Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
Les protestants et la vie économique
Les protestantismes européens
Portraits

Le XIXe siècle est, pour le protestantisme français, celui d'un intense « Renouveau » dans tous les domaines : effervescence intellectuelle et confrontations théologiques, dynamisme dans les secteurs de la vie civile et sociale.


C'est tout d'abord l'organisation de la communauté protestante, rendant visible sa réintégration dans la vie française, qui va être modifiée. Cette réintégration avait commencé en 1787, avec l'édit de tolérance qui accordait aux huguenots un état civil et par la Révolution de 1789 qui reconnaissait la liberté de culte. Mais la nouvelle organisation de l'Église réformée et de l'Église luthérienne d'Alsace sera l'oeuvre de Bonaparte, dans le cadre du Concordat et des articles organiques. Cependant, le nouveau système est générateur de difficultés, et, après un temps des divisions, il faudra attendre la séparation des Églises et de l'État pour que s'accélère la marche vers l'unité marquée par la création en 1905 de la Fédération protestante de France. Le protestantisme en Alsace sera naturellement marqué par l'annexion allemande de 1871.

   • Organisation de la communauté protestante
   • Le Concordat
   • Le temps des divisions parmi les Églises Réformées
   • La séparation des Églises et de l'État
   • La marche vers l'union
   • Le luthéranisme français
   • Le protestantisme en Alsace



Organisation de la communauté protestante

La communauté protestante, sortie de la clandestinité, doit se réorganiser. Le Concordat lui impose un nouveau cadre institutionnel, qui, tout en apportant la protection de l'État, sera à l'origine de nombreuses difficultés du fait de l'absence d'autorité centrale. À partir des années 1850, l'organisation de la communauté protestante réformée va se trouver divisée par des débats doctrinaux souvent très vifs. Mais la nécessité d'être unis vis-à-vis des pouvoirs publics conduira à la création en 1905 de la Fédération protestante de France.

De la tolérance à la reconnaissance
Le protestantisme en France
Le protestantisme en France vers 1815.
(Dubief et Poujol)

Durant plus d'un siècle, de 1685 à 1787, la communauté protestante persécutée, survit clandestinement. Malgré la reconstitution secrète des cadres ecclésiastiques, et même des synodes, une exécution de pasteur a encore lieu en 1762, et il faut attendre 1787 qu'un édit de Louis XVI, l'édit de tolérance, accorde aux huguenots un état civil, sans cependant leur reconnaître ni la liberté de culte ni l'égalité devant les charges et offices publics.

Les protestants accueillent la Révolution de 1789 comme une libération, l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme accordant la liberté de conscience et la liberté de culte « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi ». La situation se modifie avec la Terreur, prêtres, rabbins et pasteurs devant abdiquer et renoncer à leur ministère. Après le 9 Thermidor 1794, la situation se normalise progressivement.

Au début du XIXe siècle, la communauté protestante comportait environ 500 000 réformés dispersés dans tout le pays, et environ 220 000 luthériens en Alsace et dans le pays de Montbéliard. À l'exception de la noblesse de cour et de la haute magistrature, et en soulignant le fait qu'au début du XIXe siècle le protestantisme français est massivement rural, toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées, sa répartition variant beaucoup d'une région à l'autre : paysans dans le Poitou, petits propriétaires dans le Sud-Est, commerçants et industriels dans l'Est, grands domaines de la noblesse huguenote dans le Sud-ouest, enfin banquiers et financiers dans les grandes villes.

La croissance démographique de l'ensemble de la population française au cours du XIXe siècle fait passer le protestantisme français à près de 850 000 personnes au milieu du siècle, soit 2,35% de la population, la perte de l'Alsace-Lorraine réduisant ce chiffre à environ 600 000, soit 1,6%. Les protestants ne représentent donc qu'un très petite minorité de la population, répartis irrégulièrement entre les « forteresses » de l'Alsace ou du Midi cévenol et la dissémination dans le reste du territoire.

La signature du Concordat
La signature du Concordat.
(Collection privée)
Refondation

La première partie du XIXe siècle est celle où les protestants reconstituent leurs forces. Il leur faut rebâtir leurs cadres matériels (reconstruire les temples), intellectuels (installer des facultés de théologie pour former les nouveaux pasteurs). Mais avant tout il leur faut recréer leurs cadres institutionnels : c'est la période que certains historiens dénomment la « refondation ».

Le Concordat (1801), complété par les lois organiques de 1802, établit la nouvelle organisation des Églises réformées de France, ainsi que celle de l'Église luthérienne : le protestantisme français accepte favorablement la protection de l'État apportée par le Concordat. Cette nouvelle organisation de la communauté protestante sera pourtant à l'origine de nombreuses difficultés, qui émailleront tout le XIXe siècle : elle impose une organisation contraire à la tradition d'égalité entre toutes les Églises locales et surtout elle reste muette quant à l'existence d'un synode national, seule autorité compétente en matière doctrinale chez les réformés. Les Églises réformées demeurent un corps sans tête.

