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La théologie protestante au XXe siècle

Dans la pensée et la recherche théologique protestante au XXe siècle, on distingue trois périodes : jusqu'à la fin des années 20, des années 30 aux années 70 et à partir des années 70.

Paul Tillich (1886-1965)
Dietrich Bonhoeffer (1906-1945)
Scissions et regroupements des Églises réformées
Karl Barth (1886-1968)
La théologie du process

Dans la pensée et la recherche théologiques du protestantisme français durant le vingtième siècle, on peut distinguer trois périodes.

Jusqu'à la fin des années 20

Cette période continue le XIXe siècle et n'apporte rien de très nouveau ni différent. L'influence du symbolo-fidéisme d'Auguste Sabatier (1839-1901) et d'Eugène Menegoz (1838-1921) est considérable. Ces deux professeurs de la Faculté de Théologie de Paris accordent aux doctrines une valeur symbolique et refusent d'en faire des absolus. Durant cette période, Wilfred Monod (1867-1943) développe une théologie du Royaume qui domine dans le « christianisme social ». Pour Monod, ce monde de souffrances est contraire à la volonté divine. Le Christ doit vaincre son hostilité et le conquérir pour y installer le Royaume de Dieu.

Des années 30 aux années 70
La Doctrine de la Parole de Dieu
La Doctrine de la Parole de Dieu de Karl Barth.
Premier volume de la Dogmatique de Karl Barth, édition française.
(S.H.P.F.)

En Allemagne apparaît une nouvelle génération théologique en rupture avec la précédente. La guerre de 14-18 marque un tournant ; elle met fin à un optimisme qui fait confiance au progrès et aux capacités humaines. La tentative libérale d'allier la culture avec l'évangile paraît à beaucoup une erreur. L'évangile secoue, conteste, met en crise les réalisations de l'humanité. Le salut ne peut pas venir de ce qu'il y a de meilleur en elle. Il implique l'intervention et la révélation du Dieu « tout autre ». Cette théologie comporte plusieurs tendances. La plus importante est représentée par le Suisse Karl Barth (1886-1968), qui écrit une oeuvre imposante en quantité et en qualité, et à qui son opposition résolue au nazisme donne beaucoup de poids.

Dès 1930, cette « nouvelle théologie » se répand rapidement en France, non sans des polémiques parfois très dures d'abord contre les libéraux, mais aussi contre les orthodoxes considérés comme dépassés (ces deux courants subsistent cependant). L'influence de Barth se fait sentir, entre autres, chez Pierre Maury (1890-1956), Roland de Pury (1907-1979), Jacques Ellul (1912-1994), Roger Mehl (1912-1997) qui animent la vie théologique du protestantisme français après la deuxième guerre mondiale.

Se développe également, en consonance (mais non en identité) avec le « barthisme », le « renouveau biblique », principalement animé par Suzanne de Dietrich (1891-1981). Ce courant préconise une lecture de la Bible qui, sans ignorer son caractère historique, y cherche un message venant de Dieu. Oscar Cullmann (1902-1999) voit dans l'histoire du salut la notion clef du message du Nouveau Testament (la révélation ne se fait pas seulement dans l'histoire, elle est histoire).

Les théologiens d'autres orientations sont marginalisés ; c'est le cas d'Albert Schweitzer (1875-1965) dont les travaux en Nouveau Testament et en éthique ne trouvent pas grande audience durant cette période.

À partir des années 70

De nouveaux courants théologiques apparaissent dans le protestantisme français.

Ainsi, on médite les papiers de prison du pasteur martyr des nazis Dietrich Bonhoeffer (1906-1945). Il y préconise un « christianisme non religieux », plus attentif à aider les humains qu'à s'imposer dans la société. Les « théologiens de la mort de Dieu » (surtout américains) radicalisent ce thème, que Bonhoeffer n'a fait qu'esquisser. Pour eux, au coeur de l'évangile se trouve l'appel à une vie authentiquement humaine et non l'affirmation d'un Dieu transcendant.

De même, on s'intéresse à la « démythologisation ». Selon Rudolf Bultmann (1884-1976), le Nouveau Testament utilise les catégories mythologiques du monde antique qui ne correspondent plus aux nôtres. Il faut, à travers une mythologie caduque, retrouver le sens existentiel du message évangélique.

On traduit en français Paul Tillich (1886-1965) dont la pensée essaie d'articuler la philosophie avec la théologie sans les confondre. Tout en affirmant l'autonomie de l'évangile, d'une part, et celle de la culture, d'autre part, il cherche à les mettre en corrélation.

La théologie de la libération, venue d'Amérique du Sud, est représentée et défendue en France par Georges Casalis (1917-1987), qui plaide pour que la réflexion théologique parte du vécu et non de doctrines a priori. Les théologies contextuelles tiennent compte des diverses cultures (africaine, antillaise, océanienne, etc.) et des situations concrètes (celles de la femme, de la vie urbaine, de la sécularisation occidentale, de l'exploitation économique). Cette théologie favorise des engagements politiques nettement à gauche (voir le document Église et pouvoirs, publié en 1971 par la Fédération Protestante de France).

Dans les études bibliques, après une courte percée du structuralisme (qui s'intéresse à la structure littéraire des textes), on insiste sur la narrativité qu'il ne faut pas réduire au « conte biblique » ; elle se fonde sur la primauté du langage qui détermine l'action et l'être. Les humains forgent leur identité par des récits. Par conséquent, la Bible se doit se raconter plutôt que faire l'objet d'un commentaire doctrinal.

Sans se rattacher à aucun courant, et sans être lui-même un théologien, le philosophe protestant Paul Ricoeur (1912-2005 ) travaille beaucoup sur le langage et propose une réflexion sur l'herméneutique biblique (la manière d'interpréter les textes bibliques) ample, profonde et complexe.

Dans les vingt dernières années du siècle, apparaît un néo-luthéranisme, souvent polémique qui se réclame de la « théologie de la croix » (Dieu se révèle dans sa faiblesse et sa défaite et son impuissance et non en gloire et en puissance), et qui tisse des liens avec certains courants de la psychanalyse, des sciences humaines et de la réflexion philosophique sur les sciences. En même temps, on découvre la théologie américaine du Process, qui renouvelle des thèmes du libéralisme, et qui voit avant tout en Dieu un dynamisme transformateur.

Par ailleurs, un néo-calvinisme à la fois assume et actualise son héritage. Se développent aussi des courants « evangelicals » (ils se nomment eux-mêmes « évangéliques ») avec un message fort et simple, qui n'apportent, en général, pas grand chose à la réflexion théologique.

