Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
Les protestants et la vie économique
Les protestantismes européens
Portraits


Dès le début du XIXe siècle, les protestants s'engagent dans des actions concrètes, qui ne cesseront de se développer par la suite, couvrant des domaines de plus en plus variés :

création d'oeuvres, à vocations pratiques diverses,
activités d'évangélisation en France,
organisation des missions dans le monde,
construction de nouveaux temples,
vitalité des Facultés de théologie protestantes,
développement de l'enseignement protestant,
création de la Société d'Histoire du Protestantisme Français.

   • Oeuvres
   • Les Facultés de théologie
   • Le mouvement missionnaire
   • L'enseignement protestant
   • Le christianisme social
   • L'évangélisation protestante
   • La Société de l'Histoire du Protestantisme français (1852)
   • L'armée du salut

Dès le début du XIXe siècle, les protestants s'engagent dans des actions concrètes, lesquelles ne cessent de se développer par la suite, couvrant des domaines de plus en plus variés.

Des actions concrètes


Asile de la Muette
Asile de la Muette,
43 rue du Sergent Beauchat à Paris.
(S.H.P.F.)
Retrouvant une identité dans la société française, les protestants s'engagent dans nombre d'actions concrètes d'intérêt local ou d'intérêt général. Beaucoup d'entre elles permettent d'aménager et de consolider une vie communautaire, qu'il s'agisse de la construction de temples, de la formation des pasteurs, du souci des conditions de vie de ceux-ci, ou de multiplier les moyens d'évangélisation.

Mais beaucoup d'oeuvres sont portées par des exigences qui touchent à l'intérêt général : engagement dans la vie publique, attention aux problèmes du temps, aux déshérités des transformations de la société. Quelques-unes de ces actions visent explicitement à reprendre un terrain trop exclusivement occupé par l'Église catholique.



Oeuvres

Ayant retrouvé les conditions d'une visibilité, les protestants vont s'attacher à la consolider par des engagements militants très concrets.

Sociétés bibliques
Sociétés des missions
Oeuvres pastorales
Oeuvres de charité
Patronages
Oeuvres sociales
Le souci de la jeunesse
Sociétés d'instruction
Les diaconesses de Reuilly

Asile John Bost
Asile John Bost à La Force
(Dordogne) au XIXe.
(S.H.P.F.)
Affirmer son identité

C'est avec le Concordat napoléonien que les Églises protestantes retrouvent les conditions d'une visibilité en France. L'organisation consistoriale, qui leur est alors imposée, si elle est familière aux luthériens, n'est pas vraiment adaptée aux traditions réformées qui sont restées vives dans l'exil. Elle ne l'est pas non plus à la conception que les Églises réformées ont de leur mission : elles ne souhaitent pas nécessairement engager des actions contrôlées trop étroitement par l'État.

La reconquête de sa véritable identité, de son identité propre, à côté de l'Église catholique, à côté de l'État, va s'opérer d'abord avec le concours de « l'internationale » protestante – les Églises de Genève, d'Angleterre et d'Allemagne – qui lui apporteront un soutien matériel et surtout les moyens d'un « Réveil » théologique ou plutôt dogmatique. Peu à peu, elle va aménager sa liberté d'action dans de multiples domaines pratiques.

S'il paraissait raisonnable que des hommes d'État plus nombreux soient protestants, et il y en eut un certain nombre, mettant alors en oeuvre une capacité d'action reposant sur les principes essentiels d'une éducation protestante, les missions de l'Église ne pouvaient pas être définies par l'État. C'est pourquoi les protestants, au XIXe siècle se sont attachés à construire toutes sortes de sociétés, le plus souvent reconnues d'utilité publique, mais définissant librement leur mode d'intervention. Pas moins de 236 oeuvres, à vocation locale ou à vocation générale, furent mises en place, depuis la première Société biblique (1811) qui avait pour vocation de procurer aux fidèles des Bibles en nombre suffisant, jusqu'à l'Association pastorale vélocipédique, fondée en 1891 dont le propos était de faciliter l'évangélisation dans des zones reculées, en passant par la création des Asiles John Bost, sans oublier l'Institution des sourds-muets, les maisons de retraite, le soutien aux veuves de pasteurs, etc. Autant d'oeuvres visant à rendre visible un protestantisme libre et pluriel, dans un contexte plus ou moins ouvert. Manifestement, le temps de la Monarchie de Juillet fut plus favorable que celui du Second Empire. Tout devint plus facile au moment de la IIIe République.

Nombre des oeuvres fondées au XIXe siècle ont continué de se développer au XXe, sachant alors se moderniser et s'adapter aux besoins du temps.

Ces oeuvres, fondées à l'initiative de protestants dont les noms sont encore très familiers, très présents (Monod, Mallet, Vermeil, Hottinguer, Schlumberger, Boissonnas, Boegner, Odier, Bost, etc., familles de pasteurs et aussi de banquiers, de savants, d'industriels), ont fait la gloire du christianisme pratique.

Qu'entend-on par « oeuvre » dans les milieux protestants ?

« Mieux que d'autres peut-être, nous sentons le prix qu'il faut attacher au principe même de l'association librement consentie qui multiplie les forces en les combinant, aussi bien qu'à l'éducation professionnelle, non moins nécessaire pour la pratique des oeuvres de charité que pour tout autre travail. Nous usons de tous les moyens humains que conseillent la prudence et le bon sens. Mais nous devons reconnaître que sans l'Évangile nous serions sans force devant le mal sous toutes ses formes. En dehors de l'Évangile, en effet, quelle consolation aurions-nous à offrir aux malades, quelle paix à l'affligé, quelle compensation au pauvre, quelle lumière à la conscience troublée, quel relèvement à ceux qui sont tombés, quel exemple aux enfants qu'il faut conduire dans la vie, quel rajeunissement au vieillard qui sent ses forces s'éteindre et la vie lui échapper ?

Les résultats que nous recherchons ne sont pas ceux qui peuvent toujours s'apprécier en ce monde ».

Dictionnaire des Oeuvres protestantes, p 184, notice de S. Monod.

Quelle forme d'oeuvre

Outre les grands chapitres – missions, oeuvres pastorales, oeuvres de charité, oeuvres sociales, oeuvres d'instruction – il faut noter que certaines oeuvres sont plutôt liées au mouvement du Réveil, tandis que d'autres sont d'inspiration libérale. Beaucoup ont eu, vis-à-vis des diverses dénominations protestantes, une vocation oecuménique.



Sociétés bibliques

Société Biblique Protestante
Société Biblique Protestante (couverture du
Rapport annuel).
(Mours)
Que chaque fidèle puisse lire la Bible est l'une des exigences fortes de la Réforme. Permettre cette lecture fut donc l'une des premières préoccupations des responsables du culte protestant désormais rétabli. Sa mise en oeuvre ne se fit pas sans rivalités.

Faciliter la lecture de la Bible

Dès le rétablissement du Culte protestant en France, s'est posé le problème de faciliter aux fidèles l'accès à la lecture de la Bible : plusieurs sociétés, sinon concurrentes, tout au moins de visées légèrement différentes se sont créées, aux fins de fournir des Bibles en nombre (et à un coût raisonnable) dans les meilleures conditions de traduction. Elles ont souvent été aidées dans leur action par des Sociétés bibliques déjà établies dans des pays de tradition protestante, qu'il s'agisse d'une aide financière (Allemagne, Angleterre, Écosse), ou de facilité d'accès à des traductions (Suisse).

La première société biblique (la Fondation Léo) a été créée en 1811 à l'initiative d'un théologien saxon qui lui a donné son nom. Elle obtint l'accord du Ministre des Cultes, le Comte Bigot de Préameneu.

Puis, à l'initiative du Marquis de Jaucourt, est fondée en 1818 la Société biblique protestante de Paris. 643 sociétés auxiliaires se créeront dans son sillage, le propos général étant de réunir, de rapprocher, les protestants, sans exclusive ni ingérence dogmatique. Cependant elle a eu besoin pour se développer de l'aide de la Société Biblique britannique, laquelle exerça en fait une surveillance assez étroite sur son activité (par exemple, elle refusait que les Bibles contiennent les textes dits apocryphes). Les discussions avec la Société bienfaitrice furent parfois houleuses, qui eurent pour thème la traduction (deux se faisaient concurrence, en l'occurrence la version Martin et la version Ostervald), les publics visés (fallait-il en répandre l'usage hors des milieux protestants ?). Dès 1820 d'ailleurs, la Société biblique britannique et étrangère s'implante en France pour y mener une action propre (et à des fins ouvertes de conversion) en direction des milieux catholiques et de ceux de la libre pensée. De querelle en querelle avec les bienfaiteurs anglais, naît en 1864 la Société biblique de France, laquelle choisit de travailler plutôt dans le cadre de l'Église réformée et dans des milieux francophones, belge et suisse. Elle s'engage dans un travail raisonné et très exhaustif. Tout d'abord, elle a le souci de traductions fidèles : aux traductions Martin et Ostervald s'ajoutent alors, pour l'Ancien Testament, celle de Perret-Gentil (1847) et celle de Louis Segond (1874), ainsi que la Bible du Synode dont la traduction est engagée en 1883, deux traductions qui tirent parti des progrès de l'exégèse. Par ailleurs, la SBF engage une action non seulement dans les paroisses et au sein des familles, mais dans les hôpitaux, dans les asiles, au sein de l'armée (se limitant dans ce dernier cas à la seule distribution – moins onéreuse – du Nouveau Testament aux soldats). Elle fait également oeuvre historique, rassemblant en un même lieu (54 rue des Saints Pères) des exemplaires rares de traductions du XVIe siècle (cf. Société d'Histoire du protestantisme français). Enfin elle publie un bulletin trimestriel rendant compte de ses initiatives, de son développement et visant à recueillir un soutien financier.

À l'activité principale des Sociétés bibliques, celle de distribuer des Bibles, se sont ajoutées des activités dérivées, telle cette Oeuvre pour faciliter la lecture de la Bible qui s'assure de la fabrication de chevalets capables de recevoir des exemplaires ouverts, ce qui peut permettre d'attirer l'attention de celui qui passe dans tel ou tel lieu où ils seront disposés.

Plus de 10 millions d'exemplaires seront ainsi proposés, tout au long du XIXe siècle, distribués à bas prix et sans profit pour les sociétés éditrices, les 4/5 l'ayant été par les soins de la Société biblique britannique et étrangère.

À ces oeuvres, sont associés, entre autres, les noms du Marquis de Jaucourt, du Baron Ferdinand de Schickler, de François Guizot, de Victor de Pressensé, du pasteur Montandon.

Les sociétés bibliques existent bien sûr, sous diverses appellations, encore aujourd'hui.

Une anecdote


Voiture biblique
Voiture biblique de la Mission bretonne.
(Mours)
C'était peu avant la seconde guerre mondiale et cela se passait dans le département du Tarn, dans une petite ville dont le Maire était Paul Ramadier. Celui-ci, immédiatement après son élection, décide de fermer toutes les écoles catholiques du lieu. Par mesure de rétorsion, l'Évêque décide alors qu'il n'y aura plus de prêtre dans la paroisse. Alors Paul Ramadier demande à un ami pasteur d'assurer une présence quelque peu active dans cette paroisse. Celui-ci accepte à une condition, celle que des Bibles soient données à tous les paroissiens, ce qui fut fait. Le temps passe, l'Évêque change, un prêtre est nommé. Dans une sorte de passation de pouvoir, engagement est pris de conserver les Bibles. Le pasteur avait pour nom André de Robert. Le prêtre François Marty, futur Cardinal Archevêque de Paris ne resta que peu de temps dans l'endroit, et après son départ les Bibles disparurent.


Presbytère de Mooréa
Presbytère de Mooréa.
(S.H.P.F.)

Sociétés des missions

Les oeuvres missionnaires engagées par les protestants français au XIXe siècle se répartissent en deux grandes catégories, celles qui vont en direction des « peuples non chrétiens » et comme telles s'associent plus ou moins facilement à l'expansion coloniale française ; celles qui visent à des actions d'évangélisation sur le territoire français proprement dit.

Les missions extérieures

La Société des Missions évangéliques (actuellement DEFAP)

C'est en 1822 qu'est créée à Paris la Société des Missions évangéliques parmi les Peuples non chrétiens. Ses premières actions prennent place au Lessouto (actuellement Lesotho) en Afrique du Sud. Elles se développeront par la suite en Océanie et notamment à Tahiti, au Zambèze et avec plus de difficultés au Gabon (anciennement français, puis Brazzaville), au Sénégal et en Kabylie. Une brève expérience en Chine sous le Second Empire n'a pas eu de suite.

Dans les premiers temps de son activité, la Société des Missions se glisse dans les sillages déjà creusés par la Société des Missions d'Angleterre, de Hollande et de Suisse, toutes Sociétés protestantes en activité dès le début du XIXe siècle du fait de l'expansion outre-mer de leurs pays respectifs. La Société des Missions prend la place de telle ou telle d'entre elles au gré des changements de protectorat. Son travail sera toujours assez ardu dans le cadre de colonies françaises où des Missions catholiques étaient déjà implantées.

La mission du Lessouto (actuellement Lesotho) a été considérée non seulement comme pionnière, mais comme exemplaire. Aux environs des années 1890, elle comprend 128 « stations » (points d'attache), 81 évangélistes, 57 instituteurs évangélistes, 103 instituteurs « indigènes » qui sont les auxiliaires des missionnaires. 12 443 chrétiens adultes sont recensés qui assurent un rayonnement dans leur environnement, alors estimé à 49 772 personnes. Le soutien logistique comprend 129 écoles primaires, une école normale d'instituteurs, une école supérieure de jeunes filles, une école industrielle, une école biblique, une école théologique. La mission édite un journal mensuel, La petite lumière du Lessouto. Cette réussite aura des retombées visibles au Zambèze.

Le travail de mission est conçu comme un travail spécifique qui suppose une formation particulière des missionnaires. Celle-ci est donnée à Paris, elle est théologique et pratique.

L'ensemble suppose le concours de beaucoup et il est coûteux. La société des Missions a très vite bénéficié de nombreux dons et legs, qui ont permis en 1887 de construire la Maison des Missions (actuellement DEFAP) à Paris, 102 bd Arago.

Par ailleurs beaucoup d'épouses de pasteurs et de missionnaires se sont engagées dans le développement de la Société. Un Comité auxiliaire de Dames de Paris voit le jour en 1830, qui ne cesse de prendre de l'ampleur. En 1866, ce comité propose de former des « enfants missionnaires ». En l'occurrence l'idée était de faire venir des enfants en France pour une durée de deux à trois ans, afin qu'ils y fassent de bonnes études et retournent évangéliser leur pays d'origine. Pour réunir les sommes nécessaires, elles organisèrent une vente de charité annuelle. dont la tradition, sinon cet objectif particulier s'est maintenue jusque dans les années 1990.

Il faut bien sûr noter une sensibilité particulière de la Société des Missions aux problèmes de l'esclavage, problèmes traités parfois en référence claire aux Droits de l'Homme, parfois de manière un peu paternaliste.
L'oeuvre pour les esclaves fugitifs de Saint-Louis au Sénégal

Indépendante de la Société des Missions, cette oeuvre se propose de « secourir et évangéliser les esclaves qui, maltraités à l'intérieur, se réfugient au Sénégal pour échapper au traitement barbare de leurs possesseurs ; choisir parmi ces fugitifs les jeunes gens les mieux disposés et les plus intelligents pour les élever en France et en faire des artisans habiles, des instituteurs et, si Dieu les appelle, des missionnaires, afin qu'un jour le Sénégal, cette terre si inhospitalière pour les Européens puisse être évangélisée par ses propres enfants » (Dictionnaire des oeuvres protestantes).

Maison des Missions
Maison des Missions, aujourd'hui DEFAP.
(S.H.P.F.)
Les Missions intérieures

À côté des Missions à l'étranger, existent de nombreuses Missions intérieures dont les propos couvrent un large éventail d'intérêts.