Le temps des divisions : à partir des années 1850, l'organisation de la communauté protestante réformée va se trouver compliquée par les débats souvent très vifs qui opposent libéraux et évangéliques (cf. les différents courants doctrinaux) et qui, venant se surajouter à ces difficultés institutionnelles, aboutissent à ce que certains ont appelé un « schisme », consommé en 1872 lors du premier synode national organisé depuis la révocation.

La séparation des Églises et de l'État (9 décembre 1905) est acceptée assez facilement par les protestants : certains d'entre eux la réclamaient depuis longtemps, et la loi, qui autorise les unions d'associations cultuelles au niveau national, met ainsi un terme aux difficultés nées du Concordat.

La marche vers l'unité

La marche vers l'unité résulte de la nécessité d'être unis vis-à-vis des pouvoirs publics, et elle est facilitée par l'évolution doctrinale. Elle aboutit à la création en octobre 1905 de la Fédération protestante de France qui regroupe les réformés (évangéliques, libéraux, libristes), les luthériens, les méthodistes, rejointe plus tard par les baptistes, clôturant de manière heureuse ce siècle de refondation.

Le protestantisme en Alsace va suivre une évolution comparable, le Concordat modifiant l'organisation de l'Église luthérienne en ne reconnaissant que l'Église consistoriale de six mille âmes, mais il maintient une structure centrale, le consistoire de Strasbourg. Par ailleurs, le débat entre libéraux et évangéliques ne prendra jamais l'intensité de celui qui marque l'Église réformée. Après la perte de l'Alsace, de nombreux protestants rejoignent l'« intérieur » où la communauté luthérienne, réduite à 80 000 membres restera unie dans l'Alliance nationale des Églises luthériennes.


Bibliographie
• ENCREVÉ, André, Les protestants en France de 1800 à nos jours. Histoire d'une réintégration, Stock, Paris, 1985.


Le Concordat

Le Concordat, complété par les Articles organiques, réglemente la vie des Églises aussi bien protestantes que catholiques. Il ne contient aucune mesure restrictive, et pour la première fois les pasteurs seront payés par l'État. Mais le Concordat ne reconnaît que les Églises « consistoriales » de 6 000 âmes, et non pas les Églises « locales », mieux adaptées à la dispersion des protestants. Surtout, il ne reconnaît pas le synode national, autorité centrale traditionnelle de l'Église protestante, seule capable d'arbitrer d'éventuels conflits.

La signature du Concordat
La signature du Concordat.
(Collection privée)
La recherche de la paix civile

En organisant un nouveau régime politique après son coup d'État du 18 brumaire (9 novembre 1799), Bonaparte a pour but de rétablir la paix civile, et à ses yeux la politique religieuse est une question importante. Agnostique, il connaît mal le protestantisme, mais tient volontiers des propos aimables à son égard (« Nous voudrions que tout le monde fût protestant » dit-il en 1801...) pour faire contrepoids au catholicisme auquel il refuse le titre de « religion dominante » que réclamait le pape, se contentant de le qualifier de « religion de la grande majorité des citoyens français ».

Le Concordat, conclu avec le pape Pie VII et signé en le 8 septembre 1801, n'entre pas immédiatement en vigueur, il ne devient loi de l'État que le 8 avril 1802 (18 germinal an X), après avoir été complété par les articles organiques, ajoutés par Bonaparte, sans concertation avec le pape, articles qui forment un ensemble de règles réglementant la vie de l'Église catholique et organisant les cultes protestants. La question du culte juif est remise à plus tard, ce délai étant alors motivé par l'idée que les Juifs forment plus un peuple qu'une religion, et leur culte ne sera réorganisé qu'en 1808.

Cependant il s'agit non pas d'une loi négociée, mais d'une décision du gouvernement : en effet, le ministre responsable (Portalis) a bien consulté quelques notables protestants luthériens ou réformés, surtout le pasteur Paul-Henri Marron et Pierre-Antoine Rabaut-Dupui membre du Corps Législatif, mais n'a guère tenu compte de leurs avis. En fait, Bonaparte ne reconstitue pas du tout l'Église protestante – en particulier sa branche réformée – telle qu'elle existait avant les persécutions, il bouleverse son organisation, d'où de nombreuses difficultés et des facteurs de division.

