Musée virtuel du protestantisme français
Un peu d'histoire

20e siècle

Les Protestants et la vie publique
Protestantisme et débats du XXe siècle
La théologie au XXe siècle
Les protestants dans les arts et les lettres
Portraits


Portraits

De nombreux protestants français s'illustrent au XXe siècle dans tous les domaines : politique, science, arts et théologie.

Madeleine Barot (1909-1995)
Samuel Bastide (1879-1962)
Marc Boegner (1881-1970)
Suzanne de Dietrich (1891-1981)
André Gide (1869-1951)
Charles Gide (1847-1932)
Pierre Maury (1890-1956)
Théodore Monod (1902-2000)
Paul Ricoeur (1913-2005)
Charles Scheer (1871-1936)
Albert Schweitzer (1875-1965)
Charles Seignobos (1854-1942)
François Wendel (1905-1972)
Charles Westphal (1896-1972)
Jean Zay (1904-1944)



Madeleine Barot (1909-1995)

Madeleine Barot
Madeleine Barot.
(Réforme)
Une femme passionnée par le service de son prochain et le rayonnement du protestantisme.

Jeunesse

Madeleine Barot naît à Chateauroux dans une famille d'enseignants,et fait ses études secondaires à Clermont-Ferrand et à Versailles où elle participe aux activités de la « Fédé » lycéenne.

Elle poursuit des études d'histoire à la Sorbonne, commence à travailler comme stagiaire à la Bibliothèque Nationale et devient en 1935 archiviste à l'École Française de Rome, où elle restera jusqu'en 194O. C'est à ce moment là qu'elle entre à la « Fédé » étudiante (branche française de la Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d'Étudiants), dont elle deviendra à partir de ce moment-là une militante très engagée.

La guerre de 40

Rapatriée de Rome, à l'entrée en guerre de l'Italie, Madeleine Barot assure sur la proposition du pasteur Marc Boegner le secrétariat général de la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués) qu'elle a contribué à mettre sur pied avec Suzanne de Dietrich et qui se préoccupe des problèmes humains dramatiques liés aux réfugiés et aux évacués.

Dorénavant, elle mettra toute son intelligence et son énergie à la coordination de l'assistance aux camps d'internement, en particulier celui de Gurs (Pyrénées-Atlantique ), où sont regroupés environ 40.000 étrangers et juifs assignés à résidence par le régime de Vichy. Elle multiplie les visites dans les camps, organise des centres d'accueil au Chambon-sur-Lignon et arrive à mettre sur pied des filières d'évasion en Suisse pour les juifs les plus menacés.

Elle fait partie du groupe de réflexion qui aboutira en 1941 à la rédaction des Thèses de Pomeyrol soulignant la résistance de l'Église Réformée de France au nazisme.

Après la Libération Madeleine Barot s'occupe des détenus suspects de collaboration, notamment à Drancy.

Les activités internationales

En 1953 Madeleine Barot devient directeur du département Coopération entre hommes et femmes dans l'Église et la Société du Conseil Oecuménique des Églises, auquel s'ajoute la direction du département Éducation au développement.

En 1968,elle participe aux travaux de la SODEPAX (Société Développement et Paix) sous l'égide du COÉ (Comité Oecuménique des Églises) et de l'Église catholique et à ce titre voyage en Afrique Noire, à Madagascar et en Amérique du Sud où elle joue, en pleine période de décolonisation, un rôle primordial dans la promotion de la condition féminine, et où s'accroît son rayonnement international.

De 1974 à 1979, elle est secrétaire de la Commission des Affaires Sociales Économiques et Internationales de la Fédération Protestante de France.

En 1980 elle devient Vice-Présidente de l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture).

En 1988 Madeleine Barot est nommée Docteur Honoris Causa de la Faculté de théologie de Paris.


Bibliographie
• POUJOL, Geneviève, Un féminisme sous tutelle – les protestantes françaises 1810-1960, Max Chaleil éditeur, Paris, 2003.


Samuel Bastide (1879-1962)

Artiste peintre et conférencier pour transmettre la mémoire du protestantisme au temps du Désert.

Toute une vie consacrée à une forme de prosélytisme au moyen de l'image

Scène de bataille
Scène de bataille,
plaque de verre peinte de Samuel Bastide.
(Musée des Vallées Cévenoles)
Samuel Bastide naît en 1879 à Saint-Jean-du-Gard. À l'âge de onze ans et malgré de bons résultats scolaires, il abandonne les études pour apprendre le métier de graveur sur cuivre ; plus tard, il crée un atelier d'agrandissements photographiques et fait sans les terminer des études de théologie à Genève.

À l'âge de dix-huit ans il s'engage à la Croix Bleue (oeuvre qui lutte contre l'alcoolisme) et toute sa vie, il oeuvrera fidèlement pour cette cause humanitaire. Dans ce cadre et pour l'animation d'une soirée, il réalise en 1908 sa première série de projections lumineuses d'après le conte d'Alphonse Daudet, la chèvre de Monsieur Seguin. Pendant la première guerre mondiale, il est affecté comme responsable d'un foyer pour soldats ; il multiplie les projections.

Après la guerre, il anime des foyers civils, puis devient conférencier itinérant au service de la Société Centrale Évangélique. Il organise un service de prêts de séries de projections pour les églises désireuses de les utiliser.

Il entre en 1938 au service de la Ligue nationale antialcoolique, où il va mettre au point de nouveaux montages pour de nouveaux publics : les écoles, les écoles normales et les casernes.

Revenu à Saint-Jean-du-Gard, il visite avec ses projections paroisses et écoles jusqu'à l'âge de 77 ans.

Il meurt à Lausanne en 1962.

Une oeuvre originale faite de milliers de plaques de verre peintes que l'on projette

Bastide exécute des dessins très minutieux ; il en tire une réduction photographique positive sur une plaque de verre 8x8 cm qu'il peint manuellement et qu'il peut projeter à partir d'une lanterne à double foyer, pliante pour en diminuer le volume, qu'il a lui-même construite.

Il réalise ainsi plus de deux mille cinq cents vues constituant trente cinq montages se répartissant en quatre genres différents : des séries courtes, généralement profanes (fables, contes de Daudet), qu'il projetait en première partie ou devant des auditoires laïques. Les montages longs, d'une heure environ, se répartissent en trois thèmes : séries à caractère éducatif (lutte contre l'alcoolisme), séries bibliques (majoritairement illustrations du Nouveau Testament), enfin ce qui constitue l'essentiel de son oeuvre, celles consacrées à l'histoire du protestantisme. Il s'est attaché, dans ses montages historiques, à mettre en valeur des hommes et des femmes au tempérament héroïque, les donnant en exemple pour leur fidélité à leur foi et leur résistance à la persécution déployée pour forcer leurs consciences.

Ces montages constituent un ensemble unique illustrant l'histoire du protestantisme. Ils se trouvent actuellement au Musée des Vallées Cévenoles, ainsi que son matériel et ses souvenirs.