La Société évangélique de France, créée en 1833, à l'initiative notamment de Victor de Pressensé, a permis de trouver des lieux pour le culte protestant. Au XIXe siècle, 24 églises réformées, 8 églises libres, 2 églises méthodistes, une église de la Confession d'Augsbourg ont été ouvertes. La Société a aussi beaucoup encouragé l'évangélisation itinérante.

La Société centrale d'évangélisation, fondée à Bordeaux en 1835, puis à Paris en 1847 a encouragé la création d'écoles de théologie. Elle a aussi voulu apporter, dans les hôpitaux ou ailleurs, des « secours protestants » à ceux qui en seraient privés.

En 1854 l'opportunité, c'est-à-dire la Guerre de Crimée, se présente de créer un Comité d'évangélisation des militaires protestants. C'est dans son sillage qu'a été reconnue la fonction d'Aumônier militaire protestant, régulièrement pourvue depuis ce moment.

Dans le cadre des missions intérieures, il faut noter la création en 1888, de la Société française pour l'évangélisation d'Israël. Cette oeuvre reprend les activités de la Société des Amis d'Israël, laquelle avait été fondée à Strasbourg en 1835 grâce à des fonds anglais. Son propos (quelque peu troublant) était d'évangéliser les Français de confession juive. La Société publiait une revue Les amis d'Israël.


Bibliographie
• PUAUX, Frank (sous la dir. de), Les oeuvres du protestantisme français au XIXème siècle, Comité protestant français, Paris, 1893, 480 pages.


Oeuvres pastorales

À la reconnaissance officielle des cultes protestants, il fallait donner des assises pratiques. Très vite le problème des conditions de vie du corps pastoral s'est donc posé.
Faculté de Théologie protestante
Paris, Faculté de Théologie protestante.
(S.H.P.F.)

Le souci de la communauté pour ses pasteurs

Si les protestants français ont retrouvé au XIXe siècle une identité publique, ils n'en étaient pas moins assez démunis après la longue épreuve. Se posait bien sûr le problème des lieux de culte : beaucoup de temples ont été construits. Mais se posait surtout le problème de la constitution d'un corps pastoral bien formé et suffisamment nombreux, vivant dans des conditions propres à faciliter son ministère. C'est là le propos d'un certain nombre d'oeuvres pastorales.

L'une des premières tâches à remplir était de faciliter le recrutement des pasteurs ; un certain nombre d'oeuvres visaient notamment à créer, à côté des Facultés de théologie de l'État, des Facultés libres (celle de Montauban, avant qu'elle ne devienne faculté d'État) et des Écoles préparatoires de théologie aux ambitions plus limitées (formation courte et ciblée aux besoins les plus urgents donnée par exemple à l'Institut de Glay ( fondé en 1821) ou à l'École des Batignolles (fondée d'abord à Lille en 1846, puis établie à Paris en 1847).

D'autres visaient à renforcer les liens entre des pasteurs, soit qu'ils aient eu à exercer dans des paroisses isolées (Unions pastorales régionales en Cévennes, en Ardèche, en Normandie), soit qu'ils aient appartenu à une dénomination particulière (association des pasteurs libéraux, fondée en 1885).

D'autres encore se préoccupaient de faciliter la formation continue des pasteurs (ce sont les Sociétés de théologie qui ont notamment vu le jour au moment des progrès de l'exégèse biblique, soit au temps de la crise moderniste dans l'Église catholique).

Au début de la IIIe République, fut créée une Association pour l'encouragement des études à la Faculté de théologie de Paris, laquelle distribuait des bourses d'études et de voyages aux étudiants.

Enfin beaucoup se préoccupaient des conditions de vie des pasteurs et de leur famille. Ce sont les nombreuses oeuvres de prévoyance.

Oeuvres de prévoyance pour le corps pastoral

Triumvirat de pasteurs
Triumvirat de pasteurs
au XIXe siècle.
(S.H.P.F.)
Du fait du Concordat, les pasteurs de l'Église protestante étaient en principe payés par l'État, et pouvaient même bénéficier d'une allocation de retraite. Cependant, ces dotations publiques étaient d'autant plus faibles que le statut des pasteurs était homologué à celui des prêtres. N'étaient donc pris en compte ni le fait que les pasteurs avaient des charges de famille, ni celui que peu de presbytères pouvaient être mis à leur disposition. Il fallait alors pouvoir compléter les traitements alloués au corps pastoral et leur fournir des logements lorsque cela était urgent (Oeuvre des presbytères du Poitou par exemple).

Par ailleurs, les conditions du Concordat n'étant pas toujours appréciées, beaucoup d'Églises, libres par rapport à l'État, s'étaient constituées. Il fallait l'assumer concrètement.

L'un des problèmes lourds a été celui de la retraite des pasteurs. En effet, les allocations d'État étaient si faibles que beaucoup prolongeaient leur vie active au delà du raisonnable.

C'est pourquoi diverses associations se sont peu à peu mises en place dans le propos de gérer cette situation par la réunion et la gestion de fonds propres, dons et legs, notamment. Dans les faits, ce n'est que sous le second Empire que ces problèmes de solidarité dans une communauté de plus en plus visible ont pu être traités en termes opérationnels, avec l'aide de banquiers et grands administrateurs protestants. Un certain nombre de caisses de retraite (pour les pasteurs de l'Église réformée et de l'Église luthérienne) ont vu le jour. Les veuves de pasteurs ont également été prises en charge, mais plutôt à des échelons locaux et régionaux que nationaux, (Association des Veuves protestantes, etc.).

Caisse de retraite des pasteurs de l'Église réformée de France

Elle a été créée comme Caisse complémentaire en 1863 à l'initiative du Président du Conseil d'administration des Chemins de fer PLM, Monsieur Dassier. Outre la promesse d'un legs important, celui-ci prit soin des démarches administratives les plus utiles, constituant un Conseil d'Administration solide (où étaient parties prenantes les familles Vernes, Mallet et Hottinger), faisant approuver les statuts de la Caisse par le Conseil d'État, et s'assurant du concours de la Caisse des Dépôts et Consignations pour le suivi bancaire des biens.



Oeuvres de charité

Beaucoup d'oeuvres de bienfaisance protestante ont été créées au XIXe siècle. Il y avait à cela plusieurs raisons. La première, qui est essentielle, se dit dans une compassion très active vis-à-vis des laissés pour compte d'une société qui se développe très vite, et qui marginalise non sans violence ceux qui ne peuvent s'y adapter, ou qui sont soudain mis « hors circuit » parce qu'ils sont trop âgés, trop faibles, trop malades. Par ailleurs, les protestants tenaient aussi à rendre visible leur spécificité dans des domaines où l'Église catholique occupait traditionnellement une place prépondérante.

John Bost
John Bost (1817-1881).
(S.H.P.F.)
Asiles John Bost

« Ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon maître ».
John Bost

La fondation des Asiles John Bost est un événement très émouvant et impressionnant, un événement qui s'est inscrit dans la longue durée, puisque l'oeuvre est encore à présent très active.

John Bost (1817-1881) était l'un des dix fils du pasteur Ami Bost. Après des études de piano, engagées à la suite d'une rencontre avec Liszt, il décida de devenir, lui aussi et comme six de ses frères, pasteur. Après des études à Montauban, il fut affecté à la paroisse du village de La Force en Dordogne. Ce qui n'aurait pu être qu'un premier poste, fut son seul poste, mais avec quels développements !

Confronté immédiatement à des difficultés insolubles dans le cadre des institutions de charité existantes, en l'occurrence le placement de deux orphelines trop jeunes pour être acceptées à l'orphelinat du département, John Bost décida de les accueillir dans son presbytère et de prendre en charge lui-même leur éducation. Ce sera le premier asile, fondé en 1848, dans lequel seront vite admises d'autres petites filles orphelines. L'oeuvre, sous le nom de « la famille évangélique » se consolide rapidement grâce à des aides sollicitées, entre autres auprès des Églises d'Angleterre et d'Écosse. Elle se dote d'un conseil d'administration.

La réputation d'accueil de John Bost fait que, peu de temps après cette première initiative, on lui demande d'accueillir une orpheline qui est aussi une handicapée mentale. Sa première réaction est de refuser parce qu'il n'a pas les moyens de s'en occuper, parce que cette présence risque de troubler l'équilibre acquis. Contraint pourtant d'accepter, il mobilise ses forces et parvient à établir une communication active avec l'enfant. Cette réussite fait que d'autres « idiotes », selon son expression lui sont amenées. Il crée alors, dans le voisinage du presbytère, l'asile de Béthesda (1854) dont la vocation est de prendre en charge ce type de handicap. En 1858, il peut étendre son oeuvre aux jeunes garçons orphelins et crée l'asile de Siloé. Il créera en tout 9 asiles, ne négligeant jamais sa peine à rechercher des fonds pour soulager des souffrances dont il ne cesse de mesurer la diversité et la profondeur. Ainsi prendra-t-il en charge les plus déshérités et rejetés de la société, ceux qui étaient frappés d'épilepsie, à l'époque considérée comme le mal le plus redoutable et le plus déroutant pour l'entourage, le « haut mal ». Ce sera l'asile Eben Ezer (« jusqu'ici l'Éternel m'a secouru »).

Le dernier asile que John Bost ait conçu, peu de temps avant sa mort, fut celui de La Compassion. Il était destiné à mieux accompagner ceux de ses pensionnaires handicapés qui avaient vieilli, ceux dont le handicap était devenu plus difficile à supporter pour soi-même et pour les autres. Pour ceux-là, il fallait inventer une autre qualité de patience et d'attention.

Il faut souligner que chaque nouvel asile était construit dans un environnement plaisant – à proximité raisonnable les uns des autres – et que tous comprenaient un confort minimal relativement exigeant pour l'époque, notamment des chambres individuelles pour les pensionnaires les plus atteints. De plus, les activités éducatives y étaient nombreuses et plus ou moins adaptées à chaque cas individuel, certains pensionnaires apprenant à jardiner, d'autres étant formés à tel ou tel métier artisanal. Enfin (mais cela est une évidence), la lecture de la Bible et aussi le chant de cantiques était au fondement de la vie de cette communauté impressionnante.

Les asiles John Bost ont été assez vite, et grâce aux efforts de leur fondateur, reconnus d'utilité publique (1877).

La Fondation John Bost 24130 La Force, au XXIe siècle.

Attentive depuis l'origine à l'accueil des plus handicapés, elle est en priorité, mais non exclusivement, au service du protestantisme et garde donc une ouverture nationale. Elle se situe dans le cadre des hospitalisations de moyens et de longs séjours (loi hospitalière de 1870) et participe à l'exécution du service hospitalier.

Actuellement la Fondation accueille pour des séjours de moyenne et de longue durée toutes les catégories de déficiences intellectuelles et psychiques, enfants (de plus de six ans), adultes, personnes âgées, à l'exclusion :

- des malades porteurs d'une affection contagieuse ;

- des malades présentant des troubles psychiatriques aigus et dont le comportement serait dangereux pour eux-mêmes et pour autrui ;

- des malades présentant des conduites toxicomaniaques, éthyliques, ou des troubles de type psychopathique.

La Fondation publie une revue trimestrielle, Notre prochain.

Institution de Saint-Hippolyte-du-Fort pour les sourds-muets protestants de France

Institution pour les sourds-muets protestants
Institution pour les sourds-muets protestants à St Hippolyte du Fort (Gard).
(S.H.P.F.)
C'est en 1856 qu'a été fondée l'École de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard). Le choix d'implanter cette oeuvre en faveur des sourds-muets dans un petit village des Cévennes protestantes est particulièrement significatif, car les motivations en ont été d'emblée et très délibérément anti-catholiques. En effet, avec l'Abbé de l'Épée (celui qui apprivoisa l'enfant-loup) et surtout avec l'Abbé Sicard, l'Église catholique avait fait preuve d'une grande attention aux problèmes de communication que rencontrent les sourds profonds. Elle avait notamment reconnu la langue des signes comme une langue à part entière, et dès lors comme vecteur majeur de communication pour ceux qui étaient touchés par ce handicap, y compris comme moyen d'accès à la langue écrite. Le problème pour les protestants était que, profitant de leur avantage, les catholiques n'hésitaient pas à convertir ceux des sourds qui n'appartenaient pas à l'Église romaine. Les responsables de l'école de Saint-Hippolyte-du-Fort ont donc choisi de marquer fortement leur différence, prônant en l'occurrence l'oralisation des sourds, y compris les sourds profonds. La polémique pouvait-elle pleinement servir la cause visée ? Certes la volonté d'oralisation reposait sur l'espoir d'arracher les sourds à leur différence. De plus, quelques expériences paraissaient encourageantes, dont l'une était menée, en français, à Lausanne. Un certain nombre de fonds ayant été rassemblés, l'un des professeurs de l'école suisse fut donc invité à Saint-Hippolyte-du-Fort. Quelle fut alors la pédagogie retenue ? L'oralisation passait -elle par un usage préalable des signes ? L'information n'est pas claire à cet égard. Ce que l'on peut supposer est que l'oralisation restait précaire. En tout cas, les formations professionnelles (apprenti jardinier ou boulanger) proposées par l'établissement en complément de l'éducation initiale réclamaient plus de capacités d'observation que de talent oratoire. Malgré l'incertitude quant à son efficacité, l'école a été rapidement reconnue d'utilité publique (1865), tandis que la pratique de l'oralisation s'est assez vite répandue.

C'est cette pratique qui a d'ailleurs été retenue pour l'enseignement public obligatoire, gratuit et laïc. On ne s'en étonnera pas vraiment : beaucoup des hommes politiques qui avaient travaillé aux réformes de la IIIe République étaient protestants ou d'origine protestante. Mais là n'a pas été le meilleur aspect de leurs interventions dans ces réformes puisque l'exigence d'oralisation plaça bien des enfants sourds en situation d'échec scolaire. On sait ce qu'il advint : les sourds profonds furent pris en charge dans des écoles qui dépendaient du Ministère de la Santé publique, lesquelles, au lieu de favoriser leur intégration, ont renforcé le poids handicapant de leur différence.

Après les réformes de la IIIe République qui la déchargeaient du problème pour lequel elle avait été créée, l'école de Saint-Hippolyte-du-Fort a réajusté ses compétences, accueillant notamment des enfants en grande difficulté psychologique ainsi que des autistes.
Asile de la Muette
Asile de la Muette,
43 rue du Sergent Beauchat à Paris.
(S.H.P.F.)

Oeuvres de charité diverses

Une forme de mission intérieure consiste à assurer une présence protestante visible dans des domaines où l'Église catholique est très active et n'hésite pas à convertir ceux qui ont recours à son assistance. De nombreux asiles, maisons de retraites, maisons de santé, ont été créés en terrain catholique, y compris dans les stations balnéaires, hivernales et thermales, lesquelles se développent particulièrement dans la seconde moitié du XIXe siècle.

C'est ainsi que l'Asile de la Muette, grâce aux legs de Madame Thuret et de Monsieur Jameson, s'est ouvert en 1854 pour accueillir des personnes âgées pauvres, tandis que la Cité des Fleurs, à Neuilly, s'ouvrait en 1866 à la suite d'une épidémie de choléra. L'Asile de Nanterre qui s'est ouvert en 1862 pour les vieillards, puis, après la guerre de 1870 pour les orphelins, a été reconnu d'utilité publique en 1880 et continue d'être actif (maintenant selon les critères de la DASS).

Récemment reconstruit, l'asile de la Muette, devenu Maison de retraite protestante (43 rue du Sergent Bauchat, 75012 Paris), continue d'accueillir des personnes âgées valides ou plus dépendantes, grâce à sa « section Cure ». Un aumônier protestant lui est attaché.