Le synode de 1598 est en partie oublié

La nouvelle organisation de l'Église réformée bouleverse sur plusieurs points l'organisation traditionnelle :

Au XVIe siècle, l'Église réformée est organisée selon le système dit « presbyterien synodal » : la base est l'assemblée des fidèles de l'Église locale qui élit les membres du consistoire, ou conseil des anciens (« presbytes »), renouvelé ultérieurement par cooptation. Ce consistoire choisit le pasteur, qui le préside, et ce conseil choisit ses représentants au « colloque » (réunions des représentants de quelques Églises locales) ; c'est également le conseil des anciens qui élira les délégués au synode particulier (ou provincial). La réunion des représentants au synode particulier forme le synode général. Le synode provincial règle les questions disciplinaires régionales, le synode général statue en dernier ressort et dispose de l'autorité doctrinale. Conséquence logique du sacerdoce universel, ces assemblées sont composées de laïcs et de pasteurs.
La loi de Bonaparte ignore l'Église locale, ne reconnaissant que les Églises dites « consistoriales », qui, à l'instar de la cure catholique, compte « six mille âmes de la même communion ». Compte tenu de la dispersion des protestants, cette Église consistoriale doit regrouper plusieurs Églises locales, créant ainsi une hiérarchie entre les Églises, ce qui est contraire à la tradition d'égalité entre toutes les Églises locales. Par ailleurs, seuls les synodes « particuliers » provinciaux sont reconnus, dont la réunion nécessite une autorisation gouvernementale, qui ne sera du reste jamais accordée. Surtout, la loi est muette sur le synode général, qui est cependant la seule autorité en matière dogmatique et disciplinaire : les Églises réformées demeurent donc un corps sans tête. Enfin, l'État se mêle des problèmes spirituels, l'article 4 précisant qu'aucune décision doctrinale ou dogmatique – en particulier aucune confession de foi – ne pourra être publiée et enseignée sans avoir reçu l'autorisation du gouvernement.
En 1802 seront ainsi créées 81 Églises consistoriales, et 19 Églises oratoriales pour les groupes trop faibles en nombre et situés dans un département où aucun consistoire n'a été créé. L'Église locale ne disparaît pas, mais n'a aucune existence officielle, et c'est le consistoire qui va recruter le pasteur. Désignés pour quatre ans, les membres laïcs des consistoires sont recrutés par semi-cooptation et doivent être choisis parmi les citoyens les plus fortunés, disposition contraire à l'esprit démocratique du protestantisme réformé. Comme l'écrira plus tard le pasteur Pédézert : « Ni les apôtres ni Jésus-Christ n'auraient pu être électeurs ou élus dans notre Église telle que Napoléon et ses ministres l'avaient voulue ». Le synode général étant ignoré, en pratique le gouvernement de l'Église réformée est confié aux notables.

Les protestants acceptent cependant avec reconnaissance ce statut qui les reconnaît et ne contient aucune mesure restrictive par rapport aux catholiques, les pasteurs exerçant une fonction officielle et pouvant être invités en tant que tels aux cérémonies publiques. Pour la première fois, ils seront payés par l'État. Les Églises reconstituent leurs communautés, en particulier leur encadrement religieux. À la faculté de théologie de Strasbourg réservée aux luthériens, à celle de Genève alors intégrée à l'Empire, va s'ajouter pour les réformés la création en 1808 d'une Faculté de théologie à Montauban. En 1814, le corps pastoral, affaibli après 1792 se rétablit : 214 postes de pasteurs réformés sont pourvus, presque le double des effectifs de 1802.

Difficultés d'adaptation

Les difficultés posées par une loi inadaptée vont progressivement apparaître :

La discipline et les synodes : la Discipline des Églises réformées est un texte normatif datant de 1559, sorte de constitution qui règle la vie de l'Église, son organisation matérielle comme les questions spirituelles. Le Concordat reconnaît cette Discipline, mais il devient difficile de la mettre en oeuvre. En effet, le consistoire est la seule autorité, constituée de notables (dans lesquels le peuple protestant ne se reconnaît du reste pas toujours), et il n'y a pas de structure réunissant les consistoires : la loi n'a pas prévu de synode national, et les synodes particuliers/provinciaux, pourtant prévus par la loi, ne seront pas autorisés à se réunir. Une expérience modeste se déroule dans la Drôme entre 1848 et1853, mais il n'y a pas de réunion générale des synodes particuliers. D'où la question en l'absence de synode, quelle autorité se chargerait d'appliquer la Discipline ?
L'Église locale : selon les habitudes réformées, l'Église locale joue un rôle fondamental, cadre où se déroule la vie des fidèles, et base de la pyramide d'assemblées qui constitue la structure de l'Église réformée. Or la loi de germinal ignore l'Église locale, en méconnaissant ainsi sa nature même.

Moyens pour affirmer une identité protestante

Aussi, dans le but de créer des structures de rencontre où les problèmes communs pourront quand même être évoqués à l'échelon national, ne serait-ce que de façon officieuse, divers artifices seront utilisés :

Création de différentes Sociétés religieuses (cf. Oeuvres) dont on citera les principales : Société biblique protestante de Paris (1818), Société des Traités religieux (1821), Société des missions évangéliques (1822), Comité pour l'Encouragement des Écoles du dimanche (1826), Société pour l'Encouragement de l'Instruction Primaire parmi les protestants de France (1829), Société Évangélique de France (1833), et à partir de 1835, diverses sociétés protestantes fusionnent en 1847 pour former la « Société Centrale Protestante de France » ; toutes ces sociétés sont en général animées par des laïcs fortunés et dévoués.
Organisation des Conférences pastorales : Jean Monod à Paris, Samuel Vincent à Nîmes. Elles ont une réelle importance car elles permettent d'évoquer les problèmes ; mais elles n'ont aucun pouvoir de décision, elles ne remplacent pas les synodes.

