La Bible de Genève 1669
Louys & Daniel Elzevier
(Édition originale 1669)




Avertissement des imprimeurs

Les églifes qu'on appelle vulgairement Wallonnes, dans ces provinces, fouhaitent, depuis long-temps, d'avoir part au bonheur des Flamandes, avec lefquelles elles ne font qu'un mefme corps, & de voir la Verfion de la S. Bible, qui leur eft commune avec toutes les autres églifes reformées de la langue Françoife, enrichie des notes favantes & judicieufes, qui ont efté jointes par autorité publique à la Tradition Flamande, publiée, avec tant de fuccés, depuis trente ans, fur les ordres du Synode National tenu à Dordrech, pendant les années 1618 & 1619 ; confirmé & autorifé, par le confentement & la permiffion de Noffeigneurs les États Généraux. Ce fouhait s'eft trouvé d'autant plus jufte, qu'il fe rencontre une très grande conformité entre ces deux Verfions Flamande & Françoife, comme entre deux Copies fidèlement tirées fur les mefme Originaux.

C'eft pour fatisfaire à ce faint defir, que les Sieurs Samuël des Marets, premier profeffeur en Théologie, & miniftre du S. Évangile à Groningue, & Henri des Marets fon fils, pafteur en l'églife Françoife de Delft, fe font appliqué depuis longtemps, avec beaucoup de foin & de zèle, à ce grand Ouvrage, après en avoir publié en Effay il y a cinq ans, fur les cinq livres de Moïfe.

Et comme ils n'avoyent entrepris cet important deffein, que par un faint & pieux mouvement de fervir à la gloire de Dieu & à l'édification publique, on a eu fujet de croire qu'ils y réuffiraient, étant nés Français, & entendant affez exactement la langue Flamande, auffi bien que les langues Originelles, pour conférer les deux verfions, & placer les notes dans leur jufte affiette.

Dieu leur ayant donc fait la grâce d'en venir heureufement à bout, fans que néanmoins ils fe foient difpenfé d'aucune des fonctions pénibles de leurs charges, qu'ils exercent avec beaucoup de réputation ; c'eft à eux & à l'approbation que nos illuftres Souverains ont donné à leur entreprife, que les fidèles Troupeaux qui en profiteront, feront obligés de ce laborieux travail, auquel nous avons effayé de répondre de tout notre pouvoir, n'ayant épargné ni peine, ni foin, ni dépenfe, pour faire une Édition qui mérite quelque eftime, & de notre fiècle, & de la poftérité.

On n'a pas crû neceffaire de mettre à l'entrée une ample preface, foit pour recommander la lecture de l'Écriture Sainte, & pour en reprefenter la dignité ; foit pour parler des Originaux, ou des verfions des livres dont elle eft compofée, ou des écrivains, tant anciens, que modernes, qui les ont expliqués. Toutes les nations font remplies d'une infinité de volumes, qui traitent à fond de toutes ces chofes.

Et Dieu a permis, mefme que de nos jours, plufieurs traductions du Nouveau Teftament aient efté faites, & publiées, par des hommes favants, d'une communion, où l'on puniffait autrefois par le feu, ceux chez qui l'on trouvait une Bible en langue vulgaire, & où on l'a met encore, au delà des Alpes, & des Pyrénées, au rang des livres defendus. Auffi faut-il avouer que ce divin livre porte partout des marques de fon origine, & que tous les éloges que les hommes luy peuvent donner, font renfermés dans le commandement que Notre Seigneur Jefus-Chrift nous fait dans l'Évangile, de s'enquérir foigneufement des Écritures, parce que ce font elles qui rendent témoignage de Luy; & dans la maxime que S. Paul, parlant à fon difciple Timothée, veut que l'on enfeigne à tout le monde, Que toute l'Écriture eft divinement infpirée, &c.

Nous ne parlerons donc, dans cet avertiffement, que de l'économie de ce volume, & des chofes qui dépendent de notre profeffion.

I.