En 1876, le pasteur Fournier a fondé à Aix les Bains une Maison de Cure, afin « d'assurer à ses coreligionnaires pauvres les bienfaits des eaux thermales dont la valeur curative parait parfois tenir du miracle ». La maison pouvait accueillir 200 personnes par saison, à raison de 35 à la fois.

En 1881, une Maison protestante est fondée à Vichy afin d'assurer un service religieux aux curistes.

Fondation Lambrechts

La Fondation Lambrechts, qui est aujourd'hui une maison de retraite protestante recherchée, a été fondée en 1843 grâce à un legs important du Comte Charles Joseph Matthieu Lambrechts. Ce juriste à l'université de Louvain – l'un des rédacteurs de l'acte de déchéance de Napoléon en 1814, devenu français sous la Restauration – s'était lié d'amitié avec un pasteur luthérien de Paris. Celui-ci lui avait décrit les difficultés rencontrées par les protestants dès lors qu'ils souhaitaient rester fidèles à leur religion. Malgré le Concordat, beaucoup de ceux-ci semblaient être traités « en étrangers ». Ils étaient notamment assez mal accueillis dans les hôpitaux, voire laissés pour compte, s'ils ne se convertissaient pas. Lambrechts rédigea alors un testament en faveur de ceux qui, infirmes, aveugles, pauvres et malades « souffraient dans leur foi ». Il demandait que l'argent servît entre autres à la formation intellectuelle et professionnelle des enfants pauvres.

Asile évangélique de Nice ; infirmerie protestante de Marseille

L'accueil des malades de confession protestante déclarée a longtemps été désastreux dans les hôpitaux et asiles. L'alternative semblait être, soit l'accès aux soins, mais avec la conversion au catholicisme, soit l'abandon : « Le régime des hôpitaux particulièrement défectueux en lui-même, était particulièrement mauvais pour les malades protestants que la pauvreté forçait d'y recourir : défaut de soins, obsessions constantes d'un personnel clérical, fort de son irresponsabilité et du mauvais vouloir de l'autorité à l'égard des hérétiques, encore en fort petit nombre dans la région » (Dictionnaire des Oeuvres protestantes). C'est pourquoi un certain nombre d'associations se sont constituées dans le but d'entourer les malades trop visiblement abandonnés : l'asile évangélique de Nice, l'infirmerie protestante de Marseille, etc.

Société des Fourmis de France

Cette modeste association, créée en 1889 à l'initiative de jeunes filles de bonne famille, s'est proposée de distribuer aux pauvres, des habits, confectionnés ou tricotés par elles.

Oeuvres militantes

On remarquera au début de la IIIe République la création de quelques oeuvres militantes qui affirment la réalité protestante contre les tentatives de conversion que le catholicisme multiplie. C'est entre autres, en 1880, l'oeuvre des prêtres qui veulent se convertir au protestantisme, laquelle assurait le suivi des conversions, y compris la formation au pastorat de leurs protégés. Elle fut créée à l'initiative d'un catholique converti au protestantisme, Eugène Réveillaud. Dans un autre domaine, il faut mentionner l'Oeuvre des affligés (1881) et les Oeuvres affectueuses (1882), l'une et l'autre visaient à apporter un réconfort aux familles dans le deuil, repérées soit parce qu'elles se rendent régulièrement dans les cimetières, soit parce qu'elles signalent la mort d'un proche dans les journaux locaux et nationaux. Mention doit être faite aussi de la Société Coligny (1890), laquelle se portait « au chevet » des protestants de la Vallée de Freissinière (Hautes-Alpes). Dans ce recoin éloigné des grands changements que connaissait la société française, vivaient beaucoup de protestants dans des conditions plus que précaires. L'idée était de permettre à certains d'entre eux de s'établir en Algérie.



Patronages

Au début de la IIIe République, le « patronage » protestant a connu un essor réel, lequel, sous forme d'orphelinat, d'écoles professionnelles, d'intervention sur les lieux de travail, avait pour propos de donner aux jeunes gens et jeunes filles peu favorisés, pris dans les multiples transformations de la société industrielle, les moyens de mener une vie aussi « utile qu'exemplaire ».

Oeuvre des Trois semaines

L'oeuvre, créée en 1881, consiste à permettre aux enfants défavorisés de Paris de prendre trois semaines de vacances éducatives à la campagne.

École de l'Étoile

Pasteur Eugène Bersier
Pasteur Eugène Bersier (1831-1889).
(S.H.P.F.)
L'établissement a été créé par Nathaniel Johnston en 1878, lequel en avait conçu le projet et financé la réalisation. L'idée fondatrice était de donner la possibilité aux jeunes filles qui le souhaitaient de recevoir une éducation générale et une formation professionnelle. Y étaient formées, assez classiquement, des couturières et des lingères. Mais l'école ne s'en tenait pas là, proposant aussi des apprentissages à des métiers plus modernes – comptable ou employée des postes. Enfin, de futures ouvrières de l'industrie textile pouvaient bénéficier de cours de dessin et de peinture qui leur donnaient une qualification supplémentaire.

Nathaniel Johnston était membre de la nouvelle paroisse de l'Étoile, fondée en 1869, une paroisse dont le premier pasteur, Eugène Bersier, dans un souci d'évangélisation infatigable, avait d'emblée su éveiller ses paroissiens à l'importance d'engagements concrets.

Les bâtiments de l'école de l'Étoile furent construits, avenue de la Grande Armée, dans le voisinage immédiat de la paroisse (d'où l'appellation).


Bibliographie
• PUAUX, Frank (sous la dir. de), Les oeuvres du protestantisme français au XIXème siècle, Comité protestant français, Paris, 1893, 480 pages.


Oeuvres sociales
Salle Bonne-Nouvelle
Intérieur de la Salle Bonne-Nouvelle, Paris.
(S.H.P.F.)

Après la Révolution de 1848 et surtout après la Commune, l'attention de la Communauté protestante, laquelle comprend alors de grands industriels ou banquiers se tourne vers la classe ouvrière et vers la jeunesse. C'est une attention à des problèmes de la vie quotidienne, saisie sous des aspects parfois très pointus, mais parfois aussi rapportée à des problèmes de société plus larges. Elle est, dans ce cas, souvent d'inspiration libérale.

Missions populaires évangéliques (Mission Mac All)

L'idée de la mission populaire est venue à un pasteur anglais, venu visiter la France au moment de la Commune. Des conversations dans le quartier de Belleville l'avaient alors persuadé de la nécessité d'une évangélisation spécifique en direction de la classe ouvrière. Il quitta donc le Suffolk avec sa proche famille, s'établit à Paris et consacra toute sa fortune à la réalisation de son projet. En 1872 fut ouverte une première salle d'évangélisation (Société fraternelle) à Belleville, d'autres se sont ouvertes peu après à Ménilmontant, dans le Faubourg Saint-Antoine, à Bercy et à Grenelle, puis hors de Paris, à Marseille et à Lyon. Le principe en était un accueil ouvert aux « passants » – en l'occurrence, dans ces quartiers, les ouvriers et aussi leurs familles. Ce pouvait être des réunions au cours desquels l'Évangile était lu et commenté. Mais c'était aussi la possibilité d'une éducation professionnelle, ainsi que l'accès à des soins gratuits. Le public fut nombreux qui venait « voir », à une occasion donnée, par ouï-dire, se renouvelant donc souvent, mais se fidélisant aussi.

Frédéric Passy
Frédéric Passy.
(S.H.P.F.)
Le personnel recruté et payé par la « mission » n'appartenait pas nécessairement aux églises protestantes officiellement reconnues en France. Le pasteur Mac All avait sollicité des financements américains et dès lors accepté des personnels liés aux églises baptistes. Ce fut l'occasion de quelques conflits avec le corps pastoral de Paris, lequel refusa dans un premier temps ce qui devait être pourtant l'un des objectifs de ces salles de réunion, c'est-à-dire que des offices puissent y être célébrés. Des négociations serrées ont permis des compromis, les temples acceptant d'accueillir le public des Sociétés fraternelles proches.

Société protestante du travail

Fondée en 1868, entre autres par E. Laboulaye et par l'économiste Frédéric Passy, la société a pour propos de fournir aux petites entreprises ou aux petits commerces, les comptables, caissiers, gérants, demoiselles ou garçons de magasins dont ils auraient besoin. Cette initiative a été rapidement suivie par plusieurs Chambres syndicales qui ont aussi proposé ce service de placement gratuit.

Thomas Fallot
Thomas Fallot (1844-1904).
(S.H.P.F.)
La Maison hospitalière

Cette oeuvre fondée en 1880 est destinée à accueillir les chômeurs et à essayer de les réinsérer sur le marché du travail.

Association protestante pour l'étude pratique des questions sociales

Créée sous l'impulsion conjointe du pasteur Tommy Fallot et de l'économiste Charles Gide en 1887, l'association s'intéresse aux retombées sociales pratiques de l'industrialisation, telles que thématisées dans une perspective de libéralisme économique. Autrement dit, il y a des contraintes incompressibles de l'industrialisation, lesquelles ont des retombées sociales inévitables qu'il faut alors traiter au cas par cas.

L'association publie la Revue du Christianisme pratique.

Société française pour l'observation du dimanche

Sous le second Empire et au début de la IIIe République, la condition ouvrière restait extrêmement précaire : travail harassant, sans repos hebdomadaire, sans aucune protection sociale, et d'une manière générale tout ce qui a été décrit, entre autres, par Zola dans les Rougon Macquart. C'est à modifier cette condition que s'attache la Société française pour l'observation du Dimanche, fondée en 1875, en liaison avec des associations laïques comme la Ligue populaire pour le repos du Dimanche. Elle rassemble toutes sortes d'arguments en faveur du repos dominical – meilleure hygiène, vie familiale plus équilibrée, possibilité de renforcer les exigences morales et donc contribution au bien public, etc. L'association s'est battue, entre autres, pour que les magasins restent fermés le dimanche tout en organisant un accueil à l'église des employés libérés de leurs occupations professionnelles ; elle a attiré l'attention des pasteurs sur ce public nouveau, lui recommandant notamment de faire des prédications adaptées à ce qu'il était. Elle a également édité un recueil de cantiques édifiant.

L'économiste libéral Léon Say, Président du Sénat, a été l'un des membres actifs de l'association.

Oeuvre en faveur des demoiselles de magasins

Cette oeuvre fondée en 1883 par une américaine, Miss Atterbury, porte la marque de l'époque où elle a été conçue (c'est le moment où Zola publie Au bonheur des dames). Elle est assez caractéristique du regard que porte la « haute bourgeoisie protestante » sur les retombées sociales d'un progrès qu'elle contribue largement à mettre en oeuvre : il faut à tous les échelons, si modestes, si circonscrits soient-ils, encourager les progrès en maintenant des exigences morales fortes.

En l'occurrence le problème était le suivant : la nouvelle forme de commerce que constituait les grands magasins était un progrès, mais celui-ci avait des revers. Le moindre n'était pas les conditions précaires dans lesquelles se trouvaient les employés – essentiellement les vendeuses. Celles-ci semblaient, aux yeux de la bienfaitrice, tentées d'avoir une double vie : « Les demoiselles si charmantes derrière leur comptoir, le sont moins une fois leur travail terminé » (Dictionnaire des oeuvres protestantes). L'oeuvre consistait donc à offrir dans l'enceinte du magasin un lieu de réunion où les vendeuses pouvaient se retrouver pendant la pause, recevoir un accueil bienveillant, compléter leur formation (par des lectures choisies ou des cours de solfège et surtout par l'apprentissage de l'anglais, évidemment utile dans cet emploi), trouver un suivi leur permettant à l'occasion d'exercer une profession plus stable et plus « convenable ».



Le souci de la jeunesse

Après 1848, la vie étudiante se précise et s'organise. Des associations qui veulent protéger les étudiants se mettent en place.

Pasteur Antoine Vermeil
Pasteur Antoine Vermeil.
(S.H.P.F.)
Union chrétienne de jeunes gens (UCJG)

À l'origine de l'implantation en France en 1852 d'un mouvement de jeunesse déjà actif en Angleterre, on trouve le Pasteur Antoine Vermeil, Edmond de Pressensé et Napoléon Roussel.

Le principe général, de dimension oecuménique (i.e. accueillant des protestants de toute dénomination), est que des jeunes gens d'origines diverses s'occupent d'autres jeunes gens venus entre autres de l'étranger.

Les activités de bases sont des réunions – conférences, méditations, édification – auxquelles s'ajoutent des cours de langues.

À partir de 1868, l'UCJG se dote d'un Secrétaire général rémunéré, sous la responsabilité duquel les activités s'élargissent, y compris des échanges entre la France et les États-Unis.

Puis des locaux sont construits, offrant des chambres meublées, des salles de cours, une salle à manger. L'UCJG prend alors le visage qu'on lui connaît encore.

Union internationale des amies de la jeune fille ; Union chrétienne de jeunes filles (UCJF)

En 1893, est créée, sur le modèle de l'UCJG, l'Union chrétienne de jeunes filles, UCJF. Les principes en sont les mêmes, proposer à des jeunes filles de diverses origines, un accueil – réunions à caractère religieux ou culturel, table d'hôtes, etc., y compris la possibilité de faire de la culture physique.

L'UCJF a remplacé l'Union internationale des amies de la jeune fille, dont le propos était de former un « rempart de protection » autour de toute jeune fille isolée ou mal entourée, et ce, quoi qu'il en soit de sa nationalité, de sa religion ou de ses occupations.



Sociétés d'instruction

La communauté protestante, dès lors qu'elle était pleinement reconnue, devait se doter des outils qui l'ancraient dans l'histoire et en assuraient le devenir.

Société d'histoire du protestantisme français

Salle de lecture
Paris, Salle de lecture de la bibliothèque de la S.H.P.F.
(S.H.P.F.)
Dès lors que la communauté protestante avait retrouvé son identité, il n'était plus possible de laisser à l'Église catholique le soin de raconter son histoire, ce qui fut pourtant encore largement le fait dans le premier tiers du XIXe siècle. Que n'était-il dit en effet de Calvin, de Coligny, de Rohan, et de beaucoup d'autres, présentés comme des ambitieux politiques dont le principal souci était de trahir les intérêts de l'Église et de la France ? Il fallait rétablir les faits, faire sienne la devise emblématique de la ville de Genève « Post tenebras, lux ».

La Société d'Histoire du protestantisme français s'est donc constituée en 1852 (à l'initiative de Charles Read et sous l'autorité de François Guizot) pour que l'histoire de la communauté protestante en France puisse être écrite en « toute raison ». Elle se proposait de rechercher, de recueillir, de faire connaître, tous les documents inédits ou imprimés, intéressant les Églises protestantes de langue française. Elle soutint immédiatement et activement le projet des frères Haag, La France protestante, consistant à dresser l'inventaire des protestants depuis la Réforme (les 10 volumes de la France protestante, qui comportaient 4 700 notices).

Outre son intense activité consistant à rassembler des documents et archives – à la fin du XIXe siècle, elle avait déjà acquis 30 000 volumes et 500 manuscrits dans la bibliothèque de la rue des Saints Pères – elle contribua à donner une réelle visibilité au protestantisme français par toutes sortes d'initiatives permettant de réactiver ce que l'on appelle aujourd'hui des « Lieux de mémoire ». Elle a permis d'instituer la fête annuelle de la Réformation, le Rassemblement au Musée du désert, le pèlerinage à la Tour de Constance. Elle a fait ériger la statue de Coligny devant le Temple de l'Oratoire (1880). Elle est entrée en relation avec des sociétés huguenotes soeurs, aux États-Unis et en Allemagne. Elle a fondé divers prix.

La Société fut reconnue d'utilité publique en 1870. Elle a publié dès sa création un Bulletin d'histoire. Elle a facilité son travail d'édition en se liant à diverses maisons d'édition, la première ayant été la Maison Fischbacher.
L'ami de la jeunesse
« L'ami de la jeunesse », revue destinée aux enfants. (S.H.P.F.)

