La musique chrétienne à l'assaut des maquis

Musique chrétienne ivoirienne

par
Jack Louamy
(17-09-2006)


La musique chrétienne a connu un boom ces quatre dernières années dans le showbiz ivoirien. La nouvelle tendance de cette musique qui épouse les rythmes du moment connaît un franc succès dans les maquis et bars qui ne diffusaient que des musiques chrétiennes. Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux les chantres qui vont donner des spectacles dans ces espaces que leurs frères en Christ, révoltés, appellent « lieux de débauche et de perversion ».

La musique chrétienne constitue désormais autant que les autres musiques, le répertoire d'animation des points chauds d'Abidjan et de toute la Côte d'Ivoire. Les titres proposés sont fredonnés presque en choeur par les noctambules à travers maquis et bars. Du côté des maisons de distribution, les chanteurs au service du Seigneur disputent les records de vente aux « chanteurs du monde ». Pour l'album "Jésus je te fais C" sorti en décembre 2002, le groupe La harpe de David a écoulé plus de 120 000 exemplaires. Un sommet jamais atteint auparavant par un groupe religieux dans notre pays, et difficilement envisageable avec certains gros calibres de la musique dite profane. Pourtant, La harpe de David n'était qu'à son premier opus. Une marche en dessous, O'neil Mala écoulera 70 000 cassettes avec "Vêtu de gloire". Et depuis, Shekina, Sandrine Droubly, Rose Sabine, Éliel, ...font la loi sur le marché du disque. Selon certaines personnes, la situation de crise que vit la Côte d'Ivoire y est pour beaucoup. Les ivoiriens seraient devenus plus pieux.

Mais au fil du temps, l'enthousiasme avec lequel les chrétiens ont salué cette ferveur semble s'altérer. La musique chrétienne prend des déclinaisons qui épousent les concepts et rythmes du moment. Des hommes d'affaires ont vite fait de débaucher leurs futures stars des chorales d'églises. Face à cette "injustice", des pasteurs ont pris le devant des choses soit en poussant eux même la chansonnette soit en créant leur propre business choeur. Ils foisonnent donc ces faiseurs de « coupé décalé à la gloire de l'Éternel ». Devant le succès que connaît la musique chrétienne dans les maquis, bars et boîtes de nuit, nos chantres n'hésitent plus à donner des spectacles dans ces espaces. Il est vrai qu'il y a quelques années, le Pasteur Adjé a été le premier à « oser » à faire des prestations dans ces « lieux de débauches » selon les chrétiens mais c'est à une véritable ruée vers ces espaces qu'on assiste depuis quelques années.

Et ces chantres de se justifier, en disant qu' « il faut apporter la parole de Dieu là où se trouvent les pécheurs ». Un argument que balaye du revers de la main pour qui, jouer de la musique chrétienne dans un maquis ou un bar est inopportun. Selon eux, dans ces endroits, les gens ne prêtent pas attention au message. La musique, les fait juste danser, mais le coeur reste stérile.

La musique chrétienne chez nous, il faut le dire est à l'image de la vie chrétienne elle-même, le nom de Dieu utilisé pour se faire de l'argent.

Source : Réseau Ivoire