Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.


LES ACTES DES SAINTS APÔTRES

Saint Luc raconte dans ce livre comment la religion chrétienne s'établit, après l'ascension de Jésus-Christ, premièrement à Jérusalem et ensuite en divers autres lieux, par le moyen des apôtres, et principalement par le ministère de saint Pierre et de saint Paul. Cette histoire comprend le temps qui s'est écoulé depuis l'ascension de Jésus-Christ jusqu'au premier emprisonnement de saint Paul à Rome, ce qui fait l'espace d'environ vingt-huit ans.

CHAPITRE 1

Dans le premier chapitre, saint Luc rapporte deux choses:
1. l'ascension de Notre Seigneur;
2. l'établissement de saint Matthias dans la charge d'apôtre.

 I. 1-11;
II. 12-26.

RÉFLEXIONS

1. La première partie de ce chapitre nous apprend que Notre Seigneur étant ressuscité, demeura pendant quarante jours sur la terre, pour persuader d'autant mieux les apôtres de la vérité de sa résurrection, et pour leur donner les instructions qui leur étaient nécessaires.

Au bout de ces quarante jours, il fut élevé au ciel en leur présence, parce qu'ils devaient tous être témoins de cet événement, et des anges leur apparurent alors, qui les assurèrent que Jésus était monté au ciel et qu'il en reviendrait au dernier jour.

Nous avons en cela des preuves très-convaincantes de l'ascension de Jésus-Christ et de la certitude de son dernier retour, ces vérités étant attestées par le témoignage des apôtres, par celui des anges, aussi bien que par les effets merveilleux qui suivirent l'élévation de Jésus-Christ dans la gloire céleste. Notre Seigneur étant ainsi monté au ciel, tous les hommes doivent reconnaître qu'il a une souveraine puissance sur toutes choses, et que son règne est spirituel et céleste. Cela doit aussi nous engager à avoir sans cesse nos pensées et nos désirs élevés vers ce séjour glorieux, où Notre Seigneur est à la droite de Dieu, son père, et où il nous prépare des demeures éternelles, et à vivre dans une pratique continuelle de la piété en attendant son retour.
2. Dans la seconde partie de ce chapitre, il y a deux choses principales à remarquer.
1. L'une, que les assemblées religieuses sont autorisées par l'exemple des apôtres et des premiers disciples de Jésus-Christ, lesquels, après que Notre Seigneur fut monté au ciel, étaient ordinairement assemblés pour vaquer à la prière et à l'oraison.
2. L'autre, que comme Jésus avait choisi douze apôtres, l'un des premiers soins de saint Pierre et de ses collègues fut d'établir un apôtre en la place de Judas; que pour cet effet ils présentèrent deux hommes qui avaient été les témoins de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ, mais qu'ils jetèrent le sort sur eux, et qu'ils prièrent le Seigneur de montrer lequel des deux il avait élu, parce que les apôtres devaient être choisis immédiatement par Jésus-Christ lui-même.

CHAPITRE 2

Saint Luc rapporte quatre choses dans ce chapitre:
1. comment les apôtres reçurent le Saint-Esprit le jour de la pentecôte;
2. le discours que saint Pierre fit aux Juifs ce jour-là;
3. l'effet de ce discours, qui fut la conversion de trois mille personnes;
4. l'état où était alors l'Église de Jérusalem.

  I. 1-13;
 II. 14-36;
III. 37-41;
IV. 42-47.

RÉFLEXIONS

1. Il faut remarquer, en premier lieu, sur ce chapitre, que Jésus-Christ en faisant descendre le Saint-Esprit sur les apôtres, accomplit les promesses qu'il leur avait faites de leur envoyer cet Esprit après son départ, et qu'il leur donna en cela des preuves certaines et indubitables de son élévation au ciel.

Il leur communiqua le don de parler toutes sortes de langues, pour leur montrer qu'ils devaient annoncer l'Évangile à tous les peuples du monde, et pour les mettre en état de le faire. Et cette merveille arriva, dans un jour solennel, et en présence d'une grande multitude de personnes qui étaient venues à Jérusalem de divers pays étrangers, afin que le bruit de cet événement miraculeux se répandit de tous côtés, et que cela servît à faire recevoir la prédication des apôtres.
2. Le but du discours que saint Pierre fit aux Juifs était de leur apprendre que ce qui venait d'arriver avait été prédit par le prophète Joël, que ce Jésus qu'ils avaient crucifié était ressuscité, que Dieu l'avait élevé au ciel, que c'était lui qui venait de répandre sur les apôtres le don de parler diverses langues, et que tous les hommes devaient le regarder comme le Messie et comme leur Seigneur et leur Roi. C'est aussi là la substance de l'Évangile et ce qu'il faut croire touchant Jésus-Christ.
3. La conversion de ces trois mille Juifs, qui reçurent le baptême en ce jour-là, fut une preuve admirable de l'efficace de la prédication de saint Pierre, et leur exemple nous montre qu'une vive componction de coeur et une humble docilité, qui dispose le pécheur à suivre tout ce qu'il plaira à Dieu de lui prescrire, est le caractère des vrais pénitens et le sûr moyen de s'amender et d'entrer dans les voies du salut.
4. Enfin on doit faire l'attention la plus sérieuse a ce que saint Luc rapporte dans ce chapitre de la piété de ces premiers chrétiens, de leur assiduité à la prière, à la célébration de l'Eucharistie et aux autres exercices religieux, de l'union admirable qu'il y avait entr'eux, de leur charité, et en général de l'innocence et de la simplicité de leurs moeurs.

À tous ces égards, ces anciens Fidèles qui composaient l'Église de Jérusalem doivent servir de modèle à toutes les Églises, et apprendre aux chrétiens de tous les temps à être zélés et assidus à la prière et à toutes les parties du service divin, à vivre dans la paix et dans la concorde, à pratiquer les oeuvres de charité, et à se rendre agréables à Dieu et aux hommes, par des moeurs pures et par la sainteté de leur conduite.

CHAPITRE 3

Ce chapitre contient:
1. le récit d'un miracle que saint Pierre fit en guérissant un homme perclus de ses membres;
2. ce que cet apôtre dit aux Juifs pour leur apprendre que ce miracle avait été fait au nom de Jésus-Christ.

 I. 1-11;
II. 12-26.

RÉFLEXIONS

1. L'histoire de la guérison de cet homme qui était perclus montre qu'aussitôt après l'ascension de Notre Seigneur, les apôtres firent voir aux yeux de tous les Juifs, par des miracles éclatans, que Jésus-Christ était élevé au ciel, et qu'il leur avait donné le pouvoir de faire des miracles semblables aux siens. Ce fut par ce moyen que l'Évangile continua à faire de grands progrès dans la ville de Jérusalem, tout le peuple ayant été rempli d'admiration à la vue de cette guérison miraculeuse.
2. On doit remarquer, après cela, dans le discours de saint Pierre, le zèle et la hardiesse avec laquelle cet apôtre reprocha aux Juifs le crime qu'ils avaient commis en crucifiant Jésus-Christ , et leur déclara ouvertement que ce Jésus était le Messie dont tous les prophètes avaient prédit la venue. C'est ainsi qu'il faut toujours confesser le nom de Notre Seigneur et rendre un témoignage authentique à la vérité.
3. On voit ici que, bien que les Juifs eussent crucifié le Fils de Dieu, saint Pierre ne laisse pas de les exhorter à la repentance, et qu'il leur promet que leurs péchés seraient effacés, pourvu qu'ils se convertissent et qu'ils ne s'obstinassent pas dans leur incrédulité. D'où nous devons recueillir que le retour à la grâce de Dieu est ouvert à tous ceux qui se repentent et qui s'amendent, quelque coupables qu'ils soient.
4. Enfin saint Pierre nous apprend que Jésus est ce grand prophète, dont Moïse avait parlé, et duquel Dieu a dit qu'on doit l'écouter en tout ce qu'il dira, et que ceux qui refuseront de l'écouter seront retranchés de son peuple. C'est cela même que saint Pierre marque dans le dernier verset de ce chapitre en disant que Dieu a envoyé son Fils, Jésus, pour nous en nous retirant chacun de nous de nos péchés. Le but de renvoi du Fils de Dieu a donc été de retirer les hommes de leurs vices; et ce n'est que par là qu'ils peuvent avoir part à la bénédiction que ce grand Sauveur a apportée au monde.

CHAPITRE 4

Saint Luc rapporte:
1. l'emprisonnement de saint Pierre et de saint Jean;
2. leur comparution devant le conseil des Juifs, et ce qui s'y passa;
3. une prière qu'ils firent à Dieu, après qu'on leur eût défendu avec de sévères menaces de ne plus parler au nom de Jésus-Christ;
4. l'état de l'Église de Jérusalem, et surtout l'admirable charité qui y régnait.

  I. 1-4;
 II. 5-22;
III. 23-31;
IV. 32-37.

RÉFLEXIONS

1. On voit premièrement, dans ce chapitre, l'accomplissement de ce que Jésus-Christ avait prédit aux apôtres, savoir qu'ils seraient mis en prison et menés devant les magistrats à cause de lui; mais on y remarque aussi que les rigueurs qu'on exerçait contr'eux n'ébranlaient point leur constance, et que le nombre des chrétiens croissait chaque jour, nonobstant les oppositions des Juifs.
2. Les apôtres paraissant devant le Conseil, y parlèrent avec une sainte hardiesse et avec tant de force que leurs ennemis en étaient étonnés et qu'ils n'avaient rien à leur opposer. C'était là un effet de la vertu divine dont les apôtres étaient revêtus, et des promesses que Jésus-Christ leur avait faites de les fortifier et de leur donner une sagesse à laquelle personne ne pourrait résister.
3. Saint Pierre et saint Jean firent encore paraître leur zèle, lorsque le magistrat leur ayant défendu de ne plus annoncer l'Évangile, ils répondirent qu'il n'était pas juste d'obéir aux hommes plutôt qu'à Dieu. Cette généreuse résolution des apôtres montre qu'il n'y a rien au monde qui doive nous empêcher d'obéir à Dieu, et qu'en particulier les ministres du Seigneur qui, par des égards mondains ou par la crainte des hommes, n'osent pas dire et faire tout ce que Dieu leur commande, sont des lâches et des prévaricateurs.
4. On voit, dans l'ardente prière que les apôtres présentèrent à Dieu pour implorer son secours, le courage et la confiance dont ils étaient animés; et les marques que Dieu leur donna de sa présence et de sa faveur, en faisant trembler le lieu où ils étaient assemblés, les assurèrent que Dieu agréait et exauçait leur prière, et qu'il les couvrirait de sa protection.
On a toujours un secours puissant et une ressource sûre dans la prière, lorsqu'on craint Dieu et qu'on n'a en vue que sa gloire; Dieu ne manque jamais d'exaucer ceux qui l'invoquent ainsi; et quand on défend sa cause, on doit se mettre peu en peine des vains efforts des hommes.
5. Ce qui est dit, sur la fin de ce chapitre, de l'union qu'il y avait entre les Fidèles de Jérusalem et de l'usage qu'ils faisaient de leurs biens, fait voir que l'esprit du christianisme est un esprit de paix et de concorde, que les vrais chrétiens ne sont qu'un coeur et qu'une âme, et qu'ils exercent avec plaisir et libéralement la charité envers les nécessiteux.

