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Dictionnaire de la Bible J.-A. Bost 1849-c


septembre 3, 2010 par GoDieu

C


CAB ou Kab,
2 Rois 6:25, mesure qui contenait la dix-huitième partie de l'Épha, ou du Bath, la sixième partie d'un sat, ou environ 24 coquilles d'œuf (près de deux litres),

— Voir: Mesures.


CABUL.
  1. Ville sur les frontières de la tribu d'Aser, Josué 19:27.

  2. Nom que Hiram, roi de Tyr, donna dédaigneusement aux pays que Salomon lui offrit en récompense des services qu'il lui avait rendus pendant la construction du temple, en charrois, métaux et bois précieux, 1 Rois 9:13. Cabul signifie déplaisant, aride. Il faut chercher ce district dans les parages rudes et peu fertiles qui se trouvent au nord-ouest de la chaîne des montagnes galiléennes, qui séparent la Phénicie de la Palestine.


CACHET.
Les Orientaux ont de tout temps regardé les cachets ou sceaux munis d'un petit manche bien élégant, comme un des ornements les plus agréables et les plus nécessaires pour l'homme. Les Hébreux n'ont point fait exception à cette règle, Cantique 8:6; Aggée 2:23; Jérémie 22:24. Hérodote raconte la même chose des Babyloniens. De nos jours encore les Persans portent des cachets, ou à leurs doigts, ou suspendus à leur cou et retombant avec grâce sur la poitrine. L'empreinte consiste ordinairement non dans une figure, mais simplement dans le nom du propriétaire entouré d'une maxime de Mahomet, comme d'une auréole favorable. On se sert pour cire d'une espèce d'encre de Chine résineuse, ou de terre sigillée pour des objets un peu considérables, tels que scellés sur les portes, etc. C'est en leur remettant le sceau ou l'anneau de l'État, que les princes orientaux avaient coutume d'élever à quelque charge ou dignité ceux de leurs sujets qu'ils croyaient devoir honorer de cette faveur. Genèse 41:42; Esther 3:10; 8:2.


CADAVRES.
La manière dont les anciens Hébreux préparaient les morts pour la sépulture, et dont ils les ensevelissaient, nous est à peu près entièrement inconnue: tout ce que nous en savons, c'est que dans les temps primitifs et de l'antique simplicité, c'étaient les plus proches parents, fils et frères, qui pourvoyaient eux-mêmes directement à la sépulture de celui qu'ils venaient de perdre, Genèse 25:9; 35:29; Juges 16:31. Plus tard, d'autres restèrent chargés de ces soins funéraires, et Amos, 6:10, semble même compter au nombre de ses menaces les plus redoutables, le fait que les morts n'auront pour les porter au sépulcre, que leurs plus proches parents. La coutume de fermer les yeux aux morts et de les embrasser, remonte à la plus haute antiquité, Genèse 46:4; 50:1; cf. Iliad. 11, 452. Æneid. 9, 487; Pline 11, 55. Dans les temps postérieurs nous voyons le cadavre lavé aussitôt après la mort, Actes 9:37, puis enveloppé dans un grand linceul, Matthieu 27:59; Marc 15:46; Luc 23:53, ou, plus ordinairement, tous les membres enveloppés de langes, Jean 11:44, et des aromates interposés entre le corps et ces tissus, Jean 19:39; cf. 12:1,7.

Aux funérailles des princes, ou des seigneurs juifs, le mort était revêtu de ses habits les plus précieux, et l'on faisait autour de lui des fumigations abondantes des parfums les plus exquis.

Le prompt ensevelissement des morts, que l'on trouve avoir été en usage chez les Juifs d'un âge subséquent, Actes 5:6,10, se fondait sur les idées de souillure et de pureté légales, exposées Nombres 19:11; les patriarches et les Orientaux de cette époque ne se pressaient pas autant, Genèse 23:2; sq. Le mort était ordinairement déposé dans une bière (peut-être ouverte), et porté sur un brancard, suivi de ses parents et de ses amis, 1 Samuel 25:1; 2 Samuel 3:31; Luc 7:12,14; Actes 5:6,10. Avant le départ du convoi la maison était remplie de cris de deuil, d'hymnes funèbres, et de bruits d'instruments, Matthieu 9:23; Marc 5:38; cf. Jérémie 9:17; 2 Chroniques 35:25; quelquefois même, d'après la Mishna, les Juifs avaient, comme les Grecs et les Romains, des femmes salariées pour pleurer.

— Après l'ensevelissement venaient les repas de deuil, 2 Samuel 3:35; Jérémie 16:5,7; Osée 9:4; Ézéchiel 24:17, et ces repas qui se faisaient d'abord dans l'intimité, devinrent plus tard, chez les familles riches, des repas d'apparat, auxquels était convié tout le public, à l'honneur du défunt.

— Les guerriers étaient ensevelis avec leurs armes. Ézéchiel 32:27; cf. Virgile Æneid. 6, 233.

— Voir: encore Sépulture et Tombeau.

Nous avons dit un mot de la souillure légale qu'entraînait le contact des cadavres d'hommes, Nombres 19, ou d'animaux, Lévitique 11:24. Quel but le législateur a-t-il eu en vue en promulguant cette disposition? D'accord avec l'ensemble de son œuvre législative, il a voulu préserver les Hébreux de maux matériels, et leur donner des idées saines; les préserver des maux matériels, en les engageant à ensevelir le plus tôt possible ces cadavres d'animaux que les mœurs orientales jettent volontiers à la voirie, les exposant à la voracité des chiens et des vautours, aux intempéries de l'air, et à la putréfaction, coutume dont les conséquences ordinaires sont des exhalaisons empoisonnées, des maladies contagieuses et la peste. Ainsi, par une loi dont il ne comprenait pas toujours la portée, chacun se trouvait intéressé à faire disparaître, en les cachant sous le sol, des corps sans vie, dont le contact, même involontaire, eût entraîné pour lui toutes les obligations gênantes d'une souillure légale. Ces considérations qui se rapportent surtout aux cadavres des animaux, sont les mêmes encore pour ce qui regardait les corps des suppliciés, qui longtemps, même chez des peuples plus civilisés que les Orientaux, ont menacé la santé publique. Par là encore, et par l'horreur que devait inspirer le contact des cadavres, cette loi servait à prévenir la contagion de certaines maladies, et chacun sait combien le corps de l'homme, son sang et ses os, renferment de germes destructeurs lorsque la vie, cette force mystérieuse, n'est plus là pour en contrebalancer et en anéantir les effets pernicieux.

— Puis, sous le rapport moral, le législateur avait su prémunir son peuple, soit contre la profanation des débris humains, soit contre une folle adoration, contre un culte insensé qu'heureusement on n'avait pas encore imaginé de leur rendre, mais que l'homme animal est peut-être tenté de rendre au corps animal, oubliant que ce qui est né de la chair est chair, et doit retourner en la poudre de laquelle il a été tiré.

— Quant à la question spéciale du cadavre de Moïse, Jude 9, nous en reparlerons à l'article de Moïse.


CADRAN SOLAIRE.
Qu'est-ce que le cadran d'Achas dont il est parlé Ésaïe 38:8, et sur les degrés duquel le prophète fit reculer l'ombre du soleil? Les Septante et Flavius Josèphe le prennent simplement pour un escalier quelconque le long duquel l'ombre descendait par hasard; d'autres y voient aussi un escalier, mais qui aurait été construit exprès dans le but de servir de cadran solaire. Les interprètes juifs, cependant, sont en général d'accord à voir dans ces degrés un véritable cadran solaire, un lapis horarum d'après le Targum, un horologium d'après Symmachus et Jérôme. Il est probable, en effet, que les Juifs connaissaient les cadrans; car nous savons que Achaz, amateur de nouveautés et d'inventions, 2 Rois 16:10; sq., était en relation avec les Assyriens, et c'est des Babyloniens, d'après Hérodote 2, 109, que les Grecs eux-mêmes avaient appris l'art des cadrans et la division du jour en douze parties.

Quant à la forme de ces cadrans, il y en avait de deux espèces; les uns, selon le rabbin Élia Chomer, consistaient en une demi-sphère creuse, au milieu de laquelle était une boule dont l'ombre indiquait les heures, en tombant sur les lignes gravées dans l'intérieur de la sphère, au nombre de 28; cette espèce de cadran fut inventée, selon Vitruve, par le caldéen Bérosus, et était connue des Grecs sous le nom de σκαφίς (vaisseau), ou d'hémisphère; les autres, et c'étaient les plus connus de l'antiquité, consistaient en des obélisques placés au centre d'une plaine circulaire plus ou moins grande, dont la circonférence était divisée en parties égales; c'est ce que les Grecs nommaient un gnomon indicateur.

Les interprètes, et surtout les rationalistes, ont cherché une explication physique du miracle rapporté dans l'histoire d'Ézéchias; le philosophe juif Spinosa voulait l'expliquer par un parhélie: c'était se donner une peine inutile et compliquer le miracle en pure perte; d'autres n'y ont vu qu'une illusion d'optique opérée par la réfraction des rayons solaires dont les vapeurs de l'atmosphère auraient été la cause: pour cela, ils reproduisent l'anecdote qui s'est passée à Metz, en Lorraine, le 27 mars 1703, où le prieur du couvent, le père Romuald, observa un changement, une rétrogradation de plus dune heure et demie dans l'ombre du soleil. Gesenius dit que cette anecdote ne prouve rien, et Winer convient que si l'on veut ajouter foi au récit du prophète, il faut se contenter de la phrase banale des orthodoxes, que «Dieu peut à sa volonté, et selon son bon plaisir, modifier ou suspendre les lois de la nature.» Nous n'essaierons pas d'expliquer le miracle, mais voici comment nous croyons que le texte expose qu'il s'est passé. Il ne paraît pas qu'il y ait eu sur le corps même du soleil aucune espèce d'altération; il ne paraît pas non plus que le miracle se soit fait sentir sur une étendue quelconque du globe, ni même ailleurs que sur le cadran d'Achas; de sorte qu'à cet égard on peut s'abstenir de parler, comme on le fait quelquefois, d'un grand dérangement qui serait arrivé dans toute la nature pour satisfaire à la simple et vaine curiosité d'un prince. Les choses ont suivi leur cours naturel, et pour donner un signe à Ézéchias, Dieu a fait dévier d'une manière extraordinaire l'ombre du cadran, sans que rien ait été changé d'ailleurs.

Parmi tous les au très signes que le prophète aurait pu donner au roi, il a choisi celui-ci, peut-être parce que les signes donnés dans le ciel étaient regardés comme plus frappants et moins exposés à l'erreur ou à l'influence des démons inférieurs; c'est pour la même raison que les pharisiens demandaient au Seigneur un signe dans le ciel. Matthieu 16:1, et la bête de l'Apocalypse, au milieu de ses épouvantables miracles, va jusqu'à faire tomber le feu du ciel. Apocalypse 13:13.

Il est probable que le cadran d'Achas était placé de telle sorte que le roi malade put aisément de son lit y fixer ses regards.


CAILLES.
Ce nom ne se rencontre qu'en Exode 16:13; Nombres 11:31; et Psaumes 105:40, et quoique les caractères indiqués dans ces passages ne soient pas très significatifs, il ressort de la comparaison avec l'arabe, que c'est bien par cailles que doit se traduire le mot hébreu Slav. Les voyageurs et les auteurs anciens parlent tous de l'abondance de cailles que l'on trouve dans les déserts de l'Arabie Pétrée et dans les contrées qui avoisinent l'Égypte. Comme le vol de ces oiseaux est fort peu élevé, les habitants peuvent les saisir à la main, ou les tuent en frappant au hasard l'air avec leurs bâtons; ils en font, au dire d'Hérodote, un mets très recherché. Cependant il paraît, d'après les observations qui ont été faites, que les cailles qui furent envoyées dans le camp des Israélites ne sont point la caille commune (tetrao coturnix), mais une espèce particulière que les Arabes distinguent sous le nom de Kata, et qui a passé dans le système de Linnée sous celui de tetrao Alchata (Israelitarum). Cette caille vit dans l'Arabie Pétrée, en Judée, dans l'ancienne Idumée, en Moab, en Syrie, et jusqu'à Alep; elle est de la grosseur d'une tourterelle; elle a le bec court, jaune, recourbé, et marqué au bout d'une tache blanche; le cou et la tête gris-cendré, le ventre et le dos gris-rouge tirant sur la souris, la queue en forme de coin et les jambes garnies de plumes par devant; par tous ces caractères elle appartient à la famille des perdrix. Quoique ferme et sèche, sa chair offre aux indigènes une nourriture agréable, d'autant plus précieuse qu'elle n'est point rare, car cet oiseau va par troupes nombreuses et se laisse facilement attraper.

Quant à la mort soudaine dont furent frappés un grand nombre de ceux qui, dégoûtés de la manne, avaient demandé avec violence une nourriture plus ordinaire et plus forte, Nombres 11:33, elle fut sans doute dans la pensée divine, mais il n'est pas nécessaire d'invoquer ici l'intervention d'un miracle; les anciens prétendent que les cailles se nourrissent quelquefois d'ellébore et d'autres plantes vénéneuses, ce qui ne laisse pas de rendre leur viande un aliment dangereux; en tout cas elle est indigeste, et l'excès de cette nourriture, l'usage immodéré qu'en firent sans doute les plus impatiens des Israélites, aura chargé leurs estomacs désaccoutumés depuis longtemps de viandes et d'autres aliments solides; le brûlant climat du désert d'Arabie aura rendu leur indigestion plus dangereuse, et l'on sait que dans ces zones ardentes un excès dans le manger et le boire se trahit bien vite par des symptômes dangereux, qui souvent mènent à la mort. Les Israélites furent punis pour avoir obtenu de Dieu ce que Dieu avait déclaré ne pas vouloir leur accorder; souvent Dieu cède à d'injustes prières, mais c'est dans sa colère; il donna Saül aux Juifs pour les punir.

Quelques auteurs pensent qu'au lieu de cailles il faut lire sauterelles, mais ils ne s'appuient que sur le simple fait qu'on lit sécher ces animaux au soleil, Nombres 11:32, comme si l'on n'avait pas pu faire sécher aussi les cailles.


CAÏN
(possession), le premier homme qui fut conçu et qui eut un père et une mère pécheurs. Lorsque Ève l'eut mis au monde, elle parut croire que c'était là l'homme de la promesse qui devait briser la tête du serpent: c'est du moins le sens que plusieurs personnes donnent aux paroles qu'elle prononça: J'ai acquis un homme de par l'Éternel, Genèse 4:1.

— Caïn étant devenu grand, se mit à cultiver la terre, tandis que son frère Abel prenait soin des troupeaux; ils avaient d'ailleurs une grande quantité de frères et de sœurs, nés, comme eux, d'Adam et d'Ève.

Au bout de quelques années, 4:3 (d'autres traduisent: à la tin des jours, c'est-à-dire le septième de la semaine;

— Voir: Wilson,

Sept discours sur l'autorité divine du Seigneur; le passage 1 Samuel 2:19, parle en faveur du sens que nous adoptons); au bout de quelques années, en un jour de fête, Caïn offrit à l'Éternel des fruits de la terre, et Abel des premier-nés de son troupeau. Abel, nous dit le Saint-Esprit, Hébreux 11, était dans la foi, et ses œuvres étaient justes; mais celles de Caïn étaient mauvaises, 1 Jean 3:12. C'est pourquoi son offrande ne fut pas reçue comme le sacrifice d'Abel. Peut-être s'en aperçut-il en voyant la paix que le Saint-Esprit avait versée dans le cœur de son frère, tandis que sa conscience à lui, demeurait agitée; peut-être aussi qu'alors, comme en d'autres occasions, Dieu lit tomber du ciel le feu sur les victimes d'Abel, tandis qu'aucune manifestation de ce genre n'eut lieu en faveur des oblations de Caïn. Celui-ci, instruit parle Seigneur de la raison pour laquelle son sacrifice n'avait point été agréé, s'en prit à son frère au lieu de se corriger, et l'ayant rencontré dans les champs, il le tua. Ainsi, devenu meurtrier par haine et par jalousie, Caïn étouffe par les insolences de l'impiété le cri de sa conscience, et repousse la voix du Seigneur qui voudrait l'amener à la confession de son crime; la malédiction divine repose sur sa tête coupable; il part et fuit dans le pays de Nod avec sa femme, qui est en même temps la sœur de sa victime et la sienne propre; et soit qu'il en eût déjà des enfants, soit que, peut-être, ces scènes de meurtre se soient passées au commencement de son mariage, il nous est dit que c'est là, dans le lieu de son exil, qu'elle lui enfanta Hénoc, le père d'une postérité qui semble avoir marché sur les traces impies de son aïeul. Ainsi, dès l'entrée du péché dans le monde, nous voyons la famille humaine poussée par Satan aux plus grands crimes, et plongée dans la plus affreuse misère. Adam, le premier transgresseur de la loi divine, se voit frappé dans ses deux fils: le meilleur périt d'une mort violente, et l'autre doit s'enfuir loin des lieux qu'habitent les malheureux auteurs de ses jours, qui lui ont transmis le péché avec la vie!

Il est possible que Caïn n'ait pas voulu tuer son frère; il ne savait peut-être pas même bien ce que c'est que la mort. Il a voulu le frapper, le blesser, le faire souffrir, lui faire autant de mal que possible, mais sans penser que sa vie dût s'écouler par ses blessures et par ses souffrances; la haine a causé la mort sans peut-être même la soupçonner, et notre Sauveur l'a répété plus tard par la bouche d'un de ses apôtres: celui qui hait son frère est un meurtrier, 1 Jean 3:15.

Quant au signe que Dieu mit sur Caïn afin qu'on ne le tuât pas, nous ne le connaissons pas; ce pouvait être simplement l'air de son visage; il est d'ailleurs beaucoup plus dans l'analogie de la langue hébraïque de traduire «Dieu donna un signe à Caïn», lui garantissant sa protection contre la vengeance des autres hommes. La crainte qu'éprouvait ce meurtrier nous est une révélation bien remarquable de ce que devient un homme lorsque sa conscience est troublée; il perd cette dignité qui est l'apanage du maître du monde, il craint tous les êtres créés, parce que Dieu lui a ôté l'assurance intime de sa protection. Les promesses que Dieu fait au fugitif nous montrent aussi la longue patience de Dieu, qui garantit même au pécheur son existence, et qui ne veut pas faire tomber tous ses jugements sur sa tête coupable, avant d'avoir épuisé les trésors de sa miséricorde. On peut dire aussi, avec Schrœder, que ces promesses de Dieu ne s'adressaient pas à Caïn lui-même; elles avaient pour but d'empêcher le développement de l'esprit de vengeance humaine.


CAÏNAN ou Kenan,
fils d'Énos, naquit l'an du monde 325; à l'âge de 70 ans il eut Mahalaléel, ce qui ne veut pas dire que ce fut là son fils aîné, car l'Écriture ne nomme que les patriarches desquels descendit Noé. Caïnan eut encore beaucoup d'autres enfants, Genèse 5:13, puis il mourut, à l'âge de 910 ans, Genèse 5:9-14. Il est nommé dans la généalogie de Marie, Luc 3:37.

— Dans la même généalogie, au verset 36e, on retrouve un autre Caïnan, évidemment distinct du premier; fils d'Arphaxad, est-il dit, et père de Sala, le père d'Héber; mais dans toute la généalogie de l'Ancien Testament, Arpacsad est nommé, sans intermédiaire, père de Sélah (ou Sala), Genèse 10:24; 11:12; 1 Chroniques 1:24, sans que ce Caïnan soit même indiqué dans aucune des anciennes versions, grecque, samaritaine, chaldaïque, syriaque, ni dans Philon, ni dans Flavius Josèphe, ni dans Jérôme. On pourrait expliquer ce fait en supposant, ce qui est possible aussi, que les anciennes généalogies ont omis le nom de ce Caïnan comme elles omettaient fréquemment des générations peu importantes; mais alors on devrait se demander pourquoi Luc l'a donné, et surtout comment il se l'est procuré. L'explication la plus simple et la plus vraisemblable, c'est que Helléniste lui-même, et écrivant son Évangile pour des Grecs, saint Luc aura suivi la version grecque des Septante, qui ajoute le nom de Caïnan dans la généalogie de Sem, Genèse 10:22; 11:13. On ne sait, du reste, pas comment ce nom a pu se glisser ou s'introduire dans cette dernière traduction.


CAÏPHE,
successeur de Simon fils de Camith, exerça la souveraine sacrificature dès l'an 25 de l'ère chrétienne, pendant les dernières années de notre Sauveur, et dans la première période de l'âge apostolique. Il était redevable de la noble charge qu'il exerçait à un fonctionnaire païen, le procurateur romain Valerius Gratus, et l'on peut dire qu'il l'exerça en païen, dévoué au pouvoir qui l'avait élevé. Il était Sadducéen, Actes 5:17, et avait épousé la fille de l'ancien sacrificateur Anne. Il fut l'un des plus ardents ennemis du Christianisme, et lorsque les sacrificateurs et les pharisiens, effrayés de l'effet que produisait la résurrection de Lazare, consultèrent entre eux pour faire mourir Jésus, Caïphe prononça ce mot bien connu, qui n'était dans son esprit que le fruit de sa politique toute romaine, mais qui, dans la pensée du Seigneur, était une prophétie: Il est de notre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple, Jean 11:49-50. Deux jours avant Pâques, nous le retrouvons réunissant le sanhédrin dans sa maison, pour délibérer sur la manière de se saisir de Jésus par finesse, car ils craignaient le peuple, Matthieu 26:5; Marc 14:1; Luc 22:2. Puis, le matin de la nuit où notre Sauveur fut arrêté, le même Caïphe, attendant peut-être la convocation du sanhédrin, commence un interrogatoire privé de Jésus, et permet à ses valets de le frapper; mais il ne peut rien trouver chez le roi de paix qui trahisse un révolutionnaire, prêt à s'insurger contre Rome pour se faire couronner roi de Juda, Matthieu 26:57; Marc 14:53; Luc 22:54; Jean 18:15. Le sanhédrin se rassemble, Jésus comparaît, on remplace l'illégalité par des formes légales; faute de témoins, l'on en suborne; à défaut de bons, l'on en prend de mauvais; on transforme en blasphème contre le temple de Dieu quelques paroles que Jésus a dites touchant le temple de son corps; et quand notre Seigneur dédaigne de répondre à des questions inutiles, on s'irrite, on menace. Enfin, interrogé sur sa divinité, notre Sauveur la proclame; et trop heureux d'une réponse qui lui fournit un si spécieux prétexte, le vil Caïphe affecte de déchirer ses vêtements à l'ouïe de ce qu'il estime être un blasphème, et la sentence de mort coule sans peine de son cœur plein de fiel et d'envie, Matthieu 27:2; Jean 18:28.

Mais, comme le sang irrite encore la soif du tigre au lieu de le désaltérer, Caïphe de même, non content de la mort du Juste, insensible aux miracles qui l'accompagnent, insensible à sa résurrection, peu soucieux de croire aux gloires de l'Ascension et de la Pentecôte, recommence à persécuter les disciples, auxquels le Maître a communiqué ses vertus; Pierre et Jean doivent comparaître devant lui pour la guérison d'un impotent, Actes 3; 4:6. Relâchés avec menaces, les apôtres continuent à dire les merveilles de la croix, et ils doivent de rechef se présenter devant l'assemblée des iniques, 5:17; ils sont jetés eu prison, puis délivrés par un ange. 5:18-19; saisis de nouveau, ils se justifient devant le sanhédrin: Caïphe et les siens, grinçant des dents, consultent pour les faire mourir, 5:33; mais l'avis de l'honorable Gamaliel prévaut, les apôtres sont sauvés, et Caïphe n'a pour toute consolation que la ressource de les faire fouetter avant de les relâcher.

C'est ici que s'arrêtent pour nous les données de l'Écriture Sainte sur la vie de Caïphe; peu après l'éloignement de Pilate, Caïphe fut également déposé par le proconsul Vitellius, 36 après J.-C., et remplacé par Jonathan, fils d'Ananus. Quelques membres de l'ancienne église le confondent avec Flavius Josèphe l'historien, et ont cru, mais à tort, qu'il s'était converti plus tard au christianisme.

Il est peu de ligures dans la Bible qui présentent à un si haut degré la haine pour la vérité, la bassesse, la violence et la ruse; Caïphe persécuta l'Évangile et resta sourd et aveugle en présence de tous les faits qui pouvaient le rendre attentif à la divinité de celui qu'il persécutait.


CAÏUS,
3 Jean 1;

— Voir: Gaïus.


CALAH,
ancienne ville d'Assyrie, fondée peu après le déluge par Assur, Genèse 10:11-12, ou, comme d'autres le pensent, par Nimrod. On ne sait rien de sa situation exacte; quelques-uns comparent Chalach, q.v.


CALCOL,
1 Rois 4:31; 1 Chroniques 2:6;

— Voir: Éthan.


CALDÉE.
Caldéens. On appelait Caldéens les habitants de la Babylonie, et du royaume de Babylone, q.v. Daniel 9:1; 2 Rois 25:4; Ésaïe 13:19; 23:13; 48:14; Jérémie 21:4; 32:4; Ézéchiel 23:14; Habacuc 1:6; cf. Genèse 11:28; Job 1:17. Ils n'étaient cependant point originaires de cette contrée, et ne doivent pas être confondus avec ses anciens habitants; la langue des Babyloniens était une sœur de celle des Hébreux, tandis que celle des Caldéens en différait complètement, comme on le voit par les noms propres Nabopolassar, Nébucadnetsar, Belsatsar, etc., qui n'ont aucun rapport avec la langue hébraïque, et que l'on a essayé avec succès d'expliquer en les comparant avec les restes de l'ancien persan. Les Caldéens paraissent avoir eu pour berceau les montagnes Carduchi, qui séparent l'Arménie de l'Assyrie; Xénophon (Cyrop. III, et dans plusieurs endroits de son Anabasis) parle d'eux comme d'un peuple pauvre et barbare, courageux et jaloux de sa liberté, vivant de rapines, et fournissant quelquefois des troupes mercenaires aux rois de la Médie et des Indes: c'est ainsi que nous en rencontrons dans l'armée des Assyriens, Ésaïe 23:13. On peut supposer qu'un roi d'Assyrie avait accordé une portion de territoire, dans la Babylonie, à une troupe de Caldéens qu'il avait à sa solde, et que ceux-ci, peut-être sous la conduite de Nabopolassar leur chef, se sont rendus maîtres de la province et maintenus indépendants. Depuis ce temps la province de Babylonie, qui anciennement s'appelait Sinhar, a reçu le nom de Caldée: mais une partie des Caldéens proprement dits, restèrent dans leur montagneuse patrie, où ils furent visités par Xénophon; d'autres encore ont pu s'établir dans d'autres pays. Ceux qui ont occupé la Babylonie y ont adopté la culture et les mœurs des habitants, et ayant été amollis par le luxe, ils ont succombé sous les Perses.

Le nom de Caldéens n'a pas seulement été étendu aux Babyloniens leurs sujets, mais il a encore été employé dans une acception tout à fait particulière, pour désigner les savants de Babylone, et plus tard ceux-là seulement qui s'adonnaient à l'astrologie, à la magie et aux sciences occultes, Daniel 2:2,10; 4:4; 5:7,11; Quint. Curt. 5, 1; 22. Hérodote 1, 181, et ailleurs,

— Voir: plus bas.

Après Nimrod, Genèse 10:9-10; et Amraphel, roi de Sinhar, dont il est parlé en passant, Genèse 14:1, le premier roi des Caldéens que nous trouvons dans la Bible, est Mérodac, fils de Baladan, 2 Rois 20:12; Ésaïe 39:1; il eut avec Ézéchias des rapports de bienveillance mutuelle, et vécut vers l'an 713 avant J.-C. Cent ans plus tard environ, Nabopolassar occupe le trône pendant vingt-et-un ans (626-604); les prophètes (Jérémie, Habacuc) annoncent l'approche d'une armée envahissante, et l'on voit apparaître Nébucadnetsar, que le livre d'Esdras appelle plus particulièrement le Caldéen, 5:12; 2 Rois 24; cf. Jérémie 39:5,8. Son fils Évilmérodac lui succède, 2 Rois 25:27; Jérémie 52:31. Il est tué par son beau-frère Nériglissar qui, après quatre ans, perd la vie dans une bataille contre Cyrus, en 556. Laboroso-Archod, mauvais roi et cruel tyran, ne règne que neuf mois; il est assassiné, et a pour successeur Nabonedus qu'Hérodote appelle Labynetus, 1, 188, et que l'Écriture sainte nous fait connaître sous le nom de Belsatsar; il clôt la série des rois caldéens qui régnèrent sur Babylone; l'empire fut ensuite donné aux Perses, Daniel 5.

Disons maintenant quelques mots de la religion des Caldéens. Comme l'origine de ce peuple semble se perdre dans une antiquité voilée à nos regards, il en est à peu près de même de son système religieux: nous avons cependant des raisons de croire que les connaissances religieuses des Caldéens, dans le principe, n'étaient pas dépourvues de toute vérité; car dans la prophétie remarquable de Daniel, 2, où les quatre monarchies du monde sont placées selon leur valeur morale et religieuse, la puissance des Assyriens, des Caldéens et des Babyloniens, est représentée sous l'image de la tête d'or, tandis que les Perses ne sont que la poitrine d'argent, les Grecs et les Romains, les hanches et les jambes d'airain et de fer.

Dans les temps postérieurs, la religion des Caldéens fut un culte des astres, autant du moins que nous en pouvons juger; leur théologie était devenue astrologie: au lieu du Dieu des cieux, ils adoraient les cieux, comme d'autres plus tard ont rendu leur culte aux hommes sanctifiés, plutôt qu'à celui qui les a sanctifiés. L'observation des astres avait toujours été une de leurs principales occupations, et ils y avaient fait des progrès remarquables. Callisthènes, philosophe et savant grec, trouva à Babylone, lorsque la ville fut prise par Alexandre, un grand nombre de calculs astronomiques, dont il donna connaissance à Aristote, calculs qui embrassaient une période de 1933 ans, remontant jusqu'en 2233 avant J.-C., c'est-à-dire jusqu'à 115 ans seulement après le déluge (2348), à peu près à l'époque de la confusion des langues. En se perfectionnant, l'astrolâtrie en est venue à accorder une attention spéciale aux sept corps suivants, le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, à ces cinq derniers surtout, dont on regardait deux comme bienfaisants et favorables, Jupiter et Vénus, et deux comme sinistres, d'une influence pernicieuse, Mars et Saturne: quant à Mercure, il était considéré comme neutre, ou plutôt il pouvait être bon ou mauvais, suivant les circonstances.

La planète de Jupiter était appelée Bel dans les livres saints des Sabéens, et selon quelques auteurs (Gesenius) c'est cette planète qui était adorée en Phénicie sous le nom de Bahal, à Babylone sous celui de Bel: les classiques latins et grecs rapportent aussi que le dieu des Babyloniens a porté ce nom; on connaît le Jupiter Belus, Pline Hist. Nat. 37, 10. Cicer. De Nat. Deor. 3, 16. Hérodote 1, 181, etc. C'est aussi d'après quelques interprètes le dieu Gad mentionné, Ésaïe 65:11, dans le texte hébreu, et que nos traductions ont rendu par «l'armée des cieux».

— Voir: Gad #3.

Vénus semble avoir été dans tout l'Orient l'objet du même culte voluptueux; elle portait aussi le nom de Bahalt comme la déesse, l'épouse, le complément féminin du Bahal: c'est probablement elle encore qu'il faut chercher dans la Hastoreth, Hastaroth ou Astarté des Sidoniens, 1 Rois 11:5,33. Ce dernier nom qui fait de Vénus la reine des étoiles, renferme sous le rapport étymologique les consonnes qui, dans la plupart des langues connues, servent à désigner ces joyaux du firmament. Dans Astarté se trouve le grec sider, le latin sidéra et astrum, le français astre, l'anglais star, l'allemand stem, l'italien Stella, etc. Et l'un des Targummims, dans la paraphrase de Esther 2:7, dit que Ester signifie de même étoile du matin.

— Les Arabes appelaient Vénus fortuna minor, comme ils appelaient Jupiter fortuna major.

Mercure s'appelait Nebou chez les Sabéens; c'était la planète divine, la messagère des dieux; elle n'est pas sans rapport avec le Hermès des Grecs et le Mercure des Romains: son nom même de Nebou ressemble au Nabi des Hébreux, qui signifie prophète. Beaucoup de noms propres assyriens et babyloniens sont composés de ce mot, Nébucadnetsar, Naboned, Nabopolassar; et le mont Nébo sur lequel Moïse est mort prenait son nom de cette même idole, d'après Jérôme qui dit dans son commentaire sur Jérémie 48:7. «Sur le mont Nabo se trouvait Kémos, idole consacrée qui est encore connue sous le nom de Belphégor, ou Bahal-Péhor». Nombres 25:3,5;

— Voir: Kémos.

La planète de Saturne passait pour exercer une mauvaise influence; les Arabes l'appelaient magnum infortunium, et les classiques latins aussi bien que les Orientaux nous ont conservé comme tradition la mauvaise renommée qu'elle avait. Propert. 4, 1; 84; Lucain 1, 650. Pline, Hist. Nat. 2, 8. Les Sabéens rappelaient Kivan, et les Arabes Kirén, deux noms qui correspondent tout à fait en hébreu, à celui de Kijun, divinité qu'adorèrent, selon Amos 5:26, les Israélites dans le désert. Les Septante l'ont expliqué par Remphan, cf. Actes 7:43, mot qui encore aujourd'hui dans la langue copte, sert à désigner la planète Saturne. Le caldéen Kivan signifie ferme, droit, juste; et l'on sait que les classiques nous représentent l'âge de Saturne comme l'âge d'or, et qu'ils font l'éloge de la justice qui régnait alors. Le nom de Saturne, qui dérive de l'hébreu, signifie l'éternité, car Saturne est l'éternité personnifiée, en grec chronos, le temps infini.

— Le Moloch auquel on sacrifiait des enfants, en les faisant passer par le feu, était encore le même, Amos 5:26. Diod. de Sicile 20, 14. Les anciens Arabes faisaient son culte le samedi dans un temple sexangulaire noir, et habillés de noir; l'antiquité lui a consacré le septième jour de la semaine, et le samedi porte encore son nom chez les Latins, saturni dies, et chez les Anglais saturday. Les rabbins, pour désigner cette planète, l'appellent la sabbatique, shabtaï.

Mars avait reçu des Arabes le nom d'infortunimm minus; il était moins pernicieux que Saturne, quoique cependant malfaisant. Son temple était rouge, ses vêtements étaient ronges, et ceux qui lui offraient des sacrifices arrosaient leurs habits de sang. Comme il est appelé Nirig dans la langue araméenne, Gesenius l'a comparé à Nergal, l'idole des Cuthéens, 2 Rois 47:30, qui entre aussi dans la composition de plusieurs noms propres assyriens, Nériglissor dont parle Flavius Josèphe, Nergal-Saréetser, Jérémie 39:3, etc. Mirrick est une autre forme de Nirig; Mirrick se prononçait aussi quelquefois Mirdik, et de là est venu le nom de Mérodac, Jérémie 50:2; Ésaïe 39:1, qui désigne le dieu Mars avec tout son entourage militaire et meurtrier; c'est encore le même nom qui a passé dans les langues occidentales et modernes, avec la finale de moins; en latin Mars, Martis; mors, Mortis; en allemand Mord; en français mort, meurtre, etc. Et comme les noms de Bel et de Nébo entraient souvent dans la composition des noms propres, celui du dieu Mérodac fait partie du nom de Évil-Mérodac, 2 Rois 25:27, et de Mérodac-Baladan, Ésaïe 39:1.

Cette vénération des planètes chez les anciens Caldéens, marchait de pair avec l'astronomie et l'astrologie. Quant à la première de ces sciences, elle avait fait des progrès considérables. Ptolémée nous a conservé des calculs d'éclipsés de lune qui ont eu lieu le 19 mars 721 avant J.-C., dans la nuit du 8 au 9 mai 720, le 22 avril 621, etc., et les calculs de nos savants ne diffèrent que de quelques minutes de ces anciennes données. Le temple de Bel, qui servait d'observatoire, avait ses quatre côtés tournés vers les points cardinaux.

Leur astrologie se fondait sur la croyance que les forces des astres et des planètes, dans leurs conjonctures, influaient essentiellement sur les destinées des hommes; toutes leurs connaissances astrologiques furent transmises de génération en génération, par tradition, au sein des familles et des castes. Les membres de ces dernières portaient le titre de Caldéens par excellence. Ils croyaient le monde composé d'atomes impérissables, et tout ce qui arrivait dans la voûte céleste était, selon eux, l'effet d'une résolution immuable de la destinée. Selon Diodore, ils ont prédit à Alexandre qu'il mourrait à Babylone, et à Antigone qu'il succomberait dans la guerre contre Séleucus-Nicator.

— Les astres dont les combinaisons étaient essentielles pour faire un horoscope étaient les planètes avec leurs différentes qualités, et les douze signes du zodiaque qui exerçaient aussi, à ce que l'on croyait, une grande influence, selon la manière dont ils se combinaient avec les planètes. Jusqu'à nos jours encore, on trouve dans l'opinion vulgaire quelques restes de ces superstitions.

Avant de terminer, et quoique cela sorte un peu des bornes de notre article, nous ajouterons quelques mots sur les erreurs astrologiques et sur les superstitions qui se sont glissées à cet égard chez les Hébreux, et dont nous trouvons des traces dans la sainte Écriture. Il est parlé, 2 Rois 23:11, de chevaux consacrés au soleil à Jérusalem; d'encencements aux signes du zodiaque, 2 Rois 23:5, (en français astres); d'un culte astronomique à une reine des cieux, Jérémie 7:18; (cette dernière idolâtrie, ainsi que l'adoration du soleil, est encore indiquée Job 31:26-27) Et le Seigneur lui-même prend le nom de l'Éternel des armées (des cieux) pour indiquer qu'il est au-dessus de toutes les autres divinités: il s'appelle aussi celui qui habite au-dessus des chérubins, 2 Samuel 6:2, pour indiquer sa puissance: les chérubins étaient probablement les symboles de la nature créée dans ses diverses qualités.


CALEB,
  1. fils de Jéphunné, frère de Kénaz, et descendant de Juda, l'un des douze Israélites envoyés pour l'exploration du pays de Canaan, fut le seul avec Josué, qui, au retour, loin d'effrayer le peuple, chercha à lui inspirer cette confiance en l'Éternel dont il était animé lui-même. Caleb, dont le nom signifie plein de cœur, les encouragea fortement à ne pas craindre, et à croire aux paroles de Celui qui ne leur avait jamais manqué, Nombres 14. Mais les Israélites crièrent, versèrent des larmes, voulurent se choisir un guide pour retourner en Égypte, et furent sur le point de lapider ceux qui parlaient de courage et de conquête. L'Éternel alors, jura que tous ces hommes de col roide périraient au désert, et Caleb seul, avec Josué, reçurent la promesse qu'ils entreraient en Canaan. Plus tard, il fut désigné pour faire le partage du pays, Nombres 34:19; il est probable que ce partage se fit au fur et à mesure que le peuple avançait. Caleb obtint pour sa part la possession de Kiriath-Sepher ou Hébron, que Dieu lui avait promise quarante-cinq ans auparavant; plein de reconnaissance, il rendit grâces à l'Éternel pour toutes ses faveurs, en particulier pour cette vigueur de corps et d'âme qu'il lui avait conservée, quoique il eût alors quatre-vingt cinq ans. Il ne tarda pas à montrer, par le fait, que ses forces n'avaient en rien diminué, car il repoussa les Hanakins qui s'étaient emparés de la montagne de Hébron, et les déposséda. Son neveu Hothniel, fils de son frère cadet Kénaz, le seconda puissamment dans cette entreprise, et mérita par sa valeur la main de sa fille Hacsa, Juges 1:12, qu'il avait promise au héros qui se distinguerait le plus; ce héros devint plus tard le premier des Juges d'Israël,

    — Voir: Nombres 26:65; 32:12; 34:19; Deutéronome 1:36; Josué 14:6; 15:13; 21:12; 1 Chroniques 6:56.

  2. Caleb, 1 Chroniques 2:9,18, épousa Éphrat, qui lui enfanta Hur; il était fils de Hetsron, et portait encore le nom de Celubaï, verset 9.

  3. Caleb, 1 Chroniques 2:50, fils de Hur, et petit-fils du précédent; il fut père de Sobal, de Hareph, et de Salma père de Bethléhem.

  4. Ville ou district de la tribu de Juda, 1 Samuel 30:14. C'est dans ses environs que se trouvait Hébron; mais l'on ne sait pas si c'est du fils de Jéphunné ou du fils de Hetsron qu'elle avait pris son nom.


CALNÉ,
ville bâtie par Nimrod, au pays de Sinhar, Genèse 10:10; Amos 6:2; Calno, Ésaïe 10:9, peut-être aussi Canneh, Ézéchiel 27:23: selon les Targums et saint Jérôme ce serait Ctésiphon sur la rive orientale du Tigre, vis-à-vis de Séleucie; les anciens appelaient Chalonitis le pays qui environnait cette ville; la contrée avait conservé l'ancien nom.


CALVAIRE ou Golgotha, place du crâne,
ainsi nommée ou de sa ressemblance avec le haut de la tête d'un homme, ou de ce que c'était là qu'on exécutait les malfaiteurs, ou enfin à cause de la tradition qui veut que le crâne du premier homme ait été enterré dans cet endroit. Sem, dit-on, aurait reçu ce crâne de Noé, et, doué d'un esprit prophétique, l'aurait enseveli à l'endroit même où il savait que le sang du second Adam coulerait pour le salut de l'humanité.

C'était une petite colline ou une hauteur à l'ouest de Jérusalem, et hors des murs, selon la loi de Moïse, Matthieu 27:33; Jean 19:17; cf. Hébreux 13:12. C'est probablement dans la vallée de Guihon qu'il faut la chercher, mais on n'en connaît pas la place exacte; les orientalistes, amateurs et poètes, se contentent de la tradition qui met le Calvaire dans l'enceinte même de Jérusalem; c'est plus commode pour les pèlerins sans doute, mais c'est contraire aux données bibliques; et quoi que M. de Lamartine puisse nous dire de ce grand dôme blanc, noyé dans un dédale de rues et d'édifices qui l'environnent, nous trouvons, comme lui, «qu'il est difficile de se rendre compte ainsi de l'emplacement du Calvaire.» On peut dire, il est vrai, que la ville, rétrécie du côté de Sion, se sera agrandie du côté du nord, pour embrasser dans son enceinte un site aussi grand de souvenirs; mais à tous égards cette supposition est inacceptable; si le dôme qu'on montre aujourd'hui pour le Calvaire l'était effectivement, le lieu d'exécution n'aurait été éloigné du temple que d'un demi kilomètre, ce qui est peu probable; en outre cette colline de Golgotha se serait trouvée dominer du dehors les retranchements de Jérusalem, et les dominer de fort près, puisqu'ils devaient passer entre le temple et le Calvaire; ce n'eût guère été habile, sous le point de vue stratégique, c'eût été donner aux assiégeants une position militaire trop précieuse, et le génie des Hébreux n'autorise pas la supposition d'une faute semblable. Le Golgotha que l'on montre n'est donc pas le véritable; il faut le chercher hors des murs de la ville, du côté du nord-ouest.


CAM,
l'un des trois fils de Noé, et probablement le plus jeune, échappa au déluge avec son père, mais ne fut sauvé des flots que pour tomber d'une autre manière sous la pesante malédiction du péché: l'état d'ivresse du patriarche était pour ses fils un spectacle nouveau; pour Cam ce fut un sujet de plaisanterie; il découvrit la honte paternelle et voulut associer ses frères à ses railleries. Il fut maudit, Genèse 9:25.

Quelques-uns ont trouvé le jugement trop sévère; et il le serait peut-être si l'on ne considérait ce crime que comme un acte de légèreté; mais il paraît que, dans cette occasion, se manifesta un esprit d'impiété et d'impureté qui méritait complètement la punition que Noé annonçait au nom de Dieu.

On se demande encore comment, au lieu de tomber sur Cam ou sur tous ses fils, cette malédiction ne paraît avoir été adressée qu'au seul Canaan. Mais il est permis de croire d'abord que Canaan a pris part au péché de son père, qu'il a peut-être exprimé une joie maligne, une satisfaction perverse du spectacle qui lui était offert, et que le mauvais trait du caractère de son père se reproduisait en lui dans toute sa force.

— Déplus, comme ces premières pages de nos saints livres ont été écrites de manière à faire ressortir les traits qui concernent plus particulièrement Israël et son histoire, il était important, pour le peuple d'Israël, de connaître à l'avance le jugement de son Dieu contre les Cananéens qu'il devait plus tard exterminer, tandis que c'était plutôt une affaire de curiosité, et par conséquent moins utile, de connaître les oracles de Dieu relativement aux habitants de l'intérieur de l'Afrique; il est donc possible que l'historien sacré se soit borné à mentionner Canaan, sans nous rien dire de la malédiction également prononcée contre les autres. Il faut, du reste, ajouter que, selon toute apparence, quelques-uns des fils de Cam n'ont pas été atteints de la même malédiction; car les descendants de Cus et de Mitsraïm (les Éthiopiens et les Égyptiens) ont formé des nations puissantes et florissantes, tandis que les fils de Canaan ont été exterminés, et que l'autre branche, celle de Put (les Nègres), gémit sous le poids de sa condamnation depuis plus de 4,000 ans.

— On a dit qu'il était indigne de Dieu de faire peser son courroux sur des nations entières pendant une longue suite de siècles, sans autre motif qu'un crime commis par un de leurs ancêtres. À cette objection, il n'y a qu'une réponse à faire; elle ressort de l'objection elle-même. Le fait existe. L'histoire entière rend témoignage de ce fait que les nègres ont été un objet de commerce pour tous les pays qui les entouraient; ils se sont trouvés sur tous les marchés de l'ancienne Asie, de l'austère Sparte, de la légère et voluptueuse Athènes, comme ils se trouvent aujourd'hui dans les plantations des États du sud de l'Amérique. Et si ce fait existe encore après quarante siècles, la Parole de Dieu qui l'annonce, car c'est bien à elle qu'on en veut, n'en est plus responsable; elle reste un livre de prophètes, un livre inspiré: Dieu seul est en cause, lui qui a créé le fait. Le reproche qu'on essayait de diriger contre la Parole a forcément dévié et viendrait frapper celui qui sait réduire au silence les plus obstinés et les plus audacieux. Quant à la Parole, elle reste debout, intacte; ses funestes prophéties se montrent toujours vraies après un grand nombre de siècles; sa solidité n'est pas ébranlée par les assauts de ses adversaires: le passé est un témoignage pour l'avenir.

Voici, d'après Genèse 10:6; et suivants, le tableau de la postérité de Cam:

CAM
1. Cus 2. Mistraïm 3. Put 4. Canaan
1. Seba 1. Ludim   1. Sidoniens
2. Havila 2. Hanamim   2. Héthiens
3. Sabtah 3. Lehabim   3. Jébusiens
4. Rahma 4. Naphtuhim   4. Amorrhéens
   a. Seba 5. Pathrusim   5. Guirgasiens
   b. Dedan 6. Chasluhim   6. Héviens
5. Sebteca    a. Philistins 7. Harkiens
     b. Caphtorim   8. Siniens
6. Nimrod     9. Arvadiens
      10. Tsemariens
      11. Hamathiens

Cam a plusieurs fois donné son nom à la terre de son fils Mitsraïm, à l'Égypte; Psaumes 78:51; 105:23; 106:22.

D'après un auteur arabe, Cam, l'inventeur de la magie et le fauteur des superstitions et de l'idolâtrie, ne serait rien moins que Zoroastre, ou Adris le prophète.


CAMÉLÉOPARD,
— Voir: Chameaupard.


CAMP.
Les tentes des Israélites dans le désert étaient organisées comme le serait le camp d'une grande armée, Nombres 2. La tente de Jéhovah, ou le Tabernacle, en occupait le centre, ayant à l'est, et tout près, celles de Moïse, d'Aaron et de leurs familles; au sud les Kéhathites, à l'ouest les Guersonites, au nord les Mérarites; de sorte que le tabernacle était de tous côtés entouré des lévites qui devaient en faire le service. Devant le tabernacle, vers l'orient, se trouvaient les 186,400 guerriers de Juda, Issachar et Zabulon; au sud, la division de Ruben, Gad et Siméon, 151,400 hommes; à l'ouest, près du lieu très-saint, les enfants de Rachel, 108,100 hommes, propres à lai guerre; au nord, Dan, Aser, Nephthali,; 157,600 hommes. On peut voir le tableau de ce camp dans mes Voyages des enfants d'Israël, p. 96.

— Les camps des Grecs, et surtout ceux des Romains, ressemblaient beaucoup, dans leur ordonnance, au camp du désert: c'est du reste le seul sur lequel la Bible nous donne quelques détails. D'après 1 Samuel 26:5, il paraîtrait que les camps des Hébreux étaient formés en rond, comme ceux des Arabes, des Bédouins et des anciens Grecs; ils étaient gardés par des avant-postes, Juges 7:19; et pendant la bataille, une certaine garde restait auprès des bagages, 1 Samuel 30:24.


CANA, ou Kana.
  1. Ville de la tribu d'Aser, non loin de Sidon, Josué 19:28.

  2. Ville ou bourgade, à 2 lieues nord-est de Nazareth, tribu de Zabulon, où Jésus-Christ fit son premier miracle, Jean 2:1, et où, à son retour de la Judée et de la Samarie, il guérit le fils d'un employé royal qui habitait Capernaüm, Jean 4:46. Le village actuel, Kefer Kenna, est assis sur une pente douce, dans une petite vallée qui débouche sur la haute plaine de Zabulon; il compte 300 habitants, est entouré de vergers et de plantations d'oliviers, et possède une source abondante où a été probablement puisée l'eau que Jésus changea en vin. Un voyageur moderne, M. De Laborde, a trouvé parmi les ruines de ce lieu de grandes auges en pierre, creusées dans le sol des habitations.

  3. Cana, ou Kana, le principal ruisseau des plaines de Saron; il descend des montagnes de Samarie et formait la limite entre Éphraïm et la demi-tribu de Manassé, Josué 16:8; 17:9. Son nom hébreu signifie les roseaux; les Romains le nommaient la rivière des Crocodiles, et l'on assure qu'il existe en effet des crocodiles dans le lac ou marais qu'il forme près de son embouchure.


CANAAN,
le plus jeune des fils de Cam, petit-fils de Noé. Nous avons dit à l'article de Cam, quelques mots sur la malédiction divine qui frappa Canaan pour la faute de son père. Rien n'est plus hors de contestation que la parfaite justice de Dieu, comme rien n'est plus évident que la punition des pères sur les enfants. L'histoire des Cananéens vient à l'appui de cette double vérité, et, en l'étudiant, nous ne pouvons pas oublier que Dieu est juste quand il punit.

Il est probable que Canaan, descendu des hauteurs de l'Ararat, vécut et mourut dans le pays qui porta son nom, et qui devait échoir à l'une des branches de la postérité de Sera. Ses descendants furent en grand nombre. Les Sidoniens, les Tyriens, les Héthiens, les Jébusiens, les Amorrhéens, les Guirgasiens, les Héviens, les Harkiens, les Siniens, les Arvadiens, les Tsemariens, les Hamathiens, les Phérésiens et les Cananéens proprement dits, furent tout autant de tribus issues d'une même souche, Genèse 10:15; 1 Chroniques 1:15. Sept d'entre elles peuplèrent dans l'origine la terre promise; les autres occupèrent la Phénicie et une portion de la Syrie. Selon la coutume d'alors, elles formèrent une multitude de petits royaumes, chaque ville ayant son monarque. Moïse en subjugua deux, Josué trente et un, et Adonibézek soixante et dix; d'où il résulte que les Cananéens étaient divisés en plus de cent royaumes. C'était une race impie et dépravée; les habitants de Sodome, de Gomorrhe, d'Adama, de Tseboïm et de Tsohar en faisaient partie, et l'on sait à quel degré d'immoralité ils en étaient venus. Kedor-Lahomer, roi d'Hélam, se les rendit tributaires vers l'an 2078. Après douze années d'asservissement, ils se révoltèrent, furent repoussés de nouveau par le roi d'Hélam et se virent à deux doigts de leur ruine. Abraham les délivra en fondant sur les rois alliés qui avaient emmené prisonnier son neveu Lot. Mais seize années s'étaient à peine écoulées, que l'Éternel les frappa, eux et toute leur contrée, d'une entière destruction: Tsohar seule fut épargnée, en considération de Lot. Genèse 9, 10, 14, 18, 19; Ézéchiel 16:49-50.

Environ l'an 2514, les Cananéens des frontières du sud, assistés par les Hamalécites, firent dans le désert éprouver aux Hébreux, révoltés contre l'Éternel, une terrible défaite en Hormah. Trente-huit ans après, les royaumes florissants de Hog et de Sihon, sur la rive orientale du Jourdain, ayant refusé le passage aux Israélites, furent complètement défaits par Moïse, Nombres 21:21,31. À l'ouest du Jourdain, Josué en détruisit plus tard trente et un, sans compter les Gabaonites, qui se soumirent; on peut voir leurs noms Josué 12:9-24. Tout ce territoire fut alors partagé entre les tribus d'Israël. Après la mort de Josué, les tribus de Juda et de Siméon achevèrent d'expulser ou de réduire les Cananéens demeurés de reste dans leurs cantons; celles d'Éphraïm et de Manassé en firent à peu près autant; mais dans la plupart des autres tribus, les Cananéens restèrent en possession de plusieurs villes considérables, d'où ils purent souvent diriger des attaques contre les Israélites, en même temps que, par leur mélange avec eux, ils leur donnaient l'exemple de l'idolâtrie et de l'immoralité. Après de pénibles luttes, la plupart des tribus finirent cependant par se les assujettir tout à fait; mais dans la partie septentrionale de la terre promise, un résidu de ces malheureux Cananéens parvinrent à former un royaume puissant, celui de Hatsor, et vers l'an 2720, leur roi Jabin sut tenir pendant vingt années les Hébreux dans la sujétion. Débora et Barac délivrèrent leur patrie et portèrent à ce royaume cananéen un tel coup, que l'on n'en entendit plus parler dans la suite.

Plus tard, deux cent quarante ans après environ, David acheva presque la conquête du pays, et prit Jébus ou Jérusalem, une des fortes places qui fussent demeurées entre les mains des Cananéens. Pharaon roi d'Égypte, réduisit Guézer, et la donna à Salomon son gendre. Salomon employa plus de 150,000 Cananéens à la construction du Temple, et frappa de lourds impôts tous ceux qui restaient de cette race. Jamais, d'ailleurs, ce peuple ne jouit d'aucune liberté parmi les Israélites, au milieu desquels il en subsista toujours un très grand nombre, même après la captivité.

Les Guirgasiens, et peut-être encore quelques autres tribus cananéennes, fuyant devant l'épée de Josué, se retirèrent dans le nord de l'Afrique, et furent suivies par un grand nombre d'autres qui émigrèrent de Tyr. Là, sous le nom de Carthaginois, ils jetèrent autour d'eux un certain éclat, mais qui dura peu; dès lors, et pendant près de deux mille ans, ce pays a été le théâtre des plus tristes événements, successivement réduit en servitude et dévasté par les Romains, les Vandales, les Sarrasins et les Turcs. Les Cananéens de Tyr, de Sidon, et autres lieux de la Phénicie, qui s'établirent sur les rivages de la Méditerranée, n'ont pas eu un meilleur sort. Ceux enfin qui échappèrent aux armes du roi David, les Héviens, etc., s'enfuirent dans la Béotie au sud de l'Europe, où ils ne purent échapper non plus à la terrible malédiction de servitude qui pesait sur leurs têtes.

Cependant Canaan, cet enfant maudit, a donné son nom à la portion la plus bénie de l'ancien monde. Canaan qui réveille dans le cœur la pensée de la désolation, réveille aussi celle de la promesse; sur le même nom se rencontrent la paix et l'extermination; d'abord l'idolâtrie et les turpitudes du péché, puis le règne du Messie avec l'alliance de grâce. Il fallait que la prophétie de Noé fût accomplie en tout point, que Canaan fût le serviteur de ses frères, qu'après avoir baigné de ses sueurs une terre fertile, il la livrât ainsi travaillée, à la postérité bénie de Sem, et qu'après l'avoir défrichée comme un homme libre, il l'abandonnât comme un esclave; il fallait que le nom du premier possesseur demeurât à cette terre, afin que ses nouveaux habitants comprissent et se rappelassent toujours qu'elle avait appartenu d'abord à une race maudite, et que cette malédiction seule, venant de l'Éternel, les en avait rendus les maîtres.

Une description détaillée de la terre de Canaan ne saurait être donnée ici: nous nous bornerons à indiquer les traits généraux; quant aux détails, on peut voir les articles spéciaux;

— Voir: aussi la Palestine de Raumer, et en français la Description de la Terre Sainte de Rougemont, et le Journal d'un Voyage au Levant, t, m.

Canaan avait près de 400 kilomètres du nord au midi, et près de 200 de l'est à l'ouest dans sa plus grande largeur; il présentait une surface d'à peu près 30,000 kilomètres carrés; et comme le peuple hébreu comptait 601,730 hommes de guerre lors de la conquête, il y avait pour chacun d'eux environ 5 hectares. Ce pays est compris entre le 31e et le 34e degré de latitude nord, et s'étend du 32e au 34e degré de longitude est (Paris). La mer Méditerranée le borne à l'ouest, le Liban et la Syrie au nord; l'Arabie déserte, Hammon, Moab et Madian à l'est, l'Idumée et le désert de Paran au sud, enfin l'Égypte au sud-ouest.

C'était le pays dont la possession avait été promise aux Hébreux, et dont il leur avait été ordonné de s'emparer, Nombres 34:1-12; Josué 11:13-21; Juges 1; mais il faut y ajouter les contrées sur lesquelles ils pouvaient dominer, qu'ils pouvaient avoir l'espérance de conquérir un jour, celles dont la possession leur était permise plutôt qu'ordonnée, depuis l'Euphrate au nord-est jusqu'au Nil vers le sud-est, Genèse 15:18-21; Exode 23:31; Deutéronome 11:24; Josué 1:3-4. Et, en effet, les tribus transjourdaines chassent devant elles les peuplades arabes, et poussent jusqu'à l'Euphrate, 1 Chroniques 5:9,18-23. David, plus tard, soumet la Syrie, Damas, Hammon, Moab, l'Idumée, 2 Samuel 8:2,6,12-13; 10; 12:26; sq. 1 Chroniques 18:6-13; 19:20. Salomon fait bâtir Tadmor bien à l'orient de Damas, construit une flotte à Hetsion-Guéber sur la mer Rouge, possède Thiphsak sur l'Euphrate, et Hamath sur le versant septentrional du Liban, 1 Rois 4:24; 9:18,26; 2 Chroniques 8:3-4,17.

— Voir: Cellérier. Esp. de la Légis l, mos. II, p. 275.

