La Bible de Genève 1669
Louys & Daniel Elzevier
(Texte en français actualisé)

Extrait de l'Apocalypse, chapitre 13 : les oeuvres de la Bête et son chiffre 666"

13:1
Alors (1)je vis monter de la mer (a)une (3)bête qui avait (2)sept têtes et (4)dix cornes, et sur ses cornes dix (5)diadèmes, et sur ses têtes (6)un nom de blasphème.

13:2
Et la bête que je vis était semblable à un (7)léopard; et ses pieds étaient comme les pieds d'un ours, et sa gueule comme la gueule d'un lion. (8)Et le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et un grand pouvoir.

13:3
Et je vis l'une de ses têtes (9)comme frappée à mort; mais (10)sa plaie mortelle fut guérie, et toute la terre (11)s'émerveillant alla après la bête.

13:4
Et (12)adorèrent le dragon qui avait donné pouvoir à la bête; et adorèrent la bête, disant: (b)Qui est semblable à la bête, et qui pourra combattre contre elle?

13:5
Et il (13)lui fut baillé (14)une bouche (15)proférant de grandes choses et des blasphèmes; et il lui fut baillé puissance (16)d'accomplir (c)quarante-deux mois.

13:6
Et elle ouvrit sa bouche (17)en blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son Nom, et (18)son tabernacle, et (19)ceux qui habitent au ciel.

13:7
Il (d)lui fut aussi donné de faire la guerre (20)contre les Saints, (21)et de les vaincre. (22)Et il lui fut aussi baillé puissance sur toute tribu, et langue, et nation.

13:8
Tellement que tous ceux qui habitent sur la terre l'adoreront, (e)(23)desquels les noms ne sont point écrits au livre de vie de l'Agneau (24)occis (f)dès la fondation du monde.

13:9
Si quelqu'un a oreille, qu'il oye.

13:10
Si (25)quelqu'un mène en captivité, il sera mené en captivité; (g)si quelqu'un tue avec l'épée, il faut qu'il soit tué avec l'épée; (h)ici est (26)la patience et la foi des Saints.

13:11
Puis (27)je vis une autre bête (i)montant (28)de la terre, laquelle (29)avait deux cornes semblables à celles de l'Agneau, mais (30)elle parlait comme le dragon.

13:12
Et (31)exerçait toute la puissance de la première bête, (k)en présence d'elle, et faisait que (32)la terre et ses habitants adorassent la première bête, (l)la plaie mortelle de laquelle (33)avait été guérie.

13:13
Et (34)faisait de (m)grands signes, voire jusques à faire descendre (35)du feu du ciel en terre, devant les hommes.

13:14
Et (n)séduisait les habitants de la terre, à cause des signes qu'il lui était donné de faire devant la bête : commandant aux habitants de la terre de faire une (36)image à la bête, qui ayant reçu le coup mortel de l'épée, néanmoins (37)était vivante.

13:15
Et (38)il lui fut permis (39)de donner âme à l'image de la bête, à ce que même l'image de la bête parlât, (o)et fit que tous ceux qui n'auraient point adoré l'image de la bête, (40)fussent tués.

13:16
Et faisait que tous, petits et grands, riches et pauvres, francs et serfs, (41)prenaient ((p)une (42)marque en leur main droite, ou en leurs fronts.

13:17
Et qu'aucun ne pouvait acheter ou vendre, s'il n'avait la marque (q)ou (43)le nom de la bête, ou (44)le nombre de son nom.

13:18
Ici (r)est la sapience. Que celui qui a entendement, compte le nombre de la bête, car c'est un (45)nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six.


Les notes de 1669

"Apocalypse chapitre 13 : les oeuvres de la Bête et son chiffre 666"

Texte original : nous n'avons actualisé que l'orthographe. Par souci de fidélité, nous avons conservé les tournures et le vocabulaire de l'époque qui n'empêchent nullement de bien comprendre les idées.