CHAPITRE 5

Saint Luc
1. fait l'histoire du péché d'Ananias et de Saphira, et de la punition que Dieu en fit.
2. Il parle ensuite des miracles des apôtres et des progrès merveilleux que l'Évangile faisait à Jérusalem.
3. Les apôtres sont mis en prison une seconde fois; mais Dieu les en délivre par un ange, et ils continuent à annoncer l'Évangile.
4. Ils paraissent encore devant le Conseil, qui les condamne à être fouettés, et qui leur défend de ne plus parler de Jésus-Christ et de sa doctrine.

  I. 1-11;
 II. 12-16;
III. 17-25;
IV. 26-42.

RÉFLEXIONS

Il y a trois réflexions à faire sur l'histoire d'Ananias.
1. La première, que Dieu frappa de mort cet homme et sa femme pour avoir menti à saint Pierre, afin de donner de la crainte à tous les membres de l'Église, de soutenir l'autorité des apôtres dans les commencemens de la prédication de l'Évangile, et de faire voir la divinité de la doctrine qu'ils annonçaient.
2. La seconde, que Dieu connaît les coeurs et les choses cachées; que quand même on pourrait tromper les hommes, on ne saurait le tromper; et que ceux qu'il mentent aux hommes, et en particulier à leurs conducteurs spirituels, dans des occasions où l'on est obligé de dire la vérité, mentent à Dieu et s'exposent à sa vengeance.
3. La troisième, que c'est un très-grand péché d'user de mensonge et de tromperie, dans l'exercice de la charité. On est libre de donner ou de ne donner pas; mais quand on a consacré une chose à Dieu et à des usages de charité, il n'est pas permis de la reprendre, ni même d'en retenir la moindre partie.

Ce que saint Luc dit des miracles surprenans que les apôtres faisaient, de l'accroissement merveilleux de l'Église de Jérusalem, aussi bien que de l'amour et du respect que tout le monde avait pour les chrétiens, est tout-à-fait remarquable. C'étaient là des preuves authentiques de la divinité de la doctrine chrétienne et de son efficace. Et puisque ces progrès de l'Évangile étaient le fruit, non-seulement des miracles des apôtres, mais aussi de l'union qui régnait parmi les Fidèles et de l'innocence de leurs moeurs, on voit par là combien la bonne vie des chrétiens contribue à rendre la religion de Jésus-Christ honorable, et à l'établir dans le monde. Les apôtres furent emprisonnés pour la seconde fois en ce temps-là, mais Dieu leur fit ouvrir miraculeusement les portes de la prison par un ange.

Cette nouvelle marque de la protection de Dieu devait les remplir d'assurance et faire voir à leurs ennemis que c'était en vain qu'ils s'opposaient à la prédication de l'Évangile.
Après que les apôtres furent sortis de la prison, ils allèrent enseigner dans le temple, nonobstant les défenses qui leur avaient été faites; et étant appelés pour cela devant le Conseil, ils y parlèrent avec beaucoup de sagesse et de fermeté, en déclarant qu'il fallait plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes.

Ce courage et ce zèle des saints apôtres nous apprennent qu'il faut toujours suivre les mouvemens de sa conscience, sans s'effrayer des menaces des hommes, et que les ordres ou les défenses des magistrats ne doivent jamais nous arrêter, quand il s'agit d'obéir à Dieu et de faire ce qu'il nous commande.
Il faut remarquer ensuite que le Conseil, étant irrité contre les apôtres, voulut les faire mourir; mais que Dieu se servit des sages avis de Gamaliel, pour les garantir du danger qui les menaçait.

La manière dont ce sénateur parla dans le Conseil doit nous faire reconnaître que les avis modérés et pieux doivent être suivis; qu'il ne faut jamais rien faire par passion et par un zèle inconsidéré, surtout en matière de religion; que les entreprises dont Dieu n'est pas l'auteur se dissipent tôt ou tard d'elles-mêmes; mais que celles qui viennent de lui s'accomplissent infailliblement, malgré l'opposition des hommes, et que ceux qui s'y opposent font la guerre à Dieu.
Enfin l'on voit ici que les apôtres, ayant été condamnés à être fouettés, se réjouirent d'avoir eu l'honneur de souffrir cet opprobre pour Jésus-Christ, et qu'ils continuèrent à prêcher l'Évangile. C'est ainsi qu'il faut souffrir constamment, et même avec joie, les maux auxquels on pourrait être exposé en faisant son devoir, et s'en acquitter toujours avec persévérance.

CHAPITRE 6

Ce chapitre a deux parties.
On lit dans la première l'établissement des diacres, dont la charge était d'administrer les aumônes de l'Église,
et dans la seconde comment saint Étienne fut accusé devant le Conseil des Juifs.

 I. 1-7;
II. 8-15.

RÉFLEXIONS

1. On voit dans ce chapitre l'institution de la charge des diacres, qui furent établis par les apôtres pour dispenser les charités des Fidèles. Quoique cette charge soit aujourd'hui abolie, dans la plupart des églises chrétiennes, par la faute des hommes et par le désordre qui y règne à divers égards, elle ne laisse pas d'être d'institution divine et très-utile pour l'édification de l'Église.
2. Puisque Dieu voulut que l'administration des aumônes fût confiée à des gens sages et remplis du Saint-Esprit, il parait de là que la charité est un devoir très-important; que les aumônes des Fidèles doivent être distribuées avec beaucoup de prudence et de sagesse; que pour cet effet l'Église doit commettre des gens intègres et craignant Dieu, qui sont chargés de ce soin, et qu'en général on ne doit mettre dans les charges ecclésiastiques que des personnes qui aient un bon témoignage et qui soient d'une probité reconnue.
3. L'on voit ici que saint Étienne, l'un de ces diacres, qui était illustre par sa foi, par son zèle, et par les miracles qu'il faisait, ne tarda pas à éprouver la haine des Juifs. Il fut accusé d'être un ennemi de Dieu et de la loi de Moïse, et amené devant le Conseil pour y être condamné. Mais il y parut avec une sainte hardiesse et d'une manière qui étonna ses juges. C'est de tout temps que les gens de bien ont été exposés à la haine des méchans et à leurs calomnies; mais l'injustice et la violence dont on use contr'eux ne les empêchent jamais de s'acquitter courageusement de leur devoir, et de satisfaire aux engagemens de leur vocation et de leur conscience.

CHAPITRE 7

Ce chapitre contient premièrement
1. le discours que saint Étienne fit devant le Conseil des Juifs;
2. le récit de son martyre et de sa mort.

 I. 1-53;
II. 54-60.

RÉFLEXIONS

Le but du discours que saint Étienne fit devant le Conseil était de faire voir,
1. qu'il n'était pas un ennemi de Dieu et de la loi, comme on l'en accusait, mais qu'il adorait le Dieu d'Abraham et des patriarches;
2. que Jésus était le messie qui devait naître de la postérité d'Abraham, et dont Moïse et les prophètes avaient marqué la venue;
3. que l'alliance de Dieu et son service n'étaient pas attachés à la nation des Juifs, ni au temple de Jérusalem, non plus qu'au service cérémoniel que Moïse avait prescrit;
4. que les Juifs avaient été de tout temps rebelles à Dieu, qu'ils avaient rejeté et persécuté les prophètes, et qu'ainsi il n'était pas surprenant qu'ils eussent rejeté Jésus-Christ et qu'ils persécutassent ses serviteurs.

On remarque, dans tout ce discours de saint Étienne, le grand zèle dont il était animé, et la sainte liberté avec laquelle il reprocha aux Juifs leur endurcissement, quoiqu'il vit bien qu'en parlant ainsi il s'exposait à leur fureur et au danger de perdre la vie.

Les Juifs, transportés de rage, condamnèrent ce fidèle serviteur de Dieu à être lapidé; mais Dieu lui fit voir, pour l'encourager, les cieux ouverts et Jésus-Christ assis à sa droite; après quoi saint Étienne souffrit cette mort cruelle avec constance, en invoquant le Seigneur Jésus jusqu'au dernier soupir, et en priant pour ceux qui le faisaient mourir. Cette mort du premier martyr de l'Église apprend à tous les chrétiens à souffrir courageusement tous les maux que la profession de la vérité peut attirer sur eux, et même la mort s'ils y étaient appelés, à pardonner à ceux qui leur font le plus de mal et à prier pour eux. On voit encore dans ce récit combien la mort des vrais Fidèles est douce, et de quelles consolations elle est accompagnée; ce qui doit nous animer fortement à la piété, afin qu'a notre dernière heure nous puissions aussi remettre notre esprit entre les mains du Seigneur Jésus, et nous endormir paisiblement dans l'espérance d'une meilleure vie.

CHAPITRE 8

Saint Luc rapporte ici,
1. la persécution qui s'éleva contre l'Église de Jérusalem après la mort de saint Étienne;
2. comment saint Philippe prêcha l'Évangile à Samarie;
3. l'histoire de la conversion d'un seigneur étranger qui était trésorier de Candace, reine d'Éthiopie.

  I. 1-4;
 II. 5-25;
III. 26-40.

RÉFLEXIONS

1. Il faut remarquer, sur ce chapitre, que la mort de saint Étienne et la persécution qui fut suscitée contre l'Église de Jérusalem tournèrent à l'avancement de l'Évangile, puisque les Fidèles qui furent dispersés annoncèrent en divers lieux la parole de Dieu. Voilà comment les persécutions, que les premiers ennemis de l'Église exercèrent contr'elle, servirent à étendre davantage la religion de Jésus-Christ.
2. Ce qu'on lit ici de la créance que le peuple de Samarie donnait à Simon le Magicien, fait voir que les personnes qui ne connaissent pas la vérité se laissent aisément séduire par des imposteurs, Mais le changement qui arriva dans cette ville, après que Philippe y eut annoncé l'Évangile, montre que la vérité triomphe de l'erreur et du mensonge. Saint Luc remarque que Simon lui-même se fit baptiser et qu'il était tout ravi de voir les miracles que Philippe faisait.

Cet exemple prouve que les méchans sont quelquefois touchés de l'excellence de l'Évangile et qu'ils en embrassent même la profession; mais, ne la faisant pas par de bons motifs, leur conversion n'est pas sincère.

Sur ce qui est ajouté, que Simon offrit de l'argent à saint Pierre pour obtenir le don de communiquer le Saint-Esprit et de faire des miracles, et que saint Pierre, rempli d'indignation, lui dénonça le jugement de Dieu, il faut remarquer que c'est une impiété détestable de faire servir la religion à l'avarice ou à l'ambition, et de prétendre acheter ou vendre les choses saintes, en quelque manière que cela se fasse. Cependant saint Pierre exhorta Simon à se repentir, et Simon, effrayé, pria les apôtres d'intercéder pour lui auprès de Dieu; cela nous apprend qu'il ne faut jamais abandonner entièrement les plus grands pécheurs, ni leur refuser le secours de nos exhortations et de nos prières.
3. Dieu appela en ce temps-là un officier de la reine Candace à la foi de Jésus-Christ, afin de montrer que l'Évangile serait bientôt annoncé à tous les peuples, et afin de répandre par le moyen de cet homme la vraie religion dans l'Éthiopie. Ce seigneur, qui était du nombre de ces prosélytes payens qui avaient renoncé à l'idolâtrie, venait d'adorer Dieu à Jérusalem, et il était occupé a la lecture des livres sacrés, lorsque Dieu lui adressa Philippe pour l'instruire. On voit par là que la Providence prend un soin particulier de ceux qui ont de bonnes intentions, et que Dieu accorde une nouvelle mesure de ses grâces à ceux qui font un bon usage de celles qu'ils ont déjà reçues, et qui cherchent sincèrement la vérité.