Pour le Texte, on s'eft fervi de celui de la Bible traduite en 1535 par Pierre Robert Olivetan, revue & corrigée diverfes fois depuis, par les pafteurs & profeffeurs de Genève ; & l'on a fuivi l'édition faite à Paris en l'année 1652 ; par Pierre des Hayes, parce que c'eft la plus correcte, & qu'il y a eu quelques changements fait alors utilement, & avec grande prudence ; auxquels on en a ajouté quelques autres, mais en petit nombre, & feulement de mots que l'ufage a fait vieillir, qui ne feraient plus intelligibles, ou qui ayant eu autrefois un fens honnefte, en auraient un, aujourd'hui, qui ne le ferait pas.

II.

On a joint à ce texte toutes les notes des Bibles de Genève, & une bonne partie de celles de M. Diodati. On y a mis auffi la traduction de toutes celles de la Bible Flamande, imprimée en 1637, par l'ordre du célèbre Synode de Dordrecht, lefquelles ont efté faites, ou recueillies, par les théologiens des fept provinces, les plus habiles, & les mieux verfés dans les langues. Et outre ce que Meffieurs des Marets y ont mis du leur, il y ont encore ajouté quelques remarques curieufes écrites de la main de M. Launay, dans la Bible dont il fe fervait. Cet excellent homme, qui était Français, eft mort depuis quelques années à Paris, âgé de 89 ans, & il en avait employé plus de 50 à travailler uniquement fur l'Écriture Sainte, où il était fort confommé.

Enfin on a profité, en plufieurs endroits, des obfervations manufcrites de Monfieur de Bleyfwijck, dont la piété & le mérite luy ont acquis beaucoup d'eftime dans cette province, où il exerce une charge publique avec grande réputation.

III.

Les paffages parallèles ont efté mis à la marge, felon l'ordre qui y a efté obfervé dans la Bible Flamande, comme étant le plus exacte, & le mieux digéré ; & l'on trouvera, tant dans le texte, qu'à la marge, de petites lettres de l'alphabet, qui fe répondent, pour marquer l'endroit du texte, auquel le paffage de la marge fe rapporte. Mais à l'égard des notes, pour éviter la confufion, l'on s'eft fervi de chiffres, qui ont le mefme rapport entre le texte, & la note, qu'il y a entre le texte, & les paffages de la marge, marqués par les petites lettres.

IV.

Quand il s'eft trouvé quelque différence d'expreffion, par la propriété d'une des deux langues Flamande, ou Françaife, & par le defaut de l'autre, qui les empefche de cadrer jufte ; ce qui eft pourtant arrivé affez rarement ; on a pris le foin de la marquer par des lettres Capitales. H. fignifie l'Hébreux ; C. le Caldaïque ; S. le Syriaque ; G. le Grec ; L. le Latin ; F. le Flamand; le petit c. avec un point, fignifie, c'eft à dire ; & ces trois lettres, aff. veulent dire, affavoir.

V.

Le Synode de Dordrecht ayant ordonné qu'on rangerait, dans la Bible Flamande, les livres Apocryphes après tous les livres Canoniques du Vieux & du Nouveau Teftament, on a gardé le mefme ordre dans cette édition ; & l'on en trouvera la raifon dans la preface qui les précède.

On a pris les arguments de M. Diodati, pour les mettre à la tefte de chaque livre apocryphe, avec quelques additions ; mais les arguments des chapitres ont efté empruntés & traduits de la Bible Flamande : Et l'on a ajouté en certains endroits de petites obfervations à la marge, où l'on a cru qu'elles eftoyent néceffaires, & qui n'avoyent encore paru, ni dans l'édition Flamande, ni dans aucune autre.

VI.

On a ajouté beaucoup de chofes dans les arguments des livres Canoniques ; & particulièrement à celui qui fert de preface au Nouveau Teftament. Mais pour ce qui eft des arguments de chaque chapitre, on y a traduit mot pour mot ceux de la Bible Flamande.

VII.