Apocalypse 13.1

1 Cette vision a beaucoup de rapport avec celle qui apparut à Daniel chap 7.2 où l'ordre et la condition des quatre grandes monarchies qui se sont entresuivies au monde se représentent au prophète sous pareille forme. Et elles se représentent au prophète comme des bêtes qui montent de la mer parce que ces grand empires s'établissent par un grand bruit , par une grande commotion et assemblées de peuples, accomparés aux grosses eaux, Ap 17.15 et que pour l'ordinaire ils sont accompagnés de beaucoup de violence et de cruauté.
a Daniel 7.20 ; Apo 17.3
2 le mot grec THERION signifie proprement une bête sauvage, le Saint Esprit ayant choisi ce mot pour signifier tant l'ignorance bestiale, que la brutalité et la barbare cruauté de tous les ennemis de l'Eglise et particulièrement de l'Antechrist et de ses suppôts : or quelle seigneurie ou domination on doit ici entendre par cette bête, c'est de quoi tous ne conviennent pas : quelques interprètes l'entendent de la monarchie romaine qui étaient sous des empereurs païens quand Saint Jean reçut ces révélations et fut à peu de là sous le commandement de Trajan en sa plus grande force et en son plus beau lustre. Et comme ils servaient aux idoles et conséquemment au Dragon, aussi furent-ils inciter par lui de persécuter la religion chrétienne à toute outrance. Et bien qu'environ 220 ans après Constantin, les deux Théodose, Gratian, et quelques peu d'autres bons empereurs et bien chrétiens protégèrent et maintinrent l'Eglise quelque temps, il y eut pourtant entre deux des empereurs et des rois , ou païens ou hérétiques, qui prêtèrent leur puissance au Dragon, et qui persécutèrent l'Eglise et ses fidèles ministres ; tant qu'enfin sous cet empire, en l'Occident la bête reçut une plaie mortelle entre l'an 400 et 500 de la naissance de Jésus-Christ quand les peuples du Nord, , les Huns, les Goths, les Vandales, les Lombards, etc, occupèrent par 5 fois la ville de Rome, et enfin la ruinèrent ; de laquelle désolation l'Antechrist prit occasion de bâtir son empire sur ces masures lors que l'empereur Justinian , environ l'an 550, ayant repoussé et subjugué ces nations barbares, commença d'exalter l'Evêque de Rome ; tant qu'enfin le parricide Phocas, lui donna la qualité d'évêque oecuménique ou universel environ l'an 606 ce qui fit guérir cette plaie mortelle que la bête avait reçue en sa tête et disposer tout peuple et toute langue à l'adorer ; de quoi il sera parlé en la suite du chapitre sur l'apparition et la naissance de la seconde bête. Et c'est bien ici le sentiment de plusieurs célèbres interprètes qui se peut assez adroitement ajustés avec les principales descriptions de cette première bête : mais toutefois ils s'embarrassent de quelques difficultés ; premièrement que cet empire romain au temps de cette révélation était depuis longtemps en sa vigueur et en sa force et qu'ainsi l'érection n'en pouvait être commodément signifié par cette apparition de la première bête : secondement qu'il y a peu d'apparence de comprendre ici les temps de l'avènement de Constantin à l'empire et de quelques autres bons et pieux empereurs qui le suivirent ; ou de supposer que l'Antechrist eut commencer de paraitre et se manifester sous eux : et principalement il est certain que les 42 mois mentionnés au verste 5 sont les mêmes que les 42 mois ou 1260 jours dont il est parlé sus au chapitre 11:2,3 et 12:6 et que c'est là le temps auquel la Sainte Cité a été profané et qu'ont été suscités deux témoins de Dieu pour paître son Eglise au désert à laquelle la bête fit la guerre comme il est là déclaré ; ainsi il vaut beaucoup mieux appliqué ceci à la domination de la nouvelle