Tout le territoire de Canaan proprement dit, est actuellement sous la malédiction à cause de l'incrédulité de l'Israël moderne; il est presque abandonné, sans culture, en sorte qu'on ne pourrait juger de ce qu'il fut jadis, par ce qu'il est maintenant. Il n'en est pas moins vrai qu'il n'y eut point anciennement de contrée plus riante et plus fertile. Le Jourdain, coulant du nord au sud, forme sur son chemin les lacs de Mérom et de Génézareth; une multitude de ruisseaux et de torrents viennent s'y jeter, traversant le pays dans tous les sens. Des vallées et de charmants coteaux, moins heureux aujourd'hui, embellissaient jadis et variaient le paysage. Des pâturages nombreux et féconds produisaient en abondance de l'herbe pour les troupeaux, des fleurs pour les abeilles; le lait et le miel y coulaient et répondaient aux vœux de l'avide habitant des campagnes. D'après le témoignage d'Hécatée, très ancien auteur; la terre labourable formait le tiers du territoire, et donnait sur les coteaux de magnifiques moissons, des ligues, des grenades, la vigne avec ses raisins, l'olivier avec son huile. Au sommet du Liban, des cèdres magnifiques; dans le sein des montagnes, des mines considérables de fer et de cuivre. On conçoit que lorsque l'Éternel y envoyait des pluies et les saisons fertiles, ce pays cultivé par des mains laborieuses, ait pu nourrir les millions d'habitants qui le peuplaient autrefois, Deutéronome 11:11; 6:10; 8:7-9.


CANDACE,
Actes 8:27, était, non point le nom propre seulement de la reine dont il nous est parlé dans le Nouveau Testament, mais un nom commun à toutes les reines d'Éthiopie; ce nom signifie chef des esclaves, et rappelle celui de servorum princeps que les marchands orientaux donnent encore au roi d'Abyssinie. On dit que cette reine fut amenée à la foi chrétienne par celui de ses serviteurs que Philippe l'évangéliste avait baptisé sur le chemin de Gaza (Irénée, Eusèbe); quant à ce serviteur lui-même, la tradition raconte qu'il prêcha l'Évangile, et qu'il souffrit le martyre dans l'île de Ceylan.


CANNE
  1. odoriférante, Cantique 4:14;

    — Voir: Roseau aromatique;

  2. — Voir: Mesures.


CANNEH,
Ézéchiel 27:23;

— Voir: Gainé.


CANNELLE,
— Voir: Cinnamome.


CANTIQUES.
Il est dans la nature de l'homme de chanter les impressions qu'il éprouve, ses joies et ses douleurs, et de célébrer par des hymnes vifs ou funèbres les moments importants de sa vie. Les Hébreux n'ont pas fait exception à la règle générale de l'humanité; nous voyons déjà, dans les temps les plus reculés, Moïse et Marie la prophétesse, consacrer par un saint cantique les merveilles du passage de la mer Rouge, Exode 15:1,20. Moïse en indique d'autres encore qu'il marque par le premier vers, parce que le peuple en savait la fin, Nombres 21:14,17-18,27, etc.; et, près de mourir, il célèbre les bontés et les merveilles de Dieu, Deutéronome 32. À la mort de Saül et de Jonathan, David compose un cantique funèbre, 2 Samuel 1:17; il en consacre un autre à la mémoire d'Abner, 2 Samuel 3:33, et l'on peut croire que la douleur qu'il éprouva à la mort d'Absalon se manifesta aussi par des chants plaintifs, 18:33. Barac et Débora nous offrent un hymne de victoire, Juges 5:1, etc.; Anne, la mère de Samuel, un chant d'actions de grâces, 1 Samuel 2:1, etc. Le psaume 45 et le cantique de Salomon sont peut-être des épithalames prophétiques; Salomon avait fait cinq mille cantiques, 1 Rois 4:32. Les lamentations de Jérémie sont un hymne funèbre sur la ruine de Jérusalem. L'Écriture mentionne encore du même auteur un cantique sur la mort de Josias roi de Juda, 2 Chroniques 35:25; un cantique d'actions de grâces du roi Ézéchias, 2 Chroniques 30:18; enfin des chants de Marie la mère de Jésus, de Zacharie père de Jean-Baptiste, et du vieux Siméon, Luc 1:46,68; 2:29.

Quel est le cantique dont il est dit que Jésus et les siens le chantèrent après la cène et avant de se rendre à la montagne des Oliviers, Matthieu 26:30, Marc 14:26? Le texte original porte simplement ayant chanté; le plus probable c'est qu'ils chantèrent les psaumes dont les Juifs faisaient la lecture ordinaire à la fin du repas de Pâques, et qui étaient connus sous le nom commun du grand Hallél (Alléluia); c'étaient les psaumes 113:114,115-118,120-137;

— Voir: Pâques.

— Cantique des Cantiques. C'est le nom que les Hébreux ont donné (shir hashirim) à un cantique de Salomon qu'ils regardaient comme le plus excellent des cantiques. Quelques auteurs disent que Salomon le composa à l'occasion de son mariage; suivant les uns, ce serait à l'occasion de son premier mariage; suivant les autres, plus tard, lors de son mariage avec la fille d'Égypte, en guise d'épithalame (Calmet). On regarde souvent le Cantique comme le premier des trois ouvrages qui nous restent de Salomon, un ouvrage de jeunesse, presque une chanson d'amour; les Proverbes seraient alors l'ouvrage de l'âge mûr, et l'Ecclésiaste celui du vieillard dégoûté des vanités de la vie. Il paraît cependant, et une lecture attentive de ce cantique sublime confirme cette manière de voir, que lorsque Salomon le composa, il savait déjà surabondamment ce que c'est que l'amour. L'opinion peu connue de Heidegger (Enchiridion Bibl.) est à la fois pleine d'intérêt et de vérité: «L'on trouve, dit-il, dans ce cantique un cœur de vieillard usé, cassé, blasé sur les agitations, les troubles intérieurs et autres passions de l'âme; et c'est probablement après s'être lassé de l'amour peu chaste des femmes qui l'avaient fasciné, que son esprit s'est tourné vers la méditation plus pieuse de l'amour spirituel du Christ et de ceux qui lui appartiennent.»

Comme on s'est beaucoup occupé de ce livre en diverses manières, on l'a aussi diversement divisé en petits chants, couplets ou chapitres. Calmet y trouve sept nuits ou sept jours marqués assez distinctement, parce qu'on célébrait les noces pendant sept jours chez les Hébreux (— Voir: Genèse 29:27). Nos Bibles, et Heidegger, ont divisé le Cantique en huit parties; enfin le Docteur John Mason l'a partagé en douze couplets ou idylles, à l'imitation de quelques poètes arabes. Voici quels seraient ces morceaux:

  1. 1:1-8;

  2. 1:9-2:7;

  3. 2:8-17;

  4. 3:1-5;

  5. 3:6-4:7;

  6. 4:8-5:1;

  7. 5:2-6:10;

  8. 6:11-13;

  9. 7:1-9;

  10. 7:10-8:4;

  11. 8:5-7;

  12. 8:8-14.

— «Ce poème, dit Ch. Nodier (Bibl. sacr.), est le modèle et le désespoir à la fois de tous ceux qui seraient tentés de s'exercer dans le même genre, si de pareilles inspirations pouvaient jamais se reproduire.»

Saint Jérôme nous apprend que les Hébreux avaient interdit la lecture du Cantique aux hommes âgés de moins de trente ans; ils craignaient les abus d'une interprétation particulière mal comprise; cependant l'estime qu'ils avaient pour le Cantique était telle qu'ils en faisaient une lecture publique à la fête de Pâques, et qu'ils le comprenaient, avec Ruth, Ester, l'Ecclésiaste et les Lamentations, dans le recueil d'hagiographes appelé les cinq volumes, dénomination empruntée des cinq livres de Moïse. De même que la synagogue, l'Église chrétienne a toujours reçu ce livre dans le Canon; Théodore de Mopsueste seul dans l'antiquité, et quelques auteurs modernes d'une morale sévère, en ont nié la canonicité. Les raisons qu'on allègue pour le faire rejeter, sont d'abord que le nom de Dieu ne s'y trouve pas, puis, que ce livre n'est jamais cité par les auteurs sacrés du Nouveau Testament. À ce double égard nous répondrons que le Cantique étant une allégorie, il n'était pas nécessaire, il eût même été singulier de nommer par son nom celui qui était représenté sous la figure d'un époux aimable et aimant, dans tout le cours de ce petit poème; et s'il est vrai que les écrivains du Nouveau Testament ne l'aient pas cité, il y a bien d'autres livres aussi, qu'ils n'ont pas nommés expressément, et qui n'en sont pas moins reconnus comme inspirés; il y est fait d'ailleurs plusieurs allusions qui, si elles ne sont pas directes, montrent au moins que l'allégorie du Cantique a été reconnue et sanctionnée par le Sauveur et par ses apôtres; on peut voir Matthieu 9:15; 22:2; 25:1-11; Jean 3:29; 2 Corinthiens 11:2; Éphésiens 5:23,27; Apocalypse 19:7,9; 21:2,9; 22:17, et ailleurs, cf. encore Ésaïe 5:1-7; 52:7.

Il est impossible qu'un homme irrégénéré puisse lire ce livre et en comprendre le sens spirituel; ceux-là seuls peuvent le lire avec fruit qui disent de tout leur coeur de Jésus-Christ ce que l'épouse dit de son fiancé: C'est ici mon bien-aimé; c'est ici mon ami, 5:16. Le Cantique est écrit de telle sorte qu'il offre une espèce de sens à chacun: c'est comme une glace polie, comme une eau pure et transparente qui monte ou descend, et qui reste toujours au niveau de l'œil qui la contemple; à celui dont le cœur est impur, elle apparaît impure aussi: elle est basse pour celui qui est bas, elle s'élève à mesure que l'homme s'élève, et celui qui a compris le Christ, son amour et son sacrifice, saura voir dans l'épouse une âme fidèle qui rend amour pour amour, dévouement pour dévouement, et reconnaissance pour sacrifice.

Un beau commentaire dont je n'ai eu connaissance que dernièrement, et que les théologiens ne sauraient dédaigner malgré sa forme, a paru à Halle, de 1845 à 1847, sous le titre: Das Hohelied. In Liedern, von G. Jahn. Il est divisé en trois parties, répondant à trois manifestations de la grâce divine: l'œuvre dans la foi, Cantique 1:1-2:7; le travail dans l'amour, 2:8-3:11; la conservation dans la grâce, 4:1-8:4. L'épilogue, le oui de l'époux et l'amen de l'épouse, 8:5-14, répond au prologue qui dédie ces poésies à l'Allemagne souffrante, comme la lumière véritable qui doit faire ressortir les ténèbres des lumières faussement ainsi nommées. Ce volume renferme soixante-quatre délicieuses poésies, qui sont autant de développements spirituels des versets qui en for ment le thème; il est difficile de préférer l'une à l'autre, et plus difficile encore de les traduire en français. Voici, par exemple, et en réservant les imperfections de la traduction, comment l'auteur paraphrase le verset 4 du chapitre 1er: «0 filles de Jérusalem, je suis brune, mais de bonne grâce, comme les tentes de Kédar, comme les courtines de Salomon.» Ce morceau est intitulé Selbstbeschauung, Contemplation, Examen de soi-même:

Du cabinet de mon roi,
Comme épouse de mon roi,
Je suis sortie Et me suis regardée,

Et me suis vue
Noir le visage, noires les mains.
C'est mon roi, mon soleil
Qui m'a ainsi brunie.

Car ma vie tout entière,
Aux rayons de ce soleil,
Ma volonté, mes désirs,
Tout parait noir.

Ce que je fais et touche,
C'est d'une main noircie.
Les traces de mes pas,
Je les vois noires aussi.

Vous, filles de ma mère.
Noire je suis tout entière,
Et pourtant l'épouse du roi,
(Mon bonheur est certain):

Belle et de bonne grâce,
Parée pour la noce.
Afin qu'en ma beauté
Se réjouisse mon époux.

Il m'a préparé
Un merveilleux vêtement,
Avec cris, avec larmes,
Dans une ardente lutte de mort.

C'est la robe du salut;
Je m'en enveloppe tout entière.
Elle m'étreint de tous les côtés,
Et me fait blanche et pure;

Car on ne voit plus rien
De ma peau brune et noire;
Et ainsi j'apparais belle
Comme l'épouse d'un roi.

Noire je suis de moi-même,
Et pauvre, et faible, et nue,
Pourtant aimable par la grâce.
Glorieuse, riche et grande;

Noire je suis de naissance,
Mais blanche par la grâce.
Blanche je ne suis devenue
Que lorsque noire je me suis reconnue.

Le noir est condamné de Dieu,
Car Dieu est vêtu de lumière.
Je puis me dire blanche,
Mon Seigneur ne me laisse pas noire.

Chaque soir je suis noircie
Des péchés de la journée.
De mon Seigneur la patience
M'a blanchie chaque matin.

C'est quand je me reconnais noire
Que je plais à mon ami.
Et plus je suis noire à mes yeux,
Plus je suis agréable aux siens.

Oui, plus ma peau est brune,
Plus ressort la blancheur de sa robe.
De la tête jusqu'aux pieds
La justice m'enveloppe.

Ο filles de ma mère!
Je suis brune, c'est vrai;
Mais néanmoins de bonne grâce,
Et l'épouse du roi éternel.

Ce petit morceau donnera peut-être une idée du genre et de l'esprit du livre. On trouvera bien rarement un pareil mélange de la grâce naturelle et de la grâce divine, de l'esprit humain et de l'esprit de Dieu.

— «L'amour est le sujet du Cantique des Cantiques, que la tradition attribue à Salomon, et qui suppose chez son auteur une âme éminemment mystique, ou du moins susceptible des affections terrestres les plus vives et les plus délicates. On peut y voir, soit une allégorie orientale et une peinture figurée de l'amour de l'Église ou de l'âme individuelle pour son Dieu, soit un tableau de l'amour de l'homme pour la femme, qui était alors généralement traitée comme un être subalterne, et que cette affection profonde remettait à sa vraie place en lui rendant sa dignité morale et sa liberté. Mais, en tout cas, on ne peut nier que ces chants ne correspondent exactement à ce que nous savons, soit de Salomon aimant l'Éternel, soit de Salomon aimant la fille de Pharaon. Ils sont d'ailleurs un ouvrage de sa jeunesse, et des juges impartiaux les ont déclarés le chef-d'œuvre de la poésie lyrique orientale» (Rougemont.)


CAPERNAÜM
(ville agréable, ou beau village), une des principales villes de la Galilée, qui, selon toute apparence, ne fut bâtie qu'après la captivité de Babylone. Elle était située à 5 kilomètres environ de l'embouchure du Jourdain, sur la rive occidentale (h la mer de Tibériade, aux confins de Zabulon et de Nephthali. La plaine basse qui s'étend vers le sud, sur une longueur de dix kilomètres, et une largeur de cinq, est d'une ravissante beauté; c'est la partie la plus fertile de tout ce magnifique bassin, et elle portait le nom de Gennésar, jardins de la richesse. Aujourd'hui encore sa fécondité est proverbiale chez les peuples voisins. Flavius Josèphe parle d'une source nommée Capernaüm, célèbre par son extraordinaire abondance, qui a probablement donné son nom à cette ville. Riche des produits du sol, Capernaüm l'était encore par la pêche et par le commerce; elle était sur la grande route qui unit Damas à la Phénicie, et dans un défilé entre le lac et les montagnes; aussi les Romains y avaient-ils établi un bureau de douanes et placé une garnison, Matthieu 9:9-11; Luc 5:27-30.

— Ce fut là que Jésus descendit et qu'il passa quelques jours, après avoir quitté Nazareth et ses arides montagnes; il en fit longtemps son principal séjour, demeurant chez la belle-mère de Pierre, et c'est de là qu'il partit pour son premier voyage à Jérusalem, Matthieu 4:13; 9:1; 8:14; 11; 17; Marc 1:2; Luc 4:10; Jean 2:4,6. Il reste de cette florissante cité plusieurs ruines nommées Tel Hum.


CAPHTOR,
Jérémie 47:4, île dont il est dit que les Philistins sont les restes,

— Voir: l'article suivant.


CAPHTORIM,
Genèse 10:14, les descendants de Caphtor, un des fils de Mitsraïm. Selon les anciennes versions et selon Bochart, le pays auquel ils donnèrent leur nom serait la Cappadoce; mais le passage de Jérémie 47:4, indique assez clairement que Caphtor doit être une île, ou tout au moins un pays maritime; Michaélis et Dahler ont, en conséquence, proposé d'y voir l'île de Chypre, opinion qui avait déjà été émise, puis plus tard réfutée par Calmet; Gesenius et Hævernick, d'accord avec les dernières dissertations de ce savant catholique, admettent avec lui que l'île désignée sous le nom de Caphtor est celle de Crète ou Candie. D'après Jérémie, l, c., et Amos 9:7, les Philistins auraient passé en Palestine de l'île de Caphtor, et plusieurs fois ailleurs, Deutéronome 2:23; etc., le nom de Caphtorim est mis pour désigner les Philistins. Ces données ne s'accordent pas beaucoup avec le passage de la Genèse qui fait descendre les Philistins des Chasluhim. La supposition la plus probable, sans être forcée, c'est que les Philistins sont partis d'Égypte en se détachant de la nation des Chasluhim, pour se rendre à l'île de Caphtor, et que de là ils ont émigré plus tard et sont venus occuper les côtes sud de la Palestine. On peut opposer sans doute à l'opinion de Calmet, que les habitants de la Crète ont déjà un nom dans l'Ancien Testament, celui de Kérétiens, 1 Samuel 30:14; Ézéchiel 25:16; Sophonie 2:5, et qu'il est peu probable que la même contrée ait eu deux noms si différents; mais de ce que ce n'est pas ordinaire, cela ne prouve pas que cela n'ait pu arriver cependant; en outre, le premier nom est beaucoup plus ancien que le second, et les caractères historiques ou géographiques de la Crète sont tellement d'accord avec ce que l'Écriture nous dit de Caphtor, qu'il est difficile de ne pas admettre l'identité de ces deux contrées. La Crète était déjà très peuplée à l'époque de la guerre de Troie, puisque Homère l'appelle l'île aux cent villes, et Hérodote reconnaît que ses habitants, originairement barbares, ne venaient pas de la Grèce. Homère dit qu'on parlait différentes langues en Crète, à cause de la diverse origine des peuples qui s'y trouvaient, les uns Grecs, les autres vrais et anciens Crétois, antiques habitants de la contrée et qui se prétendaient eux-mêmes nés du sol de la Crète.


CAPPADOCE,
contrée de l'Asie mineure qui, depuis Tibère, passa exclusivement sous la domination romaine. Elle est séparée au sud par le Taurus de la Cilicie et de la Syrie septentrionale; au nord, une chaîne parallèle au Taurus la sépare du Pont; à l'occident, elle touche à la Phrygie et à la Galatie; à l'orient, à la petite Arménie, mais sans frontières naturelles. Quoique bien arrosée, elle est peu fertile; les montagnes sont nues, et les plaines n'offrent que des pâturages. La Cappadoce s'étendait primitivement jusqu'au Pont; mais sous Alexandre une satrapie s'établit en cette contrée, et la Cappadoce rentra dans les limites indiquées ci-dessus. La langue des Cappadociens n'offrait aucun rapport avec les langues sémitiques, et bien qu'ils portent chez Hérodote le nom de Syriens (1, 72; 5, 49; 7, 72), on ne peut leur chercher une origine sémitique,

— Voir: encore le commencement de l'article Caphtorim.

— Ils ne jouissaient pas, non plus que les habitants de l'île de Crète, d'une excellente réputation; ils passaient en particulier pour perfides et lâches, au point que l'expression cappadociser était devenue proverbiale pour désigner ces vices de caractère. Un bon nombre de Juifs étaient établis au milieu d'eux. Actes 2:9; 1 Pierre 1:1.


CÂPRE.
C'est ainsi qu'on appelle les fruits d'un arbrisseau, le câprier épineux, qui se rencontre fréquemment en Asie, en Afrique et dans le sud de l'Europe: les jeunes boutures de cet arbre et ses fleurs en bourgeons se mangeaient, soit crues, soit assaisonnées de vinaigre, et avaient, dit-on, la propriété d'aiguiser l'appétit et de pousser à la volupté. Le câprier atteint dans les jardins la hauteur d'un petit arbre; ses rameaux sont armés d'épines, et ses feuilles ovées, non dentelées, et presque sans pétiole. C'est au mois de mai que la floraison est la plus forte; les fleurs, qui portent une soixantaine d'étamines de couleur rouge, durent presque tout l'été, et donnent ensuite naissance à une baie allongée, comme l'olive, munie d'une chair épaisse, et renfermant une graine dure, en forme de rognons, et d'un goût fort et piquant. Le câprier se cultivait en Palestine, et portait en hébreu, au dire des rabbins, le nom Tsèleph ou Nitzbah; son fruit (hébreu Abiônah) n'est nommé que Ecclésiaste 12:7, où nos versions ont traduit «quand l'appétit s'en ira;» et Luther: «Wenn aile Lust vergeht;» remplaçant ainsi l'image par la chose représentée. Le texte porte proprement: «quand la câpre se rompt, ou est rendue nulle;» et le sens de cette figure est, ou bien: lorsque la câpre, malgré sa saveur, n'a plus d'effet sur le vieillard; ou bien: quand le vieillard, semblable à la câpre à la fin de l'été, se rompt parce qu'il est mûr, et perd sa graine et sa force.


CAPTIFS, Captives,
— Voir: Esclaves.


CAPTIVITÉ,
— Voir: Exil.


CARAN, ou Haran, ou Charran,
ancienne ville de Mésopotamie, célèbre déjà comme la première retraite d'Abraham, après qu'il eut quitté le pays des Caldéens, Genèse 11:31. Le patriarche eut la douleur d'y voir mourir Taré, son père, et il dut l'y ensevelir (verset 32). C'est à Caran que demeurait Laban, frère de Rébecca, et lorsque le rusé Jacob se fut emparé de la bénédiction paternelle, ce fut à Caran qu'il se réfugia, d'après le conseil de sa mère. 27:43; 28:10; 29:4. À l'époque d'Ézéchias, cette ville, ainsi que bien d'autres, était tombée sous la domination assyrienne, 2 Rois 19:12; Ésaïe 37:12. Elle était (Haran?) en rapports de commerce avec les Tyriens, Ézéchiel 27:23. C'est la même ville sans doute qu'il faut voir dans le nom de Charræ, où Crassus, consul et général de l'armée romaine, fut défait et mis à mort par les Parthes, 52 avant J.-C. Elle était située entre l'Euphrate et le Chaboras, à deux journées environ de la jonction de ces deux fleuves: d'après Basnage et le père Hardouin, il faudrait au contraire la chercher en deçà de l'Euphrate et plus près de Canaan; Hardouin même veut confondre Caran avec Palmyre, mais les conjectures de ces deux savants ne sont pas appuyées de raisons suffisantes, et le texte de l'Écriture, qui place Caran en Mésopotamie, est clair et positif.


CARKÉMIS,
ville fortifiée de la Mésopotamie, située sur la rive orientale de l'Euphrate, à l'endroit où ce fleuve reçoit les eaux du Chaboras. Les Assyriens s'en étaient emparés. Ésaïe 10:9. Néco roi d'Égypte, un Pharaon, la conquit sur le roi d'Assyrie, 2 Chroniques 35:20; cf. 2 Rois 23:29; mais il en fut dépossédé par Nébucadnetsar, en la quatrième année de Jéhojakim, fils de Josias, roi de Juda, Jérémie 46:2. Carkémis était probablement le Cercusium, Circesium, ou Circessum des Grecs, à mi-chemin d'Antioche à Séleucie, aujourd'hui appelé Karkisia; selon d'autres (Paulus), ce serait la ville appelée par les Syriens Pérath-Maïsan, ou Mésène, la capitale du gouvernement de Bassora. Dioclétien en fit un des boulevards de l'empire romain.


CARMEL.
  1. Chaîne de montagnes entre Aser et Issacar, Josué 19:26, qui s'étend le long du rivage sur une distance de 30 kilomètres, avant que de faire saillie dans la mer et d'y former un promontoire; la beauté et la fertilité de ces montagnes leur ont fait donner le nom de Carmel, qui signifie vigne de Dieu. Le Carmel est élevé de 1000 mètres au-dessus de la mer; il est plus haut au nord-est qu'au sud-ouest; les eaux y sont abondantes, l'air y est sain, toute espèce de culture y prospère; les pâturages sont encore aujourd'hui couverts de fleurs odoriférantes dont on fait une espèce de thé; dans la région supérieure croissent des pins et des chênes, plus bas des oliviers et des lauriers. Ésaïe 35:2. Du sommet, on jouit d'une vue magnifique et fort étendue sur les côtes et la Méditerranée; le pays environnant est frais et verdoyant; au pied de la montagne coule vers le nord le torrent de Kison. Le côté occidental est remarquable par un grand nombre de cavernes spacieuses, qui peut-être furent habitées jadis par les Cananéens, et qui plus tard l'ont été par des solitaires; elles servaient aussi de lieux de refuge et de places de sûreté. Amos 9:3. Le séjour d'Élie sur le Carmel est bien connu; on se rappelle sa lutte avec le roi Achab et avec les prêtres de Bahal, lorsque seul il put faire descendre le feu du ciel sur les holocaustes qu'il avait préparés, 1 Rois 18; on se rappelle les trois cinquantaines d'Achazia, dont les deux premières furent foudroyées pour avoir parlé au prophète avec un ton inconvenant vis-à-vis d'un envoyé de l'Éternel, 2 Rois 1. Élisée fit aussi du Carmel sa demeure, après que son maître eut été enlevé au ciel, 2 Rois 2:25; 4:25. On montre encore la grotte où Élie doit avoir enseigné les mystères de la prophétie; évidemment taillée de main d'homme dans le roc le plus dur, c'est, dit Lamartine, une salle d'une prodigieuse élévation; elle n'a d'autre vue que la mer sans bornes, et l'on n'y entend d'autre bruit que celui des flots qui se brisent continuellement contre l'arête du cap. Sur le sommet le plus aigu du cap du Carmel, se trouve maintenant un beau monastère, tout construit à neuf, tout éblouissant de blancheur, et bien plus confortable que les cavernes des prophètes.

    — Ésaïe, 33:9,10; Amos, 1,2; Nahum, 1:4; et Jérémie, 50:19, annoncent la désolation de cette montagne et son rétablissement futur.

  2. Le Carmel de Juda, Josué 15:55, ville située sur une montagne calcaire du même nom, riche en pâturages, au sud-ouest de la vallée d'Hébron; c'est là que demeurait Nabal, mari d'Abigaïl, 1 Samuel 25:5, et que Saül, au retour de son expédition contre Hamalec, érigea un arc de triomphe, 1 Samuel 15:12. Les Romains y avaient une garnison du temps de saint Jérôme; les croisés trouvèrent encore cette ville, et le voyageur Seetzeri raconte qu'on lui a montré, sur les bords de la mer Morte, une montagne nommée El Carmel, sur ou près de laquelle cette ville doit avoir existé.


CARPUS ou Carpe,
disciple de saint Paul, demeurant à Troas, dont les Grecs ont fait l'un des soixante-et-dix disciples, évangéliste de leur pays, et enfin évêque de Bérée. Paul, passant à Troas, avait laissé chez lui un manteau de voyage, quelques livres et des parchemins, qu'il redemanda plus tard avec instance, 2 Timothée 4:13. Le verset 21 nous montre que l'hiver était proche, et que Timothée devait retourner à Rome avant cette époque; l'on comprend que Paul en prison sentît le besoin d'avoir quelques vêtements plus chauds, et ce détail prouve à la fois la pauvreté de Paul et son peu de prétentions à l'endroit des macérations inutiles; il n'est pas négligent pour les choses extérieures de la vie, et il ne vise pas à rendre sa situation plus pénible afin de pouvoir s'en glorifier. Quant aux livres qu'il réclame, et surtout quant aux parchemins, on se demande quels ils étaient: c'est sur parchemin qu'on écrivait les livres importants, et l'on pense que c'était le Code de l'Ancien Testament; cependant il serait au moins singulier que Paul eût laissé quelque part sa Bible comme un bagage embarrassant; quelques auteurs ont en conséquence supposé qu'il s'agissait de copies de lettres; d'autres enfin (Steiger), que c'étaient des papiers importants dont l'apôtre avait besoin pour son procès.


CARQUOIS,
— Voir: Flèches.


CARTES de géographie.
La première trace que l'on trouve, soit dans l'histoire profane, soit dans l'histoire sacrée, des cartes géographiques, est dans ces mots de Josué 18:8-9: «Ces hommes-là donc s'en allèrent, et passèrent par le pays, et en firent une ligure dans un livre (ou rouleau) selon les villes, en sept parties.»


CASIPHIA,
Esdras 8:17, ville ou contrée du royaume de Perse, dans laquelle se trouvaient, un assez grand nombre de lévites, d'autres exilés juifs, et de Néthiniens. Il faut la chercher près des montagnes caspiennes, au nord-est de la Médie.


CASSE.
La casse mentionnée, Exode 30:24; Psaumes 45:8; Ézéchiel 27:19, porte en hébreu différents noms. C'est l'écorce d'une plante aromatique que Moïse fait entrer dans la composition de l'huile sainte, et qui devait servir à la consécration des vases du tabernacle. On en compte trois espèces, qui croissent toutes en Orient sans culture, et qui ont quelques rapports avec la cannelle, quoique plus foncées, moins odorantes, et d'un goût moins agréable. Longtemps les naturalistes ont cru qu'il fallait chercher la vraie casse dans le Laurus cassia de Linnée, qui croît aux Indes et au Malabar, mais des travaux plus modernes ont démontré que cette espèce de Laurus cassia n'était autre que l'espèce ou primitive, ou dégénérée, du Cinnamomurn zeylanicum; d'où il résulterait que la casse ne serait autre chose en effet, qu'une espèce de cannelle. Les anciens en faisaient grand usage; Pline, Hérodote, Théophraste, Virgile, Perse, Diodore de Sicile, et d'autres auteurs en parlent comme d'un parfum des Indes très estimé des Romains et des Grecs.


CASTOR et POLLUX, ou les Dioscures,
fils mythologiques de Jupiter et de Léda, s'étaient, dit la fable, rendus si recommandables par leur valeur, et surtout par la guerre d'extermination qu'ils firent aux écumeurs de mer et aux pirates, qu'ils méritèrent les honneurs divins, et furent choisis par les navigateurs comme leurs patrons et les protecteurs des vaisseaux. Ils eurent une place dans les Gémeaux du firmament, et des autels sur les rivages des mers;

— Voir: Théocrite, 22, 17; Horace, Od. I. 3, 2. IV. 87, 31. Ovide, etc.

Les feux errants que les matelots apercevaient parfois pendant la tempête, leur étaient comme des messagers de Castor et Pollux, et le présage d'une prochaine délivrance; et jusqu'à nos jours la même superstition s'est encore propagée, même jusque sur les vaisseaux chrétiens ou turcs de la Méditerranée. Le vaisseau que saint Paul prit à Malte pour se rendre en Italie, avait pour enseigne les Dioscures, soit que ces figures fussent peintes ou gravées sur la proue, soit pour d'autres motifs à nous inconnus.


CATHOLIQUE.
Ce nom qui signifie universel, général, a été donné aux épîtres de Jacques, Pierre, Jean et Jude, parce qu'elles étaient adressées, non point à une certaine congrégation particulière, mais à un grand nombre de congrégations, ayant des besoins généraux;

— Voir: les différents articles.

— De la signification du mot catholique, il faut conclure que toute congrégation spécialement désignée ne mérite pas cette épithète; l'épître aux Romains, par exemple, n'est pas catholique, par le fait même qu'elle est particulière, et l'Église de cette ville n'eût pu prendre le nom de catholique sans commettre la méprise la plus bizarre; aussi ne l'a-t-elle pas fait. Il y a aujourd'hui une congrégation qui se donne le nom de catholique-romaine, ce qui étant traduit signifie église universelle-particulière: si c'est la moins grave et la plus innocente de ses contradictions, c'est bien loin d'être la seule.


CAVERNES.
Les rochers des montagnes calcaires ou crayeuses de la Palestine, principalement ceux du mont Carmel q.v., de la Trachonite, de la Galilée, de la Batanée, et des contrées voisines de l'Idumée, renfermaient un nombre considérable de cavernes, grandes, sèches et commodes, qui pouvaient servir soit de retraite à l'ermite solitaire, soit de refuge à des populations de brigands ou d'opprimés; cf. Juges 20:47. Tavernier en a vu une qui pouvait contenir jusqu'à 3,000 chevaux, et Pococke, II, 61, une autre dans laquelle 30,000 hommes ont pu s'abriter;

— Voir: Hadullam.

Elles furent peut-être les premières habitations des hommes; on y voit les Troglodytes renfermés par peuplades, et l'Ancien Testament nous parle des Horiens comme habitant les cavernes; cf. Job 30:6. Quant aux Hanakins et aux Réphaïms, on présume que c'était aussi là leur demeure, mais l'on n'a rien de positif à ce sujet;

— Voir: ces articles.

À l'époque de la conquête, et plus tard, les cavernes sont signalées comme des espèces d'abris ou de forteresses, Josué 10:16; Juges 6:2; 15:8; 20:47; 1 Samuel 13:6; 22:1; Ézéchiel 33:27; Ésaïe 42:22, comme ermitages pour les anachorètes, comme auberges pour les voyageurs, comme repaires pour les brigands, comme étables pour les agriculteurs et pour les bergers des montagnes; (c'est ce qui explique pourquoi la tradition a voulu faire une caverne de l'étable dans laquelle naquit notre Sauveur, Luc 2:7) Elles servaient enfin de tombeaux q.v. Bien qu'elles fussent assez spacieuses, on avait l'habitude d'en régulariser la forme afin de les rendre plus commodes, lorsqu'on se proposait de s'y établir pour un certain temps; et plusieurs de ces grottes que l'on trouve encore maintenant, ont évidemment été travaillées par la main de l'homme, taillées dans le roc, agrandies et embellies pour son usage.


CÉCITÉ,
maladie beaucoup plus commune dans l'Orient que chez nous. Elle est produite soit par un sable très fin que l'ardente chaleur du soleil pulvérise d'une manière extraordinaire, et que le vent chasse dans les yeux, soit surtout par le contraste habituel et journalier de la température brûlante du jour, avec le froid glacé des nuits, de la forte évaporation de la journée, et de la rosée qui tombe au soir et vers le matin, sur ceux qui viennent imprudemment pour jouir d'un peu d'air, se reposer la nuit sur les toits de leurs habitations;

— Voir: Voyages de Volney 1, 186.

Ce voyageur assure que l'on peut compter 20 aveugles sur 100 hommes; un autre a calculé qu'il se trouve au Caire plus de 4,000 aveugles. Ces cas sont plus rares en Syrie, à l'exception des côtes, et cependant l'Écriture nous parle fréquemment d'hommes affligés de cette infirmité, soit dans les Évangiles, Matthieu 9:27; 12:22; 20:30; 21:14, Jean 5:3, où nous les voyons presque toujours dans une position extérieure bien malheureuse, soit dans la loi mosaïque, Lévitique 49:14. Deutéronome 27:18, où Dieu, dans les préceptes qu'il donne à leur égard, se montre comme toujours, le Dieu de l'infortune, la providence du malheur.

La cécité se développe le plus souvent à la suite de maladies peu graves, mais qui ont été négligées dans le principe; ce n'est d'abord qu'un mal, un picotement des yeux, que de simples applications d'eau fraîche, commencées à temps, pourraient le plus souvent faire disparaître; mais grâces à l'idée mahométane d'un fatalisme auquel rien ne peut échapper, ces populations méprisent les précautions, et ne font rien pour détourner les fâcheuses conséquences dont est menacée leur incurie; l'aveuglement de l'esprit produit celui du corps, et la folle erreur se punit elle-même.

Cette maladie est souvent aussi le simple effet de la vieillesse, 1 Samuel 4:15; cf. 3:2; 1 Rois 14:4; Genèse 27:1.

L'aveuglement soudain dont furent frappés les Sodomites cherchant la porte de Lot pour en faire sortir les deux étrangers, Genèse 19:11, peut s'entendre d'un simple éblouissement, de cette confusion dans l'organe de la vue qui est bien souvent la suite et la peine du péché. Les Syriens qui assiégeaient Samarie, et qui étaient descendus auprès d'Élisée, furent également frappés d'éblouissement par le prophète, et conduits ainsi jusque dans le camp d'Israël, 2 Rois 6:18-22; dans le même chapitre il est parlé de cet aveuglement naturel à l'homme pécheur, et qui l'empêche de voir autour de lui l'armée de l'Éternel, 6:17. Le Nouveau Testament nous mentionne encore la cécité momentanée de saint Paul, Actes 9:9, et celle du mage Bar-Jésus, 13:6. On ne peut dire avec certitude de quelle manière se manifesta cet aveuglement; un miracle en fut certainement la cause, mais il est possible que l'effet ait été naturel, et que cette cécité ait eu du rapport avec des cas plus ordinaires, qui tiennent tantôt à l'obscurcissement de la cornée transparente, tantôt à la paralysie de la rétine, tantôt encore à l'épaississement du cristallin. On peut comparer aussi l'histoire de Tobie, 11:10, qui ayant perdu la vue par un épaississement de la cornée transparente, fut guéri par une application de foie de poisson.

Les anciens attribuaient en effet au foie de poisson, et surtout au foie du callionymus et du silurus, la propriété de guérir les maladies des yeux, et même la cécité; maintenant encore, en quelques pays on se sert du même remède comme d'une pommade excellente pour ce genre de maux. Notre Seigneur s'est toujours borné à toucher de ses mains les yeux des aveugles qu'on lui présentait; une seule fois il les a mouillés de boue faite avec la salive, Marc 8:25; Jean 9:1; Matthieu 9:29; 20:34;

— Voir: Salive.

Il est parlé dans l'Écriture d'une autre espèce d'aveuglement plus dangereux encore que celui du corps, celui du cœur. L'endurcissement des Juifs leur est plus d'une fois reproché sous cette figure, et le prophète Ésaïe avait même annoncé qu'en suite de son aveuglement volontaire et prolongé, ce peuple malheureux deviendrait tellement la victime de ses péchés, qu'alors même qu'il voudrait enfin ouvrir les yeux pour voir, il ne le pourrait plus, Ésaïe 6:10, et ailleurs. C'est dans le même sens que les prophètes prédisent aussi la guérison des aveugles, comme un des caractères principaux et bénis qui accompagneront la venue du Christ sur la terre, Ésaïe 29:18; 35:5; 42:16; cf. Matthieu 11:5. C'est qu'en effet la lumière de la nouvelle alliance, plus brillante que celle des prophètes, a pu ouvrir les yeux de ceux qui ne comprenaient pas encore la splendeur divine de l'ancienne économie; les nations et les gentils ont cru à salut.


CÈDRE,
le plus célèbre des arbres mentionnés dans l'Écriture sainte, l'emblème de la beauté, de la force et de l'immortalité, Juges 9:15; 1 Rois 5-6; 2 Rois 14:9; Esdras 3:7; Psaumes 104:16; Ésaïe 14:8; Ézéchiel 27:5; Zacharie 11:1, etc. Élégant dans ses grandioses proportions, il est svelte et fort élevé, 1 Rois 4:33; Job 40:12; Ésaïe 2:13; Jérémie 22:23; Ézéchiel 17:22; Amos 2:9; Psaumes 92:13. Le Liban était sa patrie, mais il paraîtrait, d'après Pline, que l'on en trouvait aussi sur les monts du Taurus et de l'Amanus. Le cèdre appartient à la famille des conifères; il porte de petites feuilles de 4 à 5 centimètres de longueur, raides, dures, persistantes, et vertes encore au milieu de l'hiver; elles sortent par vingtaines environ, de petites gaines en faisceaux, et contribuent ainsi à donner au cèdre beaucoup de ressemblance avec le mélèze (larix) de la même famille: les étamines forment des espèces de chatons jaunes, de la grosseur du petit doigt, et allongées; les fleurs femelles, réunies en chatons ovoïdes, d'abord rouge pourpre, deviennent ensuite rouge pâle, puis d'un vert sale, et enfin d'un jaune clair. Les pommes, assez semblables à celles du pin, sont cependant plus délicates, plus unies et moins ouvertes; longues de 15 centimètres, et larges de 12, elles sont solidement attachées à l'écorce; leur couleur est un gris brun très brillant. Les branches du cèdre lancées d'espace en espace, et presque perpendiculaires au tronc, sont grandes et éloignées les unes des autres; elles diminuent toujours jusqu'au haut, et forment comme une espèce de roue qui s'élève en pyramide. On en trouve au Jardin des plantes de Paris un bel échantillon, qui pourrait être le roi des végétaux connus en Europe, mais qui dans son ancienne et patriarcale famille, n'est qu'un jeune et petit sujet, digne à peine de trois siècles. Le cèdre croît lentement, et préfère les terrains gras, les lieux froids et les montagnes; il ne porte guère de fruit avant l'âge de quarante-cinq ou cinquante ans. Son bois est incorruptible, sauf à l'humidité; il est beau, solide, sans nœuds, d'un brun rayé de rouge, et odoriférant comme toutes les portions de l'arbre, Cantique 4:11; Osée 14:6; cf. Virgile Æneid. 7, 13. Par ces divers avantages, il était extrêmement recherché comme bois de construction, 2 Samuel 7:2. Jérémie 22:14; on en faisait les balcons sur les terrasses, et toutes les charpentes un peu délicates, 1 Rois 6:10; 7:2; Sophonie 2:14; Cantique 1:16; 3:9, de même que les lambris du temple, 1 Rois 6:9. 18; 7:7, ou des palais de Jérusalem, 1 Rois 7; Esdras 3:7, etc. C'est à cause de ses matériaux que le temple est appelé Liban, Zacharie 11:1, et le palais de Salomon maison du parc du Liban, 1 Rois 7:2. Nous voyons encore de faux dieux et des mâts de vaisseaux faits de ce bois précieux, Ésaïe 44:14; Ézéchiel 27:5.

Les cèdres tendent à diminuer de jour en jour sur le mont Liban, et bien qu'il en reste encore au-dessus du village d'Éden, un bouquet de quelques centaines, 360 environ d'après une correspondance du Morgenland, ou 300 d'après le professeur Schubert, il n'en est qu'un fort petit nombre que leur grosseur puisse permettre de croire contemporains du roi Salomon, 24 d'après Rauwolf, 16 d'après Maundrell, 15 d'après Pococke, 9 d'après le voyageur suisse Mayer, 7 d'après Lamartine, enfin 5 d'après Schubert; on conçoit qu'un pareil calcul ne soit pas facile à faire. Leurs vieux troncs sont souvent déchirés en trois ou quatre divisions bien marquées, dont chacune est égale à la circonférence de nos chênes les plus vénérables. Ils sont en outre lacérés par les innombrables inscriptions des glorieux voyageurs, qui se plaisent à y graver leurs noms en grosses majuscules sur l'écorce et même jusqu'à l'aubier, et qui ne désirent pas avec moins d'ardeur d'en emporter quelques fragments pour mémoire. Ibrahim Pacha, pour remédier à un abus si fâcheux, avait donné l'ordre aux Maronites inspecteurs de ces montagnes, de veiller à l'intègre conservation de la petite forêt qui subsiste encore, mais il ne paraît pas que, les soins de ce ministre aient grande chance de succès, et l'un des gardes forestiers s'est permis de détacher lui-même pour l'offrir à M. Schubert, un rameau de ces jeunes cèdres.

Chaque année, au mois de juin, les populations de Beschieraï, d'Éden, de Kanobin, et de tous les villages des vallées voisines, montent aux cèdres, et font célébrer une messe à leurs pieds (Lamartine, Schubert et le Morgenland de 1840).


CÉDRON,
torrent dont le nom hébreu rappelle ces «torrents qui coulent noirs sans glace», Job 6:16. Quelque rapport qu'il ait avec le mot français cèdre, et quoiqu'on ait voulu faire dériver son nom d'une certaine quantité de cèdres qui auraient été plantés jadis sur son rivage, le rapport n'est qu'accidentel, et le fait n'est pas prouvé. Le Cédron coule à l'est de Jérusalem, entre la ville et le mont des Oliviers: son lit peu large, mais profond, est creusé dans une vallée du même nom; après un cours tortueux de 30 à 40 kilomètres, il se jette dans la mer Morte. C'est en hiver et par les temps d'orage que le Cédron coule avec le plus d'impétuosité; ses vagues vont alors jusqu'à déborder; mais dans la saison sèche, il n'est pas rare de voir ses eaux presque entièrement taries, et son lit servir de route aux voyageurs. Le roi David et notre Sauveur l'ont traversé, tous les deux affligés, tous les deux éprouvés, l'un fuyant la révolte de son fils, l'autre sous la colère et la malédiction paternelle, l'un et l'autre injustement accusés, l'un et l'autre accompagnés d'un petit nombre d'amis fidèles, et refusant de se défendre ou de se venger, quoiqu'ils eussent pu d'un mot se créer des légions, l'un de soldats, et l'autre d'anges, 2 Samuel 15:23; Jean 18:1.

— La vallée du Cédron était, surtout dans sa partie méridionale, comme la voirie de Jérusalem; on y jetait les entrailles des victimes égorgées dans le temple; et les rois Asa, Ézéchias et Josias y ont brûlé les abominations et les idoles qui avaient servi au culte des Juifs prévaricateurs, 1 Rois 15:13; 2 Rois 23:4,6,12; 2 Chroniques 29:16. Les égouts de la ville s'y déchargèrent dans les temps postérieurs.


CEINTURE,
l'une des parties du vêtement à laquelle les Hébreux, et en général les Orientaux, attachaient la plus grande importance, soit comme ornement, soit aussi pour son utilité. Jamais ils n'en portaient dans leurs maisons, et ils ne s'en servaient, lorsqu'ils sortaient, que pour travailler ou pour faire une course un peu longue, afin de retenir les pans de leur tunique flottante, et de n'être point entravés dans leurs mouvements par les replis mobiles de cette robe entr'ouverte: c'est ainsi que voulant laver les pieds de ses disciples, notre Sauveur se ceignit d'un linge, Jean 13:4-5. Les soldats aussi se ceignaient pour la bataille, et David s'écrie, Psaumes 18:39: «Tu m'as ceint de force pour le combat», cf. Proverbes 31:47.

— En suite de leur valeur, les ceintures étaient fréquemment offertes en présents, 2 Samuel 18:11, et jouaient un certain rôle dans le commerce des objets de luxe et de toilette, Proverbes 31:24. Elles étaient communes aux hommes et aux femmes, un peu plus fines pour ces dernières, mais variaient beaucoup dans leur forme et dans leur tissu, suivant la richesse et la condition des personnes: pour les pauvres elles étaient simplement de cuir, et fort larges, de près d'un demi-pied, 2 Rois 1:8; Matthieu 3:4; Marc 1:6; pour les riches, elles étaient de fin lin, Jérémie 13:1, de coton, Ézéchiel 16:10, et quelquefois de soie, larges seulement de quatre doigts, et précieusement ornées d'or et de pierreries, Daniel 10:5, surtout les ceintures de femmes, qui sont comptées au nombre des plus beaux objets de la toilette féminine, Ésaïe 3:20,24. Les hommes portaient ordinairement la ceinture à la hauteur des reins, 1 Rois 2:5; 18:46; Jérémie 13:11; Apocalypse 1:13; 15:6; les prêtres la portaient volontiers plus haut, sur la poitrine, et les femmes un peu plus bas et moins serrée, sur les hanches, comme cela se voit encore en Orient. La ceinture des prêtres avait un nom particulier, et s'attachait par-devant de manière que ses deux extrémités tombaient presque à terre.

C'est à la ceinture que les anciens attachaient, comme on le fait encore de nos jours, leur épée, Juges 3:16; 2 Samuel 20:8; etc., en sorte qu'une ceinture ferme et solide pouvait être regardée comme faisant partie de l'équipement militaire, Ésaïe 5:27. On y portait encore les matériaux nécessaires pour écrire, Ézéchiel 9:2, et de l'argent, Matthieu 10:9; Marc 6:8; cf. 2 Samuel 18:11. Remettre à quelqu'un sa ceinture était à la fois une marque de confiance et d'amitié, 1 Samuel 18:4; c'était aussi le symbole de l'entrée en charge d'un fonctionnaire militaire ou civil, Ésaïe 22:21 (Sebna remplacé par Éliakim).

Nos traductions françaises, dans plusieurs des passages que nous avons cités, ont traduit le mot hébreu par baudrier au lieu de ceinture, se conformant à l'usage de notre langue, et au sens de la phrase, qui indiquait en effet un baudrier militaire; il faut observer seulement que ce baudrier n'était autre chose qu'une ceinture, et qu'il s'attachait autour des reins au lieu de pendre à l'épaule.


CENCHRÉE,
port de Corinthe, assez éloigné de cette ville, dont il était comme un faubourg. C'est là que saint Paul, avant de s'embarquer pour Jérusalem, se fit couper les cheveux à cause d'un vœu qu'il avait fait, Actes 18:18. La diaconesse Phœbé qui figure en tête des personnes que saint Paul fait saluer à Rome, appartenait à l'église de cette petite ville, Romains 16:1.


CENDRES.
«Je ne suis que poussière et que cendres», dit Abraham, Genèse 18:27, pour exprimer le sentiment qu'il a de son néant, cf. Job 34:15. S'asseoir sur la cendre était une marque de deuil et de repentance, Jonas 3:6; 2 Samuel 13:19; Psaumes 102:9; Lamentations 3:16. Dieu menace de faire tomber des cendres au lieu de pluie sur les terres d'Israël, si son peuple est infidèle aux lois qu'il lui a données, Deutéronome 28:24. À côté de ces diverses significations qui toutes ont un caractère de douleur et d'affliction, la cendre avait encore une signification symbolique tirée des propriétés purifiantes dont elle jouit; on composait une espèce d'eau lustrale avec les cendres de la vache rousse qu'on immolait dans le grand jour des expiations, Nombres 19:17; cf. Hébreux 9:13.

— Voir: Deuil et Purifications.


CÈNE. Repas
Repas institué par notre Sauveur, en souvenir de sa mort; simple institution de Jésus, qui est devenue l'acte principal d'un culte redescendu jusqu'à la plus flagrante des idolâtries! Pour revenir à son établissement primitif, il faut recourir à l'Évangile de saint Jean 13:1; sq. et à 1 Corinthiens 11:23. Le sujet a depuis trop longtemps perdu sa fraîcheur, et avec elle sa simplicité, pour que nous puissions facilement invoquer ici l'impression d'une première lecture. Et cependant c'est ce qu'il faudrait avant tout.

Il serait même convenable d'user, ici comme en tant d'autres questions, des termes les plus simples que comporte le sujet, et de quitter des expressions tirées des langues étrangères, pour nous servir des termes plus clairs de notre langue habituelle. Cène signifie souper, repas: lisez l'institution elle-même, et vous y retrouverez un souper, un repas, celui que tous les Juifs faisaient et avaient fait depuis des siècles pour célébrer la Pâque,

— tandis que le mot de Cène, et bien plus encore celui d'Eucharistie, réveillent des idées, ou vagues ou fausses, qui peuvent être venues après coup, et qui permettent de parler de «mystères», et de «terribles mystères», puis d'une sainteté extraordinaire des prêtres qui doivent les célébrer, et de cent autres superstitions semblables.

Notre Sauveur, en instituant cette cérémonie qui n'est nulle part, non plus que le baptême, appelée un sacrement, semble avoir usé de cette largeur divine, de cette absence de précision, qui ne diffère de la négligence qu'en ce qu'elle a été volontaire, et qu'elle paraît avoir eu pour but de laisser, dans certaines bornes, les esprits divers envisager l'institution sous diverses faces. C'est le caractère constant du langage et l'action de Dieu dans les choses de ce genre. Cependant il doit y avoir dans cette institution une vérité fondamentale, et selon nous la voici: Comme un apôtre nous dit plus tard que, soit que nous mangions, soit que nous buvions, nous devons tout faire à la gloire du Seigneur, 1 Corinthiens 10:31, ainsi, depuis la mort expiatoire de Jésus, ses disciples ne devaient plus perdre de vue ce grand sacrifice: tout devait le leur rappeler; et toutes les fois en particulier qu'ils prendraient leur repas, qu'ils rompraient le pain, ou qu'ils boiraient à la coupe comme ils le faisaient en ce moment, ils devaient se souvenir de la mort que le Rédempteur avait subie, et l'annoncer jusqu'à ce qu'il revînt, Luc 22:19. Sans doute la Cène prit, dès les premiers moments de la pratique, une forme un peu différente, mais ce fait n'est point en contradiction avec l'institution telle que nous venons de la définir. Les développements ou les modifications que les apôtres ont pu apporter à une institution du Christ, ont d'après les propres paroles du Seigneur, autant d'autorité que les siennes mêmes. N'a-t-on pas vu déjà, sous l'ancienne alliance, une foule de lois données par l'Éternel, subir au bout d'un temps plus ou moins long, des modifications, quelques-unes assez importantes sans doute provoquées par l'Esprit même de Dieu, mais qui ne se présentent que comme des faits, ou comme les idées du peuple, d'un roi, ou d'un prophète, auxquelles Dieu donne après coup son approbation et le sceau d'une institution divine? Il y aurait une foule d'exemples à citer ici; nous n'alléguerons que les modifications considérables que subirent nécessairement, soit le culte depuis l'érection d'un temple, soit plusieurs lois civiles depuis l'établissement de la royauté. Disons encore le fait singulier que, sous Moïse et en la présence de Moïse, le peuple entier des Israélites reste 38 ans sans donner à ses enfants cette circoncision qui lui était si positivement commandée Josué 8:5!

Or ne serait-il pas permis de penser que Jésus ayant donné la règle générale et fondamentale, les apôtres chargés de l'application, et les fidèles qui voulaient y participer, se sentirent pressés, dans le cas dont il s'agit, de se réunir entre eux seuls, pour prendre en paix et sans obstacles ce repas commémoratoire, et pour pouvoir célébrer sans trouble le bienfait de leur rédemption? Le pouvaient-ils toujours dans leur repas ordinaire? Un mari chrétien avec une femme païenne, ou l'inverse; des enfants ou des parents, les uns convertis, les autres non, n'auraient-ils pas été mille fois empêchés de prendre leur repas de la manière que Jésus avait indiqué, c'est-à-dire de prendre le repas du Seigneur? Ils se réunirent donc à cet effet; et différents endroits du livre des Actes nous le prouvent jusqu'à l'évidence. Les apôtres allaient de maison en maison rompant le pain, tous les jours, 2:46. Les Corinthiens de même faisaient un repas commun, et saint Paul ne blâme point chez eux ce fait, mais uniquement la manière dont il se passait, en leur disant que s'ils se réunissaient uniquement pour manger, ils pouvaient le faire chez eux, tandis qu'ici c'était le repas du Seigneur,

— mais un repas, 1 Corinthiens 11:20-22. De là les agapes ou repas de charité. Peut-être aussi la modification apostolique eut-elle pour motif notre légèreté naturelle et ce besoin que l'homme, même le plus pieux, éprouve d'être rappelé au sérieux par une cérémonie rare et imposante.

Sans doute, la Cène modifiée de bonne heure par des raisons du genre de celles qu'on vient d'indiquer, n'est plus qu'un semblant de repas: mais cela suffit, l'idée est conservée. Seulement il faut que cette idée primitive ne soit jamais perdue de vue, afin qu'on ne tombe pas dans les diverses superstitions, parfois bien grossières, qu'a enfantées une interprétation littérale, matérielle de l'institution du Sauveur. Ce principe est le seul qui unisse, et qui sépare dûment le symbole et son objet. On a vu, à l'article Baptême, combien les symboles étaient naturels et parlants; on a vu en même temps qu'il ne fallait pas les confondre avec l'objet même qu'ils représentent. La Cène n'a par elle-même aucune vertu intrinsèque: elle a une profonde réalité à cause de la foi qu'elle nourrit et qu'elle ranime; par contre elle peut aussi très bien produire des effets factices et trompeurs, à cause des idées dont l'imagination ou la superstition l'ont entourée; voilà la messe.

Les mots de Jean, 6:48-58, n'ont aucun rapport à cette cérémonie. Jésus lui-même, après avoir parlé de manger sa chair, et de boire son sang, ajoute que «ses paroles sont esprit et vie», et que «la chair ne sert de rien», 6:63.

La communion indigne, 1 Corinthiens 11:27,29, consiste simplement à se rendre à cette cérémonie en oubliant le but, ou en y apportant de mauvaises dispositions, de bravade ou d'hypocrisie. Celui qui y reçoit sa condamnation serait déjà condamné sans cela.

Disons enfin que c'est bien à tort qu'on applique généralement à la seule cène le commandement que Dieu nous donne de laisser là noire offrande quand nous avons quelque chose contre notre frère, ou plutôt «quand il a quelque chose contre nous», et que nous n'avons pas fait notre possible pour l'apaiser, Matthieu 5:23-24. Il s'agit là de tout acte de culte quelconque, lecture, prédication, chant, prière même et autres. La cène n'est ni notre offrande, ni une offrande ou un sacrifice; elle en est simplement la commémoration. «Non que Christ s'offre plusieurs fois lui-même; mais ayant été offert une seule fois pour ôter les péchés», etc. Hébreux 9:25-28; cf. 10:10: «l'oblation qui a été faite une seule fois du corps de Christ.»

— Voir: encore articles Coupe, et Pâques.


CENS ou Capitation,
impôt d'un demi-sicle (1 fr. 65 c.) que chaque Israélite devait payer en passant par le dénombrement. Exode 30:13. Quelques-uns pensent que c'était un impôt annuel, d'autres que chaque Israélite le payait une fois dans sa vie, pour «faire le rachat de leurs personnes;» d'autres croient qu'on n'était tenu de le payer qu'aux époques de dénombrement, et que ce fut pour y avoir manqué que David vit son peuple atteint de mortalité; d'autres enfin croient que cet impôt fut ordonné à Moïse, par extraordinaire, et qu'il devait être décrété de nouveau à des époques indéterminées, sans avoir été jamais un impôt régulier. Le revenu de cet impôt était affecté au service du temple.

— Au retour de la captivité, un impôt annuel d'un tiers de sicle fut établi pour les frais du culte. Néhémie 10:32.

— Après la ruine du temple de Jérusalem, les Romains obligèrent les Juifs à payer un demi-sicle par tête pour l'entretien du temple de Jupiter Capitolinus.


CÉPHAS,
— Voir: Pierre.


CERCUEIL.
Les Égyptiens et les Hébreux s'en servaient même lorsqu'ils embaumaient leurs morts. Les cercueils étaient proportionnés à la taille du défunt, à sa qualité, et au prix que l'on voulait y mettre. Quelquefois le dessus du cercueil indiquait le nom et les titres de la personne qui y était renfermée, et si c'était un homme ou une femme, etc. Des figures, des peintures ou d'autres ornements accompagnaient les couvercles du cercueil des grands personnages.

— Voir: Sépulcres.


CERF,
animal que les Hébreux désignaient ordinairement sous les noms de ayal, ayalah, ayèleth, sans en distinguer, comme nous, les différentes espèces et familles; c'est ainsi que les antilopes et les gazelles étaient probablement comprises sous le même nom général, quoique la gazelle, q.v., eût aussi le nom particulier de Tsebi. Le cerf est très connu; il se rencontre jusque dans les forêts de l'Asie méridionale. Les Hébreux le comptaient au nombre des animaux purs, de même que le daim, Deutéronome 12:15; 14:5; 1 Rois 4:23. La course rapide de ce gracieux animal, Genèse 49:21, est souvent célébrée par les poètes sacrés. Psaumes 18:34; 2 Samuel 22:34; Cantique 2:9,17; 8:14; Ésaïe 35:6, cf. Virgile Æneid. 6, 802.


