La prière comme respire du chrétien

par
Jean leDuc

Les poumons du chrétien
dans ses aspirations de la vie


Les aspirations de la vie
Une puissance de transfiguration
Expiration et inspiration
La violence dans la prière
La façon de prier
L'efficacité de la prière
Les déformations de la prière



Les aspirations de la vie

Il faut l'avouer, aucun sujet biblique n'est plus diversifié que celui de la prière. Signalons dès le début que la prière ne nécessite aucun effort, aucune forme, aucun rituel, ni aucun endroit, ni aucun temps désigné. Elle est la respiration normale du chrétien authentique dans sa vie de tous les jours. Dans sa base même la prière est la foi en action, car prier nécessite de croire en l'existence de Celui que nous prions, et nous savons que la foi est un don de Dieu (Éphésiens 2:8; Philippiens 1:29; Romains 10:17), elle ne provient d'aucun effort humain ni d'aucun choix personnel. Prier est donc admettre, consciemment ou non, que Dieu est le souverain absolu sur notre vie, qu'il est Maître de toutes les circonstances et évènements qui se produisent. Dans le Grec le mot « prier » ou « proseuchomai » est un mot composé qui signifie « pros » ou « être devant, en présence de, expression de » et « euchomai » ou « désirer, souhaiter, demander, plaire ». Dans son ensemble il signifie « être dans la présence de Dieu pour exprimer nos désirs dans le but de lui plaire ou de le glorifier, ou encore pour lui adresser des requêtes afin d'obtenir du support et de l'aide ». En d'autres mots, la prière est l'expression de nos aspirations de tous les jours qui s'élèvent régulièrement dans un élancement d'espérance comme les battements de notre cœur, ou comme le souffle de nôtre âme qui soupire après Dieu et dont le respire vient de Lui seul. Avant toutes choses, la prière c'est d'être dans la présence de Dieu par la foi et puisque l'Esprit de Christ est en nous (Romains 8:9-11), en chacun des vrais élus, il en advient que nous entrons dans le temple intérieur de notre cœur où Christ règne présentement (1 Corinthiens 3:16) pour que notre esprit entre en communion avec le Saint-Esprit de sa divine Présence : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Corinthiens 3:16) ; « Or, ceux qui sont dans la chair, ne peuvent plaire à Dieu. Pour vous, vous n'êtes point dans la chair, mais dans l'Esprit, s'il est vrai que l'Esprit de Dieu habite en vous. Or, si quelqu'un n'a point l'Esprit de Christ, celui-là n'est point à Lui. » (Romains 8:8-9). Cette communion que nous avons avec Christ en nous est engendrée par Christ lui-même afin que nous ayons le respire de la vie éternelle en nous que Dieu nous donne comme garanties, nommé aussi « les arrhes de son Esprit » : « Et celui qui nous a formés pour cela, c'est Dieu qui nous a aussi donné les garanties (les arrhes) de son Esprit. » (2 Corinthiens 5:5)

Puisque nous sommes encore dans un corps de chair, il est évident que nous subissons le fardeau d'être revêtu de notre « habitation céleste » et que cela arrache de nous toutes sortes de gémissements inexprimables (2 Corinthiens 5:2-4). Le seul qui puisse nous soulager de ces faiblesses par lesquelles nous aspirons à une vie meilleure en ce monde comme en l'autre est l'Esprit de Christ en nous, car nous ne pouvons pas demander convenablement que nos besoins soient comblés comme nous le désirons du temps que nous tiraillons avec ce corps de chair : « Car nous sommes sauvés en espérance. Or, l'espérance que l'on voit n'est plus espérance ; en effet, comment espérerait-on ce que l'on voit ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, c'est que nous l'attendons avec patience. Et même aussi l'Esprit nous soulage dans nos faiblesses ; car nous ne savons ce que nous devons demander pour prier comme il faut ; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs qui ne se peuvent exprimer. Toutefois celui qui sonde les cœurs, connaît quelle est l'affection de l'Esprit, qui prie selon Dieu pour les saints. Or, nous savons aussi que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés, selon son dessein. » (Romains 8:24-28). Nous avons tous des besoins en ce monde, nous désirons tous la joie, la paix, le bonheur, la prospérité, la santé, la nourriture, le vêtement, le logement, et plusieurs autres choses que nous considérons indispensables dans notre société moderne ; mais notre plus grand besoin est d'être rempli de la Présence de Christ, d'être comblé de son Esprit Saint, car nos aspirations sont entravées par toutes sortes de difficultés et de conflits qui nous semblent interminables. Qui de nous ayant été donné de réaliser, soit que pour un instant, la plénitude de Christ en nous dans une joie et une paix indescriptible, ne sombre pas aussitôt que le moindre petit malheur nous arrive. On est rempli de joie et de paix et on se cogne le gros orteil sur le coin d'un meuble et nous voila retourné aux réalités douloureuses de la vie en ce monde. Nous perdons ainsi la conscience de la Présence de Christ, mais non sa réalité qui demeure cachée dans l'homme intérieur : « Afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous donne d'être puissamment fortifiés par son Esprit, dans l'homme intérieur, Afin que Christ habite dans vos cœurs par la foi. » (Éphésiens 3:16-17) ; « Que votre parure ne soit point celle du dehors, l'entrelacement des cheveux, les ornements d'or ou la mode des vêtements, Mais de l'homme caché dans le cœur... » (1 Pierre 3:3-4). Cela ne signifie aucunement que nous n'obtenons pas de réponses à nos prières et que nos besoins ne sont pas rencontrés, car le Seigneur connaît nos besoins avant même que nous lui demandions : « Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites ; car ils aiment à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, afin d'être vus des hommes. Je vous dis en vérité qu'ils reçoivent leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra publiquement. Or, quand vous priez, n'usez pas de vaines répétitions, comme les païens ; car ils croient qu'ils seront exaucés en parlant beaucoup. Ne leur ressemblez donc pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous lui demandiez. » (Matthieu 6:5-8). Nous devons plutôt premièrement, non chercher comme si cela serait un effort de notre part, mais être conscient de la Souveraineté de Dieu et sa justice dans notre vie, c'est-à-dire « d'être clair ou réfléchi » à propos de cette révélation d'après une nuance du terme « zeteo » dans le Grec original : « Mais soyez conscient premièrement de la Souveraineté de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne soyez donc point en souci pour le lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. La préoccupation de chaque jour est suffisante. » (Matthieu 6:33-34)

Mais certains diront : « Comment se fait-il que nos prières ne sont pas toutes répondues ? » Une autre personne ajouterai : « Je suis pauvre et misérable, j'ai prié mais je me trouve toujours dans la même situation, rien n'a changé, en fait les choses semblent plutôt empirer. » Or soyez assuré que les prières sont toujours répondues, et cela sans exception. Mais elles ne sont pas toujours répondues de la façon que nous voudrions, ni au temps que nous espérerions. Il y a aussi le fait que plusieurs demandent mal dans le but de satisfaire à leurs passions, comme le souligne l'Épître de Jacques : « Vous convoitez, et vous n'obtenez pas ; vous êtes destructeurs et jaloux, et vous ne pouvez être satisfaits ; vous ripostez, et vous provoquez, et vous n'obtenez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez, et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal, et dans la vue de satisfaire à vos passions. Vous qui êtes fornicateurs et adultères, ne savez-vous pas que l'amour du monde est hostile contre Dieu ? Qui voudra donc être ami du monde, se rendra ennemi de Dieu. » (Jacques 4:2-4). Nos requêtes doivent toujours êtres centrées sur la volonté souveraine de notre Dieu afin de demeurer en communion avec l'Esprit de sa Présence en nous, autrement nous ne saurions pas de réels enfants de Dieu mais des ennemis. Parfois nous obtenons le contraire de ce que nous demandons car Dieu connaît mieux nos besoins que nous, et nous obtenons le plus grand bien, car la prière est un respire spirituel dont le souffle nous remplit des bénédictions spirituelles et éternelles en Christ. Gardons-nous de faire comme une insensée Pentecôtiste qui déclara devant témoins : « J'ai prié le Seigneur pour avoir une auto d'une telle couleur, d'une telle puissance et d'un tel prix, et le Seigneur me l'a accordé. Il fait toujours ainsi quand je le prie. Je l'ai même prié pour une maison et je l'ai obtenu exactement selon les spécifications que j'ai ordonné au Seigneur. » Il est évident que cette prétendue chrétienne n'a rien comprise de la prière, qu'elle ment et qu'elle prend Dieu comme un genre de père noël, un Dieu presse bouton qu'on ordonne de répondre pour remplir des besoins qui souvent ne le sont pas, comme s'il nous devait quelque chose. Malheureusement plusieurs suivent dans les pas de cette femme perfide en enseignant un évangile de prospérité. Il faut faire attention à ce que nous demandons, car nous pourrions recevoir ce que nous voudrions pas et la bénédiction désirée pourrait très bien se changer rapidement en malédiction. Pour utiliser un exemple absurde poussé à l'extrême, celui qui prierait que la décharge ne parte pas en jouant à la roulette russe, obtiendrait avec assurance la réponse à sa prière, car il recevrait une balle de révolver en plein crâne pour servir d'exemple aux autres insensés de la sorte qu'on ne badine pas avec Dieu. Il n'est pas interdit de prier pour des choses en ce monde, le Seigneur nous les accordera s'il en juge bon, mais que nos prières se fassent toujours dans cet esprit d'humilité : « accorde moi non pas selon mes mérites, mais selon ta grâce ; non pas selon ma volonté, mais selon ta volonté Seigneur, et pour la gloire de ton NOM ». Aussi, plusieurs planifient pour le lendemain dans leurs prières, mais personne de nous ne sais réellement ce que le lendemain nous réserve, pourquoi chercherions-nous à en tirer quelque gloire par des présomptions de toutes sortes : « À vous qui dites : Nous irons aujourd'hui ou demain dans telle ville, et nous y passerons une année, nous trafiquerons et nous gagnerons. Or, vous ne savez pas ce qu'il en sera de demain ; car, qu'est-ce que votre vie ? Ce n'est qu'une vapeur qui parait pour peu de temps, et qui s'évanouit ensuite. Au lieu que vous devriez dire : Si le Seigneur le veut, et si nous vivons, nous ferons ceci ou cela. » (Jacques 4:13-15). La souveraineté de Dieu est le souffle même de la prière et chacun de nous doit respirer la grâce de cette révélation en tout temps et à tout moment.


