Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.


ÉVANGILE SELON SAINT JEAN

Cet Évangile a été écrit long-temps après les autres, par l'apôtre saint Jean, environ soixante ans comme l'on croit, après l'ascension de Jésus-Christ. On y trouve plusieurs discours de Notre Seigneur, et diverses particularités remarquables de sa vie, de sa passion et de sa résurrection, que les trois autres évangélistes ne rapportent pas.

CHAPITRE 1

Ce chapitre a trois parties:
1. saint Jean enseigne que Jésus-Christ est Dieu, qu'il s'est fait homme, et qu'il est venu au monde pour sauver les hommes et pour rendre enfans de Dieu tous ceux qui croiraient en lui.
2. Il rapporte le témoignage que Jean-Baptiste rendit à Notre Seigneur, en faisant connaître aux Juifs la dignité de la personne de Jésus-Christ et la nature de son ministère;
3. Jésus se fait connaître à André, à Pierre, à Philippe, et à Nathanaël.

  I. 1-19;
 II. 20-36;
III. 37-51.

RÉFLEXIONS

1. La première partie de ce chapitre nous instruit de la dignité infinie de la personne de Jésus-Christ et du but de sa venue au monde. Pour ce qui est de sa personne, saint Jean nous enseigne que Jésus-Christ, qui est ici appelé la Parole, est Dieu, et que cette Parole a été faite chaire, c'est-à-dire que Jésus s'est fait homme et qu'il a pris notre nature.

Ainsi l'une des premières et des plus importantes vérités de la foi chrétienne est de croire que Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble. La divinité de sa personne doit nous convaincre de la divinité de sa doctrine, et nous faire reconnaître combien Dieu nous a aimés de nous avoir donné son propre Fils pour nous racheter.
2. Nous apprenons ici que le but pour lequel Jésus-Christ est venu au monde a été d'en être la lumière, d'éclairer les hommes de la connaissance de Dieu, et de donner à tous ceux qui le recevraient et qui croiraient véritablement en lui, le droit de devenir enfans de Dieu.

Par là nous voyons quelle est l'excellence de l'Évangile, combien nos privilèges sont glorieux, et l'obligation où nous sommes de recevoir avec foi et avec joie cette salutaire doctrine, qui a été annoncée par le Fils unique de Dieu, et de montrer par notre obéissance que nous sommes de ceux qui ont part à l'adoption divine.
3. Saint Jean nous apprend que Dieu envoya Jean-Baptiste, pour faire connaître Jésus-Christ aux Juifs et pour les disposer à le regarder, non comme un roi temporel, mais comme un roi spirituel et un Sauveur, qui expierait leurs péchés et qui répandrait sur eux les dons de l'Esprit de Dieu.

C'est dans cette vue que Jean-Baptiste disait que Jésus-Christ était l'Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde, et que ce serait lui qui baptiserait du Saint-Esprit.

Le pardon des péchés et la vertu de l'Esprit-Saint qui nous régénère et qui nous sanctifie sont donc les deux principales grâces que Jésus-Christ nous a acquises et auxquelles nous devons aspirer.
4. Il faut faire attention à l'humilité, au zèle et à la fidélité que Jean-Baptiste fit paraître, en déclarant qu'il n'était pas le Messie, mais qu'il n'en était que le précurseur, et en s'abaissant si fort au-dessous de Jésus-Christ. C'est ainsi que nous devons avoir des sentimens humbles de nous-mêmes, ne chercher jamais notre propre gloire, mais chercher uniquement celle de Notre Seigneur, et travailler, chacun dans sa vocation, et de tout son pouvoir, à le faire connaître aux hommes et à les amener à lui.
5. Jésus-Christ entrant dans son ministère, se choisit d'abord des disciples, parce qu'il voulait se servir d'eux dans la suite, pour annoncer l'Évangile par toute la terre, et pour rendre témoignage de sa vie, de sa doctrine, de ses miracles, de sa mort et de sa résurrection.
La grande joie que ces premiers apôtres ressentirent d'avoir trouvé le Messie, et l'empressement qu'ils eurent de le suivre, nous montrent que notre plus grand bonheur est de connaître Jésus-Christ et de nous attacher à lui. L'éloge que le Seigneur fit de Nathanaël, en disant que c'était un vrai Israélite, en qui il n'y avait point de fraude, nous apprend que Jésus-Christ a une parfaite connaissance de tous les hommes, et que la disposition à laquelle il regarde principalement, et qu'il demande de ses disciples, c'est la simplicité et la droiture du coeur, un grand éloignement pour l'hypocrisie, et un vrai amour pour la vérité et pour la piété.

CHAPITRE 2

Jésus-Christ
change de l'eau en vin aux noces de Cana. Ensuite il va à Jérusalem;
il chasse du temple ceux qui le profanaient, et il fait quelques miracles dans cette ville-là, à la fête de Pâques.

 I. 1-11;
II. 12-25.

RÉFLEXIONS

1. Le miracle que Jésus fit, en changeant l'eau en vin aux noces de Cana, a ceci de remarquable que ce fut son premier miracle, et qu'il commença par là à manifester sa puissance et sa vocation divine, en présence de la Sainte Vierge, sa mère, de ses disciples, et de plusieurs autres personnes; ce qui fit que sa réputation se répandit dans toute la Galilée, et que ses disciples crurent en lui.
2. Ce fut pour les mêmes raisons, qu'étant arrivé à Jérusalem, il chassa de l'enceinte du temple ceux qui y vendaient et qui y achetaient, ce qu'il fit encore environ trois ans après, peu avant sa mort. Jésus-Christ agissant ainsi dans le temple, qu'il appelait la maison de son père, voulut donner, dès le commencement de son ministère, des marques de son autorité divine aussi bien que de son grand zèle; ce que les apôtres reconnurent en lui appliquant ces paroles: Le zèle de la maison m'a dévoré.

Nous devons apprendre de là, d'un côté, à être animés d'un vrai zèle pour la gloire de Dieu, et à nous opposer à tout ce qui y est contraire; et de l'autre, à avoir un grand respect pour les lieux qui sont consacrés au service divin, et en général pour tout ce qui appartient à la religion.
3. Il est à remarquer que les Juifs demandant à Jésus-Christ des preuves de son autorité, il leur dit: Abattez ce temple et je le relèverai dans trois jours. Il voulait dire par là que la preuve la plus illustre, par laquelle il ferait voir qu'il avait reçu de Dieu son autorité, serait qu'il ressusciterait au troisième jour; mais il dit cela en termes figurés et obscurs, parce qu'il n'était pas encore à propos qu'il parlât clairement de sa mort et de sa résurrection. La dernière chose que saint Jean rapporte ici, c'est que diverses personnes crurent en Jésus-Christ en voyant ces miracles; mais qu'il ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous, et parce qu'il savait ce qui était dans l'homme. Il faut bien remarquer cet endroit, et en tirer cette instruction: que Jésus-Christ connaît tout ce qui passe dans le coeur des hommes, qu'il ne regarde pas comme ses vrais disciples tous ceux qui en prennent le nom, et qu'ainsi nous ne devons pas prétendre être approuvés de lui, à moins que la profession que nous faisons de croire en lui ne soit sincère, et que nous n'en montrions la vérité par notre obéissance.

CHAPITRE 3

Saint Jean rapporte
1. un entretien que Jésus-Christ eut avec Nicodème, dans lequel, sous la figure d'une seconde naissance et de l'eau, il montre que, pour devenir ses disciples et pour entrer au royaume de Dieu, il faut être renouvelé et sanctifié intérieurement par le Saint-Esprit.
2. Il lui parle ensuite d'une manière figurée de sa mort, il l'instruit du but de sa venue au monde, et il montre quelle est la cause de l'incrédulité et de la perdition des hommes.
3. Jean-Baptiste. étant informé par ses disciples qu'un grand nombre de personnes suivaient Notre Seigneur, il en témoigne une grande joie, et il déclare ouvertement que Jésus était plus excellent que lui, que c'était le Fils de Dieu, et qu'il n'y avait que ceux qui croyaient en lui qui pussent être sauvés.

  I. 1-13;
 II. 14-21;
III. 22-36.

RÉFLEXIONS

L'entretien que Jésus-Christ eut avec Nicodème nous apprend,
1. que les hommes charnels ne sauraient entrer dans le royaume de Dieu, et que pour y être reçus, il faut devenir des hommes nouveaux et avoir des sentimens et des inclinations qui nous portent à la connaissance de la vérité et à la recherche des choses spirituelles et célestes;
2. que ce n'est que par le moyen de l'esprit de Dieu que nous pouvons être ainsi régénérés; ce qui nous oblige à demander sans cesse et avec ardeur la grâce de cet Esprit Saint, et à en faire un bon usage, lorsque Dieu nous l'accorde.
3. Jésus-Christ nous donne ici un abrégé de l'Évangile, en disant que Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Ces paroles et celles que Jésus-Christ ajoute montrent clairement que le don que Dieu a fait aux hommes de son Fils est la plus grande marque qu'il leur ait jamais donnée de son amour. Elles nous apprennent que la foi en Jésus-Christ est l'unique moyen d'être sauvé, et que, s'il y a des personnes qui ne croient pas et qui rejettent la lumière de l'Évangile, cela vient de ce qu'elles aiment le péché et qu'elles ont le coeur gâté et corrompu par leurs passions; mais que ceux qui ont de l'amour pour la vertu goûtent infailliblement la doctrine de Notre Seigneur.

Ce discours du Fils de Dieu fait voir de quelle importance il est de se défaire de ses passions et de purifier son coeur, par un amour sincère de la vérité et de la vertu.
4. Le témoignage que Jean-Baptiste rendit à Notre Seigneur, en déclarant publiquement que Jésus était plus grand que lui, et la joie qu'il ressentit lorsqu'on vint lui dire que la gloire de Jésus-Christ commençait à se répandre, sont des preuves de la profonde humilité à du grand zèle de ce fidèle précurseur du Messie. C'est ainsi que nous devons toujours rendre témoignage à la vérité, et chercher, non notre propre gloire, mais celle de notre Sauveur, en sorte que l'avancement de son règne et le salut des hommes soit le principal objet de nos désirs et fasse notre plus grande joie.