CERVOISE,
boisson dont le nom se trouve toujours joint à celui du vin. Lévitique 10:9; Nombres 6:3; Deutéronome 29:6; Juges 13:4; 1 Samuel 1:15; Proverbes 20:1; 31:4. Un des vœux du Nazaréat était l'abstinence de cette boisson comme de toute autre boisson fermentée. On ne sait pas exactement ce qu'était la cervoise, probablement une espèce de vin falsifié dont les anciens fabriquaient diverses sortes; Pline parle (14:19) de vin d'orge, et d'un vin de dattes que l'on préparait dans tout l'Orient, en laissant infuser quelque temps des dattes dans une quantité d'eau suffisante, et en les pressant ensuite comme des raisins dans la cuve; cette boisson ne paraît pas cependant avoir été très saine; elle causait d'assez fréquents maux de tête. Les Talmudistes mentionnent encore un vin de miel dont le mode de fabrication est inconnu. C'est entre le vin d'orge et le vin de dattes qu'il faut probablement opter pour trouver la cervoise. Saint Jérôme qui parle des diverses boissons que nous venons de nommer, ne se prononce pour aucune, et définit en général la cervoise (sicera) toute boisson enivrante. Le passage Ésaïe 5:22, doit se traduire: «Malheur à ceux qui sont... vaillants à mêler la cervoise!» La question est de savoir si le prophète a voulu dire mettre de l'eau dans la cervoise, ou l'assaisonner d'épices fortes et savoureuses, de myrrhe, etc.; le nexe de la phrase favoriserait cette dernière explication (Winer, Gesenius,); mais on sait aussi que les Orientaux avaient coutume de mêler d'eau leurs boissons fortes pour les rendre plus douces, plus agréables, et plus appropriées à leurs besoins.


CÉSAR,
nom commun aux empereurs de Rome, et un de leurs titres depuis Jules César jusqu'à la ruine de l'empire romain; c'est probablement le même mot que le Czar des Russes, et le Kaiser des Allemands. Quoique l'Écriture sainte mentionne quelquefois les empereurs sous leur propre nom, elle les appelle plutôt et généralement Césars, parce que ce qu'elle en dit se rapporte aux empereurs comme tels, plutôt qu'aux individus: ainsi dans Matthieu 22:21, «Rendez à César ce qui est à César», il s'agit de Tibère; Actes 25:11, lorsque Paul en appela à César, il s'agit de Néron; les ordonnances de César de Actes 17:7; se rapportent à Claude. Ce dernier empereur est nommé de son nom Actes 11:28; Auguste, Luc, 2:1; et Tibère, Luc 3:1. Néron n'est jamais nommé directement.

— Voir: ces différents articles.


CÉSARÉE.
Il y avait deux villes de ce nom en Palestine,

  1. La première, qu'on appelait simplement Césarée, ou aussi Césarée de Palestine, était située au bord de la Méditerranée, non loin du promontoire du mont Carmel. Primitivement connue sous le nom de Tour de Straton, elle fut nommée Césarée par Hérode le Grand, qui retendit considérablement en l'honneur d'Auguste, l'embellit, lui donna à grands frais un port sûr, et la fortifia pour se»protéger contre les Juifs qu'il gouvernait. Un certain nombre de Juifs s'y étaient établis, qui vivaient en dissensions continuelles avec les Grecs et les Syriens qui s'y trouvaient. Les Romains en firent, avant la destruction de Jérusalem, la résidence du gouverneur de la Palestine, qui montait à Jérusalem lors des fêtes solennelles (ainsi qu'on le voit par la vie de Pilate); c'était aussi le point central de leurs forces militaires dans ce pays, et le siège principal de l'administration et de la justice. Cette ville n'est plus maintenant, sous le nom de Kaisarié, qu'un grand amas de ruines inhabitées; ses murailles, relevées par saint Louis pendant sa croisade, sont néanmoins intactes et bien conservées; des sangliers et des chacals seuls en font leur repaire; une source abondante qui se trouve au milieu de la ville, y attire encore quelquefois les troupeaux voisins, qui viennent s'y abreuver d'une distance de près de dix kilomètres.

    Un des chefs de la garnison de Césarée, Corneille, fut le premier des païens qui fut amené à la connaissance de l'Évangile, Actes 10 et 11. Ce fut aussi dans cette ville qu'Hérode Agrippa, petit-fils d'Hérode 1er, se rendit, après avoir fait mourir les gardes de la prison d'où Pierre était sorti miraculeusement, et qu'il fut frappé de l'ange du Seigneur, pour avoir souffert que les ambassadeurs des Tyriens et des Sidoniens l'appelassent un Dieu, 12:19-23. Paul aussi vînt plusieurs fois à Césarée: poursuivi, peu de temps après sa conversion, par les Juifs hellénistes, il fut conduit par les frères à Césarée, d'où ils l'envoyèrent à Tarse, 9:29-30. Au retour de son second voyage de mission, il débarqua à Césarée, se rendant à Jérusalem pour la fête, 18:22. Enfin il v aborda encore au retour de son dernier voyage; à Jérusalem, il n'échappa à la fureur des Juifs que par la protection divine, et fut conduit par le tribun romain à Antipatris, puis à Césarée où il resta deux ans, 23:33; 24:27; 27:1. Philippe, l'un des sept diacres, était de Césarée où il était établi, 21:8.

  2. Césarée de Philippe, Matthieu 16:13; Marc 8:27, ville au pied du Liban, près de l'Hermon, non loin des sources du Jourdain, à une journée de Sidon, et à une journée et demie de Damas. Située près de la montagne du Panius, consacrée au dieu Pan, elle portait anciennement le nom de Panéade, et reçut du tétrarque Philippe, en l'honneur de l'empereur, le nom de Césarée, auquel on ajouta celui de Philippe pour la distinguer de l'autre Césarée; elle ne tarda pas à reprendre son ancien nom après la mort de celui qu'elle devait célébrer, et l'on voit dans cette circonstance une preuve de plus que les écrivains sacrés étaient contemporains de l'époque dont ils parlent: un auteur postérieur eût ignoré ou oublié ce changement de nom. C'est là que le Seigneur, après avoir admiré la foi de la Cananéenne, eût aussi la joie d'entendre Pierre lui répondre ce que l'Esprit seul avait pu lui révéler: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant», Matthieu 16, Marc 8, Luc 9. C'est peut-être encore sur une des sommités de l'Hermon, et dans le voisinage de cette ville, qu'eut lieu la transfiguration.


CHABOR,
est le nom d'une rivière, et c'est un fait remarquable qu'une rivière, sortant des montagnes centrales de l'Assyrie, retient invariablement ce même nom jusqu'à nos jours. Gesenius traduit ainsi le passage de 2 Rois 17:6: «Il les fit habiter en Chalites (Halah), et sur le Thabor (Habor), une rivière de Gozan, et dans les cités des Mèdes.» La version anglaise admet le même sens, si l'on retranche seulement la particule by, (by a river of Gozan) laquelle est imprimée en italiques pour montrer qu'elle n'existe pas dans l'original. Habor, comme nous le voyons, est une rivière de Gozan. Le Zab en est une aussi; et se trouvant la plus considérable, elle peut bien être appelée par excellence la rivière de Gozan, q.v. (Grant.)

2 Rois 17:6; 18:11; 1 Chroniques 5:26. Contrée ou, d'après une autre construction, fleuve du pays de Gozan. Dans le premier cas, ce seraient peut-être les alentours des monts Chaboras, placés par Ptolémée (6, 1) entre la Médie et l'Assyrie; dans l'autre cas, le fleuve Chaboras qui descend de ces monts et se jette dans le Tigre. Peut-être aussi faut-il l'identifier avec le Kébar de Ézéchiel 1:3, qui se jette dans l'Euphrate,

— Voir: Kébar.


CHACAL,
nom turc et persan d'un animal qui tient une espèce de milieu entre le renard et le loup; c'est le lupus aureus des Latins, et le loup doré des Allemands. On le trouve en Perse, en Arménie, en Arabie, et jusqu'en Syrie et en Palestine; sa longueur, la queue comprise, est de 1 mètre 25 c.; il ressemble par sa forme et par son poil, au renard, avec lequel on le confondrait aisément au premier coup-d'œil; sa tête cependant, fauve comme celle du loup, se rapproche davantage de la tête du chien de berger; elle est allongée, et compte jusqu'à 10 ou 12 centimètres. La queue est ronde, roide, très-fournie, et noire à son extrémité. Les yeux sont grands. Le jour cet animal se tient tranquille dans sa caverne, ou dans son bois; mais la nuit on le voit courir au pillage, et souvent par bandes d'environ 200, jusque dans le voisinage des villes. Il se nourrit de volaille, de charognes déterrées, et attaque les enfants qui sont sans défense. On prétend que son hurlement nocturne a beaucoup de rapport avec les cris d'un enfant.

Au milieu de toute l'obscurité qui règne sur l'histoire naturelle des Hébreux, et sur la manière dont on doit traduire les noms hébreux désignant des animaux sauvages et peu connus, les naturalistes et les théologiens ont cru devoir entendre le chacal par le mot Yim des passages Ésaïe 13:22; 34:14; Jérémie 50:39, que nos versions traduisent par «les bêtes sauvages des îles ou des déserts.» L'animal appelé Thannim ou Thannin, Job 30:29; Michée 1:8; Ésaïe 43:20, et qui se traduit par dragons dans nos Bibles, est peut-être aussi le chacal, mais c'est très incertain; quelques-uns le rendent par chien sauvage, d'autres par loup, et l'analogie de l'arabe favoriserait cette dernière traduction. Il y a cependant en Orient une autre espèce de chien-loup appelé le chien de Syrie, qui ressemble encore plus au renard que le chacal, mais avec le museau moins allongé, les pieds plus courts; la peau brune, blanchâtre sur le cou; les oreilles courtes, presque blanches en dedans; sa tête tient de celle du loup; son cri féroce et plaintif exprime la joie et la volupté plus que la faim. Il serait possible que ce fût là l'animal dont parlent les auteurs sacrés sous le nom de Thannim; c'est l'opinion d'un savant allemand, Ehrenberg, devant laquelle Winer reste sans oser se décider.


CHAIR.
Le mot chair se prend dans l'Écriture sainte dans différentes acceptions. Il signifie l'homme, les hommes, l'humanité, Josué 23:14; Genèse 6:12;

— les êtres vivants et les animaux, Genèse 7:15-16;

— des relations de parenté, Genèse 29:14; 37:27; 2 Samuel 5:1; 1 Chroniques 11:1. La chair est souvent opposée à l'esprit, Galates 5:16-17,19,24. Dans ces passages elle est représentée comme ayant des appétits à elle, ses passions, ses voluptés; ses œuvres, ses fruits sont les impuretés, l'orgueil et la haine. Ces questions de psychologie semblent résolues par la Bible dans un sens presque matérialiste. Sans entrer à cet égard dans un examen épineux, qui appartient d'ailleurs à la dogmatique plus qu'à notre travail, nous nous bornerons à faire remarquer le passage Éphésiens 2:3, où saint Paul distingue entre les désirs de la chair et ceux de l'esprit. Il semble qu'il y ait, Job 19:22; 31:31; cf. Psaumes 27:2; Jérémie 19:9; Lamentations 2:20; 4:10; Ézéchiel 5:10, une allusion à l'ancien cannibalisme, coutume barbare dont le pieux affligé craint d'être la victime, et dont les prophètes annoncent que les habitants de Jérusalem assiégés par leurs ennemis y seront réduits, au point qu'ils dévoreront la chair de leurs propres enfants.

— La chair des impudiques est comparée à celle des ânes, elle est dure comme celle des chevaux, Ézéchiel 23:20. Dans Proverbes 5:11, ce mot a peut-être une signification plus particulière; en parlant des hommes qui commettent le péché d'impureté, le Sage dit que leur chair est consumée par les maladies.

Quant à la chair des animaux, la loi de Moïse avait sans doute, sous le double point de vue hygiénique et moral, déclaré certaines viandes impures, et d'autres pures et propres à être mangées, Lévitique 11. Les Hébreux se nourrissaient volontiers de brebis, Ésaïe 53:7; Amos 6:4; de veaux, 1 Samuel 28:24; Genèse 18:7; Amos 6:4; Luc 15:23; de bœufs, Ésaïe 22:13; Proverbes 15:17; 1 Rois 4:23; Matthieu 22:4; de jeunes chèvres, 1 Samuel 16:20; de gibier et de volaille, 1 Rois 4:23 (le mot hébreu barburim, employé dans ce dernier passage, signifie selon les uns des chapons, selon d'autres des oies). Cependant les riches seuls faisaient de la viande un usage habituel, 1 Rois 4:23; Néhémie 5:18. Les pauvres n'en mangeaient que les jours de fête, ou dans des occasions solennelles, Luc 15:23, ainsi que font encore aujourd'hui les Arabes. L'épaule était la partie la plus recherchée. Les Hébreux n'avaient pas le droit de manger des viandes dans lesquelles se trouvait du sang, parce que, dit le législateur, l'âme de la bête est dans son sang, Genèse 9:4; Lévitique 3:17; 7:26; 17:10; Deutéronome 12:27; cette défense semble avoir été reproduite par les apôtres pour les membres de la nouvelle alliance, Actes 15:20,29. Ils ne pouvaient pas toucher non plus à des viandes qui avaient été d'abord sacrifiées à des idoles, et les judéo-chrétiens continuèrent d'observer cette règle, mais ils en furent dispensés pour les cas où ces viandes leur seraient présentées dans des repas ou à la boucherie, sans qu'ils en pussent connaître l'histoire et l'origine; ils ne durent s'en abstenir que lorsque des frères faibles leur feraient observer qu'elles avaient servi à des sacrifices, et cela à cause de la conscience de leurs frères, qui pourrait en être blessée, 1 Corinthiens 8; 10:25. Dom Calmet fait observer à ce sujet qu'en effet «le royaume de Dieu ne consiste pas dans la nourriture, ni dans le choix des viandes et des boissons», Romains 14:17; 1 Corinthiens 8:8, et les chrétiens savent qu'à cet égard aucune règle ne leur est imposée de la part de Dieu, mais bien de la part de quelques hommes qui «se sont révoltés de la foi, s'adonnant aux esprits séducteurs et aux doctrines des démons, enseignant des mensonges par hypocrisie, et ayant une conscience cautérisée, défendant de se marier, commandant de s'abstenir des viandes que Dieu a créées pour les fidèles.» 1 Timothée 4:1-3.

Le passage Jean 1:13, où il est dit de ceux qui croient, «qu'ils ne sont point nés de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme (άνδρος), mais ils sont nés de Dieu», a beaucoup embarrassé les interprètes. Les difficultés sont dans les détails. Ce passage est composé de trois propositions qu'il est difficile d'accorder entre elles et de coordonner. Si l'un des membres de cette trilogie manquait (la chair, comme dans le manuscrit Ε et dans trois autres, ou la volonté de l'homme, comme dans B), la difficulté disparaîtrait, mais la critique les maintient tous les trois, et l'on doit se demander quels sont les rapports de ces trois termes:

Le sang,
La volonté de la chair,
Et la volonté de l'homme.

Quelques-uns, comme Bleek, et même Tholuck, y voient les trois phases de la génération naturelle: la concupiscence sans conscience d'elle-même, la chair avec la conscience d'elle-même, et la volonté;

— Augustin: la semence, la femme (la chair, cf. Matthieu 19:5; Éphésiens 5:29), et l'homme;

— Tholuck: la semence, l'appétit sensuel en général (Éphésiens 2:3), et la passion de l'homme; il s'appuie sur d'autres passages qui opposent également la chair à l'esprit, Jean 3:6, ou la semence de Dieu à la vie du péché, 1 Jean 3:9.

D'autres introduisent dans leur explication des allusions ou un sens figuré, qui s'écartent des idées relatives à la naissance naturelle de l'homme. Origène: les sacrifices (le sang), la circoncision (la chair), et le zèle pour la loi (la volonté de l'homme);

— Leclerc; ils ne sont point nés d'Abraham, ni d'esclaves étrangères alliées au peuple de Dieu (Deutéronome 21:11), ni même de prosélytes;

— Benzel: les ancêtres, les parents, le père. C'est trop recherché.

D'autres enfin voient, dans les deux premiers termes, deux périphrases de la génération humaine, et, dans le troisième, la volonté de l'homme en général. Lampe: generatio secundum ordinem naturæ, libido lasciva (1 Jean 2:16; 2 Corinthiens 7:1; Éphésiens 2:3), adoptio (Genèse 17:12-13.;)

— Henry: une famille spéciale (opposée à 1 Pierre 1:23), la naissance naturelle, indiquant la filiation (Genèse 6:3), la volonté humaine, Romains 9:16. Il est prouvé par Jacques 1:20, que le mot άνηρ peut se prendre, même au singulier, dans le sens de homme, sans l'idée du sexe. Et c'est à ce sens qu'il nous parait le plus simple de s'attacher; il est indiqué dans la traduction paraphrastique de Beausobre: «Ils ne tirent leur naissance ni du sang, ni du désir de la chair, ni de la volonté humaine.» Ce passage est ainsi parallèle de 1 Pierre 1:23: «Vous avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible.» Ils sont nés, non de l'amour humain, mais de l'amour de Dieu, cf. encore Éphésiens 2:3; 5:25; sq. 1 Jean 3:1; Jacques 1:18.

Gerlach l'entend à peu près de la même manière. L'apôtre, dit-il, veut, par toutes ces expressions accumulées, exprimer vivement et fortement cette pensée, qu'aucune origine charnelle, aucun effort de la nature corrompue de l'homme, livrée à elle-même, ne peut engendrer des enfants de Dieu. Il y a même une progression dans les termes: d'abord, en général, ils ne sont pas nés du sang (grec: des sangs), c'est-à-dire des familles, quelles qu'elles soient, contrairement à la fausse sécurité que les Juifs fondaient sur leur origine (8:33); ils ne sont pas nés non plus «de la volonté de la chair», c'est-à-dire de la nature humaine corrompue, infirme, mortelle, portant en elle toutes les suites du péché; enfin, d'une manière plus précise encore, ils ne sont pas nés de la volonté de l'homme (littéral, du mari), mots qui marquent l'impossibilité absolue où est tout nomme de produire des êtres qui, par naissance, méritent le titre d'enfants de Dieu.

— Les deux dernières expressions feraient peut-être aussi penser à un sens spirituel, et indiqueraient que la volonté de la nature humaine, ni celle d'aucun homme, ni l'emploi de toutes ses facultés, ne suffira jamais pour régénérer l'homme et le rendre enfant de Dieu. Dans ce sens aussi ce qui est né de la chair est (et reste) chair, 3:6. (Bonnet et Baup).

— Galates 5:17. Quand saint Paul dit que l'esprit convoite contre la chair, il n'entend pas que l'âme bataille contre la chair, ou la raison contre la sensualité; mais l'âme même, en tant qu'elle est gouvernée par l'esprit de Dieu, combat contre-soi, en tant qu'elle est encore vide de l'esprit de Dieu, et adonnée à ses cupidités. (Calvin).
CHALACH,
2 Rois 17:6; 18:11. Peut-être le même endroit que Calah q.v.; mais l'un et l'autre sont peu connus. On compare la province de la Calachène dont parlent Ptolémée et Strabon, qui était située entre les sources du Lycus et du Tigre;

— ou encore la ville arabe de Cholwan, ancienne résidence d'été des califes, à cinq journées de Bagdad, située d'après d'Anville entre le 63° et 64° longitude et le 34° et 35° latitude. Il y a de la marge pour choisir.


CHALCÉDOINE,
le troisième fondement de la nouvelle Jérusalem, Apocalypse 21:19. C'est une pierre précieuse, à moitié transparente, bleu de ciel, nuancée d'autres couleurs; elle correspond à l'agathe, Exode 28:19, et l'on trouve une agathe-chalcédoine qui semble être une forte combinaison des deux substances.


CHAMBRE
haute,

— Voir: Maisons.


CHAMEAU.
Cet animal, maigre sans finesse, élancé sans élégance, léger sans grâce, est trop connu pour que nous ayons à parler de son gros dos, de son cou sec et long, de sa petite tête, de ses courtes oreilles, de son poil gris ou fauve. Il a de 2 mètres à 2 mètres 1/2 de hauteur. L'excroissance grasse, glanduleuse et charnue qu'il porte sur le dos fournit aux Arabes une nourriture succulente et recherchée, aux voyageurs un siège sûr et solide. Les noms de dromadaire et de chameau n'indiquent pas deux espèces différentes, mais seulement deux familles distinctes subsistant de temps immémorial dans l'espèce du chameau. Le dromadaire n'a qu'une bosse, et se trouve en Syrie et en Palestine sous le nom de chameau turcoman, chameau arabe: il ne porte que 3 à 400 kilogrammes Le chameau proprement dit, ou chameau à deux bosses, est plus grand et plus fort; il porte jusqu'à 800 kilogrammes; on le distingue du dromadaire par les noms de chameau bactrien ou chameau turc; mais il est plus délicat, il craint davantage la chaleur, et l'on ne peut pas s'en servir dans les mois les plus chauds de l'année. L'espèce du dromadaire est beaucoup plus nombreuse et plus répandue que celle du chameau; mais l'une et l'autre sont circonscrites entre la Chine et l'Arabie, sans s'élever plus au nord ni descendre jusqu'aux Indes.

Si pendant sa vie le chameau peut remplacer à la fois, et avantageusement, le cheval pour la course et le trait, la vache pour le lait, l'âne par sa sobriété, la brebis par son poil qui tombe chaque année, et enfin le bois par sa fiente, que les Arabes font sécher au soleil et qu'ils font brûler ensuite, il sert encore après sa mort, et aucune partie de cet utile animal ne se perd. Quand on le tue, sa chair nourrit les Arabes, ou bien les caravanes altérées trouvent dans ses quatre estomacs de l'eau pour apaiser la soif qui les dévore; souvent même, au milieu des déserts, on le tue tout exprès pour boire cette eau, lorsque rien ne fait espérer qu'on en puisse trouver ailleurs. Sa peau sert à faire des sandales ou des outres solides et d'une grande capacité, dans lesquelles on conserve et transporte de l'eau, du beurre, des grains et tels autres objets de commerce ou d'utilité particulière. On en fait aussi des courroies et des cordelettes dont on se sert en attachant cinq ou six les unes aux autres, pour puiser l'eau des citernes. Quelquefois encore, on étend des peaux tout entières, dans lesquelles on recueille la rosée et la pluie du ciel, et ces citernes artificielles servent à abreuver les troupeaux.

Les patriarches regardaient déjà le chameau comme une de leurs principales richesses, Genèse 12:16; 24:10; 30:43; 31:17; 32:7. Job, dans le temps de sa prospérité, possédait 3,000 chameaux; plus tard il en eut jusqu'à 6,000, Job 1:3; 42:12. Les Madianites, les Hamalécites et les peuplades voisines des Hébreux possédaient des chameaux aussi nombreux que le sable qui est au bord de la mer, Juges 6:5; 7:12; 1 Samuel 15:3; 27:9; Genèse 37:25; Jérémie 49:32. Les Israélites des temps postérieurs ne firent pas moins de cas de ces utiles animaux, 1 Chroniques 27:30; Esdras 2:67; cf. Tobie 9:1. Sa chair leur était interdite comme impure, Lévitique 11:4; Deutéronome 14:7; mais il paraît que son lait ne l'était pas. On se servait des chameaux pour le transport des marchandises ou des bagages militaires, Genèse 37:25; Juges 6:5; 1 Rois 10:2; 2 Chroniques 9:1; 2 Rois 8:9; Ésaïe 21:7; 30:6; 60:6, à cause de leur force, de leur sobriété, et de la sûreté de leur pas dans les sables ou sur les montagnes; ils servaient aussi de montures, Genèse 24:64; 1 Samuel 30:17; les femmes s'asseyaient dans des espèces de corbeilles ou paniers, solidement attachés des deux côtés de l'animal, couverts d'un dais et garnis de tentures, souvent magnifiques; on en voit un exemple, Genèse 31:34; les hommes cependant montaient plus ordinairement, comme cela se fait encore en Arabie, sur des selles légères, ou sur le poil nu de l'animal, comme sur nos chevaux. On employait aussi les chameaux dans les guerres; ils étaient ornés et équipés somptueusement. Ceux qui parurent dans les guerres des Madianites portaient des croissants autour du cou, comme si le croissant eût déjà dû par avance être le signe symbolique des infidèles de l'Orient, Juges 8:21,26. Cyrus avait également une cavalerie d'archers montés sur des chameaux, Ésaïe 21:7, et les historiens Hérodote et Xénophon racontent que les chevaux de Crésus, effrayés à la vue de ce spectacle inattendu, se ruèrent sur leurs cavaliers et donnèrent ainsi la victoire à Cyrus. Les Arabes, de nos jours, montent des chameaux aussi bien que des chevaux lorsqu'ils se mettent en campagne.

Ainsi qu'on vient de le dire, cet animal mue chaque printemps, et perd en un ou deux jours tout son poil, qu'on recueille avec soin, et dont on fait des couvertures, des tapis, des sacs, ou de grossiers vêtements. L'apôtre de la solitude et de la repentance, Jean-Baptiste, dont notre Sauveur a dit qu'il n'était point vêtu d'habits précieux. Matthieu 11:8, était en effet couvert d'un manteau de poil de chameau, Matthieu 3:4.

Nous trouvons, Matthieu 19:24; Marc 10:25; Luc 18:25, un proverbe cité par notre Seigneur, et qui n'est pas toujours bien compris: «Je vous dis qu'il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est qu'un riche entre dans le royaume de Dieu.» Cette figure, peu en rapport avec celle que nous emploierions, a paru à quelques interprètes si forcée, qu'ils ont cru devoir substituer au mot grec camélos le mot camilos qui se prononce à peu près de même, et qui signifie une grosse corde, un câble de vaisseau; rien n'empêche que cette variante ne soit admise, rien, excepté cependant l'accord des manuscrits. Mais comme cette variante, qui s'accommode assez avec nos usages, ne s'accommode pas avec ceux de l'Orient, il faut s'en tenir au texte ordinaire; c'était une habitude orientale, pour exprimer la difficulté d'une chose, de dire qu'il serait plus facile de faire passer un chameau, ou un éléphant, par le trou d'une aiguille.


CHAMEAUPARD, ou Caméléopard,
hébreu Zémèr, animal dont Moïse permet l'usage aux Hébreux. Les uns font du chameaupard le produit d'une panthère et d'un chameau, ou plutôt d'une chamelle et d'une panthère mâle; mais outre que ce produit serait un animal fabuleux, on ne peut admettre que Moïse ait donné comme une viande pure, celle d'une bête issue de deux bêtes impures. D'autres pensent que par chameaupard ou Zémèr, il faut entendre la girafe (Ostervald, Sacy); mais il est peu probable que Moïse ait donné une place dans la loi sur les viandes à cet animal qui appartient exclusivement aux régions brûlantes de l'Inde au-delà du Gange. Luther enfin traduit Zémèr par élan; cette espèce de cerf n'appartient point non plus aux latitudes de l'Asie mineure, il habite les pays froids, et rien ne vient à l'appui de cette interprétation (Bochart, Gesenius, Winer, Rosenmuller). L'opinion moderne est que le Zémèr doit signifier une espèce particulière de gazelle ou d'antilope, sans que l'on puisse préciser laquelle.

— Ce nom ne se trouve que Deutéronome 14:5, version de Martin.


CHAMOIS,
Deutéronome 14:5; Job 39:4; Psaumes 104:18; 1 Samuel 24:3. D'après ces divers passages, l'animal hébreu Ackô ou Yahel habite les rochers et les hautes montagnes; on le trouvait en abondance dans les environs de Hen-Guédi; sa chair était pure, et il appartenait à la famille des ruminants, avec l'ongle séparé et le pied fourchu. Ce sont les seuls caractères auxquels nous puissions essayer de le reconnaître; nos versions françaises ont traduit par chamois les deux noms hébreux; Luther a fait une différence en traduisant Ackô, Deutéronome 14:5, par bouquetin, et Yahel dans les autres passages par chamois. Il est évident par le contexte, comme par ce qui nous en est dit, que c'est dans ces familles de chèvres sauvages que nous devons chercher l'animal dont il s'agit, mais il est difficile d'en préciser l'espèce; l'analogie de l'arabe favorise davantage l'opinion qui traduit Yahel par bouquetin, et le plus simple serait d'admettre peut-être que le nom de Yahel se rapportait à l'espèce tout entière, et que le féminin Yahaleh désignerait le chamois, que l'on aurait regardé comme la femelle du bouquetin (Gesenius). On trouve maintenant encore des bouquetins dans les montagnes du Liban et de l'Antiliban, même aussi dans l'Arabie Pétrée, et des chamois sur le mont Carmel.

— Le proverbe arabe «plus beau qu'un bouquetin», s'appliquerait mieux au gracieux chamois qu'à cet animal grand-cornu; il rappelle aussi la comparaison de Salomon, Proverbes 5:19, où il est question de la femelle du chamois plutôt que de celle du cerf. On trouve encore, sur le mont Sinaï, une troisième espèce de chèvre de montagne, que les Arabes appellent Bedden, et qui paraît particulière à cette contrée.


CHANDELIER.
Le chandelier sacré, entièrement d'or, Exode 25:31-40, était placé dans le lieu saint; il était continuellement allumé, et nulle autre lumière n'éclairait le tabernacle; on peut ajuste titre le considérer comme un symbole de la Parole de Dieu, sans laquelle l'Église demeurerait dans les ténèbres, cf. Psaumes 119:105; 2 Pierre 1:21. Il était formé d'un piédestal surmonté d'une lampe, et duquel partaient six autres bras, trois de chaque côté, qui portaient six lampes semblables à la première, toutes ornées de fleurs, de calices d'amandiers et de pommes. Son apparence avait donc quelque rapport avec la forme d'un arbre, et nous voyons aussi les effets de la Parole de Dieu comparés au développement d'une plante, Jacques 1:21; Psaumes 1:2-3. Les fleurs représenteraient alors la sainte joie produite par la Parole divine, les pommes ses qualités vivifiantes. Proverbes 25:11; Cantique 2:5, et l'amandier son prompt accomplissement, Jérémie 1:11-12; (— Voir: Amandier), Nombres 17:8-10.

Dans le temple de Salomon, au lieu d'un seul candélabre, il y en avait dix, également d'or pur, et de forme semblable, cinq au nord et cinq au midi, 1 Rois 7:49; 2 Chroniques 4:7, qui furent tous transportés en Caldée, Jérémie 52:19.

Il paraît que, dans le temple de Zorobabel, il n'y en avait de nouveau qu'un seul, 1 Maccabées 1:23, de même que plus tard dans le temple d'Hérode, Flavius Josèphe, Bell. jud. 7, 5. Ce chandelier, ainsi que la table sainte, fut mis, après la destruction de Jérusalem, dans le temple que Vespasien fit bâtir à la paix; sur l'arc de triomphe de cet empereur, au mont Palatin, l'on voit encore parmi les monuments de sa gloire, le chandelier des Juifs.


CHANGEURS,
Matthieu 21:12; Jean 2:15; L'impôt du temple, Exode 30:13, qui devait se payer annuellement pour les frais de culte et d'entretien, se percevait chaque année à époque fixe. D'après un ouvrage talmudique, on annonçait publiquement le 1er Adar (15 à 20 février) que le moment du payement était venu; le 15 Adar, les changeurs ouvraient leurs bureaux dans les villes du pays, et se transportaient pour le 25 du même mois à Jérusalem. Il fallait que les Juifs soumis à l'impôt eussent occasion de se procurer l'ancienne monnaie dans laquelle ils étaient obligés de s'acquitter, et les changeurs n'avaient guère autre chose à faire qu'à la leur fournir contre une espèce d'agio. Ce métier chez les Juifs remonte à une haute antiquité.


CHANTRES.
Ce fut sous les règnes de David et de Salomon que des chantres furent établis pour le service de l'autel et du temple, 1 Chroniques 25:1; sq.; ils furent choisis parmi les Lévites qui, étant devenus fort nombreux et n'ayant plus à s'occuper du désassemblement du tabernacle, pouvaient s'adonner à la musique avec d'autant plus de facilité qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter de leur subsistance. Il y eut dès le commencement 4000 chantres, conduits et dirigés par Asaph, Héman et Jéduthun, chefs de la musique. Les vingt-quatre fils de ces trois Lévites étaient à la tête de vingt-quatre compagnies de chanteurs, et chacun d'eux avait encore sous sa direction onze maîtres d'un rang inférieur, sans doute pour conduire les chœurs et faire des répétitions partielles: il n'y avait pas de femmes au milieu d'eux (— Voir: cependant 1 Chroniques 25:5) Dans les cérémonies solennelles, les Kéhathites occupaient le milieu du temple, les Mérarites la gauche, et les Guersonites la droite. Ils ne portaient pas ordinairement de costume particulier; cependant lors de la translation de l'arche dans le temple de Salomon, ils parurent vêtus de tuniques de fin lin, 2 Chroniques 5:12.

— Le maître-chantre (Menazéach) auquel un grand nombre de Psaumes sont consacrés ou dédiés, n'était probablement pas ce que nous appelons chez nous un chantre, celui qui donne le ton et qui conduit le chant, mais un chef de musique, chargé de faire répéter et exécuter les morceaux qui lui étaient confiés; et cette inscription semble désigner les psaumes qui étaient plus particulièrement destinés à être chantés, et qui avaient un caractère public.


CHARS, Chariots.
Nous trouvons déjà dans l'ancienne histoire d'Israël les chariots employés comme moyens de transport pour les vases du tabernacle, Nombres 7:3, pour l'arche, 1 Samuel 6:7-8; 2 Samuel 6:3, pour fouler le grain, Amos 2:13, ou pour conduire des princes et des rois: dans ce dernier cas, c'étaient plutôt des équipages d'apparat, 1 Samuel 8:11; 2 Samuel 15:1, que des voitures de voyage; on en trouve cependant, Genèse 45:19; 1 Rois 12:18; 22:35; 2 Rois 9:27; Actes 8:28. La Palestine étant peu propre, à cause de ses montagnes, à la circulation des chars, les Israélites préféraient les montures aux attelages, et se servaient ordinairement d'ânes, de chevaux et de mulets -, les chariots n'apparaissent que rarement dans leur histoire, et presque toujours dans des occasions solennelles ou dans des moments extraordinaires; ils formaient presque un apanage des riches.

Les chariots dont l'Écriture parle le plus souvent sont les chariots de guerre; ils étaient de deux sortes, ceux qui servaient aux princes et aux généraux, et ceux que l'on envoyait, armés de fer, pour briser les rangs des ennemis, et ravager leurs armées; on trouve même, 2 Maccabées 13:2, des chariots armés de faux, que le roi de Syrie amenait contre la Judée. Les auteurs profanes, Diodore de Sicile, Quinte-Curce, Xénophon, racontent combien étaient effroyables dans leurs effets, ces machines roulantes, hérissées de piques et de lances de tous les cotés; au timon, des piques avec des pointes de fer qui regardaient en avant; au joug des chevaux, deux pointes longues de trois coudées; et partout des crocs de fer. Quelquefois on mettait encore sur ces chariots plusieurs hommes bien armés, qui combattaient à coups de dards et de flèches. L'essieu était plus long que celui des chars ordinaires, et les roues plus larges et plus fortes, pour pouvoir résister à l'effort du mouvement, et afin que le chariot fût moins sujet à verser, au milieu des heurts et des chocs que sa forme irrégulière pouvait lui faire rencontrer. Le siège du cocher était une espèce de petite tour de bois bien solide, à hauteur d'appui, et le cocher s'y tenait, armé de toutes pièces et couvert de fer.

Les plus anciens chariots de guerre dont on ait connaissance sont ceux de Pharaon, qui furent submergés dans la mer Rouge. Nous en voyons encore dans l'armée des Cananéens, Josué 11:4, dans celle des habitants de la vallée que la tribu de Juda ne put déposséder, Juges 1:19, dans celle de Siséra, Juges 4:3, chez les Philistins qui, dans leur guerre contre Saül, ne comptèrent pas moins de 30,000 chariots attelés et 6,000 chevaux de cavalerie, 1 Samuel 13:5, et, enfin, dans l'armée de Hadarhéser, à qui David prit mille chariots, dont il conserva cent pour son usage; mais il ne paraît pas que ni lui, ni aucun autre roi hébreu, se soient jamais servis de chariots pour la guerre, et nous ne voyons aucune expédition dans laquelle Salomon ait employé un seul des 1,400 chariots et des 12,000 chevaux qu'il possédait, 1 Rois 10:26; aussi l'inégalité du terrain en eût-elle rendu l'usage fort inutile et fort embarrassant.

Quant aux chars que montaient les rois et les généraux dans les batailles, on n'en connaît pas bien la forme; mais on peut croire qu'à l'exception des accessoires meurtriers, elle se rapprochait assez de celle des autres chariots de guerre par la longueur de l'essieu et le peu de hauteur des roues; ils étaient ordinairement suivis d'un autre chariot vide, afin que s'il arrivait un accident au premier, la course et les travaux du roi ne fussent pas interrompus, 2 Chroniques 35:24; cf., Genèse 41:43.

C'est dans un chariot de feu que le prophète Élie fut enlevé de la terre, 2 Rois 2:11, et le prophète Élisée, voulant fortifier la foi de son serviteur (ce n'était plus Guéhasi) contre les entreprises du roi de Syrie, lui fit voir la montagne pleine de chevaux et de chariots de feu, l'armée de l'Éternel, qui entouraient Élisée. Soit que l'Écriture ait voulu descendre aux formes humaines pour expliquer la présence et la force divines, soit que les choses du ciel ne diffèrent des choses humaines que par leur perfection et par leur sainteté consumante, soit enfin que, dans un moment donné, l'armée céleste ait revêtu l'apparence des armées terrestres, mais pour se montrer en même temps une armée foudroyante, nous devons admettre les faits tels qu'ils nous sont racontés, sans nous arrêter à des considérations ou à des hypothèses plus ou moins légères ou frivoles, sur la nature de ces chariots, ou plutôt sur la question de savoir s'ils ont été réels ou s'ils n'ont été qu'apparents. Il y a des chariots de feu dans l'armée qui veille autour des rachetés de Jésus. Et le paganisme qui, souvent, n'est qu'une grossière défiguration de la vérité, avait aussi consacré à ses divinités des chars et des chevaux; Hérodote, Xénophon et Quinte-Curce parlent des chariots blancs, traînés par de magnifiques chevaux de la même couleur et couronnés de guirlandes, que les Perses consacraient au soleil dans leurs cérémonies solennelles. Le roi Josias fit brûler des chariots que ses prédécesseurs avaient voué au culte de cet astre, 2 Rois 23:11.

L'Écriture parle encore d'une autre espèce de chariots, ceux des aires, dont on se servait pour briser la paille ou pour séparer le grain de l'épi,

— Voir: Ésaïe 25:10; 28:27; 41:15; Amos 1:3; 2:13.

Ils étaient portés sur des roues fort basses, garnies de fer, qu'on roulait sur la paille; d'autres fois même c'étaient de simples rouleaux de bois armés de crocs, des espèces de herses, 2 Samuel 12:31, que l'on faisait passer sur les gerbes; cf. Virgile; Géorg. 1, 163; 164. (Dans ce passage de Virgile trahea est un chariot sans roues, et tribula une espèce de chariot armé de dents de toutes parts). Ces chariots champêtres ont une fois, et à la honte d'un grand roi, été employés à broyer des ennemis vaincus: David s'étant emparé de Rabba, ville de Hammon, en prit les habitants et les mit sous des scies et sous des herses de fer, etc., 2 Samuel 12:31. Ces scies n'étaient probablement pas autre chose que les chariots à roues, appelés scies par les Septante et par saint Jérôme (plaustrum habens rostra serrantia), et les herses étaient les traîneaux sans roues, l'autre espèce de char à battre le blé. Amos, 1:3, dit que les Israélites de Galaad ont éprouvé un traitement semblable de la part du roi de Damas, et l'on sait que les anciens Germains, les Carthaginois et les Romains avaient imaginé de faire mourir les hommes sous des claies chargées de pierres.


CHASLUHIM.
descendants de Mïtsraïm, Genèse 10:14, et par conséquent peuplade émigrée d'Égypte. Les uns veulent y voir les Pentapolitains, habitants de la Cyrénaïque; d'autres l'entendent des habitants de Pentaschœnos, dans la Basse-Égypte; d'autres cherchent les Chasluhims dans la Thébaïde; d'autres comparent encore la province de Casiotis entre Pelusium et Gaza; Dom Calmet suppose qu'ils se seront établis sur la côte occidentale de la mer Rouge, vis-à-vis de la ville de Coloca. Dans ce conflit d'opinions contradictoires, celle de Bochart paraît encore la plus probable, c'est qu'il s'agit de la Colchide, sur les bords orientaux de la mer Noire; Hérodote, Diodore, Amm. Marcellin affirment que ces Colchiens étaient des émigrés d'Égypte, et les deux noms Colchi, Chaslchim, sont à peu près les mêmes, à l'exception de l'S.


CHASSE, chasseur.
L'exercice de la chasse, dit Buffon, doit succéder aux travaux de la guerre, il doit même les précéder; c'est l'école agréable d'un art nécessaire.» (Article du Cerf.) Lorsque l'Écriture parle du premier chasseur, elle nous le montre aussi comme un puissant conquérant, Genèse 10:9. La chasse, dans les premiers temps du monde, n'était pas un amusement, elle était un mérite, une occupation: c'était subir des dangers pour le bien de la société; aussi, dans toute l'antiquité et en Asie surtout, les chasseurs étaient-ils très respectés.

La chasse était déjà connue des Hébreux à l'époque de leur vie patriarcale et nomade, quoique peut-être elle ne fut pratiquée que par les branches moins bénies des familles sémitiques, Genèse 25:28; 27:3. Plus tard elle devint une habitude, Lévitique 17:13; Proverbes 12:27, destinée soit à la prise du gibier, soit à la destruction des animaux malfaisants et dangereux qui n'étaient point rares en Canaan. Les armes des chasseurs étaient l'arc, Genèse 27:3, la lance, le javelot, les filets (même pour de gros animaux comme la gazelle (ou bœuf sauvage), Ésaïe 51:20, et le lion, Ézéchiel 19:8; cf. Ecclésiaste 9:12; Psaumes 91:3), et des fosses dans lesquelles on attirait par surprise les animaux dont on voulait s'emparer, surtout les lions, cf. Ézéchiel 19:4; 2 Samuel 23:20. Il ne paraît pas que les Israélites se servissent de chiens, ni de faucons dressés, quoique ces auxiliaires aient été et soient encore fort en usage en Orient; le gibier qu'auraient abattu ces animaux eût été souillé pour les observateurs de la loi mosaïque, Lévitique 17:15, à moins cependant qu'on ne les eût dressés à saisir seulement la proie sans la tuer.

— Nous voyons, Juges 14:6; 1 Samuel 17:35, quelques exemples d'hommes vaillants qui, sans le secours d'aucune arme, ont su faire leur chasse et tuer de redoutables bêtes féroces.

Les prophètes représentent quelquefois la guerre sous l'emblème de lâchasse. Jérémie 16:16, annonce les veneurs (ou chasseurs) qui viendront contre Israël, sans doute les Caldéens et les Perses, cf. Ézéchiel 32:3; 13:20; Lamentations 3:52; Psaumes 91:3; Michée 7:2.


CHAT-HUANT.
Les deux premiers animaux indiqués Lévitique 11:16; Deutéronome 14:15, et traduits par nos versions «le chat-huant et la hulotte», doivent se traduire plutôt par «l'autruche femelle et l'autruche mâle.» C'est le même mot, B'noth-Yaaneh, que nos versions ont partout traduit par chat-huant (sauf Job 30:29, hibous), et qui doit partout aussi se traduire par autruche, Ésaïe 13:21; 34:13; Michée 1:8. Les animaux mentionnés dans l'Écriture sainte et qui, d'après quelques versions, appartiendraient à la famille des chats-huants sont les suivants:

Le Tin'chimeth, oiseau impur, Lévitique 11:18; Deutéronome 14:16. Bochart, d'après Onkélos, le traduit par noctua; les Septante par porphyrio, espèce de mouette ou poule d'eau; la Vulgate et nos versions par cygne; cette dernière traduction serait favorisée par le contexte.

Le Yanschouph, Lévitique 11:17; Deutéronome 14:16; Ésaïe 34:11. Luther et nos versions le traduisent par hibou, de même que Bochart. Les Septante et la Vulgate ont Ibis. Gesenius, s'appuyant sur l'étymologie de ce nom, qui vient de naschaph (souffler), pense à une espèce de héron, le butor, qui pousse un bruit éclatant comme celui d'un instrument à vent. Il est difficile de rien prononcer.

Le shahaph, Lévitique 11:16, traduit hibou cornu par Œdmann; coucou par nos versions; mouette par les Septante et la Vulgate, et en partie par Bochart; ce dernier sens est peu probable, à cause du contexte, qui ne parle que d'oiseaux de terre; on ne peut rien décider.

Le Kôs, Lévitique 11:17; Deutéronome 14:16; Psaumes 102:7, Martin et Ostervald le traduisent par chouette, de même que Luther; la plupart des traducteurs le rendent par hibou. L'accord des interprètes et des talmudistes, ainsi que le passage du psaume indiqué, qui nous montre le Kôs habitant au milieu des ruines, vient à l'appui de cette traduction. Bochart veut au contraire y voir le pélican, par des motifs étymologiques.

Le Tachmass, Lévitique 11:16; Deutéronome 14:15. Les Septante, Onkelos et la Vulgate traduisent chat-huant; cette version peut être soutenue mieux que celle de nos Bibles qui lisent hulotte; mais la plupart des commentateurs se sont prononcés d'après une étymologie un peu vague (chamass, être violent) pour la traduction autruche mâle.

Quant au chat-huant proprement dit, il n'en est pas question dans la Bible.


CHATAIGNIER.
Le mot Harmon que nos versions et Luther ont traduit par châtaignier, Genèse 30:37; Ézéchiel 31:8, indique plutôt une espèce d'érable ou de platane, le platanus orientalis, très commun en Orient, mais qui croît aussi naturellement chez nous dans les terrains humides: son tronc est droit et élevé, son écorce grise et fine tombe chaque année, le bois est d'un très beau blanc, et sert en Asie à la construction des vaisseaux; ses rameaux et ses branches s'étendent assez loin et donnent beaucoup d'ombrage, ses feuilles ressemblent à celles de la vigne, laineuses et sises sur un long pétiole, ses fleurs sont réunies en de petites touffes rondes et verdâtres, elles commencent à paraître avant les feuilles. C'est à la fin de l'automne que mûrit sa semence, renfermée dans de petites loges garnies d'une espèce de laine.

— Les arbres nommés, Genèse 30:37, sont donc le peuplier (ou storax), l'amandier et le platane.


CHÂTIMENTS.
Tout le système pénal de la législation mosaïque reposait sur l'idée du talion, idée ancienne, Genèse 4:14; 9:5, simple et naturelle; expression exacte et vraie de la justice. En l'introduisant dans sa loi, Moïse n'a fait que la conserver, en la restreignant et la réglant par une foule de dispositions de nature à lui ôter le caractère de la haine et de la vengeance,

— Voir: Talion.

Les peines capitales, q, v., jouaient un grand rôle dans cette législation, soit comme châtiments, soit comme moyens d'intimidation, Deutéronome 17:13. Puis venaient les peines corporelles, le fouet et la prison, q.v.; enfin des amendes, fixées dans certains cas par la loi, Deutéronome 22:19,29, dans d'autres abandonnées à la discrétion de l'offensé, Exode 21:22, ou destinées à remplacer pour le coupable les peines corporelles auxquelles il était condamné, Exode 21:29. La restitution était, en tout cas, la première peine du dommage causé, si tant est qu'on puisse l'appeler une peine, mais cette restitution, simple dans le cas de dommage involontaire, Exode 21:33-34, montait jusqu'au quintuple dans le cas d'un dommage fait avec intention, ou pour une chose volée, 22:1; sq..

— L'exil, l'augmentation de la peine en cas de récidive, et les supplices étaient inconnus à la législation mosaïque; plus tard ils furent introduits dans les mœurs et dans les traditions rabbiniques: l'ancienne coutume de l'imputation, par laquelle on enveloppait toute une famille dans la peine d'un coupable, n'est point sanctionnée dans la loi; elle y est même interdite, Deutéronome 24:16; cf. 2 Rois 14:6; Dieu s'était réservé de juger des cas dans lesquels elle devrait être pratiquée, Josué 7:15,24, parce que seul il peut juger de la participation morale d'une famille au crime d'un de ses membres.

— L'ensemble des peines marquées dans la loi mosaïque, comme toutes les autres dispositions de cette loi, est empreint d'un caractère de douceur bien rare dans les temps anciens, et chez les nations policées, ou sauvages, de cette époque reculée. Les châtiments sont proportionnés aux délits, la faute est punie, l'offensé est satisfait, et l'injustice évitée autant que possible; toutes les précautions sont prises pour abriter l'innocent, et dans plusieurs cas où la perspicacité humaine n'aurait pu se prononcer avec certitude, le jugement de Dieu intervient, Nombres 5:11, etc. Mais, douces dans la répression des délits contre la société et contre des citoyens, les peines sont d'une sévérité frappante pour les délits religieux, et pour de légères infractions aux lois sur la police, ou sur la pureté légale. Ce contraste est du même genre à peu près que celui que nous trouvons dans le fait que deux chapitres seuls sont consacrés à l'immense récit de la création, tandis qu'il y en a plus de vingt pour la description des différentes pièces du tabernacle. Même contraste encore entre les neuf chapitres consacrés à l'histoire des premiers patriarches, et les trente et un qui nous racontent l'histoire de la seule famille d'Abraham jusqu'à Joseph. C'est que la partie intellectuelle, spirituelle, vivante de l'homme considéré comme individu, est de beaucoup plus réelle et sérieuse que son existence matérielle, ou même que la vie de l'humanité tout entière. Ce qui est le plus important, Dieu le raconte avec le plus de détails, il développe ce qui doit être développé, et laisse dans l'ombre ce qu'il n'est pas nécessaire de connaître; ainsi le chef de la théocratie a dû faire ressortir avec une force toute particulière, et frapper de peines extraordinaires, les plus petites infractions à la loi divine, les moindres manquements à la sainteté, les déviations même extérieures, même cérémonielles, même physiques, de la loi sainte, juste et pure, qui devait régir le peuple théocratique. Il fallait avant tout que les Hébreux eussent en horreur le mal, la souillure; et pour que cette nation peu intelligente comprit la nature de la sainteté, il fallait que des châtiments sévères servissent, par leur influence menaçante, à préserver les Israélites des moindres impuretés légales, des choses qui n'étaient même impures que typiquement et parce que le législateur les avait déclarées telles. Il fallait, pour ainsi dire, demander le plus pour avoir le moins; comme on interdit à un enfant l'entrée d'un jardin, lorsqu'on veut seulement l'éloigner des fruits qu'il renferme.
CHAUVE.
Les têtes chauves pour lesquelles le monde moderne professe une espèce de respect facile à comprendre, à cause des idées de méditations profondes, ou de grands et intéressants malheurs dont elles semblent être le symbole, ne jouissaient pas du même privilège chez les anciens. César se trouvait trop heureux de pouvoir dissimuler à force de lauriers, son front chauve et nu; et les Juifs, en particulier, voyaient quelquefois dans cette infirmité un avant-coureur de la lèpre, rien moins que cela, cf. Lévitique 13:40 et suivant; 21:5; à tel point qu'un homme chauve était regardé comme incapable de remplir les fonctions de prêtre. Le prophète Élisée fut insulté par une troupe d'enfants, parce que sa tête était nue, 2 Rois 2:23; et Ésaïe, parmi les humiliations dont il menace les filles de Sion, annonce que l'Éternel découvrira le sommet de leur tête, 3:17,24, cf. Jérémie 47:5; Amos 8:10.


CHAUVE-SOURIS
(hébreu Hatalleph). Animal impur, nommé Lévitique 11:19; Deutéronome 14:18; Ésaïe 2:20. Quelques auteurs, d'après les rabbins, ont voulu y voir l'hirondelle, et Luther l'a ainsi traduit dans les deux premiers des passages indiqués, quoique, dans celui d'Ésaïe, il ait mis chauve-souris. Cet animal, souris par son corps, et presque oiseau par ses ailes, cependant sans plumes, appartient à la classe des mammifères: c'est une des familles les plus variées qui existent; on en compte plus de trois cents espèces différentes qui se distinguent par leur grosseur, la grandeur, l'étendue, la finesse de leurs membranes, par le nombre de leurs oreilles, etc. On en trouve en Orient, et jusqu'en Chine et sur les côtes du Malabar, qui sont beaucoup plus grosses que les nôtres, que l'on engraisse, que l'on sale, et dont on fait un mets, à ce que l'on assure, fort délicat.


CHEMIN d'un sabbat.
La montagne des Oliviers, dit saint Luc, est près de Jérusalem le chemin d'un sabbat, Actes 1:12. Il est évident que par cette expression l'on doit entendre la portion de chemin qu'il était permis aux Israélites de faire le jour du sabbat hors de leurs demeures. La loi de Moïse, Exode 16:29, défend aux voyageurs du désert de sortir au sabbat pour aller recueillir la manne; et les Juifs postérieurs, si attachés à la lettre de la loi, avaient conclu de ce passage que la plus grande course qu'ils pussent faire dans le jour du Seigneur, devait être calculée d'après la distance qui se trouvait entre le tabernacle et les rangs les plus éloignés du camp d'Israël au désert, distance qu'ils avaient calculée être de 2000 coudées environ; ils avaient donc établi pour règle que personne ne pourrait s'éloigner des murs de la ville, ou des frontières de son territoire, de plus de 2000 coudées. Il est assez remarquable que cette défense, relative au chemin d'un sabbat, ne se trouve nulle part ailleurs que dans le verset indiqué, lequel même n'est pas très direct; mais tout l'ensemble des autres lois sabbatiques était tel, que les Juifs en avaient dû conclure qu'il leur était défendu de voyager, ou de se fatiguer par de trop longues promenades dans le jour du Seigneur: et nous pouvons penser que, sans autre détermination plus précise ou plus minutieuse, ce qu'on appelait chemin d'un sabbat n'était pour les Juifs pieux et fidèles, qu'une promenade hors de l'enceinte de leur endroit, plus ou moins longue, selon les forces et l'âge de chacun, de nature à reposer le corps plus qu'à le fatiguer, et toujours en harmonie avec la sainteté divine de ce jour. Le traité talmudique Érubin donne quelques détails sur les limites imaginées par les rabbins, et sur les cas où il pouvait être permis d'outrepasser ces limites; il se range à l'opinion des 2000 coudées. D'autres rabbins parlent de trois distances différentes, permises suivant les personnes et leurs circonstances; la grande distance, de 2800 coudées (1440 mètres, probablement Actes 1:12); la distance moyenne ou sacrée, de 2000 coudées (1050 mètres), et la petite ou le chemin naturel d'un sabbat, 1800 coudées (900 mètres). Les Grecs estimaient à six stades le chemin d'un sabbat, et si l'on compte le stade à 400 au degré (— Voir: Stade), le chemin d'un sabbat équivaudrait à un bon quart de lieue (1292 mètres); c'est en effet la distance que les voyageurs comptent entre Jérusalem et le mont des Oliviers; quelques-uns comptent une demi-lieue; mais on sait combien les distances sont en général sujette à des évaluations différentes, et d'ailleurs ces derniers paraissent avoir compté la distance jusqu'au sommet de la colline, tandis que dans le passage des Actes il s'agit plutôt du pied.


CHEMISE,
— Voir: vêtements.


CHÊNE.
C'est par ce mot que nos versions traduisent le plus souvent les noms hébreux Eil, Élah, Allah, Élan et Allôn, bien qu'elles rendent aussi quelquefois les trois premiers par le mot Térébinthe q.v. Sous le point de vue étymologique, ces différents noms indiquent tous en général un arbre fort, dur et solide, quoique probablement, dans les usages de la langue, ils eussent chacun leur signification spéciale, et l'on ne se trompera guère en admettant que par Élon et Mon il faille entendre le chêne.

Cet arbre se trouvait en abondance en Palestine, et particulièrement dans les forêts du territoire de Basan, Ésaïe 2:13; Ézéchiel 27:6; Zacharie 11:2; les Tyriens s'en servaient pour faire les rames de leurs vaisseaux. Il y en avait aussi sur la rive occidentale du Jourdain, Juges 9:6,37, et ils étaient l'objet d'un certain culte d'affection: sous l'un de ces arbres fut ensevelie Débora, la nourrice de Rébecca, Genèse 35:8, sous un autre, plus tard, Saül et ses fils, 1 Samuel 31:13; 1 Chroniques 10:12; on y sacrifiait aux dieux païens, Osée 4:13, et des forêts de chênes servirent de lieux de réunion à des assemblées nationales, Juges 1, c. La longue vie de ces arbres les rendait propres à servir de désignations topographiques, 1 Samuel 10:3, et souvent ils prenaient le nom des lieux où ils étaient plantés, Genèse 13:18; Deutéronome 11:30; (mal traduit plaines). On en faisait aussi des idoles, Ésaïe 44:14. L'espèce de chêne mentionnée dans ce dernier passage, et appelée en hébreu Thirzèh, est beaucoup plus dure encore que le chêne ordinaire; ses feuilles sont indivises, obovées, dentées et couvertes de petits poils à la partie inférieure; son nom même, en arabe, signifie très dur.


CHENIX
(grec χοίνιξ), Apocalypse 6:6, mesure de capacité pour les choses sèches; il contenait deux setiers, le quart d'un batli, d'après Hésychius (9 litres); selon Boeckh, la quantité de froment nécessaire à la nourriture d'un homme pour un jour; ce serait bien vague, et la mesure serait susceptible de varier beaucoup.


CHÉRUBINS.
Ils sont nommés dans plusieurs passages de la Bible; déjà dans la Genèse 3:24, comme gardiens du chemin qui conduit à l'arbre de la vie; puis ils sont représentés en or massif sur le propitiatoire, Exode 25:18, en broderie sur les couvertures et les voiles du tabernacle. Exode 26:1; 36:8,35, en relief sur les lambris du temple de Salomon, 1 Rois 6:32,35, et sur la cuve d'airain, 1 Rois 7:29. Les prophètes les voient dans leurs visions, entourant le trône de Dieu, Ézéchiel 1:5; 10:1; Apocalypse 4:6.

Quant à la figure de ces êtres mystérieux, les premiers livres nous apprennent qu'ils avaient à la fois des mains d'hommes, Genèse 3:24, et des ailes, Exode 25:20; 1 Rois 6:24; mais des passages d'Ézéchiel et de l'Apocalypse, nous pouvons conclure qu'ils réunissaient en eux la figure de l'homme, du lion, du laureau et de l'aigle. Partant de ces données, on pourrait, avec Bœhr (Symbolik des mos. Cul tus), considérer les chérubins comme les représentants les plus élevés de la création, réunissant en leur personne quatre perfections principales de Dieu en tant qu'elles se reflètent dans les créatures, savoir: la sagesse, représentée par l'homme; la force productrice, représentée par le taureau; la majesté, par le lion, et la toute science, par l'aigle. Comme les représentants les plus parfaits de la création, des forces divines, il est naturel que nous les trouvions placés aussi près que possible du trône de Dieu, et que leurs images se retrouvent dans le tabernacle, et ailleurs, comme une prédication silencieuse de la gloire de Dieu. D'après Rind, ils seraient les emblèmes de l'Église. Rien n'oblige à douter qu'ils ne soient des êtres réellement existants.