Une puissance de transfiguration

Malheureusement, comme nous avons vu plus haut, la conscience d'être rempli de la Présence de Christ ne demeure pas, elle est temporelle en ce monde, elle ne dure que pour un moment et cela afin de remplir un besoin très spécifique, celui d'affermir la foi et de glorifier Christ. Nous avons une très belle analogie de ce sujet dans l'Évangile de Matthieu et dans celui de Marc où nous voyons que le Seigneur Jésus amène trois de ses disciples sur une haute montagne et est transfiguré en leur présence : « ...Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les mena seuls à part sur une haute montagne ; et il fut transfiguré en leur présence. Et ses vêtements devinrent resplendissants, blancs comme la neige et tels qu'il n'y a point de foulon sur la terre qui pût ainsi blanchir. Et ils virent paraître Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec Jésus. Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Maître, il est bon que nous demeurions ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Car il ne savait pas ce qu'il disait, parce qu'ils étaient effrayés. Et il vint une nuée qui les couvrit ; et une voix sortit de la nuée, qui dit : C'est ici mon Fils bien-aimé, écoutez-le. Et soudain les disciples, ayant regardé autour d'eux, ne virent plus personne que Jésus seul avec eux. Et comme ils descendaient de la montagne, il leur défendit de dire à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme fût ressuscité des morts. » (Marc 9:2-9). À remarquer qu'ils ne demeurèrent point sur la montagne, mais qu'immédiatement après cette merveilleuse révélation de la gloire suprême du Seigneur Jésus-Christ, ils redescendirent dans la vallée parmi les troubles de la vie de tous les jours où ils durent faire face à de nombreuses difficultés (Marc 9:14-18). De même, la prière nous élève sur la montagne de la révélation de Christ en nous, et nous sommes rempli d'une joie et d'une paix indescriptible par l'Esprit de sa Présence qui nous transforme dans la réalisation qu'il est le Dieu Tout-Puissant, seul Souverain absolu et gardien de nôtre âme, comme le dit si bien l'apôtre Pierre : « Car ce n'est point en suivant des imaginations conçues avec subtilité, que nous vous avons fait connaître la puissance même de l'apparition de notre Seigneur Jésus-Christ ; mais c'est après avoir vu de nos propres yeux sa majesté. Car il a reçu en tant que Dieu le Père honneur et gloire, lorsque cette voix lui a été adressée dans sa gloire suprême : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma satisfaction. Et nous avons entendu cette voix venue du ciel, lorsque nous avons été avec lui sur la sainte montagne. » (2 Pierre 1:16-18) ; « ...vous étiez comme des brebis errantes ; mais vous êtes maintenant retournés au Dirigeant et au Surveillant de vos âmes. » (1 Pierre 2:25). Nous voyons par cette analogie que la prière contient dans son essence même une puissance de transfiguration par le fait de la Présence de Christ en nous. Le terme « transfiguré » provient du Grec « metamorphoo » d'où nous avons le mot « métamorphose ». Selon le Dictionnaire Larousse ce mot signifie : « changement de figure ou d'apparence » et le verbe implique « changer l'aspect ou la nature de quelque chose, de quelqu'un, en lui donnant un caractère éclatant ou magnifique. Donner au visage un éclat inaccoutumé. » Il s'agit ici d'une transformation car le mot « transfiguré » provient du latin « transformé », les deux termes signifiant une seule et même chose, sauf que le premier est généralement utilisé pour décrire une transformation spirituelle. Comme la chenille est transformée merveilleusement en papillon à l'intérieur de son cocon, le chrétien est transformé graduellement en l'image de Christ dans le secret de l'homme intérieur : « Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites ; car ils aiment à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, afin d'être vus des hommes. Je vous dis en vérité qu'ils reçoivent leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra publiquement. » (Matthieu 6:5-6) ; « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, c'est votre culte raisonnable. Et ne vous conformez point au présent siècle, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, afin que vous éprouviez que la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite. » (Romains 12:1-2) ; « Or, le Seigneur Jésus est l'Esprit ; et où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. Ainsi nous tous qui, le visage découvert, contemplons dans l'Écriture, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à son image, de gloire en gloire, comme par l'Esprit du Seigneur. » (2 Corinthiens 3:17-18) ; « C'est pourquoi nous ne faiblissons point, et si notre homme extérieur se détruit, l'intérieur se renouvelle de jour en jour ; Car notre légère affliction du temps présent produit en nous un plus grand fardeau pour la gloire éternelle ; Puisque nous ne regardons point aux choses visibles, mais aux invisibles ; car les choses visibles sont pour un temps, mais les invisibles sont éternelles. » (1 Corinthiens 4:16-17) ; « C'est pour ce sujet que je fléchis les genoux devant le Père, le Seigneur de nous tous, Jésus-Christ, De qui toute famille, dans les cieux et sur la terre, tire son nom ; Afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous donne d'être puissamment fortifiés par son Esprit, dans l'homme intérieur. Afin que Christ habite dans vos cœurs par la foi que vous avez reçu... » (Éphésiens 3:14-17). S'il y a un symbole approprié pour décrire une telle métamorphose glorieuse, c'est bien celui du papillon qui nous est donné par la nature même :

Le papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses
S'enivrer de parfums, de lumières et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles
Voilà du papillon le destin enchanté !
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté !

Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Nouvelles méditations poétiques

Cette transformation merveilleuse du chrétien n'est pas de sa propre initiative, il ne peut y contribuer rien, aucun effort, aucun choix ou décision personnelle, tout est de Christ qui engendre en nous par l'Esprit de sa Présence cette transformation dont l'aboutissement est de former LE NOUVEL HOMME, une race céleste et éternelle qui était le but primaire de la création de l'homme : « Et Dieu créa l'homme à son image ; il le créa à l'image de Dieu ; il les créa mâle et femelle. » (Genèse 1:27) ; « Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris à connaître Christ ; Au moins, si vous l'avez écouté, et si, selon la vérité qui est en Jésus, vous avez été instruits en lui, À vous débarrasser, pour ce qui est de votre conduite précédente, du vieil homme, qui se corrompt par les convoitises trompeuses ; À vous renouveler par l'Esprit dans votre entendement ; Et à vous revêtir du nouvel homme, créé à l'image de Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. » (Éphésiens 4:20-24) ; « Il est avant toutes choses YEHOVAH, et toutes choses subsistent par lui. Et c'est lui qui est le Chef (la Tête) du corps qui est l'Église ; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin qu'il tienne le premier rang en toutes choses. » (Colossiens 1:17-18) ; « ...ayant dépouillé le vieil homme avec ses œuvres, Et ayant revêtu le nouvel homme, qui est renouvelé, dans la connaissance, à l'image de celui qui l'a créé. Ici il n'y a ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni Barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout en tous. » (Colossiens 3:9-11). Telle est la puissance de transformation qui réside dans la prière, puissance qui est l'essence même de la résurrection dont l'éclat est si glorieuse que parfois elle traverse l'enveloppe charnelle de notre corps et sa lumière brille sur notre visage comme témoin de la Présence de Christ en nous. Nous sommes ainsi des re-présences ou nouvelle présence de Christ en ce monde de ténèbres, des témoins de la lumière véritable : « Car le Dieu qui a dit que la lumière resplendisse au milieu des ténèbres, est celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu en la personne de Jésus-Christ. Or, nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que l'excellence de la puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous. » (2 Corinthiens 4:6-7). Le désir de tous vrais chrétiens est de toujours resplendir de cette lumière glorieuse, mais nous ne pouvons demeurer sur la montagne, il nous faut redescendre dans la vallée afin d'en témoigner, et notre témoignage est souvent entravé par les contraintes de la vie avec les peines et les douleurs des épreuves et des tribulations qui en diminuent l'éclat. Il ne peut en être autrement du fait que nous sommes encore dans un corps de chair qui est dans l'attente d'être revêtu de l'incorruptibilité et de l'immortalité, lors de la dernière transformation à l'apparition finale de Christ : « Telle est aussi la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; Il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force ; Il est semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel ; il y a un corps naturel, et il y a un corps spirituel, Suivant qu'il est écrit : Le premier homme, Adam, a été fait une âme vivante ; mais le dernier Adam est un Esprit vivifiant ; Or, ce n'est pas ce qui est spirituel, mais ce qui est naturel, qui est le premier ; ce qui est spirituel vient après. Le premier homme, étant de la terre, est terrestre, et le second homme, le Seigneur, est du ciel. Tel qu'est le terrestre, tels aussi sont les terrestres ; et tel qu'est le céleste, tels aussi sont les célestes. Et comme nous portons l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste. Or, je dis ceci, frères ; c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite point l'incorruptibilité. Voici, je vous dis un mystère : Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous changés, En un moment, en un clin d'œil, à la dernière trompette ; car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité. Or, quand ce corps corruptible aura été revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura été revêtu de l'immortalité, alors cette parole de l'Écriture sera accomplie : La mort est engloutie en victoire. O mort ! où est ta provocation ? O sépulcre ! où est ta victoire ? Or, la provocation de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. » (1 Corinthiens 15:42-57). Certes le respire de la prière est un respire d'espérance dans l'élancement de nos aspirations vers la gloire éternelle, et la grâce nous accorde parfois d'y goûter ici-bas dans les affaires de cette vie qui soulèvent le souffle de nos supplications dans la majesté de sa Présence.