Jusqu'en 1848, tant que les huguenots ne sont pas trop divisés, le débat dogmatique ne prend pas de proportions trop importantes ; mais dans les années suivantes, il va se durcir, et comme il n'y a pas d'autorité centrale, il conduit à une division.



Le temps des divisions parmi les Églises Réformées

Sous la IIe République, la reconstitution du système synodal central est envisagée, mais n'a pas le temps d'aboutir. Napoléon III, en 1852, rétablit les Églises locales, mais l'absence persistante de toute autorité centrale va favoriser les divisions créées par les conflits doctrinaux entre libéraux et évangéliques.

Après 1848, des débats sans fin


Charles Read
Charles Read
(1819-1898).
(S.H.P.F.)
La révolution de février 1848 introduit, pour quelques mois, la liberté de réunion. En septembre, une assemblée générale se réunit, les délégués étant élus au suffrage universel masculin, sans tenir compte des membres des consistoires. Un projet de réorganisation du statut légal de l'Église est préparé, qui propose la suppression des conditions de fortune pour l'élection des anciens, la reconnaissance de l'Église locale, et la reconstitution du système presbytérien-synodal ; ce projet n'aboutira pas.

Second Empire : après le coup d'État du 2 décembre 1851 Napoléon III signe le 26 mars 1852 un décret-loi, à la rédaction de laquelle a participé Charles Read, réaménageant le statut légal des Églises protestantes : élection au suffrage universel masculin des anciens et reconnaissance des Églises locales et de leur « conseil presbytéral ». Par contre, le système synodal n'est pas rétabli : certes, une structure centrale est créée, le « Conseil central des Églises réformées », mais ses membres sont nommés par l'État, et sans légitimité dans l'Église, son rôle sera réduit. L'Église réformée demeure sans tête, sans autorité centrale capable d'arbitrer les conflits de doctrine.

À partir de 1860, le débat entre libéraux et évangéliques orthodoxes se durcit. La radicalisation des libéraux inquiète les « orthodoxes », le parcours d'E. Scherrer ayant valeur d'exemple : le libéralisme extrémiste, en portant la critique des Écritures et des dogmes conduisait tout droit à un athéisme destructeur. Le conflit doctrinal s'étend à l'organisation de l'Église. Les conférences pastorales de Nîmes (libérales) et de Paris (évangéliques) adoptent peu à peu des positions opposées, et la nomination des pasteurs est souvent objet de contestation (cf. l'affaire Coquerel). Des « schismes » éclatent lorsque tel pasteur touché par les idées du Réveil se refuse à distribuer indistinctement la sainte Cène (cf. A. Monod). Les évangéliques demandent que les libéraux extrémistes soient interdits de prêcher dans les chaires de l'Église réformée, et plaident pour la réunion d'un synode général qui rédigerait une déclaration de foi à laquelle les pasteurs seraient obligés d'adhérer. Les libéraux modérés partagent les positions dogmatiques des évangéliques, mais ne peuvent les suivre sur un point : un protestant réformé se définit non par les doctrines qu'il professe, mais par la méthode d'analyse du texte biblique, c'est-à-dire le libre examen des Écritures ; comme les libéraux extrémistes reconnaissent le libre examen, nul n'a le droit de leur interdire la prédication dans l'Église.

Nécessité d'un arbitrage

Des positions pourtant encore irréductibles

Athanase Coquerel père
Athanase Coquerel père (1795-1868).
(S.H.P.F.)
Dans l'ecclésiologie réformée, ce serait à un synode de trancher. L'absence de synode empêche de trancher la querelle, qui ira en s'amplifiant, malgré l'intervention de notables laïcs comme Gustave Fornier de Clausonne. À plusieurs reprises, des protestants notables, en particulier François Guizot, vont aux Tuileries solliciter l'arbitrage de l'Empereur, ce qui permet à l'impératrice de faire remarquer, avec bon sens, à son mari : « vous ne pouvez pas être le pape d'une religion dont vous n'êtes pas ».

Après beaucoup d'hésitations, le premier synode général officiel, décidé en novembre 1871 par Thiers, se réunit à Paris en juin – juillet 1872. Les évangéliques sont majoritaires, ils font aboutir leurs projets :

adoption d'une déclaration de foi qui devra être imposée aux nouveaux pasteurs – au risque d'exclure les libéraux extrémistes,
conditions religieuses de l'électorat réformé,
reconstitution complète du système synodal-presbytérien.

Des positions pourtant encore irréductibles

Synode de l'Église réformée de France
Synode de l'Église réformée de France, juillet 1872.
(S.H.P.F.)
Mais les libéraux modérés, bien que d'accord sur la doctrine (mais pas sur l'ecclésiologie), se solidarisent avec les libéraux extrémistes, et refusent de mettre en application les décisions du synode. Seul l'appel au gouvernement permettrait de sortir de l'impasse, compliquée par une procédure juridique avec appel au Conseil d'État, mais le gouvernement ne veut pas se mêler des problèmes internes des Églises réformées, et laisse les protestants régler eux-mêmes le schisme de leur Église.

