Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

19e siècle

La communauté protestante
Les débats théologiques
Les protestants et la vie publique
Les domaines d'action
Les protestants et la vie économique
Les protestantismes européens
Portraits


La relation protestants et vie publique fut, pendant tout ce XIXe siècle, souvent très active, comme en témoignent certains sujets exposés :

Guizot,
les protestants et le pouvoir politique,
les protestants et la création de l'enseignement républicain,
les protestants et l'Affaire Dreyfus,
la presse protestante,
l'antiprotestantisme.

L'influence des protestants sur la vie publique du pays fut réelle, et, malgré le traumatisme de la perte de l'Alsace-Lorraine, lui permit d'engager de nombreuses réalisations.

François Guizot
François Guizot (1787-1874).
Gravure de Louis Calamatta d'après le tableau de
Paul Delaroche.
(Collection privée)
Les protestants et le pouvoir politique
Les protestants et l'enseignement public
Les protestants et l'affaire Dreyfus
L'antiprotestantisme
François Guizot (1787-1874)
La Presse protestante

Le dynamisme de la communauté protestante est une des marques du protestantisme français au cours du XIXe siècle, avec deux temps forts : la Monarchie de Juillet avec Guizot, et les débuts de la IIIe République, tous deux illustrés par de profondes réformes dans le domaine de l'enseignement. Les protestants, par leur univers théologique et culturel, seront des facteurs de modernisation de la société française.

Un engagement constant dans
le monde contemporain


Le mouvement intellectuel français du XIXe siècle s'épanouit sous une double influence :

celle de la Révolution française, considéré par beaucoup comme l'événement fondateur pour l'ensemble de la Nation, et qui conduit la plupart des Français à regarder la liberté individuelle comme une valeur fondamentale,
celle du développement du mouvement scientifique, qui amène à tenir la science pour un instrument universel.

Pendant toute cette période, dans le monde protestant, ces deux éléments se combinent :

Les protestants se considèrent comme faisant partie de ceux qui ont inspiré la Révolution française parce que la Réforme a libéré les chrétiens du joug de la hiérarchie : dans l'affirmation de la doctrine du sacerdoce universel, ils voient l'ancêtre de la doctrine du libéralisme politique et de la démocratie. La plupart d'entre eux se jugent donc les véritables héritiers spirituels de la Révolution, et ont à coeur de montrer aux Français qu'il est parfaitement possible de concilier religion et liberté, l'appartenance au christianisme et la liberté individuelle.
Les protestants s'affirment modernes, considérant qu'ils représentent la seule forme de religion adaptée au monde contemporain. Beaucoup se plaisent à utiliser les méthodes scientifiques dans tous les domaines de la connaissance, même dans celui de la théologie.

Guizot est une des figures emblématiques, dont la longue vie illustre les relations entre « Les protestants et le pouvoir ». Les thèmes « Les protestants et la création de l'enseignement républicain » et « Les protestants et l'Affaire Dreyfus » sont, parmi beaucoup d'autres, des exemples de l'influence du monde protestant dans la société française, avec également le contre-coup de l'anti-protestantisme. La « presse protestante » fut, sur toute cette période, par sa diversité, le reflet de débats intellectuels d'une grande vivacité.

Bibliographie
• BAUBÉROT, Jean, Le retour des huguenots ; la vitalité protestante, XIXème-XXème siècle, Le Cerf-Labor et Fides, Paris-Genève, 1985.
• CABANEL, Patrick, Les Protestants et la République, Collection Les dieux dans la cité, Éditions Complexes, Bruxelles, 2000, 270 pages.
• CARBONNIER-BURKARD, Marianne et CABANEL, Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.
• ENCREVÉ, André, Les protestants en France de 1800 à nos jours. Histoire d'une réintégration, Stock, Paris, 1985.
• ENCREVÉ, André, Protestants français au milieu du XIXe siècle : les Réformés de 1848 à 1870, Labor et Fides, Genève, 1986.
• LÉONARD, Émile G., Histoire générale du protestantisme, rééd. Quadrige-PUF, 1988, PUF, Paris, 1964. Volume 3, Déclin et Renouveau, rééd. Quadrige-PUF, 1988
• MAYEUR, Jean-Marie et HILAIRE, Yves-Marie, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Beauchesne, Paris, 1985-, 9 Tomes. Tome 5, Les protestants, ENCREVÉ, André (dir.), 1993
• ROBERT, Daniel, Les Églises réformées en France (1800-1830), PUF, Paris, 1961.


Les protestants et le pouvoir politique

Les protestants, du fait de leur univers théologique et culturel, sont acquis aux idées démocratiques, volontiers incarnées par le système républicain. Favorables au système libéral de la Monarchie de Juillet, ils seront très actifs aux débuts de la IIIe République, période au cours de laquelle les protestants ont joué un rôle plus que proportionnel à leur représentation démographique.

F. Pécaut
F. Pécaut (1828-1898).
(S.H.P.F.)
L'Empire
La Restauration
La Monarchie de Juillet
La Deuxième République
Le Second Empire
La Troisième République

Y a-t-il un engagement politique propre au protestantisme ?

C'est une idée assez généralement répandue que de penser que la minorité protestante aurait été majoritairement « républicaine » du fait de sa théologie et de son organisation écclésiastique : le libre examen de la Bible, le sacerdoce universel, le système présbytéro-synodal orienteraient tout naturellement les protestants vers les idées démocratiques, et la République. Michelet écrira : « Que vois-je au XVIe siècle ? Que le protestantisme seul nous donne la République (...), l'idée et la chose et le mot ».

Une autre idée admise est de dire que la minorité protestante est « à gauche ». Il est vrai qu'un des grands problèmes politiques du XIXe siècle tient à la forme du régime et à ce qu'on appelle la « question religieuse ». La gauche fait le choix de la laïcité, confondue avec la République à partir de 1879, alors que la droite campe sur un double refus. Or l'attitude des protestants est dominée par la crainte de toute confusion entre l'État et la religion catholique, de cette « alliance du trône et de l'autel » dont les protestants avaient tant souffert. Leur choix ardent sera donc celui de l'anticléricalisme et de la laïcité, qu'ils ne confondent du reste pas avec l'anti-religion, à l'encontre de la position de nombreux anticléricaux d'origine catholique.

Ces deux facteurs expliquent, très schématiquement, les attitudes variables des protestants vis-à-vis du pouvoir politique : indifférence, hostilité, réserve, vont alterner, avec une participation active des protestants aux débuts de la IIIe République, période au cours de laquelle les protestants ont joué un rôle national disproportionné à leur poids numérique. Lorsque la séparation des Églises et de l'État est proclamée, leur réintégration peut être considérée comme achevée.

Mais le dénominateur commun à toutes ces périodes est une attitude réformiste : si beaucoup de protestants se sont engagés dans les différents épisodes révolutionnaires qui ont marqué le siècle, la grande majorité ne participe pas à leurs excès : ni à la Terreur de 1793, ni aux épisodes de la Commune ou de sa répression en 1871, ni plus tard au communisme ou à l'extrême droite.



L'Empire

Partisans, en général, de la Révolution qui leur a accordé liberté religieuse et égalité civile, les protestants acceptent sans difficulté le Consulat, puis l'Empire.

Madame de Staël
Madame de Staël (1766-1817).
Miniature sur ivoire de
P.-L. Bouvier.
(Collection Château
de Coppet)
Respectabilité retrouvée mais maintien
d'une indépendance de jugement


Le Concordat reconnaît officiellement les deux confessions réformée et luthérienne. Les protestants notables de Paris sont satisfaits de voir les consistoires composés de personnalités brillantes. Des représentants des pasteurs sont convoqués au couronnement de Napoléon qui répondit en termes chaleureux à leur hommage. Du haut des chaires sont annoncées les victoires impériales, auxquelles participent des généraux protestants, Rapp et Walther, ce dernier commandant de la cavalerie de la Garde. Il y avait de nombreux protestants dans la haute administration et dans l'Université.

Les Églises reconstituent leurs communautés, en particulier leur encadrement religieux. À la Faculté de théologie de Strasbourg réservée aux luthériens, à celle de Genève alors intégrée à l'Empire, va s'ajouter pour les réformés la création en 1808 de la Faculté de théologie de Montauban. En 1814, le corps pastoral, affaibli après 1792, se rétablit : 214 postes de pasteurs réformés sont pourvus, presque le double des effectifs de 1802.