Rome qui s'est établie au temps que la Sainte Cité a été foulée aux pieds et que l'Eglise s'est enfuie au désert : et parce que cette domination est double; l'une civile ou séculière par laquelle l'Antechrist s'attribue la supériorité soit directement soit indirectement par dessus tous les empereurs, les rois, les princes et les potentats de la terre ; l'autre spirituelle ou ecclésiastique par laquelle il s'attribue d'avoir puissance et juridiction sur tous les évêques, les prélats, les pasteurs et les prêtres de l'Eglise universelle ; aussi sont-elles toutes deux représentées distinctement, clairement par les deux bêtes distinctes de cette vision, sous par la paillarde vêtue de pourpre à la royale montée sur la bête et par le faux prophète qui l'accompagne : car c'est une chose fréquente et familière de l'Apôtre en ce livre de représenter les diverses propriétés et fonctions d'une même personne ou d'un même corps de personnes qui s'entresuccèdent et s'entresuivent sous divers portraits et sous diverses visions ; comme l'image de l'Eglise de Jésus-Christ qui est décrite sous l'image du temple chapitre 11 se représente sous celle d'une femme vêtue du soleil au capitre 12 et comme Jésus-Christ lui-même y est tantôt représenté comme un agneau qui a été tué, tantôt comme l'Ange et le Sacrificateur du ciel, tantôt comme un prince victorieux monté sur un cheval blanc, etc. Or il paraitra par la suite que les circonstances de ces deux distinctes bêtes conviennent fort bien à cette double domination dont nous avons parlée.
3 L'ange même interprète ces sept têtes Apo 17.9 des sept montagnes sur lesquelles est bâtie la ville où la paillarde règne sur les rois de la terre ; comme aussi des sept rois ou des sept formes de gouvernements auxquels elle avait été soumise dont il sera là parlé plus au long.
4 Sous chapitre 17.12, ces dix cornes s'expliquent de dix rois qui n'avaient pas encore commencer de régner, mais qui prendraient puissance comme rois, en même temps avec la bête, à laquelle ils la bailleraient pour un temps, mais la retireraient et la reprendraient enfin à eux.
5 ainsi en Grec, c'est à dire Couronnes : c'est une façon de chapeaux couronnées que ces rois pouvaient commodément ôter de leurs têtes pour en faire hommage au Dragon et à la Bête en les jetant à leurs pieds comme les 24 Anciens et les 4 animaux mettent bas leurs couronnes devant le trône de Dieu et de l'Agneau, sus Chap 4.10.
6 d'autres versions, des noms : comme le sont ceux de Dieu en terre, de Vicaire général de Christ, de monarque, de chef, de fondement et d'époux de l'église, et semblables, conjointement à l'idolâtrie qui, au style de l'Ecriture s'appelle aussi noms de blasphèmes : comme il se voit en Esaïe 65.7 Ez 20.27, 2 Thes 2.4.
7 le Grec Pardalès signifie une panthère, les trois premières monarchies des Caldéens, des Perses et des Grecs sont signifiées en Dan 7.4 par ces trois bêtes féroces et ravissantes et celle-ci a quelque chose de toutes les trois desquelles les diverses propriétés s'y peuvent bien appliquées : mais voir de ces propriétés ce qui s'en dit Dan 7.
8 duquel la puissance, le trône et le pouvoir est d'être le Prince de ce Monde, Jean 12.37 , le Dieu de ce siècle, 2 co 4.4 et le Prince dela puissance de l'air qui opère avec efficace aux enfants de rebellion Eph 2.2 ; selon qu'il se glortifie de pouvoir donner ces royaumes à qui il veut, Luc 4.6 ; et que Saint Paul tépoigne que l'avènement de l'Antéchrist sera selon l'efficase de Satan en toute puissance 2 Thes 2.9.