À la fin du vingtième siècle, la situation théologique du protestantisme français présente quatre caractéristiques

Il n'y a pas de courants dominants ni de tendances tranchées. On constate un éparpillement, sans lignes directrices nettes et avec quantité d'interférences. Le protestantisme connaît et vit, encore plus que dans le passé, un pluralisme théologique avec des débats constants mais rarement des oppositions violentes. La réflexion théologique vit une période de recherches et de tâtonnements plus que d'affirmations catégoriques et d'affrontements.
La fin du vingtième siècle renoue avec certaines des préoccupations du début du siècle (la valeur des autres religions, le lien avec la culture, l'articulation de la foi et des sciences humaines, l'importance de la spiritualité) qui avaient été mises de côté durant la deuxième période pour faire droit à d'autres urgences.
La recherche théologique protestante ne se fait plus, comme auparavant, en vase clos. Elle est devenue largement intercontinentale, malgré les distances et les barrières linguistiques. Elle a pris une forte dimension « oecuménique ». Catholiques et protestants collaborent étroitement et ont des échanges fréquents. Les différences confessionnelles subsistent ; elles n'empêchent plus les théologiens de travailler ensemble.
Le vingtième siècle présente une grande richesse théologique. Les Églises protestantes (surtout réformées et luthériennes) se préoccupent de rendre cette richesse accessible au plus grand nombre possible de fidèles. La formation théologique prend place parmi les objectifs prioritaires qu'elles poursuivent.
A. Gounelle



Paul Tillich (1886-1965)

Né en 1886 en Allemagne, le théologien Paul Tillich écrit l'essentiel de son oeuvre aux États-Unis, où il s'exile en 1933. Il se définit comme un théologien du dialogue : dialogue avec la culture et la philosophie, dialogue avec les religions non-chrétiennes.

La période allemande et la période américaine

D'origine luthérienne, Paul Tillich fait de brillantes études de théologie et de philosophie et devient pasteur dans une banlieue ouvrière de Berlin. Pendant la guerre 14-18, il est aumônier sur le front français. Á partir de 1919, il enseigne dans diverses Universités. En 1933, les nazis le révoquent en raison de ses options politiques. Il s'exile aux États-Unis où il s'installera définitivement.

En Allemagne, il élabore les fondements de sa théologie et plaide pour un « socialisme religieux ». La religion n'a pas à régenter le monde, mais quand une possibilité positive (comme le socialisme) y apparaît, la religion doit l'aider à se concrétiser et l'empêcher de mal tourner (de devenir démoniaque).

Aux États-Unis, il expose les grands thèmes de sa pensée à un nouveau public. Sans jamais renier le socialisme religieux, sous l'influence de l'existentialisme et de la psychologie des profondeurs, il s'intéresse aux dimensions personnelles de la foi chrétienne, par exemple à l'élan et au dynamisme qu'elle donne à la vie humaine.

Son oeuvre théologique

Tillich a écrit une oeuvre théologique et philosophique d'une exceptionnelle ampleur. Elle se veut systématique, en ce sens qu'elle cherche à mettre en relation divers domaines (systématiser veut dire étymologiquement « lier plusieurs choses entre elles »). Le message évangélique prend sens en fonction de ce qu'est l'existence humaine. Il faut se servir de la science, de l'art, de la philosophie, de la politique, et partir de ce qui angoisse et réjouit l'être humain, de ce qu'il redoute ou espère non seulement pour formuler le message chrétien, mais pour le comprendre et le penser. La démarche courante du protestantisme est d'abord d'analyser l'enseignement biblique et ensuite de voir comment l'adapter à la situation humaine. Tillich propose, au contraire, d'aller de la situation au message, ce qui lui a valu de vives critiques.

Pour Tillich, la foi n'est ni une connaissance, ni un sentiment, ni une tranquillité. Elle est une question et une recherche, celle du sens ultime de notre existence et du monde. Elle n'élimine pas le doute, elle l'inclut et l'affronte constamment. Elle s'exprime dans des symboles qui deviennent idolâtres si on les prend à la lettre. Dieu est toujours « au-dessus de Dieu », c'est-à-dire au-dessus de ce que nous en disons, au-dessus même du nom par lequel le désignons. Il est à la fois sens et puissance (il n'est ni un sens impuissant ni une puissance insensée). Il domine ce qui agresse l'être et menace de la détruire. Cette puissance se manifeste en Jésus le Christ qui fait naître dans le monde et en nous un « être nouveau » (un nouvel Adam ou une nouvelle créature).

Tillich se définit comme un penseur à la frontière (qui n'est pas pour lui une ligne de séparation, mais un lieu de rencontres et d'échanges) : à la frontière de la religion et de la culture, de la théologie et de la philosophie, du sacré et du profane. Il a dialogué avec l'athéisme occidental, avec les religions non chrétiennes (surtout le bouddhisme). Il affirme la complémentarité critique du catholicisme et du protestantisme ; il ne faut pas les mettre en harmonie, mais établir une tension critique et une interpellation réciproque. Á côté d'ouvrages souvent techniques, Tillich publie des recueils de prédications plus accessibles au grand public.

La réception de sa théologie en France

Sa théologie a eu un grand retentissement aux États-Unis. En France, on ne la découvre qu'après sa mort. Ses oeuvres sont traduites en français aussi bien par des protestants que par des catholiques. Une association Paul Tillich d'expression française organise des colloques internationaux et interdisciplinaires qui, au-delà de l'étude de Tillich, offrent un lieu important de réflexion et de débat à des gens de toutes tendances.

Une équipe franco-québécoise codirigée par le catholique canadien Jean Richard et le protestant français André Gounelle poursuit la traduction de ses oeuvres (9 volumes publiés).
A. Gounelle


Bibliographie
Gesammelte Werk, En Allemand, Evangelium Verlagswerk, Stuttgart, 1966.
Main works/ Hauptwerk, Bilingue Anglais/Allemand, Walter de Gruyter, Berlin, 1989.
Oeuvres de Paul Tillich, Cerf, Labor et Fides, presses de l'Université Laval.
• GOUNELLE André, Dieu au-dessus de Dieu, coll. « Petite bibliothèque protestante », Les Bergers et les Mages, Paris, 1997, 120 pages.
• TILLICH Paul, Le courage d'être, Cerf, Labor et Fides, presses de l'Université Laval, Laval.
• TILLICH Paul, Théologie systématique, en cours de publication, Cerf, Labor et Fides, presses de l'Université Laval.


Dietrich Bonhoeffer (1906-1945)

Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien protestant allemand, est l'un des fondateurs de l'Église confessante, qui s'opposa à l'influence nazie qui se développait fortement dans les églises protestantes allemandes. Il meurt comme martyr de la foi et résistant politique au régime hitlérien en 1945.

Repères biographiques
Dietrich Bonhoeffer
Dietrich Bonhoeffer à la prison de Tegel en 1944.
(S.H.P.F.)

Dietrich Bonhoeffer est né à Beslau (aujourd'hui Wrocklav en Pologne), septième enfant d'une famille de la grande bourgeoisie prussienne. Il est l'un des grands théologiens protestants du XXe siècle, et sans doute le plus attachant : il fut exécuté quelques jours avant la fin de la guerre par les nazis, après plus de deux années d'internement dans les prisons de Berlin, pendu au camp de concentration de Flossenburg. C'est donc autant le témoignage d'une vie chrétienne exemplaire et courageuse que la profondeur de sa pensée théologique que l'on garde en mémoire. Chez Bonhoeffer, militance chrétienne, action politique et réflexion théologique sont inextricablement liées. On ne peut parler de sa pensée théologique sans faire en même temps référence à ce qu'il a vécu d'abord au sein de l'Université et de l'Église luthérienne, puis hors d'elles et enfin contre elles.

La vie et la pensée du théologien berlinois peuvent se découper en trois phases assez distinctes.

La période universitaire de 1927 à 1933

Bonhoeffer est un théologien de l'Église, ouvert au monde. Il réfléchit sur la réalité de l'Église dans une perspective très luthérienne, en mettant au centre de sa pensée la faiblesse du Christ sur la croix. Très jeune, il écrit de brillantes thèses universitaires sur l'Église comme corps mystique du Christ, qui le font remarquer dans le milieu universitaire où il commence à enseigner. Parallèlement à son enseignement, il s'engage dans le mouvement oecuménique et international protestant, et noue de précieux contacts avec les Églises étrangères. Il fut étudiant aux États-Unis d'Amérique et pasteur stagiaire à Barcelone. Ce fils issu d'une famille très favorisée et cultivée, s'engagea aussi auprès d'enfants d'un quartier défavorisé de Berlin.

