La Bible de Genève 1669
Louys & Daniel Elzevier
(Édition originale 1669)


LE
CANTIQUE
DES
CANTIQUES
DE
SALOMON



ARGUMENT.

L'Auteur ou l'Ecrivain de ce livre c'eft Salomon, fous l'infpiration de l'Efprit de Dieu: Il fe nomme par excellence le Cantique des Cantiques, parce que c'eft le plus revelé de tous ceux que ce fage Roi compofa durant fa vie, & une efpece d'Epithalame ou de chant nuptial iffu de diverfes pieces, au fujet du mariage spirituel que Jefus Chrift a daigné contracter avec fon Eglife: Auffi contient-il une forme de dialogue entre J. CHRIST, comme l'Epoux, & l'Eglife comme l'Epoufe, fous l'image, ou du moins à l'occafion du mariage contracté entre Salomon & la fille de Pharao, ainfi que le Pfeaume quarante & cinquiéme: Mémes ici intervienent quelquefois les amis & les paranymphes de l'Epoux d'une part, & de l'autre les compagnes & les bonnes amies de l'Epoufe. Par les amis de l'Epoux fe peuvent entendre les bons, les vrais & les faints Prophetes du Vieux Teftament, les Apôtres du Nouveau, & generalement tous les fideles Pafteurs, Docteurs & Defenfeurs de l'Eglife: Et fous le nom des Compagnes de l'Epoufe, tous ceux qui confeffent fincerement le nom de Jefus Chrift & qui profeffent convenablement fa verité: Mais fous ceux de l'Epoux & de l'Epoufe fe reprefentent ici par des paroles fleuries & figurées, la grande amour du Seigneur J. Chrift envers fon Epoufe, qui eft l'Eglife, & les grands bien-faits qu'elle en reçoit, & combien l'Epoufe, fa fainte Eglife, languit & foupire apres lui fon cher Epoux, pour lui étre eternellement jointe dans le ciel: Auffi fe reprefente en ce livre quelle eft la condition & la conftitution de l'Eglife de J. CHRIST fur la terre, fes devoirs, fes vertus, fes taches & fes defauts. Les maîtres des Juifs ne voulôyent pas que perfonne lût les trois premiers chapitres de la Genefe, le commencement & la fin d'Ezechiel, & ce Cantique des Cantiques, qu'il n'eût atteint l'âge de trente ans: Et bien qu'il y eut en cela de la fuperftition, toutefois ce n'eft pas fans caufe que nous fommes fi foignefeument avertis par tous les Docteurs anciens, tant de la Synagogue que de l'Eglife, qu'il fe faut deffaifir de toutes affections fenfuelles & charnelles pour vaquer à la duë meditation de ce livre; & que pour en comprendre les profonds myfteres avec fruit & confolation, il faut apporter un entendement mâle & bien éclairé, des penfées fpirituelles & de faintes affections: Car bien que les façons de parler qui s'y employent, foyent tirées des affections tendres & honêtes qui forment & qui lient les bons & les faints mariages en la terre, & fervent méme indirectement à les recommander, neanmoins puis que le S. Efprit nous propofe fous céte idée des myfteres fi revelés, il fe faut bien garder de les foüiller par un fens charnel & corrompu: C'eft pourquoi quiconque voudra profiter à bon efcient en la lecture d ce beau Cantique, il y doit apporter une vraye pureté de coeur & une ame toute embrafée de l'amour de J. Chrift, & il y trouvera en ce cas beaucoup d'inftruction & de confolation: Au refte par les éclairciffemens que nous joignons ici au texte, nous ne pretendons point rejetter les plus amples explications ni les commentaires les plus diffus, qui s'en pourroyent publier, mais nous voulons feulement aider le Lecteur à l'intelligence de ce qui s'y lit, autant qu'il femble requis & neceffaire pour fon edification.

CHAPITRE PREMIER.

1:1
 LE Cantique des Cantiques qui eft de Salomon.

1:2
QU'il me baife des baifers de fa bouche: car tes amours font plus agreables que le vin.

1:3
Pour l'odeur de tes excellens parfums, ton nom eft comme un parfum efpendu: pour ce t'ont aimé les filles.

1:4
Tire moi, que nous courions apres toi. Apres que le Roi m'aura introduite en fes cabinets, nous nous efgayerons & réjouïrons en toi: nous celebrerons tes amours plus que le vin les droituriers t'ont aimé.

1:5
O filles de Jerufalem je fuis brune, mais de bonne grace, comme les tentes de Kebar, & comme les courtines de Salomon.