Le protestantisme français retrouvait progressivement une respectabilité, bien que la communauté de religion avec l'Angleterre ennemie ait pu entraîner quelque suspicion. En fait, l'opinion publique ne lui portait pas beaucoup d'attention, et certains évoquaient sa fusion prochaine avec l'Église catholique.

Cependant, on remarque fort peu de protestants dans l'entourage immédiat de Napoléon Ier, et les plus connus comme Madame de Staël et Benjamin Constant se révèlent bientôt des opposants.



La Restauration

La Constitution de 1814 est ambiguë, assurant d'une part la protection de l'État à toutes les confessions, mais déclarant d'autre part le catholicisme « religion d'État ». La Terreur blanche de 1815 va accentuer la méfiance des protestants vis-à-vis des Bourbons.

Les protestants, même légitimistes, prêchent la liberté de conscience


Marquis A.F. de Jaucourt
Marquis A.F. de Jaucourt.
(S.H.P.F.)
Lassés, comme la plupart des Français, par les guerres incessantes de l'Empereur, et malgré les mauvais souvenirs de l'Ancien Régime, les protestants accueillent sans trop de craintes le retour d'un Bourbon sur le trône de France. Ils pensent que la législation égalitaire de la Révolution et l'évolution des esprits les mettent à l'abri d'un retour de la persécution ou de la simple discrimination. Louis XVIII avait de bons souvenirs de ses relations avec des personnalités protestantes durant son long exil, et un protestant Arnail François de Jaucourt fut l'un des cinq membres du gouvernement provisoire formé après la capitulation de Paris. Deux réformés, Boissy d'Anglas et Chabaud-Latour participèrent à la rédaction de la Charte constitutionnelle, qui proclamait la liberté de conscience et maintenait le traitement des ministres des cultes reconnus. Le jeune Guizot devenait secrétaire général du ministère de l'Intérieur.

Mais, après les Cent Jours, la méfiance des protestants vis-à-vis des Bourbons sera motivée par la Terreur blanche de 1815 qui, dans les régions protestantes du Gard, a entraîné le massacre de nombreux huguenots.

La Terreur blanche



La Terreur blanche
La Terreur blanche.
(Collection Privée)

On avait appelé Terreur blanche, les mouvements contre-révolutionnaires locaux qui, en 1795, s'étaient formés pour venger la Monarchie de la Révolution (et de la terreur rouge). Ceux qui s'étaient levés, commirent de violents massacres parmi ceux qu'ils accusaient de s'être ralliés à la République.

Par analogie, on a appelé Terreur blanche, le mouvement contre-révolutionnaire et ultra-royaliste qui, au second retour de Louis XVIII, fut dirigé contre tous ceux qui pouvaient être soupçonnés de chercher à s'opposer à la Restauration du fait de leurs engagement antérieurs. Les ennemis supposés étaient alors évidemment les bonapartistes (crainte d'un retour des " Cent jours "), mais aussi les républicains, et enfin les protestants (par hypothèse peu favorables à un régime qui donnait une prééminence de droit aux catholiques).

Les zélateurs d'une monarchie qui serait, non pas constitutionnelle, mais bien pleinement restaurée dans son pouvoir absolu, se sont, dans un premier temps, regroupés au sein de bandes armées qui se levaient spontanément ici et là, (en fait surtout dans le midi de la France). Ils y faisaient régner la terreur : exécutions sommaires, pillages de temples et autres actions d'intimidation violente.

Le succès des députés ultra-royalistes (les Ultras) aux élections d'août 1815, (350 parmi les 400 que comptait la Chambre, dès lors qualifiée d'introuvable) intensifia le mouvement, lequel se crut doté d'une vraie légalité. Des règlements de comptes (et notamment l'épuration de la fonction publique et de l'armée) furent alors engagés en toute impunité apparente. Le climat de plus en plus tendu faisait craindre le pire à tous ceux qui étaient des cibles potentielles. Les protestants évoquèrent même la crainte d'un retour de la Saint Barthélémy.

Mais après l'assassinat de plusieurs maréchaux d'Empire (dont Ney, qui était pourtant Pair de France), après des propositions de loi privilégiant outrageusement l'Église catholique, Louis XVIII – cet homme plutôt réaliste – mit fin à ces agissements en dissolvant la Chambre Introuvable. Des soubresauts ne purent toutefois pas être évités, au moins jusqu'en 1820. C'est à Nîmes, ainsi que dans plusieurs villages des Cévennes ou de l'Ariège, que les protestants eurent le plus à souffrir de ce réveil d'antagonismes ancrés dans une longue histoire de persécutions.

Le retour au calme

Entre rumeur et réalité, il est difficile d'apprécier le nombre de ceux qui furent victimes de la Terreur blanche. Mais en tout état de cause, la communauté protestante dans son ensemble en conçut une grande méfiance à l'égard de la Monarchie restaurée.

Tout ceci va fortement contribuer à classer les protestants « à gauche ». Guizot, fonctionnaire destitué en 1820, dont les cours à la Sorbonne sont suspendus de 1822 à 1828, devient un opposant déterminé. Les protestants, qui n'ont du reste joué aucun rôle particulier dans la révolution de 1830, seront dans leur grande majorité satisfaits de la disparition du régime de Charles X.



La Monarchie de Juillet

Dans l'ensemble, les protestants s'accommodent de la Monarchie de Juillet, qui commence à les traiter comme des citoyens ordinaires, le catholicisme étant redevenu « religion de la majorité des français » et non plus « religion de l'État ». Le protestant François Guizot est la personnalité politique la plus importante de cette période.

Louis-Philippe accepte que ses enfants se marient avec des partis protestants...

Ary Scheffer
Ary Scheffer,
Duchesse d'Orléans,
née Hélène de Mecklembourg
(morte en 1858).
(S.H.P.F.)
Les protestants faisaient confiance au chef de la nouvelle dynastie qui avait, disait-on, suivi le culte protestant en Suisse, rencontré Jean Monod, pasteur de la colonie française de Copenhague, et dont un des meilleurs compagnons avait été le protestant Louis de Chabot-Jarnac. Ce préjugé favorable fut confirmé par le ralliement immédiat de Guizot, de Cuvier, de Benjamin Constant.

Les mariages avec des protestants conclus par trois des enfants du roi Louis-Philippe provoquent un véritable sentiment d'affection en faveur de la famille royale.L'aînée des filles, Louise, épouse le nouveau roi des Belges, Léopold Ier de Saxe-Cobourg-Saalfeld, qui est luthérien : les enfants, certes, doivent être catholiques. Mais il y eut, après l'union civile et la bénédiction catholique (1835) une célébration qui combla les « sujets protestants », (en l'occurrence l'éclat en restait terne puisque la cérémonie fut réduite à un culte de famille). En 1837 la seconde fille, Marie, épouse le duc Alexandre de Wurtemberg également luthérien et surtout le duc d'Orléans, Ferdinand-Philippe, héritier du trône, épouse une protestante, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, qui conserve sa religion et assiste régulièrement au culte luthérien : « l'on trouvait dans les demeures royales la Bible à côté du Missel ».

... et mêle les protestants à la vie politique



Agénor de Gasparin
Agénor de Gasparin
(1810-1871).
(S.H.P.F.)


D'assez nombreux protestants prennent une part active à la vie politique : Guizot essentiellement mais aussi Agénor de Gasparin, Claramond Pelet de la Lozère, Léon de Maleville. En 1847, on comptait 17 pairs de France appartenant au culte réformé.

La politique scolaire, et le caractère assez libéral du régime convenaient à la majorité des protestants, surtout à la bourgeoisie qui reste en possession de l'essentiel du pouvoir par l'intermédiaire du vote censitaire. C'est à cette époque que s'épanouit le nouveau visage social du protestantisme, avec ses hommes d'affaires, ses banquiers, aussi bien à Paris qu'à Nîmes et en Alsace.

Par ailleurs, et les protestants y sont très sensibles, la Monarchie de Juillet qui s'affirme favorable à l'égalité des cultes, laisse le plus souvent les évangélistes protestants libres de tenir des réunions religieuses dans des communes où il n'y a aucune communauté protestante d'origine. Souvent les autorités locales, qui ne dépassent pas le simple stade de la tolérance s'y opposent, mais en général l'appel aux autorités centrales suffit pour obtenir le respect de l'égalité des cultes. De nouveaux adeptes, venus du catholicisme, viendront au protestantisme sous l'influence des grandes figures de l'évangélisation du XIXe siècle (Napoléon Roussel, Léon Pilatte, François Puaux).


