La Bible de Genève 1669
Louys & Daniel Elzevier
(Édition en français actualisé 2005-2006)


Avertissement des imprimeurs

Les églises qu'on appelle vulgairement Wallonnes, dans ces provinces, souhaitent, depuis longtemps, d'avoir part au bonheur des Flamandes, avec lesquelles elles ne sont qu'un même corps, et de voir la Version de la Sainte Bible, qui leur est commune avec toutes les autres églises reformées de la langue Française, enrichie des notes savantes et judicieuses, qui ont été jointes par autorité publique à la Tradition Flamande, publiée, avec tant de succés, depuis trente ans, sur les ordres du Synode National tenu à Dordrech, pendant les années 1618 et 1619 ; confirmé et autorisé, par le consentement et la permission de Nos seigneurs les États Généraux. Ce souhait s'est trouvé d'autant plus juste, qu'il se rencontre une très grande conformité entre ces deux Versions Flamande et Française, comme entre deux Copies fidèlement tirées sur les même Originaux.

C'est pour satisfaire à ce saint desir, que les Sieurs Samuël des Marets, premier professeur en Théologie, et ministre du Saint Évangile à Groningue, et Henri des Marets son fils, pasteur en l'église Française de Delst, se sont appliqué depuis longtemps, avec beaucoup de soin et de zèle, à ce grand Ouvrage, après en avoir publié en Essai il y a cinq ans, sur les cinq livres de Moïse.

Et comme ils n'avaient entrepris cet important dessein, que par un saint et pieux mouvement de servir à la gloire de Dieu et à l'édification publique, on a eu sujet de croire qu'ils y réussiraient, étant nés Français, et entendant assez exactement la langue Flamande, aussi bien que les langues Originelles, pour conférer les deux versions, et placer les notes dans leur juste assiette.

Dieu leur ayant donc fait la grâce d'en venir heureusement à bout, sans que néanmoins ils se soient dispensé d'aucune des fonctions pénibles de leurs charges, qu'ils exercent avec beaucoup de réputation ; c'est à eux et à l'approbation que nos illustres Souverains ont donné à leur entreprise, que les fidèles Troupeaux qui en profiteront, seront obligés de ce laborieux travail, auquel nous avons essayé de répondre de tout notre pouvoir, n'ayant épargné ni peine, ni soin, ni dépense, pour faire une Édition qui mérite quelque estime, et de notre siècle, et de la postérité.

On n'a pas crû necessaire de mettre à l'entrée une ample préface, soit pour recommander la lecture de l'Écriture Sainte, et pour en représenter la dignité ; soit pour parler des Originaux, ou des versions des livres dont elle est composée, ou des écrivains, tant anciens, que modernes, qui les ont expliqués. Toutes les nations sont remplies d'une infinité de volumes, qui traitent à fond de toutes ces choses.

Et Dieu a permis, même que de nos jours, plusieurs traductions du Nouveau Testament aient été faites, et publiées, par des hommes savants, d'une communion, où l'on punissait autrefois par le feu, ceux chez qui l'on trouvait une Bible en langue vulgaire, et où on l'a met encore, au delà des Alpes, et des Pyrénées, au rang des livres defendus. Aussi faut-il avouer que ce divin livre porte partout des marques de son origine, et que tous les éloges que les hommes lui peuvent donner, sont renfermés dans le commandement que Notre Seigneur Jésus-Christ nous fait dans l'Évangile, de s'enquérir soigneusement des Écritures, parce que ce sont elles qui rendent témoignage de Lui; et dans la maxime que Saint Paul, parlant à son disciple Timothée, veut que l'on enseigne à tout le monde, Que toute l'Écriture est divinement inspirée, et c.

Nous ne parlerons donc, dans cet avertissement, que de l'économie de ce volume, et des choses qui dépendent de notre profession.

I.