Le désir que cet officier fit paraître d'entendre le sens du passage d'Ésaïe qu'il lisait, et la docilité avec laquelle il écouta Philippe, montrent que chacun doit travailler à s'instruire des vérités du salut, tant par soi-même que par le secours d'autrui, et qu'on ne doit pas négliger les instructions des ministres que Dieu a établis. L'eunuque, ayant ouï Philippe, souhaita d'être baptisé, et après qu'il eut fait une profession ouverte de la foi, il reçut le baptême. C'est ainsi qu'en usent ceux qui aiment la vérité; aussitôt qu'elle leur est comme, ils en embrassent la profession, et ils ne renvoient jamais à s'acquitter de leur devoir. Enfin, comme ce seigneur, après avoir été baptisé, s'en retourna plein de joie dans son pays, il faut aussi que nous estimions par-dessus toutes choses le bonheur que nous avons de croire en Jésus-Christ, et que l'avantage d'être membre de son Église fasse toute notre consolation et toute notre joie.

CHAPITRE 9:1-22

C'est ici l'histoire de la conversion de saint Paul.

RÉFLEXIONS

On doit faire une grande attention à cette histoire, et y considérer,
1. en premier lieu, que saint Paul, qui fût un si excellent apôtre, était avant sa conversion, et dans le temps qu'il était encore juif, un ennemi déclaré de la religion de Jésus-Christ et un ardent persécuteur des chrétiens. Cet apôtre nous dit lui-même sur cela, que Dieu l'appela dans cet état, afin de donner en sa personne un exemple illustre de sa miséricorde envers les pécheurs. Cependant il faut se souvenir si Saul persécutait l'Église, il le faisait par ignorance et que, si par un faux zèle, croyant même faire une chose agréable à Dieu, mais qu'il était du reste d'une vie irréprochable.

Quand on ne pêche pas par malice et par un effet de la corruption du coeur, mais par ignorance et par la force des préjugés, on peut en revenir plus facilement et avoir part à la miséricorde de Dieu.
2. Le moyen dont le Seigneur se servit pour convertir Saul est remarquable. Dans le temps qu'il allait à Damas pour persécuter les chrétiens, Jésus-Christ l'arrêta près de cette ville, par une apparition qui le remplit de frayeur; il lui Parla des cieux, il le renversa par terre, et il le frappa d'aveuglement.

Notre Seigneur en usa ainsi, parce que dans les dispositions où Saul était, Il fallait quelque chose d'extrêmement fort, pour vaincre ses préjugés et pour le rendre docile. C'est de la sorte que Dieu, par un effet de sa bonté et de sa sagesse, emploie les moyens les plus propres pour retirer les pécheurs de leurs égaremens.
3. Ces paroles, Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? marquent que Jésus-Christ regarde ce que l'on fait contre ses membres et contre son Église comme s'il était fait contre lui-même; et ce que Saul répondit en disant: Seigneur que veux-tu que je fasse ? exprime les sentimens d'humilité et de docilité qui se rencontrent dans les pécheurs qui sont salutairement touchés. Ils obéissent sans délai à la vocation céleste; ils s'abandonnent entièrement à Dieu, et ils sont prêts à suivre tous les conseils qu'il leur donne.
4. Il faut remarquer que Dieu, après avoir mis Saul en état d'écouter et de recevoir ce qui lui serait dit, le renvoya à Ananias, pour apprendre de lui ce qu'il devait faire, et que cependant Il prépara Ananias, par une vision, à aller voir Saul et à l'instruire; c'est ainsi que Dieu disposait les choses avec une grande sagesse, pour achever l'ouvrage de la conversion de Saul.
5. Enfin Saul, après avoir été en jeûne et en prière pendant trois jours, recouvra la vue; il fut instruit et baptisé par Ananias, et incontinent après il commença à prêcher l'Évangile, dans les synagogues des Juifs.

L'on doit admirer la puissance et la bonté de Dieu, dans cet événement qui fut si salutaire à saint Paul et si avantageux à toute l'Église; et ce grand et prompt changement qui se fit dans cet apôtre, fait voir que ceux qui sont véritablement convertis changent entièrement de sentimens et de conduite, et qu'ils donnent des marques publiques et certaines de la sincérité de leur repentance.

CHAPITRE 9:23-43

Saul, après sa conversion, étant persécuté par les Juifs à Damas,
s'en va à Jérusalem, d'où la persécution l'oblige encore de se retirer pour aller à Césarée, et de là à Tarse.
Saint Luc rapporte, en second lieu, l'heureux état des Églises de la Judée et des lieux voisins;
et enfin le miracle de la guérison d'Énée ci celui de la résurrection de Tabitha.

  I. 23-30;
 II. 31;
III. 32-43.

RÉFLEXIONS

Il faut considérer ici,
1. qu'aussitôt que saint Paul eut été converti et eut commencé à annoncer l'Évangile, il fut persécuté par les Juifs. Dieu voulut par là éprouver la fidélité de cet apôtre et lui apprendre à souffrir pour Jésus-Christ. Voilà ce qui arrive ordinairement à ceux qui prennent la résolution de suivre le Seigneur et de vivre dans la piété; ils ressentent les effets de la haine du monde et ils sont exposés à des traverses; mais ces oppositions ne les étonnent point, comme elles n'étonnèrent pas Saul qui, malgré la fureur des Juifs, continua à annoncer l'Évangile, même dans la ville de Jérusalem.
2. Ce que saint Luc dit de l'heureux état des Églises de la Judée, de la Galilée et de la Samarie, nous présente ces deux réflexions.
1. L'une, que si Dieu permet que l'Église soit persécutée, il lui donne aussi du relâche;
2. l'autre, que ce qui rend les Églises heureuses et florissantes, c'est quand elles marchent dans la crainte du Seigneur et que les dons du Saint-Esprit s'y multiplient.
3. Les deux miracles qui sont récités sur la fin de ce chapitre prouvent que les apôtres faisaient des miracles semblables à ceux que Notre Seigneur avait faits pendant qu'il était au monde; ce qui contribuait à la conversion d'un grand nombre de personnes. Nous avons, dans l'histoire de la maladie et de la mort de Tabitha, un bel exemple qui doit inciter tous les chrétiens, et principalement les personnes de son sexe, à la piété et aux oeuvres de la charité; et la résurrection de cette femme doit être considérée comme une récompense que Dieu voulut accorder à sa foi, et comme une preuve qui doit nous confirmer dans la croyance de la résurrection et dans l'espérance de la vie éternelle.

CHAPITRE 10

Ce chapitre contient l'histoire de la conversion du centenier Corneille à la religion chrétienne. Cet homme était payen de naissance, mais il adorait le vrai Dieu.

RÉFLEXIONS

Cette histoire a été rédigée par écrit, pour nous apprendre de quelle manière l'Évangile commença d'être annoncé aux payens.
1. Il faut admirer ici les voies dont la Providence se servit pour la conversion de Corneille. Dieu lui envoya un ange, pour lui dire de faire venir saint Pierre; et dans ce même temps il disposait cet apôtre à aller chez Corneille, ce qu'il n'aurait pas fait si Dieu ne lui eût fait connaître qu'il n'y avait point d'homme qu'il fallût regarder comme souillé, et que l'Évangile devait être annoncé aux payens aussi bien qu'aux Juifs.

C'est à quoi tendait la vision de ce vaisseau dans lequel il y avait des bêtes dont la loi défendait aux Juifs de manger.
2. Il est à remarquer que Corneille, quoiqu'engagé dans la profession des armes, était un homme dévot, charitable et craignant Dieu. À cause de cela, Dieu lui envoya un ange pour l'assurer qu'il s'était souvenu de ses prières et de ses aumônes, et il l'amena à la connaissance de Jésus-Christ par le moyen de saint Pierre.

On voit par là que les oeuvres de charité et de piété sont très-agréables à Dieu, et qu'il accorde de nouvelles lumières et de nouvelles grâces à ceux qui ont le coeur bon, qui l'invoquent et qui le craignent.
3. Le discours que saint Pierre fit chez Corneille renferme la substance de la doctrine que les apôtres prêchaient, savoir, que Dieu avait envoyé son Fils pour annoncer le salut aux Juifs; que les Juifs l'avaient fait mourir, mais qu'il était ressuscité, et qu'il devait être le juge des vivans et des morts.

Ce sont là les vérités les plus importantes de la religion, et qui doivent être reçues par tous les chrétiens. Elles tendent à nous apprendre que la foi en Jésus-Christ et la sainteté de la vie sont l'unique moyen d'être sauvé; et c'est ce qui est surtout marqué par ces paroles de saint Pierre: que Dieu n'a point d'égard à l'apparence des personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui fait ce qui est juste lui est agréable, et que quiconque croît en Jésus-Christ recevra la rémission des pêches par son nom.
4. L'attention, la soumission et l'obéissance, avec laquelle Corneille et tous ceux de sa maison écoutèrent saint Pierre, doit nous apprendre à recevoir la parole de Dieu avec les mêmes dispositions, quand elle nous est annoncée.
5. Dans le temps que l'apôtre parlait à Corneille, le Saint-Esprit descendit sur ceux qui l'écoutaient, et ils reçurent le don de parler diverses langues. Dieu, en faisant alors en faveur des payens une merveille semblable à celle qu'il avait faite en envoyant le Saint-Esprit aux apôtres, le jour de la Pentecôte, marquait, de la manière la plus claire, qu'il voulait aussi faire part de sa grâce aux Gentils; et c'est ce qui nous oblige, nous qui étions autrefois payens, à rendre grâces à Dieu de ce qu'il voulut ainsi recevoir dans son alliance ces peuples idolâtres, et répandre son Esprit et sa grâce sur eux, aussi bien que sur les Juifs.

CHAPITRE 11

Ce chapitre a deux parties.
1. Les Juifs de Jérusalem, qui s'étaient convertis à la religion chrétienne, ayant trouvé mauvais que saint Pierre fût allé chez Corneille, qui était payen, cet apôtre les informa de la manière dont Dieu lui avait fait connaître qu'il devait annoncer l'Évangile à Corneille, et du succès de sa prédication, de quoi les chrétiens de Jérusalem eurent une grande joie.
2. Saint Luc rapporte comment l'Évangile se répandit en divers lieux, et particulièrement à Antioche; il parle aussi d'un prophète nommé Agabus qui prédit une famine.

