Deuxième série
Inexactitudes diverse
1 — La postérité de la femme
Genèse 3:15. — «
Cette [postérité] te BRISERA la tête, et tu lui BRISERAS le talon.» (Lausanne)
Dans l'original il y a le même verbe
briser ou
écraser dans les deux membres de phrase, malgré la dureté que cette expression présente dans le second cas. Cette identité dans l'expression semble indiquer qu'il y aura chez les deux lutteurs la même énergie de volonté d'anéantir l'adversaire en le brisant, en l'écrasant. Seulement le deuxième ne parviendra qu'à briser le talon, tandis que le premier brise au second la tête.
M. Segond dit dans le premier membre de phrase
écraser, mais, dans le second, il affaiblit la pensée de l'auteur sacré en se servant inexactement du mot
blesser: «
celle-ci t'écrasera la tête et tu lui blesseras le talon.»
2 — La postérité d'Abraham
Après avoir à plusieurs reprises traduit avec exactitude
ta postérité au singulier, là où il est question de la promesse faite à Abraham, M. Segond traduit
Genèse 17:7: «
J'établirai mon alliance entre moi et toi et TES DESCENDANTS après toi, selon leurs générations.»
De même au verset huitième: «
Je te donnerai, et à TES DESCENDANTS après toi, le pays...»
Dans les deux cas, il y a en hébreu le singulier, TA POSTÉRITÉ.
M. Segond met sans doute le pluriel pour éviter ce que peut avoir de choquant le singulier
ta postérité suivi dans les deux cas d'un pluriel
en leurs âges, au verset 7, et je deviendrai leur Dieu au verset 8.
Mais ce même inconvénient existe dans le texte original; c'est l'auteur sacré, qui dans des cas de ce genre, est responsable des tournures extraordinaires qu'il donne à ses phrases, et non le traducteur qui n'a qu'à être fidèle et exact. Or il y a des raisons fort sérieuses qui ont engagé l'auteur inspiré à se servir du singulier. C'est l'Écriture elle-même qui nous le dit; elle fait reposer toute l'argumentation au sujet de la doctrine de la non-permanence de l'alliance légale, sur l'emploi du mot
postérité au singulier dans
Galates 3:16. L'emploi invariable du singulier dans tous les cas est donc de rigueur.
3 — Le Schiloh
Genèse 49:10. — M. Segond traduit:
«
Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda... jusqu'à ce que vienne le repos, et que les peuples lui obéissent.»
Le mot
lui, à la fin du verset, se rapporte, d'après cette manière de traduire, évidemment à Juda. Or, dans l'original, il se rapporte au
Repos (Schiloh) si l'on prend ce mot comme nom du Messie; et il faut traduire avec Lausanne: «
... jusqu'à ce que vienne le Repos, et à lui [appartient] l'obéissance des peuples.»
C'est ainsi que traduisait déjà l'ancienne synagogue qui voyait dans le
Schiloh (Repos) un nom du Messie. Les deux premières paraphrases chaldaïques (Targums) du Pentateuque disent tout simplement: «
Jusqu'à ce que vienne le Messie à qui appartient le règne»
(9).
| 9 |
Delitzsch. Genesis p. 507. Keil. Genes. p. 289. |
4 — L'homme, le Seigneur Jéhovah
2 Samuel 7:19. — D'après J.H. Michaëlis (ouvrage cité III, p. 464) tous les anciens commentateurs qu'il cite, ainsi que d'après Ebrard dans l'Encyclopédie théologique de Herzog (Jesu Christi dreifaches Amt. VI p. 609), nous traduisons de la manière suivante ce passage difficile:
«
Et tu as même parlé au sujet de la maison de ton esclave pour un temps éloigné; et ceci [est] la loi de l'homme, [qui est le] Seigneur Jéhovah.» Le Chroniste en effet reproduit d'une façon explicative les mêmes paroles
(1 Chroniques 17:17) et dit littéralement: «
Et tu as parlé de la maison de ton esclave pour un temps éloigné, et tu m'as vu (ou regardé) à la manière de l'homme des hauts lieux [qui est] Jéhovah Dieu.»
Comme dans le
Psaume 110, David entrevoit ici que la promesse éternelle d'une postérité se réalisera finalement en un de ses fils qui sera en même temps son Seigneur, le Seigneur Jéhovah lui-même (comparez
Psaumes 110:1 et
Matthieu 22:41-46).
M. Segond traduit le passage
2 Samuel 7:19 comme suit:
«
Tu parles aussi de la maison de ton serviteur pour les temps à venir. Et tu daignes instruire un homme de ces choses, Seigneur Éternel...»
Et
1 Chroniques 17:17: «
Tu parles de la maison de ton serviteur pour les temps à venir. Et tu daignes porter les regards sur moi à la manière des hommes, toi qui es élevé, Éternel Dieu.»
La version de Lausanne aussi aurait dû traduire ici plus exactement.
5 — Les grâces de David assurées.
Ésaïe 55:3. — «
Je traiterai avec vous une alliance éternelle, LES GRÂCES DE DAVID QUI SONT ASSURÉES» (Lausanne).
Ce sont les grâces promises à David, c'est-à-dire les promesses d'un trône éternel, par la venue du Messie
(Psaumes 89:29 (28); 2 Samuel 23:5, etc.) — qui sont assurées, immuables.
M. Segond affaiblit cette pensée en traduisant: «
Je traiterai avec vous une alliance éternelle pour rendre durables mes faveurs envers David.» — Comme dans
Ésaïe 7:14, la traduction de De Wette se prononce ici contre M. Segond, ainsi que l'apôtre Paul qui cite ce passage
(Actes 13:34) de la manière suivante: «
les saintes grâces de David, qui sont assurées.»
6 — La femme qui entoure l'homme.
Jérémie 31:22. — «
L'Éternel crée une chose nouvelle sur la terre: la femme ENTOURE l'homme.» Le mot souligné signifie
entourer et non
protéger (Lausanne), ni
rechercher, comme le veut M. Segond.
Avec les anciens commentateurs nous voyons ici l'annonce de la venue en chair du Messie, cette chose nouvelle que Dieu crée sur la terre. La traduction littérale permet au lecteur d'y trouver ce sens; cela devient impossible si l'on traduit par
protéger ou par
rechercher.
7 — Le Désir des nations
Aggée 2:7. — «
Je ferai trembler toutes les nations, et le DÉSIR de toutes les nations arrivera.» (Lausanne)
Il y a ici sans doute une difficulté grammaticale, le verbe
arriver, dans l'original, est au pluriel.
M. Segond traduit avec beaucoup d'autres interprètes «
...et les TRÉSORS de toutes les nations viendront».
Cette traduction rétablit le pluriel du verbe, mais elle met du même coup au pluriel le substantif qui dans l'original est au singulier; il est vrai qu'on peut le prendre dans un sens collectif; la difficulté est renversée, à moins de changer la ponctuation massorétique et de lire
Chamoudoth. La prophétie au sujet de la personne même du Messie disparaîtra et le mot
Chemdah (désir) n'est plus pris dans son sens primitif.
Pour éviter toutes ces difficultés nous suivrions de préférence les commentateurs qui prennent
Chemdah (désir) non pas comme sujet du verbe
arriveront, ce qui n'est pas possible, mais comme accusatif de la direction; on obtient ainsi la traduction suivante:
«
....Je ferai trembler toutes les nations et elles viendront vers le DÉSIR de toutes les nations.»