CHEVAL.
Cet animal était bien connu de l'ancienne Égypte, où il se faisait déjà remarquer par ces belles proportions, cette vivacité, cette force et cette légèreté qui caractérisent encore aujourd'hui, suivant les rapports de Sonnini et des autres Æneid,

— Voir: voyageurs,

les chevaux de cette contrée,

— Voir: Genèse 47:17; 50:9; Exode 9:3.

On s'en servait pour la guerre, Exode 14:9,23.

— Les Cananéens, qui demeuraient en Palestine, avaient aussi une cavalerie, et ils l'employèrent contre les Israélites; qui venaient chez eux pour les déposséder, Josué 11:4; Juges 4:3,7,13; 3:22,28.

Il en fut de même, plus tard, des Syriens 2 Samuel 8:4, qui laissèrent 1,700 hommes de cavalerie au pouvoir de David, lorsqu'ils se furent levés pour aller recouvrer leurs frontières vers l'Euphrate.

Les Israélites, au contraire, ne connurent que tard l'usage du cheval: au milieu de leurs plaines, les patriarches nomades ne virent jamais paître que des animaux humbles et débonnaires, et le coursier qui semble provoquer aux combats n'y frappa jamais la terre de son pied, ni l'air de son hennissement. Puis la loi de Moïse, qui constituait Israël en république, interdit positivement les «amas de chevaux», défense nécessaire après le séjour d'Égypte, où les Hébreux avaient appris à connaître et sans doute à admirer ce noble animal, mais défense qui devait tomber d'elle-même, aussitôt que les Israélites, par leur incrédulité et leur ambition, auraient amené un changement dans leur constitution, établi la royauté, et ouvert la voie des conquêtes que la loi mosaïque avait elle-même prévue. Aussi voyons-nous déjà le second des rois, David, se monter une cavalerie, modeste encore, avec les dépouilles syriennes; et Salomon, par son alliance avec l'Égypte, multiplier d'une manière inouïe, et en bien peu de temps, l'usage du cheval dans ses états: il eut bientôt 4,000 étables pour ses chevaux de trait, 12,000 hommes de cavalerie et 1,400 chariots, 1 Rois 4:26; 10:26. Ce commerce était l'un des revenus royaux les plus considérables, car Salomon percevait sur chaque attelage un droit d'entrée de 600 pièces d'argent (prés de 2,000 fr., si l'on doit entendre par pièces d'argent des sicles, ce qui serait exorbitant; mais c'est peu probable: quelques auteurs pensent qu'il s'agit du prix de l'attelage), et sur chaque cheval 150 pièces; aussi faisait-il de ses innombrables chevaux, plus une affaire de richesse, de luxe et de pompe, qu'une affaire de guerre, et nous ne voyons pas qu'il les ait employés dans aucune de ses expéditions militaires. Les cours voisines et les seigneurs des royaumes étrangers, qui voulaient cultiver son amitié, lui envoyaient aussi chaque année, à côté de beaucoup d'autres présents, des mulets et des chevaux; les rois qui lui succédèrent continuèrent d'avoir leurs équipages et leur cavalerie: Achab, 1 Rois 22:35; 2 Rois 9:25; Joram, 2 Rois 3:7; Jéhu, 2 Rois 9:16, etc, cf. 2 Rois 14:16; Jérémie 17:25. Il y avait même à Jérusalem une porte qu'on appelait la porte des Chevaux. Il ressort des passages 1 Rois 18:5; Amos 4:10; Ésaïe 30:16, que non seulement les rois, mais aussi les particuliers possédaient des chevaux, lesquels on employait même à fouler le blé, Ésaïe 28:28. On les nourrissait d'orge et de paille, 1 Rois 4:28.

Les conquérants de l'Asie orientale s'avancèrent souvent contre Israël avec de nombreuses troupes de cavalerie bien montées, Ésaïe 5:28. Et lorsque les prophètes parlent de l'armée des Caldéens en particulier, ils ne négligent jamais de mentionner les chevaux de combat qui devaient en faire la force, Jérémie 6:23; 8:16; 50:37; 51:21; Ézéchiel 26:7,10. À ces armées les Israélites, peu confiants dans leur chef céleste, voulurent en opposer d'autres du même genre, et se cherchèrent des auxiliaires dans la cavalerie renommée de l'Égypte, Ésaïe 31:1; 36:9; Jérémie 4:13; Habacuc 1:8; Ézéchiel 17:15; cf. Jérémie 46:4; 47:3: ils oublièrent que l'Éternel avait dit: «Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme, et qui fait de la chair son bras», Jérémie 17:5. Et ils furent emmenés en captivité, malgré les roseaux du Nil dont ils avaient espéré se faire une arme et un bouclier.

L'Arménie et la Médie étaient célèbres pour la bonté de leurs chevaux; quant à l'Arabie, elle ne promettait rien encore de tout ce qu'elle a tenu depuis à cet égard.

On ne ferrait pas les pieds des chevaux comme on le fait de nos jours, mais on cherchait à rendre leur corne aussi dure que possible, Ésaïe 5:28; ou bien on l'entourait quelquefois de semelle sou de sandales, comme celle des chameaux. L'équipement des chevaux se composait d'un mors, Psaumes 32:9, d'une housse ou d'une selle, Proverbes 30:31, quelquefois d'une sonnette, Zacharie 14:20. On se servait de fouets pour les presser, Proverbes 26:3. Les chevaux blancs étaient regardés comme les plus magnifiques; on les donnait aux généraux victorieux, cf. Apocalypse 6:2; 19:11,14. Virgile Æneid. 3, 537. Des chevaux d'autres couleurs sont mentionnés, Apocalypse 6; Zacharie 1:8; 6:2-3,6-7.

— La scène de Haman, conduisant Mardochée sur le cheval du roi et le promenant en triomphe par la ville de Susan, rappelle les honneurs dont Pharaon combla Joseph, lorsqu'il le fit conduire sur un chariot royal, en l'établissant le second personnage de toute l'Égypte, Genèse 41:43.

Quant aux chevaux du soleil, et aux chevaux de feu qui enlevèrent Élie dans le ciel,

— Voir: l'article Chariots.

On ne peut terminer cet article sans rappeler au moins la sublime et poétique description que l'on trouve de cet animal dans le discours de l'Éternel, Job 39:22-28.


CHEVELURE, cheveux.
Une longue et forte chevelure passait chez les Hébreux pour un des plus beaux ornements de l'homme, Juges 16:22; cf. Ézéchiel 8:3; mais il paraît que les jeunes gens seuls avaient coutume de la laisser flotter, 2 Samuel 14:26, tandis que les hommes plus âgés la rasaient davantage et la coupaient avec des rasoirs, à l'exception des Nazaréens qui ne la coupaient pas, et des sacrificateurs qui se servaient de ciseaux, cf. Ézéchiel 44:20. Plus tard on regarda les longs cheveux chez un homme comme l'indice d'un caractère efféminé, 1 Corinthiens 11:14, et il fut défendu aux prêtres de les laisser croître sans les couper fréquemment. Ce ne fut plus qu'en suite d'un vœu que les hommes purent, et seulement momentanément, laisser s'allonger leur chevelure, Actes 18:18. Les femmes, en revanche, y attachaient un grand prix, 1 Corinthiens 11. Elles les arrangeaient en tresses, Cantique 4:1; 1 Timothée 2:9; ou les frisaient, Ésaïe 3:24; 1 Pierre 3:3, et souvent les ornaient de pierreries ou d'autres joyaux précieux. Les femmes qui se respectaient ne sortaient guère avec des cheveux flottants, que lorsqu'elles étaient dans le deuil ou dans une grande affliction, Luc 7:38. Les cheveux noirs passaient pour les plus beaux, Cantique 5:11.

Dieu avait aussi défendu aux prêtres de se couper les cheveux en rond, Lévitique 19:27, défense qui se rapporte sans doute à quelque usage païen que nous ne connaissons plus.


CHÈVRE.
Les chèvres, comprises avec les moutons sous le nom général de Tsôn, formaient le menu bétail en opposition avec le gros bétail, Bakhar, ouïes bœufs. Les patriarches en possédaient, comme de nos jours encore les Bédouins, de nombreux troupeaux, Genèse 15:9; 32:14; 37:31, et les Israélites postérieurs firent également consister une grande partie de leur fortune dans le nombre de ces animaux, 1 Samuel 25:2; Cantique 6:5; Proverbes 27:26. La chèvre était un animal pur; on s'en servait pour les repas et pour les sacrifices, Deutéronome 14:4, et l'on choisissait de préférence, comme encore maintenant, les jeunes chevreaux, Genèse 27:9; 38:20; Juges 6:19; 13:15; cf. 1 Samuel 16:20. On en estimait beaucoup le lait, Proverbes 27:27, que l'on regardait comme plus sain que celui de la brebis. Les prophètes, les prédicateurs de la repentance, et en général les hommes à principes sévères, ainsi que les nécessiteux, se couvraient ordinairement de peaux de chèvres: on se servait encore du poil de ces animaux pour en faire des couvertures de tentes, Exode 26:7; 35:6; 36:14, peut-être aussi des matelas. Les chèvres des Bédouins sont communément noires; dans la Syrie et la Basse-Égypte elles sont plus grosses que les nôtres, d'un rouge clair, et les oreilles pendantes. Il ne paraît pas que la chèvre angora soit jamais désignée dans la Bible.

La défense de cuire le chevreau dans le lait de sa mère, Exode 23:19; 34:26, c'est-à-dire dans du beurre, pouvait avoir pour but de favoriser l'agriculture par l'obligation de se servir d'huile pour l'assaisonnement des viandes: le législateur, qui voulait fixer au sol la nation juive, devait multiplier les occasions qui en rendissent les produits nécessaires. Mais il est difficile de n'y pas voir aussi, ne fût-ce que dans l'expression, une de ces prescriptions touchantes qui, en inspirant la pitié et la sympathie pour les animaux, devaient adoucir le cœur de l'homme.

L'empire macédonien est représenté, Daniel 8:5, sous l'emblème d'un «bouc sortant d'entre les chèvres», et l'on remarque que la Macédoine, dans les premiers temps de son histoire, possédait une telle multitude de chèvres, que plusieurs villes prirent ces animaux pour leurs symboles, et les frappèrent sur leurs monnaies: les habitants même prirent le nom d'Égéens (chevriers), qui s'est conservé jusqu'à nos jours dans le nom de la mer Égée.


CHEVREUIL,
— Voir: Gazelle.


CHIEN,
animal déclaré impur par la loi juive, et méprisé de tout l'Orient. Les anciens ne s'en servaient guère que pour la garde des maisons, des champs ou des troupeaux, Job 30:1; il ne paraît pas qu'on s'en servît pour la chasse,

— Voir: cet article.

On trouve cependant dans l'histoire de Tobie, 5:23; 11:3; et Matthieu 15:27, une preuve que les chiens dits d'agrément, n'étaient pas tout à fait inconnus aux Hébreux. L'Ancien Testament nous montre parfois les chiens comme on les voit encore de nos jours dans les pays chauds, courant par bandes, sans maîtres, altérés et avides, 1 Rois 14:11; 16:4; 24:19,23; 2 Rois 9:36; cf. Psaumes 59:14; Luc 16:2, se nourrissait même de cadavres, 1 Rois 21:23; 22:38; Jérémie 15:3. Sauvages et presque féroces, on les a vus quelquefois, pressés par la faim, se jeter sur les hommes; et la mesure commandée, Exode 22:31, semble se justifier autant comme affaire de prudence (une nourriture assurée aux chiens), que comme précepte de pureté légale. Comme la vigilance et le cri d'avertissement sont le caractère qui les distinguait le plus chez les Hébreux, Ésaïe a pu appeler des chiens muets, 56:10, les faux prophètes qui, dormant eux-mêmes, laissent les peuples s'endormir dans leurs fautes et dans leurs péchés.

On a vu en quelle basse estime ces animaux étaient auprès des Juifs, et l'on ne s'étonnera pas que le nom de chien ait été l'injure la plus humiliante qu'ils aient su inventer. Job se plaint de se voir insulter par des jeunes gens dont il n'aurait pas voulu admettre les pères parmi les chiens de ses troupeaux, Job 30:1. David s'abaissant devant Saül et voulant lui faire sentir que son injuste persécution ne peut en aucune manière l'honorer, lui dit: «Qui poursuis-tu, roi d'Israël? un chien mort, une puce!» 1 Samuel 24:15; la même expression se retrouve plus d'une fois dans l'histoire de David, 1 Samuel 17:43; 2 Samuel 9:8; 16:9; cf. 2 Rois 8:13. Le nom de chien, comme le ternie correspondant «cynique», venu du grec, se prend souvent aussi pour désigner des hommes sans pudeur et sans retenue; et c'est dans ce sens que plusieurs interprètes entendent les mots «le prix d'un chien» qui se trouvent, Deutéronome 23:18, dans un contexte qui vient à l'appui de cette opinion. L'apôtre saint Paul, en disant prenez garde aux chiens, Philippiens 3:2, semble vouloir indiquer à la fois de faux docteurs et des hommes immoraux, comme il s'en trouve souvent parmi ceux qui falsifient la doctrine de Christ, cf. Matthieu 7:6. Notre Sauveur, en excluant de sa maison les chiens, les empoisonneurs, les impudiques, etc., Apocalypse 22:15, a pris ce mot dans le même sens. Saint Pierre, et déjà Salomon, comparent les pécheurs dans leurs rechutes, aux chiens qui retournent à ce qu'ils ont vomi. 2 Pierre 2:22; cf. Proverbes 26:11. Enfin David représente comme des chiens dévorants les ennemis qui ne cessent de le persécuter, Psaumes 22:16,20; et si l'on prend ce psaume dans son sens prophétique, on retrouvera cette idée que les plus grands ennemis de Christ et du christianisme, sont les chiens spirituels, l'incrédulité et l'immoralité.


CHIFFRES,
— Voir: Nombres.


CHINE,
— Voir: Sinim.


CHIOS,
Actes 20:15, île de l'Archipel, très fertile, située entre Samos et Lesbos, et dépendante de l'Ionie dans l'Asie mineure; maintenant Scio, appelée par les Turcs Saki-Adassi, ou île du Mastic. Ses principales productions sont le mastic et le vin. La ville principale, qui porte le même nom que l'île, a un bon port; il a joui d'une certaine importance; au temps des Romains elle comptait encore comme ville libre.


CHLOÉ,
1 Corinthiens 1:11, femme de Corinthe, disciple du Sauveur. Ce fut sa famille qui avertit saint Paul des désordres qui régnaient à Corinthe, et des rivalités qui existaient entre les disciples d'Apollos, de Céphas et de Paul. Quelques-uns pensent qu'elle fit écrire elle-même, et qu'elle employa pour cela Stéphanas, Fortunat et Achaïque, «les prémices de l'Achaïe.» C'est à cette lettre que paraît répondre l'apôtre dans les six premiers chapitres de son Épître; il en avait reçu une autre des Corinthiens eux-mêmes qui le consultaient sur des objets moins importants que l'union fraternelle, et ce n'est qu'après leur avoir adressé les sévères avertissements qu'exigeait la lettre de Chloé, qu'il passe enfin, 7:1, à la réponse directe aux Corinthiens. Quant à la personne même de Chloé, elle est tout à fait inconnue, au point que quelques-uns ont cru pouvoir en faire un nom d'homme.


CHONJA,
Jérémie 22:24,28; 37:1, un des noms de Jéchonias, q.v.


CHORAZIN,
village ou bourg, nommé deux fois à côté de Bethsaïda. Matthieu 11:21; Luc 10:13, et probablement situé, comme cette ville, dans la Galilée et sur la rive occidentale de la mer de Tibériade, mais du reste inconnu. Saint Jérôme le met à 2000 pas de Capernaüm, et Eusèbe, mais certainement par erreur, à 12,000. Quelques-uns comparent le «Haroseth des nations», Juges 4:2, d'autres le nom hébreu Choraschim (lieux escarpés, 2 Chroniques 27:4, inexactement traduit forêts); d'autres lisent en deux mots Chora Zin, la contrée de Zin; quelques voyageurs modernes enfin (Seetzen, etc.) comparent des ruines qu'ils ont trouvées sur la rive orientale du lac de Génésareth, sous le nom de Kalathel-Hœrsa, ou, d'après Burkhardt, Kalat el Hossn; mais outre que ce rapprochement de noms est bien vague, bien insignifiant, la donnée elle-même est en contradiction avec le peu que saint Jérôme nous en a laissé. Il faut donc s'en tenir à cette simple indication que Chorazin était dans le voisinage de Bethsaïda. Cette malheureuse ville n'existe plus; elle a vu s'accomplir les menaces du Seigneur, qui l'avait honorée de sa présence, de ses discours et de ses miracles, qui n'y a recueilli aucun fruit de ses travaux, et qui lui a déclaré avec douleur et indignation que si les villes païennes de Tyr et de Sidon eussent vu ses œuvres et entendu ses paroles, elles se seraient depuis longtemps repenties avec le sac et la cendre. Le sort de ces sièges du paganisme sera moins cruel au dernier jour, que celui des villes juives qui ont été illuminées et sont restées impies.


CHOUETTE,
Lévitique 11:17;

— Voir: Chat-huant.


CHRONIQUES.
Le nom actuel de ces livres leur a été donné par saint Jérôme; les Juifs les nommaient Diberé hayamim, journaux, paroles des jours; et les Grecs leur avaient donné le nom que les Latins leur conservent encore, de Paralipomènes ou choses omises , qui correspond à ce que dans notre langue nous appellerions un supplément. Les neuf premiers chapitres contiennent des tables généalogiques, documents auxquels les Israélites devaient attacher beaucoup d'importance, soit à cause de l'attente du Messie, soit parce que toutes les propriétés foncières étaient inséparablement liées à l'existence de la famille. Le reste du premier livre et les neuf premiers chapitres du second, contiennent l'histoire de David et de Salomon; et la tin du deuxième livre, l'histoire du royaume de Juda depuis le schisme jusqu'à l'exil. Les livres des chroniques ne sont cependant pas une simple répétition des livres de Samuel et des Rois. On remarquera facilement des différences notables dans la manière dont les faits sont présentés dans les Rois et dans les Chroniques, même des contradictions apparentes. Les livres des Chroniques donnent beaucoup plus de détails sur tout ce qui tient au culte, (par exemple lorsqu'il s'agit des préparatifs que lit David pour la construction du temple, 1 Chroniques 22, 28, 29) sur l'organisation des classes sacerdotales, 1 Chroniques 23, 24, 26, sur la musique sacrée, ibid. 26. Ce caractère pour ainsi dire ecclésiastique des livres des Chroniques, s'explique facilement, si l'on réfléchit qu'à l'époque où ils furent selon toute probabilité composés (après le retour de l'exil), tout ce qui tenait à la religion était l'objet d'un intérêt beaucoup plus vif. Les rapports qui se trouvent entre les livres des Chroniques et les livres des Rois, s'expliquent par le fait que les deux auteurs ont consulté les mêmes sources, savoir les annales des rois de Juda et celles des rois d'Israël; seulement il paraît que l'auteur des Chroniques avait sous les yeux un recueil contenant ces deux ouvrages réunis, et il le nomme tantôt avec le titre complet: Livre des rois de Juda et d'Israël, 2 Chroniques 25:26, tantôt en abrégeant, Livre des Rois, 2 Chroniques 24:27, ou Livre des rois d'Israël, 2 Chroniques 20:34, ou Actions des rois d'Israël, 2 Chroniques 33:18. Quant aux différences, elles proviennent de ce que l'auteur des Chroniques a consulté, outre ces documents généraux, quelques monographies particulières composées par des prophètes, et dont les annales des royaumes ne contenaient que des extraits fort courts; ainsi, par exemple pour le règne de Roboam, les monographies des prophètes Semahia et Hiddo, 2 Chroniques 12:15; pour l'histoire d'Hozias, la monographie d'Ésaïe, 2 Chroniques 26:22, etc.

On a tout lieu de penser que les livres des Chroniques furent composés du temps d'Esdras, après le retour de la captivité (ainsi 1 Chroniques 9:17, nous voyons nommés les mêmes personnages que Néhémie 12:25-26), et même d'admettre avec la tradition qu'ils le furent par Esdras lui-même. Il y a un rapport très intime entre la tin du livre des Chroniques et le commencement du livre d'Esdras, comme si le deuxième de ces ouvrages était destiné à être une continuation du premier.

Pour se débarrasser de la preuve très forte que les livres des Chroniques fournissent en faveur de l'authenticité du Pentateuque, on a attaqué, comme tant d'autres, la crédibilité de cette partie de l'Ancien Testament. L'attaque, faite principalement par De Wette et Berthold, a été repoussée avec habileté par les ouvrages de Keil (Berlin, 1833), et de Movers (Bonn, 1834) Le principal reproche que l'on dirige contre l'auteur du livre des Chroniques, c'est sa prétendue partialité pour le culte mosaïque, et pour la tribu de Lévi; mais on a vu déjà que son but était simplement de combler les lacunes des autres livres historiques sur ce sujet, et l'on ne peut pas prouver que ce point de vue l'ait jamais entraîné à sacrifier la vérité. Si on remarque des différences entre les livres des Rois et ceux des Chroniques, sous le rapport des nombres et des noms, il faut observer que comme les nombres se représentaient par des lettres, quelque erreur pouvait facilement se glisser dans les copies,

— Voir: Nombres,

et quant aux noms de lieux et de personnes, on a vu ailleurs combien chez les Orientaux les noms étaient sujets à des changements, et combien souvent aussi ils étaient doubles.

— La crédibilité du livre des Chroniques est suffisamment attestée, soit par les morceaux parallèles dans le livre des Rois, soit, pour les morceaux qui appartiennent spécialement au premier de ces ouvrages, par les autres livres du Canon. Nous n'en citerons que deux exemples: on a beaucoup attaqué le récit qui est donné, 2 Chroniques 20, de la victoire de Josaphat sur les rois alliés; mais si on lit attentivement le psaume 48, on voit que c'est un cantique d'actions de grâce qui ne peut se rapporter à aucun autre événement. Le récit du grand deuil occasionné par la mort du roi Josias dans la vallée de Méguiddo, 2 Chroniques 35:22-24, est également confirmé par Zacharie 12:11. — (Rochat, Sermons, t. V)


CHRYSOLITHE,
pierre précieuse, qui occupait la dixième place dans le pectoral du grand-prêtre, et sur laquelle se trouvait gravé le nom de Zabulon, Exode 28:20; 39:13. Elle est aussi indiquée comme le septième fondement de la nouvelle Jérusalem, Apocalypse 21:20; cf. Ézéchiel 1:16; Daniel 10:6. La chrysolithe, ou pierre d'or, car c'est là ce que son nom signifie, est ordinairement cristallisée, d'un vert pâle, et transparente, semée de quelques veines. Les anciens paraissent l'avoir confondue quelquefois avec la topaze, les rabbins avec le béryl, quelques-uns avec l'ambre. D'après Pline, la chrysolithe était de couleur d'or, d'une très belle eau, et se tirait principalement d'Éthiopie.


CHRYSOPRASE,
le dixième fondement de la nouvelle Jérusalem, Apocalypse 21:20, pierre précieuse d'un vert pâle et brunâtre. Pline la comptait au nombre des béryls dont la meilleure espèce était, selon lui, couleur vert d'eau; puis venait le chrysobéryl, plus pâle et tirant sur le jaune or; enfin la chrysoprase plus pâle encore, et tirant, dit Calmet, sur la couleur du poireau.


CHUZAS,
intendant de la maison d'Hérode Antipas, et mari de Jeanne, l'une des femmes pieuses qui assistaient notre Seigneur de leurs biens; mais du reste inconnu, Luc 8:3. Quelques-uns pensent qu'il était déjà mort à l'époque où il nous en est parlé; mais cette opinion que rien ne nécessite, ne paraît même pas probable d'après le texte du verset indiqué.


CHYPRE,
— Voir: Cypre.


CIDRE,
— Voir: Cervoise.


CIEL, Cieux.
Dans la Bible, comme dans le langage ordinaire, ce mot a plusieurs significations entièrement distinctes. C'est ainsi qu'il signifie:

  1. L'étendue, Genèse 1:8; cf. 2 Pierre 3:12-13; les cieux des cieux, Deutéronome 10:14; 1 Rois 8:27; Néhémie 9:6, ne sont qu'un développement de la même idée, une façon de parler pour désigner l'univers jusque dans ses limites les plus reculées.

  2. L'atmosphère qui entoure notre planète, Deutéronome 28:23; Jacques 5:18; Aggée 1:10; Lévitique 26:19; Psaumes 68:8; Marc 1:10.

  3. L'espace en tant que séjour des puissances spirituelles, Juges 5:20; Actes 4:12; Philippiens 2:10. (l'air est opposé aux cieux lorsqu'il est question des puissances des ténèbres, Éphésiens 2:2; 6:12).

  4. La demeure de l'Éternel; c'est là qu'il habite, c'est de là qu'il répand sur tous les hommes ses grâces, ses faveurs; c'est là que fut préparé et que s'achève le mystère de la Rédemption; là que s'enregistrent les noms des bienheureux, les fautes et les vertus des hommes, leurs aumônes, Psaumes 73:25; 103:19; 139:8; Matthieu 6:20; 18:18; Luc 24:51; Jean 6:41; Hébreux 4:14, etc., etc.
  5. Le séjour futur des rachetés, Matthieu 19:21; 2 Corinthiens 5:1; 1 Pierre 1:4. C'est même le sens dans lequel s'emploie le plus habituellement le mot ciel. Le paradis dont parlent Jésus, Luc 23:43, saint Paul, 2 Corinthiens 12:4, et saint Jean, Apocalypse 2:7; la vie, Marc 9:43,45; la gloire à venir, Romains 8:18; Hébreux 2:10; la vie éternelle, Jean 3:15, etc. Actes 13:48; Matthieu 25:46; le royaume de Dieu, Marc 9:47, d'autres expressions encore, sont synonymes du ciel, et expriment la même idée sous d'autres formes, ou plutôt donnent une forme à une idée qui n'exprime que l'espace. L'Écriture ne nous donne, du reste, aucune indication sur ce que sera la vie éternelle bienheureuse; les épithètes qui la caractérisent ne peuvent aider à l'imagination. Ce sera une gloire souverainement excellente, un bonheur sans mélange, mais de quelle nature? On ne saurait le dire.

    De ce vague, de cette ombre qui entoure l'avenir, de ce mystère qui l'environne, et qui, s'interpose comme un nuage entre nous et le bonheur, on a bien vue conclu au vague du bonheur lui-même, et l'on a fait du ciel quelque chose de vaporeux, d'éthéré, de vague. On en est venu, involontairement, à identifier le ciel des rachetés avec le ciel des astres et avec celui de l'atmosphère: les âmes nageront ou voleront dans l'immensité. Le nuage qui nous sépare du ciel est devenu le ciel lui-même; le vague qui l'environne est presque devenu la réalité. On a paru oublier la résurrection de la chair, du corps. Élie et Jésus s'élevant dans les airs et montant aux deux, 2 Rois 2:11; Marc 16:19, Étienne voyant les cieux ouverts. Actes 7:55, les fidèles enlevés au-devant du Seigneur en l'air, 1 Thessaloniciens 4:17, on a été conduit naturellement à placer le ciel en l'air, et l'on a oublié d'abord, quant au langage, et vu les conditions actuelles de l'existence de notre globe, qu'il était difficile de parler autrement; puis, et surtout, que la vie à venir ne commencera que lorsque la terre et les cieux auront été détruits et renouvelés. Il va sans dire que nous n'avons pas la prétention d'aborder ici un sujet trop fécond en hypothèses de tout genre; mais il peut être utile de protester contre un point de vue qui ne tend à rien moins qu'à dissoudre complètement l'homme et la vie éternelle à force de les spiritualiser. Ce ne sont évidemment pas là les idées que nous donnent les saints livres, ni saint Paul quand il parle de la résurrection de la chair, ni saint Pierre quand il parle des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, ni saint Jean, dans les deux derniers chapitres de l'Apocalypse, lorsqu'il décrit le séjour dés bienheureux dans la vie future. Que l'espace puisse servir de demeure aux âmes en attendant la résurrection, c'est possible, nous ne pouvons rien en savoir; mais qu'après la résurrection, lorsque les âmes auront revêtu de nouveaux corps, il continue d'en être de même, c'est ce qui ne paraît pas sérieux. Il est à remarquer que si le paradis, le jardin d'Éden, n'est jamais appelé ciel, le ciel, en revanche, est trois fois appelé paradis dans le Nouveau Testament,

    — Voir: plus haut, et cf. surtout 2 Corinthiens 12:2,4; (où le troisième ciel est appelé paradis).

    Et, si quelque chose nous paraît probable, c'est que la terre renouvelée sera le séjour de l'homme renouvelé, comme la terre primitive a été le séjour de l'homme primitif, et la terre maudite celui de l'homme maudit. Cette terre renouvelée (un autre astre si l'on veut, une autre planète, mais pas d'air, pas de nuages), sera appropriée aux besoins de l'homme dans lequel l'image de Dieu aura été restaurée; cette terre renouvelée sera ce qu'on appelle ordinairement le ciel, et les nouveaux cieux se rapporteraient à l'espace, à l'atmosphère, ou aux rapports nouveaux dans lesquels cette terre bénie se trouvera avec les astres du nouveau firmament. La mer n'existe plus, Apocalypse 21:1; avec un peu de géologie, on comprend combien ce seul fait changera tout le mode de vivre actuel; une pareille terre mérite bien le nom de nouvelle terre. Le soleil et la lune ne luisent plus sur la terre, 21:23; 22:3, il n'y aura plus là de nuit, voilà les nouveaux cieux. La sainte Jérusalem descend du ciel, de devers Dieu, sur cette nouvelle terre, qui nous est ainsi dépeinte comme le futur séjour de l'homme, et la clarté de Dieu l'éclairé, l'Agneau est son flambeau. La main de Dieu qui a lancé la terre actuelle dans l'orbite qu'elle parcourt aujourd'hui, peut-être au troisième jour de la création, peut-être après la chute, et qui, par deux fois déjà, au déluge, et lors de la victoire de Josué, a modifié son cours, saura bien, quand l'accomplissement des temps sera venu, l'arrêter de nouveau dans sa course, et d'un mot la placer ailleurs, et faire toutes choses nouvelles.

    C'est à cette vision de la gloire éternelle qu'il faut rapporter ce que dit saint Paul, Romains 8:17-22, cf. aussi Matthieu 19:28; Actes 3:21. Quant à ceux qui n'y verraient qu'une description de la splendeur du millénium, ils pourront s'édifier sur ce sujet en lisant dans l'Essai de Vivien sur l'Apocalypse les pages 142 et suivant.

    Le mot royaume des cieux est employé dans le Nouveau Testament dans deux sens différents; quelquefois il désigne la prédication de l'Évangile et son résultat mélangé dans ce monde, c'est-à-dire l'Église extérieure, l'amalgame de bons et de méchants qui professent la foi en Christ; d'autres fois, il ne s'applique qu'au règne de Dieu considéré dans sa gloire future, ou dans sa pureté et sa spiritualité; de sorte que, dans ce dernier sens, il ne comprend que les enfants de Dieu, et présente un tout autre assemblage que dans la première acception de ce mot.

    — Voir: A. Bost, Recherches, p. 51 et suivant: «Matthieu est le seul des écrivains du Nouveau Testament qui emploie l'expression de royaume des deux; les autres disent toujours royaume de Dieu. Les deux expressions reviennent au même; mais il semble que celle de Matthieu a quelque chose de plus doux, et que Dieu ait voulu que le livre de la nouvelle alliance s'ouvrît par cette manière si attrayante de représenter le but divin de l'Évangile dans ce monde, et répandit ainsi sur le début de cette économie comme une teinte d'aurore qui contraste admirablement avec l'économie sévère de la loi, qui pesait encore sur le genre humain»,


CIGOGNE,
hébreu Hhasidah (pieuse, miséricordieuse). Oiseau impur nommé à côté du héron, Lévitique 11:19; Deutéronome 14:18, renommé pour la beauté de ses plumes, Job 39:16; (— Voir: Autruche), pour la rapidité de son vol, Zacharie 5:9, et pour son intelligence à connaître les saisons, Jérémie 8:7. Il se loge sur les hautes branches des sapins, Psaumes 104:17. Ces caractères se rapportent très bien à ce que l'on sait de la cigogne, et le nom même de cet oiseau rappelle en hébreu l'épithète de avis pia, sous laquelle les latins aimaient à le désigner, l'oiseau connu pour sa piété filiale, pour les soins qu'il donne à sa progéniture comme à ses parents, les nourrissant et les défendant jusqu'à la mort. (Les noms allemands et anglais storch et stork ne viendraient-ils pas du grec στόργη, affection?)

— Quelques auteurs, cependant pensent qu'au lieu de la cigogne il faut entendre le héron (Dahler Winer, etc.).

La cigogne est un oiseau de passage assez commun dans nos climats, et même à des latitudes plus élevées; on sait qu'elle aime à construire son nid sur les toits près des cheminées, ou sur les églises, et que les habitants des campagnes, en Allemagne et en Hollande, se regardent comme honorés et protégés par la présence de cet animal à moite sauvage, à moitié domestique. Dans l'Orient où les maisons sont plates, et où les toits sont souvent habités, les cigognes font plus de difficultés pour s'y établir, et gîtent plus volontiers sur des arbres hauts et élevés, les pins, les sapins, les cyprès. Le prophète Jérémie en appelle à l'instinct de cet animal, peu doué sous le rapport de l'intelligence, et qui cependant sait distinguer les saisons et leur retour, pour reprocher aux Juifs l'endurcissement de leur cœur, et leur peu d'intelligence pour les choses divines, Jérémie 1, c, cf. Ésaïe 4:3.


CILICIE,
Actes 15:23,41; 27:5; Galates 1:21, province sud-est de l'Asie Mineure, séparée de la Syrie par les monts Amanus, mais souvent nommée à côté de cette dernière, avec laquelle elle se trouvait en fréquents rapports de voisinage; elle était entourée à l'ouest et au nord par le mont Taurus comme d'une ceinture, et communiquait par des défilés avec l'Isaurie, la Pisidie, et la Paphlagonie. La partie orientale de cette province, se composait de plaines fertiles et riches en vignobles; à l'ouest, au contraire, le terrain était plus montagneux, et les belles chèvres de la Cilicie, déjà distinguées par Aristote, y trouvaient de féconds pâturages. Les premiers habitants de cette contrée furent des Syriens et des Phéniciens, mais au temps d'Alexandre, il s'y établit des colonies grecques et macédoniennes. D'abord sous le joug des Séleucides, la Cilicie passa au pouvoir de l'Arménie, et finit par devenir sous Pompée une province romaine; mais les habitants des montagnes restèrent toujours indépendants, et ne relevant que de leurs chefs particuliers. Il se trouvait aussi des Juifs établis dans cette contrée, Actes 6:9. La ville principale était Tarse, bien connue comme patrie de saint Paul.


CIMETIÈRE.
Institution longtemps inconnue aux Orientaux, et qui paraît l'avoir été toujours aux Hébreux.

— Voir: Sépulture, Tombeaux, etc.


CINNAMOME,
Exode 30:23; Cantique 4:14, substance dont Dieu ordonne de la joindre avec d'autres aromates, et d'en faire une huile sainte pour le service du tabernacle. Selon toute apparence, c'est une espèce de cannelle. Quelques auteurs veulent faire de la casse, du cinnamome et de la cannelle, trois plantes ou arbrisseaux différents; mais le plus probable est que les Hébreux désignaient par ces différents noms trois nuances ou familles différentes d'une même espèce d'arbre, dont le cinnamome aurait été la plus rare et la plus précieuse, et la casse, la moins fine et la moins estimée. Le cannelier, ou laurus cinnamomum de Linnée (monogynie, 9e classe) est un arbrisseau qui, près des côtes, atteint déjà une hauteur de 8 à 9 mètres, avec une circonférence de 1 mètre environ, mais qui dans les forêts et dans un terrain favorable s'élève beaucoup plus haut, et prend plus de consistance. Ses nombreux rameaux sont ornés de feuilles semblables à celles du laurier, longues de 12 à 18 centimètres, d'un vert clair; de jolies fleurs blanches, mais peu odoriférantes, se forment au mois d'avril, en baies à noyaux, dans le genre des grains de genièvre. Le tronc, et les branches âgées de trois ans au moins, sont également recouverts d'une double écorce dont la plus extérieure, grisâtre, est presque sans odeur, tandis que l'autre, longue, mince, roulée et d'un rouge brun, nous donne, après avoir été séparée de l'aubier et séchée au soleil, cette cannelle que nous connaissons tous, d'un goût piquant, aromatique, et si agréable. Les marchands orientaux en faisaient un grand commerce, Apocalypse 18:13, et les hommes riches qui s'en servaient soit pour l'assaisonnement, soit en guise de parfums, allaient jusqu'à en bassiner leurs divans et leurs lits de repos, Proverbes 7:17.

Le cinnamome dont il est parlé dans les livres saints se tirait probablement de l'Arabie ou de l'Éthiopie; on en trouvait aussi dans l'île de Ceylan une espèce très estimée,

— Voir: Casse.

Outre ces différentes espèces, on connaît encore la cannelle giroflée de Madagascar, la cannelle blanche qui croît en Amérique, à la Jamaïque et à Saint-Domingue, enfin l'écorce d'un arbre nommé katoukarva sur les côtes du Malabar.


CIRCONCISION.
Cérémonie religieuse qui consistait à couper le prépuce à tous les enfants mâles. Dieu lui-même ordonna à Abraham de faire subir cette opération à tous les mâles de sa famille; il en fit même une loi pour tous ses descendants, et la circoncision devint la marque distinctive du peuple de Dieu, le signe de l'alliance, le symbole des rapports intérieurs et extérieurs établis entre Dieu et les Juifs. Le nom de circoncis ou de circoncision fut dès lors employé pour désigner le peuple de Dieu, la nation sainte, tandis que les Juifs appliquèrent aux infidèles le nom d'incirconcis, pour rappeler qu'ils ne portaient point en leur corps le signe glorieux de l'adoption divine qui était le privilège de leur nation seule.

Quelque respect que l'on doive avoir pour le témoignage d'Hérodote, et quelque haute antiquité que l'on puisse accorder, d'après cet historien, à la pratique de cette cérémonie chez les Syriens, chez les Phéniciens, chez les Éthiopiens, et surtout chez les Égyptiens; quel que puisse être en outre l'accord d'un certain nombre de théologiens (Celse, Julien l'Apostat, Michaélis, Bauer, Winer, Cellérier fils), et tout en admettant, avec Hævernick (Einleitung, p. 320), que les Égyptiens, surtout dans la caste sacerdotale, connurent de bonne heure la circoncision, il nous est impossible d'admettre non seulement ce que prétend Winer, qu'Abraham et Moïse aient emprunté cette coutume aux Égyptiens (!), mais même ce qu'affirme Cellérier, que la circoncision fût déjà connue sur la terre à l'époque où l'Éternel l'imposa à son peuple, comme marque particulière et distinctive. «L'Écriture, dit Calmet, nous parle de l'institution de la circoncision d'Abraham comme d'une chose toute nouvelle. Elle nous dit que c'est le sceau de l'alliance que Dieu fait avec ce patriarche.» Et comment la circoncision aurait-elle été un caractère qui distinguât Abraham et sa race du reste des peuples, si elle eût été commune aux Égyptiens et aux Éthiopiens, aux Phéniciens et à tant d'autres peuples qui l'ont pratiquée autrefois?

— On comprend que les Arabes, les Sarrasins, les Ismaélites, tous issus d'Abraham et jaloux sans doute de la prospérité qui semblait s'attacher à la branche d'Isaac, aient adopté par esprit d'imitation, par une fausse dévotion, ou par un faux calcul d'intérêt, une cérémonie matérielle qui ne leur devait apporter aucune des bénédictions divines dont elle était le garant, mais qui a pu non seulement ne pas leur nuire, mais même avoir pour eux quelqu'un de ces avantages charnels qui la font encore estimer en Orient, et qui furent probablement aussi présents à l'esprit du divin Législateur qui l'établit. Les Samaritains s'y soumirent en acceptant le joug de la loi mosaïque, et c'est d'eux sans doute que veut parler Hérodote lorsqu'il mentionne les Phéniciens comme se faisant circoncire, car cette dernière petite nation que l'on pouvait facile confondre avec quelqu'une de celles qui l'entouraient, ne paraît pas avoir jamais connu cet usage. Les Édomites, quoique descendants d'Abraham, ne reçurent la circoncision que lorsque vaincus par Jean Hyrcan, ils reçurent en même temps la loi de Moïse. Quant aux Égyptiens, nous l'avons dit déjà, la circoncision leur fut connue de bonne heure, mais elle ne fut jamais chez eux d'un usage général et indispensable; les prêtres seuls y étaient obligés. Quelques-uns (Cellérier) répugnent à croire que les Égyptiens aient emprunté une cérémonie aussi importante au peuple pauvre et méprisé qui lui construisait ses pyramides, ses palais et ses temples; mais l'on sait que souvent le vainqueur emprunte au vaincu ses mystères comme sa langue; et d'ailleurs, si l'on ne veut pas admettre cette supposition, rien n'empêche de penser avec Bochart que c'est des Arabes que les Égyptiens ont reçu la circoncision.

— De nos jours encore cette coutume est généralement répandue dans presque tous les pays chauds, et sans faire une longue énumération des rapports des voyageurs modernes, nous nous bornerons à mentionner les divers faits suivants auxquels on pourrait aisément en joindre beaucoup d'autres. La circoncision est en usage dans tous les pays musulmans. Les nègres mahométans de l'intérieur de la Guinée la pratiquent vers l'âge de quatorze ou quinze ans, dans un jour solennel où sont appelés comme à une revue tous les jeunes gens qui doivent la subir. Chez les Galles, voisins de l'Abyssinie, on ne circoncit que les hommes faits. À Madagascar, la solennité de la circoncision est (ou était) la plus grande fête de toute l'île, accompagnée de sacrifices, d'abstinences, de jeux, de combats, déjeunes et de processions. À Socotora, un natif que l'on aurait trouvé incirconcis eût été condamné à avoir les doigts coupés. Les Abyssins, bien qu'ils soient depuis des siècles passés à un christianisme qui depuis longtemps n'existe plus guère qu'à l'état de mort, ont conservé la circoncision, soit comme ancienne coutume, soit comme précaution hygiénique. Les filles sont en diverses contrées circoncises comme les hommes, en Abyssinie, dans le royaume de Bénin, en Guinée, dans le Pégu, au-delà du Gange, chez les Cophtes et chez les Hottentots. Il serait trop long de raconter en détail, ou même en abrégé, tout ce que font encore tant d'autres peuples païens, blancs, rouges ou noirs, habitants des Philippines ou du Mexique, sauvages ou demi-civilisés; se disant sages ils sont devenus fous, et l'on aurait peine à croire en combien de façons ils ont modifié l'institution primitive donnée aux Hébreux; la contrefaçon des choses saintes n'est jamais chose sainte.

C'est le huitième jour après leur naissance que devaient être circoncis les descendants d'Abraham, Genèse 21:4; Lévitique 12:3; Luc 1:59; 2:21; toutefois Moïse lui-même semble présenter à ce fait une première exception dans l'histoire de son propre fils, Exode 4:25; cf. 2:22, et nous en trouvons une seconde bien plus frappante dans le peuple du désert, dont aucun de ceux qui naquirent pendant le voyage ne furent circoncis que lorsqu'ils eurent pris possession de la terre promise, Josué 5:2,5. D'autres que les Juifs pouvaient être soumis à la circoncision, et ils étaient par le fait même incorporés au peuple de Dieu; c'étaient les prosélytes de la justice qui désiraient obtenir le sceau de l'alliance, Exode 12:48, et les esclaves, achetés, faits prisonniers, ou nés dans la maison, auxquels leurs maîtres devaient faire subir cette opération, afin de les mettre par là, même malgré eux, sous la juridiction théocratique, Genèse 17:12. Cette opération n'était point considérée comme un travail, et pouvait se faire le jour du sabbat, Jean 7:22; c'était même un proverbe reçu que la circoncision chasse le sabbat. Un Israélite quelconque, ordinairement le chef de la famille, Genèse 17:23, était chargé de l'exécution, cf. Exode 4:24; les païens seuls ne pouvaient naturellement pas s'en mêler; pour les adultes, on requérait cependant volontiers l'assistance d'un médecin: l'on se servait d'un couteau tranchant d'acier, ou plus ordinairement de pierre, estimant que cette dernière sorte était moins douloureuse, moins dangereuse, et causait moins d'inflammation. Exode 4:25; Josué 5:2. L'enfant peut se guérir de la plaie en vingt-quatre heures; pour les adultes, il paraît, d'après Genèse 34:25, qu'au troisième jour la douleur est encore vive et la fièvre assez ardente. C'est au moment de la circoncision, comme chez nous au moment du baptême, que le nom était imposé à l'enfant,

— Voir: Nom, et cf. Luc 1:59; 2:21.

Nous avons indiqué déjà l'une des raisons qui concoururent à faire introduire la circoncision chez les Hébreux. La première et la plus importante fut sans doute le choix de Dieu, libre, simple, spontané, sans que nous ayons à sonder ses desseins; ce fut le sceau sanglant de son alliance avec Abraham et Moïse, comme l'arc-en-ciel fut le sceau de son alliance avec Noé, comme la croix de Christ l'est de son alliance avec nous. Mais si l'on peut découvrir, à côté de ce grand motif, quelques autres traits accessoires, et les avantages extérieurs qui devaient en résulter pour le peuple de l'alliance, nous essaierons de les indiquer par un mot. Comme le symbole du baptême représente l'homme perdu pour le monde et enseveli aux vanités et aux péchés de cette terre, la circoncision était le signe le mieux choisi pour marquer la pureté, le renoncement à toute souillure, qui devait être le grand caractère et le point dominant de toute la loi judaïque. Le jeune enfant était censé rejeter loin de lui toute chose impure, et semblait accomplir par avance le commandement de notre Sauveur: «Si tel ou tel de tes membres te fait broncher, coupe-le;» Matthieu 5:29; 18:8-9. La circoncision, par son étrangeté même, était en outre destinée à séparer toujours plus les Hébreux des peuples voisins, en leur inspirant les uns pour les autres un mépris réciproque. Enfin, sous le point de vue de la santé, il paraît que cette opération était de nature à prévenir un grand nombre de maladies qui se développent particulièrement dans les pays chauds, et que l'on trouve plus fréquemment chez les peuples qui de nos jours ne pratiquent pas la circoncision, que chez les autres.

On a vu déjà que chez les Hébreux le terme d'incirconcis ou prépuce, 1 Samuel 17:26, était une des plus grandes insultes qu'on pût adresser à un homme; à Rome, au contraire, c'était le nom de circoncis, ou de verpus, qui tenait lieu d'injure. À l'époque d'Antiochus Épiphanes, qui voulut ramener tous ses sujets au paganisme par le ridicule et la persécution, plusieurs Israélites prirent tellement à honte leur circoncision, qu'ils cherchèrent à en faire disparaître les traces par des moyens extérieurs, des remèdes et de nouvelles opérations, 1 Maccabées 1:16. Sur l'horreur des Juifs pour l'incirconcision, cf. encore Juges 14:3; 15:18; 1 Samuel 14:6; 2 Samuel 1:20; Ésaïe 52:1; Ézéchiel 28:10; 31:18.

Saul, voulant se défaire de David, lui fit demander comme douaire, pour obtenir la main de sa fille, cent prépuces de Philistins, 1 Samuel 18:25. David en apporta deux cents. On se rappelle l'usage des Turcs et d'autres peuples orientaux, de compter les morts de leurs ennemis par les têtes, les nez ou les oreilles qu'on en apporte; mais comme souvent les serviteurs de ces despotes asiatiques, pour mieux mériter de leurs chefs, vont jusqu'à faire subir ces tristes opérations aux morts mêmes de leur parti, afin d'avoir plus d'organes à présenter, les calculs sont sujets à de bien graves erreurs. Saül n'avait rien de pareil à craindre, et ce qu'il demandait ne pouvait se trouver que chez les ennemis de son peuple.

La circoncision du cœur, dont parle l'apôtre saint Paul aux Romains, 2:29, n'était point quelque chose de nouveau; ce n'était point une spiritualité de la nouvelle alliance, comparée au matérialisme de l'ancienne; l'ancienne aussi était spirituelle, comme elle était sainte, pure, salutaire; c'était déjà l'ancienne qui pressentait l'inutilité de la circoncision faite de main en la chair; c'était déjà l'ancienne, et Moïse lui-même, qui de la part de l'Éternel appelait les Hébreux à la véritable sainteté, lorsqu'il leur dit: «Circoncisez donc le prépuce de votre cœur. Deutéronome 10:16.

Après la mort de Jésus, et dès les premiers temps de l'établissement de son Église sur la terre, des disputes s'élevèrent entre ses disciples sur la nécessité d'assujettir ou non à cette cérémonie les païens qui passaient au christianisme: nous aurons à en reparler ailleurs; rappelons seulement ici que saint Paul déclara d'une manière générale et positive «que celui qui se circoncit reste sous l'obligation d'accomplir toute la loi», Galates 5:3, et que le concile de Jérusalem délivra officiellement les fidèles d'entre les païens de toutes les cérémonies mosaïques, et en particulier de celle de la circoncision. Actes 15:24,28-29.

Reste enfin le cas de Timothée, Actes 16:3, la circoncision que saint Paul donna à ce disciple, et qui paraît contradictoire avec la conduite qu'il tint plus tard avec Tite, Galates 2:3. Il n'y a aucune contradiction dans la manière dont les deux récits nous sont présentés; dans les Gala-tes, il est dit qu'on n'obligea point Tite, et dans les Actes rien ne semble indiquer que Timothée ait manifesté quelque répugnance à se soumettre à cette cérémonie: s'il y était volontairement disposé, il n'y avait rien dans le système de Paul qui pût l'empêcher d'y consentir; cet apôtre disposé à se faire tout à tous, et Juif aux Juifs, 1 Corinthiens 9:20, devait plutôt saisir avec joie l'occasion qui lui était offerte de faire aux hébraïsants une légère concession pour leur prouver son peu d'entêtement, son laisser-aller dans les choses secondaires, sa tolérance et son amour pour la paix, qui le faisait céder lorsqu'il ne s'agissait que de vues personnelles, particulières, sur des points peu importants, mais qui ne l'amenait cependant à aucune concession sur les articles mêmes de la foi.


CITERNES.
Comme les pluies ne tombent que deux fois l'an en Palestine, que les sources y sont rares, et que les villes sont presque toutes bâties sur des hauteurs, il faut par divers moyens obvier au manque d'eau qui se fait si généralement sentir. Les citernes sont des réservoirs destinés à recueillir les eaux du ciel. Les Orientaux, et les Hébreux en particulier, en avaient creusé un grand nombre dans les plaines et sur les montagnes, et l'on montre encore dans les environs de Nablus (Sichem) la fontaine de Jacob, Jean 4:6, au bord de laquelle s'assit notre Sauveur parlant avec la Samaritaine. Ces citernes prenaient en général le nom de la ville la plus voisine, ou le nom de leurs propriétaires, comme, Deutéronome 10:6, les citernes (Bééroth) des fils de Jaliakan. Assez étroites à leur ouverture, elles s'élargissaient ordinairement à mesure qu'elles étaient plus profondes, et cette forme, qui les rendait peu propres à recueillir en abondance l'eau du ciel, empêchait du moins l'évaporation trop abondante des eaux renfermées dans le réservoir. On les fermait au moyen d'une pierre, Genèse 29:2, pour les abriter contre le sable mouvant du désert, ou contre la soif des étrangers et de leurs troupeaux; et les Bédouins savent si bien encore fermer l'ouverture de leurs citernes, qu'il est presque impossible de les découvrir, cf. 2 Samuel 17:19. À l'approche d'un ennemi, ou pour se venger de quelqu'un, l'on comblait les puits et les citernes, pour essayer de faire périr par la soif, ou du moins pour faire souffrir cruellement ceux qui auraient compté s'y désaltérer, Genèse 26:15; 2 Rois 3:25; 2 Chroniques 32:3; Ésaïe 15:6. Les nomades regardent la propriété de ces puits comme un bien précieux dont on ne cède pas facilement l'usage à d'autres tribus, ainsi qu'il paraît d'après Nombres 21:22. Il résulte, de là que ces citernes devaient être des occasions de rixes et de combats fréquents, soit entre tribus, soit entre particuliers, Genèse 21:25; 26:15.

Dans la saison chaude de l'année, et en général quand les citernes sont vides, elles servent de prisons; Joseph, et Jérémie y furent enfermés, Genèse 37:22; Jérémie 38:6, et les prophètes emploient des images de cette nature pour exprimer les angoisses de leur âme ou les maux qui les oppressent, Psaumes 55:24; 69:15; 88:7. L'ne citerne est mentionnée en passant, 2 Samuel 17:18, comme ayant servi de cachette et de lieu d'abri.

Il y avait ordinairement dans les villes des citernes publiques et banales, de la grandeur moyenne desquelles on peut juger par le fait qui nous est rapporté, Jérémie 41:6-8, de soixante et dix hommes dont Ismaël fit jeter les cadavres dans la citerne (Martin, mal traduit, une fosse). Elles étaient tantôt carrées, tantôt cylindriques, et solidement enduites de mortier et de chaux, afin d'empêcher l'eau de fuir et de se perdre; quelques-unes cependant n'étaient que creusées dans la terre, et présentaient, lorsqu'elles venaient à être à sec, un fond de vase et de boue, Jérémie 38:6. On les couvrait d'une pierre, Exode 21:33, ou bien on les entourait d'une barrière, soit comme garde-fou, pour prévenir des accidents, soit surtout pour les préserver elles-mêmes. Les particuliers opulents avaient dans la cour de leurs maisons des citernes pour leur usage particulier, 2 Samuel 17:18, et ce n'était pas pour eux un médiocre sujet de satisfaction intérieure.

De nos jours encore on trouve bon nombre de puits ou citernes dans les plaines et dans les villes à moitié désertes de l'ancienne Canaan; c'est là qu'à la tête de leurs troupeaux, et montés sur quelqu'une de leurs bêtes, on voit s'avancer vers le soir les bergers, les chevriers, les âniers ou les chameliers, qui seuls entre eux, ou avec leurs bergères, font, pendant que leurs bestiaux s'abreuvent, bourdonner les airs d'un murmure de conversations vives, piquantes, animées, relatives sans doute aux anecdotes qu'ils ont pu recueillir pendant le jour, ou aux besoins des animaux dont la garde leur est confiée; c'est alors une ville bruyante et gaie, puis au bout de deux heures, lorsque le bruit des sonnettes s'est éteint peu à peu, ce n'est plus qu'un désert, c'est un cimetière; on y vit au milieu des morts, et les souvenirs d'un passé, bien passé, animent seuls pour le voyageur la citerne, les palmiers et les blocs de marbre qui se trouvent sur ce théâtre abandonné. Alors on se transporte à l'époque des patriarches, et l'on voit, dans ces jours où les pasteurs jouissaient d'une estime si générale, la scène d'Élihéser et de Rébecca, Genèse 24:11,13, celle de la première rencontre de Jacob et de Rachel, et leurs pleurs au bord de la citerne, 29:3-11, et la scène, moins naïve mais plus sérieuse, du premier roi d'Israël qui, la veille de son sacre, prie les jeunes filles rassemblées autour de la fontaine de vouloir bien lui indiquer la demeure du prophète Samuel, 1 Samuel 9:11.

C'est volontiers auprès des sources que les guerriers et les voyageurs aimaient à s'établir pour y passer la nuit, 1 Samuel 29:1; 2 Samuel 2:13; et la preuve qu'un grand nombre de villes s'établissaient dans le voisinage des sources, se trouverait au besoin dans le fait même de la composition de leurs noms.

— Voir: toutes celles qui commencent par Béer, etc.;

cf. les noms allemands Geisselbronn, Niederbronn, Heilbronn, Brunnen, Lauterbrunnen; et en français, Aubonne, Bordeaux, Fontainebleau, etc.

Il y avait d'autres puits qui n'étaient point de simples citernes ou réservoirs, mais qui, élevés sur des sources d'eaux vives, avaient une eau toujours nouvelle, fraîche et pure: ils étaient plus recherchés, mais aussi bien plus rares, Lévitique 14:5; 15:13; Nombres 19:17.


CLAUDE, et Clauda.
  1. César, Actes 11:28; 17:7; 18:2, le quatrième empereur de Rome, et le premier que les gardes placèrent sur le trône: il ne demandait pas la puissance; caché derrière une porte pendant le tumulte qui suivit l'assassinat de Caïus, il y fut découvert par un soldat et proclamé empereur. Claude consterné, dit Chateaubriand, ne demandait que la vie, on y ajoutait l'empire, et il pleurait du présent. S'il fût resté dans une condition privée, il eût été sans doute un honnête citoyen, car il était généreux par nature, et savait ce que c'est que la justice; mais empereur,1 il se laissa entraîner à beaucoup de crimes, par ses femmes et ses favoris. Le principal fait militaire de son règne fut une descente victorieuse en Bretagne, qui lui valut les honneurs d'un triomphe et le surnom de Britannicus, qu'il légua à son fils. Ayant fait assassiner sa femme Messaline, qui le couvrait do honte par sa conduite scandaleuse, il épousa sa nièce Agrippine: celle-ci exerça sur lui la plus funeste influence, et en particulier lui fit adopter le jeune Domitius (Néron), qu'elle avait eu d'un premier mariage, et qui fut ainsi préféré à Britannicus, le propre fils de l'empereur. Cette méchante impératrice finit par faire empoisonner son mari, pour éviter elle-même le sort de Messaline. Claude mourut le 13 octobre 54 après J.-C., âgé de soixante-quatre ans, après en avoir régné près de quatorze. De même que tous les empereurs romains, il fut après sa mort mis au nombre des dieux. Parmi les travaux considérables qu'il fit exécuter pendant sa vie, il faut remarquer l'agrandissement de la circonférence de Rome, la construction d'un port à l'embouchure du Tibre, et l'achèvement d'un magnifique aqueduc commencé par son prédécesseur Caligula. La Judée fut réduite par lui en province romaine. C'est sous lui qu'eurent lieu la famine annoncée par le prophète juif Agabus, la persécution dont l'apôtre saint Paul faillit être victime à Thessalonique, et l'expulsion des juifs de la ville de Rome. C'est encore sous son règne que Chateaubriand et d'autres poètes placent la fiction de saint Pierre arrivant à Rome en 42, «le bâton pastoral à la main; prince d'une nouvelle espèce, dont les successeurs sont destinés à monter un jour sur le trône des Césars.»

  2. Claude Lysias.

    — Voir: Lysias.

  3. Surnom que Flavius Josèphe donne à Félix, gouverneur de la Judée, Actes 23:26;

    — Voir: Félix.

  4. Clauda, Actes 27:16, très petite île près de la pointe sud-ouest de la Crète, maintenant appelée Gozzo, et habitée seulement par une trentaine de familles.