Bibliographie
• BASTIDE Samuel, Les pasteurs du Désert, Musée du Désert, 1901.
• BASTIDE Samuel, L'Exode de Huguenots, Musée du Désert, 1901.
• BASTIDE Samuel, Les Camisards, Musée du Désert, 1901.
• BASTIDE Samuel, Les Galériens pour la Foi, Musée du Désert, 1901.
• BASTIDE Samuel, La Tour de Crest et ses martyrs, Musée du Désert, 1901.
• BASTIDE Samuel, Les prisonnières de la Tour de Constance, Musée du Désert, 1901.
• CABANEL, Patrick et JOUTARD, Philippe, Les camisards et leur mémoire, 1702-2002, colloque du Pont-de-Montvert des 25 et 26 juillet 2002, Presses du Languedoc, Montpellier, 2002, 278 pages.


Marc Boegner (1881-1970)

Pasteur au charisme exceptionnel, Marc Boegner est une des grandes figures du protestantisme français contemporain. Fédérateur de ses diverses sensibilités, il y assume très tôt des charges importantes. Pendant la guerre de 1940-1945, au nom de la Fédération Protestante de France, il a lutté contre les mesures discriminatoires frappant en particulier les Juifs. Et il a porté sa vie durant une « exigence oecuménique » qui fait de lui un véritable pionnier du rapprochement entre les Églises chrétiennes.

Marc Boegner
Le pasteur Marc Boegner.
(Réforme)
Les études et la première paroisse

Marc Boegner est né à Épinal en 1881. Son père Paul Boegner et sa mère Jenny Fallot étaient d'origine alsacienne mais de tradition réformée.

En raison des affectations successives de son père qui était préfet, il fait ses études secondaires à Orléans puis à Paris.

Il est très marqué par l'influence de son oncle, le pasteur Tommy Fallot (1844-1904), et empêché par sa mauvaise vue de préparer l'École Navale, il se décide après ce qu'il appellera lui-même sa « conversion », à faire sa théologie. Il fait ses études à la faculté de théologie protestante de Paris. Elles sont interrompues par son service militaire en 1901-1902. Après la soutenance de sa thèse sur les catéchismes de Calvin en juillet 1905 et sa consécration, il est nommé pasteur à Aouste-sur-Sye (Drôme) où Tommy Fallot avait été pasteur pendant 9 ans avant sa mort.

Dans cette modeste paroisse de campagne, Marc Boegner inaugure un ministère fondé sur l'humilité, l'écoute et le rassemblement dans une même foi, des hommes et des idées.

La Maison des Missions et la paroisse de Passy


Pasteur Marc Boegner
Pasteur Marc Boegner
prêchant dans le temple de Passy-Annonciation, Paris.
(Collection privée)

En 1911 il est nommé professeur à la Maison des Missions à Paris. C'est là qu'il réalise la nécessité indispensable du lien entre mission et unité de l'Église. En 1912, il rencontre John Mott (1855-1965) laïc américain, baptiste, fondateur de la Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d'Étudiant, futur prix Nobel de la Paix (1946), qui sera l'initiateur du mouvement oecuménique. Mobilisé à Paris comme infirmier-chef dès août 1914, Boegner ne cesse pas pendant les quatre années de guerre de présider des cultes, de soutenir ceux qui lui demandent de l'aide, profondément déchiré entre « l'ardent espoir de la victoire et l'obligation de refuser la haine. »

En octobre 1918 il est nommé pasteur de la paroisse parisienne de Passy-Annonciation, poste qu'il conservera jusqu'en 1953.

De cette paroisse divisée entre des sensibilités différentes, théologiques et politiques – division fréquente à cette époque à l'intérieur du protestantisme – il va faire un lieu de rayonnement de la mission de l'Église. Il sera considérablement aidé dans cette tâche par l'arrivée auprès de lui en 1934, du pasteur Pierre Maury, homme chaleureux, remarquable théologien qui sera pour lui « l'ami, le frère, le confident de toutes ses préoccupations paroissiales ».

F.P.F.
Logo de la F.P.F.
(F.P.F.)
Le Fédérateur du Protestantisme

En 1928, Marc Boegner inaugure les conférences de carême radio-diffusées qui le feront connaître bien au-delà du modeste auditoire de sa paroisse. Mais son grand souci à ce moment là est de voir se réaliser l'unité du Protestantisme, et il met toute son énergie à établir un cadre dans lequel les Églises réformées, luthériennes, évangéliques, pourraient partager une même foi, tout en ayant des positions théologiques et ecclésiales différentes.

En 1929, l'Assemblée de la Fédération Protestante de France à Marseille entérine le regroupement à Paris de plusieurs Unions d'Églises et Associations protestantes et leur installation au 47 de la rue de Clichy signifie une forme d'institutionnalisation.

Marc Boegner est élu Président de la Fédération Protestante de France (F.P.F.), charge qu'il occupera jusqu'en 1961.

Mais à l'intérieur de la Fédération, l'unité des Églises Réformées reste à faire. Les oppositions entre orthodoxes attachés à des traditions anciennes et libéraux plus sensibles à l'évolution des mentalités, sont en passe de se résoudre.

À l'Assemblée de Lyon en mai 1938, l'unité se réalise sur la base d'une déclaration de foi commune et Marc Boegner est élu Président du Conseil National de l'Église Réformée de France (É.R.F.).

Il cumule alors deux des plus hautes charges au sein du Protestantisme français.

La guerre de 194O-1945

Pasteur Boegner
Le Pasteur Boegner au procès du Maréchal Pétain.
(Collection Privée)
En juin 194O, après l'armistice, la Fédération Protestante souhaite que son président se fixe en zone libre et Marc Boegner s'installe à Nîmes où la tradition protestante reste forte.

En janvier 1941, il est appelé à siéger au Conseil National créé par le Maréchal Pétain, en tant que représentant des Églises protestantes où, suivant ses propres termes, il peut pratiquer « la politique de la présence ».

Il multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans les camps d'internement de Drancy ou Gurs (Pyrénnées Atlantiques) et ensuite en faveur des juifs.

Ces protestations faites au nom de l'Église Réformée et de la Fédération Protestante sont souvent précédées de rencontres avec le Cardinal Gerlier, Archevêque de Lyon, et d'échanges avec le Grand Rabbin Schwartz. Elles prennent aussi la forme de lettres adressées directement par le pasteur Marc Boegner au Maréchal Pétain, qui sont souvent lues en chaire au cours des cultes dominicaux.

Dans les mois qui précédent la Libération, il intervient encore de très nombreuses fois pour obtenir la libération de pasteurs (Trocmé, Theiss, de Pury, Roulet arrêtés pour faits de résistance ou d'aides aux juifs pourchassés.

Après la guerre le pasteur Boegner, avec l'accord de la Fédération Protestante de France, accepte d'être cité par la défense et de témoigner au procès du Maréchal Pétain.

