Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
Les protestants et la vie économique
Les protestantismes européens
Portraits


Le renouveau du protestantisme français au XIXe siècle a fait surgir beaucoup de passionnantes personnalités, au premier rang desquelles, se trouvent bien sûr des pasteurs, qui sont aussi pionniers dans l'organisation des communautés. Mais l'une des caractéristiques fortes du protestantisme est aussi que les protestants prennent aussi une part active au gouvernement et au fonctionnement de la société civile. Ainsi, de nombreux hommes politiques, officiers de l'armée française, hommes et femmes d'action, engagés dans la vie économique, civile, universitaire... se sont rendus célèbres par leurs travaux.

Pasteurs et théologiens du XIXe siècle

Henriette André-Walther (1807-1886)
Frédéric-Auguste Bartholdi (1834-1904)
L'Amiral Charles Baudin (1784-1854)
Frédéric Bazille (1841-1870)
Jean Théodore Beck (1839-1936) et le cas particulier de l'École Alsacienne
François Boissy d'Anglas (1756-1826)
Ferdinand Buisson (1841-1932)
François Henri Ernest Chabaud-Latour (1804-1885)
Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830)
Jean Léopold Frédéric Cuvier, dit Georges (1769-1832)
Philippe Aristide Denfert-Rochereau (1823-1878)
Gustave Fornier de Clausonne (1797-1873)
Agénor Étienne de Gasparin (1810-1871)
Charles Gide (1847-1932)
Georges Eugène Haussmann (1809-1891)
François-Arnail, marquis de Jaucourt, (1757-1852)
Pierre-Antoine Labouchère (1807-1873)
Guillaume Mallet (1747-1826)
Charles Mallet (1815-1902)
Gabriel Monod (1844-1912)
Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815)
Félix Pécaut (1828-1898)
Pierre Antoine Rabaut – « Dupui » (1746-1808)
Charles Read (1819-1898)
Élisée Reclus (1830-1905)
Eugène Réveillaud (1851-1935)
Louis Nathaniel Rossel (1844-1871)
Frédéric Monod
Frédéric Monod.
(S.H.P.F.)
Germaine de Staël (1766-1817)
Albert Schweitzer (1875-1965)
Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899)
Charles Seignobos (1854-1942)

Les pasteurs

De la dynastie des Monod à celle des Coquerel, en passant par Antoine Vermeil, Samuel Vincent, Auguste Sabatier et tant d'autres, la communauté protestante, dans sa diversité, peut se réjouir du dynamisme qui est alors le sien. S'y ajoutent ces pasteurs venus d'Angleterre ou de Suisse, tels Charles Cook ou les Bost, toutes personnalités de grande énergie ne craignant ni le débat, ni l'engagement.

Les hommes politiques

François Guizot
François Guizot (1787-1874).
(S.H.P.F.)
Nombreux sont les protestants qui ont assumé des responsabilités politiques au XIXe siècle, au regard de la petite communauté à laquelle ils appartiennent. Le Marquis de Jaucourt, François Guizot, Félix Pécaut, Ferdinand Buisson ont eu des engagements différents. Ces hommes ont chacun bâti une oeuvre propre, mais ils ont partagé un même souci : celui que le citoyen soit instruit et capable d'esprit critique.

Les Officiers de l'Armée française

Après 1848, l'on remarque la présence de protestants parmi les Officiers, tandis que naît le souci d'avoir une aumônerie protestante propre dans l'armée. C'est là une des conséquences logiques du Concordat.

Les universitaires

On trouve de nombreux protestants parmi les grands universitaires du XIXe siècle, qu'ils soient scientifiques, médecins, philosophes. Là aussi, l'appartenance à la communauté protestante est synonyme d'engagements combattifs, qui ouvrent des débats. Si Cuvier a combattu avec force les doctrines évolutionnistes, parce qu'elles étaient contraires aux récits de la Genèse, il n'a pas empêché leur présentation.

Les industriels et banquiers

Au XIXe siècle, la communauté protestante compte un certain nombre d'industriels et de banquiers. Ils ont pris leur part à la dynamique de l'industrialisation naissante, du fait de choix porteurs d'avenir. Citons notamment la sidérurgie et ses multiples dérivés, la modernisation de l'industrie textile combinée aux développements de la chimie organique, les politiques de crédits, etc.



Pasteurs et théologiens du XIXe siècle

Le protestantisme ayant de nouveau droit de cité en France au XIXe siècle, plusieurs pasteurs et théologiens vont participer à la fondation des Églises protestantes, et aux débats théologiques en vigueur.

Pour informations complémentaires, voir : Pasteurs et théologiens du XIXe siècle.



Henriette André-Walther (1807-1886)

Maison des Diaconesses
Maison des Diaconesses,
rue de Reuilly à Paris.
(S.H.P.F.)
Fille du général de division comte Frédéric-Henri Walther, épouse de Jean André, mère d'Alfred André, elle a été une des personnalités en vue de la haute société française.

Une grande dame d'oeuvres

À priori, Henriette Walther était née pour être une femme du monde, ce que son mariage avait confirmé. De fait, en 1848, alors que son mari était trésorier général à Tours, elle fit de l'hôtel de la Trésorerie un salon réputé, que fréquentaient, entre autres, Balzac, Mérimée et peut-être même Chateaubriand.

Mais ce qui la caractérisait d'abord était une grande piété marquée au sceau des idées revivalistes qu'elle avait faites siennes.

Elle visita à l'étranger les institutions ou les personnes qui pouvaient lui suggérer des idées, notamment la Maison des Diaconesses près de Düsseldorf. Elle se rendit en Écosse pour assister à des réunions d'évangélisation. Elle soutint moralement et financièrement la Société des Missions Évangéliques de Paris et l'Association des Diaconesses de Reuilly. Très active au sein des Sociétés religieuses issues du mouvement du Réveil, elle fit de sa vaste propriété, « les Ombrages », un centre de réunion pour les protestants de tendance évangélique, la transformant en « portique de Bethesda » et y fondant une infirmerie puis un orphelinat pour les garçons. Pendant la Commune, la maison, qui avait été réquisitionnée par le prince héritier de Prusse, devint un centre d'accueil pour les réfugiés les plus divers.

Très préoccupée par la question ouvrière (« la grande question de l'organisation du travail a été posée »), elle était convaincue de la nécessité de réforme sociale et avait modifié ses conditions d'existence en supprimant toutes les dépenses inutiles. Elle restera, jusqu'à sa mort, une des « dames d'oeuvres » les plus connues du protestantisme français.



Frédéric-Auguste Bartholdi (1834-1904)

Ce sculpteur français né dans une famille alsacienne et protestante fut élève du peintre Ary Scheffer à l'École des Beaux Arts de Paris avant d'entrer dans l'atelier du sculpteur Soitoux.

Le sculpteur et le défenseur de Colmar

Colmar
Colmar. Bartholdi, statue du Général Rapp (XIXe siècle).
(Collection privée)
Après un voyage en Orient avec le peintre Jean-Léon Gérôme, il se consacre complètement à la sculpture et c'est pour Colmar, sa ville natale qu'il réalise ses premières oeuvres. Une immense statue du Général Rapp (en 1855) annonce son goût pour le gigantisme.

Statue du peintre martin Schongauer (1445-1491), son compatriote, pour la cour du Musée de Colmar (1861), statue de l'Amiral Bruat (1863).

Au moment de la guerre de 1870, il tente sans succès d'organiser la défense de Colmar et l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne lui inspire dès lors une grande partie de son oeuvre.

Le commerce d'Alsace ;
Le tombeau des gardes nationaux de Colmar ;
La malédiction de l'Alsace – groupe en argent offert à Gambetta en 1873.

Bartholdi et la sculpture monumentale

Bartholdi
Bartholdi, Statue de la Liberté (XIXe siècle).
(S.H.P.F.)
Après la guerre de 1870, Bartholdi fait aux États-Unis un voyage qui donne à sa carrière une impulsion nouvelle. Il conçoit à New York l'idée d'une statue colossale érigée à l'entrée du port. Ce sera « La Liberté éclairant le monde », réalisée en lames de cuivre sur une armature d'acier mesurant 33 mètres de haut et placée sur un piédestal de 34 mètres. Cette statue, objet d'une souscription publique ouverte en France et aux États-Unis, fut inaugurée en 1886, et valut à son auteur le titre de citoyen de New York.

Avant cela de 1875 à 1880, il avait taillé dans le grès rouge des Vosges un lion monumental de 22 mètres de long pour la citadelle de Belfort, dont la réduction placée au centre de la place Denfert-Rochereau à Paris, fut inaugurée le 21 septembre 1880.

Bartholdi eut à partir de là de nombreuses commandes officielles.

Rouget de List pour Lons le Saunier en 1879 Diderot pour Langres en 1884
Washington et La Fayette pour Paris en 1892
La Suisse secourant les douleurs de Strasbourg pour Bâle en 1895

L'inspiration patriotique et le sens du monumental ont permis à Bartholdi de renouveler puissamment la tradition de la sculpture des lieux publics.

La maison natale de Bartholdi à Colmar a été aménagée en musée.



L'Amiral Charles Baudin (1784-1854)

Marin et protestant engagé

Charles Baudin fit une brillante carrière dans la marine. Protestant engagé il est le premier président du Conseil central des Églises réformées.

Sa carrière militaire

Charles Baudin
Charles Baudin (1784-1854).
Amiral de France,
Président du Conseil Central des Églises Réformées.
(S.H.P.F.)
Charles Baudin est né le 21 juillet 1784 à Paris d'un père conventionnel (Baudin des Ardennes). Protégé de Bonaparte il entre dans la marine en 1799. De 1800 à 1803 il participe à l'expédition dans le Pacifique sud, commandée par le capitaine Nicolas Baudin (sans lien de parenté avec le futur amiral). Il fait ensuite campagne dans les mers de l'Inde à partir de l'île de France (Maurice), à bord des frégates la Piémontaise puis la Sémillante. À bord de celle-ci il fut grièvement blessé en 1808 lors d'un engagement avec la frégate anglaise la Tepsichore.