Expiration et inspiration

Il est très bien connu que le respire contient deux fonctions vitales à notre existence par des phénomènes d'expansion et de rétraction qui provoquent l'entrée (inspiration) et la sortie (expiration) d'air. Aucun de nous n'est maître de son propre respire, aucun n'a le choix dans ceci, et si quelqu'un est assez insensé pour dire qu'il contrôle son respire par le libre choix d'une décision personnelle, qu'il retienne son respire pour une heure, une journée, un mois, une année, et nous allons accourir pour nous prosterner à genoux devant lui. Notre propre respire témoigne lui-même que le libre-arbitre est une illusion et que nous y sommes pour rien dans ses fonctions. Combien plus le respire de la vie éternelle dans la grâce du salut est-il entièrement dépendant de la souveraineté de Dieu et que nous pouvons n'y contribuer aucun effort, aucun choix, aucune décision, aucune œuvre de quelque sorte. Les mêmes principes s'appliquent spirituellement au niveau de la prière. Dans l'expiration nous projetons hors de nous même les aspirations et les gémissements de notre cœur dans une spontanéité perpétuelle au devant du trône de Christ qui réside en nous par l'Esprit de sa Présence, afin d'obtenir grâce et miséricorde dans nos besoins matériels et spirituels. Quoique cette fonction vitale de la prière provient de nous, elle n'est pas engendré par nos efforts ou choix personnels, mais par l'Esprit de Christ qui en produit les capacités comme il lui semble bon : « Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, non seulement comme en ma présence, mais plus encore maintenant en mon absence, faites profiter votre salut avec crainte et tremblement ; Car c'est Dieu qui produit en vous et le vouloir et le faire selon son plaisir. » (Philippiens 2:12-13). Il est étrange de voir des millions de gens qui se disent chrétiens, proclamer hautement et sans aucune honte qu'ils sont eux-mêmes la source « du vouloir et du faire » en eux-mêmes, en déclarant qu'ils ont le libre choix de croire en Christ pour être sauvé, faisant du salut une décision personnelle qui s'oppose catégoriquement à la souveraineté absolue de Dieu. Demandons leur de tenir leur respire pour quelques heures afin de prouver la véracité de leur doctrine qu'ils prétendent être la vérité, tout en accusant ceux qui maintiennent la souveraineté de Dieu d'être des faux chrétiens, des hérétiques et des dangereux. Que leur respire soit leur juge, les victorieux ramasseront les carcasses des vaincus et les brûleront dans le feu de la Présence de Dieu parmi des cantiques de louanges, à la gloire de l'Agneau sur le trône de sa majesté suprême.

Il n'y a aucun doute que l'expiration dans le respire de la prière est une contraction perpétuelle dont l'engagement est complètement surnaturelle et dont la résurgence est générée dynamiquement par la Parole de Dieu. Nous obtenons ainsi l'assurance que chacune de nos prières sont entendu de Dieu car lui-même en est le promoteur, l'agent actif des impulsions et des solutions : « Celui qui a formé l'oreille n'entendrait-il pas, et celui qui a formé la bouche ne parlerait-il pas ? » Le souffle de notre respire étant expiré, il revient à nous par une loi d'action-réaction qui garantie notre survie jusqu'à la dernière contraction qui a été prédéterminé de toute éternité. De même l'expiration de la prière est garantie par la réception d'une inspiration réciproque dans une détermination de cause-effet dans laquelle Dieu a déterminé d'avance la résolution de l'équation dans son décret d'élection. Ainsi il ne se peut qu'une prière ne soit pas répondue, car l'élan de nos impulsions engendre une interaction assurée de la part de Dieu dans un va et vient continuel qui surpasse notre imagination. Cela se produit en nous constamment et à chaque instant sans que nous en soyons toujours pleinement conscient. La conscience de cette interaction est ce qu'on nomme être rempli de la Présence de Christ et c'est une très grande bénédiction lorsqu'il nous est accordé dans la grâce de le réaliser que pour un seul instant, nous en gardons la mémoire tous les jours pour le reste de notre vie car elle est comparable à l'expérience de l'apôtre Paul qui fut ravi au troisième ciel : « Certainement il ne me convient pas de me glorifier, car j'en viendrai à des visions et à des révélations du Seigneur. Je connais un homme en Christ, qui, il y a plus de quatorze ans, fut ravi jusqu'au troisième ciel ; si ce fut dans le corps, je ne peux dire ; si ce fut hors du corps, je ne peux dire ; Dieu le sait. Et je sais que cet homme, si ce fut dans le corps, ou si ce fut hors du corps, je ne sais ; Dieu le sait, Fut ravi dans le paradis, et y entendit des paroles inexprimables, qu'il n'est pas permis à l'homme de prononcer. Je puis me glorifier d'être cet homme-là ; mais je ne me glorifierai pas de moi-même, sinon dans mes infirmités. Si je voulais me glorifier, je ne serais pas imprudent, car je ne dirais que la vérité ; mais je m'en abstiens, afin que personne ne m'estime au-delà de ce qu'il voit en moi, ou de ce qu'il m'entend dire. » (2 Corinthiens 12:1-6) ; « Mais quand il plut à Dieu, qui m'avait choisi dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par sa grâce, De révéler son Fils en moi, afin que je l'annonce parmi les Gentils ; aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang... » (Galates 1:15-16) ; « ...j'ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m'a donnée auprès de vous, pour accomplir la Parole de Dieu, Le mystère qui était caché dans tous les siècles et dans tous les âges, mais qui est maintenant manifesté à ses saints élus ; À qui Dieu a voulu faire connaître quelle est la richesse de la gloire de ce mystère parmi les Gentils ; savoir : Christ en nous, l'espérance de la gloire. C'est lui que nous annonçons, exhortant tous genres d'hommes et enseignant tous genres d'hommes en toute sagesse, afin de rendre tous genres d'homme parfait en Jésus-Christ. » (Colossiens 1:25-28) Nous ne pouvons qu'être ébahi au plus haut point devant une telle merveille qui nous témoigne de la souveraineté, de la majesté, et de la toute-puissance de notre Grand Dieu et Roi, le Seigneur Jésus-Christ.

Dans notre respire régulier, l'inspiration est la fonction de faire pénétrer l'air dans ses poumons. Le terme est varié dans ses applications, le Dictionnaire Larousse nous dit en plus que ce mot signifie : « L'influence divine ou surnaturelle par laquelle l'homme aurait la révélation de ce qu'il doit dire ou faire. Enthousiasme créatrice. Idée soudaine. Inspirer : (du latin inspirare : souffler dans). Faire pénétrer dans la poitrine. Faire naître dans le cœur ou dans l'esprit un sentiment, une pensée, un dessein, susciter ou inspirer le respect, faire naître l'enthousiasme. » Au niveau du respire de la prière, comme nous venons de voir plus haut, l'inspiration est la réponse à l'expiration, elle est le moyen par lequel Dieu assure son engagement envers ses élus de leur transmettre les résultats de leurs aspirations et supplications. Mais l'inspiration s'applique aussi au niveau des Saintes-Écritures, source de notre foi et de la révélation de Jésus-Christ qui nous est transmise par des paroles vivantes imprégnées par l'Esprit de sa Présence. La Parole est ainsi un véhicule de l'Esprit qui nous engage dans un interrelation avec Celui qui est la Vie même afin de nous transformer par son enseignement, nous donner la conviction de la vérité par rapport à la révélation, pour nous administrer la correction dans nos pensées, et pour rectifier nos démarches de chaque jour, afin que nous devenions mature et disposé pour la réalisation de la mission qu'il nous accorde dans la justice de sa grâce : « Or, toute l'Écriture respire de Dieu, et est utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la droiture ; Afin que l'homme de Dieu soit mature, et entièrement préparé pour toutes les tâches favorables. » (2 Timothée 3:16-17). Ainsi l'inspiration des Écritures s'accorde avec l'inspiration de la prière pour nous soutenir et nous affermir en ce que nous en recevons la plénitude des bénédictions qui nous sont réservées.


La violence dans la prière

Nous n'avons aucun contrôle sur l'expiration et l'inspiration du respire de la prière, ce qui veux dire que ces choses nous sont imposées et ce terme porte dans son essence même la notion de violence. La violence peut se décrire comme étant une force contraignante du corps ou de l'esprit devant laquelle on ne peut résister. Dans ses différentes nuances, le mot « imposer » signifie : « Ce qui est obligatoire, faire subir, faire accepter ou recevoir par une pression morale, physique, ou spirituelle ; inspirer un sentiment de respect ou d'autorité ; charger quelqu'un, lui imposer un fardeau, une loi ou une façon d'agir ; frapper d'une force ; mettre les mains sur quelqu'un pour le bénir ou le châtier ; inspirer de l'admiration ou de la crainte ; bref. faire violence à une personne, l'obliger à agir par la contrainte sans sa volonté ou sans qu'elle en soit consciente. » Soyons clair, la violence n'est pas acceptable dans le contexte de la vie humaine en société dite civilisée, qu'elle soit physique ou verbale dans le sens de blesser une personne intentionnellement. On ne peut tolérer les meurtres, les viols, les abortions, les vols, les fraudes, les extorsions, les intimidations, et autres, que ces choses proviennent d'un individuel ou d'un groupe organisé comme des prétendues églises qui veulent dominer sur la foi des individuels, les multinationales qui nous exploitent, la mafia ou nos gouvernements crapuleux qui se veulent maîtres de notre destin et s'enrichissent sur le dos des pauvres. Un vieux dicton dit que « la violence engendre la violence », et cela est vrai car les gens violentés n'ont souvent aucun autre recour pour se protéger que d'utiliser la violence eux aussi. La triste histoire des massacres des Vaudois nous en témoigne la réalité, souvent les chrétiens ont du prendre les armes pour se défendre. Malheureusement, la violence est une caractéristique de la nature humaine dépravée, on ne peut s'en éloigner, elle fait partie de la vie depuis la Chute dans le Jardin d'Éden. Chaque être humain est violent, chaque personne, de la plus douce à la plus radicale, a le potentiel d'être un meurtrier, un escroc, ou un dictateur. La Parole de Dieu dit que l'on récolte ce que l'on sème et cela est vrai à tous les niveaux, on sème la discorde et on récolte la tempête et cette dernière est souvent utiliser de Dieu en faveur de ses enfants. Mais il importe de comprendre que dans le contexte spirituel, si Dieu ne s'imposerai pas sur l'homme, personne ne pourrai être sauvé, car la nature humaine est rebelle à la servitude, elle se veut indépendante et libre d'agir comme il lui semble bon, étant elle même esclave de ses propres dérèglements et de ses passions débridées. Qu'il existe une violence divine, cela est incontestable. Dieu est libre d'agir comme il lui semble bon avec ses créatures, il est le seul autocrate, il domine sur toute sa création, il est le Roi Souverain et ses sujets n'ont aucun choix que d'agir selon les préceptes qu'il a prédéterminé de toute éternité, tout comme les membres d'un corps n'ont pas le choix d'agir selon les directives de la tête. Il n'a à répondre à personne, et personne ne peut réclamer ses droits, ils en ont aucun. Mais Dieu est aussi un Dieu de miséricorde, de bonté et de compassion, ce sont ces qualités ou attributs qui le distinguent d'un despote ou d'un tyran cruel. Néanmoins, Dieu est un Dieu de violence et de justice, et cela il ne faut pas l'oublier, mais d'une juste violence qui opère à l'intérieur de ses règles et de sa sainteté, et ceux qui dans l'histoire l'ont provoqué en ont connu la réalité et la connaîtrons encore.