La période confessante de 1933 à 1942

Après un séjour à Londres comme pasteur de la communauté allemande, Bonhoeffer revient en Allemagne. Il se révèle être un théologien engagé, luttant pour que l'Église protestante résiste à la nazification. Il dénonce publiquement le caractère idolâtre du régime nazi le jour même de la prise de pouvoir de Hitler en janvier 1933. Il est l'un des fondateurs et animateurs de l'Église confessante, qui s'oppose aux courants majoritaires favorables, soit à une alliance avec le nazisme, soit à la neutralité à son égard. Il fut l'un des seuls théologiens de son époque à s'opposer à la marginalisation, puis à la persécution des juifs. De 1935 à 1937, il dirige le séminaire clandestin de Finkenwalde en Poméranie, qui a pour but de former des futurs pasteurs de l'Église confessante. C'est là qu'il écrit deux livres fondamentaux, Le prix de la Grâce (Nachfolge), sur la Grâce qui coûte et la nécessité de suivre le Christ y compris dans la souffrance, et De la vie communautaire, qui retrace l'expérience presque monastique de la vie au séminaire confessant. De plus en plus menacé par le régime, il se décide à gagner les États-Unis d'Amérique en 1939 pour un poste d'enseignant que des amis lui offrent. Mais il ne peut supporter cet éloignement et rentre dans son pays à la veille de la guerre. Il continue une intense activité souvent souterraine au sein de l'Église confessante tout en commençant à prendre des contacts avec des réseaux de résistance, grâce à la complicité de membres de sa famille, haut placés dans l'administration allemande.
Résistance et Soumission
Résistance et Soumission de Dietrich Bonhoeffer.
(S.H.P.F.)

La période politique de 1943 à 1945

Il vit sa foi de manière solitaire, dans l'abandon de l'Église et des hommes. Bonhoeffer se rend compte qu'il ne suffit plus de s'occuper de l'Église, il faut aussi s'occuper du monde, et tenter d'arrêter la folie destructrice du Führer. Il est arrêté et interné en avril 1943, quelques semaines après s'être fiancé. En prison, il écrit quelques unes de ses plus belles pages, dans ce qui sera sans doute son ouvrage le plus célèbre, Résistance et Soumission. Il prédit l'émergence d'un monde dans lequel « l'hypothèse Dieu » n'existe plus, et jette les bases d'une nouvelle manière de penser Dieu et de parler de lui. Certains en ont fait un apôtre de la sécularisation. C'est oublier que Bonhoeffer, en prison, avait une vie spirituelle très intense, nourrie par la prière et la lecture régulière de la Bible. Il n'a cessé d'espérer en l'avenir d'un monde autre, un monde de paix, réconcilié avec lui-même et avec Dieu.

Influence de Bonhoeffer sur la théologie contemporaine

Elle est immense. Il est connu, étudié, traduit sur les 5 continents. L'Église catholique a reconnu cette grande figure croyante, en qui elle voit un témoin courageux de la foi aux prises avec les idéologies modernes et totalitaires. En France, Bonhoeffer a été découvert à la fin des années 1960, en particulier grâce aux travaux de André Dumas. On a eu tendance à cette époque à en faire une figure parfois plus politique que religieuse. Après une certaine éclipse, la personne et la pensée de Bonhoeffer intéressent à nouveau, dans le cadre de la redécouverte d'une foi confessante en dialogue avec le monde.
J. Cottin


Bibliographie
• BETHGE Eberhard, Dietrich Bonhoeffer. Vie, pensée, témoignage, Le Centurion, Labor et Fides, Paris-Genève, 1969.
• BETHGE Eberhard et Renate, GREMMELS Christian, Dietrich Bonhoeffer. Sein Leben in Bildern und Texten, chr. Kaiser Verlag, Munich, 1989.
• BONHOEFFER Dietrich, Le prix de la Grâce, Cerf, Labor et Fides, Paris-Genève, 1962.
• BONHOEFFER Dietrich, De la vie communautaire, Labor et Fides, Genève, 1983.
• BONHOEFFER Dietrich, Éthique, Labor et Fides, Genève, 1989.
• BONHOEFFER Dietrich, Textes choisis, Labor et Fides, le Centurion, Genève et Paris, 1970.
• BONHOEFFER Dietrich, Résistance et soumission, Labor et Fides, Paris, 1973.
• BONHOEFFER Dietrich, Qui est et qui était Jésus-Christ?, Cerf, Paris, 1981.
• BONHOEFFER Dietrich, La parole de la prédication, Labor et Fides, Genève, 1992.
• BONHOEFFER Dietrich et von WEDEMEYER Maria, Lettre de Fiançailles. Cellule 92, Labor et Fides, Genève, 1998.
• CORBIC Arnaud, Dietrich Bonhoeffer ; Le seigneur des non religieux, Éd.Franciscaines, Paris, 2001.
• DUMAS André, Une théologie de la réalité: Dietrich Bonhoeffer, Labor et Fides, Genève, 1968.
• MARLE René, Dietrich Bonhoeffer, témoin de Jésus-Christ parmi ses frères, Casterman, Paris, 1967.
• MOTTU Henry, Dietrich Bonhoeffer, Cerf, Paris, 1992.


Scissions et regroupements des Églises réformées

Entre 1802 et 1938, les Églises réformées ont vécu de profondes modifications dans leur organisation.

Les Églises réformées

En avril 1802, Napoléon Bonaparte, premier consul, promulgue la loi du 18 germinal an X (Articles organiques) qui reconnaît les Églises réformées mais les réduit en Églises consistoriales limitées à 6 000 protestants sans qu'elles puissent avoir une organisation aux plans régional et national. Ces églises sont subventionnées et contrôlées par l'État.

La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État ne s'oppose pas au regroupement des Églises. Dès 1906, les Églises réformées consistoriales se regroupent. Ce groupement en trois unions distinctes résulte de la division entre réformés libéraux et orthodoxes qui s'était manifestée au cours du XIXe siècle.
Les Églises réformées
Schéma :
Les Églises réformées en France.
(I. de Rouville)

Le schéma concerne les Églises réformées en France hors Alsace et Moselle

En effet la loi de 1905 ne s'est pas appliquée dans ces régions qui étaient devenues allemandes en 1871. Elle n'a pas non plus été appliquée après, lors du retour de ces régions à la France en 1918 et en 1945. Le régime des Églises y est encore concordataire.

C'est en 1938 qu'a lieu une nouvelle recomposition des Églises réformées. Après cinq ans de discussions se constituent :

l'Église réformée de France (ERF) lors d'une assemblée tenue à Lyon
les Églises réformées évangéliques indépendantes (EREI) regroupant les Églises de l'Union des Églises réformées évangéliques n'ayant pas voulu adhérer à l'Église réformée de France.



Karl Barth (1886-1968)

Un théologien, un homme public, une sentinelle

Le théologien Karl Barth (1886-1968) est l'une des grandes figures du protestantisme au XXe siècle. Son oeuvre a bouleversé bien des certitudes. Elle a eu une influence considérable sur plusieurs générations de pasteurs, notamment en France. Et elle a suscité, au fur et à mesure de son rayonnement mondial, d'intenses et passionnantes polémiques.

