La Bible de Genève 1669
Louys & Daniel Elzevier
(Édition en français actualisé 2005-2006)


La Bible de Genève de 1669

Bible de Genève de 1669

Présentation de l'édition originale


La Bible de David Martin de 1707 se base de très près sur cette édition de 1669.

Cette édition originale en parfait état de conservation de la Bible de Genève fut éditée en 1669 à Amsterdam par les frères Elzévier.


Cet ouvrage est remarquable à plus d'un titre :

Il est le fruit d'un travail colossal de traduction, de commentaire et d'édition réalisé entre 1535 et 1669 : des générations de chrétiens issus de l'esprit de la Réforme Protestante ont oeuvré sous la conduite de Dieu pour offrir aux lecteurs une riche bénédiction spirituelle.
Le texte de cette édition française de la Bible reprend la traduction d'Olivétan de 1535, basé sur le texte reçu hébreu et grec : ce sont les chrétien évangéliques vaudois qui ont commandé cette traduction à Olivétan. Précisons qu'à cette époque, les vaudois professent encore beaucoup de traits de la doctrine catholique. S'appuyant sur l'Écriture, ils rejetent les doctrines du purgatoire et des indulgences, ainsi que la vénération de Marie et des saints, mais, jusqu'à la Réforme, leurs conceptions théologiques demeurent essentiellement catholiques, attachés qu'ils sont au libre arbitre, à la valeur positive des œuvres, aux sept sacrements, à la théorie de la transsubstantiation.
Olivétan traduit les textes originaux sur le Texte Reçu, c'est à dire sur le canon en vigueur depuis le concile chrétien du IV° siècle. Son texte est ensuite légèrement corrigé en français courant par Pierre Des Hayes pour l'édition parisienne de 1652.
Pour l'édition de 1669, les pasteurs de Genève en vérifient l'exactitude sur les textes originaux.
En outre, le système des notes et des commentaires est exceptionnel : Samuel Des Hayes, théologien français vivant en Hollande et son fils Henry, pasteur à Delft rassemblent toutes les notes des pasteurs de Genève et traduisent la totalité des notes et commentaires de la Bible Flamande éditée sur ordre du concile synodale de Dodrecht en 1637 (Provinces-Unies formant la Hollande actuelle).
Sont rajoutées les notes du traducteur italien calviniste Diodati et un certain nombre de remarques d'autres pasteurs éminents de Paris et de Hollande.
Quatre cartes géographiques des lieux saints sont jointes avec les avis des plus éminents rabbins de l'époque.
Les frères Elzévier n'ont mesuré ni leur temps ni leurs dépenses pour réaliser cette édition monumentale : chacune des 1700 pages est corrigée 6 fois par des typographes différents pour traquer la moindre erreur.

Le format in-folio est adopté : c'est le plus grand possible (hauteur des feuillets : 42 cm).

Le papier est d'une bonne qualité (tradition du papier de La Rochelle) : il n'a que très peu jauni en 330 ans.

Enfin, cette édition reproduit les livres apocryphes mais à la fin du volume, nettement séparés du corpus biblique. Les introductions montrent avec autorité pourquoi ces écrits ne peuvent être considérés comme inspirés par Dieu.


1669 : Le contexte historique

En 1669, Louis XIV, âgé de 31 ans, règne en maître absolu sur le Royaume de France
depuis la mort de Mazarin en 1661.

Il réorganise son Etat avec Colbert à l'économie, Le Tellier à l'armée et Louvois aux affaires étrangères. Versailles est en pleine construction : une fête a été donnée dans les jardins du Roy mais nul n'y habite encore.

Monarque fondamentalement catholique, Louis XIV est irrité par toutes les affaires religieuses qui amoindrissent son pouvoir de roi Très-Chrétien.

Beaucoup de catholiques font un retour spirituel sur la doctrine du salut : les abus des Jésuites sont combattus. De nombreuses polémiques agitent la France dont celle du Jansénisme, catholicisme pieux et pessimiste en lutte contre la doctrine des sacrements tout-puissants.

Profitant de l'intolérance du Roi, Colbert renforce sa haine des protestants qui prospèrent en Hollande et dans le Royaume de France.

