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Joseph Smith et les Mormons-3


mai 18, 2016 par GoDieu


Le livre de Mormon de Joseph Smith et John Taylor

Les Mormons

D'après la vie et les travaux de Joseph Smith, on peut comprendre ce que doivent être les Mormons. Ils n'en prétendent pas moins être des saints et une église. Mais quelle église? Une société de colons et d'artisans réunis pour défricher un pays, et pour travailler dans des ateliers; une réunion de gens blasés qui, trouvant le ciel incertain, veulent le paradis sur la terre; un assemblage de fripons et de dupes dont les derniers, enserrés par une organisation formidable, sont livrés au vouloir et aux caprices des autres.

Les Mormons possèdent, disent-ils, tout ce qu'avaient les saints des premiers jours. Rien n'est si faux. Il leur manque et les caractères et les bases de tout christianisme. Ils ne sont point sur le fondement. La grâce qui est en Jésus, ils ne l'ont point; ils ne la connaissent ni ne la veulent.

L'Évangile n'est pour eux que la puissance d'administrer dans les choses divines, ou celle de faire des miracles, puissance qui d'ailleurs n'est pas leur partage. Ils en copient la forme, ils n'en ont pas le fond;

Leur baptême pour la rémission des péchés, n'est qu'une parodie des choses saintes, — faux dans son principe, nul dans ses effets (36);

L'imposition de leurs mains pour le don du Saint-Esprit, n'est aussi qu'une vaine cérémonie. Rien, dans la compagnie des Mormons, n'est l'indice des opérations du Saint-Esprit (37).

Ils ont, il est vrai, une organisation dont voici les principaux dignitaires:

Brigham Young

BRIGHAM YOUNG, le président et successeur de Joseph Smith, — à la fois, prophète, voyant, patriarche, législateur et gouverneur politique.

Des prêtres selon Melchisédec, des prêtres selon Aaron, des apôtres, des anciens, des évêques, des docteurs, des diacres, — tous revêtus d'attributions à la fois spirituelles et temporelles.

Au-dessous, se trouve le corps des baptisés mormons, constituant, avec ses chefs, ce qu'ils appellent L'ÉGLISE DES SAINTS DES DERNIERS JOURS. Ceux-ci sont héritiers de beaucoup de promesses, et attendent une dignité future très grande. Ils seront dans l'éternité «des dieux et posséderont en domination, propriété, sujets, pouvoir et gloire, plus que Jésus-Christ et son Père n'en possèdent maintenant (38)». En attendant, on les réunit en Sion, c'est-à-dire, à la ville du Grand Lac-Salé, et on leur demande le service de leur argent et de leurs personnes pour la prospérité de la sainte Jérusalem.

Cette gloire plus grande que celle de Jésus-Christ, promise aux nouveaux Saints, n'a rien que de chimérique. Mais ajoutons qu'une fois parvenus au Deseret, il est beaucoup moins question pour les émigrants mormons d'atteindre cette gloire future, que de s'installer le mieux possible, dans les jouissances de la vie présente. Sous une forme nouvelle, ils ne font après tout que ce que beaucoup firent avant eux: ils poursuivent dans le Nouveau Monde une prospérité que l'Ancien refuse à plusieurs.

Puis, cette organisation multiforme qui réunit, dans les mêmes individus, des pouvoirs civils et apostoliques, des attributions industrielles et sacerdotales, ne laisse pas d'être redoutable, car le sceptre, dans les mains du prêtre, est un sceptre pesant.

Complétons ces premières données sur l'organisation de l'église des derniers jours en mentionnant quelques-unes de ses institutions. Dans le nombre, il faut citer: la dîme, la polygamie, et la Légion de Nauvoo, les unes et les autres, établies par Joseph Smith.

LA DÎME a été instituée d'après une révélation du prophète mormon du 8 Juillet 1838. Le produit devait en être consacré «à la maison de Dieu», «à la fondation de Sion», «à la prêtrise, et à l'extinction des dettes de la présidence de l'église (39)».

Ces dîmes qu'au fait, les uns payaient et les autres recevaient, ont été une cause fréquente d'agitation parmi les Mormons. Le dévouement des saints était parfois en retard, ou la Présidence, toujours avide, demandait souvent plus que la dîme. Martin Harris, dont il a été parlé précédemment, a dû certainement, pour sa part, payer bien au-delà de sa dîme.

Aujourd'hui, les dîmes sont encore un sujet de plaintes de la part de la Présidence. L'apôtre mormon Orson Pratt, en rappelle l'institution dans une épître récente (40), et se plaint du peu de zèle de beaucoup de saints:

«Les saints» dit-il, «tant riches que pauvres doivent se rappeler que le Seigneur leur demande un dixième de tout ce qu'ils possèdent. Si l'on possède dix dollars, un de ces dollars appartient au Seigneur; si l'on possède dix millions de dollars, un million de ces dollars appartient au Seigneur. Que tous les saints se rappellent qu'après avoir donné un dixième de tout ce qu'ils, possèdent, ils doivent continuer à donner chaque année le dixième de leur revenu. Que ce revenu provienne du travail, d'entreprises, d'augmentation de fonds, ou de quelque autre source, un dixième est au Seigneur et sera payé chaque année. Oh! combien les saints, dans notre champ de travail, sont récalcitrants! Combien peu, touchant leurs dîmes, ils prennent garde à la parole du Seigneur. Qu'ils se rappellent cependant que ceux qui ne seront pas trouvés inscrits dans le livre des dîmes comme ayant tout payé, ne pourront en aucune manière entrer dans le saint temple et y recevoir des dons. Jusqu'à ce qu'ils aient payé, on leur retirera le privilège de participer aux ordonnances de ce saint temple, ordonnances instituées dès avant la fondation du monde, comme le seul moyen par lequel les saints puissent être élevés à la plénitude d'une gloire céleste.»

Quelle idée M. Pratt nous donne de la plénitude d'une gloire céleste à laquelle on ne parvient qu'après avoir payé sa dîme!

LA POLYGAMIE des Mormons a passé par des phases diverses jusqu'ici. L'aveu n'en a pas été fait tout de suite par eux; car leurs premières ordonnances statuent le mariage d'un homme et d'une femme simplement (41). Néanmoins dès les premiers jours, Joseph Smith, Rigdon, Brigham Young et d'autres avaient chacun plusieurs femmes alors appelées les épouses spirituelles.

Quand plus tard leur polygamie fut connue publiquement, la Présidence dut l'avouer. Mais, en le faisant, elle s'est placée sous la protection d'une révélation spéciale qu'aurait donnée Joseph Smith en 1843. Gardée dans le secret pendant neuf ans, elle a été publiée au Deseret en Septembre 1852, à Liverpool dans le numéro de l'Étoile milléniale (42) pour le 1 Janvier 1853. Depuis cet aveu, M. Orson Pratt a entrepris d'en justifier les principes dans une nouvelle publication mormonne, The Seer, et revêt ses articles du titre pompeux de Mariage céleste. Un autre apôtre mormon, M. Orson Spencer, a publié, sur le même sujet, un opuscule intitulé: L'ordre patriarcal, ou la pluralité des femmes! Ainsi la polygamie des Mormons n'est plus un fait douteux; ils l'avouent eux-mêmes. Ils font plus: leurs apôtres l'enseignent comme un article de foi (43).

D'après cette doctrine, les Mormons ne reconnaissent le mariage valide qu'autant qu'il est célébré par un de leurs prêtres. Il s'ensuit, pour les émigrants mormons ou pour ceux qui leur appartiennent, un remaniement assez peu agréable. Suivant les circonstances, le mari et la femme sont mariés de nouveau, en passant par des cérémonies sans fin et en prêtant un serment. Un cas de ce genre, communiqué par M. Bowes, est celui de J. Mac-Gee-Van-Dusen et sa femme qui furent remariés de cette manière dans le temple de Nauvoo. La relation en a été faite dans un écrit publié plus tard par les époux eux-mêmes. En d'autres cas (ce fait est confirmé), la séparation entre mari et femme a eu lieu sous la sanction des institutions mormonnes, par le simple fait que l'une des parties avait embrassé la nouvelle doctrine. Au fait, c'était le mormon qui abandonnait son mari ou sa femme et se mariait à d'autres à la façon mormonne. Des lettres d'émigrants mentionnent plusieurs cas de ce genre.

