Bible Martin (1744)

Préface des éditeurs de 1744

Un exemple de piété envers la Sainte Bible :

La préface des éditeurs de la Sainte Bible traduite David Martin en 1707, dans l'édition grand public de 1744.

Plusieurs familles chrétiennes, assez mal-instruites, prennent pour prétexte frivole de leur ignorance honteuse et criminelle la cherté des Livres Sacrés. Cette dépense est, disent ces Chrétiens tièdes, au-dessus de leurs forces. Ils en font pourtant sans peine pour de plus grandes acquisitions inutiles, ou pour des parties de plaisir criminelles.

Aujourd'hui ces familles ne pourront plus faire cette difficulté. La BIBLE, que l'on vient d'imprimer chez le sieur Im-Hoff, proprement et d'une manière correcte, est à très vil prix. Les personnes charitables et pieuses, qui souhaitent de répandre la connaissance de la Religion, pourront là arriver à leur but avec beaucoup de facilité. Leur charité ne saurait être mieux placée. Les Églises, qui ont des pauvres, pourront aussi commodément, et sans grandes dépenses, les pourvoir en Écrits Sacrés.

Mais tous les soins de ceux qui travaillent à pourvoir les particuliers et les familles des Saintes Écritures, seraient fort inutiles, si ceux qui possèderont ce riche trésor ne répondent pas à ces soins, ou plutôt à ceux de la bonne Providence.

1. Ces Livres ne doivent pas se trouver dans les famille comme un meuble inutile, duquel on ne fait aucun usage. Il faut les lire, ces Livres divins, non pas de loin en loin, mais tous les jours de sa vie. C'est là une nourriture céleste, qu'on ne doit pas prendre moins fréquemment que les aliments corporels. On doit les lire ces Livres de suite, mais se rendre plus familiers les Livres du Nouveau Testament, et les Livres Moraux, comme les Psaumes, le Livres des Proverbes, etc.
2. C'est peu de chose que de lire simplement les Saintes Écritures, quand même cela arriverait fréquemment. On doit se souvenir que ce ne sont pas des Livres composés par des hommes, remplis d'inutilités, et d'incertitudes, mais, que cest Dieu lui-même qui nous y parle, qu'ils renferment la sagesse par excellence ; que l'esprit de vérité a inspiré, d'une manière immédiate, ceux qui les ont écrit. De là il parait qu'on doit les lire avec respect, avec attention, avec docilité, comme si l'on entendait la Divinité elle-même.
3. Il faut de plus, non seulement chercher le vrai sens des Écritures, éviter de leur faire violence, et de prendre nos passions ou nos préjugés pour règles d'interprétation, mais aussi travailler à bien retenir les vérités qui nous y sont enseignées, et les préceptes qui nous y sont donnés. Les jeunes gens, surtout, doivent apprendre par coeur, les endroits les plus édifiants, et les plus intéressants ; comme sont les passages qui renferment les vérités capitales de la Religion, et tant de passages remplis de la morale la plus pure ou de grands sentiments de piété et des motifs qui y sollicitent. Si de bonne heure les jeunes gens remplissaient leur âme de ces connaissances, elles leur serviraient de rempart contre les séductions du siècle, et de matière à réfléchir au milieu de leur travail, dans leurs voyages, dans la santé et dans la maladie.
4. Le Capital est de se mettre dans l'esprit, que ces Livres divins ne nous sont pas donnés pour satisfaire notre curiosité, pour en discourir, dans la vue de montrer qu'on a plus de mémoire ou de pénétration que ses semblables, mais pour être la règle de notre foi dans la Religion, et de nos moeurs dans tous les états de la vie. C'est sur cette loi sacrée que nous serons jugés, par celui qui nous l'a donnée, nous devons donc l'étudier, et surtout la suivre avec toute la précision et le zèle dont nous sommes capables. Parlez et agissez, nous dit St Jacques ch II, v. 12, comme devant être jugés par la loi de la liberté.

L'importance et la certitude de l'Histoire et de la doctrine, renfermée dans la Bible, sont au-dessus de tout ce que l'on trouve dans tous les livres humains réunis. Il n'en faut pas être surpris, puisque les oeuvres de Dieu, et la Sagesse Divine ne doivent point entrer en parallèle avec les oeuvres et les pensées de faibles et d'ignorants mortels. Donc les Livres sacrés doivent être lus, médités préférablement à tout autres.

