La Sainte Bible de 1535
Traduite par Pierre-Robert Olivetan

Dans l'histoire de la Bible en français, Olivétan est le premier à avoir donné au peuple français une traduction directement établie d'après les textes originaux hébreux et grecs. Sa traduction historique a servi de fondement à toutes les autres traductions françaises de la Bible.

Bibliorama rend hommage à "ce père" de notre Eglise évangélique : ce jeune homme humble et travailleur put accomplir l'oeuvre que Dieu avait placée sur sa route avant de mourir à l'âge de 32 ans.

Au sommaire :

Comment est née l'idée de traduire la Sainte Bible en français
Comment Olivétan se mit au travail en 1533
La première Bible française traduite sur les textes originaux est imprimée en 1535
La piété d'Olivétan, contenue dans sa belle préface à la Sainte Bible
Quelques réflexions sur la valeur de cette traduction
L'influence que la Bible d'Olivétan exerça sur les autres traductions


Comment est née l'idée de traduire la Sainte Bible en français

En juillet 1532, deux vaudois qui rentraient de mission informèrent leur communauté que les réformateurs de suisse professaient la même doctrine évangélique qu'eux. La communauté vaudoise fut donc vivement intéressée par écouter leur prédication. Elle convia Guillaume Farel et son ami Saunier à venir prêcher devant une grande assemblée réunie en synode à Chanforans le 12 septembre 1532. Se retrouvérent là des vaudois de toutes origines, nobles, seigneurs et paysans, de Bourgogne, de Lorraine, de Calabre ou de Bohême.

GUILLAUME FAREL (1489-1565) était un gentilhomme dauphinois cultivé, courageux et impulsif, disciple de Lefèvre d’Étaples et membre du groupe de Meaux, qui avait traduit en latin avec Levèfre d'Etaples une Bible, publiée en 1528. Farel avait été professeur de grammaire et de philosophie au collège parisien du Cardinal-Lemoine mais avait rompu avec la tradition catholique dès 1521. La violence de son langage et son impétuosité lui valaient partout des ennemis. Farel fut chassé de Bâle en partie à cause d’un conflit avec Érasme, puis du pays de Montbéliard, où il diffusa la Réforme et publia en 1524 "Le Sommaire", première oeuvre dogmatique protestante en langue française. Après la dispute de Berne en 1528, les autorités bernoises le chargèrent de réformer toute la Suisse romande, œuvre qu’il réalisa surtout à Genève avec l’aide de Calvin et à Neuchâtel avec celle de Viret, non sans difficultés en raison de sa raideur et des résistances tenaces qu’il rencontrait.

La prédication de Farel chez les vaudois fut reçue très favorablement et une déclaration commune très nettement évangélique fut adoptée.

A cette occasion, les barbes vaudois montrèrent à Farel les précieux exemplaires manuscrits de l'Ancien et du Nouveau Testaments qu'ils possédaient, avec une copie de la Vestus Italia traduite vers l’an 157 sur les Manuscrits Originaux de l’Église d’Antioche. Ils étaient écrits en langue vernaculaire (langage du peuple). Farel trouvait dommage qu'ils n'en possèdent que de rares copies. Elles ne pouvaient servir qu'à peu de gens. Farel savait qu'en France des travaux de traductions bibliques avaient déjà été entrepris : lui-même et ses amis Gérard, Roussel, Michel d'Arande, Simon Robert et Vadasta y avaient travaillé en 1525. Roussel avait déjà traduit le Pentateuque. Mais les travaux étaient restés sans lendemain.

C'est donc à Farel et aux vaudois que l'on doit l'idée de rétablir un texte biblique en français, qui fût basé sur les textes originaux et qui serait imprimé pour une plus grande diffusion tant en pays vaudois qu'en France, pays où la parole de Dieu était très peu présente dans le grand public.

En octobre 1532, les vaudois Martin Gonin, pasteur d'Angrogne, et Guido se mirent en relation avec l'imprimeur genevois Pierre de Wingle. En mars 1533, celui-ci obtint l'autorisation du conseil de la Ville d'imprimer une Bible française.

Entre temps, les vaudois des Alpes avaient organisé une immense collecte de fonds parmi toutes les communautés de la diaspora vaudoise, et rassemblé une immense somme d'argent pour l'impression (800 écus d'or soit l'équivalent de 20 ans de salaire d'un ouvrier spécialisé de l'époque, selon l'estimation de J.F. Gilmont). C'est Farel qui fut chargé de coordonner le projet.