À son retour en France en 1809 il se voit confier, comme lieutenant de vaisseau, le commandement du brick le Renard avec lequel il escorte des convois de navires marchands entre Gênes et Toulon. Il est à nouveau blessé en 1812 lors d'un engagement avec le brick anglais le Swallow au cours duquel le convoi qu'il protégeait put se mettre à l'abri à Saint-Tropez.Il commanda ensuite la frégate la Dryade puis en 1815 la corvette la Bayadère avec laquelle il fut chargé de la défense de la Gironde. Depuis Rochefort, l'empereur Napoléon 1er lui fit demander de le faire conduire aux États-Unis. Baudin lui assura qu'il pouvait le faire embarquer, mais avec une suite très réduite, sur un corsaire américain très bon marcheur mais l'Empereur, conseillé par certains membres de son entourage, au dernier moment ne put s'y résoudre.

Charles Baudin quitte la marine à la Restauration avec le grade de capitaine de frégate pour s'établir armateur au Havre. Il reprend du service en 1830. Il est promu capitaine de vaisseau en 1834 et commande successivement plusieurs bâtiments. Il se voit confier, avec le grade de contre-amiral, le commandement de l'expédition du Mexique en 1838 (prise des forts de Saint Jean d'Ulloa) où il est le « mentor » du prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe. Il est promu vice-amiral en 1839.

En 1840 il est appelé au commandement des forces navales françaises dans le Rio de la Plata. En 1841 il est nommé préfet maritime à Toulon. Puis en 1847 il revient à Paris comme président du Conseil de l'Amirauté.

En 1848, après la chute de la royauté, Arago, son ami et collègue au Bureau des Longitudes, alors ministre de la marine, lui demanda d'aller prendre à Toulon le commandement des forces navales de toute la Méditerranée. Il joua à ce poste un rôle important en maintenant la discipline et en obtenant du gouvernement provisoire qu'il renonçât à ses projets d'épuration politique des états-majors. Rentré à Paris en 1850 il y passe les quatre dernières années de sa vie.

Le 27 mai 1854 l'empereur Napoléon III fait déposer sur son lit de malade le bâton d'Amiral (qui représentait alors la même dignité que celle de maréchal de France). Il aurait dû être appelé au commandement de la flotte de la mer Noire (expédition de Crimée) s'il n'était décédé le 7 juin 1854.

Il s'était marié en 1822 et avait eu deux fils.

Son engagement réformé

Charles Baudin s'était converti au protestantisme pour, disait-il, « des motifs de conscience ». En conséquence il avait demandé à être dégagé de son serment de chevalier de Saint-Louis en précisant toutefois qu'il entendait ne s'affranchir « que de la partie de ce serment qui concerne l'exercice de la religion romaine ».

Il était membre du conseil presbytéral et du consistoire de l'Église réformée de Paris. En 1853, lors de la création du Conseil central des Églises réformées, l'empereur Napoléon III lui en confia la présidence, qu'il exerça jusqu'à la fin de sa vie, et à laquelle il dévoua toute son assiduité et toute l'influence dont il pouvait disposer. « En lui la foi la plus ferme, la piété la plus vive s'unissait à l'esprit de conciliation le plus infatigable et le plus véritablement chrétien ».

Il prit une grande part au rétablissement du service des aumôniers, tant catholiques que protestants, à bord des vaisseaux mais veilla aussi à ce que la liberté des activités cultuelles des protestants soit garantie. À ce sujet il écrivit en avril 1854 au Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes.

« ... Le Conseil central (des Églises réformées) vous prie de vouloir bien vous entendre avec votre collègue de la Marine afin que, chaque dimanche à bord de tous les navires de la Flotte au moment de la célébration de la messe, les marins qui appartiennent à l'une et à l'autre des deux communions protestantes ayant toute facilité de se réunir entre eux pour prier ou se livrer à la lecture des livres saints.

Des ordres devraient aussi être donnés pour que la distribution des Bibles et des traités religieux qui leur seraient adressés ne rencontrât aucun obstacle, soit de la part des autorités du bord, soit de la part des aumôniers catholiques ».

T. Durand-Gasselin


Bibliographie
L'Amiral Baudin, Extrait des protestants illustres, Typographie de Ch. Meyrues et cie, Paris, 1863.
Fonds Baudin, Service Historique de la Marine.
• Vice Amiral JURIEN de LA GRAVIÈRE, L'Amiral Baudin, PLON, Paris, 1888.


Frédéric Bazille (1841-1870)

Issu d'une famille protestante de banquiers montpelliérains, Bazille est l'exact contemporain de Cézanne né en 1839, Monet né en 1840, et Renoir né en 1841.

Frédéric Bazille
Frédéric Bazille (1841-1870), peintre impressionniste.
(Collection privée)
L'ami des peintres

Frédéric Bazille s'installe à Paris en 1862 malgré l'opposition de sa famille qui le pousse à faire des études de médecine ; il est très intéréssé par l'art qu'il a découvert chez son voisin Alfred Bruyas, grand collectionneur.

Il se lie d'amitié avec les jeunes peintres de sa génération, et se passionne comme eux pour Delacroix, Courbet, et les peintres de Barbizon qui ouvrent des voies nouvelles. Il travaille dans l'atelier de Gleyre, puis à l'Académie Suisse où il rencontre Pissaro et Guillaumin.

Jouissant grâce à sa famille d'une confortable aisance matérielle, il est pour ses camarades d'une inépuisable générosité et sait les aider avec fidélité et discrétion.

Une brève carrière interrompue par la mort

F. Bazille
Frédéric Bazille, Les lauriers roses.
(Collection privée)
Plus qu'à la lumière des ciels mouillés d'Ile de France et de Normandie, Bazille est sensible à la forte luminosité de son Languedoc natal, qui tranche les plans et colore les ombres. Aussi, est-ce là qu'il situe la plupart de ses oeuvres de plein air, qui restent traditionnelles par la forme, mais inondées des belles lumières méridionales. Certains analystes ont vu en Bazille la face huguenote et méridionale de l'impressionnisme, dont la vision n'obéit pas à la sensation immédiate, mais la juge, la raisonne et transmet aux personnages l'inoubliable sentiment du Temps retrouvé. La Réunion de Famille (1867-1868) exposée au Musée de Montpellier, une de ses oeuvres les plus connues, peinte sur la terrasse de Méric, la propriété de sa famille, montre un groupe de protestants montpelliérains qui sont tous identifiés. Écarté des salons officiels comme tous les nouveaux adeptes de la peinture de plein air, Bazille forme avec eux dès 1867 le projet d'une exposition qui n'aura finalement lieu qu'en 1874. Mais il n'y participera pas, car engagé volontaire dans la guerre contre les Prussiens, il est tué à Beaune-la-Rolande en novembre 1870.



Jean Théodore Beck (1839-1936)
et le cas particulier de l'École Alsacienne


Il fut l'une des figures marquantes de l'École Alsacienne, dont il fut directeur de 1891 à 1920.

Un pédagogue novateur
Pasteur Jean-Théodore Beck
Pasteur Jean-Théodore Beck (1839-1936).
(S.H.P.F.)

Pasteur luthérien en Alsace, il crée un pensionnat pour jeunes filles à Strasbourg. Il quitte l'Alsace en 1880 pour des raisons politiques et vient à Paris pour enseigner l'allemand (il est agrégé en 1881) à l'École Alsacienne qu'avait créée Frédéric Rieder. Sous sa direction, jusqu'en 1922, l'école connaît un grand succès du fait de son intérêt pour les expériences pédagogiques novatrices.

Histoire de l'École Alsacienne

Au lendemain de la défaite de 1870, des esprits généreux songèrent à offrir aux familles alsaciennes ayant opté pour la France un grand établissement primaire et secondaire, dans lequel les enfants de ces familles pourraient recevoir un enseignement inspiré des nouvelles méthodes en provenance d'Allemagne et de Suisse et déjà développées en Alsace. Un programme trop ambitieux ne put immédiatement être mis en pratique, mais l'établissement ouvrit le 5 octobre 1874, évoluant vite vers le baccalauréat.


École Alsacienne
Paris, École Alsacienne.
(Isabelle de Rouville)
La dispersion des familles alsaciennes dans la région parisienne et en province aurait pu imposer la création d'un internat, mais celui-ci fut remplacé par l'accueil des enfants dans des familles parisiennes : « supprimer l'internat, plus de caserne, développer les facultés de l'enfant au lieu de surcharger sa mémoire, lui apprendre à apprendre, faire à l'éducation physique une grande place » disait l'un des fondateurs.

L'inauguration des nouveaux bâtiments (entre la rue d'Assas et la rue Notre-Dame des Champs) donna lieu à une manifestation solennelle en présence du ministre Paul Bert le 9 juin 1881. Succédant à Frédéric Rieder, Jean-Théodore Beck sera le directeur de l'école de 1891 à 1920.



Boissy d'Anglas
Boissy d'Anglas (1756-1826).
Avocat, Président
de la Convention,
membre du Consistoire de
l'Église Réformée de Paris.
(S.H.P.F.)
François Boissy d'Anglas (1756-1826)

Une existence marquée par la Révolution

Né à Saint-Jean-Chambre (Ardèche) dans une famille réformée (son père est médecin), avocat à Paris, il sera un des membres les plus importants de la communauté protestante lors de la Révolution et au cours des différents régimes qui marquèrent le début du XIXe siècle.

Député aux Assemblées révolutionnaires où il représente la circonscription d'Annonay, il défend les hommes de couleur, protège les libertés des protestants et des prêtres réfractaires ; il sera accusé de vouloir une République protestante. Son rôle modéré est illustré par la journée dite du « 1er prairial » (20 mai 1795) au cours de laquelle, président la Convention envahie par une foule portant la tête d'un député, il salue dignement celle-ci et refuse de céder aux pressions des révolutionnaires. Auparavant, il avait été le promoteur du décret du 3 ventôse, instituant la séparation des Églises et de l'État et la liberté des cultes. Il participe à la rédaction de la Constitution de l'an III (1795), qui souligne le respect de la propriété et le service militaire.

Proscrit au 18 fructidor, il revient en France après le 18 brumaire et se rallie au Consulat. Il sera membre du conseil des Cinq-Cents, président du Tribunat, sénateur et comte d'Empire, pair de France sous la Restauration. En 1814, il est de la commission chargée de préparer la Charte et demande l'égalité des protestants par rapport aux catholiques. Il a un rôle pacificateur lors de la Terreur Blanche de 1815, et défend la liberté des huguenots vis-à-vis des manifestations catholiques. Il est vice-président de la société biblique et membre de 1803 à 1826 du consistoire de l'Église réformée de Paris.