La prière est un acte de violence, et cela pour plusieurs raisons :

1. La personne qui prie est une personne brisée, elle en a pas le choix, elle a été amené à ce point par des circonstances hors de son contrôle, que ce soit la maladie, le découragement, ou autres, le brisement est une forme de violence et cela est indéniable ;
2. La personne qui prie renonce à soi-même dans le fait que par la prière, elle admet qu'il existe un Dieu suprême qui peut répondre à ses besoins, et le renoncement à soi-même est une forme d'auto-violence qui est engendré par l'Esprit de Dieu, le renoncement à soi-même est l'enseignement principal du Seigneur Jésus sans lequel nous ne pouvons être ses disciples (Matthieu 16:24-25) ;
3. Personne ne prierait s'il n'y serait pas forcé de le faire, la prière nous est imposé et l'imposition est une forme de violence ;
4. Le chrétien qui prie et en qui réside l'Esprit de Christ, est attiré à la prière d'une manière irrésistible et cela aussi est une forme de violence, il ne peut faire autrement que prier, tellement que la prière devient chose normale pour lui, elle est son respire régulier qui garanti son existence et le comble de bénédictions, et souvent il en n'est même pas conscient. Cela est évident du fait que nous ne sommes pas conscient de tous les respires que nous prenons à chaque instant.

En fait, tout le message de Dieu, de la première page à la dernière page des Écritures, est un message de violence. Cela ne plaira pas à ceux qui voient Dieu comme un Dieu bonasse qui est d'une douceur complaisante et dont l'amour n'est qu'un altruisme philanthropique qui plaît à tous et qui tolère tout. Or l'amour de Dieu est un amour violent, il n'est pas un amour complaisant, il est un amour sacrificiel et un sacrifice implique la violence par nécessité. Christ n'a pas été attaché à la croix avec des liens de velours, il ne portait pas sur sa tête une couronne de fleurs, ni est-il mort au milieu des cantiques de joie d'une chorale raisonnante, son message d'amour « aimer vous les uns les autres » n'est pas une galanterie dans un respect mutuel de délicatesses, choses qui font lever le cœur au plus ardent soldat de Christ. On aurait tendance à penser que les chrétiens modernes sont tous des efféminés qui marchent sur le bout des orteils dans des lits de tulipes se faisant la guerre à coups de mouchoirs, tellement leur théologie de douillet a imprégnée leurs pensées amollies par l'apostasie de la dignité humaine. Nombreux, très nombreux sont les hypocrites qui accusent les défenseurs de la souveraineté de Dieu d'être violent dans leurs propos et les condamnent comme des fous dangereux, car ils aiment les paroles doucereuses qui plaisent à leur entendement. Ils seraient en effet les premiers dans une foule en ligne avec leurs numéros pour condamner le Seigneur Jésus qui disait d'eux : « Serpents, race de vipères, comment éviterez-vous le châtiment de la géhenne ? » (Matthieu 23:33). Il est vrai que le message principal du Seigneur Jésus est un message d'amour, mais d'un amour tranchant qui sépare le mensonge de la vérité, qui dissocie l'homme de lui-même par le renoncement, et qui divise même des familles : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je suis venu apporter, non la paix, mais l'épée. Car je suis venu mettre la division entre le fils et le père, entre la fille et la mère, entre la belle-fille et la belle-mère. Et l'homme aura pour ennemis ceux de sa maison. » (Matthieu 10:34-36). Cet aspect violent du message de Christ n'est plus proclamé de nos jours, et un christianisme contrefait préfère en tordre le sens pour lui faire dire : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la guerre sur la terre : je suis venu apporter, non le conflit, mais la paix. Car je suis venu mettre l'union entre le fils et le père, entre la fille et la mère, entre la belle-fille et la belle-mère. Et l'homme aura pour amis ceux de sa maison. » Que de belles paroles tordues qui plaisent au cœur de l'homme pervers qui fuit devant la lumière de la vérité comme un insecte nuisible pour se réfugier dans le confort de ses illusions. Le Dieu de l'Ancien Testament qui fit détruire des villes entières et massacrer toutes les populations, hommes, femmes, et enfants, est le même Dieu du Nouveau Testament que nous adorons en Jésus-Christ et son message est encore le même, la destruction du péché et du mensonge qui résident dans le cœur humain dépravé par la proclamation de la vérité, et celle-ci est une épée à deux tranchants, un qui donne la mort aux réprouvés et l'autre qui donne la vie aux élus. Si ce message fait bouillir votre sang, c'est que vous ne connaissez pas la puissance de Dieu dans votre vie et que vous préféré fermer les yeux devant la réalité comme un autruche qui s'enfouit la tête dans le sable. Mais la tempête vient et vous n'échapperai point, la justice triomphera au grand jour et les autruches se feront rôtir comme des dindes et serviront comme repas aux oiseaux du ciel : « Je vis un ange qui se tenait dans le soleil, et qui cria d'une voix forte à tous les oiseaux qui volaient par le ciel : Venez, et assemblez-vous pour le festin du grand Dieu ; Pour manger la chair des rois, la chair des capitaines, la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceux qui les montent, et la chair de tous, libres et esclaves, petits et grands. » (Apocalypse 19:17-18). N'y a-t-il pas de violence dans ce passage de l'Apocalypse ? Évidemment ! et assurément les réprouvés la connaîtrons.


La façon de prier

Nous savons d'après les Écritures que le Seigneur Jésus-Christ a passé beaucoup de temps en prière. Il semble en effet que la demande que font les disciples dans Luc 11:1 prouve qu'ils savaient que le Maître passait de longs moments en prière. Il était donc normal qu'Il viennent vers Jésus et lui posent cette question à la fois simple et pressante : « Seigneur, enseigne-nous à prier ». C'est là une demande que chacun d'entre nous pourrait faire à Jésus quand nous venons à ses pieds dans la prière. Rien n'est plus important dans la vie chrétienne que de savoir prier, car la prière est le respire de la vie éternelle. Nous sommes dit par l'apôtre Paul de « Priez sans cesse » (1 Thessaloniciens 5:17) ce qui nous indique encore que la prière est un respire perpétuel. Nous prions comme par intuition à chaque instant, dans notre esprit, nos pensées, notre travail, nos agissements de tous les jours. La prière ne consiste pas seulement à prononcer des paroles audibles, mais aussi à exprimer nos désirs par des impulsions ou intuitions, des souffles ou soupirs, par des larmes et des souffrances, par des illuminations et révélations, ou par le travail même que nous faisons sous la direction du Seigneur pour la gloire de son NOM et pour la communauté des élus. Toutes ces choses sont imprégnées par le respire de la prière dans des pulsions ou contractions de l'expiration et de l'inspiration de l'Esprit de Dieu en nous. Dans cet aspect, nous voyons que la prière réelle est avant toutes choses individuelle et personnelle, elle n'est pas collective ou communautaire, elle est libre de toute forme de groupe et d'équipe, de toute convenances et coutumes, de toutes méthodes et formules. Mais elle détient aussi une vigueur en groupe du temps qu'elle n'est pas encadrée dans un formalisme religieux stérile, ou encore dissipée dans des surexcitations ou frénésies collectives comme c'est la mode chez les sectes Pentecôtistes et Charismatiques et tout groupe à tendances extatiques. Elle est surtout une grande bénédiction dans des rencontres de frères et de sœurs d'une même foi, et par là il faut spécifier qu'il s'agit ici de rencontres occasionnelles dans des visites entre chrétiens dans leur propre foyer. Le Seigneur Jésus nous dit : « Car où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d'elles. » (Matthieu 18:20). Certains aiment à prier debout, d'autres à genoux, d'autres assis, d'autres avec les mains levées et d'autres avec les mains jointes ou baissées. Or la prière n'est pas limitée à aucune de ces méthodes, chacun est libre de s'exprimer comme l'Esprit le dirige, néanmoins il ne faut absolument pas que cela devienne un genre de spectacle pour tenter d'impressionner ou d'influencer les autres qui sont présent, mieux que la personne se ferme dans un tel cas ou se retire pour prier seule chez-elle. Même qu'elle doit être avisé de faire ainsi par ceux qui ont plus de maturité spirituelle, mais que cela soit fait avec sagesse et compassion. Soulignons que la prière en langues ne doit pas être tolérée en aucune façon ni en aucun temps, aucune forme n'est plus perverse que celle-ci, aucune ne déforme plus la vérité que cette tendance extatique qu'un grand nombre de réprouvés prétend être biblique pour justifier leurs extravagances psychotiques. Si dans une visite de foyer une personne se donne à une telle pratique, elle doit être arrêtée immédiatement et si elle refuse ou s'entête pour prouver son point, elle doit être demandée de quitter les lieux sans plus d'explications données, car le danger de contagion est très réelle et les gens en récolteront que des malédictions. Mieux ne pas recevoir de telles personnes en visites que d'avoir à prononcer l'interdiction sur elles, mieux encore ne jamais avoir de contact avec de tels réprouvés qui se donnent à toutes sortes de pratiques extatiques issus d'un baptême d'esprits troublés qu'ils prétendent être le Baptême du Saint-Esprit, et déshonorent notre foi : « Si vous êtes déshonoré pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux ; car l'Esprit du Dieu de gloire repose sur vous. Il est blasphémé par eux, mais il est glorifié par vous. » (1 Pierre 4:14).

1. Instruction sur la Prière :

Nous pouvons bien imaginer que les disciples ne réalisaient pas la profondeur de cette question. La prière était d'une importance vitale parmi les Juifs, bien qu'elle ait souvent dégénéré jusqu'à en devenir un simple rite. Il en résultait une grande variété dans la façon de prier parmi les différents groupements de croyants juifs. Jean-Baptiste avait déjà exposé quelle était selon lui la meilleur façon de prier et cela apparaît nettement au début de ce chapitre : « Seigneur, enseigne-nous à prier comme Jean l'a enseigné à ses disciples ». Notez bien les différents éléments qui constituent la prière que Jésus nous donne en modèle :

Et il leur dit : Quand vous priez, dites : Notre Père qui es aux cieux ; ton nom soit sanctifié ; ton règne vienne ; ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ;

Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ;

Pardonne-nous nos péchés ; car nous pardonnons aussi à tous ceux qui nous sont endettés ; et ne nous amène point dans l'épreuve ; mais délivre-nous de l'affliction.