 I. 1-18;
II. 19-30.

RÉFLEXIONS

1. La première partie de ce chapitre nous apprend que les chrétiens de Jérusalem se scandalisèrent d'abord de ce que saint pierre avait été chez Corneille, parce qu'il n'était pas permis aux Juifs d'aller chez les payens et d'avoir un commerce familier avec eux.

Mais quand ils eurent appris que cet apôtre y était allé par l'ordre de Dieu, et que même le Saint-Esprit avait été donné à Corneille et à ceux qui étaient avec lui, ils s'apaisèrent et ils se réjouirent de ce que Dieu appelait aussi les Gentils au salut et à la vie. Jamais il ne faut être jaloux des grâces que Dieu fait aux autres; au contraire nous devons nous en réjouir, surtout lorsqu'il les appelle à la repentance et au salut.

Au reste, cet heureux événement, qui causa tant de joie aux Fidèles de Jérusalem et qui leur fit dire: Dieu a donc aussi donné la repentance aux gentils afin qu'ils aient la vie ! doit aussi faire à jamais la matière de notre joie et de nos louanges, puisqu'il nous regarde directement.
2. Il y a trois considérations à faire sur la seconde partie de ce chapitre.
1. La première, que la dispersion de l'Église de Jérusalem et la persécution qu'on avait suscitée contre les chrétiens, contribuèrent à répandre l'Évangile en divers lieux et à établir plusieurs belles Églises, et particulièrement l'Église d'Antioche, où les disciples de Jésus-Christ commencèrent à être appelés chrétiens.
2. La deuxième, que ces Églises furent fondées et entretenues par le ministère de Barnabas, de saint Paul, et des autres personnes qui s'employèrent à leur édification. Cela montre que le ministère des serviteurs de Dieu est d'une grande utilité dans l'Église, pourvu qu'il soit exercé par des personnes qui soient gens de bien et remplis de foi et du Saint-Esprit, tels qu'étaient ceux dont saint Luc parle.
3. La prédiction que fit Agabus d'une famine qui devait arriver, montre que Dieu, outre le pouvoir de faire des miracles, accordait en ce temps-là à ses serviteurs le don de prédire l'avenir, et qu'il n'arrive rien dans le monde que par la Providence et par la volonté de Dieu. Et la résolution que les chrétiens prirent de faire une collecte, pour leurs frères qui étaient en Judée, est un exemple qui doit nous inciter à secourir les personnes qui se trouvent dans la nécessité, et surtout ceux qui sont nos frères et les membres de Jésus-Christ, et même à prévenir leurs besoins.

CHAPITRE 12

Saint Luc récite trois choses dans ce chapitre:
1. le martyre de saint Jacques, frère de saint Jean;
2. l'emprisonnement de saint Pierre et sa délivrance miraculeuse;
3. la mort du roi Hérode, qui mourut étant frappé par un ange.

  I. 1 et 2;
 II. 3-19;
III. 20-25.

RÉFLEXIONS

1. On voit d'abord, dans ce chapitre, que l'apôtre saint Jacques de même que saint Étienne, scella la vérité de l'Évangile par son sang, et qu'ainsi la religion chrétienne s'est établie par les souffrances de ceux qui l'annonçaient; ce qui en fait voir la vérité et la divinité.
2. Dieu qui avait permis que saint Jacques fût mis à mort, permit aussi que le roi Hérode mît saint Pierre en prison; mais le Seigneur délivra miraculeusement cet apôtre, en envoyant un ange qui lui ouvrit les portes de la prison et le mit en liberté. Cette merveilleuse délivrance nous donne lieu de reconnaître que, si Dieu souffre quelquefois que les méchans exécutent leurs desseins, il ne leur permet pas toujours de faire tout le mal qu'ils avaient résolu, et qu'il veille pour ses fidèles serviteurs.

Mais on voit aussi en cela combien la prière a d'efficace puisque l'Église de Jérusalem obtint la délivrance de saint Pierre par les oraisons qu'elle fit à Dieu.
3. La mort du roi Hérode, qui fut rongé de vers pour punition de son orgueil, est digne d'attention. Cet événement, qui est aussi rapporté par Joseph, historien juif (Ant. Liv. XIX. ch. 8.), montre que Dieu confond les orgueilleux, que les persécuteurs de l'Église font d'ordinaire une fin funeste, et que les princes cruels et superbes reçoivent tôt ou tard la peine due à leur méchanceté.

CHAPITRE 13

Paul et Barnabas
vont d'Antioche en Chypre, et de là à Paphos où saint Paul frappe d'aveuglement un imposteur juif, et où il convertit à la foi le proconsul Serge-Paul, qui était le premier magistrat de cette île.
Après cela, saint Paul, étant arrivé à Antioche de Pisidie, fait un discours aux Juifs de cette ville-là, dans lequel il leur montre que Dieu, selon les promesses qu'il avait faites à leurs pères, avait envoyé Jésus-Christ; que ce Jésus qui avait été crucifié était ressuscité, et que tous ceux qui croiraient en lui obtiendraient le salut.
Plusieurs, tant Juifs que Gentils, ayant cru à la prédication de saint Paul, les Juifs s'irritèrent contre lui et le firent même chasser avec Barnabas; mais ces apôtres leur déclarèrent que, puisqu'ils rejetaient l'Évangile, ils l'annonceraient aux payens, et ils se retirèrent.

  I. 1-13;
 II. 14-41;
III. 42-52.

RÉFLEXIONS

Saint Luc rapporte, au commencement de ce chapitre, que Paul et Barnabas étant allés en divers lieux de l'Asie et de la Grèce, par l'ordre du Saint-Esprit, et après que les prophètes et les ministres de l'Église d'Antioche eurent prié et jeûné, ils annoncèrent l'Évangile dans tous ces lieux-là avec succès.

Ce sont là des marques de la divinité de leur vocation; mais nous en avons surtout une preuve remarquable dans la conversion du gouverneur de Paphos et dans la punition miraculeuse d'Élymas, qui voulait détourner ce gouverneur d'embrasser la religion chrétienne. On voit en ces deux hommes, dont l'un crut à la prédication de saint Paul, et l'autre s'y opposait de toutes ses forces, que si la parole de Dieu sauve ceux qui la reçoivent, elle condamnera ceux qu'elle ne convertit pas, et que ceux qui s'opposent à la vérité et qui détournent les autres de la foi et de la piété, attirent sur eux les jugemens de Dieu les plus sévères.
Le discours que saint Paul fit dans la synagogue d'Antioche est un abrégé de la doctrine chrétienne. Cet apôtre y montre aux Juifs que Jésus est né de la race de David, et que c'est lui qui est le Messie promis; ce qu'il prouve par le témoignage de Jean-Baptiste et par les prédictions des prophètes. Il leur déclare ensuite que ce Jésus, qu'on avait crucifié à Jérusalem, était ressuscité conformément aux oracles du vieux Testament.
Enfin il leur apprend que le but de la venue de Jésus-Christ a été. d'obtenir aux hommes la rémission de leurs péchés; qu'ainsi tous ceux qui croiraient en lui seraient justifiés, mais que ceux qui le rejetteraient seraient exclus du salut. Puisque c'est là la substance de la religion chrétienne, nous y devons faire une sérieuse et continuelle attention, et reconnaître par là que ce n'est que par le moyen de la foi en Jésus-Christ et par l'obéissance à l'Évangile que nous pouvons être sauvés. Pour ce qui est de l'effet que produisit la prédication de saint Paul, saint Luc nous apprend que plusieurs la reçurent, mais que le plus grand nombre des Juifs s'obstinèrent dans leur incrédulité, ce qui fit que cet apôtre leur déclara qu'il allait se tourner vers les Gentils. La doctrine de l'Évangile produit des effets bien différens, quand elle est prêchée. Il y en a qui en profitent; mais il y en a d'autres qui la rejettent, et qui au lieu de céder à la vérité, s'y opposent même avec fierté.
Mais, s'il y a des incrédules qui demeurent dans l'aveuglement et dans la perdition, ils en sont eux seuls la cause, personne n'étant exclus de la vie éternelle que ceux qui s'en jugent eux-mêmes indignes.

CHAPITRE 14

Paul et Barnabas
prêchent à Icone.
De là ils vont è Lystre où ayant guéri un impotent, les habitans de ce lieu-là les prirent pour des dieux; ce qui donna occasion à saint Paul de les exhorter à renoncer à l'idolâtrie.
Peu après, cet apôtre fut lapidé par le peuple de cette ville que les Juifs avaient soulevé; mais Dieu lui ayant conservé la vie, il s'en alla en d'autres lieux, et il revint à Antioche.

  I. 1-6;
 II. 7-18;
III. 19-28.

RÉFLEXIONS

1. On voit ici en général que les apôtres ont exercé leur ministère avec un grand zèle, et au milieu des persécutions, et que saint Paul en particulier a éprouvé partout la fureur des Juifs, puisqu'il fut en danger d'être lapidé à Iconie, avec Barnabas, et qu'ensuite on le lapida à Lystre, et qu'il fut même laissé pour mort.

Mais on remarque aussi que Dieu garantissait les apôtres, dans les périls continuels auxquels ils étaient exposés; qu'il faisait par leur moyen des miracles surprenans, et que s'ils avaient le déplaisir de voir les Juifs s'opposer à eux, ils avaient d'un autre côté la consolation d'amener plusieurs payens à la foi.
2. Saint Paul fit paraître un zèle admirable, lorsqu'après qu'il eut guéri un impotent, les habitans de Lystre les prirent, lui et Barnabas, pour des dieux, et qu'ils voulurent leur rendre des honneurs divins. Ceux qui craignent Dieu et qui ont un vrai zèle ne cherchent jamais leur propre gloire; mais leur grand but est que Dieu seul soit glorifié et que les hommes le connaissent et l'adorent.
3. Le discours que saint Paul fit aux Lycaoniens, qui étaient des peuples idolâtres, nous enseigne que Dieu s'est fait connaître de tout temps aux hommes par les oeuvres de la nature et de la Providence, et qu'il leur a toujours donné des témoignages de sa bonté. Sur quoi nous devons considérer que, si les bienfaits que Dieu accorde aux hommes dans la nature doivent les engager à l'aimer et à le servir, nous y sommes beaucoup plus obligés, nous à qui il s'est révélé par l'Évangile, et à qui il a donné des témoignages si convaincans de son amour, en envoyant Jésus-Christ au monde.
4. Saint Luc remarque, sur la fin de ce chapitre, que les apôtres avaient un soin particulier d'aller en divers lieux, pour établir des pasteurs en chaque Église. Cette conduite des apôtres montre que les Fidèles ont toujours besoin d'être instruits et exhortés; qu'en particulier le ministère de pasteur est tout-à-fait nécessaire, et que la volonté de Dieu est que partout où il y a des chrétiens il y ait clés ministres, pour enseigner, pour exhorter et pour conduire l'Église.