9 grec : comme tuée ou égorgée à mort : voir touchant cette blessure et sa guérison ce qui est remarqué sus au verset 1 car il parait et de la suite du texte et par la façon de parler dont l'apôtre se sert que cette bête, dès le commencement de son établissement, reçut cette blessure par les prises, les reprises et les désolations de Rome ; mais elle commença de se guérir par Justinien et quelques autres qui le suivirent et fut entièrement consolidée par Pépin et par Charles Magne qui, environ l'an 700 et 800 de JC, mirent l'évêque de Rome en sa pleine possession, lors que les dix rois venus avec lui joignirent leurs puissances à la sienne, d'où suivit cette admiration, cette vénération, et sujettion des peuples en toute la Chrétienté comme le texte le déclare.
10 Grec et Flamand : la plaie ou blessure de sa mort.
11 Grec : s'émerveilla après le Bête. C'est à dire suivit la Bête et s'attacha à sa vénération avec une stupeur de superstitions ; selon que le pape par quelques-uns de ses flatteurs est appelé stupor mundi, c'est à dire l'admiration ou l'étonnement du monde.
12 non pas en effet en sa figure de serpent comme l'Empire Romain Païen avait fait en ses idôles, mais au nouveau culte des images, des reliques et des saints trépassés, et autres telles façons idolâtres et superstitieuses, qui se sont établies sous cette domination et par elle, comme il s'est vu sus Chap 9.20 ; et selon que l'expérience le vérifie assez.
b Ap 18.18
13 C'est à dire que Dieu permit par sa providence secrète qu'elle s'élevât en une grande hautesse de commander et de menacer.
14 Ou une gueule ;
15 Voir le semblable Dan 7.8, où cela se dit de la petite corne qui semblait naître et croître entre les autres : ce qui s'entend à la lettre d'Antiochus, de la tyrannie et idôlatrie duquel, entre les juifs, il est beaucoup parlé en Mac 1.2 et que plusieurs interprètes chrétiens prétendent avoir préfiguré une pareille idolâtrie et tyrannie qui s'élèveraient et se pratiqueraient sous l'Antechrist entre les Chrétiens ; Voir l'explication de ces grandes choses en ce qui est dit en sus verset 1. de ce chapitre annoté 6.
16 D'autres exemplaires lisent : de faire la guerre : mais selon ce que nos interprètes ont suivi, le terme que son empire durerait est seulement marqué ; à savoir 1260 jours prophétiques ; de quoi voir sus les annotations du verset 1 de ce chapitre et chap12.6.
c Ap 11.2.
17 à savoir, en s'attribuant effectivement à soi-même le droit, l'autorité, le pouvoir et le nom de Dieu ; car il est assis au Temple de Dieu et s'y élève par-dessus tout ce qu'on nomme Dieu et qu'on adore ; 2 Thes 2.4.
18 Ceci se peut entendre conjointement de la vrai Eglise de Jésus-Christ décriée et excommuniée par l'Antéchrist comme hérétique et de son précieux Corps qui est le tabernacle de sa divinité ; Jean 1.14; Héb 9.11-12 ; fort maltraité par le prétendu sacrifice de la messe et la doctrine monstrueuse de la transubstantiation ; et certes l'un est l'autre est véritable.
19 C'est à dire les Anges et les esprits des Justes sanctifiés qu'il transforme, tant qu'en lui est, en autant d'idoles commettant avec eux ses paillardises spirituelles dont il enivre les rois et les peuples de la Terre comme il se verra sous le chapitre 17 ; car c'est le plus grand outrage et le plus injurieux mépris qu'il leur puisse faire ; comme Paul et Barnabbas déchirèrent leurs vêtements de déplaisir quand on entreprit de les adorer et de leur sacrifier ; Act 14.14 ; ce qui avait coutume de se pratiquer lorsqu'on oyait quelque blasphème comme il se voit en 2 Rois 18.37 et Mat 26.65.
d Dan 7.21 ; Ap 11.7
20 C'est à dire aux vrais fidèles, confessant sincèrement le nom de Jésus-Christ et retenant constamment la vérité comme il est aussi dit des deux témoins, sus chap 11.7.