Ajoutons qu'il résulte de la polygamie pratiquée chez les saints du Deseret, qu'il y a, parmi eux, monopole en faveur de quelques-uns au préjudice des autres et, par conséquent, oppression. Les chefs mormons ont tous plusieurs femmes, les uns sept, les autres quatorze et leur président plus de vingt. Or il n'y a pas au Deseret, ni en aucune nation sur la terre, sept ou quatorze femmes pour chaque homme. M. Pratt le reconnaît sans trop s'en mettre en peine. «Un grand nombre de femmes et d'enfants est» dit-il, «la récompense de Dieu à ses serviteurs fidèles; mais, à ceux qui sont moins fidèles, il n'en donne qu'une et à d'autres point. (44)» Un tel régime est loin d'assurer la paix au Deseret.

LA LÉGION DE NAUVOO est, comme son nom l'indique, la troupe qui fut primitivement établie pour la défense de Nauvoo. On est surpris, sans doute, qu'en parlant d'institutions ecclésiastiques, on ait à mentionner celle d'un corps armé. Toutefois, qu'on le remarque, ce n'est point extraordinaire pour une église comme celle des Mormons, si jamais ils furent une église. Un corps qui, en cette qualité, fait le commerce et la banque, peut bien aussi avoir une armée. Mais cela n'empêche pas que cette église ne se trouve par là-même sous une responsabilité sérieuse devant Dieu; car l'Évangile est précis sur ce point, le Seigneur a dit: «Ne résistez point au mal, — remets ton épée en son lieu, car tous ceux qui auront pris l'épée périront aussi par l'épée» (Matthieu 5:39; 26:52). Et c'est bien ce qui est arrivé au chef de cette légion, le prophète Joseph Smith, — il a péri par l'épée!

Pour comprendre comment un état mormon, avec son armée, pouvait exister dans les États de l'Union américaine, il faut savoir qu'à Nauvoo, leur ville, les Mormons dépassaient le nombre de 15,000 habitants et qu'ils avaient dans les environs plusieurs centres populeux. Ils formaient ainsi, dans un rayon d'une certaine étendue, la majeure partie de la population. Comme dans ces états, les chefs de la milice, ainsi qu'une partie des autorités civiles, sont établis par le vote populaire, l'église profitait de ce moyen et maintenait dans leurs charges les chefs que le gouvernement théocratique de Smith lui avait déjà donnés. Pour que cela pût passer, il ne fallait qu'adopter les termes officiels de la législation et en revêtir les institutions mormonnes pour les mettre en harmonie avec la constitution du pays. Les Mormons y réussirent sans peine. Leurs chefs devinrent officiers de l'Illinois de la même manière que la secte était devenue une église, savoir par un emprunt de termes, simplement. Pour eux, Joseph Smith continua à être le prophète, et le vicaire de Dieu, mais pour le gouvernement de l'Illinois, il fut le maire de Nauvoo, ou bien le général Smith, élu par la milice des Mormons. À son exemple, tous les hauts dignitaires prirent un titre officiel; le patriarche s'appela juge de paix, pour les infidèles; les apôtres devinrent échevins (aldermen), et ainsi de suite. Toute la déférence que montrèrent les Mormons à se conformer à la constitution du pays où ils s'établissaient, consista à inventer une synonymie de titres, où tout le monde trouvait son compte (45). Smith aurait concilié des choses bien autrement contradictoires, lui à qui tous les rôles étaient faciles.

La légion de Nauvoo, qui réunissait 2000 hommes de toutes armes, était commandée par le prophète Joseph Smith, son général (46) et faisait partie de sa gloire. Dissoute pendant l'orage qui éclata sur les Mormons dans l'Illinois, elle a été rétablie plus tard au Deseret et subsiste aujourd'hui.

Du temps de Joseph Smith, il y avait aussi, dans l'armée des Mormons, un corps spécial nommé les Danites ou les anges destructeurs. La création de cette troupe date des premières persécutions essuyées par les saints dans le Missouri. Elle se composait d'hommes éprouvés et choisis qui n'étaient incorporés qu'en passant par une série de mystères. Elle fournissait au prophète des hommes sûrs, instruments redoutables de sa vengeance. J'ignore si on l'a rétablie au Deseret en même temps que la Légion de Nauvoo, mais elle a joué un rôle si célèbre sous Joseph Smith qu'elle mérite d'être mentionnée, elle jette d'ailleurs du jour sur l'esprit mormon. Le serment auquel étaient soumis ceux qui en faisaient partie, la fera connaître:

«Au nom de Jésus-Christ le Fils de Dieu, je m'engage envers la Haute-Présidence de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, et consens à la soutenir en toutes choses, à droit ou à tort. Je la garderai fidèlement, et lui rapporterai, les actes de tous les hommes, pour autant qu'il est en mon pouvoir. J'aiderai le Haut-Président, le Patriarche ou le Président des douze, en exécutant tous leurs décrets; et quiconque parlera mal de la Présidence ou des chefs de l'Église, je le ferai mourir de la mort des sectaires et des apostats, à moins qu'il ne le confesse promptement et ne se repente: car la peste, la persécution et la mort suivront les ennemis de Sion. Pour les saints, je serai un héraut de salut zélé, un messager de paix, et jamais ne ferai connaître le dessein secret de la société appelée: Les anges destructeurs. Ce à quoi j'engage ma vie, sous menace de brûler dans un feu de poix et de soufre. Ainsi Dieu m'aide et me fortifie.» — (Bennett, p. 271).

Les anges de Joseph Smith ne laissaient pas, comme on le voit, d'être redoutables. Je demanderai au lecteur, s'il aimerait à avoir sous son toit un homme qui aurait prêté le serment des anges destructeurs, et si un tel ange, dans sa maison, donnerait à son esprit une grande tranquillité.

Les Mormons étant une église, comme ils le prétendent, doivent nécessairement avoir aussi des assemblées et un culte. Ils ont, en effet, des assemblées où l'on fait de tout: on y célèbre la communion, on impose les mains, on prêche le livre de Mormon, on outrage la Bible, on fait des opérations financières, agricoles, industrielles et même de la police. Approchons pour entendre le prêche, ou écoutons ce que nous en rapportent MM. Caswall et Kelly, deux voyageurs qui ont assisté aux services mormons du dimanche, le premier à Nauvoo, et le second au Deseret:

«Après un chant et une prière qui dura environ une demi-heure», dit M. Caswall; «le second des deux anciens, commença son discours. Il établit d'abord l'importance d'avoir de Dieu des vues correctes. Les idées traditionnelles font Dieu injuste, partial, cruel et digne d'être haï. Les peuples «traditionnés» supposent que la révélation divine est limitée à un vieux bouquin appelé la Bible.» Il continua sur ce ton à parler des Saintes-Écritures comme n'étant qu'une portion de la révélation divine, à établir la nécessité de révélations spéciales aux peuples de l'Amérique ancienne, enfin à vanter Joseph Smith, «le vieux Joe», et l'œuvre qu'il accomplissait.