Ce discours de Jean-Baptiste nous enseigne après cela que Jésus-Christ étant le Fils de Dieu, et ayant reçu de son père une puissance sans bornes, ce n'est que par la foi et par une sincère obéissance à sa doctrine qu'on peut obtenir le salut, et que ceux qui lui désobéissent demeurent dans la condamnation et dans la mort. C'est ce qui est exprimé, dans le dernier verset de ce chapitre, par ces mots qui contiennent la substance de la doctrine chrétienne: Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; mais celui qui ne croit point au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

CHAPITRE 4

Jésus-Christ s'en allant de la Judée en Galilée et passant par la Samarie,
s'entretient avec une femme samaritaine; il se fait connaître à elle, et cette femme crut en lui de même que plusieurs samaritains.
Ensuite, étant arrivé dans la Galilée, il y guérit le fils d'un seigneur de ce pays-là. Pour entendre ce chapitre il faut savoir que les Samaritains étaient en partie israélites, et en partie payens d'origine, qu'ils adoraient le vrai Dieu dans un temple qui était bâti sur le mont de Garisim, mais qu'ils ne le servaient pas dans le temple de Jérusalem, ni de la manière que Dieu l'avait commandé, à cause de quoi il y avait une grande inimitié entr'eux et les Juifs.

 I. 1-42;
II. 43-54.

RÉFLEXIONS

1. La première réflexion qu'il faut faire ici est que Jésus-Christ, par un effet de sa bonté et de sa sagesse, s'étant rencontré près d'un puits avec une femme samaritaine, se servit de cette occasion pour l'instruire et pour l'amener à sa connaissance, en lui parlant de soi-même et de sa doctrine sous l'image de l'eau.
2. La manière dont Notre Seigneur parla à cette femme de cette eau spirituelle et des effets salutaires qu'elle produit, nous enseigne que la connaissance de Jésus-Christ et de sa grâce est le don le plus précieux que Dieu ait jamais fait aux hommes, et que c'est ce que nous devons désirer avec le plus d'ardeur.

Ce que Jésus-Christ dit à la samaritaine nous apprend que la grâce de Dieu et son alliance ne sont plus attachées à un peuple ou à un lieu particulier, comme les Juifs et les Samaritains le prétendaient, mais que tous les hommes sans distinction peuvent y avoir part.
3. La troisième instruction que ce discours de Notre Seigneur nous donne, est que le vrai culte que Dieu demande n'est pas le culte qui n'est qu'extérieur et sensible, mais que c'est celui du coeur, et que comme Dieu est esprit, il veut que nous le servions en esprit et en vérité.
4. Les disciples de Notre Seigneur le pressant de prendre de la nourriture, il leur répond que sa nourriture était défaire la volonté de son père, et qu'ils devaient se disposer à travailler eux-mêmes comme lui à la conversion des hommes; c'est ce qu'il voulait leur faire comprendre, par l'image de la moisson qui était prochaine.

Recueillons de là qu'il n'y a rien à quoi nous devions trouver plus de douceur et de satisfaction qu'à faire la volonté de Dieu et à édifier le prochain, et que c'est à quoi nous devons tous nous employer avec un grand zèle.
5. La conversion de la samaritaine et de plusieurs habitans de la ville de Sichar, est un événement qui montrait que le Messie n'était pas venu pour les Juifs seuls, mais que les autres peuples allaient aussi être rendus participans des fruits de sa venue. Cette conversion et l'empressement que cette femme eut d'aller avertir les habitans de sa ville et de les amener à Jésus-Christ, nous montrent aussi que nous devons recevoir avec promptitude l'Évangile, lorsqu'il nous est annoncé, et attirer outre cela notre prochain à la foi, par nos exhortations et par nos bons exemples.
6. Enfin saint Jean rapporte que Jésus étant de retour dans la Galilée, il y guérit le fils d'un seigneur de Capernaüm, et cela par sa seule parole, et quoiqu'il fût éloigné de ce jeune homme malade. Ce fut ainsi que le Sauveur voulut donner dans ce pays-là de nouvelles preuves de sa puissance et de sa bonté, afin d'engager les Juifs à croire en lui.

CHAPITRE 5

Jésus-Christ
guérit un paralytique qui était malade depuis trente-huit ans. Et comme les Juifs le blâmaient d'avoir fait ce miracle un jour de sabbat, il leur représente qu'ils avaient tort de le condamner, et voici la substance de son discours: Il leur dit qu'il faisait ses miracles par la puissance de Dieu, qu'ils ne devaient pas s'étonner s'il s'attribuait tant d'autorité et S'il appelait Dieu son père; qu'il ferait dans la suite des merveilles encore plus grandes, que même il ressusciterait les morts, qu'il jugerait le monde, qu'il donnerait la vie éternelle à ceux qui croiraient en lui, et qu'il condamnerait ceux qui l'auraient rejeté.
Notre Seigneur ajoute qu'on ne devait pas croire sur sa simple parole qu'il était envoyé de Dieu, mais que les Juifs pouvaient s'en convaincre par le témoignage que Jean-Baptiste lui avait rendu, et qui était d'un grand poids sur leur esprit, par les miracles qu'il faisait, et par les oracles de Moïse et des prophètes.
Enfin, il se plaint de l'incrédulité des Juifs qui ne voulaient pas venir à lui pour avoir la vie, et il leur dit que cette incrédulité procédait de ce que leur coeur était vide de l'amour de Dieu, et plein de l'amour d'eux-mêmes et de la gloire du monde.

  I. 1-14;
 II. 15-29;
III. 30-39;
IV. 40-47.

RÉFLEXIONS

1. On voit dans la guérison de ce paralytique, dont saint Jean fait ici l'histoire, l'admirable puissance de Notre Seigneur qui, par sa seule parole, rétablit parfaitement un homme qui était perclus de ses membres depuis trente-huit ans; ce qui était une merveille aussi grande que celle qui se faisait alors dans le lavoir de Béthesda. Jésus eut compassion de ce paralytique; il lui demanda s'il voulait être guéri, et il le guérit en effet d'une manière à laquelle il ne s'attendait pas. Par là, nous devons reconnaître que ce Sauveur charitable est toujours prêt à faire part aux hommes de sa grâce, et à les délivrer de leurs misères; il les prévient même, et il leur présente cette grâce; mais personne n'en est fait participant que ceux qui désirent de la recevoir, et qui, comme le paralytique, profitent des offres qu'il a la bonté de leur faire.
2. Il faut bien remarquer ce que Jésus-Christ dit à ce paralytique: Tu as été guéri; ne pèche plus désormais, de peur qu'il ne l'arrive quelque chose de pis.

Cela avertit ceux que Dieu a retiré de quelque maladie, ou à qui il a accordé quelqu'autre délivrance, d'éviter à l'avenir de retomber dans le péché, de peur d'engager Dieu à les punir plus sévèrement. Le discours que Jésus-Christ fit aux Juifs, en leur prouvant par diverses considérations qu'il était envoyé de Dieu, nous montre que notre foi est fondée sur des raisons solides et sur des preuves convaincantes et incontestables. Ainsi, pour nous fortifier dans la foi, nous devons bien considérer les preuves que ce chapitre contient, et y ajouter celles que les Juifs n'avaient pas alors, qui se tirent de la résurrection de Jésus-Christ, de l'établissement de sa religion et du témoignage des apôtres.

Outre cette réflexion générale, il faut en faire ici trois particulières.
1. Que Dieu a donné à Notre Seigneur une puissance sans bornes, et que comme il la déployait autrefois en faisant des miracles, il la déploiera encore plus magnifiquement, lorsqu'il viendra ressusciter les morts et juger tous les hommes, tant les bons que les méchans. Nous devons donc révérer cette puissance du Fils de Dieu, lui obéir et l'honorer, comme nous honorons Dieu son père, afin que nous ressuscitions un jour pour la vie éternelle, et non pour être condamnés.
2. Puisque Jésus-Christ allègue le témoignage de l'Écriture sainte et de Moïse, et qu'il voulait que les Juifs sondassent et examinassent les Écritures, il s'ensuit que, pour être confirmés dans la foi et pour obtenir la vie éternelle, il faut lire souvent et méditer attentivement les écrits du Vieux Testament, aussi bien que ceux du Nouveau.
3. Ce que Jésus-Christ disait aux Juifs de leur incrédulité et de ses causes nous apprend que, s'il y a des gens qui ne veulent pas venir à Notre Seigneur pour avoir la vie, cela vient de ce qu'ils n'ont pas l'amour de Dieu en eux-mêmes, et de ce que leur coeur est possédé par leurs passions. Surtout Jésus-Christ déclare que l'amour du monde et de sa gloire, et le désir d'être approuvé et estimé par les hommes, est un des plus grands obstacles à la foi et au salut.

CHAPITRE 6:1-21

Jésus-Christ donne à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons;
il va vers ses disciples en marchant sur l'eau,
et il fait cesser une tempête.

 I. 1-15;
II. 16-21.

RÉFLEXIONS

Jésus-Christ, en donnant à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, fit un miracle auquel les apôtres ne s'attendaient pas, quoiqu'ils lui en eussent vu faire plusieurs autres; et il le fit autant pour augmenter leur foi et pour les convaincre plus pleinement de sa toute-puissance, que pour subvenir aux besoins du peuple qui l'avait suivi.

Ainsi ce miracle est l'un des plus illustres que Notre Seigneur ait faits, surtout par le grand nombre de ceux qui en furent les témoins. Saint Jean remarque que ces gens-là furent tellement frappés de cette merveille, que non-seulement ils disaient que Jésus était le prophète et le Messie que les Juifs attendaient, mais qu'ils voulurent le déclarer roi; ce qui fit que Notre Seigneur se retira dans un lieu écarté, ne voulant pas qu'il arrivât aucun trouble à son occasion.

Cette démarche des Juifs était un effet de l'opinion qu'ils avaient que le Messie serait un roi temporel; mais la retraite de Jésus-Christ marquait que son règne n'était point de la terre. Cela doit nous apprendre à ne point chercher notre gloire en ce monde, et surtout à fuir l'éclat et à nous contenir toujours dans une grande humilité.