Ferdinand Buisson
Ferdinand Buisson (1841-1932).
(S.H.P.F.)

Ferdinand Buisson (1841-1932)

Il est l'un des principaux inspirateurs des réformes scolaires de la IIIe République et a contribué à leur efficacité en mettant en place les Écoles Normales Supérieures formant les personnels d'Écoles Normales.

L'inspirateur des lois scolaires de Jules Ferry

Agrégé de philosophie et républicain, il a refusé de prêter serment à l'Empire, il est en Suisse comme professeur à l'Académie de Neuchâtel. Issu d'un milieu revivaliste, il évolue vers le christianisme libéral et fonde l'Union du christianisme libéral qui prônait un Évangile « sans dogmes, sans miracles et sans prêtres ». Il demande que l'enseignement de l'histoire sainte soit mis en dehors du programme des écoles primaires, et soit remplacé par une histoire de l'humanité.

Revenu en France après la défaite de Sedan, il est nommé en 1871 Inspecteur de l'enseignement primaire à Paris par le Ministre de l'Instruction publique de Thiers, Jules Simon. Cependant la décision est rapportée après les vives attaques de Mgr Dupanloup. Jules Ferry le nomme Inspecteur général de l'Instruction publique et, en 1879, Directeur de l'enseignement primaire. Ce confident parmi les plus intimes de Jules Ferry a élaboré « tous les projets de lois, tous les règlements, toutes les circulaires » de cette réforme. Il fonde la Revue pédagogique, le Musée pédagogique et obtient la création des ENS de Saint Cloud et de Fontenay-aux-Roses, dont la mission à l'époque est de former les maîtres des Écoles normales d'instituteurs. Il dirige la publication d'un vaste Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire où l'on peut lire : « aujourd'hui la plupart des principes pédagogiques proclamés par les protestants sont devenus comme la propriété générale des peuples civilisés ».

Il est nommé en 1896 titulaire de la chaire de pédagogie de la Sorbonne.

Républicain, pacifiste et engagé

Dreyfusard de la première heure, il participe à la création, en France, de la Ligue des droits de l'homme en 1898, dont il sera Président de 1913 à 1926. Il fait aussi une carrière politique, comme député radical socialiste entre 1902 et 1919. Pacifiste (il a participé au Congrès de la Ligue internationale de la Paix qui s'était donné comme but la création des États-Unis d'Europe), il soutient dès le début la SDN. Il se consacre aussi au rapprochement franco-allemand surtout après l'occupation de la Ruhr en 1923, en invitant des pacifistes allemands à Paris et en se rendant à Berlin.

Il reçoit en 1927 le prix Nobel de la Paix, et distribue cette récompense à ses « fils adoptifs », les instituteurs de France, afin qu'ils puissent travailler au rapprochement des peuples par l'éducation des enfants.



François Henri Ernest Chabaud-Latour (1804-1885)

Général François de Chabaud-Latour
Général François de Chabaud-Latour (1804-1885).
(S.H.P.F.)
Homme d'État et militaire

Né à Nîmes, fils d'Antoine Chabaud-Latour, député du Gard, il est, après ses études à l'École polytechnique, officier du génie. Il participe à diverses campagnes, notamment en Algérie, et sera officier d'ordonnance du duc d'Orléans. Élu député du Gard de 1837 à 1848, il retrouve ensuite l'armée où, promu général en 1853, il participe au comité des fortifications de Paris en 1870. Il dirigera les services du génie durant le siège de Paris. À nouveau député du Gard en 1871, il siège au centre droit, et sera ministre de l'intérieur de juillet 1874 à mars 1875 dans le second cabinet de l'Ordre moral, avec à ses côtés, comme sous-secrétaire d'État le gendre de Guizot, Cornélis de Witt. Bien des protestants ont reproché à cet homme très conservateur de se montrer clérical. Il n'a pas hésité, en tout cas, à approuver des mesures restreignant la publicité des enterrements civils et même la liberté d'évangélisation.

Défense de l'évangélisme

Il fit partie d'un groupe de laïcs évangéliques très influents dans la direction de l'Église réformée de Paris. En 1859, le gouvernement le nomme membre du Conseil central des Églises réformées, où il défend les positions des évangéliques : il sera très actif dans les différents organismes que ces derniers organisent pour lutter contre les libéraux. Il est choisi comme président de la Société fraternelle pour l'évangélisation paroissiale au seins de l'Église réformée de Paris en 1866. Et en 1868, il succède à F. Delessert à la tête de la Société biblique de France que les évangéliques ont établie en 1864 après la scission intervenue au sein de la Société biblique protestante de Paris. En 1872, il siège au Synode général de l'Église réformée comme délégué laïc de l'Église de Paris.



Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830)

Historien des religions, érudit, moraliste, critique littéraire, auteur, mais aussi théoricien politique et homme politique actif, d'une étonnante activité intellectuelle, Benjamin Constant essaie de faire une synthèse résolument libérale entre les bouleversements hérités de la Révolution et le monde du XIXe siècle.

Descendant d'une famille huguenote française émigrée en 1685

Benjamin Constant
Benjamin Constant (1767-1830).
(Collection du Château
de Coppet)
Benjamin Constant descend d'une famille huguenote de l'Artois, devenue protestante au XVIe siècle et qui à la révocation de l'Édit de Nantes, s'est expatriée pour se fixer en Suisse dans la région de Lausanne.

Son père est militaire et sa mère, Henriette de Chandleu, meurt à sa naissance. Il reçoit une éducation très disparate, livré à des précepteurs plus ou moins médiocres, mais il se révèle d'une intelligence très précoce.

Après être resté six années au service du duc de Brunswick (chef des armées alliées lors de l'invasion de la France en 1792), il revient à Lausanne où il rencontre en 1794 Madame de Staël. Leur liaison durera plus de quinze ans avec des hauts et des bas, (la rupture dure cinq ou six ans). Il la suit à Paris et se lance dans l'action politique : il s'est fait naturaliser français en vertu de la loi de 1790 qui accorde les droits civiques aux descendants de familles autrefois expatriées pour cause de religion.

Son action politique à trois périodes de sa vie

Deux ans au Tribunat sous le Consulat : Il défend une politique du juste milieu : il va participer jusqu'en 1802 au combat des républicains modérés contre les tentatives des royalistes ou celles des patriotes ardents. Membre deux ans du Tribunat, il en est exclu par Bonaparte et il est banni en même temps que Madame de Staël. Il s'établit à Weimar, avec de fréquents séjours à Coppet auprès de Madame de Staël.
Deux mois pendant les Cent Jours : Napoléon lui donne la mission de rédiger la nouvelle constitution.
Treize ans sous la Restauration : il est l'un des chefs du parti libéral et son seul théoricien. Député de la Sarthe, de Paris, du Bas-Rhin pendant huit ans, orateur remarquable, il est un ardent défenseur de toutes les libertés individuelles dans le cadre de la Charte de 1814. Les Ultras le craignent, les Doctrinaires lui ferment les portes de l'Académie, dans son parti l'aile gauche libérale le trouve trop modéré ; mais il occupe une grande place dans l'opinion publique.

Ce combat est poursuivi dans la presse et aussi par la publication de nombreux ouvrages politiques (Cours de politique constitutionnelle, etc.).

Toute sa vie, il fait un effort considérable pour repenser les conquêtes de 1789 selon un parcours réformiste. Mais ses préférences vont à une monarchie de type constitutionnel : monarchie et pairie conservatrice associées à une Chambre élue avec un système censitaire, et des ministres responsables devant le pouvoir législatif ; et séparation du pouvoir judiciaire.

Il meurt le 8 décembre 1830, il a des funérailles triomphales : les étudiants détèlent les chevaux du char funèbre et le tirent eux-mêmes au cimetière du Père Lachaise.

Toujours en recherche sur le plan religieux

Constant a varié dans ses opinions religieuses, à des époques de crises dans sa vie personnelle, il s'est rapproché de croyances qu'il a abandonnées par la suite. Mais pour lui, l'homme a besoin de la religion pour être homme même si Dieu reste indéfini, croyance ou simple espoir.

Sa grande oeuvre en ce domaine est son ouvrage paru en sept volumes de 1824 à 1833 mais auquel il travaille depuis vingt ans : De la religion, qui est une apologie du sentiment religieux : Le sentiment religieux ne peut être reconnu que dans ses manifestations : soif d'immortalité, besoin d'harmonie de l'homme avec le reste de la nature, pressentiment d'un lien avec un être supérieur. Constant établit une différence entre le sentiment religieux, qui met l'homme en communication avec une puissance invisible, et les formes religieuses imposées par l'Église.

Dans ses moments de crise ou de désespoir, il n'hésite pas à prier Dieu, mais généralement sa foi reste mal définie, et il considère que « le sentiment religieux est très compatible avec le doute et qu'il est même plus compatible avec le doute qu'avec telle ou telle religion ». Mais ce doute est positif, il apporte le progrès : du doute naît le renouveau car toute croyance établie est une barrière.

Il pense que l'engagement moral et social fait partie de la religion avec les valeurs les plus hautes, la liberté et la dignité humaines. Pour lui la liberté est le fondement même de la religion qui ne peut se développer qu'en dehors de toute intervention de l'autorité.

« J'ai défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie,... en politique ».

Maître en matière d'analyse psychologique dans son oeuvre littéraire

Citons son roman le plus célèbre Adolphe.


Bibliographie
• Annales Benjamin Constant, Numéro 12, 1991, DEGUISE, Pierre, La religion de Benjamin Constant et l'Unitarisme américain.


Jean Léopold Frédéric Cuvier,
Baron Georges Cuvier
Baron Georges Cuvier (1769-1832).
(S.H.P.F.)
dit Georges (1769-1832)


Le fondateur de la paléontologie

Il naît à Montbéliard (ville dépendant alors du duc de Würtemberg, mais de langue et de culture française) d'une famille de bourgeois luthériens, où l'on compte de très nombreux pasteurs, aussi bien du côté paternel que maternel. Il fait ses études secondaires au Gymnase de Montbéliard, où il se révèle un élève exceptionnellement doué, premier dans toutes les matières. Alors qu'il se dirigeait vers des études de théologie pour devenir pasteur, il ne put obtenir une bourse du prince pour l'Université de Tübingen. En 1785, le prince lui accorde une bourse pour aller à la célèbre Académie Caroline de Stuttgart, école moderne où il acquiert de multiples connaissances, en économie, mais surtout en géologie, minéralogie, botanique, zoologie, et devient polyglotte.