Depuis l'Edit de Nantes promulgué sous Henry IV, les protestants français sont bénéficiaires de certains droits : liberté de culte et de doctrine, accès aux droits équitables de justice, places fortes pour se réfugier en cas de troubles, participations de l'Etat aux charges financières, domaines autorisés à la prédication principalement dans le sud.

Sous l'influence du clergé catholique, de Colbert et de Louvois, se développent bientôt les dragonnades : des militaires sont logés de force chez les protestants et en profitent pour les maltraiter (viols, vols, coups, humiliations). Une seule solution pour réchapper à ces missionnaires bottés : abjurer le calvinisme et se faire catholique.

On estime qu'entre 1660 et 1690, sur le million de protestants vivant en France, plusieurs dizaines de milliers ont abjuré et plus de 200 000 autres ont fuit la France pour se réfugier en Suisse, en Allemagne et en Hollande.

En 1672, Louis XIV déclare une guerre aux Provinces-Unies de Hollande qui durera 7 ans. Les Hollandais ouvrent les digues et noient le pays pour empêcher les avancées des troupes catholiques.

En 1685, Louis XIV révoque l'Edit de Nantes : tout protestant sera de nouveau officiellement traqué, emprisonné. Nombreux finiront aux galères de Toulon.

Les protestants (huguenots) qui restent en France sont hors-la-loi, se cachent et vivent leur culte dans "les assemblées du désert". Des prédicateurs itinérants continuent de prêcher, surtout dans le sud de la France.

Les conséquences sont dures pour le Royaume : c'est toute une frange sociale prospère et érudite qui a fuit à l'Etranger. Leur force de travail, leurs brevets commerciaux et leur patrimoine feront cruellement défaut à la France guerrière de Louis XIV qui reprend un immense conflit contre tous les pays du Nord en 1688 pour encore 11 années.

Sur son lit de mort, Louis XIV se reprochera d'avoir un peu trop aimé la guerre...

La persécution durera 100 ans jusqu'à l'édit de tolérance que Louis XVI signera en 1787.

Les protestants seront les premiers bénéficiaires des acquis de la Révolution, qui abolit le culte catholique. Suivra Napoléon qui légalisera tous les cultes, y compris celui des Juifs, en 1803.

En Hollande, dans le Nord, les 7 Provinces-Unies prospèrent du commerce maritime. Leur pouvoir d'achat est l'un des plus élévés d'Europe. Le gouvernement est fédéral et démocratique. Un synode veille sur la bonne doctrine calviniste. Toute hérésie, comme celle des arminiens, est sévèrement réprimée, surtout quand elles ont des enjeux politiques inévitables.

Au début du siècle, n'a-t-on pas décapité un théologien qui professait des idées contraires à la prédestination de Saint-Augustin ?

Descartes lui-même vit et travaille en Hollande et publie certains de ses ouvrages chez Louis Elzevier à Amsterdam.

Les universités ont une réputation internationale. Le français y est une langue courante.

En 1669, le français Samuel Des Marets est professeur de Théologie à l'Université de Groningue, tout au Nord. Son fils Henry est pasteur de l'Eglise Française de Delft.

Ils traduisent les notes et les commentaires de la Bible Flamande publiée en 1632 pour les joindre aux notes des pasteurs de Genève en vue d'une édition monumentale de la Bible en français : la Bible de Genève de 1669 que Bibliorama présente.

Les frères Louis et Daniel Elzévier sont marchands libraires à Amsterdam et jouissent d'une réputation internationale héritée de leur famille qui oeuvre dans l'imprimerie depuis plus de 100 ans.


Huit notes de lectures diverses

"Si quelqu'un n'aime point le Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème, Maranatha ! (Le Seigneur vient.)." (1 Corinthiens 16:22).

L'apôtre Paul, en terminant sa première épître aux chrétiens de Corinthe, leur adresse ses voeux. Mais parce que son épître a été très sévère contre certains membres perturbateurs de l'église, il rajoute une phrase d'excommunication : cette mise en anathème signifie : exclusion pour insoumission ou faute grave. Puis Paul utilise le terme Maranatha, qui en langue populaire syriaque ou araméenne signifie "Le Seigneur viendra" ou " Que le Seigneur vienne". Qu'est-ce que ces deux notions ont en commun ? Quel en est le véritable sens ?