Dans tous les états de la vie les hommes ont besoin d'être dirigés, de peur qu'ils ne s'égarent, qu'ils ne commettent des fautes qui peuvent leur rendre la vie amère et les priver de la tranquillité intérieure. Or c'est dans ces Livres divins, ques tous les hommes, les Grands et les petits, les Monarques et les Sujets trouvent des règles sûres, claires, invariables, et des exemples propres à leur tracer la conduite qu'ils doivent tenir pour n'avoir rien à se reprocher, pour s'attirer l'amour et l'estime de leurs semblables et surtout la bienveillance de Dieu et sa protection.

Ce serait bien mal reconnaître le prix du don inestimable que Dieu a fait aux hommes, en se révélant à eux d'une manière tout autrement claire et parfaite que par la nature, si l'on négligeait de lire les Livres qui renferment cette importance et sublime Révélation et d'en profiter. Ce serait le moyen d'engager Dieu à priver de sa lumière ces aveugles volontaires, et obstinés qui lui ferment les yeux.

De toutes les Sciences les plus importantes, c'est sans doute celle que le jeune homme de l'Évangile demandait à JÉSUS-CHRIST, St Luc ch. XVIII, v. 18 Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? Nulle part cette Science ne s'apprend que dans les Écritures Saintes, bien méditées et gravées dans un coeur honnête et bon. Autant que nous avons de désir d'être éternellement heureux, autant devons-nous avoir de zèle pour apprendre, pour retenir, et pour pratiquer la volonté de Dieu qui est notre Créateur et qui sera notre Juge.

Puissent ces Livres sacrés produire ces heureux effets dans tous ceux qui les possèderont !
Puissent-ils devenir enfin le Livre de toutes les Nations de la terre, la règle constante de leur foi et de leur conduite !

AMEN !
La fleur de 1744


Préface de la Bible David Martin 1707

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David Martin 1639-1721
David Martin
1639-1721


CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
SUR LES LIVRES DE
L'ANCIEN TESTAMENT.