L'artisan de l'oecuménisme

Les présidents du COÉ et le Général Eisenhower
Les présidents du COÉ et
le Général Eisenhower, Evanston, 1954.
Marc Boegner et les présidents du Conseil Oecuménique des Églises et le Général Eisenhower (Président des États-Unis d'Amérique),
à Evanston, 1954.
(Collection privée)
Dès les débuts de son ministère, Marc Boegner avait souffert du scandale de la concurrence missionnaire et ressenti la nécessité du rapprochement entre les chrétiens. Sa participation aux Associations chrétiennes d'étudiants, fer de lance du mouvement oecuménique, l'avait définitivement décidé à s'engager.

Dans les années 1930, à Fanö (Danemark, 1934) et Edimbourg (Écosse, 1937), ou Utrecht (Pays-Bas, 1938) les deux directions internationales du mouvement oecuménique : « Vie et Action » fortement marquée par le Christianisme Social et « Foi et Constitution » plus soucieuse d'expression théologique, tentent de se rapprocher en un « Conseil Oecuménique en préparation »,animé par les protestants et les orthodoxes.

Marc Boegner représentant la Fédération Protestante de France y prend de plus en plus de responsabilité.

La deuxième guerre mondiale retarde la formation du Conseil Oecuménique des Églises (C.O.É.) qui se constituera à l'Assemblée d'Amsterdam (Pays-Bas) en 1948. Marc Boegner, représentant le protestantisme français, est nommé avec quatre autres personnalités étrangères, co-président du Conseil des Sages.

Basilique Saint-Pierre
Rome, basilique Saint-Pierre,
Concile de Vatican II.
(Fédération Protestante de France)
Les assemblées d'Evanston (États-Unis, 1954) et de New Delhi (Inde, 1961) auxquelles il participe font encore progresser le mouvement oecuménique vers plus de relations entre les Églises membres, et plus d'échanges pour l'approfondissement de la recherche théologique.

Pourtant, malgré des prises de position personnelles de religieux catholiques en faveur d'un dialogue avec les protestants, l'Église catholique n'esquisse aucun signe de rapprochement. Pour elle, c'est aux Églises séparées de faire « le grand retour ».

Observateur au Concile Vatican II

Mais le ConcileVatican II convoqué par le Pape Jean XXIII en 1962 va faire « bouger les choses ». Un secrétariat pour l'Unité des chrétiens dont le Cardinal Béa est le président, est créé par Paul VI en 1963.

Réception du pasteur Marc Boegner
Réception du pasteur Marc Boegner à l'Académie française en 1963.
(Collection privée)
Marc Boegner participe comme observateur aux troisième et quatrième sessions du Concile.

Le travail considérable des théologiens de toutes les confessions va peu à peu faire partager par tous les chrétiens cette exigence oecuménique pour laquelle il a tant oeuvré.

Et Académicien

Marc Boegner, membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques depuis 1974, est élu à l'Académie Française en 1963.

Il sera nommé « Juste parmi les nations » en 1988.


Bibliographie
• BOEGNER, Marc, L'Exigence oecuménique, souvenirs et perspectives, Albin Michel, Paris, 1968.
• BOEGNER, Philippe, Les carnets du pasteur Boegner, Fayard, Paris, 1992.
• MEHL, Roger, Marc Boegner, une humble grandeur, Plon, Paris, 1987.


Suzanne de Dietrich (1891-1981)

Issue d'une famille alsacienne de tradition luthéro-réformée, Suzanne de Dietrich, après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur, se passionnera pour l'étude de la Bible qu'elle portera à un très haut niveau d'exigence et qui sera aussi pour elle une ouverture vers l'oecuménisme.

Suzanne de Dietrich
Suzanne de Dietrich,
à 80 ans.
(Réforme)
Des études d'ingénieur aux études bibliques

Suzanne de Dietrich est née à Niederbronn (Bas-Rhin) dans une famille d'industriels enracinée dans la tradition de foi du Ban de la Roche, marquée par les pasteurs Frédéric Oberlin et Tommy Fallot.

Elle fait des études d'ingénieur à Lausanne,où elle suit les activités de l'Association Chrétienne d'Étudiants, obtient en 1913 son diplôme d'ingénieur,et participe en février 1914 au congrès de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants – la Fédé.

À partir de ce moment capital pour elle, et malgré un grave handicap physique, elle s' y engage complétement.

En 1916,elle devient aussi membre des « Volontaires du Christ » mouvement créé par les étudiants principalement en théologie et dont le mot d'ordre est « l' évangélisation du monde par notre génération ».

Elle introduit à la Fédé les études bibliques en commun, ce qui pour l'époque est une pratique jugée révolutionnaire. Sous son impulsion, la Bible, de livre de méditation privée, devient objet de culture biblique, tendant à fortifier la foi, ouverte à tous et à diverses étapes de leur évolution spirituelle.

À ce moment-là elle participe aussi à la découverte de l'oeuvre de Karl Barth (1886-1968), le grand théologien allemand diffusée en France par le pasteur Pierre Maury (1890-1956) à travers la revue Foi et Vie très influente dans le milieu des jeunes théologiens.

L'engagement oecuménique et la création de la Cimade

Suzanne de Dietrich est nommée en 1929 vice-présidente de la Fédération Universelle des Étudiants Chrétiens qui est, après la guerre de 1914-1918, le fer de lance du mouvement oecuménique qui commence à s'organiser, et c'est elle qui est en 1932 à l'origine de la première réunion de théologiens catholiques, protestants et orthodoxes.

À partir de ce moment-là, elle animera de nombreuses études bibliques inter-confessionnelles en France.

Elle est nommée en 1929, Vice-Présidente de la Fédération Universelle des Étudiants Chrétiens, chargée des questions oecuméniques et liturgiques, charge qu'elle assumera jusqu'en 1946.

En 1937 elle participe à la première conférence mondiale de la jeunesse très centrée sur l'étude biblique.

Elle fait partie du Comité consultatif pour la création d'une « méthode d'études bibliques » qui sera connue sous le nom de Renouveau biblique.

En septembre 1939 elle contribue avec Madeleine Barot (1909-1995) à la création de la CIMADÉ (Comité inter-mouvements auprès des évacués) rendue nécessaire par les problèmes humains dramatiques liés aux réfugiés et aux évacués.

En 1941, elle fait partie des 16 pasteurs et laïcs – dont 3 femmes – qui rédigent la déclaration dite Thèses de Pomeyrol, soulignant la résistance de l'Église Réformée de France au nazisme.

Restée à Genève pendant la guerre pour soutenir les Associations chrétiennes d'étudiants, elle écrit d'abord l'histoire de ces associations, puis son livre le plus connu Le dessein de Dieu, véritable itinéraire biblique à l'usage de tous les croyants qui sera très étudié dans les séminaires catholiques. Publié en 1945, ce livre sera traduit en 13 langues.

Dernières activités

En 1946 elle participe à la création du nouvel Institut Oecuménique à Bossey (canton de Vaud, Suisse) sorte de laboratoire où se vit l'oecuménisme. Elle y est responsable de la formation des laïcs au travail oecuménique. Elle y restera 8 ans.

En 1954 elle s'installe à Paris d'où elle voyagera principalement en Amérique du Nord et au Canada où elle donne des cours dans les facultés de théologie.