Société des traités religieux

Fondée en 1822, avec l'aide financière de la Société londonienne du même nom, cette oeuvre a pour ambition de répandre la « bonne parole », en vendant à bas prix, ou en les distribuant, des petits écrits édifiants. Parmi les publications régulières, on trouve l'Almanach des bons conseils, tiré à 130 000 exemplaires en 1846 (261 000 en 1890) ou encore L'ami de la jeunesse. Alexandre Vinet, Adolphe Monod, Napoléon Roussel (1805-1878), en sont les premiers responsables.

Dans un esprit voisin, il faut mentionner la Bibliothèque des familles et des écoles, une oeuvre qui souhaite « lutter contre la mauvaise presse, surtout auprès des paysans et des ouvriers ». Le projet est de mettre à disposition des traités d'édification, d'appel, de consolation, de saine controverse, d'histoire, afin que « les questions qui préoccupent aujourd'hui les masses soient abordées dans un esprit chrétien ».

Société pour l'encouragement de l'Instruction primaire parmi les protestants de France


Marquis A.F. de Jaucourt
Marquis A.F. de Jaucourt.
(S.H.P.F.)
Les lois qui créaient l'enseignement public au moment du Premier Empire avaient laissé aux Frères des Écoles chrétiennes le soin de l'enseignement primaire. C'est pourquoi le souci d'un enseignement plus ouvert aux exigences des familles protestantes s'est peu à peu fait jour, lequel est à l'origine de cette société fondée en 1829, alors que Cuvier (1769-1832) est Directeur des Cultes non catholiques au Ministère de l'Intérieur. Dès 1828, une École modèle avait été fondée dans le terroir protestant de Dieulefit (Drôme). Le propos était de reprendre l'un des principes fondamentaux de la Réforme : « Mettre chaque protestant en état de lire l'évangile, de méditer, de juger lui-même les divines leçons, les sublimes vérités qu'il renferme ». Guizot fut l'un des membres actifs du Comité fondateur et en sera le Président de 1852 à 1872, le premier président ayant été le Marquis de Jaucourt.

Il est à noter que la société a continué d'exister après les lois sur l'enseignement primaire de 1833 pourtant mises en oeuvre par Guizot devenu Ministre de l'instruction publique. De fait, ces lois ne couvraient pas tous les problèmes.

Pendant le Second Empire et au début de la IIIe République, la société dirige ses efforts en direction de l'enseignement des filles, de celui des adultes et de la formation de personnels enseignants. À la fin du XIXe siècle, elle finance 110 écoles privées.

Société des Écoles du Dimanche de France

École du Dimanche
École du Dimanche au temple de l'Oratoire (1822), Paris.
Pasteur Frédéric Monod.
(S.H.P.F.)
C'est en 1852 – au tout début du second Empire donc, et à un moment où les Églises protestantes ont conquis une assise institutionnelle reconnue – que sont créées, à l'initiative du Pasteur Cook, les « Écoles du Dimanche de France ». Le propos, qui est bien sûr « d'instruire la jeunesse protestante dans la Parole de Dieu », est assorti d'un souci pédagogique qui, outre le recours alors d'usage aux bons points, s'est appuyé sur un matériel spécifique – recueils de cantiques, journaux (le Magasin des Écoles du Dimanche) et feuilles illustrées. Quelques 140 points d'instruction sont immédiatement créés, dont 13 à Paris, chiffre qui grandit rapidement, puisqu'on en compte plus de 1 000 en 1880. Cette activité n'a jamais cessé de se développer et de progresser jusqu'à nos jours. Il faut ici mesurer le chemin parcouru.

L'exemple des cantiques des Écoles du Dimanche est caractéristique de l'évolution. Ceux qui étaient produits dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusque dans l'entre-deux guerres mêlaient patriotisme belliqueux « Dans le drapeau qui frissonne... » et souci moral « Mon enfant, redoute l'insincérité... » dans des termes qui font maintenant sourire.

Le Drapeau qui frissonne

Dans le Drapeau qui frissonne
à tous les souffles des cieux,
c'est la Patrie en personne
qui parle à ses fils pieux.
Oui, c'est-elle, c'est la France...
Mon enfant, redoute l'insincérité

Mon enfant, redoute l'insincérité.
Même s'il t'en coûte, dis la vérité
De ton oeil limpide, garde toujours la clarté
Et d'un coeur candide, dis la vérité.
Le matériel pédagogique est évidemment déterminant. Il est périodiquement rénové à l'initiative de la Fédération protestante de France dont la Société fait partie.



Les diaconesses de Reuilly

La communauté des diaconesses créée en 1841, s'installe rue de Reuilly dans le XIIe arrondissement de Paris en 1844. Ce qui lui donnera son nom.

Mademoiselle Malvesin
Mademoiselle Malvesin.
(S.H.P.F.)
Origine des diaconesses de Reuilly

Au moment où se crée la communauté des diaconesses, l'influence du Réveil -mouvement de renouveau spirituel et de zèle missionnaire- est à son apogée. L'initiative est due aux deux fortes personnalités qu'étaient Antoine Vermeil et Caroline Malvesin. Ils s'étaient rencontrés quelques années plus tôt à Bordeaux, où le premier était pasteur et la seconde, l'une de ses paroissiennes, dirigeait un pensionnat de jeunes filles. Le pasteur Vermeil ayant été nommé à Paris, demanda à Caroline Malvesin de l'y rejoindre pour les aider, sa femme et lui, dans l'organisation d'oeuvres charitables. Ce fut d'abord, en 1842, une infirmerie pour les enfants tuberculeux, puis, la même année, un refuge pour les femmes prostituées. Par la suite, fut engagée une action en direction des prisons de femmes ; il s'agissait non seulement de visites régulières assorties d'un propos éducatif, mais d'un accueil à la sortie pour essayer de réintégrer les prisonnières hors des circuits de prostitution.

Mais parallèlement à cette action en faveur des plus démunis, le pasteur Antoine Vermeil et Caroline Malvesin avaient considéré qu'un pas supplémentaire était nécessaire pour en consolider le sens. Ce fut l'idée d'une forme de vie communautaire qui rassemblerait les femmes souhaitant s'engager dans « une vie d'obéissance, de charité et d'imitation du Christ, une vie qui serait un signe posé devant les églises divisées ».
Maison des Diaconesses
Maison des Diaconesses,
rue de Reuilly à Paris. (S.H.P.F.)


L'organisation de la communauté

L'action des fondateurs s'articulait autour de trois axes qui ont été la base d'un avant projet de règle dit « Règlement intérieur ».

1. Sainteté absolue de Dieu impliquant le don absolu de tout être qui veut lui consacrer sa vie.
2. Injustice du monde qui pousse à se consacrer aux plus souffrants d'entre les hommes pour leur apporter la bonne nouvelle de l'Évangile.
3. Travailler ainsi à la croissance de l'église.

Ce règlement sera révisé à plusieurs reprises, et ce n'est qu'en 1983 qu'une « Règle » longuement mûrie, sera reçue par la Communauté et définira vraiment son esprit.

La fondation de la Communauté des diaconesses n'alla pas sans résistance de la part des églises protestantes. L'idée de voeux, pauvreté, obéissance, célibat ; celle d'engagement de ces femmes – de leur vie et de leurs biens – paraissait contraire à la liberté inconditionnelle de la personne sous le regard de Dieu.

Mais pour les diaconesses, le choix monastique ou la vie communautaire, ne constituait pas un état religieux supérieur et privilégié auquel on aurait attribué comme dans le catholicisme une « valeur militaire ».

Autrement dit, leurs engagements et leurs voeux sont une confirmation que le baptême est le sceau unique et suffisant du pardon de Dieu et de la grâce du salut.

La communauté des diaconesses de Reuilly a rapidement grandi : il y avait une trentaine de soeurs à la fin du XIXe siècle ; il y en a plus de cent au début du XXIe siècle, réparties en 15 communautés, en Europe en Afrique et en Polynésie, dont les évolutions sont diverses.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'accent est mis sur le service -La Diaconie- rendu aux autres. Puis sous l'influence de certaines supérieures, en particulier de Soeur Viviane Roullet, supérieure de 1957 à 1974, le désir d'une participation plus significative à la liturgie de l'Église et d'une vie plus contemplative remporta l'adhésion de la plupart des soeurs, trvaillant ainsi à l'Unité de l'Église.

Les diaconesses aujourd'hui

Diaconesse
Diaconesse.
(D.R.)
La nécessité de lieux différents pour le service hospitalier d'une part, pour une vie de silence et de retraite d'autre part s'est imposée dès 1970. L'essentiel de la communauté de Reuilly déménage alors à Versailles où s'installe la maison mère -proche de laquelle fut construit l'hôpital de Claire Demeure.

L'hôpital de Reuilly quant à lui s'est considérablement agrandi. Il est à l'heure actuelle un hôpital de quartier -le XIIe arrondissement où les soins apportés aux malades sont donnés dans un esprit de service qui est toujours celui de la fondatrice de la communauté Soeur Caroline Malvesin.

Une école d'infirmières formant des jeunes filles de toute nationalité et de toute confession, lui est attaché.

Dans le sillage des diaconesses de Reuilly d'autres communautés féminines sont nées depuis la fin du XIXe siècle.

De formation assez récente la communauté des Soeurs de Pomeyrol – fondée par Soeur Antoinette Butte – a mis essentiellement l'accent sur une vie contemplative.

En Alsace, la Congrégation des Diaconesses luthériennes de Neuenberg offre un service de soins et de présence aux malades et aux personnes âgées séjournant à l'hôpital de Neuenberg. Elles ont par ailleurs une vie de silence et de prêche et prononcent au moment de leur entrée dans la congrégation des voeux de célibat, de pauvreté et d'obéissance.

Dans toutes les communautés, le port d'un costume assez proche de celui des religieuses d'autres confessions atteste leur choix de vie : prière, contemplation, service. Pour ces femmes, le principe même du costume est d'être un langage permanent et visible, celui de la bonne nouvelle de l'Évangile.


Bibliographie
• LAGNY G., Les origines des diaconesses, Paris, 1958.
• MESSIE G., Les diaconesses de Reuilly, un germe fécond, Le Cerf, collection Épiphanie, Paris, 1992.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 45, juillet 1999, LAMBIN R., Le costume des diaconesses protestantes


Les Facultés de théologie

Tout au long du XIXe siècle, on compte en France deux Facultés de théologie reconnues par l'État aux fins de former le corps pastoral (réformé et luthérien) relevant du régime concordataire.

La faculté de théologie de Montauban
La faculté de théologie de Strasbourg
La faculté de théologie protestante de Paris

Deux Facultés de théologie d'État

Les Facultés de théologie font partie de l'Université de France (l'administration qui gère l'enseignement supérieur et l'enseignement secondaire publics), ce qui signifie qu'elles accueillent des étudiants titulaires du baccalauréat aux fins d'études couronnées par un diplôme d' État, licence en théologie et doctorat.

Entre 1808 (date de la création de l'Université de France) et 1870, ces Facultés se trouvent respectivement à Montauban (pour les réformés) et à Strasbourg (pour les luthériens d'abord, puis à partir de 1820 pour les réformés aussi).

Après la défaite de Sedan, (en fait seulement à partir du 1er juin 1877), la Faculté de Strasbourg est déplacée à Paris, ce qui donne enfin à la Capitale ce lieu d'enseignement de la théologie protestante qui lui avait toujours été refusé, y compris par l'Édit de Nantes.

Avantages et inconvénients d'un enseignement contrôlé par l' État


Faculté de Théologie Protestante
Paris, Faculté de Théologie Protestante.
(Isabelle de Rouville)
Le fait de relever de la tutelle publique permet aux Facultés de théologie protestante d'être reconnues et respectées comme telles, ainsi que de bénéficier d'un financement public, traitement des professeurs, entretien des bâtiments, accès aux bourses d'études. Elles ont pu engager aussi un certain nombre de négociations sur des équivalences de diplômes conférés à l'étranger, notamment à Genève.

Mais tous les protestants français n'appréciaient pas le régime concordataire et ses contraintes. Beaucoup considéraient par exemple que l'obtention du baccalauréat comme préalable aux études supérieures publiques risquait de détourner nombre de pasteurs « potentiels » de leur vocation.

C'est pourquoi, il y eut sur le territoire français des écoles de théologie libres, financées par diverses sources privées, lesquelles formèrent beaucoup de pasteurs du « Réveil ».

De plus, une voie moyenne s'est progressivement mise en place. Quelques Écoles de théologie ont préparé leurs élèves au baccalauréat d'enseignement général.

L'enseignement protestant a peu profité de la Loi Falloux (1851) étendue à l'enseignement supérieur en 1878, laquelle cassait le Monopole d'État de la collation des grades, en accordant une reconnaissance aux diplômes conférés dans des établissements confessionnels. La Loi Falloux fut en grande partie abrogée au moment des réformes de la IIIe République.

Toutes les Facultés de théologie relevant du Régime concordataire furent placées sous Régime libéral après la Séparation de l'Église et de l'État en 1905, ce qui signifiait qu'il n'y avait plus d'équivalence, à connaissances égales, entre une licence de théologie et une licence d'une faculté d'État.



La faculté de théologie de Montauban

Fondée en 1808-1810, la Faculté de théologie de Montauban forme la majorité des pasteurs de l'Église réformée. Après quelques tâtonnements, les études y sont réorganisées par un arrêté du baron Cuvier, en date du 24 mai 1828.
Montauban
Montauban, l'ancienne faculté
de théologie. (Collection privée)


Admission

À partir du moment où la faculté de Montauban est à rattachée l'Université à de France, seuls les titulaires du baccalauréat pouvaient y être admis, soit ceux qui avaient suivi l'enseignement secondaire public du lycée. L'exigence du premier grade universitaire pouvait conduire à écarter certaines vocations remarquables. Pour pallier ce risque, deux « écoles préparatoires de théologie » ont été fondées, qui préparaient au baccalauréat, ou à un examen jugé équivalent par la faculté :

l'une à Nîmes (dite « Pension Lavondès »), sous le contrôle des libéraux ; ouverte en 1847 : les élèves suivent les cours du lycée de Nîmes et disposent sur place de répétiteurs ; leur baccalauréat obtenu ils partent pour la faculté de Genève qui leur offre quelques bourses (cette école ferme en 1872 pour difficultés financières) ;
l'autre aux Batignolles sous l'influence des évangéliques : en fonction à partir de 1852, elle envoie les élèves à la faculté de Montauban.

Études

Une fois admis à la faculté (et recommandé par le conseil presbytéral de sa paroisse), l'étudiant effectue 5 années d'études.

Les deux premières années forment l'« auditoire de philosophie », années préparatoires, consacrées essentiellement aux langues : on apprend l'hébreu qui permet l'accès à l'Ancien Testament, on se perfectionne en latin et en grec, ainsi qu'en anglais ou allemand. Une dissertation en français est faite par semaine. Les élèves suivent aussi des cours de philosophie, d'archéologie biblique, d'histoire des religions de l'antiquité et de leurs systèmes moraux, et de littérature des Pères de l'Église. Les examens sont semestriels.
Les trois autres années forment l'« auditoire de théologie », où l'on accède après avoir réussi l'examen dit d'« ascension ». On y étudie l'exégèse de l'Ancien et du Nouveau Testament, la théologie historique, la théologie dogmatique, la théologie pratique. S'y adjoignent des cours de sciences physiques et naturelles, des exercices de catéchisation et de prédication, avec le concours du consistoire de Montauban. Les examens sont semestriels.