La mefme Bible Flamande a deux indices généraux, & fort étendus ; l'un pour le Vieux Teftament, & l'autre pour le Nouveau. Mais on n'a pas jugé à propos de s'en fervir dans cette édition, parce qu'il les aurait fallu refondre, & n'en faire qu'un, afin de pouvoir trouver fous un mefme titre, tout ce qui eft rapporté fur un mefme fujet, & dans le Vieux & dans le Nouveau Teftament.

Au lieu donc de ces deux indices généraux, on en a mis ici au commencement du volume, plufieurs particuliers, diftingué felon les divers fujets qui y font traités.

Il y en a un pour la chronologie & pour l'hiftoire ; un autre qui marque les noms propres & les principales matières.

Celui ci eft comme un abrégé des deux de la Bible Flamande, pour ce qui regarde les chofes; & à l'égard des perfonnes & des lieux, il fe trouvera beaucoup plus ample que ceux là. Enfin, il y en a deux autres, des paffages du Vieux Teftament cités dans le Nouveau, qui n'ont plus que le premier de ces quatre, ne font point dans la Bible Flamande.

VIII.

Pour donner plus de lumière de diverfes chofes du Texte facré, qui concernent la géographie, on a fait graver quatre cartes, compofées fur les meilleures que l'on a pu recouvrer, & qui ont efté corrigées exactement fur le Texte mefme, par les avis des plus favants rabbins de ces provinces & d'ailleurs.

La première eft celle du Paradis terreftre. La deuxième celle du voyage des Ifraélites dans le defert, durant l'efpace de 40 ans. La troifième celle du pays de Canaan, où Jefus-Chrift à prefché pendant qu'il a vécu fur la terre. Et la quatrième celle des voyages des apôtres.

On y a encore ajouté une cinquième, où la ville de Jérufalem eft reprefentée. Celle ci a efté copiée fur celle de la Bible appelée Poluglotte, imprimés depuis peu en Angleterre ; à l'entour de laquelle on a mis le Temple de Salomon, les deux autels, & les autres chofes deftinées au fervice divin, qui eftoyent dans ce Temple.

On trouvera au dos de chacune de ces cartes, l'explication de ce quelle contient ; de la mefme forte à peu près qu'elle eft en celle de la Bible Flamande.

IX.

Nous n'avons plus qu'un mot à dire, touchant l'orthographe & la correction de ce grand ouvrage. A l'égard du premier point, dans les divers ufages qui fe pratiquent aujourd'hui, felon les fentiments différents de ceux qui écrivent, on a évité les deux extrémités, de l'excès, & du defaut ; & l'on a fuivi, pour le texte, la mefme orthographe de l'édition de Paris, afin de s'y conformer en toutes chofes.

Quand aux notes, on y a ufé d'un peu plus de liberté, en retranchant quelques lettres tout à fait fuperflues, afin que l'écriture imite davantage la prononciation.

Nous marquerons ici par occafion, que pour le ftile de ces notes, on a feulement penfé à le rendre clair & intelligible, fans y mefler aucun ornement ; le fujet n'en pouvait fouffrir, & la moindre affectation y eut efté vicieufe.

A l'égard du fecond point, qui eft la correction, nous pouvons dire qu'elle a efté faite avec tant d'exactitude, qu'il n'y a point de feuille, qui n'ait efté revue pour la moins fix fois, par des perfonnes différentes, & avec une application extraordinaire de forte que nous efpérons qu'il ne s'y trouvera point de fautes, ou que s'il en eft échappé quelques unes, elles feront fi peu importantes, qu'elles feront aifément excufées, fi l'on confidère qu'il ne s'eft, peut-eftre, jamais fait d'impreffion fi difficile, où il s'en foit moins rencontré.

Voila les chofes dont nous avons crû devoir avertir les Lecteurs touchant cette édition ; ils en feront fans doute pleinement fatisfaits, & fort perfuadés qu'il n'y manque rien de tout ce que les perfonnes de notre profeffion peuvent contribuer à un fi grand deffein & à l'ornement de l'édition du plus Saint, du plus Beau & du plus Parfait de tous les Livres.

Fleuriture
Source : bibledegeneve.com (site officiel)   • Autre adresse : Les Écritures Saintes