CHAPITRE 15

Une dispute s'étant élevée dans l'Église d'Antioche,
sur ce que quelques Juifs, qui s'étaient faits chrétiens, soutenaient que les payens qui se convertissaient à la religion chrétienne devaient être circoncis comme les Juifs et garder les cérémonies de la loi de Moïse, Paul et Barnabas furent envoyés à Jérusalem, pour consulter les apôtres sur cette question-là.
Les apôtres étant assemblés, déclarèrent que les payens n'étaient pas obligés d'observer la circoncision et les cérémonies de la loi et qu'il suffisait qu'ils crussent en Jésus-Christ, qu'ils obéissent à et qu'ils s'abstinssent de ce qui pourrait les entraîner dans l'idolâtrie.
C'est ce que les apôtres firent savoir à l'Église d'Antioche, par une lettre qui fut portée par Paul et Barnabas, après quoi ces deux serviteurs de Dieu allèrent en d'autres pays pour y annoncer l'Évangile.

  I. 1-5;
 II. 6-35;
III. 36-41.

RÉFLEXIONS

C'est ici un chapitre qui mérite une attention particulière, La doctrine de la justification y est parfaitement éclaircie, et ce qui y est dit sert à l'intelligence des endroits du Nouveau Testament où cette doctrine est traitée.

Il faut se souvenir, en premier lieu, que la question qui fut proposée n'était pas de savoir si les payens, pour être sauvés, devaient garder les commandemens de Jésus-Christ et faire de bonnes oeuvres, personne ne doutait alors de cette vérité-là, et il n'y avait aucune dispute là-dessus. Mais la question était si les payens devaient se soumettre à la circoncision et aux cérémonies de la loi de Moïse, comme certains Juifs convertis à la foi chrétienne le prétendaient.
Après cela, il faut remarquer que les apôtres décidèrent deux choses sur cette question. La première, qu'il ne fallait point obliger les payens qui se convertissaient à être circoncis et à pratiquer les cérémonies des Juifs, mais qu'il suffisait pour le salut qu'ils crussent sincèrement en Jésus-Christ.

C'est ce que les apôtres prouvent,
1. parce que Dieu avait répandu son Esprit sur les payens aussi bien que sur les Juifs, et qu'il leur avait donné la foi;
2. par la nature même des cérémonies Mosaïques, et enfin par les oracles des prophètes.

C'est aussi la doctrine que saint Paul établit dans ses Épîtres aux Romains et aux Galates, où il enseigne que nous sommes justifiés par la foi en Jésus-Christ, sans les oeuvres de la toi.
L'autre chose que les apôtres déclarèrent, fût que les payens devaient cependant s'abstenir de ce qui avait été sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées, et de la fornication. La raison de cette défense était que l'usage de ces viandes, de même que l'impureté, faisaient une partie du culte et des festins idolâtres des payens; et qu'ainsi, si les chrétiens ne s'étaient pas abstenus de ces choses-là, cela aurait pu les entraîner dans l'idolâtrie, scandaliser les Juifs, et confirmer les payens dans leur fausse religion.

Il paraît donc clairement d'ici que les apôtres n'ont point dispensé les hommes de l'observation de la loi morale, mais qu'ils ne les ont dispensés que de la loi des cérémonies; et que même, en enseignant que nous sommes justifiés par la foi, ils ont établi, de la manière la plus forte, la nécessité des bonnes oeuvres, puisque la foi ne peut être sincère, si elle ne produit l'étude de la sainteté et l'obéissance à l'Évangile.
Pour ce qui est de la séparation de saint Barnabas d'avec saint Paul, dont il est fait mention sur la fin de ce chapitre, on y voit à la vérité quelque différence de sentimens entre ces deux excellens serviteurs de Dieu; mais cela ne les désunit point et ne les empêcha pas d'aller toujours à leur devoir, et de travailler sans relâche à l'avancement du règne de Jésus-Christ.

CHAPITRE 16

Saint Paul
appelle Timothée au ministère, et après avoir été en divers lieux, il va dans la Macédoine, et il arrive dans la ville de Philippes, où il prêche l'Évangile, et où une femme nommée Lydie embrassa la religion chrétienne.
Pendant que saint Paul était à Philippes, il se fit une émeute contre lui, parce qu'il avait délivré une servante d'un mauvais esprit dont elle était possédée; il fut fouetté avec et mis en prison; mais Dieu les délivra miraculeusement, le geôlier fut converti à la foi, et les magistrats de Philippes prièrent saint Paul et Sylas de se retirer, après leur avoir fait des excuses du mauvais traitement qu'ils avaient reçu.

 I. 1-15;
II. 16-40.

RÉFLEXIONS

1. Il y a deux choses à remarquer sur la vocation de Timothée au saint ministère.
1. La première, que Timothée, qui fut un si grand serviteur de Dieu, avait été élevé dans la piété, et que, bien qu'il fût jeune, tout le monde lui rendait un bon témoignage; par où l'on voit qu'il ne faut établir dans le ministère que des personnes qui craignent Dieu dès leur jeunesse, et qui aient le témoignage d'une bonne et sainte vie.
2. La seconde, que saint Paul, qui condamnait la circoncision lorsqu'on voulait l'imposer aux payens comme un devoir nécessaire, fit pourtant circoncire Timothée par des raisons de prudence, de peur que les Juifs ne rejetassent son ministère, sous prétexte qu'il était né d'un père payen.

C'est là un exemple de condescendance et de charité, qui nous apprend que dans les choses indifférentes il faut s'accorder autant qu'il est possible aux personnes faibles, éviter ce qui pourrait les scandaliser, et avoir toujours égard à ce qui peut le plus contribuer à la paix et à l'édification de l'Église.
2. Sur ce que saint Luc dit que le Saint-Esprit ne permit pas à saint Paul d'aller en Asie et qu'il fut averti par une vision d'aller annoncer l'Évangile dans la Macédoine, nous devons considérer que c'était Dieu qui conduisait les apôtres dans les lieux où ils pouvaient faire le plus de fruit, et où leur présence était le plus nécessaire.

Dieu ne trouve pas toujours à propos que l'Évangile soit prêché en toutes sortes de lieux; mais il le fait annoncer à de certains peuples plutôt qu'à d'autres pour de justes raisons.
3. Saint Luc rapporte qu'une femme nommée Lydie écouta saint Paul et que Dieu ouvrit le coeur de cette femme, pour croire ce que cet apôtre disait. Cela nous montre que la foi se produit par l'ouïe de la parole de Dieu et par l'efficace de la grâce, qui ouvre le coeur et qui le fléchit.
4. Saint Paul ayant délivré une servante qui était possédée d'un mauvais esprit, les maîtres de cette servante, au lieu d'être touchés de ce miracle, soulevèrent le magistrat contre lui, parce qu'ils perdaient le profit qu'elle leur apportait en devinant. Cela fait voir combien l'intérêt a de pouvoir pour exciter les passions des hommes et pour les empêcher de connaître et de recevoir la vérité.

Saint Paul et Sylas furent fouettés et emprisonnés par ordre du magistrat de Philippes; mais ils firent paraître une constance admirable, en souffrant cette peine et cette ignominie, et en chantant les louanges de Dieu dans la prison; c'est ainsi que les chrétiens reçoivent, non-seulement avec patience, mais même avec joie, les maux auxquels ils sont exposés pour Jésus-Christ. Dieu ouvrit, par un tremblement de terre, les portes de la prison où Paul et Sylas étaient renfermés, et ils eurent même la joie de convertir le geôlier.

Cela marquait bien sensiblement que Dieu protégeait ses fidèles serviteurs et que tout ce que l'on faisait contre les apôtres tournait à la gloire de Dieu, à l'avancement de l'Évangile et à leur plus grande consolation.
5. Enfin on doit remarquer que saint Paul allégua qu'il était bourgeois de Rome, pour obliger les magistrats de la ville de Philippes à reconnaître le tort qu'ils avaient eu de l'avoir fait fouetter et emprisonner, lui et Sylas, sans aucune forme de jugement. Il en usa ainsi, pour faire voir son innocence et pour l'honneur de l'Évangile qu'il annonçait; du reste, il paraît par cela même, que saint Paul ne craignait point les souffrances, puisque, s'il eût d'abord dit qu'il était bourgeois de Rome, il aurait évité le fouet et la prison. Ainsi l'on voit qu'il joignait une grande prudence à une patience admirable et à une profonde humilité.

CHAPITRE 17

Saint Paul et Sylas
annoncent l'Évangile avec succès à Thessalonique; mais les Juifs ayant soulevé le magistrat et le peuple de cette ville contr'eux,
ils vont à Bérée et y convertissent plusieurs personnes. Y étant encore persécutés par les Juifs,
saint Paul se retira de Bérée et s'en alla à Athènes, qui était une ville célèbre de la Grèce. Il y annonça l'Évangile et il y convertit quelques personnes.

 I. 1-15;
II. 16-34.

RÉFLEXIONS

1. L'arrivée de saint Paul et de Sylas à Thessalonique et à Bérée, leur prédication dans ces deux villes, et la sédition que les Juifs excitèrent contr'eux, nous montrent que saint Paul ne se relâchait point; que les Juifs, qui! étaient les plus ardens ennemis de l'Évangile, le persécutaient en tous lieux; mais qu'il avait aussi la consolation de gagner partout des âmes à Jésus-Christ.
2. Ce qui est dit ici à la louange des Fidèles de Bérée est remarquable: c'est qu'ils reçurent promptement la parole de Dieu et qu'ils examinaient les Saintes Écritures, pour voir si ce que saint Paul leur annonçait y était conforme.
Nous devons apprendre de là qu'il faut recevoir la vérité avec docilité et avec promptitude, et en même temps avec confiance et discernement, et que tous les chrétiens ont le droit d'examiner par la parole de Dieu, la doctrine qu'on leur annonce, afin de ne rien croire qui ne s'accorde avec cette divine parole, qui est l'unique règle de la foi, et de se soumettre avec obéissance à tout ce qui y est conforme.
3. On remarque dans ce chapitre le grand zèle de saint Paul. Affligé de voir la ville d'Athènes engagée dans l'idolâtrie, il prit la résolution d'y annoncer l'Évangile; et étant prié par quelques philosophes de les informer de la doctrine qu'il enseignait, il ne fit point difficulté de leur parler de la vraie religion.

À l'imitation de cet apôtre, nous devons être vivement touchés, lorsque nous voyons les hommes engagés dans l'erreur et dans l'égarement, et profiter de toutes les occasions qui se présentent de les en retirer.
4. On découvre dans le discours que saint Paul fit aux Athéniens, d'un côté, la sagesse et la prudence de cet apôtre, qui prit occasion des superstitions mêmes où ils étaient engagés, de leur parler du vrai Dieu; et de l'autre, l'évidence et la force avec laquelle il leur fit voir, par les raisons les plus convaincantes et par le témoignage de leurs propres poètes, qu'il y a un Dieu tout-puissant et tout bon qui a créé toutes choses, et que c'est une folie extrême et le dernier égarement, de servir des idoles d'or, d'argent ou de pierre, comme faisaient les payens.

Ce discours de saint Paul renferme les principaux articles de la religion: qu'il n'y a qu'un seul Dieu, créateur et conservateur du monde; que ce Dieu n'est pas loin de chacun de nous; qu'il n'a point besoin de notre service ni d'aucune chose, puisqu'il nous donne à tous la vie, le mouvement et l'être.