21 à savoir, non pas à l'égard de l'âme, mais à l'égard du corps, d'une victoire temporelle et extérieure tant contre les fidèles particuliers pour les massacrer et les faire mourir par divers supplices que contre leurs saintes assemblées pour les dissiper et les empécher par violence, ce que nos martyrologues démontrent suffisamment. Bien que toujours les fidèles sont, selon l'Esprit, demeurés victorieux du Dragon et de la Bête comme les saintes âmes s'en glorifient et en rendent grâce à Dieu sus Chap 12.11 ; et comme il est aussi déclaré en ce chap verset 8.
22 à savoir par un secret et juste jugement de Dieu envoyant efficace d'erreur à ces peuples pour croire au mensonge, afin que tous ceux là soient jugés, qui n'ont pas cru à la vérité : 2 Thes 2.10.
e Ex 32.33 ; Phil 4.3 ; Ap 3.5 et 20.12 et 21.27;
23 c'est à dire : qui ne sont pas élus ni prédestinés de Dieu à la vie éternelle par Jésus-Christ, Eph 1.4 ; voir Luc 12.20 et sous Chap 20.12.
24 Il y en a qui veulent que ces paroles dès la fondation du monde, se rapporte au livre de vie et à l'inscription des noms des élus qui y a été faite, comme Saint Paul dit que nous avons été élus devant la fondation du monde : Eph 1.4 ; mais là Saint Paul emploie le mot Pro, qui en grec signifie devant , au lieu qu'ici Saint Jjean a le mot Apo qui signifie dès ou depuis : étant certain que l'élection qui est éternelle a précédé le monde et qu'on ne peut dire qu'elle s'est faite ou a commencé de se faire depuis que le monde a été créé. Il vaut donc mieux les rapporter comme aussi la version Vulgate a fait à : l'agneau occis. Car bien que Jésus-Christ n'ait été actuellement immolé que lorsqu'il a été crucifié pour nous, néanmoins sa mort et son oblation a été efficace au salut des élus et des fidèles depuis le commencement du monde. Et lui-même peut être dit avoir été immolé dès la fondation du monde, au décret et en la prommesse de Dieu ; en la mort des bêtes dont les peaux furent données à nos premiers parents pour couvrir leur vergogne ; aux victimes qui le préfiguraient ; en la mort sanglante du juste Abel, qui signifiait la sienne ; et en la foi des élus qui le leur rendait présent, comme il est dit d'Abraham, Jean 8.56 ; et de Moïse, Héb 11.26 ; confere Héb 13.8 où il se dit que Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui et éternellement,.
f Ap 17.8.
25 grec : si quelqu'en rassemble, ou, conduit ensemble la captivité. C'est à dire une troupe ou une multitude de captifs : et ceci s'ajoute pour conclusion et à la consolation des enfants de Dieu, à savoir que ces hommes injustes et violents recevront le juste salaire de leurs iniquités ou dès ce monde, s'y voyant traités comme ils ont traités les gens de bien ; ou du moins ci-après, quand ils seront jetés avec la Bête et le Faux-Prohète en l'étang de feu, et tués d'une mort éternelle par l'épée spirituelle qui sort de la bouche de Jésus-Christ, et par son juste et sévère jugement, comme il en est parlé sous Chap 19.20.
g Gen 9.6 ; Mat 26.52 ;
h Ap 14.12.
26 C'est à dire, bien que Dieu menace ses ennemis d'effroyables jugements, il faut pourtant en attendre l'exécution avec patience.
27 Tous les interprètes et ceux-là même qui restreignent à l'Empire Romain la vision de la première Bête, entendent unanimement cette seconde de l'Antechrist, qui est décrit sous l'image et sous la forme de la première Bête comme un grand Prince mondain et un Dieu en Terre ainsi qu'il a été déjà remarqué ; mais désormais se représente comme un séducteur et un faux prophète, séduisant tout le monde par son idolâtrie et par sa fausse doctrine, comme il paraitra par ce qui suit.
i Ap 11.7.