Pour le Texte, on s'est servi de celui de la Bible traduite en 1535 par Pierre Robert Olivetan, revue et corrigée diverses fois depuis, par les pasteurs et professeurs de Genève ; et l'on a suivi l'édition faite à Paris en l'année 1652 ; par Pierre des Hayes, parce que c'est la plus correcte, et qu'il y a eu quelques changements fait alors utilement, et avec grande prudence ; auxquels on en a ajouté quelques autres, mais en petit nombre, et seulement de mots que l'usage a fait vieillir, qui ne seraient plus intelligibles, ou qui ayant eu autrefois un sens honnête, en auraient un, aujourd'hui, qui ne le serait pas.

II.

On a joint à ce texte toutes les notes des Bibles de Genève, et une bonne partie de celles de M. Diodati. On y a mis aussi la traduction de toutes celles de la Bible Flamande, imprimée en 1637, par l'ordre du célèbre Synode de Dordrecht, lesquelles ont été faites, ou recueillies, par les théologiens des sept provinces, les plus habiles, et les mieux versés dans les langues. Et outre ce que Messieurs des Marets y ont mis du leur, il y ont encore ajouté quelques remarques curieuses écrites de la main de M. Launay, dans la Bible dont il se servait. Cet excellent homme, qui était Français, est mort depuis quelques années à Paris, âgé de 89 ans, et il en avait employé plus de 50 à travailler uniquement sur l'Écriture Sainte, où il était fort consommé.

Enfin on a profité, en plusieurs endroits, des observations manuscrites de Monsieur de Bleyswijck, dont la piété et le mérite lui ont acquis beaucoup d'estime dans cette province, où il exerce une charge publique avec grande réputation.

III.

Les passages parallèles ont été mis à la marge, selon l'ordre qui y a été observé dans la Bible Flamande, comme étant le plus exacte, et le mieux digéré ; et l'on trouvera, tant dans le texte, qu'à la marge, de petites lettres de l'alphabet, qui se répondent, pour marquer l'endroit du texte, auquel le passage de la marge se rapporte. Mais à l'égard des notes, pour éviter la confusion, l'on s'est servi de chiffres, qui ont le même rapport entre le texte, et la note, qu'il y a entre le texte, et les passages de la marge, marqués par les petites lettres.

IV.

Quand il s'est trouvé quelque différence d'expression, par la propriété d'une des deux langues Flamande, ou Française, et par le défaut de l'autre, qui les empêche de cadrer juste ; ce qui est pourtant arrivé assez rarement ; on a pris le soin de la marquer par des lettres Capitales. H. signifie l'Hébreux ; C. le Caldaïque ; S. le Syriaque ; G. le Grec ; L. le Latin ; F. le Flamand; le petit c. avec un point, signifie, c'est à dire ; et ces trois lettres, ass. veulent dire, assavoir.

V.

Le Synode de Dordrecht ayant ordonné qu'on rangerait, dans la Bible Flamande, les livres Apocryphes après tous les livres Canoniques du Vieux et du Nouveau Testament, on a gardé le même ordre dans cette édition ; et l'on en trouvera la raison dans la préface qui les précède.

On a pris les arguments de M. Diodati, pour les mettre à la tête de chaque livre apocryphe, avec quelques additions ; mais les arguments des chapitres ont été empruntés et traduits de la Bible Flamande : Et l'on a ajouté en certains endroits de petites observations à la marge, où l'on a cru qu'elles étaient nécessaires, et qui n'avaient encore paru, ni dans l'édition Flamande, ni dans aucune autre.

VI.

On a ajouté beaucoup de choses dans les arguments des livres Canoniques ; et particulièrement à celui qui sert de préface au Nouveau Testament. Mais pour ce qui est des arguments de chaque chapitre, on y a traduit mot pour mot ceux de la Bible Flamande.

VII.

