Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


En France, la Révolution avait, à la fin de 1791, répondu aux aspirations communes des Protestants.

   • La liberté religieuse
   • Les protestants aux différentes assemblées
   • La Déchristianisation sous la Terreur (1793-1794)
   • Rétablissement de la liberté religieuse
   • André Jeanbon Saint-André (1749-1813)
   • Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-1793)

Ils se voient accorder l'égalité civile, la liberté de conscience et la liberté de culte

Déclaration des droits de l'homme
Déclaration des droits
de l'homme.
(Collection privée)
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 leur accorde la liberté de conscience et la Constitution de 1791 la liberté de culte.

L'attitude des Protestants au cours des années révolutionnaires ne présente pas une image cohérente. Ceux-ci ont réagi de façon plutôt individuelle face au phénomène révolutionnaire. De nombreux Protestants ont participé aux Assemblées révolutionnaires, mais il n'y a pas eu de « groupe protestant ».

Sous la Terreur, le phénomène de déchristianisation (septembre 1793 à juillet 1794) n'a pas affecté en profondeur le monde protestant, quoique le culte ait été presque partout suspendu. Mais il s'agit en fait pour la plupart des pasteurs d'une cessation temporaire d'activité. Après la chute de Robespierre, le 9 Thermidor, an II (27 juillet 1794) on assiste à la réouverture des temples et la liberté des cultes est proclamée.

En outre, de nombreux huguenots vont bénéficier de l'Édit royal du 15 décembre 1790 accordant la nationalité française à toute personne exilée pour cause de religion.


Bibliographie
• BOURDON, Jean-François, Les pasteurs réformés face à la déchristianisation de l'An II, mémoire de maîtrise, Université Pierre Mendès-France, 1987.
• VOVELLE, Michel, La Révolution contre l'église : de la raison à l'être suprême, Complexe, Bruxelles, 1988.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1989, Les Protestants et la Révolution française
• Réformes et Révolutions, VIALLANEIX Paul (dir.), ENCREVÉ, André, Les Protestants et la révolution française, 1990, p. 192.


La liberté religieuse

C'est sous la Révolution que les Protestants français acquièrent la liberté religieuse.

Accès à tous les emplois, liberté de conscience et liberté de culte

Paul Henri Marron
Paul Henri Marron,
pasteur (1754-1832).
(S.H.P.F.)
L'édit de Tolérance du 17 novembre 1787 avait restitué aux Français protestants l'état-civil. Par le texte constitutionnel du 24 décembre 1789, les Protestants sont admis à tous les emplois civils et militaires.

C'est par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 que les Protestants acquièrent la liberté de conscience.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, élaborée par la Constituante déclare dans son article X : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi ».

Alors que Louis XVI avait, par l'édit de Tolérance, autorisé aux non-catholiques le culte privé, la Constitution de 1791 déclare tout citoyen libre « d'exercer le culte religieux auquel il est attaché ».

La Révolution avait donc à la fin de l'année 1791, répondu aux aspirations communes des protestants.

Reprise progressive du culte réformé

La Constituante qui a voté, le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé – dont le but était de redessiner la carte ecclésiastique du pays et réformer les offices religieux – n'est pas intervenue dans l'organisation du culte réformé.

Les assemblées religieuses ont repris progressivement un peu partout, mais le lien entre les églises a été lent à se rétablir. À Paris, c'est le pasteur Paul-Henri Marron qui célèbre le premier culte public légal.

Après autorisation du Directoire, la Municipalité loue l'église de Saint-Louis de Louvre à « une société de personnes professant la religion protestante ». C'est ainsi que la communauté protestante de Paris prend solennellement possession le 22 mai 1791 de l'église Saint-Louis du Louvre, où se tient la « première assemblée publique du culte protestant ».

Les « bagarres » de Nîmes et Montauban (1790)

s protestants ont pu vivre dans le calme, à l'exception des « bagarres » signalées à Montauban le 10 mai 1790 et à Nîmes, le 15 juin de la même année.

Ces bagarres restent néanmoins des faits locaux, quelle qu'ait été la violence de ces affrontements souvent sanglants.