CLAUDIA,
2 Timothée 4:21, chrétienne de Rome, apparemment convertie par saint Paul, niais du reste inconnue. On a voulu la faire, à cause d'une épigramme de Martial qui réunit ces deux noms, la femme de Pudens, dont le nom précède le sien; mais outre que la preuve n'est pas forte, le nom de Linus, intercalé par saint Paul entre ceux de Pudens et de Claudia, n'appuierait pas cette conjecture. D'autres ont voulu la faire Anglaise de nation; d'autres enfin Gauloise, et veuve chrétienne de Pilate. Toutes ces suppositions reposent sur le désir de deviner des énigmes. Claudia est inconnue.

CLÉMENT,
Philippiens 4:3, compagnon d'œuvre de saint Paul à Philippes, que Grotius et Steiger supposent avoir été l'un des anciens de cette ville; quoiqu'il soit inconnu, et que l'on ne puisse rien affirmer de positif sur son compte, l'ancienne église paraît avoir regardé ce Clément comme identique avec le Clément de Rome, connu par ses deux lettres aux Corinthiens, et par la tradition qui en fait Je troisième pape, successeur supposé de Linus et de Pierre, évêques supposés d'une ville qui n'était rien dans le monde religieux d'alors. Ou peut accepter cette identité, tout en se rappelant qu'il est arrivé bien des fois que l'on a attribué à un personnage connu, divers faits et gestes qui appartenaient à un personnage plus obscur, mais du même nom.


CLÉOPAS ou Clopas,
(toute gloire) ou Clopas, Jean 19:25, époux de Marie, sœur de la mère de Jésus; cette Marie, dans le passage parallèle, Marc 15:40, est appelée mère de Jacques le mineur, lequel Jacques est ainsi nommé pour le distinguer du fils de Zébédée. Ce Jacques le mineur est donc fils d'Alphée, et comme il est aussi fils de Marie, femme de Cléopas, il en résulte que Alphée et Cléopas ne sont qu'un seul et même nom, comme le prouve; d'ailleurs leur presque identité de forme et de signification dans les langues originales (Alphée signifie instruit, chef.). Cléopas est encore le nom de l'un des deux disciples que notre Sauveur rencontra sur la route d'Emmaüs, Luc 24:18; est-ce le même que l'époux de Marie? rien ne le prouve; et comme il y a dans ] les deux noms une légère différence (le premier est proprement Clôpas), il est plus probable qu'il faut les distinguer; cette seule différence d'une lettre est d'ailleurs plus importante qu'il ne le semble d'abord, et, comme Winer le fait observer, Cléopas est davantage un nom grec et la contraction de Cléopatros, de même que Antipas est la contraction d'Antipatros, tandis que Clôpas est plutôt le nom d'Alphée passé à la forme grecque. Toutefois Tholuk et Olshausen ne voient dans ces deux passages qu'un même individu.


CLIMAT,
— Voir: Température.


CLOCHETTE,
— Voir: Sonnette.


CLOUS.
Outre le clou de Jahel, Juges 4:21, et le passage prophétique Psaumes 22:17, il n'est guère parlé de clous dans l'histoire Sainte que lors de la crucifixion de notre Sauveur, Luc 24:39; Jean 20:25. On se demande si les deux pieds ont été percés du même clou comme le disent les Latins, ou si chaque pied a été percé à part comme le veulent les Grecs et Grégoire de Tours; on n'en sait rien, et cela ne fait rien non plus.

— Quant à l'histoire de ces trois ou quatre clous, voici ce qu'on en dit: l'un fut mis à la couronne de Constantin, deux autres servirent à faire le mors de son cheval, un quatrième fut jeté par l'impératrice Hélène dans la mer Adriatique pour en calmer les agitations. On en montre maintenant quatorze autres, tous avec des certificats d'origine; deux à Rome, un à Milan, autant à Carpentras, à Sienne, à Venise, à Cologne, à Trêves, deux à Paris, un à Saint-Denis, à Bourges, à Draguignan, etc., etc.

— Fraudes pieuses!


COCHON,
— Voir: Porc.


COLLIER,
— Voir: Boucles.


COLOMBE,
oiseau trop connu pour qu'il soit nécessaire de le décrire; nous nous bornerons aux observations que nous fournissent sur cet animal les données bibliques.

— La colombe qui est répandue dans tout l'Orient, où elle niche dans de vieux murs, sur des rochers ou dans le creux des arbres, s'appelle en hébreu, Iona, nom qui ne dérive point, ainsi que le veut Bochart, de l'Ionie, mais d'un mot arabe qui indique la douceur, la grâce. C'est à l'aube du nouveau monde et sur les flots du déluge, qu'elle apparaît pour la première fois dans l'Écriture, Genèse 8:8-12, comme si cet animal, dont l'apparition précéda celle de l'arc-en-ciel, devait déjà nous annoncer par avance que la terre serait gouvernée par des lois plus douces, et sauvée par la bonté du Créateur, malgré les péchés des hommes; la branche d'olivier qu'elle rapporte semble renfermer la même pensée et dire aux hommes que «Dieu ne frappera plus toute chose vivante comme il l'a fait» (8:21), et qu'il attendra le jugement final avant d'accabler de son juste courroux les pécheurs impénitents.

Elle joue le même rôle encore dans la loi mosaïque où, déclarée animal pur, elle se trouve mêlée à tous les sacrifices, et sert à remplacer, pour les pauvres, les victimes plus considérables exigées en holocaustes pour le péché, Luc 2:24; cf. Lévitique 1:14; 5:8; 12:8; Nombres 6:10. À cause de la grande consommation de colombes qui devait se faire pour le service du temple, et comme il n'était pas toujours facile à ceux qui devaient en offrir, de se les procurer et surtout de les apporter à Jérusalem s'ils en étaient éloignés, les prêtres avaient permis qu'on vendît de ces oiseaux dans les parvis du temple; c'est à cause des abus et des illégalités de ce trafic que notre Sauveur chassa un jour ceux qui faisaient ce commerce d'une manière indigne, ne voulant pas qu'on fit de la maison de son père une caverne de voleurs, Matthieu 21:12. Le nom de la fille aînée de Job, 42:14, Jémima, vient probablement d'un mot arabe qui signifie colombe. En Orient, on donne ce nom aux femmes de la plus grande beauté. Sémiramis fut appelée Sémir Jemamah, la colombe brune, ou, selon Hésychius, la colombe de la montagne, et les Babyloniens portaient une colombe sur leurs enseignes en l'honneur de cette princesse.

Quant aux retraites choisies par ces oiseaux, on peut voir Ézéchiel 7:16; Jérémie 48:28; Cantique 2:14; Psaumes 11:1.

Le vol de la colombe est quelquefois considéré par les poètes comme l'image de la rapidité, Psaumes 55:7; Osée 11:11; Ésaïe 60:8 (cf. Sophocle, Œdip. à Colon. 1081); la colombe, en effet, dépasse au vol tous les animaux de sa taille et de sa grandeur, et c'est ainsi que, sans défense, elle peut échapper fort souvent à ses persécuteurs. Salomon, dans le Cantique 1:14; 4:1; 5:12, compare à des colombes les yeux innocents et tendres de celle qu'il aime: «ils sont comme des colombes sur les ruisseaux d'eaux, baignées dans du lait, se reposant au milieu de la plénitude de la beauté.» Chacun sent tout ce qu'il y a de gracieux dans cette image, qui s'attache cependant de si près à la réalité, en nous montrant les prunelles nageant dans le blanc de l'œil comme dans des flots de lait, et si fraîchement entourées d'un cadre de visage au milieu duquel elles reposent comme dans le sein de la beauté. Nos versions ont mal à propos, dans ces trois passages, mis «tes yeux sont comme ceux des colombes:» ceux n'est pas dans le texte, et ne fait que nuire à l'idée.

Le roucoulement de la colombe est dans presque toutes les langues appelé un gémissement (en latin, gemere, en grec, στένειν, etc.), et les prophètes hébreux ont exprimé la même pensée, Ésaïe 38:14; 59:11; Nahum 2:7; cf. Ézéchiel 7:16. On se rappelle le vers de Virgile, Églog. 1:59:

Nec gemere aeria cessabit turtur ab ulmo.

Cet animal est le symbole de la candeur et de la simplicité, Matthieu 10:16, quelquefois aussi du peu d'intelligence, Osée 7:11-12.

Il reste encore quatre passages qui ont besoin d'une explication particulière, et qui, ordinairement mal traduits, plus souvent encore mal compris par certains interprètes, ont donné lieu à diverses méprises.

— Psaumes 68:14.

— Martin: Quand vous auriez couché entre les chenets arrangés, vous seriez comme les ailes d'un pigeon couvert d'argent, et dont les ailes sont comme la couleur jaune du lin or.

— Luther: Quand vous êtes aux champs, cela resplendit comme les ailes des pigeons qui brillent comme l'argent et l'or.

— Anglais: Quoique vous ayez été au milieu des pots (en Égypte, cf. Psaumes 81:6), cependant vous serez comme les ailes des colombes, recouvertes d'argent, etc.

— Enfin Calvin: Quand bien vous seriez entre les pots aux cendres, si (cependant) serez-vous comme les ailes de la colombe couverte d'argent, et laquelle par derrière est comme le fin or bien jaune.

Quelque différentes que puissent paraître ces traductions, elles se réduisent pourtant, une fois qu'on peut les comprendre, à une même signification générale que voici: «Quand vous seriez couchés entre des chenets (marmites, objets qui ont senti la suie), vous n'en sortiriez pas moins blancs comme les plumes argentées d'une colombe, comme leurs ailes dorées.» Quelles que soient vos afflictions, quelles que soient les ténèbres dans lesquelles vous gisez, vous ne cesserez jamais de reluire, de briller, d'être heureux: la délivrance dissipera toujours les taches que vous aurez contractées dans l'adversité. Celui qui gouverne l'Église la tirera de tous les dangers auxquels elle sera exposée. On peut citer comme parallèle à ce passage le verset d'Ésaïe 1:18: «Quand vos péchés seraient rouges comme le cramoisi, ils seront blanchis comme la neige.»

— 2 Rois 6:25. Il est dit que lors de la famine de Samarie, le quart d'un cab de fiente de pigeon se vendait cinq pièces d'argent. Le savant Bochart, qui a consacré dix-sept pages à l'examen de cette question, pense qu'il faut entendre par les mots fiente de pigeon une espèce de légume, de pois chiches, qui porte encore un nom semblable en arabe; mais il paraît que Bochart a fait une confusion de mots, et que ses conclusions d'analogie doivent être abandonnées. D'autres, surtout des interprètes anglais, ont essayé de paraphraser, en disant que l'on vendait pour cinq pièces d'argent un cab de balayures, de rebuts, d'ordures, de débris réservés aux pigeons, etc.; mais c'est forcé, et l'on doit conserver la version ordinaire, qui est appuyée par toutes les traditions juives, et par le fait bien connu, qu'en maint et maint cas de siège, les habitants au désespoir ont été réduits à se nourrir de fiente d'animaux.

— Jérémie 23:38; 46:16; 50:16. On lit dans le premier de ces passages, en parlant des ravages que Nébucadnetsar fera dans la Judée, que la terre sera dévastée «à cause de l'ardeur de la fourrageuse;» les deux autres versets indiqués finissent par «l'épée de l'oppresseur.» Dans ces trois passages, on peut traduire par colombe les mots marqués en italiques: c'est ainsi qu'a fait la Vulgate, et ceux qui adoptent cette manière de voir, l'expliquent en rappelant que les Assyriens et les Babyloniens avaient sur leurs drapeaux une colombe en souvenir de Sémiramis, et qu'ils sont fréquemment désignés sous l'emblème de cet animal. On peut comparer encore les passages du Nouveau Testament qui parlent de la colère de l'agneau, et penser que le prophète annonce aux Hébreux, que le Seigneur, doux comme une colombe, finira par s'embraser dans sa colère contre eux. Cependant, quoiqu'à la rigueur cette traduction et ces interprétations soient possibles, elles ne sont pas probables, et les auteurs catholiques eux-mêmes traduisent par oppresseur, ravageur, ou four-rageur, laissant au masculin ce dernier nom que Martin a mis au féminin sans trop de raison. On comprend comment l'épithète de ravageur pouvait bien se rapporter à l'ennemi de la Judée, Nébucadnetsar.

— Matthieu 3:16; Marc 1:10; Jean 1:32. Au baptême de Jésus-Christ il est dit que le Saint-Esprit descendit sur lui comme une colombe, et saint Luc 3:22, nous dit plus positivement encore: «Le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme celle d'une colombe.» On peut admettre que le Saint-Esprit qui, dans d'autres occasions, se présentait sous d'autres formes, cf. Actes 2:3, ait, cette fois peut-être, pris en effet la forme matérielle d'une colombe; et les rabbins, dans leurs explications de Genèse 1:2; Cantique 2:12, ont toujours représenté l'Esprit de Dieu sous cette image: le symbolique Orient devait représenter le Saint-Esprit sous la figure d'un oiseau, comme descendant du ciel, et la colombe devait être choisie naturellement à cause de son innocence et de sa pureté. Cependant la plupart des interprètes modernes, surtout les protestants, repoussent cette idée comme trop matérialiste, et ne considèrent dans l'image que l'image seule, c'est-à-dire la vitesse, la douceur et la grâce. Pour pouvoir obtenir un résultat quelconque, une solution quelconque aux questions que soulève cette descente du Saint-Esprit, il faut remarquer que non seulement Jésus, mais Jean-Baptiste lui-même (au moins lui), a vu descendre le Saint-Esprit, que, par conséquent, le Saint-Esprit a dû revêtir une forme: on ne saurait admettre une vision, une vue, sans que l'objet vu ait des contours, un dessin, une forme: quelque vague qu'on veuille se le représenter, quelque nuageux, quelque vaporeux qu'on veuille supposer le Saint-Esprit dans cette occasion, encore faut-il qu'il ait eu une forme; et l'on doit se demander maintenant s'il a une forme ordinaire, habituelle, constante, ou si, son essence étant invisible, il prend quelquefois, pour se manifester, des apparences terrestres: il nous semble que la première hypothèse est bien plus matérialiste que la seconde, et nous croyons beaucoup plus naturel, comme aussi beaucoup plus d'accord avec le texte sacré, d'admettre que le Saint-Esprit, impalpable sans doute, mais visible, a revêtu ostensiblement l'apparence de la colombe.


COLONIE.
Actes 16:12;

— Voir: Philippes #5.


COLONNE.
Il est souvent parlé, Exode 13:21; 14:24; Nombres 14:14; Néhémie 9:12,19, de la colonne de nuée et de la colonne de feu qui accompagnaient les Israélites dans le désert, leur montrant la route et leur servant de fil directeur, l'une les éclairant la nuit, l'autre leur donnant de l'ombre pendant le jour et servant de retraite à l'Éternel qui y habitait. Quoiqu'il ne soit pas dit en quel endroit elle commença, et en quel endroit elle cessa d'accompagner les Israélites, on peut croire que le passage de la mer Rouge et le passage du Jourdain furent les termes extrêmes de son voyage. Elle se tenait ordinairement à la tête du peuple; une seule fois elle vint se placer entre eux et les Égyptiens qui les poursuivaient. Exode 14:19-20, de manière à les séparer pendant toute la nuit. C'est du sein de la même nuée que le Seigneur apparut aux Hébreux en Sinaï, quand il leur donna sa loi.

— Mais qu'était-ce matériellement que cette nuée miraculeuse? C'est ce que nous ne savons pas. Quelques rationalistes, avec l'esprit qui les caractérise, ont imaginé que c'était un tas de bois que l'on faisait brûler à l'entrée du camp par manière de signal; on en voyait la fumée le jour, et la flamme la nuit; mais il faut avouer

  1. que, pendant quarante ans, cela aura fait une consommation de bois prodigieuse;

  2. que dans le désert on aurait eu un peu de peine à s'en procurer autant, et

  3. que ce devait être bien mal commode de charrier, devant soi, jour et nuit, ce foyer ambulant.

— D'autres ont imaginé que c'étaient deux immenses drapeaux, sur l'un desquels était peint un nuage, et sur l'autre une flamme. Il n'est pas nécessaire de faire remarquer au chrétien qui lit la Bible avec un cœur honnête et pur, combien toutes ces divagations sont impies et ridicules. Cf. Psaumes 78:14; 105:39.

— Les colonnes de la terre, Job 9:6, les piliers du pays, Psaumes 75:3, et les colonnes des deux, Job 26:11, sont des expressions métaphoriques qui représentent le ciel et la terre comme des édifices bâtis parla main de l'Éternel, comme des temples du Dieu vivant, taillés à la ressemblance des ouvrages de l'homme, et soutenus comme ces derniers par des colonnes, cf. Job 38:4-6.

L'Éternel, en envoyant Jérémie prêcher aux Gentils, lui annonce qu'il lui a donné les forces et la consistance d'une colonne de fer, Jérémie 1:18; dans le Nouveau Testament, Jacques, Céphas et Jean sont appelés les colonnes de l'Église, Galates 2:9; et Apocalypse 3:12, l'Esprit dit encore: «Celui qui vaincra, je le ferai être une colonne dans le temple de mon Dieu.» Le sens est le même dans ces trois passages; la colonne désigne des hommes forts, qui sont les fermes soutiens de l'œuvre du Christ, la force et l'ornement de la maison de Dieu. Enfin l'Église elle-même est nommée de ce nom par saint Paul, 1 Timothée 3:15, parce qu'elle est le gardien extérieur des vérités divines et des oracles de Dieu.

Quant aux colonnes du temple,

— Voir: Temple.


COLOQUINTE.
2 Rois 4:39. Élisée étant venu à Guilgal à l'époque d'une grande famine, voulut faire préparer un repas pour les prophètes de l'endroit, mais ils furent presque empoisonnés avec un plat de coloquintes sauvages que quelqu'un avait cueillies et mises dans la chaudière sans savoir ce que c'était. L'homme de Dieu prit un peu de farine, la jeta dans le potage et le rendit mangeable et sain.

— Les coloquintes sont une espèce de courge ou de concombre sauvage, dont la tige jette autour d'elle des sarments et des feuilles semblables à celles des concombres de nos jardins, ou à celles de la vigne: le fruit, dont l'enveloppe charnue est d'un jaune-vert, est de la grosseur d'une orange, mais allongé comme le concombre, et si amer qu'on l'a surnommé le fiel de la terre; lorsqu'il est mûr, il éclate à la moindre pression. La ressemblance de la coloquinte avec le concombre a facilement pu faire cueillir l'une pour l'autre, d'autant plus qu'en temps de famine on n'y regarde pas toujours de très près. Quant au moyen employé par le prophète pour assainir ce mets affreux, on n'y peut voir qu'un miracle; cependant on sait que certains légumes, d'un goût amer, perdent cette amertume quand on y mêle de la farine.


COLOSSES.
Située sur le Lycus, à 8 parasanges (environ 50 kilomètres) du Méandre, et à 35 kilomètres de Laodicée, cette ville était une des plus considérables de la Phrygie au temps d'Hérodote. Xéno-phon encore l'appelle une cité peuplée, prospère et grande. Au temps de Strabon ce n'était plus qu'une ville médiocre, un bourg, quoique Pline ait pu la classer encore au nombre des villes célèbres de l'Asie-Mineure. Elle fut renversée par un tremblement de terre la septième année de Néron, 60-61, mais reconstruite immédiatement. Au onzième siècle, et déjà du temps de Théophylacte, on l'appelait Chônaï (fentes, fissures), peut-être à cause de la nature de son sol limoneux, qui sèche en été et se crevasse au point que, près de Colosses, le Lycus disparaît sous terre comme englouti. Au douzième siècle elle avait recouvré quelques traces de sa première grandeur. Elle fut longtemps une résidence épiscopale. Maintenant ce n'est plus qu'un gros village qui porte encore le nom de Chonus, avec un château-fort dans le voisinage. On a varié sur l'orthographe de ce nom, les uns voulant l'écrire Colasses; mais les meilleurs manuscrits, de même qu'un grand nombre de médailles, l'écrivent comme nous faisons, et leur autorité l'emporte. Pour la géographie de cette contrée, il faut consulter surtout le commentaire de Steiger sur l'épître aux Colossiens, p. 13 et 368.

Il ne paraît pas, ni d'après les Actes des apôtres, ni d'après l'épître aux Colossiens, que Paul ait lui-même visité ces contrées, ou qu'il y ait fondé des Églises; mais pendant le séjour prolongé de Paul à Éphèse, et à cause des communications faciles du Méandre et du Lycus, on peut croire que des disciples de cet apôtre, ou d'autres fidèles portèrent l'Évangile dans l'intérieur du pays, et y établirent quelques assemblées chrétiennes. On croit même, d'après l'épître à Philémon, et par plusieurs passages de celle aux Colossiens 4:7,10,14. 15,47, que Paul connaissait diverses personnes de cette contrée, et que ces Églises connaissaient plusieurs des compagnons de Paul. Du reste la plupart des noms d'origine grecque, Nymphas, Archippe, Philémon, Appia, Épaphras, Onésime, etc., rendent probable l'opinion que les troupeaux de cette vallée étaient composés en très grande partie, sinon exclusivement, de païens convertis, et non de judéo-chrétiens.

Quant à l'Épître aux Colossiens, il est évident non seulement qu'elle a été écrite en vue de certains faux docteurs, mais encore que ces docteurs avaient une doctrine d'un caractère particulier et même systématique: les uns ont voulu y voir des pharisiens, d'autres des philosophes platoniciens, ou même pythagoriciens, d'autres des disciples de Jean-Baptiste. Avant tout il faut remarquer, d'abord, que ces faux docteurs étaient des Juifs d'origine, des docteurs de la loi, recommandant les cérémonies, les sabbats, les jeûnes, etc.; ensuite que ce n'étaient pas des Juifs ordinaires, se bornant à conserver la loi et à la répandre au sein des Églises, mais des Juifs qui philosophaient d'une manière ou de l'autre sur les objets de la loi. Ces deux caractères sont si frappants que quelques commentateurs ont pensé que Paul s'adressait alternativement, dans cette épître, à deux classes de docteurs; mais Calvin et d'autres ont établi qu'il ne s'agissait ici que d'une seule classe joignant à l'attachement à la loi l'amour d'une certaine philosophie. On peut supposer, ou que ces docteurs juifs avaient fait profession de christianisme, ou qu'ils ne l'avaient pas fait; mais cette dernière supposition est peu vraisemblable: on admettra difficilement que des Juifs non baptisés aient trouvé accès auprès des membres d'une Église surtout composée en majorité de chrétiens d'entre les gentils, et que saint Paul ne les ait pas combattus d'une manière franche et directe. L'opinion la plus probable est donc celle du critique anglais Hammond qui, avec sa malheureuse habitude de voir partout des gnostiques, s'est trouvé cette fois avoir rencontré juste. Ce n'étaient point les écoles gnostiques qui furent fondées plus tard, mais c'était la même direction d'esprit, la même philosophie presque traditionnelle, la philosophie orientale appliquée par les Juifs à leur croyance paternelle, puis au christianisme, lorsqu'ils se faisaient baptiser. Leur philosophie, ou plutôt leur théosophie, leur théurgie s'était humanisée, pour ainsi dire, en se fondant avec les idées grecques, et surtout en empruntant à l'esprit grec une certaine volubilité des idées, et l'apparence d'une philosophie didactique. Ces théosophes, également attirés par le christianisme, étaient assez impartiaux pour reconnaître que l'intelligence des choses célestes était supérieure à leurs propres idées; désirant d'y prendre part, ils entrèrent dans l'Église, mais n'ayant pas été convertis de cœur, l'amour de la sagesse charnelle prévalut bientôt; ils donnèrent au christianisme et à Christ une place dans leur système, mais n'abandonnèrent pas leurs erreurs. D'autres hommes qui s'étaient faits chrétiens, entraînés par un besoin du cœur plutôt que par curiosité, retournant plus tard à des idées de propre justice, s'efforcèrent d'accorder le christianisme qu'ils aimaient, avec la loi qu'ils aimaient également, et pour les cimenter ils se servirent de l'ancienne philosophie. On peut consulter avec fruit sur ce sujet l'excellent commentaire de Steiger sur les Colossiens (Erlangen 1836), ainsi que ceux de Bæhr (1833) et de Mélanchthon (1577). Le peu que nous avons dit suffira peut-être pour faciliter l'intelligence de l'épître si difficile dont nous parlons. «Après avoir réfuté ces fausses doctrines, ajoute Calmet, l'apôtre débite aux Colossiens la plus belle et la plus sublime morale.»

— On se demande si cette épître a été écrite pendant la captivité de Rome, ou pendant celle de Césarée: il est probable qu'elle fut datée de Rome, et écrite peu de temps avant celle aux Éphésiens avec laquelle elle a beaucoup de rapports, et dont elle semble même n'être guère qu'un extrait destiné spécialement à l'Église de Colosses, tandis que l'épître aux Éphésiens serait une circulaire pour toutes les églises environnantes; elles s'expliquent l'une l'autre, et peuvent avec avantage être lues ensemble. Voici quelques-uns des parallèles du 1er chapitre de l'épître aux Colossiens.

Colossiens.

1:2
1:3
1:13
1:14
1:16
1:20
1:21
1:24
1:26
etc.
Éphésiens.

1:1-2
1:15-16
1:6
1:7
1:22; 3:10-11
1:10; 2:13
2:1
3:1
3:3
etc.

Les chapitres suivants présentent un parallèle également remarquable que le lecteur attentif trouvera seul, sans qu'il soit nécessaire de prolonger ces citations.


COMMERCE.
On comprend que le commerce soit une chose aussi vieille que le inonde, et que les échanges aient commencé dès les premiers temps entre les bergers, les laboureurs, et les fabricants. Aux jours des patriarches ce mode d'échange subsistait encore; mais il avait déjà pris un caractère plus mercantile que lorsque l'humanité ne formait qu'une famille, dont les divers membres travaillaient les uns pour les autres, se communiquant mutuellement, sans les mesurer, les produits de leur travail ou de leur industrie; on voit déjà des marchands proprement dits; mais comme l'argent monnayé n'existe pas, on donne des denrées pour d'autres denrées, chacune ayant une valeur déterminée; les caravanes ismaélites traversent Canaan pour se rendre en Égypte, leurs chameaux portent des drogues, du baume, de la myrrhe; elles achètent un homme esclave, et le payent vingt pièces d'argent, Genèse 37:25,28, car l'argent aussi était une marchandise qui se pesait, et que l'on estimait selon son plus ou moins grand degré de pureté. Ce sont probablement encore des caravanes marchandes que nous trouvons Job 6:19.

Puis, pendant la servitude d'Égypte, les Hébreux, quoique simples ouvriers esclaves, se trouvèrent plus ou moins mêlés au commerce actif de cette riche contrée; mais ce goût qui n'eut pas de peine à se développer chez eux, fut comprimé par la législation mosaïque, soit directement, soit indirectement par la nature peu maritime, quoique littorale, du pays qui leur avait été donné, par l'obligation qui leur était imposée de diverses manières, de cultiver le sol afin d'en consacrer les produits à l'Éternel, par les avantages mêmes qu'ils retiraient de la culture de ce sol, enfin, par les barrières que la loi établissait entre le peuple saint et les peuples environnants. Il paraît toutefois que les habitants du nord du pays ne laissèrent pas que de faire un petit commerce avec les Phéniciens leurs voisins, Genèse 49:13; Deutéronome 33:18. Sous les rois, le commerce s'agrandit et devient royal. Salomon lui-même est à la tête des plus grandes entreprises; il fait le commerce des chevaux entre l'Égypte et la Syrie, 1 Rois 10:26; 2 Chroniques 1:16-17; il s'associe au roi de Tyr pour l'exploitation des mers, 1 Rois 9:26. Après lui, les expéditions maritimes cessent de faire partie des revenus royaux, et même, sauf quelques essais tentés par Josaphat, 1 Rois 22:49, le commerce par mer est interrompu, les ports d'Élath et de Hetsjon-Guéber conquis par David, étant tombés de rechef entre les mains des Édomites. Mais le commerce par terre avec Tyr continue de fleurir. Ézéchiel 27:17; Néhémie 13:16. Les Hébreux achètent aux Phéniciens de magnifiques bois de construction, 1 Chroniques 14:1; 1 Rois 5:10, du poisson, Néhémie 13:16; (cf. Ézéchiel 26:5,14), divers objets de luxe, des étoffes brodées de diverses couleurs, des parfums, de l'encens, de la pourpre, et d'autres marchandises tirées pour la plupart de l'Arabie, de la Babylonie, ou des Indes; ils fournissent en échange du blé, de l'huile (cf. 1 Rois 5:11; Actes 12:20) du miel, des dattes, du baume, Osée 12:2, des objets de toilette brodés par les mains de leurs laborieuses épouses, Proverbes 31:24, enfin quelques espèces de fines pâtisseries.

On ne voit nulle part que, malgré les guerres nombreuses qu'eurent à soutenir les deux royaumes, les revenus de l'État en aient souffert d'une manière notable: on trouve même au milieu de leurs revers des périodes, Ésaïe 2:7, ou des tribus, Osée 12:9, qui se font remarquer par leurs richesses et l'abondance de toutes sortes de biens.

L'exil étendit naturellement beaucoup la sphère du commerce hébreu; les exilés ne voulant se fixer nulle part, et restant partout étrangers, n'avaient de ressource que dans le commerce, mais ils surent en profiter; ils se dispersèrent dans les différentes villes de la Babylonie, puis ailleurs, dans les provinces de l'Asie mineure, en Égypte, et jusqu'en Europe. Cependant toujours un peu gênés par leur loi, les Juifs de la Palestine hésitèrent à se vouer au commerce, et laissèrent occuper par des étrangers les ports de Joppe et de Césarée que leurs rois leur avaient donnés; puis, sous la domination romaine, plusieurs objets de commerce ou d'industrie, passèrent à l'état de régie, et furent enlevés à l'activité individuelle.

Quant au petit commerce, pour lequel on trouve des préceptes particuliers, Lévitique 19:36; Deutéronome 25:13; cf. Osée 12:8, les grandes fêtes lui étaient surtout favorables; les marchands étalaient alors leurs marchandises sur les places près des portes, et les Tyriens mêmes savaient encore dresser leurs bancs sur les marchés de Jérusalem, cf. Néhémie 13:16. On trouvait en outre dans les parvis du temple des changeurs et des vendeurs d'animaux pour les sacrifices. C'étaient des objets de première nécessité; les Juifs étant forcés d'acheter, le commerce des vendeurs tourna au vol: ils justifièrent les doubles attributions que le paganisme donnait à Mercure, et ils furent chassés par notre Sauveur, Jean 2:14; Matthieu 21:12.


CONCOMBRES,
seulement Nombres 11:5; (cf. Ésaïe 1:8, un champ de concombres.), plante et fruit bien connu dans nos jardins et sur nos marchés. Tourne-fort en compte six espèces, dont la blanche et la verte sont le«plus estimées. C'est en Orient, et surtout en Égypte, qu'ils acquièrent leur plus grande beauté. On assure que le concombre, dans ces pays méridionaux, forme avec le melon et l'oignon une des nourritures les plus délicates du peuple, et qu'il est à la fois plus agréable au goût et moins indigeste que le concombre européen.


CONCUBINES.
Il y avait chez les Hébreux divers ordres d'épouses, toutes considérées comme telles, mais occupant une place plus ou moins élevée dans la famille, et jouissant de privilèges plus ou moins grands. Michaëlis (Mos. Recht) en compte trois degrés: d'abord les femmes libres et légitimes, épousées et non achetées, comme Sara femme d'Abraham; ensuite les épouses légitimes, mais achetées, comme Léa et Rachel, Genèse 29:18,27; enfin les concubines, femmes esclaves, qui, sans être légitimes, étaient cependant unies à l'époux d'une manière légale et régularisée, sans que leur état les avilit, et sans qu'elles fussent coupables de mauvaise conduite. À côté d'une, et même de plusieurs femmes légitimes, un homme pouvait avoir plusieurs concubines, surtout s'il n'avait point d'enfants de sa première épouse, Genèse 16:3; 30:3. C'était ordinairement parmi ses esclaves, ou parmi celles de la femme et du consentement de celle-ci, qu'il choisissait celle qu'il voulait élever à ce rang secondaire, qui était plutôt un privilège qu'une honte.

Dans cette coutume si contraire à l'institution primitive du mariage, il faut reconnaître une déviation de la droite voie, moins coupable peut-être chez les hommes qui avaient à la fois beaucoup de besoins et peu de lumières, mais coupable cependant, et qui ne fut jamais en bénédiction à ceux qui s'y livrèrent. Le grand Abraham, polygame, fut obligé de la part de Dieu à répudier la femme qu'il avait prise pour en avoir des enfants en dehors de la promesse; Jacob fut malheureux dans l'intérieur de sa famille, il vit ses quatre femmes se quereller, et l'une d'elles se livrer à Ruben, l'aîné de ses fils; David s'en trouva mal, et Salomon s'égara loin de Dieu au milieu des voluptés de son sérail.

Quoi qu'il en soit, ce fut une coutume qui commença de bonne heure à se répandre, que les hommes les plus fidèles acceptèrent, qui passa presque à l'état de règle, et qui semble sanctionnée par un détail de la loi mosaïque, Exode 21:8; cf. Genèse 22:24; 36:12; Juges 8:31; 2 Samuel 3:7; 1 Chroniques 1:32. Les enfants issus de pareilles unions n'étaient point considérés comme fils légitimes; et quoiqu'ils pussent habiter avec leurs frères légitimes, ils n'avaient aucun droit à l'héritage du père de famille; celui-ci pourvoyait par des dons volontaires et de son vivant à leur assurer une condition avantageuse, Genèse 25:6; 21:10; 24:36.

Une esclave, par le fait de son alliance avec son maître, ne pouvait plus disposer d'elle-même pour appartenir à un autre, Juges 19:2; 2 Samuel 3:7; elle était sa femme, quoique moins honorée, et ses infidélités devenaient adultères, mais passibles des peines ecclésiastiques seulement, et non point des peines criminelles, Lévitique 19:20. Moïse présente le servage et les rapports de maître à esclave-femme sous un point de vue assez particulier, lorsque, Exode 21:7-11, il maintient la servitude de la jeune esclave dans l'année sabbatique, contrairement aux dispositions qui rendaient cette année la liberté à ceux qui l'avaient perdue d'une manière ou de l'autre. Il part de la supposition qu'une esclave n'est jamais achetée qu'à titre de concubine; il la considère donc comme telle, et regarderait son affranchissement comme une espèce de divorce. Mais comme il arrivait fréquemment qu'une esclave n'était pas concubine, elle était alors en droit ou d'être rachetée, ou d'être affranchie, ou de passer à un autre maître, afin de n'être pas vouée à un triste et honteux célibat par l'indifférence de son maître. Quelquefois un père achetait une jeune fille pour la donner à son fils, jugeant convenable de prévenir ainsi de plus grands désordres; et quand ce fils venait à prendre une épouse légitime, l'esclave était en droit d'exiger de son jeune maître les mêmes traitements qu'avant son mariage.

Ce régime de relâchement répugne à tout ce que nous pouvons avoir d'idées sévères, et sur la sainteté du mariage, et sur la sainteté de l'individu, et sur la dignité de la femme, et sur la grandeur et la pureté des exigences mosaïques. Il faut admettre que Dieu a voulu faire des concessions à l'endurcissement du coeur, aux passions qui l'agitent et à la violence de ses désirs: ne voulant pas exterminer son peuple, et sachant que les peines les plus sévères n'empêcheraient point des transgressions constantes, il a mieux aimé régulariser le cours des passions, les limiter par des lois, leur accorder quelque chose, et punir d'autant plus sévèrement les infractions aux lois subsistantes, que ces lois elles-mêmes avaient été adoucies, autant qu'il était possible de le faire. Et si l'idée de ces concessions est rejetée de quelques théologiens, si on y voit le germe ou l'indice d'une morale relâchée, nous répondrons en citant ces paroles de notre Sauveur, Matthieu 19:8, qui prouvent évidemment un système de concession dans la législation de Moïse: «C'est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; mais au commencement il n'en était pas ainsi.» Nous demanderons encore si le fait même de ces lois sur les esclaves concubines n'était pas une concession; s'il y aurait une autre manière de l'expliquer; ce que l'on aurait pu substituer à ces lois: nous demanderons si même maintenant Dieu n'accorde rien à la faiblesse de notre nature, si le mariage lui-même ne nous sera peut-être pas dans l'Éternité représenté comme une condescendance divine, cf. 1 Corinthiens 7:2; et enfin si, le mariage une fois admis, Dieu ne peut pas, lorsqu'il le juge convenable, permettre à un homme deux femmes aussi bien qu'une, et un plus grand nombre aussi bien que deux? Il est évident que nous n'avons point à résoudre ici ces questions, ni à examiner les raisons d'économie morale, civile ou politique, qui appuient en général l'établissement de la monogamie primitive.

Ajoutons encore que la polygamie prit un développement effrayant sous quelques-uns des rois de Juda: David avait sept femmes et dix concubines, 2 Samuel 3:2-5; 20:3. Salomon eut jusqu'à sept cents femmes ayant train de reines, et trois cents concubines, 1 Rois 11:3; (elles firent égarer son cœur, ajoute l'historien sacré); et Roboam, son fils, dix-huit femmes et soixante concubines, 2 Chroniques 11:21.

La venue du Christ a ramené le mariage a sa première institution, et a condamné l'usage des concubines «quoique, ajoute Calmet, on y ait toléré assez longtemps les mariages clandestins, dans lesquels on appelait assez souvent la femme du nom de concubine;» phrase mystérieuse dont nous laissons à chacun de débrouiller le sens.


CONJURER LES MORTS,
— Voir: Python.


CONSEIL DES ANCIENS,
— Voir: Sanhédrin.


COOS,
Actes 21:1, petite île de la mer Égée, à 16 kilomètres des côtes de l'Asie Mineure, près de Cnide et d'Halicarnasse. Ses vignes sont célébrées dans Pline, 15, 18, etc, et ses tissus magnifiques le sont par Horace, Od. 4, 13; 7, et par Tibulle. Le chef-lieu de l'île, du même nom, avait un temple d'Esculape très fameux, et un autre de Vénus. Hippocrate et Apelles y étaient nés.

— Son nom actuel est Stanchio.


COQ,
— Voir: Poule.


CORAIL, coraux.
Production marine, dure, solide, et s'élevant du fond de la mer comme un arbre aux gracieux rameaux. On trouve du corail noir, du blanc, et du rouge. Cette dernière sorte est celle qui porte par excellence le nom de corail. à cause de sa plus grande valeur et de l'usage qu'on en fait pour la parure des dames, soit en l'incrustant dans des métaux, soit en en formant des colliers. Quoique ce ne soit pas une pierre précieuse, l'auteur du livre de Job, 28:18, le nomme à côté de l'onyx et du saphir. Il faisait partie des objets du commerce syrien, Ézéchiel 27:16. Cette substance est connue depuis les temps les plus anciens. Pline nous apprend qu'elle était très estimée, d'abord à cause de sa beauté, puis à cause des idées superstitieuses que l'on y rattachait: on croyait que celui qui portait un morceau de corail sur lui ne pouvait jamais courir aucun danger Naguère encore, dans la même contrée, un collier de corail rouge se vendait aussi cher qu'un collier de perles. Le nom hébreu que l'on a traduit par corail est Ramoth. D'autres ont voulu voir le corail dans l'Almughim, q.v. On se demande enfin si le mot Peninim, Proverbes 3:15; 8:11; 20:15; 31:10; Job 28:18; Lamentations 4:7, ne désigne pas la même substance; nos versions portent quelquefois pierres précieuses, quelquefois perles, ce qui est peu probable, soit à cause du passage des Lamentations qui donne au Peninim la couleur rouge ou vermeille, soit à cause de l'analogie de l'arabe. Il est bien possible qu'un objet de luxe aussi recherché ait eu chez les Hébreux deux noms différents; mais l'on ne peut rien décider.


CORBAN,
Marc 7:11; (cf. Matthieu 15:5) Ce mot hébreu signifie, ainsi que cela est indiqué dans le texte même, un don, une offrande; il est employé dans l'Ancien Testament, Lévitique 2:1; 4:12; 10:17, et ailleurs, pour désigner de simples offrandes, celles pour le péché. Les Juifs juraient quelquefois par ces dons offerts sur l'autel, Matthieu 23:18.

— Dans le passage de Marc, notre Sauveur reproche aux prêtres leur fausseté intéressée, aux Juifs leur dureté envers leurs parents. Pour accroître le trésor du temple, et par là leurs richesses particulières, les prêtres disaient aux enfants d'Israël que tout don (ou corban) fait au temple, les dispensait de soutenir leurs parents et les personnes de leur famille (cf. 1 Timothée 5:4). Et il paraît que cet abus impie était devenu assez général à l'époque où parlait notre Sauveur, et qu'un grand nombre de Juifs se croyaient déliés de leurs devoirs domestiques au moyen des offrandes qu'ils avaient faites pour le service du sanctuaire. Cependant, pour comprendre une pareille aberration de l'esprit filial, il faut supposer que l'intérêt se joignait chez les enfants à l'adoption de cette maxime cléricale, et que les prêtres, ou bien exigeaient pour le temple une portion moins forte que celle qui aurait du revenir aux parents, ou bien qu'ils séduisaient les Juifs par certaines promesses illusoires, en leur représentants les offrandes faites au temple comme plus méritoires, et comme entraînant des bénédictions et des avantages particuliers.


CORBEAU.
Oiseau appelé en hébreu horeb, et en syriaque croac; de même croak dans le vieux anglais. Il était déclaré impur par la loi de Moïse, Lévitique 11:15; Deutéronome 14:14. Il habite les lieux solitaires, sauvages et désolés, Ésaïe 34:11. Salomon, dans le Cantique 5:11, compare les boucles noires de l'épouse au plumage brillant et noir de cet oiseau.

Le corbeau apparaît pour la première fois dans l'Écriture, Genèse 8:7. Les eaux du déluge commençant à baisser, et le sommet des montagnes à sortir de l'Océan, l'homme de l'ancien et du nouveau monde envoie sur la terre, ou plutôt sur les flots, cet oiseau dont il risque la vie pour un essai d'exploration,-et qui prend ainsi le premier possession de la terre sauvée; mais l'animal va et vient ne trouvant pas à se poser, puis il quitte l'arche pour n'y plus revenir, et va sans doute sur les montagnes se nourrir des victimes dont le déluge avait parsemé l'univers. C'est après le départ définitif de l'aventureux oiseau que Noé laisse échapper une colombe; mais plus timide, elle rentre dans l'arche d'abord, puis ressort huit jours après et rentre une dernière fois, apportant dans son bec l'emblème de la paix et du salut, une branche d'olivier.

— Nos versions portent, conformément au texte hébreu, au caldéen, à l'arabe et au samaritain, que «le corbeau sortit allant et revenant, jusqu'à ce que les eaux se fussent desséchées sur la terre», tandis que les Septante, le syriaque et la Vulgate, ainsi que bon nombre de Pères et de commentateurs, portent que «le corbeau sortit et ne revint point.» De fortes raisons parlent sans doute en faveur de cette dernière leçon: on se demande pourquoi, si le corbeau était rentré, Noé ne l'aurait pas lâché de nouveau, ainsi qu'il fit plus tard avec le pigeon, et pourquoi il crut nécessaire de lâcher le pigeon lorsque l'absence prolongée du corbeau devait lui indiquer suffisamment que cet animal avait su trouver un abri et de la nourriture sur la terre. Mais, outre que les pourquoi ne sont guère une autorité, il est bien difficile d'accepter des variantes au texte hébreu, et de s'éloigner ainsi de l'original.

Le corbeau joue encore un rôle dans l'histoire d'Élie. Ce prophète s'étant retiré par l'ordre de Dieu sur les bords du Kérith, 1 Rois 17:3-5, il y fut nourri par des corbeaux «qui lui apportaient du pain et de la chair le matin, du pain et de la chair le soir, et il buvait du torrent.» Mais toutes sortes d'explications, toutes plus singulières les unes que les autres, et plus singulières que le fait même qu'elles voulaient expliquer, ont été mises en avant pour ôter à cette histoire ce qu'elle a de surnaturel. Quelques-uns, comparant le rocher de Horeb, Juges 7:25; Ésaïe 10:26, qui se trouvait dans la contrée de Bethsan à l'ouest du Jourdain, et non loin du Kérith, ont supposé que les corbeaux (Horebim) d'Élie, n'étaient autres que les habitants d'une ville de Horeb qui aurait existé près du rocher de ce nom, et que c'était à ces habitants que Dieu aurait donné l'ordre de nourrir son prophète. D'autres, lisant Arabim au lieu de Horebim, pensent que ce sont des Arabes du voisinage, qui, ignorant les persécutions d'Achab,'ou les bravant, auraient apporté deux fois par jour au prophète, la nourriture dont il avait besoin. D'autres encore traduisent Horebin «des marchands», des passants, des étrangers, qui irrégulièrement, et à mesure qu'ils arrivaient, auraient fourni quelques vivres au vénérable et pieux solitaire. Toutes ces explications sont réfutées par ce seul fait, qui semble mentionné tout exprès, que le prophète n'avait pour se désaltérer que l'eau du torrent, et que lorsque le torrent fut à sec, le prophète dut se rendre ailleurs, chez une pauvre veuve païenne, pour s'y mettre à la fois à l'abri des persécutions et à l'abri de la soif; si c'eussent été des hommes qui eussent fourni à Élie le pain et la viande, ils auraient pu tout aussi bien, et sans plus de peine, lui apporter de l'eau; des corbeaux ne le pouvaient pas.

On en doit donc rester à la traduction toute simple et tout ordinaire de nos versions, et l'on peut de deux manières comprendre que des corbeaux aient été en effet les pourvoyeurs de l'homme de Dieu. Supposons que l'asile du prophète fût un lieu de rochers, de montagnes et de solitudes: c'est là que les oiseaux de proie font leurs nids, et qu'ils élèvent leur couvée, qu'ils nourrissent leurs petits; le prophète aura pu sans peine s'emparer pendant leur absence, des provisions qu'ils apportaient deux fois par jour à leur nichée, et Dieu aura employé un moyen naturel pour fournir à Élie une nourriture abondante et régulière. L'histoire profane présente des exemples du même genre;

— Voir: Tite-Live 1, 4; Diod. de Sicile 2, 4; Justin 1, 4, et ailleurs.

Mais si l'on se rappelle que le Dieu du ciel est aussi le Dieu de la terre, de la nature, de l'homme et de tous les êtres vivants, qu'il fait des vents ses anges et des flammes de feu ses ministres, qu'il tient dans sa main les instincts et les volontés de tous les animaux, qu'il les dirige comme il le veut, et les fait agir en maître, qu'il les conduisit dans l'arche, qu'il envoya un bélier pour remplacer Isaac, un lion pour déchirer le vieux prophète, des ours pour venger Élisée, une baleine pour sauver Jonas, un poisson pour payer le tribut, un âne pour l'entrée dans Jérusalem, on ne pourra méconnaître que l'approvisionnement miraculeux d'Élie n'appartienne à cette classe de miracles.

Nous lisons, Job 39:3: «Qui est-ce qui apprête la nourriture au corbeau, quand ses petits crient au Dieu fort, et qu'ils vont errants, parce qu'ils n'ont point de quoi manger?» et Psaumes 147:9. «Dieu donne la pâture au bétail, et aux petits du corbeau qui crient vers lui.» Quelques auteurs ont pensé que ces deux passages étaient une allusion à ce que l'on dit que le corbeau, lorsqu'il voit ses petits nouvellement, éclos, et couverts d'un poil blanc, les prend en dégoût, les abandonne, et ne retourne à eux que lorsque ce premier duvet étant tombé, ils commencent à se revêtir d'un plumage noir. La mue et le changement de couleur sont un fait, mais quant à cette aversion c'est une fable. «Dans les premiers jours, dit Buffon, la mère semble un peu négliger ses petits; elle ne leur donne à manger que lorsqu'ils commencent à avoir des plumes; et l'on n'a pas manqué de dire qu'elle ne commençait que de ce moment à les reconnaître à leur plumage naissant, et à les traiter véritablement comme siens. Pour moi, je ne vois dans cette diète des premiers jours que ce que l'on voit plus ou moins dans presque tous les animaux, et dans l'homme lui-même: tous ont besoin d'un peu de temps pour s'habituer à un nouvel élément, à une nouvelle existence, etc.» Les deux passages dont nous parlons ont fait naître beaucoup d'autres conjectures: on a supposé que les corbeaux abandonnaient quelquefois leurs petits, ne pouvant suffire à leur extrême voracité; on a dit que quelquefois ils les oubliaient, sans y mettre de malveillance; d'autres encore, s'appuyant de l'autorité d'Aristote, de Pline, etc., ont avancé que les corbeaux chassent leurs petits de très bonne heure, et les obligent ainsi de chercher fort jeunes leur pâture; et c'est ainsi que l'on a voulu s'expliquer l'intervention directe de Dieu que Job et le prophète paraissent admettre dans l'alimentation des petits corbeaux. Mais la paraphrase la plus vraie de ces deux passages nous paraît être dans ces beaux vers de Racine:

Aux petits des oiseaux il donne la pâture,
Et sa bonté s'étend sur toute la nature.

C'est ce que dit Calmet, en d'autres termes: «Il y en a qui, sans y chercher plus de finesse, tiennent que la Providence s'étend sur les animaux à quatre pieds, et sur les oiseaux, qui crient à lui à leur manière, et que les corbeaux sont mis dans les endroits que nous avons cités, au lieu des oiseaux en général.» Jésus rappelle la même chose lorsqu'il dit: Considérez les corbeaux, ils ne sèment, ni ne moissonnent, et cependant Dieu les nourrit, Luc 12:24. Dans le passage parallèle, Matthieu 6:26, il y a l'idée générale, au lieu de l'exemple particulier: Considérez les oiseaux du ciel.

Agur, dans le 30e chapitre du livre des Proverbes, verset 17, dit que les corbeaux du torrent crèveront les yeux du mauvais fils qui se moque de son père et qui méprise l'enseignement de sa mère, voulant annoncer peut-être qu'il sera privé de sépulture, jeté aux champs, et livré à la voracité des corbeaux qui, dit-on, commencent toujours par crever les yeux des cadavres qu'ils dévorent.

Les Septante et la Vulgate, dans Sophonie 2:14, au lieu de désolation, lisent: «Le corbeau sera au seuil», par où les uns entendent qu'on nourrissait des corbeaux dans la maison, et d'autres, avec plus de raison, que Ninive sera tellement désolée que ses ruines serviront de retraites aux corbeaux; mais cette traduction ne peut être admise.


CORE,
— Voir: Homer.


CORÉ.
  1. Un des descendants d'Ésaü, Genèse 36:16, nommé Korah dans nos versions, quoique son nom s'écrive dans le texte hébreu de la même manière que celui de Coré le lévite.

  2. Coré, fils de Jitshar, fils de Kéath, fils de Lévi, Exode 6:21, cousin de Moïse, dont le père, Hamram, était frère de Jitshar, verset 18, nous est connu par son ambition, ses intrigues, sa révolte et sa mort. Lévite, et jaloux d'Aaron le souverain pontife, et de Moïse le chef du peuple, il se joignit à d'autres, Dathan, Abiram et On, de la tribu de Ruben, qui voyaient avec peine que le gouvernement d'Israël ne fût pas en entier dans les mains de la postérité du premier-né de Jacob. À cette jalousie de tribu se joignait l'ambition personnelle, et nul doute qu'ils n'aspirassent, l'un à la souveraine sacrificature, les autres au pouvoir civil et militaire.

    Ils firent donc une entreprise, est-il dit, Nombres 16:1, et suivant, et s'élevèrent contre leurs chefs, leur reprochant de prendre une trop grande part au gouvernement du peuple. Moïse s'étant prosterné devant l'Éternel, le visage contre terre, se releva, fit observer à Coré que chacun avait sa tâche et ses droits; que lui, Coré, avait reçu de l'Éternel une charge honorable, puisqu'il était employé au service de l'Éternel, quoiqu'il n'exerçât pas la sacrificature; que si, cependant, il voulait une nouvelle manifestation de l'Éternel, il n'avait qu'à apporter le lendemain, lui et ses deux cent cinquante complices, des encensoirs et de l'encens pour l'offrir sur l'autel, qu'Aaron de son côté ferait la même chose, et que celui que l'Éternel choisirait serait le saint. Un temps leur était offert pour la repentance; ils en profitèrent pour chercher à soulever le peuple. Le lendemain, les rebelles se rendirent à l'entrée du tabernacle d'assignation, suivis d'une portion du peuple qui les soutenait. Mais la gloire de l'Éternel apparut et fut sur le point de les consumer tous. Les deux frères intercédèrent, pensant que cette première et menaçante manifestation suffirait; ils se rendirent auprès de la foule assemblée, et cherchèrent à l'éloigner de ce lieu qui bientôt devait n'être plus qu'un gouffre dévorant: plusieurs crurent et obéirent; les plus mutins, quelques familles rubénites, Dathan, Abiram et les leurs persistèrent: ils restèrent debout à l'entrée de leurs tentes, comme pour continuer de braver l'Éternel; mais la menace s'accomplit, la terre ouvrit sa bouche sur eux, les engloutit corps et biens, et se referma sur ces cadavres vivants. En même temps le feu du ciel descendit sur les lévites rebelles qui offraient le sacrifice de Gain, et les dévora, tandis qu'Aaron, qui se trouvait avec eux, fut conservé comme le saint qui devait seul apporter l'encens à l'autel.

    Quoique nous n'ayons aucune date, ni indication précise sur le lieu où se passa cet événement, il paraît qu'on doit le placer à Kadès-Barné ou à Rithma, peu après la rentrée des Israélites dans le désert, (— Voir: Voyage des Enfants d'Israël, p. 117-122).

    Les familles rubénites périrent avec leurs chefs; celle de Coré ne périt point, et nous trouvons parmi les descendants de cet ambitieux, des employés au service du temple, chargés de garder les vaisseaux du tabernacle, 1 Chroniques 9:19, des portiers, 26:1, et des chantres, 2 Chroniques 20:19; Psaumes 88:1. Les Psaumes 42, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 84, 85 et 87, sont indiqués comme ayant été composés par quelques-uns de ces Corites; cependant l'on n'est pas d'accord sur ce point, et plusieurs auteurs pensent que, composés par David ou par d'autres prophètes, ils ont été simplement remis aux chantres de la maison de Coré pour être chantés par eux;

    — Voir: Psaumes.

    La punition de ces chefs, rappelée Psaumes 106:17; et Jude 11, trouve des parallèles dans l'histoire de Nadab et Abihu, Nombres 3:4, dans celle des capitaines d'Achazia qui sommaient Élie de descendre du Carmel, 2 Rois 1:9,11, et dans celle d'Ananias et de Saphira, Actes 5:1. On peut rappeler ici l'idée ancienne, que lorsqu'un homme de bien prononçait une malédiction, elle ne manquait pas d'avoir son accomplissement, cf. Luc 9:54.


CORIANDRE.
Plante annuelle que l'on trouve abondamment en Égypte; tige cylindrique et élancée; feuilles à large pédicule, dont les inférieures sont dentées et ne présentent qu'une seule division, tandis que les supérieures, dentées également et plus petites, offrent deux divisions. Les fleurs sont blanches, en ombelles, et donnent une graine jaunâtre, creuse et très odorante, dont on se sert comme assaisonnement. C'est à cette graine qu'est comparée la manne pour sa forme, Exode 16:31; Nombres 11:7. Quant à la couleur, la manne était blanche comme le bdellion.


CORINTHE
(Éphyra chez les poètes, Ovid. Met. 2, 240, Virgile, Géorg. 2, 464) Une des villes les plus peuplées, les plus commerçantes et les plus riches de l'ancienne Grèce, et capitale de l'Achaïe propre sous la domination romaine. Elle était située entre la mer d'Ionie et la mer Égée (de là le surnom de bimaris, Hor. Od. 1, 7. 2) et au pied d'un rocher qui portait la citadelle d'Acro-Corinthe. Elle avait 40 stades (8 à 9 kilomètres) de tour, et trois ports; celui de Lechæon sur la mer d'Ionie, à 12 stades (2 ou 3 kilomètres) de la ville; celui de Cenchrée sur la mer Égée, et celui de Schænos: non loin de là se trouvait le bois de Cranion. La position de Corinthe, entre les deux Grèces comme entre les deux mers, lui procurait des avantages commerciaux dont elle sut profiter, et qui ne contribuèrent pas peu à l'enrichir. Les arts et les sciences y fleurirent également, et Corinthe jouit ainsi d'une double réputation dans le monde intellectuel et dans le monde commerçant. Mais avec les richesses le luxe se développa, et avec lui les plus grands débordements et la plus hideuse corruption, au point que les païens eux-mêmes en étaient frappés, et que l'un d'eux inventa le verbe corinthiser, comme synonyme de vivre dans la débauche. Après que Mummius s'en fut emparé, 147 avant J.-C., et qu'il l'eut dévastée, Jules-César la rétablit, 43 avant J.-C.; elle ne tarda pas à recouvrer son importance et sa grandeur première, tellement qu'à l'époque de saint Paul, nous la retrouvons de nouveau résidence du proconsul romain en Achaïe, Actes 18:12. Saint Paul y passa dix-huit mois, environ l'an 52. La philosophie et l'impureté furent les grands ennemis que l'apôtre eut à combattre; l'impureté surtout y était tellement honorée, et presque consacrée par le culte de Vénus et par les prostitutions publiques des infâmes prêtresses de cette divinité, que l'inceste même y était toléré, et qu'un chrétien fut trouvé entretenant avec la femme de son père un commerce criminel.

Saint Paul logeait chez les époux Aquila et Priscille, Actes 18:1; sq., faiseurs de tentes, au travail desquels il s'associa pour n'être à charge à personne; il prêchait tous les jours de sabbat dans la synagogue; il fit d'abord quelques prosélytes parmi les Juifs; mais bientôt voyant que la plupart d'entre eux, au lieu de recevoir ses instructions, se détournaient de lui avec des paroles de blasphème, il secoua contre eux ses vêtements, et leur dit: «Que votre sang soit sur votre tête, j'en suis net!» et il se tourna vers les gentils. Il alla loger chez un païen converti, Juste, surnommé Tite, et un grand nombre de païens crurent à sa parole et embrassèrent la foi. C'est de cette ville que Paul, rejoint par Silas et par Timothée, écrivit successivement les deux lettres aux Thessaloniciens.

Après une longue mission, l'apôtre quitta Corinthe; mais il y revint plus tard, Actes 20:2; 1 Corinthiens 16:3, et écrivit de là à d'autres églises, à Rome, etc. Apollos le remplaça, Actes 19:1. 1 Corinthiens 1:2; Aquilas et Sosthènes, fidèles et puissants ministres de la parole, y annoncèrent aussi l'Évangile, Actes 18; 1 Corinthiens 1:1; 16:19).

Épîtres aux Corinthiens. Paul écrivit trois lettres à cette église; la première mentionnée 1 Corinthiens 5:9,11, est perdue, et semble avoir été dirigée principalement contre les habitudes d'impureté auxquelles plusieurs membres de l'église se livraient. La seconde est la première de celles que nous possédons. L'apôtre était à Éphèse, 1 Corinthiens 16:8, vers l'an 56; c'est là qu'ayant appris par les gens de la maison de Chloé les querelles de partis qui divisaient l'Église, il écrivit aux Corinthiens pour essayer de ramener la paix parmi eux, en les réunissant autour du seul chef qui a été crucifié pour les siens, et au nom duquel ils avaient été baptisés, 1 Corinthiens 1:13. Il cherche ensuite à les mettre en garde contre ces philosophes à pompeuse parole, qui veulent tout embrouiller pour tout éclairer, et qui veulent faire dépendre la foi de la sagesse des hommes; puis il se plaint des désordres qui existent dans leurs repas de charité, de leur tolérance pour le vice et le péché. Dans les chapitres 7 à 15, il répond à diverses questions que les Corinthiens lui avaient faites sur le mariage, sur les choses consacrées aux idoles, sur la cène, sur la vraie charité, sur la résurrection de la chair, sur les dons spirituels.

