Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

20e siècle

Les Protestants et la vie publique
Protestantisme et débats du XXe siècle
La théologie au XXe siècle
Les protestants dans les arts et les lettres
Portraits


Protestantisme et débats du XXe siècle

De grands débats venus du monde séculier interpellent les protestants dans leur identité et leurs convictions.

Le rôle des femmes protestantes au XXe siècle
La décolonisation
Les thèses de Pomeyrol
La communauté de Taizé
Les facultés de théologie protestantes



Le rôle des femmes protestantes au XXe siècle

Déjà très investies à la fin du XIXe siècle dans la création d'oeuvres à caractère social, les femmes protestantes vont dès le début du XXe siècle – suivant ainsi l'exemple des mouvements anglo-saxons – animer des associations ou des regroupements qui prendront peu à peu position dans des débats qui les concernent directement.

Les unions chrétiennes de jeunes filles – U.C.J.F.
Le scoutisme féminin
Le Mouvement Jeunes Femmes
Femmes Protestantes à la « Fédé »
Les femmes pasteurs de 1900 à 1960
La montée des femmes pasteurs de 1960 à 2000
Madeleine Barot (1909-1995)
Suzanne de Dietrich (1891-1981)
Suzette Duflo
Suzette Duflo (1910-1983).
Présidente du
Mouvement Jeunes Femmes.
(Fédération Protestante
de France)


Les Unions chrétiennes de jeunes filles – U.C.J.F.

Créées en 1910, dont le « comité de patronage », est essentiellement bourgeois, veulent apporter « une aide matérielle et morale à des jeunes filles isolées » souvent venues de province pour chercher du travail.

La Fédération française des Éclaireuses – F.F.É.

Créée en 1912, pionnière dans le scoutisme français, connaît un développement spectaculaire après la première puis surtout la seconde guerre mondiale. Les femmes ont eu pendant ces années de guerre souvent de lourdes responsabilités dans leur foyer et dans les entreprises abandonnées par les hommes. Elles y ont fait l'apprentissage de la fraternité, de la solidarité et du bien fondé de l'autorité, valeurs fondamentales du scoutisme.

La Fédération française des associations d'étudiants chrétiens

Beaucoup plus connue sous le nom de « Fédé », elle permet le regroupement de jeunes gens et de jeunes filles, auxquelles l'accès aux plus hauts diplômes confère une plus grande liberté d'expression. À la Fédé, la théologie très renouvelée par l'apport des positions de Karl Barth (1886-1968) va jouer un grand rôle ; mais le mouvement se préoccupera aussi des problèmes politiques du moment : l'objection de conscience, la décolonisation, la connaissance du monde communiste...

Le « Mouvement Jeunes Femmes »

Il est fondé en 1946 pour répondre aux questions spécifiques de femmes jeunes ou moins jeunes :

l'exercice de l'activité professionnelle à accorder avec la vie de famille,
les problèmes du couple et le contrôle des naissances,
les responsabilités dans l'Église,
le regard à porter sur les problèmes politiques.

Tels sont les sujets sur lesquels le mouvement, les congrès annuels, le « Bulletin » paraissant 6 fois par an, vont se pencher et dont les prises de position vont enrichir et stimuler tout le monde protestant.

L'accession des femmes au ministère pastoral

Elle s'inscrit dans le mouvement général d'émancipation commencé à la fin du XIXe siècle. Mais il faudra attendre les années 1960, pour que les femmes soient définitivement reconnues comme pasteurs à l'égal des hommes dans les églises luthériennes et réformées.



Les unions chrétiennes de jeunes filles – U.C.J.F.

Les Unions chrétiennes de Jeunes Filles – U.C.J.F. – très liées au mouvement du Réveil, sont nées dans la première moitié du XIXe siècle, simultanément en Grande-Bretagne et aux États-Unis pour « apporter une aide matérielle et un soutien moral à des jeunes filles isolées ».

La naissance des U.CJ.F.

À la fin du siècle (1894), l'Alliance Universelle des Unions Chrétiennes ou Y.W.C.A. est formée par le rapprochement des Unions de Grande-Bretagne, des États-Unis, de Norvège et de Suède.

Elle se développe ensuite en Suisse, en Italie et en France, malgré une certaine réticence des responsables français. Mais au début du XXe siècle, le pas est franchi, les Unions ont trouvé leur expression propre.
Maison de l'UCJF
Maison de l'UCJF, rue de Naples, Paris.
(Union chrétienne
de jeunes filles)

Le But des « Unions »

Réfléchir aux besoins des adhérentes – en majorité ouvrières, domestiques, demoiselles de magasin ;

imaginer des activités qui les enrichissent ;
assumer les difficultés nées des différences de milieu et d'éducation ;
les amener peu à peu à une vie de paroisse et même de foi.

Telles sont les exigences auxquelles sont confrontées les responsables de ces associations, et qui vont les conduire à une nécessaire réflexion sur la condition féminine encore profondément marquée par la résistance du monde masculin à toute forme d'émancipation de la femme.

L'encadrement et les concours financiers

UCJF
UCJF, salon du 22 rue de Naples, Paris.
(Union chrétienne de jeunes filles)
Au début du siècle, le « comité de patronage » est essentiellement bourgeois pour ne pas dire aristocratique, voulant mettre en oeuvre les préceptes du « Christianisme Social » fondé par le pasteur Tommy Fallot (1844-1904), qui fait aux femmes et aux jeunes filles « obligation sacrée d'apporter à d'autres plus déshéritées, un peu des souffles bienfaisants que vous respirez à votre foyer ». Peu à peu des femmes et des soeurs de pasteur apporteront leur soutien aux Unions, en particulier en province.

Obtenir des concours financiers, de donateurs protestants exige une reconnaissance qui mettra du temps à venir. La comparaison avec les U.C.J.G

(Unions chrétiennes de jeunes gens) qui viennent d'inaugurer l'immeuble de la rue de Trévise dans le 9ème arrondissement de Paris- qui est toujours le siège des U.C.J.G.-est au détriment de l'U.C.J.F., dont la visibilité est encore modeste. Mais grâce à la volonté des femmes qui soutiennent l'association et à l'aide financière apportée par les associations américaines de jeunes filles, Y.C.W.A, plusieurs sections sont alors formées au sein de l'Alliance ( des Unions chrétiennes) et le 10 mars 1912 elles inaugurent leur siège dans l'immeuble du 22 rue de Naples, dans le 8ème arrondissement.

Le journal Le Christianisme au XXe siècle, relate l'événement et le rayonnement de l'U.C.J.F. s'en trouve considérablement renforcé, de même que s'ébauchent des liens avec les U.C.J.G., déjà en pleine expansion, (7 000 membres en 1902), et des fêtes communes les rassemblent. À une époque où la mixité est impensable dans une même organisation, les jeunes gens et les jeunes filles se retrouvent, d'abord pour leur formation religieuse, puis dans des activités paroissiales. Ils vont se côtoyer de plus en plus dans le milieu étudiant. Ce sont là les prémices de ce qui deviendra la « Fédé ».

L'Oiseau bleu
L'Oiseau bleu, maison de vacances de l'UCJF, Boissy l'Aillerie.
(Union chrétienne de jeunes filles)
Modernité des Unions chrétiennes

Juste avant la guerre de 1914-1918, les U.C.J.F., ouvrent des bureaux d'accueil et de placement pour les ouvrières et les employées.

À cette époque aussi la préoccupation des Unions Chrétiennes sur le devenir et l'éducation des petites filles va favoriser la naissance des Unions Cadettes qui à l'instar des « Girls Guides » anglaises vont former le premier noyau du scoutisme féminin, qui deviendra le mouvement des Éclaireuses Unionistes – plus tard la Fédération Française des Éclaireuses (F.F.E.).

Mais les Unions, ne pourront pas échapper à l'ambiguïté qui caractérise beaucoup d'oeuvres et d'associations : faire oeuvre sociale en s'occupant de jeunes filles (ou de jeunes gens) de milieu défavorisé et souvent non protestant ou faire oeuvre d'évangélisation.

Il faut souligner là que la diversité confessionnelle des adhérentes va encourager une réflexion très nouvelle à cette époque (années 1920) sur l'oecuménisme. Au moment de la naissance du « Conseil Oecuménique des Églises » en 1948, de nombreuses femmes issues des U.C.J.F., y prendront une part active.

Par ailleurs, l'U.C.J.F., à l'encontre de certaines prises de position encore très « dix-neuvièmistes » refusant l'idée que les jeunes filles puissent faire des études et se détourner ainsi des tâches classiques de la femme au foyer – va encourager la réflexion des femmes sur leurs difficultés à accéder aux études supérieures et à avoir des responsabilités paroissiales et même politiques.

On peut donc créditer les U.C.J.F. de la naissance d'une forme de « féminisme » avant l'heure, qui aidera les femmes à prendre conscience de leurs possibilités et de leurs responsabilités.

L'encadrement n'a plus le caractère de « patronage bourgeois » qu'il avait au début du siècle. Les « membres actifs » viennent principalement des paroisses protestantes par contre les « membres associés » auxquels on demande de faire profession d'une « aspiration à une vie morale » vont se recruter peu à peu parmi des travailleuses, des étudiantes et bientôt des étrangères.

L'avancée dans le siècle, l'émergence d'autres lieux de rencontres, de réflexions et d'engagement que seront la « Fédé », le Mouvement Jeunes Femmes, la F.F.É (Fédération françaises des Éclaireuses) ancreront les U.C.J.F. dans leur rôle actuel : une association laïque, n'exerçant aucune exclusive mais où les valeurs protestantes à laquelle se référaient les membres fondateurs ont toujours leur raison d'être.


Bibliographie
• POUJOL, Geneviève, Un féminisme sous tutelle – les protestantes françaises 1810-1960, Max Chaleil éditeur, Paris, 2003.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, juillet-septembre 1997, Les Unions chrétiennes de Jeunes filles (1891-1920).


Scoutisme féminin
Scoutisme féminin,
un clan d'éclaireuses unionistes.
(Collection privée)
Le scoutisme féminin

Suivant l'exemple anglais le scoutisme féminin va naître dans un souci de former et d'encadrer les jeunes filles et la création de la Fédération Française des Éclaireuses – F.F.É. – en 1920 aura pour les femmes protestantes une fonction véritablement émancipatrice.

Le début des éclaireuses unionistes

C'est en Angleterre, que naît le scoutisme féminin, influencé par le mouvement masculin fondé par Lord Baden-Powell-1857-1941-général anglais à la retraite, qui créa les premiers groupements de « boy-scouts » en 1910.