Jésus-Christ fit en ce temps-là un autre miracle en faveur des apôtres, et qui dût faire une grande impression sur eux, lorsqu'il vint vers eux en marchant sur la mer. Il fit aussi voir dans cette occasion le soin qu'il avait de ses chers disciples et l'amour qu'il leur portait, les laissant exposés à l'orage afin de les éprouver, et les délivrant ensuite d'une manière plus magnifique et plus consolante que s'il eût été d'abord avec eux. Telle est l'issue que les épreuves et les afflictions ont ordinairement pour ceux que Dieu aime; il vient tôt ou tard à leur secours, et les maux qu'il leur envoie ne servent qu'à manifester l'amour qu'il leur porte, et qu'à augmenter leur consolation et leur joie.

CHAPITRE 6:22-71

Notre Seigneur,
ayant nourri miraculeusement le peuple avec cinq pains et deux poissons, et voyant que ce peuple le suivait avec empressement, prend de là occasion de les exhorter à rechercher la nourriture spirituelle, qui fait vivre éternellement, plutôt que la nourriture du corps.
Il leur dit ensuite qu'il était lui-même cette nourriture et le vrai pain du ciel, et que ceux qui mangeraient de ce pain auraient la vie éternelle. Il ajoute, pour expliquer plus particulièrement sa pensée, que cette nourriture était sa chair et son sang qu'il donnerait pour la vie du monde; par où il voulait marquer les fruits de sa mort, mais il s'exprima figurément et avec quelque obscurité, parce qu'il ne voulait pas dire alors clairement qu'on le ferait mourir.
Quelques-uns de ses disciples étant choqués de ce discours, le Seigneur leur dit que ses paroles devaient s'entendre dans un sens spirituel; mais cela n'empêcha pas que plusieurs d'entr'eux ne se retirassent d'avec lui.

I. 22-27;
II. 28-40;
III. 41-59;
IV. 60-71.

RÉFLEXIONS

La première et la principale instruction que ce discours de Jésus-Christ nous donne, c'est que nous devons travailler avec beaucoup plus d'empressement à nous procurer la nourriture qui fait vivre éternellement, que celle qui ne sert qu'à entretenir cette vie temporelle et périssable. Il nous apprend ensuite qu'il est lui-même ce pain céleste, que cette nourriture de l'âme ne se trouve qu'en lui et dans sa doctrine, et que la volonté de Dieu, son père, qui l'avait envoyé, était que tous ceux qui croiraient en lui eussent la vie éternelle, et qu'il les ressusciterait au dernier jour.

Ce que Notre Seigneur dit dans cette occasion avait de l'obscurité pour ceux qui l'entendirent. Les Juifs ne pouvaient comprendre comment Jésus était un pain descendu du ciel, et comment il fallait manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Mais ces paroles de notre Sauveur sont faciles à entendre pour nous, qui savons que la mort de Jésus-Christ est la vraie nourriture de l'âme, et l'unique principe de la vie spirituelle et de l'immortalité. Il nous dit lui-même que ses paroles sont esprit et vie, c'est-à-dire qu'elles doivent s'entendre d'une manière spirituelle, et que manger sa chair et boire son sang ne veut dire autre chose, sinon venir à lui et croire en lui.

Il faut seulement que cette foi soit sincère et accompagnée d'amour, de confiance et d'obéissance, et qu'elle nous attache et nous unisse si étroitement à Notre Seigneur, que rien ne puisse nous en séparer.

Plusieurs des disciples de Jésus-Christ s'étant retirés d'avec lui, il demanda aux apôtres s'ils voulaient aussi le quitter; à quoi saint Pierre répondit: À qui irions-nous, Seigneur? Jésus-Christ ne contraint personne de s'attacher à son service; il demande une obéissance libre et volontaire; mais nous ne devons jamais l'abandonner, puisqu'il a, à lui seul, les paroles de la vie éternelle, et qu'étant le Fils du Dieu vivant, il est l'unique auteur du salut.

Les dernières paroles de ce chapitre, où il est dit que Jésus-Christ savait dès le commencement que Judas, qui était du nombre des douze apôtres, le trahirait, nous apprennent que Notre Seigneur connaît tous ceux qui se disent ses disciples, et qu'il discerne ceux qui ne croient pas sincèrement en lui d'avec ceux qui lui sont fidèles. Une profession extérieure du christianisme ne suffit pas, et il n'y a qu'une vraie foi et une obéissance constante qui puissent assurer notre conscience devant Dieu, et nous rendre approuvés de celui qui connaît les coeurs de tous les hommes et qui leur rendra à tous selon leurs oeuvres.

CHAPITRE 7:1-30

Saint Jean rapporte ici
un voyage que Jésus-Christ fit à Jérusalem pour la fête des tabernacles, les divers jugemens qu'on faisait de lui,
et ce qu'il dit aux Juifs qui avaient trouvé mauvais qu'il eût guéri un paralytique, quelques mois auparavant, à la fête de Pâques, un jour de sabbat.

  I. 1-10;
 II. 11-15;
III. 16-30.

RÉFLEXIONS

1. Ce qu'il y a à remarquer dans ce chapitre, c'est que Notre Seigneur ne voulut pas aller à Jérusalem publiquement et dans la compagnie de ses parens. Il en usa ainsi par prudence, afin d'éviter l'éclat et de ne pas s'exposer à la fureur des Juifs qui cherchaient à le faire mourir.

Ce qu'il dit à quelques-uns de ses parens, que le monde, c'est-à-dire les Juifs incrédules, ne pouvaient les haïr, mais que le monde le haïssait lui, parce qu'il condamnait ses oeuvres, qui étaient mauvaises, renferme une Vérité constante, c'est que les gens du monde aiment leurs semblables, mais qu'ils haïssent ceux dont la vie et les discours condamnent leurs mauvaises actions.
2. On voit ici les divers jugemens que le peuple faisait de Jésus-Christ; mais on y remarque surtout l'aveuglement et la malice des Juifs qui, sans faire attention aux preuves que Notre Seigneur donnait de sa mission divine par les miracles qu'il faisait, et sans être touchés de ce qu'il leur disait avec tant de force et tant de douceur, pour justifier ce qu'il avait fait et pour les convaincre que sa doctrine était céleste, l'accusaient d'avoir violé la loi de Dieu et d'être possédé du démon, et voulaient même le faire mourir.

Cette résistance et cet endurcissement des Juifs montre que les préjugés et les passions peuvent aveugler les hommes à un tel point, que rien n'est capable de les désabuser et qu'ils se scandalisent de ce qui devrait le plus les édifier. On doit bien considérer sur ce sujet ce que Jésus-Christ dit dans cette occasion: Si quelqu'un veut faire la volonté de mon Père, il connaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef.

Ces paroles contiennent une leçon qui est de la dernière importance, savoir, que la principale disposition où il faut être pour connaître la doctrine de Jésus-Christ et pour en sentir la vérité et la beauté, c'est d'avoir le coeur bon et une intention sincère de faire la volonté de Dieu, autant qu'elle nous peut être connue. Mais ceux à qui cette disposition manque ne sauraient jamais parvenir à la connaissance de la vérité. Enfin il est à remarquer que, quoique les Juifs eussent formé le dessein de faire mourir Notre Seigneur, ils ne purent lui faire aucun mal et que nul n'osa mettre la main sur lui.

Les méchans ne peuvent nuire aux gens de bien qu'autant que Dieu le leur permet, et quoi que les hommes puissent entreprendre, ce que Dieu a résolu s'accomplit toujours.

CHAPITRE 7:31-53

Les pharisiens, indignés de ce que le peuple était touché des discours et des miracles de Notre Seigneur, envoient des gens pour le saisir, mais il continua à parler avec tant d'autorité et d'évidence, et il adressa au peuple des exhortations si touchantes, que plusieurs reconnurent qu'il était prophète; il y en eut même qui crurent qu'il était le Messie; et ceux qui avaient ordre de le saisir s'en retournèrent sans oser mettre les mains sur lui, de quoi les pharisiens furent extrêmement irrités.

RÉFLEXIONS

Ce que saint Jean rapporte ici fait voir,
1. que les discours et les miracles de Jésus-Christ produisaient un effet bien différent, puisque le peuple en était touché et rempli d'admiration, et que les pharisiens au contraire en conçurent tant de dépit, qu'ils voulurent faire saisir Notre Seigneur.

Voilà comment la parole de Dieu est diversement reçue. Les uns en profitent et ouvrent les yeux et leurs coeurs à la vérité, et les autres la rejettent et passent même jusqu'à haïr ceux qui la proposent et à s'irriter contr'eux.
2. On doit remarquer dans les discours de Jésus-Christ l'évidence, la douceur et l'autorité avec laquelle il parlait aux Juifs, et surtout ces invitations pleines de bonté qu'il leur adressait en disant: Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive; par où il leur offrait sa grâce et les dons du Saint-Esprit, qu'il était prêt de répandre sur ceux qui croiraient en lui.

Il nous fait encore les mêmes offres dans l'Évangile. C'est à nous à le recevoir comme nous le devons et à en profiter avec empressement et reconnaissance.
3. Il faut faire réflexion sur ce que saint Jean dit, que ceux qui avaient ordre de saisir Jésus-Christ n'osèrent pas exécuter leur commission, et qu'ils répondirent aux pharisiens: Jamais homme n'a parlé comme cet homme.

En cela on voit, d'un côté, la vertu et l'efficace de la parole de Dieu, et de l'autre, que Dieu, quand il lui plaît, rend vains et inutiles les desseins des méchans; enfin c'est une chose remarquable que les pharisiens, au lieu de reconnaître qu'en s'opposant à Jésus-Christ ils s'opposaient à Dieu même, et d'être frappés de voir tant de gens qui rendaient témoignage à Notre Seigneur, s'irritèrent de plus en plus contre lui, et même contre le peuple qui parlait avantageusement de lui et de sa doctrine.

Cet exemple nous montre que les personnes les plus éclairées et les plus distinguées selon le monde, sont souvent moins disposées que les gens simples et du commun à recevoir l'Évangile, parce qu'elles sont possédées par leurs passions, et surtout parce qu'elles sont remplies d'orgueil et de bonne opinion d'elles-mêmes, et qu'elles ne cherchent pas sincèrement et en simplicité de coeur à s'instruire et à connaître la vérité.