En 1958 elle devient membre du Comité directeur de la Cimade et fait partie des « Équipes de recherche biblique » dès leur création en 1962.

Suzanne de Dietrich a été nommée Docteur Honoris Causa en théologie de plusieurs universités d'Europe et d'Amérique du Nord.


Bibliographie
• de DIETRICH, Suzanne, Le dessein de Dieu, Labor et Fides, Genève, 1945.
• WEBER H.R., Suzanne de Dietrich, la passion de vivre, Les Bergers et les mages-Oberlin, 1995.


André Gide (1869-1951)

André Gide est l'un des écrivains français les plus importants de la première moitié du XXe siècle. Né dans une famille protestante, il reçoit une éducation austère dont la marque se retrouve dans une oeuvre littéraire considérable, où la hantise du péché et la recherche du bonheur s'opposeront continuellement.

La jeunesse : une éducation austère, une mère omniprésente

André Gide
André Gide (1869-1951).
(Collection privée)
André Gide est né à Paris le 22 novembre 1869. Son père juriste, originaire d'Uzès est titulaire d'une chaire de droit romain à la Faculté de Droit de Paris. Il meurt en 1880, laissant l'éducation de son fils unique à sa femme issue d'une famille normande fortunée, très rigide, marquée elle-même par une mère d'un calvinisme quasi fanatique et par le souvenir du grand père, Tancrède Gide dont André dira plus tard qu'il était de la race des « tutoyeurs de Dieu ».

Après des études sans éclat à l'École Alsacienne, coupées par de fréquents séjours dans des lieux de cure, nécessités par une santé fragile que surveille une mère très précautionneuse, André fait sa « rhétorique » au lycée Henri IV.

Il s' est lié très jeune avec François de Witt-Guizot, dont la maison familiale du Val Richer est proche de celle de sa famille maternelle : La Roque dans le village de Cuverville en Normandie.

L'ami de ses années d'école est Pierre Louÿs (1870-1925) le futur poète symboliste.

En 1890, à l'occasion d'un séjour à Montpellier, chez son oncle Charles Gide l'économiste, il rencontre Paul Valéry (1871-1945) dont il dira qu'il fut pour lui « l'âme frère ».

Sa mère l'ayant enfin autorisé à découvrir la bibliothèque de son père il se jette à corps perdu dans la lecture de Saint-Augustin, Pascal, Bossuet et Goethe pour lequel il professera toujours une véritable vénération.

Le journal intime d'Amiel et les Confessions de Jean-Jacques Rousseau le poussent vers une introspection passionnée. Elle se traduira dès 1887 par le début de la rédaction d'un Journal, qu'il tiendra presque au jour le jour, sa vie durant.

L'entrée en littérature

En 1891, Gide publie Les Cahiers d'André Walter dont il a fait son double. L'ouvrage est immédiatement remarqué par quelques grandes figures de cette époque : Maurice Barrès, José-Marie de Hérédia, Maurice Maeterlinck, et surtout Stéphane Mallarmé, le chef incontesté de l'École Symboliste.

À partir de ce moment Gide « entre en littérature ».

Il voyage aussi avec des amis, connaît de grandes exaltations lors d'un premier séjour en Algérie en 1893-94, où il s'abandonne à ses penchants homosexuels et c'est là qu'il rencontre pour la deuxième fois Oscar Wilde, dont il avait fait la connaissance en 1891.

La mort de sa mère en 1895 le soulage d'une tutelle oppressante et le pousse quelques mois plus tard vers le mariage avec sa cousine germaine Madeleine Rondeaux (1867-1938).

Ce mariage « blanc » désiré par André dès son adolescence, sera malgré son échec, un point d'ancrage affectif et moral dont sa nature perpétuellement tourmentée par des pulsions contraires, avait besoin.

En 1897 Gide publie Les Nourritures Terrestres une de ses oeuvres les plus célèbres, qui prône le refus des servitudes de tous ordres, la recherche du plaisir, du bonheur de vivre,sorte de traité hédoniste qui eut immédiatement une grande influence sur la jeunesse, influence qui ne s'est jamais démentie depuis.

Après alterneront des oeuvres d'un grand puritanisme : La Porte étroite, récit transposé de son échec conjugal (1909), La Symphonie Pastorale (1919) – dont le réalisateur Marc Allégret fera un film célèbre mettant en scène un pasteur – avec celles célébrant la joie des sens : l'Immoraliste, Les Caves du Vatican (1914) dont le héros fait l'apologie de l'acte gratuit. Si le Grain ne meurt qui paraît en 1920 est une sorte d'autobiographie de sa jeunesse, où le talent de l'écriture rend encore plus cruel son jugement sur son éducation protestante.

En 1924, paraît Corydon, médiocre apologie de l'homosexualité qui déclenche les foudres de ses amis catholiques puis Les Faux Monnayeurs (1925) son roman le plus ambitieux.

Gide s'est aussi affronté au théâtre avec Le Roi Candaule, dès 1901 – qui n'aura qu'une représentation – Oedipe en 1931 et enfin Thésée – sorte de testament littéraire en 1946.

En même temps, Gide exerce une activité de mentor littéraire dans les années si riches du début du siècle. Il est un des initiateurs de la Nouvelle Revue Française, dont le premier numéro paraît en novembre 1908, et à laquelle participeront tous les écrivains de sa génération qui sont en même temps ses amis : Paul Claudel, Jean Schlumberger, Roger Martin du Gard, Francis Jammes, Paul Valéry, Henri Ghéon et d'autres.

Les débats religieux, les engagements politiques

Gide a été toute sa vie un lecteur assidu de la Bible et les échanges qu'il a avec François Mauriac, Paul Claudel, Henri Ghéon, agnostique qui se convertit et le fait savoir, le poussent à une constante réflexion sur la religion. Mais marqué par son éducation puritaine où l'observance d'une morale stricte tient lieu de foi, il est très éloigné des certitudes de ses amis catholiques.

« Il n'existe presque rien sur quoi je n'ai pas changé d'avis » écrira Gide dans son journal à la fin de sa vie. Cette confession est sans aucun doute, particulièrement vraie concernant ses positions sur les problèmes politiques de son temps.

Il s'engagera sans enthousiasme excessif aux côtés des dreyfusards en 1898-99, mais flirte aussi avec l'Action Française par admiration pour Maurice Barrès.

N'étant pas mobilisé en 1914, il remplit une tâche « obscure mais efficace » dans un foyer d'accueil pour les réfugiés. Il y fera la connaissance de Charles du Bos qui deviendra le confident très intime de ses questionnements religieux.

Après la guerre Gide se passionne pour les problèmes posés par le colonialisme Il passe presqu'un an en 1926-27 au Congo et au Tchad, Il livrera ses impressions de voyage à son ami Léon Blum qui dirige à ce moment-là le quotidien socialiste Le Populaire. Ces récits seront ensuite publiés sous le titre : Voyage au Congo (1927) et Le Retour du Tchad (1928).

Il tente par la suite de se rapprocher du communisme. Il y voit une « nouvelle aventure de l'esprit ». « Jamais je ne me suis penché sur l'avenir avec une curiosité plus passionnée » écrira-t-il dans son Journal en 1936.