Edmond de Pressensé
Edmond de Pressensé
(1824-1891).
(S.H.P.F.)

La Deuxième République

Les réactions des protestants vis-à-vis de la Révolution de février 1848 furent diverses. Beaucoup, conscients de la misère du peuple, l'accueillirent favorablement. D'autres s'inquiétèrent du danger des idées socialistes.

Un accueil souvent favorable à la Révolution de 1848

La Monarchie de Juillet représentait, pour la plupart des protestants français, le meilleur des régimes politiques possibles. Les réactions des protestants vis-à-vis de la Révolution de février 1848 furent diverses, d'autant que les acteurs de la Deuxième République ne se présentaient pas comme antireligieux, et faisaient appel aux pasteurs comme aux curés pour la plantation des arbres de la liberté.

Beaucoup accueillent avec joie cet événement, comme le jeune E. de Pressensé, bouleversé par la misère du peuple et très actif à la chapelle Taitbout, ou Mme André-Walther, grande figure de la haute société parisienne, convaincue de la nécessité de réformes sociales.

Mais pour d'autres, l'événement apparut comme néfaste. Ses violences sociales plongèrent certains dans la peur, à l'exception de Guizot qui montra la plus grande dignité. Le socialisme et le communisme apparaissaient comme des « religions concurrentes », et Léon de Maleville, un instant ministre de l'Intérieur en 1849, appartenait au Comité de l'« Association pour la propagande antisocialiste et l'amélioration des classes laborieuses ». Les pasteurs les plus en vue, influencés par la pensée de Vinet, s'opposaient au « panthéisme » de Fourier, Louis Blanc et Proudhon. Léon Pilatte prêchait le christianisme comme seule solution de la question sociale. Anasthase Coquerel, élu député de Paris sous la caution du très bourgeois « Comité démocratique protestant », se rangea du côté des milieux conservateurs opposés à toute « propagande subversive ».



Le Second Empire

Vis-à-vis de Louis-Napoléon et du Second Empire, l'attitude des protestants sera ambiguë. Dans l'ensemble, le régime paraît trop autoritaire et clérical, du moins dans ses premières années. Par contre, il a assoupli les contraintes consistoriales qui pesaient sur l'administration des communautés protestantes.

Des partisans et des opposants


Baron Georges Haussmann
Baron Georges Haussmann (1809-1891).
(S.H.P.F.)
Vis-à-vis de Louis-Napoléon et du Second Empire, l'attitude des protestants sera ambiguë, à l'image de ce bonapartisme, à la fois révolutionnaire et conservateur : pour certains, (Ouest et Sud-Ouest) le bonapartisme va de pair avec l'anticléricalisme et la liberté religieuse ; pour d'autres (Sud-Est), l'alliance du Trône et de l'Autel qui se dessine doit être combattue, et là les protestants qui se souviennent de la Terreur blanche, ont largement contribué à forger l'image du « Midi rouge » longtemps associée au vote de cette terre huguenote.

Dans l'ensemble, le peuple protestant, rural, est hostile au cléricalisme, et il se méfie de l'aristocratie catholique qui tend, dans certaines régions, à dominer la vie sociale des campagnes. De même, pour la bourgeoisie huguenote, le régime reste trop autoritaire et clérical malgré la présence du luthérien Haussmann comme préfet de Paris et d'Achille Fould, juif converti au protestantisme, comme ministre des finances.

Alors que le clergé catholique est hostile au libéralisme politique, condamné par le Vatican en 1864 (Encyclique Quanta cura et Syllabus), les protestants sont restés « orléanistes », donc de tendance libérale.

Cependant, sous le Second Empire, l'organisation consistoriale de l'Église protestante est un peu assouplie, alors que la politique italienne de Napoléon III, qui déstabilise le pouvoir temporel du pape, va entraîner un raidissement catholique. De plus, le pouvoir a souvent l'habileté de présenter aux élections, là où il existe une importante communauté huguenote, des candidats appartenant à l'Église réformée. Aussi, lors des législatives de 1869, qui se déroulent dans un climat de liberté, si les protestants votent plutôt en faveur du parti républicain reconstitué, c'est plus par anticléricalisme et dans le but de défendre leur communauté que par adhésion aux idées de gauche.

Pendant cette période, certains protestants passent dans le camp des républicains actifs, comme Jean-Jules Clamageran et Edmond Scherer. Ferdinand Buisson est alors en Suisse.



La Troisième République

La majorité des protestants est favorable à la IIIe République, et elle va fortement influencer ses débuts. Plusieurs intellectuels sont attirés par le protestantisme, et pour certains la protestantisation de la France est souhaitable pour instaurer durablement la République. L'influence des protestants fut décisive sur une des grandes réalisations de la IIIe République : l'école et l'enseignement laïc, gratuit et obligatoire. Cette influence diminue à la fin du siècle, et la réintégration de la communauté protestante peut être considérée comme achevée.

L'engagement républicain

Les débuts de la IIIe République sont marqués par une influence certaine des protestants.

Eugène Réveillaud
Eugène Réveillaud (1851-1935).
(S.H.P.F.)
La majorité des protestants choisit la République, d'autant plus que l'Église catholique affirme son soutien au rétablissement de la monarchie et refuse la démocratie politique (Syllabus). Les nouvelles formes de piété (culte spectaculaire des statues, reliques, fontaines) choquent protestants et républicains, car elles leur apparaissent comme le triomphe de l'obscurantisme. La bourgeoisie, restée orléaniste sous le Second Empire, s'est ralliée, et dans les campagnes les communautés protestantes, pasteur en tête, font figure de « républiques rurales ».

Plusieurs intellectuels sont attirés, sans du reste se convertir, par le protestantisme, comme Taine et Jules Favre ; c'est également G. Sand qui demande que ses petits enfants bénéficient d'une instruction religieuse protestante. E. Quinet, dans La Révolution (1865) rédigée durant son exil en Suisse romande, avait déjà soutenu l'idée de la nature antidémocratique du catholicisme, associant l'avenir de la démocratie au soutien protestant.

Certains vont plus loin, et envisagent une « protestantisation » de la France. E. Réveillaud publie en 1878 La question religieuse et la solution protestante. Charles Renouvier, dans sa revue Critique philosophique vulgarise ce thème de la protestantisation de la France indispensable pour l'établissement de la République, s'attirant du reste la dérision des positivistes comme Littré, qui jugent la France trop peu religieuse pour se convertir et trop marquée par le siècle des Lumières pour revenir au temps de Calvin.

La République reconnaissante

L'influence des protestants fut décisive sur une des grandes réalisations de la IIIe République : l'école et l'enseignement laïc, gratuit et obligatoire (cf. Les protestants et la création de l'enseignement républicain).

Amiral Jauréguiberry
Amiral Jauréguiberry (1815-1887).
(Collection privée)
Le rôle des protestants dans la vie politique et la haute administration est frappant, et sera souvent la cible des opposants de la droite cléricale (cf. anti-protestantisme).

Après la démission de Mac-Mahon le ministère formé en février 1879 est présidé par un protestant, W. Waddington, et comporte 5 protestants sur 10 ministres : Élie Le Royer (Justice), Léon Say (Finances), Louis-Charles de Freycinet (Travaux Publics), l'amiral Jean-Bernard Jauréguiberry (Marine et Colonies). 14 des 116 sénateurs inamovibles élus au début du régime appartiennent aux Églises de la Réforme, cette proportion de 12% étant très largement supérieure à celle de la population protestante de 1871 à 1914. La proportion des ministres protestants s'est située entre 6% et 8%, soit quatre à six fois supérieure à la proportion de la population protestante dans le pays.

Les décrets de mars 1880 interdisant les congrégations religieuses ont conduit de nombreux catholiques à démissionner de la haute administration, Conseil d'État et surtout magistrature. Les gouvernants ont dû nommer rapidement des personnels dont le républicanisme est assuré, d'où les nominations de protestants, et également celle de Juifs.

