À la source de la Bible

C'est au coeur des textes sacrés que Bach trouve l'inspiration d'une musique véritablement « tissée dans la Bible ».

Johann Sebastian Bach La Bible est au centre de la vie créatrice de Bach. Elle l'irrigue entièrement, y compris dans sa partie profane. Quoi de plus naturel pour un compositeur luthérien à la foi profonde et passionnée ? Ce qui est plus frappant, c'est qu'à la manière des bâtisseurs de cathédrales Bach insère dans sa musique toute une symbolique qui ne se découvre qu'à celui qui désire approfondir son message. Et cela sans pédanterie ; le profane n'y perd rien : on peut se laisser emporter par le flot irrésistible de cette musique sans en percer les mystères, comme on peut admirer une cathédrale sans connaître le nombre d'or. On dirait que Bach présente un miroir assez discret du texte biblique, sans tomber dans le pléonasme. Il évite aussi un autre écueil : celui d'être descriptif. Albert Schweitzer montre bien en quoi consiste cette rhétorique : les intervalles mélodiques sont porteurs de sens. Ils figurent le texte. Ainsi lorsqu'il est question dans le Livre d'orgue de la chute d'Adam, la figuration se fait au moyen de septièmes descendantes. Cet intervalle à la fois dissonant et douloureux nous donne la sensation d'être entraînés dans un abîme.

Très souvent, il utilise le « lamento », cher au style baroque, qui consiste en notes répétées descendantes, ce qui évoque vraiment des pleurs. Dans ses cantates et ses passions, Bach montre toute l'immensité de son génie, et de son respect pour la Bible. Le principe est toujours le même : des textes écrits par des pasteurs ou des poètes spirituels alternent avec des textes bibliques. Or, tous les textes non bibliques sont chantés en aria avec de riches accompagnements instrumentaux, ou traités en choeurs. Mais dès qu'il s'agit du texte biblique, l'accompagnement devient minimal (un violoncelle et un clavecin) et d'une grande discrétion. C'est le principe du récitatif. La priorité est inversée : au lieu de « Prima la musica », on a « Prima la parola ». Ainsi les paroles sont-elles parfaitement intelligibles, et rien ne distrait du texte.

Un prêche en musique

Seul le Christ est accompagné par des cordes dans la Passion selon saint Matthieu, mais il s'agit là d'un tapis sonore, presque immobile, qui confère à ses paroles plus de gravité, et augmente l'attention de l'auditeur. Il est d'ailleurs touchant de savoir que Bach a utilisé une encre différente pour noter le texte de l'Evangile, le mettant donc au premier plan.

De nombreux motifs mélodiques chargés de sens émaillent ses passions : celui de la Croix est aisément reconnaissable ; lorsque Jésus est frappé, l'orchestre répète les notes de façon brutale ; et lorsque le peuple crie : « Crucifie », la musique devient presque laide à force de dissonances. On peut dire que chacun de ces motifs constitue une forme de « prêche en musique ».

Une autre lecture de l'Evangile est donnée par Bach à travers les nombres. Ainsi les juifs en appellent à la Loi dans dix doubles choeurs qui représentent les dix commandements. Lorsque les grands prêtres chantent, au moment de la trahison de Judas, le violoncelle joue trente notes pour compter en quelque sorte les pièces d'argent ; le choeur des disciples chante onze fois « Seigneur », pour symboliser chacun des apôtres, excepté Judas. C'est dire que cette musique est véritablement tissée dans la Bible !

Le chef d'orchestre Nikolaus Harnoncourt cite un exemple assez sidérant : lorsqu'il est question du tremblement de terre, les triples croches du continuo sont respectivement de 18, 68 et 104 notes. Or les Psaumes 18,68 et 104 décrivent des tremblements de terre ! C'est là que nous rejoignons les bâtisseurs de cathédrales !

Dans sa musique profane, Bach garde toujours une référence à sa foi. La Passacaille pour orgue se réfère à la Trinité : forme en 3 parties, 3 bémols à la clef, mesure à 3 temps...

Les 6 Suites anglaises (oeuvre très profane puisqu'il s'agit de suites de danses) sont écrites dans les 6 tonalités suivantes : la majeur, la mineur, sol, fa mi, ré ; et si on joue ces notes successivement, on entend le choral : « Jesu, meine Freude », choral que Bach affectionnait particulièrement. Bach achevait ses oeuvres par SDG : Soli Deo Gloria. La Bible imprégnait ce génie.