1:6
Ne regardez pas à moi de ce que je fuis brunette, dautant que le foleil m'a regardée: les enfans de ma mere fe font colerés contre moi, ils m'ont mife à garder les vignes: & je n'ai point gardé la vigne qui eftoit à moi.

1:7
Declare-moi, ô toi, qu'aime mon ame, où tu pais, & où tu fais repofer ton troupeau fur le midi: car pourquoi ferois-je comme une femme errante vers les parcs de tes compagnons?

1:8
SI TU NE le fçais, ô la plus belle d'entre les femmes, fors fuivant le trac du troupeau, & pais tes chevrettes auprés des cabanes des bergers.

1:9
Ma grand' amie, je t'accompare à la plus belle couple de chevaux que j'aye parmi les chariots de Pharao.

1:10
Tes jouës font de bonne grace avec les atours, & ton col avec les carquans.

1:11
Nous te ferons des atours d'or avec des boutons d'argent.

1:12
TANDIS que le Roi a efté affis à table mon afpic a rendu fon odeur.

1:13
Mon bien-aimé eft avec moi, comme un fachet de myrrhe: il paffera la nuict entre mes mammelles.

1:14
Mon bien-aimé m'eft comme une grappe de troifne és vignes de Henguedi.

1:15
TE VOILA belle, ma grand' amie, te voila belle: tes yeux font comme ceux des colombes.

1:16
TE VOILA beau, mon bien-aimé, voire plaifant; auffi eft noftre couche verdoyante.

1:17
LES POUTRES de nos maifons font de cedres, & nos foliveaux de fapin.

CHAP. II.

2:1
 JE SUIS la rofe de Sçaron, & le muget des vallées.

2:2
Quel eft le muget entre les efpines, telles eft entre les filles ma grand' amie.

2:3
QUEL eft le pommier entre les arbres d'une foreft, tel eft mon bien-aimé entre les jeunes hommes: l'ombrage duquel j'ai defiré, & m'y fuis affife, & fon fruict a efté doux à mon palais.

2:4
Il m'a menée en la fale du feftin, & fa livrée que je porte, c'eft AMOUR

2:5
Faites moi revenir le coeur avec du vin; faites moi une couche de pommes: car je me pafme d'amour.

2:6
Que fa main gauche foit fous ma tefte, & que fa droite m'embraffe.

2:7
FILLES de Jerufalem, je vous adjure par les cheveuls & par les biches des champs, que vous n'efveilliez, ni ne refveilliez m'amour, jufqu'à ce qu'elle le veüille.

2:8
C'EST ici la voix de mon bien-aimé: le voici qui vient, fautelant par les montagnes, & bondiffant par les montagnettes.

2:9
Mon bien-aimé eft femblable au cheveul, ou au fan des biches: le voila qui fe tient derriere noftre muraille: il regarde par les feneftres, fe faifant voir à demi par les treillis.

2:10
Mon bien-aimé a pris la parole, & m'a dit, Leve-toi, ma grand' amie, ma belle, & t'en vien.

2:11
Car voila l'hyver eft paffé, la pluye eft changée, & s'en eft allée.

2:12
Les fleurs apparoiffent en la terre, le temps des chanfonnettes eft venu, & la voix de la tourterelle a déja efté ouïe en noftre contrée.

2:13
Le figuier a jetté fes figons, & les vignes font en grappe, & rendent odeur. Leve-toi, ma grand' amie, ma belle, & t'en vien.

2:14
Ma colombe, qui te tiens és fentes de la roche, és cachettes de contremont, fais-moi voir ton regard, & me fais ouïr ta voix, dautant que ta voix eft douce, & ton regard de bonne grace.

2:15
PRENEZ-nous les renards & les renardeaux, qui gaftent les vignes, depuis que nos vignes font en grappe.

2:16
MON bien-aimé eft à moi, & je fuis à lui: il paift font troupeau parmi le muguet.

2:17
Devant que le vent du ferein fouffle, & que les ombres s'enfuyent, retourne, mon bien-aimé: fais comme le chevreul, ou le fan des biches fur les montagnes fenduës.

CHAP. III.

3:1
 J'AI CHERCHÉ durant les nuicts parmi mon lict celui qu'aime mon ame: je l'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé.

3:2
Je me leverai maintenant, & tournoyerai par la ville, par les carrefours, & par les places, & je chercherai celui qu'aime mon ame. J'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé.

3:3
Le guet qui faifoit la ronde par la ville m'a trouvé. Avez-vous point veu, leur ai-je dit, celui qu'aime mon ame?