Il paraît, en effet, que peu d'églises avaient été favorisées autant que celle de Corinthe, par des dons miraculeux; mais ces dons même étant devenus une occasion d'orgueil et de chute, cette église se corrompit plus que toutes les autres. Apprenons de là, dit Bickersteth, la différence qu'il y a entre les dons et la grâce, et ne soyons pas abattus si les premiers nous manquent, pourvu que nous ayons celle-ci, qui est infiniment plus nécessaire et plus précieuse. L'apôtre, chapitre 16, leur rappelle les collectes qui se font pour les saints, leur annonce sa prochaine visite, et termine par des salutations.

— Cette lettre eut tout le succès que l'apôtre en pouvait désirer; elle produisit une tristesse salutaire, une plus grande crainte de Dieu et une sainte vigilance contre les désordres qu'il avait signalés.

Seconde épître. Peu de temps après le départ de la première lettre survint l'émeute de Démétrius, qui obligea Paul à quitter Éphèse. Il se rendit en Macédoine, Actes 19:20, espérant apprendre là quels étaient les résultats que sa lettre avait obtenus à Corinthe; il avait envoyé Timothée dans cette ville, 1 Corinthiens 4:17; mais soit que Timothée fut déjà parti à l'arrivée de la lettre, soit autre motif, il n'apprit rien par ce disciple, et envoya Tite, pendant que lui-même s'occupait encore à évangéliser autour de lui en Macédoine. C'est après le retour de ce dernier qu'il rédigea sa seconde lettre (qui est la troisième), pour les féliciter du succès de sa première, et pour les mettre toujours plus dans la disposition d'esprit dans laquelle il désirait les trouver lorsqu'il arriverait, 2 Corinthiens 7:7.

— Tite et deux frères qui ne sont point nommés, 8:16,18,22, furent chargés de porter cette lettre; il est probable que Luc était l'un des deux, versets 18 et 19, soit parce que ce qui en est dit se rapporte parfaitement à lui, soit parce qu'il est nommé dans une apostille à cette épître, addition inauthentique sans doute, mais fort ancienne; soit enfin parce que saint Luc qui, dans les Actes a jusque là parlé à la première personne, se met subitement à parler de saint Paul à la troisième, Actes 20:1, comme n'étant plus lui-même compagnon de voyage de l'apôtre: et comme c'est à cet endroit des Actes que l'on doit placer la deuxième aux Corinthiens, on peut supposer que Luc fut un de ceux qui la portèrent à sa destination. Elle fut écrite un an environ après la première, et, à ce que l'on croit, de Philippes.

L'apôtre commence par remercier les Corinthiens de la consolation que leurs prières lui ont fait éprouver dans ses maux; puis satisfait de leur conduite sévère à l'égard de l'incestueux, il les engage à le recevoir de nouveau et à le consoler. Passant à ses rapports personnels avec les Corinthiens, il est amené à parler de la différence du ministère dans les deux économies, et à glorifier l'alliance nouvelle du christianisme. Ce sont les trois premiers chapitres.

— Dans la seconde partie (chapitres 4-9), appelé à défendre son caractère et sa mission, il se montre comme ambassadeur de la réconciliation, comme affligé souvent, mais se consolant par la certitude qu'il a de la résurrection de la chair; il engage les Corinthiens à se fortifier par la même foi pour renoncer au monde et à ses convoitises; il leur rappelle de nouveau les collectes qui se font pour les saints, et se réjouit de la libéralité qu'ils ont toujours montrée à cet égard.

— Il termine en se tournant de rechef contre les faux docteurs, et en particulier contre ceux qui veulent accaparer seuls le titre de chrétiens, et nuire à l'autorité de saint Paul; il se défend contre eux et prouve qu'il a plus qu'eux tous des titres à la confiance générale, par sa naissance, par sa conversion, par ses travaux, par ses souffrances, par les révélations qu'il a obtenues; il ajoute cependant que s'il a de quoi se glorifier, il se glorifiera plutôt dans sa faiblesse et dans son infirmité. Ses dernières paroles sont des exhortations à la repentance, à la paix et à l'amour fraternel.

— Commentaire de Heidenreich (1825-1828), Pott (1826), Flatt (1827), Billroth (1833), et Olshausen.

Il existe encore aujourd'hui deux lettres, l'une des Corinthiens à saint Paul, l'autre de saint Paul aux Corinthiens, toutes deux en langue arménienne; mais leur authenticité ne saurait être prouvée, bien qu'on ait voulu les faire passer pour ces lettres perdues dont on a parlé plus haut. Celle que l'on attribue à saint Paul a paru pour la première fois en français dans l'Histoire critique de la république des lettres, Amsterd., t. X, puis en arménien, à Venise, en 1819.


CORMORAN.
C'est ainsi que nos versions traduisent l'hébreu Kaath, Lévitique 11:18; Deutéronome 14:17; Psaumes 102:6; Ésaïe 34:11; Sophonie 2:14; mais les Septante et la Vulgate lisent pélican, et cette version doit être préférée, si l'on peut préférer quelque chose dans ce dédale d'animaux inconnus dont le nom revient si rarement, et chaque fois avec des caractères si généraux, qu'ils peuvent s'appliquer à un grand nombre d'espèces différentes. Le pélican, déclaré impur par la loi de Moïse, habite les contrées chaudes et maritimes; c'est un oiseau de la grosseur du cygne, assez lourd dans sa forme et dans sa démarche, mais remarquablement léger quand il étend ses grandes ailes pour prendre son vol; sa couleur est d'un blanc grisâtre parsemé de petites plumes rose-tendre; la queue et les grosses plumes des ailes sont noires. Ce qui le distingue surtout, c'est la grande poche qu'il porte sous le bec, et dont il se sert pour pêcher et pour faire des provisions; elle peut contenir, dit-on, une dizaine de litres (Adanson dit 22 pintes, Voyage au Sénégal, p. 136); son nom hébreu vient du verbe kô, qui signifie vomir, et se rapporte sans doute à l'habitude qu'a cet oiseau soit de rejeter devant ses petits, pour les nourrir, le revenu de sa pêche, soit de rejeter pour son propre compte les moules et les huîtres qu'il a avalées et réchauffées dans son estomac, afin d'en manger la chair lorsqu'ils se sont entr'ouverts. Il pèse jusqu'à 12 et 15 kilogrammes; sa voix rappelle, dit-on (Buffon), le cri de l'âne, selon d'autres le cri d'un homme dans l'angoisse et la douleur, cf. Psaumes 102:6. Le nid du pélican se trouve communément au bord des eaux, à plate terre et plutôt dans des endroits déserts et isolés, Ésaïe 34:11; Sophonie 2:14.

Quant au cormoran proprement dit, s'il en est parlé dans la Bible, c'est sous le nom de Shalak, Lévitique 11:17; Deutéronome 14:17, que nos versions ont traduit par plongeon. (Au chapitre 11 du Lévitique, au lieu de: 17. «La chouette, le plongeon, le hibou, 18, le cygne, le cormoran, le pélican;» nous traduirions conformément aux travaux des savants modernes: «17. La chouette, le plongeon, le butor (?), 18. le cygne, le pélican, le vautour (percnoptère?).»)

— Le nom du cormoran ne se trouverait donc pas dans la Bible, à moins que l'on ne veuille entendre par plongeon le cormoran lui-même, et notamment cette espèce qui est connue en grec par le nom de cataractes qui désignerait (comme fait aussi le nom hébreu) l'impétuosité avec laquelle cet animal fond sur sa proie: on peut d'autant mieux adopter cette manière de voir que le plongeon appartient plutôt aux régions tempérées ou froides, tandis que le cormoran habite les pays plus chauds et plus méridionaux; et les traducteurs n'ont guère pensé au nom de plongeon que parce qu'il leur était présenté par le sens même étymologique du nom hébreu shalak. Le cormoran a, comme le pélican, les quatre doigts assujettis par une membrane d'une seule pièce; il a de même le bec garni en dessous d'une peau d'une belle couleur orangée, qui s'étend sous la gorge de quelques lignes, et s'enfle à volonté, mais sans acquérir la capacité de celle du pélican. Le cormoran, quoique bon plongeur et bon nageur, reste moins dans l'eau que plusieurs autres oiseaux aquatiques; il prend fréquemment son essor et se perche sur les arbres ou sur des rochers, d'où il guette sa proie et s'élance avec la rapidité de l'éclair aussitôt qu'il l'aperçoit: il est d'une telle adresse et d'une telle voracité, que lorsqu'il se jette sur un étang, il y fait seul plus de dégât, dit Buffon, qu'une troupe entière d'autres oiseaux pêcheurs.


CORNE.
On se servait de cornes, principalement de cornes de bœuf, comme de verres pour boire, ou plus fréquemment encore, comme de vases pour conserver les liquides, le fard, l'huile, etc., 1 Samuel 16:1,13; 1 Rois 1:39. Une des filles de Job est appelée Kéren-Happouk, corne d'antimoine 42:14. On les employait aussi, dans l'antiquité, comme instruments à vent, ainsi que le font encore les bergers des Alpes, quoique les instruments de cuivre, ou d'autre métal, fussent aussi déjà fort anciennement connus, cf. Josué 6:5; Juges 7:16.

L'autel des holocaustes avait à ses quatre coins des cornes de bois recouvertes d'airain, Exode 27:2. L'autel des parfums avait aussi quatre cornes, mais recouvertes d'or, Exode 30:2; cf. Jérémie 17:1; Amos 3:14. Dans le second temple elles étaient, de pierre, et avaient une coudée de longueur. On n'en connaît pas exactement la destination; peut-être, d'après Psaumes 118:27, servaient-elles à retenir les victimes. Le souverain pontife les arrosait du sang des sacrifices, Exode 29:12; Lévitique 4:7-18; cf. 8:15; 9:9; 16:18; Ézéchiel 43:20. Chez les Juifs comme chez les païens, les criminels se réfugiaient auprès des autels dont ils empoignaient les cornes, et qu'ils regardaient comme des asiles sacrés, 1 Rois 1:50; 2:28.

La corne est souvent prise pour le symbole de la force, en allusion à la force du taureau qui réside dans son front. Ainsi dans l'original de Jérémie 48:25, on lit: la corne de Moab a été rompue: de même, Lamentations 2:3, la corne d'Israël. Tu. élèveras ma corne comme celle d'une licorne, dit le Psalmiste, 92:10. Et la corne du juste sera élevée en gloire, 112:9. L'Éternel fera germer la corne de la maison d'Israël, Ézéchiel 29:21.

— Quoique les dignitaires de l'Orient aient encore aujourd'hui l'habitude d'orner leur coiffure d'une espèce de corne avancée, ce serait aller trop loin que d'y chercher l'origine de cette manière de parler; le rapprochement indiqué plus haut est à la fois plus clair et plus simple. Les Latins avaient la même expression; ainsi nous trouvons dans Horace, Od. 3; 21 (15), 18: Et addis cornua pauperi; les Arabes appelaient Alexandre le Cornu, pour indiquer sa puissance; et une superstition chrétienne s'est plu à donner des cornes à Moïse (on les montre encore à Gènes). David appelle Dieu la corne de son salut, Psaumes 18:2. Enfin les puissances des Perses, des Grecs, de la Syrie et de l'Égypte, sont représentées dans le livre de Daniel (7 et 8) comme autant de cornes; Daniel et Alexandre sont un bouc et un bélier qui se heurtent violemment de leurs cornes, l'anti-Christ est la petite corne.


CORNEILLE
(Actes 10:1 et sq.), centenier d'une cohorte de la légion appelée italique, habitait à Césarée sur les bords de la Méditerranée. C'était un homme dévot et craignant Dieu, ainsi que toute sa famille, faisant beaucoup d'aumônes, et priant Dieu continuellement; mais il était païen de naissance, et jusqu'alors il ne paraît pas qu'il eût eu connaissance de la vérité. Quelques-uns veulent qu'il ait été prosélyte de la porte, mais dans ce cas saint Pierre ne l'eût pas regardé comme un étranger impur (10:28), et les frères de la Judée n'eussent pas été non plus scandalisés que Pierre fût entré chez cet incirconcis (11:3). Corneille était donc bien disposé pour le royaume des cieux, mais il n'était que cela, quand un jour, vers les neuf heures, à l'heure du culte lévitique, il vit clairement un ange de Dieu qui vint à lui et qui l'appela par son nom. Effrayé de la vision céleste, le pauvre centenier tenait les yeux arrêtés sur l'ange, et il s'écria: Qu'y a-t-il, Seigneur? Des paroles de paix lui furent annoncées: «Tes prières et tes aumônes sont montées en mémoire devant Dieu; • et après lui avoir ordonné de faire venir l'apôtre Pierre dont il lui indiqua la demeure, l'ange se retira d'auprès de lui. Corneille aussitôt appelle deux de ses serviteurs, et un soldat craignant Dieu, qu'il charge d'aller trouver saint Pierre à Joppe, chez Simon le corroyeur. Ce que durent être, pendant deux jours d'attente, les sentiments intérieurs du pieux mais ignorant capitaine, on ne saurait le dire: mais l'apparition de l'ange semblait lui indiquer que la visite de Pierre serait aussi quelque chose de surnaturel, de divin; il attendait cet homme miraculeux qui devait lui indiquer le chemin du salut, et il l'attendait avec une sorte de vénération, bien légitime à quelques égards, puisque lui, païen, n'était que ténèbres en comparaison du messager de lumière, mais vénération qui devait se rapporter à la lumière elle-même et point à l'humble et timide porteur du flambeau sacré. Aussi lorsqu'arriva l'apôtre que Dieu lui-même, par une vision correspondante, avait préparé à descendre sans hésiter chez le centenier de Césarée, il trouva la salle remplie des parents et des amis de Corneille, et celui-ci venant au-devant de Pierre, se jeta à ses pieds et l'adora. L'apôtre, dont les soi-disant successeurs exigent pour eux-mêmes l'adoration des fidèles (voir l'ouvrage catholique de M. Magnin, sur la Papauté, p. 434, 435), releva Corneille en lui disant: Lève-toi, et moi aussi je suis homme. Puis s'étant informé du motif pour lequel ils l'avaient fait venir, saint Pierre ayant confessé ses répugnances particulières, et la crainte qu'il avait eue de mal faire en descendant auprès d'eux, mais la manifestation divine qui l'y avait décidé, leur raconta en peu de mots l'histoire pour eux inconnue, du Christ qui était venu sur la terre, naître, vivre, souffrir et mourir pour réconcilier avec Dieu son père les pécheurs condamnés, pour les sauver par son sang, et pour être au dernier jour le juge des vivants et des morts. Pendant que l'apôtre parlait, les païens qui l'écoutaient reçurent la foi; ils crurent aux merveilles de la miséricorde divine, ils acceptèrent le salut gratuit que Jésus leur avait mérité sur la croix; le Saint-Esprit descendit alors sur eux; ils parlèrent diverses langues et glorifièrent Dieu. Les chrétiens d'entre les Juifs qui avaient accompagné Pierre à Césarée, furent étonnés de voir les grâces divines être accordées à ces étrangers en la même mesure qu'elles l'étaient aux chrétiens de l'ancien peuple; mais Pierre comprit que la paroi mitoyenne était rompue, que dès ce moment la circoncision ou l'incirconcision n'était plus rien; il ne se fit donc aucun scrupule de les baptiser, et de demeurer avec eux plusieurs jours. Ce fut la première église d'entre les païens, le premier pas du Christianisme en dehors du cercle judaïque, en dehors des limites du peuple extérieur dont Dieu, pendant quelques siècles, avait fait le dépositaire de ses oracles, et l'objet visible de ses soins et de son amour; ce fut un moment solennel que celui où le vase de l'ancienne sacrificature déborda pour la première fois, pour se répandre en torrents de bénédictions sur les peuples qui n'étaient point appelés du nom de l'Éternel; et certes les anges du ciel s'en réjouirent.

Quant à Corneille lui-même, l'histoire sainte n'en reparle plus, et les traditions qui le font évêque, les unes de Césarée, les autres d'Ilion, les autres de Scepsis, ne nous apprennent rien, non plus que celles qui le font martyr.


CORROYEUR,
Actes 9:43; 10:6,32. Le travail du cuir était un métier généralement peu estimé des Juifs, en grande partie à cause de l'odeur qu'exhale la matière travaillée; ceux qui s'y vouaient se logeaient ordinairement en dehors des villes, près des rivières, ou sur les bords de la mer. Ce fut chez l'un de ces humbles ouvriers que saint Pierre passa plusieurs jours, et que l'Esprit lui annonça qu'il ne devait plus regarder comme impur ce que Dieu lui-même avait purifié.


COSAM,
fils d'Elmodam, et l'un des ancêtres de notre Sauveur par Marie, Luc 3:28. Du reste inconnu.


COSBI,
fille de Tsur, l'un des principaux d'entre les Madianites. Balaam n'ayant pu maudire les enfants d'Israël, avait voulu les faire maudire de Dieu même, en les entraînant dans le mal. Sur son conseil, les Madianites avaient invité les Israélites à une grande fête païenne des plus dissolues; ceux qui se rendirent à cet appel et qui participèrent aux impurs divertissements des païens furent frappés d'une fort grande plaie, et 24,000 d'entre eux succombèrent. Moïse menaça de mort ceux qui continueraient à pécher, et la sentence fut exécutée par Phi-nées, qui frappa de sa lance le juif Zimri et cette Cosbi, qui, joignant l'impudence à l'impureté, s'étaient présentés publiquement, en compagnie l'un de l'autre, devant Moïse et devant l'assemblée des enfants d'Israël, comme ils pleuraient à la porte du tabernacle. L'infâme machination de Balaam échoua donc contre la fermeté des chefs d'Israël, et les Madianites apprirent par leur expérience que le crime est un mauvais allié: Dieu qui avait ordonné à Israël de les épargner, Deutéronome 2:9, leur retira cette protection et commanda à Moïse de les exterminer, Nombres 31:2-3.


COTON,
produit d'un arbre ou d'un arbrisseau qui se trouve principalement aux Indes, en Égypte et en Chypre, mais qui peut aussi croître et être cultivé en Syrie et en Palestine, Ézéchiel 27:16; 1 Chroniques 4:21. On distingue souvent l'arbre et l'arbuste (le gossypium arboreum et le gossypium herbaceum), mais les deux espèces n'en font cependant qu'une seule. L'arbuste à coton, qui croît spontanément dans les contrées de l'Asie antérieure, est une plante annuelle qui s'élève à 1 mètre environ, et même jusqu'à 2, quand elle est cultivée et soignée: la tige est rougeâtre dans sa partie inférieure; les rameaux sont courts, couverts de poils et semés de taches noires; les feuilles grandes, molles, vert foncé, et à cinq lobes: les fleurs prennent naissance à l'origine des feuilles; elles sont en forme de cloches, jaune pâle et couleur pourpre vers le bas; le fruit est une capsule, d'abord de la grosseur d'une noisette; il devient bientôt aussi gros qu'une noix et s'ouvre de lui-même en octobre; le peloton de laine végétale qu'il renferme se développe à la chaleur et n'est pas moins grand qu'une pomme; il contient sept petites graines grisâtres ou brunes, cotonneuses et ovées, dont le noyau donne une huile qui n'est pas sans utilité.

— L'arbre à coton est plus méridional; c'est aux Indes surtout qu'on le trouve; il atteint deux hauteurs d'homme et ne diffère guère de l'arbuste que par la taille. Quant à la connaissance que les Juifs avaient du coton, et à l'usage qu'ils en faisaient,

— Voir: Lin.


COUDÉE,
mesure naturelle, usitée chez tous les anciens peuples, comme le pied l'a été chez les peuples modernes. La coudée est la longueur comprise entre le coude replié et l'extrémité du doigt du milieu, Deutéronome 3:11. Selon notre manière de compter, ce serait 0m,54 (1 pied, 7 pouces, 10 lignes et demie). D'après Origène et saint Augustin, la coudée dont Noé se servit pour la construction de l'arche était six fois aussi grande que la coudée ordinaire; mais ce système est inadmissible. Une hypothèse du même genre est celle de Louis Capelle et de quelques autres, qui prétendent que chez les Hébreux il y avait, à côté de la coudée ordinaire, la coudée sacrée, qui était double de la première. Ils s'appuient sur ce que, Nombres 35:4, les faubourgs des villes lévitiques ont, au premier verset, 1,000 coudées de longueur, et au verset suivant, 2,000; et sur ce que, 1 Rois 7:15, les deux colonnes de bronze du temple de Salomon ont 18 coudées de hauteur, tandis que 2 Chroniques 3:15, elles en ont 35, à peu près le double.

— D'autres encore, admettant la même distinction, ne donnent à la coudée sacrée qu'une palme de plus qu'à la coudée ordinaire, se fondant sur Ézéchiel 40:5; 43:13; mais, dans ces deux passages, il est question de la coudée hébraïque, comparée à la coudée de Babylone (0m,45), à laquelle les Juifs s'étaient accoutumés pendant la captivité, et le prophète a bien soin d'indiquer que la coudée dont il parle est la vraie, l'ancienne coudée, plus grande d'une palme que la coudée à laquelle ces Hébreux modernes étaient habitués. Il ne paraît donc pas qu'il faille admettre que les Hébreux aient eu pour leur usage ordinaire, en Palestine, deux coudées différentes; aussi, rien ne nécessite cette supposition, bien que les uns trouvent l'arche trop petite avec ses 300 coudées de longueur, et que d'autres ne trouvent pas non plus Goliath assez grand avec ses six coudées et une paume de hauteur.


COUDRIER.
C'est ainsi que nos versions traduisent l'hébreu Louz, Genèse 30:37; il doit se rendre plutôt par amandier, q.v.


COULEURS.
Le blanc, le noir, le jaune et quelques autres couleurs sont mentionnées dans l'Écriture, Cantique 5:11; Psaumes 68:13; Zacharie 6:2-3; Apocalypse 6:2,4-5,8, etc.; les principales sont le pourpre, l'écarlate et le cramoisi, dont nous parlerons en leur place.


COULEUVRE,
Genèse 49:17. Shephiphon, probablement la couleuvre dite cornue, ou céraste: elle se trouve en Égypte et en Palestine; elle a un peu plus de 2 centimètres de largeur sur une longueur de 0m,40 environ. La couleur de son dos et de ses flancs est brune; elle est blanche sous le ventre: sur sa tête sont deux espèces d'antennes ou de cornes sensibles, en forme de nœuds. Elle se cache ordinairement dans le sable où sa couleur la rend assez difficile à apercevoir: au moindre mouvement, au moindre bruit qui se fait autour d'elle, elle s'élance de sa retraite avec impétuosité, et fond sur sa proie, attaquant également les hommes, les chevaux, et d'autres grands animaux. En comparant les Danites à la couleuvre, le patriarche voulait donc annoncer que cette tribu s'agrandirait et ferait des conquêtes sur ses ennemis par la ruse, plus que par la force et la valeur.

— Voir: Serpents.


COUPE.
La coupe de Joseph, dont il est parlé Genèse 44:5; sq., a passablement ému les interprètes, à cause des paroles de Joseph qui charge son maître d'hôtel de poursuivre les onze frères accusés de vol: mais l'on n'est pas même d'accord sur la traduction exacte de ces paroles; nos versions lisent: «N'est-ce pas là la coupe dans laquelle mon seigneur boit, et par laquelle très assurément il devinera?» D'autres (Luther, Vulgate, etc.) traduisent ces derniers mots par ceux-ci: «dont il se sert pour prédire l'avenir», pour deviner avec certitude. La première traduction est plus simple, et chacun la comprend; elle a même le défaut d'être trop simple: en s'apercevant que vous lui avez pris sa coupe, mon seigneur devinera que vous la lui avez volée; c'est trop clair: on doit suppléer quelques mots pour lui donner un sens passable, et l'on dit, par exemple: Est-ce que par cette iniquité mon maître ne devinera pas les autres? Cette paraphrase pouvait signifier quelque chose pour Joseph, elle ne signifiait rien pour le maître d'hôtel; mais il est possible que Joseph, en lui ordonnant de tenir ce langage, voulût parler à la conscience de ses frères, et certes ceux-ci étaient à même de comprendre. Toutefois paraphraser n'est pas traduire, et l'on doit ici ajouter tout un sens pour en trouver un.

— En admettant la seconde version, l'on se demande si Joseph se serait en effet servi de sa coupe pour prédire l'avenir, ou si ses gens le croyaient ainsi, ou si le maître d'hôtel ne tient ce langage que pour s'accommoder à la croyance commune des Égyptiens qui regardaient Joseph comme un très habile magicien, ou enfin s'il veut seulement intimider les frères de Joseph, en leur faisant croire que celui-ci est très versé dans l'art de la divination. Il y a des défenseurs pour chacune de ses opinions, et l'on doit se rappeler que les anciens reconnaissaient une sorte de divination par la coupe; ils prétendaient, entre autres, qu'Alexandre-le-Grand avait une coupe au moyen de laquelle il voyait dans l'avenir des choses naturelles et surnaturelles (et plusieurs traits de sa vie prouvent qu'en effet il trouvait quelquefois la double vision au fond de sa coupe). On devinait, soit en jetant dans l'eau de la coupe des lames de métal sur lesquelles étaient gravés certains caractères mystérieux, soit en y laissant tomber des gouttes de cire fondue, qui, d'après la manière dont elles se groupaient, donnaient la réponse aux questions présentées. Nous savons jusqu'à quel point l'on peut accorder créance à toutes ces ressources de la science magique ancienne; mais, quoi qu'il en soit, il est évident que si Dieu avait accordé à Joseph le don d'interpréter les songes, il n'était pas un mage ou un devin oriental livré à la merci de son verre. On peut supposer, si l'on veut, que les Égyptiens, ignorants et païens, ne sachant à quoi attribuer les vertus et la science surnaturelle de leur gouverneur, les aient attribuées à quelqu'un des meubles dont il se servait, et à sa coupe en particulier. Mais l'on peut adopter aussi l'une des deux traductions suivantes, autorisées par l'original: N'est-ce pas la coupe... que mon seigneur cherche avec beaucoup de soin; ou... par laquelle il a voulu vous éprouver?

La coupe (nos versions ont breuvage) est employée quelquefois dans l'Écriture pour signifier le partage, le lot, l'héritage de quelqu'un: c'est ainsi que David s'écrie: L'Éternel est la part de mon héritage et de mon breuvage, Psaumes 16:5; soit qu'il veuille dire: Il me suffit, et je ne veux point de part aux festins des méchants; soit qu'il fasse allusion à ces mêmes festins où l'on remplissait les coupes aussi souvent que les conviés le désiraient.

Le même psalmiste s'écrie encore: Je prendrai la coupe des délivrances, et j'invoquerai le nom de l'Éternel, Psaumes 116:13, cérémonie qui paraît avoir été pratiquée réellement chez les Juifs, et dont on retrouve un exemple dans un livre de beaucoup plus moderne, et tout-à-fait apocryphe, le troisième des Maccabées, 6:27, où l'on voit les Juifs d'Égypte offrir à l'Éternel des coupes dans les festins qu'ils firent pour leur délivrance. Quelques interprètes croient cependant qu'il faut entendre par là le vin que l'on répandait sur les victimes d'action de grâce, Exode 29:40; Nombres 15:5; 28:7,14.

La coupe est encore mentionnée dans le dernier repas que Jésus fit avec ses disciples, et dans la solennelle institution de la Cène, Luc 22:20; 1 Corinthiens 41:25, de même que dans ces paroles de notre Sauveur aux fils de Zébédée: «Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire?»

— Cf. encore la coupe d'étourdissement, Ésaïe 51:22, et Psaumes 75:8: «Il y a une coupe en la main de l'Éternel, tous les méchants en suceront et en boiront les lies.»

On sait comment l'Église romaine s'est permis de retrancher la coupe aux fidèles, de son autorité privée, il y a quatre ou cinq cents ans; nous n'avons point à remontrer ici toute l'impiété de cette innovation, non plus que ce qu'elle a de diamétralement opposé à l'institution de la Cène par notre Sauveur, qui dit lui-même, en parlant du vin: «Buvez-en tous.» Sans doute avec les idées magiques que l'ont veut rattacher à ces simples symboles, et par suite des doctrines mystérieuses qui furent échangées pendant l'époque de ténèbres qui précéda la réformation, l'on vint à dire: Puisque le corps de Christ est tout entier et matériellement compris sous chacune des deux espèces, il n'est pas nécessaire de le donner à double aux simples fidèles, comme si notre Sauveur, en donnant ce commandement, n'avait pas su ce qu'il faisait: d'ailleurs, ajoutent les ennemis de la coupe, on pourrait, par accident, laisser tomber à terre quelques gouttes du sang sacré, en le donnant soit aux malades, soit aux enfants, soit même à tous les autres fidèles; on dirait que notre Sauveur n'ait pas prévu ce cas, et que les prêtres du moyen âge aient dû, sous la conduite de celui qui demeure à Rome, réparer cette inadvertance.

— Mais nous n'avons point à régler ce compte ici; d'autres l'ont déjà fait et bien fait


COUR.
Les riches maisons de l'Orient avaient ordinairement une espèce d'avant-cour, porche, ou portique servant de vestibule, Jérémie 32:2; Marc 14:68; Jean 18:16. On passait de là dans les appartements supérieurs par un escalier construit en dehors de la maison, conduisant jusqu'au toit et souvent fait de bois très-précieux, 2 Chroniques 9:11; 1 Rois 6:8. Cette avant-cour conduisait aussi dans la cour proprement dite qui communiquait avec les étages inférieurs et le rez-de-chaussée. La cour était en général nue, et les riches, pour tout meuble, ne savaient y établir autre chose qu'une citerne, qui était un grand objet de luxe.

— Voir: Maisons.

Cour de justice,

— Voir: Juges, Jugements.


COURGE.
Quelques-uns ont pensé que le kikajon de Jonas 4:6, était une courge; mais,

— Voir: Kikajon.


COURONNE.
L'usage des couronnes était fort commun chez les Hébreux, comme chez les Orientaux en général; presque chaque livre de la Bible en parle. La plus ancienne dont nous ayons connaissance est celle du souverain sacrificateur, qui se composait d'une lame d'or pur, s'attachant par derrière avec un ruban bleu-céleste, et sur laquelle étaient gravés les mots: «La sainteté à l'Éternel;» elle se plaçait sur la tiare du pontife, Exode 28:36-37. Il semble, d'après Ézéchiel 24:17,23, que les simples prêtres portaient aussi des espèces de couronnes, puisque dans ces passages Dieu défend au prophète d'ôter sa couronne ou de mener deuil en aucune façon, afin de montrer aux Israélites qu'eux aussi, dans la captivité, ne pourront mener deuil, ni s'abandonner à leur douleur, même quand leurs plus proches parents seront passés au fil de l'épée: peut-être aussi s'agit-il simplement de bonnets ou de turbans que chacun portait comme couverture de tête, sans y rattacher du reste aucune autre idée. Mais lorsque Moïse ordonne aux Juifs, Deutéronome 6:8, de porter les paroles de la loi comme une couronne sur leur tête, et comme un bracelet à leurs bras (c'est le sens du texte), il insinue assez clairement que les couronnes et les bracelets étaient fort en usage chez eux.

Une couronne était la parure nuptiale de la vierge et de son époux, Ésaïe 61:10; Cantique 3:11; c'est ainsi que l'Éternel, regardant la nation juive comme son épouse, lui met une couronne d'or sur la tête, Ézéchiel 46:12; cf. 23:42.

— Le diadème était encore l'ornement des rois et des princes, comme la marque principale de leur dignité, soit chez les Hébreux, soit chez les païens; et quand David se fut emparé de Rabbath-Hammon, il prit la couronne de leur roi qui pesait un talent (35 kilogrammes), et qui était toute garnie de pierres précieuses. La couronne de Saul est mentionnée 2 Samuel 1:10; parmi les objets que l'Hamalécite, qui se vantait de l'avoir tué, apporta à David; le diadème de Salomon, que sa mère Bathsébah lui avait brodé pour le jour de ses noces, est nommé Cantique 3:11; celui de Josias, 2 Chroniques 23:11. Les rois qui possédaient plusieurs royaumes ceignaient autant de diadèmes, comme on peut le voir par Apocalypse 12:3; 13:1; et le roi des rois, qui domine sur l'univers entier et sur les peuples de toutes langues, a sur sa tête plusieurs diadèmes, nous dit le même apôtre, 19:12.

Les reines de Perse portaient une couronne que le roi leur accordait quand il voulait les honorer. Vasti jouissait de ce privilège, Esther 1:11, lorsqu'ayant eu le malheur de déplaire à son époux Assuérus, elle vit la couronne royale passer sur la tête de la Juive, parente de Mardochée, 2:17. Haman, racontant comment il pense que le roi doit traiter la personne qu'il veut honorer, n'oublie pas la couronne royale, 6:8. Mardochée en fut effectivement revêtu, dans la course triomphale qu'il fit au travers de la ville de Susan, 8:15.

Mais la couronne biblique dont le souvenir est le plus cher aux chrétiens, parce qu'elle a ceint la tête du Prince de paix, c'est la couronne d'épines, bel emblème de la royauté qu'il devait trouver dans ses souffrances, mais triste anneau qui doit s'ajouter à la chaîne des perversités humaines. On s'est demandé, par curiosité, de quelles épines était composée cette couronne; les uns ont répondu d'aubépine, les autres d'acacia, les autres de groseillier, les autres de jonc marin, les autres d'épine-vinette, etc. L'on n'en sait évidemment rien. Ce qu'il y a de plus curieux dans cette discussion, c'est que ceux qui se tourmentent ainsi après ces épines, devraient être mieux à même que personne de répondre d'une manière satisfaisante. N'ont-ils pas en effet conservé cette couronne? N'ont-ils pas en effet conservé ces épines? N'y en a-t-il pas un tiers en la Sainte-Chapelle de Paris? à peu près autant à Notre-Dame? puis à Rome six épines partagées entre les églises de Sainte-Croix et de Saint-Eustache; à Sienne quelques-unes; à Bourges cinq; à Bezançon trois; à Vienne une; à Mont-Royal trois; à Alby trois; à Toulouse, à Mâcon, à Alby, à Noyons, etc., etc., etc.? sans parler de toutes les autres épines qui sont dans le monde. «Par quoi il est aisé de conclure, ajoute Calvin, que la première plante a commencé à jeter longtemps après la passion de notre Seigneur Jésus-Christ.» La conclusion est juste; elle donne en même temps la clé des divisions qui existent entre les papistes sur l'espèce d'épines dont il s'agit: on n'a pas pu vérifier sur la sainte couronne qui se conserve à la Sainte-Chapelle de Paris, parce qu'elle n'a plus d'épines, dit Calmet, depuis qu'on en a arraché la dernière du temps de Louis XIII. Le même bénédictin ajoute: «L'histoire ancienne ne nous a rien appris sur la manière dont la sainte couronne s'est conservée et est venue jusqu'à nous. Il est même assez difficile de croire que toutes les épines et toutes les parties de la sainte couronne que l'on montre en différents endroits, ne viennent que de la seule couronne du Sauveur.»


COURRIER.
L'institution des courriers faisant le service de poste est très ancienne, et paraît avoir pris naissance en Perse. Ce furent d'abord des sentinelles qui, placées de distance en distance, se criaient l'une à l'autre les nouvelles publiques, et les faisaient ainsi parvenir avec une très-grande rapidité de toutes les parties du royaume à la capitale. Puis Cyrus, autant pour accélérer le service que pour tenir secrètes les nouvelles qu'il ne voulait pas voir proclamées par les sentinelles, établit des courriers à cheval sur toutes les grandes routes, de telle sorte que les paquets et les lettres changeaient à la fois de cheval et de courrier à chaque nouvelle station, sans que ni la nuit, ni le mauvais temps pussent jamais arrêter les porteurs. Hérodote dit qu'en fait de voyage par terre on ne connaît rien de plus rapide, et Xénophon assure que ces courriers allaient plus vite que le vol des grues. Xercès, dans sa fameuse expédition contre les Grecs, avait établi ce moyen de communication entre lui et Suse, la capitale de ses états. Ces courriers sont nommés dans l'histoire d'Ester; c'est par eux qu'Haman fit porter l'ordre de mettre à mort tous les Juifs du royaume, 3:13; c'est par eux aussi, et par des courriers extraordinaires et plus nombreux, que le contre-ordre fut expédié, sur l'intervention d'Ester et de Mardochée, 8:10.

Les Grecs adoptèrent le même système à l'imitation des Perses, mais en y joignant la corvée, c'est-à-dire l'obligation pour les villes de fournir à l'État des chevaux et des hommes pour faire ce service. On pense que les paroles de notre Sauveur, Matthieu 5:41, renferment une allusion à cette charge, lorsqu'il dit: «Si quelqu'un veut te contraindre de faire avec lui une station, fais-en deux.»

Parmi les Romains, ce fut Auguste qui institua les postes réglées. Adrien les perfectionna, mais elles tombèrent avec l'empire; elles se relevèrent un instant sous Charlemagne, et ne s'établirent définitivement dans l'Europe moderne que sous Louis XI, roi de France.


COUTEAUX.
Les couteaux des anciens Hébreux étaient de pierre, comme ils le sont maintenant encore chez tous les peuples sauvages, et dans plusieurs parties de l'Orient, là où l'on a besoin d'instruments tranchants, et où l'on ne connaît pas l'art de travailler le fer. On ne s'en servait point à table, puisque les viandes arrivaient toutes découpées, et que le pain, en forme de gâteau très mince, pouvait facilement se rompre avec les doigts, Marc 6:41; et ailleurs. Les mêmes usages, ou la même absence d'usage, comme on dirait chez nous, se pratiquent encore en Orient jusque dans les festins des princes et des rois. Les couteaux étaient employés principalement dans les sacrifices, et dans les boucheries, Genèse 22:6,10, etc.; ils servaient aussi pour la circoncision, Exode 4:25; Josué 5:2; ceux de pierre étant regardés comme moins dangereux et causant moins d'inflammation que ceux de métal.


OUVERTURES
du tabernacle,

— Voir: Tabernacle.


CRAMOISI,
hébreu Karmil, 2 Chroniques 2:7,14; 3:14. Selon Bochart, le cochlea purpurata, pourpre tirée d'une espèce de crustacé des environs du mont Carmel. Selon quelques auteurs, ce Karmil serait un mot de la langue postérieure, équivalant à Tholahat que nous traduisons par écarlate, q.v.

— Parmi les différentes espèces de rouge indiquées dans la Bible, il est un peu difficile de déterminer la nuance exacte des mots employés; voici, cependant, comment nous croyons pouvoir essayer de les traduire.

Karmil, cramoisi, ou écarlate.

Tholahat, Shani, Shanim, écarlate, Ésaïe 1:18;

Argaman, pourpre rouge, Exode 25-27.

Thekéleth, pourpre violet, tirant sur le bleu, Ézéchiel 23:6.

Shasher, rouge cinabre ou garance, Jérémie 22:14.

Chamoutz, rouge brillant, écarlate, Ésaïe 63:1.


CRÉATION.
Acte du Dieu éternel et tout puissant, par lequel il appelle à l'existence des choses visibles et invisibles, matérielles ou spirituelles, Apocalypse 4:11; Psaumes 148:5, sq. Ce mot s'entend aussi, par extension, de l'univers, de l'ensemble des choses créées; mais nous n'avons à le considérer ici que dans le premier de ces deux sens, c'est-à-dire comme acte créatif. L'homme, être borné et déchu, ne peut pénétrer les conseils mystérieux de l'Éternel, et découvrir par lui-même la date, le mode, ni les raisons de la formation de l'univers; Job 11:7-8. Et si quelque téméraire se permet dans son orgueil de disserter sur ces choses d'une manière contraire à la Bible, ou cherche à découvrir ce qu'il a plu à Dieu de nous cacher, l'Éternel lui-même confond son audace et le fait rentrer dans la poussière, Job 38.

Mais si par nous-mêmes nous ne pouvons découvrir les choses cachées de Dieu, nous pouvons et devons chercher à connaître ce qu'il lui a plu de nous en révéler. Pour cela nous avons deux sources d'instruction à étudier: la Bible et la nature. «Les œuvres de Dieu et la parole de Dieu sont les deux portes du temple de la vérité; comme elles proviennent d'un même auteur souverainement sage et tout-puissant, il est impossible qu'il y ait entre elles aucune contradiction; mais elles doivent, pour ceux qui les comprennent dans leur vrai sens, s'expliquer et se confirmer réciproquement, quoique d'une manière et par des voies différentes.» (Gaede, prof. d'hist. nat. à Liège.) Et de même que les œuvres visibles de la création de Dieu nous sont données pour nous apprendre à connaître ses perfections invisibles, Romains 1:20, ainsi, c'est en prenant la Bible pour guide que nous devons étudier cette création visible et les œuvres merveilleuses de l'Éternel; sans cela nous sommes exposés à tomber dans les systèmes les plus faux et les plus absurdes, comme il est déjà arrivé à plusieurs savants, auxquels on peut bien appliquer le reproche que Jésus adressait aux Juifs: «Vous êtes dans l'erreur parce que vous n'entendez pas les Écritures ni quelle est la puissance de Dieu», Matthieu 22:29. Il est une science en particulier, qui résume à elle seule presque toutes les sciences naturelles, et qui, quoiqu'elle n'existe que depuis peu d'années, remonte par ses découvertes jusqu'aux premiers âges du monde; une science remplie d'attrait pour ceux qui en ont fait l'objet de leurs études, et qui plus que toute autre peut-être, a conduit à des résultats erronés et anti-scripturaires, ceux qui n'étaient pas soutenus par une foi ferme à la parole de Dieu. Nous voulons parler de la géologie, dont l'incrédulité a si souvent essayé de se faire une arme contre la Bible. Mais à mesure qu'elle a été mieux étudiée, et que les faits et les monuments qu'elle présente ont été examinés de plus près, l'on a reconnu que loin d'ébranler en aucune manière l'autorité de la Bible, elle n'a fait que confirmer le récit de Moïse d'une manière frappante et inattendue. C'est ainsi que les calculs remarquables du célèbre Cuvier pour connaître l'âge du monde et l'époque du déluge, ont offert un résultat qui coïncide exactement avec la Genèse (Discours sur les révolutions de la surface du globe).

— Mais cette science est encore dans son enfance, et s'il nous est permis de donner un conseil, nous voudrions engager ceux de nos lecteurs qui auraient à s'en occuper, premièrement à n'étudier la géologie qu'avec humilité et respect, en pensant que la nature est comme la Bible, mais pas plus que la Bible, le livre de Dieu; ensuite à ne pas s'effrayer, ni se laisser ébranler dans leur foi, par des découvertes futures qui sembleraient en contradiction avec la révélation écrite, ou avec des systèmes cosmogoniques proposés même par des hommes pieux. Il ne peut, nous le répétons, y avoir contradiction réelle, et l'on trouvera toujours que lorsqu'il y en aurait une apparente, cela vient de ce que nous n'avons pas compris l'un ou l'autre de ces livres; mais la vérité est une, et le Dieu fort est vérité, Deutéronome 32:4.

Après ces remarques préliminaires, l'on nous comprendra lorsque nous dirons que ce n'est qu'avec crainte et tremblement que nous osons hasarder quelques explications sur l'œuvre de la création, telle qu'elle est rapportée dans le premier chapitre de la Genèse, car ce sont là les choses difficiles et mystérieuses de l'Éternel, et connaissant à peine «les bords de ses voies», Job 26:14, nous craignons, nous aussi, «d'obscurcir son conseil par des paroles sans science.»

«Dieu créa au commencement le ciel et la terre», Genèse 1:1.

— La signification propre du mot créer est: tirer du néant, faire une chose de rien; c'est pourquoi les traducteurs de la Bible s'en sont servis pour rendre le mot hébreu bara qui n'a pas tout à fait la même portée; mais la langue hébraïque n'en possédant point d'autre qui pût indiquer exactement l'acte par lequel Dieu produit une chose, sans la former d'une substance déjà existante, les écrivains sacrés ont dû employer ce mot bara, qui signifie proprement former, mettre en ordre (Calmet), mais dont la racine primitive semble plutôt contenir le sens de séparer, (Simonis, Lexique Hébreu) C'est peut-être à cette idée que correspond l'expression française: Dieu débrouilla chaos. En effet, nous voyons que l'œuvre des trois premiers jours, dans le récit de Moïse, est en grande partie une œuvre de séparation: Dieu sépare la lumière d'avec les ténèbres, il sépare les eaux supérieures des eaux inférieures, il sépare la terre sèche d'avec la mer, il sépare le jour d'avec la nuit. Et lorsque Moïse emploie le mot créer, cela ne signifie point toujours tirer une chose du néant, mais souvent tirer une chose d'une autre substance pour lui donner une forme nouvelle; ainsi, par exemple, Dieu crée l'homme à son image, Genèse 1:27, et cependant il le tire de la poudre de la terre, 2:7. Malgré cette double interprétation dont le mot bara est susceptible, nous savons positivement que la matière n'a pas toujours existé, qu'elle a eu une origine, car l'Esprit-Saint nous le déclare, soit, Genèse 1:1, en nous disant que les cieux et la terre ont eu un commencement, cf. 2:4, soit dans le commentaire qui nous en est donné ailleurs par le même Esprit, Hébreux 11:3; Psaumes 33:9. Et la sagesse de Dieu qui est, la même chose que sa parole éternelle, le verbe incréé «qui était au commencement avec Dieu et qui était Dieu», nous parle d'un temps antérieur à l'existence de notre globe, où elle était ses délices «lorsqu'il agençait les cieux et qu'il traçait le cercle au-dessus des abîmes, lorsqu'il n'avait point encore fait la terre, ni le commencement de la poussière du monde», Proverbes 8:22-30.

«C'est donc le contexte», dit un savant professeur anglais, le docteur Pusey, (— Voir: Buckland Bridgewater Treatise, vol. I, p. 22) «qui doit décider du sens du mot bara, et nous indiquer s'il faut le traduire par: tirer du néant, ou par: donner une nouvelle forme à une substance qui existait déjà.

«Quoique Moïse se serve, en parlant des œuvres de Dieu, tantôt du mot bara, tantôt du mot hazah (il fit), il paraît cependant que la première de ces expressions a une énergie particulière, et ne peut s'employer que pour décrire l'action de Dieu, tandis que la seconde peut s'appliquer aussi à l'action des hommes.

«Après avoir soigneusement comparé un grand nombre de passages (Ésaïe 43:1,15; Nombres 16:30; Psaumes 104:30; sq.), et avoir fait une étude attentive de ce sujet, je suis arrivé à cette conclusion, que les mots créer et faire, employés en parlant de Dieu, sont synonymes, avec cette différence que la première de ces expressions est la plus forte des deux, quoique Moïse semble quelquefois les employer indifféremment: Ainsi, Genèse 1:21. Dieu créa les grands poissons; verset 25, Dieu fit les bêles de la terre; verset 26, faisons l'homme à notre image; verset 27, Dieu créa donc l'homme.

M. de Rougemont (Fragments d'une Histoire de la terre, p. 113) voit quelque chose de plus dans la manière dont Moïse se sert de ces mots; il dit que «créer signifie former un type nouveau, tandis que faire est restreint au développement d'un type déjà existant: ainsi, dit-il, Dieu crée l'animal, l'homme, 1:20-27; mais une fois les animaux aquatiques existants, il ne crée pas les animaux terrestres, il les fait.»

Nous ne prétendons pas décider quelle peut être la valeur de cette observation, mais nous croyons devoir ajouter en développement de l'idée de cet auteur, que les eaux et les airs contenant parmi leurs habitants des créatures qui appartiennent aux quatre grands embranchements du règne animal, les types existaient tous avant la formation des animaux terrestres, qui n'étaient pour ainsi dire qu'un développement de ceux qui avaient été créés le cinquième jour; tandis que l'homme étant non seulement un animal plus parfait que les autres par les organes dont il était doué, mais encore le seul habitant de la terre auquel Dieu eût donné une âme de la même nature que l'Essence divine, pouvait bien être considéré, quant à son corps, comme un développement d'un type antérieur, mais quant à cette âme vivante, faite à l'image de Dieu, c'était bien réellement comme une création nouvelle; ce qui expliquerait pourquoi la Genèse se sert des deux expressions faire et créer, quand il s'agit de l'homme.

«Ce qui est bien plus important pour l'interprétation du premier chapitre de la Genèse, c'est de savoir si les deux premiers versets contiennent une espèce d'introduction, un simple résumé de ce qui va être dit plus en détail dans le reste du chapitre, ou s'ils sont l'expression d'un acte de création distinct de ceux dont il est parlé dans les versets suivants.

«Cette dernière interprétation paraît être la véritable comme la plus naturelle. En effet, nous n'avons dans la Bible aucun autre récit d'une création primitive, et de plus il semble que le deuxième verset soit une description de la matière créée, avant l'arrangement qui en allait être fait en six jours; ainsi la création du commencement doit être distinguée de la création des six jours; d'autant plus que le récit de ce qui s'est passé dans chacun de ces jours est précédé de la déclaration que «Dieu dit», ou voulut l'événement qui suit immédiatement; par conséquent il semble que la création du premier jour doit avoir commencé lorsque ces mots: «Et Dieu dit», sont employés pour la première fois, c'est-à-dire pour la création de la lumière. De même, si c'est bien là le commencement de l'œuvre des six jours, il est clair que cette création ne fait que donner une nouvelle forme, un nouvel arrangement, et pour ainsi dire, meubler d'une manière nouvelle un monde qui existait déjà, car nulle part dans le récit des six jours il ne nous est dit que Dieu fit, ou créa l'eau, ni la terre, ni les ténèbres, choses déjà existantes (résultat d'une création précédente), les quelles il ne fait, dans les premiers jours, que séparer les unes des autres et les mettre dans un ordre nouveau.» (Buckland's I, 22).

Nous croyons donc que le verset 1 nous parle d'une création primitive des choses matérielles, sans en indiquer l'époque qu'il ne nous importe probablement pas de savoir. Ceci n'est point une opinion nouvelle; c'est celle de plusieurs pères de l'Église (— Voir: Pétavius, Dogm. Theol., tom. III. De opificio sex Dierum, Lib. 1. Cap. 1, § 8, et cap. 11, § 1-8). Les uns voyaient dans les deux premiers versets de la Genèse le récit de la création d'un monde primitif; d'autres, comme saint Augustin, Théodoret, y voyaient la première formation de la matière; d'autres, celle des éléments; d'autres croient que les cieux dont il est question au verset 1 sont, non le ciel atmosphérique de notre terre qui ne fut créé que le deuxième jour, mais ce qui est appelé ailleurs les cieux des cieux.

Nous voyons, en effet, que quoique la Genèse emploie le même mot Shamayim pour désigner ces deux choses, la Bible les distingue ailleurs, comme Néhémie 9:6.

La racine du mot hébreu qui signifie ciel, étant le prétérit inusité shamah, être élevé, le mot shamayim signifierait les hauteurs, ou les espaces élevés, et shemé hasshamayim (les cieux des cieux), seraient les espaces infiniment élevés, ou l'immensité avec tout ce qu'elle contient, et par conséquent cette multitude innombrable d'étoiles ou de mondes, qui feraient ainsi partie de la première création, indiquée Genèse 1:1, et que le verset 16 ne fait que rappeler en passant, en parlant du moment où le soleil devint lumineux pour la terre.

Le fameux passage de saint Pierre, 3:5-13, qui résume en quelques mots les destinées de notre planète, autorise la différente interprétation du mot cieux dans les versets 1 et 8, et montre que le ciel du deuxième jour, c'est-à-dire l'atmosphère, suit le sort de notre globe et de ses révolutions. Il est évident, en effet, que les cieux antédiluviens qui ont été détruits, ne comprenaient pas les astres, car alors le soleil, la lune, et les étoiles qui existaient avant le déluge auraient aussi péri; la future destruction par le feu, des cieux et de la terre d'à présent, n'est donc point non plus une catastrophe qui doive envelopper tout l'univers, mais seulement une grande révolution qui doit changer l'état et l'apparence de notre globe; un feu purifiant qui le nettoiera de sa souillure comme l'or fondu dans le creuset est dégagé par le feu des matières impures qui le ternissent; révolution après laquelle le monde et ses habitants seront rétablis dans l'état de pureté et d'innocence, d'où le péché d'Adam les avait fait déchoir.

L'interprétation que nous venons de donner du verset 1 semble confirmée aussi par l'expression remarquable qui termine le verset 3 du deuxième chapitre: «Dieu se reposa de toute l'œuvre qu'il avait créée pour être faite.»

— Ne semble-t-il pas que ce passage est un de ceux dans lesquels le Tout-Puissant soulève à nos yeux un coin du voile qui nous cache la profondeur de ses conseils? Ne semble-t-il pas nous dire qu'il avait de longue main préparé une demeure aux hommes, qu'il avait créé cette terre dans les jours d'autrefois pour être faite, c'est-à-dire pour être façonnée plus tard, de manière à ce qu'elle pût être habitée par des créatures dans lesquelles il voulait mettre son plaisir? Proverbes 8:31.

Il fit toutes ces choses par degrés, ajoutant une bonne chose à une autre bonne chose, jusqu'à ce qu'il jugeât que tout était très bon, Genèse 1:31, afin d'y rendre heureux des êtres formés à son image, à qui il voulait remettre la domination sur toutes les merveilles qu'il venait d'appeler à l'existence.

Quand il ne nous resterait d'autre partie de la révélation que les premiers chapitres de la Genèse, n'aurions-nous pas là une preuve éclatante de la bonté infinie de notre Créateur et du soin paternel que sa Providence prend des hommes? Oui, cet Être tout puissant qui s'occupait de notre bonheur, tant de siècles avant l'existence de notre race, ne peut pas nous avoir délaissés, et si le mal est entré dans le monde, et a gâté cette terre très bonne où Dieu avait placé Adam, soyons sûrs que celui qui a mis tant de soin à nous former pour le bonheur, aura aussi mis à notre portée un remède à nos maux, un moyen de relèvement après notre chute, un sauveur enfin assez puissant pour empêcher que cette terre et ses habitants qui étaient sortis très bons de la main de Dieu, ne continuent à être entraînés à jamais dans le chemin du mal.

Mais pour cela, il faut qu'une création nouvelle s'opère en nous, et que cette parole divine par qui et pour qui toutes choses ont été faites, renouvelle en nous l'image de Dieu que le péché a détruite, 1 Corinthiens 45:47,49; 2 Corinthiens 5:17; Éphésiens 4:24;

verset 2. «Et la terre était sans forme et vide; les ténèbres étaient sur la face de l'abîme, et l'Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux.»

— (Le mot abîme semble être synonyme des eaux sur lesquelles se mouvait l'Esprit de Dieu; — Voir: Job 38:30; Psaumes 42:8; 104:6; Jonas 2:6; sq.)

Si le verset 1 se rapporte à la première création de toutes choses, dont rien ne peut nous faire même deviner l'époque, il se peut que des millions d'années se soient écoulées entre ce moment et la création de la lumière sur notre terre. (Dans la Bible de Luther, imprimée à Wittenberg, en 1557, on trouve le chiffre 1, marqué en tête du verset 3, comme étant le commencement de l'histoire de la création. Dans d'anciennes éditions anglaises où la division en versets n'était pas encore adoptée, il y a un double interligne entre les versets 2 et 3. Pusey.)

Le verset 2, décrit l'état du globe immédiatement avant le commencement du premier des six jours, c'est-à-dire sur le soir du premier jour; car, suivant la computation mosaïque, chaque jour commence avec le soir, et dure jusqu'au soir du jour suivant. Le premier jour serait donc la fin de la période indéfinie de la première existence du monde. Dans ce verset 2, il est fait une mention spéciale de la terre et des eaux comme existant déjà, mais enveloppées de ténèbres. Les mots thohou vabohou décrivent cet état de confusion et de vacuité que les Grecs représentent par le mot Chaos. Ils sont encore employés dans le même sens, Ésaïe 34:11; Psaumes 107:40.

Le mot vide, de nos traductions françaises, ne rend pas très'bien la signification, car il donne l'idée d'un corps creux, tandis qu'ici il faudrait exprimer un vide extérieur: la terre était vide d'habitants, vide de parure, aride et dépouillée. D'où provenait cet état chaotique? Était-ce ainsi que la terre était sortie des mains du Créateur? Étaient-ce les ruines d'un monde antérieur? Nous l'ignorons; peut-être Dieu avait-il dit d'un ordre de choses plus ancien ce qu'il dit plus tard du monde moderne, par la bouche de son prophète, Jérémie 4:23; sq.: «La terre sera dans le deuil, les cieux seront noirs au-dessus;... j'ai regardé la terre, et voici, elle est sans forme et vide, etc.»

Ne semble-t-il pas que l'Esprit saint ait voulu nous représenter par ces paroles une effrayante révolution de notre globe dont le chaos aurait été le résultat? S'il était permis de traduire en langage non inspiré les paroles de l'écrivain sacré, nous croirions pouvoir paraphraser ainsi les premiers versets de la Genèse: «Toutes les choses que nous voyons et dont nous pouvons connaître l'existence, soit sur la terre que nous habitons, soit au-delà, doivent leur être à un Dieu souverainement bon, sage et puissant, qui a fait sortir la matière du néant, dans des temps infiniment reculés et dont la date nous est inconnue. Ce Dieu tout bon jugea à propos de créer une race d'êtres intelligents auxquels il donna le nom d'hommes, et voulant leur préparer une demeure, il choisit pour cela un de ces globes qu'il avait faits pour se mouvoir dans l'espace, et qui était alors inculte et désert, recouvert de liquide et d'obscurité. Le moment où l'Esprit de Dieu s'en rapprocha et plana, pour ainsi dire, à sa surface, pour y faire pénétrer l'ordre et la vie, fut pour le globe le commencement d'une création nouvelle qui devait avoir six degrés, ou se faire en six époques de progrès successifs.

«Tout était prêt pour cette nouvelle création, la matière à laquelle une autre forme devait être donnée, l'Esprit divin qui devait la vivifier; il ne fallait plus que la parole du commandement pour appeler à l'existence ce monde nouveau; et Dieu dit... que la lumière soit, et l'ordre naquit au milieu de la confusion.»