Il va à Berlin avec André Malraux en janvier 1934 pour essayer de faire libérer un dirigeant communiste bulgare, puis en 1936, galvanisé par la victoire du Front Populaire, il va passer deux mois en U.R.S.S. où il retrouve Aragon. Mais assez vite la réalité des purges staliniennes et des camps lui ouvre les yeux, et il publiera à son retour Retour d'U.R.S.S. (1936) et Retouches à mon retour d'U.R.S.S. (1937) que ses amis très proches du communisme dans ces années-là, lui reprocheront durement.

Mais l'âge venant, il prend du recul par rapport à tous les problèmes de l'entre deux guerres. Il vit entouré d'un « cénacle » de fidèles parmi lesquelles Maria Van Rysselberghe, dite « La Petite dame » joue un grand rôle. Il a eu avec sa fille Élisabeth Herbart une courte liaison d'où naîtra en 1923, sa fille Catherine Lambert-Gide.

Il s'isole dans la rédaction de son journal, reçoit le prix Nobel en 1947 et meurt à Paris en 1951.

André Gide a toujours eu une notoriété contrastée. Malgré l'insuccès relatif de ses romans au moment de leur parution, malgré le scandale que soulèvent certaines de ses prises de position sur les problèmes de moeurs, et une certaine désaffection pour son oeuvre de nos jours, il reste par son importance dans la vie littéraire, par la beauté classique de sa langue, le « contemporain capital » comme dira André Malraux des quarante premières années du XXe siècle.



Charles Gide (1847-1932)

Charles Gide, théoricien de l'économie sociale, est une figure de premier plan du mouvement coopératif français et du christianisme social. Son oeuvre est dominée par l'idée de solidarité.

Pour informations complémentaires, voir : Charles Gide (1847-1932).



Pasteur Pierre Maury
Pasteur Pierre Maury (1890-1956).
(Fédération Protestante
de France)
Pierre Maury (1890-1956)

Le pasteur Pierre Maury a été une des personnalités marquantes du protestantisme français dans la première moitié du XXe siècle.

Homme chaleureux au sein de la « Fédé ». Ami et traducteur de Karl Barth, il a contribué à faire connaître sa théologie et, à partir de là, a été le « maître à penser » de toute une génération de jeunes pasteurs.

Études, premiers engagements

Né en 1890, Pierre Maury est le fils de Léon Maury doyen de la faculté de théologie protestante de Montauban. Après avoir obtenu une licence de philosophie en Sorbonne, et fait un séjour à Berlin pour s'initier à la philosophie allemande, il entreprend en 1910 ses études de théologie à Montauban. Mobilisé en 1914 comme agent de liaison l'expérience de la guerre le marque profondément.

La « Fédé » – la rencontre avec Visser't Hooft

W.A. Visser't'hooft et M. Bea
W.A. Visser't'hooft (1900-1985) et M. Bea.
(Fédération Protestante de France)
Après l'armistice, il est nommé secrétaire général de la Fédération Française des Associations Chrétiennes d'Étudiants, poste qu'il occupera de 1919 à 1925. En 1925, il est nommé pasteur de la paroisse réformée de Ferney-Voltaire. Il se lie à ce moment-là avec le pasteur Visser't Hooft (1900-1985) de l'Église réformée des Pays-Bas, qui est secrétaire général de la Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d'Étudiants à Genève. C'est au sein de cette même association qu'il rejoindra en 1929, le pasteur Visser't Hooft pour une durée de 5 ans.

En 1930 il prend la direction de la revue Foi et Vie qui conjugue l'expression de la culture religieuse d'inspiration protestante et l'attention aux problèmes de société.

L'ami et l'initiateur de Karl Barth



Karl Barth et Pierre Maury
Karl Barth et Pierre Maury.
(Collection Privée)

Mais la contribution majeure de Pierre Maury au protestantisme français à partir des années 1930 est le renouvellement qu'il apporte à la théologie réformée par la découverte de l'oeuvre de Karl Barth (1886-1968) le grand théologien suisse dont il sera l'ami et le traducteur. La publication de l'ouvrage de Barth : Parole de Dieu, Parole humaine, en 1933 fut un événement dans le milieu des théologiens protestants.

Maury participe ensuite à la traduction de plusieurs oeuvres de Karl Barth et dans ses articles, ses conférences, ses cours – Pierre Maury sera à partir de 1943 professeur de dogmatique à la Faculté de Théologie protestante de Paris – il n'a cessé de transmettre la substance de l'enseignement barthien. Ceci aura sur toute une génération de jeunes pasteurs français des répercussions encore sensibles aujourd'hui.

Le pasteur de Passy

En 1934, il rejoint le pasteur Marc Boegner à la paroisse réformée de Passy-Annonciation à Paris, dont il sera lui aussi le pasteur jusqu'à sa mort en 1956.

De juin 1940 à mars 1943, Marc Boegner se trouvant en zone libre du fait de ses responsabilités à la tête de la Fédération Protestante, Pierre Maury reste seul pasteur de la paroisse.

Il devient Président du Conseil National de l'Église Réformée de France en 1950. Il le sera jusqu'en 1953. Il est également membre du Conseil Oecuménique des Églises.

Pierre Maury a publié plusieurs ouvrages de théologie dont trois histoires spirituelles : Saint-Augustin, Luther, Pascal Cahiers de Foi et Vie – Labor et Fidès – Paris, 1930.

Son fils Jacques Maury, né en 1920, lui aussi pasteur, a été Président du Conseil National de l'Église Réformée de France (É.R.F.) de 1968 à 1977, et Président de la Fédération Protestante de France de 1977 à 1987.



Théodore Monod (1902-2000)

Scientifique renommé embrassant plusieurs spécialités, Théodore Monod est connu du grand public par ses multiples expéditions à travers le désert saharien. Homme de foi, attaché à l'Église réformée, il noue des dialogues interreligieux et milite pour le respect de la vie.
Théodore Monod
Théodore Monod.
(Réforme)

Le scientifique

Né à Rouen le 9 avril 1902, Théodore Monod est le fils de Wilfred et de Dorina Monod. En 1909, la famille arrive à Paris, où Wilfred Monod a été nommé pasteur au temple de l'Oratoire.

Théodore fréquente l'École Alsacienne, puis se dirige vers les sciences : titulaire d'une licence et d'une maîtrise, il entre comme assistant au Museum d'Histoire naturelle à Paris, en ichtyologie (étude des poissons), en 1921. Dès lors, des missions mèneront Théodore Monod dans le désert, le plus souvent en Mauritanie. Sa carrière, riche de recherches et de découvertes, sera reconnue par le monde scientifique à sa juste et haute valeur.

L'homme de Dieu

La science n'empêche en rien Théodore Monod de poursuivre sa quête spirituelle. Attaché à la théologie de son père, Wilfred Monod, le jeune homme participe à la fondation d'un Tiers-ordre protestant qui accepte une discipline de prières : les Veilleurs ; pour ce groupe, il rédige en 1925 Le livre de prière. Ses méharées, de 1921 à 1997, le font approfondir le sens de la réflexion, dans le silence et la contemplation, dans la lecture de la Bible, dans la recherche d'un resourcement sans cesse renouvelé.