D'une façon générale, on peut considérer que ces bagarres ont eu une motivation plus politique que religieuse. Il s'agissait de rivalités entre une aristocratie catholique désireuse de conserver le pouvoir local et de restaurer l'influence de la religion catholique et une bourgeoisie protestante qui domine l'activité économique et convoite le pouvoir politique.

À Nîmes comme à Montauban les partisans de l'Ancien Régime sont parvenus à s'emparer de la Municipalité mais non du commandement de la Garde nationale, objet d'un conflit sanglant d'où les protestants sont sortis vainqueurs à Nîmes, tandis qu'à Montauban, ce sont les catholiques qui ont gagné la partie. Mais la situation qui en résulta fut identique dans les deux cas, car les deux municipalités « aristocrates » ont été destituées par l'Assemblée.


Bibliographie
• BOURDON, Jean-François, Les pasteurs réformés face à la déchristianisation de l'An II, mémoire de maîtrise, Université Pierre Mendès-France, 1987.
• VOVELLE, Michel, La Révolution contre l'église : de la raison à l'être suprême, Complexe, Bruxelles, 1988.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1989, Les Protestants et la Révolution française.
• Réformes et Révolutions, VIALLANEIX Paul (dir.), ENCREVÉ, André, Les Protestants et la révolution française, 1990, p. 192.


Les protestants aux différentes assemblées

L'époque révolutionnaire voit des protestants impliqués dans le déroulement des événements.

Il ne s'agit jamais pour les protestants de s'impliquer en tant qu'adhérents à leur religion. Il convient d'ailleurs de souligner que l'édit de Tolérance ne date que de 1787 et que deux années seulement n'ont pu gommer plus d'un siècle de clandestinité et d'habitude du secret.

Toutefois, l'on peut remarquer par simple constat numérique que la représentation politique aux Assemblées, des membres identifiés comme protestants, est allée croissant au cours du temps.

1789 : la Constituante

Antoine Barnave
Antoine Barnave (1761-1793). Avocat, député.
(S.H.P.F.)
Les États Généraux n'envoient que 17 députés protestants sur un total de 1200.

Barnave, 28 ans, Dauphiné, Avocat au Parlement de Grenoble

Boissy d'Anglas, 33 ans, Sénéchaussée d'Annonay, Avocat au Parlement de Paris

Chambon-Latour, 50 ans, Sénéchaussée de Nîmes, Avocat, maire d'Uzès

Couderc, 48 ans, Sénéchaussée de Lyon, Négociant

De Cussy, 50 ans, Baillage de Caen, Directeur de la Monnaie

Gallot, 55 ans, Sénéchaussée de Poitiers, Médecin

Garesché, 51 ans, Sénéchaussée de Saintes, Négociant

Lamy, 61 ans, Baillage de Caen, Négociant

Mestre, 56 ans, Sénéchaussée de Libourne, Avocat à Sainte-Foy

Meynier de Salinelles, 60 ans, Sénéchaussée de Nîmes, Négociant

Nairac, 57 ans, Sénéchaussée de Bordeaux, Négociant

Quatrefages de La Roquette, 58 ans, Sénéchaussée de Nîmes, Négociant

Rabaut Saint-Étienne, 56 ans, Sénéchaussée de Nîmes, Officiellement : propriétaire foncier

De Rathsamhausen, 53 ans, Haguenau-Wissembourg, Colonel

Soustelle, 50 ans, Sénéchaussée de Nîmes, Avocat à Alais

Turckheim, 40 ans, Strasbourg, Municipalité

Voulland, 38 ans, Sénéchaussée de Nîmes, Avocat à Uzès

Malgré leur petit nombre, l'ensemble de ces députés ne forme pas un groupe cohérent. Parmi eux, un seul se fait remarquer, Barnave.

1791 : la Législative

La disposition qui interdit aux députés de la Constituante de se représenter envoie ipso facto de nouveaux membres sur les bancs de l'Assemblée.