Et dès 1912, les Unions chrétiennes déjà sensibilisées au perfectionnement physique spirituel et social des jeunes filles, vont favoriser la naissance de sections d'éclaireuses. Même si les Unions chrétiennes sont fortement imprégnées de protestantisme, les éclaireuses unionistes vont dès le début de leur existence ouvrir leur mouvement à des jeunes filles sans éducation religieuse, et dans les années 1920, à des catholiques puis à des israélites. La Fédération française des éclaireuses sera donc pionnière dans le dialogue inter-religieux. Ceci n'empêchera pas la création en 1923, des « Guides de France », mouvement très proche dans son fonctionnement de celui de la F.F.É., mais qui se ralliera à l'autorité de la hiérarchie catholique.

Après l'exaltation patriotique des années de la première guerre, le scoutisme aussi bien masculin que féminin, va développer l'idée de fraternité, d'ouverture vers des classes moins favorisées, d'initiative dans le domaine social.

Mais il apportera aussi dans la vie de jeunes filles confinées dans un rôle traditionnel de futures épouses et mères, le goût du plein air, du sport et de la vie en groupe.

Aussi la F.F.É., connaîtra-t-elle dès des années 1920, une expansion considérable. Les membres passent d'environ 3.000 éclaireuses en 1925, 5.000 en 1940 et à plus de 25.000 en 1960, au moment de son apogée.

L'organisation du mouvement et son encadrement

Marguerite Walther
Marguerite Walther sous la tente.
(S.H.P.F.)
À un mouvement aussi dynamique et porteur d'aspirations très variées, il faut une solide organisation, une pédagogie très diversifiée et un bon encadrement.

L'organisation est très inspirée du modèle anglais : patrouilles d'environ une dizaine de filles, sous l'autorité d'une éclaireuse confirmée. Plusieurs patrouilles forment une compagnie, troupe ou section, dirigée par une ou plusieurs cheftaines regroupées à l'échelon régional puis national.

Les éclaireuses se retrouvent, environ 2 fois par mois, pour des activités de plein air : jeux, marches, soirées de chant autour d'un feu ; quand elles sont à l'intérieur le « local » est en général fourni par la paroisse dont dépend la troupe.

Elles prononcent à l'occasion d'un camp d'été et après une initiation de quelques mois à la vie d'éclaireuse, une « promesse » – moment fort de ces périodes de vie en commun – qui est un engagement d'obéissance à la loi scoute : loyauté, sens des autres, goût du travail, bonne humeur, pureté ; tel est l'idéal auquel doit tendre la jeune éclaireuse. Il faut pour susciter et soutenir chez des filles jeunes, des exigences allant de la correction vestimentaire, à l'adoption d'une morale personnelle, un grand sens pédagogique et une autorité naturelle qui sera l'apanage des fondatrices du mouvement.

Marguerite Walther (1882-1942), Violette Mouchon (1893-1985) et surtout Antoinette Butte (1898-1986), toutes issues de milieux protestants et bourgeois – seul le père d'Antoinette Butte était catholique – sauront mettre leur foi et leurs qualités intellectuelles au service de cette entreprise ambitieuse qu'était la Fédération Française des Éclaireuses.

Par la suite, les cadres du mouvement se recruteront de manière démocratique, par promotion interne les responsables étant élues par les représentantes régionales, elles-mêmes issues de l'encadrement de la base.

La familiarité du protestantisme avec la laïcité a par ailleurs favorisé l'autonomie du mouvement des éclaireuses par rapport aux Unions chrétiennes et à la vie des paroisses en général.

Les acquis du scoutisme féminin

Même si le scoutisme a parfois rebuté par ses aspects un peu trop « militaires »(uniforme, nécessité d'obéir à une organisation un peu martiale...), il a permis :

de fortifier chez les jeunes filles, leurs dons, leurs initiatives, leur goût de plus en plus affirmé pour une certaine liberté, et d'accéder ainsi à une vie professionnelle, en ayant par ailleurs acquis des diplômes ;
de leur permettre de conjuguer leur désir de promotion féminine avec, le respect d'une forte tradition religieuse et morale ;
de montrer aux femmes protestantes en général que les oeuvres de charité, n'étaient plus l'unique moyen d'avoir une activité vers d'autres confessions et d'autres milieux.

Le scoutisme les aura fait avancer sur le chemin de la modernité.

Bibliographie
• GALTIER S., Contribution à l'étude de la F.F.É. (1917-1964), mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, Université Paul Valéry, Montpellier, 1997.
• POUJOL, Geneviève, Un féminisme sous tutelle – les protestantes françaises 1810-1960, Max Chaleil éditeur, Paris, 2003.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, juillet-septembre 1997, FAULLIMEL, Anne-Sophie, Aux origines du scoutisme féminin en France.


Le Mouvement Jeunes Femmes

Il est né d'un voeu émis au congrès des « Unions chrétiennes de jeune filles » en 1946, d'avoir une instance où des femmes mariées puissent mettre en oeuvre leur vocation chrétienne, et se sentir solidaires les unes des autres dans une réflexion sur leurs problèmes spécifiques.

La naissance du mouvement

Ce mouvement s'autonomise rapidement par rapport aux Unions chrétiennes, et même par rapport à l'Alliance Féminine qui regroupe depuis 1949, les U.C.J.F., les U.C.J.G. et les Équipes Unionistes.(Fédération française des Éclaireuses).

Un premier congrès en 1955, consacre l'indépendance du mouvement, dont les effectifs croissent rapidement : 6.000 adhérentes en 1970, d'âge et de milieu social très divers, qui se répartissent en 3 groupes : Très Jeunes Femmes 20-35 ans ; Jeunes Femmes : 35-45 ans ; Équipes féminines après 45 ans.

Un mouvement qui veut répondre aux questions que se posent les femmes

Un congrès Jeunes Femmes
Un congrès Jeunes Femmes.
(Fédération Protestante de France)
La fondation puis le rayonnement du M. J.F, s'inscrit dans le contexte de la transformation du mode de vie des femmes à partir des années de l'après guerre.

Une situation économique dégradée et le sous-équipement de la France ne s'effacent que lentement devant la prospérité des « Trente Glorieuses ».

Les effets du baby boom multiplient les tâches éducatives et ménagères, les femmes s'en trouvent accablées. Le mari absent pour son travail les laisse seules à la maison, où la répétitivité des occupations, la fatigue, l'isolement, favorisent ce « malaise qui n'a pas de nom ». (Betty Friedan, La femme mystifiée, 1964.)

L'analyse du besoin d'épanouissement familial, et d'une meilleure gestion du travail familial remplit à ce moment là les revues féminines.

Par ailleurs, les femmes sont confrontées à de nouvelles réalités politiques : droit de vote acquis en 1945, égalité des sexes reconnue dans les constitutions de 1946 et 1958, engagement prôné par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.

Les responsabilités que les femmes peuvent avoir dans l'Église est également sujet de réflexion. De nombreuses « Jeunes Femmes » sont. épouses de pasteurs et formées aux études théologiques et la question des ministères féminins se pose avec la consécration exceptionnelle du pasteur Élisabeth Schmidt en juin 1949.

Un mouvement à forte connotation intellectuelle

Francine Dumas
Francine Dumas (1917-1998)
et son mari André Dumas.
(S.H.P.F.)
Trois ouvrages inspirent plus particulièrement la réflexion des « théoriciennes » du Mouvement.

La Femme éternelle de Gertrud von Lefort 1947 valorisant la vocation rédemptrice de la femme, doctrine catholique jugée par trop conservatrice.
Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (Paris, Gallimard,1949), dont la pensée fondamentalement athée fascine et scandalise à la fois.
Découverte de la femme de Charlotte von Kirschbaum – secrétaire de Karl Barth à mi chemin entre les deux, valorisant la différence sexuelle et la féminité, et déculpabilisant la sexualité si celle-ci est mise au service de l'amour conjugal.

Toutes les réflexions, études, comptes-rendus de livres sont diffusés par la « Revue de l'Association des groupes Jeunes Femmes » appelé tout simplement le « Bulletin » paraissant 6 fois par an, très modeste d'aspect mais dont la qualité intellectuelle et rédactionnelle est à la hauteur des ambitions du mouvement, et remplit aussi le rôle de lieu d'échange pour les adhérentes.

C'est aussi par le truchement du Bulletin que s'expriment les dirigeantes.

Parmi une équipe de femmes remarquables qui ont porté très haut les valeurs du protestantisme en prenant part aux combats féministes de leur temps, il faut retenir les noms de Jeanne Lebrun, (1903-1996) qui après la guerre de 39-45, sensibilisée par la demande de femmes mariées d'avoir un lieu de recherche et d'expression, est à l'origine de la création du Mouvement. De Suzette Duflo,(1910-1983) présidente de 1949 à 1966 ; de Francine Dumas (1917-1908) vice-présidente, très épaulée dans son engagement par son mari, le pasteur André Dumas, de Christiane Rigal, ancienne journaliste à Réforme, qui assure la rédaction du bulletin. Les questions concernant les femmes deviennent primordiales dans les réflexions que propose le bulletin :

contrôle des naissances ;
épanouissement du couple ;
travail de la femme ;
responsabilités offertes dans l'Église.
Réunion du Groupe Orsay
Réunion du Groupe Orsay (mars 1997).
(Jean Lods)

Un mouvement pionnier

La question de la « spécificité féminine » revient sans cesse ; mais les Jeunes Femmes se défendent d'un féminisme de mauvais aloi prônant plutôt une position médiane « l'altérité dans la similitude ». Elles défendent la « non-mixité » qui doit être perçue, non comme une fin en soi mais comme une forme d'apprentissage, afin de les rendre plus fortes dans leur couple, dans leur milieu, puis dans la société en général.

Dans les années 60, la méthode « Jeunes Femmes » d'échange et de co-éducation, se présente comme un exercice conscient et collectif de déconditionnement et de rejet des préjugés. Elle servira à d'autres, à des mouvements catholiques et aux premières tentatives d'« éducation permanente », qui se développent à ce moment-là.

En 1968, le bureau national de Jeunes Femmes participe aux travaux du G.E.R.E.A. (groupe d'études et de recherche pour l'éducation des adultes), et en 1969, le mouvement reçoit l'agrément du Ministère de la Jeunesse et des Sports au titre de l'Éducation Permanente.

Le souci permanent des problèmes posés par le présent

Le mouvement Jeunes Femmes est par ailleurs un mouvement engagé dans les luttes sociales, se situant toujours du côté des faibles et des exclus, position courante dans le protestantisme en général et conforté là, par la proximité avec les réformateurs barthiens.

