Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


À la suite de la Révocation de l'édit de Nantes en 1685, les protestants de France se sont exilés ou ont abjuré. Cependant, parmi ceux qui ont abjuré, certains continuent à pratiquer en secret : lecture de la Bible ou chant des psaumes en famille et assemblées clandestines au Désert.

   • Le prophétisme
   • La pratique religieuse du Désert
   • Les pasteurs du Déserte
   • Le Séminaire de Lausanne (1726-1812)
   • Les Synodes du Désert
   • Objets de la clandestinité
   • Les frères Gibert
   • Jean Jarousseau (1729-1819)

Des prophètes aux pasteurs : la réforme d'Antoine Court

Le Désert
Le Désert : assemblée de protestants à Lecques près de Nîmes.
Lithographie du début du XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
À la fin du XVIIe siècle en Dauphiné et au début du XVIIIe siècle en Cévennes, un mouvement prophétique se répand au sein du peuple protestant. Des prophètes animent les assemblées clandestines, appellent à fuir les cérémonies catholiques et à revenir à la pratique réformée. Leur prédication sera le point de départ de la guerre des camisards.

À partir de 1715, Antoine Court, aidé de plusieurs prédicants, tente de réorganiser la pratique religieuse au Désert et de faire taire les prophètes. Il rétablit la discipline des Églises Réformées d'avant 1685 en l'adaptant aux circonstances nouvelles : les anciens doivent veiller à la bonne tenue des assemblées, les prédicants doivent être contrôlés et de nouveaux pasteurs formés.

Des synodes vont se tenir au Désert, tant au niveau provincial que national. Les synodes dits nationaux ne réunissent au départ que les représentants de quelques provinces, mais progressivement d'autres provinces les rejoignent. Ces synodes édictent les règles à suivre pour la pratique de la religion clandestine.

Les pasteurs sont nommés et reconnus par les synodes. Ils parcourent souvent de vastes territoires en se cachant continuellement. Jusque vers 1760, ils pratiquent leur ministère au risque de leur vie.

Pour former ces nouveaux pasteurs, en 1725, Antoine Court fonde en Suisse le séminaire de Lausanne. La formation adaptée à la clandestinité est dispensée de façon accélérée, d'abord en un an, ensuite en deux ans. Les études sont financées par des collectes auprès des pays protestants.

La persécution toujours menaçante, même s'il y a des périodes de répit, ne cesse vraiment que vers 1760. Elle oblige à fabriquer des objets particuliers pour la clandestinité : des Bibles minuscules qui peuvent se cacher dans les chignons des femmes ou des chaires démontables pour les prêches au Désert.



Le prophétisme

Les petits prophètes
Les petits prophètes :
Isabeau Vincent
(gravure de S. Bastide).
(Samuel Bastide
Musée des Vallées Cévenoles)
Dans les années suivant la révocation de l'édit de Nantes, un mouvement prophétique, étranger à la tradition réformée, va soulever le peuple protestant du sud de la France et donner naissance à la guerre des Camisards.

Les débuts du mouvement prophétique

En 1688, dans le Dauphiné surgit un mouvement original dans le protestantisme : le prophétisme. Une jeune bergère, Isabeau Vincent, originaire de Saou, près de Crest (Drôme), parle en dormant, d'abord en patois, puis en français. Son discours est une suite de versets ou de fragments bibliques parfaitement adaptés aux circonstances et qui s'enchaînent les uns aux autres : « Tenez ferme – cherchez la Parole, vous la trouverez par la repentance ».

Des foules accourent pour l'écouter. Rapidement elle est arrêtée, mise en prison à Crest puis enfermée dans un couvent. Mais le mouvement des « petits prophètes » se poursuit, et se répand en Vivarais en 1689. À l'appel des inspirés se multiplient les assemblées sans précaution. Une impitoyable répression les balaie.

L'expression prophétique

Les petits prophètes cévenols
Les petits prophètes cévenols.
Gravure du XIXe dans Histoire de France populaire, d'Henri Martin.
(Collection M. Chaleil)
Les prophètes sont dans leur grande majorité des jeunes gens, filles et garçons. Ce sont des gens du peuple, la plupart illettrés et ne parlant que patois. D'où l'étonnement de les entendre prophétiser en français même si celui-ci est un peu approximatif. On peut l'expliquer par une fréquentation assidue du texte biblique en français et une excellente mémoire orale.