Karl Barth (1886-1968), biographie détaillée
L'oeuvre écrite de Karl Barth (1886-1968)
Réception de l'oeuvre de Karl Barth en France

Un théologien de langue allemande de portée internationale

Professeur Karl Barth
Professeur Karl Barth.
(S.H.P.F.)
Né à Bâle, Karl Barth a fait l'essentiel de ses études de théologie en Allemagne, se formant ainsi à toutes les avancées de l'exégèse biblique. À l'époque en effet, l'École historico-biblique avait largement contribué à remettre les écrits bibliques dans leur contexte historique, procédant aussi à une démythologisation.

Mais au moment de la guerre de 1914, alors qu'il est pasteur en Suisse alémanique, Barth ressent toutes les limites éthiques d'une prédication qui se concentre surtout sur « l'opinion que l'homme se fait de Dieu ». Si l'exégèse a toute son importance, elle s'intéresse peu aux situations exposées dans les textes bibliques, à la dynamique qui leur est propre. Ne faudrait-il pas aussi porter une attention particulière à un contenu qui est lui-même une forme de prédication ? Autrement dit ne faut-il pas se rendre attentif aux témoignages dont ces textes sont dépositaires, c'est-à-dire à « l'opinion que Dieu porte sur les hommes » ? Ce retournement dialectique est au fondement du ministère de Barth, de son oeuvre, de ses engagements.

Avec son premier grand livre, un commentaire de l'Épître aux Romains (1ère édition allemande 1919), Barth s'engage dans une théologie dialectique, c'est-à-dire une théologie qui s'intéresse simultanément à Dieu, « parce qu'il est le Dieu de l'homme » et à l'homme « parce qu'il est l'homme de Dieu ». Au début des années Trente, il s'engage dans la rédaction de la monumentale Dogmatique ecclésiastique, laquelle l'a occupé jusqu'en 1967. Il a aussi rédigé de nombreux articles. Et bien qu'universitaire, il a toujours eu une intense activité de prédicateur.

Karl Barth fut dès 1933 un actif résistant au nazisme. Il a notamment été l'un des rédacteurs du manisfeste de l'Église confessante, voté lors du synode libre de Barmen en 1934.

Après 1945 et au moment de la guerre froide, Barth s'engage sur de multiples fronts. Il est aussi très admiratif des travaux menés par l'Église catholique au moment du Concile Vatican II.

Mais au moment de sa mort, en 1968, dans un monde qui paraît mieux assuré de son devenir, les exigences éthiques de Barth, semblent à beaucoup devoir être reformulées. Le débat qu'il a ouvert est pourtant bien loin de s'éteindre.

C'est le pasteur Pierre Maury qui a le plus activement introduit la pensée de Barth en France.


Bibliographie
• BARTH Karl et MAURY Pierre, Nous qui pouvons encore parler, Correspondance éditée par Bernard REYMOND (1928-1956), L'Age d'Homme, Lausanne, 1985.
• BARTH Karl, trad. DE SENARCLENS Jacques, L'Humanité de Dieu, Labor et Fidès, Genève, 1956.
• BARTH Karl, trad. MAURY Pierre, Dieu pour nous, Les Bergers et les Mages, Paris, 1998.
• BARTH Karl, trad. RYSER Fernand, Dogmatique, Labor et Fidès, Genève, 1953-1980.
• MULLER Denis, Karl Barth, Éditions du Cerf, Paris, 2005.


Karl Barth (1886-1968), biographie détaillée

Un théologien, un homme public, une sentinelle

Par sa rigueur et sa profonde originalité, l'oeuvre du théologien Karl Barth a eu un grand rayonnement dans tout le protestantisme et chez les théologiens catholiques, y compris par les débats intenses et les polémiques durables qu'elle a suscités.

Karl Barth
Karl Barth (1886-1968).
(Collection privée)
Famille et études

Karl Barth est né le 10 mai 1886 à Bâle. Sa famille, tant du côté maternel (les Sartorius, alliés entre autres à Jacob Burkhardt) que paternel, compte beaucoup d'universitaires et de pasteurs réformés (les uns et les autres étant plutôt critiques du protestantisme libéral de l'époque). Après des études secondaires à Berne, le jeune Karl Barth commence des études de théologie dans cette même ville. Il les poursuit assez vite à Berlin (il est alors étudiant d'Adolf von Harnack (1851-1930), l'un des chefs de file les plus brillants de l'École historico-critique et de la théologie libérale) ainsi qu'à Tübingen et à Marburg. C'est là qu'il reçoit l'enseignement de Wilhelm Hermann (1846-1922), un enseignement auquel il s'est par la suite constamment référé. Outre son approfondissement des travaux théologiques les plus contemporains, il est un lecteur assidu de Calvin et s'affirme dans la confession réformée.

La paroisse de Safenwill

Après avoir été quelque temps rédacteur à la revue de l'université de Marburg, Die christlische Welt, il est nommé en 1911 pasteur de la paroisse de Safenwill, une petite ville industrielle du canton d'Argovie située au nord de la Suisse alémanique. Il est alors témoin de la réalité quotidienne du travail en entreprise, celle que vivent ses paroissiens, et en découvre les difficultés et les injustices. Très engagé à cette époque dans la théologie du Christianisme social, il n'hésite pas à s'inscrire, en tant que citoyen, dans le parti social-démocrate suisse, où se retrouvent les chétiens sociaux.



Université de Bâle
Université de Bâle.
(Université de Bâle)

C'est dans ce contexte qu'il apprend la déclaration de la guerre de 1914. De nationalité suisse, il n'est pas mobilisable. Mais il suit avec consternation les interminables développements du conflit mondial qui sont pour lui autant d'actions et de réactions inacceptables. Il déplore une prédication de l'Église souvent simpliste et trop prompte à affirmer, sans réfléchir, un nationalisme belliqueux dans un conflit dont les tenants et aboutissants sont loin d'être clairs ou légitimes. Barth s'engage alors dans une lutte contre ce qui lui paraît être une « misère » tout à fait redoutable de la prédication, lutte qui suppose de retourner à une réflexion biblique et théologique exigeante, pour restaurer des questions fortes. La première étape est un long commentaire de l'Épître aux Romains (Der Römerbrief). Une première édition paraît en 1919, suscitant immédiatement un vif débat, notamment chez les libéraux proches du Kulturprotestantismus. Lors de la conférence de Tambach, l'assistance libérale est particulièrement surprise des propos de celui qu'elle tenait pour l'un des sien. la première édition est rapidement suivie d'une seconde en 1921, dont la préface précise alors très clairement les exigences. À ce moment, Karl Barth quitte la paroisse de Safenwill pour aller enseigner la théologie réformée à l'université de Göttingen qui vient de lui en faire la demande.

Désormais son ministère se place dans l'université et dans nombre d'engagements de portée internationale, auprès des étudiants et dans les groupes oecuméniques. Après Göttingen, il est nommé professeur de théologie systématique à Münster (1925), puis à Bonn (1930). Révoqué en 1934 par les autorités nazies, il est alors nommé à Bâle, poste qui sera le sien jusqu'en 1962.