Il pratique un certain compagnonnage avec l'Union des Femmes Françaises d'obédience communiste ; il s'intéresse à la situation de la femme en U.R.S.S., réfléchit en profondeur à la guerre d'Algérie, qui divise les familles françaises. Il soutient activement l'Association « la Maternité heureuse », qui deviendra ensuite le Mouvement pour le Planning Familial dans lequel de nombreuses adhérentes Jeunes Femmes prennent des responsabilités. Il réfléchit à un assouplissement législatif des lois contre l'avortement, participe à la réflexion sur la transformation des régimes matrimoniaux, et au transfert de la seule autorité paternelle à l'autorité parentale, et s'associe à la revendication pour l'égalité des rémunérations pour les hommes et les femmes et à la promotion professionnelle de ces dernières.

Le mouvement regardera avec intérêt l'émergence de la nouvelle génération féministe, vite baptisée M.L.F. des années 70, qui aura des positions plus radicales et plus libertaires, sur l'oppression et la discrimination dont les femmes se sentent victimes.

Les dirigeantes du mouvement modifient les statuts en 1972, suppriment les titres de Présidente et de Secrétaire Générale, et remplacent le bureau national par un collège de permanentes.

Aujourd'hui, les effectifs ont baissé et le mouvement s'est rebaptisé Groupe Orsay, Tout en ayant perdu de sa visibilité dans le protestantisme, il reste une de ses entreprises les plus novatrices.


Bibliographie
• POUJOL, Geneviève, Un féminisme sous tutelle – les protestantes françaises 1810-1960, Max Chaleil éditeur, Paris, 2003.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, janvier-mars 2000, CHAPERON, Sylvie, Le Mouvement Jeunes Femmes (1946-1970) – De l'Évangile au féminisme.


Femmes Protestantes à la « Fédé »

Une association d'étudiants immédiatement ouverte à la mixité

Suzanne de Dietrich
Suzanne de Dietrich (1891-1981).
Théologienne, pionnière de l'oecuménisme, participe à la création de la CIMADE en 1939 (Comité inter-mouvements
auprès des évacués).
(Fédération Protestante
de France)
L'accès des jeunes filles aux plus hauts diplômes de l'Université, (la première agrégée de l'Université est en 1908 une protestante Geneviève Bianquis), leur regroupement en association les font participer aux instances de discussion.

À la Fédé, 10 ans après sa création, des jeunes filles siègent dans les comités, et cette convergence de prise de responsabilité contribue à lever les réticences encore très fortes dans les milieux les plus conservateurs, envers « la prise de parole » des femmes.

Si la direction de la Fédé fut le le plus souvent assurée par des hommes – le poste principal est celui de secrétaire général – si ce sont des rédacteurs qui sont chargés de diffuser les grandes orientations du mouvement, dans les revues Hic et Nunc et Le Semeur, de nombreuses femmes protestantes de premier plan se sont formées à la Fédé.

Suzanne de Dietrich (1891-1981) et Madeleine Barot (1909-1995) qui ont participé l'une et l'autre à la création d'oeuvres marquantes du protestantisme, dont la Cimade. Élisabeth Schmidt (1908-1986), issue d'une famille agnostique, se convertira après sa rencontre avec Pierre Maury et Suzanne de Dietrich et sera la première femme consacrée pasteur en 1949.

Le rôle de la Fédé sur le plan théologique




Pasteur Pierre Maury
Pasteur Pierre Maury (1890-1956).
(Fédération Protestante
de France)



La dimension d'évangélisation du mouvement est dès ses débuts clairement annoncée, et dépasse le cadre des Églises traditionnelles. La Fédé se veut un lieu de débat et d'ouverture sur le monde. Elle aura en outre sur le plan théologique un rôle capital. Grâce au pasteur Pierre Maury (1890-1956) secrétaire général pendant les années de l'entre-deux guerre, l'oeuvre de Karl Barth (1896-1968) le grand théologien allemand est traduite, diffusée et rencontre un immense écho. En opposition avec les courants libéraux et chrétiens-sociaux dominant pendant les années 1930, cette théologie provoque à l'intérieur du protestantisme des débats difficiles et parfois douloureux.

La « Fédé » présente dans son temps

Les dirigeants succesifs, Charles Westphal (1896-1972), Georges Casalis (1917-1987) Jean Bosc (1910-1969), Roland de Pury (1907-1979), André Dumas (1918-1996) Jacques Maury (né en 1920) auront toujours le souci d'engager une réflexion sur les problèmes du temps présent. La Fédé prend des options claires et souvent radicales sur des questions aussi bien théologiques que politiques, concernant les hommes et les femmes. Elle soutiendra les objecteurs de conscience, la décolonisation, l'ouverture vers le monde communiste et l'oecuménisme. Elle apparaît ainsi comme un lieu de formation, et de sensibilisation proposant une approche à la fois critique et compréhensive de la société contemporaine.


Bibliographie
• de DIETRICH, Suzanne, La Fédération Universelle des Associations chrétiennes d'étudiants (1895-1945), Éditions du Semeur, Paris, 1948.
• POUJOL, Geneviève, Un féminisme sous tutelle – les protestantes françaises 1810-1960, Max Chaleil éditeur, Paris, 2003.
• Bulletin de la S.H.P.F., Tome 127, juillet-septembre 1997, FABRE, Rémi, La Fédé au sortir de la 2ème guerre mondiale (1945-1950).
• Libre Sens, Depuis 100 ans la Fédé (1898-1998), 1998, Hors Série.


Les femmes pasteurs de 1900 à 1960

L'entrée des femmes dans le ministère pastoral s'inscrit dans le mouvement général d'émancipation commencé dans le dernier quart du XIXe siècle, avec l'entrée des jeunes filles dans les différentes facultés. Elle fut aidée par la nécessité de remplacer les hommes durant les deux Guerres mondiales.

Geneviève Jonte
Geneviève Jonte.
(Collection privée)
L'Écriture, obstacle et appui

Dans la théologie protestante, rien n'interdisait en principe aux femmes de se faire entendre puisque, selon la doctrine du sacerdoce universel, « nous sommes tous prêtres, autant de chrétiens que nous sommes » (Luther, 1520). Certes l'affirmation de Luther faisait perdre aux prêtres leur caractère sacré, « leur sacerdoce n'étant rien d'autre qu'un ministère » (au sens de service), mais la promotion des femmes se heurtait à l'Écriture, en particulier aux Épîtres de Paul, qui les remettent à leur place traditionnelle.

Un élément du protestantisme était toutefois favorable à l'évolution de la femme : le savoir lire et écrire, d'où un niveau d'instruction qui allait de pair avec l'esprit de responsabilité ; quand l'évolution de la société le permit, les protestantes étaient prêtes à franchir le pas. La loi de 1905 les y aidait puisque, par l'instauration des associations cultuelles, elles devenaient électrices dans leur paroisse.

En Alsace d'abord

Le 23 mars 1930, pour la première fois, une femme est consacrée : c'est Berthe Bertsch, dans l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine. Pourquoi ?

Parce que la Première Guerre Mondiale a mis au travail les femmes pour remplacer les hommes, aussi bien dans les usines qu'à la poste. Des cas sont connus d'épouses de pasteurs mobilisés ou tués qui remplacèrent leur mari en poursuivant leur rôle habituel auprès des enfants, auprès des malades, qui prêchèrent même, assurèrent services funèbres et baptêmes.

Parce que les premières étudiantes en théologie sont entrées dans les facultés – bien après les autres disciplines. La faculté de Strasbourg comptait 4 jeunes filles au début des années 1920, elle fut la première avec celle de Genève, toutes deux appartenant à des Universités d'État ; la Faculté libre de Paris suivit : Marguerite Thourot, est reçue bachelière en théologie (équivalent de la maîtrise) en 1933.

Les remplaçantes

On a besoin de femmes pour faire face à la pénurie d'hommes, consécutive à la guerre. « L'ordre, la bienséance, l'honneur exigent que les femmes se taisent lorsque les hommes parlent ; mais lorsque aucun homme ne parle, il devient nécessaire que les femmes prêchent » écrit Luther en 1521, et cela définit la mentalité des Églises vis-à-vis des femmes dans la première moitié du XXe siècle. On a besoin d'elles, mais on va les laisser à ce qu'on estime leur place : celle d'aide pour la catéchèse, la diaconie en général et, à la rigueur, la prédication.

Mais elles s'obstinent. Elles sont qualifiées, elles font leurs preuves en paroisses, là où leur Église les envoie. Elles travaillent.

Vouées au célibat

Quels arguments pour refuser les femmes pasteurs ? Elles ne parlent pas assez fort, elles n'ont pas assez d'autorité et ne pourront ni présider un Conseil presbytéral ni coordonner des actions. Elles ne savent pas garder un secret...

Il y a surtout le poids de la tradition, avec de notables différences culturelles : les Églises luthérienne et réformée d'Alsace (ÉCAAL et ÉRAL) admettent les femmes plus tôt que celles de France, à l'exception de Montbéliard où Geneviève Jonte est ordonnée dès 1937.

Les Églises vont trouver une solution pour concilier la nécessité sans trop troubler la tradition : des femmes oui, mais célibataires ou, à la rigueur, veuves, et toujours maintenues dans un rôle secondaire.

Pour s'imposer, les pionnières prennent des allures masculines, décidées. Elles sont décrites comme mal habillées, vêtues de couleurs sombres et doivent se durcir pour supporter des réflexions : on imagine ce que fut l'arrivée dans une vallée des Cévennes en 1935 de la citadine Élisabeth Schmidt, alors âgée de 27 ans.

Des pionnières

Élisabeth Schmidt (1908-1986) incarne la lutte pour le ministère pastoral dans l'Église Réformée de France (ÉRF). Fille d'un député, elle avait étudié la philosophie à la Sorbonne puis la théologie à Genève. Assistante de paroisse de 1935 à 1941 à Ste-Croix-Vallée française puis à Sète jusqu'en 1958. Ce fut sa paroisse qui demanda sa consécration.
Geneviève Jonte (1906-1983), fille et petite-fille de pasteur du Pays de Montbéliard. Études de théologie à Paris. Assistante en 1934 dans la paroisse de Montbéliard, ordonnée le 5 septembre 1937, elle fut le premier pasteur du petit temple Saint-Jean que la famille Peugeot avait fait érigé à ses frais dans un nouveau quartier ouvrier (démoli par la suite quand la Société Peugeot eut besoin du terrain).
Marieleine Hoffet (1905-1996), fille de pasteur, études de théologie à Strasbourg, Genève et Edimbourg. Vicaire dans l'Église réformée d'Alsace-Lorraine, elle se marie en 1931. Participe à la Résistance, accepte en 1945 un poste dont personne ne veut : l'aumônerie des camps d'internement des collaborateurs. S'oriente ensuite vers la formation biblique des femmes. Lutte pour la suppression de l'interdiction du pastorat aux femmes mariées, obtenue en 1968.
Jeanne Zurcher (née en 1917), père d'origine suisse et mère américaine. Vocation précoce se heurtant à l'opposition de sa famille. Études théologiques à Genève, complétées à Paris. Assistante de paroisse dans l'Église réformée (Paris-Étoile), à la Mission populaire en banlieue, puis dans l'Église évangélique luthérienne. Ordonnée à 58 ans à la paroisse de Suresnes.