CHAPITRE 8:1-29

Saint Jean rapporte ici,
1. l'histoire de la femme adultère;
2. Un entretien que Jésus-Christ eut avec les Juifs, dans lequel il leur dit qu'il était la lumière du monde et qu'ils devaient ajouter foi à tout ce qu'il leur disait de soi-même.
3. Il leur reproche leur aveuglement et leur incrédulité, et il leur parle de son départ de ce monde et de sa mort; mais il le fait en des termes figurés, et qu'ils ne purent bien entendre.

  I. 1-11;
 II. 12-20;
III. 21-29.

RÉFLEXIONS

Pour entendre l'histoire de la femme adultère et pour en profiter, il faut remarquer,
1. que les pharisiens en amenant cette femme à Jésus-Christ, lui tendaient un piège, et que leur dessein était, s'il eût dit qu'il ne fallait pas la faire mourir, de l'accuser de violer la loi de Dieu, et s'il l'eût condamnée, de le déférer au gouverneur comme un homme qui violait les droits du souverain magistrat;
2. que bien que le crime de cette femme fut très-grand. et digne de mort, le Seigneur ne voulut rien prononcer sur ce que les scribes et les pharisiens lui avaient proposé; ce qu'il fit par des raisons de prudence, et pour faire voir qu'il ne cherchait que le salut des pécheurs,
3. il est surtout à remarquer que Notre Seigneur dit à cette femme: Va-t-en et ne pèche plus.

Cela montre que, quoiqu'il donnât en cette occasion des marques de sa miséricorde envers les pécheurs, il était bien éloigné d'autoriser ou d'excuser en aucune façon le crime. Dieu ne pardonne aux pécheurs que lorsqu'ils se repentent sincèrement et à condition qu'ils ne retomberont plus dans leurs péchés.

Dans l'entretien de Jésus-Christ, avec les Juifs, nous avons à considérer premièrement qu'il parla de soi-même en ces termes: Je suis la Minière du monde; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.

Ce sont là des paroles qui doivent être sans cesse méditées par les chrétiens, et qui les engagent bien fortement à profiter de cette lumière céleste qui les éclaire, à suivre toujours Jésus-Christ, et à marcher dans la voie qu'il leur a tracée, tant par sa doctrine que par son exemple, et qui les conduira sûrement à la vie et à l'immortalité. Après cela, connue les pharisiens reprochaient à Notre Seigneur de parler de soi-même d'une manière trop avantageuse, il leur dit diverses choses, pour les faire revenir de la prévention où ils étaient contre lui et pour les engager à croire qu'il leur parlait de la part de Dieu.

Ce que le Sauveur du monde disait dans cette occasion doit avoir encore plus de force pour nous convaincre qu'il est le Fils de Dieu et que sa doctrine vient du ciel, Dieu en ayant rendu un témoignage authentique, non-seulement par les miracles que Jésus-Christ a faits, mais aussi par ce qui a suivi sa mort, sa résurrection et son élévation dans la gloire céleste. L'on voit enfin ici que, quoique Notre Seigneur parlât aux pharisiens avec tant de force et tant de bonté, ils ne profitèrent point de ses instructions et qu'ils demeurèrent dans l'incrédulité, à cause de quoi il leur déclara qu'ils mourraient dans leurs péchés.

C'est ainsi que les hommes qui sont attachés au monde et à leurs passions résistent à l'évidence et à la force de la vérité lorsqu'elle leur est proposée, et que, refusant de croire en Jésus-Christ et de lui obéir, ils demeurent dans leurs péchés, et par ce moyen dans la condamnation et dans la mort.

CHAPITRE 8:30-59

Jésus-Christ
exhorte ceux d'entre les Juifs qui avaient cru en lui à persévérer dans sa doctrine, et il leur promet la véritable liberté.
Il dit aux Juifs incrédules, qui se glorifiaient d'être libres, étant la postérité d'Abraham qu'ils n'étaient pas les enfans de ce patriarche, puisqu'ils ne l'imitaient pas dans sa foi, et, il leur reproche leur incrédulité; ce qui les irrita tellement, qu'ils s'emportèrent jusqu'à lui dire des injures atroces et à vouloir le lapider; mais il évita leur fureur et se retira d'avec eux.

 I. 30-36;
II. 37-59.

RÉFLEXIONS

Le Sauveur du monde nous enseigne dans ce discours,
1. que quand on a eu le bonheur de le connaître et de croire en lui, on doit persévérer constamment dans la vérité et s'y attacher de plus en plus; que ceux qui le font sont véritablement ses disciples, et qu'ils Jouissent de la vraie liberté des enfans de Dieu, laquelle consiste, comme Notre Seigneur l'a dit, à être affranchis de l'esclavage du péché.
2. Jésus-Christ disait aux Juifs, dans les mêmes vues, qu'ils n'étaient pas les enfans de Dieu ni la postérité d'Abraham, puisqu'ils n'imitaient pas la foi de ce patriarche, mais qu'ils étaient plutôt les enfans du diable, puisqu'ils faisaient ses oeuvres.

Ces paroles sont d'un grand poids. Elles nous apprennent que la plus sûre marque à laquelle on reconnaisse les enfans de Dieu, c'est qu'ils font sa volonté et qu'ils aiment ce que Dieu aime; mais que ceux qui s'opposent à la vérité et à ceux qui l'annoncent, sont les enfans et les imitateurs du diable, qui est menteur, meurtrier et ennemi de la vérité.
3. Nous voyons dans ce discours de Notre Seigneur combien ceux qui reçoivent sa doctrine et qui s'y soumettent sont heureux, puisqu'il déclare qu'ils ne demeureront point sous la puissance de la mort.
4. Il faut remarquer que, dans le temps que le Fils de Dieu parlait ainsi, les Juifs, au lieu d'être touchés de ce qu'il leur représentait avec tant de force et de charité, en furent irrités, et qu'ils en vinrent jusqu'à cet excès de fureur que de le traiter de samaritain et d'homme possédé du démon. C'est là l'exemple de l'aveuglement le plus déplorable et de la malice la plus noire; par où l'on peut voir combien il est dangereux de se livrer à ses passions et de s'engager dans l'incrédulité.
5. Enfin nous avons dans ce chapitre une preuve remarquable de la gloire et de la divinité de Jésus-Christ, en ce qu'il déclara qu'il était déjà avant Abraham. La dignité infinie de sa personne doit nous persuader d'autant plus de la divinité de l'Évangile et de l'obligation où nous sommes de lui obéir, comme à celui qui est tout ensemble et notre Sauveur et notre Dieu.

CHAPITRE 9

Ce chapitre contient l'histoire de la guérison de l'aveugle-né.

RÉFLEXIONS

L'histoire qui est contenue dans ce chapitre est des plus remarquables.

Outre les preuves de la puissance et de la bonté de Jésus-Christ, qui paraissent dans la guérison de l'aveugle-né, de même que dans tous les miracles de Notre Seigneur, on voit ici trois choses qui méritent une considération particulière;
1. et les démarches des pharisiens, les divers efforts qu'ils firent pour nier ce miracle, et ce qu'ils dirent dans cette vue au père et à la mère de l'aveugle, et ensuite à l'aveugle lui-même, pour savoir s'il était bien vrai qu'il eut été aveugle et comment il avait été guéri. Les pharisiens, en prenant toutes ces informations, ne cherchaient pas la vérité; ils cherchaient plutôt à la supprimer et à la combattre, et lorsqu'elle se présenta à eux, ils la rejetèrent, ils calomnièrent Jésus-Christ; et enfin, ne pouvant plus rien opposer à la certitude de ce miracle, et ne sachant que répondre aux discours de l'aveugle, ils s'emportèrent en injures contre lui et ils l'excommunièrent.

Ce sont là les caractères de la passion la plus violente et de la malice la plus obstinée; et c'est de la sorte que les méchans ferment les yeux à la vérité, et que ce qui devrait les toucher et les convertir ne fait que les endurcir davantage. Cependant c'est une chose remarquable que les pharisiens, en faisant tous leurs efforts pour rendre ce miracle suspect, ne firent que le rendre plus connu et lus indubitable.
2. Il faut remarquer, dans le discours de l'aveugle-né, l'ingénuité avec laquelle il parla aux pharisiens et les confondit, en soutenant qu'il avait bien été guéri, que, puisque Jésus-Christ lui avait rendu la vue, il ne pouvait être un méchant et un séducteur, comme ils l'en accusaient.

En lisant ce récit, on y voit que la vérité a beaucoup de force, que les personnes les plus simples jugent souvent mieux des choses que ceux que l'on croit avoir bien des lumières, et que Dieu se sert de ces personnes-là pour confondre les sages de ce monde.
3. Enfin saint Jean rapporte que Jésus-Christ ayant su que cet homme avait été excommunié par les pharisiens pour avoir dit la vérité en leur présence, il se fit connaître à lui en lui disant qu'il était le Fils de Dieu, et qu'il lui déclara que ceux qui passaient pour être les plus éclairés, tels qu'étaient les pharisiens, demeureraient dans leur aveuglement, pendant que ceux qu'on regardait comme des ignorans, mais qui avaient de l'humilité et un bon coeur, profiteraient de sa doctrine. Notre Seigneur reçoit toujours avec bonté ceux qui aiment la vérité et que le monde persécute; il leur accorde de nouvelles lumières et de nouveaux dons, pendant que ceux qui présument d'eux-mêmes et qui rejettent avec obstination la vérité, lorsqu'elle se présente à eux, demeurent dans leur incrédulité et périssent dans leurs ténèbres.

CHAPITRE 10

Ce qui est ici rapporté est arrivé en deux temps différens.