3:4
A peine les avois-je paffez, que je trouvai celui qu'aime mon ame: je le pris, & ne le lafcherai point, que je ne l'aye amené en la maifon de ma mere, & en la chambre de celle qui m'a conceuë.

3:5
FILLES de Jerufalem, je vous adjure par les chevreuls & par les biches des champs, que vous n'efveilliez, ni ne refveilliez m'amour, jufqu'à ce qu'elle le veüille.

3:6
Qui eft cette-ci qui monte du defert, comme des colonnes de fumée forme de palmes, parfumée de myrrhe, & d'encens, & de toute forte de poudre de parfumeur?

3:7
VOICI le lict de Salomon, à l'entour duquel font foixante vaillans hommes, des plus vaillans d'Ifraël:

3:8
Tous manians l'efpée, & tres-bien appris à la guerre: ayant chacun fon efpée fur fa cuiffe contre ce qu'on craint de nuict.

3:9
Le roi Salomon s'eft fait un lict de bois du Liban.

3:10
Il a fait fes piliers d'argent & la couche d'or, fon ciel d'efcarlate, & le dedans pavé de celle qu'il aime d'entre les filles de Jerufalem.

3:11
Sortez filles de Sion, & regardez le roi Salomon, avec la couronne, dont fa mere l'a couronné au jour de fes efpoufailles, & au jour de la joye de fon coeur.

CHAP. IV.

4:1
 TE VOILA belle, ma grand' amie, te voila belle: tes yeux font comme ceux des colombes entre tes treffes: ton poil eft comme celui des troupeaux de chevres qu'on tond comme elles font defcenduës de la montagne de Galaad.

4:2
Tes dents font comme un troupeau de brebis tonduës qui remontent du lavoir, & qui font toutes deux à deux: & n'y en a pas une qui defaille.

4:3
Tes levres font comme un fil teint en efcarlate. Ton parler eft gracieux: ta temple eft comme une piece de pomme de grenade par dedans tes treffes.

4:4
Ton col eft comme la tour de David, baftie à creneaux, à laquelle pendent mille boucliers, & toutes les targes des vaillans hommes.

4:5
Tes deux mammelles font comme deux enfans jumeaux d'une chevrille pafturant parmi le muguet.

4:6
Devant que le vent du ferein fouffle, & que les ombres s'enfuyent, je m'en irai en la montagne de myrrhe, & à la montagnette d'encens.

4:7
Tu es toute belle, ma grand' amie, & n'y a point de tache en toi.

4:8
Vien du Liban avec moi, mon efpoufe, du Liban avec moi, regarde du coupeau d'Amana, du coupeau de Sçenir, & de Hermon, des repaires des lions, & des montagnes des leopards.

4:9
Tu m'as fouftrait mon coeur, ma foeur, mon efpoufe: tu m'as fouftrait mon coeur, par l'un de tes yeux, & par l'un des carquans de ton col.

4:10
Combien font belles tes amours, ma foeur, mon efpoufe: combien font bonnes tes amours, plus que le vin: & l'odeur de tes parfums plus qu'aucune drogue aromatique.

4:11
Tes levres, mon efpoufe, diftilent rayons de miel: miel & laict font deffous ta langue, & l'odeur de tes veftemens eft comme l'odeur du Liban.

4:12
Ma foeur, mon efpoufe, tu es un jardin clos, une fource clofe, & une fontaine cachetée.

4:13
Tes jettons font un parc de grenadiers, avec fruicts delicieux de troifne, avec l'afpic:

4:14
Afpic & faffran, rofeau aromatique & cinnamone, avec tout arbre d'encens: myrrhe, & aloë, avec toutes les principales drogues aromatiques.

4:15
O FONTAINE des jardins, ô puits d'eau vive, & ruiffeaux de coulans du Liban!

4:16
Leve-toi, Bife, & t'en vien, vent de Midi, fouffle parmi mon jardin: afin que fes drogues aromatiques diftilent. Que mon bien-aimé vienne en fon jardin, & qu'il mange de fes fruict delicieux.

CHAP. V.

5:1
 JE SUIS venu en mon jardin, ma foeur, mon efpoufe: j'ai cueilli ma myrrhe, enfemble mes drogues aromatiques: j'ai mangé mes rayons de miel, enfemble mon miel: j'ai beu mon vin, enfemble mon laict: mes amis, mangez, beuvez: faites bonne chere, mes bien-aimez.