Mais nous devons surtout faire attention à ces paroles, qui sont l'abrégé de la doctrine et des devoirs de l'Évangile: Que Dieu fait annoncer maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu'ils se convertissent, et qu'il y a un jour auquel il doit juger le monde par Notre Seigneur Jésus-Christ.

Ces vérités, que saint Paul enseigna autrefois dans une ville idolâtre, sont celles que nous faisons profession de croire; mais elles ne peuvent nous devenir salutaires qu'autant qu'elles nous portent à servir Dieu, à le craindre et à obéir à l'Évangile.
5. Enfin le discours de saint Paul fut suivi de la conversion de quelques personnes; mais la plupart de ceux qui l'avaient ouï demeurèrent dans l'incrédulité, et même il y en eut qui se moquèrent de la doctrine de cet apôtre. C'est ainsi que la prédication de la parole de Dieu opère la conversion des uns, pendant que les autres la rejettent avec fierté et avec mépris.

CHAPITRE 18

Saint Paul
demeure à Corinthe un an et demi, il y convertit un grand nombre de personnes, et il y est accusé par les Juifs devant le magistrat.
De là il s'en alla à Éphèse, à Jérusalem, à Antioche et en d'autres lieux, pour visiter les Églises et les confirmer dans la foi.
Il est parlé, sur la fin de ce chapitre, d'Apollos, qui était un ministre de l'Évangile, illustre par son zèle et par ses grands dons.

  I. 1-17;
 II. 18-23;
III. 24-28.

RÉFLEXIONS

1. Dans ce que saint Luc rapporte du séjour que saint Paul fit à Corinthe, nous avons à remarquer l'ardeur avec laquelle cet apôtre travaillait partout à l'avancement du règne de Jésus-Christ, son désintéressement et sa prudence, qui paraissent en ce qu'il aima mieux travailler de ses mains pour subsister que de vivre aux dépens de l'Église, les traverses que les Juifs lui suscitèrent, et enfin la protection dont Dieu le couvrit, et la consolation qu'il eut de convertir un grand peuple dans cette ville-là et d'y fonder une très-belle Église. Voilà comment la religion chrétienne s'établissait de plus en plus, par la prédication des apôtres, et malgré les oppositions des Juifs et des autres ennemis de la vérité.
2. Les divers voyages de saint Paul, qui sont rapportés dans ce chapitre, font voir qu'il était continuellement occupé aux fonctions de sa charge, et qu'il travaillait avec une application infatigable à l'édification des Églises; c'est ainsi que tous les vrais et sincères chrétiens, mais particulièrement les fidèles ministres dé Jésus-Christ, s'emploient de toutes leurs forces pour la gloire de Dieu et pour le salut des hommes, et qu'ils y consacrent avec plaisir tout leur temps et toute leur vie.
3. Le témoignage avantageux que saint Luc rend à Apollos et la manière dont il parle de son zèle, de son éloquence, de ses grands dons et des fruits admirables de son ministère, doit nous faire reconnaître que Dieu accorde une grâce très-précieuse aux Églises, lorsqu'il leur envoie des docteurs et des ministres zélés, habiles dans les divines Écritures, et revêtus des talens et des dons nécessaires pour instruire et pour édifier; et cela doit aussi nous engager à prier Dieu qu'il en suscite toujours de semblables.

CHAPITRE 19

Saint Paul annonce l'Évangile dans la ville d'Éphèse, et il y fait plusieurs miracles.
Certains Juifs voulant chasser les esprits mains au nom de Jésus, sont maltraités par ceux qui étaient possédés de ces esprits. Plusieurs personnes, qui s'étaient adonnées à la magie, se convertissent et donnent des marques publiques de leur repentance.
Saint Luc ajoute l'histoire d'une sédition qui fut excitée contre saint Paul, par un orfèvre nommé Démétrius. Cet homme gagnait beaucoup en vendant de petits temples d'argent, qui étaient faits sur le modèle d'un temple fameux qu'il y avait à Éphèse, et qui était consacré à une déesse des payens nommée Diane. Comme il vit que saint Paul, en prêchant contre l'idolâtrie, lui faisait perdre tout son profit, il souleva le peuple Contre lui; Mais cette émeute fût apaisée par le greffier de la ville.

  I. 1-12;
 II. 13-17;
III. 18-20;
IV. 21-40.

RÉFLEXIONS

1. Ce chapitre nous met devant les yeux la continuation des merveilleux succès du ministère de saint Paul. Il baptisa à Éphèse certains disciples, qui jusqu'alors n'avaient été instruits que dans la doctrine de Jean-Baptiste; et aussitôt qu'ils eurent été baptisés au nom de Jésus Christ et que saint Paul leur eut imposé les mains, ils reçurent les dons miraculeux du Saint-Esprit. Il y convertit outre cela un grand peuple, malgré les oppositions des Juifs; il y fit des miracles surprenans, et plusieurs personnes qui avaient été adonnées à la magie renoncèrent à leur superstition et à leur impiété. C'est ainsi que cet apôtre établissait partout le règne de Jésus-Christ et détruisait celui du diable.
2. Ce qui arriva à ces exorcistes juifs qui, pensant chasser les démons au nom de Jésus, furent maltraités par ceux qui étaient possédés de ces esprits malins, tendait à montrer aux Juifs et à tout le monde, qu'il n'y avait que les apôtres et ceux qui croyaient en Jésus-Christ qui pussent véritablement faire des miracles et commander aux démons.

La vertu divine de la religion de Notre Seigneur ne se manifeste que par les gens de bien; mais il n'appartient pas aux méchans et aux hypocrites de prendre le nom du Seigneur dans leur bouche.
3. Saint Luc rapporte que plusieurs habitans d'Éphèse, touchés de la prédication de saint Paul, vinrent confesser leurs péchés, et qu'il y en eut qui, ayant été adonnés à la magie et aux arts illicites, aimèrent mieux brûler publiquement leurs livres qui traitaient de ces arts-là que de les vendre, quoiqu'ils en eussent pu tirer des sommes très-considérables. Cet exemple est remarquable:

Il nous apprend que les vrais pénitens ne font point de difficulté de confesser leurs fautes, de donner des marques publiques de leur repentance, et de renoncer à tout ce qui a été pour eux ou qui pourrait être pour les autres, une occasion de péché et de scandale, quelque précieux et quelque cher qu'il leur pût être, et quelque profit qu'ils en pussent tirer.

Ce qu'il y a principalement à remarquer sur la sédition qui s'émut à Éphèse contre saint Paul, c'est qu'elle fut excitée par des ouvriers qui craignaient que, si l'on cessait d'adorer les idoles, leur métier ne fût décrié et que leur gain ne diminuât, et que ces gens-là, pour animer le peuple, se servirent d'un prétexte de religion et de zèle pour la déesse Diane.

Rien n'a plus de force sur l'esprit des hommes que l'amour du gain; c'est ce qui allume le plus leurs passions; ils ne peuvent souffrir la vérité lorsqu'elle est contraire à leurs intérêts, et ils couvrent cet intérêt, lorsqu'ils le peuvent, d'un zèle apparent pour la religion.

Au reste, ce tumulte qui s'était excité fut apaisé, quoiqu'avec peine, par le greffier de la ville, et par ce moyen saint Paul fut préservé du danger qui le menaçait. Cette histoire fait voir que les émeutes et les séditions sont très-dangereuses, qu'ainsi l'on doit éviter tout ce qui pourrait les exciter, et que les gens sages doivent les prévenir et les apaiser par tous les moyens possibles.

CHAPITRE 20

Saint Paul
part d'Éphèse et se rend à Troas, ou il annonce l'Évangile aux chrétiens de cette ville-là, et il ressuscite un mort.
De là il s'en va à Milet, où ayant fait venir les pasteurs de l'Église d'Éphèse, il leur adresse une grave exhortation, après quoi il prend congé d'eux.

  I. 1-12;
 II. 13-16;
III. 17-38.

RÉFLEXIONS

Ce qu'il y a à observer ici, c'est,
1. que saint Paul étant arrivé à Troas, il se rendit dans le lieu où les chrétiens de cette ville-là étaient assemblés, le premier jour de la semaine, pour rompre le pain, c'est-à-dire pour célébrer la sainte Cène, et qu'il étendit son discours bien avant dans la nuit.

D'ici nous recueillons que les apôtres et les premiers chrétiens s'assemblaient pour servir Dieu et pour s'édifier, que le jour du dimanche était destiné à cela, qu'on célébrait la sainte Cène dans ces assemblées, et qu'on y faisait des discours pour instruire et pour exhorter les Fidèles, et qu'ainsi ces pratiques sont aussi anciennes que le Christianisme, et d'institution divine.
2. Saint Paul rendit la vie à un jeune homme qui était tombé du haut de la maison où les Fidèles étaient assemblés. Ce fut là un miracle tout-à-fait remarquable, qui dut consoler les chrétiens de Troas et les affermir puissamment dans la religion de Jésus-Christ.

Mais ce qui doit surtout être considéré dans ce chapitre, c'est le discours que saint Paul fit aux pasteurs d'Éphèse, avant que de les quitter. On y remarque son intégrité, son zèle et son désintéressement dans l'exercice de son ministère, sa constance dans les afflictions, sa grande piété, le soin qu'il avait eu pendant trois ans d'exhorter et d'enseigner les Fidèles d'Éphèse, tant en public que dans les maisons, et la résolution ferme où il était de servir le Seigneur jusqu'à la fin, et même de donner sa vie avec joie pour l'Évangile.

On y voit encore les graves et touchantes exhortations qu'il adressa aux pasteurs de l'Église d'Éphèse, et les voeux ardens et tendres par lesquels il les recommanda à Dieu, eux et tout le troupeau sur lequel ils étaient établis.
3. Les ministres de l'Évangile doivent apprendre d'ici à s'acquitter fidèlement de leur charge, à en remplir tous les devoirs avec diligence, avec zèle et avec sincérité; à veiller soigneusement sur les troupeaux du Seigneur; à prendre garde qu'il ne s'y glisse de fausses doctrines ou des scandales; à ne jamais rien taire de ce qui peut être utile à ceux qui sont commis à leurs soins, et à les avertir, non-seulement en public, mais aussi en particulier.

Ils doivent encore, à l'exemple de saint Paul, souffrir patiemment les traverses auxquelles ils sont exposés, prier continuellement pour leurs troupeaux, et enfin n'avoir point d'égard à eux-mêmes, à leur intérêt particulier, ni même à leur propre vie, pourvu qu'ils aient la joie d'achever leur course et de s'acquitter fidèlement du ministère qu'ils ont reçu du Seigneur Jésus. Ce que saint Paul dit dans cette occasion apprend aussi à tous les chrétiens que la charge du saint ministère est de la dernière importance, que Dieu accorde une grande grâce aux Églises lorsqu'il leur envoie de fidèles ministres, et que quand les pasteurs se seront acquittés de leur devoir, ils ne seront pas responsables du salut de ceux qui périront.

Les larmes que les pasteurs et les chrétiens d'Éphèse répandirent, en se séparant de saint Paul, montrent à quel point ils le chérissaient, et par là on voit combien l'amour qui unit les pasteurs avec leurs troupeaux est tendre, et combien les chrétiens doivent craindre d'être privés du ministère des fidèles serviteurs de Dieu.