Ainsi, nous voyons apparaître dès la fondation du monde cette Trinité dans l'unité de Dieu: «Le Père qui habite une lumière inaccessible et que nul œil n'a vu ni ne peut voir», 1 Timothée 6:16; cf. Apocalypse 15:3; Psaumes 18:29; 36:10; «le Fils, qui est la véritable lumière qui a resplendi dans les ténèbres et qui éclaire tout homme en venant au monde», Jean 1:9; cf. verset 2. Colossiens 1:16; Éphésiens 3:9; «enfin l'Esprit de Dieu planant sur la face des eaux, pénétrant le globe d'une force vitale, et qui nous est représenté comme présidant à la création et y prenant la part la plus directe», Psaumes 33:6; cf. Genèse 2:1; Psaumes 104:29-30; Jean 20:22; Genèse 2:7; cf. Job 33:4 (La Bible de Genève, édition de 1805, ainsi que celle qui a été publiée plus récemment par les pasteurs et professeurs de cette ville, traduit au verset 2: «Et Dieu fit souffler un vent qui agita la surface de l'eau.» Mais si le mot rouach peut, en effet, signifier esprit ou vent, selon la place où il est employé, comme le grec πνεύμα et le latin spiritus, est-il raisonnable de le traduire par vent, lorsque Dieu n'avait pas encore créé l'air? Autant vaudrait, par exemple, remplacer Esprit par courant d'air dans des passages tels que celui-ci: «Caches-tu ta face, elles (les créatures) sont troublées; retires-tu leur souffle, elles défaillent et retournent en leur poudre. Mais si tu renvoyés ton courant d'air (Esprit), elles sont créées de nouveau!» Psaumes 104:29-30; cf. enc. Job 26:13) Et afin de montrer évidemment que ces trois personnes ne sont pas trois Dieux, mais un seul Dieu, manifesté de trois manières, l'écrivain sacré qui se sert pour désigner le Créateur du mot Élohim, Seigneurs, fait suivre cette désignation plurielle d'un temps de verbe au singulier, comme s'il y avait Dieux dit que la lumière soit; Dieux vit que cela était bon. Puis, après nous avoir montré les personnes divines conférant ensemble (— Voir: 26, faisons l'homme à notre image), il lui donne (2:4) le nom incommunicable et singulier de Jéhovah, joint à celui d'Élohim, Seigneurs, qui est, qui était et qui sera, ou Seigneurs Éternel.

Durée des jours de la création. Pendant longtemps, personne dans les pays où le christianisme était professé, ne mit en doute que les jours de la création ne dussent s'entendre à la lettre d'espaces de vingt-quatre heures, mais à mesure que l'on étudia plus attentivement les sciences naturelles, on trouva des preuves de l'existence d'un ordre de choses antérieur à la création de l'homme, ordre de choses qui avait dû continuer pendant des temps fort longs; l'on se hâta de rejeter alors le récit de Moïse et ses six jours, comme une chose absurde et contraire aux lois de la nature. Puis vinrent d'autres naturalistes plus religieux, qui comprirent que l'homme ne pouvait ainsi limiter la puissance de Dieu, et Que celui qui avait fait le temps pouvait créer un monde non seulement en six mille ans, mais en six ans, en six jours, en six minutes, en un clin d'œil, s'il l'eût voulu; il leur parut que sans nier les découvertes des sciences naturelles, l'on pouvait fort bien les concilier avec le récit mosaïque, en supposant que toutes les plantes et animaux fossiles étaient les restes d'un monde antérieur au verset 3, de la Genèse, détruit nous ne savons à quelle époque, ni pour quelle cause, et que Dieu établit réellement l'ordre de choses actuel en six jours de vingt-quatre heures. Mais cette hypothèse, quelque plausible qu'elle paraisse au premier abord, n'explique point suffisamment comment il se fait, par exemple, que l'ordre des animaux fossiles, selon leurs couches, se rapporte si bien à ce que nous enseigne la Genèse sur l'ordre de leur formation; l'examen de leurs yeux, même de ceux des plus anciens, comme, par exemple, des Trilobites, dans les terrains de transition (Buckland's vol. I, p. 396), prouve que ces animaux ont vécu dans une lumière semblable à celle qui nous sert à distinguer les objets, une lumière solaire en un mot, et qu'ils ont été créés après que Dieu avait établi cet astre pour éclairer notre globe, ainsi qu'il est dit aux versets 14 à 18. On reconnut aussi que la Bible elle-même donne aux mots qui désignent les divisions du temps, comme jour, semaine, des sens divers et plus ou moins étendus, (— Voir: Ésaïe 34:8; Ézéchiel 4:6; Daniel 9:24; 1 Corinthiens 3:13; 5:5; 2 Pierre 3:10, etc.), et l'on en vint à traduire les six jours de la création par six époques. C'est à cette opinion que se sont arrêtés presque tous les théologiens et les géologues les plus distingués de notre temps; pour eux les jours de la création ne sont pas des jours solaires comme ceux d'à-présent, mais des époques cosmogoniques d'une longue durée, des temps de progression et de formation alternant avec des temps de trouble et de révolutions telluriques. Sans énoncer une opinion positive sur ce sujet, nous devons convenir que les probabilités sont en faveur de l'opinion qu'il s'agit non d'espaces de vingt-quatre heures, mais de périodes considérables, de mille ans peut-être; en effet, il est remarquable que dans les deux passages de la Bible où il est dit qu'aux yeux de Dieu, mille ans sont comme un jour, et un jour comme mille ans, cette déclaration de l'Esprit saint se trouve placée en relation directe avec les événements de la Création, et avec ce jour du Seigneur qui, comme le dit saint Jean, doit durer mille ans, cf. Psaumes 90:2,4; avec 2 Pierre 3:5-10; et Apocalypse 20.

Les plus anciens livres des nations prennent aussi, comme la Bible, dans des sens plus ou moins étendus les mots qui désignent les divisions du temps.

Plutarque dit que les Égyptiens, voulant prétendre à une plus haute antiquité que les autres peuples de la terre, comptaient dans leur chronologie chaque mois pour une année. Les calculs des Indiens et des Chinois ont des bases tout à fait semblables; (— Voir: Doct. Nares, Man considered theologically and geologically, p. 192)

Zoroastre, en parlant de la création, dit qu'elle se fit en six époques ou temps inégaux, distribués de la manière suivante: Le premier temps fut employé à créer le ciel, ce qui prit 45 jours; dans le deuxième temps, qui dura 60 jours, Dieu créa les eaux; la terre fut créée dans le troisième, qui fut de 75 jours; le quatrième, de 30 jours, vit éclore les plantes; le cinquième, de 80 jours, tous les animaux; et le sixième, de 75 jours, fut consacré à la création de l'homme. La somme de ces nombres est 365 jours ou une année, (Hyde. De religione veterum Persarum, Cap. 9). On reconnaît dans cette narration le récit de la Genèse défiguré, et combiné avec l'idée traditionnelle de la longueur considérable des jours de la création, tradition qui existait déjà, à ce que l'on prétend, chez les Juifs, et aussi chez les Étrusques (F. de Rougemont, Fragments, etc.)

Quelques auteurs ont cru en trouver une preuve implicite dans le langage même du texte, et de même que la forme participiale du verbe qui exprime l'action de la force créatrice, l'esprit de Dieu, se mouvant sur la surface de l'abîme, indique non un acte subit et momentané, mais une force s'exerçant d'une manière continue (Doct. Wiseman, Lectures on Science and revealed Religion, vol. I, p. 295), ainsi l'on a cru reconnaître dans ces six jours non seulement une suite de perfectionnements, mais aussi des intervalles de révolutions et de bouleversements dont l'idée serait renfermée dans la signification la plus étendue du mot Éreb, soir. Le premier chapitre de l'Ecclésiaste et le Psaumes 104 (en particulier les versets 29 et 30) avaient fait pressentir la possibilité d'une semblable progression dont diverses traditions fort anciennes contiennent des traces remarquables.

— La cosmogonie indienne qui se rapproche beaucoup de la Bible, parle «d'un grand nombre de créations et de destructions de mondes, provenant de la volonté d'un Être suprême qui ne le fait que dans le but de rendre ses créatures heureuses.» (Institues of Hindu Law. London, 1825, chapitre 1) Nous ne pouvons nous empêcher de transcrire ici deux passages très remarquables de ce livre, cités par Lyell, Principles of Geology, vol. 1 chapitre 2, avec l'indication des textes bibliques correspondants: «L'Être dont la puissance est incompréhensible, m'ayant créé, moi (Menou) et tout cet univers, fut de nouveau absorbé dans l'Être suprême, faisant succéder au temps de l'énergie l'heure du repos.» Cf. Hébreux 1:3,10; 4:4; Jean 17:5.

— Et plus loin: «Quand cette puissance agit, alors ce monde reçoit son plein développement; quand il sommeille, tout le système déchoit. Car pendant qu'il se repose, ou cesse d'agir, les esprits revêtus de formes matérielles, et doués de principes d'action, se détournent peu à peu de leur tâche, et l'intelligence elle-même devient inerte.» (Cf. Psaumes 104:27-30)

Telle est aussi la tradition des Birmans, et celle des anciens Égyptiens; on la retrouva même dans les ouvrages de quelques Pères de l'Église, saint Augustin, Orat. II, saint Basile Hexaëmeron, hom. 2.

Les découvertes récentes de la géologie sont venues, bien des siècles après, éclaircir cette hypothèse, et la confirmer à ce qu'il semble. Cuvier, dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe, établit par des preuves irrécusables, que ces révolutions ont été nombreuses, subites, antérieures à l'apparition de l'homme sur la terre, et même qu'il y en a eu d'antérieures à l'existence d'êtres vivants quelconques.

«L'histoire des six jours, ainsi que celle de l'humanité, a ses puits cosmogoniques, dont la première est le chaos, et dont le caractère est la mort, le désordre, les ténèbres; par une concordance imprévue et inexplicable, les géologues d'une part, Moïse de l'autre, admettent un développement ou une création de la terre tout à fait extraordinaire, qui s'opère par une alternative de temps d'ordre et de création, de temps de désordre et de destruction.

«La géologie ne fait ici que préciser, expliquer, commenter le texte biblique, qui accepte en plein tous ces résultats de la science.

«Les soirs (Éreb) sont donc les temps de désordre; le premier soir n'est autre chose que le chaos lui-même; les suivants sont des invasions du chaos au milieu de l'œuvre lumineuse de Dieu. Les matins sont des temps d'ordre, de vie, de création. L'œuvre de Dieu pendant les six jours consiste à former la terre dévastée, et la dégager du chaos, de l'abîme et des ténèbres qui disparaissent successivement.

«Ainsi les eaux de l'abîme, 1:2, qui recouvraient au deuxième jour encore la terre entière, en partagent au troisième la surface avec les continents, et elles n'existeront plus sur la terre nouvelle, Apocalypse 21:1. Ainsi les ténèbres, éclairées dès le premier jour par la lumière, sont transformées en soirs cosmogoniques, et au quatrième jour en nuits de douze heures. Les soirs cosmogoniques précèdent chacun des six jours, et cessent avant la création de l'homme, aucun ne s'interpose entre le sixième jour et celui du repos, et la dernière des grandes époques de désordre est celle qui sépare le cinquième jour du sixième. L'alternative des jours et des nuits de vingt-quatre heures cessera à la fin des temps, et la terre sera éclairée par une lumière continue, Zacharie 14:7; Apocalypse 21:23. C'est ainsi que les complètes ténèbres du chaos se transforment peu à peu en complète lumière.

«Le premier chapitre de la Genèse est une vision des temps antérieurs à l'homme, et doit s'expliquer d'après les mêmes principes que les prophéties.

«En comparant l'œuvre de Dieu dans la réorganisation du chaos et dans la création du monde, à celle de Dieu dans le cœur des fidèles et dans l'Église, selon l'indication que nous en donne saint Paul, 2 Corinthiens 4:6, on remarque bientôt que les six jours cosmogoniques sont une espèce de prophétie de l'histoire de l'humanité, ou, en d'autres termes, que les faits physiques de l'histoire de la terre ont un sens analogue aux faits moraux de l'histoire de l'homme. Ainsi les ténèbres du chaos se reproduisent dans les ténèbres morales de l'âme déchue et pécheresse; les nuits cosmogoniques dans les époques historiques de corruption et de ruines; les jours cosmogoniques, dans celles de paix, d'ordre et de vie religieuse; la formation du soleil au quatrième jour, dans l'apparition du soleil de justice vers l'an 4,000, etc.» (Rougemont, Fragments, etc., p. 8)

Avant de nous occuper spécialement de l'œuvre de chacun des six jours de la création, nous devons indiquer une autre partie de l'Écriture qui nous en donne un commentaire remarquable: nous voulons parler des chapitres 38 à 41 du livre de Job. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner en détail cette portion sublime et mystérieuse de la Parole, nous nous bornerons à quelques versets du chapitre 38. En interrogeant Job sur les merveilles de l'univers, l'Éternel condescend jusqu'à raisonner avec sa créature; il lui montre que la souveraine sagesse qui a présidé à l'arrangement de la terre, des cieux et de tout ce qui s'y trouve, préside également aux événements de la vie des hommes, et que par sa direction, toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu, Romains 8:28. Mais, outre ce but principal d'instruction, nous trouvons encore des allusions à l'histoire de la création, qui peuvent éclaircir pour nous quelques passages du 1er chapitre de la Genèse.

En effet, nous croyons voir, dans le verset 4, une indication de cette création primitive qui eut lieu au commencement, Genèse 1:1; puis au verset 7, nous voyons les intelligences célestes se réjouissant de l'ordre et de l'arrangement que Dieu venait d'y établir, versets 5 et 6, et chantant en triomphe à cause de cette nouvelle manifestation de la puissance de Dieu, verset 7. Mais une au moins de ces étoiles du matin (Lucifer), était déjà tombée, peut-être même plusieurs, et le mal vint bientôt gâter l'œuvre du Créateur. Il semble qu'une irruption des eaux troubla l'ordre nouvellement établi, verset 8, et ce fut alors que Dieu donna à l'abîme la nuée pour couverture et l'obscurité pour ses langes, verset 9; peut-être les ténèbres furent elles ordonnées alors comme punition et comme demeure des anges déchus, par opposition à la lumière éternelle, qui est représentée comme l'habitation de Dieu, Jean 3:19-21; Éphésiens 6:12. C'est à ce moment-là que semble se rapporter le premier soir de la création; c'est là le chaos décrit au deuxième verset de la Genèse, et dont Dieu va tirer la terre par six époques de progression, six jours. Le verset 10 semble indiquer l'action de Dieu par laquelle il opère la séparation des eaux inférieures et supérieures, et le verset 11 correspondrait au verset 9 de la Genèse où Dieu fixe à la mer la place qu'elle doit occuper. Les versets 8-11 pourraient, il est vrai, se rapporter à quelques égards au déluge du temps de Noé; mais ce qui nous fait préférer l'autre interprétation, c'est que le verset 9 semble nous indiquer que le cataclysme dont il est parlé au verset 8 doit avoir été antérieur au chaos, et que l'obscurité et le désordre du chaos en auraient été le résultat.

— Au verset 12 nous voyons paraître la lumière, mais non comme lumière solaire: c'est l'aube du jour, le point du jour, ou la lumière éclairant simultanément tous les points de la terre, verset 13, et faisant fuir de partout les ténèbres et les esprits de ténèbres. Puis plus tard, verset 14, cette lumière prend une nouvelle forme et se concentre pour ainsi dire dans une apparence ou un moule matériel, le soleil. (Le verset 14 n'est pas bien rendu dans Ostervald: il a ajouté les mots la terre, qui ne se trouvent ni dans l'hébreu, ni dans plusieurs autres versions. Le verbe thitehapphek qui commence le verset 14, se rapporte d'ailleurs mieux au substantif masculin shachar, l'aube du jour, verset 12, qu'au substantif commun, mais ordinairement féminin érèts, la terre.

Premier jour. Nous avons déjà remarqué que dans le calcul de chaque jour cosmogonique le soir précède le matin: le soir du premier jour fut donc l'obscurité qui le précéda, c'est-à-dire le chaos. «Dans ce moment là», dit Buckland, «une nouvelle ère allait commencer pour le monde, et la terre allait être tirée des ténèbres dans lesquelles elle n'avait peut-être été enveloppée que temporairement: car les mots, «que la lumière soit», ne signifient point implicitement qu'elle n'eût jamais existé précédemment.

Il était étranger au plan de Moïse de rechercher si la lumière avait déjà lui sur cette terre, ou si elle existait dans d'autres parties de l'univers; la narration ne s'occupe que de notre planète, et la prend dans un moment où elle était plongée dans l'obscurité.

Le premier effet de l'action de l'Esprit sur le chaos fut donc l'éveil de la lumière, qui brilla dans le sein même de la masse informe dont elle fut séparée, Psaumes 104:5-6; Job 36:30. «Dans toutes les cosmogonies païennes qui parlent d'un chaos, dit M. de Rougemont, les ténèbres, la nuit, sont l'état primitif, la lumière apparaît ensuite, et plus tard les astres. Moïse, sans aucun doute, n'entendait pas que la lumière provînt du soleil déjà créé, mais encore voilé à la terre par les nuages; de concert avec toute l'antiquité, il faisait la lumière plus ancienne que les astres.»

— En effet, il n'y avait point alors de nuages, puisque les eaux supérieures n'avaient point encore été séparées des eaux inférieures. Asaph en parle de même, lorsqu'il dit, Psaumes 74:16: «Tu as établi la lumière et le soleil.» Dans plusieurs autres endroits de la Bible, elle est également représentée comme existant avant le monde, et comme étant la demeure de l'Éternel, l'image même de son essence, 1 Timothée 6:16; 2 Corinthiens 4:6; Psaumes 104:2; Ésaïe 60:19; Habacuc 3:4; Jean 1:4,9; 8:9; 12:36,46; 1 Jean 1:5, etc.

Les philosophes incrédules du siècle dernier, voulant attaquer l'inspiration du récit sacré, ont tourné Moïse en ridicule pour avoir parlé de la lumière comme existant avant le soleil: les découvertes modernes de l'optique dont Moïse n'a pu avoir aucune connaissance, sont venues justifier l'inspiration de l'écrivain sacré, en prouvant que la lumière est un fluide qui pénètre d'autres corps, et qui existe indépendamment des corps lumineux. Ceux-ci ne la rayonnent ou ne l'émettent pas par une sorte d'émanation, comme on l'a cru longtemps: ils ne font que la mettre en mouvement par ondulations, en telle sorte qu'elle frappe les organes de la vue de la même manière que les vibrations de l'air communiquent le son à ceux de l'ouïe. Par conséquent, il n'y a rien de contraire aux lois physiques de la nature dans l'assertion de Moïse, qui nous représente la lumière comme créée avant tel ou tel corps lumineux.

L'œuvre du premier jour fut, comme nous l'avons remarqué, une œuvre de séparation. Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres, et Dieu vit que la lumière était bonne; elle fut donnée non seulement pour éclairer les hommes d'une manière physique, mais aussi pour leur être un type de la sagesse, de la connaissance et des perfections invisibles de Dieu. Nous voyons en effet qu'elle fut ainsi considérée par les Juifs, et que même chez tous les peuples, et surtout en Orient, elle a toujours été l'emblème de la divinité, de la vertu et de toutes les bénédictions temporelles.

Second jour. Au second jour Dieu fit l'étendue (rakiah), non point une voûte ferme et solide, firmamentum, comme le traduit saint Jérôme. (Il dit aussi dans sa traduction de Job 37:18: Tu forsitan cum eo fabricatus es cœlos qui solidissimi quasi aère fusi sunt?); mais l'air, le ciel des oiseaux, des tempêtes, des puissances de l'air et des malices spirituelles, Psaumes 148:4; Matthieu 6:26; Éphésiens 2:2; 6:12; l'atmosphère dans laquelle et au haut de laquelle devaient planer les nuages; l'élément enfin qui devait soutenir un nombre immense de créatures que Dieu allait placer sur la terre, et dans lesquelles il mettrait une respiration de vie. «Quand l'Écriture sainte parle de l'air, dont la pesanteur était méconnue avant Galilée, elle nous dit qu'à la création Dieu donna à l'air son poids et aux eaux leur juste mesure, Job 28:25. Quand elle parle de notre atmosphère et des eaux supérieures, elle leur donne une importance que la science des modernes a seule pu constater, puisque d'après leurs calculs la force employée annuellement par la nature pour la formation des nuages, est égal à un travail que l'espèce humaine tout entière ne pourrait faire qu'en deux cent mille années. Quand elle sépare les eaux supérieures des inférieures, c'est par une étendue et non par une sphère solide, comme voulaient le faire ses traducteurs.» (Gaussen, Théopneustie, 176, 183)

Troisième jour. Au troisième jour la création se développe, pour ainsi dire; dans les deux premiers, il y avait eu principalement création de séparation ou de distinction: dans celui-ci il y a deux actes créatifs, l'un de séparation, l'autre de formation. Dans la première partie de cette période, Dieu tire de l'eau la terre qui subsistait parmi l'eau. Il fait surgir les continents et les îles; il forme la terre habitable et tout ce qu'elle contient, Néhémie 9:6. Le Dieu qui a formé la terre et qui l'a faite, ne l'a point créée pour être une chose vaine (le même mot thohou rendu par sans forme dans nos versions, Genèse 1:2), mais il l'a créée afin qu'elle fût habitée, Ésaïe 45:18.

Le neuvième verset de la Genèse indique l'existence antérieure de cette ancienne mer et de cette ancienne terre, en disant simplement, non qu'elles furent créées alors, mais que le sec parut, et cette terre qui, avant de paraître, subsistait déjà parmi l'eau, est la même dont la création avait été racontée au verset 1. La mer aussi ne fit que changer de place par le rassemblement en un même bassin des eaux déjà existantes.

La terre au troisième jour n'est point encore éclairée par le soleil; elle a sa lumière propre dont nous ne connaissons pas bien la nature, mais qui établit une distinction essentielle entre la terre photosphérique des trois premiers jours et la terre planétaire des trois derniers. C'est sous l'action de cette lumière propre que parurent les végétaux pendant la deuxième partie du troisième jour: alors la terre produisit d'elle-même premièrement l'herbe, ensuite l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi, Marc 4:28. Nous ne savons si ce serait par un souvenir traditionnel de la plus grande activité créatrice déployée au troisième jour, que les livres zends lui donnent une durée beaucoup plus longue qu'aux deux premiers.

Jusqu'à une époque très récente, la géologie n'avait pas découvert de traces des plantes qui furent créées au troisième jour; tous les végétaux fossiles connus se trouvaient dans des couches placées au-dessus des terrains de transition où sont incrustés d'innombrables animaux aquatiques, les premiers êtres vivants qui habitèrent notre terre. (Le système carbonifère qui comprend les bancs de houille, et dans lequel on trouve des fougères, des palmiers, des conifères, est placé par-dessus la grauwacke ou système silurien, qui contient un nombre immense de zoophytes, et de mollusques, des articulés et des poissons.) M. de Rougemont, surpris de ce manque apparent de coïncidence entre le livre de la révélation et le livre de la nature, supposa que la nuit cosmogonique qui avait séparé le troisième du quatrième jour, ou le quatrième du cinquième, pourrait avoir été accompagnée d'une conflagration de notre globe qui aurait détruit la végétation primitive dans le temps où la terre devenait planète. Cette hypothèse, qui coïncide assez bien avec celle qui fait des soirs cosmogoniques des époques de bouleversement, semblait confirmée par les découvertes géologiques sur la nature des roches primitives; les granits et les gneiss qui forment la couche inférieure de la croûte de notre globe, ne sont pas, comme les schistes et les calcaires, le résultat d'un sédiment boueux déposé par les eaux, puis durci peu à peu par la pression, la chaleur et l'évaporation: ils paraissent, au contraire, avoir été formés par le feu dont ils portent les traces, ou en avoir subi l'action. «Une telle conflagration de la terre photosphérique pendant que le système solaire était organisé, a naturellement dû faire disparaître toutes les plantes du troisième jour. Mais la Genèse ne fait pas mention de cette révolution par le feu, parce que le point capital de l'œuvre du quatrième jour était la formation du système solaire. «Toutefois, ajoute notre auteur, je suis le premier a reconnaître combien sont hypothétiques tous les rapprochements de détail entre la Bible et la géologie, relatifs aux époques antérieures à l'homme.» (Fragments, p. 111).

Malgré le profond respect que nous éprouvons pour les lumières et la piété de cet écrivain, nous nous permettons de différer un peu de ses vues sur ce point; son hypothèse d'une conflagration ne nous paraît pas nécessaire pour expliquer la disparition de la flore primitive. Nous avons, en effet, remarqué que dans la création et dans l'histoire de la terre, depuis le commencement jusqu'au moment où Jésus remettra le royaume à Dieu le Père, 1 Corinthiens 15:24, il y a progrès et développement successif; depuis la terre entièrement couverte d'eau pendant le chaos, jusqu'à l'entière destruction de la mer, Apocalypse 21:1, le globe passe par un état intermédiaire, sa surface étant composée en partie d'eau, en partie de terres sèches. Si donc nous admettons une marche progressive, interrompue par une succession de bouleversements (les soirs cosmogoniques), il n'y a rien de contraire à l'analogie des lois de la création, à supposer que les premiers continents auront été beaucoup moins étendus que ceux qui existent actuellement: par conséquent la flore primitive qui a végété sur ces premiers continents, n'aurait occupé qu'un espace proportionnellement très petit de la surface du globe, et pourrait se retrouver dans des terrains actuellement submergés. Mais il y a plus: les géologues n'ont examiné jusqu'à ce jour qu'une bien faible portion de la superficie de la croûte solide du globe, et de ce qu'on n'a pas trouvé jusqu'à présent en Europe (la seule partie du monde où l'on ait pu faire sur les fossiles des recherches un peu générales) des restes des premiers végétaux, il ne s'ensuit pas qu'on ne puisse le découvrir un jour ailleurs. Il paraît même qu'on commence à en retrouver les traces, et que les immenses végétaux fossiles récemment découverts dans le Canada et la baie de Baffin, doivent avoir crû sous des conditions de chaleur, d'humidité et de lumière, qui n'étaient point celles où vivent actuellement nos plantes. L'état de la terre, sortant à peine de l'eau et environnée de sa lumière propre, tel qu'il est décrit Genèse 1:9-12, explique la croissance de ces plantes d'une manière bien plus satisfaisante que toutes les autres hypothèses.

Il n'est pas nécessaire non plus de recourir à une conflagration pour expliquer la formation des roches primitives. Presque tous les chimistes, les physiciens, les géologues et les géographes modernes, reconnaissent que la terre doit être composée d'un noyau de métaux et de métalloïdes en incandescence, entouré d'une croûte des mêmes substances à l'état d'oxydes diversement combinés entre eux. Le savant Fourier a déterminé les lois du refroidissement graduel du globe et de sa couche extérieure, et les expériences nombreuses et intéressantes de M. Cordier (Essai sur la température de l'intérieur de la terre, dans le Mémoire du Muséum d'histoire naturelle, 1827) sont venues pleinement confirmer la justesse des observations de Fourier sur l'existence d'un feu ou d'une source de chaleur centrale. Ce système qui explique et la forme sphéroïdale de la terre, et l'action des volcans, et la chaleur des eaux thermales, et bien d'autres phénomènes encore, explique aussi comment la première croûte solide de notre globe (les roches primitives) doit porter des marques de l'action du feu, comment une température jadis beaucoup plus élevée, peut avoir donné à la terre une force végétative bien plus considérable que celle que nous lui connaissons maintenant, et comment enfin Dieu peut s'être servi des forces naturelles de l'eau réduite à l'état de vapeur, pour soulever en divers endroits de sa surface une portion de sa croûte solide sous la forme d'îles et de continents, et les laisser retomber ensuite au-dessous du niveau des eaux.

Quatrième jour. Ici, comme le remarque M. de Rougemont, la progression dans la création n'est plus la même; il y a un saut, une interruption. «De même qu'à la fin du quatrième jour de l'humanité la lumière divine qui éclairait dès l'origine tous les hommes, se concentra en un individu, Jésus-Christ, communiqua à l'humanité des forces inconnues, et par la création de l'Église fit toutes choses nouvelles, ainsi, au quatrième Jour cosmogonique la lumière diffuse du premier jour se concentra dans le soleil, dont la chaleur pénétra et transforma la terre devenue planète, et la prépara à devenir la demeure d'animaux, d'âmes vivantes. Ce fut alors que le système solaire fut achevé, et que notre terre, en devenant planète, reçut aussi son satellite.» Il semble, en effet, que les grands luminaires des cieux dont il est parlé versets 14-18, ne sont nommés que dans leurs nouveaux rapports avec notre planète. Le texte ne dit point que la substance du soleil et de la lune ait été créée le quatrième jour; mais il donne à entendre que ces corps célestes furent alors chargés de remplir à l'égard de notre globe des fonctions importantes pour ses futurs habitants, de luire sur la terre, pour dominer sur le jour et sur la nuit, etc. Le fait de leur création était déjà implicitement contenu dans le verset 1. Il est aussi fait ici mention des étoiles, 1:16, mais en deux mots seulement: Veeth haccochabim, presque en façon de parenthèse, et comme pour indiquer qu'elles avaient été formées par la même toute-puissance qui avait ordonné au soleil et à la lune de luire sur notre terre. En passant si légèrement sur la création de ces innombrables corps célestes qui brillent dans l'espace, et dont la plupart sont probablement des soleils, centres d'autres systèmes planétaires, tandis qu'il place la lune, ce petit satellite de notre terre, comme tenant le second rang après la soleil, l'écrivain sacré nous montre clairement qu'il n'a point voulu nous donner une leçon d'astronomie, et qu'il ne parle ici des astres que dans leurs rapports immédiats avec notre terre et ses habitants, et non point eu égard à leur importance relative dans le vaste système de l'univers. Il semble impossible de comprendre les étoiles dans le nombre des luminaires que Dieu plaça dans les cieux pour luire sur la terre, 1:17, et pour dominer sur le jour et la nuit; car la plus grande partie des étoiles fixes n'est visible qu'à l'aide d'un télescope, et celles que nous pouvons discerner à l'œil nu ne donnent qu'une bien faible lumière en proportion de leur grosseur et de leur multitude (Buckland's I, p. 27). Il nous paraît donc que le sens des versets 17 et 18 doit être restreint aux deux corps célestes, qui sont en réalité les grands luminaires de la terre. Leur office, en tant que servant à nous éclairer et à mesurer pour nous les temps et les saisons, doit durer autant que notre terre, Genèse 8:22; et de même que l'arc-en-ciel fut donné à Noé comme un signe de l'alliance que Dieu traita avec lui et avec toute chair, avec promesse de ne plus envoyer de déluge sur la terre, et de ne plus faire périr par les eaux tout ce qui a en soi respiration de vie, ainsi les grands luminaires des cieux sont proposés aux fidèles comme signes de l'alliance que Dieu a traitée avec David, en promettant que de sa postérité sortirait le soleil de justice, le Messie qui sauverait de la mort seconde les âmes de tous ceux qui croiraient en lui; cf. Jérémie 33:20-21. Cela ne signifie pas cependant qu'ils doivent durer à toujours, car lorsque le Messie, fils de David, viendra s'asseoir sur son trône et régner sur son peuple, la chose promise étant donnée, ce qui lui servait de type et de signe sera aboli. La loi s'accomplira jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, Matthieu 5:18; mais lorsque viendra le jour du courroux de l'Éternel, il fera crouler les cieux, et la terre sera ébranlée de sa place (peut-être transportée hors de la place qu'elle occupe actuellement dans le système solaire), Ésaïe 13:13; cf. encore Aggée 2:6; 2 Pierre 3:10; Apocalypse 6:12-14,21, passim 22:5; Ésaïe 60:19; sq. 65:17; 66:22.

Ces passages remarquables, considérés non dans leur but moral et prophétique quant à l'humanité et à l'Église en particulier, mais simplement dans leur rapport avec l'histoire de notre terre, semblent autoriser la supposition que notre globe, transporté au quatrième jour dans le système solaire, doit lui être enlevé à la fin de l'économie actuelle, sortir de son orbite, être soustrait à l'action du soleil et de la lune, et subir alors une nouvelle révolution par laquelle il atteindra un degré de perfection et de lumière dont nous ne pouvons nous faire maintenant aucune idée, mais qui sera en rapport avec les corps glorieux et incorruptibles dont nous serons revêtus à la résurrection.

La manière dont se suivent les passages relatifs à la catastrophe qui doit détruire l'ordre actuel, et ceux qui se rapportent à la destruction finale du globe, ne contribue pas peu à jeter de l'obscurité sur ce sujet; mais on peut remédier en partie à cette obscurité en faisant attention aux considérations suivantes.

Dans les prophéties de l'Ancien Testament qui annoncent la venue du Messie, on voit entremêlées celles qui parlent de ses types, avec celles qui l'annoncent lui-même paraissant dans l'abaissement et l'humiliation, et celles qui décrivent le second et glorieux avènement du Messie, roi d'Israël, entouré de ses milliers d'anges et de tout l'éclat de sa puissance. Ces prophéties ne sont point rangées chronologiquement, mais elles se pénètrent et s'entrelacent comme feraient les dessins de plusieurs tableaux transparents, placés les uns derrière les autres. De même, dans les parties de l'Écriture qui annoncent le sort futur de notre terre et les révolutions qu'elle devra subir, on voit aussi entremêlées, sans égard à l'ordre des temps, des choses qui se rapportent aux événements plus rapprochés, et d'autres qui parlent de catastrophes plus éloignées; des prédictions relatives au jugement des nations immédiatement avant la période millénaire, et celles qui se rapportent au jugement dernier, lors de la consommation de toutes choses; des prophéties qui décrivent la transformation que subira le globe lors du millénium, lorsque le bien régnera sur la terre, et celles qui se rapportent à la destruction finale, à l'annihilation du globe, annoncée Apocalypse 20:11. Si l'on imite les disciples qui demandaient dans la même phrase les signes de trois événements bien différents qu'ils paraissaient confondre (la ruine de Jérusalem, la seconde venue du Christ, et la fin du monde), Matthieu 24:3, l'on n'obtiendra de la Parole de Dieu qu'une réponse aussi peu intelligible que le fut alors pour les Apôtres ce que leur dit le Seigneur qui leur parle, dans la même prophétie, de choses qui se rapportaient à ces trois époques distinctes. Ainsi, pour interpréter ce qui nous est prophétisé sur les destinées de notre globe, nous devons aussi distinguer avec soin les divers chefs sous lesquels nous devons les ranger, et apprendre à reconnaître dans une même prophétie les parties qui doivent avoir un plus prochain accomplissement et celles qui ont une portée plus éloignée.

Cinquième jour. C'est en ce jour que les premières créatures vivantes apparurent sur la terre, et c'est aussi à cette époque de la création seulement que l'on trouve des faits géologiques nombreux et détaillés, qui concordent avec l'interprétation proposée des jours cosmogoniques de la Genèse.

Nous ferons remarquer que la division biblique des animaux, lors de la création, est très différente de la classification des sciences modernes. Dans la Genèse, les animaux sont distingués d'après les milieux dans lesquels ils vivent, ou plutôt d'après les substances sur lesquelles doivent s'exercer leurs forces locomotrices, en aquatiques, atmosphériques, et terrestres. Les aquatiques comprennent les types des quatre grands embranchements, et la géologie retrouve aussi des vertébrés, des mollusques, des articulés et des zoophytes existant simultanément dans les couches fossilifères les plus anciennes. Plusieurs cosmogonies païennes qui entreprennent de raconter l'ordre de la création, font naître les oiseaux et les poissons dans deux jours différents; mais les naturalistes, après avoir pendant longtemps partagé cette opinion, ont enfin constaté entre ces deux classes d'animaux des rapports intimes que rien n'indique à l'œil, mais qui se révèlent dans leur anatomie, et jusque dans la forme microscopique dos globules de leur sang. Il y a peu d'années encore que les plus anciens oiseaux ne remontaient qu'aux terrains tertiaires, et les géologues faisaient observer combien il était rationnel que les oiseaux à sang chaud apparussent en même temps que les mammifères à sang chaud. La géologie contredisait alors la Bible, qui place les oiseaux, non au sixième jour avec les quadrupèdes, mais au cinquième avec les poissons.

La contradiction était palpable, insoluble; mais depuis lors, on a retrouvé des races d'oiseaux, des empreintes de pattes d'échassiers, dans le grès bigarré, près de ces terrains de transition où la vie commence par des êtres aquatiques. Ainsi les oiseaux à sang chaud ont été créés à une époque ou les géologues a priori ne les auraient jamais fait remonter; à une époque où il n'y avait pas trace de mammifères terrestres, et où les animaux aquatiques prédominaient encore en plein. Or, comment Moïse a-t-il encore ici deviné si juste? — (Rougemont, Fragments, p. 114).

Sixième jour. Ce jour contient aussi deux parties comme le troisième et le cinquième; les quadrupèdes et les animaux terrestres apparurent sur les continents et les îles qui étaient sortis de dessous l'eau au troisième; «et de même que la seconde création du troisième jour (les végétaux) avait été la plus parfaite de la terre photosphérique, ainsi la seconde création du sixième jour (l'homme) fut la plus parfaite de la terre planétaire.»

Il est probable que Dieu ne créa alors comme pour le cinquième jour que les types ou genres (nommés espèces dans la Bible), et que ce que nous appelons maintenant sous-genres, espèces, variétés dans les animaux, se sont manifestés plus tard par l'action de causes naturelles subséquentes, ou de dispositions chez des individus qui se sont développées ensuite et propagées dans la postérité de ces mêmes individus. (On trouvera des exemples remarquables de l'action de ces causes dans l'ouvrage de M. Laurence, Lectures on Physiology, Zoology and the natural History of Man, en particulier, p. 448 à 451, sur la propagation d'une race d'hommes porcs-épics. — Voir: aussi Lectures on the connexion between science and revealed Religion, by Dr Wiseman. Lect. III et IV). Il n'est pas dit si Dieu fit simultanément plusieurs animaux ou paires d'animaux de chaque espèce, mais comme une seule famille humaine devait suffire pour peupler toute la terre, ainsi une seule paire de chaque espèce d'animaux peut bien avoir aussi suffi pour remplir les bois, les campagnes, et tous les espaces habitables, dans les eaux et sous les cieux. Il n'y a donc rien de difficile à comprendre dans la revue que fit Adam de tous les animaux, lorsqu'il leur donna leurs noms; et lors même qu'il y aurait eu un grand nombre de paires de chaque espèce, il n'est point dit que Dieu les fit toutes comparaître devant le premier homme; tel ne paraît pas du moins devoir être le sens du mot tout animal, Genèse 2:19.

Un caractère remarquable de cette époque, c'est l'absence de férocité; les animaux étaient herbivores, au moins ceux qui vivaient sur la terre et dans les airs, car il n'est point parlé des aquatiques, 1:30, et cela a fait supposer que les eaux seules, et peut-être leurs rivages étaient habités en partie par des carnivores. L'expérience a prouvé qu'il est possible, même de nos jours, de nourrir de végétaux les animaux les plus carnassiers de leur nature, comme par exemple le lion; par conséquent ce fait peut avoir eu lieu d'une manière beaucoup plus générale lors de la création. C'est en vain qu'on objecterait le peu de probabilité que des animaux carnassiers se soient contentés avant la chute de l'homme de manger de l'herbe et des fruits; c'est en vain qu'on prouverait par la conformation des mâchoires, des dents, des griffes, de tous les muscles et de toute la charpente osseuse, qu'ils étaient faits pour saisir une proie et pour la déchirer de leurs dents ou de leurs becs crochus: si tels étaient leurs appétits naturels, il n'était cependant pas plus difficile au Créateur de les restreindre en Éden, que d'empêcher à Babylone les lions affamés de Nébucadnetsar de suivre leurs féroces penchants, de mettre en pièces Daniel et de le dévorer. La géologie d'ailleurs nous montre dans les terrains de l'époque myo-cène, un nombre proportionnellement très grand des pachydermes et des ruminants; c'est probablement pendant cette époque géologique que fut créé le premier homme (Rougemont, Fragments, etc.).

Ici vient une pause dans le récit de l'historien sacré. Après avoir décrit la manière dont Dieu a peu à peu préparé cette terre, après l'avoir montrée graduellement revêtue d'un tapis de verdure et de fleurs, couverte de riches ombrages et d'arbres chargés de fruits, animée par les chants des oiseaux qui célèbrent dans les airs la gloire de leur Créateur; après avoir décrit ces milliers de créatures vivantes, se mouvant dans les eaux et sur la terre, jouissant de leur nouvelle existence et de la lumière du soleil, il nous dit que le Créateur de toutes ces merveilles s'arrêta pour contempler son ouvrage et pour le bénir: et Dieu vit que tout cela était bon. L'œuvre de la création n'était cependant pas encore complète; mais avant de placer dans cette magnifique demeure celui qui devait en avoir la souveraineté, le Tout-Puissant semble se consulter lui-même, comme pour une chose plus importante, et pour une création d'un ordre plus relevé que toutes les autres choses qu'il avait créées pour être faites. Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur les animaux domestiques et sur toute la terre, et sur tout reptile qui rampe sur la terre.

— Jusqu'à présent, le texte hébreu a toujours désigné la terre par le mot érets; mais dans le verset 25, où il est parlé des reptiles de la terre, Moïse se sert du mot adamah, qui signifie terre, en tant que sol, et surtout sol rouge, quoiqu'il soit aussi pris dans une signification plus étendue; et c'est dans le verset suivant qu'il dit: Faisons Adam (l'homme) à notre image, Adam étant mis ici comme nom générique de l'espèce humaine; on dirait que, par ce changement d'expression, l'auteur sacré cherche à faire mieux ressortir l'origine à la fois terrestre et céleste de cette nouvelle créature, rattachant à ce nom symbolique l'idée de sa faiblesse naturelle et de sa haute vocation, cf. 2 Corinthiens 4:7.

Ajoutons encore ici que ce nom d'Adam semble indiquer que la couleur primitive de la race humaine aurait été le rouge, comme on le retrouve encore chez les races indigènes de l'Amérique; la tradition des Juifs, des Américains et des habitants des îles de la mer du Sud a conservé le même souvenir.

L'homme n'ayant trouvé parmi les êtres vivants aucun être qui lui fût semblable, Dieu lit tomber sur lui un profond sommeil, prit une de ses côtes, en forma une femme, et la présenta à Adam à son réveil, 2:18-22.

On a quelquefois prétendu que les ressemblances frappantes qui se rencontrent dans les cosmogonies des différents peuples, ainsi que dans celles de leurs traditions qui se rapportent à l'origine du genre humain, ne pouvaient provenir que de la similarité de l'esprit humain dans tous les pays, similarité qui, à l'égard de certaines choses, devait nécessairement conduire partout à un même résultat. Cette théorie est assez vraie pour tout ce qui est du ressort de la réflexion et de la méditation; mais quand les traditions ne peuvent s'expliquer, ni par le raisonnement, ni par l'expérience, il est clair qu'elles doivent provenir d'une même source, et qu'elles nous indiquent une commune origine pour les peuples chez qui elles sont nationales. Qu'y a-t-il, par exemple, dans la forme de la femme, qui ait jamais pu donner l'idée qu'elle ait été primitivement tirée de l'homme et formée d'un de ses os? Or, cette tradition se retrouve chez les peuples les plus éloignés et sans communication les uns avec les autres. En Chine, la femme du premier homme est «la fille de la côte d'Occident», et son nom signifie «la grande aïeule qui entraîne au mal.» Les Groënlandais disent que la première femme fut formée du pouce de l'homme. Les Indiens de l'Essequebo prétendent qu'après que le Grand-Esprit eut créé tous les animaux, il finit par former un homme qui tomba bientôt dans un profond sommeil; le Grand-Esprit l'ayant touché, il se réveilla et vit à ses côtés une femme. Chez les Indiens, Il est question d'un premier homme, Viradj, créé sans femme; puis regardant autour de lui, se voyant seul, il se plaint de sa solitude, il se divise lui-même en mâle et femelle et donne naissance à toute la race humaine. Chez les habitants de la Nouvelle Zélande, le mot Iwi (Ève) signifie os, et la première femme a été formée, selon eux, du corps de l'homme et dune de ses côtes. À Tahiti, le Dieu créateur, après avoir fait le monde, forma l'homme avec de la terre rouge: un jour il plongea l'homme dans un profond sommeil et en tira un os (Ivi, ioui) dont il fit la femme (Rougemont, p. 56).

Mais si les païens eux-mêmes ont conservé d'une manière si admirable, à travers cinquante-huit siècles, l'histoire de ce sommeil mystérieux d'Adam, ce n'est qu'à l'Église chrétienne que le sens moral et symbolique de cet événement a été révélé.

Dans ce premier Adam encore sans péché, nous voyons le type de ce deuxième Adam qui a été fait semblable à nous en toutes choses, sans péché (grec), Hébreux 2:17; 4:15. Ce sommeil, ce côté entr'ouvert, cette épouse qui en est Urée, nous sont des emblèmes de la mort de Christ et de son côté percé, de cette mort qui donne naissance à son Église, de cette «Église qu'il s'est acquise par son sang» pour en faire son épouse bien-aimée, Actes 20:28. Ce n'est qu'après la mort de Jésus, que les disciples commencèrent à se rassembler en son nom sans lui, mais la nouvelle Église fut cachée et n'exista pour ainsi dire qu'en germe et sans développement, jusqu'à la Pentecôte,

— Voir: encore 1 Corinthiens 11:8-9; Éphésiens 5:23-32. Si, confondus par la force de ces images, nous avons peine à croire à une telle condescendance de notre Dieu; si, considérant nos faiblesses et nos misères, il nous semble impossible que l'Église puisse être l'objet d'un tel amour, et que nous soyons portés à demander, comme Nicodème: Comment cela peut-il se faire? Dieu nous répond par ces glorieuses promesses: «Christ s'est livré pour son Église, afin qu'il la sanctifiât après l'avoir nettoyée en la lavant d'eau et par sa parole, pour la faire paraître devant lui une église glorieuse, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhensible», Éphésiens 5:25-27; Colossiens 1:18,22; cf. 1 Corinthiens 1:30.

Après que l'homme eut été formé, la création fut terminée; le temps naturel commença, et les secousses, ou nuits cosmogoniques, cessèrent; aussi ne voyons-nous pas que la Bible en fasse plus mention; il n'est plus dit «ainsi fut le soir, ainsi fut le matin, ce fut le septième jour», parce qu'entre le sixième et le septième il n'y eut qu'une nuit naturelle de douze heures, et c'est probablement pendant cette nuit et le sommeil d'Adam, sur la dernière heure du sixième jour, qu'Ève fut formée, car il est dit, 2:2: que «Dieu eut achevé au septième jour toute l'œuvre qu'il avait faite.»

Septième jour. Ce fut au septième jour que Dieu se reposa de toute l'œuvre qu'il avait créée pour être faite; il semble donc que nous devrions terminer ici le récit de la création, mais comme ce premier sabbat appartient encore à l'histoire de la première semaine du monde, nous croyons devoir ajouter encore quelques réflexions, sans lesquelles l'histoire de cette semaine de création serait incomplète.

Nous avons vu que les six jours précédents étaient, non des espaces de temps de vingt-quatre heures, mais de longues époques; le septième aurait donc dû leur être proportionné. Lorsqu'il commença, Dieu n'avait point dit: «Tu travailleras six jours; tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, tu retourneras en la terre d'où tu as été tiré.» L'homme avait été placé dans le jardin d'Éden pour le soigner et le garder: non pour bêcher péniblement la terre et lui faire produire à force de sueurs les céréales et les autres graines dont il fut condamné à faire sa nourriture après la chute, 3:18-19; cf. 1:29-30, mais pour se nourrir sans peine des fruits de «tout arbre désirable à la vue et bon à manger» que l'Éternel avait fait germer dans le jardin. C'était là le repos sans oisiveté des enfants de Dieu sur cette terre, et il est probable qu'il aurait duré un temps plus ou moins long, mille ans peut-être, après lequel ils auraient été recueillis auprès de Dieu, comme Hénoc, sans passer par la mort, sans que leur corps fut obligé de retourner dans la poudre.

La durée de la vie humaine avant le déluge était de près de mille ans, et nous avons lieu de croire que c'est à cause du péché qu'elle fut abrégée. Selon la tradition juive, égyptienne, persane, assyrienne et indienne, qui fait des jours de la création des espaces de mille ans, nous aurions du nous attendre à voir le jour de l'homme créé à l'image de Dieu, le septième jour, durer aussi mille ans, et se terminer par sa translation dans le ciel; mais de même que les soirs cosmogoniques avaient bouleversé l'ordre établi par Dieu dans la création matérielle, ainsi le péché vint renverser l'ordre moral et physique dans cette nouvelle créature de Dieu, et par suite dans le reste de la création. La terre, de très bonne qu'elle était, devint maudite à cause de l'homme, 3:17. Le jour du repos, au lieu de durer mille ans, fut changé en un temps de peine et de fatigue, où il ne resta plus que des sabbats hebdomadaires de vingt-quatre heures, monument remarquable et aussi ancien que la race humaine, conservé pour lui rappeler sa destination primitive, et le but auquel elle doit tendre, sa chute et la miséricorde de Dieu, qui ne l'a point entièrement rejetée; moyen de grâce pour les générations futures, et image, pour ceux qui ont appris à en faire leurs délices, du bonheur saint et pur que l'Éternel réserve à ses enfants. Ce sabbat primitif se trouvant ainsi réduit à vingt-quatre heures, devint pour le monde le commencement d'une nouvelle semaine millénaire; suivant les traditions mentionnées plus haut, il devrait aussi s'écouler six mille ans depuis Adam jusqu'à la fin de l'économie actuelle. Le sabbat de cette nouvelle semaine serait alors l'époque glorieuse du millénium, de quelque manière qu'on l'entende; puis, au lieu de la mort naturelle de l'homme, fruit de la chute et du péché, viendrait au bout d'un peu de temps, Apocalypse 20:3,7, la destruction de la mort elle-même, ce dernier ennemi de l'homme, 1 Corinthiens 15:26; Apocalypse 21:4.

Ceci n'est, à la vérité, qu'une hypothèse; cependant nous croyons pouvoir en trouver une confirmation, Hébreux 3, et 4; en commentant le sens du Psaumes 95:11, l'apôtre nous montre que la menace de Dieu aux Israélites, de les exclure de son repos, menace oui avait trait à la Canaan terrestre, se rapportait aussi, et dans un sens plus élevé, à la Canaan céleste, après laquelle doivent soupirer les enfants de Dieu; puis il rattache cette même idée au premier sabbat, 4:3-4, et montre, verset 6, que ceux à qui ce premier sabbat avait été «premièrement annoncé» n'y purent entrer «à cause de leur incrédulité», Adam et Ève ayant ajouté foi aux paroles du serpent plutôt qu'à l'ordre positif de Dieu. Ce premier sabbat tel que Dieu le leur destinait n'exista donc pas pour eux, ils n'y entrèrent pas. C'est pourquoi Dieu «détermine de nouveau un certain jour de repos», versets 7 et 9. Le premier sabbat millénaire ayant été abrégé, Dieu en prépare un autre pour son peuple, lorsque l'Éternel régnera en Sion et que le Roi de paix entrera dans son royaume, Ésaïe 32:17-18.


CRÈCHE.
L'humble et premier berceau du Fils de Dieu qui s'est fait fils de l'homme, Luc 2:7. Si l'étable dans laquelle naquit notre Sauveur, était en effet pratiquée dans le roc, ainsi que le disent la plupart des anciens pères, il est possible que la crèche ait aussi été taillée dans les flancs de la caverne, mais on peut croire qu'une auge de bois la garnissait intérieurement, et que c'est dans cette auge que Jésus fut placé. D'autres prétendent que cette crèche était de terre, et qu'elle fut remplacée par une crèche d'argent. Même observation ici que sur la couronne d'épines, il suffit d'aller voir sur les lieux; cette crèche miraculeuse se trouve à Rome dans l'église Santa-Maria Maggiora; elle est de bois. Est-elle authentique, c'est une autre question: on ne risque rien de la mettre avec les saints langes que l'on montre à Saint Paul, quoiqu'il y en ait aussi quelques fragments en Espagne; avec le saint berceau et la sainte chemise que l'on montre en la même ville de Rome, tous menus fatras dont les pères ne disent mot. Bien sûr est-il que si ces objets étaient à Jérusalem lorsque cette ville fut détruite, ils furent détruits avec elle; que s'ils n'y étaient plus, et qu'ils fussent déjà à Rome, il n'en est toutefois point encore question du temps de saint Grégoire, à la lin du sixième siècle, et dès lors cette ville a été mainte et mainte fois prise, pillée et saccagée. «Il n'y a nul de si petit jugement qui ne voie la folie.» Calvin.


CRESCENS,
2 Timothée 4:10. Disciple inconnu, qui quitta Paul vers la fin de sa dernière captivité pour se rendre en Galatie, tandis que Tite passait en Dalmatie. Les traditions le font les unes évêque de Mayence, les autres évêque de Vienne en Dauphiné; plusieurs s'accordent à dire qu'il a évangélisé les Gaules, mais rien n'est plus incertain que tout cela. Les uns en font encore un affranchi de Néron, d'autres un des septante disciples; la première supposition serait plus probable à cause du nom latin de ces évangélistes.


CRÈTE.
Cette île mentionnée dans l'Ancien Testament sous le nom de Caphtorim, est désignée plusieurs fois dans le Nouveau sous le nom de Crète. Homère l'appelle l'île aux cent villes, ce qui peut nous donner une idée de sa prodigieuse population dans cette époque reculée: Horace et Virgile en parlent dans le même sens. Elle est au sud de l'Archipel, dans la mer Méditerranée; sa longueur est d'environ 265 kilomètres, sa plus grande largeur de 57. C'est, après la Sicile, la plus belle des îles de la Méditerranée; elle est traversée par une chaîne de montagnes, dont la cime la plus élevée, le Psiloriti, l'Ida des anciens, a plus de 2,000 mètres de hauteur. Quoique montueuse, elle est fertile, surtout en vins excellents, en miel, en huile et en blé.

— Voir: Actes 27:12-13,21.

Le promontoire de Salmone, Actes 27:7, était à l'orient, vis à vis de Gnide. Les villes principales étaient Gnossus (aujourd'hui Énadieh), où se trouvait le fameux labyrinthe: elle avait 30 stades de tour; puis Lasée, Actes 27:8, qui n'est nulle part citée par les anciens géographes; Phénix, port au sud-ouest, Actes 27:12; Beaux-Ports, qui porte maintenant encore le nom de Limenes-Kali.

Les Crétois, bons archers du reste, avaient une réputation incontestée de mensonge, de perfidie, d'égoïsme, d'avarice et de sensualité, de telle sorte que le verbe crétiser s'appliquait presque également à tous ces vices différents. Polybe, Tite-Live, Pausanias, Ovide, Xénophon, tous les auteurs de toutes les époques sont d'accord là-dessus, et saint Paul cite ce vers d'un de leurs propres poètes (prophètes, Tit. 1, 12): «Les Crétois sont toujours menteurs, de mauvaises bêtes, des ventres paresseux.» Ce poète, au dire de saint Jérôme, est Épiménide, qui vivait 600 ans avant l'ère chrétienne. Selon Chrysostôme et d'autres, ce serait Callimaque, qui dit, en effet: «Les Crétois sont toujours menteurs.»; mais la citation d'Épiménide est plus complète et plus ancienne.

Saint Paul qui avait eu l'occasion de visiter la Crète et d'y annoncer l'Évangile, y laissa Tite son compagnon de voyage, Tite 1:5, afin qu'il achevât de régler les affaires de l'Église, et qu'il établît des anciens de ville en ville. L'épître de Paul à cet apôtre est un document intéressant pour l'histoire de ce pays.


CRISPE.
Principal de la synagogue de Corinthe, Actes 18:8. Il fut converti avec toute sa famille, presque seul entre les Juifs de cette ville, et fut lui-même l'instrument d'un grand nombre de conversions. Son histoire nous est du reste inconnue; on dit qu'il fut plus tard évêque de l'île d'Égine près d'Athènes.


CRISTAL,
substance transparente et bien connue, appartenant à la même famille que le quartz. Le mot grec de cristal, et le nom hébreu de Kérach, Ézéchiel 1:22, indiquent l'un et l'autre, par leur composition, l'analogie que les anciens trouvaient entre cette pierre des montagnes et la glace, à la fois froide, polie et transparente. Le cristal est mentionné dans l'Écriture en divers passages, où il peut se traduire également par glace, ainsi que l'ont fait nos versions, Psaumes 147:17; cf. encore Apocalypse 4:6; 22:1.


CROCODILE.
L'animal mentionné Lévitique 11:30, entre le hérisson et le lézard, porte en hébreu le nom de koach. Ce n'est pas le crocodile véritable, mais peut-être une espèce de grand lézard, appelé par les Septante crocodile de terre; il vit également dans l'eau et sur la terre; ses quatre jambes sont courtes et menues, ainsi que sa queue; ses brillantes écailles, dorées sur le dos, brunes sur les flancs, argentées sous le ventre, sont petites et bien arrangées; il se nourrit des plus odorantes fleurs qu'il puisse trouver, ce qui fait estimer extrêmement sa chair et même ses intestins. On le trouve dans les parages de l'Égypte et aux Indes.

— D'autres interprètes pensent que c'est le mot hébreu choled, Lévitique 11:29, qui signifie crocodile de terre: nos versions le traduisent par belette.

— Quant au crocodile proprement dit, la Bible l'appelle Léviathan;

— Voir: cet article.


CROIX, crucifixion.
Le supplice de la croix fut chez les Romains, jusque sous le règne de Constantin, l'infamante et cruelle peine des condamnés à mort, des esclaves, des criminels, des brigands, des émeutiers. Il fut établi en Judée à l'époque de la domination romaine, et, bien que Flavius Josèphe en cite un exemple antérieur, il n'y fut légalisé comme peine que dès ce moment. Après avoir été d'abord fouettés d'étrivières, Matthieu 27:26, ce que l'on considérait comme plus dur et plus infamant que les verges, les condamnés devaient porter jusqu'au lieu du supplice la croix à laquelle ils allaient être attachés, Matthieu 27:32; Jean 19:17. Ce lieu était ordinairement situé hors de la ville, et près d'une route fréquentée: là on les dépouillait de leurs vêtements, Matthieu 27:28; Jean 19:23-24, et après leur avoir donné un breuvage enivrant, cf. Matthieu 27:34, on les élevait sur la croix où des bourreaux armés de marteaux et de clous leur perçaient les mains, et les attachaient: on leur clouait aussi quelquefois les pieds, quoique ce ne fût pas général, et tantôt ensemble, tantôt séparément. Quelques auteurs pensent que pour empêcher le corps de s'affaisser sous sa pesanteur, on plaçait une espèce de marche-pied sous les pieds du patient, mais l'on ne voit aucune trace de cet usage dans les descriptions que les plus anciens auteurs nous ont données de la croix; en revanche, ils nous parlent d'une sorte de chevalet ou grosse cheville fichée au milieu de la croix et sur laquelle le malheureux se tenait comme à cheval.