Au bout de 5 ans, les étudiants âgés d'au moins 25 ans, qui ont « donné des preuves satisfaisantes de capacité religieuse et morale », sont autorisés à se présenter à l'examen qui leur permettra d'obtenir le grade de bachelier en théologie, indispensable pour être nommé pasteur. Cet examen se compose d'épreuves écrites et orales portant sur chacune des branches de la théologie et d'épreuves pratiques : « composer et réciter un sermon en quatre jours sur un texte donné par la Faculté ». Il faut enfin soutenir un petit mémoire, appelé « thèse ». Si l'on veut se consacrer à l'enseignement de la théologie, il est possible de poursuivre ses études jusqu'au grade de licencié, puis de docteur en théologie.

Vie de l'étudiant

Les étudiants peuvent résider dans un foyer appelé « séminaire », mais ceux qui le souhaitent peuvent se loger en ville. La discipline est sévère, les horaires stricts et matinaux.

Niveau des études

Charles Bois
Charles Bois.
Professeur de théologie.
(S.H.P.F.)
Il est difficile à juger, mais tout ne va pas pour le mieux. Les professeurs ne sont pas des savants de réputation internationale. Leur mode de nomination ne favorise guère le choix en fonction de critères scientifiques. Sous la Monarchie de Juillet, le ministre les choisit lui-même. À partir de 1852, ils sont élus par les consistoires. À partir de 1860, sous l'influence de Guizot, les meilleurs étudiants sont envoyés en Allemagne, et le niveau intellectuel s'améliore.

Par ailleurs, la faculté de Montauban est le seul établissement d'enseignement supérieur dans cette ville, et les étudiants ne peuvent pas profiter d'un climat d'émulation intellectuelle comme à Genève ou Strasbourg. Le transfert à Paris, réclamé en particulier en 1848, ne sera pas effectué. C'est après la Première guerre mondiale que la faculté de Montauban sera transférée dans une ville universitaire, à Montpellier.

Les enseignants les plus représentatifs de cette orthodoxie « aimable » furent Jules Pédezert, Charles Bois, Émile Doumergue, Jean Monod.



La faculté de théologie de Strasbourg

L'enseignement de la théologie protestante à Strasbourg s'inscrit dans la longue durée de l'histoire de l'Alsace, d'abord allemande et luthérienne, puis française et relativement sensible aux courants réformés.

À l'origine luthérienne, elle s'ouvre aux courants réformés

Les Cordeliers
Strasbourg, les Cordeliers.
(S.H.P.F.)
Héritière de l'ancienne Université – fondée comme une simple académie en 1566 à l'initiative de J. Sturm, et détruite par la Révolution de 1789 – la Faculté de Strasbourg, établie par décret consulaire du 30 floréal an XI (1803) sous le nom d'« Académie protestante de Strasbourg », est chargée de former les pasteurs luthériens. Ses professeurs sont nommés par le Directoire luthérien sur proposition des professeurs en exercice. Elle prend en 1808 le nom de « Séminaire protestant ».

L'enseignement luthérien est le plus ancré dans la tradition et s'inscrit facilement dans les règles concordataires. L'innovation, liée aux réformes napoléoniennes, sera de lui associer un enseignement réformé dans le cadre de la Faculté de théologie protestante qui relève de l'Université de France.

Un enseignement d'excellence


Auguste Sabatier
Auguste Sabatier.
(S.H.P.F.)
Les études s'y organisent peu à peu sur le mode qui sera adopté par la faculté de Montauban : cinq années d'études dont deux années préparatoires et trois années de théologie.

En 1808 il est décidé de créer une faculté de théologie protestante à Strasbourg destinée à former les pasteurs réformés, car les réformés d'Alsace, dont le nombre n'est pas négligeable, demandent à occuper leur place tant au niveau des professeurs que des étudiants. Après de nombreuses discussions, on choisit en 1818 d'intégrer la Faculté à l'intérieur du Séminaire, en se contentant « d'affecter les fonctions de membres de la Faculté à trois chaires du Séminaire », leurs titulaires demeurant professeurs au Séminaire et y poursuivant leurs cours sans modification. Dès 1819, le nombre de chaires est porté à 6, l'une d'entre elles étant réservée à un professeur de dogmatique réformée (Mathias Richard, de Mulhouse, l'occupe jusqu'en 1868, puis est remplacé par Auguste Sabatier). Les professeurs (luthériens) nommés par le ministre de l'instruction publique sur proposition du Directoire ont pour principale mission de conférer les grades universitaires.

La faculté de théologie de Strasbourg, dont les cours sont donnés en allemand ou en français, selon les professeurs, a eu des enseigants de grande renommée : Bruch, Reuss, Fritz, Jung, Schmidt...



La faculté de théologie protestante de Paris

Pas même au temps de l'Édit de Nantes, il n'y avait eu à Paris de formation à la théologie protestante. Le transfert des universités de Strasbourg à Paris, dans les années qui suivirent la défaite de Sedan en 1870, fut un événement très symbolique d'une identité protestante complètement acquise.

Strasbourg vient à Paris

Faculté de Théologie protestante
Paris, Faculté de Théologie protestante.
(S.H.P.F.)
En juillet 1877, la Revue chrétienne s'exprime ainsi : « Le 1er juin 1877 restera une date heureuse dans l'histoire du protestantisme français. L'ancienne faculté de théologie de Strasbourg, transférée à Paris par le décret du 27 mars dernier, a été officiellement installée et a ouvert ses cours ce jour-là, dans les bâtiments de l'ancien collège Rollin, rue Lhomond. La séance à laquelle assistaient plus de 200 personnes, était présidée par M. Mourier, le recteur de l'académie de Paris ». Ainsi, pour la première fois dans l'histoire de France, la théologie protestante est enseignée à Paris, et, de plus, avec le concours de l'État (A. Encrevé).

Le délai entre la signature du traité de Francfort (10 mai 1871) – entraînant la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine – et la création, seulement en 1877, de cette faculté à Paris s'explique, pour beaucoup, par les profondes divisions qui affectent le protestantisme français à cette époque, opposant orthodoxes et libéraux chez les réformés mais aussi chez les luthériens, sans oublier les libristes (cf. Le temps des divisions). D'une part, la Faculté de Montauban ne peut, à elle seule, former tous les pasteurs réformés français et sa nette orientation orthodoxe inquiète les libéraux, d'autre part le transfert de la Faculté de Strasbourg, à majorité libérale, risque de créer à Paris une grande faculté luthéro-réformée à dominante libérale, ce dont les orthodoxes ne veulent pas, allant jusqu'à proposer de transférer à Paris la Faculté de Montauban.

Le « schisme » du synode de 1872, la chute de Thiers, l'arrivée au pouvoir des partisans de l'Ordre Moral, hostiles au protestantisme, vont retarder les décisions. Certains protestants, en particulier Edmond de Pressensé, vont organiser à Paris un enseignement théologique se passant du concours de l'État : une École libre des Sciences religieuses, sur le modèle de l'École libre des Sciences politiques, est ainsi créée, donnant l'occasion aux professeurs de Strasbourg de reprendre à Paris leur enseignement. Elle fonctionnera pendant 3 années.

Il faut attendre l'arrivée du protestant W. Waddington au ministère de l'Instruction publique (du 9 mars 1875 au 16 mai 1877) pour qu'une solution soit prise. Le décret du 27 mars 1877 précise : « la faculté mixte de théologie protestante dont le siège était à Strasbourg est transférée à Paris ». Cette décision satisfait les luthériens, les réformés libéraux, les libristes. Mais, devant le mécontentement des réformés orthodoxes, l'éventualité du transfert de la faculté de Montauban à Paris n'était pas exclue, mais elle exigeait une loi. En fait, elle restera à Montauban jusqu'en 1919, date à laquelle elle sera transférée à Montpellier.

Les enseignants les plus remarqués furent A. Sabatier, E. Ménégoz, J. Réville.


Bibliographie
• Études théologiques et Religieuses, Tome 52, 1977, ENCREVÉ, André, La fondation de la faculté de théologie protestante à Paris, pp. 337-370.


Le mouvement missionnaire

Wagon missionnaire
Wagon missionnaire à Kalabané.
(S.H.P.F.)
Le zèle missionnaire du protestantisme se réveille au XIXe siècle. Le premier champ de mission se crée dans un pays sous domination britannique et plus tard dans des pays à la fois sous domination britannique et sous domination française. À la fin du XIXe siècle les missionnaires protestants sont à l'oeuvre dans sept champs de mission (Afrique et Pacifique).

Les premières missions
L'organisation du mouvement missionnaire
L'abolition de l'esclavage

L'ère des pionniers (1822-1884)

Rien, au début du XIXe siècle, ne prédisposait le protestantisme français, à l'instar de ses homologues britanniques et néerlandais par exemple, à s'engager dans la mission auprès des peuples non christianisés. Théologiquement d'abord, le calvinisme n'avait pas élaboré de projet missionnaire en leur direction parce que l'objectif premier de la Réformation était la conversion de l'Église catholique en Europe et parce que cette dernière avait développé, au moment de la découverte du Nouveau Monde, un modèle missionnaire fondé sur la conquête par la force que réprouvaient les réformateurs. Sociologiquement ensuite, au terme de deux siècles de persécutions et de tracasseries, le protestantisme français était minoritaire et affaibli et ne disposait pas des mêmes soutiens internationaux du gouvernement que le catholicisme.

Seuls quelques refuges huguenots s'étaient développés, sans grand succès, dès le XVIe siècle dans les Amériques (Canada, Floride, Brésil). Au XVIIe siècle, après la Révocation de l'Édit de Nantes, les Huguenots hollandais d'extraction française s'expatrièrent en Afrique du sud donnant naissance au refuge protestant le plus important de l'histoire moderne. Mais les Églises nées de cette implantation n'étaient pas missionnaires, ce qui n'exclut pas la conversion d'Africains, métis surtout, mais ils seront regroupés dans des Églises séparées des « blanches » selon le système dénommé apartheid au XXe siècle.

De plus, au début du XIXe siècle, l'État français interdit aux Églises protestantes réorganisées sous le Concordat et les Articles Organiques de 1802, d'avoir d'autres activités que l'exercice du culte à l'intérieur des édifices religieux. Toute autre activité était en principe interdite ou seulement tolérée. Enfin la Marine française était aux mains des catholiques et si, pour se répandre dans le monde, la foi chrétienne devait suivre les expéditions maritimes coloniales, elle serait « catholique et française » pour faire pièce à l'entreprise adverse, « anglaise et protestante ».

L'origine du mouvement missionnaire

Un culte missionnaire
Un culte missionnaire il y a un siècle.
(S.H.P.F.)
Au XIXe la France connaît le « Réveil religieux » qui traverse toute l'Europe. Revivalisme protestant et renouveau catholique constituent la forme religieuse du romantisme avec Madame de Staël et Benjamin Constant du côté protestant et Chateaubriand du côté catholique. Le Réveil veut secouer les Églises de leur torpeur pour qu'elles proclament la bonne nouvelle du salut en Christ aux hommes du monde entier. La France est sillonnée par les évangélistes britanniques et suisses venus soutenir, dans les Églises protestantes, les groupes qui prient pour les missionnaires envoyés dans le monde par des Sociétés de mission, notamment la Mission de Londres (LMS) fondée en 1795 et la Mission de Bâle fondée en 1815.

Le 4 novembre 1822, la Société des Missions Évangéliques chez les peuples non chrétiens (SMEP), établie à Paris, est créée dans le but de « propager l'Évangile parmi les païens et autres peuples non chrétiens ». Son premier Comité est interdénominationnel (réformé, luthérien, indépendant) et international (français, suisse, américain).

À l'origine de la SMEP, ses fondateurs n'avaient pas la possibilité d'envoyer des missionnaires au loin, les anciennes colonies françaises des Antilles étant fermées aux missions protestantes assimilées, par le gouvernement, à des entreprises d'infiltration britannique. Dans les colonies françaises d'Afrique, le Sénégal et l'Algérie, le gouvernement s'était engagé auprès des autorités musulmanes à ne pas favoriser la mission chrétienne. Aussi les groupes d'amis des missions constitués en province dès 1819 collectent-ils des fonds pour la Mission de Bâle. Quant à la première Maison des missions louée en 1823 au boulevard Montparnasse, elle reçoit des élèves missionnaires de Bâle profitant des possibilités offertes par la fameuse École des Langues Orientales de Paris.

Mais le désir d'envoyer ses propres missionnaires ne faiblit pas à la SMEP. En 1829, sur les conseils de John Philip, surintendant de la Mission de Londres (LMS) en Afrique du Sud, le Comité parisien ordonne ses trois premiers missionnaires, Samuel Roland, Prosper Lemue et Isaac Bisseux pour le Cap de Bonne Espérance. On trouve la plaque commémorative de cette ordination dans l'Église réformée Sainte-Marie de Paris. Pourquoi l'Afrique du Sud ? Philip avait fait campagne dans cette colonie pour l'amélioration de la condition des Noirs et l'abolition de l'esclavage, proclamée en 1834 dans la foulée de l'abolition britannique. Il voyait là s'ouvrir une porte pour la mission, spécialement pour des protestants français dont les ancêtres huguenots étaient venus se réfugier en Afrique du Sud au XVIIe. Au début du XIXe cette région est en pleine recomposition politique. Les chefs bantous opposés entre eux et en guerre avec les colons Boers, tentent de constituer des « États » relativement indépendants avec l'appui du troisième protagoniste de la situation, les colons Britanniques. Les chefs bantous voient dans les missionnaires européens de possibles conseillers pour consolider leur nation.

J.F. Zorn


Bibliographie
• BLANQUIS, Jean, Les origines de la Société des Missions Évangéliques de Paris, 1822-1830, 1930-1931-1935, SMEP, Paris, 3 Tomes.
• PIETRI C., VAUCHEZ A., VENARD M., MAYEUR J.M., Histoire du christianisme des origines à nos jours, En cours de parution, Desclée, Paris, 1990-2001, 14 Tomes.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Les missions chrétiennes en Afrique, Asie, Australie et Océanie », pp. 427-440.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Théologie de la mission », pp. 992-1112.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Le projet missionnaire », pp. 137-170.
• ZORN, Jean-François, Le grand siècle d'une mission protestante. La mission de Paris de 1822 à 1914., Karthala/Les Bergers et les Mages, Paris, 1993
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1993, ZORN, Jean-François, Le combat anti-esclavagiste chrétien au XIXe siècle, pp. 635-652..


Les premières missions

Les premières missions protestantes françaises ont lieu en Afrique du Sud, car au début du XIXe siècle, cette région est en pleine recomposition politique.

Le premier champ d'action missionnaire de la SMEP : le Lesotho


Station de Morija
Station de Morija.
(S.H.P.F.)

L'objectif du premier envoi des missionnaires protestants français n'était cependant pas de fournir des pasteurs aux huguenots fermiers boers mais bien de « fonder une mission parmi les païens ». Sous la conduite de John Philip, les missionnaires partent à la recherche d'un champ de mission. Au Botswana, Roland et Lemue fondent une première station. Des difficultés avec Moselekatsi, chef des Ntebele les obligent à fuir et à abandonner le site. Ils se replient vers l'est dans le voisinage du Lesotho où ils vont jouer un rôle dans la vie de la future mission de la SMEP dans ce pays. Quant à Bisseux, il reste attaché aux Boers et vécut 67 ans de ministère pastoral dans une ville voisine du Cap au service d'un groupe de fermiers huguenots.

C'est pour venir en aide à ces pionniers en difficulté au Bostwana, et pour tenter de chercher un lieu sûr et prometteur où s'implanter, que le Comité de la SMEP décide, en 1832, un nouvel envoi de missionnaires en Afrique du sud. En février 1833 trois missionnaires français, Eugène Casalis, Thomas Arbousset et Constant Gosselin débarquent au Cap. Afin de bien les orienter, le choix des responsables de la LMS se tourne vers un chef africain favorable aux missionnaires. Il est trouvé en la personne de Moshoeshoe, chef des Sotho qui avait réussi à fédérer son peuple et à conquérir une place forte, Thaba-Bosiu, qui restera la capitale historique du Lesotho.