Comment Pierre-Robert Olivétan se mit au travail à la fin de l'année 1533.

Farel n'avait pas envie d'imprimer une simple traduction de la Bible latine de Lefèvre d'Etaples : ce texte était basé sur la version latine de la Vulgate mais cependant avait été corrigé en suivant les textes grecs du Nouveau Testament. Farel préférait qu'une nouvelle traduction soit réalisée directement à partir des textes originaux hébreux et grecs. Il lui fallut une année pour convaincre son ami Pierre-Robert Olivétan, né vers 1506 sous le nom de Louys Olivier, de se lancer dans ce travail considérable. Farel avait connu Olivétan vers 1529 à travers une lettre de présentation que lui avait adressée Boniface Wolfhard. Voici ce qu'il était écrit de lui :
"Ce jeune homme, qui aime d'un amour ardent les saintes lettres, et chez lequel on trouve une piété et une intégrité extrêmes, se dérobe en ce moment à sa charge de prédicateur, comme étant au-dessus de ses forces, soit qu'il use en cela de modestie, soit qu'il ait une parole peu facile".
En effet, Olivétan était peu doué pour la prédication en chaire. En revanche, c'était un homme très savant en hébreu et en grec qu'il avait étudié de 1528 à 1531 à Strasbourg. En 1531, il alla à Neuchâtel où le conseil de la ville l'engagea comme maître d'école. L'insistance de Farel fut sans relâche pendant les premiers mois de 1533. Olivétan ne se sentait pas capable de traduire la Bible, par modestie surtout.

Puis, il comprit que cette insistance était un véritable appel de Dieu. Il accepta donc de traduire la Bible.

Il s'installa aux Vallées, dans les Alpes, chez les vaudois. Olivetan avait à sa disposition de nombreux anciens manuscrits de Lefèvre d’Étaples, dont un de la Vestus Italia ou Version en Vieux Latin, traduite en 157 ap JC sur les manuscrits de l'2glise d'Antioche. Il dit expressément s’être servi de versions latines autres que la Vulgate. S’il ne précise pas d’avantage, c’est uniquement par prudence évangélique. Il consulta aussi la Bible Allemande de Martin Luther, la Teplice Bohémienne, et la Version Romanche des Vaudois. Pour le texte Hébreu de l’Ancien Testament, il disposait des trois premières éditions imprimées du Texte Massorétique (1488, 1491, 1494), dont la troisième fut utilisée par Luther. Pour le Grec du Nouveau Testament, il avait accès aux quatre premières éditions du texte d’Érasme de Rotterdam (1516, 1519, 1522, 1527) qui devint connu comme le Texte Reçu. Olivétan travailla avec des dictionnaires de l'époque, le "Dictionarium hebraicum" de S. Munster, publié à Bâle en 1525 et le "Thesaurus linguae sanctae" de S. Pagnini, publié à Lyon en 1529. Il termina le travail le 12 février 1535 : c'est à cette date qu'il rédigea la belle préface qui accompagne la première édition de sa Bible.

La première Bible française traduite sur
les textes originaux est imprimée en 1535.


L'imprimeur Wingle édite la Bible d'Olivétan à Serrières, près de Neuchâtel où le traducteur se rend en mars 1535 pour vérifier les épreuves d'imprimerie. En juillet, il retourne aux Vallées. De 1536 à 1538, nous savons qu'Olivétan réside à Genève où il redevient maitre d'école et précepteur des enfants de Chautemps, un conseiller municipal.
Olivétan part ensuite pour l'Italie en 1538 et nous perdons sa trace. La nouvelle de sa mort, survenue mystérieusement en août, peut-être à Rome, arrive en France en janvier 1539. Ses amis et son cousin Calvin, alors âgé de 25 ans, furent effondrés : ce "Fidèle serviteur de l'Eglise chrétienne, de bonne et heureuse mémoire" selon les mots de Calvin, venait de rejoindre le Seigneur, à l'âge de 32 ans seulement, pour se reposer de son œuvre.

La piété d'Olivétan contenue dans sa belle préface à la Sainte Bible.