Toute l'Ecriture eft divinement infpirée; c'eft l'éloge que faint Paul a fait des Livres de l'Ancien Teftament dans la feconde Epiftre à Timothée. On m'en fauroit rien dire de plus grand; car que pourroit-il manquer à un Livre qui eft le Livre même de Dieu, & la production de fon Efprit? Mais on ne fauroit auffi en dire moins, fans avilir infiniment la majefté de l'Ecriture, & fans faire du Livre de Dieu le Livre d'un homme. Ce n'eft pas affez de dire que toute l'Ecriture eft véritable; plufieurs autres Livres ont pû ne pas toûjours dire la vérité, & nous tromper, après s'être trompez eux-mêmes. Il n'y point d'homme, fi appliqué qu'il foit à la recherche de la vérité, & quelque droiture d'efprit & de coeur qu'il ait, qui ne foit encore fujet aprés tout cela aux éblouiffemens & aux furprifes, & dont l'efprit ne puiffe trés-bien être arrivé de ne nous avoir jamais égarez? Si on fe contentoit donc de croire & de dire des Livres de l'Ecriture fainte qu'ils ne contiennent rien que de vrai, il feroit tout naturel, avant que de leur l'acquiefcement le plus profond dont nos ames font capables, de favoir s'il ne pourroit pas y avoir dans ces Livres fi refpectez, & fi honorez, quelque chofe qui ne s'accorderoit pas avec nôtre Raifon, & qui nous paroîtroit contraire à la vérité, quelque chofe enfin où le pieux Ecrivain fe feroit trompé. Car fi tous ces Ecrits ont été faits par des hommes, & que venant à en rechercher l'origine nous ne puiffions pas monter plus haut qu'à l'efprit humain, l'Ecriture n'eft plus qu'au rang de tous les autres écrits, un principe flottant de nôtre foi, un Livre expofé au doute & à l'incertitude, qui laiffant nôtre ame entre la perfuafion qu'il ne nous dit rien que de vrai, & la crainte qu'il pourroit bien n'avoir pas toûjours dit vrai, ne peut produire en nous tout au plus qu'une foi humaine, & une efpérance humaine des biens éternels. Il n'y a donc pas de milieu, & il faut ou dire abfolument avec faint Paul, que toute l'Ecriture eft divinement infpirée, ou avec les libertins & les profanes laiffer là toute l'Ecriture, comme un Livre à qui il ne fait pas fûr de fe fier, & le foûmettre ainfi aux décifions d'une Raifon fiere & fuperbe, qui n'en prendra que ce qu'elle trouvera conforme à fes idées, & qui rejettera tout le refte ou comme faux, ou comme douteux, ou enfin comme peu utile & peu néceffaire. Mais un homme fage & judicieux, qui aura lû l'Ecriture fainte avec réflexion, ne fera pas en peine quel parti prendre fur fon fujet. Il y reconnoîtra par tout ce Dieu qui fe cache, comme difoit Efaïe, & qui fans fe montrer à lui, lui fait entendre fa voix. Il dira alors, ravi en admiration, & il le dira juftement: Voix de Dieu, & non point d'homme ! Il y entendra les chofes magnifiques de Dieu, & entraîné par la grandeur des matieres qu'il trouvera dans ce Livre, il avouera que la bouche de l'Eternel a parlé. Ce font des hommes, il eft vrai, qui l'ont écrit, mais des hommes qui ont été pouffez par l'Efprit de Dieu, comme nous l'a dit l'Apoftre faint Pierre; des hommes infpirez, les organes dont Dieu fe fervoit pour parler aux hommes, & pour expofer à leurs yeux dans les tréfors & les caracteres d'une écriture humaine, les penfées même de Dieu, & les véritez les plus fublimes du troifieme Ciel. Peut-on douter que ce n'ait été à la faveur d'une infpiration divine que ces faints hommes de Dieu, dont les Ecrits ont fait premierement la gloire des Juifs, & enfuite le bonheur des Gentils, ont femé çà & là dans leurs Ecrits tant de prédictions merveilleufes? Leurs Livres en font tout remplis, & ce feroit arrêter inutilement le Lecteur que de lui en rapporter des exemples: il les trouve lui-même par tout. Mais d'où venoit à ces hommes-là tant de pénétration & tant de lumiere, pour aller démêler, comme ils ont fait, dans les profondeurs de l'avenir des évenemens fi imperceptibles? D'où vient, par exemple, que dans un éloignement de prés de deux mille ans, Moyfe prédit qu'il s'élevera en Ifraël un Prophete tel qu'il étoit lui-même, & que ceux-là feroient maudits qui n'écouteroient point ce Prophete? D'où vient que Samuel, David, Efaïe, Jérémie, & tous ces autres Miniftres faints dont nous avons les Ecrits, les ont remplis de prophéties, qui toutes ont été exactement accomplies, jufques à leurs moindres circonftances? Que nos efprits forts & nos libertins donnent à leur imagination tout l'effor qu'il leur plaira: qu'ils promenent leurs penfées & leurs enthoufiafmes fur le long & le vafte efpace de l'avenir, oferont-ils dire qu'ils reviennent à nous avec de nouvelles découvertes; qu'ils ont vû à deux cens ans d'ici un homme d'un tel nom, fe faifant par fes conquêtes un chemin au plus glorieux trône de l'Univers, & de deffus ce trône augufte donner des Edicts en faveur d'une nation que les Rois fes prédéceffeurs avoient depuis foixante-dix années mife fous le joug, & tranfportée prefqu'au bout du monde? On fait que ce fut là une prédiction qu'Efaiïe fit de Cyrus, & l'évenement la vérifia toute entiere. D'où favoit-il cela, Efaïe? & d'où eft-ce qu'un homme peut apprendre à voir de fi loin? Certes, il n'y a que Dieu qui puiffe prévoir des évenemens de cette nature, parce que ces fortes d'évenemens n'ayant nulle liaifon naturelle avec les caufes qui les doivent produire, & le nombre de ces caufes avec toutes leurs circonftances fe multipliant comme à l'infini, il eft impoffible qu'un efprit créé les embraffe toutes, & n'y en eût-il qu'une feule qui lui échappât, tout le refte froit perdu. Ce n'eft pas encore tout, je demande à ce libertin & à cet impie s'il fait ce que penfera un homme qui n'eft pas encore né, qui même ne naîtra que dans cent ans d'ici, & au fond de l'Amerique, ou des Terres Auftrales dont on n'a pas fait encore la découverte; ce que cet homme aprés être né projettera dans son efprit, & quelle fera l'exécution & la réuffite de fes projets. C'eft peut-être en trop demander; mais non ce n'eft pas trop, c'eft au contraire bien peu de chofe au prix de ce qu'il faut favoir pour prédire des évenemens tels que font ceux qui font la matiere de plufieurs Livres prefque tout entiers de l'Ecriture. Ces évenemens font renfermez jufqu'au temps de l'exécution dans les decrets de Dieu: & lequel eft le plus aifé ou de découvrir les deffeins d'un homme à deux mille lieues de nous, & qui n'eft pas encore lui-même, ou d'entrer dans le cabinet de Dieu, de fonder fes penfées, & de découvrir fes decrets? Qu'on avoue donc de bonne foi que ces hommes ont été véritablement infpirez, qui ont pû prévoir & prédire de telles chofes: & s'ils l'ont été pour cela, peut-on douter raifonnablement que l'infpiration divine ne les ait