La même Bible Flamande a deux indices généraux, et fort étendus ; l'un pour le Vieux Testament, et l'autre pour le Nouveau. Mais on n'a pas jugé à propos de s'en servir dans cette édition, parce qu'il les aurait fallu refondre, et n'en faire qu'un, afin de pouvoir trouver sous un même titre, tout ce qui est rapporté sur un même sujet, et dans le Vieux et dans le Nouveau Testament.

Au lieu donc de ces deux indices généraux, on en a mis ici au commencement du volume, plusieurs particuliers, distingué selon les divers sujets qui y sont traités.

Il y en a un pour la chronologie et pour l'histoire ; un autre qui marque les noms propres et les principales matières.

Celui ci est comme un abrégé des deux de la Bible Flamande, pour ce qui regarde les choses; et à l'égard des personnes et des lieux, il se trouvera beaucoup plus ample que ceux là. Enfin, il y en a deux autres, des passages du Vieux Testament cités dans le Nouveau, qui n'ont plus que le premier de ces quatre, ne sont point dans la Bible Flamande.

VIII.

Pour donner plus de lumière de diverses choses du Texte sacré, qui concernent la géographie, on a fait graver quatre cartes, composées sur les meilleures que l'on a pu recouvrer, et qui ont été corrigées exactement sur le Texte même, par les avis des plus savants rabbins de ces provinces et d'ailleurs.

La première est celle du Paradis terrestre. La deuxième celle du voyage des Israélites dans le désert, durant l'espace de 40 ans. La troisième celle du pays de Canaan, où Jésus-Christ à prêché pendant qu'il a vécu sur la terre. Et la quatrième celle des voyages des apôtres.

On y a encore ajouté une cinquième, où la ville de Jérusalem est représentée. Celle ci a été copiée sur celle de la Bible appelée Polyglotte, imprimés depuis peu en Angleterre ; à l'entour de laquelle on a mis le Temple de Salomon, les deux autels, et les autres choses destinées au service divin, qui étaient dans ce Temple.

On trouvera au dos de chacune de ces cartes, l'explication de ce quelle contient ; de la même sorte à peu près qu'elle est en celle de la Bible Flamande.

IX.

Nous n'avons plus qu'un mot à dire, touchant l'orthographe et la correction de ce grand ouvrage. À l'égard du premier point, dans les divers usages qui se pratiquent aujourd'hui, selon les sentiments différents de ceux qui écrivent, on a évité les deux extrémités, de l'excès, et du défaut ; et l'on a suivi, pour le texte, la même orthographe de l'édition de Paris, afin de s'y conformer en toutes choses.

Quand aux notes, on y a usé d'un peu plus de liberté, en retranchant quelques lettres tout à fait superflues, afin que l'écriture imite davantage la prononciation.

Nous marquerons ici par occasion, que pour le style de ces notes, on a seulement pensé à le rendre clair et intelligible, sans y mêler aucun ornement ; le sujet n'en pouvait souffrir, et la moindre affectation y eut été vicieuse.

À l'égard du second point, qui est la correction, nous pouvons dire qu'elle a été faite avec tant d'exactitude, qu'il n'y a point de feuille, qui n'ait été revue pour la moins six fois, par des personnes différentes, et avec une application extraordinaire de sorte que nous espérons qu'il ne s'y trouvera point de fautes, ou que s'il en est échappé quelques unes, elles seront si peu importantes, qu'elles seront aisément excusées, si l'on considère qu'il ne s'est, peut-être, jamais fait d'impression si difficile, où il s'en soit moins rencontré.

Voila les choses dont nous avons crû devoir avertir les Lecteurs touchant cette édition ; ils en seront sans doute pleinement satisfaits, et fort persuadés qu'il n'y manque rien de tout ce que les personnes de notre profession peuvent contribuer à un si grand dessein et à l'ornement de l'édition du plus Saint, du plus Beau et du plus Parfait de tous les Livres.

Source : bibledegeneve.com (site officiel)   • Autre adresse : Les Écritures Saintes