Voici quelques passages de la préface qu'Olivétan écrivit pour la Bible de 1535. Il clame son amour pour la "pauvre" église de France :

"Jésus, voulant faire fête à celle-ci de ce que tant elle désire et souhaite, m'a donné cette charge et commission de tirer et déployer icelui thrésor hors des armoires et coffres hébraïques et grecs, pour après l'avoir entassé et empaqueté en bougettes (boîtes) françaises le plus convenablement que je pourrai, en faire un présent à toi, Ô pauvre église, à qui rien l'on ne présente. Vraiment cette parole t'est proprement due, en tant qu'elle contient tout ton patrimoine, à savoir cette parole par laquelle, par la foi et assurance que tu as en icelle, en pauvreté, tu te réputes très riche ; en malheureté, bienheureuse ; en solitude, bien accompagnée ; en doute, acertainée ; en périls, assurée ; en tourments, allegée ; en reproches, honorée ; en adversités, prospère ; en maladie, saine ; en mort, vivifiée. Tu accepteras donc, Ô pauvrette petite église, cestuy présent, d'aussi joyeuse affection que de bon coeur il t'est envoyé et dédié... Christ ne s'est-il pas donné à telle manière de gens abjects, petits et humbles ; ne leur a-t-il pas familièrement déclaré les grands secrets du royaume qu'il proteste leur appartenir ? C'est sa petite bande invincible, sa petite armée victorieuse, à laquelle, comme un vrai chef de guerre, il donne courage et hardiesse par sa présence, et chasse toute frayeur et crainte par sa vive et vigoureuse Parole..."
Quelques réflexions sur la valeur de cette traduction.

Une traduction n'est jamais anodine. Bernard Roussel a montré que Olivétan a travaillé sur une bible rabbinique. Olivétan joua sur 3 registres pour faire passer certaines de ses préoccupations théologiques : d'une part, il a fait des mentions marginales. L'apparat critique de la Bible de 1535 est l'un des plus riches de l'époque. Certaines notes en effet indiquent expréssement certaines idées réformées comme l'injonction de ne pas participer aux cérémonies de l'Eglise Romaine. Le deuxième registre est fourni par l'index de l'ouvrage qui précise le sens doctrinale de certaines expressions. Par exemple, Olivétan précise que "libre-arbitre" n'est pas une expression biblique, mais il oublie de préciser que "serf-arbitre" (qu'il utilise) n'est pas biblique elle non plus. Enfin, sur un troisième registre, celle de la traduction, Olivétan a fait des choix. Quand un mot hébreu avait plusieurs traductions possibles, le choix qu'il fait est doctrinal, pour se démarquer de la tradition catholique : ainsi, Olivétan choisit de remplacer le mot b'évêque" par le mot "surveillans", "apôtres" par "ambassadeurs, "calice" par "coupe" ou encore le mot "prêtre" par le mot "sacrificateur" ou "ministre". De nos jours encore, toutes les versions protestantes ont gardé le mot "sacrificateur". Or, nous pouvons comparer avec les anglais qui traduisirent la Bible King James 80 ans plus tard : ils ont préféré garder le mot "prêtre".

Pour conclure cette petite analyse critique du travail d'Olivétan, voici ce que dit B. Roussel : " Cette traduction contribue à peser sur le groupe vaudois pour les faire adhérer à la réforme suisse".

En dehors de ces considérations doctrinales, la traduction d'Olivétan n'était pas parfaite. Lui-même le savait bien. Mais il avait travaillé dans des conditions difficiles et avec une rapidité incroyable parce que l'enjeu était de taille : la Réforme était commencée depuis 5 ans à Neuchâtel et il n'y avait toujours pas de Bible en français !

De 1535 à 1538, Olivétan apporta de nombreuses corrections, surtout pour le Nouveau Testament. Les spécialistes du XIXe siècle ont jugé que sa traduction de l'Ancien Testament était un chef d'oeuvre, car il maîtrisait bien mieux l'hébreu que le grec.

Une édition révisée du Nouveau Testament fut publié en 1538 par Olivétan mais la mort le prit la même année. Qui allait réussir à améliorer son oeuvre ?

Son cousin Calvin trouvait que la traduction d'Olivétan était "rude et aucunement éloignée de la façon commune et reçue". Il publia en 1560 une nouvelle Bible d'Olivétan après en avoir dirigé les travaux de révision. Mais il émit un voeu :

"Mon désir serait que quelqu'un ayant bon loisir et étant garni de tout ce qui est requis à une telle oeuvre, y voulût employer une demi-douzaine d'ans, et puis communiquer ce qu'il a fait à gens entendus et experts, tellement qu'il fût bien revu de plusieurs yeux."
L'influence que la Bible d'Olivétan
exerça sur les autres traductions.


Dès la parution de 1535, la Bible d'Olivétan était tellement réussie pour l'époque qu'elle provoqua un petit raz-de-marée !

En 1562, la Bible de Genève était publiée en anglais par des exilés britanniques qui avait utilisé comme modèle la Bible d'Olivétan.