Que disent ces prophètes : « Repentez-vous, n'allez plus à la messe, renoncez à l'idolâtrie ». Repentez-vous de l'abjuration massive de 1685 ; Ne continuez pas à faire semblant d'être catholiques, car la « ruine de Babylone » (la fin de l'Église catholique) est proche. Cette prophétie est nourrie d'un texte de Pierre Jurieu, publié en 1686, « l'accomplissement des prophéties » qui annonce la délivrance des fidèles dans un délai de trois ans.

Cette parole véhémente est accompagnée d'une gestuelle stupéfiante : les prophètes gémissent, sanglotent, frémissent, tremblent de tous leurs membres, tombent à la renverse et restent au sol comme inanimés pendant quelques minutes.

Ce comportement déconcertant attire une réprobation presque générale.

La réprobation des protestants et des catholiques

Non seulement les catholiques, mais les protestants du Refuge se sont unis dans la réprobation : qui sont ces gens du peuple qui osent se piquer de religion ? Ils sont traités d'imposteurs, de simulateurs, de comédiens, de fous, de malades. À la Tour de Constance d'Aigues-Mortes où sont emprisonnées bon nombre de femmes inspirées, le médecin, envoyé par l'intendant Basville, passe tous les jours pour examiner ces « malades ».

Certains propagent l'idée une « fabrique de prophètes » où l'on entraînerait des enfants à la simulation. Les prophètes sont traités de « chiens » ou « de loups », mais l'appellation la plus fréquente est celle de « fanatiques ». Les pasteurs du Refuge, à l'exception notable de Pierre Jurieu, traitent avec mépris et dédain ces « petits prophètes ».

La guerre des camisards

Les terribles persécutions avaient fait taire les petits prophètes du Vivarais mais, dix ans plus tard, après la mort de Claude Brousson en 1698 et la disparition des derniers prédicants, le mouvement ressurgit et embrase les Cévennes et le Languedoc.

Plaque du 1er synode du Désert
Plaque du 1er synode
du Désert aux Montèzes
près de Monoblet (1715).
(H. Ayglon)
Interprétant un songe « de grands boeufs noirs qui mangent les choux du jardin », comme un appel à chasser les ecclésiastiques romains persécuteurs, le prophète Abraham Mazel déclenche, avec le meurtre de l'abbé du Chayla, la guerre des camisards. C'est une guerre « sainte » où les prophètes jouent un rôle important : en fonction des inspirations qu'ils reçoivent, les insurgés attaquent ou se replient, exécutent leurs adversaires ou leur font grâce.

La fin du prophétisme

Après la fin de la guerre des camisards, quelques prophètes sont encore à l'oeuvre en Cévennes.

Au synode des Montèzes en 1715, Antoine Court réorganise les Églises réformées dans la clandestinité et en rétablit la discipline.

Le camisard et prophète Élie Marion, réfugié en Angleterre, essaye de répandre le mouvement prophétique. Il parcourt l'Europe mais ne rencontre guère d'écho sauf chez certains piétistes allemands.


Bibliographie
• Bulletin de la S.H.P.F., CHABROL, Jean-Paul, Le prophétisme cévenol de 1685 à 1702, 2002.
• Les Camisards et leur mémoire, dir. CABANEL Patrick et JOUTARD Philippe, VIDAL, Daniel, De l'insurrection camisarde : une prophétie entrée en révolte, 2002.


La pratique religieuse du Désert

Antoine Court réorganise la pratique religieuse clandestine (dite aussi « du Désert ») en faisant retour à la discipline des Églises Réformées d'avant la Révocation de l'édit de Nantes, mais en l'adaptant à la situation nouvelle de clandestinité. Rassembler les fidèles pour un culte avec un pasteur ou un proposant est la pratique la plus répandue, malgré les interdictions et les persécutions intermittentes.