La première partie de ce chapitre contient un discours que Notre Seigneur fit aux Juifs, après qu'il eût guéri l'aveugle-né, dans lequel il se compare à un bon berger. Il y parle aussi des faux bergers et des mercenaires, par où il désigne les séducteurs et en particulier les pharisiens; il dit que ces gens-là n'avaient en vue que leur intérêt et leur orgueil, au lieu qu'il n'était venu au monde que pour le bien et le salut de ses brebis, et qu'il donnerait même sa vie pour elles.
Quelques mois après, Jésus étant à Jérusalem à la fête de la dédicace du temple, les Juifs lui demandèrent s'il était le Messie, à quoi il répondit que ses miracles montraient assez ce qu'il était, que s'ils ne le connaissaient pas, cela ne venait que de leur endurcissement, mais que ses brebis
le connaissaient, qu'il leur donnerait la vie éternelle, et que
Dieu ne permettrait jamais qu'elles périssent, puisque lui et
Dieu son père étaient un.
Les Juifs voulurent le lapider, prétendant qu'il avait prononcé un blasphème; mais Notre Seigneur, ne voulant pas parler ouvertement de sa divinité, se contenta de leur dire que si l'Écriture appelait Dieu et Fils de Dieu, les princes et les magistrats, il pouvait bien prendre le titre de Fils de Dieu sans blasphème, puisque Dieu l'avait envoyé au monde avec le pouvoir des miracles. Après cela, Notre Seigneur se retira de Jérusalem.

RÉFLEXIONS

Ce que Jésus-Christ disait, en parlant de soi-même sous l'image d'un berger, est beaucoup plus clair pour nous qu'il ne l'était pour les Juifs. Nous savons parfaitement que Notre Seigneur est le vrai berger qui a donné sa vie pour ses brebis, c'est-à-dire pour tous les Fidèles, et qui est venu pour rassembler dans son Église tous ceux d'entre les Juifs et d'entre les payens qui croiraient en lui.

Cela nous engage à reconnaître, d'un côté l'amour infini de Jésus, notre bon berger, qui nous a si tendrement aimés, et qui a souffert la mort pour nous acquérir le salut et la vie; et de l'autre, combien notre bonheur est grand d'être du nombre de ces brebis qu'il a rachetées par son sang, et à qui il destine la vie éternelle.

Il y a quatre considérations à faire sur la seconde partie de ce chapitre.
1. La première regarde l'étrange aveuglement et la malice des Juifs qui, après tant de miracles que Jésus-Christ avait faits, lui demandaient encore s'il était le Messie, et voulurent le lapider comme un blasphémateur.

Notre Seigneur remarque lui-même que cette incrédulité des Juifs procédait de ce qu'ils n'avaient pas une intention sincère de le connaître. Si donc il arrive que les hommes ne profitent pas de la doctrine de Jésus-Christ, et qu'au milieu de la lumière qui les éclaire ils soient encore dans l'ignorance et dans l'égarement, cela vient du défaut de docilité et d'amour pour la vérité et pour la vertu.
2. La deuxième considération est que la marque et le caractère des brebis de Jésus-Christ, c'est-à-dire de ses vrais disciples, est d'écouter la voix de leur divin Berger, de le suivre et de lui obéir.
3. Nous voyons dans ce discours de Notre Seigneur que le bonheur et le salut des vrais fidèles est assuré, puisqu'il déclare qu'il les connaît qu'il leur donne la vie éternelle, qu'ils ne périront jamais, et que personne ne les ravira d'entre ses mains.

Ces paroles doivent remplir tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus-Christ d'une grande consolation, et d'une ferme attente de la gloire et de la félicité qu'il leur réserve dans son royaume.
4. Ce que Jésus-Christ dit, sur la fin de ce chapitre, qu'il pouvait prendre avec justice le titre de Fils de Dieu, doit nous convaincre pleinement de sa divinité et de l'excellence de sa charge, surtout puisque nous savons d'ailleurs qu'il est Dieu et homme tout ensemble; en quoi nous avons les plus grands motifs à croire en lui, et à lui rendre l'obéissance que nous lui devons si justement, à cause de l'autorité qu'il a sur nous et de l'amour qu'il nous porte.

CHAPITRE 11

Ce chapitre contient l'histoire de la résurrection de Lazare.

RÉFLEXIONS

Voici les principales réflexions qu'il faut faire sur cette histoire, qui est l'une des plus remarquables de tout cet Évangile.
1. Quoique Notre Seigneur aimât beaucoup Lazare, il n'alla cependant à Béthanie qu'après que Lazare fut mort, afin de faire un miracle plus éclatant, en lui rendant la vie, qu'il n'aurait fait en le guérissant. Ceux que Dieu aime peuvent être exposés à divers maux; il diffère même de venir à leur secours; mais il en use ainsi, afin que sa puissance et son amour paraissent avec plus d'éclat dans leur délivrance.
2. On voit, dans ce que les soeurs de Lazare dirent à Notre Seigneur, leur piété, leur amour et leur attachement pour Jésus-Christ, aussi bien que la haute opinion qu'elles avaient de sa puissance. On y remarque surtout qu'elles étaient fermement persuadées que leur frère ressusciterait au dernier jour.

Nous avons encore plus de sujet que ces deux femmes pieuses n'en avaient d'aimer Notre Sauveur, d'avoir une parfaite confiance en lui, d'attendre tout de sa puissance, et en particulier de croire que les morts ressusciteront à la fin du monde.
3. La bonté avec laquelle Jésus-Christ parla aux soeurs de Lazare, pour les consoler et pour les préparer au miracle qu'il se proposait de faire, l'émotion qu'il ressentit, et les larmes qu'il répandit, prouvent bien sensiblement à quel point il aimait ces deux femmes et leur frère, et combien il était charitable et plein de compassion.

On est animé de l'Esprit de Jésus-Christ à proportion qu'on est touché des maux d'autrui et disposé à consoler les malheureux. Mais ce qu'il y a de principal à remarquer ici, c'est que Notre Seigneur rendit la vie à Lazare, qui était depuis quatre jours dans le tombeau. Ce grand miracle, que Jésus-Christ fit peu de jours avant sa mort, et à la vue d'un grand nombre de Juifs dont plusieurs crurent même en lui, est l'une des preuves les plus illustres qu'il ait données pendant sa vie, pour montrer qu'il était le Fils de Dieu.

Cette résurrection de Lazare confirme surtout pleinement la doctrine de la résurrection des morts, et la vérité de ce que Notre Seigneur dit dans ce chapitre: Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.
4. Enfin saint Jean nous dit que les pharisiens, au lieu de se rendre à un miracle si éclatant, conçurent tant de dépit de voir que le peuple se déclarait pour Jésus-Christ, qu'ils résolurent alors de le faire mourir, ce qui l'obligea à se retirer dans un lieu écarté jusqu'à la fête de Pâques. C'est ainsi que les ennemis de Notre Seigneur s'obstinaient toujours davantage; ils résistèrent jusqu'à la fin à ses miracles; et tout ce que ce Sauveur charitable fit pour les gagner et pour les adoucir ne servit qu'à les irriter de plus en plus contre lui. Dieu permit cependant qu'ils prissent la résolution dans leur conseil de faire mourir Jésus-Christ, afin que contre leur dessein il souffrît la mort, non-seulement pour la nation des Juifs, mais aussi pour rassembler en un corps tous les enfans de Dieu, et pour établir par ce moyen dans le monde sa doctrine et son règne.

CHAPITRE 12:1-19

Marie
1. oint les pieds de Notre Seigneur.
2. Plusieurs personnes viennent à Béthanie, pour voir Jésus-Christ et Lazare qui était ressuscité.
3. Notre Seigneur fait son entrée à Jérusalem.

  I. 1-8;
 II. 9-11;
III. 12-19.

RÉFLEXIONS

Il y a trois choses à considérer dans le premier article de cette lecture:
1. savoir, l'action de Marie, qui oignit les pieds de Jésus-Christ, le jugement que Judas fit de cette action, et ce que Notre Seigneur dit pour la défendre.

Marie oignit Notre Seigneur avec un parfum précieux, suivant la coutume de ce temps-là, pour lui marquer son respect et son amour. À l'exemple de cette femme pieuse, nous devons aussi témoigner à Jésus-Christ notre zèle, par tous les moyens qui dépendent de nous et qui lui sont les plus agréables.
Les murmures de Judas qui, étant larron et avare, se plaignait de ce qu'on n'avait pas donné aux pauvres le prix de ce parfum font bien voir que le coeur de ce faux disciple était entièrement corrompu. On voit aussi en cela combien l'avarice a de force sur ceux qu'elle possède, et comment les méchans couvrent quelquefois leurs passions du prétexte de la religion et de la piété.
Et ce que Jésus-Christ dit pour la défense de Marie nous montre qu'il reçoit favorablement tout ce qu'on fait en vue de l'honorer, et particulièrement les oeuvres de charité.
2. L'arrivée du peuple qui vint à Béthanie, pour voir Lazare que Notre Seigneur avait ressuscité, et le dessein que les sacrificateurs formèrent de faire mourir Lazare aussi bien que Jésus-Christ, prouvent, d'un côté, la vérité de ce miracle, et font voir de l'autre que la méchanceté des principaux des Juifs était à son comble et qu'il n'y avait plus rien à espérer d'eux.
3. On a une autre preuve de cette résurrection de Lazare dans les acclamations du peuple qui alla au-devant de Jésus-Christ lorsqu'il entra à Jérusalem, puisque saint Jean remarque que cette troupe rendait témoignage qu'il avait tiré Lazare du tombeau. Notre Seigneur voulut alors recevoir des hommages qu'il avait refusés auparavant, et il souffrit qu'on le reconnût publiquement pour le Messie. Mais il parut dans cette occasion dans une grande simplicité, n'ayant à sa suite que des personnes du commun, et étant monté sur un âne, selon que Zacharie l'avait prédit. Il en usa de la sorte afin qu'aucune des marques que les prophètes avaient données au Messie ne lui manquât, et pour faire voir que l'humilité et la douceur étaient son caractère, et que le règne qu'il allait établir serait spirituel et céleste.

Au reste, si les disciples de Jésus-Christ et le peuple firent éclater leur joie et leur reconnaissance en l'accompagnant à Jérusalem, nous sommes encore plus obligés à adorer ce grand Rédempteur et à bénir Dieu continuellement, à la vue de tant de merveilles qu'il a faites, et de tant de preuves qu'il nous a données de sa puissance et de son amour.