Tout le contenu de cette prière est une affirmation à la Souveraineté de Dieu, chaque point qui en découle souligne la reconnaissance de Dieu comme Souverain absolu dans le ciel et sur la terre, et en toutes choses qui concernent notre vie de tous les jours. Elle commence par une expression qui rappelle notre parenté « Père ». La véritable prière en effet s'appuie sur notre parenté avec notre Dieu, le Seigneur Jésus-Christ qui est le Père manifesté dans la chair et qui fait de nous ses fils adoptifs : « Car vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba, Père. Car l'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8:15-16) ; « La grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et Seigneur, JÉSUS-CHRIST ! Béni soit le Dieu et Père, le Seigneur de nous tous, Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes, en Christ ; Selon qu'il nous a élus au salut en lui avant la fondation du monde, afin que nous soyons saints et sans reproches devant lui dans la charité ; Nous ayant prédestinés au salut pour être ses enfants adoptifs par le moyen de Jésus-Christ, d'après le bon plaisir de sa volonté... » (Éphésiens 1:2-5). Ce qui signifie que la prière est réservée uniquement aux vrais enfants de Dieu, et que les faux qui s'y adonnent en récoltent des malédictions plutôt que des bénédictions. Nous avons la permission d'aller vers lui, nous pouvons nous adresser à Lui parce que nous sommes Ses Enfants et qu'il est Notre Père. Cette parenté a été établie par le Seigneur Jésus lui-même, c'est par la rédemption, par son sang versé sur la croix, que nous pouvons nous approcher de Dieu et que nous sommes devenus fils de Dieu. C'est par l'adoration et le renoncement de soi-même que nous nous approchons de Lui pour déclarer « Que ton nom soit sanctifié », car une telle déclaration est une reconnaissance que son NOM est mis à part, qu'il est au-dessus de tout nom et que son NOM est le NOM du Dieu Souverain et Tout-Puissant : « C'est pourquoi aussi, Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné un Nom qui est au-dessus de tout nom ; Afin qu'au nom de JÉSUS, tout ce qui est dans les cieux, et sur la terre, et sous la terre, fléchisse le genou, Et que toute langue confesse Jésus-Christ comme étant le Dieu de gloire, le Père éternel. » (Philippiens 2:9-11). Les paroles « que ton règne vienne » indique encore une autre foi la Souveraineté de Dieu qui règne éternellement sur toutes choses dans notre vie et que nous sommes présentement dans son Royaume par sa Présence en nous : « Rendant grâces au Père, qui nous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière ; Qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé... » (Colossiens 1:12-13). La vie d'un chrétien doit être centrée sur un but : la soumission à la Souveraineté de Dieu, la confiance constante en Christ pour toutes choses dans notre vie. Nous vivons en Lui, par Lui, et pour Lui, jusqu'à ce que son Royaume éternel se manifeste ouvertement lors de sa dernière apparition. Le cœur d'un chrétien se révèle par ces mots : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Pour un chrétien, en effet, le plus cher désir de tout son être doit être que la volonté de Dieu s'accomplisse non seulement sur la terre comme au ciel, non seulement dans la vie des autres, mais aussi dans sa propre vie et la prière nous en donne l'assurance.

Finalement, nous arrivons à la requête concernant nos propres besoins et elle est tout entière contenue dans cette simple phrase : « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ». Le mot pain signifie tous les besoins de notre vie considérée au point de vue spirituel autant que matériel, et encore une fois cela est une reconnaissance de la Souveraineté de Dieu et l'assurance qu'il répond à nos besoins. La demande concernant le pardon des péchés s'accompagne, d'une comparaison avec notre conduite envers autrui : « Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ». Qu'arriverait-il si Dieu mesurait son pardon sur celui que nous accordons à notre prochain ? Cela est une question sérieuse que nous devons prendre en considération pour nos relations avec nos frères et nos sœurs en Christ. Il importe de remarquer aussi qu'on ne peut pardonner à une personne qui refuse d'être pardonnée à cause de son orgueil ou de son entêtement à reconnaître ses tords. Nous pouvons lui avoir pardonné dans notre cœur, mais ce pardon n'est effectif pour nous afin de maintenir notre santé spirituelle, mais il ne rapporte rien au niveau de la personne qui nous a offensée. Dans un tel cas l'injonction suivante s'applique : « tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » (Matthieu 16:19). La Souveraineté de Dieu retient le péché de la personne qui refuse le pardon et elle en portera les conséquences, mais tant qu'à nous, nous sommes libres par le fait de l'avoir pardonné dans notre cœur. La prière se termine par une requête concernant la délivrance des épreuves et des afflictions « ne nous amène point dans l'épreuve ; mais délivre-nous de l'affliction. ». Tout chrétien sain d'esprit préfère ne pas avoir d'épreuves et d'afflictions dans sa vie. Cela est évident car ces choses ne sont jamais plaisantes et nous causes de nombreux ennuis et d'angoisses. Toutefois les épreuves sont nécessaire pour fortifier notre foi, nous devons donc prier que le Seigneur en diminue l'intensité ou de nous en éloigné si tel est selon sa volonté. De même pour les afflictions, car aucun en est à l'épreuve. La relation par Luc de cette prière modèle est moins complète que celle de Matthieu mais les principaux éléments s'y retrouvent.
2. Importunité dans la prière :

L'enseignement de Jésus sur la prière ne sarrète pas à ce simple plan. Il se hâte aussitôt de mettre en relief une grande vérité spirituelle qui a d'étroits rapports avec la prière. Cette vérité c'est l'importunité, c‘est-à-dire la volonté bien arrêtée de persister dans la prière jusqu'à ce que on ait obtenu une réponse. Et Jésus, pour illustrer sa pensée, raconte aux disciples une délicieuse petite histoire. Rappelons-nous avant de considérer cette histoire que nous ne devons pas espérer que chaque détail puise s'appliquer directement et exactement à Dieu et à ses enfants dans leurs relations véritables. Il s'agit d'une parabole ou d'une allégorie. Elle est destinée à illustrer une certaine vérité. Nous ne devons pas en déduire que Dieu est lent et peu disposé à répondre à nos prières. Christ ne veut pas enseigner cela. Il veut seulement montrer que nous devons insister et prier jusqu'à ce que nous soyons exaucés.

L'ami mal disposé. Cet homme qui avait assez de pain d'avance pour en prêter n'était pas disposé à ouvrir sa porte à un ami. Il était tard : minuit. La famille est éveillée par de grands coups frappés à la porte. Celui qui frappe ainsi demande du pain car il en est à court. Une voix à demi endormie répond : « Ne m'importune pas ; la porte est fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner du pain ». Il est bon de savoir que dans ces pays d'Orient il était fréquent que la famille entière repose dans un vaste lit. Ce lit consistait généralement en une large natte étendue sur le sol. Par une excuse quelconque, ce père de famille refuse d'aller ouvrir la porte peut-être difficile à ouvrir en de pareilles conditions et de donner le pain que demande son ami. Dieu agit-il ainsi ? Non, nous le savons. Toutefois, il nous semble, parfois que notre prière pourtant si ardente semble demeurer sans réponse et, nous demandons si Dieu est disposé à nous écouter et à nous aider. Comment cet homme, à l'extérieur, obtint-il ce qu'il sollicitait ? En demeurant à la porte, frappant et criant jusqu'à ce que, désirant absolument se débarrasser de lui l'homme, à l'intérieur, lui ait enfin donné ce qu'il demandait et même davantage. Il se leva et donna du pain au solliciteur, non pas parce qu'il aimait ce dernier, non pas parce qu'il était dans sa volonté de le donner mais pour se débarrasser de cet importun qui frappait à sa porte. Persistez dans la prière ; demandez sans vous lasser ; attendez patiemment ; frappez sans cesse. Votre importunité, pour mieux dire votre insistance auront gain de cause.
3. Confiance dans la prière :

Comment se fait-il que bien souvent notre foi en la prière et en Dieu se trouve affaiblie. Après sa méditation sur la prière, Jésus n'a-t-il pas fait cette remarque : « quel est parmi vous le père. qui donnera une pierre à son fils, s'il vous demande du pain ? ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d'un poisson ? ou, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? » (Luc 11:11-12). Et il ajoute : « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent » (Luc 11:13). Comme cela est évident et comme cela devrait être naturel. Nous avons l'habitude de voir, sur la terre, les pères faire tout ce qu'ils peuvent pour leurs enfants. Aussi serait-il naturel de nous persuader que nous pouvons attendre davantage encore de notre Père céleste, car il veut faire bien plus pour nous que ne le ferait un père selon la chair. Cela est simple n'est ce pas ? Et comme c'est raisonnable nous pouvons le croire de tout notre cœur. Nous pouvons être assurés que Dieu entendra nos prières et qu'il y répondra, car il est notre Père et nous sommes ses enfants. Cette parenté a été établie par Jésus au moyen de la Rédemption. L'apôtre Jean en parle en termes précis : « Le resplendissement véritable qui éclaire tout homme était venue dans le monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par Lui ; mais Lui le monde ne l'a pas connu. Il est venu chez les siens ; et les siens ne l'ont point reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom, Qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de la volonté souveraine de Dieu. Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du seul Fils engendré du Père. » (Jean 1:9-14). Le fait d'être devenus enfants de Dieu nous donne une raison majeure de croire que nos prières seront entendues. Dans la même affirmation, Matthieu cite ces paroles de Jésus : « ...a combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (Matthieu 7:11). Mais Luc rapporte ainsi la déclaration de Jésus : « À combien plus forte raison le Père Céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent » (Luc 11:13). Tous deux sont dans la vérité et d'accords, car nous savons que Dieu veut donner de bonnes choses en réponse aux prières de ses enfants. Mais nous savons aussi que la meilleure chose, le plus grand don que Dieu peut faire à un chrétien est l'Esprit Saint de la Présence de Christ qui fait sa demeure en lui et lui assure les grâces de ses bénédictions.