Ces pionnières étaient issues soit de milieux sociaux aisés soit d'un milieu pastoral. Elles n'étaient pas portées par les mouvements d'émancipation des femmes. Elles n'étaient pas non plus portées par leurs Églises – où des collègues pasteurs votaient parfois contre elles – mais par leurs paroisses, qui louaient leurs compétences et leurs capacités d'écoute, et surtout par une vocation indéfectible.

Assistantes ou aide-pasteur

Dames-aide-pasteurs dans les Églises d'Alsace-Lorraine, assistantes de paroisse dans les Églises de France, elles ont un statut assez flou, sauf en ce qui concerne le célibat. Leurs tâches d'enseignement et de diaconie conduisent à leur demander de suivre des cours d'assistante sociale ou d'assistantes familiales, en même temps que la théologie (une « école des ministères féminins » avec enseignement social de 3 ans fonctionne chez les Diaconesses de Reuilly, à Paris, entre 1946 et 1950). Dans les années 20 et 30, on ne les autorise à prêcher qu'exceptionnellement, puis leurs qualités de prédicatrices sont peu à peu reconnues.

Quand c'est possible, elles sont envoyées dans des paroisses à plusieurs postes, en complément avec un pasteur ; nommées à un poste autonome, à une aumônerie, elles font le travail d'un pasteur, tout en touchant 70 % du salaire (ERF) ou 50 % (EELF) avec, en principe, un logement. Il est entendu que leurs fonctions cessent si elles se marient, mais une femme divorcée pourrait être admise !


Bibliographie
• LAUTMAN, Françoise, Ni Eve, ni Marie, Labor et Fidès, Genève, 1997.


La montée des femmes pasteurs de 1960 à 2000

À partir des années 1960, les femmes sont définitivement reconnues comme pasteurs à l'égal des hommes dans les Églises luthériennes et réformées. Au tournant du siècle, elles sont de plus en plus nombreuses dans tous les postes pastoraux et des théologiennes acquièrent une renommée internationale.
Célébration de la Sainte Cène
Célébration de la Sainte Cène :
ceci est mon corps.
(Cécile Lhermitte)

Obstacles et préjugés

Les premières ordinations, celles des années 30, avaient été des cas d'espèce. La question de principe ne se pose réellement qu'à partir des années 50, suivant en cela l'évolution de la société. Dans les synodes, elle est longtemps reportée comme n'étant pas mûre ; dans l'Église réformée de France, la discussion finit par s'engager en 1964 et trouve sa solution deux ans plus tard avec la reconnaissance « que les femmes peuvent être appelées, au même titre que les hommes, à exercer un ministère dans l'Église ».

On hésite à supprimer l'obligation du célibat – que feraient-elles pourvues d'enfants ? On craint qu'admettre les femmes ne détourne les hommes de répondre à la vocation pastorale ; on craint aussi que ce soit un obstacle au dialogue oecuménique, qu'elles ne seraient pas capables d'assumer.

Pasteurs à part entière

ÉCAAL-ÉRAL
Strasbourg,
siège de l'ÉCAAL-ÉRAL.
(M. de Raïssac)
La clause du célibat est levée en 1968 dans l'ÉRAL, en 1970 dans l'ÉCAAL. Dans les deux Églises d'Alsace-Moselle, un décret du 6 avril 1970 admet les femmes « aux fonctions pastorales dans les mêmes conditions que les candidats » mais stipule qu'elles « seront affectées de préférence à des paroisses pourvues de deux ou plusieurs postes de pasteurs ». Comme on entre dans la période de baisse de fréquentation des Églises, les paroisses requérant plusieurs pasteurs se raréfient et les femmes pasteurs se trouvent le plus souvent seules en paroisse.

Bien formées dans les facultés et par des stages, les femmes prennent de l'assurance. Les problèmes viennent plus souvent des Conseils presbytéraux : les préjugés sont tenaces, les rengaines sur l'autorité réapparaissent – mais les paroissiennes applaudissent souvent. Il faudra du temps pour que les femmes soient admises comme ministres sans tenir compte de leur sexe. Comme dans tous les métiers, leur accession est plus difficile que pour un homme, et elles sont jugées plus sévèrement.

La fin du siècle

Elles sont la troisième génération de femmes pasteurs, ou pasteures. En 2000, on dénombre :

Église de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine (ÉCAAL) – 52 femmes sur 230 pasteurs en activité (22,61 %). 38 sont mariées, dont 11 à un pasteur.
Église réformée d'Alsace et de Lorraine (ÉRAL) – 15 femmes sur 51 pasteurs en activité (29,41 %). 11 sont mariées, dont 5 à un pasteur et 2 à un professeur de théologie.
Église évangélique luthérienne de France (ÉÉLF) : 18 femmes sur 58 pasteurs en activité (31,03 %). 2 sont célibataires, 16 sont mariées dont 7 à un pasteur.
Église réformée de France (ÉRF) : 106 femmes sur 489 pasteurs en activité, (21,67 %). 32 sont célibataires, 74 sont mariées dont 30 à un pasteur.
Facultés libres de théologie (IPT depuis 1972). Faculté de Paris, en 1960 : 84 étudiants, dont 8 femmes (9,52 %). En 2000 : 136 dont 54 femmes (39,70 %).
Faculté de Montpellier, en 1960 : 64 étudiants, dont 5 femmes (8 %). En 2000 : 209 étudiants, dont 95 femmes (45,5 %). Université Marc Bloch/Strasbourg. En 1960, 121 étudiants, dont 9 femmes (7,43 %) En 2000, 218 étudiants, dont 82 femmes (37,61 %).

Mesdames les pasteurs

Le plus souvent, elles sont mariées – la rencontre se faisant fréquemment à la faculté de théologie, d'où des couples de pasteurs pour lesquels les Églises peinent à trouver des postes ; elles sont mères de famille, ce qui complique leur quotidien. De là vient qu'elles participent un peu moins que leurs collègues masculins aux commissions. Elles sont admises à tous les postes : les facultés, les aumôneries (jusque dans les armées), les ministères spécialisés ; les responsabilités ecclésiales sont plus longues à venir, malgré l'exemple de Thérèse Klipfel qui, en tant que président d'Église (ÉRAL), reçut le pape à Strasbourg en 1982.

À noter l'exemple d'Élisabeth Parmentier, pasteur de l'ÉCAAL, théologienne, maître de conférence à la faculté de Strasbourg, présidente de la Communion de Leuenberg, mariée et mère de famille.

Ce qu'elles ont changé

Dans une chrétienté dominée depuis sa création par la masculinité, les femmes pasteurs apportent dans l'exercice de leurs ministères une sensibilité proprement féminine – qui s'accorde à une tendance actuelle de notre société. Les écrits de certaines théologiennes contribuent à modifier en ce sens les liturgies.

La présence de femmes dans le corps pastoral a hâté le phénomène de sécularisation, qui s'est accentué à la fin du siècle. Plus accessibles que les hommes pour les paroissiens, elles sont respectées pour elles-mêmes plus que pour la robe – qu'elles ne portent pas toujours – et pour la fonction.

Les autres Églises protestantes

Dans les Églises de tendance dite évangélique qui sont membres de la Fédération Protestante de France, la question du pastorat féminin est soit posée – chez les baptistes – soit reportée ou même fermement repoussée, dans les Églises de sensibilité pentecôtiste. La FÉÉB (Fédération des Églises Évangéliques Baptistes) est partagée : sa structure congrégationaliste permet aux Églises qui la composent (dites majeures) de reconnaître un ministère féminin ; elles en discutent, synode après synode, mais elles ne se décident pas encore, peut-être par habitude de voir l'autorité représentée par un homme. Les étudiantes, pourtant, sont nombreuses dans les facultés évangéliques.

Les Églises Réformées Évangéliques Indépendantes ont débattu de la question dans le cadre général de la consécration des pasteurs : en mars 2004, Corinne Fines était la première pasteur des EREI. Les Églises pentecôtistes (Église de Dieu, Mission Évangélique Tzigane, Église apostolique...) se réfèrent aux Écritures pour ne pas la poser.

Une exception : dans une église baptiste parisienne, il y eut de 1930 à 1952 une femme pasteur de fait dans l'église du Tabernacle (Paris 18e), Mme Madeleine Blocher-Saillens, qui poursuivit l'oeuvre de son mari (Église membre de l'Alliance des Églises Évangéliques Baptistes Libres de France, qui ne font pas partie de la Fédération protestante de France).

Si, en Europe, l'accession des femmes aux ministères pastoraux est venue de Scandinavie, d'Allemagne, de Suisse avant la France, dans les Églises luthériennes et réformées, ce mouvement va certainement gagner les minorités protestantes se réclamant de la Réforme, dans l'Europe agrandie. L'avenir dira si les baptistes et les pentecôtistes se décident à suivre sur ce point l'évolution de la société.


Bibliographie
• LAUTMAN, Françoise, Ni Eve, ni Marie, Labor et Fidès, Genève, 1997.


Madeleine Barot (1909-1995)

Une femme passionnée par le service de son prochain et le rayonnement du protestantisme.

Pour informations complémentaires, voir : Madeleine Barot (1909-1995).



Suzanne de Dietrich (1891-1981)

Issue d'une famille alsacienne de tradition luthéro-réformée, Suzanne de Dietrich, après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur, se passionnera pour l'étude de la Bible qu'elle portera à un très haut niveau d'exigence et qui sera aussi pour elle une ouverture vers l'oecuménisme.

Pour informations complémentaires, voir : Suzanne de Dietrich (1891-1981).



La décolonisation

La « question coloniale » fut un des grands problèmes des IVe et Ve Républiques : la France se crispe sur ses volontés impériales. Le protestantisme français sera surtout concerné par la guerre d'Algérie.

Alger
Alger, les débuts de la guerre d'Algérie.
(Collection privée)
Les Synodes prennent position dès 1947

Dès l'automne 1947, quelques synodes réformés régionaux (Cévennes-Languedoc, Alpes-Rhône) demandent que l'Église ne garde pas le silence sur la question coloniale et dans la revue Foi et Vie (septembre-octobre1947) Michel Philibert dénonce « le silence long et pénible » des assemblées d'Église et des journaux protestants sur les divers incidents sanglants survenus à Madagascar, en Indochine et en Afrique du Nord : « Nous refusons les méthodes nazies ».