Dans les dernières décennies du XIXe siècle, deux Églises différentes coexistent de fait au sein du protestantisme réformé français, la plupart des libéraux extrémistes quittant l'Église de leur propre mouvement :

Les évangéliques, refusant d'attendre davantage, organisent en novembre 1879 leur premier synode officieux, ouvert à tous ceux, environ les 2/3 des réformés, qui acceptent les décisions du synode de 1872.
Les libéraux les imitent et organisent en 1882 leurs assemblées générales.
Cette situation durera jusqu'en 1906.



La séparation des Églises et de l'État

La séparation des Églises et de l'État (9 décembre 1905) est acceptée assez facilement par les protestants. La loi autorise enfin les unions cultuelles.

L'affirmation de la laïcité ne pose pas vraiment de problèmes aux protestants

Eugène Réveillaud
Eugène Réveillaud
(1851-1935).
(S.H.P.F.)
La séparation des Églises et de l'État (9 décembre 1905) est acceptée assez facilement par les protestants. Minorité habituée à se méfier de l'État, ayant souffert du triomphalisme catholique, encore très actif pendant la période de l'Ordre moral (1873-1876), certains de ses membres sont probablement satisfaits de voir l'Église catholique réduite au droit commun d'une association comme les autres. Par ailleurs, il existe depuis longtemps une petite minorité déjà indépendante de l'État : les Églises évangéliques non concordataires.

Certes, l'unanimité ne règne pas : les luthériens sont plutôt hostiles, les réformés libéraux également, alors que les réformés orthodoxes, plus proches du « bloc des gauches », sont plutôt favorables, en tout cas résignés. Du reste, les corps ecclésiastiques ne prennent pas position de manière officielle, la situation étant difficile face à la « vague d'incrédulité agressive qui roulait sur la France » (W. Monod). L'affaire Dreyfus, la campagne antisémite qui l'accompagnait, les mesures contre les congrégations, les Congrès nationaux de la Libre Pensée, les campagnes anticléricales faisaient apparaître la séparation comme une victoire de l'antichristianisme.

Mais dans l'ensemble, les protestants se sentent plus proches des républicains, d'autant qu'une campagne anti-protestante se développe autour des années 1890 dans la presse cléricale et nationaliste anti-dreyfusarde.

Au printemps 1895, pour faire front, et se préparer à la séparation, une assemblée de protestants réformés orthodoxes propose la réunion d'une assemblée protestante, qui aboutira à la réunion en novembre 1896 à Lyon d'une assemblée générale des réformés, renouvelée en 1899.

Bien renseignés par le protestant Eugène Réveillaud (1851-1935) député radical et son fils Jean, membre du cabinet d'Émile Combes, et par Louis Méjean (1874-1955), collaborateur d'Aristide Briand, les dirigeants réformés orthodoxes parviennent à influencer la rédaction de la loi de façon à ce qu'elle autorise les unions d'associations cultuelles non seulement locales mais également nationales. Le maintien d'une structure nationale, le synode, destinée à éviter les « désordres », est en effet un souci majeur des évangéliques.

L'Alsace, allemande à cette époque, n'est pas concernée par cette loi, et gardera son statut spécial lors de la réunification.


Bibliographie
• MONOD, Wilfred, Pour l'Unité protestante, Paris, 1932.


La marche vers l'union

Au début du XXe siècle, la nécessité d'être unis va s'imposer à différentes Églises protestantes, aboutissant à la création en 1905 de la Fédération protestante de France.

Charles Wagner
Charles Wagner.
(S.H.P.F.)
Organisation des Églises réformées

La diversité des réformés va persister jusqu'aux premières années du XXe siècle. Après la dénonciation du Concordat, le synode officieux de Reims en mai 1905, avait décidé la convocation d'une Assemblée générale des Églises réformées, qui n'eût pas lieu. Pour éviter la rupture entre les deux grandes fractions, qui semblait s'être durcie lors du synode de Montpellier (1906), un appel fut lancé par quelques pasteurs, dont W. Monod, pour réunir une Assemblée destinée à étudier les moyens à mettre en oeuvre pour restaurer l'unité. Cette réunion eut lieu à Jarnac (octobre 1906), et une Déclaration de principe fut élaborée, avec l'appui de Charles Wagner et W. Monod. En fait, la réunion de Jarnac fut un échec, car loin d'aboutir à une réunification, elle entraîna l'apparition d'une 3ème Union, l'Union nationale des Églises réformées (dite le plus souvent « Union de Jarnac ») officialisée l'année suivante au synode de Paris.