L'efficacité de la prière

« Demandez et vous recevrez » (Matthieu 7:7 ; Luc 11:9) a dit le Seigneur Jésus. « Il faut toujours prier » (1 Thessaloniciens 5:17) ajoutait-il. Il importe donc de se faire une juste idée de l'efficacité de la prière, de la source même de cette efficacité et du but auquel toute vraie prière doit être ordonnée. Nous avons l'air de croire parfois que la prière est une force qui aurait son premier principe en nous, et par laquelle nous essaierions d'incliner la volonté de Dieu, par manière de persuasion. Et aussitôt notre pensée se heurte à cette difficulté, souvent formulée par les incrédules, en particulier par les Évangéliques Arminiens prétentieux pour qui tout est selon l'action de leur libre-choix. D'après les Souverainistes, défenseurs de la Souveraineté de Dieu, la volonté de Dieu personne ne peut la mouvoir, personne ne peut l'incliner. Dieu est la miséricorde toujours prête à venir au secours de celui de ses élus qui souffre et qui implore, mais il est aussi l'Être parfaitement immuable. La volonté de Dieu de toute éternité est aussi inflexible qu'elle est miséricordieuse. Personne ne peut se vanter d'avoir éclairé Dieu, de lui avoir fait changer de volonté. Par son décret providentiel, fortement et suavement, l'ordre du monde, la suite des événements, sont irrévocablement fixés d'avance. Faut-il conclure que notre prière ne peut rien, qu'elle vient trop tard, que si nous prions, aussi bien que si nous ne prions pas, ce qui doit arriver arrivera ? La parole de l'Évangile demeure : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira » (Matthieu 7:7 ; Luc 11:9). — La prière, en effet, n'est pas une force qui aurait son premier principe en nous, ce n'est pas un effort de l'âme humaine, qui essaierait de faire violence à Dieu, pour lui faire changer ses dispositions providentielles. Si l'on parle ainsi quelquefois, c'est par métaphore, c'est une manière humaine de s'exprimer. En réalité la volonté de Dieu est absolument immuable, mais c'est précisément dans cette immutabilité qu'est la source de l'infaillible efficacité de la prière.

C'est au fond très simple : la vraie prière par laquelle nous demandons pour nous, avec humilité, confiance et persévérance, les biens nécessaires à notre sanctification et à notre survie en ce monde, est infailliblement efficace, parce que Dieu, qui ne peut se dédire, a décrété qu'elle le serait, et parce que le Seigneur Jésus nous l'a promis. Un Dieu qui n'aurait pas prévu et voulu de toute éternité les prières que nous lui adressons, c'est là une conception aussi puérile que celle d'un Dieu qui s'inclinerait devant nos volontés et changerait ses desseins. Non seulement, tout ce qui arrive a été prévu et voulu ou tout au moins permis d'avance par un décret providentiel, mais la manière dont les choses arrivent, les causes qui produisent les événements, tout cela est fixé de toute éternité par la Providence. Dans tous les ordres, physique, intellectuel et moral, en vue de certains effets, Dieu a préparé les causes qui doivent les produire. Pour les moissons matérielles, il a préparé la semence ; pour féconder une terre desséchée, il a voulu une pluie abondante ; pour une victoire qui sera le salut d'un peuple, il suscite un grand chef d'armée ; pour donner au monde un homme de génie, il a préparé une intelligence supérieure, servie par un cerveau mieux fait, par une hérédité spéciale, par un milieu intellectuel privilégié. Pour régénérer le monde aux périodes les plus troublées, il a décidé qu'il y aurait des élus. Et pour en sauver d'entre tous genres d'hommes, dès toujours la divine Providence avait préparé sa propre venue en le Seigneur Jésus, le Messie. Dans tous les ordres, du plus infime au plus élevé, en vue de certains effets, Dieu dispose les causes qui doivent les produire. Pour les moissons spirituelles comme pour les matérielles, il a préparé la semence, et la moisson ne s'obtiendra pas sans elle.

Or, la prière est précisément une cause ordonnée à produire cet effet, qui est l'obtention des dons de Dieu, nécessaires ou utiles au salut. Toutes les créatures ne vivent que des dons de Dieu, mais la créature intellectuelle est seule à s'en rendre compte. Les pierres, les plantes, les animaux reçoivent sans savoir qu'ils reçoivent. L'homme, lui, vit des dons de Dieu, et il le sait ; si le charnel l'oublie, c'est qu'il ne vit pas en homme ; si l'orgueilleux ne veut pas en convenir, c'est qu'il n'y a pas de pire sottise que l'orgueil. L'existence, la santé, la force, la lumière de l'intelligence, l'énergie morale, la réussite de nos entreprises, tout cela est le don de Dieu, mais par-dessus tout la grâce, qui nous porte au bien salutaire, nous le fait accomplir, et nous y fait persévérer. Faut-il s'étonner que la divine Providence ait voulu que l'homme, puisqu'il peut comprendre qu'il ne vit que d'aumônes, demandât l'aumône ? Ici comme partout Dieu veut d'abord l'effet final, puis il ordonne les moyens et les causes qui doivent le produire. Après avoir décidé de donner, il décide que nous prierons pour recevoir, comme un père, résolu d'avance d'accorder un plaisir à ses enfants, se promet de le leur faire demander. Le don de Dieu voilà le résultat, la prière voilà la cause ordonnée à l'obtenir ; elle a sa place dans la vie des âmes pour qu'elles reçoivent les biens nécessaires ou utiles au salut, comme la chaleur et l'électricité ont leur place dans l'ordre physique. Jésus, qui veut convertir la Samaritaine, lui dit, pour la porter à prier : « Si tu savais le don de Dieu, c'est toi qui m'aurais demandé à boire, et je t'aurais donné de l'eau vive... jaillissant en vie éternelle » (Jean 4:10). De toute éternité, Dieu a prévu et permis les chutes de Marie Madeleine, mais il a ses desseins sur elle, il veut rendre la vie à cette âme morte ; seulement il décide aussi que cette vie ne lui sera rendue que si elle se soumet à sa grâce, que l'air respirable ne sera rendu à cette poitrine, que si cette poitrine s'ouvre par la puissance de son Esprit, que si la Madeleine veut prier, et il décide aussi de lui donner une grâce actuelle très forte et très douce qui la fera prier, et en cela elle n'a pas de choix de la recevoir car c'est la Vie même qui s'impose. Voilà la source de l'efficacité de la prière. Soyez sûrs que lorsque Madeleine aura prié, la grâce sanctifiante lui sera donnée, mais soyons sûrs aussi que sans cette prière elle restait dans son péché jusqu'à ce que son esprit soit éveillé à la nécessité de respirer le vie éternelle, et il le sera assurément car Dieu l'a décidé ainsi dans son dessein d'élection.

Il est donc aussi nécessaire de prier pour obtenir les secours de Dieu dont nous avons besoin pour persévérer dans la foi, car nous récoltons ce que nous semons, et celui qui sème la foi récoltera l'assurance. Ne disons donc pas : « Que nous ayons prié ou non, ce qui devait arriver arrivera » : ce serait aussi absurde que de dire : « Que nous ayons semé ou non, l'été venu, si nous devons avoir du blé, nous en aurons ». La Providence porte non seulement sur les résultats, sur les fins, mais aussi sur les moyens à employer. « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, Il vous le donnera » (Jean 16:23). La prière n'est donc pas une force débile qui aurait son premier principe en nous. La source de son efficacité est en Dieu et dans les mérites infinis de Jésus-Christ. C'est d'un décret éternel de Dieu qu'elle descend, c'est de l'amour sacrificiel de la rédemption dans le sang de Christ qu'elle provient, c'est à la miséricorde divine qu'elle remonte. Un jet d'eau ne peut s'élever que si l'eau descend d'une même hauteur. De même quand nous prions, il ne s'agit pas de persuader Dieu, de l'incliner, de changer ses dispositions providentielles ; il s'agit seulement de soumettre notre volonté à la sienne, pour vouloir avec Lui ce qu'il a décidé de nous donner : les biens utiles à notre sanctification et à notre salut. La prière, loin d'abaisser le Très-Haut vers nous, est plutôt une élévation de notre âme vers Dieu qui habite en ses élus par l'Esprit de sa divine Présence. En comparant celui qui prie à un marin qui, pour aborder, tire sur le câble fixé au rocher du rivage, nous voyons que ce rocher, qui domine les eaux, est parfaitement immobile ; pourtant, pour celui qui est dans la barque, il semble que ce soit le rocher qui avance : en réalité c'est la barque seule qui bouge. De même il nous semble que ce soit la volonté de Dieu qui s'incline en nous exauçant, mais c'est la nôtre seule qui monte ; nous nous mettons à vouloir, dans le temps, ce que Dieu voulait pour nous de toute éternité. Mais, cela va sans dire, et c'est un point de doctrine essentielle contre tous les Arminiens ou disciples du libre-choix, nous ne pouvons pas faire une vraie prière sans une grâce actuelle. On ne demande en effet que ce que l'on désire, et il s'agit ici de désirer ce que Dieu veut pour nous et comme il le veut, il s'agit de mettre notre volonté à l'unisson de la sienne. Pour cela il faut qu'il nous attire d'une manière irrésistible et assurément nous irons à lui : « Personne, dit le Seigneur Jésus, ne vient à moi, si mon Père ne l'attire. » (Jean 6:44) Et l'apôtre Paul ajoute : « Nous ne sommes pas capables de former par nous-mêmes, comme venant de nous-mêmes, la moindre pensée profitable pour le salut » (2 Corinthiens 3:5), à plus forte raison le moindre désir. Avec humilité, confiance et persévérance, le chrétien toute sa vie doit ainsi demander à Dieu les énergies surnaturelles qu'il lui faut pour atteindre le but pour lequel il fut désigné de toute éternité.

On voit par suite ce que la prière peut nous obtenir. La fin de la vie des élus c'est le ciel ; à cette fin suprême Dieu subordonne tous les biens qu'il lui plaît de nous départir, car il ne nous les donne, ceux du corps et ceux de l'âme, que pour le règne éternel bienheureux de ceux qu'il a choisi. La prière ne peut donc nous obtenir que les biens qui sont dans la ligne de notre fin dernière, dans la ligne de la vie éternelle. En dehors de là elle ne peut rien, elle est trop haute pour nous obtenir tel succès temporel sans rapport avec notre salut. Il ne faut pas attendre d'elle ce résultat, pas plus qu'on ne demande à un ingénieur l'office d'une manœuvre. Les biens qui nous acheminent vers le ciel sont de deux sortes : les spirituels, qui nous y conduisent directement, et les temporels, qui peuvent être indirectement utiles au salut, dans la mesure où ils sont subordonnés aux premiers. Les biens spirituels, ce sont la grâce, les vertus, les mérites de Christ. La prière est toute-puissante pour obtenir au pécheur la grâce de la conversion, et au juste la grâce actuelle nécessaire à l'accomplissement des fonctions du chrétien. La prière est souverainement efficace pour nous obtenir une foi plus vive, une espérance plus confiante, une charité plus ardente, une plus grande fidélité à notre appel céleste. La première des choses que nous devons demander, c'est que le nom de Dieu soit sanctifié, glorifié par une foi rayonnante, que son règne arrive, (c'est l'objet de notre espérance), que sa volonté soit faite en nous, accomplie avec amour, avec une charité plus fervente. La prière est toute-puissante pour nous obtenir le pain de chaque jour, non seulement celui du corps, mais celui de l'âme, le pain de la Parole de Dieu, et les dispositions nécessaires pour une bonne interaction dans nos relations. Elle est efficace pour nous obtenir le pardon de nos fautes avec la disposition intérieure de pardonner au prochain, pour nous faire triompher de la tentation : « Veillez et priez, de peur que vous ne tombiez dans la tentation » (Matthieu 26:41 ; Marc 14:38 ; Luc 22:40 ; 1 Timothée 6:9), disait le Seigneur Jésus ; pour nous délivrer du mal et de l'esprit du mal de la nature humaine.