Allut, 49 ans, Gard, Négociant

Cambon, 36 ans, Hérault, Négociant

Delon, 38 ans, Gard, juriste

Eschassériaux aîné, 41 ans, Charente inférieure, Avocat

Gamon, 25 ans, Ardèche, Avocat (suppléant, siège très tard)

Garrau, 36 ans, Gironde, Avocat

de Gasparin, 38 ans, Bouche-du-Rhône, Militaire

Haussmann, 32 ans, Seine-et-Oise, Marchand de toiles

Ingrand, 36 ans, Vienne, Avocat

de Jancourt, 35 ans, Seine-et-Marne, Militaire

Jay, 49 ans, Gironde, Pasteur

Laffon de Ladébat, 46 ans, Gironde, Agronome

Lasource-Alba, 29 ans, Tarn, Pasteur

Leyris-Descombes, 30 ans, Gard, Juriste

Lozeran de Fressac, 39 ans, Lozère, Officier, juge de paix

Ménard, 36 ans, Gard, Directoire départemental

Pieyre, 37 ans, Gard, Négociant

Pinet, 38 ans, Dordogne, Négociant

Rühl, 55 ans, Bas-Rhin, Archiviste, directoire départemental

Sers, 46 ans, Gironde, Négociant armateur

Sevenne, 43 ans, Lozère, juriste

Vincens-Planchut, 37 ans, Gard, Chimiste

Avec vingt-deux représentants dans une assemblée de 745 membres, les protestants sont plus nombreux que précédemment. Les trois députés les plus actifs sont Rühl, Cambon et Lasource-Alba. Seul ce dernier, pasteur, se déclare tel lors de la séance du 25 août 1792 et à ce titre, n'hésite pas à défendre les prêtres réfractaires.

1792 : la Convention

Rabaut Saint-Étienne
Rabaut Saint-Étienne.
(S.H.P.F.)
La Convention comprend 749 députés dont 36 sont protestants.

Bayle, 37 ans, Bouches-du-Rhône, Procureur-syndic départemental

Bernard Saint-Affrique, 47 ans, Aveyron, Pasteur

Berthezène 44 ans, Gard, Avocat

Boissy d'Anglas, 37 ans, Ardèche, Constituant

Cambon, 36 ans, Hérault, Législateur

Chambon-Latour, 37 ans, Gard, Constituant

De Cussy, 54 ans, Calvados, Constituant

Dechézeaux, 33 ans, Charente inférieure, Négociant

Dentzel, 38 ans, Bas-Rhin, Pasteur

Dupuch, 47 ans, Guadeloupe, Notaire

Ehrmann, 36 ans, Bas-Rhin, Avocat

Eschassériaux aîné, 40 ans, Charente-inférieure, Législateur

Eschassériaux René, 39 ans, Charente inférieure, Médecin

Garrau, 37 ans, Gironde, Législateur

Gamon, 26 ans, Ardèche, Législateur

de Gasparin, 39 ans, Bouches-du-Rhône, Législateur

Grimmer, 46 ans, Bas-Rhin, Ex-pasteur

Hardy, 45 ans, Seine-Inférieure, Médecin

Haussmann, 33 ans, Seine-et-Oise, Législateur

Ingrand, 37 ans, Vienne, Législateur

Jay, 50 ans, Gironde, Législateur

Jeanbon Saint-André, 54 ans, Lot, Pasteur, capitaine de vaisseau

Johannot, 45 ans, Haut-Rhin, Président directoire départemental

Julien de Toulouse, 33 ans, Haute-Garonne, Pasteur

Lasource-Alba, 30 ans, Tarn, Législateur

Leyris-Descombes, 31 ans, Gard, Législateur

Lombard-Lachaux, 49 ans, Loiret, Pasteur

Marat, 50 ans, Paris, Publiciste

Pelet de la Lozère, 44 ans, Lozère, Magistrat

Pinet, 39 ans, Dordogne, Législateur

Rabaut-Pomier, 49 ans, Gard, Pasteur

Rabaut Saint-Étienne, 50 ans, Aube, Constituant

Rühl, 56 ans, Bas-Rhin, Législateur

Saint-Martin Valogne, 43 ans, Aveyron, Conseiller à la Cour des Comptes, Maire de Millau

Servière, 44 ans, Lozère, Négociant

Voulland, 42 ans, Gard, Constituant

Certains avaient été membres des précédentes assemblées.

Ainsi Boissy d'Anglas, Chambon-Latour, de Cussy, Rabaut Saint-Étienne et Voulland avaient fait partie de la Constituante.

