Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
Les protestants et la vie économique
Les protestantismes européens
Portraits


Le protestantisme français, dans sa grande majorité, avait été séparé des autres Églises européennes du fait des persécutions. Le XIXe siècle est la période où non seulement le protestantisme français se réintègre dans la communauté nationale, mais aussi celle où il rétablit ses liens avec le protestantisme en Europe, dont il subit certaines influences.

Influences piétiste et méthodiste en France au XIXe siècle
Le méthodisme
Le piétisme
Friedrich David Ernst Schleiermacher (1768-1834)
Alexandre Vinet (1797-1847)



Henri Pyt
Henri Pyt (1796-1835).
(Société Évangélique de Genève)
Influences piétiste et méthodiste en France
au XIXe siècle


Il ne fait pas de doute que ce sont les mouvements du Réveil qui ont dominé le renouveau du protestantisme français pendant la première moitié du XIXe siècle, tant dans le sud de la France que dans le nord et à Paris.

Le Réveil français inspiré par le piétisme et le méthodisme

Ces mouvements ont été largement inspirés et aidés par les pasteurs du Réveil genevois (les pasteurs Daniel Encontre et Henri Pyt) d'une part, ceux du méthodisme anglais (le pasteur Charles Cook) d'autre part, les uns et les autres ayant fait oeuvre missionnaire particulièrement active au sein de la Faculté de Montauban et auprès des paroisses des pasteurs qui y avaient été formés.

Cette prédominance des mouvements du Réveil au sein du protestantisme français renaissant n'était pas une évidence a priori. Des choix plus libéraux auraient été possibles dans la suite de la philosophie des Lumières. Au XVIIIe siècle, les communautés protestantes de Suisse, d'Allemagne et d'Angleterre avaient, quant à elles, été au centre de débats dogmatiques intenses touchant à la doctrine trinitaire, à celle de la prédestination et à celle de la grâce. Ces débats avaient donné lieu, dès le XVIIe siècle, à la scission piétiste qui voulait affirmer plus concrètement un souci évangélique partagé dans tous les aspects de la vie quotidienne, y compris sa modernisation. Au temps de la philosophie des Lumières, piétistes et méthodistes ont craint une déviance trop libérale. Au XIXe siècle, ceux-ci trouvèrent en France un terrain très favorable à l'exercice d'une oeuvre missionnaire.

Les querelles dogmatiques sont passées au second plan au XVIIIe siècle

D'une part, pendant le temps de la Révocation de l'Édit de Nantes, beaucoup de protestants français se sont trouvés éloignés des querelles dogmatiques. Quelques-uns d'entre eux, parmi ceux qui étaient restés en France, étaient devenus Quakers, puisque cette communauté anglaise acceptait les catholiques qu'ils étaient forcés d'être ; mais les points de dogme n'étaient pas dans ce cas l'essentiel. Au sortir du désert, les protestants français avaient en général peu d'a priori.

D'autre part, il est probable que les protestants aient ressenti une certaine méfiance à l'endroit de la politique religieuse de la Révolution française : pourquoi la « fille des Lumières » avait-elle persécuté certains d'entre eux ?

Le soutien des missions étrangères genevoise et anglaise

Il y eut donc après le Concordat beaucoup de raisons d'hésitations sur les repères identitaires les plus importants. Les « missions étrangères », genevoise ou anglaise, d'autant plus qu'elles apportaient un soutien financier, permirent de les lever dans le sens du Réveil. Il faut ajouter que les protestants français ont mis à profit cette aide en retrouvant pour eux-mêmes les conditions d'un débat doctrinal renouvelé.


John Wesley
John Wesley (1703-1791).
(Société Évangélique
de Genève)


Le méthodisme

Les latitude men

Au XVIIIe siècle, les convictions religieuses s'étaient affaiblies en Grande-Bretagne, marquées par le « latitudinisme », attitude caractérisée par une hostilité à tout dogmatisme. Refusant l'intolérance du puritanisme, les « latitude men » considèrent que le christianisme est facteur de bonne moralité plutôt que source de convictions ferventes, et leurs mots d'ordre sont Raison et Bienveillance. C'est à cette époque que commence l'industrialisation du pays, et l'Église est le plus souvent absente des nouvelles cités ouvrières, avec leurs taudis et leur misère.

Les hommes du « Réveil »

Le mouvement de Réveil fut une réaction contre l'apathie régnante. Il commence avec Georges Whitefield (1714-1770), qui va prêcher en plein air, du haut des terrils aux mineurs du pays de Galles, puis à Londres, réunissant des auditoires considérables grâce à son éloquence passionnée. Le mouvement va être structuré par John Wesley (1703-1791), qui appartenait avec son frère Charles à un cercle d'étudiant pieux à Oxford, où ils pratiquaient la lecture régulière de la Bible et suivaient une règle monastique. Marqué par son expérience de conversion qu'il datait du 24 mai 1738, Wesley donnait une grande importance à la sanctification par les oeuvres, témoin concret de l'état de grâce du croyant, ce dernier ayant le devoir, après son « revival of religion », d'avoir une conduite pieuse et bien réglée.

Prêchant en dehors des paroisses, là où les gens se trouvaient, sur les lieux de travail, les marchés, en plein air, et acceptant des prédicateurs laïcs, Wesley et Whitefield ont créé l'évangélisation moderne. Ils suscitèrent l'opposition de l'Église anglicane, et les moqueries du public, d'autant que beaucoup d'assemblées devenaient marquées par des phénomènes collectifs de larmes, cris de douleur ou de joie, allant jusqu'à l'hystérie : Wesley possédait, outre un grand talent oratoire, des dons hypnotiques dont il savait se servir.