Une hymne fut encore chantée, puis un homme maigre et de haute taille, un Yankée de la nouvelle Angleterre, à l'accent nasillard et provincial, se leva et, s'appuyant sur la balustrade, parla pendant une demi-heure avec une grande volubilité. Il dit que son office exigeait qu'il parlât d'affaires. Ils étaient tous informés que Dieu avait, par une révélation spéciale, établi un comité de quatre personnes et leur avait demandé de bâtir une maison à son nom, selon le modèle que son serviteur Joseph leur en donnerait; que la dite maison serait appelée la maison de Nauvoo, et serait une hôtellerie, afin que les rois et les nobles de la terre et tous les voyageurs fatigués pussent y loger, lorsqu'ils viendraient contempler l'œuvre du Seigneur et la pierre du coin qu'il avait établie en Sion; que le Seigneur avait dit qu'il y aurait dans cette maison une série de chambres réservées à l'usage de son serviteur Joseph et à sa postérité après lui, de génération en génération; et que le Seigneur avait aussi commandé qu'à cet effet un fonds fût fourni par les saints par voie de souscription et remis au comité. L'orateur continua de cette manière: — «Maintenant, frères, le Seigneur a commandé cette œuvre et cette œuvre doit être faite. Oui, elle se fera, — elle se fera. Les Gentils, les hommes du monde, nous disent qu'un tel fonds doit rapporter vingt-cinq pour cent par année et le Seigneur nous demande d'avoir un fonds; ainsi quand l'intérêt et le devoir vont ensemble, vous ne voulez pas rester en arrière pour y contribuer. Mais jusqu'ici, ce fonds ne s'élève qu'à peu de chose, et le comité établi par le Seigneur, ayant dû faire des emprunts répétés, ne peut plus maintenant user de ce moyen. En attendant, les sommes dues aux ouvriers qui travaillent au bâtiment restent à payer et le comité n'en est pas capable. Nous avons un bateau prêt à être remorqué sur la rivière jusqu'à la contrée des pins, pour chercher le bois nécessaire à l'édifice; nous avons un équipage engagé, tout prêt à partir; mais nous ne pouvons les envoyer sans argent. Le comité a fait des sacrifices personnels considérables pour accomplir le commandement du Seigneur: moi-même je suis venu ici avec 7000 dollars, il ne m'en reste que 2000, en ayant dépensé 5000 pour l'œuvre du Seigneur. Mais je ne peux marcher de ce pas plus longtemps. Je vous demande, frères, d'obéir au commandement de Dieu et de prendre des actions, dussiez-vous ne pas vous vêtir si bien que vous le faites, ou ne pas bâtir de si belles maisons. Que le pauvre ne dise pas: je suis trop pauvre, mais qu'il contribue de sa pauvreté, et que le riche le fasse de sa richesse et Dieu vous donnera une bénédiction.»

Pendant cette allocution, je remarquai quelques-uns des émigrants anglais, que j'avais vus peu de jours auparavant à bord du bateau-à-vapeur, à Saint-Louis. Ils écoutaient avec grande attention et considéraient, sans doute, combien de leurs souverains, gagnés avec peine, devaient être consacrés à l'œuvre pieuse de bâtir un bel hôtel au prophète et à sa postérité. Il me vint à la pensée que ces pressants appels pour de l'argent, étaient adressés principalement aux oreilles des trois-cents saints, encore verts, qui venaient d'arriver.

Cette adresse étant terminée, deux autres anciens continuèrent du même train. Ils parlèrent avec grande abondance, et me parurent familiers avec les affaires mondaines et les opérations financières, autant qu'avec les prophéties et le Livre de Mormon. À la fin, ayant, comme ils le pensaient, chauffé le zèle de la congrégation à un point suffisant, ils pressèrent tous les croyants au livre de Mormon qui se sentiraient disposés à prendre des actions, de s'avancer devant l'assemblée et de donner leurs noms avec le chiffre de leurs souscriptions. Là-dessus, il y eut beaucoup de chuchotements dans l'auditoire, et je découvris deux Mormons, évidemment des Anglais du Yorkshire, se faisant l'un à l'autre des signes de tête et des clignements, d'yeux significatifs; néanmoins personne ne s'avança, et l'un des anciens remarqua froidement, — que comme il paraissait que personne n'était encore décidé sur le chiffre de sa souscription, il priait ceux qui désiraient devenir actionnaires de se rendre chez lui dans l'après-midi à cinq heures.

Ensuite, l'ancien qui avait prononcé le premier discours, se leva et dit qu'un certain frère qu'il nomma, avait perdu un baril de céruse. Maintenant, dit-il, si quelqu'un des frères présents l'a pris par mégarde, pensant qu'il fût sien, il doit le rendre; mais si quelqu'un des frères présents l'a, volé, combien plus doit-il le restituer, autrement il peut lui arriver d'être saisi et cela dans l'étendue des limites de la cité de Nauvoo.

Un autre individu se leva et déclara qu'il avait perdu un billet de dix dollars. Jamais de sa vie il n'avait perdu aucun argent; il avait soin de le tenir en sûreté. Mais dans le moment, un billet de dix dollars lui manquait, et si quelqu'un des frères l'avait trouvé ou pris, il espérait qu'on voudrait bien le lui restituer.

Une hymne fut de nouveau chantée, et le service (si cela en mérite le nom) ayant duré de dix heures et demie à deux heures, finalement se termina... (Caswall's, M.A. Thee Days at Nauvoo, p. 11 à 16).

La relation suivante est de M. Kelly. La scène se passe au Deseret.

«Avant que la cérémonie religieuse commençât, cinq hommes», dit-il, «montèrent à la tribune. C'était, comme je l'appris, le comité d'inspection de la semaine. Le président, lut un rapport général, sur la perspective et la marche de la colonie; il lut en conséquence une liste de ceux qui méritaient une louange particulière pour la culture supérieure de leurs champs, l'étendue de leurs clôtures et autres améliorations; puis la liste noire énumérant les fainéants et ceux qui demeuraient sans faire de progrès, lesquels durent endurer une censure et la menace d'être privés de leur part et chassés de la communauté, si un certain ouvrage qui leur était assigné, n'était pas fini lors de la prochaine visite. La lecture de ces listes produisit une sensation évidente et me parut de nature à stimuler les industrieux à un redoublement d'activité et à aiguillonner les indolents pour qu'ils travaillassent de manière à échapper aux menaces qui leur étaient faites. Ceci terminé «le monsieur en noir» se leva et sans aucune forme de service, ni prière préparatoire, lut à haute voix un texte du Livre de Mormon et commença un sermon, un discours de multis rebus et quibusdam aliis (sur toute espèce de sujets, et plus encore), faisant une ruade contre les diverses religions et les mettant en saillie par de malignes comparaisons avec la croyance de la Vallée. Il indiqua, ensuite la voie pour parvenir à la sainteté des Mormons, et le fit de manière à ne provoquer aucune objection: puis il exhorta les membres de la congrégation, non-seulement pour l'amour de leur salut, mais aussi de leurs récoltes, à s'abaisser et tâcher de se rendre propices la faveur et l'indulgence de l'Être suprême, leur rappelant qu'en l'année de justice (d'année précédente) il avait envoyé les mouettes, oiseaux inconnus jusqu'alors dans la Vallée (47), pour dévorer les grillons, dont le nombre aurait, sans cela, détruit toute végétation.

De plus, tout en négligeant de déclarer sa charité, il eut soin de rappeler les traitements barbares qu'ils avaient reçus de la main des Américains, et exprima la conviction que l'avarice de ceux-ci les induirait encore à convoiter leurs possessions du Lac-Salé. Mais il conservait l'espérance qu'en attendant, les Mormons deviendraient assez forts pour se garder et pour maintenir leurs droits et leur indépendance. Il parla sur l'or de la Californie, qu'il disait avoir été découvert par l'énergie des Mormons, mais qu'ils abandonnaient librement à la cupidité des Américains, vu qu'ils (les Mormons) ne désiraient pas de tels agrandissements mondains.» — (The Mormons, p. 269 et 270.)

