacques Saurin.
(S.H.P.F.)

Un pasteur du Refuge

Jacques Saurin est né à Nîmes en 1677.

Il fait ses études de théologie et de philosophie à Genève où sa famille s'était réfugiée au moment de la Révocation.

Admis au ministère pastoral en 1700, il se rend aussitôt en Hollande, puis à Londres où l'Église wallone l'a appelé au nombre de ses pasteurs en 1701. En 1705, il s'installe à La Haye où il sera pasteur pendant vingt-cinq ans.

Une grande réputation d'orateur

Sa notoriété est surtout due à la qualité de son éloquence.

Aux dires des critiques, son éloquence était originale et hardie, elle n'était pas sans quelques analogies avec celle de Bossuet. Son discours avait la qualité d'être remarquablement construit. Sa langue est réputée pour sa clarté. Sans emphase excessive, ses sermons donnent l'impression d'être parlés.

En outre, cette éloquence est mise au service d'une pensée à la fois « libérale » et rationnelle. On lui reconnaît autant de tolérance que de franchise.

Il aborde et étudie tous les sujets de théologie et de morale. Il en écarte la controverse, tout en conservant à l'égard de la cour de Rome une réserve distante.

Un auteur prolifique

Nombreux sont ses sermons qui ont été publiés. On en compte 12 volumes dont 5 ont été publiés par lui de 1708 à 1725.

Parmi ses écrits, citons :

Discours historiques, critiques, théologiques et moraux sur les événements les plus mémorables du Vieux et du Nouveau Testament, 2 vol. Amsterdam, 1720-1728.
Abrégé de la théologie et de la morale chrétiennes, en forme de catéchisme, Amsterdam, 1722.
État du christianisme en France, La Haye, 1725.


Bibliographie
• VINET Alexandre, Histoire de la prédication parmi les réformés de France au XVIIe siècle, Paris, 1860, 718 pages.
• VOELTZEL René, Vraie et fausse Église selon les théologiens protestants français du XVIIe siècle, PUF, Paris, 1956.


Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français