Martin Lebel, chef d'orchestre.

Source : Réforme



Dix questions que les écrivains de chansons devraient se poser

Compositeur Si nous nous arrêtons et considérons combien de chansons de louange et d'adoration ont été écrites durant seulement les deux dernières décennies, ce serait comme d'essayer de compter les étoiles. L'abondance est souvent égale à la médiocrité, mais quand il s'agit de l'adoration de notre Dieu, nous ne devons jamais demeurer dans la médiocrité. À la lumière de cela, nous les écrivains de chansons de louange, nous devons nous demander à nous-mêmes : "Qu'est-ce qui rend mémorable un chant de louange et d'adoration ?" Pourquoi certains chants deviennent-ils des normes dans notre classeur à acétates (transparents) alors que d'autres sont rarement chantés ?

Alors que nous utilisons les talents que Dieu nous a donné, les réponses à ces questions peuvent être trouvées en répondant à ce qui suit :

1. Est-ce que la chanson est seulement une bonne idée, ou est-elle inspirée et a-t-elle reçu l'onction de Dieu ?

Un matin, j'étais assis dans mon bureau en essayant d'être inspiré pour la journée. J'ai écouté un des enregistrements de Kent Henry qui commence avec une adoration spontanée. Alors que je me permettais d'entrer dans l'adoration, j'ai commencé moi-même à entendre une mélodie et des paroles et qui, après 20 minutes, sont devenues la chanson "Be glorified" (Sois glorifié).

Les chansons doivent être un produit dérivé d'une expérience ou d'une excitation dans nos esprits plutôt que simplement un art que nous apprenons. Nos habiletés de métier peuvent nous aider à mettre cette inspiration dans une forme agréable, permettant à des églises de partager les pensées et les expressions qui ont fait naître la chanson.
2. Est-ce que les paroles mettent l'accent sur un thème principal ?

Lors de séminaires de louange, on me demande fréquemment de critiquer des chansons qui sont écrites par ceux qui assistent au séminaire, et l'erreur la plus évidente que les écrivains font est que leurs paroles ne mettent pas l'accent sur un thème principal. J'ai entendu un producteur dire une fois : "Si vous voulez une chanson à succès, copiez le format des chansons qui sont déjà des succès". La même chose peut être dite sur le plan de la musique d'église. Presque toutes les chansons de louange qui sont bien reçues ont un thème distinctif qui est constamment répété, ce qui lui donne une indéniable identité. Certains exemples sont "Merci" (JL 454, DP 352), "Majesté" (JL 314, DP 82), "Vers toi, Seigneur" (JL 300, DP 67), "Je t'exalterai, Seigneur" (JL 333, DP 71) et "Célébrez Jésus" (JL 559).
3. Est-ce que la mélodie est simple et toutefois intéressante ?

Aussi bête que cela puisse en avoir l'air, une des tâches difficiles de l'écriture des chansons est la simplicité. La musique d'église demande des mélodies simples avec du caractère. Plusieurs chansons de louange ratent l'examen du temps à cause du fait qu'elles ne peuvent tout simplement pas être chantées facilement. Les chansons de louange doivent être écrites d'une façon à pouvoir permettre aux églises de se concentrer sur la personne qu'elles sont en train d'adorer plutôt que sur des contorsions compliquées de la ligne mélodique. Les grandes chansons de louange coulent facilement du point de vue de la mélodie comme une rivière qui trouve le chemin naturel de la plus petite résistance alors que l'eau se déplace vers le bas. Un grand écrivain de chansons est celui qui peut exprimer la puissance et la grandeur avec simplicité d'une façon unique.
4. Est-ce que la mélodie et les changements d'accords complètent et mettent en valeur les paroles ?

La chanson "Majesté" est un bon exemple de comment la mélodie et les changements d'accords se marient merveilleusement aux paroles. La mélodie et l'atmosphère musicale sont majestueuses et donnent à ceux qui chantent un sentiment d'être dans la présence de la royauté. "Célébrez Jésus" est appuyé par une mélodie et des accords qui expriment la célébration. Dans le refrain de la chanson "Lift Him Up", la mélodie rehausse les paroles.

La mélodie et l'atmosphère musicale sont simplement la voie qui délivre l'expression lyrique de la chanson. Des paroles intimes nécessitent des mélodies intimes, et de fortes et puissantes paroles ont besoin de puissantes paroles qui incarnent cette force. C'est pour cette raison que j'écris toujours la musique et les paroles au même moment, en un seul jet, bien que plusieurs écrivent les deux séparément avec un grand succès.
5. Est-ce que votre mélodie est contenue à l'intérieur de la tessiture vocale de la personne moyenne ?