Les cultes clandestins ou assemblées du Désert


Max Leenhaardt
Max Leenhaardt, Assemblée du Désert : Les héros de la liberté de conscience.
(Musée du Désert)
Jusque vers 1740, les assemblées du Désert sont convoquées en secret, quoique souvent très nombreuses (2 000 ou 3 000 participants, car elles rassemblent plusieurs Églises) ; elles ont lieu de nuit, dans des endroits écartés, bois, ravins, fermes abandonnées. Plus tard (mis à part l'interruption brutale de 1750-1752), en Languedoc, la stratégie d'Antoine Court impose des assemblées en plein jour, à la porte des villes ou dans un lieu connu de tout le monde ; elles sont souvent gigantesques (jusqu'à 20 000 personnes), rassemblant désormais toutes les classes sociales. Elles suivent la liturgie de Genève, encadrant un long prêche. La cène a lieu à dates régulières. À l'issue de chaque assemblée, le pasteur célèbre des dizaines de baptêmes et de mariages ; devant le flux grossissant, le synode national de 1744 demande aux pasteurs de tenir des registres de ces actes.
Ostervald
Ostervald : « catéchisme ou instruction dans la religion chrétienne ».
(S.H.P.F.)



Le catéchisme

Les assemblées du Désert incluent généralement une leçon de catéchisme. Cependant le catéchisme devait être pratiqué aussi dans les familles. Le livre en usage est d'abord le catéchisme de Drelincourt (1642), recommandé par Antoine Court en 1715. Mais l'orthodoxie calviniste, battue en brèche à Genève à la même époque, ne reste pas longtemps maîtresse du Désert. En 1729, un prédicant écrit que tous les étudiants du Languedoc « sont après le catéchisme de M. Ostervald, ils le dévorent » ; et le synode de 1744 officialise le catéchisme du pasteur de Neuchâtel sous sa forme abrégée (1ère éd. 1731), où les « vérités de la religion » sont équilibrées par la morale, les « devoirs ». La Discipline de 1739 prévoit l'instruction religieuse des enfants, conclue vers l'âge de 15 ans par une « profession de la vérité » avec promesse de fidélité à Dieu, préalable à la première communion.


Les cultes de « société » et les cultes de famille

Lecture familiale de la Bible
Lecture familiale de la Bible,
gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
À défaut d'assemblée avec un pasteur, les fidèles organisés en communautés se réunissent chez l'un ou l'autre des anciens du consistoire pour un culte de « société », où se font la liturgie dominicale et la lecture d'un sermon. Cette forme de culte plus discrète, et socialement plus relevée que les rassemblements populaires en plein air, a les faveurs des bourgeois des villes.

C'est aussi au sein de la famille que se pratique le culte interdit. La pratique traditionnelle du culte familial s'est trouvée renforcée au temps du Désert. Il ne s'agit plus seulement de prières et lectures le matin et le soir, mais d'un substitut au culte dominical, avec liturgie développée et lecture d'un sermon imprimé ou recopié. Une liturgie complète pour les protestants de France... privés de l'exercice public de leur religion, adaptation des liturgies de Genève et de Neuchâtel (1er éd ; 1756) est imprimée à Amsterdam. Auparavant les réformés se servaient pour les prières de psautiers cachés ou de copies circulant de main en main.

La théologie du Désert

Les sermons manuscrits et les lettres des pasteurs du Désert, les copies de prières, les livres saisis indiquent des théologies et des formes de piété assez contrastées, de plus en plus à distance de l'orthodoxie calviniste. La circulation, clandestine, de livres et de prédicants entre le pôle Genève-Lausanne et les Églises du Désert, à partir de 1730-1740, a permis que parvienne au fond des Cévennes ou de l'Ardèche l'écho des nouvelles théologies ouvertes aux lumières de la raison, alors même que les temps étaient encore à des relectures de l'Apocalypse.

M. Carbonnier-Burkard


Bibliographie
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.


Les pasteurs du Déserte

À la suite de la révocation de l'édit de Nantes, les pasteurs ont dû quitter la France. À partir de 1715, sous l'impulsion d'Antoine Court, un nouveau corps pastoral se constitue progressivement. Les pasteurs du Désert vont exercer leur ministère dans la clandestinité et au risque de leur vie.