Le protestantisme réformé français était ainsi formé de 3 Unions d'Églises :

l'Union des Églises réformées évangéliques : la plus nombreuse,
avec 440 Églises et 410 pasteurs.
l'Union des Églises réformées unies (anciennes Églises libérales),
avec 100 Églises et 120 pasteurs.
l'Union nationale des Églises réformées ( dite de Jarnac)
réunissant 80 Églises et 100 pasteurs.

On dénombrait également une cinquantaine d'Églises autonomes.

« Jarnacquois » et libéraux s'uniront en 1912, sous le nom d'Union des Églises réformées.

La Fédération Protestante de France

Mais la nécessité d'être unis vis-à-vis des pouvoirs publics, l'évolution doctrinale des libéraux, l'action des pasteurs Wilfred Monod et Élie Gounelle notamment, aboutissent à la création en octobre 1905, à Nîmes, de la Fédération protestante de France, qui regroupe les Églises réformées (évangéliques, libérales, libristes), les Églises luthériennes, les Églises méthodistes, rejointe par une partie des Églises baptistes en 1916.


Bibliographie
• MONOD, Wilfred, Pour l'Unité protestante, Paris, 1932.


Jeanbon Saint-André
Jeanbon Saint-André
(1749-1813), par David.
Portrait dessiné pendant l'incarcération commune de Jeanbon et de David au Collège des Quatre-Nations, en 1795.
(S.H.P.F.)
Le luthéranisme français

Au début du XIXe siècle les Églises luthériennes sont organisées suivant les dispositions des articles organiques de 1802. De nombreux luthériens viennent s'établir en France, surtout après la guerre de 1870 lors de la perte de l'Alsace, mais beaucoup rejoignent les Églises réformées.

L'organisation du luthéranisme à partir de 1802

Le luthéranisme français au XIXe siècle est essentiellement concentré en Alsace et dans le Pays de Montbéliard, anciennes Terres d'Empire. Au recensement de 1801 on compte en France 197 054 luthériens en face de 485 316 réformés. Au moment de la mise en place des articles organiques, certains calvinistes influents, tels Robert Saint-Étienne et l'ancien pasteur Jean-Bon-Saint-André, devenu préfet du département rhénan du Mont-Tonnerre, suggèrent la réunion des luthériens et réformés puisqu'il « n'existe presque point de différences entre (leur) culte... les deux sectes (sic) ont adopté sans difficulté les mêmes livres liturgiques ». L'Église de Genève, de son côté, estime « qu'il est essentiel... de faire cesser ce schisme odieux ». Les luthériens d'Alsace, derrière ce qui va devenir le Consistoire général, s'y opposent fermement.

Le luthéranisme français s'organise donc conformément à la loi du 18 germinal an X, incluant les « articles organiques des cultes protestants » avec un « Consistoire général » établi à Strasbourg, six inspections et une Église consistoriale à Paris. L'Inspection de Montbéliard dépend de Strasbourg.

Saint-Pierre le Jeune
Strasbourg, Saint-Pierre le Jeune.
(S.H.P.F.)
Le luthéranisme en Alsace et au Pays de Montbéliard

Mais le luthéranisme alsacien est traversé par un mouvement contradictoire : si en Alsace du Nord règne un luthéranisme très orthodoxe, il n'en est pas de même en Alsace centrale où l'influence des piétistes est importante. À Strasbourg, la bonne bourgeoisie, largement modelée par la culture des Lumières, fort influencée par une Faculté de théologie marquée par Kant et Schleiermacher devient de plus en plus libérale. Mais elle reste attachée à son Église, même si on ne la fréquente guère à l'exception des grandes fêtes.

Il y a, à cet égard, une vraie coupure entre la bourgeoisie dirigeante et le reste de la population, petite bourgeoisie et artisans, qui demeure proche de la tradition solide du vieux noyau luthérien. Mais le contraste est grand entre les fidèles encore religieux et un corps pastoral de plus en plus sécularisé au point qu'au milieu du siècle le pasteur Horning appelait du haut de la chaire de Saint-Pierre-le-jeune à « ré-évangéliser l'Alsace ». Il est vrai qu'un président de Consistoire estime que « les pasteurs ont paru oublier les livres symboliques sur lesquels ils prêtent serment et arrivent à publier des sermons où le nom de Jésus Christ n'est pas prononcé ! »

Toutefois le luthéranisme alsacien, sous l'impact du Réveil, va s'attacher à la création d'innombrables oeuvres diaconales qui subsistent pour la plupart ; il est vrai que cela rejoint parfaitement ce qu'un Inspecteur ecclésiastique appelle « la moralisme chrétien rationalisant ». La situation est analogue dans le Pays de Montbéliard.

Orgue de l'église
Paris, orgue de l'église luthérienne
des Billettes.
(O. d'Haussonville)
Le luthéranisme à Paris

La situation est totalement différente à Paris : l'Église consistoriale de Paris a quadruplé le nombre de ses pasteurs entre 1820 et 1860 en raison de l'arrivée d'artisans et de commerçants alsaciens mais aussi allemands. Ceux-ci sont pieux et très attachés au luthéranisme orthodoxe ; cette tendance est renforcée par le poids de la tradition apportée par la vieille communauté réunie à la chapelle de l'Ambassade de Suède sous l'Ancien Régime. Elle est en effet à l'origine de la première paroisse luthérienne de Paris, celle des Billettes, créée par décret impérial en 1808. Aux Billettes on célèbre le culte selon la liturgie suédoise et cette tradition perdure encore aujourd'hui.