28 Comme vrai fils de la Terre y étant crû ainsi que les potirons qui en sortent en une nuit et y ayant établi son crédit par des moyens mondains et terrestres.
29 Il avait ci-devant dix cornes à l'égard de sa puissance temporelle ; mais pour la spirituelle ces deux lui suffisent et signifient qu'il devait prétexter en sa tyrannie le nom de Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu, et en contrefaisant l'humilité sous le titre plausible de serviteur des serviteurs, s'en attribuer toute l'autorité en qualité de son Vicaire ou de son Lieutenant ici-bàs.
30 C'est à dire qu'elle enseignait et débitait des doctrines que l'Apôtre appelle doctrines des diables 1 Tim 4.1 ; voir aussi Mat 7.15 ; 2 Co 11.24 ; et outre plusieurs voix du dragon échappées à plusieurs papes particuliers, ici se peut rapporter ce que cette Bête s'attribue de pouvoir ouvrir ou fermer le ciel comment et à qui il lui plait.
31 C'est à dire persécutait et opprimait l'Eglise de Jésus-Christ par sa puissance spirituelle, par les organes de sa Hiérarchie, par son inquisition nommé le Saint Office, par ses indices expurgatoires et des livres défendus, par ses bulles et ses foudres d'excommunication, etc; comme aussi il fait en sa domination temporelle, par ses instruments séculiers et par les édits sanguinaires, et par toutes sortes de violences et d'effusion de sang. Mais ceux qui expliquent la première bête de l'empire Romain, remarquent que la Papat s'étant élevé sur ses ruines et subrogé subtilement en sa place , en exerce toute la puissance, et en dérive à soi toute l'autorité, en la présence et à la vue de ceux qui retiennent encore le nom d'Empereurs et de Rois des Romains mais n'en ont effectivement que l'image et le nom.
k Ap 19.20.
32 C'est à dire les hommes mondains et qui s'affectionnent aux choses de la Terre, auxquelles ont été ci-devant opposées ceux dont les noms sont écrits au ciel et dans le livre de l'Agneau.
l Ap 13.3.
33 Elle avait reçu cette plaie en l'une de ses têtes, par les inondations des Goths et des autres peuples barbares, mais cette plaie fut guérie par l'érection du Siège Romain en Monarchie spirituelle et temporelle de tout le monde.
34 A savoir de ces signes que Saint Paul appelle des miracles de mensonge 2 The 2.9, parce qu'ils sont en partie fabuleux et supposés, et en partie forgés par les ruses de Satan, pour donner plus de poids et de créance à l'idolâtrie et au mensonge.
m 2 Thes 2.9 ; Ap 16.14.
35 Par là s'entendent fort bien les foudres de ses excommunications et de ses interdits, dont il effraie non seulement le simple peuple mais aussi les Rois et les princes, les Royaumes et les Républiques entières comme les histoires et l'expérience en font foi ; outre que c'est une vieille menace des suppôts de l'antéchrist, que celle du feu saint Antoine et qu'on attribue à quelques papes d'avoir fait tomber des étincelles de feu de leurs manches en les secouant.
n Deut 13.1 ; Mat 24.24 ; Ap 16.14 et 19.20.
36 Ceci s'entend par quelques-uns du culte des images en général, que doivent admettre, approuver et pratiquer tous ceux qui sont soumis à l'Antechrist comme les sujets du roi de Babylonie devaient adorer sa statue sous peine de feu, Dan 3.1 ; mais d'autres l'expliquent assez bien de sa domination spirituelle, qu'il a érigée par sa spiritualité ou par son Clergé, en toutes les Officialités et les Cours ecclésiastiques telles qu'on les nomme, et que tous les peuples doivent vénérer et redouter en s'y soumettant comme à l'image de leur souverain : à quoi se rapporte mieux ce qui est dit ensuite de cette image.
37 ou est retournée en vie, à savoir par la guérison de sa plaie.
38 Grec : il lui fut donné, à savoir par la secrète et le juste permission de Dieu