Les prédicants et les prophètes

Signature des premiers prédicants
Signature des
premiers prédicants :
Court, Roger,
Cortheiz, Roix, etc.
(S.H.P.F.)
À la suite de la révocation de l'édit de Nantes, les pasteurs ont le choix entre l'exil et l'abjuration. La grande majorité d'entre eux quitte la France et exerce un ministère pastoral dans les pays protestants qui les ont accueillis (pays du Refuge). En France des laïcs assurent la prédication et distribuent la cène dans des assemblées clandestines réunies la nuit dans des lieux reculés. Ce sont les « prédicants ». Pourchassés comme rebelles, beaucoup sont arrêtés et exécutés, les autres étant contraints à se réfugier à l'étranger.

Dès 1688 en Dauphiné, puis à partir de 1700 en Cévennes et en Bas-Languedoc, des hommes, des femmes et même des enfants se mettent à prophétiser, en appelant à la conversion et au retour à la religion réformée. Ils réunissent autour d'eux un public de plus en plus nombreux.

Les premiers pasteurs

À partir de 1715, le jeune prédicant Antoine Court (1695-1760) cherche à restructurer les Églises réformées, en faisant taire les prophètes et en rétablissant la discipline des Églises. Il veut créer un corps de ministres mieux formés pour instruire le peuple et diriger les assemblées, toujours clandestines, appelées aussi « assemblées du Désert ». Ces ministres doivent être examinés par un synode et être consacrés.

C'est ainsi qu'Antoine Court envoie le prédicant Pierre Corteiz (1683-1767), son adjoint et ami, recevoir la consécration à Zurich. À son retour, Antoine Court veut partir lui aussi à Zurich mais le synode régional refuse et décide que Pierre Corteiz procéderait à la consécration d'Antoine Court lors d'un synode (le 21 novembre 1718).

Le troisième pasteur, Jacques Roger (1665-1745), a une histoire bien différente. Il a quitté la France tout jeune, a vécu en Suisse et en Allemagne où il a fait des études de théologie, a été consacré pasteur et a exercé son ministère. À la mort de Louis XIV en 1715, il quitte son poste pour retourner en France et y prêcher malgré les dangers. Il adhère au programme du jeune Antoine Court et poursuit son ministère clandestin en Dauphiné pendant 30 ans.

La période « héroïque » (1715-1760)

Ordonnance de Basville
Ordonnance de Basville,
mars 1686.
Cent pistoles pour ceux qui informeront d'une assemblée clandestine ou qui feront arrêter un prédicant.
(Presses du Languedoc)
Cette période est dominée par la personnalité du pasteur Antoine Court. Même lorsque celui-ci sera établi à Lausanne, il restera la figure de référence pour les Églises du Désert. Il revient d'ailleurs en France pour le synode national de 1744. Les Églises du Languedoc avaient fait appel à lui pour régler un différend qui divisait les fidèles comme les pasteurs, au sujet d'un pasteur qui refusait de se soumettre à une décision synodale. Court se rend en Basses-Cévennes, parvient à un accord et obtient une réconciliation générale. Pour le remercier, le synode le nomme « Député général », c'est-à-dire représentant des Églises clandestines auprès des pays protestants. Cette fonction consistait à leur réclamer des subsides en faveur de l'Église persécutée et des étudiants au séminaire de Lausanne.

En dépit des risques encourus jusqu'en 1762 (peine de mort pour les pasteurs arrêtés), les vocations ne tarissent pas.

En 1718, les Églises du Désert comptent 3 pasteurs ;
En 1730, elles comptent 12 pasteurs, pour 120 Églises ;
En 1744, elles comptent 28 pasteurs, pour 300 Églises ;
En 1756, elles comptent 48 pasteurs et 18 proposants.

Les pasteurs exercent un ministère itinérant. Sans cesse poursuivis, ils doivent se cacher et les synodes chargent les anciens de leur trouver des retraites sûres. Progressivement ils vont pouvoir se fixer sur un secteur géographique, grâce à l'augmentation de leur nombre. Dès le début, certains sont mariés, tels Corteiz et Court, mais leurs épouses sont inquiétées et doivent se réfugier à Genève.