Cambon, Eschassériaux aîné, Gamon, Garrau, de Gasperin, Haussmann, Ingrand, Jay, Lasource-Alba, Leyris-Descombes, Pinet et Rühl avaient siégé à la Législative.

Dans ces circonstances, on n'assiste, une fois encore, à aucune cohésion politique de la part des députés de confession protestante. Certains comme Rabaut Saint-Étienne adhèrent à la Gironde ; d'autres, tels Marat ou Cambon font partie de la Montagne.

Très logiquement dans ce contexte, leur vote concernant la mort du roi est hétérogène. De même, les pasteurs députés se trouvent dans les différents groupes.

Bernard Saint-Affrique (pasteur), Boissy d'Anglas, Cussy, Déchézeaux, Hardy, Rabaut Saint-Étienne (pasteur), Saint-Martin Valogne votent contre la peine de mort.

Au contraire, sont partisans de cette sentence : Bayle, Cambon, Eschassériaux aîné, Garrau, Gasperin, Ingrand, Jay, Jeanbon Saint-André (pasteur), Julien de Toulouse (pasteur), Lasource-Alba (pasteur), Leyris-Descombes, Marat, Pinet, Servière et Voulland. Ils constituent le groupe le plus nombreux.

Entre les deux sentences, un certain nombre se prononce pour une peine intermédiaire, dilatoire. Ainsi, Berthézène, Gamon, Johannot, Lombard-Lachaux (pasteur), et Rabaut-Pomier (pasteur) sont partisans d'un sursis ou du recours au plébiscite.


Bibliographie
Liste des députés par département et par législative, de mai 1789 à mai 1889, Paris, 1889.
• ROBERT Adolphe, BOURLOTON Edgar, COUGNY Gaston, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Bourloton éditeur, Paris, 1889.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1989, POUJOL, Jacques, Le changement d'image des protestants pendant la Révolution, pp. 500-541.


La Déchristianisation sous la Terreur (1793-1794)

L'onde de déchristianisation se déploie dans l'espace français en quelques mois : de brumaire à germinal an II, c'est-à-dire de septembre 1793 à juillet 1794.

La fête de l'Être Suprême
La fête de l'Être Suprême au Champs
de Mars (8 juin 1794).
Par Pierre-Antoine Demachy.
(Musée Carnavalet)
La Terreur

L'année 1793 qui débute par la mort du roi Louis XVI (le 21 janvier), est caractérisée par la mise en place des institutions répressives : le Tribunal révolutionnaire en mars et le Comité de salut public en avril. C'est le triomphe des Montagnards. Les députés girondins sont exclus, et plusieurs sont guillotinés.

Parmi ceux-ci, signalons cinq protestants : Rabaut Saint-Étienne (Gard), Marc-David Alba-Lasource (Tam), Pierre Ribes (Gard), J.B. Hervieux (Seine-et-Marne), Pierre Soulier (Gard).

La déchristianisation

Désaffectation d'une église
Désaffectation d'une église pendant
la Révolution (gravure de Swebach).
Les objets de culte servent
pour un défilé de carnaval.
(Collection privée)
Le phénomène de déchristianisation se caractérise tout d'abord par le fait que ce mouvement a été de très courte durée, et ensuite qu'il ne fut pas organisé par le pouvoir central. Le gouvernement de salut public et la Convention sont hostiles ou en tout cas circonspects face à ce phénomène.

C'est de province que partent les premières initiatives de fermeture d'églises, sous l'égide de représentants en mission ou des Comités de Surveillance. Mais Paris se mobilise presque simultanément.

L'intensité de la campagne de déchristianisation varie selon les régions. Cette campagne se déroule en deux temps. Il s'agit tout d'abord de procéder à une table rase des religions en place, puis de tenter d'instaurer un nouveau culte civique qui sera celui de la Raison.(Fête de la Raison : le 10 novembre 1793).

La Convention remplace l'ère chrétienne par l'ère révolutionnaire : Fabre d'Églantine fait adopter une réorganisation complète du calendrier qui, par la suppression du dimanche et la terminologie adoptée, témoigne d'une intention antichrétienne affirmée.