Le hollandais Hackius se basa aussi sur Olivétan pour réviser la Bible de Hollande.

Pendant près de 250 ans, toutes les éditions protestantes de la Bible en français ont été basées sur le travail d'Olivétan. C'est seulement à la fin du XVIIe siècle que le Synode des Eglises Wallonnes confia au pasteur David Martin la tâche de remettre en français courant la Bible d'Olivétan devenue presque illisible pour un lecteur contemporain.

Et voici comment la Boucle est bouclée ! Avec la Bible de David Martin, présentée en détails sur Bibliorama, disponible encore aujourd'hui pour le lecteur attentif du XXIe siècle, la Bible française a gardé le même esprit de piété, de ferveur et d'honnêteté qui, de Pierre-Robert Olivétan, à David Martin, en passant par Calvin et Claude, a animé les fidèles serviteurs de Dieu au service de la Parole de Jésus-Christ.

Bibliorama fait la défense de la Bible de David Martin car tu peux te la procurer facilement et ainsi lire la Parole de Dieu en français avec une assurance de rigueur et d'intégrité. (Toutes les infos sur Biblemartin.com).

Note bibliographique : Sur l'histoire de la Bible en France, on trouvera beaucoup plus d'informations dans le très bon livre de Daniel Lortsch, Histoire de la Bible française, St Légier, P.E.R.L.E., Librairie-éditions Emmaüs, première édition 1910, rééditée et mise à jour en 1984, en vente par correspondance sur Internet. C'est ce livre qui a servi de base à cet article de Bibliorama. On lira aussi avec intérêt le livre de Gabriel Audisio "Les vaudois : histoire d'une dissidence", Fayard, 1989, qui consacre un chapitre à Olivétan et à la traduction de 1535. Enfin, Bibliorama remercie Jean Leduc, du Canada, qui nous a donné des détails sur Olivétan via son site web.

Source : Bibliorama



Histoire de la Bible d'Olivetan

C'est lors du Synode des Eglises Vaudoises du 12 octobre 1532, à Chamforans, que fut prise la décision de réaliser une Bible en français pour les eglises réformées. Malgré leur pauvreté, les vaudois financèrent ce projet dont le coût s'éleva à 1500 couronnes d'or. Les réformateurs Farel et Saunier résolurent d'une traduction à partir des originaux hébreux et grecs. L'homme désigné pour accomplir cette énorme tâche fut Pierre Robert Olivetan.

Pour cela, il disposait du texte massorétique hébreu de l'ancien testament (éditions de 1488, 1491 et 1494), du texte reçu du nouveau testament (éditions de texte d'Erasme de Rotterdam de 1516, 1519, 1522 et 1527), et d'anciens manuscrits en latin. Il ne se servit point de la Vulgate latine appartenant à l'ennemi déclaré de la réforme, l'eglise romaine.

Malgré l'ampleur du travail, Olivetan accomplit sa tâche en une année, et une édition vit le jour le 12 février 1535 à Serrières dans l'imprimerie de Wingles. Sa qualité fit qu'elle fut immédiatement adoptée par les cathares albigeois et vaudois, les bohémiens et les huguenots. Olivetan publia une révision en 1537 avant de mourir empoisonné à Rome l'année suivante.

C'est Jean Calvin, son cousin, qui perpétua cet héritage et l'étendit aux autres églises réformées. Il publia une révision en 1540 qui prit le nom de Bible de l'Epée, en raison du glaive représenté sur la première page. Il publia d'autres révisions, notamment en 1551 et 1560. Théodore de Bèze, collègue genevois de Calvin publia également une révision en 1588, qui prit le nom de Bible de Genève.

Une superbe édition de la Bible de Genève vit le jour en 1669, dans l'imprimerie des frères Elzévier, à Amsterdam. Cette Bible reprit toutes les notes des pasteurs de Genève, de la Bible flamande, du traducteur italien Diodati et d'autres pasteurs parisiens et hollandais. Le texte choisi fut celui de la révision par Pierre des Hayes pour l'édition parisienne de 1652.

A la demande du Synode des Eglises Wallones, David Martin fit une révision de la Bible d'Olivetan qui était devenue illisible en raison de l'évolution de la langue française. Sa révison, appelée Bible Martin fut éditée en 1707 avant de subir de nouvelles révisions par Pierre Roques en 1736 et Samuel Scholl en 1746. Une dernière version fut encore éditée en 1855. Cette édition est aujourd'hui encore disponible auprès de l'Association Biblique Internationale, basée à Dallas, au Texas.