pas éclairez & conduits pour écrire les Livres où ils nous ont appris les profonds myfteres de la fageffe de Dieu, & de la fageffe de Dieu, & de fon amour pour les hommes? Il n'eût pas été digne de cette adorable fageffe, & de cet amour infini, que Dieu eût retiré de fes Prophetes les lumieres de fon Efprit lors qu'ils écrivoient des Livres qui devoient fervir à toute l'Eglife de flambeau pour guider fes pas. Il faloit que des veritez qui ont leur fource en Dieu même, coulaffent immédiatement de cette divine fource dans les canaux deftinez à les porter jufqu'à nous, & que Dieu voulant inftruire les hommes par le miniftere de ces hommes faints qu'il avoit choifis pour fe révéler à eux, il conduifit tellement leur main & leur plume, que leur Ecriture fût celle Dieu, & qu'ils pûffent dire en ce Fens-là, ce que faint Paul a dit fur un fujet fort femblable, nous fommes ouvriers avec Dieu. Cette infpiration rendoit infallibles ces facrez Ecrivains: l'Efprit de Dieu qui étoit en eux formoit toutes leurs idées; C'étoit eux, à la vérité, qui penfoient, mais ils ne penfoient que felon que l'Efprit de Dieu leur donnoit à penfer. Ecrivoient-ils des prophéties? Dieu les écrivoit premierement lui-même dans leur efprit. Ecrivoient-ils des loix & des ordonnances; C'étoit Dieu qui les leur dictoit. Ecrivoient-ils l'histoire des premiers fiecles du monde, ou celle de leurs anceftres, & de leur nation? C'étoit Dieu encore qui les guidoit dans tous ces recits, & qui retraçoit dans leur mémoire des faits demi effacez, ou qui mettoit dans leur efprit, & faifoit trouver fous leur plume, des évenemens inconnus, que le temps, qui confume tout, avoit fait entierement difparoître de la mémoire des hommes. Quand c'étoient des chofes qui s'étoient paffées de leur temps, & fous leurs yeux, des chofes quelque fois où ils avoient eû eux-mêmes leur fouvenir les chofes qui s'y étoient confervées toutes entieres: mais comme l'ignorance eft toûjours dans l'efprit de l'homme à côté de fon favoir, & que fouvent même il arrive qu'il s'éblouit d fes propres lumieres, le Saint Efprit par fa préfence & fon affiftance perpétuelle remedioit à tous ces dangers. Il écartoit de l'efprit & de la plume de fon Ecrivain, jufqu'aux moindres méprifes, & jufqu'à l'ombre même de la fauffeté. Il nous femble pourtant, à nous pauvres mortels, qui ne voyons jamais les chofes qu'à demi, & par un côté, qu'il y a quelque fois dans ces divins Livres des chofes qui fe contredifent, quelques nombres, par exemple, autrement comptez & calculez en un endroit, qu'en un autre; mais nous ne devons nous en prendre qu'à nôtre ignorance, qui nous empêche de reconnoître les raifons de cette diverfité. Et certes, il n'eft pas étrange qu'en des chofes qui dépendent de plufieurs circonftances & de plufieurs faits hiftoriques dont la connoiffance n'eft pas venue jufqu'à nous, nos lumieres fe trouvent courtes pour pénétrer jufqu'au fond de ces fortes de difficultez. Avec un peu d'humilité de nôtre part, & une étude un peu appliquée de ces matieres, qui d'ailleurs font en fort petit nombre, on fe tire affez aifément de ces endroits qui d'abord ont pû faire quelque peine, & les Livres où ils fe rencontrent n'en perdent rien dans nôtre efprit de la perfuafion où nous fommes de leur infaillibilité. Comme les idées des chofes font liées aux mots daont nous nous fervons pour les exprimer, ce feroit peu de dire que Dieu infpiroit à fes Prophetes les chofes qu'ils écrivoient, fi on ne difoit auffi qu'il en a conduit tous les termes. Une expreffion placée peut quelque fois extrémement affoiblir, ou quelque fois même détourner le fens de ce qu'on veut dire, & alors il eft fort à craindre que l'efprit du Lecteur ne perde de vûe la penfée du Saint Efprit. Il n'eft peut-être pas fi facile de décider fi le Saint Efprit a toûjours fuggeré lui-même aux Ecrivains facrez toutes les expreffions qu'ils ont employées, & jufques aux moindres mots; il y a plufieurs Théologiens de l'un & de l'autre Communion qui font dans ce fentiment; mais il femble que cela a befoin de quelque diftinction. Dans les chofes graves & importantes pour la foi, ou pour les moeurs, dans les oracles & dans les prophéties, dans celles fur tout qui ont regardé le Meffie & le regne de la Grace, il n'y a prefque pas lieu de douter que le Saint Efprit en les infpirant à fes Ecrivains ne leur en ait auffi fuggeré, & pour ainfi dire, dicté tous les termes; & c'eft pour cela que tous les termes en font ordinairement fi choifis, fi profonds, & qu'ils contiennent un fens que les Interpretes ne manquent pas d'y remarquer: mais dans les chofes qui n'intéref!ent ni nôtre foi, ni nos moeurs, comme font une infinité d'endroits qui regardent des faits historiques dont il ne nous peut revenir aucun avantage, en quelques termes qu'ils foient exprimez, c'eft affez de croire que le Saint Efprit préfidant fur ces narrations historiques, en la maniere que nous l'avons tantôt dit, il a laiffé à l'Ecrivain de prendre telles expreffions qui lui font venues dans la penfée, fût-ce même quelque fois au préjudice de ce qu'on appelle pureté de ftile, & régularité de langage. Les Livres divins n'ont pas été faits pour plaire par la délicateffe & le choix des expreffions, mais pour inftruire & fanctifier par l'évidence de la vérité, & par la nature même des chofes dont ils font remplis. C'eft en partie la raifon de la diverfité de ftile qui fe trouve entre plufieurs de ces faints Ecrits; entre le Livre de Job, par exemple, & ceux d'Efdras & de Néhémie: entre le Livre d'Efaïe & celui d'Amos: entre les Epiftres de faint Paul, & celles de faint Jean. Chacun de ces Ecrivains a confervé fon caractere, & pour ainfi dire, fon tour d'efprit, & le Saint Efprit ou les a fouvent laiffez maîtres de leurs expreffions, ou leur en a fourni à chacun de propres à fon caractere particulier: & fur tout qui fuffent toûjours convenables au fhjet dont ils parlaoient: ainfi un hiftorien a parlé & écrit en hiftorien, d'un ftile fimple, aifé, & coulant: un Prophete, qui avoit l'efprit élevé, & rempli d'un feu divin, s'eft exprimé ordinairement d'une maniere grande & élevée, & fon ftile a été enrichi des plus grandes & des plus brillantes figures du langage, de métaphores, d'apoftrophes, d'hyperboles, & de tels autres tours de phrafe qui étoient les plus propres à remplir l'idée du fujet, & à élever l'efprit des lecteurs & des auditeurs: mais en tout cela, & pour finir ici cette matiere de l'infpiration par un paf!age de faint Paul, C'étoit un feul & même Efprit qui faifoit toutes ces chofes, & qui distribuoit diverfement à chacun fes dons & fes opérations en la maniere qu'il lui plaifoit.