Les protestants ont-ils été atteints par le phénomène de déchristianisation ?

On ne recense de protestants, ni parmi les cadres des sections parisiennes, ni au sein des grands « déchristianisateurs ».

Par ailleurs, certains pasteurs réformés, adeptes d'un culte rationaliste et moral sous l'influence des Lumières, n'ont guère cherché à résister à la déchristianisation.

La plupart des pasteurs encore en activité sont amenés, au cours des années 1793-1794, à cesser leur activité. La communauté se contente alors du culte privé et familial.

Il y eut quelques rares lieux où le culte put se maintenir sans interruption (notamment Sainte-Foy dans le Tam et Bergerac en Dordogne).

Il faut signaler également le cas des chapelles des ambassades du Danemark, de Hollande et de Suède qui n'ont cessé de célébrer leur culte.

On note aussi quelques cas de résistance affichée (dans la Drôme et dans l'Ardèche).

Abdication des pasteurs

Sur 215 pasteurs en 1793, il y aurait 98 abdicataires, dont les trois-quarts dans le Sud-Est (taux voisin de celui des prêtres catholiques).

Le culte a été à peu près partout suspendu. Il s'agit en fait pour la plupart, d'une cessation temporaire d'activité.

Dans le Gard, le nombre des abdications est proportionnellement important : 57 pasteurs abdiquent. La cause semble en être le fait que le Représentant Borie s'est montré particulièrement intransigeant et a recherché systématiquement l'abdication des ministres protestants.

Peu nombreux sont – parmi les abdicataires de l'An II – ceux qui ont abdiqué spontanément. On présume que 90 d'entre eux ont abdiqué sous la pression, sans adhérer au culte de la Raison. Il faut noter en outre qu'abdiquer ne veut pas forcément dire renoncer aux actes pastoraux, baptêmes ou mariages, qui peuvent être célébrés en famille, usage dont les huguenots avaient une longue habitude.

Le culte de l'Être Suprême

Le 7 mai 1794, Robespierre donne un coup d'arrêt à la déchristianisation. La Convention décrète que le peuple français reconnaît l'existence de l'Être Suprême et de l'immortalité de l'âme. L'existence de l'Être Suprême et l'immortalité de l'âme sont des éléments qui ne sont pas apparus en contradiction avec la façon de vivre le protestantisme au XVIIIe siècle.

Certains pasteurs voyaient dans les cultes révolutionnaires la réalisation d'une partie de leur idéal religieux. À titre d'exemple, on peut citer le conventionnel Lombard-Lachaux d'Orléans : « je n'ai jamais prêché que l'amour de la liberté, de l'égalité et de mes semblables ; mon unique désir est de continuer à concourir au bien des sans-culottes ».

Dès 1795, on assiste à la réouverture des temples.

Lorsque le culte est à nouveau célébré, les abdicataires sont dans l'ensemble réintégrés dans le corps pastoral. Dans leur esprit, il s'agissait plutôt d'une suspension que d'une renonciation au ministère. Néanmoins, il faut signaler une certaine désaffection dans leurs rangs car il semble qu'un quart du corps pastoral de 1793 n'ait pas repris le ministère évangélique. Certains pasteurs prennent des emplois civils.

Pour conclure, on peut constater que les Protestants ont réagi de façon plutôt individuelle au phénomène de la déchristianisation et qu'il n'y a pas eu de front commun pour ou contre la Révolution, dans leurs rangs.


Bibliographie
• BOURDON, Jean-François, Les pasteurs réformés face à la déchristianisation de l'An II, mémoire de maîtrise, Université Pierre Mendès-France, 1987.
• VOVELLE, Michel, La Révolution contre l'église : de la raison à l'être suprême, Complexe, Bruxelles, 1988.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1989, Les Protestants et la Révolution française.


Rétablissement de la liberté religieuse

Après la chute de Robespierre – le 9 Thermidor, an II (27 juillet 1794) – la vie religieuse se déroule dans un climat de liberté et d'égalité des cultes.

Le culte reprend après le 9 Thermidor

Boissy d'Anglas
Boissy d'Anglas (1756-1826).
Avocat, Président de la Convention, membre du Consistoire de
l'Église Réformée de Paris.
(S.H.P.F.)
C'est avec une certaine lenteur que les Églises se rétablissent après la Terreur.