Jean Frédéric Ostervald, fit lui aussi publier une révision de la Bible de Genève de 1588. Le résultat fut édité en 1744 dans un style plus moderne que celui de la Bible Martin. Des révisions de cette Bible virent ensuite le jour en 1822 et 1836 par la Société Biblique de Lausanne, et en 1824 par la Société Biblique de Paris. Matter fit également une révision à Londres en 1849. Bonnet et Baup firent deux révisions, en 1875 et 1885, publiées par la Société Bliblique Britannique et Etrangère. La Société Biblique de France publia, quant à elle, une révision de l'Ancien Testament en 1881 qui fut ajoutée au Nouveau Testament de Charles Froissard de 1869. Cette version fut ensuite adoptée par la Mission Baptiste Maranatha, qui en fit une édition en 1996.

Que de chemin parcouru par cette Bible d'Olivetan depuis cinq siècles. Elle est donc encore lue aujourd'hui par des protestants francophones qui font d'avantage confiance au Texte Reçu du Nouveau Testament plutôt qu'au Texte de Nesle-Aland utilisé dans toutes les autres traductions modernes françaises de la Bible.

Source : Bible.Olivetan.free.fr



L'histoire d'une Bible d'Olivétan.

On sait que la Bible d'Olivétan est très rare et qu'on peut presque compter sur les doigts les exemplaires connus aujourd'hui. La Bibliothèque Vaudoise en possède un, dont la reliure moderne a malheureusement coupé largement les marges. La Société d'Histoire Vaudoise est la propriétaire d'un autre, qu'elle a déposée au Musée de La Tour, mais qui manque du commencement et de la fin.

La paroisse de Gryon, au Canton de Vaud, compte une Bible d'Olivétan comme le principal trésor de sa bibliothèque.

Reliée au XVIe siècle, les feuilles de garde portent manuscrite la mention de la mort du dernier curé de Gryon, qui en fut le premier pasteur, noyé accidentellement en 1578.

Un siècle plus tard, cette autre : Avenue en partage à moy Suzanne Turrian, en l'an 1676. On y trouve encore insérée une lettre autographe, du 12 janvier 1700, du Consistoire de Genève, recommandant aux Églises de France — sous la croix — une nouvelle édition du Psautier.

Puis l'histoire de ce volume vénérable se tait pendant un siècle et demi. Mais en 1855, Pierre Abram Moreillon, de Gryon, en entrant dans la petite épicerie du village d'Arveyes, vit ce gros livre sur la table et demanda à la marchande ce qu'elle en faisait. — Je veux en faire des cornets pour envelopper la marchandise. Si, vous voulez me le donner, je vous fournirai du papier pour vos cornets. — Le pacte fut aussitôt exécuté.

Le nouveau possesseur inscrivit à la deuxième page ce qui suit : Cette Sainte Bible appartient au Forestier Pierre Abram Moreillon de Gryon, qui l'a faite relier à Aigle sur la fin de l'année 1855.

Dieu veuille, par sa grâce, la conserver à l'avenir comme par le passé et faire par son Saint-Esprit, qu'elle soit en bénédiction dans ma famille, ainsi qu'à tous ceux qui la liront. Amen.

À la fin du volume se trouve une dernière mention :

Le soussigné, ensuite du désir exprimé par sa femme, Julie-Marguerite, fille de Pierre-Abram Moreillon, fait don de la présente Bible d'Olivétan à la paroisse de Gryon, pour qu'elle y soit gardée à perpétuité en souvenir de ses parents ci-dessus nommés. Fait à Gryon le 18 février 1898. Louis Amiguet.

Nous extrayons ces données de la Feuille D'Avis, de Lausanne, du 7 courant (1) , dont le correspondant saisit l'occasion pour tracer l'historique de cette traduction et pour décrire minutieusement cet ouvrage monumental.

Il rappelle en même temps que cette Bible, imprimée en 1535, va atteindre son quatrième centenaire en. même temps que celui de la Réformation au Pays de Vaud.

Si les ennemis de l'Évangile ont fait disparaître, presque entièrement, l'édition de la Bible de 1535, la Parole de Dieu n'a point été liée et elle est aujourd'hui répandue à millions d'exemplaires dans toutes les langues et dans tous les pays connus.

Aussi le forestier Moreillon a-t-il bien fait d'ajouter, en belle écriture gothique: Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

(1) Septembre 1933

Source : Glanures d'histoire vaudoise — Jean Jalla (1936)