Le régime rend hommage publiquement au protestantisme, comme en témoigne le discours prononcé par Jules Ferry pour l'inauguration, en novembre 1879, de la Faculté protestante de théologie de Paris :

« Le protestantisme a été, dans l'histoire moderne, la première forme de la liberté. Notre évangile politique est aussi le vôtre. La révolution de 1789, dont notre république est le développement logique, a été faite en partie par vous : elle est pour vous la date de l'affranchissement définitif. Nous vous saluons donc comme une puissance amie, comme une alliée nécessaire, qui ne fera défaut ni à la République, ni à la liberté. Vous pouvez compter sur nous comme nous pouvons compter sur vous, assurés que vous êtes, Messieurs, de trouver auprès de nous en tout temps, non seulement justice, mais profonde sympathie ». (dans Une histoire des protestants en France, Marianne Carbonnier-Burkard, Patrick Cabanel, op. cit.)

Le rôle des protestants dans les débuts de la IIIe République est ainsi résumé par P. Cabanel :

« on voit mieux se dessiner la place réelle du protestantisme dans le jeune République : il s'agit bien moins d'une conquête physique des places que d'une influence idéologique, culturelle, et, osons le mot, spirituelle. Les protestants, huguenots de vielle souche ou récents convertis et compagnons de route, n'ont pas pris le pouvoir... Ils ont, en revanche rempli une fonction fondamentale, que les Juifs remplissaient souvent, à la même époque, dans d'autres pays d'Europe, et qui est le propre de beaucoup d'ultra-minorités religieuses. « Peuple » du Livre et de la diaspora (le Refuge huguenot), longtemps tenu à l'écart de l'État, et plus que de coutume renvoyés au maniement des signes, monétaires et culturels, les protestants français ont été des traducteurs, des importateurs, des passeurs d'idées et d'influences, à un moment crucial de la modernisation de leur pays, celui de l'enracinement de la République et de l'école pour tous, au lendemain des tragiques leçons du 2 décembre et de Sedan. La modernité venait, alors, de l'Europe du Nord, anglo-saxonne et protestante, voire un peu, déjà, des États-Unis d'Amérique. Par la surreprésentation d'Alsaciens dans leurs rangs, par la germanophonie de leurs pasteurs, par les origines et les liens familiaux de beaucoup avec la Suisse, par une certain nombre de mariages, enfin par tout un univers théologique et culturel, qui les rend plus proches de Kant que de Chateaubriand, les protestants français ont un pied de l'autre côté du Rhin ou de la Manche. Ils peuvent faire passer dans leur pays les novations éprouvées et admirées ailleurs, mais sans le handicap insurmontable, alors, que pouvait représenter pour un catholique français le sentiment de radicale étrangeté... » (Patrick Cabanel, Les Protestants et la République, op. cit., p.59-60).

Les dernières années du siècle voient un affaiblissement de l'influence protestante. Beaucoup de protestants sont troublés, voire choqués, par le caractère nettement anti-religieux pris par le régime, et l'on voit même se former une « droite protestante ». Par ailleurs, sous Léon XIII, l'Église catholique évolue et admet le ralliement à la République ; des élites catholiques, mais non cléricales, vont rapidement apparaître, et reconquérir l'espace occupé par les protestants.


Bibliographie
• CABANEL, Patrick, Les Protestants et la République, Collection Les dieux dans la cité, Éditions Complexes, Bruxelles, 2000, 270 pages.
• Bulletin de la S.H.P.F., Numéro 19, 1979, ENCREVÉ, André et RICHARD M., Les protestants dans les débuts de la IIIème République, actes du colloque de Paris, 3-6 octobre 1978


Les protestants et l'enseignement public

Au XIXe siècle, les deux temps forts de la participation des protestants à l'évolution de l'enseignement public (mis en place sous l'Empire) sont la Monarchie de Juillet et la IIIe République. Guizot, en 1833, promulgue la première grande loi sur l'enseignement primaire public, que la IIIe République va amplifier en instituant un enseignement gratuit, obligatoire et laïc, mais où toute inspiration religieuse n'est pas abolie. Le rôle de fortes personnalités protestantes fut décisif pour concevoir et mettre au point cette nouvelle école. À la fin du XIXe siècle, l'influence protestante diminue, certains protestants regrettant l'anticléricalisme trop polémique des dirigeants politiques.

Un souci pédagogique constant et ouvert

Jean-Frédéric Oberlin
Jean-Frédéric Oberlin
(1740-1826).
(Société Évangélique de Genève)
Dès le XVIe siècle, des liens forts unissent la Réforme et l'instruction populaire :

exigence de l'accès direct à la Bible impliquant le développement de la lecture,
confiance dans les effets bénéfiques de l'accès élargi aux connaissances : plus les hommes seront cultivés plus ils se détacheront des « superstitions catholiques ».

L'individualisme religieux et la place centrale de la médiation par le livre appelaient l'éducation : « c'est la Réforme qui s'est passionnée pour l'instruction du peuple... Elle a voulu que tout homme sût lire, et quel livre ? Celui où elle-même puisait la vie » (Jean Jaurès, 1911). Au XVIIe et au XVIIIe siècles, de grands pédagogues protestants renouvellent la réflexion sur l'éducation : le Tchèque Comenius et l'Alsacien Oberlin, et bien sûr Jean-Jacques Rousseau.

Au début du XIXe siècle, l'exemple des pays protestants (Allemagne, Angleterre, Hollande) impressionna beaucoup les responsables qui, en France, cherchaient à rénover l'école. G. Cuvier (lui-même protestant), visitant les écoles d'Allemagne et de Hollande sera frappé par leur pédagogie de pointe. Lorsque les protestants fondent les diverses sociétés religieuses qui sont destinées à les rassembler, l'une des premières (1829) a été la Société pour l'encouragement de l'instruction primaire parmi les protestants de France.

Au XIXe siècle, les deux temps forts de la participation des protestants à l'évolution de l'enseignement se placent sous la Monarchie de Juillet et sous la IIIe République.

Mise en oeuvre d'un système d'enseignement primaire public

Monarchie de Juillet


Vente au profit de la Société de l'Instruction primaire
Vente au profit de la
Société de l'Instruction primaire.
(Société Évangélique de Genève)
Le ministère de l'instruction publique est confié à plusieurs reprises à des protestants, Guizot de 1832 à 1836, Claramond Pelet de la Lozère en 1836 et à nouveau Guizot en 1836 et 1837.

Après avoir fondé les Annales de l'Éducation qui diffusèrent en France les méthodes éducatives suisses et germaniques, Guizot promulgue la première grande loi sur l'enseignement primaire public (28 juin 1833) : elle n'impose ni la gratuité ni l'obligation, mais contraint les collectivités à créer trois types d'établissement : une école primaire de garçons dans toutes les communes, une école primaire supérieure dans chaque chef lieu de département ou dans chaque ville de plus de 6 000 habitants, une école normale d'instituteurs dans chaque département. Elle distingue :

les écoles privées, en général dirigées par un écclésiastique catholique, mais il y a aussi des écoles privées protestantes (cf. l'enseignement protestant),
les écoles communales (où du reste un prêtre catholique peut enseigner), surveillées par un comité scolaire dont le pasteur, là où il y en a un, est membre de droit, ce qui fait disparaître pour les protestants la vieille hantise, héritée des temps de persécution, des tentatives de « conversions » d'enfants à l'école (on connaît ce mot prêté à Mme de Maintenon en 1685 : « je n'aurai peut-être pas les parents, mais j'aurai les enfants ! »).

Napoléon avait laissé la responsabilité de l'enseignement primaire aux Frères des Écoles chrétiennes. Guizot, en créant les Écoles normales d'instituteurs rend possible un 'enseignement laïc.

L'enseignement primaire, gratuit, laïc, obligatoire, s'est-il inspiré d'un modèle protestant ?

IIIe République


Gabriel Monod
Gabriel Monod (1844-1912).
(S.H.P.F.)

La défaite de 1871 provoque un véritable examen de conscience sans complaisance, dont se détachent plus particulièrement les insuffisances de l'enseignement public. Renan, dans son livre La Réforme intellectuelle et morale (1871) voit dans la qualité de l'enseignement prodigué par l'Allemagne protestante une des raisons de son succès, et avance qu'en cas de conflit ou de compétition pacifique les nations catholiques seront immanquablement battues par les pays protestants si elles ne se réforment pas. Gabriel Monod, qui était ambulancier pendant la guerre, oppose dans Allemands et Français (1872) les blessés allemands qui lisent la Bible et les blessés français qui ne lisent rien, jouent aux cartes et se complaisent dans leur « grivoiserie ». Pour Monod, c'est le maître d'école allemand, et protestant, qui a gagné la guerre.