Théodore Monod épouse Olga Pickova en 1930 et le couple aura trois enfants.

Théodore Monod
Théodore Monod sur le Rainbow Warrior.
(Réforme)
Les voyages de Théodore comme le travail sédentaire à Dakar (où il est directeur de l'Institut Français d'Afrique Noire (IFAN) de 1938 à 1965), ou à Paris, (où il est élu membre de l'Académie des Sciences en 1963), lui offrent l'occasion de rencontres ou d'échanges épistolaires avec d'autres chercheurs de Dieu, tant musulmans que chrétiens,, notamment, Amadou Hampaté Bâ, Louis Massignon ou le Père Teilhard de Chardin.

Le militant pacifique

C'est de son retour à Paris que datent « les combats civils » que mène le professeur (lutte contre la violence, contre l'arme atomique, jeûnes d'interpellation, fidélité aux Veilleurs, etc.).

Théodore Monod n'aura cessé de prôner la responsabilité de l'homme, cherchant à vivre en conformité avec sa foi, dans le respect et l'amour de toute forme de vie.


Bibliographie
• MONOD Thédore, Méharées, Je sers, Paris, 1937.
• MONOD Thédore, Révérence à la vie, Grasset, Paris, 1999.
• VRAY Nicole, Monsieur Monod, une vie spirituelle, Acte Sud, Arles, 2004.
• VRAY Nicole, Monsieur Monod. Scientifique, voyageur et protestant, Acte Sud, Arles, 1994.


Paul Ricoeur (1913-2005)

Philosophe, considéré comme l'un des plus grands penseurs français d'après-guerre, Paul Ricoeur se veut pleinement philosophe et pleinement chrétien. Loin des feux médiatiques, ce penseur de l'action recherche à travers « le conflit des interprétations » le passage étroit entre sagesse du compromis et amour du prochain.

Années de jeunesse et de guerre


Paul Ricoeur
Paul Ricoeur, philosophe.
(La Voix Protestante)
Né à Valence en 1913, dans une famille protestante, Paul Ricoeur devient très tôt orphelin et est élevé par ses grands-parents.

Passionné de lecture, il s'intéresse à la philosophie, qu'il va étudier à la Sorbonne. Il est adepte des « Vendredis » de Gabriel Marcel et découvre la revue Esprit, qui vient d'être créée par Emmanuel Mounier en 1932. Chrétien radical, il se lie avec André Philip, futur élu du Front Populaire, s'interroge sur la violence et l'État et apprend l'allemand. En 1935, il est reçu à l'agrégation de philosophie et devient professeur, successivement à Saint-Brieuc, Colmar et Lorient.

Mobilisé en 1939 comme officier de réserve, Paul Ricoeur est fait prisonnier et envoyé en camps en Poméranie orientale. C'est là, à Arnswalde, alors qu'il partage sa chambrée avec sept compagnons intellectuels comme lui, qu'il traduit en secret Ideen d'Hüsserl, philosophe juif alors banni par le régime nazi. Paul Ricoeur écrit sa traduction dans les marges des pages du livre, qu'il cache sous son matelas.

Du Chambon sur Lignon à Nanterre

Chambon sur Lignon
Chambon sur Lignon.
Collection particulière()
Après la deuxième guerre mondiale, Paul Ricoeur devient pour trois ans professeur au Chambon sur Lignon, haut lieu de Résistance protestant de Haute-Loire, qui s'était illustré en sauvant 600 enfants juifs de la déportation.

En 1948, il s'installe à Strasbourg, pour enseigner à l'Université et terminer sa thèse sur la Volonté (1950). Il y vivra « huit années très heureuses ». Son engagement philosophique le mène à prendre position sur des questions essentielles de société dans la revue Le Christianisme social, et à analyser le « paradoxe politique », notamment dans la revue Esprit.

Élu professeur à la Sorbonne en 1956, Paul Ricoeur vient s'installer avec sa famille (il a 5 enfants) aux « Murs Blancs » à Châtenay-Malabry, ville de la banlieue parisienne, où Emmanuel Mounier avait créé une communauté autour d'Esprit en 1939. Paul Ricoeur entre en contestation avec le gouvernement français et l'OAS sur la guerre d'Algérie.

Dès 1960, son parcours philosophique prend un nouveau tournant : Après la phénoménologie, il travaille désormais sur l'herméneutique (c'est-à-dire les interprétations différentes des textes) notamment au structuralisme et à l'oeuvre de Sigmund Freud, qu'il commente, ce qui lui attire des critiques violentes de la part des althusséro-lacaniens.

Professeur à la Sorbonne, Paul Ricoeur enseigne également à la Faculté de Théologie Protestante de Paris, où il attire de nombreux étudiants aux projets de recherche peu conventionnels.

En 1964, il fonde le département de philosophie de la nouvelle université de Nanterre et prophétise un « cataclysme national », si il n'y a pas de réforme scolaire d'ampleur.

Il analyse les événements de 1968 comme la révolution culturelle d'une société industrielle en perte de sens.

Élu doyen de Nanterre en 1969, il doit démissionner en mars 1970, à la suite de violences opposant les étudiants et les forces de l'ordre qui ont fait 187 blessés sur le campus de la faculté. Il quitte Nanterre, plein d'amertume, avec le sentiment d'avoir été manipulé.

« L'exil » américain

Après son échec à Nanterre, Paul Ricoeur enseigne pendant trois ans à Louvain, en Belgique, là où sont conservées les archives Husserl. Dès 1970, il devient, en parallèle, professeur à l'Université de Chicago et à la Divinity School, où il succède au grand théologien Paul Tillich.

Ami de Mircea Elliade et de Hannah Arendt, il se rend compte que ses travaux ont beaucoup de succès aux États-Unis.

Cet « exil » américain n'est d'ailleurs qu'apparent puisqu'il passe la moitié de l'année à Paris, où depuis 1967, il anime le « séminaire de la rue Parmentier », plaque tournante de la recherche internationale en philosophie.

Durant ces années, Paul Ricoeur publie certains de ses livres majeurs : La Métaphore vive (1975) et les trois volumes de Temps et Récit (1981-1984).

La consécration

Dans les années 80, Paul Ricoeur est largement reconnu en France, notamment pour son éthique politique. Il inspire le Premier Ministre Michel Rocard dans la solution du dossier de Nouvelle-Calédonie en 1988, témoigne dans l'affaire du sang contaminé, devient médiateur dans le conflit des sans-papiers ; Sa quête d'une sagesse pratique est reconnue jusque dans la sphère judiciaire, où il intervient à l'Institut des Hautes Études sur la Justice.

Paul Ricoeur se situe à la croisée de trois traditions philosophiques : la philosophie réflexive française, la philosophie dite continentale européenne et la philosophie analytique anglo-saxone. À la confluence des ces trois courants, il reprend la question du sujet et publie en 1990 Soi-même comme un autre, véritable somme synthétique, riche de ses cercles successifs de lecture.