La reprise du culte après le 9 Thermidor n'entraîne aucune tentative de réorganisation ecclésiastique. Les Églises ne semblent guère pressées de reconstituer le système synodal, à l'exception du Haut-Languedoc qui le fait fonctionner dès 1796.

La plupart des pasteurs reprennent leur fonction, quoique leur nombre, dans l'Église réformée, se soit un peu réduit. C'est souvent pour des raisons d'ordre financier que certains pasteurs sont amenés à exercer une autre profession.

La liberté des cultes est proclamée

Sur rapport du protestant Boissy d'Anglas la loi du 3 ventôse an III (21 février 1795) proclame officiellement la séparation des Églises et de l'État et la liberté des cultes sans appui de l'État, décision qui sera modifiée par le Concordat.

Le culte protestant n'avait, quant à lui, jamais été soutenu par l'État.

Dans le même temps, une autre loi mettait à la disposition des usagers les édifices cultuels et autorisait la célébration, à des heures différentes, de plusieurs cultes dans le même édifice. Cette pratique n'a été que rarement suivie, les protestants préférant reprendre la tradition du « Désert » dans le cas où ils ne possédaient aucun édifice en propre.

Défense relative aux biens
Défense relative aux biens, 15 décembre 1790.
(S.H.P.F.)
Retour des huguenots du Refuge

De nombreux huguenots vont bénéficier de l'Édit royal du 15 décembre 1790 accordant la nationalité française à toute personne exilée pour cause de religion :

« Toutes personnes qui, nées en pays étranger, descendant, en quelque degré que ce soit, d'un Français ou d'une Française expatriés pour cause de religion, sont déclarés naturels français et jouiront des droits attachés à cette qualité s'ils reviennent en France, y fixent leur domicile, et prêtent le serment civique. »

La loi du 15 décembre 1790 règle également la restitution des biens matériels « aux religionnaires fugitifs ». Elle décrète dans son article premier : « Les religionnaires fugitifs et autres dont les biens ont été confisqués pour cause de religion, et leurs héritiers sont appelés à recueillir (...) les biens qui se trouvent actuellement dans les mains des fermiers préposés à leur régie. »

Il est impossible de chiffrer de façon précise le nombre exact de ceux qui ont profité de cette loi. Toutefois, il convient de préciser qu'il fut largement inférieur à celui de l'exode.

Les plus nombreux contingents sont venus de Prusse ou de la Suisse romande. Parmi ces derniers, on peut signaler à titre d'exemple l'écrivain et homme politique Benjamin Constant (1767-1830).


Bibliographie
• BOURDON, Jean-François, Les pasteurs réformés face à la déchristianisation de l'An II, mémoire de maîtrise, Université Pierre Mendès-France, 1987.
• VOVELLE, Michel, La Révolution contre l'église : de la raison à l'être suprême, Complexe, Bruxelles, 1988.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1989, Les Protestants et la Révolution française.
• Réformes et Révolutions, VIALLANEIX Paul (dir.), ENCREVÉ, André, Les Protestants et la révolution française, 1990, p. 192.


André Jeanbon Saint-André (1749-1813)

Issu d'une famille et d'une région réformées, André Jeanbon, dit Saint-André, se tourne vers le ministère pastoral après avoir entamé une carrière d'officier dans la marine. Actif pendant la période révolutionnaire, il sera désigné comme consul puis préfet par le nouveau Régime et nommé baron d'Empire. Il mourra dans la fidélité à la foi réformée.

Pour informations complémentaires, voir : André Jeanbon Saint-André (1749-1813).



Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-1793)

Défenseur de la liberté religieuse, Jean-Paul Rabaut, dit Saint-Étienne lutte pour faire disparaître le régime d'exception qui exclut les protestants de la société française depuis la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).

Pour informations complémentaires, voir : Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-1793).



Un peu d'histoire

18e siècle

La guerre des Camisards
Le désert héroïque
Le désert toléré
La révolution et les protestants
L'Alsace et Montbéliard
Le Refuge au XVIIIe siècle
La religion du désert
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français