La réforme de l'école primaire a été l'un des grands projets de la IIIe République, qui en attendait beaucoup pour assurer l'avenir de la démocratie et garantir la stabilité sociale. L'effort se porte sur la formation élémentaire, soit l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, du calcul et l'instruction civique. Les grandes lois de 1880 instituent un enseignement primaire public, qui sera :

gratuit : à la fin du Second Empire, après les mesures prises par Victor Duruy, les 2/3 des enfants scolarisés bénéficiaient de la gratuité de l'école. La loi du 16 juin 1881 généralise la gratuité à toutes les écoles primaires et aux « salles d'asile » qui deviendront les écoles maternelles. Par ailleurs, le traitement des instituteurs est assuré par les communes, puis, à partir de 1889, par l'État.
obligatoire : tous les enfants âgés de 6 à 13 ans doivent recevoir un enseignement dans des écoles soit publiques, soit privées.
laïc : l'éducation religieuse est remplacée par l'instruction civique et « morale de nos pères ». Le personnel enseignant des écoles publiques est exclusivement laïque, et reçoit dans les écoles normales départementales une formation générale et professionnelle sanctionnée par le brevet supérieur et le certificat d'aptitude pédagogique.

Ces lois apportent une double rupture : avec la tradition qui considère les écoles élémentaires comme des établissements de charité, et avec ceux qui soutiennent que la généralisation de l'instruction serait un facteur de corruption et de désordre. De plus, la collation des grades universitaires est à nouveau un monopole de l'État : la loi abolit les dispositions de la loi Falloux (1852) qui dispensait les ministres des cultes et les institutrices congrégationistes des examens de capacité : il devient impossible d'enseigner dans une école primaire, publique ou privée, sans posséder au moins le brevet élémentaire. Aucun titre n'est évidemment exigé pour les enseignants des établissements privés.

L'enseignement dispensé dans les écoles primaires et les écoles primaires supérieures reste tout à fait distinct de l'enseignement dispensé dans les lycées (qui ont leurs classes primaires) et les universités.

Ferdinand Buisson
Ferdinand Buisson (1841-1932).
(S.H.P.F.)
L'enseignement des lycées et des universités : des réformes inspirées par les protestants ?

En ce qui concerne l'enseignement secondaire, dispensé dans les lycées et sanctionné par le baccalauréat, plusieurs aménagements en renforcent l'efficacité et l'ouverture : des lycées de filles sont créés, lesquels retirent aux congrégations religieuses leur monopole en matière de formation des jeunes filles. Des sections scientifiques sont mises en place.

Le rôle des protestants dans ces réformes fut réel, d'autant que l'atmosphère générale était plutôt favorable au protestantisme (cf. Les protestants et le pouvoir politique, IIIe République). Dans l'équipe de Jules Ferry, on relève les noms de personnalités affirmées du protestantisme, certains théologiens ou anciens pasteurs. L'action de trois d'entre eux va être déterminante :

Ferdinand Buisson, un des inspirateurs des grandes lois scolaires de 1881-1885 et créateur des Écoles Normales Supérieures de Saint-Cloud et Fontenay-aux-Roses,
Félix Pécaut, qui en assura la mise en oeuvre.
Jules Steeg, qui fut successivement membre du cabinet de Jules Ferry, puis inspecteur général de l'instruction publique pour l'enseignement primaire et directeur de l'École Normale supérieure de Fontenay-aux-Roses.

On pourrait également citer :

Mme Jules Favre à l'École Normale Supérieure de jeunes filles de Sèvres,
Élie Rabier directeur pendant 18 ans de l'enseignement secondaire, au Ministère de l'Instruction publique.

F. Pécaut
F. Pécaut (1828-1898).
(S.H.P.F.)
La place des protestants dans le fonctionnement même de l'école laïque est là aussi bien réelle : Parmi les 34 titulaires de nouvelles chaires universitaires de pédagogie, 7 sont protestants. Par ailleurs, 12 % environ des auteurs du Dictionnaire de Pédagogie sont protestants, et 30 % des auteurs des textes retenus dans les Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primaires publiée par Hachette en 1883 sont protestants. Dans les lycées de jeunes filles, on compte dès 1885 22 % d'élèves protestantes, 10 % d'enseignants protestants et 25 % de chefs d'établissements protestants.

Par ailleurs, de nombreux protestants vont s'illustrer dans l'enseignement supérieur, Gabriel Monod en histoire, Charles Andler en allemand, et bien d'autres. De nombreux protestants participent à la création de l'École libre des Sciences Politiques, fondée par Émile Boutmy.

Les protestants ont gardé une indépendance d'esprit

Le ralliement de la communauté protestante à cette école laïque a été quasi-général, parfois avec quelques réserves comme pour le pasteur Eugène Bersier. Alors qu'il existait un réseau de plus de 1 600 écoles, en majorité communales selon la loi Falloux, mais aussi privées (cf. l'enseignement protestant), les protestants renoncent à maintenir ce réseau et choisissent de faire « l'essai loyal » des lois laïques, attitude inverse de celle prise par les catholiques. Mais pour les protestants, cette laïcité doit être proche de celle qui prévaut dans les pays anglo-saxons : si l'instituteur n'enseigne plus de catéchisme, la religion doit rester présente aussi bien dans l'esprit général que dans les locaux scolaires ouverts aux représentants des différentes confessions.
On a pu dire que les républicains utilisaient les protestants parce qu'ils facilitaient l'implantation de l'école laïque. En effet, au début des années 1880, la hiérarchie catholique s'insurgeait contre une école « sans Dieu », et les protestants, par leur seule présence, étaient utiles aux républicains, montrant que l'école laïque n'est pas contre « la » religion. D'autant plus que ces protestants ne peuvent être confondus avec les positivistes (Gambetta, Littré, Ferry), ou les libres penseurs (Berthelot, Bert). Certes, ils sont anticléricaux, mais « leur laïcité est religieuse » (P. Cabanel, op. cit.). Si Buisson a éliminé de l'école toute l'histoire sainte, il ne cessera, comme Pécaut, de reconnaître le besoin religieux de l'homme : « un peuple ne vit pas d'arithmétique, de grammaire, de géographie ou de physique ; il a des besoins supérieurs qui demandent à être satisfaits ». La laïcité de ces protestants libéraux est profondément religieuse, mais d'une religion respectueuse de la liberté d'autrui. Leur religion est trop laïque pour la droite catholique, leur laïcité est trop religieuse pour la gauche agnostique.
À partir des années 1890, l'influence protestante est moins significative. La laïcité s'impose plus nettement avec son exigence de neutralité, qui suppose de ne pas faire mention d'appartenance religieuse ou politique dans l'exercice de la profession d'enseignant. Avec Émile Combes, ancien séminariste devenu « monomane de l'anticléricalisme », « la possible évolution de la France vers une puissance laïque à l'anglo-saxonne, c'est-à-dire soucieuse de la neutralité de l'État et de l'école entre les diverses Églises ou sectes mais n'hésitant pas à affirmer sa croyance dans le Dieu des chrétiens, s'estompait » (P. Cabanel, op. cit.).

Enfin le protestants n'ont pas hésité à s'associer à des initiatives d'enseignement privé, dès lors qu'elles leur paraissaient fiables. Ils ont financé la création de l'École Alsacienne en 1870 et ont continué à le faire après les réformes de la IIIe République. Ils ont enseigné à l'École Libre des Sciences Politiques, fondée par Émile Boutmy en 1870.


Bibliographie
• La question du fondement de la morale laïque sous la troisième République, LOEFFEL, Laurence, La question du fondement de la morale laïque dans le protestantisme libéral, 2000.


Les protestants et l'affaire Dreyfus

Dreyfus
Dreyfus est dégradé dans
la cour de l'École Militaire.
(collection privée)
Beaucoup de protestants se sont engagés aux côtés du Capitaine Dreyfus. Certains prendront même une part active dans le mouvement qui permettra la révision du procès, tel Scheurer-Kestner, qui était vice-Président du Sénat en 1897, et Francis de Pressensé, l'un des fondateurs et le premier Président de la Ligue des Droits de l'Homme (1898).