La rumeur circulant que Moshoeshoe serait favorable à la venue des missionnaires français, les responsables de la LMS et les missionnaires français interprètent cet appel comme celui que Paul reçut du Macédonien (Act 16,9). Les trois hommes sont donc conduits jusqu'à Moshoeshoe. Le 28 juin 1833, la rencontre historique avec le chef a lieu au terme de laquelle les missionnaires sont invités à s'installer dans le pays. Une implantation est trouvée à quelques kilomètres de Thaba-Bosiu, dénommée Morija, nom biblique du pays inconnu vers lequel Abraham a marché selon l'appel de Dieu (Gen 22). Deux ans plus tard, la Conférence missionnaire du Lesotho, qui rassemble les premiers ouvriers de cette mission, décide, avec l'accord de Moshoeshoe, d'installer Casalis à Thaba-Bosiu.

Morija et Thaba-Bosiu représentent en quelque sorte les deux modèles de stations missionnaires de la SMEP selon lesquels d'autres stations dans d'autres pays vont se développer. Morija est la station « nouvelle » dans laquelle les premiers auditeurs auront à découvrir que l'Évangile est non seulement un appel au changement du coeur mais aussi au changement de la société au nom de la civilisation qu'à l'époque on estime être « chrétienne ». C'est ainsi que l'apprentissage des langues étrangères (dans ce cas l'anglais !), de nouvelles techniques de construction, d'agriculture, d'hygiène, mais également d'éthique familiale, sociale et politique font partie du travail global d'évangélisation. Thaba-Bosiu demeure la station « traditionnelle » dans laquelle l'Évangile est annoncé en langue sotho, et incarné, autant qu'il est possible, dans les traditions locales, culturelles et communautaires. C'est ainsi que pour la SMEP, l'expérience du Lesotho sera « une mission école ».

Le Sénégal



Groupe de Sénégalais
Groupe de Sénégalais.
(S.H.P.F.)
Une autre tentative missionnaire protestante française débute en 1863 au Sénégal, une colonie française, grâce à l'entremise de son gouverneur, le protestant Jauréguiberry. Il fit passer les missionnaires pour des aumôniers de la Marine et parvint à les installer en Casamance, évitant ainsi Saint-Louis, la capitale, où se trouvaient le siège des missions catholiques. Mais les débuts furent cruels : sur les cinq premiers missionnaires, deux moururent rapidement et deux rentrèrent pour raison de santé ; le seul restant dut être rapatrié à Saint-Louis. C'est là que la mission protestante connaîtra un développement intéressant auprès de la population bambara, des esclaves libérés venus des hauts fleuves Sénégal et Niger chercher protection dans la capitale sous administration française. L'Église protestante les accueillera et grandira grâce à l'arrivée continuelle des fugitifs jusqu'à la fin du XIXe siècle.
Presbytère de Mooréa
Presbytère de Mooréa.
(S.H.P.F.)



Tahiti

La même année – 1863 –, commence pour la SMEP une série d'aventures qui vont la conduire à s'engager dans six autres champs de mission dont elle hérite du fait d'une nouvelle conjoncture mondiale. En effet, c'est le début de la conquête coloniale et au fur et à mesure que les pays d'Afrique et du Pacifique passent sous l'influence d'une nation européenne – quelquefois au terme d'une guerre aboutissant au remplacement de ladite nation par une autre –, la SMEP est appelée à envoyer des missionnaires français (ou francophones) à la place ou aux côtés des missionnaires « étrangers ».

Ce type d'expérience commence à Tahiti en 1863, où un ancien missionnaire du Lesotho, Thomas Arbousset, tente de prendre la relève des missionnaires britanniques de la LMS, présents dans l'archipel depuis 1797 mais obligés de le quitter du fait de la prise de possession de la France en 1843. Les Britanniques y ont fait un travail d'évangélisation et de développement considérable : la quasi totalité de la population est devenue protestante dans une société modernisée par le christianisme. La Bible est traduite en tahitien depuis 1838 et l'alphabétisation qui s'en est suivie est à la base d'un système scolaire que le colonisateur français tente de récupérer pour y substituer l'apprentissage de la langue française. Vingt ans du lutte franco-britannique amènent la SMEP à devoir prendre le relève de la LMS et à poursuivre avec difficulté son oeuvre. La population tahitienne restera dans sa grande majorité fidèle à la foi protestante jusqu'à nos jours.

La relève des missionnaires britanniques de la LMS par ceux de la SMEP se produira encore dans deux autres archipels, la Nouvelle-Calédonie et Madagascar constituant, avec la Polynésie française, « le groupe des îles ». Mais elle se fera dans le cadre de l'ère suivante, celles des « bâtisseurs » qui commence après la Conférence africaine de Berlin de 1884-85. Cette conférence politique internationale consacre le partage du monde en zones d'influences européennes et justifie la conquête coloniale territoriale qui aura des effets importants sur le mouvement missionnaire.

J.F. Zorn


Bibliographie
• BLANQUIS, Jean, Les origines de la Société des Missions Évangéliques de Paris, 1822-1830, 1930-1931-1935, SMEP, Paris, 3 Tomes.
• PIETRI C., VAUCHEZ A., VENARD M., MAYEUR J.M., Histoire du christianisme des origines à nos jours, En cours de parution, Desclée, Paris, 1990-2001, 14 Tomes.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Le projet missionnaire », pp. 137-170.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Les missions chrétiennes en Afrique, Asie, Australie et Océanie », pp. 427-440.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Théologie de la mission », pp. 992-1112.
• ZORN, Jean-François, Le grand siècle d'une mission protestante. La mission de Paris de 1822 à 1914., Karthala/Les Bergers et les Mages, Paris, 1993.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1993, ZORN, Jean-François, Le combat anti-esclavagiste chrétien au XIXe siècle, pp. 635-652.


Eugène Casalis
Eugène Casalis.
(S.H.P.F.)
L'organisation du mouvement missionnaire

Malgré une courte période de fermeture de la Maison des Missions au moment de la révolution de 1848 et de la guerre de 1870, le zèle missionnaire continue de se répandre en France de plusieurs manières.

Des groupements d'Amis des Missions

Ils se constituent en Comités Auxiliaires des Missions (12 en 1823, 41 en 1833 dont 6 en Suisse, 1 en Angleterre, 1 au Canada). Leur soutien est spirituel (prière) et matériel (collectes doublées de 1823 à 1824). En mars 1835, un Comité Auxiliaire de femmes de Paris est créé.

Des publications

d'abord un Bulletin tiré à part des Archives du Christianisme édité à 1500 exemplaires en 1825.

puis le Journal des Missions Évangéliques est créé en 1826. Trimestriel de près de 100 pages, il passe à un mensuel de 40 pages en 1830.
enfin le Petit Messager des Missions Évangéliques est créé en 1849, et destiné aux enfants.
par ailleurs de nombreuses brochures présentent tel ou tel aspect de l'action missionnaire.

Des tournées missionnaires en Europe

La première est entreprise par Casalis en 1850, envoyé par les amis de la Mission du Lesotho au Cap pour réveiller la conscience missionnaire des amis de la SMEP en Europe. Il est le premier missionnaire à rentrer en congé et à pouvoir raconter l'oeuvre de l'Évangile en Afrique.

L'école des missions

Elle offre une formation théologique et missiologique complète aux futurs missionnaires qui ne passeront pas par les Facultés de théologie et qui recevront leur consécration de la SMEP elle-même. Deux cents missionnaires (conjoint(e)s non compris(e)s), pasteurs, instituteurs, artisans, médecins, ont été formés à l'école et sont partis.

La SMEP

C'est une société de fait car, dans la France du XIXe, l'organisation de la vie religieuse en dehors des Églises reconnues par le Concordat et les Articles Organiques est seulement tolérée. La SMEP agit grâce à ses propres moyens et n'émarge donc pas au budget des Églises. Mais comme elle fonde des Églises "filles" dans les pays de mission, elle considère les Églises "mères" d'Europe comme la pépinière des vocations, des dons financiers et du soutien spirituel pour la mission. Lorsque la vie synodale des Églises protestantes de France se reconstitue – avec la tenue du Synode fondateur des Églises libres en 1849 et du Synode réformé officieux de 1872 –, la SMEP tente de se faire reconnaître et de se faire soutenir plus officiellement par les Églises. C'est ainsi qu'à l'occasion de la tenue de plusieurs de ces synodes, sans oublier ceux de Suisse et de l'Église vaudoise d'Italie, des motions de soutien sont adressées au Comité de la SMEP et aux missionnaires à l'occasion de la conférence de l'un d'entre eux. Aussi, une lente institutionnalisation des contacts entre les Missions et les Églises se produira à la fin du XIXe qui se concrétisera au XXe par une intégration plus effective des engagements missionnaires dans les projets des Églises d'Europe.

À la fin du XIXe la SMEP est engagée dans sept champs de mission : Lesotho (1833), Tahiti (1863), Sénégal, (1863), Zambèze (1885), Gabon (1888), Iles Loyauté (1892), Madagascar (1896).

J.F. Zorn


Bibliographie
• BLANQUIS, Jean, Les origines de la Société des Missions Évangéliques de Paris, 1822-1830, 1930-1931-1935, SMEP, Paris, 3 Tomes.
• PIETRI C., VAUCHEZ A., VENARD M., MAYEUR J.M., Histoire du christianisme des origines à nos jours, En cours de parution, Desclée, Paris, 1990-2001, 14 Tomes.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Le projet missionnaire », pp. 137-170.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Les missions chrétiennes en Afrique, Asie, Australie et Océanie », pp. 427-440.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Théologie de la mission », pp. 992-1112.
• ZORN, Jean-François, Le grand siècle d'une mission protestante. La mission de Paris de 1822 à 1914., Karthala/Les Bergers et les Mages, Paris, 1993.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1993, ZORN, Jean-François, Le combat anti-esclavagiste chrétien au XIXe siècle, pp. 635-652.


L'abolition de l'esclavage

Au XIXe siècle, l'esclavage devient incompatible avec les grands courants de pensée politique (droits de l'homme), économique (commerce légitime) et théologique (évangélisation). Aussi, après avoir été rétabli par Napoléon, il sera définitivement supprimé en 1848.

La prise de conscience




Marché d'esclaves
Marché d'esclaves à Mascate en 1849.
(L'Illustration)

À la fin du XVIIIe siècle, l'Europe s'ouvre à nouveau au monde. Le début de la révolution industrielle, la recherche de débouchés, le besoin de nouveaux produits, l'essor démographique de l'Europe, amènent les navigateurs à parcourir les mers, à créer des points de ravitaillement et des comptoirs commerciaux sur les côtes d'Afrique, d'Asie, du Pacifique, continents dont l'intérieur est pratiquement inconnu. Sous la poussée de la politique coloniale de la Grande-Bretagne et de la France essentiellement, la pénétration des continents commence au milieu du XIXe, soutenue par les progrès de la navigation (bateaux à vapeur) et de la médecine (découverte de la quinine). Les explorateurs de l'Afrique découvrent alors l'ampleur des dégâts de la traite des Noirs. Cet « infâme négoce », pratiqué depuis quatre siècles, paraît incompatible avec l'établissement du « commerce légitime » voulu par la politique coloniale. L'abolition de la traite devient un impératif économique.

L'expansion de l'abolitionnisme

En Europe, un courant anti-esclavagiste (« l'abolitionnisme ») a précédé cette prise de conscience. En 1794 la Convention avait aboli l'esclavage mais Napoléon l'avait rétabli en 1802. En 1807, l'Angleterre avait interdit la traite et voté au Parlement l'abolition de l'esclavage en 1833. La France interdit définitivement l'esclavage dans ses colonies en 1848 et l'inscrit dans sa Constitution. Les arguments religieux ne sont pas absents du mouvement abolitionniste européen. En Angleterre les abolitionnistes (le quaker Thomas Clarkson et le parlementaire méthodiste William Wilberforce) se réclament de l'Évangile. Mais en France c'est officiellement au nom des droits de l'Homme que la Société des « Amis des Noirs », mène le combat. Cependant des abolitionnistes français comme l'abbé Grégoire (ecclésiastique constitutionnel) et le pasteur Benjamin Sigismond Frossard fondent aussi leur combat sur la religion chrétienne. Un autre pasteur, Guillaume de Félice, professeur à la Faculté de théologie de Montauban, sera, en 1846-7, l'un des principaux animateurs du mouvement de pétitions dans les Églises en faveur de l'abolition. C'est ce genre d'action qui a conduit au décret français d'interdiction de l'esclavage de 1848.

Une nouvelle éthique chrétienne

Depuis le début de la traite au XVIe siècle, les négriers européens s'étaient affichés chrétiens, faisant accompagner leurs « cargaisons » par des aumôniers catholiques ou protestants. En France, les armateurs protestants des principaux ports (Bordeaux, Nantes, la Rochelle, Rouen) avaient participé au commerce esclavagiste. Les abolitionnistes du XIXe siècle dénoncent ce fait tout en admettant que ces hommes étaient victimes des préjugés de leur temps. Mais après la révolution des droits de l'homme, il n'est plus possible, ni d'accepter la collusion du christianisme et de l'entreprise esclavagiste, ni d'envisager une quelconque action d'évangélisation de l'Afrique qui ne soit précédée ou accompagnée d'une proclamation de la liberté et de l'égalité de tous les hommes, Noirs et Blancs devant Dieu. Le mouvement missionnaire du XIXe siècle a donc partie liée avec le mouvement d'abolition de la traite des Noirs et de l'esclavage.

J.F. Zorn


Bibliographie
• BLANQUIS, Jean, Les origines de la Société des Missions Évangéliques de Paris, 1822-1830, 1930-1931-1935, SMEP, Paris, 3 Tomes.
• PIETRI C., VAUCHEZ A., VENARD M., MAYEUR J.M., Histoire du christianisme des origines à nos jours, En cours de parution, Desclée, Paris, 1990-2001, 14 Tomes.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Les missions chrétiennes en Afrique, Asie, Australie et Océanie », pp. 427-440.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Théologie de la mission », pp. 992-1112.
• GADILLE, Jacques et ZORN, Jean-François, « Le projet missionnaire », pp. 137-170.
• ZORN, Jean-François, Le grand siècle d'une mission protestante. La mission de Paris de 1822 à 1914., Karthala/Les Bergers et les Mages, Paris, 1993.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, 1993, ZORN, Jean-François, Le combat anti-esclavagiste chrétien au XIXe siècle, pp. 635-652.


L'enseignement protestant

L'histoire de l'enseignement au XIXe siècle est marquée par de profonds changements dans son organisation par l'État et son rayonnement. Des lois fondamentales sont adoptées et de nouvelles pédagogies sont mises en oeuvres, dont beaucoup avaient été conçues au XVIIIe siècle. Les protestants ont été associés à ces changements, du fait d'exigences propres au protestantisme en matière d'enseignement.

Les écoles maternelles
Les écoles professionnelles
La formation des maîtres d'école
Jean Théodore Beck (1839-1936) et le cas particulier de l'École Alsacienne
L'École alsacienne

Un enseignement pour les protestants

Vente au profit de la Société
Vente au profit de la
Société de l'Instruction primaire.
(Société Évangélique de Genève)
La communauté protestante souhaite, par l'intermédiaire de différentes sociétés bibliques, la création d'écoles protestantes, afin de permettre à tout protestant d'avoir un rapport personnel à l'Écriture. Le secrétaire de la Société pour l'encouragement de l'instruction primaire parmi les protestants de France (SEIPF), fondée en 1829, écrit en 1830 qu'il faut que « chaque protestant puisse lui-même lire l'Évangile, méditer et juger par lui-même les sublimes vérités et les divins enseignements qu'il renferme », effort qui vient « se briser aujourd'hui contre l'ignorance absolue d'une grande partie de notre population » (cité par J.-Cl. Vinard, Les écoles primaires protestantes en France de 1815 à 1885, Montpellier, 2000).