Dans nos dictionnaires, le terme Maranatha est présenté comme une formule de bienvenue, telle que Hosanna, par exemple. Des cantiques contemporains utilisent le mot Maranatha dans le sens de retour bienheureux de Jésus-Christ.

C'est une erreur : les commentaires de la Bible de Genève de 1669 précise que Maranatha est une formule d'excommunication : il n'y a pas de ponctuation entre les mots anathème et maranatha : ils sont indissociables. Ce terme Maranatha signifie "c'est le Seigneur qui viendra juger ceux qui sont anathèmes". Cette invocation du jugement divin évitait ainsi de devoir lapider les personnes mises en anathème.

"Jésus change l'eau en vin aux noces de Cana : quelle est la signification de ce miracle ?" (Jean 2).

Il est intéressant de comprendre la portée spirituelle de ce premier miracle. Pour convaincre ses disciples de sa divinité, Jésus choisit de réaliser un miracle grand en signification : quelle est-elle ?

La clé de compréhension réside dans l'endroit où l'eau fut changée en vin : dans des jarres qui servaient aux ablutions.

Ce sont les pharisiens, très nombreux et très influents à l'époque de Jésus, qui prescrivaient au peuple le rituel des ablutions en entrant dans une maison ou avant de passer à table. Ils enseignaient cela comme une nécessité pour acquérir la pureté. Eux-mêmes pratiquaient des ablutions plusieurs fois par jour, avec un soin tout particulier (se lavant les mains jusqu'aux coudes de façon très superstitieuse). Au cours de son ministère, les pharisiens reprocheront à Jésus et à ses disciples de ne pas observer ces prescriptions purificatrices : mais Jésus leur a toujours répliqué que la pureté ne réside pas dans ce qui est extérieur à l'homme, les traitant d'hypocrites.

Ainsi expliqué le pourquoi de ces jarres en ce jour de noces, on comprend mieux la portée spirituelle du miracle de Jésus : en changeant l'eau destinée aux ablutions en vin destiné à la réjouissance, Jésus déclare qu'il est venu donner gratuitement la vraie purication aux pécheurs : plus besoin de pratiquer un rituel fait d'eau et de superstition, il suffit de recevoir la justification par le sang expiatoire de son sacrifice, symbolisé ici par le vin.

Trois ans plus tard, à la fin de son ministère, Jésus établira cette nouvelle alliance en son sang au moment de la Sainte Cène : c'est le vin qui a été choisi par Jésus comme symbole de son sang purificateur. De tous temps, les chrétiens qui ont partagé le pain et le vin de la Sainte-Cène ont vu dans ce vin la coupe de bénédiction.

A Cana, le premier miracle de Jésus annonçait déjà son oeuvre parfaite de purification par son sang : Il est l'agneau de Dieu immolé pour son peuple !

"...et, au milieu des sept chandeliers, quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme, vêtu d'une longue robe, et ayant une ceinture d'or sur la poitrine." (Apocalypse 1:13).

Cette ceinture d'or disposée non pas autour des reins mais autour de la poitrine, (la Bible de Genève de 1669 traduit : "mamelles") montre combien le sacerdoce de Jésus-Christ est supérieur à celui de l'ancien souverain sacrificateur de l'Ancien Testament. Celui-ci avait en effet une ceinture d'or : les pasteurs de Genève considèrent que cette ceinture placée sur ses reins servait à "réprimer les convoitises vicieuses" contenues en tout homme. Pour Jésus-Christ, qui est Dieu, nul besoin de réprimer de mauvais penchant, inexistant en Lui. Cette ceinture d'or, placée à l'entour de son coeur, étreint le siège de sa puissante compassion pour nous.

"Au bout de quelque temps, Caïn fit à l'Eternel une offrande des fruits de la terre; et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande; mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu." (Genèse 4:3-5).