Seulement, cela va sans dire, la prière doit être sincère : demander de vaincre une passion sans éviter les occasions ce n'est pas une vraie prière, un vrai désir, c'est à peine une velléité. La prière doit aussi être humble, c'est un pauvre qui demande. Elle doit être confiante en la miséricorde de Dieu, elle ne doit pas douter de son infinie bonté. Elle doit être persévérante pour montrer qu'elle vient d'un désir profond du cœur. Parfois le Seigneur ne semble pas nous exaucer tout de suite, pour éprouver notre confiance et la force de nos bons désirs, comme Jésus éprouva la confiance de la Chananéenne par une parole sévère qui semblait un refus : « C'est aux brebis perdues d'Israël que je suis envoyé..., il ne convient pas de donner aux chiens le pain des enfants » (Matthieu 15:24,26 ; Marc 7:27) Sous l'inspiration divine, la Chananéenne répondit : « Pourtant, Seigneur, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître ». — « O femme, dit Jésus, ta foi est grande, qu'il te soit fait selon ce que tu demandes » (Matthieu 15:27-28 ; Marc 7:28-29) ; et sa fille, qui était tourmentée par le démon, fut désormais délivrée. Mais si vraiment nous avons prié avec persévérance et si, malgré nos supplications, Dieu nous laisse aux prises avec la tentation, rappelons-nous l'apôtre Paul, qui lui aussi supplia à plusieurs reprises pour être délivré de l'aiguillon qui le tourmentait dans sa chair et qui reçut cette réponse : « Ma grâce te suffit pour vaincre » (2 Corinthiens 12:9). Croyons avec l'apôtre que cette lutte nous est profitable, et ne cessons pas de demander la grâce, qui seule peut nous empêcher de faiblir. Apprenons par là notre indigence, apprenons que nous sommes des pauvres, et que l'acte du pauvre consiste à demander. Le chrétien toute sa vie doit mendier les énergies surnaturelles qu'il lui faut pour faire son salut. L'âme humaine ne peut atteindre le ciel que si elle est lancée par Dieu ; mais une fois lancée, il faut qu'elle vole ; la prière est comme le coup d'aile du petit oiseau lancé hors du nid et qui réclame un nouveau secours.

Quant aux biens temporels, la prière peut nous obtenir tous ceux qui doivent, d'une façon ou d'une autre, nous aider dans notre voyage vers l'éternité : le pain du corps, la santé, la force, la prospérité dans nos affaires de tous les jours, la prière peut tout obtenir, à condition que nous demandions avant tout et par-dessus tout à Dieu que son NOM soit glorifié : « Cherchez le royaume des cieux, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Luc 12:31). Faut-il dire que la prière est inefficace parce que nous n'avons pas obtenu le succès dans ce que nous faisons ? Mais si vraiment nous avons prié, nous n'avons pas demandé ce bien temporel pour lui-même, mais seulement dans la mesure où il était utile à notre salut et à la gloire de Dieu. En d'autres mots, nous obtiendrons ce que nous demandons si tel est la volonté de Dieu pour notre bien-être, et que la chose que nous obtenons contribue à sa gloire. Si nous ne l'avons pas obtenu, c'est que nous avons obtenu une plus grande grâce. Notre prière n'est pas perdue, nous n'avons pas obtenu ce bien temporel qui nous était inutile, mais nous avons obtenu ou nous obtiendrons une autre grâce plus précieuse. C'est comme si une personne demanderait pour une auto lorsqu'elle n'a pas de permis de conduire et obtiendrait à la place un château majestueux.

La prière humble, confiante, persévérante, par laquelle nous demandons pour nous les biens nécessaires au salut est infailliblement efficace, en vertu de la promesse du Seigneur. Il ajoute : « Sans moi (sans ma grâce) vous ne pouvez rien faire » (Jean 15:5), « demandez, et vous recevrez » (Jean 16:24) ; demandez-la-moi cette grâce, je vous la donnerai, je vous le promets. Bien plus, c'est Lui qui fait jaillir la prière de nos cœurs, qui nous porte à demander ce que de toute éternité il veut nous accorder. Si une telle prière n'était pas infailliblement efficace, le salut serait impossible, Dieu nous commanderait l'irréalisable ; la contradiction serait en Lui, suprême Vérité et suprême Bonté. Les simples comprennent tout de suite la parole de Jésus : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira ; qui de vous donnera une pierre à son enfant, si celui-ci lui demande du pain, et s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc, méchants comme vous êtes, vous donnez de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! » (Matthieu 7:7,9-11 ; Luc 11:9,11-13). Savoir prier, pour l'âme, c'est savoir respirer. La prière est donc une force plus puissante que toutes les forces physiques prises ensemble, plus puissante que l'argent, plus puissante que la science. Ce que tous les corps et tous les esprits créés par leurs propres forces naturelles ne peuvent pas, la prière le peut. « Tous les corps, dit Pascal, le firmament et ses étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits... De tous les corps ensemble on ne saurait en faire réussir une petite pensée, cela est impossible et d'un autre ordre... Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité, cela est d'un ordre infiniment plus élevé... ». La prière, elle, peut obtenir la grâce, qui nous fera produire cet acte de charité qui nous demande de renoncer à nous-mêmes, car la charité, qui se nomme aussi l'Agapé ou amour de Dieu, est le plus grand des sacrifices.

La vraie prière joue ainsi dans le monde un rôle infiniment plus grand que la plus étonnante des découvertes. Qui oserait comparer l'influence exercée par un savant incontesté comme Pasteur, à celle qu'exerça par sa prière un saint comme l'apôtre Paul ou comme l'apôtre Jean ? Chaque âme immortelle des élus vaut plus que tout le monde physique, elle est comme un univers, puisque par ses deux facultés supérieures au reste de la création, intelligence et volonté, elle s'ouvre sur toutes choses et sur l'Infini. À ces univers en marche vers Dieu, qui sont les âmes des élus, la prière assure deux choses : la lumière surnaturelle qui les dirige, et l'énergie divine qui les pousse. Ayons confiance en cette force d'origine divine ; rappelons-nous d'où elle vient, rappelons-nous où elle va ; c'est de l'Éternité qu'elle descend, d'un décret de l'infinie bonté du Dieu Souverain et Tout-Puissant, c'est à l'Éternité qu'elle remonte.


Les déformations de la prière

L'homme a une tendance innée qui le pousse à déformer la vérité de Dieu. De même qu'il dégrade la terre par son exploitation et par la pollution qui l'accompagne, ainsi l'homme dégrade les réalités de la foi. Dans l'histoire de la chrétienté, rien n'a été aussi déformé que la conception de la prière et encore de nos jours nous en voyons la réalité. Les déformations de la prière sont légion, surtout dans les sectes dites Évangéliques, qu'elles soient extatiques ou austères : « prières formulées, listes de requêtes, prières rigides, prières dirigées, chambres de prières, prières de louanges, prières en langues, prières pour l'onction, prières pour l'adoration, prières de guérisons, prières de délivrance, prières pour l'intimité, prières de groupes individuels, rencontres de prières, etc... » Or la vie de prière, sa densité, sa profondeur, son rythme, mesurent notre santé spirituelle et nous révèlent à nous-mêmes. Dans le cas des réprouvés, elles révèlent la puissance d'égarement qui est sur eux : « C'est pourquoi Dieu leur enverra une puissante contrefaçon, pour qu'ils croient au mensonge ; Afin que tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir dans la fraude spirituelle, soient condamnés. Mais pour nous, frères bien-aimés du Seigneur, nous devons rendre de continuelles actions de grâces à Dieu à cause de vous, de ce qu'il vous a élus au salut, dès le commencement, par la séparation sélective de l'Esprit, et par la foi en la vérité ; À quoi il vous a appelés irrésistiblement à cela par notre Évangile, pour que vous possédiez la gloire de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Thessaloniciens 2:11-14). À part la spontanéité du respire perpétuelle de la prière, c'est au niveau d'un esprit recueilli et silencieux que se place la vraie prière et que l'être se retrouve mystérieusement dans la Présence de Christ en lui. « L'ami de l'Époux se tient là et l'entend » (Jean 3:29) ; l'essentiel de l'état de prière est justement de « se tenir là », d'entendre la Présence du Christ, de communier avec son Esprit. Mais une grave déformation fait de la prière la répétition mécanique des formules. Or, il faut devenir prière, être la prière incarnée : faire de sa vie un culte de foi, d'admiration et d'adoration, prier avec les choses les plus quotidiennes, vivre la communion incessante avec l'Esprit de la Présence de Christ en nous. Selon la Bible, le NOM de Dieu est une forme et un lieu de sa Présence qui nous est révélé dans la prière. « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » (Luc 18:13 ; Psaumes 41:4) Cette prière du publicain contient tout le message biblique de la révélation du Seigneur Jésus. Cette prière résonne sans cesse au fond de l'âme, prend le rythme de la respiration, collée au souffle, même pendant le sommeil :