Temple de Saint-Martin
Temple de Saint-Martin à Montbéliard.
(S.H.P.F.)
La croissance grâce aux luthériens alsaciens

La guerre de 1870 va profondément modifier cette situation. Les 286 000 luthériens deviennent pour la plupart allemands après la défaite, le traité de Francfort de mai 1871 et la cession de l'Alsace au Reich. Toutefois une partie de la bonne bourgeoisie luthérienne d'Alsace opte pour la France avec nombre d'artisans tandis que la masse rurale demeure en Alsace-Lorraine. En 1872 il n'y a plus guère que 45 000 luthériens en France, 30 000 dans le Pays de Montbéliard, une dizaine de milliers à Paris et à Lyon, 1500 à 2000 luthériens se dispersent dans le reste de la France et 4000 à 5000 en Algérie.

Dès lors se constitue l'Église évangélique luthérienne de France avec un Synode général et deux inspections, celle de Paris et celle de Montbéliard divisée en six consistoires dont un en Algérie.

La décroissance

À l'origine la bourgeoisie luthérienne d'origine alsacienne s'intègre dans l'Église luthérienne de Paris mais peu à peu entre 1890 et 1940 elle rejoint les paroisses réformées : pensons à quelques grands noms qui siègent encore en 1885 dans les instances synodales parisiennes, Appia, Boegner, Goguel que l'on retrouve dès le début du XXe siècle pasteur ou fidèle d'une Église réformée, en 1880, il y a dans la HSP (haute société protestante) bon nombre de luthériens ; un siècle plus tard leurs descendants, soit du fait de mariages mixtes, soit pour des raisons sociales ou tout simplement théologiques se retrouvent – quand ils sont encore protestants – intégrés dans le milieu réformé.

À partir de 1871 – et cela perdurera jusqu'en 1918 – le luthéranisme français n'est qu'une petite Église, largement coupée de ses racines, qui, malgré les efforts de certains, vit à l'ombre du monde réformé.

F.G. Dreyfus



Le protestantisme en Alsace

En Alsace, l'importante communauté luthérienne, de même que la communauté réformée prédominante à Mulhouse, vont être soumises aux mêmes contraintes que celles de l'Église réformée de « l'intérieur ». Cependant, le maintien d'une structure centralisée et la moindre intensité des débats doctrinaux permettront d'éviter les divisions. Après la défaite de 1871, de nombreux protestants rejoindront la France de l'intérieur.

Jean-Frédéric Oberlin
Jean-Frédéric Oberlin
(1740-1826).
(S.H.P.F.)
L'exception alsacienne

Au début du XIXe siècle, on dénombre environ 220 000 luthériens en Alsace et dans le Pays de Montbéliard.

En Alsace, les luthériens constituent 1/3 de la population, nombreux dans les anciennes villes libres de Munster, Colmar, Wissembourg, surtout de Strasbourg où en 1800 on compte 25 000 protestants sur 38 000 habitants. On dénombre 160 paroisses luthériennes desservies par plus de 200 pasteurs. Les réformés sont évalués à 25 000 (16 pasteurs), surtout à Mulhouse (14 000) ville indépendante jusqu'en 1798 et exclusivement réformée.
La principauté de Montbéliard, longtemps propriété du prince de Wurtemberg, se compose des quatre seigneuries (Blamont, Clémont, Héricourt et Chatelot) sous souveraineté française dès 1676 et du comté de Montbéliard rattaché à la France en 1793.

Avant 1789, en vertu du principe cujus regio ejus religio, les Églises protestantes dépendaient de leur prince, qui organisait la hiérarchie ecclésiastique : quelques paroisses sont placées sous l'autorité d'un surintendant, ou inspecteur ecclésiastique, lui-même contrôlé par un consistoire (ou régence ecclésiastique) composé de laïcs, en général hommes de lois et théologiens, qui les surveillent au nom du prince. Dans les villes libres, l'Église est contrôlée par le consistoire dont les membres sont choisis par l'autorité communale. Aucun lien juridique ne réunit les différents consistoires, dont le rôle peut être comparé à celui des évêques dans l'Église catholique.

Les idées nouvelles de la Révolution sont d'abord favorablement accueillies par de fortes personnalités comme Oberlin et Blessig. Lorsque viendra le temps de la dé-christianisation et des arrestations comme « suspects », les cultes sont souvent interdits, la vie religieuse continuant parfois de manière cachée dans des clubs, comme au Ban-de-la-Roche. Comme la plupart des Français, les Alsaciens accueillent favorablement l'arrivée au pouvoir de Bonaparte et le retour à l'ordre.