De retour à Montbéliard, il accepte un poste de précepteur en Normandie. Dans ce nouveau contrat, il observe la faune marine, et rencontre l'abbé Teissier, un agronome, membre de l'ancienne académie royale des sciences, et médecin chef de hôpital militaire de Fécamp, qui l'intéressa aux recherches qu'il avait entreprises sur les mollusques. L'abbé Teissier, séduit par son savoir encyclopédique, le met en rapport avec ses amis à Paris, où Cuvier s'installe en 1795, et où il fait une carrière fulgurante. D'abord professeur d'histoire naturelle dans l'école centrale du Panthéon, il est nommé en 1799 professeur au Collège de France à la chaire d'Histoire naturelle, où il succède à Daubenton. Sollicité par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du Jardin des Plantes, il fut nommé en 1802 professeur d'anatomie comparée au Museum d'histoire naturelle, dont il devient directeur en 1808.

En 1812, déjà célèbre, il publie son ouvrage princeps, Recherches sur les ossements fossiles des quadrupèdes. Il pose la loi de subordination des organes (les organes d'un être agissent les uns sur les autres et coopèrent à une action commune par une réaction réciproque), il établit une nouvelle classification des vertébrés. Le principe des corrélations des formes (chaque partie d'un animal peut être déterminée par chaque autre et toutes par une seule) lui permet de reconstituer à partir d'ossements et de fossiles des squelettes entiers, prouvant l'existence de toute une faune ignorée : Cuvier est le fondateur de la paléontologie. Il défend sa théorie du « cataclycisme » (Discours sur la révolution du globe, 1815) et s'oppose à l'« actualisme », principe selon lequel les lois qui ont déterminé les phénomènes géologiques du passé sont les mêmes que celles qui règlent les phénomènes actuels ; au contraire, dans le catastrophisme de Cuvier, certains événements du passé ne peuvent s'expliquer que par des phénomènes particuliers et souvent violents. Partisan du « fixisme », il s'oppose à son collègue Lamarck, qui au même moment met au point la théorie fondamentale de la transformation des espèces, authentique initiateur des théories de l'évolution. Son engagement scientifique a-t-il été marqué par ses attaches protestantes ? Il est possible que la combinaison entre catastrophisme et fixisme lui semblait permettre une explication de la disparition de certaines espèces plus conforme aux écrits bibliques que toute hypothèse évolutionniste.

En plus de ses activités scientifiques, Cuvier eut un rôle important dans les domaines de l'éducation et dans la réforme de l'Université engagée par Napoléon. Inspecteur de l'instruction Publique en 1802, puis conseiller de l'Université, il organise les lycées de Marseille et Bordeaux et Nice. En 1810 il réorganise les Académies de l'Italie supérieure, puis les grandes écoles dans les départements français de la Basse-Allemagne et des Pays-Bas. En 1813 il restaure l'instruction publique dans les États pontificaux et institue en France les comités cantonaux pour la direction des écoles primaires.

Un homme de pouvoir

Il accumule les responsabilités et les distinctions. Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, il est fait Maître des requêtes en 1813, puis nommé Conseiller d'État par Louis XVIII en 1814, et en 1819 il est président de la section de l'intérieur au Conseil d'État. Baron en 1818, élu à l'Académie Française (où il accueillera en 1830 Lamartine), il fut, comme libéral constitutionnel, nommé en 1820 grand maître de l'Université, charge dont il démissionne rapidement. Il s'opposa à l'entrée des Jésuites à l'Université, et refusa d'être le censeur de la presse sous Charles X, qui l'avait élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur. Il entre à la chambre des pairs sous la Monarchie de juillet, fut président du Conseil d'État, tout en continuant à être professeur au Collège de France. Son frère Frédéric lui succéda dans ses fonctions au Conseil d'État et à la direction des cultes.
Clémentine Cuvier
Clémentine Cuvier. (S.H.P.F.)


Un fidèle du luthéranisme

Il intervient auprès de Napoléon pour l'organisation du culte luthérien à Paris, qui fut installé en 1806 à l'Oratoire des Billettes. En 1824, il est chargé des Facultés de théologie protestante, et en 1828 de la direction des cultes non catholiques ; il favorise la création de nombreux postes pastoraux, en particulier dans le pays de Montbéliard. Sa fille Clémentine s'est beaucoup dépensée dans les oeuvres protestantes.

On connaît la phrase de Balzac sur l'homme qu'il mettait sur le même plan que Napoléon : « Cuvier qui a épousé le globe ». Avec son esprit souvent ironique et son caractère autoritaire, l'influence de Cuvier fut considérable.





Philippe Aristide Denfert-Rochereau (1823-1878)

L'illustre défenseur de Belfort
Denfert-Rochereau
Denfert-Rochereau
(1823-1878).
(S.H.P.F.)

Né à Saint-Maixent (Deux-Sèvres), élève à Toulouse, Poitiers et Paris, il entre à l'École polytechnique en 1842. Devenu officier, il participe en 1849 à l'expédition de Rome qui choque ses convictions protestantes et socialisantes (en décembre 1848, lors de l'élection présidentielle, il vote pour Ledru-Rollin). Il participe à la guerre de Crimée, où il est blessé, connaît différentes affectations, notamment en Algérie (il est alors conseiller presbytéral de la paroisse de Blida). Il s'illustre au siège de Belfort de 1870-1871 : gouverneur de la ville, il la défendit avec tant de vigueur de novembre 1870 à février 1871 qu'après la victoire de la Prusse, Belfort resta française.

Élu député du Haut-Rhin en février 1871, il démissionne dès le mois de mars en raison du vote qui acceptait la cession de l'Alsace Lorraine à l'Allemagne. Dès juillet 1871 il est réélu dans trois départements. Battu lors de la désignation des sénateurs inamovibles en décembre 1875, il est élu député de Paris en 1876 et réélu en 1877.

Protestant convaincu, il restera soute sa vie un ferme partisan de la théologie libérale. En 1872, lors des élections presbytérales de l'Église réformée de Paris, il est candidat sur la liste libérale, mais il n'est pas élu. Il sera délégué au Synode général de l'Église réformée de 1872, où il défend les positions des libéraux votant en particulier contre la Déclaration de foi proposée par les évangéliques.



Gustave Fornier de Clausonne (1797-1873)

Un notable laïc influent

Synode de l'Église réformée
Synode de l'Église réformée de France, juillet 1872.
(S.H.P.F.)
Magistrat, Président à la cour de Nîmes, le baron de Clausonne fut membre du consistoire de cette ville et président de sa Société biblique. Sa position fut celle d'un libéral très modéré qui refusait tant l'idée d'un schisme que celle de quitter l'Église (à la différence d'un Félix Pécaut, par exemple). Sa foi est traditionnelle et, surtout – originalité parmi les libéraux – il est très attaché à l'institution des synodes, où il lui est arrivé de voter avec les évangéliques pour tenter de maintenir un équilibre. Au synode de 1872, dont il est vice-président, il a proposé une formule de compromis : exprimer la foi du synode (donc révisable) et non celle de l'Église. La proposition fut refusée et la cassure ne put être évitée. Homme de vaste culture, très respecté, il est la parfaite figure de ces notables laïcs protestants du XIXe siècle, dont le rôle public était très important.


Agénor de Gasparin
Agénor de Gasparin
(1810-1871). (S.H.P.F.)

Agénor Étienne de Gasparin (1810-1871)

À l'origine de la colonie agricole de Sainte-Foy-la-Grande

Fils du comte Adrien de Gasparin, Ministre de l'Intérieur puis de l'Agriculture sous la Monarchie de Juillet, membre du Consistoire de l'Église réformée de Paris, Agénor de Gasparin effectue ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand à Paris, puis il étudie le droit et sera nommé en 1837 Maître des requêtes au Conseil d'État. Élu député de Corse en 1842, avec l'appui du gouvernement Soult-Guizot, il critiquera fermement le gouvernement, réclamant l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Il plaide à plusieurs reprises en faveur de la liberté d'évangélisation, contestée par certains administrateurs locaux.


Un évangélique convaincu
Colonie Agricole
Colonie Agricole de jeunes garçons délinquants à Ste Foy.
(S.H.P.F.)

Partisan du clan évangélique, il fonde en 1842 la Société des intérêts généraux du protestantisme français, dont la principale réalisation est la colonie agricole pénitentiaire de Sainte-Foy-la-Grande. En septembre 1848, il participe à l'Assemblée générale du protestantisme français au cours de laquelle il dénonce (avec Frédéric Monod) l'attitude des évangéliques modérés ; le partisan qu'il est du « professionisme » (soit l'adhésion, pour tout membre d'une Église à une profession de foi explicite et personnelle) quitte cette Assemblée quand elle refuse d'adopter une confession de foi. En 1849, avec Frédéric Monod, il fonde l'Union des Églises évangéliques (libres), et soutiendra activement dès sa formation l'Église libre de Paris fondée par Théodore Monod.

Conservateur, hostile à la Seconde République, mais libéral et s'indignant au moment du coup d'État du 2 décembre, il décide en 1850 de se fixer en Suisse, près de Genève, pour y mener une activité d'écrivain et de publiciste, avec le souci de conserver une influence sur les milieux protestants parisiens. Il rédige de nombreux articles, notamment dans les Archives du Christianisme. Il crée à Lausanne avec sa femme une École normale de gardes malades, l'école La Source, encore en activité.



Charles Gide (1847-1932)

Charles Gide, théoricien de l'économie sociale, est une figure de premier plan du mouvement coopératif français et du christianisme social. Son oeuvre est dominée par l'idée de solidarité.

Charles Gide
Charles Gide.
(Collection Privée)
Un brillant universitaire

Charles Gide passe son enfance à Uzès où son père, protestant, est président du Tribunal civil. Son oncle, brillant juriste, est le père de l'écrivain André Gide. Charles Gide fait ses études de droit à Paris, et déjà le titre de sa thèse (1872), « le droit d'association en matière religieuse » réunit les trois idées de liberté, d'association et de religion, sur lesquelles il s'interrogea toute sa vie.