39 ou de bailler esprit, Ceux qui prennent ceci du culte des images en général l'entendent de celles par lesquelles le démon a parlé quelques fois, comme il fit par le serpent au paradis terrestre ; ou de celles desquelles le Clergé a supposé que les Saints qui sont adorés, avaient souvent parlé par elles, comme les légendes sont farcies de tels exemples pour donner plus de créance et de vie à ce culte idolâtre. Mais d'autres l'expliquent des privilèges de leur cour spirituelle et des officiers de leur inquisition qui se rendent par ce moyen respectable et redoutables aux petits, et en vertu de quoi ils ont souvent persécuté à mort et fait mourir par le bras séculier un grand nombre de ceux qui refusaient de reconnaitre leur puissance et leur prétendue juridiction, et d'adhérer à leur culte superstitieux et illicite.
o Ap 19.20
40 Ou fussent massacrés.
41 grec : à ce que leur fut donné une marque et au verset 17 à ce que nul ne pût.
p Ap 19.20.
42 Ceci se peut fort bien expliquer de leur Saint Chrème, par lequel, au prétendu sacrement de confirmation, qu'il réhausse beaucoup par dessus le baptême chrétien, chacun doit être marqué au front ; comme ceux de leur Clargé, en recevant les ordres, sont oints et graissés semblablement d'huile en leur front, en leurs mains et à leurs doigts ; et ainsi les uns et les autres marqués d'un caractère qu'ils appellent indélébile, ou ineffaçables, et à faute duquel personne ne peut avoir part au traffic spirituel de leurs bénéfices, ni même en plusieurs lieux converser ou négocier sûrement avec les autres hommes.
q Ap 14.11.
43 Ce nom de la Bête que chacun doit pour le moins porter, pour demeurer en la société des idolâtres, est celui de Catholique Romain, ou de papiste, comme admettant l'Evêque de Rome pour chef souverain de toute l'Eglise, qui ne peut en aucune manière errer en ses décisions et ses constitutions qui concernent le foi et la doctrine : infaillibilité que quelques-uns poussent et pressent aujourd'hui, jusques aux choses de fait, comme reconnaissant bien que sans cela, elle serait chancelante en celles du droit.
44 C'est à dire qui est appliqué à l'Eglise Romaine et Latine, laquelle fait tout son service et fait faire aux particuliers ses prières en latin, sans que l'entendent ceux qui assistent à celui-là ou qui récitent celles-ci : lequel nom de Romain ou de de Latin produit le nombre qui suit.
r Ap 17.9.
45 C'est à dire un nombre qui se compte par les lettres, du nom d'un homme, ou de l'ordre de quelques hommes de pareille sorte, à la façon des Hébreux ou de Grecs, qui se servent des lettres de leur Alphabet pour notes numérales et de chiffres. Et bien qu'on ait apporté diverses explications sur ce sujet, la plus ancienne et la plus probable est celle de Saint Irénée, lequel fleurissait peu après le temps des apôtres il y a environ 1500 ans, qu'il applique au mot LATEINOS, auquel se trouve ce nombre de 666 : car L fait 30 ; A : 1 ; T : 300 ; E : 5 ; i : 10 ; N : 50 ; O : 70 ; S : 200 . Or ces nombres joints en un font 666. Et ceci s'applique for bien à la chose même de laquelle il s'agit, parce que le Pape se professe le Chef de l'Eglise Latine, qu'il veut que tout son service se fasse en latin, et ne veurt reconnaitre aucune écriture athentique, que sa Vulgaire Version Latine, improuvant et condamnant toutes les autres traductions qui se feraient de l'Ecriture en des langues vulgaires et intelligibles d'un chacun. Il est aussi considérable que ce même nombre résulte aussi du mot hébreu ROMIITH, qui signifie romaine, et des deux mots grecs EKKLESIA ITALICA, qui signifie l'Eglise d'Italie, tout cela confirmant la position de Saint Irénée.

Source : Bibliorama