Les politiques scolaires

On rappelle ici les jalons essentiels des politiques scolaires du XIXe siècle, cadre dans lequel évoluera l'action des protestants.

Ferdinand Buisson
Ferdinand Buisson (1841-1932).
(S.H.P.F.)
La loi du 28 juin 1833 de Guizot est un élément essentiel de cette évolution. La loi oblige les collectivités à créer trois types d'établissements : une école primaire dans chaque commune, une école primaire supérieure (EPS) dans chaque chef-lieu de département ou dans chaque ville de plus de 6 000 habitants, une école normale dans chaque département. La loi reconnaît la liberté d'enseignement, puisque ceux qui ont les titres requis ont la liberté d'ouvrir une école primaire, mais tous les établissements, publics ou privés, restent sous le contrôle des comités de surveillance communaux ou d'arrondissement. Les années suivantes verront la création d'un corps d'inspecteurs scolaires, la réglementation des « salles d'asiles » (ancêtres de nos écoles maternelles) et des cours d'adultes qui s'étaient multipliés, enfin la création – facultative – d'écoles primaires pour les filles. Cependant, l'enseignement élémentaire n'est ni laïc, ni obligatoire, ni gratuit, principes qui seront proclamés par la Révolution de 1848. La loi Falloux (mars 1850) établit la liberté de l'enseignement secondaire, supprime les EPS, et accroît les prérogatives scolaires de l'Église.
La politique scolaire de la IIIe République, avec Jules Ferry et le protestant F. Buisson, alors directeur de l'Enseignement Primaire (cf. les protestants et l'enseignement républicain), institue la gratuité de l'enseignement primaire (juin 1881), son obligation pour les enfants de 6 à 13 ans et la laïcisation des programmes (mars 1882), l'éducation religieuse étant remplacée par l'instruction morale et civique. La loi de séparation de l'Église et de l'État est votée le 9 décembre 1905. Comme on le sait, les protestants s'y rallient, et « à la différence des catholiques qui multiplient leurs écoles, ils font tant de confiance dans l'école laïque naissante qu'ils ferment leurs écoles normales, sauf celle de Boissy Saint-Léger, et la plupart de leurs écoles primaires » (Marc Boegner, cité par J.-Cl. Vinard).

Beaucoup d'initiatives privées ont vu le jour dans des domaines qui n'étaient pas pris en charge au sein de l'enseignement public : des écoles maternelles, mais aussi des établissements d'enseignement technique. Ces expériences souvent remarquables ont été fort utiles au développement de l'enseignement public.


Bibliographie
• VINARD (J.Cl), Les écoles primaires protestantes en France de 1815 à 1885, Montpellier, 2000.


Les écoles maternelles

Le XIXe siècle fait « la découverte de l'enfant », certainement sous l'influence de J.J. Rousseau pour lequel l'art de l'éducation doit être fondé sur une connaissance « scientifique » de l'enfant. Les apports plus lointains de Comenius, plus récents de Pestalozzi et surtout, dans le monde francophone, d'Oberlin sont déterminants.

L'initiateur des écoles maternelles
Jean-Frédéric Oberlin
Jean-Frédéric Oberlin
(1740-1826).
(S.H.P.F.)

Oberlin est considéré comme l'initiateur des écoles maternelles, regroupant les enfants en bas âge dans son institution des « poêles à tricoter », évitant aux enfants dont les parents travaillent d'être abandonnés à la rue et permettant de leur donner les premiers éléments d'éducation. De plus, pour remédier au manque de maîtres, Oberlin avait proposé de faire encadrer les enfants par des moniteurs choisis parmi les enfants eux-mêmes, ce que l'on a appelé l'« enseignement mutuel ».

Ultérieurement développé en Angleterre, ce système fut adopté par plusieurs consistoires dès l'Empire (à Colmar, Paris, Saint-Hippolyte-du-Fort) et, la paix revenue, plusieurs d'entre eux envoyèrent en Angleterre des responsables pour l'étudier. À la fin de la Restauration, un quart des écoles protestantes était organisé selon ce système. À Nîmes, une école de garçons accueillera jusqu'à 250 élèves, suivie par la création d'une école de filles, toutes deux gratuites et recevant des subventions du Consistoire, du Conseil municipal et du Conseil général.

Ces écoles maternelles furent d'abord des « salles d'asile » ou des « refuges » à vocation charitable. De nombreuses initiatives privées permirent à certaines d'entre elles de devenir de véritables foyers éducatifs préparant à l'instruction élémentaire. Ce système exprimait un esprit nouveau : « la nécessité d'une entraide à tous les niveaux en matière d'éducation populaire, le principe que l'on développe ses connaissances en les répandant autour de soi » (J.-Cl. Vinard, Les écoles primaires protestantes en France de 1815 à 1885, op. cit.). Combattu par le clergé catholique (« une telle méthode est vicieuse, puisque les enfants y apprennent de bonne heure à ne compter pour rien l'autorité de l'âge, à n'avoir confiance que dans le mérite qu'ils se persuadent d'avoir » disait l'abbé Affre, futur archevêque de Paris), le système avait également l'avantage d'une économie de moyens : il était normal qu'il soit progressivement abandonné quand le réformé Guizot permit de remédier au manque d'instituteurs.

Le rôle des femmes

Le rôle des femmes de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie, catholique et protestante, organisées dès 1826 au sein d'un Comité, doit être souligné, au premier rang desquelles Émilie Mallet. Informée des expériences britanniques des « infant schools », J.-Cl. Vinard écrit d'elle :
Madame Jules Mallet
Madame Jules Mallet.
(S.H.P.F.)

« elle sut vaincre les difficultés que rencontra l'institution des premières salles d'asile. Sur le plan financier elle lança une souscription (gérée par la banque Mallet), sur le plan administratif elle se signala par l'habileté et la ténacité de ses démarches, et sur un plan religieux par l'esprit interconfessionnel (sinon oecuménique) qu'elle fit adopter pour que l'ambiance religieuse soit présente dans les salles d'asile... Pour sauvegarder la spécificité éducative des salles d'asile et l'autonomie de leur encadrement féminin, elle aura à s'opposer aussi bien à son coreligionnaire, François Guizot qui, dans l'esprit de sa loi de 1833 aurait voulu une plus grande intégration à l'Instruction publique, qu'à l'impératrice Eugénie qui, mise à la tête de ces oeuvres à l'avènement au trône de son mari, appuiera plutôt une influence contraire ».

À partir de 1881, les écoles maternelles, dont le nom est officialisé à cette date, se développèrent dans le système de la laïcité, et le rôle d'éducatrices protestantes, en particulier Pauline Kergomard, fut important.



Pasteur Eugène Bersier
Pasteur Eugène Bersier (1831-1889).
(S.H.P.F.)
Les écoles professionnelles

Sous le Second Empire, les écoles professionnelles se multiplient, les protestants y prennent leur part.

Un encadrement spirituel pour les apprentis

De nombreux centres d'apprentissage furent financés par le protestantisme, encadrés par des Comités de patronage. Des pensionnats furent créés à proximité des lieux d'apprentissage, afin de pourvoir aux besoins tant matériels que spirituels des apprentis. La Maison protestante de Paris fut ainsi fondée en 1857.

En 1876, le pasteur Eugène Bersier fonde l'école primaire de filles de la paroisse de l'Étoile à Paris, école mixte au point de vue confessionnel, préparant les élèves à différents métiers artisanaux, en particulier des couturières.

Des écoles pour adultes furent créées (Mazamet, Nîmes, Paris), installées le soir dans l'école des enfants, l'enseignement professionnel voisinant avec l'enseignement primaire élémentaire. Dans un discours prononcé en 1866 à l'Assemblée Générale de la SEIPF, le pasteur Ch. Gaudard décrivait :« ici un professeur donnait une leçon de physique, dans la salle voisine on s'exerçait au dessin des machines ; mais ce qui m'émut profondément ce fut de voir une soixantaine d'ouvriers de tout âge, jeunes ou vieux, qui apprenaient à lire... Encore quelques efforts et la France, spécialement la France protestante, n'aura rien à envier à ses voisins » (dans J.-Cl. Vinard, Les écoles primaires protestantes en France de 1815 à 1885, op. cit.).



La formation des maîtres d'école

La communauté protestante prit très tôt l'initiative de former elle-même des maîtres d'école, par des créations régionales ou nationales.

Ancien Internat
Ancien Internat de Mens.
(Société Évangélique de Genève)
Les écoles protestantes régionales

La loi Guizot précisait que dans les départements dont les habitants professaient différents cultes il était possible d'établir, à côté des écoles normales, des écoles « modèles » destinées à former le personnel enseignant pour les écoles primaires. La SEIPF, constatant que les écoles normales ne présentaient pas toujours de garanties suffisantes sous l'angle de la formation religieuse, a favorisé la création de ces écoles modèles, ou le développement de celles déjà existantes. Parmi les nombreuses écoles ainsi formées, on peut retenir l'exemple de :

Mens (Isère), qui en 1881 avait formé plus de 300 maîtres, et comptait 54 élèves en 1885 ;
Montbeliard (Doubs), qui en 1882 comptait 30 élèves ;
Dieulefit (Drôme), qui en 1885 comptait 44 élèves ;
Nîmes (Gard), qui pendant 40 ans prépara chaque année 40 à 60 élèves institutrices.

Les écoles protestantes nationales

Le besoin de maîtres compétents, tant au point de vue scolaire que religieux, apparaît de plus en plus important pour les écoles créées par la communauté protestante, d'autant plus qu'à partir de 1850, avec la montée en force du parti de l'ordre, les écoles normales départementales, bien que publiques, seront reprises en main par la hiérarchie catholique. Deux écoles normales protestantes vont donc être créées à l'échelon national : l'école normale d'institutrices de Boissy-Saint-Léger et l'école normale de Courbevoie.

L'école normale de Courbevoie sera active de 1846 à 1888, et s'individualise par les principes pédagogiques de son fondateur, Louis Gauthey : recours à l'intuition et à la méthode naturelle de l'éducation, l'élève-maître soucieux de l'enseignement qu'il aura à donner devant être d'abord orienté vers la pratique « pas de leçons de choses sans choses » ont dit tous les pédagogues protestants. L'enseignement religieux a la première place, les élèves-maîtres encadrant les écoles du dimanche et pouvant parfois remplacer le pasteur pour le culte du dimanche. L'éducation morale ne peut en être séparée, le maître d'école étant préparé à la vie humble qui l'attend. L'histoire, les langues étrangères, les mathématiques, la gymnastique et les travaux manuels furent successivement introduits, précédant en général de nombreuses années leur introduction dans les circulaires ministérielles.



Jean Théodore Beck (1839-1936) et le cas particulier de l'École Alsacienne

Il fut l'une des figures marquantes de l'École Alsacienne, dont il fut directeur de 1891 à 1920.

Pour informations complémentaires, voir : Jean Théodore Beck (1839-1936) et le cas particulier de l'École Alsacienne.



L'École alsacienne

Après la défaite de Sedan, un certain nombre de personnalités protestantes songèrent à créer un établissement d'enseignement qui pourrait accueillir les enfants des familles alsaciennes francophones repliées à Paris. l'École alsacienne est vite devenue cette école privée dont les initiatives pédagogiques ont toujours attiré l'attention des responsables de l'enseignement public qui la tiennent en haute estime.

École Alsacienne
Paris, École Alsacienne.
(Isabelle de Rouville)
Une école élémentaire en 1871

C'est par une modeste classe de niveau élémentaire que l'École alsacienne a ouvert ses portes dans le quartier latin à Paris en 1871. Après s'être doté d'un conseil d'administration, l'établissement prend vraiment forme en 1874, proposant alors un programme pédagogique ambitieux et plus moderne que celui des Lycées (suppression des exercices en vers latins, sections scientifiques et de sciences expérimentales). En 1879, l'École alsacienne accueille 200 élèves qu'elle prépare aux différents baccalauréats avec des succès très significatifs.

L'École conquiert définitivement ses lettres de créance sous la responsabilité de Jean-Théodore Beck qui en assuma la direction entre 1890 et 1921. Ce pasteur alsacien replié à Paris vint à l'École d'abord pour y enseigner l'allemand. Nommé Directeur, il lia son mandat à l'exigence de faire de l'École « une oeuvre d'affranchissement intellectuel et moral, avec, (fait tout à fait nouveau dans le cadre de l'enseignement secondaire), la collaboration des parents appartenant à toutes les tendances politiques et religieuses, mais désirant avant tout que leurs fils aient l'horreur de ce qui abaisse et l'amour de ce qui élève, et cela pour la dignité de la famille et l'honneur de la France ».

Ministre de l'Instruction publique en 1891, Paul Bert a bien résumé ce que fut, ce qui demeure, la place de l'École au sein du système d'enseignement général : « Vous êtes les auxiliaires de l'Université, faisant pour elle des expériences qu'elle ne peut tenter elle-même ».

André Gide a décrit sa scolarité à l'École alsacienne dans Si le grain ne meurt.



Le christianisme social

À la fin du XIXe siècle, des pasteurs émus par la misère ouvrière entament une réflexion sur la justice sociale.

Vers un socialisme chrétien ?

Salle du Faubourg Saint-Antoine
Paris, Salle du Faubourg Saint-Antoine.
(S.H.P.F.)
Après la Commune naît un nouveau mouvement théologique : le Christianisme social. La révolution industrielle a provoqué de telles misères dans les quartiers ouvriers des villes que des pasteurs se sont émus et ont amorcé une réflexion théologique sur la question sociale.

À partir de 1872, la Mission populaire évangélique, animée par le britannique Robert Mac All, avait attiré l'attention sur l'ignorance religieuse des classes ouvrières. À partir de 1878, le pasteur Tommy Fallot, issu d'une famille d'industriels et pasteur de la chapelle du Nord de Paris (ancienne Chapelle Taitbout), plaide pour un socialisme chrétien. Pour lui, il ne s'agit plus seulement d'assistance, de charité ou de morale mais de justice sociale.

Au même moment à Nîmes se constitue « l'École de Nîmes », autour de l'économiste Charles Gide, oncle d'André Gide. Celui-ci cherche une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Il est à l'origine du mouvement coopératif : coopératives de production et de consommation. Il met l'accent sur la solidarité. En 1896 est créée la Revue de Christianisme social, revue qui paraît encore aujourd'hui sous le titre « Autre Temps ».

Fraternité de Liévin-Calonne
Fraternité de Liévin-Calonne.
(Mours)
Dans les paroisses ouvrières

Le relais de Tommy Fallot est pris par les pasteurs Élie Gounelle à Roubaix et Wilfred Monod à Rouen. Ils oeuvrent dans des paroisses ouvrières et créent des associations appelées « solidarités », sortes de maisons chrétiennes du peuple, où se côtoient protestants, catholiques et agnostiques.

Si le socialisme n'accueille pas ce mouvement à cause de sa dimension chrétienne, l'Église protestante du début du XXe siècle sera marquée par la dimension sociale chrétienne.



L'évangélisation protestante


Henri Pyt
Henri Pyt (1796-1835).
(Société Évangélique de Genève)
Le XIXe siècle représente, pour les protestants de France, le temps de la « réintégration » ou de la « refondation ». Après plus d'un siècle de proscription, tout, ou presque, était à reconstruire. Le système concordataire donna les moyens de restructurer et de consolider l'existant. Mais le nouveau pluralisme religieux, bien que limité, incitait à aller plus loin. Telle fut l'ambition de l'évangélisation protestante : faire du cadre concordataire (1801-1802) non pas un cocon, mais un tremplin pour un nouvel essor de la Réforme en France.

1802-1833 : les premières initiatives

Une première phase, de 1802 à 1833, est marquée par le démarrage des initiatives d'évangélisation, dans le contexte européen du « Réveil », impulsé en particulier de Genève (rôle de Robert Haldane). La nouvelle liberté dont jouissent les protestants français est alors précaire et relative, et l'audace met du temps à fleurir sur des terres qui se souviennent encore des rigueurs du gel de la Révocation (1685).