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre publicain »... (Luc 18:10) Cette parabole est d'abord une parabole sur la prière et, par le fait même, sur l'attitude de l'homme devant Dieu et sur sa relation aux autres. Le nom que se donnent les pharisiens, en hébreu « perouchim », signifie « séparés ». Les pharisiens se séparent de la foule ignorante et impure par leur connaissance approfondie de la Loi et la stricte application des préceptes sur le shabbat, la pureté rituelle et le paiement des dîmes. Ils représentent un courant pur et ardent dans le judaïsme de l'époque et ils en sont les véritables chefs religieux. La religion des pharisiens est probablement sincère et Jésus ne semble pas la mettre en question. « Le Seigneur regarde les justes », dit le Psaumes 33, comment ne regarderait-il pas les pharisiens avec sévérité, à proportion de son estime pour eux ? Mais leur façon tatillonne d'aborder la Loi, d'y ajouter des coutumes et des traditions humaines les fait tomber dans le formalisme : « Les pharisiens ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude... et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition : lavages (baptêmes) de coupes, de cruches et de plats... » (Marc 7:3-4). Aussi Jésus leur reproche-t-il d'être justes à l'extérieur, tandis que l'intérieur « est plein de rapine et de méchanceté » (Luc 11:39). Il y avait sans doute des pharisiens estimables comme Nicodème qui vint de nuit trouver Jésus (Jean 3:1), ou Gamaliel qui prendra la défense de Pierre et Jean devant le sanhédrin, et fut le maître de Paul (Actes 22:3)... Il y avait sans doute des pharisiens capables de retournement comme l'apôtre Paul lui-même « pharisien, fils de pharisien » (Actes 23:6) qui a fait l'expérience de la gratuité du don de Dieu : « Quant à la justice que peut donner la Loi j'étais un homme irréprochable... Mais tous ces avantages dont j'étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage à cause du Christ... À cause de lui, j'ai accepté de tout perdre... et d'être trouvé en lui, n'ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s'appuie sur la foi » (Philippiens 3:5-9). Mais pour tant d'autres, qui se retrouveront aisément dans le pharisien de la parabole, « leur péché demeure » ! (Jean 9:41) Péché d'aveuglement et d'orgueil jusque dans la prière : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres : voleurs, injustes, adultères... » (Luc 18:11) Sans doute, mais ce n'est pas là que Jésus les attend ; après tout, les pharisiens jouent leur rôle de pharisiens ! « Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli, dit le sage, et sa prière parvient jusqu'au ciel. » Mais « qui s'élève sera abaissé » (Luc 14:11 ; 18:14 ; 23:12), dit Jésus, et il le sera sur-le-champ dès lors qu'il se fera, par son mépris, le meurtrier de son frère : « Je ne suis pas comme ce publicain » (18:11) !

Si celui qui parlait ainsi ne rentra pas justifié dans sa maison, ce n'est pas parce qu'il était pharisien mais à cause de sa manière de prier. Luc montre bien ce qui faussait tout dans sa prière : l'homme désigne à Dieu comme pécheur un publicain qui ne lui a fait aucun mal, alors que ce publicain ne l'aperçoit même pas et ne pense qu'à ses propres péchés, il est proche du cœur brisé. En effet, le publicain a trop conscience d'appartenir à une catégorie de pécheurs, associée aux prostituées et aux païens, pour oser lever les yeux vers le ciel ! Au temps de Jésus, les publicains travaillent pour les Romains : ils perçoivent les droits de passage et les impôts sur les denrées. Ils sont détestés de la population et leur fréquentation est objet de scandale. (C'est pourquoi, dans le Temple, le publicain de notre parabole se tient à distance.) Mais Jésus se plaît en leur compagnie et mange avec eux ; il n'est pas venu appeler les justes mais les pécheurs (Matthieu 9:13 et 11:19) ; il affirme que les publicains et les prostituées précèdent les grands prêtres et les anciens du peuple dans le Royaume de Dieu (Matthieu 21:31). Il connaît des publicains estimables, des convertis comme Lévi (Matthieu 10:3), Zachée (Luc 19:2) ou celui qui lui a inspiré la parabole. Jésus l'a sûrement vu, le cœur brisé et l'esprit abattu, se frappant la poitrine, en disant : « Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis. » (18:13) C'est cette humilité dans la prière qui élève au rang des justes celui que son péché abaisse ou désespère.

Cette parabole ne cesse de nous éblouir tant sa leçon est simple : ce qui nous sépare le plus de Dieu, le fait qu'il est le Saint et que nous sommes pécheurs, c'est cela même qui doit nous précipiter vers lui. Au lieu de chercher quelques bonnes œuvres à lui présenter, faire valoir nos mérites ou nos choix, nous expliquer, nous autojustifier même, nous devrions, comme le publicain, reconnaître simplement ce que nous sommes : C'est quand nous disons à Dieu : Je ne suis pas, que lui nous dit : Je te fais exister. C'est quand nous disons à Dieu : J'ai péché, qu'il nous dit : Je te donne mon pardon et je t'aime. En nous mettant dans la vérité la plus radicale de notre condition, nous pouvons tout obtenir, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres. Il suffit que le pharisien qui sommeille en chaque croyant se reconnaisse un peu tricheur, un peu vulnérable, un peu publicain : « Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis. Je sais que ma justice ne vient pas de moi-même mais de toi par la foi en Jésus-Christ ! (Romains 3:22). Alors, la récompense du vainqueur, Dieu me la remettra dans sa justice, comme à tous ceux qui auront désiré en vérité sa manifestation dans la gloire. »

La prière touche les parties les plus profondes de notre vie. Prier, c'est ouvrir la porte la plus secrète de notre cœur. Pour développer cet aspect, Jésus nous recommande même de vivre la prière d'abord dans un cadre d'intimité avec lui. « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:6)

Combattre le superficiel :

Dans le cadre d'un groupe, partager une prière de cœur profonde et authentique n'est pas une chose facile à vivre car, malheureusement, nous sommes vite entraînés dans un chemin de superficialité et d'habitudes. Pour discerner et émonder ces mauvaises pratiques, débusquons les ornières qui dévient notre prière :

1. La prière d'apparat :

Pour éviter de trop s'engager ou par timidité, la tentation est grande d'user de ces belles prières à la mode dans notre communauté ; leurs abondantes formules "évangéliques" leur donnent un air de valeurs sûres. Ne rions pas ; beaucoup de groupes sont construits sur ce type de prières, somme toute sécurisantes. Avec l'habitude, le groupe devient vite un club qui s'enferme dans un style agréé "officiellement" par le groupe. — Tiens ça devrait bientôt être à moi, ensuite ce sera la sœur Hélène et nous finirons sûrement avec Marcel... À la longue, plus personne ne trouve la moindre joie à ces rencontres superficielles.
2. La prière d'information :

Seigneur sais-tu que... je pense... il faudrait que tu... Pour certains, la prière est l'occasion de décrire des sujets par le menu en montrant à Dieu par a+b la meilleure façon d'intervenir. C'est la prière des journalistes du Seigneur. Bien que prier avec des informations et pour des choses précises soit excellent, nous sommes rapidement entraînés à faire une liste de propositions pour montrer à Dieu ce qu'il gagnerait en nous écoutant. Avec de telles requêtes, la prière communautaire devient progressivement une récolte de problèmes et de solutions lancés à tout vent. Dans le même registre, nous trouvons aussi la prière conseillère qui subtilement consiste à chuchoter à son frère une parole qu'on n'ose pas lui dire en face : — Seigneur, je prie pour mon frère qui devrait vraiment comprendre que..., montre-lui qu'il doit plutôt... À bien y regarder, le "Seigneur" et l'Amen" final, sont inutiles. Pour vivre des relations saines, mieux vaut parler directement à l'autre sans user du couvert de la prière.
3. La prière marchandage :

Jacob est certainement un de ceux qui a le plus développé la prière commerciale avec Dieu "Seigneur" je te donnerai la dîme de tout ce que tu me donneras." Remarquons pourtant que même en désirant ardemment la bénédiction divine, Jacob reconnaît que Dieu seul peut en décider la mesure. Nos prières n'ont pas toujours ce respect, car nous inversons facilement les rôles. Qui de nous ne s'est pas surpris à considérer le temps, les efforts, les sacrifices mis dans la prière comme des acomptes sur les exaucements à venir. Non, soulignons-le, la prière n'est pas une balance que l'on remplit à force de temps ou de paroles. Jésus compare même cette pratique à celle des païens « qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. » (Matthieu 6:7) Ne méprisons donc pas le Dieu Tout-Puissant et Souverain et évitons toute tentation de calculer ce que Dieu nous doit. Du reste... il ne nous doit rien !

Nous pourrions continuer à décrire les déformations qui nous entraînent à prier de façon superficielle, mais la question n'est pas là. Comment grandir dans l'exercice de la prière, non en quantité, mais sur le plan de son intensité ? Le problème est de prier avec attention, simplement et dans la vérité, sans remplacer le vrai Dieu par un faux dieu quelconque, par une idole, par un produit de notre imagination, et sans chercher à vivre une expérience mystique. Ce n'est pas par la multiplicité des mots que nous serons entendus de Dieu, mais par leur véracité. Quand nous employons nos propres mots, nous devons parler à Dieu avec précision, sans chercher à faire long ou à faire court, mais à dire vrai. Il est des moments où nous n'avons nul besoin de mots, ni des nôtres ni de ceux d'autrui, et nous prions alors en silence. Ce silence parfait est la prière idéale, pourvu cependant que le silence soit réel et non un rêve éveillé. Nous avons très peu d'expérience de ce que signifie le profond silence du corps et de l'âme, quand une sérénité absolue comble l'âme, quand une paix totale emplit le corps, quand il n'y a aucune agitation d'aucune sorte et que nous nous tenons devant Dieu, totalement ouverts en un acte d'adoration. Il peut y avoir des moments où nous nous sentons bien physiquement, et mentalement détendus, fatigués des paroles parce que nous en avons déjà trop utilisé ; nous ne voulons pas nous agiter et nous nous sentons bien dans cet équilibre délicat ; nous sommes là au bord du rêve éveillé. Le silence intérieur est une absence de toute sorte d'agitation de la pensée ou de l'affectivité, mais c'est une totale vigilance, une ouverture à Dieu. Nous devons garder le silence absolu quand nous le pouvons, mais nous ne devons jamais le laisser dégénérer en simple plaisir. Le silence est l'état dans lequel toutes les facultés de l'âme et du corps sont complètement en paix, tranquilles et recueillies, concentrées et parfaitement vigilantes, libres de toute agitation. Aussi longtemps que l'âme n'est pas en repos, il ne peut y avoir de vision, mais quand la paix nous a permis de nous trouver en présence de Dieu, alors un autre genre de silence, beaucoup plus absolu, intervient : le silence d'une âme qui n'est pas seulement tranquille et recueillie, mais à qui la présence de Dieu impose respect et adoration. La prière est un moment de rencontre privilégiée entre celui qui prie et le Seigneur auquel il s'adresse. Plus qu'un temps de parole, c'est un temps d'intimité et de cœur à cœur. La prière ne consiste pas à réciter froidement des formules, mais à parler à Jésus comme à un ami et surtout l'adresser comme notre Roi. Pour cela, il suffit de lui dire tout simplement, dans la confiance, ce que nous avons envie de lui dire.

À Christ seul soit la Gloire


Source : Jean leDuc — ChristoBible.org