Ces activités ne l'ont évidemment jamais empêché de prêcher, ce qu'il a fait dans de multiples lieux et circonstances. Il faut citer en particulier ses prédications fréquentes dans la prison de Bâle « Aux captifs, la liberté ». (trad. française 1960)

Après le Commentaire de l'Épître aux Romains (der Römerbrief)

Avec le Römerbrief, Barth appelait l'Église à une vigilance critique contre toutes les fausses certitudes qu'elle avait faites siennes avant guerre, cette certitude par exemple que le progrès des connaissances et des techniques était une condition suffisante et clairement dessinée du progrès dans l'histoire, attestant de la bénédiction de Dieu.


Université de Göttingen
Aula de l'Université de Göttingen.
(Université de Göttingen)
Par la suite, il ne s'est jamais départi d'une ligne d'exigence posant que la théologie est une discipline autonome par rapport à la philosophie, à l'anthropologie, aux sciences sociales, et qu'il ne doit pas y avoir de confusion de registres. La confusion de registres est en effet prompte à oublier que Dieu n'est pas de l'ordre du monde. Elle est prompte à sous-estimer ce qu'implique la liberté que Dieu a donnée aux hommes, en particulier leurs responsabilités dans l'histoire du monde, tous éléments qui se rapportent à la manière dont on invoque une loi morale autonome qui serait immédiatement accessible. Cependant l'autonomie de la théologie ne signifie pas pour autant un fondamentalisme biblique littéraliste qui disqualifierait les usages de la raison et leur efficacité dans les progrès de la science.

Ce sont là les points forts de son enseignement à Göttingen, en particulier ses cours sur l'histoire de la théologie depuis le XVIIIe siècle. Mais il participe aussi à de nombreux groupes de travail avec ses anciens condisciples, notamment F. Gogarten (1887-1968), R. Bultmann (1884-1976) et G. Dehn (1882-1970), fondant avec ceux-ci, en 1922, la revue Zwischen der Zeiten, laquelle a, jusqu'en 1933, publié nombre d'articles, souvent jugés sulfureux. L'un des principaux thèmes de discussion se rapporte au mode de lecture – en situation – des textes bibliques.

« Se décider hic et nunc pour le Royaume de Dieu et sa justice »

Barth n'a jamais sous-estimé la difficulté qui consiste à réfléchir dans et pour le temps présent, à partir de ces écrits très anciens que sont les textes bibliques.

Beaucoup de ses collègues ou contemporains pensaient, dans la suite du théologien Adolf von Harnack (1851-1930), qu'il était difficile d'ignorer le problème de compréhension posé par cette distance historique. Il fallait donc présenter ces textes, les « traduire » pour le monde présent en fonction, tant des progrès de l'exégèse que de ceux des langages philosophique, psychologique et scientifique.

D'autres pasteurs ou théologiens pensaient eux que, de toute façon, la lettre du message biblique s'imposait comme une évidence morale.

La position de Barth (il s'en est expliqué dans la préface de la deuxième édition du Commentaire de l'Êpitre aux Romains et dans beaucoup d'écrits ultérieurs) est que les textes bibliques, dans leur diversité, montrent « la ligne de la vérité comme une ligne brisée ». Ils doivent être lus et travaillés en situation et dans le respect de leur contenu, c'est-à-dire en faisant toute sa place à la dynamique qui leur est propre.

Cette position est loin de laisser dans l'ombre les progrès de l'exégèse. Il est évident et important de reconnaître que les textes bibliques ont été écrits à des moments différents, dans des modes d'écriture différents ; il est évident et important de ne pas oublier que le Christ a vécu à un moment de l'histoire, d'autant plus que ces données permettent de comprendre ce que le Christ a voulu dire. C'est d'ailleurs ce fait même – la prédication de Jésus est une prédication en situation – qui oblige à lire les textes bibliques dans le contexte où nous nous trouvons. Or la rigueur appliquée à un tel travail est de celles qui peuvent ébranler des certitudes trop vite induites d'une intention bonne, si authentique soit celle-ci. La dynamique de la prédication suppose de s'interroger sur ce qui rend pensable, étant donné le hic et nunc, un horizon d'action soucieux de justice et de fraternité, sur ce qui en révèle, dans un contexte concret qui n'est pas simple à déchiffrer, les chemins souvent étonnants et les aspérités inattendues.

Les applications concrètes de cette position théologique n'ont pas manqué de surprendre ses interlocuteurs. De fait Barth mettait en regard l'autonomie de la loi morale et la théologie. Et il paraissait ainsi réduire les marges de la liberté d'action individuelle, telle qu'encouragée par les progrès des langages scientifiques et techniques. Loin de contester ces progrès, Barth rappelait simplement que la vérité scientifique n'est pas une loi morale, autrement dit qu'aucune règle de conduite pratique ne peut être directement induite d'une vérité scientifique. Le problème éthique se place en effet non pas dans l'intention, mais dans l'attention soutenue à la complexité du social. Le problème de l'oeuvre bonne s'inscrit dans un mouvement, non dans une certitude absolue. Cette position n'a pas manqué de donner lieu à des débats. Qu'apportait-elle, demandaient certains, dans des situations d'urgence très concrètes ?

Ainsi, au début des années Trente, le théologien Paul Tillich reprochait-il à Barth de ne pas engager sa notoriété de théologien dans une participation visible à des manifestations de rues anti-nazis. La réponse à cette critique et à d'autres se trouvera en fait dans la Confession de Barmen, le manifeste de l'Église confessante, et dans le combat sans relâche de Karl Barth contre le nazisme.

L'Église confessante et l'opposition au nazisme

Une première action de résistance, après la mainmise de l'État nazi sur l'administration des Églises protestantes allemandes (DEK devenant Deutschenchristen) avait été, dès l'été 1933, la création, par le pasteur Martin Niemöller (1892-1984) (qui fut immédiatement soutenu par nombre de pasteurs et de laïcs), de la Pfarrernotbund (alliance pastorale de détresse). C'était là une opposition à la prétention nazie d'appliquer le « principe aryen » dans l'Église, lequel prétendait interdire l'exercice du ministère à tout pasteur qui aurait eu une ascendance juive. Le développement de cette initiative, (très vite élargie par le pasteur Dietrich Bonhöffer (1906-1945) à l'ensemble du problème juif), aboutit à la réunion de plusieurs synodes libres, lesquels regroupaient les pasteurs et paroisses qui refusaient de capituler face aux exigences idéologiques du nazisme. Le plus important et le plus célèbre fut le synode réuni à Barmen du 29 au 31 mai 1934, constitutif de l'Église confessante (Bekenntniskirche). Ses participants, après longue réflexion, adoptèrent une déclaration, souvent appelée Confession de Barmen largement inspirée (et rédigée) par Karl Barth. Dès son début, elle rappelait que :

« Jésus-Christ, tel qu'il nous est attesté dans la Sainte Écriture est l'unique Parole de Dieu que nous ayons à écouter, à laquelle nous ayons, dans la vie et dans la mort, à nous confier et à obéir ».

Cet énoncé avait pour conséquence de fortes mises au point suivies de rejets explicites des prétentions nazies :

« ... Nous rejetons... la fausse doctrine selon laquelle l'Église pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner des chefs munis de pouvoirs dictatoriaux... »

Bien que tous les participants n'aient pas été d'accord avec les énoncés théologiques de la déclaration – elle paraissait à certains trop éloignée des avancées de la théologie libérale – cette déclaration fut votée à l'unanimité.

Immédiatement révoqué de son poste à Bonn, puis jugé indésirable en Allemagne, Karl Barth poursuit son enseignement à l'université de Bâle, poste qui sera le sien jusqu'à la fin de sa vie active.