Une communauté moins divisée

F. Haerter
F. Haerter (1797-1874).
(Mours)
Comme pour l'Église réformée, le Concordat de 1802 modifiera le système qui organisait l'Église d'Alsace. Il ne reconnaît, comme pour l'Église Réformée, que l'Église consistoriale de six mille personnes, et seuls les plus fortunés peuvent devenir membre laïcs des consistoires.

Cinq églises consistoriales sont regroupées sous l'autorité d'un inspecteur assisté d'une assemblée, très surveillée, ne pouvant se réunir qu'avec l'autorisation du gouvernement, en présence du préfet ou du sous-préfet. À la tête se trouve le consistoire général, siégeant à Strasbourg, dont le président est nommé par le chef de l'État. Réuni tous les 5 ans pour une courte séance, ce consistoire ne possède que peu de pouvoirs.
En fait, l'autorité appartient à un Directoire, composé du président du consistoire général, de 2 inspecteurs ecclésiastiques, et de 3 laïcs dont l'un nommé par le Chef de l'État.

Ce statut est bien accueilli, car il reconnaît l'existence de l'Église, l'égalité par rapport aux catholiques, et le versement d'un traitement aux pasteurs. Certes, il modifie l'organisation de l'Église luthérienne, mais la nouvelle « Église de la confession d'Augsbourg » conserve une structure centralisée, et une réunion officieuse, la « conférence pastorale », réunit tous les ans les pasteurs d'Alsace et renforce l'unité du luthérianisme.

En mars 1848, une sorte de révolution ecclésiastique se produit à Strasbourg : le directoire, accusé d'anti-républicanisme, doit démissionner et une assemblée élabore un projet démocratisant l'organisation de l'Église luthérienne, projet qui n'aboutit pas.

L'arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon et le décret-loi du 26 mars 1852 réorganisent la direction de l'Église en renforçant la centralisation : un président nommé par le gouvernement à la tête du consistoire supérieur (10 membres nommés sur 27), et le Directoire (3 membres nommés sur 5), ce dernier exerçant le pouvoir administratif. Cependant, le renforcement de la centralisation ne pose guère de problèmes, car il s'inscrit dans une tradition historique.

Le débat entre libéraux et évangéliques ne prendra jamais l'intensité de celui qui s'installe chez les réformés de l'intérieur. Il faut se souvenir que sous la monarchie, obligée de suivre le traité de Westphalie, les protestants Alsaciens, malgré de nombreuses tracasseries, limitations de droits et vexations, ont conservé la liberté de culte et se tiennent au courant de l'évolution intellectuelle de l'Europe. La pratique du débat théologique n'a jamais été perdue, et les travaux de l'école allemande sont connus. En dépit de l'activité de Franz Haerter et Frédéric Horning qui évoluent vers le courant évangélique-piétiste, les libéraux restent en majorité, depuis les grandes figures de Blessig et Haffner.

Après Sedan


Reuss et Cunitz
Reuss et Cunitz.
(S.H.P.F.)
Le traité de Francfort du 10 mai 1871 consacre la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. Le directoire et le consistoire supérieur, de même que la Faculté de théologie restent à Strasbourg. L'appel de février 1871 de Frédéric Lichtenberger, Nos devoirs envers la France eut un grand retentissement, suscitant de nombreux départs pour l'« intérieur ». La Faculté de théologie de Paris est créée en 1877, où beaucoup d'Alsaciens reprendront leur activité d'enseignant. Les liens intellectuels entre Strasbourg et la France sont cependant maintenus, comme en témoigne l'oeuvre du grand théologien et universitaire Édouard Reuss.

La communauté luthérienne de l'intérieur est réduite à 80 000 membres : un synode se réunit à Paris en 1872, et la nouvelle organisation (loi de 1879) respecte les usages luthériens, avec 2 synodes régionaux (Paris et Montbéliard) et un synode général, l'union étant matérialisée par l'Alliance nationale des Églises luthériennes. En 1906, le nom d'Église de la Confession d'Augsbourg est modifié en Église évangélique luthérienne de France.

En 1918, pour rendre plus aisée la réinsertion des provinces restituées, le gouvernement décide de ne pas appliquer la loi de séparation, ce qui provoque l'apparition de 2 Églises protestantes : l'Église de la confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine et l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, qui conservent les institutions d'avant 1870. La nouvelle Faculté française de théologie est rétablie, dont le doyen est Paul Lobstein. Le francophile Charles Scheer, pasteur à Mulhouse, explique à la Chambre des Députés le « malaise alsacien » et l'importance de la reconnaissance du facteur religieux dans le processus d'assimilation.

Albert Schweitzer apportera au protestantisme alsacien l'éclat de son immense personnalité. Après 1945, la réorganisation de l'Église d'Alsace et Lorraine est sous la responsabilité de Charles Altorffer, qui sera maire de Strasbourg, et celle de la Faculté de théologie sera marquée par la renommée de François Wendel.



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Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français