Arrestation du pasteur Roger
Arrestation du pasteur Roger, gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
Les martyrs

Les édits successifs de Louis XIV, confirmés par Louis XV dans sa déclaration de mai 1724, prévoient la peine de mort pour les pasteurs ou prédicants qui tiendraient des assemblées interdites. L'application varie selon les périodes et selon les régions. Des vagues de persécution suivent des périodes de calme relatif.

Parmi les pasteurs ou proposants arrêtés et exécutés, le plus célèbre est Pierre Durand (1700-1732) frère de Marie Durand, condamné au gibet en 1732. Il avait participé au synode des Montèzes en 1715.

En 1745 plusieurs pasteurs sont exécutés. Deux d'entre eux exercent dans le Dauphiné : le jeune Louis Ranc et le vieux Jacques Roger, exécuté à 80 ans après trente années de ministère clandestin.

En Vivarais, la pendaison à 26 ans du pasteur Mathieu Marjal dit Désubas crée une vive émotion car il était très aimé.

En 1762, dernière exécution à Toulouse d'un pasteur : François Rochette.

Vers la tolérance (1760-1789)
Une maison d'oraison
Une maison d'oraison à Arvert (17).
(Maison du Protestantisme Charentais)

À partir de 1760, une période de tranquillité relative voit croître rapidement le nombre des pasteurs. En 1763, les Églises comptent 62 pasteurs et 35 proposants ; en 1783, elles comptent 150 pasteurs et 30 proposants.

La grande figure de cette période est le pasteur Paul Rabaut (1718-1794) qui réunit des assemblées très nombreuses en Languedoc et qui a des contacts avec les autorités de la province. Les assemblées se font plus souvent en plein jour et sont fréquentées progressivement par les notables.

En Saintonge, dès 1755, le pasteur Louis Gibert (1722-1773) fait construire des « maisons d'oraison » pour célébrer le culte. Ce sont des bâtisses légères, sortes de granges, qui abritent de la pluie et du vent et permettent une célébration tous les dimanches. Louis Gibert parvient à convaincre le gouverneur de la province, le maréchal de Sennecterre, du bien-fondé de ces maisons d'oraison qui permettent un meilleur contrôle des autorités sur les rassemblements des protestants.

Après 1760, de nombreux pasteurs vivent avec leur femme et leurs enfants dans leur maison au vu et au su de tout le monde.

Antoine Court
Antoine Court forme les jeunes pasteurs au séminaire de Lausanne.
Gravure de Samuel Bastide, dans les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
La formation des pasteurs

Les candidats au ministère pastoral ou proposants sont tout d'abord formés sur le terrain, en suivant des ministres en exercice et en se procurant des livres interdits. À partir de 1725, Antoine Court fonde un établissement à Lausanne pour améliorer l'instruction des futurs pasteurs du désert. : le séminaire de Lausanne. Une formation accélérée, d'abord en une puis en deux années y est dispensée par des professeurs de l'Académie de Lausanne, elle est adaptée à des jeunes gens n'ayant pas suivi un véritable cursus scolaire.

Le financement des bourses pour ces étudiants à Lausanne est assuré par des collectes faites dans les pays du Refuge par Benjamin Duplan, élu Député Général auprès des pays protestants par le synode national de 1727, puis par Antoine Court à partir de 1744.

De 1726 à 1763, 154 étudiants ont fréquenté ce séminaire de Lausanne qui a joué un rôle important pour la formation des pasteurs du Désert.


Bibliographie
• BASTIDE Samuel, Les pasteurs du Désert, Musée du Désert, 1901.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.
• CHAMSON André, Trois discours au Désert, Bergers et Mages, 1997.
• HUGUES, Edmond, Antoine Court. Histoire de la restauration du protestantisme en France au XVIIIe siècle, M. Lévy, Paris, 1872.
• PELLETAN Eugène, Jarousseau, pasteur du désert, La Cause, 1982.
• PEYRAT N., Histoire des pasteurs du Désert, Presses du Languedoc, 2002.


Le Séminaire de Lausanne (1726-1812)

Séminaire créé à Lausanne sous l'impulsion d'Antoine Court pour former les pasteurs qui exerceront en France au temps du Désert.