5:2
J'ESTOIS endormie, mais mon coeur veilloit: & voici la voix de mon bien-aimé qui heurte, difant, Ouvre-moi, ma foeur, ma grand' amie, ma colombe, ma parfaite: car ma tefte eft pleine de rofée, & mes flocquets des gouttes de la nuict.

5:3
J'ai defpoüillé ma robe, difois-je, comment la reveftirois-je? J'ai lavé mes pieds, comment les foüillerois-je?

5:4
Mon bien-aimé a avancé fa main par le pertuis de la porte, & mes entrailles ont efté efmeuës à caufe de lui.

5:5
Je me fuis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, & la myrrhe a découlé de mes mains, voire la myrrhe franche de mes doigts, fur les garnitures de verroüil.

5:6
J'ouvris à mon bien-aimé: mais mon bien-aimé s'eftoit retiré, & eftoit paffé outre: mon ame fut tranffie de l'avoir ouï parler: je le cherchai, mais je ne le trouvai point: je l'appellai, mais il ne me refpondit point.

5:7
Le guet qui faifoit la ronde par la ville me trouva: ils me battirent, ils me blefferent: les gardes des murailles m'ofterent mon voile de deffus moi.

5:8
Filles de Jerufalem, je vous adjure, fi vous trouvez mon bien-aimé que vous lui rapportiez: & quoi? Que je me pafme d'amour.

5:9
QU'EST-CE de ton bien-aimé plus que d'un autre, ô la plus belle d'entre les femmes? qu'eft-ce de ton bien-aimé plus que d'un autre, que tu nous as ainfi adjurées?

5:10
MON bien-aimé eft blanc, & vermeil, un port'-enfeigne choifi d'entre dix mille.

5:11
Sa tefte eft un tres-fin or: fes flocquets crefpelus, noirs comme un corbeau.

5:12
Ses yeux font comme ceux des colombes fur les ruiffeaux des eaux courantes lavez en du laict, & comme enchaffez en des chatons d'anneau.

5:13
Ses jouës font comme un parquet de drogues aromatiques, & comme tourelles d'odeurs: fes levres font comme du muguet, diftilantes la myrrhe franche.

5:14
Ses mains font comme des anneaux d'or, où il y a des chryfolites enchaffez: fon ventre eft d'yvoire bien poli, couvert de faphirs.

5:15
Ses jambes comme des piliers de marbre, fondez fur des foubaffemens de fin or: fon port eft comme le Liban, exquis comme les cedres.

5:16
Son palais n'eft que douceur: bref tout ce qui eft en lui eft autant de fouhaits. Tel eft mon bien-aimé, tel eft mon ami, filles de Jerufalem.

CHAP. VI.

6:1
 OU EST allé ton bien-aimé, la plus belle d'entre les femme? De quel cofté a tiré ton bien-aimé, & nous le chercherons avec toi?

6:2
MON bien-aimé eft defcendu en fon verger, aux parquets des drogues aromatiques, pour paiftre fon troupeau és vergers, & cueillir du muguet.

6:3
Je fuis à mon bien-aimé & mon bien-aimé eft à moi, lequel paift fon troupeau parmi le muguet.

6:4
MA grand' amie tu es belle comme Tirtfa, plaifante comme Jerufalem, redoutable comme les armées qui marchent à enfeignes defployées.

6:5
Deftourne tes yeux qu'ils ne me regardent: car ils me forcent: ton poil eft comme celui des troupeaux de chevres qu'on tond comme elles font defcenduës de Galaad.

6:6
Tes dents font comme un troupeau de brebis qui remontent du lavoir, & qui font toutes deux à deux, & n'y en a pas une qui defaille.

6:7
Ta temple eft comme une piece de pomme de grenade par dedans tes treffes.

6:8
 Qu'il y ait foixante reines, & quatre-vingts concubines, & des vierges fans nombre:

6:9
Ma colombe, ma parfaite, eft unique: elle eft feule à fa mere, & la fpeciale de celle qui l'a enfantée: les filles l'ont veuë, & les concubines l'ont loüée, difant,

6:10
Qui eft cette-ci qui apparoift comme l'aube du jour, belle comme la lune, deflite comme le foleil, redoutable comme les armées qui marchent à enfeignes defployées?

6:11
Je fuis defcendu au verger des noyers pour voir les fruicts fe meuriffans de la vallée: & voir fi la vigne s'avance, & fi les grenadiers ont jetté leur fleur.

6:12
Je ne me fuis point apperceu que mon courage m'a fait femblable aux chariots de Haminadab.

6:13
Reviens, reviens, ô Sçulamithe, reviens, reviens, & que nous te contemplions. Que contempleriez-vous en la Sçulamithe? Comme une danfe de deux bandes.