Ce nouveau mode de célébrer le service divin fait connaître ce que doit être l'assemblée qui le célèbre. Si cela révèle l'Église, on peut avec autant de raison honorer de ce titre les assemblées des Turcs et des Indous, car ceux-ci, bien que différant des Mormons, ne sont pas plus éloignés du Christ qu'eux. Et, pour être équitable, on devrait dire l'église de Mahomet, l'église de Jaggernaut, tout aussi bien que l'église des saints des derniers jours. De l'élément religieux, quel qu'il soit, il n'en reste après tout, pour les Mormons, que ce qu'en peuvent exploiter les chefs pour se maintenir dans leur pouvoir au dedans, et les agents pour faire la propagande au dehors.

Ce peuple du Deseret serait-il aussi heureux et aussi bon que nous le disent les apôtres mormons qui sont venus sur notre continent? C'est encore ce qu'il est important de connaître. On possède aujourd'hui de nombreuses relations sur les habitants de cette vallée. Je ne parle pas de celles que donnent les Mormons eux-mêmes; mais de celles qui nous viennent de témoins non mormons ou de Mormons désabusés.

La première à mentionner sera le rapport des Juges des États-Unis au Territoire d'Utah, extrait de la publication qu'en a faite le New-York Herald, du 10 Janvier 1852. Ce rapport a toute la valeur d'une pièce officielle adressée, par les officiers d'un gouvernement, au chef suprême de l'État. Les Mormons n'en nient point l'authenticité. Bien plus; c'est depuis que les Juges des États-Unis ont révélé la polygamie des Mormons, que ceux-ci en ont fait ouvertement l'aveu et ont publié la révélation de Joseph Smith déjà mentionnée. Ce rapport, de quelque étendue, contient divers détails d'une nature purement politique qui sont omis dans cette citation. Il suffira, pour le but qu'on se propose, de donner les fragments suivants:

«À Son Excellence Millard Fillmore, Président des États-Unis.

Tit. C'est notre devoir comme officiers des États-Unis, au territoire d'Utah, d'informer Votre Excellence que nous avons été obligés de nous retirer du territoire, et de laisser nos devoirs officiels en conséquence des actes illégaux d'hostilité, ainsi que des sentiments séditieux envers le gouvernement et les officiers des États-Unis, manifestés par Brigham Young, le gouverneur, et par la généralité des habitants. La calomnie et les dénonciations violentes et injurieuses que nous avons essuyées, ont rendu l'accomplissement de nos devoirs officiels, non-seulement dangereux, mais impossible, et, selon notre jugement, une plus longue résidence dans le territoire, eût été incompatible avec le sentiment du respect de soi-même ainsi que de la haute considération qui est due aux États-Unis.

Pour aider le gouvernement à comprendre plus entièrement la malheureuse position des affaires dans ce territoire, il est nécessaire d'expliquer l'organisation religieuse extraordinaire qui y est établie, les prétentions illimitées; les influences, les pouvoirs qui s'y rattachent, et d'entrer dans un détail pénible des faits, du langage et des sentiments du gouverneur ainsi que des autres grands dignitaires, envers le peuple et le gouvernement des États-Unis.

À notre arrivée nous avons trouvé une population se composant presque entièrement d'un peuple appelé Mormons et l'église des Mormons, protégeant et contrôlant les opinions, les actions, la propriété et la vie même de ses membres; usurpant et exerçant les fonctions de la législation, et les affaires judiciaires du territoire; organisant et commandant la force armée; disposant, à son gré, des biens-fonds publics; frappant de la monnaie et en forçant la circulation à un taux au-dessus de sa valeur réelle; sanctionnant ouvertement, et justifiant l'usage de la polygamie, ou la pluralité des femmes; exigeant la dîme de ses membres; pénétrant dans les affaires du cercle social et les inspectant, inculquant et demandant, comme un article de foi religieuse, obéissance implicite aux conseils de l'Église, comme un suzerain sur toutes les obligations de moralité, de société, de fidélité et de loi.

À la tête de cette organisation formidable, intitulée: «L'Église de Jésus-Christ des derniers jours», et «Les saints de la fin», se trouve Brigham Young, le gouverneur, prétendant être le Prophète de Dieu, étant représenté comme tel, et ses paroles reçues comme des révélations directes du ciel; assumant ainsi une autorité illimitée sur les ignorants et les crédules. Ses opinions sont leurs opinions, et ses désirs, leurs désirs. Il n'a qu'à indiquer sa sympathie ou son aversion, et elles deviennent leur sympathie ou leur aversion. En un mot, il gouverne sans rival, sans opposition, car personne n'ose mettre en question son autorité.

[...] Il annonça à la foule immense, rassemblée pour le service divin, qu'il n'était pas opposé au gouvernement des États-Unis, mais qu'il l'était à ces damnés, à ces gueux subornés de l'enfer qui sont à sa tête. En parlant de l'organisation du territoire et des officiers, il déclara, du haut de l'estrade, avec la plus grande chaleur, que, «durant des années, il avait gouverné ce peuple lui-même et qu'il pourrait encore le gouverner; que les juges des États-Unis pouvaient demeurer dans le territoire et tirer leur salaire, mais que jamais ils ne jugeraient une cause aussi longtemps qu'il pourrait l'empêcher.» Un autre orateur, élevé et influent dans l'église, encouragé par cette conclusion du chef du pouvoir exécutif du territoire, annonça du haut de la chaire devant une nombreuse assemblée, «que les officiers des États-Unis pouvaient demeurer dans le territoire aussi longtemps qu'ils se conduiraient bien et paieraient leur pension; mais qu'autrement ils (les Mormons) les chasseraient à coups de pieds dans l'enfer auquel ils appartiennent.»

À l'occasion de l'anniversaire de l'arrivée des pionniers mormons dans la Vallée (le 24 juillet), un immense concours de peuple s'assembla de tous les points du territoire. Ceux d'entre nous qui étaient sur les lieux, furent invités à prendre part à la fête. Nous nous assîmes sur la plate-forme avec un certain nombre des chefs de l'église, y compris le délégué du Congrès (l'honorable John M. Bernhiesel). Le gouverneur se leva, et il se fit un profond silence, comme c'est toujours le cas lorsqu'il se lève pour parler. Après s'être plaint en termes amers de l'hostilité du général Taylor envers les Mormons, dans un essai pour leur donner un gouvernement, il s'écria d'une voix haute: «Mais Zacharie Taylor est mort et dans l'enfer, et j'en suis content; puis se dressant de toute sa hauteur et étendant ses bras vers le ciel, il déclara d'une voix plus violente encore: «Et je prophétise au nom de Jésus-Christ et par le pouvoir de la sacrificature qui est en moi, que tout Président des États-Unis qui lèvera son doigt contre ce peuple-ci, mourra d'une mort prématurée et ira dans l'enfer. À quoi, pour réponse, un mélange de voix bruyantes fit entendre de toutes parts: «Amen! Bon! Écoutez!» etc.

[...] «Dans une occasion subséquente, en réponse aux remarques faites sur ce sujet devant une assemblée nombreuse, le gouverneur réitéra sa déclaration en ces termes: «J'ai dit que le général Taylor est mort et qu'il est dans l'enfer, et je le sais!» Quelqu'un de la foule, pour fournir apparemment au gouverneur une occasion d'en affirmer la certitude, s'écria: «Comment le savez-vous?» À quoi le gouverneur répondit promptement: «Parce que Dieu me l'a dit.» — Un ancien de l'église, posant sa main sur l'épaule de l'un des soussignés, ajouta: «Oui, juges, et vous le connaîtrez aussi, car vous le verrez quand vous y irez...»