CHAPITRE 21

Saint Paul, étant parti de Milet,
arrive à Tyr, et de là à Césarée, où un prophète l'avertit qu'il serait emprisonné à Jérusalem et livré aux payens. Cette prédiction n'étonna point saint Paul; il témoigna qu'il ne craignait ni les liens ni la mort, et il partit pour Jérusalem.
Y étant arrivé, il entra dans le temple, avec quatre personnes qui avaient fait le voeu du Nazaréat, pour observer ce que la loi de Moïse prescrivait en pareil cas; il fit cela sur l'avis des autres apôtres, afin de montrer qu'il n'était pas ennemi de la loi comme on l'en accusait. Cependant les Juifs ne laissèrent pas d'exciter une sédition contre lui, et ils lui auraient ôté la vie si le capitaine des gardes du temple ne l'eût délivré de leurs mains.

 I. 1-16;
II. 17-40.

RÉFLEXIONS

La prédiction d'Agabus, qui avertit saint Paul qu'on le ferait prisonnier à Jérusalem, montre qu'il n'arrivait rien à cet apôtre que par la volonté de Dieu, et que c'était le Seigneur qui l'exposait à ces persécutions et qui voulait qu'il fût livré aux payens, ensuite conduit à Rome, afin qu'il rendît témoignage à l'Évangile en tous lieux.

La belle résolution que saint Paul fit paraître, lorsque les Fidèles le conjurant avec larmes de ne pas aller à Jérusalem, il déclara qu'il était prêt non-seulement d'être lié, mais de souffrir la mort pour le nom de Jésus, marque que ce fidèle serviteur de Dieu était entièrement dévoué à Jésus-Christ, et que rien n'était capable d'ébranler sa constance.

Ce sont là les sentimens dont tous les chrétiens, mais particulièrement les ministres du Seigneur, doivent être animés. Et comme les chrétiens de Césarée, voyant la résolution de saint Paul, ne s'opposèrent plus à son voyage, mais se résignèrent à tout ce qu'il plairait à Dieu d'ordonner, nous devons aussi nous soumettre à tout ce que Dieu veut, et sacrifier nos inclinations les plus chères à sa volonté, aussitôt qu'il nous la manifeste. Ce que saint Paul fit, lorsqu'il alla dans le temple de Jérusalem et qu'il se purifia suivant l'usage des Juifs, était une action de prudence et de charité, qui tendait à leur montrer qu'on l'accusait à tort d'avoir du mépris pour leur religion.

Cette sage conduite de saint Paul nous apprend à nous accommoder autant que nous le pouvons, surtout dans les choses indifférentes, à ceux qui sont prévenus contre nous, et à ne rien négliger pour les faire revenir de leurs préjugés.

On voit pourtant que, nonobstant ce que saint Paul avait pensé faire pour s'accommoder aux Juifs, ils se soulevèrent contre lui, jusque-là qu'ils voulurent lui ôter la vie. Voilà l'effet ordinaire de la prévention et de la passion; elle aveugle tellement ceux qui en sont possédés, qu'il n'y a rien qui soit capable de les désabuser.

Enfin, il est à remarquer que la Providence délivra saint Paul de la fureur des Juifs, par le moyen du tribun, et qu'elle se servit cependant de ce que cet apôtre avait fait par égard pour les Juifs, pour le faire arrêter par ces Juifs mêmes, et pour le livrer entre les mains des payens, comme le prophète Agabus le lui avait prédit à Césarée. C'est ainsi que Dieu sait garantir ceux qui le servent, et que ce que les hommes pensent faire contr'eux ne sert qu'à accomplir les desseins de la Providence.

CHAPITRE 22

C'est ici un discours
dans lequel saint Paul, pour se justifier de ce que les Juifs l'accusaient d'être ennemi de leur nation et de leur loi, fait l'histoire de sa vie et de sa conversion.
Mais les Juifs continuant à demander qu'on le fît mourir, le tribun ordonna qu'on lui donnât la question en le fouettant; ce qui ne fut pourtant pas exécuté, parce que cet apôtre dit qu'il était bourgeois de Rome; mais il fut renvoyé à paraître devant le conseil des Juifs.

 I. 1-21;
II. 22-30.

RÉFLEXIONS

Le dessein de saint Paul, dans le discours qui est ici rapporté, était de montrer aux Juifs qu'ils avaient tort de le regarder comme l'ennemi de leur religion, que, bien loin de là, il avait eu lui-même un grand zèle pour cette religion dans laquelle il avait été élevé à Jérusalem, jusque-là qu'il était autrefois le plus ardent persécuteur des chrétiens, et que, s'il avait embrassé la religion de Jésus-Christ et s'il l'annonçait partout, il le faisait pour obéir à la vocation que le Seigneur lui avait adressée du ciel.

Cette conduite de saint Paul envers les Juifs marque qu'il tâchait de se justifier et de les apaiser, mais qu'il ne dissimulait pourtant pas sa croyance.

Il faut toujours parler et agir avec prudence, surtout lorsqu'on a à faire à des personnes prévenues, mais en même temps avec courage et avec fermeté, sans jamais user de déguisement, et sans que la crainte nous fasse supprimer la vérité.

L'irritation et la fureur dans laquelle les Juifs entrèrent lorsque saint Paul dit que le Seigneur l'avait envoyé vers les gentils, montre que la principale cause de la haine qu'ils lui portaient était l'aversion qu'ils avaient contre les payens; ce procédé des Juifs fait aussi voir que rien n'est capable de ramener et d'apaiser des gens qui sont fortement prévenus.

Enfin saint Paul étant sur le point d'être mis à la question et fouetté, jugea à propos de se prévaloir cette fois-là de sa qualité de bourgeois de Rome, pour éviter cette peine, ce qu'il n'avait pas fait dans une autre occasion (Voyez Chap. XVI. 22.) en usa de la sorte, parce que c'était là un moyen légitime de se garantir de la violence et de l'injustice qu'on lui aurait faite.

De là on peut conclure qu'il est permis de se servir de son droit et d'employer toutes les voies justes et raisonnables, pour se défendre, quand on est en danger d'être opprimé ou d'être traité injustement.

CHAPITRE 23

Ce chapitre a deux parties.
1. On y voit, premièrement, comment saint Paul partit devant le Conseil des Juifs;
2. le récit d'une conspiration que quelques Juifs firent pour ôter la vie à cet apôtre, et la manière dont il en fut préservé.

 I. 1-11;
II. 12-35.

RÉFLEXIONS

Il faut faire quatre réflexions sur ce chapitre.
1. La première, que saint Paul étant frappé injustement, par l'ordre du souverain sacrificateur Ananias, il lui dénonça le jugement de Dieu, mais qu'il marqua cependant le respect qu'il avait pour le caractère d'Ananias, lorsqu'on l'eut averti que celui qui l'avait fait ainsi frapper était le souverain sacrificateur, ce qu'il n'avait pas su d'abord.
L'instruction que cela nous donne est qu'il faut parler avec respect de nos supérieurs, mais aussi que Dieu punira les juges injustes et ceux qui abusent de leur autorité.
2. Saint Paul mit la division entre les pharisiens et les sadducéens, en disant qu'il était exposé en jugement parce qu'il croyait la résurrection des morts. Il en usa ainsi par prudence, afin de n'être pas opprimé par les Juifs, et pour montrer qu'en annonçant l'Évangile il enseignait ce que les Juifs et les pharisiens eux-mêmes croyaient touchant la résurrection.
3. Dieu apparut de nuit à saint Paul et lui dit de ne rien craindre et de se disposer à aller lui rendre témoignage à Rome. Cela était nécessaire, pour soutenir cet apôtre au milieu des traverses que les Juifs lui suscitaient, pour l'instruire des desseins de la Providence, et pour l'encourager à faire partout une profession publique de la vérité.
4. Quarante Juifs firent en ce temps-là une conjuration pour tuer saint Paul; mais il fut préservé de ce danger, par le moyen d'un jeune garçon, son neveu, qui avertit le tribun de ce complot.

On voit en cela jusqu'où allait la fureur des Juifs, et à quels excès la haine, jointe au faux zèle de religion, est capable de porter les hommes; on y remarque aussi combien il est dangereux d'agir par passion et de faire des voeux et des sermens téméraires.
5. Enfin l'on doit admirer dans cet événement, les moyens dont la Providence se sert, pour préserver les innocens et les gens de bien des dangers qui les menacent.

CHAPITRE 24

Saint Paul
étant accusé par les Juifs, devant le gouverneur Félix, rend raison de sa conduite et de sa foi.
Ensuite Félix avant souhaité d'entendre saint Paul, cet apôtre parla en sa présence des devoirs de la justice, de la continence et du jugement dernier, d'une manière qui le remplit de frayeur. Cependant saint Paul demeura prisonnier à Césarée pendant deux ans.

 I. 1-24;
II. 25-28.

RÉFLEXIONS

1. Il faut remarquer, en premier lieu, sur ce chapitre, que saint Paul étant accusé très-injustement par les Juifs devant le gouverneur Félix, il se défendit par un discours plein de force et de gravité, dans lequel, en se justifiant des accusations dont on le chargeait, et en niant ce que les Juifs lui imputaient faussement, il fait pourtant une confession ouverte de sa croyance et de la doctrine qu'il enseignait.

Voilà une conduite pleine de sincérité et de zèle, qui nous montre que jamais la crainte ne doit nous fermer la bouche, lorsque nous sommes appelés à confesser la vérité.
2. C'est une chose remarquable que l'apôtre, rendant raison de sa foi et de sa conduite devant Félix, dit qu'il croyait et qu'il enseignait ce qui était écrit dans la loi et dans les prophètes, et particulièrement la résurrection des morts, tant des bons que des méchans. On voit, par ce que saint Paul dit sur ce sujet, quel rang la doctrine de la résurrection tient dans la religion chrétienne et l'effet que cette doctrine doit produire sur ceux qui font profession de la croire: c'est de les faire vivre dans la pureté de la conscience, devant Dieu et devant les hommes.

On doit faire enfin une grande attention à la frayeur que Félix ressentit, lorsque saint Paul lui parla de la justice, de la continence et du dernier jugement, et à l'endurcissement de ce gouverneur payen qui, se sentant regardé en sa conscience, parce qu'il était coupable d'injustice, d'impureté et de divers autres crimes, ne voulut pas que l'apôtre continuât à lui parler.

On voit ici la force de la parole de Dieu et l'effet que les vérités de l'Évangile, et en particulier la doctrine du Jugement universel, produisent même sur les méchans.

On y voit, d'un autre côté, comment les pécheurs résistent à cette parole et aux mouvemens de leur propre conscience. Ainsi la conduite de Félix nous avertit de ne pas endurcir nos coeurs et de ne jamais renvoyer notre conversion, lorsque Dieu nous fait entendre sa voix et que nous nous sentons touchés.

La méchanceté de ce gouverneur parait encore en ce qu'il laissa saint Paul en prison pendant deux ans; il en usa ainsi, non qu'il le crût coupable, mais parce qu'il espérait de tirer de lui de l'argent. Voilà comment l'avarice et les égards pour les hommes font commettre de grandes injustices et empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité.