Infatigable opposant au nazisme, il a multiplié les avertissements adressés aux Allemands, aux Français et à tous ceux qui se sont trouvés, pendant la Seconde guerre mondiale, dans des pays occupés, ainsi qu'à se compatriotes suisses (Une voix suisse, 1944).

Après 1945

Après la guerre, Barth continue d'exercer un vrai ministère de sentinelle dans un monde en grande transformation, en pleine croissance économique à l'ouest, mais écartelé par la guerre froide et plein d'obscurités et de zones d'ombre.

À l'occasion d'une émouvante rencontre à Stuttgart en octobre 1945 provoquée par le pasteur Wilhem Visser't'Hooft avec quelques représentants des pays alliés, ses amis de l'Église confessante, dorénavant responsables de la nouvelle Église évangélique en Allemagne (EKD) prononcent une impressionnante Déclaration de culpabilité :

« C'est avec une profonde douleur que nous déclarons : par notre faute, une indicible souffrance s'est abattue sur beaucoup de peuples et beaucoup de pays. ... Bien qu'ayant lutté, durant de longues années, au nom de Jésus-Christ, contre l'esprit qui avait trouvé une expression effroyable dans le régime tyrannique du national-socialisme, nous nous accusons de n'avoir pas confessé avec plus de courage, de n'avoir pas prié avec plus de fidélité, de n'avoir pas plus radicalement cru et de n'avoir pas aimé avec plus d'ardeur. Il faut maintenant à nos Églises un commencement nouveau ».

En 1948, il participe, à l'invitation des pasteurs Wilhem Visser't Hooft et Marc Boegner (respectivement Secrétaire général et Président du Conseil oecuménique des Églises en formation)et avec l'appui de son ami Pierre Maury, à l'Assemblée d'Amsterdam au cours de laquelle l'organisation est officiellement créée. La conférence qu'il y donne est un plaidoyer pour le renouvellement de l'Église, « congrégation vivante de Jésus-Christ, le Seigneur vivant : la maintenir libre, vigilante, prête à répondre aux initiatives sans cesse nouvelles de son Seigneur ».

Pendant la guerre froide, il fut, dans ses diverses interventions publiques, « non-aligné », selon l'expression en usage pour désigner les pays qui n'appartenaient, ni à l'OTAN, ni au Pacte de Varsovie, c'est-à-dire qu'il eut beaucoup de contacts (que résume, entre autres, sa lettre à un pasteur de la RDA, 1959) avec toutes les Églises, de l'Est comme de l'Ouest, ne cessant de rapporter le fondement des actions des hommes à l'écoute de la Parole de Dieu, une parole dont aucun ordre dans le monde ne peut s'affirmer dépositaire, une parole qui enjoint à la constante réflexion sur les modalités des actions et sur les responsabilités qu'elles supposent de prendre. Dès 1961 et en diverses occasions par la suite, il rend hommage (lui qui a pourtant souvent critiqué l'Église romaine) au Concile Vatican II et au travail critique que l'Église catholique a entrepris sur elle-même.

La mort le surprend le 10 décembre 1968, alors que le monde occidental parait avoir retrouvé l'assurance de son devenir de progrès et de ce fait les vertus théologales d'un libéralisme optimiste et confiant. Dans ce contexte, il paraît à beaucoup un homme du passé, inutilement porté à des jugements pessimistes. Le débat n'est pas pour autant refermé à propos d'une oeuvre qui s'inscrit dans la grande tradition théologique du Christianisme, celle de Saint-Augustin, de Saint-Anselme, de Saint-Thomas, de Saint François d'Assise, de Luther et de Calvin.


Bibliographie
• MULLER Denis, Karl Barth, Éditions du Cerf, Paris, 2005.
• VISSER'T HOOFT W.A., Le temps du rassemblement, mémoires, Le Seuil, Paris, 1975.


L'oeuvre écrite de Karl Barth (1886-1968)

Au centre de l'oeuvre écrite de Karl Barth se trouvent les nombreux volumes de la Dogmatique ecclésiastique. Cette considérable entreprise d'élaboration théologique nourrit une problématique éthique inscrite dans l'histoire, ce dont tous ses autres travaux portent aussi l'

Les premiers travaux : vers une théologie dialectique


La Doctrine de la Parole de Dieu
La Doctrine de la Parole
de Dieu de Karl Barth.
Premier volume de la Dogmatique de Karl Barth, édition française.
(S.H.P.F.)
L'oeuvre écrite de Barth s'ouvre en 1919 sur le Commentaire de l'Épître aux Romains, plusieurs fois réédité, premier engagement dans un renouveau de la réflexion théologique. Puis viennent ses travaux d'histoire de la théologie au XVIIIeet au XIXe siècles. Il y met en évidence ce fait que, renonçant à l'affirmation de la Révélation comme sa source unique, la théologie à cette époque a renoncé à ce qui fonde son autonomie, le cédant alors à une anthropologie du religieux et aux vertus de l'intériorité. Cette étape permet d'aborder alors (ses cours à Münster, 1928-1930) les raisons d'un nécessaire retour à une théologie qui garderait sa spécificité par rapport à la philosophie, à l'histoire et aux sciences sociales tout en reconnaissant les champs d'argumentation propres à ces disciplines et l'importance de leur domaine d'application. La théologie ne peut en rester à « l'échec éthique de la théologie moderne », tel que l'a mis en évidence la détresse du monde au moment de la guerre de 1914, tel que le montrent toutes les souffrances qui, dans le temps présent, risquent toujours d'échapper à son regard. Cette exigence brise les certitudes. La réflexion n'est plus en repos ; elle se place dans une tension dialectique qui peut être ce combat corps à corps de Jacob avec l'Ange. « Le contenu de la Bible ne consiste pas dans les justes conceptions que l'homme se fait de Dieu, mais dans les justes opinions que Dieu a de l'homme... C'est la Parole de Dieu qu'il y a dans la Bible » (dans Karl Barth, Parole de Dieu, parole humaine, éd. fr. 1934).

La Dogmatique (ecclésiastique)

Le commentaire sur Saint Anselme (1930), lequel est un exposé sur le Dieu tout autre, peut être considéré comme l'ouverture à son opus magnum – les 26 volumes de la célèbre Dogmatique ecclésiastique (1932-1967) dont la remarquable traduction (quasi simultanée, 1953-1980) en français est due à Fernand Ryser. La dogmatique est ecclésiastique parce qu'elle est une lecture critique de la prédication de l'Église, parce qu'elle est au service de la prédication toujours enracinée dans l'histoire contemporaine. Il s'agit de décrypter l'interpellation de la Bible sur l'actualité. Cette somme, restée inachevée au seuil de ce qui aurait dû traiter de la Rédemption, se rapporte à la relation de Dieu à l'homme, de Dieu aux hommes, et de tout ce que la médiation christologique en montre en pleine humanité. Elle le fait sur différents registres (les points forts liés au « sola fide » et au « sola scriptura », leurs inscriptions dans la vie de l'Église, etc). Dans cette perspective, la théologie n'est pas l'alternative au progrès des sciences et des techniques, elle permet au contraire de mieux s'ouvrir aux richesses de la pluridisciplinarité. Elle vise ainsi à prendre au sérieux les richesses des ressources du monde séculier, sa dynamique, comme à en décrypter les chimères, y compris celles qui prendraient l'apparence d'une loi morale. Le contenu de la Dogmatique a été la matière de tous les cours de Barth à Bâle (1935-1962).