Après son agrégation, il est nommé Professeur d'Économie politique aux Facultés de Droit de Bordeaux (1874), de Montpellier (1880), puis il est nommé en 1898 à la Faculté de Droit de Paris (1898). Il enseignera également à l'École des Ponts et Chaussées et à l'École Supérieure de Guerre. Il est nommé au Collège de France en 1921.

Ses célèbres Principes d'économie politique sont un énorme succès éditorial avec vingt-six éditions en français et dix-neuf traductions en langues étrangères (dont l'une en braille). En février 1918, André Gide écrivait à son oncle : « quel profit j'ai déjà retiré de ce qui précède, et que j'aime l'honnêteté de tes expositions... ! ». Charles Gide fonde en 1887 la Revue d'économie politique.

Couverture des Principes d'économie
Couverture des Principes d'économie de Charles Gide.
(Collection privée)
Dirigeant du mouvement coopératif français

À partir de 1886, il devient le théoricien de ce qu'il est convenu d'appeler « l'École de Nîmes », mouvement coopératif français, actif surtout dans le Sud de la France et animé par des protestants (Auguste Fabre, Édouard de Boyve). L'idée est celle d'une coopération émancipatrice, structure d'apprentissage de la démocratie et de l'efficacité économique, permettant d'abolir le régime du profit sans tomber dans l'étatisme. L'idée coopérative sera vulgarisée par un premier congrès à Paris (1885) et par le mensuel (1886) l'Émancipation, présenté comme un « journal d'économie politique et sociale ». Cette idée est appliquée surtout à Nîmes : Charles Gide participe activement à une « Coopérative de consommation », s'intéressant aux problèmes concrets de gestion et de conflits que ces coopératives ont avec le commerce privé.

En 1888, « l'association protestante pour l'étude pratique des questions sociales » est créée à Nîmes, avec le pasteur Fallot comme président et Charles Gide comme vice-président.

Ce principe de solidarité – partagé par des hommes comme Henri Marion, Émile Durkheim, Léon Bourgeois – est présenté comme la voie entre libéralisme et marxisme. Cette solidarité « n'est pas comme la liberté ou l'égalité un pur idéal : elle est un fait les mieux établis par la science et par l'histoire, l'interdépendance des hommes va tous les jours en s'accentuant davantage. »

Un des fondateurs du Christianisme social

Dans toute son action, Charles Gide met toujours en avant une forte exigence morale. Il souligne la valeur religieuse de cette « École nouvelle », fondée sur la solidarité exprimée dans les épîtres de l'Apôtre Paul. Lors de la création du Christianisme social par Tommy Fallot en 1888, il en est vice-président, puis président en 1922.

Dreyfusard, héritier du socialisme français « associationniste », il est partisan du social mais non du socialisme révolutionnaire. Il aborde les différents problèmes sociaux de la fin du XIXe siècle avec une relative modération, pour ne pas heurter le protestantisme institutionnel moins soucieux de la « question sociale », qui cependant s'affirme avec la crise économique et la montée du marxisme : il s'agit de trouver une troisième voie entre une religion aveugle vis-à-vis du problème social et un socialisme sourd à la dimension spirituelle de l'homme.

Après avoir écrit des articles fermement hostiles au bolchevisme, Charles Gide est invité en URSS à l'automne 1923 : une « organisation coopérative intégrale » lui parait ainsi possible, mais le communisme lui semble un peu « trop rouge »... Son oeuvre, critiquée autant par la bourgeoisie que par la gauche, est redécouverte. Outre la notion si présente de solidarité, beaucoup de problèmes actuels y étaient déjà abordés : vieillissement de la population, problèmes de la création de la législation sociale, en particulier celle des retraites, voire même interrogations sur l'instauration d'un état d'Israël.


Bibliographie
• PENIN Marc, Charles Gide (1847-1932) : l'esprit critique, L'Harmattan, Paris, 1997.


Georges Eugène Haussmann (1809-1891)

Baron Georges Haussmann
Baron
Georges Haussmann (1809-1891).
(S.H.P.F.)
Préfet de la Seine sous le Second Empire.

Un grand connaisseur de la province française

Georges Eugène Haussmann est né à Paris dans une famille très attachée à sa foi protestante-luthérienne et dont les ancêtres au XVIe siècle ont fui les persécutions en Saxe puis en Alsace ; d'où son nom aux consonances germaniques dont il dit avoir souffert dans sa jeunesse.

Il fait des études rapides et brillantes et entre très tôt dans l'Administration préfectorale où son amitié avec le duc d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, facilite le démarrage de sa carrière.

Il est successivement secrétaire général de la préfecture de la Vienne, sous-préfet d'Yssingeaux, puis de Nérac, de Saint-Girons, de Blaye. Dans tous ces postes, il fait preuve d'une grande curiosité pour les problèmes de la région qu'il parcourt inlassablement à cheval et d'une énergie inépuisable au service des deux grandes urgences du moment : les routes et l'école.

Entre temps, fidèle au protestantisme, il épouse une jeune fille d'origine suisse, Octavie de Laharpe dont le frère est pasteur à Bordeaux.

Pendant la période troublée de la deuxième République, Haussmann manifeste ses qualités d'administrateur comme conseiller de la préfecture de la Gironde, préfet du Var, puis de l'Yonne et enfin préfet de la Gironde.

Après le coup d'état du 2 décembre 1851, puis le rétablissement de l'Empire, Napoléon III le récompense très vite en le nommant le 23 juin 1853 préfet de Seine.

Dans ses différentes préfectures plus ou moins fidèles au souvenir du 1er empire, il soutient les idées du prince président.

L'ordonnateur des grands travaux de Paris

Aux commandes de Paris dont la modernisation est un des grands projets de l'empereur, capable, dit ce dernier de « mobiliser tout un peuple » et d'être « le brevet de compétence » du nouveau régime.

Le but est de créer des voies de communication et des infrastructures qui faciliteront le commerce, mais aussi la vie quotidienne des habitants, leur assurant une meilleure hygiène et un niveau de vie plus élevé. Soutenu par Persigny ministre de l'intérieur, Haussmann s'entoure d'une équipe dévouée et efficace, Dumas, le scientifique, Hittorff, Baltard, Ballu, Garnier, les architectes. Il est aussi aidé par Pereire et Rothschild, les banquiers rivaux mais toujours présents ; ainsi que par plusieurs banquiers protestants.

Le financement se fait par un système d'emprunt gagé par les recettes de la ville en constante augmentation et présenté comme le modèle de « dépenses productives », ingénieuse formule inventée par Persigny et Haussmann – mais qui à la fin fera accuser ce dernier d'avoir dilapidé les fonds publics.

Pendant seize ans, soutenu par la confiance de Napoléon III qui ne lui fera jamais défaut et grâce à son inépuisable énergie, Haussmann conduit la transformation du vieux Paris des rois en une capitale moderne qui sera un exemple pour toutes les villes européennes.

Pour finir, une anecdote qui montre la fidélité, et l'attachement d'Haussmann au souvenir de la Réforme en France : quand pour des nécessité de dégagement de la place entre la colonnade du Louvre et l'église Saint Germain l'Auxerrois, Achille Fould ministre d'État soutenu par l'empereur Napoléon III, réclame la démolition de cet édifice, Haussmann pourtant convaincu du peu d'intérêt esthétique de l'église, s'y oppose parce que ce sont les cloches de Saint-Germain l'Auxerrois qui ont donné le signal de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572.


Bibliographie
• CARMONA M., Haussmann, Fayard, Paris, 2000.


François-Arnail, marquis de Jaucourt, (1757-1852)

Un haut dignitaire, franc maçon et mécène


Marquis A.F. de Jaucourt
Marquis A.F. de Jaucourt.
(S.H.P.F.)

La famille des Jaucourt descend par les femmes de Duplessis-Mornay. Ses membres n'ayant pas tous émigré, ceux qui sont restés se sont convertis au catholicisme, tout en gardant une fidélité intérieure à la Réforme. Le chevalier de Jaucourt (1704-1780), grand-oncle de François, fut avec Diderot le principal rédacteur des derniers volumes de l'Encyclopédie.

François-Arnail, né avant l'édit de tolérance, fut baptisé catholique. À la Révolution il était colonel des dragons de Condé. Député à l'Assemblée (« feuillant »), il fut l'un des défenseurs du roi. Emprisonné après le 10 août 1792, il put s'évader en Suisse grâce aux Staël. Rentré après le 18 brumaire, il devint membre du Tribunat, où il intervint en faveur du Concordat (ayant retrouvé son identité protestante). Sous l'Empire, il est sénateur, puis après avoir accompagné le roi Joseph à Naples, comte. En 1814 il vote la déchéance de Napoléon, et il est nommé membre du gouvernement provisoire. Resté fidèle à Louis XVIII pendant les Cent Jours, il est, sous la Restauration, quelques mois ministre de la Marine, et joue un rôle pacificateur pendant la Terreur Blanche. Sous Charles X, il est l'un des sept protestants Pairs de France.

Bien que peu pratiquant à l'époque, dès 1803, il est membre du consistoire de Paris. Par la suite il devint le président de la Société biblique protestante de Paris (dès la fondation de celle-ci en 1818) et celui de la Société pour l'encouragement de l'instruction primaire parmi les protestants de France créée en 1829. Il faut noter qu'il était aussi franc maçon, membre du comité directeur du Grand-Orient. « Il avait, écrit Pédézert, toutes les élégances et les souplesses d'un homme d'État, et dut à ses ancêtres de sortir croyant d'un monde incrédule ».



Pierre-Antoine Labouchère (1807-1873)

Peintre du protestantisme

Descendant d'une famille protestante émigrée en Hollande, sa fidélité à la foi de ses ancêtres le conduit à consacrer une grande partie de son oeuvre picturale à l'histoire du protestantisme et particulièrement la vie de Luther.

Destiné à la banque, il lui préfère la peinture

P.A. de Labouchère
P.A. de Labouchère.
(S.H.P.F.)
Pierre-Antoine Labouchère est né à Nantes le 26 Novembre 1807. Descendant d'une famille huguenote émigrée en Hollande au moment des guerres de religion, son père, armateur, était consul de la ville de Nantes. Pierre-Antoine fait des études commerciales en Angleterre et en Allemagne, puis son père le place chez un commerçant d'Anvers puis à la banque Baring Bros.