CHAPITRE 25

Les Juifs
prient Festus, qui avait succédé à Félix dans le gouvernement de la Judée, d'envoyer saint Paul de Césarée, où il était prisonnier depuis deux ans, à Jérusalem, leur dessein étant de le tuer en chemin; mais Festus ne leur accorda pas leur demande, et leur dit qu'ils pouvaient venir l'accuser à Césarée, ce qu'ils firent.
Sur cela saint Paul dit qu'il en appelait à l'empereur, et Festus résolut de l'envoyer à Rome. En ce temps-là le roi Agrippa étant arrivé à Césarée, et ayant oui parler de saint Paul, il souhaita de le voir et de l'entendre.

 I. 1-12;
II. 13-27.

RÉFLEXIONS

Les réflexions qu'il faut faire ici sont,
1. premièrement, que les Juifs ayant comploté, pour tuer saint Paul par une noire trahison, Dieu ne permit pas qu'ils exécutassent leur dessein cruel et injuste; en quoi nous devons reconnaître la protection dont Dieu couvre ses fidèles serviteurs.
2. Que saint Paul, étant accusé par les Juifs devant Festus il continua à soutenir qu'il était innocent, et demanda d'être, renvoyé à l'empereur. Ce procédé de l'apôtre montre. qu'un chrétien peut, lorsqu'il est accusé injustement, avoir recours aux tribunaux et se servir de tous les moyens légitimes de défense que la Providence lui présente.
3. Il faut considérer que Dieu disposait ainsi les choses, non-seulement afin que saint Paul ne tombât pas entre les mains des Juifs, mais aussi afin qu'il eût occasion d'aller à Rome et d'annoncer l'Évangile dans cette grande ville selon que Notre Seigneur le lui avait prédit (Act. 23. 11.).
4. La conduite que Festus tint envers saint Paul montre que ce gouverneur, quoique payen, avait plus de droiture et d'équité que les Juifs, et même que les sacrificateurs et les magistrats de Jérusalem n'en avaient.
5. Enfin saint Luc rapporte que le roi Agrippa étant venu en ce temps-là à Césarée, il souhaita de voir et d'entendre saint Paul. Ce fut là une occasion, que la Providence fournit à cet apôtre, de parler en présence de ce prince et d'un grand nombre de personnes considérables; ce qui tourna à la justification de saint Paul et de la doctrine qu'il annonçait, comme cela se voit dans le chapitre suivant.

CHAPITRE 26

Saint Paul,
parlant en présence du roi Agrippa, de Bérénice, du gouverneur Festus et d'un grand nombre d'officiers et de personnes de distinction, fait l'histoire de sa vie, de sa conversion, et de la manière dont il avait exercé son ministère jusqu'alors.
il fut interrompu par Festus, qui le traita d'insensé; et le roi Agrippa témoigna d'être ébranlé par son discours.
Enfin ce prince, le gouverneur et tous ceux qui étaient présens, reconnurent l'innocence de saint Paul; mais il fut résolu que, puisqu'il en avait appelé à l'empereur, on l'enverrait à Rome.

  I. 1-23;
 II. 24-29;
III. 30-32.

RÉFLEXIONS

1. Dans le discours que saint Paul fit en présence du roi Agrippa, pour rendre raison de la conduite qu'il avait eue avant et après sa conversion, on découvre un caractère de sagesse et de modération, et en même temps d'ingénuité, de fermeté et de courage, qui marque bien clairement l'innocence et le zèle de ce grand apôtre.

La manière douce et respectueuse, mais aussi franche et sincère, dont il parla dans cette occasion, doit nous apprendre à répondre toujours, comme saint Pierre nous y exhorte (1. Pierre III. 15.), avec douceur et modestie à tous ceux qui nous demandent raison de l'espérance qui est en nous, et à ne jamais taire ni dissimuler la vérité.
2. On doit remarquer, en second lieu, sur ce discours, que si saint Paul avait persécuté l'Église avant sa conversion, il l'avait fait par ignorance et croyant bien faire; mais que du reste sa vie avait été sans reproche; et qu'après que le Seigneur l'eut appelé, il le servit avec un grand zèle.

Ce qu'il faut observer sur cela, c'est que lorsqu'on a péché par ignorance, il est plus facile d'obtenir le pardon de ses fautes et de s'en relever; que Dieu se fait connaître tôt ou tard à ceux qui ont le coeur bon, et que, dès qu'il nous appelle, nous devons suivre notre vocation et lui obéir.
3. Nous voyons dans le jugement que Festus fit de saint Paul, en le traitant d'insensé, que les choses les plus graves paraissent une folie aux mondains; et la réponse sage et respectueuse, que saint Paul fit à Festus, nous donne un bel exemple de modération et de fermeté.
4. Saint Luc rapporte une particularité remarquable; c'est que le roi Agrippa entendant parler saint Paul, lui dit: Peu s'en faut que tu ne me persuades d'être chrétien; à quoi l'apôtre répondit, en souhaitant que ce prince et tous ceux qui étaient présens devinssent chrétiens en effet.

Sur cela on doit remarquer qu'Agrippa faisait profession de la religion des Juifs et qu'il croyait aux prophètes; ce qui fit qu'il trouva de la vraisemblance dans le discours de l'apôtre. Mais cette impression ne fut pas salutaire, puisque ce roi ne se soucia pas de s'instruire plus avant.

Il est inutile d'être un peu touché de la Parole de Dieu et d'être chrétien à demi; il faut le devenir tout-à-fait et de tout son coeur.
5. Enfin le roi Agrippa et le gouverneur Festus, après avoir entendu saint Paul et examiné les accusations que l'on formait contre lui, jugèrent qu'il était innocent, et ils l'auraient même renvoyé absous, s'il n'en eût pas appelé à l'empereur. Par ce moyen cet apôtre fut justifié, et si en l'envoya à Rome, il n'y fut pas envoyé comme un criminel, ce qui aurait été un obstacle à la prédication de l'Évangile qu'il devait annoncer dans cette ville-là.

Ainsi saint Paul éprouva dans cette occasion une protection particulière de Dieu, et le Seigneur accomplit en sa faveur la promesse qu'il avait faite aux apôtres, lorsqu'il leur disait qu'ils seraient menés devant les gouverneurs pour lui rendre témoignage, mais qu'il les assisterait par son esprit et qu'il leur mettrait dans la bouche ce qu'ils auraient à dire pour leur défense (Matt. Chap. 10.).

CHAPITRE 27

Ce chapitre contient le récit du voyage que saint Paul fit par mer, de Césarée à Rome, où l'on doit principalement remarquer qu'il fut en danger de périr, le vaisseau sur lequel il était ayant fait naufrage.

RÉFLEXIONS

Cette histoire nous présente quatre réflexions.
1. La première regarde les dangers continuels auxquels saint Paul était exposé. Après avoir échappé à la fureur des Juifs, il manqua de périr sur la mer en allant à Rome, et outre cela d'être tué par des soldats.
2. La seconde, que Dieu, qui l'avait garanti jusqu'alors, le préserva de l'un et de l'autre de ces dangers, et qu'ainsi rien ne peut nuire à ceux que Dieu favorise de sa protection et qui le servent fidèlement.
3. La troisième, que Dieu ne sauva pas seulement la vie à saint Pau!, mais qu'à cause de lui il garantit tous ceux qui étaient dans le vaisseau, en sorte que, quoiqu'ils fissent naufrage, il n'eu périt pas un seul.
3. Cette merveilleuse délivrance, que saint Paul leur avait prédite, dut leur faire reconnaître que cet apôtre était un vrai serviteur de Dieu; elle nous apprend aussi que c'est toujours un grand avantage d'être dans la compagnie de gens de bien, et qu'à cause d'eux Dieu épargne souvent les autres et leur accorde des délivrances et des grâces très-considérables. Il faut remarquer enfin que, quoique Dieu eût promis par un ange à saint Paul qu'aucun de ceux qui étaient embarqués avec lui ne périrait, cet apôtre leur dit pourtant que, si les matelots ne demeuraient dans le vaisseau, on ne pourrait se sauver.
Les promesses que Dieu nous a faites n'empêchent pas qu'il ne faille se servir des moyens que la prudence prescrit et qu'il a lui-même établis; et jamais la confiance en Dieu ne doit être accompagnée de témérité ni de négligence.

CHAPITRE 28

Saint Paul
ayant fait naufrage sur les côtes de l'île de Malthe, il y séjourna trois mois, et il y fit divers miracles.
il en partit ensuite et il arriva à Rome.

 I. 1-10;
II. 11-31.

RÉFLEXIONS

L'humanité avec laquelle les habitans de l'île de Malthe reçurent saint Paul et ceux qui avaient fait naufrage avec lui, doit apprendre aux chrétiens à exercer l'hospitalité et à assister avec cordialité les malheureux.

Le jugement que les gens de cette île firent de saint Paul, lorsqu'il fut mordu d'une vipère, montre que les hommes, et même les peuples barbares, ont toujours cru que la vengeance céleste ne laisse pas les crimes impunis, ce qui est une vérité certaine.
Cependant l'exemple de saint Paul prouve que ce serait un jugement téméraire de croire que tous ceux à qui il arrive quelque malheur soient poursuivis par la justice divine. L'opinion que les habitans de Malthe eurent de saint Paul, le prenant pour un Dieu, lorsqu'ils virent qu'il ne lui arrivait aucun mal, doit être considérée comme un effet de l'ignorance de ces peuples idolâtres; mais nous devons reconnaître, par ce miracle aussi bien que par la guérison du père de Publius et des autres malades de cette île, l'accomplissement de cette promesse que Jésus-Christ avait faite aux apôtres:

Ils chasseront les serpens; quand ils auront bu quelque breuvage mortel, il ne leur nuira point; ils imposeront les mains sur les malades, et ils se porteront bien (Saint Marc XVI. 18.).
Enfin saint Paul étant arrivé à Rome, vit non-seulement les chrétiens qu'il y avait dans cette grande ville, mais aussi les Juifs; il les informa des raisons qu'il avait eues de faire le voyage de Rome et d'en appeler à l'empereur; il parla de leur nation et des Juifs de Jérusalem avec toute sorte de modération; il tâcha ensuite de les porter à croire en Jésus-Christ; et enfin, voyant que plusieurs d'entr'eux demeuraient dans l'incrédulité, il leur déclara que, vu leur endurcissement, il annoncerait l'Évangile aux gentils.

Cette conduite sage et pleine de charité montre qu'on ne doit rien négliger, pour édifier tout le monde et pour ramener ceux qui sont prévenus contre la vérité; et que si après cela il y a des gens qui demeurent obstinés, ils n'ont aucune excuse.

C'est ici que finit l'histoire de saint Luc et le livre des Actes des Apôtres. Il faut savoir au reste, que saint Paul fut prisonnier à Rome deux ans; que durant ce temps là il écrivit diverses Épîtres, qui ont été conservées dans le Nouveau Testament; qu'au bout de ces deux ans, il fut délivré et fit divers voyages; et qu'étant revenu à Rome, environ cinq ans après, il y souffrit le martyre et eut la tête tranchée, sous l'empire de Néron.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online