Conférences, articles, essais

À cette ligne de fond théologique monumentale, s'ajoutent de nombreux essais, recueils d'articles ou de conférences parmi lesquels il faut citer (dans leur traduction française) Parole de Dieu, Parole humaine (1933, édition allemande en 1924), Une voix suisse (1939-1944), ainsi que le Credo dédié à ses amis de l'Église confessante(1936), le Culte raisonnable (1934), Communauté chrétienne, communauté civile (1945). En 1957, paraît (dans la traduction française) l'Humanité de Dieu, un écrit plus concis dans lequel il souligne que la reconnaissance du Dieu tout autre implique tout autant le souci des hommes et de leurs souffrances. Cette reconnaissance n'est en effet possible que dans la médiation de Jésus Christ, pleinement Dieu, mais aussi pleinement homme. Enfin, l'introduction à la théologie évangélique est le dernier cours qu'il a professé à Bâle en 1962.

Barth a aussi écrit un hommage à Mozart (1956) à l'occasion du bicentenaire de la naissance du compositeur : « Je ne suis pas sûr que les anges, lorsqu'ils sont en train de glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach, mais je suis certain, en revanche, que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart, et que Dieu aime alors tout particulièrement les entendre ».

Beaucoup de livres et essais ont par ailleurs été écrits sur le théologien et sur son oeuvre, y compris par le Père Urs von Balthazar (sj), lequel était l'un de ses auditeurs fervents à l'université de Bâle et par Hans Küng (La justification. La doctrine de Karl Barth et une réflexion catholique, Desclée de Brouwer, 1965).


Bibliographie
• BARTH Karl, trad. DE SENARCLENS Jacques, L'Humanité de Dieu, Labor et Fidès, Genève, 1956.
• BARTH Karl, trad. MAURY Pierre, Dieu pour nous, Les Bergers et les Mages, Paris, 1998.
• BARTH Karl, trad. RYSER Fernand, Dogmatique, Labor et Fidès, Genève, 1953-1980.


Réception de l'oeuvre de Karl Barth en France

Dès le milieu des années 1920, les écrits de Karl Barth commencent d'être connus en France. Le pasteur Pierre Maury et la « fédé », Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, y prennent une part essentielle. Les travaux du théologien ne cesseront pas dès lors d'être traduits en français, enseignés, médités, critiqués. Toutefois, depuis sa mort, en 1968, malgré le nombre important de ses disciples, son oeuvre, est parfois mise en question.

Une réception en milieu étudiant

La FUACE (Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants) et sa branche française, la « fédé », en particulier sous la direction du pasteur Jean Bosc (1910-1969), ont joué un rôle important dans la réception de l'oeuvre de Barth. La FUACE avait été créée en 1895 comme l'une des branches de l'Union chrétienne de jeunes gens, (UCJG), par l'américain John Mott. Le propos de ce laïc engagé était d'évangéliser le monde universitaire et de préparer les étudiants à participer aux responsabilités chrétiennes dans le monde. Grâce à ses rencontres internationales, la FUACE a très vite joué un rôle essentiel dans le développement du mouvement oecuménique Celui qui fut, à partir de 1925, son secrétaire général à Genève, le pasteur Wilhelm Visser't'Hooft, devint du reste le premier secrétaire général du Conseil Oecuménique des Églises (COE) en 1948.

Dans ces rencontres internationales ou nationales, maintes personnalités ayant par la suite exercé d'importantes responsabilités dans les Églises y ont été formées et habituées à la vie oecuménique, y compris au travers de solides amitiés au delà des frontières nationales. Ce fut par exemple le cas de plusieurs des acteurs de l'Église confessante allemande, mais aussi de personnalités orthodoxes comme Nicolas Berdiaeff. On peut dire que la FUACE a permis la constitution d'une sorte de puissante amicale internationale qui a grandement facilité les réconcilaitions nécessaires de l'après-guerre et la communion qui s'est peu à peu approfondie dans le Conseil oecuménique des Églises. La référence à la théologie de Karl Barth y a été déterminante, bien qu'assurément elle n'ait pas été la seule. Il faut par exemple souligner le rôle essentiel de Suzanne de Dietrich, en tant que leader du Renouveau biblique qui s'est développé dans l'entre-deux-guerres.

Le rôle du pasteur Pierre Maury

Karl Barth et Pierre Maury
Karl Barth et Pierre Maury.
(Collection Privée)
Le pasteur Pierre Maury, qui avait été Secrétaire général de la « fédé » française entre 1919 et 1925, a découvert les premiers écrits de Barth durant le temps de son ministère à la paroisse de Ferney-Voltaire. Dès cette période se noue entre ces deux hommes une amitié chaleureuse et théologique qui ne fera que croître. Par la suite, lors de son ministère à la FUACE, à Genève, aux côtés de Visser't'Hooft (1931-1935), puis à la paroisse de Passy-Annonciation, à Paris, aux côtés de Marc Boegner (1935-1956) et surtout dans le cadre de son enseignement de la Dogmatique à la Faculté de théologie protestante de Paris (1943-1950), Pierre Maury ne cessera de répercuter à sa manière propre, toujours premièrement pastorale, l'enseignement de son maître et ami. Il publie maints textes de Barth en traduction française, en particulier dans la revue Foi et Vie dont il fut le directeur entre 1930 et 1939 et aux éditions « Je sers ». On peut dire que, par sa prédication, son enseignement et ses publications, il a marqué du sceau de la théologie de Karl Barth plusieurs générations de pasteurs et de laïcs des églises protestantes françaises. Grâce à lui, certains d'entre eux, notamment Georges Casalis, André Dumas et Henri Hatzfeld, purent bénéficier directement à Bâle de l'enseignement de Barth. Et c'est aussi, parce qu'il était engagé dans cette démarche théologique, que Pierre Maury fut l'interlocuteur de quelques théologiens catholiques comme le père Yves Congar.

L'effervescence de l'entre-deux-guerres

Lettre de Karl Barth
Lettre de Karl Barth
à l'occasion de la mort du
pasteur Pierre Maury.
(Collection privée)
Une véritable effervescence théologique caractérise les années Trente. Elle se cristallise pour une large part autour de Karl Barth, ainsi qu'en référence au combat de l'Église confessante en Allemagne et d'une manière générale face aux montées des fascismes en Europe.

Une de ses manifestations les plus véhémentes fut l'apparition de la revue Hic et Nunc, véritable pamphlet provocateur, publiée (avec onze numéros) de novembre 1932 à janvier 1936 par quelques jeunes « barthiens » à l'esprit combatif. Ceux-ci, Roland de Pury, Roger Breuil, Henri Corbin, Denis de Rougemont et Albert-Marie Schmidt sont également marqués par leur découverte de la philosophie existentielle au travers d'auteurs comme Kierkegaard, Dostoïevski, Heidegger. Dans leurs différentes contributions à la revue, ils dénoncent avec vigueur et agressivité, les violences, les injustices, les trahisons et les abandons qui leur paraissent caractériser le monde dans lequel ils vivent. Il faut d'ailleurs rappeler que le monde, à cette époque, s'acheminait inéluctablement vers la seconde guerre mondiale et suscitait des passions contradictoires.