Le gouverneur fut aussi autorisé par l'acte du Congrès, à pourvoir à toutes les charges, auxquelles le bill ne pourvoyait pas, et dans lesquelles continueraient les officiers jusqu'à la fin de la première session de la Législature. Il n'y avait néanmoins ni shérif, ni juge de paix (excepté un ou deux, établis quelques jours auparavant) et ainsi dans plusieurs cas, les criminels prenaient le large sans être jugés ni punis. L'église, selon l'habitude, en punissait quelques-uns, et laissait les autres en liberté. Peu de jours avant notre départ, nous apprîmes qu'une troupe d'hommes armés avaient été envoyés par l'église à la poursuite de quelques voleurs de chevaux; mais s'ils furent arrêtés et jugés, ou s'ils échappèrent, nous ne l'apprîmes jamais. Dans un comté limitrophe, un homme fut jugé sans jury, convaincu et puni par un membre de l'église qui se donnait des airs de juge. Vers le même temps, un meurtre fut commis avec délibération et de sang froid, dans le territoire, par un membre de l'église sur la personne de N. James Monroe, citoyen des États-Unis, d'Utica, New-York, qui était en route pour la cité du Lac-Salé (Salt Lack City). Ses restes furent apportés dans la cité et enterrés sans enquête, et le meurtrier parcourait ensuite les rues librement sous les yeux du gouverneur et de sa société. Des parents du défunt, établis sur les lieux et membres de l'église, gardèrent le silence, par frayeur, il est possible ou par indifférence. Le bruit circulait que le meurtre avait été conseillé par l'église ou par quelques-uns de ses chefs. Beaucoup le croyaient et l'impression reçue était de nature à paralyser quiconque aurait été incliné à intervenir. Ce bruit, d'ailleurs, recevait beaucoup de force de l'intimité qui existait entre l'auteur du meurtre et les chefs de l'église, avant et après l'événement. Le meurtrier avait demeuré dans la cité pendant plusieurs semaines, à nous inconnu ainsi que son domicile; son intention de tuer M. Monroe était un sujet de conversation. On lui permit d'aller 60 ou 80 milles à la rencontre de sa victime, et aucun des hommes qui connaissaient le fait, ne leva le bras ou ne fit entendre sa voix pour l'empêcher. Il rencontra M. Monroe sans armes, il l'invita hors de son camp, s'assit, s'entretînt avec lui une demi-heure, puis se leva et lui fit sauter la cervelle d'un coup de pistolet. Nous n'avons aucun doute néanmoins que, si on l'eût jugé, il eût été acquitté, comme cela arriva en février dernier, dans le cas du docteur John R. Vaughan, citoyen de l'Indiana alors en chemin pour la Californie: on laissa le meurtrier s'en aller impuni. Quel est le nombre des autres crimes et délits qui sont demeurés impunis, ou qu'on a laissés passer inaperçus? nous ne le savons. Le gouverneur parlait vrai, dans sa déclaration, quand il disait que «les juges des États-Unis ne jugeraient jamais une cause, aussi longtemps qu'il pourrait l'empêcher»; car ils n'auraient pas eu à leur disposition un seul officier pour assigner un jury, exécuter une prise de corps, etc., excepté le cas où les États-Unis, prenant fait et cause, le maréchal serait obligé d'agir.

Le congrès avait consacré vingt mille dollars, pour être appliqués, sous la direction du gouverneur et de la législature, à l'érection de monuments publics. Le gouverneur n'eut pas plus tôt reçu cet argent qu'il se l'appropria, ou du moins la plus grande partie, pour payer des dettes contractées par l'église des Mormons; ainsi peu de jours après qu'il était arrivé à la Vallée, cet argent se trouvait en d'autres mains pour retourner aux États-Unis. Nous n'étions pas présents lors de ce paiement, mais ce fut un sujet de notoriété publique, et duquel parlaient les personnes qui l'avaient reçu. Ceux d'entre nous qui étaient dans ce territoire, se trouvant sans force et obligés d'être les observateurs silencieux de toutes ces choses, vu l'omnipotence de l'église et du gouverneur, ont déterminé de rapporter les faits en écrivant au Président des États-Unis...

[...] Les efforts du gouverneur pour se procurer de l'argent ne s'arrêtèrent pas là. Un homme faisant le juge de paix, mais qui, pour autant que nous l'apprîmes, n'avait jamais prêté le serment d'office, émit un mandat qu'il remit au prétendu constable, lui ordonnant d'appréhender et de saisir A.W. Babbit, ainsi que ses effets consistant en wagons, voitures et attelages, de fouiller les wagons et les femmes. La somme à recouvrer, de l'or sans doute, était dite de vingt-quatre mille dollars, plus le sceau du territoire d'Utah. L'ordre portait de ramener le tout devant lui à la cité du Grand Lac-Salé; il enjoignait aussi de fouiller toute personne et d'examiner tout objet qui serait suspect. M. Babbit (l'Honorable R.W. Babbit, précédemment délégué du territoire au Congrès) était parti de la Cité, un ou deux jours auparavant, avec sa famille et les gens attachés à sa maison, pour retourner aux États-Unis. Le mandat n'indiquait ni plaignant, ni serment, et n'alléguait aucun délit. Il fut remis au constable qui, avec une force de plus de trente hommes bien armés et montés, se mit à la poursuite du prévenu, ayant des instructions du gouverneur, d'après lesquelles ils devaient «ramener Babbit, mort ou vif». Ils atteignirent son camp à quarante milles de la Cité, dans la nuit, et le matin M. Babbit et ses femmes se trouvèrent entourés d'une troupe d'hommes armés. Les voitures et les wagons furent vidés, puis, après une fouille complète, rechargés et dirigés sur la Cité. M. Babbit réclama en faveur de sa famille la permission de garder des attelages et de continuer sa route attendu qu'un délai de quelques jours pouvait l'exposer à une tourmente de neige, et que des courses répétées dans les montagnes qu'ils avaient déjà traversées, seraient d'une grande fatigue pour tous et exténueraient les bêtes, ajoutant qu'à cette époque avancée de l'année, ce retard les mettrait lui et les siens sérieusement en danger, pour leur vie, en traversant les plaines. Il déclarait, en même temps, que pour lui-même il était tout disposé à retourner avec eux. Mais les ordres du gouverneur étant péremptoires, les agents le lui refusèrent. La tente fut brutalement arrachée sur la tête de sa femme qui, en ce moment, donnait le sein à un enfant malade; ses femmes furent replacées dans les voitures, et les attelages dirigés vers la cité. Ainsi qu'il est plus haut mentionné, cet ordre extraordinaire fut exécuté, après que l'injonction de la cour suprême défendant de se saisir ou de se mêler de l'argent des États-Unis, eut été émise. M. Babbit réclama et, sur un habeas corpus, fut libéré de l'emprisonnement par l'un des juges soussignés, qui ne put rien faire au-delà de cet élargissement. Il ne put obtenir, d'une communauté mormonne, aucune réparation pour ce dommage, d'autant moins que l'outrage avait été commis par l'ordre du gouverneur. Il ne sera pas hors de propos d'ajouter, que le secrétaire réussit à recouvrer cet argent, l'emporta au-delà des plaines, et, à son arrivée à Saint-Louis, aidé du Trésorier, le déposa au crédit des États-Unis.

Nous jugeons qu'il est de notre devoir de mentionner dans cette communication officielle, que la polygamie, ou la pluralité des femmes, est ouvertement avouée ou pratiquée dans le territoire, sous la sanction et le commandement direct de l'église. Cette pratique est si générale qu'il est peu de chefs de cette communauté n'ayant qu'une femme chacun, ce qui établit un monopole et présente un tableau pénible à supporter pour les officiers qui y résident. Les hommes proéminents dans l'église, ceux dont chacun, même le plus humble, désire suivre l'exemple ou partager le privilège, ont tous plusieurs femmes. Quelques-uns, d'après des informations que nous croyons exactes, en ont de vingt à trente, et Brigham Young le gouverneur, un nombre encore plus grand. Il y a peu de jours qu'on l'a vu parcourant les rues de la Cité en omnibus avec une nombreuse compagnie de ses femmes, et plus des deux tiers d'entre elles ayant des enfants au bras, — signe certain que le mal augmente. Il n'est pas rare de trouver deux ou plusieurs sœurs mariées au même homme; et dans un cas, finalement, une mère et ses deux filles faisant ensemble partie des femmes du même homme, l'un des chefs de l'église. Cette pratique, regardée et punie dans les pays civilisés comme un crime révoltant, ne sera nécessairement jamais déclarée contraire aux lois par la législature des Mormons, et, si on la juge comme un crime contre la loi commune, la cour se trouvera sans force, avec les jurys mormons.