En 1948, le synode national de Grenoble prend position « devant les conflits qui se poursuivent dans les territoires de l'Union française, conflits dont nous sommes solidairement responsables », et « demande au Gouvernement de veiller aux moyens qu'il emploie et de prendre les risques d'une politique généreuse ».

L'« affaire de Madagascar » (1947)

Sur cette vieille terre de mission protestante, une insurrection éclate en mars 1947 et les troubles durent près de deux années. Les milices des colons français et surtout les troupes envoyées sur place réagissent sans pitié, provoquant la mort de 80.000 malgaches.

En décembre 1948, le mouvement du Christianisme social, associé avec les catholiques dans des groupes oecuméniques ou avec les militants de la revue Esprit, du journal Témoignage chrétien ou du mouvement Vie nouvelle, lance une pétition pour que le procès de Tananarive soit cassé et repris en métropole. En 1954 le synode du Havre prend position en faveur de la grâce des internés politiques malgaches.

La guerre d'Indochine (1946-1954)

Après l'espoir d'une solution négociée avec le dirigeant nationaliste Hô Chi Minh au Tonkin et l'acceptation d'une indépendance de fait (conférence de Fontainebleau juillet-août 1946), les Français choisissent la manière forte, bombardent Haiphong depuis des navires de guerre le 23 novembre 1946 faisant au moins 6000 victimes, et envoient un corps expéditionnaire pour rétablir l'ordre colonial. Une guerre de huit ans commence, qui s'achèvera en mai 1954 par la défaite humiliante de Diên Biên Phu et la paix décidée par Pierre Mendès-France (accords de Genève juillet 1954).

En février 1950 la résolution d'Issy-les-Moulineaux prend position sur la guerre d' Indochine. En 1952 le synode de Paris souhaite des négociations. En 1954 le synode du Havre exprime son « angoisse de l'interminable guerre d'Indochine » et son espoir de paix à la conférence de Genève.

La guerre d'Algérie

Plan d'étude
Plan d'étude sur l'Église et le problème algérien.
(S.H.P.F.)
En Afrique du Nord, les émeutes sanglantes de Sétif en mai 1945 et leur répression témoignent de la tension entre la majorité des colonisés et les colons européens qui ne comprennent pas que le temps du système colonial est fini. Le 1er novembre 1954, la « Toussaint sanglante » menée sous l'égide du Front de Libération Nationale marque le début d'un conflit de huit ans. En 1957, l'armée se voit confier les tâches de maintien de l'ordre, et les interrogatoires allant jusqu'à la torture (bataille d'Alger de janvier 1957) soulèvent l'indignation en métropole. Le 13 mai 1958, une manifestation massive des partisans de l'Algérie française tourne à l'émeute, le général de Gaulle revient au pouvoir le 31 mai, annonce en septembre 1959 l'autodétermination du peuple algérien, et les accords d'Évian (18 mars 1962) mettent fin à la guerre.

Le protestantisme français sera particulièrement concerné par cette guerre : de1954 à 1963, au moins 24 prises de position sont publiées par les diverses instances du protestantisme. En juin 1954, cinq mois avant le début des hostilités, le Synode national demande aux protestants d'Afrique du Nord d'agir pour que « tous les hommes aient part à une vie normale » et que les haines soient surmontées. Pendant toute la guerre, les méthodes policières, celles de la « pacification », les tortures et exécutions sommaires sont dénoncées. Dès 1957, la Cimade développe son action à Alger, Médéa, et dans les centres de regroupement. La protestation solennelle faite le 12 mars 1957 par le conseil de la Fédération Protestante de France est renouvelée le 23 mars 1958, adjurant « une fois de plus les pouvoirs publics de mettre un terme aux agissements qui portent à la France un préjudice incalculable ».André Philip, Paul Ricoeur, Daniel Parker s'associent aux catholiques (H.Marrou, J.M.Domenach, A.Mandouze) pour créer un comité de « résistance spirituelle ».

En mai 1959, le pasteur Boegner et le cardinal Feltin, archevêque de Paris, lancent un appel en faveur du million de « personnes regroupées ». Au synode national de Toulouse, en juin 1960, 8000 exemplaires d'un livre blanc « Plan d'étude sur l'Église et le problème algérien » sont mis à la disposition des paroisses, de façon à sensibiliser et « mobiliser » les fidèles.

En novembre 1960, l'Assemblée de Montbéliard vote une déclaration particulièrement ferme : « la poursuite de la guerre accélère inexorablement la détérioration morale et juridique de l'État », dont le retentissement fut considérable, d'autant qu'elle envisageait les problèmes hautement dangereux de l'insoumission (nombreux protestants parmi les 3000 insoumis de 1960), du refus de la torture, et de l'objection de conscience : en décembre 1957, Étienne Mathiot, pasteur à Belfort, naguère poursuivi par la Gestapo, est arrêté pour avoir aidé un responsable du FLN à passer en Suisse ; le pasteur Boegner dénonce auprès du Ministre de la Justice cette arrestation et au procès qui aura lieu en mars 1958, plusieurs pasteurs (Georges Casalis, Maurice Sweeting, Charles Westphal alors vice-président de la Fédération Protestante de France) sont cités comme témoins de la défense ; E. Mathiot sera condamné à 8 ans de prison.

Pourtant les instances dirigeantes du protestantisme français ne sont pas unanimes sur la manière d'obtenir la paix. Le pasteur Bourguet, président du conseil national de l'Église Réformée, est sensible à l'existence, parmi les Européens d'Algérie, de la communauté protestante réformée, dont une partie est opposée à toute négociation. Certains conseils, soucieux de ne pas compromettre l'unité de l'Église (un schisme serait « pire que tout »), resteront en retrait, et devant ces dissensions la période 1961-1962 sera vécue difficilement par l'Église Réformée : des protestants d'Algérie demandent que « les assemblées d'Église évitent de rédiger à toute occasion des motions sur l'Algérie », et les inconditionnels de l'Algérie française lancent le mensuel Tant qu'il fait jour.

Le rôle de la presse

Il a été en effet très important, surtout en ce qui concerne l'Algérie.

Tant qu'il fait jour
Tant qu'il fait jour.
(S.H.P.F.)
Réforme, l'hebdomadaire de référence du monde protestant, reste en général très circonspect vis-à-vis des « affaires coloniales », et peu audacieux dans ses commentaires. En 1954, le journal pense encore que « la France fait le bonheur des algériens » et les premiers actes terroristes lui sont incompréhensibles. Cependant la réflexion religieuse fait évoluer cette position, et en 1959 l'Algérie devient « une forme d'obsession ». Le numéro de Pâques lui est entièrement consacré, présentant la guerre d'Algérie comme « un drame humain » : le journal s'inquiète du désarroi des européens d'Algérie, manifeste « une stupeur horrifiée » devant le terrorisme du FLN, mais s'indigne également devant la torture : Albert Finet, directeur de Réforme, stigmatise cette torture qui devient « la règle et non l'exception » et parle des camps de regroupement comme d'un « univers concentrationnaire ». Des éditorialistes – Marcel Niedergang, Jacques Ellul – défendront la situation des musulmans persécutés.

D'autres journaux protestants adopteront des positions moins hésitantes, voire radicales. Les informations, articles et numéros spéciaux sont nombreux dans le Semeur, Foi et Vie, Cité nouvelle liée à la revue du Christianisme social, Cahiers de la réconciliation. Dès 1955, ils posent le problème d'une négociation avec les chefs de la rébellion et de l'arrêt d'une guerre d'inspiration coloniale.

En opposition complète à ces prises de position paraît en juin 1958 le premier numéro de Tant qu'il fait jour. Ce journal d'extrême droite fondé pour défendre l'Algérie française est dirigé par Philippe Brissaud et Roland Laudenbach, à l'initiative entre autres du pasteur Pierre Courthial (qui cessera dès le second numéro d'y écrire pour ne pas afficher des positions politiques qui pourraient heurter ses paroissiens). Ce journal se démarque de Réforme jugé trop à gauche, et il milite pour protéger les européens et tous les algériens contre le FLN, pour poursuivre l'évangélisation des musulmans, et empêcher l'Algérie de tomber « dans l'escarcelle communiste ». Les termes les plus virulents sont employés pour stigmatiser les positions du Christianisme social et même de Réforme, dont les positions sont jugées un « dérèglement de l'esprit ». L'abandon des européens d'Algérie est comparé à la Révocation de l'édit de Nantes. Tant qu'il fait jour soutient le putsch des généraux, la création de l'OAS, et devant les accords d'Évian il annonce « une nouvelle Saint-Barthélémy ». Tant qu'il fait jour suspend sa parution en juin 1962.

L'itinéraire du protestant Jacques Soustelle est caractéristique : ancien compagnon du général de Gaulle, il opte pour l'Algérie française, écrit à Brissaud pour le soutenir dans sa lutte contre la « gangrène des commentateurs protestants ». Dans son livre l'Espérance trahie, il parlera du combat des français d'Algérie comme celui des réformés poursuivis par les armées de Louis XIV.


Bibliographie
• WOLFF, Philippe (sous la direction de), Les protestants en France, 1800-2000, Privat, Toulouse, 2001.
• Bulletin de la S.H.P.F., Numéro 4, 2004, Les protestants et la guerre d'Algérie.


Les thèses de Pomeyrol

Les thèses de Pomeyrol
Les thèses de Pomeyrol.
(Collection privée)
Les Thèses de Pomeyrol sont un des premiers actes de résistance spirituelle au nazisme et d'opposition aux persécutions des juifs.

La réunion d'un petit groupe de protestants

Le 16 et 17 septembre 1941, sans avoir reçu de mandat officiel, un petit groupe d'une quinzaine de personnes, à l'initiative du pasteur Visser't Hooft et de Madeleine Barot (secrétaire générale de la Cimade) se réunissait à Pomeyrol (maison de retraite et de rencontre appartenant à l'ERF, à Saint-Étienne-du-Grès, Bouches du Rhône) « pour rechercher ensemble ce que l'Église doit dire aujourd'hui au monde ». Ils étaient pasteurs : Jean Cadier, Georges Casalis (secrétaire général de la Fédération Française des Associations Chrétiennes d'Étudiants), Henri Clavier, Paul Conord, Henri Eberhard, Jean Gastambide, Pierre Courthial, Jacques Deransart, Pierre Gagnier, Roland de Pury, André de Robert, André Vermeil ; trois laïcs étaient présents : Madeleine Barot, Suzanne de Dietrich venant de Genève et René Courtin, professeur à la Faculté de droit de Montpellier.