Le projet d'Antoine Court

Plaque commémorative
Plaque commémorative du Séminaire de Lausanne fondé par Antoine Court.
(O. d'Haussonville)
Le programme de reconstruction des Églises réformées en France mis au point par Antoine Court à partir de 1715 comprend plusieurs volets :

Rétablissement de la discipline et de l'organisation écclésiale d'avant 1685,

Formation théologique des pasteurs dans un cadre académique.

Antoine Court ne dirige pas le Séminaire de Lausanne, mais il l'organise. Son rôle sera à la fois celui de moniteur et de secrétaire, tout en faisant le lien avec les Églises de France.

Création du Séminaire

Le Séminaire est destiné à remplacer les Académies réformées, fermées dès avant la révocation de l'édit de Nantes.

De 1726 à 1744, environ quarante étudiants s'y succèdent, à raison de deux à quatre à la fois.

De 1745 à 1812, l'effectif se stabilise entre douze et seize étudiants par année, et le cursus des études s'allonge.

Les enseignants sont des professeurs de l'Académie et des pasteurs qui viennent de Zurich, Berne et Genève.

Les proposants sont envoyés à Lausanne clandestinement par décision du synode. Plusieurs provinces exigent qu'avant de se rendre à Lausanne, l'étudiant ou le proposant signe un double engagement de revenir dans la province dont il dépend, et de ne pas abandonner son dessein initial.

Plan d'études

Les études ne durent d'abord qu'un an au maximum, étant donné l'urgent besoin de pasteurs au Désert.

À partir de 1745, les études sont échelonnées sur deux ans, elles comprennent si possible le grec, la philosophie et la théologie.

À partir de l'édit de tolérance (1787), les exigences des candidats sont plus grandes et les études atteignent cinq années : deux années préparatoires consacrées à l'étude de la grammaire et de la logique, puis trois ans de théologie, histoire ecclésiastique, morale, physique et mathématiques.

L'enseignement de la théologie est marqué par la philosophie des Lumières et une part plus grande est faite à la « raison ».

Cérémonie de consécration

Pour exercer régulièrement leur ministère, les proposants sont reconnus par un acte liturgique prévu par la discipline de l'Église réformée de France depuis le XVIe siècle : la consécration.

À partir de 1730, il est admis que la consécration a lieu à Lausanne ou dans une autre Église réformée étrangère ou en France, avec la présence d'au moins trois pasteurs.

Fin du Séminaire de Lausanne

Le Séminaire de Lausanne cesse son activité à la suite de la création de la Faculté de théologie de Montauban (loi de l'Empire, 1808).

Le 18 avril 1812, a lieu une cérémonie de clôture à Lausanne.


Bibliographie
• LASSERRE C., Le Séminaire de Lausanne, Bibliothèque vaudoise, Lausanne, 1997.


Les Synodes du Désert

Pendant toute la période où l'exercice de la religion protestante est interdit en France, des cultes clandestins (ou assemblées du Désert) ont lieu dans de nombreuses régions, surtout méridionales. Des synodes clandestins se tiennent régulièrement, réunissant pasteurs et laïcs, tout d'abord au niveau provincial. À partir de 1726, des synodes dits nationaux ne réunissent en fait que les délégués de quelques provinces. Ils restaurent la discipline des Églises réformées et donnent un coup d'arrêt au prophétisme.

Le synode des Montèzes (1715)

Premier synode du Désert
Premier synode du Désert
aux Montèzes,
gravure de Samuel Bastide.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
Le 24 août 1715, une réunion de neuf personnes (4 laïcs et 5 prédicants) s'est tenue au hameau des Montèzes (Gard). Plus tard, on a donné le nom de synode des Montèzes à cette réunion car elle a été décisive pour l'avenir des Églises réformées. Elle essaye de réglementer les assemblées du Désert et de faire taire les prophètes. Un jeune prédicant, Antoine Court, la préside.

La mesure la plus importante est le rétablissement des anciens selon la discipline des Églises réformées. Ces anciens auront la responsabilité de convoquer les assemblées, en usant de prudence, de procurer aux prédicants des retraites sûres et des guides pour les y conduire et de faire des collectes pour les pauvres.

Parmi les prédicants réunis, se trouvent Jean Huc, prédicant, ancien camisard de la troupe de Rolland, Jean Vesson, un ancien prophète, Pierre Durand, frère de Marie Durand.