CHAPITRE 12:20-50

Saint Jean rapporte ici quatre choses:
1. Ce que Jésus-Christ dit, lorsque de certains étrangers, qui étaient venus à Jérusalem pour la fête de Pâques, demandèrent à le voir.
2. Que Dieu, fit entendre alors une voix du ciel, et qu'à cette occasion Notre Seigneur parla de sa mort et de l'établissement de son règne; mais que les Juifs ne comprirent pas ses discours.
3. Saint Jean remarque que, bien que Notre Seigneur eût fait tant de miracles, les Juifs ne crurent point en lui, et que cette incrédulité avait été prédite par le prophète Ésaïe.
4. Enfin l'évangéliste rapporte quelques exhortations que Jésus-Christ adressa aux Juifs avant sa mort, dans lesquelles il marque ce qui arriverait à ceux qui recevraient sa doctrine et à ceux qui la rejetteraient.

  I. 20-26;
 II. 27-36;
III. 37-43;
IV. 44-50.

RÉFLEXIONS

1. Le sens de ce que Jésus-Christ répondit, lorsque des étrangers demandèrent à le voir, était qu'il se ferait bientôt connaître à tous les hommes, mais qu'auparavant il devait mourir, comme le froment doit être mis dans la terre et y germer, avant qu'il puisse pousser et produire du grain en abondance. Le Seigneur ajouta qu'il en serait de ses disciples comme de lui-même, et que tous ceux qui voulaient le suivre devaient se disposer aux souffrances et à la mort; mais il promet aussi d'élever ceux qui croiraient en lui et qui le serviraient fidèlement, à la même gloire où il allait être élevé. Les Juifs ne comprirent pas bien ce discours de Notre Seigneur mais il n'a rien d'obscur pour nous.
2. En ce temps là Jésus, frappé de l'horreur de la mort qu'il était sur le point d'endurer, pria Dieu son père de faire voir sa gloire d'une manière éclatante, et de montrer qu'il était son Fils. Sur quoi Dieu fit entendre une voix du ciel qui déclara que ce que Jésus venait de demander s'accomplirait. Ce prodige arriva dans le temps que Notre Seigneur allait être crucifié, pour lever le scandale de sa croix et pour faire connaître qu'il était véritablement le Fils de Dieu.

C'est pourquoi aussi Jésus-Christ dit alors que le règne de satan allait être détruit, qu'il attirerait bientôt tous les hommes à lui, et que ce serait là un des fruits de sa mort. L'évènement ne tarda pas à vérifier la divinité de cette prédiction.
3. Saint Jean, faisant réflexion sur l'incrédulité des Juifs, remarque que la plupart ne crurent point en Jésus-Christ, et que clé ceux qui le regardaient comme le Messie, il y en eut plusieurs qui n'osèrent pas le témoigner ouvertement, parce qu'ils craignaient les pharisiens et qu'ils aimaient mieux la gloire des hommes que celle de Dieu. C'est là ce qui arrive ordinairement, lorsque l'Évangile est annoncé aux hommes. Il y en a qui le rejettent; d'autres sont touchés en quelque manière de son excellence, mais ils n'osent pas faire une profession ouverte de la vérité et de la piété, étant retenus par la crainte, par une mauvaise honte, ou par d'autres passions.
4. Enfin nous devons faire bien de l'attention à ce que Jésus-Christ déclara aux Juifs sur la fin de sa vie et dans le temps qu'ils allaient être privés de sa présence. Il leur dit qu'il était venu, pour les éclairer et pour les conduire à la vie, qu'ils devaient marcher dans la lumière avant que les ténèbres les surprissent, et que ceux qui n'écouteraient pas sa parole seraient jugés par cette même parole qu'ils auraient rejetée.

C'est là une déclaration qui s'adresse à tous ceux à qui Jésus-Christ a donné la connaissance de son Évangile, et qui nous avertit de profiter de cette divine lumière pendant qu'elle nous éclaire, de peur que nous ne soyons surpris par les ténèbres, et que l'Évangile, qui nous est annoncé, ne soit un jour le fondement de notre condamnation.

CHAPITRE 13

Jésus-Christ
lave les pieds à ses apôtres, et il les exhorte à l'humilité et à la charité.
Il déclare que Judas le livrerait aux Juifs.
Il parle à ses disciples de son départ;
il leur recommande de s'aimer les uns les autres, et il prédit que saint Pierre le renierait.

  I. 1-17;
 II. 18-30;
III. 31-35;
IV. 36-38.

RÉFLEXIONS

1. Lorsque le Fils de Dieu lava les pieds à ses apôtres, peu avant sa mort, le but de cette action, si extraordinaire et si surprenante, était de leur montrer combien il les aimait et de leur donner un exemple d'humilité, afin de leur apprendre à s'aimer mutuellement, à se regarder tous comme égaux, et à ôter de leurs esprits toutes les pensées d'un règne temporel et de la gloire du monde.

C'est là un exemple de charité et d'humilité que nous devons bien considérer, et qui est d'une grande efficace pour nous rendre véritablement humbles et pour nous inciter à nous aimer sincèrement les uns les autres.

Si Jésus-Christ, qui est le maître et le Seigneur, s'est abaissé jusqu'à laver les pieds à ses disciples, ce qui était l'office des serviteurs et des esclaves, il n'y a rien que nous devions estimer trop bas, lorsqu'il s'agit de s'acquitter des devoirs de la charité et d'édifier le prochain. C'est à quoi le Sauveur du monde nous appelle, par ces paroles qu'il prononça dans cette occasion: Je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait; si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les fassiez.
2. Notre Seigneur trouva à propos de déclarer, en présence des apôtres, que l'un d'eux le livrerait aux Juifs, afin que, lorsque Judas le trahirait, ils reconnussent que cela devait arriver pour accomplir les desseins de la Providence. Cependant Jésus-Christ ne donna pas à connaître Judas à tous les apôtres, parce qu'il ne voulait pas qu'on l'empêchât d'exécuter son entreprise.

De là il paraît clairement que Jésus-Christ n'ignorait rien de ce qui devait lui arriver, et qu'il connaissait les pensées des hommes les plus secrètes. Il prévoit la trahison de Judas, mais il n'en est point l'auteur; c'est l'avarice de ce disciple infidèle qui le pousse a une action si noire; et il ne laisse pas d'achever ce qu'il avait résolu, quoique Jésus l'eût averti et lui eut fait comprendre qu'il connaissait son dessein. C'est ainsi que Dieu prévoit les péchés que les hommes sont sur le point de commettre, sans que pourtant Il en soit la cause, il les avertit, mais quand ils s'obstinent, il les laisse faire.
3. Nous voyons ici que Jésus-Christ, étant sur le point de quitter ses disciples, leur recommanda sur toutes choses de s'aimer les uns les autres; il leur dit que c'était là son grand commandement, qu'il allait leur donner l'exemple de cet amour, en souffrant la mort pour eux, et que la charité serait la marque à laquelle on les reconnaîtrait pour ses disciples.
Notre principal devoir est donc de nous aimer cordialement et de vivre dans la paix et dans la concorde, sans quoi il ne nous appartient pas de porter le glorieux nom de chrétiens.
4. Enfin la prédiction que Jésus-Christ fit du reniement de saint Pierre est une nouvelle preuve qui fait voir que rien n'est caché à Notre Seigneur, et qu'il connaît mieux les hommes qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. Saint Pierre ne se croyait pas capable de cette infidélité; il y tomba pourtant cette même nuit-là. Après un tel exemple, il n'y a personne qui ne doive être dans une continuelle défiance de soi-même et dans les sentimens d'une profonde humilité.

CHAPITRE 14

Ce chapitre et les deux suivans contiennent l'entretien que Jésus-Christ eut avec ses disciples, le soir avant sa passion. Son but. dans ces discours, était de les consoler, d'affermir leur foi, et de les remplir de courage et de zèle, afin qu'ils ne fussent pas scandalisés de sa mort, et que dans la suite ils fussent en état d'annoncer l'Évangile sans craindre la haine du monde.

Dans le chapitre XIV Jésus-Christ
1. parle aux apôtres de la gloire où il allait être élevé et où il les élèverait un jour.
2. Il leur dit que ses miracles devaient les convaincre que Dieu l'avait envoyé et qu'ils feraient eux-mêmes des miracles aussi grands que les siens. Il les exhorte à garder ses commandemens;
3. il leur promet de leur envoyer le Saint-Esprit; il les assure qu'ils le reverraient bientôt, et il leur parle du bonheur de ceux qui persévéreront dans son amour et qui garderont sa parole.
4. Enfin il leur donne sa bénédiction et sa paix, et il les exhorte à se réjouir de son départ. Ce discours étant achevé, il sortit de Jérusalem et il s'en alla avec les apôtres vers le mont des Oliviers.

  I. 1-6;
 II. 7-14;
III. 15-26;
IV. 27-31.

RÉFLEXIONS

On voit en général, dans ce chapitre et dans les suivans, le grand amour que Jésus-Christ avait pour ses disciples, et dont il était aussi animé envers tous ceux qui l'aiment et qui croient en lui.

Voici les devoirs à quoi ce discours de Notre Sauveur nous engage: C'est
1. de penser sans cesse à la gloire où il a été élevé dans le ciel et où il a déclaré qu'il voulait nous recevoir; d'aspirer à cette gloire en suivant le chemin qui y conduit, et de nous attacher inviolablement à lui, puisqu'il est lui-même le vrai chemin qui mène à la vie.
2. Le second devoir, qui est aussi l'abrégé de toute la religion, est d'aimer ardemment Notre Seigneur et de montrer la sincérité de cet amour en gardant ses commandemens.
3. La promesse, que Jésus-Christ faisait, d'envoyer son Esprit après son départ, ne regardait pas les seuls apôtres à qui cet Esprit Saint devait communiquer le don de faire des miracles; elle regarde aussi tous les Fidèles, dans le coeur desquels Notre Seigneur envoie son Esprit de sainteté et de consolation. Ainsi nous devons implorer l'assistance et la conduite de cet Esprit, et afin que nous puissions l'obtenir, purifier nos coeurs de l'amour du monde, Jésus-Christ ayant déclaré que le monde ne peut connaître ni recevoir l'Esprit de Dieu.
4. Il faut considérer que, comme Notre Seigneur promettait à ses disciples de leur revenir à eux après sa résurrection, il reviendra aussi au dernier jour, qu'alors ses élus seront remplis de consolation et de joie, et qu'en attendant ce retour glorieux, notre grand soin doit être de persévérer dans son amour et dans l'obéissance à ses divins préceptes. Jésus-Christ nous apprend, sur la fin de ce chapitre, qu'il se communique et qu'il s'unit d'une manière tout-à-fait intime et salutaire à tous ceux qui l'aiment et qui gardent sa parole; qu'il les comble de ses grâces, et qu'il leur accorde sa bénédiction et sa paix. La considération de tous ces précieux avantages doit nous enflammer d'amour pour ce Rédempteur charitable, et nous persuader que tout notre bonheur dépend de lui être fidèles, de l'aimer, et de demeurer à jamais dans sa communion.