À vingt ans Pierre-Antoine est envoyé par cette banque aux États-Unis, puis il en devient associé principal. En 1832, il se rend en Chine comme subrécargue (officier chargé de défendre les intérêts des armateurs) sur un navire de Nantes appartenant à son frère.

Mais la peinture qui avait toujours été sa passion dominante, le conduit à renoncer en 1836 à la carrière commerciale. Il part étudier un an à Rome, où il se lie avec le peintre Paul Delaroche, qui fut son maître et resta toujours son ami. Au bout d'un an, en 1837, il rentre à Paris pour continuer ses études sous la direction de Paul Delaroche.

Il épouse le 23 Mai 1839 Nathalie Mallet, petite-fille de Christophe Oberkampf (fondateur de la manufacture de Jouy en Josas). Il voyage aussi en Afrique du Nord, où il exécute plusieurs aquarelles. En 1846, il accompagne son cousin, M. de Salvandy, ministre de Louis-Philippe, dans un voyage en Algérie et Espagne à l'occasion du mariage de la fille du maréchal Bugeaud. Il fut le peintre de cette expédition.

Son sujet de prédilection : Luther

Luther à la diète
Luther à la diète de Worms.
(S.H.P.F.)
À partir de 1843, et jusqu'en 1870, Pierre-Antoine expose presque chaque année au Salon de Paris.

Profondément pénétré de la foi de ses pères, Pierre-Antoine Labouchère retrace de préférence des scènes de l'histoire de la Réforme ; les études préliminaires montrent que chaque tableau se fait après une étude historique consciencieuse.

Ses tableaux sont toujours fort remarqués. Il obtient une médaille de 3ème classe en 1843 pour la toile Le Duc d'Aumale dans les bois d'oliviers (musée de Chantilly) et une de 2ème classe en 1846 pour son tableau Luther, Melanchthon, Poméranus et Cruciger traduisant la Bible.

Parmi les nombreux tableaux présentés aux Salons, on peut citer Luther devant la Diète de Worms – Épisode de la guerre des Cévennes – Maximilien en prière au berceau de son fils, ces trois derniers tableaux peuvent être vus au musée du Désert près de Mialet (30).

Il fait de nombreux tableaux de Luther et illustre un livre écrit par J.H. Merle d'Aubigné La vie de Luther publié en 1862.

Protestant convaincu, il est membre actif de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français pour laquelle il écrit maints articles et à laquelle il lègue, à sa mort, une importante collection de livres et d'autographes. Il lègue à la bibliothèque de Nantes, sa ville natale, l'autre partie de sa collection d'autographes. La Société reçoit également en legs son tableau Jeanne d'Albret présentant son fils à l'armée protestante qui est actuellement au temple de Saint-Germain-en-Laye.

Pierre-Antoine Labouchère meurt à Paris le 28 Mars 1873 et est enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris.

F. Boniol



Guillaume Mallet (1747-1826)

Guillaume Mallet, né à Noisy en 1747, est le fils de Jacques, lui-même fils d'Isaac, fondateur de la banque qui s'appellera Mallet Frères et Cie en 1782.

Pour informations complémentaires, voir : Guillaume Mallet (1747-1826).



Charles Mallet (1815-1902)

Charles Mallet est associé puis chef de la banque protestante Mallet Frères et Cie qui exerce dans la seconde partie du XIXe siècle un rôle important dans l'équipement industriel en France et à l'étranger.
Charles Mallet
Charles Mallet (1815-1902).
(Collection privée)

Le chef de la banque Mallet à son apogée

Charles Mallet est né en 1815. Héritier d'une longue lignée protestante, il est le fils de Jules Mallet et d'Émilie Oberkampf, donc le petit-fils de Guillaume Mallet et de Christophe Oberkampf. Il épouse sa cousine germaine Lucie, fille du baron James Mallet.

Charles joue un rôle considérable dans la finance comme associé puis comme chef de la banque au moment où celle-ci participe à la création de nombreuses entreprises. C'est ainsi qu'il est le cofondateur avec les frères Péreire du Crédit Mobilier en 1852 et qu'il participe à la fondation de la Compagnie Générale Maritime (Transatlantique).

Charles entre aussi au conseil d'administration de la Compagnie de chemins de fer PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) qu'il va présider en 1879. Il contribue à la création du Crédit Agricole dont il devient administrateur.

Charles ouvre également la banque Mallet vers l'étranger. En 1862, il participe à la création de la Banque impériale ottomane chargée d'assurer le placement d'un emprunt de six millions de livres sterling. Cette banque dont Charles prend la présidence du comité parisien, contribue à étendre l'influence française au Proche-Orient. Charles Mallet préside aussi la société des Chemins de fer autrichiens. Il meurt en 1902 à l'âge de 87 ans.


Bibliographie
• CHOISY, Albert, Notice généalogique et historique sur la famille Mallet de Genève, Imprimerie Atar, Genève, 1930.
• Collectif, Mallet Frères et Cie – 250 ans de banque, 1713-1963, Presses de Jean Ruchert, Paris, 1963.
• GRAND, Christian, Trois siècles de banque de Neuflize, Schlumberger, Mallet 1667-1991, EPA, Paris, 1991.


Gabriel Monod (1844-1912)

Un grand historien

Gabriel Monod
Gabriel Monod (1844-1912).
(S.H.P.F.)
Recevant au sein de sa – déjà célèbre – famille une éducation protestante libérale, ancien élève de l'École Normale supérieure, il est le fondateur de la Revue historique (1876), et illustre le rôle des protestants dans l'enseignement républicain. Directeur d'Études à la IVe section de l'École Pratique des Hautes Études, Maître de Conférence à l'École Normale Supérieure, Professeur au Collège de France, il fut l'ardent défenseur de Dreyfus. Grand lecteur de Michelet, bon connaisseur de l'École historique allemande, il se rendit célèbre par ses débats avec Fustel de Coulanges, dont il contestait les ardeurs nationalistes. Il proposa de fonder la recherche en histoire sur une méthode analytique et critique, ce qui lui attira les foudres de Charles Maurras qui le considérait comme vendu à l'Allemagne ; Maurras citait toujours l'historien pour vilipender le protestantisme.

Gabriel Monod a épousé Olga Herzen, dont le père, ami de Nietsche et de Malvida von Meysenburg, symbolisait les aspirations brûlantes d'une Europe non conformiste. L'une de leurs filles épousa Édouard Rist.

« Plus on l'étudiera, mieux on comprendra que, si Gabriel Monod fut d'instinct révolutionnaire, c'est que l'État-Monod avait toujours tiré un utile profit de nos révolutions.

Son premier ancêtre connu, Jacques Monod, avait renoncé à la qualité de français sous Henri IV. Et Jean Monod venu à Paris en 1793, puis en 1808, invoqua en 1817 la qualité de descendant (par les femmes) de huguenots exilés sous Louis XIV... Ainsi eut-il le titre et les avantages de « français naturel ». La Révolution de 1830 aida les douze fils de Jean Monod à exprimer tous les bénéfices de cette position historique, sociale et morale. Le 4 septembre, puis la Révolution dreyfusarde ont encore multiplié la force de sa position...Tel est en soi le patriotisme métèque...

Si les choses n'ont pas changé depuis dix ans, l'État-Monod est loin de se fondre dans la France contemporaine. Raison de plus pour le concevoir à sa place réelle et dans son être vrai. Il est de notre devoir de nous défendre contre les empiétements de cette influence métèque. »

Charles Maurras, en guise d'oraison funèbre de Gabriel Monod
(Action française, 13 avril 1912)
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Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815)

Oberkampf crée à Jouy-en-Josas (Yvelines) une manufacture de toiles imprimées qui atteint une notoriété internationale. Protestant, venu de Suisse, il se marie ainsi que ses enfants dans la société protestante française.

Pour informations complémentaires, voir : Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815).



Félix Pécaut (1828-1898)

Des convictions libérales menées à l'extrême

F. Pécaut
F. Pécaut (1828-1898).
(S.H.P.F.)
Né à Salies de Béarn, dans un milieu revivaliste, Felix Pécaut s'engage dans des études de théologie à Montauban d'abord, puis à Berlin et à Bonn.

En 1850, il accepte une suffragance dans sa ville natale, mais doit la quitter très vite parce qu'il se refuse à lire le symbole des apôtres. Consacré en 1853, il n'a jamais exercé de Ministère paroissial. En effet, il est en désaccord profond avec la théologie dogmatique du moment, dont il estime qu'elle n'est pas en phase avec les transformations sociales de ce temps. Ce sont alors les problèmes de l'éducation qui retiennent son attention, et dans lesquels il a placé ses exigences éthiques. Il fonde une institution à Neuchâtel (Suisse), puis rentre à Paris. Au cours du synode de 1872, il attaque l'Église qui accepte des liens avec l'État et renonce à tout ministère dans son sein. À partir de ce moment, il devient un militant laïque, et travaille avec Ferdinand Buisson à la réforme de l'enseignement primaire. Il participe à la création de l'École Normale Supérieure de Fontenay-aux-Roses qui prépare les jeunes filles à enseigner dans les Écoles Normales. Il se retire par la suite dans son Béarn natal, et prend fait et cause pour Dreyfus.

Felix Pécaut a été un libéral radical, rétif à tout dogme, l'image du protestant qui place tous ses engagements éthiques dans la société civile et laïque.


Bibliographie
• LOEFFEL, Laurence, La question du fondement de la morale laïque sous la troisième République, PUF, Paris, 2000, 272 pages.


Pierre Antoine Rabaut – « Dupui » (1746-1808)

Fils du pasteur Paul Rabaut, frère de Rabaut-Saint Étienne et de Rabaut « Pommier » (pasteur, député girondin), il fut un laïc réformé. Né à Nîmes, il fait ses études à Genève, se tourne vers le commerce, et il est, comme ses frères « girondins », mis en prison sous la Terreur (cf. révolution de 1789) Il est commissaire du Directoire de Nîmes, membre des Anciens (1797-1799), et « législateur » pour le Gard de 1800 à 1807.