Après cette réunion des Montèzes, plusieurs synodes provinciaux se réunissent en 1717, 1718, 1720, 1721.

Le premier synode national (1726)

Dans la période suivant la révocation de l'édit de Nantes, le premier synode, qualifié de national parce qu'il réunit des délégués de trois provinces, se tient en Vivarais en 1726. Il est clandestin comme tous les synodes du Désert. Il réunit trois pasteurs, huit proposants et trente-six anciens. On connaît les trois pasteurs :

Jacques Roger, (1665--1745) pasteur dans le Dauphiné, consacré en 1715 dans le Wurtemberg et rentré clandestinement en France ;

Pierre Corteiz, (1683-1767) ancien camisard, consacré à Zurich en 1717 ;

Antoine Court, (1695-1760) consacré le 21 novembre 1718 par Pierre Corteiz lors d'un synode provincial.

Jacques Roger en est le modérateur. Ce synode rejette le prophétisme et la prédication des femmes. Il rétablit l'organisation traditionnelle des Églises réformées, prêche la prudence pour la convocation des assemblées, mais refuse toute rébellion contre le roi.

Deuxième synode national (1727)

Ce deuxième synode national se tient dans le Dauphiné avec les mêmes trois pasteurs, cinq proposants et trente-cinq anciens. Il défend de porter des armes dans les assemblées. Il établit un conseil extraordinaire qui pourvoit aux affaires urgentes entre deux synodes. Il rétablit la charge de « député général », non plus auprès du roi de France comme sous l'édit de Nantes, mais auprès des princes et pays protestants. Ce député aura la charge de réclamer leur intercession auprès de la Cour de France lorsque la persécution deviendra trop violente et surtout de demander des subsides pour venir en aide aux Églises du Désert et aussi pour le séminaire de Lausanne qui vient d'ouvrir pour assurer la formation des futurs pasteurs du Désert.

Cette charge est confiée à Benjamin Duplan, gentilhomme, qui parcourra l'Europe pour réclamer de l'aide pour les « Églises sous la croix » (c'est ainsi que se nomment les Églises du Désert en raison des persécutions qu'elles subissent) et s'établira ensuite à Londres.

Les synodes ultérieurs

En 1730 a lieu le troisième synode national en Vivarais. Le modérateur en est Pierre Durand. Ce synode fixe la nomination des ministres qui sont consacrés hors de France mais doivent être admis lors d'un synode provincial.

En 1744 a lieu le quatrième synode national à Lédignan (Gard). Pour la première fois viennent des députés de Saintonge, Poitou et Normandie. Antoine Court, établi à Lausanne, revient pour ce synode. Le modérateur est le pasteur Michel Viala qui est à l'oeuvre dans le Comté de Foix, le Montalbanais et le Poitou.

Le synode renouvelle sa fidélité envers le roi Louis XV. On raconte même qu'en apprenant que le roi est dangereusement malade à Metz, l'assemblée est tombée à genoux pour prier pour son rétablissement.

En 1748 a lieu le cinquième synode national dans le Vivarais. Le modérateur est un ancien élève du séminaire de Lausanne, Pierre Peyrot, pasteur dans le Vivarais. Le synode interdit explicitement les baptêmes et les mariages catholiques, sous peine d'excommunication. Les pasteurs du Désert devront tenir des registres de baptême et de mariage.

Sceau du dernier synode du Désert
Sceau du dernier synode
du Désert.
Dans Les pasteurs du Désert.
(Musée du Désert)
Le synode suivant n'a lieu qu'en 1756 en raison de la reprise des persécutions. D'après un mémoire annexé à son procès verbal, on recense en 1756 : 48 pasteurs en exercice, 18 proposants, 4 étudiants au séminaire de Lausanne. Ce synode se penche sur la rémunération des pasteurs en exercice et exhorte les consistoires à porter les honoraires des pasteurs à 400 livres par an.

Les derniers synodes du désert

En 1758 a lieu le septième synode national, en Cévennes, dont le modérateur est Paul Rabaut (1718-1794). Il réunit 14 pasteurs et 12 anciens et adresse une requête au roi.