La fondation du méthodisme

Alors que Whitefield reste fidèle à l'Église anglicane, Wesley, s'opposant à la prédestination de Calvin, s'en sépare progressivement. La rupture se produit en 1784 : Wesley fait reconnaître son Église, en lui donnant ses écrits comme guide théologique et en léguant son pouvoir à une oligarchie de cent prédicateurs. Le méthodisme ainsi créé reste presbytérien par l'importance accordée au groupe chrétien de base, mais très épiscopalien en ce qui concerne son fonctionnement, Wesley étant lui même « high church » et tory, très attaché au décorum, à l'ordre et passablement autoritaire.

Objectifs et essor

Au début du XIXe siècle, le Réveil britannique, avec William Wilberforce (1759-1833), a deux objectifs : abolir la traite des Noirs et réformer les moeurs. Son influence est évidente dans toute la période victorienne, et il a souvent été accusé de soutenir la hiérarchie sociale. Différentes tendances en seront issues, comme les « darbystes » et l'Armée du Salut.

Le méthodisme trouva un terrain de choix en Amérique, grâce à ses grands rassemblements populaires, ses magazines religieux, ses cantiques qui sont l'expression vivante du mouvement et d'où naîtront les negro-spirituals. Le Réveil méthodiste favorisera la promotion féminine, relativisera les distinctions sociales et poussera les mélanges ethniques.


Bibliographie
• LOVSKY, Wesley, apôtre des foules, pasteur des pauvres, Foi et Victoire, 1977.


Le piétisme

Le piétisme s'est développé dans l'Allemagne ravagée par la guerre de Trente Ans (1618-1648). Ses fondateurs trouvaient que les deux orthodoxies, luthérienne et calviniste, restaient figées sur des débats très stériles, éloignées des aspirations religieuses des fidèles. L'origine du piétisme est multiple : puritanisme anglais, courants actifs dans les Provinces Unies.

XVIIe siècle : fondation et essor du piétisme


Philipp-Jakob Spener
Philipp-Jakob Spener
(1635-1705)
pasteur initiateur
du piétisme.
(Fondation
St Thomas Strasbourg)
Le fondateur du piétisme est le pasteur luthérien Philip Jacob Spener (1635-1705), né en Alsace. Pasteur à Francfort-sur-le-Main, il rassembla ses paroissiens dans des collegia pietatis, pour lire la Bible, prier et discuter le sermon dominical. Leurs participants sont de plus en plus nombreux, et de telles réunions, sans autorisation officielle, inquiètent les autorités. Ces « conventicules » sont à la base du programme du piétisme, où se développe une vie spirituelle par la lecture de la Bible, la pratique du sacerdoce universel, l'admonestation fraternelle. Spener affirme que l'expérience religieuse personnelle est plus importante que l'adhésion à un credo. Il insiste sur la nécessité d'une « conversion » acquise à travers une crise allant d'une phase de désespoir à une soudaine effusion de la grâce, dont on rend compte publiquement : la piété est affective.

Les Piétistes furent rapidement critiqués par le luthéranisme orthodoxe, et furent parfois persécutés. Après s'être brouillé avec l'Électeur de Saxe, la famille des Hohenzollern se montrant plus tolérante, Spener accepte en 1691 un poste de pasteur à Berlin. August-Hermann Francke (1663-1727), professeur à l'Université de Halle, va structurer le mouvement, fonde de nombreuses oeuvres sociales (écoles, orphelinats, séminaires pour étudiants pauvres, éditions populaires de la Bible), et assure ainsi le rayonnement du piétisme, avec la création des premières missions en Asie.

XVIIIe siècle : une nouvelle impulsion

Une nouvelle impulsion est donnée par un seigneur saxon, le comte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760). Il donne asile à un groupe de Frères de l'Unité, descendants des disciples de Jan Hus, chassés de leurs foyers par la persécution des Habsbourg. Zinzendorf les installa sur ses terres et donna le nom de Herrnhut (« la garde du Seigneur ») à la nouvelle communauté, connue dans toute l'Europe sous le nom de « Frères moraves ». Ils sont divisés en « bandes », accomplissent des exercices de piété différents selon leur avancement spirituel. La piété morave a un caractère joyeux, romantique et sentimental, la « religion du coeur » étant centrée sur le sacrifice expiatoire du Christ, avec un culte pour son sang et ses blessures, que certains jugeaient morbide. Après quelques années hasardeuses, les Moraves établiront leur théologie, qui sera orthodoxe et acceptable par toutes les confessions protestantes. De nouvelles communautés essaiment en Europe et en Amérique, et l'activité missionnaire fut importante.

À la fin du XVIIIe siècle, le piétisme germanique met l'accent sur la conscience des devoirs sociaux, en particulier sur l'aspect éducatif, l'amenant ainsi à être un facteur de novation économique. La diaspora des Frères moraves joua un rôle important, même en France comme en témoigne J.-F. Oberlin.



Friedrich David Ernst Schleiermacher (1768-1834)

Ce théologien allemand a exercé une influence considérable sur le protestantisme européen du XIXe siècle. Il a le souci de ne pas séparer le christianisme et la culture.

Pour informations complémentaires, voir : Friedrich David Ernst Schleiermacher (1768-1834).



Alexandre Vinet (1797-1847)

Par ses écrits, le théologien suisse Alexandre Vinet a influencé l'ensemble du protestantisme d'expression française pendant près d'un siècle.

Pour informations complémentaires, voir : Alexandre Vinet (1797-1847).



Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
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Source : Musée virtuel du protestantisme français