Du côté de Dreyfus

Beaucoup de protestants se sont engagés dans le camp dreyfusard. Ils savent que le destin des minorités religieuses peut être tragique et s'inquiètent d'accents anti-protestants qui se mêlent à l'antisémitisme de Drumont et de ses disciples. Ils font le parallèle entre Calas et Dreyfus. En rendant public son engagement en faveur de Dreyfus, Gabriel Monod écrivait : « j'espérais que cette initiative viendrait d'un catholique et qu'un nouveau Voltaire surgirait pour défendre le nouveau Calas. J'aurais craint que ma qualité de protestant et les stupides attaques que m'ont valu cette qualité diminuassent auprès d'un certain public la valeur de mes jugements ».

L'intervention de Scheurer-Kestner

Gabriel Monod
Gabriel Monod (1844-1912).
(S.H.P.F.)
C'est, entre autres, au vice-Président du Sénat, le protestant Scheurer-Kestner, que Bernard Lazare et Mathieu Dreyfus montrent en 1897 le dossier qu'ils ont constitué pour la réhabilitation de leur ami et frère. Convaincu de l'innocence du Capitaine, au vu des pièces du dossier, Scheurer-Kestner, après quelques consultations, n'hésite pas alors à engager le débat public que sa position rend possible. Le chemin qui mène à la révision du procès est ouvert, chemin sur lequel se trouveront des relais déterminants : Zola, le Colonel Picquart, la Ligue des Droits de l'Homme.

Pour prix de cet engagement, Scheurer-Kestner sera désavoué par le Sénat, dont il perd la vice-Présidence en 1898, mais reste membre, étant sénateur inamovible.

On citera parmi les autres dreyfusards protestants Raoul Allier, Ferdinand Buisson, Albert Reville, André Gide. Le seul député de droite à avoir voté pour la révision fut le protestant Conrad de Witt, gendre de Guizot.

Le refus immédiat et total de l'antisémitisme chez les protestants, aussi bien des pasteurs que des laïcs, sera remarqué par les polémistes antidreyfusards qui vont dénoncer la « collusion » entre les protestants et les juifs : ce sera un des éléments de l'antiprotestantisme qui marque le début du XXe siècle, la droite dénonçant la République « judéo-protestante ». L'Affaire a également réveillé le vieil anticléricalisme protestant et son goût pour la justice : « fils de huguenots (...) les pasteurs français ont dans l'âme l'horreur des tribunaux secrets, de la justice expéditive des tribunaux militaires, du sabre préposé à la défense de la vérité, et de la raison de l'État terrassant sans examen et sans pitié le droit de l'homme, la liberté du citoyen » (L. Lafon, cité par A. Encrevé, op. cit.).


Bibliographie
• La France de l'Affaire Dreyfus, ENCREVÉ, André, La petite musique huguenote, 1994, Bibliothèque des histoires, NRF, P. Birnbaum, éd..


L'antiprotestantisme

La fin du siècle est marquée par un antiprotestantisme alimenté par l'affaire Dreyfus, qui a opposé catholiques et protestants, la droite antirépublicaine dénonçant l'alliance « judéo-protestante ».

Les protestants républicains, ennemis de la nation telle que définie par Maurras
Le Péril protestant d'Ernest Renauld
Le Péril protestant
d'Ernest Renauld.
(S.H.P.F.)

La dernière décennie du XIXe siècle est marquée par un antiprotestantisme dont la virulence est actuellement oubliée. La publication par le nationaliste Ernest Renauld des 2 livres Le Péril protestant (1899) et La Conquête protestante (1900) en marque l'apogée.

L'Affaire Dreyfus, qui a, très schématiquement, opposé catholiques et protestants, en constitue l'élément essentiel. Elle explique également le terme de « judéoprotestantisme » qui marquerait cette République à laquelle s'oppose la droite catholique et nationaliste incarnée par Édouard Drumont, Maurice Barrès, Charles Maurras. Cette droite antirépublicaine dénonce la réalité des alliances, voire conversions, entre familles juives et protestantes, qui est le thème du roman L'Évangéliste d'Alphonse Daudet. Les polémistes antiprotestants voient un complot dans la communauté d'attitudes et de pensée entre protestants et juifs, qui sont souvent associés dans la création de cette nouvelle République. Ils dénoncent la « triplice » judéo-protestante et maçonnique.

La presse nationaliste rappelle l'origine étrangère de certaines familles, les Waddington et les Monod, Maurras les traitant de « tribu cosmopolite alliée à toutes les races germaniques et anglo-saxonnes du monde ».Certains auteurs allaient encore plus loin en énonçant que les « religions sont des races » et décrivaient l'affrontement entre la « race des Celtes-Latins catholiques » et celles des « Germains et Anglo-Saxons protestants ».

L'« oligarchie huguenote » est dénoncée, illustrée par la place importante des protestants, souvent anciens pasteurs ou théologiens libéraux, dans les hauts postes de la fonction publique, dont les catholiques se trouveraient presque exclus. Le présence constante de protestants dans les différentes combinaisons ministérielles est soulignée, expliquée par la diversité politique des notables protestants. Les polémistes relèvent surtout le rôle prépondérant des protestants dans la sphère de l'éducation (les protestants et la création de l'enseignement républicain) : pour Renauld, cette nouvelle école n'était pas réellement « laïque » car imprégnée par les conceptions d'une minorité religieuse.

Le « parti protestant » trahirait la France. L'expansion coloniale de la France catholique, qui se heurte à l'Angleterre protestante, va exaspérer les passions. Le conflit de Madagascar en est l'exemple, les protestants étant accusés de faire le jeu du nationalisme malgache et des missions britanniques de la « perfide Albion ».

Antinational, le protestantisme serait politiquement subversif avec son principe du libre examen. À l'origine de la Révolution française, il pourrait évoluer vers l'anarchie avec le risque d'une réaction despotique, comme celle de Calvin à Genève. Le protestantisme serait à l'origine du capitalisme, que venait de condamner Léon XIII, voire même du socialisme en abolissant toute hiérarchie entre les hommes.

La séparation des Églises et de l'État et la réhabilitation de Dreyfus vont estomper les attaques antiprotestantes. « C'est alors que la communauté de destin dans la République se relâche entre les protestants et les Juifs : les premiers achèvent de réintégrer la communauté nationale, leur différence commençant à se banaliser, tandis que les seconds sont en but à un antisémitisme qui n'en finit plus de s'aigrir. En 1940, à l'avènement d'un régime aux fortes allures cléricales, (...) ce philosémitisme, très particulier aux protestants français, se retrouvera, très agissant. » (P. Cabanel).



François Guizot
François Guizot (1787-1874).
(S.H.P.F.)
François Guizot (1787-1874)

Biographie détaillée

La vie de François Guizot couvre la quasi-totalité du XIXe siècle. Né sous l'Ancien Régime le 4 octobre 1787, dans une famille protestante, il est mort au moment où la Troisième République s'installait, le 12 septembre 1874. Cet intellectuel, doublé d'un homme d'action, a marqué son siècle. Grand penseur du libéralisme politique français, Guizot fut à la fois le philosophe du gouvernement représentatif et le grand acteur de la Monarchie de Juillet. Sa loi sur l'enseignement primaire a établi les fondements du système scolaire français. Infatigable travailleur, il a laissé une oeuvre imprimée considérable et d'innombrables correspondances.

Jeunesse : 1787-1814

Nîmes et Genève : 1787-1805

Guizot est né à Nîmes, le 4 octobre 1787, un mois avant la proclamation de l'édit de tolérance à l'égard des protestants. Il était le fils d'un avocat, André Guizot, et le petit-fils de Jean Guizot, pasteur au Désert, terme exprimant la clandestinité dans laquelle vivaient les Protestants depuis la Révocation de l'édit de Nantes.

La famille Guizot accueille avec enthousiasme la Révolution en 1789. Mais André Guizot est Girondin, ce qui lui vaut d'être condamné à mort sous la Terreur. Ses deux fils, François, et Jean-Jacques, âgés de sept et cinq ans, furent conduits à la prison de Nîmes pour faire leurs adieux à leur père. Désormais, la jeune veuve, Élizabeth Sophie Guizot, à vingt-neuf ans, est seule responsable de ses enfants, qu'elle emmène à Genève de 1799 à 1805 pour leur assurer une bonne éducation. D'une nature passionnée et autoritaire, très religieuse, elle eut une influence profonde sur son fils aîné.
Débuts littéraires et universitaires : 1805-1814

En 1805, à dix-huit ans, Guizot s'installe seul à Paris, avec très peu de moyens financiers, pour faire ses études de droit. Il quitte l'emprise maternelle et s'éloigne du milieu nîmois. Sa mère espérait qu'il reviendrait à Nîmes poursuivre la tradition de son père. Or, Guizot n'a pas de goût pour le droit, ni le désir de retourner dans sa ville natale. Sa vie prend un tournant décisif avec la rencontre de deux personnalités qui apportent au jeune homme leur culture et leurs relations, Philippe Alfred Stapfer, ancien ministre de la République helvétique, et Jean-Baptiste Suard, académicien et fondateur du Publiciste.