Cette réunion se faisait l'écho de la « Déclaration théologique de Barmen » en Allemagne (29-31 mai 1934). Après la prise de pouvoir par Hitler, les Églises régionales protestantes – luthériennes, réformées et unies – constituant l'« Evangelische Kirche », se voient imposées d'adopter dans leurs constitutions un paragraphe aryen et l'affirmation d'une supériorité allemande. Le 29 mai 1934 le Synode de Barmen s'en désolidarise : luthériens et réformés se réunissent sous la dénomination d'Église confessante (« bekennde Kirche »). Ces résistants venus de toutes les parties de l'Allemagne protestaient ainsi contre la mise au pas du protestantisme allemand en voie d'organisation dans les « Deutsche Christen ». Le texte de cette déclaration, dont un des principaux rédacteurs était Karl Barth, se présentait comme un acte exclusivement religieux, de résistance spirituelle pour la défense de l'Église et de la pureté de son message ; en particulier, il ne mentionnait pas la persécution des juifs. Malgré ses lacunes (à l'origine de controverses après la guerre), sa signification politique était

Un acte de résistance au nazisme

En France, ce texte fut diffusé par la revue Foi et Vie dirigée par le pasteur Pierre Maury, et également par le Christianisme social. Le texte de la Déclaration de Barmen, ainsi que ceux du pasteur allemand Martin Niemöller, furent publiés en 1940 dans Témoignage chrétien fondé à Lyon, et après les premières lois antisémites promulguées en « zone libre », la nécessité d'établir un instrument idéologique de résistance au nazisme aboutit à la réunion de Pomeyrol.

Les thèses de Pomeyrol sont « une réflexion théologique engagée sur les fondements évangéliques d'une prise de parole publique de l'Église ». Elles sont au nombre de huit. Les 4 premières traitent des rapports de l'Église et de l'État, la 5° des limites de l'obéissance à l'État, la 6° précise le respect des libertés essentielles, la 7° dénonce l'antisémitisme, la 8° condamne la collaboration. La thèse 7 est sans ambiguïté : « ... elle élève une protestation solennelle contre tout statut rejetant les juifs hors des communautés humaines ». Dans la thèse 8 « dénonçant les équivoques, l'Église affirme qu'on ne saurait présenter l'inévitable soumission au vainqueur comme un acte de libre adhésion..., elle considère comme une nécessité spirituelle la résistance à toute influence totalitaire et idolâtre ».

Un thème domine donc ces thèses : le rapport de l'Église et de l'État, ainsi que la légitimité d'une parole publique de l'Église dans la situation de l'époque.

Malgré leur relative prudence, et en dépit de certaines réactions violemment hostiles, les thèses de Pomeyrol diffusées par de nombreux pasteurs et étudiants « post-fédératifs » ont « contribué à structurer une mentalité confessante (c'est-à-dire le témoignage de l'Église prête « à payer le prix de la grâce ») au sein du protestantisme français » (G.Casalis).


Bibliographie
• MOTTU Henri (éd.), COTTIN J., HALTER D., MOZER F., Confession de foi de réformés contemporains, Labor et Fides, Genève, 2004.
• REYMOND Bernard, Une Église à croix gammée ? Le protestantisme allemand au début du régime nazi (1932-1935), L'Âge de l'homme, Lausanne, 1980.
• WOLFF, Philippe (sous la direction de), Les protestants en France, 1800-2000, Privat, Toulouse, 2001.
• Études théologiques et Religieuses, Numéro 4, 1984, CASALIS Georges, Documents et témoignages sur le synode de l'Église confessante allemande (29-31 mai 1934) et ses suites.


La communauté de Taizé

La communauté protestante fondée en 1944 par le pasteur Roger Schutz, est devenue un lieu de rassemblement oecuménique où se retrouvent des jeunes venus du monde entier, en quête de sens et d'engagement.

Les origines

Frère Roger Schutz
Frère Roger Schutz, prieur de Taizé.
(Fédération Protestante de France)
La naissance de cette communauté d'inspiration monastique est la résultante d'un lieu : le village de Taizé en Saône et Loire près de Cluny, d'une époque : celle de la guerre et d'une vocation personnelle : celle du pasteur suisse Roger Schutz (1915-2005) qui s'y installe en 1946, après y avoir acheté une maison.

La vocation oecuménique de cette communauté s'affirme dès ses débuts. Le pasteur Schutz avait en effet depuis 1940 déjà, des contacts réguliers avec l'Abbé Paul Couturier (1881-1953 ) prêtre du diocèse de Lyon qui était à l'origine – très audacieuse pour l'époque – de rencontres entre prêtres et pasteurs.

Très vite, ces rencontres auxquelles se joignent Roger Schutz et Max Thurian, deuxième frère entré à Taizé, ont lieu indifféremment à Taizé ou à l'Abbaye des Dombes (Ain).

En même temps le nombre des frères dans la communauté, augmente rapidement. Ils sont 7 au départ, 12 en 1950, 65 en 1965 (dont 12 pasteurs), 90 dans les dernières années du siècle, 120 en 2004.

Leur origine tant géographique que confessionnelle s'est diversifiée. Vingt pays et plusieurs confessions dont l'Église catholique sont représentées.

Le fonctionnement de la communauté

Frère Roger Schutz
Frère Roger Schutz,
prieur de Taizé et les frères de Taizé.
(Fédération Protestante de France)
La nécessité d'une « Règle » s'est imposée très vite, mais elle est plus un programme de vie qu'un règlement au sens étroit du mot : elle régit les actes de la communauté, les disciplines spirituelles et impose des engagements : célibat, communauté de biens, acceptation d'une autorité, celle du prieur appelé Frère Roger, jusqu'à sa mort en 2005.

Cette Règle a été rédigée en 1951, mais elle est sans cesse complétée et réadaptée. Comme dans toute communauté, la journée est rythmée par des offices, des temps de méditation et de prière. Les frères portent pendant les offices un vêtement blanc qui est une sorte d'aube.

La communauté de Taizé a contribué à mettre en place avec les propriétaires ruraux de la région, une coopérative agricole qui assure un partage des tâches et une redistribution des bénéfices.

En outre, les divers emplois des frères à l'extérieur – manuels ou intellectuels – apportent un complément de ressources pour prendre en charge les frais de la communauté.

Une priorité : l'accueil des jeunes
Pasteur Boegner
Le Pasteur Boegner
préchant dans l'Église de Taizé.
(Fédération Protestante de France)

L'oecuménisme de la communauté devient plus visible encore, avec la participation de deux frères protestants comme observateurs au Concile Vatican II, de nombreux contacts sont pris avec le Vatican et le patriarcat orthodoxe d'Istanbul et des recherches menées avec le groupe des Dombes.

Mais la priorité est l'ouverture en faveur des jeunes. Leur accueil se fait de plus en plus large. La grande Église de la Réconciliation, construite par des jeunes venus de tous les horizons pour faire oublier les drames de la guerre, est inaugurée le 5 août 1962 en présence des plus hautes autorités des Églises réformées, anglicanes orthodoxes et catholiques.

Chaque été des rencontres dont le thème est défini à l'avance sont proposées. Un temps fort a été le Concile des Jeunes organisé à Taizé du 30 aôut au 1er septembre 1974 préparé pendant les 4 années précédentes autour de thèmes de réflexion comme la « quête d'un idéal », le « nécessaire dépouillement », la « fraternité humaine », « l'engagement pour l'homme victime de l'homme ». Environ 40 000 jeunes de près de 100 nations ont participé à ce Concile et, depuis 1975, des rencontres sont prévues chaque année dans une ville différente d'Europe.

Taizé s'est adapté à cette jeunesse multiculturelle, en recherche d'expérience religieuse et a mis sur pied une organisation rigoureuse qui en assure le bon fonctionnement. Les prières dites en plusieurs langues utilisent des mots simples : écoute, confiance, espérance. Les chants sont répétitifs. On cherche à aller à l'essentiel et à faire passer un message : les jeunes sont les premiers destinataires de l'évangélisation, mais ils peuvent aussi en devenir les partenaires.

Dans le même temps les frères s'impliquent auprès des plus pauvres. Ils ouvrent des « fraternités », regroupement de quelques frères dans des lieux gravement touchés par les détresses humaines et spirituelles : Brésil, Chili, Bangladesh, Sénégal.... L'opération Espérance destinée à venir plus particulièrement en aide au continent sud américain est lancée dans un grand hôtel parisien le 15 mai 1963.

Un rayonnement international mais... des interrogations

Le clocher de l'Église de Taizé
Le clocher de l'Église de Taizé,
Saône-et-Loire.
(Jean Denys Robert)
La renommée de la Communauté s'est répandue très rapidement. Se pressent à Taizé pour retraites, rencontres entretiens non seulement des jeunes mais des religieux de toutes confessions, désireux de rajeunir le vécu de leur propre communauté.

Pourtant Taizé pose des questions au protestantisme

Le principe de la communauté religieuse a été rejeté dès les premiers temps de la Réforme et son établissement suscite une certaine méfiance malgré l'existence de la communauté des diaconesses de Reuilly, celle des soeurs de Pomeyrol et la communauté de femmes de Grandchamp en Suisse, existant depuis 1936, et ayant adopté la Règle de Taizé en 1963.

La communauté de Taizé n'est rattachée juridiquement à aucune organisation ecclésiastique non plus qu'au Conseil Oecuménique. Un des tout premiers frères d'origine protestante, entré dans la communauté, a été ordonné prêtre. Les contacts avec le Vatican sont fréquents et officiels. Les pasteurs protestants membres de la communauté ne sont pas autorisés à célébrer l'eucharistie pendant les offices, elle doit l'être par un prêtre, mais la Sainte Cène est ouverte à tous, sous les deux espèces, ce qui provoque une certaine confusion au cours des cérémonies.

Mais Taizé apporte aussi des réponses :

C'est un lieu privilégié de réconciliation entre des chrétiens d'origine diverse, d'éveil à la foi en Christ, de témoignage de l'Église universelle.

« On pressent dans cette communauté l'ébauche d'une réponse aux drames présents de l'église et du monde. » (M. Sweeting)


Bibliographie
• GRENIER Jean Claude, Taizé, une aventure ambiguë, Cerf, Paris, 1975.
• MAGNIFICAT Maurice, Taizé : son expérience et ses images, Université Jean Moulin Lyon III, Lyon, 1976.
• PAUPERT Jean-Marie, Taizé et l'Église de demain, Le signe / Fayard, Paris, 1967.


Les facultés de théologie protestantes

À L'exception de celle de Strasbourg qui est encore placée sous régime concordataire, les facultés de théologie protestante sont, en France, des établissements d'enseignement supérieur libres, délivrant leurs propres diplômes. Leur activité principale est la formation aux différents ministères de l'Église, pastorat, diaconie, catéchèse, musicologie. La plupart d'entre elles développent d'importantes activités de recherche et de formation continue, ainsi qu'une réflexion liée aux grands débats contemporains.