Rabaut Saint-Étienne
Rabaut Saint-Étienne.
(S.H.P.F)
Un laïc engagé

Son rôle devient important après la signature du Concordat avec le pape. Dès la fin de novembre 1801, il rencontre Portalis et déclare que le gouvernement n'établira pas d'inspecteurs, de hiérarchie parmi les pasteurs. Devenu secrétaire du consistoire de Paris, il envoie à partir de 1803 des circulaires aux Églises et tient le rôle, entre le gouvernement et elles, d'une sorte d'intermédiaire officieux. Ses initiatives ont certainement permis de faire fonctionner une organisation mal adaptée. Plus tard, au début de l'Empire, il a paru croire à la possibilité d'une « réunion » des cultes chrétiens à laquelle il pensait que Napoléon serait favorable.

Disgracié après 1807 (il perd son siège au Corps Législatif), il est nommé conseiller de préfecture à Montpellier.



Charles Read (1819-1898)

Le fondateur de la Société d'histoire du protestantisme français

Charles Read
Charles Read (1819-1898).
(S.H.P.F.)
D'origine écossaise par son père, il est d'abord magistrat à Montélimar et à Montargis. Il est nommé sous préfet de Bayle, puis de Villeneuve-sur-Lot.

En 1849 il succède à Frédéric Cuvier comme sous directeur des cultes non catholiques au « ministère de l'intérieur ». Il joue un rôle capital en 1852 lors de l'élaboration des décrets qui réorganisent les Églises protestantes (cf. le temps des divisions). Ami de la famille Coquerel, libéral en théologie, il sera confronté avec les problèmes liés à l'évangélisation protestante. En 1857, à la suite d'un conflit avec le ministre de l'Instruction publique Rouland, qui lui reproche de trop prendre le parti de ses coreligionnaires et de ne par défendre les droits de l'État avec assez de vigueur, il doit quitter ses fonctions. Il est alors nommé à la tête du service du contentieux, puis à la tête de la section des travaux historiques à la préfecture de la Seine. Il quitte la vie publique en 1871.

Esprit curieux, ouvert, il déploie une grande activité. Homme d'initiative, il est le principal artisan (1852) de la fondation de la Société de l'histoire du protestantisme français. Il est aussi à l'origine (1867) du Musée Carnavalet. Sous le pseudonyme de Carle de Rash, il a dirigé la publication de l'Intermédiaire des chercheurs et curieux.



Élisée Reclus (1830-1905)

Élisée Reclus voue son existence à l'exploration de la planète et à la publication de livres pour la magnifier. Il est également connu pour sa défense de l'idéal anarchiste.

Élisée Reclus
Élisée Reclus (1830-1904) géographe et
propagandiste anarchiste.
(Collection privée)
Une vie très engagée

Élisée Reclus naît à Sainte Foy la Grande (Gironde) dans une grande fratrie puisque son père, pasteur puis professeur au collège protestant de Sainte Foy, a quatorze enfants.

Il débute ses études au collège de Sainte Foy, puis à 12 ans comme son frère Élie, il part pour le collège des Frères Moraves, sur les bords du Rhin, qui reçoit des élèves de tous les pays. Il commence ensuite des études de théologie à Montauban, mais en est exclu au bout de quelques mois pour son indiscipline et son ardent républicanisme ; il se consacre alors à des études de géographie à Berlin.

Lors du coup d'état de Napoléon III en 1851, Élisée et son frère Élie défendent les idées républicaines, ils veulent constituer un groupe d'opposants au nouveau régime ; à la veille d'être arrêtés, ils s'enfuient en Angleterre ; Élisée va même jusqu'aux États-Unis où il est précepteur dans une famille de planteurs, près de la Nouvelle-Orléans.

De retour à Paris à la Société de Géographie, il parcourt néanmoins l'Europe, écrit de nombreux ouvrages dont la Terre, prend contact avec l'anarchiste russe Bakounine et adhère publiquement à l'anarchisme.

En 1871, ayant combattu dans l'armée de la Commune de Paris, il est fait prisonnier, condamné à la déportation ; mais les savants étrangers se mobilisent pour lui ; le gouvernement français, devant ces longues listes de signatures, commue sa peine en dix années de bannissement. Il est transféré en Suisse, y retrouve Élie ; il commence sa grande oeuvre, la Nouvelle géographie universelle (19 volumes).

En 1880, grâce à l'amnistie pour les faits de la Commune, il revient à Paris, puis il devient titulaire d'une chaire de géographie à l'Université libre de Bruxelles. Il meurt dans cette ville en 1905.

Son orientation idéologique, républicaine et anarchiste imprègne toute son oeuvre

Il adhère à un idéal de libre conscience et de fraternité, qu'il applique autant au domaine scientifique que politique. Il voudrait que les hommes s'organisent en petits groupes indépendants.

Par sa correspondance, ses conférences, ses livres, il fait de la propagande pour les anarchistes ; il aide Bakounine à publier ses oeuvres ; en 1897 il écrit dans l'évolution, la révolution et l'idéal anarchique : « Notre destinée, c'est d'arriver à cet état de perfection idéale où les nations n'auront plus besoin d'être sous la tutelle d'un gouvernement, c'est l'anarchie, la plus haute expression de l'ordre ».

Il a rejeté le christianisme, mais la morale est la base de sa pensée politique et sociale.

Il croit à la fraternité, des individus et de tous les peuples de la terre ; il crée en 1864, avec son frère Élie, une banque ouvrière : le Crédit du Travail.


Bibliographie
• GONOD, Roger, Élisée Reclus, prophète de l'idéal anarchiste, Presses de Covedi, Paris, 1996.


Eugène Réveillaud (1851-1935)

Un protestant converti et militant

Eugène Réveillaud
Eugène Réveillaud (1851-1935).
(S.H.P.F.)
Né à Saint-Coutant (Charente-Maritime) dans une famille d'instituteur, il est placé par sa mère, catholique pratiquante, à l'Institution diocésaine de Pons, dont il s'échappe, et termine ses études secondaires au lycée Charlemagne.

Il s'oriente d'abord vers le journalisme, dirigeant plusieurs titres, dont l'Avenir républicain (Troyes). L'obtention d'une licence en droit, lui permet de s'inscrire au barreau de Troyes. Initié à la Franc-Maçonnerie, puis converti en 1878 au protestantisme, dans sa tendance évangélique, il devient un propagandiste anti-catholique ardent : son ouvrage La question religieuse et la solution protestante, publié en 1878, eut un grand succès. En 1884, il fonde une oeuvre destinée à accueillir des prêtres convertis au protestantisme. Après un séjour dans une paroisse d'obédience vaudoise des Hautes Alpes italiennes, il crée la Société Coligny, laquelle favorise l'établissement en Algérie de paysans originaires de ces montagnes. Il se préoccupe aussi de la gestion de la société des traités religieux.

Élu député de la Charente-Inférieure en 1802, il participe activement aux débats qui vont conduire à la séparation des Églises et de l'État, donnant en modèle l'organisation des Églises protestantes. Ce militant protestant, républicain et anticlérical est aussi l'auteur de plusieurs recueils de poésie d'inspiration biblique et d'ouvrages d'histoire (Histoire du Canada et des Canadiens français).



Louis Nathaniel Rossel (1844-1871)

Louis Rossel
Louis Rossel.
(Northwestern University Library)
Un acteur de la commune

Rossel est né dans une famille cévenole, protestante et républicaine : son père, qui était officier, refusa de prêter serment à Napoléon III.

Reçu en 1862 à l'École polytechnique, il y fait des études brillantes et sort dans les rangs de l'armée. En 1870, il se trouve au siège de Metz comme capitaine sous les ordres d'un coreligionnaire, le général Sigismond de Berckheim ; il contestera les méthodes de Bazaine. Son refus de la défaite, ses exigences républicaines, le poussent à se mettre au service des Communards de 1871. Promu général par ces derniers, l'entente ne sera pourtant pas exempte d'incompréhension. À la fin de la commune, Rossel sera même désavoué par ses amis, ce qui ne l'empêcha par d'être arrêté par les Versaillais et d'être condamné à mort.

Dans sa cellule, il a rédigé des mémoires dans lesquelles il analyse les difficultés de son expérience et conclut à la nécessité de donner une éducation à toute la classe ouvrière.



Germaine de Staël (1766-1817)

Une des grandes figures littéraires de la période préromantique, célèbre par sa lutte contre Napoléon qu'elle espère convaincre d'être plus démocrate et qui l'exile à Coppet, où elle reçoit les esprits les plus éclairés d'Europe. Son oeuvre fut très appréciée de ses contemporains.

Une vie mouvementée

Madame de Staël
Madame de Staël (1766-1817).
Miniature sur ivoire de
P.-L. Bouvier.
(Collection Château
de Coppet)
Germaine Necker, devenue par son mariage baronne de Staël, est la fille du célèbre banquier genevois Jacques Necker (1732-1804), dernier grand ministre de Louis XVI ; sa mère était la fille d'un pasteur suisse. Jeune fille, Germaine Necker rencontre dans le salon littéraire de sa mère les célébrités littéraires, les représentants de l'aristocratie et de la politique. Protestante, elle épouse en 1786 le baron de Staël Holstein, ambassadeur de Suède à Paris – mariage mal assorti qui la jettera dans les bras de nombreux amants, dont Benjamin Constant, avant d'épouser John Rocca à la fin de sa vie.

Dans ces années pré-révolutionnaires, elle se consacre avec passion à la politique. Elle pense que l'écrivain a un rôle à y jouer. Toute sa vie, elle tente de faire triompher la démocratie, dont l'Angleterre lui semble le modèle.

Ses oeuvres littéraires, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions, ses romans à succès Delphine puis Corinne, lui valent la méfiance du pouvoir en place et elle est plusieurs fois exilée de Paris, par le Directoire, puis par Napoléon qui la confine dans son château de Coppet, près de Genève.

Elle découvre l'Allemagne, écrit son livre De l'Allemagne, interdit de publication par Napoléon. À Coppet elle reçoit les esprits les plus distingués d'Europe – Chateaubriand, Byron, Sismondi... – avec lesquels ont lieu des discussions très passionnantes. On a pu dire : « il se dépense plus d'esprit à Coppet en un jour que dans le reste du monde en un an ». Stendhal a même écrit : « se tiennent à Coppet les états généraux de l'opinion européenne ». À partir de 1812, elle effectue un grand voyage dans l'Europe en guerre et décrira ces pays de l'Est dans Dix années d'exil. Elle joue un rôle important dans la lutte contre Napoléon grâce à son influence sur l'opinion publique, et ses bons rapports avec les Puissances alliées.