CHAP. VII.

7:1
 FILLE de prince, combien font belles tes demarches, avec ta chauffure? L'enceinte de tes hanches eft comme des carquans ouvrez de la main d'un excellent ouvrier.

7:2
Ton nombril eft comme une taffe ronde, toute comble de bruvage: ton ventre eft comme un tas de bled entouré de muguet.

7:3
Tes deux mammelles font comme deux fans jumeaux de chevreuls.

7:4
Ton col eft comme une tour d'yvoire: tes yeux font comme les viviers qui font en Hefçbon, prés de la porte de Bath-rabbim: ton vifage eft comme la tour du Liban, qui regarde contre Damas.

7:5
Ta tefte fur toi eft comme cramoifi, & les cheveux les plus defliez de ta tefte font comme efcarlate. Le roi eft attaché aux galleries.

7:6
Que tu es belle, & que tu es plaifante, amour delicieufe !

7:7
Cette tienne ftature eft femblable à une palme, & tes mammelles à des grappes.

7:8
J'ai dit, je monterai fur la palme, & j'empoignerai fes branches: & tes mammelles me feront maintenant comme des grappes de vigne, & l'odeur de ton vifage comme une odeur de pommes:

7:9
Et ton palais comme le bon vin qui coule droit à mon bien-aimé, & fait parler les levres des dormans.

7:10
Je fuis à mon bien-aimé, & fon defir tend à moi.

7:11
Vien, mon bien-aimé, fortons aux champs, paffons la nuict aux villages.

7:12
Levons-nous de matin pour aller aux vignes: & voyons fi la vigne s'eft avancée, & fi la grappe eft formée: & fi les grenadiers font fleuris: là je te donnerai mes amours.

7:13
Les mandragores jettent leur odeur, & en nos portes il y a de toutes fortes de fruict exquis, nouveaux & vieux, que je t'ai gardez, mon bien-aimé.

CHAP. VIII.

8:1
 A La mienne volonté que tu fuffes comme mon frere, qui a fuccé les mammelles de ma mere: je t'irois trouver dehors, & te baiferois, & on ne m'en mefpriferoit point.

8:2
Je t'amenerois & t'introduirois en la maifon de ma mere, & tu n'enfeignerois: & je te ferois boire du vin aromatifé, & du mouft de mes grenadiers.

8:3
Que fa main gauche foit fous ma tefte, & que fa droite m'embraffe.

8:4
Je vous adjure filles de Jerufalem, que vous n'efveilliez ni ne refveilliez m'amour, jufqu'à ce quelle le veüille.

8:5
QUI eft cette-ci qui monte au defert, mignardement appuyée fur fon bien-aimé: JE t'ai refveillé fous un pommier là où ta mere t'a enfanté, là où t'a enfanté celle qui t'a conceu.

8:6
Mets-moi comme un cachet fur ton coeur, comme un cachet fur ton bras: car l'amour eft forte comme la mort: & la jaloufie eft dure comme le fepulcre: leurs embrafemens font des embrafemens de feu, & une flamme tres-vehemente.

8:7
Beaucoup d'eaux ne pourroyent efteindre cette amour-là, & les fleuves mefme ne la pourroyent noyer: fi quelqu'un donnoit tous les biens de fa maifon pour cette amour-là, on ne tiendroit aucun conte de lui.

8:8
Nous avons une petite foeur qui n'a point encore de mammelles: que ferons-nous à noftre foeur, au jour qu'on tiendra propos d'elles?

8:9
SI ELLE EST comme une muraille, nous baftirons fur elle un palais d'argent, & fi elle eft comme une porte, nous la renforcerons d'un entablement de cedre.

8:10
JE fuis comme une muraille, & mes mammelles font comme des tours: lors j'ai efté tant favorifée de lui, que j'ai trouvé la paix.

8:11
SALOMON a eu une vigne en Bahal-hamon, qu'il a baillée à des gardes: chacun defquels en doit apporter pour fon fruict mille pieces d'argent.

8:12
MA VIGNE, qui eft à moi, eft à mon commandement: ô Salomon, que les mille pieces d'argent foyent à toi, & qu'il y en ait deux cens pour les gardes du fruict d'icelle.

8:13
TOI qui habites és jardins, les amis font attentifs à ta voix: fai que je l'oye.

8:14
MON bien-aimé, fui-t'en auffi viftement qu'un chevreul, ou qu'un fan des biches, fur les montagnes des drogues aromatiques.


Fin du Cantique des Cantiques de Salomon.

Fleuriture