En 1763 a lieu le huitième et dernier synode national du désert dans le Bas-Languedoc, avec Paul Rabaut comme modérateur. Ce synode cherche à promouvoir l'union des Églises réformées et la solidarité entre elles. Il rétablit des ministres itinérants pour les provinces qui ne peuvent tenir des assemblées régulièrement.


Bibliographie
• FÉLICE G., Histoire des synodes nationaux, Éd. Grassart, Paris, 1864.


Objets de la clandestinité

Ne pouvant plus pratiquer leur religion que dans le plus grand des secrets, les protestants réformés restés en France doivent cacher tout objet trahissant leur pratique cultuelle.

Les objets nécessaires au culte se camouflent

Bibles de chignon
Bibles de chignon.
(Musée du Désert)
L'exercice de la religion réformée est interdit par l'édit de Fontainebleau (1685).

Cependant une partie des protestants continuent à exercer en secret leur religion dans leurs maisons et dans les assemblées clandestines, malgré les peines encourues (mort, galères prison). Pour limiter les risques, les objets nécessaires au culte sont gardes a domicile et doivent être cachés, afin d'échapper aux visites de contrôle.

Les bibles et les psautiers sont réduits ou transforment leur aspect. On arrache la page de titre de la bible pour éviter que les dragons, illettrés, puissent reconnaître le livre interdit.
Bible dite du chignon
Bible dite du chignon.
(Fonds Société Biblique / Marc Gantier)

Certains objets sont démontables pour pouvoir être transportés lors des assemblées clandestines.

Bibles de chignon

La lecture de la Bible persiste dans les foyers protestants.

Les bibles (ou des extraits de la Bible) sont éditées dans des dimensions très réduites, puisqu'elles peuvent être dissimulées dans un chignon de femme ou sous leur coiffe.

Il en est de même pour les psautiers.

Cachette de Bible
Cachette de Bible dans un tabouret.
(S.H.P.F.)
Caches pour la Bible

Les « miroirs huguenots » permettent de dissimuler une Bible dans leur épaisseur.

D'autres meubles sont aménagés, par exemple un tabouret.

Cache pour le pasteur

Dans les maisons on prévoit des cachettes de différentes sortes pour les pasteurs qui, s' ils sont arrêtés, risquent la peine de mort : armoires à double fond, cachettes entre le plancher et la voûte du dessous, le plafond et le toit, cachette dans les murs.

Cachette du pasteur
Cachette du pasteur
dans un placard.
(Musée du Désert)
Temple de Saint-Véran
Temple de Saint-Véran,
Hautes-Alpes, chaire démontable en 4 parties.
Bois sculpté et peint.
XVIIIe siècle.
(Gérard Boniface)




Chaires démontables

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on transporte sur le lieu des assemblées clandestines des chaires démontables sur lesquelles pourra prêcher le prédicant ou le pasteur.







Coiffe de pasteur poitevin
Coiffe de pasteur poitevin
(XVIIe siècle).
La toque en étoffe noire
peut être transportée dans
une gaine en fer blanc ayant
la forme d'une boîte à lait.
(Musée du Désert)




Coupes de Sainte-Cène
Coupes de Sainte-Cène
de la période du Désert.
Provenant de
Salles-Mongiscard.
(Musée Jeanne d'Albret)


Coupes de communion démontables

Les coupes de communion sont prévues démontables et transportées dans des coffrets de taille réduite.

Coiffe de pasteur

Dans les assemblées clandestines de la seconde moitié du XVIIIe siècle, le pasteur porte la robe pastorale et une toque en étoffe noire qui est transportée à l'assemblée par une femme, dans une gaine de fer blanc en forme de cône, affectant la forme d'une boîte à lait.





Les frères Gibert

Les frères Gibert exercent tous les deux un ministère pastoral pendant la période de clandestinité. Ils ont tous les deux une vie mouvementée qui les conduira du « Désert » au Refuge.

Pour informations complémentaires, voir : Les frères Gibert.



Jean Jarousseau (1729-1819)

Le pasteur du Désert Jean Jarousseau exerce son ministère en Saintonge à la fin de la période héroïque et pendant la période dite de tolérance. Il est connu grâce à la biographie écrite par son petit-fils Eugène Pelletan.

Pour informations complémentaires, voir : Jean Jarousseau (1729-1819).



Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français