CHAPITRE 15

Notre Seigneur fait quatre choses dans ce chapitre.
1. Il représente, par la comparaison d'un cep et des sarmens, la communion qu'il y a entre lui et ses disciples.
2. Il les exhorte à persévérer dans cette communion et dans son amour, et à garder ses commandemens, particulièrement à s'aimer les uns les autres.
3. Il leur dit qu'il les avait choisis pour aller annoncer l'Évangile par toute la terre avec un merveilleux succès.
4. Il les avertit qu'ils seraient exposés à la persécution et à la haine du monde; mais pour les encourager, il leur représente qu'il avait lui-même éprouvé cette haine, et il leur promet l'assistance du Saint-Esprit qu'il voulait leur envoyer après son départ.

  I. 18;
 II. 9-15;
III. 16-17;
IV. 18-27.

RÉFLEXIONS

Voici les réflexions qu'il y a à faire sur les quatre parties de ce chapitre.
1. La première, qui contient la similitude du cep et des sarmens, tend à nous apprendre combien l'union que les Fidèles ont avec Jésus-Christ est étroite et avantageuse; elle marque que tout notre bonheur dépend de cette union; qu'il faut avoir part à l'esprit et à la vie de Jésus, pour porter des fruits qui tendent à la gloire de Dieu et qui répondent à l'avantage que nous avons d'être ses disciples, et que ceux qui ne lui sont pas unis par la foi et qui ne portent point de fruit seront retranchés et jetés au feu, comme des sarmens inutiles.
2. La seconde partie de ce chapitre nous enseigne que notre grand et principal devoir est de demeurer dans l'amour de Jésus-Christ, de garder ses commandemens, et surtout de nous aimer les uns les autres, nous proposant pour cet effet sans cesse l'exemple du grand amour qu'il nous a porté et qui l'a engagé à donner sa vie pour nous.
3. Ce que Jésus-Christ disait aux apôtres, qu'il les avait choisis pour aller établir son règne dans tout le monde, est une preuve bien claire de la conversion de tant de peuples. Mais nous devons aussi considérer que Jésus-Christ nous a élus et appelés, afin que nous travaillions chacun de nous de tout notre pouvoir à avancer sa connaissance et son règne.
4. La dernière partie de ce chapitre nous apprend deux choses:
1. l'une, que le monde hait souvent ceux qui aiment Jésus-Christ et qui vivent selon la piété, mais qu'il ne faut pas le trouver étrange, puisque Notre Seigneur a aussi été exposé à cette haine du monde;
2. l'autre, qu'après que Jésus-Christ a parlé et que l'Évangile a été annoncé aux hommes, ceux qui demeurent dans l'incrédulité et dans la corruption n'ont aucune excuse, puisqu'ils rejettent le témoignage, du Fils de Dieu, celui du Saint-Esprit et celui des apôtres, et qu'ils ferment volontairement les yeux à la vérité.

CHAPITRE 16

Jésus-Christ
1. continue à avertir les apôtres qu'ils devaient se préparer à être persécutés, et même à souffrir la mort.
2. Pour les consoler de la tristesse que son départ leur causait, il leur promet le Saint-Esprit, et il leur dit que cet Esprit Saint condamnerait le monde incrédule et les mettrait en état de connaître plus parfaitement les vérités qui leur avaient été enseignées, et de les annoncer aux hommes.
3. il ajoute à cela qu'il allait les quitter pour un peu de temps, mais qu'il reviendrait bientôt à eux, lorsqu'il serait ressuscité; qu'alors ils seraient comblés de joie, qu'il leur accorderait de nouvelles grâces, et qu'il leur ferait obtenir les dons les pins précieux.
4. Ce discours de Jésus-Christ consola les apôtres et servit à l'affermissement de leur foi.

  I. 1-4;
 II. 5-15;
III. 16-28;
IV. 29-33.

RÉFLEXIONS

On doit considérer sur ce chapitre,
1. premièrement que comme les apôtres devaient être exposés à de grandes persécutions, les vrais Fidèles doivent s'attendre à ressentir les effets de la haine de ceux qui ne connaissent et qui n'aiment pas Jésus-Christ;
2. qu'il a été nécessaire pour notre bien que Jésus-Christ quittât le monde, afin qu'il entrât dans sa gloire, qu'il envoyât le Saint-Esprit et qu'il établît son règne.
3. Ce que Notre Seigneur disait, que le Saint-Esprit convaincrait le monde de péché, de justice et de jugement, signifie que la prédication des apôtres convaincrait les Juifs d'une incrédulité volontaire, et les rendrait inexcusables; qu'elle montrerait que Jésus était le Fils de Dieu, et qu'elle détruirait le règne du diable. Tout cela arriva en effet après l'ascension de Notre Seigneur, et fit voir à toute la terre que sa doctrine venait de Dieu.
4. Les excellentes promesses que Jésus-Christ faisait aux apôtres, de les remplir abondamment des dons du Saint-Esprit et de ses lumières, furent aussi accomplies dans ce temps-là, et l'on en vit les effets par les fruits merveilleux de leur prédication.
5. Les apôtres ne comprirent pas ce que Jésus-Christ voulait marquer, lorsqu'il leur disait que bientôt ils ne le verraient plus, mais que dans peu ils le reverraient, qu'il s'en irait à son Père, et qu'alors ils seraient pleinement consolés. Mais ces paroles, de même que les précédentes, furent parfaitement éclaircies, par sa résurrection, par son ascension et par les suites glorieuses qu'elle eut.

Ces promesses, qui affermirent la foi des apôtres, doivent aussi fortifier la nôtre et nous faire penser que, quoique Jésus-Christ soit maintenant absent de nous, ce n'est pas pour toujours; que si nous persévérons dans son amour, il nous fera obtenir de Dieu les grâces les plus salutaires, et que, comme il revint à ses apôtres après sa résurrection, il reviendra aussi à nous lors de son second et dernier avènement, pour nous introduire dans la gloire de son royaume.

CHAPITRE 17

C'est ici la prière que Jésus-Christ présenta à Dieu, son père, avant que de souffrir la mort, et elle a trois parties.
1. Jésus-Christ prie pour soi-même, et il demande d'être reçu dans la gloire céleste, afin que Dieu en fût glorifié.
2. Il prie pour les apôtres qu'il allait quitter, et il demande à son père de les protéger et de les sanctifier, afin qu'ils pussent persévérer dans la foi et prêcher l'Évangile par tout le monde sans crainte des persécutions.
3. 3. Il prie pour tous ceux qui croiraient en lui et qui recevraient la prédication des apôtres, et il souhaite que les apôtres et tous les Fidèles soient toujours unis avec lui et entr'eux, par la foi et par la charité, et qu'ils soient un jour reçus dans la gloire où il était sur le point d'entrer, pour être éternellement avec lui.

  I. 1-5;
 II. 6-19;
III. 20-26.

RÉFLEXIONS

Il y a deux considérations à faire sur la première partie de cette prière, que le Sauveur du monde fit avant que d'être crucifié.
1. Il nous y apprend que la religion chrétienne consiste à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé, et que c'est là le seul moyen d'obtenir la vie éternelle; par où nous voyons que la foi en Dieu et en Jésus-Christ est d'une absolue nécessité pour parvenir au salut. On voit de plus ici le grand zèle de Notre Seigneur pour la gloire de Dieu, et la glorieuse récompense qu'il attendait après ses souffrances. À l'exemple de Notre Sauveur, nous devons être animés du même zèle, et glorifier Dieu sur la terre autant que nous en sommes capables, afin qu'il nous reçoive dans la gloire qu'il a préparée à ses élus avant la création du monde.
2. On découvre dans cette prière le grand amour que Notre Seigneur portait à ses disciples, et avec combien d'ardeur et de tendresse il les recommandait à la protection de Dieu, son père, avant que de les quitter. L'évènement fit voir que les prières de Notre Seigneur furent exaucées, puisqu'à la réserve de Judas, dont Jésus-Christ avait prévu l'infidélité les apôtres persévérèrent tous dans la vérité qu'ils avaient embrassée, et qu'ils s'employèrent avec un zèle et un succès admirable à la conversion des hommes.
3. Ce que nous devons surtout remarquer ici, et qui nous regarde principalement, c'est que Notre Seigneur priait non-seulement pour les apôtres, mais aussi pour tous ceux qui croiraient en lui et qui recevraient leur prédication.

L'on voit en cela combien les vrais Fidèles sont chers à Jésus-Christ, le soin qu'il prend d'eux, et le désir qu'il a de les rendre participans de la gloire où il est présentement; ce qui doit remplir tous ceux qui aiment véritablement le Seigneur Jésus d'une ferme confiance et d'une joie indicible. Mais il faut bien remarquer que Jésus-Christ ne priait ainsi que pour les vrais Fidèles, et qu'il a déclaré qu'il ne priait point pour les gens du monde et pour les incrédules !

Si donc nous voulons être du nombre de ceux pour lesquels Jésus-Christ a fait cette prière et pour qui il intercède dans le ciel, il faut se séparer du monde et être unis à Notre Seigneur par une vraie foi, et avec nos prochains par une sincère charité, et persévérer ainsi dans la communion de Dieu, notre père, et de Jésus-Christ, notre Sauveur, jusqu'à la fin de notre vie.