La cité du Grand Lac-Salé (Salt Lack City) est un point important sur la route de l'Orégon à la Californie, où l'émigrant peut renouveler ses provisions, ou s'hiverner s'il est atteint par la saison froide. Mais l'intimidation causée par les rapports sur la conduite de l'église des Mormons envers les citoyens des États-Unis, est telle, que ceux qui y sont conduits par leurs affaires, évitent d'y passer s'ils le peuvent, ou, s'ils y résident, se soumettent sans murmure. Personne n'ose ouvrir la bouche en opposition à leurs exactions illégales, sans en ressentir les effets, dans sa liberté, dans ses affaires ou sa vie. Et ainsi, sur le sol des États-Unis et sous les étoiles et les plis de son étendard, qui protège ses droits dans tout le monde civilisé, il est un lieu où le citoyen n'ose pas exercer les droits de l'homme libre. On nous a dit que plusieurs des «Gentils» (comme ils appellent ceux qui ne sont pas de l'église mormonne et n'ont qu'une femme), ont été jugés, pour de légères offenses, à deux, à cinq et à dix ans de travaux forcés sur les grandes routes avec la chaîne et le boulet au pied, sans abri pour la nuit, si ce n'est des cavernes creusées dans la terre de leurs propres mains. Nous avons vu l'une de ces grandes routes taillées sur le flanc d'une montagne, et les cavernes au pied à une grande distance; mais l'approche des officiers fédéraux, fut, ainsi qu'on nous le dit, une occasion de soulagement pour ces condamnés, par le changement de leur peine en bannissement au Texas.

[...] Informés de la sollicitude du président pour que les officiers établis pour ce territoire, accomplissent leurs fonctions de manière à maintenir la confiance et la coopération amicale, comme aussi à favoriser le bien-être du peuple auquel ils sont envoyés, nous avons été soigneux de ne donner occasion à aucune injure, et lents à nous offenser du manque de courtoisie et de bonne volonté envers nous. En vue de ces considérations, ç'a été avec une grande répugnance que nous avons cédé à la conviction que nous ne pouvions rester sans donner lieu à un reproche mérité par nous comme citoyens et officiers du gouvernement, qui nous avait honorés d'un office auprès de ce peuple. Nous avons l'honneur, Tit., d'être très respectueusement, vos serviteurs obéissants,

LEMUEL G. BRANDEBURG,
Chef de la Cour suprême de justice des États-Unis, pour le territoire d'Utah.

PERRY A. BROCCHUS,
Adjoint de la Cour suprême de justice des États-Unis, pour le territoire d'Utah.

B.D. HARRIS,
Secrétaire du territoire d'Utah.

CITÉ DE WASHINGTON, 10 décembre 1851.»

Après ce rapport des juges d'Utah, il ne sera pas sans intérêt de lire des lettres d'émigrants. Celle dont voici un fragment, a été publiée dans le Swansea and Glamorgan Herald en Angleterre et reproduite par M. Gray, dans son écrit sur le Mormonisme.

«La lettre suivante a été reçue par M.J. Lewis, de Victoria Iron Works, Monmouthshire, de l'une des victimes de l'imposture mormonne. Nous espérons que les révélations qu'elle contient pourront servir d'avertissement à d'autres:

St-Louis, 7 décembre 1851. — Cher ami, — le profite de cette occasion pour vous écrire ce peu de lignes, et vous informer de l'état des affaires dans cette contrée. Nous avons tous été malades, ma femme, l'enfant et moi pendant cinq mois et maintenant je me trouve, moi, un peu mieux; mais j'ai perdu tout ce qui m'était cher, car, dans l'Illinois, j'ai enterré, dans la même fosse, femme et enfant. Je demeure maintenant dans le Missouri. C'est un lieu très malsain, et je vous prie d'user de toute votre influence pour persuader mes amis et les gens du pays à rester où ils sont, plutôt que de permettre qu'on leur bande les yeux pour les jeter dans un système de friponnerie et de pillage, tel que le Mormonisme. Ce n'est rien autre que du charlatanisme; je l'ai découvert au prix de bien des peines de cœur. Puissent les gens voir leur erreur. À la maison, tout est promesse de leur part; quand vous les avez suivis et qu'ils vous tiennent, ils vous rient au nez. Je ne dis pas ceci pour intimider personne, mais pour donner des informations sur le véritable état des choses ici, et afin que si, après avoir été avertis du danger, quelques-uns persistent à venir, ils s'attendent à en porter les conséquences.

Des 400 qui vinrent, 200 sont morts. Aucun de ceux du Pays de Galles n'est mort dans la traversée ou en remontant le fleuve, excepté quatre enfants. Je demeure maintenant avec William Davies, d'Abercarn, Monmouthshire, qui vint ici avec les Mormons; et cette écriture qui est de sa main, vous prouvera que je dis vrai. Mieux eût été pour nous de n'être pas nés, que de venir avec les Mormons. À la maison, ils vous dépouillent de tout et quand vous êtes arrivés, ils vous font mourir de faim s'ils le peuvent et vous enlèvent vos femmes.

Leur chef, Brigham Young, a vingt-quatre femmes; dix-neuf d'entre elles ont des enfants au bras. Ceux qui occupent des charges inférieures à la sienne en ont un moins grand nombre, en raison de leur office et de leur position. Quelques-uns en ont quatorze, d'autres sept, d'autres un nombre différent. Et maintenant ils essaient de faire de leur mieux pour insulter les officiers des États-Unis, qui ont laissé leurs places et sont retournés à Washington, où le Congrès siège en ce moment; nous verrons ce qu'on fera. Les Mormons sont très durs les uns envers les autres. J'ai été obligé de creuser moi-même la fosse de ma femme. Elle eut des funérailles convenables; mais les Mormons ne firent absolument rien pour m'aider. — Ceux qui leur donnèrent tant d'argent, avaient reçu des promesses de terrain et de bien d'autres choses, pour l'époque de leur arrivée; mais on les a laissés mourir dans l'atelier. Parmi eux sont Howells, Williams, et Wm. Rees; il en reste beaucoup dans l'atelier, desquels nous ne savons s'ils vivront ou mourront.

Votre ami qui vous souhaite du bien,

«EVAN POWEL.»

P.S. — Je désire encore vous dire que le Sabbat (le dimanche) n'est pas plus considéré qu'un autre jour. On le passe à jouer toute espèce de jeux, tels que courses à cheval, quilles, jeux de cartes, etc., et les chefs mormons tolèrent toutes ces choses, ainsi que les danses, les jurements et bien d'autres actes contraires à la pudeur.» — (Gray's, p. 68 à 70).