— Cet affreux supplice était aussi long qu'il était cruel; aucun organe important n'était attaqué; le sang ne coulait pas avec abondance, et la douleur partant des extrémités ne devait parvenir au centre que lentement, par degrés, mais toujours en augmentant. On peut croire que la posture peu naturelle et toujours la même du crucifié n'était pas un de ses moindres supplices; un sang enflammé se portant à la tête et à la poitrine, et produisant de vives douleurs et de vives angoisses, l'excitation des muscles et des nerfs, puis peu à peu le tétanos, voilà ce que l'on peut supposer et dire sur un supplice que l'on ne connaît plus maintenant que par ouï-dire; mais en décrire l'horreur comme on la sent, c'est impossible. Ce n'était ordinairement qu'au troisième jour que le malheureux expirait, et même on en a vu, doués d'une forte constitution, surmonter les douleurs de la croix, et ne mourir que de faim sur l'instrument de leur supplice. Chez les Juifs cependant, le supplice était abrégé par les lois toujours humanisantes de cette législation: le crucifié devait être enseveli le soir même du jour où il avait été pendu au bois, Deutéronome 21:23; c'est à cause de cela, et pour hâter la mort des condamnés, qu'on leur brisait les os avant le coucher du soleil, Jean 19:31-32, cf. Josué 8:29. Les anciens laissaient les cadavres sur la croix, exposés aux appétits des oiseaux de proie, et à toutes les intempéries d'un climat qui ne tardait pas à les décomposer et à en infecter l'air. Il n'y a guère qu'un demi-siècle que le même usage subsistait encore en Angleterre et dans quelques parties de l'Allemagne, et même afin que les parents ne vinssent pas enlever les corps de leurs proches, on plaçait des gardes autour de la croix. Les Juifs, au contraire, soit dans un intérêt hygiénique, soit surtout par respect pour la dignité humaine, ensevelissaient immédiatement leurs condamnés, Matthieu 27:60, mais ils ne leur accordaient le privilège de reposer dans les sépulcres de leurs familles, que lorsque leurs chairs avaient été déjà consumées dans les sépulcres publics; c'est pour épargner à Jésus ce dernier déshonneur que Joseph d'Arimathée demanda la permission de l'ensevelir dans un sépulcre neuf de sa possession.

La crucifixion était un supplice bien connu des anciens; on en trouve des traces chez les Égyptiens, Genèse 40:19, chez les Perses, Esther 7:10; Esdras 6:11, et chez les Juifs, Nombres 25:4; Josué 8:29; 2 Samuel 21:6. Les Grecs, les Carthaginois et les Romains nous en fournissent aussi des exemples nombreux. Flavius Josèphe raconte qu'Alexandre roi des Juifs, ayant fait crucifier huit cents de ses sujets rebelles, ordonna, par surcroît de cruauté, que l'on mît à mort au pied de leur croix, sous leurs yeux, et pendant qu'ils respiraient encore, leurs femmes et leurs enfants.

Il y avait des croix de différentes formes: c'étaient toujours deux pièces de bois croisées l'une sur l'autre, mais quelquefois comme un X, quelquefois comme un T, le plus fréquemment dans la forme la plus connue, celle que l'on donne aux crucifix et que l'on trouve sur presque toutes les gravures †. C'est cette dernière forme que les anciens monuments et les médailles du temps de Constantin donnent à la croix sur laquelle fut glorifié le Sauveur des hommes. Saint Jérôme la compare à un oiseau qui vole, à un homme qui nage ou qui prie ayant les mains étendues horizontalement. Outre le tronc et les bras, elle avait donc une pièce qui était le prolongement du tronc, et qui s'élevait derrière la tête du crucifié; c'est à cette pièce que fut attaché l'écriteau de Pilate: «Jésus, de Nazareth, roi des Juifs.» La croix avait, dit-on, 15 pieds de hauteur, et 7 ou 8 d'envergure; mais l'on n'en sait rien.

Voici maintenant quelques petites fables qui ont été inventées par une partie de l'église romaine, et qui sont désavouées par l'autre. Seth, le troisième fils d'Adam, ayant obtenu de l'ange qui gardait le paradis terrestre trois graines de l'arbre de vie, les planta sur le tombeau de son père; il en sortit trois petites verges qui se joignirent, s'élevèrent en arbre, survécurent au déluge, furent abattues sous le règne de Salomon, et firent une poutre dans la maison du Liban. La reine de Séba y étant entrée, remarqua cette poutre, et annonça qu'elle servirait au supplice d'un homme qui détruirait le royaume d'Israël. Pour détourner l'oracle, Salomon fit enterrer cette poutre à l'endroit du lavoir de Béthesda (au lieu de la brûler!) Elle y fut découverte, quelque temps avant la passion du Sauveur, et servit à faire la croix.

Autre fable. On dit qu'elle était faite de quatre bois différents, de cyprès, de cèdre, d'olivier et de buis; selon saint Bernard, les bras en étaient de palmier, le cyprès en formait la base, le cèdre la hauteur, et l'olivier le chapiteau.

— D'autres disent tout simplement qu'elle était de chêne.

Autres fables et fraudes pieuses. On dit que sainte Hélène, mère de Constantin, trouva la vraie croix et en envoya une partie en présent à son fils, qui la mit à Constantinople sur une colonne de porphyre; l'autre partie, elle la renferma dans un étui d'argent, et la donna en garde à l'évêque de Jérusalem. «Or, avisons d'autre part, ajoute Calvin, combien il y en a de pièces par tout le monde. Si je voulais réciter seulement ce que j'en pourrais dire, il y aurait un rôle pour remplir un livre entier. Il n'y a si petite ville où il n'y en ait, non seulement en église cathédrale, mais en quelques paroisses. Pareillement il n'y a si méchante abbaye où l'on n'en montre. Et en quelques lieux, il y en a de bien gros éclats: comme à la Sainte Chapelle de Paris, et à Poitiers et à Rome, où il y a un crucifix assez grand qui en est fait, comme l'on dit. Bref, si on voulait ramasser tout ce qui s'en est trouvé, il y en aurait la charge d'un bon gros bateau. L'Évangile testifie que la croix pouvait être portée d'un homme; quelle audace donc a-ce été de remplir la terre de pièces de bois en telle quantité, que trois cents hommes ne les sauraient porter! Et de fait, ils ont forgé cette excuse que, quelque chose qu'on en coupe, jamais elle n'en décroît. Mais c'est une bourde si sotte et lourde, que même les superstitieux la connaissent.»

— Quant à l'écriteau, on le montre à Rome et à Toulouse.

Tout chrétien doit être affligé de voir ainsi profaner le sang de l'alliance, et faire un pareil trafic de choses saintes. On a tout voulu convertir en musée, en curiosités, en marchandises, et devant la croix on fait oublier aux pécheurs le salut de la croix; la lettre tue l'esprit, et l'on ensevelit la pensée sous la forme. Nous ne blâmerons point ici la profusion des croix que l'on trouve dans les pays catholiques à tous les embranchements de routes, sur tant de maisons, dans tant de chambres: nous nous rappelons même avec émotion l'effet que produisit sur nous, il y a quelques années, la vue d'une croix que nous trouvâmes au bord d'un chemin, dans le voisinage d'Orléans, et sur laquelle étaient écrites ces paroles, pauvres de poésie, mais riches de sens et de piété:

Passant, devant la croix de ton Sauveur,
Pense qu'il est mort pour toi, pécheur.

Nous reconnaissons que plus d'une fois, assistant à de malheureuses messes et à de malheureux prônes, gémissant sur l'idolâtrie des prêtres aveugles que nous entendions, et des brebis égarées qui s'agenouillaient à certains signaux, nous nous consolions en regardant une croix qui s'élevait sur l'autel, et qui semblait protester contre tout cet appareil de superstitions et de séductions. C'est avec une double sympathie, mais avec les mêmes restrictions, que nous nous associons à ces paroles d'un théologien de la langue française: «Aussi longtemps que nous ne pouvons, chrétiens plus éclairés, pénétrer jusque dans le dernier hameau et dans la dernière chaumière des contrées qui professent la foi, pour y prêcher l'Évangile en esprit et en vérité, bénissons Dieu de ce qu'il s'y trouve encore quelques hommes qui appliquent sur la bouche de chaque mourant un crucifix... Si, pour plusieurs, des cérémonies de ce genre ne sont que des amulettes, également ces peuples en auraient eu d'autres, et d'autres plus mauvaises; et pour plusieurs, aussi, ce sera la prédication de la vie.» (A. Bost, Recherches sur la constit, et sur les formes de l'Église chrétienne, p. 85)

— Mais il n'en reste pas moins vrai que ces croix sont, avec les autres symboles et reliques de l'Église de Rome, le pis dans le bien; que partout où l'on peut avoir mieux elles sont un piège et un mal; qu'elles tendent à ramener Christ sur la terre, et à ôter à la vérité sa vie et son esprit; qu'elles matérialisent la religion pure de la nouvelle alliance; qu'elles paralysent les efforts vers la sainteté; qu'elles entravent les progrès de l'Esprit; qu'elles retiennent les fidèles dans l'enfance, et que souvent elles les repoussent dans les ténèbres de l'ignorance et de la superstition.

Comme le chrétien doit suivre sur la terre les traces de son divin modèle, Jésus dit souvent que celui qui veut être son disciple doit porter sa croix après lui, Matthieu 10:38; paroles qui sont expliquées ailleurs par celles-ci, que tous ceux qui voudront vivre selon la piété souffriront persécution, 2 Timothée 3:12. Saint Paul nous dit encore qu'il est crucifié avec Christ, Galates 2:20; qu'il ne se glorifie qu'en la croix du Seigneur, par laquelle le monde lui est crucifié, et lui au monde, 6:14; que ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses affections et ses convoitises, 5:24; que le vieil homme a été crucifié avec Christ, afin que le corps du péché soit détruit, Romains 6:6.


CUB,
Ézéchiel 30:5, contrée méridionale, nommée à côté de l'Égypte et du pays de Cus; c'est peut-être la ville de Coba dans la Mauritanie, ou Cobie dans la Maréotide, ou Cobé en Éthiopie, à moins que l'on ne veuille lire Nub, auquel cas ce serait la Nubie (favorisé par la traduction arabe), ou Lud, qui serait la Lydie (une supposition de Hitzig.)


CUISINE.
La cuisine orientale, quelque bizarre qu'elle nous paraisse quelquefois, n'est pas essentiellement différente de la nôtre. Nous en reparlerons aux articles de détail. Quant à la manière de cuire les mets, voici pourtant quelques traits particuliers: au lieu de poêle et de fourneaux, on se contente le plus souvent d'un simple trou pratiqué dans la terre, que l'on remplit de bois et de fumier sec et très combustible,

— Voir: Chameau.

Au lieu de beurre ou de graisse, on se servait d'huile chez les Hébreux, en vertu de cette loi générale qui tendait à naturaliser l'agriculture et à en rendre les produits nécessaires aux habitants de la Palestine. On peut remarquer aussi l'usage, passablement oriental, de faire cuire le lait et autres substances liquides, en jetant simplement dans le vase une pierre rougie au feu. Parmi les ustensiles employés, on remarque le chaudron ou chaudière, Ézéchiel 11:3,7; Ecclésiaste 7:6 (traduit «potées de chair» Exode 16:3); le pot, Juges 6:19; une autre espèce de chaudière, Ézéchiel 24:6, plus ronde et plus vaste; une autre encore, Michée 3:3; la marmite, 1 Samuel 2:14, et la fourchette (ibid) pour servir la viande.


CUISSE.
On trouve dans la Genèse, 24:2; 47:29, le serment des anciens patriarches exprimé sous une forme qui doit nous paraître d'autant plus singulière, que dès lors on n'a plus d'exemples d'une semblable cérémonie. C'est Abraham qui, envoyant le plus ancien de ses serviteurs chercher une femme pour son fils, lui dit: Mets ta main sous ma cuisse, et jure-moi, par l'Éternel, que tu ne prendras point de femme pour mon fils d'entre les filles des Cananéens, etc.; puis Jacob, à son lit de mort, demande à Joseph, avec le même serment, de ne point permettre que ses os reposent en Égypte, mais de le transporter dans les sépulcres de ses pères. On ignore la signification de cet acte; les uns y voient une allusion à la circoncision, les autres croient qu'Abraham et Jacob ont voulu faire jurer par le Messie qui devait, selon le langage des Juifs, sortir de la cuisse des patriarches; peut-être était-ce un symbole destiné à rappeler la qualité de père au fils qui plaçait sa main sous la hanche dont il était sorti. L'historien Flavius Josèphe dit que cette pratique se faisait encore de son temps.

Les Juifs portaient l'épée sur la cuisse, Psaumes 45:3; Cantique 3:8, et du côté gauche, comme on le voit par l'exception mentionnée Juges 3:16.

Frapper sur la cuisse, était le signe naturel de l'étonnement ou de la douleur, Jérémie 31:19; Ézéchiel 21:17. Dans le livre des Juges, 15:8, il est dit que Samson battit les Philistins «la jambe sur la cuisse», expression proverbiale que nos versions ont rendue par «entièrement»: le sens littéral est peut-être qu'il les mit en pièces tellement, qu'on trouvait tous leurs membres pêle-mêle; mais l'idée du proverbe est la même que celle de l'expression française «il leur coupa bras et jambes», soit que l'on doive entendre le carnage qu'en fit le vengeur d'Israël, soit que ces mots signifient seulement que les Philistins furent épouvantés, surpris, et comme interdits de la violence et de la force prodigieuse de leur vainqueur.


CUIVRE,
— Voir: Airain.


CULTE.
Le culte qui dans son expression la plus simple est l'adoration que l'homme rend à la Divinité, prend une acception plus large et plus étendue à mesure que l'homme s'élève lui-même davantage; et depuis la religion naturelle jusqu'à la religion chrétienne, en passant par le monothéisme juif, on peut voir se développer l'idée du culte au point que ce mot finit par désigner presque tous les rapports de l'homme avec Dieu, son adoration, ses prières, la constitution extérieure de son Église, et jusqu'à la foi qu'il professe, jusqu'à la manière dont il conçoit des vérités révélées.

Il n'est que deux cultes successivement reconnus par l'Écriture sainte, le culte préparatoire du judaïsme, et le culte spirituel du chef de l'Église: le premier était ordonné dans tous ses détails, le second abandonné à l'âme pieuse du fidèle converti, et guidé par les directions de l'Écriture et du Saint-Esprit; dans le premier la forme dominait, dans le second l'idée et l'amour; le premier était un pédagogue pour l'homme irrégénéré, le second est la conversation du chrétien avec Dieu: dans l'un et dans l'autre on voit le même homme et le même Dieu, mais dans le culte ancien l'homme est séparé de Dieu, dans l'alliance nouvelle Dieu et l'homme sont réconciliés. Ces deux cultes sont divins dans leur institution, et l'Écriture appelle tout autre culte un culte étranger, sous quelque forme que se présente l'idolâtrie, et quels que soient les objets auxquels elle se rapporte.

Le chef de l'ancienne Alliance, Abraham, fut choisi de Dieu pour être le dépositaire privilégié des vérités éternelles: c'est en lui que fut incarnée, pour ainsi dire, la doctrine de l'unité de Dieu, du monothéisme; une portion seulement de sa famille et de sa descendance fut appelée à jouir des mêmes grâces, tandis que nous voyons clairement l'idolâtrie régner dans les autres branches, Genèse 31:19,30; 35:2; Josué 24:2,14. Le culte des patriarches était aussi simple que possible, et consistait presque exclusivement dans la prière, Genèse 24:63, et dans les sacrifices. Il n'y avait pas de lieu spécialement destiné au culte, et le croyant pouvait prier et offrir ses victimes partout où il se sentait disposé à le faire, quoique l'on choisît préférablement, soit des hauteurs solitaires où l'on pensait pouvoir communiquer plus directement avec Dieu, Genèse 22:2; 31:54, soit des lieux où la Divinité s'était manifestée visiblement à quelqu'un des membres de la famille; on y élevait alors un autel hâtivement et simplement travaillé, Genèse 12:7-8; 13:4; 26:25; 46:1, ou même une simple pierre que l'on consacrait par des libations d'huile, 28:18; 35:14. Quelquefois c'était un bosquet, ou la réunion de quelques arbres, qui servait de temple à ces premiers croyants, Genèse 13:18; 21:33: nous voyons même Isaac sortir et se rendre dans les champs pour prier, 24:63. Il ne paraît nulle part que ni l'une ni l'autre de ces deux formes du culte eussent été prescrites aux patriarches: la prière sortait de leur cœur comme un besoin bien naturel, ou comme l'expression de leur reconnaissance; les sacrifices étaient comme une prophétie intérieure, comme le pressentiment, vague mais réel, du sacrifice qui devait un jour les réconcilier entièrement avec Dieu; il y avait plus de foi que d'intelligence dans la pratique de cette cérémonie, et si les patriarches ne s'avouaient pas à eux-mêmes les idées de condamnation et d'expiation, c'est qu'ils étaient encore des enfants dans la foi, peu formés, peu susceptibles de recevoir et de supporter des doctrines plus avancées, plus profondes, plus mystérieuses; mais comme des enfants ils aimaient leur Père céleste et lui offraient les dons que leur cœur leur inspirait. C'est là ce que l'apôtre entend quand il dit en parlant des anciens, Hébreux 11:13: «Ils ont vu ces choses de loin, ils les ont crues, ils les ont saluées.» À cette époque il n'y avait point encore de clergé; le chef de la famille en était aussi le pontife: la seule exception qui semble contredire ce fait, c'est l'exemple de Melchisédec, q.v.

Puis, par une suite de dispensations célestes, et qui avaient sans doute pour but de préparer les enfants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à porter plus facilement le joug de l'Éternel, nous voyons cette famille toute entière transportée en Égypte, et subissant là le pesant et cruel joug des Pharaons: c'est bien la postérité d'Abraham, mais on cherche la religion d'Abraham, et sauf de rares exceptions l'on n'en trouve plus les traces: les esclaves sont livrés à la sensualité; ce qu'ils aiment avant tout ce sont leurs concombres, leurs aulx, leurs oignons, leurs marmites de viande: ce qu'ils adorent c'est la nature, ce sont les dieux de leurs maîtres, un veau d'or et d'autres divinités diaboliques, Exode 32, Lévitique 17:7; Nombres 25:2; Amos 5:25-26. Ils ont changé la gloire de Dieu, dit le Psalmiste, 106:20, en la figure d'un bœuf qui foule le grain.

— Mais cette idolâtrie ne pouvait durer plus longtemps, Dieu ne pouvait oublier ses promesses: après le retour des ténèbres devait venir le retour de la lumière: le culte spirituel et libre des patriarches n'ayant pas suffi aux Israélites charnels, un culte de cérémonies et de formes allait succéder, revêtu d'une majesté foudroyante; des menaces allaient se joindre aux promesses; le premier anneau de cette alliance allait être pour les Israélites la délivrance de la servitude; en échange de cette délivrance ils promettraient de se soumettre à la loi divine. Toutefois, pour le peuple de Dieu, ce changement extérieur de culte devait amener une constitution plus sévère, au lieu de l'ange de l'Éternel, c'était Moïse, qui serait le chef du peuple, et comme l'intermédiaire entre eux et le ciel.

Ce nouvel ordre de choses a pour base le monothéisme et le culte de Jéhovah, seul légal, et ordonné par la Loi. Des cérémonies nombreuses sont établies; elles enlacent le peuple dans un long réseau de symboles qui s'emparent de tous les détails de sa vie publique et particulière, et l'instruisent malgré lui en lui communiquant et en le forçant à recevoir des idées et des impressions nouvelles. Leur Dieu est en même temps leur roi; c'est le même qui leur donne à la fois des lois spirituelles et des lois matérielles, les lois du culte et les lois de la vie civile, les lois saintes et les lois sanitaires, les lois pour le ciel et les lois pour la terre: il n'y a pas deux consciences, pas deux morales, pas deux règles de conduite: il n'y pas les péchés connus de Dieu seul, et ceux qui ne relèvent que de la justice humaine. Tout ce qui est délit sera découvert et puni. Des directions positives, et négatives, des vœux, des offrandes, des sacrifices, des ablutions, des jeunes, des fêtes, entrent dans la composition du nouveau culte, et doivent, tout ensemble, humilier et sanctifier les Israélites: une pureté légale est établie, exigée, sans laquelle aucun acte du culte ne saurait être admis; la circoncision appartient à l'ensemble de ces règles, et les domine; elle signifie le retranchement du mal, et rappelle aux Juifs la sainteté de leur vocation. Les solennités religieuses sont en même temps des fêtes nationales, servant à fondre toujours plus en un seul peuple les douze familles. Une caste de prêtres appartenant à la famille de Lévi sert d'intermédiaire entre le peuple et Dieu. Un seul sanctuaire est établi au centre du pays, Deutéronome 12:5, pour proclamer l'unité divine et protester contre le polythéisme païen; c'est là seulement qu'on pouvait adorer et sacrifier: les besoins religieux ne pouvaient pas être facilement satisfaits; c'était une lacune, semble-t-il, et d'autant plus grande que le culte intérieur était dépassé par le culte extérieur, et comme assujetti à des formes matérielles: mais cette unité, cette centralisation, outre son importance pour le dogme, avait encore l'avantage d'exciter les besoins religieux, et de rendre les impressions de l'âme plus profondes et plus durables, lorsque trois fois par année les Israélites se rendaient régulièrement à la ville sainte pour y jouir de la présence invisible de leur Dieu. D'ailleurs la spiritualité de ce culte, celle surtout de ce Dieu qui ne devait résider nulle part corporellement, dont il était défendu de faire des représentations matérielles, peintes ou taillées, que d'ailleurs il était impossible de faire, son invisibilité qui semblait consacrer sa toute-présence, étaient de réelles compensations pour les âmes fidèles qui auraient pu regretter l'institution d'un seul autel, d'un seul tabernacle, d'un seul temple. Ceux qui cherchaient Dieu sincèrement savaient qu'ils pouvaient le trouver partout, et rien à cet égard ne pouvait plus leur manquer. Pour les autres, le centre religieux était un appel, une prédication.

Les frais du culte, le grand nombre des victimes, et l'entretien d'une nombreuse catégorie de prêtres et de lévites, n'étaient point aussi onéreux qu'on pourrait le croire au premier abord: il faut réfléchir en effet, et se transporter dans ce pays agricole, à cette époque, chez ce peuple. Sauf une très légère contribution en argent, Exode 30:13, tout l'ensemble des offrandes se composait des produits de la terre ou des troupeaux, et l'on sait que ce genre d'impôt est celui qui se perçoit le plus facilement chez tous les peuples. On pourrait presque dire des Lévites qu'ils ne recevaient point de traitement fixe, mais qu'ils étaient nourris par les personnes qu'ils visitaient, et à la table desquelles ils s'asseyaient comme des amis de la maison: ce n'était évidemment pas une charge publique, chacun s'estimait heureux et honoré de recevoir ces messagers bénis, personne n'eût voulu spéculer sous ce rapport, ni refuser d'échanger une faible partie de ses aliments journaliers contre les bienfaits religieux que ces hommes apportaient. On ne voit nulle part de plaintes à cet égard. Quant aux offrandes du temple, on peut dire à peu près la même chose: quelques victimes succombaient chaque jour, mais réparties sur un peuple riche en troupeaux, elles n'étaient guère remarquées, guère senties: et si parfois, bien rarement, nous voyons ce nombre devenir considérable, p. ex. 2 Chroniques 35:7-9, c'étaient des exceptions motivées, et qui par là même permettaient d'exiger du peuple des sacrifices plus grands qu'à l'ordinaire.

On est indécis sur la question de savoir s'il y avait dans le culte juif une partie correspondante à ce que nous appelons la prédication; aucun texte bien précis ne le dit positivement; d'un autre côté les visites journalières de lévites, et les réunions des Israélites pour les solennités, semblent indiquer assez qu'il y avait des exhortations et des instructions, soit particulières, soit générales: et les derniers chapitres du Deutéronome ne sont pas autre chose qu'une puissante et magnifique prédication.

Mais une lacune que l'on remarque avec étonnement dans toute l'institution du culte mosaïque, c'est l'absence de préceptes relatifs à la prière (— Voir: cet article). Nulle part elle n'est prescrite, lorsque tant d'autres formes sont si minutieuse-détaillées; il n'en est pas dit un mot, pas une allusion n'y ramène. C'est que précisément la prière n'est pas une forme; et sans doute que dans cette économie toute préparatoire, matérielle, et l'on peut dire presque mécanique, Dieu ne voulait pas risquer de confondre dans l'esprit des Israélites ce qu'il y a de plus intérieur et de plus sacré avec ce qui n'est qu'observances légales. Le réformateur Mahomet a pu faire cela; au milieu de toutes les cérémonies et prescriptions de son culte, il a pu dire aussi: vous prierez trois fois le jour en vous tournant du côté de la Mecque; ce n'était pour lui qu'un anneau dans la chaîne qu'il imposait à ses sectateurs. Jéhova ne l'a pas fait; les prières eussent été un piège pour ceux qui n'en auraient pas compris la nature; pour les autres il était superflu de les ordonner; de l'abondance du cœur la bouche parle, et nous voyons par un grand nombre d'exemples que les fidèles savaient à qui s'adresser, et comment ils devaient le faire dans le besoin, dans la détresse, dans la reconnaissance.

Du reste, il faut le dire, le culte tel qu'il fut institué par Moise, ne fut presque jamais observé dans son intégrité: l'histoire juive nous montre dans chaque période de nombreuses déviations, plus ou moins grandes, mais provenant toutes de l'immoralité, de la sensualité, qui semble avoir distingué particulièrement le peuple juif, et qui trouvait encore à s'alimenter dans le voisinage de certaines peuplades environnantes, ou par le contact avec le reste de ces nations que les Hébreux avaient épargnées, malgré l'ordre positif de leur Dieu. Cette immoralité même était peut-être, chez plusieurs, entretenue par le culte mosaïque, où le cérémonial semblait l'emporter sur le fond de la religion, et les observances remplacer la moralité, expier les désordres de la vie. Les prophètes combattirent toujours ce penchant à la fois incrédule et pervers. Après l'exil, différentes sectes se formèrent. Pendant que la grande masse du peuple s'attachait de plus en plus à la lettre, inventant chaque jour de nouvelles minuties, et qu'une certaine classe d'hommes, soi-disant éclairés ou esprits forts, cherchaient à allier la philosophie à la religion, en retranchant de la religion tout ce qui ne pouvait être compris de leur pauvre intelligence, un petit nombre d'hommes vraiment pieux cherchaient à maintenir l'esprit du véritable culte divin, s'adonnant à la pratique des bonnes œuvres, de la pureté et de l'humilité; on les nommait Esséens. Quelques siècles après que ces sectes eurent pris naissance dans le sein du peuple qui devait être un dans son culte, on vit naître dans un petit village de Juda, celui qui devait ramener l'unité sur la terre, mais une unité de cœur et d'esprit, reposant non plus sur le même culte ou sur les mêmes cérémonies, mais sur la même, foi, sur des espérances communes.

C'est aussi pour le culte une ère entièrement nouvelle, parce que le culte est le reflet de la doctrine et des dispositions intérieures; mais on ne peut plus le décrire comme on a décrit le culte ancien; c'est quelque chose de moins tranché dans les formes, de plus vague, de plus libre. Le jeûne est maintenu comme bon, la confession mutuelle des péchés est introduite, le dévouement au règne de Dieu, les visites des malades, des pauvres, des prisonniers, sont recommandées; le chant, la conférence des Écritures, la prière sont appelés à jouer un rôle plus capital et plus régulier dans le service divin; mais l'observation des jours et des nouvelles lunes, les pratiques extérieures sont abolies: à la circoncision le baptême est substitué, mais avec une idée plus large et plus spirituelle; à la Pâque succède un repas fraternel également commémoratif, mais rappelant un salut plus cher, plus grand, éternel. Il n'y a plus de castes sacerdotales; tout fidèle est prêtre, chacun appartient à la sacrificature royale: plus de centralisation dans le lieu du culte; les pères ont adoré à Jérusalem, le moment est venu où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, partout où ils se rencontreront: il n'y a plus d'Église visible, mais une Église invisible, et des réunions visibles dans lesquelles le bon et le mauvais grain seront plus ou moins mélangés: à cette Église aucune forme n'est imposée, aux Églises de détail aucune forme non plus. Partout éclate la vie, et la vie seule a droit de régner désormais sur les hommes: on ne leur imposera plus de lourds fardeaux, et si des séducteurs sont venus ordonner le célibat et l'abstinence des viandes, l'Esprit les appelle expressément des révoltés de la foi, adonnés aux doctrines des démons, 1 Timothée 4:1.


CUMIN,
sorte de plante ombellifère, qui a quelque analogie avec le fenouil, mais un peu plus petite; sa graine a une saveur et une odeur très forte et passablement amère; les anciens s'en servaient en guise d'épices pour assaisonner leurs mets. On trouve le cumin en Syrie, dans l'Asie mineure et en Égypte. Ésaïe 28:25,27, dit qu'on le sème dans un terrain bien nivelé, et que lorsqu'il est mûr on ne se sert pas de la herse ou de la roue du chariot pour en recueillir la graine, mais qu'on emploie des moyens plus doux et qu'on l'abat avec le bâton: le Seigneur de même réserve aux plus grands pécheurs les plus grands châtiments, et ne brise point le roseau cassé.

— Le sens de Matthieu 23:23, est facile à comprendre: «Malheur à vous, Pharisiens hypocrites, vous observez scrupuleusement les ordonnances dont l'exécution ne vous coûte que peu de chose, vous payez la dîme de ces petites plantes qui croissent dans vos jardins et dans vos prairies, et vous négligez les choses plus importantes de la loi.»


CUN.
1 Chroniques 18:8, ville phénicienne, appelée Berothaï dans le passage parallèle, 2 Samuel 8:8.


CUS,
  1. Genèse 10:6-8, fils aîné de Cam et père de Nimrod. Il a donné son nom à une contrée qui est citée fréquemment dans l'Écriture, même avec quelques détails assez précis, et sur la situation exacte de laquelle il règne cependant encore, chez les interprètes, bien des incertitudes. L'Écriture semble donner à ce nom une signification tantôt plus étendue, tantôt plus restreinte, mais toujours avec l'idée générale que les Cusites sont des peuples de couleur, habitant vers le Sud. La traduction ordinaire est l'Éthiopie: elle est exacte si l'on veut donner au mot Éthiopie le même sens que lui donnaient déjà les anciens. Un Éthiopien signifie, dans son étymologie grecque, un homme brûlé par le soleil. Avant que le nom grec eût prévalu, et même longtemps après, au temps de Flavius Josèphe, les Éthiopiens portaient le nom de Cuséens, nom que l'on retrouve encore chez quelques auteurs syriens du cinquième siècle. Dans son sens le plus restreint, le pays de Cus comprenait donc ce qu'on pourrait appeler l'ancienne Éthiopie, savoir toute la contrée située entre la haute Égypte, depuis Syène jusqu'à l'entrée de la mer Rouge dans l'Océan indien, la Nubie, l'Abyssinie et le royaume d'Adel. C'est le sens qu'il faut donner au mot Cus, Ésaïe 18:1: «Malheur au pays qui fait ombre des deux côtés (entre les tropiques), qui est au-delà des fleuves de Cus!» De même, 2 Rois 19:9, le royaume de Tirhaca ne peut être Cus que dans le sens moins étendu, cf. encore Daniel 11:43. Ézéchiel 29:10. Dans son acception plus générale Cus, ou l'Éthiopie, comprend toute la partie sud et sud-est de l'ancien monde, et a pu s'appliquer à plusieurs de ces contrées en particulier, Genèse 2:13; Nombres 12:1; Psaumes 87:4; 2 Chroniques 14:9; Jérémie 13:23. Cus est appelé Cusan, Habacuc 3:7. Dans le passage de la Genèse, nous voyons un des quatre fleuves du paradis tournoyer par tout le pays de Cus; évidemment ce ne peut être en Afrique; nous verrons ailleurs quel était ce fleuve, et comment le nom de Cus se rapporte aux contrées situées au sud-est de la mer Caspienne et de l'Asie.

    — Nombres 12:1. Séphora, la femme de Moïse, originaire de Madian en Arabie, est appelée Cusite ou Éthiopienne par Moïse lui-même, cf. Habacuc 3:7. En suivant la marche de la postérité de Cus, on la verra se répandre en rayonnant depuis l'Indu-Cus sur toutes les vallées et les hauteurs de la Chine, sur les deux presqu'îles de l'Inde, et jusqu'aux îles de l'Océan pacifique.

    — Il est à remarquer que les auteurs profanes ont, aussi bien que la Bible, distingué deux classes de Cusites ou d'Éthiopiens: «Ils demeurent séparément, dit Homère (Odys. 1, 23), aux frontières les plus éloignées, les uns au couchant, les autres à l'orient.»

    — Voir: encore Hérodote 1, 201; 4, 11.

    — Si donc nous voulions établir cette grande famille sur une carte géographique, nous lui donnerions toutes les contrées comprises entre l'Abyssinie, l'Arabie, la Perse méridionale, les monts Thibet, l'Himalaya, et le Yantsé-Kiang pour frontière nord, et l'Océan pour frontière sud, en laissant ici et là quelques districts plus ou moins grands, qui furent occupés par d'autres branches des descendants de Noé. (— Voir: les articles spéciaux, et en particulier Éthiopie).

  2. On trouve encore dans l'épigraphe du Psaumes 7; le nom d'un homme appelé Cus, et qui a donné beaucoup à faire aux interprètes. Qui est ce Cus, benjamite, ce violent persécuteur du roi David, ce fléau dont il demande d'être délivré? Les uns ont pensé à Simhi, 2 Samuel 19:16, qui est appelé, 16:11, fils de Jémini, en hébreu benyemini, et dont on a cru qu'il était Benjamite à cause de cela. D'autres ont pensé à Saül, mais on ne sait pas pourquoi il serait appelé Cus; d'autres enfin, rapportant également ce psaume à l'époque des persécutions de Saül, entendent par Cus un individu inconnu, peut-être un parent de Saül.


CUSAÏ,
2 Samuel 15:32, éphraïmite, de la ville d'Arki, dont l'histoire offre un épisode politique bien rafraîchissant au milieu des guerres civiles qui ensanglantèrent une partie du règne de David. Fidèle sujet de son roi, Cusaï vint pendant les troubles de la conjuration d'Absalon, se prosterner devant David, en lui exprimant la vive douleur que lui causait la révolte de son fils, la désertion de ses braves, l'abandon du lâche et ambitieux, mais habile Achithophel: en même temps, il fait à son roi ses offres de service, et se déclare prêt à le suivre partout. Mais David qui redoute plus encore les perfides conseils d'Achithophel que ses troupes désertées, renvoie Cusaï à Jérusalem, lui enjoint d'affecter un grand attachement à la cause d'Absalon, d'offrir à ce rebelle ses services, de chercher à gagner sa confiance pour obtenir une part dans ses conseils, et d'user ensuite de son influence, soit pour déjouer les plans d'Achithophel, soit pour faire connaître à David, par le moyen des sacrificateurs Tsadok et Abiathar, les résolutions auxquelles on se serait arrêté.

— Cusaï qui ne craint pas de se mesurer avec le vieux conseiller, obéit; il se rend à Jérusalem et crie vive Absalon! Le jeune rebelle qui connaît l'affection de Cusaï pour son père, s'étonne d'abord; mais les succès qu'il a déjà obtenus l'aveuglent, et le disposent à croire à de nouveaux succès, à de nouvelles conquêtes; chaque jour, il voit grossir les rangs de son armée, et Cusaï n'a pas de peine à le persuader que lui aussi se range à la bonne cause, acceptant pour maître celui que Dieu a désigné, que le peuple a choisi, et qui d'ailleurs appartient à la famille royale, à la dynastie reconnue. Un premier conseil d'Achithophel relativement aux femmes de David, passe sans contestation, soit que Cusaï n'ait pas été consulté, soit qu'il ait cru devoir, dans l'intérêt même de son roi, se joindre à une mesure dont le résultat était de rendre toute réconciliation impossible. Achithophel propose ensuite à Absalon, de fondre immédiatement avec 12,000 hommes sur la petite troupe de David, encore faible en nombre, fatiguée, et sans doute facile à intimider. Mais un autre conseil intervient: c'est Cusaï qui parle: «Le conseil qu'Achithophel t'a donné maintenant, dit-il, n'est pas bon. Tu connais ton père et ses gens, que ce sont des gens forts, et qui ont le cœur outré, comme une ourse des champs à qui l'on a pris ses petits: et ton père est un homme de guerre, qui ne passera point la nuit avec le peuple. Voici il est maintenant caché dans quelque fosse ou dans quelque autre lieu; s'il arrive qu'au commencement on soit battu par eux, quiconque en entendra parler, l'ayant su, dira: Le peuple qui suit Absalon a été défait. Alors le plus vaillant, celui-là même qui avait le cœur comme un lion, se fondra;... mais je suis d'avis qu'en diligence on assemble vers toi tout Israël depuis Dan jusqu'à Béer-Sébah, lequel sera en grand nombre comme le sable qui est sur le bord de la mer, et que toi même en personne marches en bataille. Alors nous viendrons à lui en quelque lieu que nous le trouvions, et nous nous jetterons sur lui, comme la rosée tombe sur la terre, et il ne lui restera aucun de tous les hommes qui sont avec lui. Que s'il se retire en quelque ville, tout Israël portera des cordes vers cette ville-là, et nous la traînerons jusque dans le torrent, en sorte qu'il ne s'en trouvera plus même une petite pierre.»

— Cet avis prévalut; Absalon et les siens le préférèrent à celui du vieux ministre. David fut averti par les sacrificateurs. Le conseil de Cusaï amena et devait amener la défaite d'Absalon. Une insurrection ne peut triompher que par l'audace et la promptitude. Laisser aux esprits troublés le temps de réfléchir, à un roi comme David le loisir de rassembler les adhérents nombreux que son règne lui avait faits, c'était tout perdre. Cusaï était digne de lutter contre Achithophel; il perdit son rival, se montra son maître en diplomatie, et sauva le roi.


CUSAN,
Habacuc 3:7. Même pays que Cus, q.v.


CUSAN-RISCHATHAJIM,
Juges 3:8,10, roi de Mésopotamie, fut, après la captivité d'Égypte, le premier oppresseur des Israélites établis dans le pays de Canaan. Il les tint assujettis pendant huit ans, jusqu'à ce qu'enfin Hothniel, le premier des juges, se leva et les délivra.


CUSI, ou Cusci,
2 Samuel 18:21,32,

  1. l'un des messagers qui apportèrent à David la nouvelle de la mort d'Absalon; on craignait de faire connaître à David cet événement qui, en le réjouissant comme roi, devait l'affliger comme homme et comme père: e premier des messagers, Ahimahats, n'avait pas osé révéler cette mort, et l'avait fait pressentir: «J'ai vu un grand tumulte, mais je ne sais pas exactement ce que c'était:» Cusi n'osa pas davantage dire «Il est mort, «mais à la question de David, il répondit: «Que les ennemis du roi mon Seigneur, et tous ceux qui se sont élevés contre toi pour te faire du mal, deviennent comme ce jeune homme!»

  2. Cusi ou Cusci, Jérémie 36:14, père de Sélemja; inconnu.

  3. Sophonie 1:1, père de Sophonie, et arrière petit-fils d'Ézéchias.


CUTH,
2 Rois 17:24,30, district de l'Asie, et la principale d'entre les peuplades dont Salmanéser, roi d'Assyrie, envoya les habitants peupler la contrée dévastée de la Samarie. Du mélange de ces colons avec les Juifs demeurés de reste dans le pays, naquirent les Samaritains, que les Talmudistes continuèrent d'appeler Cuthéens. On ne sais pas exactement dans quelle partie de l'Asie il faut chercher ce district ou cette ville. Les uns, s'appuyant sur la ressemblance de ce nom avec celui de Cus, ressemblance beaucoup plus frappante encore lorsque l'on connaît les langues sémitiques, pensent au pays de Cus, dans les environs de l'Araxe: d'autres, avec l'historien Flavius Josèphe, le placent dans la Perse méridionale ou centrale, d'autres près du Tigre, d'autres enfin (Michaëlis) mais contre toute vraisemblance, dans le voisinage de Sidon en Syrie. L'opinion la plus probable, c'est que les Cuthéens sont les mêmes que les Cosséens dans la Susiane en Babylonie; les deux noms sont presque identiques en Caldéen.


CUVE d'airain.
Il y avait dans le parvis du tabernacle une cuve d'airain ou mer de fonte, destinée aux ablutions des prêtres, Exode 30:28. Il n'est rien dit de bien positif quanta sa forme; cependant, par l'analogie de celle qui fut placée plus tard dans le parvis du temple de Salomon, 1 Rois 7:23, l'on peut supposer qu'elle était ronde. Les ablutions des mains et des pieds, auxquelles elle était destinée, étaient un symbole de la pureté que le Dieu saint exige de ceux qui s'approchent de lui.

Dans le portique du temple de Salomon, il y avait, au lieu de cette cuve unique, une grande cuve appelée mer d'airain, particulièrement destinée aux ablutions des sacrificateurs, et dix cuviers plus petits, destinés à laver les victimes pour les holocaustes, 2 Chroniques 4:6. La mer d'airain est spécialement décrite 1 Rois 7:23-26; 2 Chroniques 4:2-5; et par Flavius Josèphe (Antiquités Judaïques 8, 3, 5); elle avait cinq coudées de hauteur (2m720), et environ dix de diamètre; elle reposait sur douze taureaux également d'airain; ses côtés et ses bords étaient ornés de fleurs sculptées.

Lors de la prise de Jérusalem par les Babyloniens, la mer d'airain fut brisée par les Caldéens et ses débris emportés à Babylone ainsi que les soubassements des dix cuviers 2 Rois 25:13-16; Jérémie 52:17. D'après les rabbins, le temple de Zorobabel ne contenait plus qu'un seul cuvier, et Flavius Josèphe, dans sa description du temple d'Hérode, n'en mentionne aucun (Bell. Jud. 5, 5).


CYGNE.
C'est ainsi que la Vulgate et nos versions traduisent l'hébreu Tinchimeth, Lévitique 11:18; Deutéronome 14:16, et, comme nous l'avons dit à l'article Chat-huant, cette traduction non seulement n'a rien contre elle, mais est encore favorisée par le contexte. Luther a traduit par cygne, Lévitique 11:17, le mot shalak, que nos versions ont rendu par plongeon; mais,

— Voir: Cormoran.

Calmet veut aussi rendre par cygne l'hébreu Bath Yaaneh, que nous traduisons par autruche. Mais il n'y a que deux passages qui puissent à la rigueur se rapporter au cygne, et encore n'est-ce qu'en procédant par voie d'hypothèse. Ce bel animal, si connu dans nos pays et dans des climats plus chauds, est mis par Moïse au nombre des animaux impurs. Les païens l'avaient consacré à leur Apollon, sans doute à cause des sons harmonieux et poétiques qu'il rend, dit-on, lorsqu'il va mourir; Horace l'attelle au char de Vénus.


CYMBALES.
2 Samuel 6:5; 1 Chroniques 13:8; 16:5,42; Esdras 3:10; Psaumes 150:5; 1 Corinthiens 13:1. L'un des plus anciens instruments connus, fort aimé des Orientaux en général, et employé par les Hébreux soit dans leurs réjouissances publiques, soit dans la musique du temple. Il y en avait, comme de nos jours encore, de deux espèces différentes; les unes plus petites, en bois, en ivoire, quelquefois en métal, que l'on prenait entre le pouce, l'index et le doigt du milieu, et que l'on frappait en mesure, comme les castagnettes espagnoles ou arabes; les autres, plus grandes et tout à fait semblables aux nôtres; cette distinction est marquée Psaumes 150:5, Hébreux Tseltselim ou Metsillayim.


CYPRE
(aujourd'hui Chypre), une des îles de la Méditerranée, située au sud de l'Asie mineure et non loin des côtes de la Syrie. Grande, riche et fertile, elle donnait en abondance de l'orge, de l'huile, des grenades, des figues et du vin; ses montagnes recelaient des pierres précieuses et des métaux recherchés, et c'est de cette île que le cuivre (æs cyprium) a reçu son nom. La position de Cypre était une des plus avantageuses pour le commerce, et toutes ses villes s'enrichissaient par ce moyen, Salamis, Paphos, Citium, Amathus, Arsinoé, Soli, etc. Les Juifs n'avaient pas été des derniers à s'y établir pour y faire des spéculations, et ils s'y trouvaient en grand nombre lors du passage de saint Paul. Les Cypriens avaient une réputation bien établie de mollesse, de volupté, de luxe et de débauche: l'extrême douceur du climat favorisait chez eux tous ces penchants, et c'était à Vénus qu'ils rendaient leurs hommages. Les voyageurs modernes parlent encore avec enthousiasme de ce petit paradis terrestre, et c'est là, si nous ne nous trompons, que M. Lamartine aurait voulu finir ses jours, si la patrie ne l'avait pas réclamé.

Jusqu'au règne d'Alexandre, l'île fut divisée en neuf petites principautés, d'abord sous la domination perse, puis sous celle des Macédoniens. Sous les Maccabées elle devint l'apanage de Ptolémée; Caton l'Ancien la soumit à Rome; Auguste en fit d'abord une province de son vaste empire, gouvernée par un préteur, puis il finit par l'émanciper, et nous la voyons, Actes 13:7, gouvernée par un proconsul cyprien.

Paul, Marc et Barnabas y arrivèrent de Séleucie, prêchèrent à Salamis, dans les synagogues, et se répandirent de là dans toute l'île pour annoncer l'Évangile aux païens. Ils trouvèrent à Paphos, résidence du proconsul Serge Paul, un enchanteur ou faux prophète juif nommé Bar-Jésus, qui voulut s'opposer à la doctrine chrétienne, et tâchait de détourner Serge de la foi; mais saint Paul frappa ce malheureux d'un aveuglement momentané, ce que le proconsul ayant vu, il crut et fut rempli d'admiration pour la doctrine du Seigneur.

Plus tard, Barnahas retourna en Cypre avec Marc, Actes 15:39; la tradition porte même qu'après avoir été évêque de cette île, il y trouva le martyre, qu'il fut lapidé par les Juifs de Salamis, et que son corps fut retrouvé sous le règne de l'empereur Zénon, ayant sur la poitrine un Évangile de saint Matthieu, qu'il avait copié lui-même de sa propre main.

Conquise par les Arabes, reprise par Richard-Cœur-de-Lion, Cypre fut, pendant plusieurs siècles, gouvernée par des rois de la famille des Lusignan, jusqu'en 1489; elle fut ensuite vendue aux Vénitiens, et appartient aux Turcs depuis 1571; ils l'ont réduite à l'état le plus déplorable.


CYPRE,
— Voir: Troëne.


CYPRÈS,
arbre toujours vert, massif, élancé, aux feuilles foncées, étroites, pointues, et dont le bois, sans être lourd, n'est jamais pourri ni vermoulu, résiste aux vers et à l'action de l'eau. On distingue le cyprès mâle aux branches horizontales, et le cyprès femelle dont les branches s'élèvent obliques ou droites; c'est de ce dernier que l'on se sert le plus ordinairement pour les travaux de charpente et de menuiserie. Il ne vient que difficilement, dit Pline; son fruit est inutile, ses feuilles sont amères, son odeur est trop forte, son ombre même est dangereuse; superbe et triste à la fois, il était regardé par les Romains comme un arbre de deuil, qu'on ne pouvait employer qu'aux funérailles, ou dans d'autres solennités lugubres. C'est du cyprès qu'il s'agit, selon quelques-uns, dans les passages, Genèse 6:14; Exode 2:3, où il est parlé de la construction de l'arche, et du berceau de Moïse. Le nom hébreu est Gopher, et l'analogie de ce nom avec le nom latin cupressus, appuierait cette traduction; le cyprès était d'ailleurs tout à fait bien choisi pour la construction de ces objets, destinés à subsister dans l'eau pendant un temps plus ou moins long; il vaut cependant mieux, dans ces deux passages, s'en tenir à l'idée générale d'arbre résineux, car gopher s'applique à d'autres objets qui ne sont pas le cyprès; il signifie poix; gopherith signifie soufre, et le mot allemand Kiefer signifie un pin sauvage.

— La Vulgate traduit encore par cyprès le mot Beroth, Cantique 1:16, que Luther et Martin ont rendu mal à propos par sapin (Tanne). Il est bien probable, en effet, que ce mot Beroth ou sa forme plus ordinaire Berosch, Ésaïe 37:24; 55:13; 60:13, désigne le cyprès; le cyprès seul pouvait être mis en parallèle avec le cèdre, Ésaïe 14:8; Zacharie 11:2; le sapin ne le pouvait guère; cf. surtout l'emploi qui est fait de ce bois, soit pour les lambris du temple, 1 Rois 5:8; 6:15,34, soit pour des mâts de vaisseaux, Ézéchiel 27:5, soit pour la confection de lances, Nahum 2:3 (il s'agit évidemment d'une arme dans ce verset); soit enfin pour des instruments de musique, 2 Samuel 6:5: il ne peut être question du sapin dans ces passages, non plus que Cantique 1:16; il faut penser à quelque bois noble, solide et beau, qui puisse rivaliser avec le cèdre; la plupart des arbres ont déjà un nom en hébreu; le cyprès seul ne serait nommé nulle part, s'il ne l'était dans ces passages, et l'on ne comprendrait guère qu'un arbre aussi remarquable ne fût pas mentionné dans la Bible, quoiqu'il fût très abondant en Palestine, et particulièrement sur le mont Hermon.


CYRÈNE,
ville importante de la Libye supérieure ou Pentapolitaine, située à 16 kilomètres de la mer, sur une plage africaine, presque en face des trois promontoires du Péloponèse, à 320 kilomètres environ de la capitale de l'Égypte. Ses ruines subsistent encore sous le nom de Caïroan, et ne comptent qu'un fort petit nombre d'habitants. Sous les Ptolémées, les Juifs formaient le quart de la population de Cyrène, et jouissaient des mêmes droits que les Cyréniens eux-mêmes. C'est là qu'était né Simon, le père d'Alexandre et de Rufus, qui eut le bonheur de soulager le Christ dans sa marche vers Golgotha, Matthieu 27:32; Marc 15:21; Luc 23:26. Plusieurs de ces Juifs de la Cyrénaïque embrassèrent la foi chrétienne, Actes 11:20; 13:1, mais un grand nombre aussi furent comptés dans les rangs des adversaires de l'Évangile, et saint Luc les cite parmi les plus violents de ceux qui s'élevèrent contre Étienne, Actes 6:9.

— Après la destruction de Jérusalem par Titus, les Juifs de Cyrène se soulevèrent contre Catulle, gouverneur de cette province; mais il furent facilement réduits et écrasés.


CYRÉNIUS,
forme grecque du nom de Publius Sulpicius Quirinus, sénateur romain, que l'histoire profane nous apprend avoir été consul l'an 742 de Rome, puis 758, cinq ans au moins après la naissance de Jésus, gouverneur de la Syrie, et de la Judée qui y était annexée. Après l'exil d'Archélaüs, il fut chargé de faire un recensement ou dénombrement du peuple. Jésus était peut-être alors âgé de dix ans. Ces données semblent en contradiction avec ce qui est dit, Luc 2:2, que le premier dénombrement (celui pendant lequel naquit notre Sauveur) fut fait lorsque Cyrénius avait le gouvernement de Syrie. Il y aurait, en effet, une faute de chronologie à rectifier,

  1. si l'on ne pouvait pas traduire: ce dénombrement se lit avant celui qui arriva lorsque Cyrénius avait le gouvernement de la Syrie; ou encore: ce dénombrement se fit avant que Cyrénius, etc.;

  2. si l'on ne pouvait pas admettre que Cyrénius, alors gouverneur de la Cilicie, ait été envoyé en Syrie avec mission extraordinaire, pour présider à un dénombrement de la Syrie et de la Judée (Pétau, Grotius, Ussérius), pendant que Sentius Saturninus était gouverneur de la Syrie (Tertullien);

  3. si enfin il n'y avait pas des doutes sur l'authenticité de ce verset (Théodore de Bèze dans ses trois premières éditions, Olshausen, et d'autres commentateurs).

Ce ne sont pas même là toutes les explications que l'on peut donner, et la première seule suffirait; on en trouvera d'autres encore à l'article Quirinus, dans Winer, qui du reste ne les admet ni les unes ni les autres, et conclut simplement pour son compte à un lapsus memoriœ chez saint Luc: il y avait plus de soixante et dix ans que les choses s'étaient passées, et rien n'était plus facile que de confondre deux recensements si rapprochés, et dont la distinction ne pouvait pas avoir un bien grand intérêt pour l'histoire sacrée et pour l'édification des fidèles.

De ces deux dénombrements, le premier fut plus général, et pour tout l'empire; le second ne regardait que la Judée: c'est à ce dernier que Gamaliel fait allusion, Actes 5:37.


CYRUS,
fils de Cambyse, roi de Perse, et de Mandane, fille d'Astyage, roi des Mèdes. Il existe une demi-douzaine d'histoires et de biographies, toutes différentes de ce prince fameux, par Hérodote, Xénophon, Ctésias, Justin, Valère Maxime, Diodore de Sicile, etc., sans parler de toutes les fables et traditions orientales auxquelles sa prodigieuse carrière a donné naissance. Nous nous en tiendrons pour le moment aux données de Xénophon (Cyrop. 1, 107; sq.). D'après cet historien, Cyrus vécut jusqu'à sa douzième année à la cour de son aïeul maternel, fut mis, à l'âge de seize ans, à la tête d'une armée envoyée contre le roi d'Assyrie qui avait fait une irruption dans les états d'Astyage, et remporta la victoire après une suite de brillants succès. Rappelé par son père, il rentra en Perse et devint général en chef des troupes de Cambyse; il fit la guerre tantôt pour son compte, tantôt pour celui de son oncle Cyaxare II, fils et successeur d'Astyage, qui venait de mourir; il vainquit successivement le roi de Babylone et ses nombreux alliés, puis Crésus, roi de Lydie, ce malheureux qui s'estimait le plus fortuné des mortels, et qui sur le bûcher fatal s'écria par trois fois: Solon! Solon! Solon! se rappelant que ce sage Athénien lui avait dit un jour qu'on ne pouvait se prononcer sur le bonheur de personne avant que sa carrière fût entièrement terminée. Cyrus ayant appris ce fait rendit à l'illustre captif la vie avec la liberté, et se fit un ami d'un ennemi. Après avoir porté ses armes triomphantes dans presque toute l'Asie Mineure, il repasse l'Euphrate, marche contre l'Assyrie et vient assiéger Babylone. Cette ville est imprenable, ses murailles n'ont rien à redouter, ses habitants ont des provisions pour plus de vingt années, le siège est inutile; Cyrus alors conçoit le projet gigantesque de détourner le cours du fleuve: les eaux vont se perdre dans les marais et les plaines voisines, et pendant que Nabonned (Belsatsar) s'abandonne avec tout l'orgueil de la sécurité aux débauches orientales, Cyrus s'avançant par le lit de l'Euphrate pénètre dans la ville (538 avant J.-C.) et brise à jamais la puissance babylonienne, la monarchie des Caldéens, la tête d'or qui va être remplacée dans l'empire universel par la poitrine et les bras d'argent, Daniel 2:32; 38:39. Il fait en même temps préparer un palais pour son oncle Cyaxare, et reçoit de lui en récompense de ses longs et nombreux services la main de sa fille unique (sa cousine germaine), et avec elle le droit de succession à l'empire. Cambyse meurt, Cyaxare meurt, et Cyrus, le puissant bélier à deux cornes, Daniel 8:3,20, monte sur leurs deux trônes, et règne à la fois sur la Perse et sur les États médo-babyloniens, 536 avant J.-C.

— À peine investi de l'empire, l'un des premiers usages qu'il fait de son autorité, c'est de publier un édit par lequel il permet aux Juifs de retourner dans leur patrie, Esdras 1:1; 5:13; 6:3; 2 Chroniques 36:22; cf. Daniel 1:21; il dit à Jérusalem: Sois rebâtie! et au temple: Sois refondé! Ésaïe 44:28.

Il entreprit encore diverses guerres en Syrie et du côté de la mer Rouge, et mourut enfin en 530, à l'âge de soixante et dix ans, selon les uns de vieillesse, selon les autres dans un combat contre les Scythes; leur reine Thomiris l'ayant attiré dans une embuscade, lui aurait fait trancher la tête. D'autres disent qu'il fut attaché à une potence, d'autres enfin qu'il mourut d'une blessure reçue à la bataille.

L'histoire sainte nous donne naturellement beaucoup moins de détails sur Cyrus que l'histoire profane, mais ce sont des détails bien autrement grands et solennels. Déjà 240 ans avant la naissance de ce puissant monarque, elle l'appelle par son nom, elle annonce la grande œuvre de restauration dont il sera le ministre; il est dit de lui qu'il accomplira tout le bon plaisir de l'Éternel; Dieu dit: Il est mon berger: Dieu l'appelle son oint, Ésaïe 44:28; 45:1, l'assimilant ainsi aux rois d'Israël (1 Samuel 24:7,11; 2 Samuel 1:14, etc.), soit pour indiquer qu'il avait lui-même consacré Cyrus à la royauté, soit parce que Cyrus devait être chargé de ramener le peuple de Dieu dans son pays. Et lorsqu'après une longue attente, cet oint du Seigneur, ce Cyrus de la délivrance fut venu au monde, et qu'il eut accompli une partie de sa destinée, il semble avoir reconnu lui-même ce Dieu qui l'avait nommé et surnommé (désigné) lorsqu'il n'existait pas encore: son langage, Esdras 1:2, ne permet pas de douter qu'il n'ait reconnu le Dieu d'Israël pour le vrai Dieu. L'Éternel, le Dieu des cieux, dit-il, m'a donné tous les royaumes de la terre, et lui-même m'a ordonné de lui bâtir une maison à Jérusalem. D'après le livre apocryphe du Dragon, 1:40, il aurait dit comme Darius (#1, q.v.): Que tous les habitants de la terre craignent le Dieu de Daniel, parce que c'est le Dieu sauveur, qui fait des prodiges et des merveilles sur la terre, et que c'est lui qui a garanti Daniel de la gueule des lions. Suivant le livre de Bel 1, Cyrus aurait toujours eu pour Daniel une estime et une affection toute particulière, cf. Daniel 6:28; quoique ces détails ne nous soient connus que par des livres apocryphes, rien ne les contredit, et les déclarations de la parole de Dieu rendent fort probables des rapports de cette nature entre ces deux hommes. Il paraît d'ailleurs, par Flavius Josèphe (Antiquités Judaïques 11, 1), que Cyrus a eu connaissance des prophéties d'Ésaïe, et que le passage qui le concernait a été un des moyens dont Dieu s'est servi pour l'amener à sa connaissance.

Dans le passage Ésaïe 21:7,9, qui se rapporte à Cyrus, et où il est question d'un attelage mixte d'ânes et de chameaux, quelques-uns ont voulu voir la réunion des troupes de la Médie et de la Perse; d'autres interprètes ont mis en avant l'opinion suivante, que nous ne citons que pour son originalité, sans qu'il puisse être question de lui accorder aucune valeur: c'est que le conquérant dont il est parlé devait être une espèce de métis, issu de deux animaux différents, ainsi que Cyrus en effet naquit de deux sangs différents, du sang des Perses par son père, du sang des Mèdes par sa mère. À l'appui de ce sens, l'on cite deux exemples où le nom de mulet est donné à Cyrus: Craignez, dit un oracle à Crésus, lorsqu'un mulet commandera aux Mèdes; et Eusèbe (Prépar. 9, 41) rapporte, d'après un ancien auteur, que Nébucadnetsar, quelque temps avant sa mort, rempli de l'esprit prophétique, dit aux Babyloniens: Je vous annonce un malheur qu'aucune de vos divinités ne pourra détourner; il viendra contre vous un mulet persan qui, aidé du secours de vos dieux, vous réduira en servitude. Ce sont des jeux de mots, et le texte cité d'Ésaïe ne s'y prête pas même dans le cas actuel.

Admirons cette bonté divine qui, dans l'exil de son peuple, et par cet exil même, s'est rendu captive l'âme du grand Cyrus. Après l'avoir connu guerrier et héros dès nos premières études classiques, nous le trouvons maintenant roi théocratique, et nous le verrons un jour simple fidèle dans le royaume des cieux, avec bien d'autres encore auxquels nous sommes peut-être loin de penser.


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