En 1812, Guizot épouse Pauline de Meulan, de quatorze ans son aînée, aristocrate libérale de l'Ancien Régime. Cette femme, d'un esprit supérieur, vit de sa plume. Dès le début de leur mariage, ils lancent, ensemble, Les Annales de l'éducation (1811-1813). Ainsi commence une relation heureuse et une longue association intellectuelle jusqu'à la mort de Pauline en 1827. Ils eurent un fils, François, mort à vingt-et-un ans en 1837.

À la fin de la même année, grâce à sa réputation croissante, Guizot est nommé professeur titulaire de la chaire d'histoire moderne à la Faculté des lettres de Paris.

La Restauration : 1814-1830

Premières expériences politiques : 1814-1820



Ary Scheffer, Élizabeth, Sophie
Ary Scheffer, Élizabeth, Sophie, mère de Guizot (1787-1874).
par Ary Scheffer vers 1843.
(Collection privée)
Avec le retour des Bourbons, Guizot quitte son enseignement pour occuper de hautes fonctions administratives. Trop jeune pour être élu député, car il faut avoir quarante ans, il exerce son influence politique, officieusement, comme conseiller de plusieurs ministres. Au cours de cette période, se forme le groupe des doctrinaires. Face à l'aristocratie ultraroyaliste, qui rêve d'un retour à l'Ancien Régime, ces libéraux cherchent une nouvelle forme de gouvernement adaptée à la société issue de la Révolution, grâce à une application libérale de la Charte.

Très vite, Guizot s'affirme comme l'animateur du mouvement. Protestant provenant des classes moyennes, il adhère fermement aux idéaux de 1789 en matière de libertés et de droits civils. Comme ses amis libéraux, il s'oppose à la démocratie, associée, pour lui, à l'anarchie et au despotisme révolutionnaires. Il veut instaurer un gouvernement représentatif, fondé sur les capacités, c'est à dire les personnes ayant la faculté d'agir selon la raison. Celles-ci sont élues au suffrage censitaire. Les décisions gouvernementales doivent faire l'objet d'un contrôle par les Chambres et d'une large publicité de l'information. Ainsi Guizot espère-t-il faire prévaloir la souveraineté de la raison dans la société, par opposition à la souveraineté du peuple.
Un grand intellectuel : 1820-1830

L'assassinat du duc de Berry, en 1820, ramène le parti ultraroyaliste au pouvoir. Guizot prend la tête de l'opposition libérale. Il est révoqué de toutes ses fonctions. Commence sa période de plus grande création intellectuelle comme penseur politique et comme historien. Entre 1820 et 1822, il publie ses ouvrages politiques les plus célèbres en faveur de la monarchie constitutionnelle et donne son cours sur l'Histoire du gouvernement représentatif. Le gouvernement suspend son cours de 1822 à 1828. Il écrit, alors, l'Histoire de la Révolution d'Angleterre, dans laquelle il voit, comme ses contemporains, une préfiguration de l'histoire de France avec l'instauration durable d'une monarchie constitutionnelle.

Les perspectives politiques deviennent plus ouvertes à partir de 1828. Guizot reprend son cours à la Sorbonne sous les applaudissements de son jeune public, qui se bouscule pour assister à cet événement. Pour diffuser ses idées, il participe à la création du Globe et fonde la Revue française qu'il dirige de 1828 à 1830. Ayant atteint l'âge légal, il se présente, en janvier 1830, aux élections dans l'arrondissement de Lisieux, dans le Calvados, dont il sera député pendant dix-huit ans. L'influence de Guizot est à son sommet.
Louis-Philippe
Louis-Philippe prêtant serment de respecter la charte. Par Auguste Couder.
(Collection privée)


La Monarchie de Juillet : 1830-1848

La Révolution de Juillet a mis en place une monarchie constitutionnelle selon la pensée de Guizot. Philosophe du nouveau régime, il en devient l'acteur essentiel. Dans l'espoir de donner du temps et de la stabilité à la monarchie représentative pour assurer sa survie, Guizot est du parti de la résistance contre le parti du mouvement.

Ministre de l'Instruction publique : 1832-1837

Après avoir été brièvement ministre de l'Intérieur en 1830, Guizot devient ministre de l'Instruction publique à partir de 1832, de manière presque continue jusqu'en 1837. Il crée l'école communale par sa loi du 28 juin 1833. Chaque commune doit financer une école de garçons et entretenir un instituteur. Guizot a aussi pensé aux filles, mais sa proposition n'a pas été retenue par les députés. Il prévoit une école normale par département pour former les enseignants et met en place le corps des inspecteurs.
À ce poste, Guizot a créé d'autres institutions durables jusqu'à nos jours. Pour préserver les lieux de mémoires de la France, il instaure une Inspection générale des monuments historiques. Dans le même esprit, pour rattacher les Français à leur passé national, Guizot crée la Société de l'histoire de France et le Comité des travaux historiques et scientifiques, dans le but de rechercher et de publier des documents inédits. Enfin, Guizot ouvre, à nouveau, l'Académie des Sciences morales et politiques, que Napoléon avait fermée.
C'est au cours de cette période que Guizot perd sa deuxième femme, Éliza, à vingt-neuf ans, après la naissance de leur troisième enfant. Nièce de Pauline de Meulan, beaucoup plus jeune que son mari, elle eut, avec Guizot, une relation très passionnée. Guizot, veuf, sera un père remarquablement attentionné en dépit de ses charges gouvernementales. Sa mère, alors âgée de soixante-dix ans, assumera l'éducation quotidienne de ses petits-enfants.
Guizot au pouvoir : 1840-1848

Après une brève période dans l'opposition, Guizot est nommé ambassadeur de France à Londres. Quelques mois plus tard, il devient ministre des Affaires étrangères et remplace Thiers, dont la politique belliqueuse vis-à-vis de l'Angleterre, à propos de la question d'Orient, inquiétait Louis-Philippe. Guizot occupera cette fonction jusqu'à la Révolution de 1848. Sans en avoir le titre avant septembre 1847, il sera le chef effectif du gouvernement, présidé nominalement par le maréchal Soult.
La politique étrangère de Guizot est une politique de paix. Il privilégie les bons rapports avec l'Angleterre contre laquelle la France avait souvent été en guerre. Les sujets de mésententes demeurent nombreux car les deux puissances s'affrontent en divers points du globe. Guizot élabore des solutions diplomatiques aux conflits avec l'aide de son collègue anglais, George Aberdeen, chef du Foreign Office. C'est la première Entente cordiale.
Sur le plan intérieur, Guizot veut affermir le gouvernement représentatif par une politique de stabilité. Ceci le conduit à l'immobilisme face aux demandes de réforme et d'élargissement du système électoral. Très attaqué à la Chambre, Guizot, orateur exceptionnel, que le tout Paris vient écouter, domine ses adversaires par le talent de ses réparties. Les élections de 1846, qui lui sont très favorables, le confortent dans sa politique conservatrice. Il ne pressent pas l'évolution des esprits. En 1847, de nouvelles demandes de réformes électorales se heurtant, à nouveau, au refus de Guizot, leurs auteurs lancent une campagne des banquets, à l'anglaise, pour s'adresser directement à l'opinion publique. Le mouvement échappe à ses dirigeants. À Paris, le dernier banquet se transforme en révolution, en février 1848. Guizot doit s'enfuir en Angleterre.

Les années de retraite : 1848-1874

Synode de l'Église réformée de France
Synode de l'Église réformée de France, juillet 1872.
(S.H.P.F.)
Lorsque Guizot revient en France, après un échec électoral en 1849, il ne fera plus de tentative pour revenir au pouvoir mais il restera influent et actif. Sur le plan politique, il travaille à la fusion des deux branches dynastiques Bourbons et Orléans.