Ces lettres d'émigrants déçus sont nombreuses aujourd'hui. Il n'est pas étonnant que le mal étant porté à un tel excès, le cri s'en fasse entendre et vienne jusqu'à nous. Entre plusieurs lettres, j'ai choisi les deux suivantes qui nous donnent une relation récente. Elles montreront si les Mormons sont en progrès vers le mieux; car il est des personnes qui, ne pouvant nier ce qu'ils ont été, veulent cependant les voir devenant meilleurs avec le temps. Ces deux lettres (du mois de mai 1853) ont été données dans le Norfolk News, du 20 août de la même année. On remarquera que la paroisse de Old Buckenharn à laquelle appartenaient les auteurs de ces lettres, n'est éloignée que de quelques milles de Norwich où s'imprime le Journal. Voici l'article presque dans son entier:

«LES MORMONS ET LEURS DUPES. - Nous avons devant nous depuis quelques semaines, dit le rédacteur, deux lettres de personnes appartenant à la paroisse de Old Buckenham, dans ce Comté, lesquelles émigrèrent avec les Mormons. Nous n'avons nulle envie d'intervenir dans les opinions de personne; mais comme les auteurs de ces lettres attestent qu'ils ont été grossièrement trompés, et se plaignent de la conduite sans principes de ceux de leurs conducteurs à qui ils accordaient une confiance implicite, nous pensons que le public doit être informé du traitement qu'ils ont reçu. Les lettres sont datées de «Keokurk, Lee County, Oway, États-Unis, 28 et 29 mai 1853», — et les auteurs, nous en avons la certitude, sont des personnes sur la véracité desquelles nous pouvons compter en toute confiance. La lettre de Thomas Hardiman écrite, nous présumons, par sa femme est donnée presque entièrement mot pour mot. Nous n'y ajoutons que quelques explications (48).

«FRÈRE HARDIMAN. Je mets la main à la plume pour vous écrire quelques lignes; et j'ai à vous dire des choses auxquelles vous ne pensez guère; mais je veux que vous ayez une relation exacte et vraie, que vous la communiquiez à tous mes frères et mes sœurs, que vous l'annonciez et l'enseigniez à tous au loin et au près, en quelque endroit que vous alliez, afin que personne désormais ne soit trompé comme nous l'avons été.

Après qu'ils (les chefs Mormons) nous eurent mis à bord (du vaisseau) ils nous laissèrent presque mourir de faim. Mon garçon ne recevait par semaine que deux biscuits et une livre de farine; nous, nous en avions le double. Et vers la fin nous ne recevions presque rien; de telle manière que nous périssions de faim. Les Mormons sont la plus triste clique (set) que jamais j'aie vue ou connue. Loin de suivre l'Évangile, ils enseignent toute méchanceté, vol, mensonge, jurements, prostitution, ivrognerie, jeux de cartes, gageures.

Je ne doute pas que, dans cette affaire, vous ne soyez aussi honnête que je l'ai été; toutefois cela ne vous conduira pas à la Vallée (du Grand Lac-Salé); vous n'y arriverez qu'autant que vous serez fourni d'argent. Ils vous disent que vous pouvez y arriver avec 10 Livres sterlings; mais finalement personne n'y parvient, excepté ceux que les chefs emmènent pour leur propre usage et desquels ils font leurs esclaves quand ils sont arrivés. S— emmena avec lui deux jeunes hommes de Norwich qui s'enfuirent dès qu'ils purent toucher terre, car leurs yeux étaient ouverts. Ils avaient extrêmement souffert de la faim.

Parmi les Mormons, quelque chose qu'on fasse le jour du sabbat (le dimanche), c'est parfaitement égal et bon pour le salut. Je pouvais à peine distinguer le sabbat d'un autre jour: les sœurs cousaient, les frères fendaient du bois, d'autres cuisaient leur pain tout le jour. En même temps, les querelles ne manquaient point.

Lorsqu'ils nous embarquèrent en bateau-à-vapeur, on nous mit avec des bœufs et des porcs, sans nous donner une place pour reposer nos têtes. J'en fus malade. Nous manquions aussi de nourriture. Après être débarqués à Keokurk (49) nous dûmes loger dans nos tentes où, pendant un orage épouvantable, nous souffrîmes d'une pluie si forte que l'eau courait au travers. Nos fournitures de lit étaient mouillées et dégouttaient. Nous ne pûmes trouver de soulagement; il fallut nous résigner à souffrir. — Après trois semaines, me trouvant mieux, je demandai à mon mari que nous quittassions, car je souffrais aussi de ce que j'entendais et voyais. L'adultère n'est point en déshonneur ici. Frère Paresh a vu des hommes mariés... Si vous pouvez vous arranger de leurs épouses spirituelles c'est bien; si vous ne le pouvez; vous n'êtes d'aucune utilité pour eux, car c'est là ce qu'ils enseignent et pratiquent.

Mon mari se rendit dans la cité, où les Mormons se conduisirent envers nous comme des fripons. Ils nous enlevèrent nos provisions et nous empêchèrent de nous en procurer de nouveau. — [...] Ici l'on vole, on enlève la femme d'un autre, on se bat, on jure comme à la Nouvelle-Orléans et à St.-Louis. Je ne puis dire assez, combien ces cas sont fréquents.

D'entre les émigrants réunis à Keokurk, les Mormons en mirent en liberté cent cinquante, choisis parmi les plus jeunes et les plus intelligents. Après cela, nous ayant retiré presque toute la farine et la viande de porc, ils les mirent en route avec menace de les faire marcher s'ils refusaient... — Maintenant ce qui m'indigne plus que toute autre chose, c'est S—: quand il venait à Buckenham, il ne pouvait pas seulement payer sa place, et maintenant il possède deux paires de bœufs, une chaise de poste, deux beaux chevaux, un cocher et un wagon chargé des meilleures fournitures.»

Après diverses commissions pour les membres de sa famille en Angleterre, l'auteur ajoute: «Je pensais peu quand je quittai Old Buckenham, que j'allais avec de tels vampires; mais j'espère que ce peu de lignes sera un avertissement pour vous tous.»

Dites à frère Gage qu'il abandonne l'idée de se rendre à la Vallée (du Grand Lac-Salé) et qu'il cesse d'écouter des gens tels que S—; quand ils viennent avec leurs beaux contes, répondez-leur qu'ils sont des trompeurs comme le Démon, car lorsqu'ils ne peuvent plus sucer votre argent ils vous disent que vous êtes inutiles, et vous abandonnent dans les plaines. Nous les avons abandonnés nous-mêmes et nous avons acheté une ferme à quelque distance d'ici... Frère Matthews les a aussi laissés. Il y eut à son sujet une assemblée dans laquelle Matthews leur dit des choses auxquelles ils n'eurent rien à répondre. Les Mormons le prièrent de ne pas en écrire. Il leur répondit qu'il écrirait à Hockham, qu'il révélerait leur conduite envers lui et ferait savoir la vérité.»

Frère PARESH, l'écrivain de l'autre lettre et à qui Thomas Hardiman renvoie, confirme le rapport de son frère émigrant. Nous ne pouvons, continue le rédacteur, donner en entier cette lettre qui est adressée à sa sœur. L'auteur, après avoir déclaré sa conviction, que le seul objet des docteurs mormons est de tromper les simples, de se saisir de leur argent, puis de les laisser, ajoute:

«Nous arrivâmes le 8 d'avril, à Saint-Louis, où un bateau-à-vapeur était préparé pour nous transporter à Keokurk; mais, comme ma femme était très malade, je refusai d'aller à bord, parce que nous aurions dû être deux nuits et un jour, avec une centaine de personnes, sans avoir une place pour reposer. Je fis connaître au président l'état de ma femme, qui à toute heure attendait ses couches, et je lui demandai ce que j'avais à faire pour me procurer de la nourriture, car je n'avais ni argent ni vivres. Il me dit: «Vous auriez dû aller à bord; si vous restez en arrière, vous ferez comme vous pourrez.. Je fus donc laissé dans un lieu étranger sans un liard et entièrement privé de vivres. Mais néanmoins une bonne providence nous protégeait, car une femme de l'endroit offrit de nous recevoir dans sa maison et nous procura la nourriture et le logement. Le jour suivant ma femme accoucha; mais l'enfant ne vécut que quinze jours. Je me rendis alors auprès de S— et lui demandai s'il voulait m'aider à sortir de difficulté. Il me répondit qu'il ne pouvait rien faire pour moi, vu qu'il n'avait pas d'argent; cependant, quand il arriva à Keokurk, il put acheter trois wagons, des bœufs, des chevaux, une voiture et se fournir d'un cocher. Mais un pauvre frère, il ne pouvait l'aider! Ce sont des faits! Je vous prie de dire à mon frère Major qu'il n'ait plus rien à faire avec les Mormons...»