Tandis que s'ébauche l'implantation des méthodistes (en terreau protestant) et des baptistes (en terreau catholique), les premières sociétés d'évangélisation se signalent alors par leurs initiatives. Les sociétés étrangères sont les premières à développer une évangélisation active. La Société biblique britannique et étrangère, la Société continentale envoient pasteurs et évangélistes. Le Genevois Ami Bost parcourt l'Alsace de 1819 à 1822, tandis que son collègue Henri Pyt (1796-1835), à la même époque, séjourne dans le Nord où il a une influence décisive sur les débuts du baptisme en France, puis en Beauce et à Bayonne. Félix Neff (1797-1829), autre Genevois, devient, lui, l'« apôtre des Hautes-Alpes ». Les sociétés françaises, à partir de modèles britanniques, suisses ou néerlandais, commencent également ce type d'essaimage. La plus ancienne, la Société Biblique protestante, fondée en 1818, se donna ainsi pour but de développer la diffusion des Écritures Saintes. Relayée en 1822 par la Société des traités religieux, elle contribua à une diffusion massive de littérature biblique dans les campagnes et les villes.

1833-1870 : une nouvelle ampleur

L'année 1833 marque l'entrée d'une seconde phase, qui se poursuit jusqu'aux années 1870. Le rythme et l'échelle de l'évangélisation protestante prend alors une nouvelle ampleur, en dépit d'un contexte général qui reste difficile. C'est au cours de cette période que les idées du « Réveil », minoritaires vers 1830, prennent le dessus sur le libéralisme hérité des Lumières, y compris au sein de l'Église réformée concordataire. La création de la Société Évangélique de France, « la première société d'évangélisation à direction française » (Jean Baubérot), est significative de ce tournant.




Napoléon Roussel
Napoléon Roussel
(1805-1878).
(S.H.P.F.)


Cette structure très ambitieuse était destinée à reprendre l'oeuvre jusqu'alors effectuée par les sociétés étrangères. Regroupant des protestants de diverses dénominations, y compris des étrangers, elle affirma clairement ses ambitions face aux églises réformées : si l'évangélisation accomplie rencontre le soutien de l'Église nationale, tant mieux ; mais sinon, l'évangélisation se fera malgré elle. Développant une intense activité d'évangélisation au moyen de colporteurs, d'évangélistes, de pasteurs, cette société d'évangélisation contribua, en terre jusque là exclusivement catholique, à l'implantation d'assemblées néo-protestantes. « Le protestantisme, écrivait Lamennais, s'est attaché aux flancs du catholicisme pour le dévorer »... L'image, quoique éminemment excessive, traduisait une crainte très nouvelle pour les catholiques, qui avaient perdu l'habitude depuis bien longtemps que l'on puisse proposer à tous, en France, une offre religieuse différente de la leur. De 1843 à 1847, un Napoléon Roussel (1805-1878) crée par exemple jusqu'à douze nouvelles églises et écoles protestantes en Charente. Plus que les protestants concordataires, qui, avec la « Société Centrale Protestante de France », créée en avril 1847, se préoccupent peu d'évangéliser les catholiques, ce sont les protestants revivalistes « non-concordataires », issus de la Société Évangélique de France, qui essaiment vigoureusement dans les campagnes catholiques, suscitant l'inquiétude des évêques. Ils emboîtent le pas, en ceci (à une échelle plus grande), aux baptistes, dont l'option d'évangélisation est la même : annoncer l'Évangile, sans exclusive, y compris en territoire entièrement catholique.
Le Révérend Mac All
Le Révérend Mac All prêchant à la Mission populaire évangélique.
(S.H.P.F.)


Ce mouvement d'évangélisation n'est pas sans conséquences ecclésiologiques, les nouvelles assemblées adoptant volontiers un modèle de type « professant », séparé de l'État. Durant le Second Empire, les résistances deviennent plus vives, surtout durant les années 1850. Arrestations, emprisonnements parfois de pasteurs ou d'évangélistes, fermetures exceptionnelles de temples affaiblissent l'élan d'évangélisation, mais sans le stopper pour autant. La répression contre l'évangélisation protestante, particulièrement marquée entre 1852 et 1860, se relâche ensuite avec l'Empire libéral.

1870-1905 : une liberté d'évangélisation sans précédent

Une troisième période, de 1870 à la loi de séparation de 1905, est ensuite marquée par un spectaculaire changement de contexte. Désormais, avec l'installation durable de la Troisième République, jamais l'évangélisation protestante n'est aussi largement tolérée, acceptée par la société. Schématiquement, le dernier tiers du XIXe siècle (surtout à partir de 1876-1877 et la fin de la période dite de « l'Ordre moral ») constitue, pour les protestants français, la première véritable période de liberté religieuse stable et sans restrictions. Elle se dessine, en France, sur fond de défaite et de remise en cause. La perte de deux provinces (l'Alsace et la Moselle), l'écrasement du pays, émeuvent les esprits. Dans les milieux protestants, qu'ils soient nationaux ou étrangers, la volonté de repartir de l'avant et de répandre davantage encore l'Évangile, conçu comme le seul vrai remède aux maux du pays, se manifeste par plusieurs initiatives d'envergure. Cette période est marquée par des projets tous azimuts, qui cultivent l'espoir d'un grand basculement de la France côté protestant. Maintenant que la liberté est enfin là, la « foi chrétienne protestante » ne va-t-elle pas enfin s'imposer, reprenant et parachevant l'oeuvre amorcée, puis avortée, au XVIe siècle ? Ce rêve d'une « France protestante » est ressassé par maints revivalistes.

Parmi les initiatives d'évangélisation, il faut souligner l'impact important de la Mission Mac All, du nom du révérend Mac All (1821-1893), venu à Paris après la défaite, où il ressentit un appel puissant pour une oeuvre d'évangélisation. En janvier 1872, une première salle est ouverte à Belleville. Et bientôt, grâce à un soutien protestant de plus en plus large et international, l'oeuvre de Mac All, qui prend le nom de Mission aux ouvriers de Paris en 1872, puis Mission populaire évangélique en 1879, s'étend rapidement. Parallèlement à l'oeuvre de la mission Mac All, l'évangélisation protestante se développe au travers de multiples initiatives, comme celle du Comité parisien de Mission intérieure, créé à la fin des années 1870 par Eugène Réveillaud (1851-1935), qui lança pendant une quinzaine d'années de vigoureuses campagnes d'évangélisation et de sensibilisation au protestantisme au travers de la France, dans une perspective républicaine et anticléricale. L'implantation de l'Armée du Salut répond à ces mêmes besoins d'une évangélisation volontariste, en phase avec les questions sociales. Les premiers officiers débarquent en France en 1881, trois ans après la fondation du mouvement par William Booth (1829-1912), pasteur méthodiste anglais. « Accueillis par les quolibets et les sarcasmes de la foule, par la méfiance des Églises » (S. Mours), les salutistes finissent par se faire accepter et s'installent aussi bien à Paris qu'en province, combinant action sociale et évangélisation (suivant la formule « soupe, savon, salut »). Alphonse Daudet a beau, dans l'Évangéliste (1883) proposer un portrait peu flatteur de cette évangélisation qu'il estime d'inspiration exclusivement anglo-saxonne (et qu'il oppose aux huguenots du terroir), celle-ci se poursuit jusqu'à la fin du siècle, de concert avec l'oeuvre entreprise depuis plus de cinquante ans par les diverses sociétés d'évangélisation.

William Booth
William Booth (1856-1929), fils du fondateur, général de l'Armée du Salut.
(S.H.P.F.)
Les grandes espérances (1905-1914)

La période qui mène de 1905 à la Première Guerre Mondiale marque la dernière phase de l'évangélisation protestante du XIXe siècle. Même si, « techniquement », on se situe désormais au XXe siècle, c'est en réalité les logiques mises en oeuvre au siècle précédent qui trouvent là à la fois leur épanouissement... et leur chant du cygne. Ce n'est pas un hasard si la césure de 1914 constitue, dans les manuels d'Histoire, la véritable fin du XIXe siècle. La « Grande Guerre » a marqué la fin d'un monde, et l'histoire de l'évangélisation protestante le vérifie, à son échelle. Avant 1914, le rêve d'une « France protestante » en marche est devenu, plus que jamais, d'actualité. La séparation des Églises et de l'État, qui met fin à toute situation religieuse privilégiée, donna aux protestants, particulièrement à ceux qui défendaient déjà le modèle de l'Église libre, un « coup de fouet » considérable. L'Église catholique, arque-boutée dans sa méfiance vis-à-vis de la République et de la laïcité, apparaissait, aux yeux de beaucoup de protestants, comme un vestige du monde ancien, voué à la marginalité. L'évangélisation résolue, par les Églises de la Réforme, ne pourrait-elle pas rallier les foules à une version « moderne » du christianisme, conciliant Révélation et valorisation de la conscience individuelle, vie d'Église et République ? Tous les espoirs semblaient permis.

C'est pourquoi la période 1905-1914 mérite d'être singularisée, quoique courte, comme celle des « grandes espérances » de l'évangélisation protestante. Cette dynamique se matérialisa par des rapprochements significatifs. Une coordination sans précédent des efforts d'évangélisation se fait jour, avec, en particulier, la constitution d'une Fédération des oeuvres d'évangélisation, et un important Congrès d'évangélisation qui se tint à Paris en 1913. Il regroupa toutes les organisations protestantes travaillant à l'évangélisation, dans un contexte où les conversions collectives se réduisent et où l'exode rural qui tend à s'intensifier commence à bouleverser peu à peu les équilibres démographiques traditionnels au profit des villes. Ce processus de renforcement unitaire se vérifie aussi dans la fusion en « Société Centrale Évangélique », en 1910, des deux principales sociétés d'évangélisation françaises, la Société Centrale et la Société Évangélique. Le but était clair : renforcer l'efficacité d'une structure entièrement dévolue à « l'évangélisation proprement dite, la conquête, la prédication de l'Évangile dans les milieux qui ne le connaissent pas, superstitieux, incrédules, libres penseurs, indifférents » (Paul Barde). Dans le même temps, les techniques et moyens d'évangélisation se sont perfectionnés, avec notamment l'utilisation de salles démontables, de tentes, de bateaux missionnaires (auxquels recourt la Mission Mac All), dans un contexte de totale liberté. L'influx du « réveil du Pays de Galles » (1904-1906) souffla sur les braises du zèle évangéliste. Dans la salle de l'Union Chrétienne, rue de Trévise à Paris, après une réunion de présentation du Réveil gallois, dans un local archicomble, des réunions hebdomadaires de prière pour un Réveil en France furent tenues jusqu'à la Première Guerre Mondiale. En mai-juin 1914, la campagne d'évangélisation sous la tente conduite à Nîmes par Ruben Saillens (1855-1942) connaît un succès sans précédent : pendant six semaines, on refuse du monde et les « conversions » se succèdent... Mais la « Grande Guerre » jeta l'éteignoir sur ces initiatives. Le rêve d'une « France protestante » s'égara quelque part, dans le cauchemar des tranchées... Le XXe siècle pouvait alors vraiment commencer.

S. Fath



La Société de l'Histoire du Protestantisme français (1852)

À quoi sert l'histoire du protestantisme ? Depuis cent-cinquante ans, la Société de l'Histoire du Protestantisme français (S.H.P.F.) n'élude pas la question, ni ne la résoud, mais plutôt l'aiguise en la maintenant ouverte.

Salle de lecture
Paris, Salle de lecture de la bibliothèque de la S.H.P.F.
(S.H.P.F.)
La création en 1852

La S.H.P.F. a été fondée en 1852 par un groupe d'« amis de la science historique et de la foi protestante ». Leur but : « rechercher et recueillir, pour les étudier et les faire connaître, tous les documents inédits ou imprimés qui intéressent les Églises protestantes de langue française ». Et donc publier une revue mensuelle, le Bulletin de la S.H.P.F., qui rende accessible ces documents et ces enquêtes.

Après quinze ans d'existence, le Bulletin s'ouvrait à un plus large public, en publiant, à côté des recherches savantes, des récits et des articles de vulgarisation historique, propres à façonner une mémoire protestante commune. C'est aussi en 1866 que fut constituée la bibliothèque de la S.H.P.F.. Deux ans plus tard la bibliothèque comptait déjà 7 000 volumes et de nombreux manuscrits ; en 1885 elle était installée dans l'immeuble du 54 rue des Saints-Pères.

La S.H.P.F. aujourd'hui

Bibliothèque de la S.H.P.F.
Paris, Bibliothèque
de la S.H.P.F.
(Isabelle de Rouville)
Depuis un siècle et demi, la S.H.P.F. publie le Bulletin de la S.H.P.F. (trimestriel à partir de 1914). Un numéro spécial est sorti en novembre 2002 pour le 150e anniversaire de la S.H.P.F., rassemblant 25 contributions d'historiens de tous horizons, sur l'histoire de la S.H.P.F. et sur l'historiographie du protestantisme depuis 1945.

La bibliothèque continue à enrichir son fonds par des acquisitions de livres anciens, des thèses et des travaux actuels sur le protestantisme francophone ; elle est ouverte aux chercheurs les lundis, mardis, mercredis et vendredis après-midi (14h-18h) et le jeudi toute la journée (10h-18h) ; elle prête des documents (manuscrits, livres anciens, gravures) pour des expositions. Depuis 2001, l'ensemble du catalogue est informatisé.

Depuis plusieurs années, un Centre de généalogie protestante travaille à partir des matériaux (en particulier des copies de registres paroissiaux) conservés à la bibliothèque de la S.H.P.F.. Le Centre publie régulièrement des Cahiers et alimente le fichier des Refuges huguenots.

Enfin, la S.H.P.F. contribue au rayonnement de lieux de mémoire protestante, musées et bibliothèques répartis dans la France entière. Le plus ancien est le Musée du Désert, fondé en 1911 dans la maison natale du chef camisard Rolland, au Mas Soubeyran, près de Mialet, dans le Gard.

Société de l'histoire du protestantisme français
54, rue des Saints-Pères – 75007 Paris
S.H.P.F.2@wanadoo.fr

M. Carbonnier-Burkard


William Booth
William Booth (1829-1912) fondateur de
l'Armée du Salut.
(M. Muller,
Armée du Salut)

L'armée du salut

Oeuvre d'évangélisation et de travail social en milieu populaire, née en Angleterre, l'Armée du Salut s'implante en France en 1881.

La guerre à la misère

Dans l'Angleterre en pleine révolution industrielle, le prédicateur William Booth fonde une oeuvre à caractère social et spirituel : la mission chrétienne qui devient en 1878 l'Armée du Salut.

William Booth veut déclencher une véritable guerre à la misère. C'est pourquoi il met sur pied une armée qui a ses officiers, ses soldats, son état-major et dont il est le premier général. Le monde à gagner est le champ de bataille. Pour atteindre les masses populaires, W. Booth sort des sentiers battus : défilés dans les rues, fanfares, réunions en plein air et dans les cafés. L'opposition est très vive au début.

Catherine Booth
Catherine Booth
(1829-1890),
mère de l'Armée du Salut.
(M. Muller,
Armée du Salut)
L'implantation en France

En 1881, l'Armée du Salut s'implante à Paris avec Catherine Booth, la fille du général, âgée de 22 ans. Aidée de deux camarades de son âge, elle s'installe en plein quartier populaire de Belleville-Ménilmontant. Les débuts sont difficiles : rires, quolibets, chahuts. Les parisiens surnomment Catherine : « La Maréchale ».

L'Évangélisation est accompagnée d'un grand travail social : hôtelleries populaires, maisons pour jeunes filles en danger.

De nombreux postes de l'Armée du Salut sont créés dans toute la France.










Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
Les protestants et la vie économique
Les protestantismes européens
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français