Professeurs de théologie en robe
Professeurs de théologie en robe,
au XXe siècle.
(E.T.R.)
Plusieurs lieux

On compte un certain nombre de facultés de théologie protestantes en France.

Certaines sont liées à l'Église protestante « historique » : ce sont les Facultés de Strasbourg, Paris, Montpellier, pour les Églises luthérienne et réformée.

D'autres sont liées à d'autres tendances du pluralisme protestant, la Faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence, la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (baptiste) et l'Institut biblique de Nogent (évangélique), le Campus adventiste du Salève en Haute-Savoie. S'y ajoutent quelques lieux de formation, plus ou moins stables du fait des sources de financements dont ils sont tributaires. Ils forment aux divers ministères des Églises qui ne sont pas rattachées à la Fédération protestante de France.

L'ensemble accueille, en formation initiale et en formation continue, quelques centaines d'étudiants français et étrangers (près de 250 à Strasbourg ; entre 300 et 400 à Paris et Montpellier ; 70 à Aix-en-Provence, etc.).

Enfin, depuis le développement de l'Internet, quelques sites de formation continue nés dans le sillage de l'Église réformée de France, ont été créés. C'est le cas notamment de Theovie.

Un enseignement supérieur « libre »

Sauf la Faculté de Strasbourg qui, étant placée sous régime concordataire, fait partie de l'Université Marc Bloch/Strasbourg II et délivre des diplômes nationaux, les autres facultés de théologie sont des établissements d'enseignement supérieur libres. Cette particularité française est liée à la loi de 1877 sur l'enseignement supérieur (établissant la distinction entre diplômes propres et diplômes d'État) et à la séparation des Églises et de l'État en 1905.

De ce fait, si la longueur et la qualité des études est la même que dans les établissements publics, (en général de trois à cinq ans et plus répartis selon les normes européennes LMD, Licence, Mastère, Doctorat), les diplômes conférés (licence et doctorat en théologie) ne permettent pas de bénéficier, en France, des avantages liés aux diplômes d'État (en termes de carrière et de rémunération notamment).

En revanche, le recrutement du corps enseignant, les modalités d'admission des étudiants peuvent être plus souples que dans l'enseignement public. À qualités égales, sont nommés des professeurs qui peuvent être titulaires d'autres diplômes que ceux qui sont formellement exigés par le Ministère de l'Éducation nationale.

Et si l'obtention du baccalauréat est le plus souvent requise pour l'entrée dans ces établissements, certains d'entre eux peuvent accepter des étudiants qui n'ont pas ce diplôme, soit qu'ils aient un diplôme étranger jugé équivalent, soit qu'ils suivent une formation préalable de mise à niveau dans l'établissement.

Enfin, le coût de fonctionnement de ces établissements est à la charge des Églises complété par des droits d'inscription. Ils confèrent des diplômes propres. Malgré la longueur et la qualité des études, ces diplômes ne sont pas reconnus comme diplômes nationaux.

Le tournant de 1968

Le statut des facultés de théologie libres n'a pas manqué de poser quelques problèmes après 1968. À l'époque en effet, un certain nombre d'étudiants n'ont plus souhaité exercer un ministère pastoral ; des pasteurs ont renoncé à leur ministère. Les uns et les autres ont eu quelques difficultés à valoriser leurs diplômes dans des professions séculières. De plus le recrutement des étudiants risquait de se tarir. Depuis ce moment, plusieurs aménagements sont intervenus, encourageant, par des associations avec telle ou telle université publique, les étudiants à ne pas négliger un double cursus (leur permettant de bénéficier des avantages de l'enseignement public). Cette ouverture n'a pas manqué en retour de diversifier le public des facultés de théologie protestantes et d'élargir leur champ de compétence académique, notamment en direction de la philosophie et des sciences sociales.

La plupart d'entre elles ont d'importants programmes de recherches et sont des lieux de formation continue, ce qui est aussi l'occasion de développer une réflexion nourrie sur les débats contemporains les plus importants. C'est en 1972 que les facultés de Paris et de Montpellier se fédèrent dans une structure nouvelle, l'Institut protestant de théologie. Depuis ce moment, les professeurs enseignent sur les deux sites et partagent leurs étudiants.

Toutefois l'ouverture vers l'extérieur des facultés de théologie a suscité des critiques. C'est ce qui a entre autres provoqué une « refondation » de la faculté d'Aix-en-Provence. Ce site, créé en 1938 par les Églises réformées évangéliques libres (les ÉRÉI n'avaient pas voulu rejoindre l'Église réformée de France qui venait de se constituer), n'était plus très actif. Il devint donc, en 1973, un lieu d'enseignement qui se voulait absolument respectueux de la tradition réformée, telle que définie par la Confession de Foi de la Rochelle (adoptée par les églises réformées en 1571).

Contenu des études, diplômes, perspectives professionnelles

Les facultés de théologie ont la charge de préparer aux divers ministères des églises. Toutes proposent donc les « fondamentaux » qui y préparent.

L'étude de l'Ancien et du Nouveau Testament.
L'apprentissage ou le perfectionnement de l'hébreu et du grec.
L'histoire de l'Église : histoire ancienne, patristique, histoire de la réforme et histoire moderne.
La théologie systématique : dogmatique, éthique, philosophie.
La théologie pratique : homilétique, catéchèse, actes pastoraux et accompagnement pastoral.

Cependant, le contenu et les modalités de ces enseignements de base varient selon les établissements, le corps professoral qui y enseigne, les recherches qui y sont menées, et bien sûr les organismes de tutelle (ÉRF, ÉÉLF, Églises évangéliques diverses) dont ils dépendent. Les exigences diffèrent.

Souvent, et de plus en plus, d'autres enseignements généralistes (sciences sociales, esthétique, sciences de la communication, etc.) s'y ajoutent, selon les appréciations et les projets des conseils d'établissements.

Enfin, l'obtention des diplômes est distincte de l'accès au ministère pastoral, lequel est de la responsabilité des organisations d'Églises (commissions des ministères).

Ainsi la Commission des Ministères de l'ÉRF suit-elle les étudiants de Strasbourg, de Paris et de Montpellier qui souhaitent devenir pasteurs, depuis leur année de licence jusqu'à leur première année de doctorat, mais ne les admet pas tous au proposanat.

La même Commission des Ministères de l'ÉRF ne reconnaît pas le diplôme de la faculté d'Aix-en-Provence et demande aux étudiants qui y ont été formés une année complémentaire à Paris ou à Montpellier.

Une diversité riche

La diversité de l'enseignement de la théologie protestante en France est aussi sa richesse. Un certain nombre de revues universitaires, la Revue d'histoire et de philosophie religieuse (Strasbourg), Études théologiques et religieuses (Montpellier), la Revue réformée (Aix-en-Provence) sont à cet égard d'importants vecteurs de débats.



La Faculté de théologie protestante de Strasbourg

La faculté de théologie protestante de Strasbourg est l'un des plus anciens lieux (créé en 1538) de formation aux divers ministères des Églises luthérienne et réformée. Actuellement département de l'Université Marc Bloch /Strasbourg II, elle propose, outre ses cursus théologiques conclus par des diplômes d'État, des activités de formation continue et elle comprend d'importants centres de recherches, notamment en patristique.

La Faculté de théologie protestante de Strasbourg
L'institut protestant de théologie
La faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence
La Faculté libre de théologie évangélique de Vaux sur Seine
L'Institut biblique de Nogent

Un riche contexte
Palais universitaire
Strasbourg, Palais universitaire :
la faculté de théologie (Bas-Rhin).
(Faculté de théologie de Strasbourg)

L'actuelle faculté de théologie protestante de l'Université Marc Bloch/Strasbourg II a une histoire riche. Celle-ci s'ouvre en 1538 avec la création du « Gymnase protestant ». En 1566, c'est l'Académie protestante. Celle-ci devient université luthérienne au temps des Lumières, puis faculté de théologie protestante concordataire en 1818. Entre 1871 et 1918, elle est evangelisch-theologiche Fakultät de la Kaiser-Wilhelms-Universität pour devenir à nouveau faculté concordataire après le Traité de Versailles. (Pendant la Seconde guerre mondiale, celle-ci se replie à Clermont-Ferrand, comme l'ensemble de l'Université de Strasbourg).

Son réseau relationnel actuel est large (notamment en Allemagne avec les universités de Marburg, Tübingen, Heidelberg, et en Suisse, avec celles de Lausanne, Genève et Neuchâtel).

Albert Schweitzer (1875-1965) y a assuré les cours de Nouveau Testament jusqu'en 1912. À ce nom célèbre s'en ajoutent beaucoup d'autres : ceux de F. Ménégoz, Guillaume Baldensperger dans la première moitié du XXe siècle ; et dans la seconde, Pierre Burgelin, André Caquot, Roger Mehl, Marc Lienhard, Charles Hauter, Marc Honegger pour la musicologie et ceux qui sont actuellement en exercice (quelque 30 professeurs, maîtres de conférence, chercheurs associés).

Enseignement et recherche

La Faculté compte quelque 200 étudiants réguliers français et étrangers répartis dans les trois cursus (licence/mastère/doctorat). Elle propose des enseignements répartis entre les disciplines bibliques, historiques, systématiques (théologie et philosophie de la religion), et pratique (homilétique, pratique pastorale, sociologie, musicologie) et bénéficie du riche contexte de l'université Marc-Bloch réputée pour ses compétences en langues anciennes, archéologie et histoire.

Outre la préparation aux ministères pastoraux, elle assure la formation des professeurs qui enseignent la religion dans les lycées et collèges, (les établissements scolaires étant eux aussi placés sous régime concordataire en Alsace/Moselle).

Par ailleurs, la Faculté propose de nombreux cours de formation continue pour les pasteurs et les laïcs engagés, formant aux divers services de la diaconie et contribuant à la formation des prédicateurs laïcs, à celle des catéchètes et des chefs de choeur.

Enfin d'importants centres de recherches lui sont attachés (Centre d'analyse et de documentation patristique, Groupe de recherche sur les non-conformismes religieux des XVIe et XVIIe siècles et l'histoire des protestantismes). Outre leurs nombreuses publications, quelques-uns des chercheurs ont participé à l'émission de la chaîne de télévision ARTE « Corpus christi » (1997, 2005).



L'institut protestant de théologie

L'institut protestant de théologie, créé en 1972, regroupe dans une structure commune les facultés de théologie protestante de Montpellier et de Paris. Son principal propos est la formation aux divers ministères des Églises réformée et luthérienne de France (ÉRF, ÉÉLF), à quoi s'ajoutent de nombreuses activités de recherches et de formation continue. Celles-ci sont souvent menées en collaboration avec la section des Sciences religieuses de l'École pratique des hautes Études, la Faculté de théologie catholique de Paris, l'Institut supérieur d'Études oecuméniques, l'École des hautes études en sciences sociales.