C'est, aussi, une période de grande activité intellectuelle pour Guizot. Dépourvu de fortune personnelle, il vit de sa plume. Après la publication de ses Mémoires, Guizot écrit trois ouvrages sur la religion chrétienne, sous forme de Méditations. Enfin, à quatre-vingts ans, il rédige son Histoire de France racontée à mes petits-enfants, ouvrage que sa fille Henriette terminera après sa mort, et qui sera un des grands succès de librairie de l'époque.

Influent à l'Académie française, dont il était membre depuis 1836, Guizot s'occupe activement des élections. Ses réponses aux récipiendaires sont attendues par le monde parisien. Lorsqu'il reçut Lacordaire, qui succédait à Tocqueville, même l'Impératrice Eugénie se déplaça !

Au cours de ces années, Guizot joue un rôle actif au sein de l'Église réformée. Il représente l'Église auprès des autorités officielles et obtient la convocation d'un synode général en 1872. Au sein du protestantisme, très divisé à cette époque, Guizot se situe du côté des orthodoxes. Mais, c'est aussi un homme qui lutte, avec les catholiques libéraux comme avec les protestants, pour la survie du christianisme contre la montée de l'athéisme.

Guizot a passé la fin de sa vie dans sa maison, en Normandie, entouré de sa nombreuse famille. Il y est mort, à quatre-vingt-six ans, le 12 septembre 1874. Son rayonnement intellectuel a perduré sous la IIIe République. Ses idées ont inspiré de nombreux hommes politiques et de grands historiens de la génération suivante.

C. Coste



La Presse protestante

La presse protestante qui se fait jour au XIXe siècle (un siècle au cours duquel les titres de presse, en général, se sont multipliés) présente différents visages (périodiques, journaux d'information de rayonnement national, bulletins régionaux). S'y ajoutent des informations thématiques liées aux oeuvres ou aux associations qui se sont crées à l'époque. Enfin, la littérature « grise » des Correspondances confidentielles entre pasteurs a joué un rôle important pour la conception et le développement de leurs ministères.

Cet ensemble est d'une grande richesse.

Une presse et des périodiques protestants de rayonnement national

Revue chrétienne
Revue chrétienne, revue du mouvement orthodoxe.
(S.H.P.F.)
Pendant la première moitié du XIXe siècle, journaux et revues s'adressent plutôt aux hommes instruits et aux notables. Les publications protestantes n'échappent pas à cette règle. En l'occurrence, il s'agit surtout de revues ( annuelles, semestrielles, trimestrielles). Les titres les plus significatifs et les plus durables en ont été :

Les Archives du Christianisme, fondées en 1818 par le Pasteur Juillerat-Chasseur,

Les Annales protestantes, fondées en 1819 par le Pasteur Charles Coquerel.

À ces revues parisiennes, s'ajoutent :

Les mélanges de religion, de morale et de critique sacrée, fondées à Nîmes par le Pasteur Samuel Vincent (1820), revue remplacée en 1834 par Religion et Christianisme, dirigée par le même Samuel Vincent et Le Semeur, fondée en 1839 par Henri Lutteroth.

Les Christliche Mitteilungen sont fondées à Strasbourg en 1821 par le Pasteur Kraft.

Jusqu'à la Monarchie de Juillet, les articles publiés dans ces revues sont plutôt de tendance revivaliste, mais après 1830, les libéraux prennent une part active dans ce mode de communication et d'information et en diversifient les supports.

D'une part, de nouvelles revues voient le jour :

Le protestant, fondé par Charles Coquerel en 1831,

L'Évangéliste, fondé par Ferdinand Fontanès en 1837,

Le Disciple de Jésus-Christ, fondé par Joseph Martin Paschaud en 1839,

La Revue de théologie et de philosophie chrétienne, dite Revue de Strasbourg, fondée par Edmond Scherer et Timothée Colani en 1850,

La Revue chrétienne, fondée par Edmond de Pressensé en 1854,

La Revue théologique, fondée en 1874 par la Faculté de théologie de Montauban,

Le Bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme français fondée en 1852.

D'autre part, un intérêt nouveau est apporté aux supports de presse proprement dit, périodiques mensuels ou hebdomadaires, journaux quotidiens, qui font leur place à l'actualité, à son analyse (éditoriaux), ainsi qu'à des informations plus spécifiquement protestantes (comptes rendus de différentes assemblées ecclésiales), y compris des notices nécrologiques. Des titres comme l'Espérance (1838), le Lien (1841) la Voix nouvelle (fondée en 1846 par un pasteur méthodiste, Philippe Boucher), le Signal (fondé en 1879 par le Pasteur Eugène Réveillaud qui est un ancien prêtre converti) reflètent la diversité des intérêts du public protestant français.

Tous ces supports d'information et de réflexion n'ont pas le même succès, mais la dynamique de développement est réelle qui se traduit par des transformations de titres, par des fusions, par un public de lecteurs de plus en plus nombreux.

Une presse religieuse locale active

À partir de la Monarchie de Juillet se développe aussi et à côté des titres à vocation nationale, une presse religieuse locale,

Le Catholique apostolique et non romain fondé par le Pasteur Cambon en 1839 pour la région du Sud-Ouest,

Le Réveil, fondé par le Pasteur Macé en 1839 pour la région de Montpellier,

La Sentinelle fondée par le Pasteur Meynadier à Valence, en 1834,

L'Observateur évangélique, à Poitiers.

Cette activité spécifique n'a pas toujours survécu aux brimades dont elle fut l'objet pendant la période autoritaire du Second Empire.

Des revues et périodiques liées aux oeuvres protestantes

Il faut aussi considérer tous les titres de périodiques liées au développement des oeuvres protestantes et créés aux fins d'en faire mieux connaître le propos et les besoins.

Le Journal des Missions évangéliques, fondé en 1826 sous l'égide de la Maison des Missions évangéliques de Paris, et son complément le Petit Messager des Missions, créé en 1844,

La Chambre haute, fondée en 1870, à l'initiative de l'Alliance évangélique pour être diffusée dans la région du Gard, complété en 1890 par l'Étendard évangélique, diffusé, lui, dans la région des Charentes,

L'Ami de la maison qui est, à partir de 1874, l'organe quasi-officiel de la Croix bleue,

Le Magasin des Écoles du Dimanche (1851), remplacé par le Journal des Écoles du Dimanche en 1888, liés l'un et l'autre à la Société des Écoles du Dimanche.

Des titres d'édification

À cet ensemble s'ajoute des journaux d'édification créés à l'initiative de pasteurs ou de femmes de pasteurs. L'Ami chrétien des familles est le plus célèbre, qui a été fondé en 1858 par des pasteurs luthériens. Madame Sabatier, Madame Decoppet, Madame Puaux auquelles se sont jointes la femme de l'économiste Jules Siegfied et celle de l'historien Charles Seignobos ont formé le comité de rédaction très actif de La Femme, fondée en 1878.

Le cas des correspondances pastorales confidentielle

Les clivages théologiques entre les pasteurs, qui ont été réels pendant une bonne partie du XIXe siècle et tant qu'il n'était pas possible de réunir un synode national, ont été à l'origine de bulletins de liaison très significatifs et intéressants. On les mentionne généralement sous le titre de « correspondance », car ils étaient le plus souvent autographiés, n'avaient pas de rubriques régulières et se présentaient sous forme de lettres qu'un « correpondant central » réagençait pour leur donner une plus large diffusion. Leur liberté de ton est frappante.

La première « correspondance » en date est la Correspondance Frontin, du nom du pasteur (d'obédience évangélique) qui fut en place à Dijon sous la Monarchie de Juillet. Le Pasteur Benjamin Vaurigaud (de même obédience et qui fut en poste à Nantes de 1861 à 1870) prit lui aussi l'initiative d'une Correspondance évangélique. Mise en suspens par la guerre de 1870, celle-ci fut brièvement reprise par le Pasteur Monbrun en 1877. À ces « correspondances » émanant du Réveil, se sont rapidement ajoutées des « correspondances » plus libérales, telle la Correspondance fraternelle, dite aussi, Correspondance Fontanès, très régulièrement proposée entre 1839 et 1848 et dont le relai a été pris par la Correspondance Cruvellié et la Correpondance Montandon, entre 1852 et 1855. (Hélas, il n'existe plus aucune collection complète de ces trois dernières).

P. Harismendy



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Source : Musée virtuel du protestantisme français