En septembre 2000, il publie La mémoire, l'histoire et l'oubli, où il réfléchit à la dialectique propre aux rapports entre mémoire et histoire. Sa réflexion sur les désastres d'un XXe siècle tragique l'amène à écrire en préambule à ce livre : « Je reste troublé par l'inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire des abus de commémorations et d'oubli. L'idée d'une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués. »

En 2004, Paul Ricoeur publie Parcours de la reconnaissance, une étude sur les différentes significations du mot reconnaissance, pris sous les divers angles de la recognition, de la reconnaissance du soi et de la reconnaissance mutuelle, qui va jusqu'à la gratitude.

En mai 2005, Paul Ricoeur s'éteint à Châtenay-Malabry, après avoir légué sa bibliothèque de travail à la Faculté de théologie protestante de Paris, créant le Fonds Paul Ricoeur.


Bibliographie
• ABEL Olivier, Paul Ricoeur, Michalon, Paris, 1996.
• DOSSE François, Paul Ricoeur, les sens d'une vie, La Découverte, rééd. La Découverte poche, Paris, 1997-2001.
• MONGIN Olivier, Paul Ricoeur, Seuil, rééd. Points-Seuil, Paris, 1994-2002.
• RICOEUR Paul, Philosophie de la volonté, 1950-1961.
• RICOEUR Paul, De l'interprétation : Freud et la philosophie, 1965.
• RICOEUR Paul, Le Conflit des interprétations, 1969.
• RICOEUR Paul, La métaphore vive, 1975.
• RICOEUR Paul, Soi-même comme un autre, 1990.
• RICOEUR Paul, Lectures I, II, III, 1991-1994.
• RICOEUR Paul, Le Juste, 1995.
• RICOEUR Paul, Critique et Conviction, 1995.
• RICOEUR Paul, La mémoire, l'histoire, l'oubli, 2000.
• RICOEUR Paul, Parcours de la reconnaissance, 2003.
• RICOEUR Paul et CHANGEUX Jean-Pierre, La nature et la règle, 1998.
• RICOEUR Paul et LACOCQUE André, Penser la Bible, 1998.
• ESPRIT, Spécial Paul Ricoeur.


Charles Scheer (1871-1936)

Pasteur de l'Église réformée de Mulhouse, sa vie fut marquée par son engagement politique sous le signe de la francophilie et par son rôle dans le mouvement oecuménique.

Pasteur alsacien, engagé en politique
Charles Scheer
Charles Scheer.
(Collection privée)

Pasteur réformé à Mulhouse, animateur d'oeuvres sociales et brillant prédicateur, il s'engage, alors que l'Alsace est possession allemande, dans le parti progressiste, et publie en 1914 une plaquette destinée à expliquer l'âme alsacienne aux dirigeants allemands : ceux-ci ne l'acceptent pas. Du fait de sa francophilie, il est exilé en 1916 à Hermannburg (Prusse orientale), puis interné à Göttingen en 1917.

De retour à Mulhouse en 1918, il adhère au parti républicain-démocratique : élu député du Haut Rhin en 1919, il est réélu en 1924. Deux de ses discours prononcés à la Chambre des Députés eurent un retentissement important et furent largement diffusés : l'un en 1921 pour expliquer le « malaise alsacien », le second en 1925 où il insiste sur l'importance du fait religieux dans l'assimilation de l'Alsace-Lorraine à la France. Aux élections de 1929, il se retire avant le deuxième tour pour éviter de faire élire un candidat « autonomiste ».

En 1930, il est Professeur de Théologie pratique à la faculté de Strasbourg. Membre du conseil de la Fédération Protestante de France, il conduisit la délégation française réformée à l'Assemblée oecuménique de Stockholm en 1925 et représenta l'Église réformée d'Alsace et Lorraine à celle de Lausanne en 1927.



Albert Schweitzer (1875-1965)

Albert Schweitzer naît en Alsace, à Kayserberg, et son père est un pasteur passionné de musique. Études secondaires à Mulhouse. Personnalité exceptionnelle, il développe ses activités dans quatre directions.

Pour informations complémentaires, voir : Albert Schweitzer (1875-1965).



Charles Seignobos (1854-1942)

Figure marquante de l'école historique française, ce protestant allie rigueur scientifique et neutralité laïque.

Pour informations complémentaires, voir : Charles Seignobos (1854-1942).



François Wendel (1905-1972)

De confession luthérienne, juriste de formation, François Wendel consacra de nombreux travaux concernant la Réforme, les institutions religieuses en Alsace, ainsi que l'oeuvre de Calvin. Doyen de la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg, il participa au renouveau de l'Université.

Historien

Ses études à la Faculté de droit et des sciences économiques de Strasbourg le conduisent à sa thèse (1928) dont le sujet, le mariage à Strasbourg à l'époque de la Réforme, témoigne de son intérêt pour l'histoire des institutions religieuses. De 1930 à 1938, il occupe les fonctions de secrétaire général du Comité alsacien d'études et d'information et de 1936 à 1938 celle de Secrétaire de la puissante Société des Amis de l'Université de Strasbourg, ce qui lui permit d'observer lors de ses différents voyages en Allemagne la politique du nazisme vis-à-vis des organisations religieuses.

L'histoire des institutions religieuses est un de ses domaines d'étude avec sa thèse de maîtrise, L'Église de Strasbourg, sa constitution, son organisation, ainsi que l'histoire des idées comme en témoigne sa thèse de doctorat (1946) : Calvin, Sources et évolution de sa pensée religieuse, traduite en anglais et allemand. Il anime le comité international qui entreprend la traduction de l'oeuvre du réformateur strasbourgeois Martin Bucer.

Universitaire

Palais universitaire
Strasbourg, Palais universitaire :
la faculté de théologie (Bas-Rhin).
(Faculté de théologie de Strasbourg)
Il mène en parallèle une licence de théologie. Il suit en 1940 le repli de l'Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand ; nommé maître de conférence en 1942, il présente, à son retour à Strasbourg, sa thèse de doctorat. En 1953, il est nommé professeur titulaire de la chaire d'histoire du christianisme. Il est élu Doyen de la Faculté de théologie. Son décanat (1958-1967) sera marqué par la création d'enseignements nouveaux : Centre d'Études et de pratique pédagogique, Centre d'Études et d'Analyse patristique.

Membre du Conseil de l'Université, il dirige le Centre d'Histoire des Religions, organisme commun à l'Institut d'histoire de la Faculté des lettres et aux deux Facultés de théologie.


Bibliographie
• ENCREVE André, dir., Les protestants, Beauchesne, Paris, 1993.


Charles Westphal (1896-1972)

Pasteur de l'Église Reformée de France, esprit aigu et d'une grande finesse. Charles Westphal laisse le souvenir d'un homme d'un grand rayonnementspirituel et d'une solide culture littéraire.

Les études,la guerre et les premiers postes pastoraux


Charles Westphal
Pasteur Charles Westphal.
(Fédération Protestante de France)

Né à Montpellier en 1896, Charles Westphal, après des études classiques à Paris s'engage comme volontaire, dès les premiers mois de 1914. Grièvement blessé deux fois, il est décoré de la croix de guerre.