Un institut pour deux sites

Faculté de Théologie protestante
Montpellier,
Faculté de Théologie protestante.
(Collection particulière)


Depuis 1972, l'Institut protestant de théologie regroupe en une structure commune les sites des facultés libres de théologie protestante de Montpellier et de Paris. Il accueille plus de 300 étudiants ainsi que de nombreux auditeurs en formation libre ou continue. Pendant quelques années, le premier cycle se faisait à Paris et le second à Montpellier. La pratique s'est assouplie au gré des conjonctures, mais les professeurs enseignent en général sur les deux sites.

Les Facultés ont eu des histoires singulières et complémentaires. Elles font chacune place à la pluralité des traditions protestantes, ce large spectre qui va, non sans des allers et retours nourris par d'intenses débats, du libéralisme à l'« orthodoxie ».

Le site de Montpellier

La faculté de Montpellier a été créée en 1919 aux fins de transférer dans une ville universitaire la faculté de Montauban qui avait été, avec Strasbourg, le principal lieu de formation des pasteurs de l'Église protestante concordataire au XIXe siècle en France. Celle-ci avait été créée en 1809 dans la juridiction de l'Académie de Toulouse, non loin du site de l'ancienne Académie protestante (créée en 1598).

Faculté de Théologie protestante
Montpellier,
Faculté de Théologie protestante.
(Collection particulière)


Les premiers doyens de Montpellier ont été Henri Bois (1862-1924) et Léon Maury (1863-1931), deux théologiens particulièrement ouverts aux problèmes sociaux de leur temps et aux avancées de la recherche en sciences sociales. Depuis, beaucoup de professeurs prestigieux y ont enseigné l'exégèse critique des deux Testaments, (Wilhelm Vischer notamment), l'histoire de l'Église, les langues anciennes, la théologie systématique (André Gounelle) la théologie pratique et les questions sociales, la philosophie, la morale. Dans le cadre de l'Institut protestant de théologie, la faculté de Montpellier a renforcé ses compétences en sciences sociales. Elle s'enrichit de nombreux partenariats internationaux. Ainsi, a-t-elle pu engager, en collaboration avec eux, de nombreux travaux originaux, en particulier sur Paul Tillich et sur la théologie du Process. Elle est liée aux universités publiques de la région Provence/Alpes/Côte d'Azur.

Le site de Paris
Faculté de Théologie Protestante
Paris,
Faculté de Théologie Protestante.
(Isabelle de Rouville)

La faculté de Paris a été créée en 1877, à la suite du repli de deux des enseignants de l'université de Strasbourg qui ne pouvaient, ni ne souhaitaient, enseigner dans l'établissement placé sous tutelle allemande depuis la défaite de 1870. Ceux-ci ont permis que, pour la première fois depuis les débuts de la Réforme en France un lieu de formation de pasteurs, de missionnaires et de théologiens, fût créé à Paris. De plus, ils apportaient dans leurs « bagages » les riches ressources de l'École historico-critique qui avait connu une grande expansion en Allemagne (en particulier dans la suite des travaux d'Adolf von Harnack).

Dès ses débuts, la faculté de Paris, installée boulevard Arago, fut un foyer de recherche et d'enseignement très ouvert. Les professeurs sont liés au mouvement naissant du Christianisme social qu'ils ont beaucoup enrichi. Ils participent aux débats, tant de l'université publique qui se réforme et se modernise qu'à ceux de la crise moderniste. Frédéric Lichtenberger, Adolphe Lods, Wilfred Monod, Raoul Allier sont quelques-uns d'entre eux. Puis, sous l'impulsion de Pierre Maury, suivi par Jean Bosc, Georges Casalis, André Dumas, Oscar Culman, la Faculté s'est ouverte à l'oeuvre et à l'enseignement de Karl Barth.

Dans le cadre de l'Institut protestant de théologie, la faculté de théologie de Paris a multiplié ses centres d'intérêts. Elle a intensifié ses échanges avec la section des Sciences religieuses de l'École pratique des hautes Études, avec l'École des hautes études en sciences sociales et avec les diverses Facultés (philosophie, théologie, Institut supérieur d'études oecuménique-ISEO) de l'Institut catholique de Paris.

Un lieu de rencontres et de débats placé sous l'égide de l'Église réformée de France, l'Auditoire protestant, lui est attaché.

Le philosophe Paul Ricoeur lui a légué sa bibliothèque.



La faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence

La faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence, créée en 1938, a été « refondée » en 1973, sous l'impulsion du pasteur Pierre Courthial, de l'historien Pierre Chaunu, du philosophe Jean Brun et en collaboration avec le Westminster Theological Seminary de Philadelphie. L'enseignement qui y est proposé affirme une fidélité sans faille à la Confession de la Rochelle (1571).

Faculté libre de théologie
Faculté libre de théologie
d'Aix en Provence.
(Faculté libre de théologie
d'Aix en Provence)
Une volonté d'orthodoxie

Au début des années 1960, dans la suite de certains engagements politiques et éthiques de professeurs ou d'étudiants des facultés de théologie protestantes de Paris et de Montpellier, des pasteurs et des universitaires qui en désapprouvaient l'orientation, ont décidé de créer un lieu d'enseignement et de recherche qui serait, à leurs yeux, plus fidèle à la théologie réformée. L'enseignement proposé fut fondé sur l'affirmation d'une fidélité sans faille à la Confession de foi de la Rochelle, celle qu'avait adoptée l'Église réformée en 1571. La faculté d'Aix-en-Provence voulait se situer ainsi dans la continuité de l'Église primitive, de la réforme protestante, le contexte inaliénable, selon ses fondateurs, de la fidélité à l'Évangile.

Elle vit le jour en 1973 sur le site de l'établissement qui, en 1938, était destiné à former les pasteurs de l'Église réformée évangélique indépendante, laquelle avait refusé de rallier la structure de l'Église réformée de France nouvellement constituée.

La volonté d'orthodoxie proclamée par les refondateurs de la faculté d'Aix-en-Provence, le pasteur Pierre Courthial et l'historien Pierre Chaunu notamment, a été présentée à l'époque comme un « combat pour la Foi ». Ceux qui se sont associés à ce projet voulaient retrouver des principes, dont ils disaient qu'ils avaient été abandonnés par l'enseignement existant. Le site devait se consacrer exclusivement à la formation du corps pastoral (ainsi qu'à celle des ministères complémentaires), en privilégiant des certitudes, en reconnaissant les sources de l'autorité, et en se défiant des usages de l'analyse critique.

Dès le début, l'établissement a privilégié les partenariats avec des Séminaires de théologie américains plutôt que des liens avec les établissements d'enseignement de la Fédération protestante de France. Celle-ci était considérée comme trop indulgente vis-à-vis d'interprétations des textes bibliques considérées comme laxistes.

L'Église réformée de France, quant à elle, a jugé l'enseignement proposé à Aix trop fermé aux difficultés du monde séculier et à ses injustices, ce qui était pourtant l'un des soucis premiers de la Réforme. D'une manière générale, elle a considéré que les diplômes conférés par la faculté d'Aix ne pouvaient pas ouvrir, sans examen complémentaire, aux ministères dont elle était responsable.

C'est pourquoi, depuis sa création, la Faculté d'Aix-en-Provence a plutôt contribué à la formation des pasteurs des Églises évangéliques (lesquels sont aussi formés pour certaines dénominations à la Faculté de Vaux sur Seine). Mais elle forme bien sûr, quoique sous certaines conditions des pasteurs de l'Église réformée de France.

Outre les cours de théologie, d'histoire de l'Église, d'hymnologie, quelques cours de philosophie, d'histoire, de sociologie, sont dispensés à Aix, à l'écart des débats qui caractérisent ces disciplines dans l'enseignement public.

Un certain nombre de ses professeurs, titulaires ou associés, sont américains.

La Faculté d'Aix a développé des liens actifs avec l'Archevêché de la ville et son diocèse.



La Faculté libre de théologie évangélique de Vaux sur Seine

École pastorale dès la fin du XIXe siècle, la Faculté de Vaux sur Seine est devenue établissement d'enseignement supérieur libre en 1965. Elle forme les pasteurs des Églises évangéliques (baptiste, méthodiste, pentecôtiste) d'expression française.

Un enseignement fondé sur l'Écriture

Faculté de théologie
Faculté de théologie de Vaux sur Seine.
(Faculté de théologie de Vaux sur Seine)
À sa création, l'établissement de Vaux sur Seine était une école pastorale. Le baccalauréat n'était pas requis pour y être admis. De futurs pasteurs y recevaient une formation générale du niveau de l'enseignement secondaire, une formation théologique et une formation pratique.

L'établissement est devenu Faculté libre de théologie évangélique en 1965 et prépare aux trois cycles de formation – licence, mastère, doctorat. L'enseignement qu'il propose est fondé sur « l'Écriture ». Il vise une « cohérence entre théologie, foi, spiritualité et vie de l'Église ». En complément sont proposés quelques enseignements de sociologie et de psychologie préparant à divers aspects du service social.

La Faculté a un site décentralisé à Lyon. Elle organise de nombreuses sessions de formation continue, y compris des universités d'été. Elle développe les échanges avec l'Institut protestant de théologie et avec l'Institut biblique de Nogent.



L'Institut biblique de Nogent

L'institut biblique de Nogent a été fondé en 1921 aux fins de former des évangélistes, des pasteurs, des missionnaires et plus récemment des travailleurs sociaux. Il accueille des étudiants de toutes nationalités qui exercent par la suite un ministère qui les appelle sur divers continents.

Une formation biblique et doctrinale
Institut Biblique
Institut Biblique de Nogent sur Marne (94).
(Institut Biblique de Nogent sur Marne)

L'Institut biblique a été fondé en 1921 par un couple d'évangélistes, Jeanne et Ruben Saillens. L'essentiel de la formation est biblique et doctrinal (déclaration de foi en « l'inspiration et en l'autorité de la Bible »). L'accent est mis sur l'acquisition d'une maturité spirituelle permettant d'exercer un ministère dans le monde moderne.

Depuis quelques années, l'Institut a développé des partenariats, notamment avec l'Espace de Formation à l'évangélisation (AGAPE France), lui permettant de mettre en oeuvre, selon des critères qui lui sont propres, un séminaire d'islamologie et une formation missionnaire.

Des échanges avec la Faculté libre évangélique de Vaux sur Seine doivent aboutir à la création d'une structure commune.



Un peu d'histoire

20e siècle

Les Protestants et la vie publique
Protestantisme et débats du XXe siècle
La théologie au XXe siècle
Les protestants dans les arts et les lettres
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français