Elle meurt à Paris, mais son esprit survit grâce au « Groupe de Coppet », qui va répandre à travers l'Europe un très puissant courant d'idées européen.

Château de Coppet
Château de Coppet
à l'époque de Mme de Staël.
(Collection Château de Coppet)
Une existence profondément marquée par le protestantisme

Même si ses idées religieuses changent au cours de sa vie, elle évolue dans le cadre du protestantisme auquel elle est sérieusement attachée.

Elle a été élevée par ses parents dans un protestantisme du XVIIIe siècle, tolérant et proche des idées du siècle des Lumières : l'accent est mis sur la morale et la révélation de « l'Être suprême ». Elle se doit d'épouser un gentilhomme protestant, ce qui limite le choix dans une France catholique qu'elle ne veut pas quitter. Son mariage, protestant, est célébré dans la chapelle de l'ambassade de Suède en France.

Après la Terreur, elle rêve de l'instauration d'une religion qui soit la même pour tous, et propose le protestantisme comme religion officielle de la France.

À Coppet, elle pratique sa religion, va au temple, donne à ses jeunes fils un pasteur comme précepteur, leur fait faire leur instruction religieuse avec deux pasteurs de croyance traditionnelle : « Je tiens à notre religion, à celle de mon père et de ma mère, et mon fils ne doit pas s'en écarter ».

Toutefois elle interprète de façon très libre les notions chrétiennes, prône une religion du coeur, apprécie la tolérance et le sentimentalisme ; elle connaît une période mystique. À la fin de sa vie, elle revient vers un christianisme plus traditionnel.



Albert Schweitzer (1875-1965)
Albert Schweitzer
Albert Schweitzer.
(S.H.P.F.)

Albert Schweitzer naît en Alsace, à Kayserberg, et son père est un pasteur passionné de musique. Études secondaires à Mulhouse. Personnalité exceptionnelle, il développe ses activités dans quatre directions.

Musicien

Il entreprend des études musicales à Paris, puis Strasbourg. Organiste de grand talent, organiste de la société Bach, il donnera de nombreux concerts, et s'affirme comme un historien de la musique religieuse de l'Allemagne avant Jean-Sébastien Bach.

Jean Sebastien Bach, la musicien poète, 1905, Lausanne, (Foetisch ed.1951).

Théologien-Philosophe

Tour à tour, il occupe les fonctions de docteur en philosophie en 1899, vicaire de Saint Nicolas de Strasbourg, docteur en théologie en 1900, Professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg de 1902 à 1912, où il est chargé de l'enseignement du Nouveau Testament. Considéré comme libéral, il est à l'origine du courant de pensée de « l'eschatologie conséquente » concernant les origines chrétiennes. Dans son ouvrage consacré aux recherches concernant la vie de Jésus, il montre que chaque historien a construit son Jésus selon son idée, son époque, rationaliste, romantique, révolutionnaire, moraliste bourgeois. Partant en quête du Jésus authentique, détaché du dogme de l'Église, Albert Schweitzer insiste sur l'importance de l'arrière plan apocalyptique juif : la proche venue du Royaume de Dieu (parousie) sert de clé pour résoudre les énigmes de la pensée de Jésus. Le savoir, la connaissance historique, ne peut construire la vie spirituelle d'une époque, et il a étouffé la « volonté » qui est liée à un infini, impérieux, radical, héroïque, seule manière de devenir « enfants du Royaume de Dieu ». À l'encontre de « toute vaine tentative de moderniser Jésus, en réduisant ce qui, dans son message, était déterminé par l'époque ou en le réinterprétant comme s'il pouvait de cette façon devenir plus proche », il s'agit de remplir pleinement les « grandes tâches civilisatrices qui incombent à la religion ». Dans son ouvrage La mystique de l'apôtre Paul Albert Schweitzer estime que Paul a transformé en mystique de portée universelle un message qui était lié, au départ, à son milieu palestinien.

Parmi ses publications, on doit citer : Le problème de la sainte Cène, Tubingen 1901 ; de Reimarus à Wrede, une histoire des recherches sur la vie de Jésus, Tubingen 1906/1913 ; Histoire des recherches pauliniennes de la Réforme à nos jours Tubingen 1911 ; La mystique de l'apôtre Paul Tubingen1931 (Paris 1962).

Philosophe

Dès 1899, Albert Schweitzer avait écrit sur la philosophie religieuse de Kant. De 1923 à 1952, ses recherches se portent sur l'évolution de la philosophie religieuse européenne : « Déclin et redressement de la culture, Culture et Éthique ». Dans les Grands penseurs de l'Inde, il étudie l'histoire d la pensée indienne. Avec le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine, il fonde l'éthique sur le respect de la vie. Il plaide pour une religion qui se débarrasse de spéculations dogmatiques et qui soit avant tout mystique et éthique. Il estime que par manque de spiritualité le monde moderne se dégrade et devient inhumain. Il appelle au respect de la vie, traduction en langage moderne de ce qui se trouve au coeur du message de Jésus.

Médecin

De 1905 à 1912, il fait des études de médecine et rédige une thèse sur l'historique des études psychiatriques sur Jésus. Il part en 1913 pour Lambaréné (Gabon) et revient en France à cause da la guerre. Après avoir occupé un poste en dermatologie à Strasbourg, il revient en 1924 à Lambaréné où il reconstruit son hôpital. De 1927 à 1939, il fait plusieurs séjours en Europe, tout en s'occupant de Lambaréné, où il passe 10 ans d'affilée en 1939 à 1948. Son action a été controversée, car il refuse de moderniser son village-hôpital où les malades amènent leur famille quand ils viennent se faire soigner. Ses adversaires lui reprochent une vision traditionnelle et passéiste de l'Africain. Ses partisans rétorquent qu'en maintenant un lieu semblable aux villages reculés de la brousse, il permet à des gens qui ne supporteraient pas la rupture de l'hôpital d'être quand même bien soignés. Il y retourne de 1959 à sa mort le 4 septembre 1965, et il y est inhumé.

En 1951, il est élu à l'Académie des Sciences morales et politiques, et en 1953 il reçoit le prix Nobel de la Paix : il prononce à Oslo son célèbre discours sur le problème de la paix, et en particulier contre l'armement nucléaire.

L'association des Amis d'Albert Schweitzer se trouve 1 quai saint-Thomas à Strasbourg.


Bibliographie
• SCHWEITZER, Albert, Ma vie, ma pensée, Albin Michel, Paris, 1960.

Scheurer-Kestner
Scheurer-Kestner, industriel, homme politique (1833-1899). (S.H.P.F.)

Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899)

Un dreyfusard convaincu

Issu d'une famille protestante alsacienne, il s'engage dans une carrière politique.

Sénateur républicain inamovible, vice-Président du Sénat, l'ancien gambettiste est bientôt convaincu de l'innocence du capitaine Dreyfus : un de ses condisciples, le fils du pasteur Leblois, avocat immédiatement engagé dans la défense de Dreyfus, lui avait montré en effet la correspondance Gonse-Picquart. Il se rendit célèbre pour avoir demandé publiquement en 1897 la révision du procès. Il meurt accidentellement le 19 septembre 1899, le jour même de la grâce de Dreyfus.




Charles Seignobos (1854-1942)

Figure marquante de l'école historique française, ce protestant allie rigueur scientifique et neutralité laïque.

Jeunesse

Né en 1854 à Lamastre, carrefour du Haut- Vivarais, il est le fils de Charles-André Seignobos, député-maire de Privas de 1871 à 1894, de famille protestante et républicaine. Après de brillantes études (École Normale Supérieure, premier à l'agrégation d'histoire), il va étudier pendant deux ans en Allemagne (Göttingen, Berlin, Munich, Leipzig). Maître de conférence à l'université de Dijon, il soutient sa thèse de Doctorat en 1881, puis est nommé à la Sorbonne. Il succèdera à son père à la mairie de Lamastre. Il meurt en avril 1942, après avoir été placé en résidence surveillée à Ploubaslanec, en Bretagne.

Animateur de l'histoire « méthodique »

Il est un des animateurs de l'histoire « méthodique », qui repose sur la lecture critique des sources manuscrites. Cette vision de l'histoire est également celle de Gabriel Monod qui dans le « Manifeste » de la Revue Historique (1876) revendiquait rigueur scientifique et idéal de neutralité laïque, s'opposant à la Revue des Questions historiques d'inspiration catholique et royaliste proche de l'école des Chartes. Dans son Introduction aux études historiques (1898), Seignobos définit les quatre opérations successives que tout historien professionnel doit suivre : collecte des documents (heuristique), critique externe destinée à produire une fiche signalétique du document, critique interne (herméneutique) qui vise à élucider le pensée de l'auteur et apprécier l'écart entre cee qu'il dit et ce que l'on sait déjà, enfin synthèse partielle et provisoire cherchant à replacer le document dans un contexte plus général.

Peu ouverte à la philosophie de l'histoire, cette méthode « positiviste », descriptive, analytique, donne la priorité aux événements politiques et diplomatiques. Seignobos publie avec Ernest Lavisse une Histoire de la France contemporaine. Pour Seignobos, il ne s'agit pas d'établir une « science positive des lois historiques », mais d'admettre que l'histoire est une discipline peu rigoureuse, soumise à la tentation subjectiviste et à l'imagination, d'où l'obligation de définir « les conditions et les procédés, le caractère et les limites de la connaissance », avec une nécessaire prudence face au document brut.

De manière prémonitoire, et contrairement à ce que les historiens des Annales ont affirmé, Seignobos préconise un rapprochement avec les sciences sociales : dans La méthode historique appliquée aux science sociales (1901), il déplore le retard de l'histoire sociale qui doit prendre en compte les faits de la vie matérielle, des croyances (religions, rites, principes moraux), et même les actes de la vie privée.


Bibliographie
• BIZIÈRE J.M. et VAYSSIÈRE P., Histoire et historiens, Hachette, Paris, 1995.


Un peu d'histoire

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Source : Musée virtuel du protestantisme français