D'autres pièces sur le sujet pourraient encore être fournies. Celles-là suffisent, il me semble. Elles nous donnent un complément qui manque à l'histoire des Mormons écrite par eux-mêmes. Les faits qu'elles signalent, et les accusations qu'elles font retomber sur les saints des derniers jours, sont à la vérité fort graves. Mais ces accusations n'ont rien d'extraordinaire pour quiconque les a vus dans les lieux où ils sont librement établis. En novembre dernier, je me trouvais à Farsley, Yorkshire, dans la compagnie de quelques amis chrétiens. L'un d'eux, M. Pontefract, avait été en Amérique et avait résidé un an à St.-Louis, où les Mormons sont nombreux, attendu que cette ville est l'un des grands entrepôts de leur émigration. Sachant qu'il les avait vus dans leurs propres établissements, je lui demandai ce qu'il pensait des accusations graves portées contre eux dans un grand nombre de publications. — «Il n'y a là rien d'étonnant», me répondit-il; «on ne peut pas juger des Mormons d'Amérique par ceux d'Europe. En Europe, ils sont gênés par des lois et des usages; en Amérique on les voit dans leur vrai caractère. Quiconque les y a vus, dans les localités où ils sont rassemblés, peut facilement augmenter la liste des faits donnés dans ces publications.» — M. Pontefract ajouta, comme lui étant bien connus, divers exemples, tels que réjouissances mondaines, bals, vol, violence, infidélité conjugale, exploitation pécuniaire des chefs sur les membres de l'église.

Et c'est en parlant d'une telle population et de son heureux sort, qu'un apôtre mormon, M. Snow, écrivait: — «Tout y est en grande tranquillité; point de rapports de police, ni de meurtres, ni de guerres dans notre petit monde. Quelle paix, quel repos, quel bonheur, quelle solitude! nous vivons libres. (50)» Relation menteuse que les faits, confirmés par de nombreux témoignages, sont loin de justifier.

Ceci me conduit, en terminant, à mentionner les apôtres mormons. Eux qui disaient avoir connu personnellement Joseph Smith, qui par conséquent n'ignoraient point quelle a été sa vie sans principes et sans mœurs, se sont gardés de nous le dire. Ils sont venus dans notre Continent, lui faire une réputation de saint martyr. Eux qui, venant du Deseret, savaient quelle vie on y mène, nous l'ont caché avec soin, et nous en ont parlé comme d'un séjour de paix, et d'un refuge pour les opprimés de ce monde. Ils connaissaient la conduite des chefs mormons; ils savaient quelle pression ces maîtres exercent sur le peuple qui tombe en leur pouvoir, et néanmoins ils ont eu le courage de promettre la paix et le repos à ceux qui les suivraient.

Qui aurait supposé qu'ils pussent tromper, eux qui avaient à la bouche des noms chers aux âmes craignant Dieu? Ils nommaient Dieu le Père; ils nommaient Jésus-Christ. Puis avec leur baptême et des notions de ce genre, ils semblaient proposer des choses sérieuses. Mais, ô perfidie! toutes leurs doctrines, toutes leurs notions se trouvent être à deux sens. Le lecteur en aura remarqué des exemples dans les pages qui précèdent. J'en donnerai un de plus.

L'agence des Mormons à Lausanne, en publiant le premier numéro du Réflecteur, pour janvier 1853, repousse diverses accusations et donne sur le mariage un article ainsi conçu: «Nous croyons qu'il est légitime qu'un homme ait une femme et qu'ils sont unis l'un à l'autre jusqu'à ce que la mort les sépare (51).» Un lecteur non préoccupé, ne demande point si l'article est construit de bonne foi; il ne pense pas qu'une place pour la polygamie s'y trouve réservée. De son côté, le prêtre mormon ne se hâle point non plus d'avertir que l'article sous-entend des restrictions. Mais voici que la polygamie des Mormons finalement vient au jour. Que fait le prêtre ou le saint, à qui vous demandez raison de l'article du Réflecteur? Il vous répond, ainsi que cela a eu lieu, que l'article ne stipule point qu'un homme doive n'avoir qu'une femme à la fois. Et sa réponse doit vous suffire, pense-t-il.

Il est remarquable de voir que, dans le moment même où le Réflecteur à Lausanne annonçait que les règlements mormons statuent le mariage d'un homme et d'une femme unis jusqu'à la mort, l'Étoile milléniale du 1 Janvier 1853, imprimée à Liverpool, enseignait aux Mormons de l'Angleterre, qu'un homme peut, selon Dieu, obtenir dix femmes à la fois. Ces feuilles mormonnes ont paru l'une et l'autre à la même date. Pourquoi ces deux publications contradictoires paraissant en même temps? C'est facile à comprendre: à Lausanne, on ne devait point se compromettre; en Angleterre, des circonstances urgentes obligeaient de faire un aveu. Mais par cette conduite, les apôtres mormons nous montrent, par un exemple de plus, ce que doit être la cause qu'ils soutiennent.

Un prochain numéro de ces Fragments donnera, si Dieu le permet, un aperçu des notions que les Mormons proposent comme étant le complément de l'Évangile.



Notes

36 Voir Fragments, No II.
37 Voir Fragments, No II.
38 Millenial Star, Vol. VI.
39 Doctrine and Covenants, p. 324.
40 Publiée dans le Seer et reproduite dans le New-York Tribune du 5 Novembre 1853.
41 Doctrine and Covenants, p. 331.
42 The Millenial Star.
43 Voir Fragments, No II.
44 The Seer, p. 110.
45 Mérimée, Moniteur du 26 mars 1853.
46 Voici un ordre du jour émané du général Joseph Smith: —

Quartier général. Légion de Nauvoo.
Cité de Nauvoo, 25 Mai 1841.

La première compagnie de carabiniers du 1er Bataillon, 2e Régiment, 3e Cohorte, sera attachée à l'escorte désignée dans l'ordre général du 4 courant, pour le 3 Juillet prochain. En formant la légion, l'adjudant observera le rang des compagnies comme suit:

Première Cohorte. — L'artillerie volante en premier, puis les lanciers et les carabiniers. Les compagnies détachées de dragons, à la suite des lanciers et la cavalerie à la suite des dragons.

Deuxième Cohorte. — L'artillerie volante en premier, puis les lanciers, les carabiniers et l'infanterie légère. Les compagnies détachées, à leurs places respectives, à la droite des troupes de leurs propre grade: les compagnies de rang de la première cohorte seront formées à la droite de la dite cohorte et les compagnies de rang de la seconde, seront formées à la gauche de la dite cohorte et ainsi de suite jusqu'au centre. L'escorte sera formée à la droite des forces.

JOHN C. BENNET.
Major Général.
    JOSEPH SMITH.
Lieutenant Général.»
(Caswall's, M.A. Three Days at Nauvoo, p. 75.)
47 Le prédicateur mormon ignorait, il parait, qu'on trouve des mouettes marines jusques au-delà des plaines et que en 1845, deux ans avant que les Mormons pensassent à s'établir dans cette vallée, les mouettes y furent vues pour la première fois par le colonel Fremont. (The Mormons, p. 270)
48 La lettre originale n'a pas d'orthographe; le Journal la donne telle quelle, en y joignant quelques explications pour aider le lecteur.
49 Keokurk est situé sur la rive droite du Mississipi à 200 milles plus haut que Saint-Louis; ce lieu fut, l'an dernier, le point de ralliement, d'où partirent les émigrants mormons pour traverser les Savannes. — (New-York Tribune du 5 Novembre 1853.)
50 Voix de Joseph, p. 73.
51 Le Réflecteur, p. 5.

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