Après 1945

Pendant la seconde guerre mondiale, la personnalité de Barth qui avait écrit deux lettres aux protestants de France (en décembre 1939, au milieu de la « drôle de guerre » et après la défaite, en octobre 1940) paraît incontestable. Mais par la suite, dans un contexte moins tendu, l'attention portée aux travaux du théologien évolue. Pierre Maury meurt prématurément en 1956. Ses étudiants sont devenus depuis longtemps des pasteurs en charge de paroisses. Bien que chaque nouveau volume de la dogmatique soit rapidement traduit en français, ils n'ont pas nécessairement le temps de la lire. Le débat se détache des arguments de Barth proprement dits pour devenir plus superficiel et polémique : on se dit barthien ou antibarthien, ou l'on s'accuse de l'être. On associe cette caractéristique supposée à des engagements politiques qui sont jugés tantôt trop à gauche, tantôt trop à droite et de toute façon contestables puisqu'ils entraîneraient l'image de l'Église dans ce sillage.

En fait, les exigences éthiques, dont Barth continue de s'inquiéter activement, semblent à beaucoup devoir être reformulées dans un monde alors caractérisé par le conflit Est/Ouest et par les guerres d'indépendance du Tiers-Monde. Des tensions se manifestent en particulier à l'occasion de la guerre d'Algérie.

Indépendamment de cela, certains s'inquiètent d'une dogmatique trop autoritaire qui appellerait une adhésion sans nuances, d'une manière trop proche du magistère romain. À l'inverse, d'autres s'inquiètent de tendances qui se réclamant des critiques de Barth et de Bonhoeffer sur la religion se feraient les chantres de la mort de Dieu.

De manière générale le débat est bien loin de s'éteindre autour de la construction magistrale du dogmaticien de Bâle.


Bibliographie
• BARTH Karl et MAURY Pierre, Nous qui pouvons encore parler, Correspondance éditée par Bernard REYMOND (1928-1956), L'Age d'Homme, Lausanne, 1985.
• VISSER'T HOOFT W.A., Le temps du rassemblement, mémoires, Le Seuil, Paris, 1975.


La théologie du process

La théologie du process a subi l'influence du philosophe et mathématicien anglais Whitehead. Le professeur André Gounelle a fait connaître en France cette théologie selon laquelle Dieu est une force de nouveauté et de créativité qui transforme le monde.

L'influence de Whitehead

Alfred Whitehead (1861-1947), un des fondateurs de la logique mathématique, a travaillé comme mathématicien avec Bertrand Russell. Devenu dès 1923 professeur de philosophie à l'université américaine de Havard, il publie en 1929 un ouvrage d'un abord difficile mais considéré comme un apport majeur à la philosophie du XXe siècle : Process and reality. Selon Whitehead, la réalité est à la fois process (mot anglais qui signifie processus, devenir, évolution) et relationnel. Il n'y a rien qui ne soit soumis au changement. Tout est fluence, en cours de transformation : c'est ce qui permet l'avènement de ce qui est nouveau. Il n'y a pas d'indépendance des éléments qui constituent le réel mais interaction de ses différentes composantes. Whitehead a acquis la conviction qu'on ne peut rationnellement expliquer le monde sans faire appel à Dieu : c'est Lui qui injecte des possibles sans lesquels le monde ne pourrait que se répéter et se dégrader en vertu du principe de déperdition de l'énergie. Dans cette métaphysique dynamiste donnant une grande place à la vie, quand il se passe quelque chose.c'est Dieu qui fait que cela se passe ainsi.

Émergence de la théologie du process

De 1928 à 1955, enseigne à Chicago un professeur de philosophie, Charles Hartshorne (1898-2000) qui diffuse la pensée de Whitehead. Sous son influence, certains de ses étudiants (notamment John Cobb, né en 1925) développent la théologie du process ; ils sont aussi marqués par le développement des sciences physiques et naturelles.

Ils proposent une compréhension du réel telle que Dieu et le monde puissent et doivent être pensés ensemble, en interaction réciproque dans un mouvement créateur incessant. Cette théologie a eu beaucoup de retentissement dans les pays anglophones, au Japon, en Corée et aussi en Allemagne, moins dans les pays latins.

Dieu dans la théologie du process

Dieu est bipolaire. Il est à la fois actif et passif. Il oeuvre dans le monde (sans lui il n'y aurait pas de vie, c'est sa nature primordiale) et il est, en un sens, produit par le monde (le monde fait de lui ce qu'il est, c'est sa nature conséquente).

La nature primordiale est le « principe » qui permet aux choses et aux êtres d'exister. Elle est à la fois la source et la limite des possibles : la source, parce qu'elle ouvre sans cesse de nouveaux possibles et donne ainsi au monde son dynamisme ; la limite parce que ces possibles sont à chaque moment en nombre restreint, sans cela aucun ne se concrétiserait (des possibilités illimitées paralyseraient le monde).

La nature conséquente est l'impact de ce qui se passe dans le monde sur l'être de Dieu. Le monde répond souvent négativement aux impulsions qu'il donne, le met parfois en échec (la croix du Christ en est l'exemple suprême), le fait souffrir. Dieu n'est pas tout puissant ; chaque être garde sa liberté de lui répondre positivement ou négativement, mais jamais Dieu n'abandonne la partie et ouvre toujours de nouvelles possibilités (ainsi par la résurrection du Christ).

Dieu est force d'attraction : il appelle les êtres à se décider et à choisir le meilleur des possibles, celui qui permettra un univers plus heureux et harmonieux.

Le Christ puissance de créativité

L'avenir est ouvert et indéterminé puisqu'il dépend en partie de ce que font les êtres du monde. Dieu lui-même ignore ce qu'il sera. Le croyant se sait responsable et doit se mobiliser pour l'amélioration du monde ; en même temps il a confiance, car il sait que Dieu agit toujours pour ouvrir un avenir positif.

Cette action transformatrice de Dieu, Cobb l'appelle « Christ ». Il y a des personnages et des événements christiques dans le monde en dehors de Jésus de Nazareth (ainsi dans d'autres religions ou dans le domaine du non religieux), mais, en tout cas pour les chrétiens, Jésus est pleinement le Christ (et pas seulement christique) parce qu'en lui Dieu agit de manière décisive parmi les humains, les transforme et transforme leur situation, et les oriente vers ce futur que le Nouveau Testament appelle « le Royaume ». La prédication du Royaume est décisive, elle est le contenu même de l'Évangile.

La foi ouverte sur l'avenir

La foi n'est pas d'abord ni principalement adhésion à une doctrine. Elle est une marche en avant, une aventure ou une entreprise dans un monde travaillé par la présence de Dieu, mais où rien n'est joué d'avance. Elle implique que nous pensions, exprimions et vivions sans cesse Dieu à l'aide d'images autres, de concepts nouveaux, d'un langage différent qui soient à la fois fidèles au message biblique et adaptés à notre monde. Il s'agit de maintenir ou de restaurer la crédibilité de Dieu pour nos contemporains, de permettre à chacun de s'ouvrir à sa présence créatrice et de se mettre à l'oeuvre pour qu'elle se concrétise. Parce que Dieu est action et mouvement, la foi est dynamisme.


Bibliographie
• COBB J., Dieu et le monde, Van Dieren, Paris, 2006.
• GOUNELLE A., Le dynamisme créateur de Dieu, 2ème édition revue et corrigée, Van Dieren, Paris, 2000.
• PICON R., Le Christ à la croisée des religions, Van Dieren, Paris, 2003.


Un peu d'histoire

20e siècle

Les Protestants et la vie publique
Protestantisme et débats du XXe siècle
La théologie au XXe siècle
Les protestants dans les arts et les lettres
Portraits


Musée virtuel du protestantisme français
Source : Musée virtuel du protestantisme français