Après la fin des hostilités, il commence des études de théologie d'abord à la faculté de théologie protestante de Paris, puis à l'Union théological seminary de New York, puis à Edimbourg.

Après un premier poste pastoral à Châtillon-en-Diois dans la Drôme, il devient en 1929 Secrétaire Général de la Fédération Française des étudiants Chrétiens, la Fédé, succédant au pasteur Pierre Maury, qu'il marque de son ouverture vers l'oecuménisme et de sa grande culture littéraire. Il était un lecteur assidu de Kierkegaard et un grand admirateur de Claudel.

Après un intérim à l'Église réformée de Pentemont (Paris) il est nommé à Grenoble où il a la charge d'un ministère d'enseignement et de formation théologique des laïcs de 1939 à 1945.

C'est là, alors qu'il aide des étudiants choisissant le maquis et la résistance et de nombreux juifs désirant passer en Suisse, qu'il crée les Cahiers d'Études Juives.

Il revient à Paris en 1945 comme pasteur de la paroisse réformée du Saint-Esprit et assume en outre de nombreuses autres charges.

Il est après Pierre Maury en 1945, le Directeur de la Revue de Théologie protestante Foi et Vie, est nommé vice-président de la Fédération Protestante en 1947 et en devient président en 1961 à la suite du pasteur Marc Boegner, poste qu'il conserve jusqu'en 197O.

Réunion du Conseil Oecuménique des Églises
Réunion du Conseil Oecuménique des Églises à Evanston (États-Unis d'Amérique) en 1954.
(La Voix Protestante)
Le Théologien et l'Artisan de l'oecuménisme

Charles Westphal, comme de nombreux pasteurs de sa génération, est très marqué par la pensée du théologien suisse Karl Barth, qu'il contribue avec Pierre Maury à faire connaître en France. Il fait publier en 1932 dans le Semeur, l'organe de presse de la Fédération des Étudiants Chrétiens, le premier texte de Karl Barth traduit en français, et inspire en 1939 la lettre de Barth Aux protestants de France, qui soutiendra puissamment leur résistance au nazisme.

La prédication de Charles Westphal est une belle illustration de théologie de Karl Barth, centrée sur le Christ « sachant faire pressentir la réalité de la grâce » et soutenue par l'adoration et l'espérance.

Mais il est également soucieux de ne pas laisser de côté les minorités du protestantisme, en particulier les baptistes dont il admirait la piété.

Il apporte par ailleurs une ardente contribution à l'oecuménisme naissant.

Il est à l'origine de la création du Laboratoire de Recherches Théologiques, qu'il anime avec les Pères Villain et Congar, et participe avec eux à de nombreux débats.

Il assiste aux assemblées oecuméniques d'Amsterdam (1948) – Assemblée fondatrice du Comité Oecuménique des Églises –, d'Evanston (1954) et de New Delhi (1961). Il est nommé membre du Comité Central du Conseil Oecuménique des Églises en 1956.


Bibliographie
• MAYEUR, Jean-Marie et HILAIRE, Yves-Marie, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Beauchesne, Paris, 1985-, 9 Tomes, Tome 5, Les protestants, ENCREVÉ, André (dir.), 1993.


Jean Zay (1904-1944)

Brillant homme politique, Jean Zay est le témoin et la victime des drames du XXe siècle.

Sa jeunesse

Jean Zay naît à Orléans. Son grand père d'origine juive a quitté l'Alsace et a choisi la France en 1871 Son père, Léon Zay, juif laïc, dirige le quotidien radical-socialiste local le Progrès du Loiret. Sa mère, institutrice, est protestante. Après de brillantes études au lycée Pothier d'Orléans, Jean Zay devient journaliste au Progrès, puis débute une carrière d'avocat au barreau d'Orléans. En 1932 il épouse, au temple, Madeleine Dreux.

L'éducation nationale modernisée

Jean Zay est élu député du Loiret en 1932, plus jeune député de France à 27 ans. Situé à l'aile gauche du parti radical, favorable à l'union de la gauche, ses amis sont Pierre Cot ou Pierre Mendès-France.

Dès janvier 1936, il entre au gouvernement d'Albert Sarraut comme Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil. De juin 1936 à septembre 1939, il est ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts, plus jeune membre du gouvernement de Léon Blum. Son oeuvre de démocratisation et de modernisation de l'école est remarquable. Il instaure la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans, l'école unique avec harmonisation des programmes et rapprochement des filières. Les effectifs sont limités à 35 élèves par classe. Avec l'aide de Léo Lagrange (Secrétaire d'État aux loisirs et aux sports), l'éducation physique devient obligatoire et les premières expériences d' « après midi de plein air » sont créées. « J'ai tenté de répondre au désir qui veut que les enfants apprennent peut-être moins, mais à coup sûr mieux. » (Jean Zay, 1936)

Son action dans le domaine des Beaux-Arts est novatrice : réunion des théâtres nationaux, création du Musée d'art moderne et celui des Arts et Traditions populaires, politique de lecture (création des « bibliobus »), défense du droit d'auteur, projet de statut du cinéma et d'un festival à Cannes. Dans le domaine scientifique, il favorise la création du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Stigmatisé par la droite

Franc-maçon, partisan de l'union des gauches et du soutien à l'Espagne républicaine, antimunichois, protestant d'origine juive, Jean Zay est pour une certaine droite l'homme à abattre. Pourtant son parcours n'est pas celui d'un militant révolutionnaire anticapitaliste. Comme l'écrit l'historien Jean Prost « pour Jean Zay, le République repose avant tout sur le civisme et l'intelligence des citoyens c'est-à-dire sur leur éducation intellectuelle et morale... Contre la conservation sociale, mais aussi contre les utopies révolutionnaires, la politique est ce mouvement par lequel l'humanité s'approfondit et devient en quelque sorte plus digne d'elle-même. »

Victime du régime de Vichy

À la déclaration de guerre, il démissionne de son poste de ministre pour être affecté comme sous-lieutenant à la 4e armée. Le 20 juin 1940, il s'embarque sur le « Massilia », avec 27 autres parlementaires, pour le Maroc, dans le but de continuer la guerre en Afrique du Nord. Accusé de désertion, le régime de Vichy le fait arrêter le 16 août à Rabat. Il est condamné le 4 octobre à la déportation et à la dégradation militaire. Il est pendant 4 années détenu dans diverses prisons, Clermont-Ferrand, Marseille, puis en janvier 1941 à celle de Riom où il écrit Souvenirs et solitude.

Le 20 juin 1944, lors d'un transfert de prison, Jean Zay est assassiné par des miliciens dans un bois de l'Allier.


Bibliographie
• RUBY, M., La vie et l'oeuvre de Jean Zay, Éditions Corsaire, Paris, 1994, 415 pages.


Un peu d'histoire

20e siècle

Les Protestants et la vie publique
Protestantisme et débats du XXe siècle
La théologie au XXe siècle
Les protestants dans les arts et les lettres
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français