De tous ces divins Ecrivains le premier en ordre, &, fi on le peut dire, en dignité, ç'a été Moyfe. Tous les autres qui font venus aprés lui en ont parlé avec tant d'eftime & de vénération, que s'il manquoit quelque chofe à fes Ecrits pour y reconnoître l'infpiration qui en a été la premiere caufe, cette foule de témoins, infpirez eux-mêmes de cet Efprit faint qui avoit conduit la main & la plume de ce grand Prophete, feroit plus que fuffifante pour nous le faire recevoir comme des Ecrits tout divins. Ce ne feroit pas un temps mal employé, ni une peine inutile, fi on ramaffoit de tant de différens Livres de l'Ancien Teftament tous les témoignages que les Prophetes tous les témoignages que les Prophetes y ont rendu durant plus de huit fiecles confécutifs aux Livres de Moyfe. On entendroit les Samuels, les Davids, les Efaïes, les Daniels, les Efdras, les Néhémies parler en l'honneur de ces Livres faints, & on les verroit fe fervir de tout leur zele & de toute leur autorité pour ramener le peuple de Dieu aux loix de Moyfe, & le faire aller puifer dans cette premiere fource les eaux pures de la loi & de la piété. Mais un feul de ces faints prophetes fuffira pour tous, c'efr Malachie, le dernier qui ait parlé & qui ait écrit dans l'ancienne difpenfation par une infpiration divine, & dont le Livre fait la clôture de tous ceux du Vieux Teftament, ou pluftôt c'eft...