Pourquoi Dieu fit-il une différence entre l'offrande d'Abel et celle de Caïn ? La compréhension de ce passage réside dans le symbole de "la graisse". Selon la Bible de Genève, la graisse se prend dans l'Ecriture comme la meilleure part des offrandes. Nombres 18:22 : c'est cette meilleure part qui est donnée aux prêtres d'Aaron. En hébreu : "la graisse de l'huile". Ainsi, les prémices offerts à Dieu doivent être pris sur le meilleur de la récolte. C'est cette disposition de coeur agréable à Dieu qu'avait Abel en faisant son offrande.

"Lémec dit à ses femmes: Ada et Tsilla, écoutez ma voix! Femmes de Lémec, écoutez ma parole! J'ai tué un homme pour ma blessure, Et un jeune homme pour ma meurtrissure. Caïn sera vengé sept fois, Et Lémec soixante-dix-sept fois. "(Genèse 4:23-24).

Ce passage est resté longtemps mystérieux pour moi. La Bible de Genève m'a apporté l'explication. Lorsque que Caïn fut maudit, il eut peur pour sa vie et Dieu promit de lui appliquer sa justice divine : ainsi, Dieu lui déclara que quiconque le toucherait serait puni par Dieu lui-même (vengé sept fois).

Lémec, descendant de Caïn, rompt cette tradition : il déclare que dorénavant, il ne se placera plus sous la justice de Dieu, mais sous la sienne propre. Non seulement, il se vengera lui-même sans laisser Dieu agir à sa place, mais en plus il le fera sans mesure ni proportion : Lémec instaure un esprit de guerre et de méchanceté et engendre la violence sur la terre. Jésus-Christ viendra rompre cette cruelle et pécheresse politique humaine en commandant à ses enfants de pardonner 7 fois 77 fois (Matthieu 18:22).

"Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères, et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères;..." (Luc 16:20-31).

La parabole du pauvre Lazare et du riche est fondamentale pour comprendre ce qui arrive aux hommes après leur mort. On a souvent cru que ce texte pouvait être une histoire vraie, et non pas une simple histoire inventée, puisque Jésus donna un nom propre à l'un de ses personnages, fait unique dans ses paraboles.

La Bible de Genève apporte une lumière intéressante sur ce nom : Lazare n'indique pas forcément un nom propre mais une catégorie d'hommes défavorisés qui se confient en Dieu, Eléazar signifiant : Dieu me soit en aide.

"Vous ne tenterez point l'Eternel, votre Dieu, comme vous l'avez tenté à Massa." (Deutéronome 6:16).

Tenter Dieu, c'est se départir de ce que Dieu a prescrit, c'est faire un nouvel essai des propriétés de Dieu par témérité, curiosité, incrédulité ou doute.

En Matthieu 4:6, Satan vient tenter Jésus exactement dans cet aspect de notre humanité : Il le fait d'ailleurs en utilisant un verset de la Bible mais en le tronquant :
"Et Satan lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. 7 Jésus lui dit: Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu..." (Matthieu 4:6)

Le verset original cité par Satan est tiré du Psaume 91 :

11 Car il ordonnera à ses anges De te garder dans toutes tes voies;
12 Ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.

(Psaumes 91:11-12).
Satan omet la partie "dans toutes tes voies" car c'est la condition que Dieu pose à la réalisation de sa promesse. Seule l'intégrité du serviteur de Dieu dans toutes ses voies peut le mettre au bénéfice de l'action salvatrice de Dieu.

"Jean aux sept Eglises qui sont en Asie: que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui est, qui était, et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, 5 et de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre !" (Apocalypse 1:4).

"Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant." (Apocalypse 1:8).

Ce passage du verset 4 et du verset 8 est dans la Bible l'affirmation que Jésus-Christ est bien UN avec le Père.

Dans le verset 1 Jean appelle le Père : "Celui qui est, qui était et qui vient". Puis dans le verset 8 Jean reprend ce nom de Dieu "celui qui est, qui était et qui veint" mais il l'applique au Fils.

Le Père et le Fils ont le même nom divin : Ils sont UN.


Mise en page de la Bible de Genève, livre des Psaumes.


Pour se procurer le fac-simile intégral de cette bible, reproduite en photos haute réolution sur 3 CDROMs : Plus d'infos.

Source : Bibliorama.