La note la plus basse que j'ose utiliser est le "la" et la note absolue la plus élevée pour les églises est le "mi-bémol". Cette étendue laisse beaucoup de place (environ une octave et demie) pour l'expression, si le couplet et le refrain sont bien planifiés. Comme règle, j'essaie de réserver les notes du registre élevé pour le refrain. Chaque chanson doit avoir un sommet dynamique, et le refrain est un bon endroit pour ce sommet. Réfléchissez aux chansons mentionnées précédemment. Les points de construction dynamique de ces mélodies sont facilement identifiables.
6. Avez-vous établi un "hook" (crochet) musical ?

La plupart des chansons à succès contiennent des patrons musicaux qui sont répétés de façon constante tout le long de la pièce. Ils sont appelés des "hooks" (crochets), parce que c'est exactement ce qu'ils doivent faire, vous accrocher. La même chose s'applique aux chansons de louange et d'adoration. Les cinq chansons mentionnées précédemment ont des "hooks" musicaux définis. Essayez simplement de chanter les quelques premières lignes de chaque chanson, et vous serez instantanément sensibilisé à l'importance du "hook" pour façonner la chanson. Vous devez toujours être capable d'identifier le "hook" dans chaque chanson que vous écrivez.
7. Avez-vous établi un "hook" (crochet) lyrique ?

Les "hooks" lyriques sont simplement aussi importants que les "hooks" musicaux, mais l'idéal est d'agencer les deux ensemble. Dans la chanson "Merci", le "hook" lyrique est indiscutablement la répétition du mot "merci". Si le mot n'avait pas été répété de cette façon, vous n'auriez probablement jamais entendu la chanson. Notez comment le patron musical se répète en même temps que le "hook" lyrique. Habituellement, les chansons avec trop de mots manquent d'un bon hook lyrique.
8. Est-ce que les couplets et refrains peuvent être facilement interchangés ?

N'est-ce pas formidable, conducteurs de louange, quand vous mettez la main sur une chanson qui coule facilement d'une section à l'autre ? Quand je dirige la louange, je cherche des chansons qui offrent une liberté de mouvement, où je peux répéter un couplet avant le refrain ou répéter le refrain encore avant le reprendre un autre couplet. Quand nous écrivons des chansons, nous devons essayer de construire des couplets et des refrains qui ne vont pas se heurter avec la répétition de n'importe quelle section de la chanson. "Come Into the Heavenlies" est ce genre de chanson.
9. Est-ce que l'église va apprendre la chanson rapidement ?

Les probabilités sont que si l'église a toujours de la difficulté avec une nouvelle chanson après l'avoir chanté trois ou quatre fois, quelque chose ne va pas avec la chanson, et l'habileté de l'église n'est pas en cause. Si une chanson prend vie immédiatement, vous avez touché au but !
10. Est-ce que l'église va vouloir la chanter encore et encore ?

Cette question, de pair avec le numéro 9, est le test ultime pour n'importe quelle chanson de louange et d'adoration. Des chansons bien écrites vont être encore entendues dans dix ou quinze ans parce qu'elles contiennent des vérités qui peuvent être facilement chantées dans des environnements puissants et uniques.

Quelques-unes des plus grandes chansons de louange de tous les temps ont été publiées seulement après qu'elles se sont répandues dans les églises à l'intérieur du pays, sans aucune promotion commerciale. Ces chansons sont celles que nos devons écrire, celles qui sont si puissantes, si irrésistibles, que Dieu les utilise pour parler d'une telle manière que le message se répande encore et encore. Je crois que la meilleure musique de louange et d'adoration est encore à venir, alors continuez à écrire !

Billy Funk

Source : Billy Funk, est né au Canada. Il est un vétéran au niveau de l'écriture des chansons et un conducteur de louange qui est mieux connu pour son album "See His Glory" de Hosanna! Music, et pour des chansons comme "Worship the King", "Sing, Shout, Clap", "Be Glorified", "Lift Him Up" et "Come Into the Heavenlies". Cet article a été traduit et réimprimé avec la permission du magazine Worship Leader. Si vous êtes intéressé à vous abonner à Worship Leader, S.V.P. appeler 1-800-286-8099. Visitez leurs sites internet à Worshipleader.com et Songdiscovery.com.