CHAPITRE 18

Jésus-Christ
est pris dans le jardin;
il est ensuite conduit devant le conseil des Juifs,
et après cela devant Pilate, qui refusa d'abord de le condamner.
On voit enfin dans ce chapitre le reniement de saint Pierre.

  I. 1-11;
 II. 12-14 et 19-24;
III. 28-40;
IV. 15-18 et 25-27.

RÉFLEXIONS

Il y a quatre choses principales à considérer dans ce chapitre:
1. la première, que Jésus-Christ renversa par terre, d'une seule parole qu'il prononça, ceux qui venaient pour le prendre. Saint Jean remarque que Notre Seigneur donna cette marque de sa puissance, pour mettre en sûreté ses apôtres qui étaient avec lui, et pour obliger ceux qui venaient le saisir à les laisser aller sans leur faire aucun mal. Il fit aussi voir par là qu'il aurait pu, s'il l'eût voulu, éviter la mort.
2. La deuxième réflexion regarde la conduite de saint Pierre, qui mit l'épée à la main pour défendre son maître, et qui peu après le renia. Voilà qui marque que cet apôtre avait du zèle, mais que ce zèle n'était ni assez éclairé ni assez affermi.

D'où il faut tirer ces deux instructions:
1. l'une, que si Notre Seigneur blâma ce que saint Pierre fit dans une occasion qui paraissait si légitime s'agissant de s'opposer à ceux qui vouaient ôter injustement la vie à son maître, toutes les actions de violence et de vengeance sont défendues, qu'il n'y a rien qui puisse les autoriser, et que la patience et la douceur sont le caractère des disciples de Jésus-Christ.
2. L'autre instruction est que ceux qui ont du zèle et de bonnes intentions sont capables de faire de très-grandes chutes, lorsqu'ils présument d'eux-mêmes et qu'ils n'ont pas recours à la vigilance et à la prière, pour se garantir des tentations. C'est ce qu'il faut aussi observer sur le reniement de saint Pierre.
3. Dans la manière dont on procéda contre Notre Seigneur, lorsqu'il parut devant le conseil des Juifs, on voit bien clairement que Jésus-Christ était innocent, et que les Juifs ne cherchaient que des prétextes pour le condamner. Mais on y remarque aussi que Notre Seigneur voulut bien se soumettre à leur jugement, quoiqu'injuste, qu'il souffrit tous les outrages qu'on lui fit, et qu'il marqua dans cette occasion une patience et une douceur admirables. C'est là un grand exemple de patience et de résignation pour tous les chrétiens.
4. Il faut remarquer enfin que, lorsque Jésus-Christ fut présenté à Pilate, ce gouverneur ne voulut pas d'abord le condamner, et qu'ayant demandé à Notre Seigneur s'il était le roi des Juifs, Jésus répondit qu'il était roi, mais que son règne n'était point de ce monde. Ces circonstances servent à faire voir l'innocence de Jésus-Christ. Outre cela, cet aveu qu'il fit en présence de Pilate nous apprend qu'il faut toujours faire une franche confession de la vérité, quand même nous devrions nous attirer par là la haine du monde, imitant en cela le Seigneur Jésus-Christ, lequel, comme saint Paul le remarque (I. Tim. VI. 13.), fit cette belle confession devant Pilate, et dit qu'il était venu au monde pour rendre témoignage à la vérité, quoique cet aveu dût être la cause de sa condamnation et de sa mort.

CHAPITRE 19:1-16

Pilate
condamne Jésus-Christ à être fouetté, et il le fait traiter avec indignité et avec mépris par les soldats, croyant apaiser par là les sacrificateurs et les principaux des Juifs.
Il leur déclare qu'il le trouvait innocent, et il tâche de lui sauver la vie; mais les Juifs continuant à demander sa mort, il consent enfin qu'il soit crucifié.

RÉFLEXIONS

Dans l'histoire de la condamnation de Jésus-Christ, nous devons considérer la conduite de Pilate, celle des Juifs, et celle de Notre Seigneur.
1. On voit dans la conduite de Pilate le caractère d'un juge inique. Quoiqu'il crût Jésus innocent, il le fit fouetter et traiter avec indignité. Il pensait contenter les Juifs par là et les engager à consentir que Jésus ne fût pas crucifié. Mais les Juifs voyant la mollesse de Pilate et les égards qu'il avait pour eux, le pressèrent davantage; et ce fut ainsi que ce gouverneur, après avoir déjà commis une injustice en condamnant Jésus à la peine du fouet, s'engagea à en commettre une autre encore plus criante en le condamnant à la mort.

Les égards que l'on a pour les méchans les rendent plus entreprenans et plus hardis; quand on a une fois commencé à faire le mal, on va toujours plus loin; un péché conduit à un autre péché encore plus grand, et l'on en vient enfin aux derniers degrés du crime. Tout cela nous montre combien il y a de danger d'agir contre les lumières et la conviction de sa conscience, d'avoir des complaisances dans des choses mauvaises, et de chercher des ménagemens et des accommodemens, lorsqu'il s'agit de faire son devoir et de s'opposer au mal.
2. La conduite des Juifs, qui ne purent être apaisés, ni par les remontrances de Pilate, ni parce que Jésus avait souffert, et qui continuèrent à demander qu'il fût crucifié, prouve leur fureur et leur injustice, et fait voir que, quand les hommes se laissent aller à leurs passions et qu'ils ont une fois pris un parti, quelque méchant qu'il soit, ils n'écoutent plus rien, et qu'ils s'y affermissent de plus en plus, jusqu'à ce qu'ils soient venus à bout de leurs desseins.
3. Enfin la grande patience, la modération et la douceur avec laquelle Notre Seigneur se soumit à tout ce que Pilate et les Juifs firent d'injuste et de cruel contre lui, doivent faire bien de l'impression sur nous. C'est là une preuve de son grand amour, et un exemple qui a beaucoup de force pour nous rendre patiens, doux, modérés et soumis à la volonté de Dieu, dans tous les maux qui pourraient nous arriver, et même lorsque nous souffririons par un effet de la malice et de l'injustice des hommes.

CHAPITRE 19:17-42

Saint Jean fait ici le récit du crucifiement, de la mort et de la sépulture de Notre Seigneur.

RÉFLEXIONS

L'histoire de la passion et de la mort de notre Sauveur doit être considérée et méditée dans ces trois vues principales:
1. comme un sacrifice qu'il a offert à Dieu pour expier nos péchés, pour nous délivrer de la mort, et pour nous acquérir le droit à la vie éternelle;
2. comme un engagement à aimer ce Rédempteur charitable qui nous a tant aimés, et à renoncer au péché qu'il s'est proposé de détruire par sa mort;
3. comme un exemple de patience et d'humiliation, que nous devons nous proposer sans cesse pour modèle.

Outre ces considérations générales, il faut faire ces quatre réflexions particulières sur les circonstances de cette histoire:
1. que l'écriteau, qui fut mis sur la croix de Jésus-Christ en trois langues, faisait connaître à tout le monde la cause de sa condamnation, et par ce moyen son innocence;
2. que les diverses circonstances de sa passion et de sa mort, comme le partage de ses habits, sa soif, ses os qui ne furent point brisés, son côté percé, avaient été marquées dans les oracles du Vieux Testament. Ainsi les Juifs devaient reconnaître par tout ce qui se passait alors, que Jésus était le Messie promis par les prophètes; et c'est de quoi nous devons être pleinement convaincus par cette admirable conformité qu'il y a entre les prédictions du Vieux Testament et ce qui est arrivé à Notre Seigneur.
3. Ce que Jésus-Christ dit de dessus la croix, pour recommander la Sainte Vierge à saint Jean, marque la tendresse et les soins de Notre Seigneur envers sa bienheureuse mère, et en même temps son amour pour cet apôtre.
4. On doit remarquer, dans le récit de la sépulture Jésus-Christ, le courage et la hardiesse de Joseph qui, dans le temps que Jésus vient d'être condamné et de mourir, se déclare hautement pour lui, de même que Nicodème qui avait autrefois été timide. Les circonstances de cette sépulture servent aussi à prouver la vérité de sa mort et de sa résurrection.
5. Enfin la pensée que Jésus-Christ a été enseveli doit nous apprendre à ne craindre ni le sépulcre ni la mort, puisque nous savons que, si nous mourons comme lui, nous ressusciterons aussi, comme il ressuscita le troisième jour après sa mort.

CHAPITRE 20

Jésus étant ressuscité,
se montre premièrement à Marie-Magdelaine,
ensuite aux apôtres en l'absence de Thomas,
et après cela à Thomas lui-même.

  I. 1-18;
 II. 19-25;
III. 26-31.

RÉFLEXIONS

1. Nous apprenons, dans ce chapitre, que Jésus-Christ étant ressuscité se fit voir premièrement à Marie-Magdelaine et après cela à tous les apôtres.

Marie-Magdelaine fut d'abord informée de la résurrection de Notre Seigneur par l'apparition des anges, et elle eut la première la consolation de le voir ressuscité. Ce fut là une récompense de sa piété et de son attachement à Jésus-Christ; et c'est ainsi que Dieu a accoutumé de se communiquer à ceux qui l'aiment et qui le cherchent sincèrement.
2. Il parait, par le récit de saint Jean, que les apôtres ne crurent pas d'abord la résurrection de Notre Seigneur, et qu'ils n'en furent pleinement persuadés qu'après qu'il leur en eut donné des preuves certaines et réitérées. C'est ce que l'on voit surtout par l'exemple de Thomas, qui ne voulut pas croire que Jésus fût ressuscité, à moins qu'il ne le vit et qu'il ne touchât ses mains et son côté, mais qui fut ensuite convaincu de cette vérité, qu'il avait d'abord refusé de croire, et qui reconnut Jésus-Christ comme son Seigneur et comme son Dieu.

Toutes ces différentes apparitions de notre Sauveur servent à prouver la vérité de sa résurrection, et à confirmer la sincérité du témoignage que les saints apôtres ont rendu sur ce sujet.
3. Jésus-Christ étant ainsi ressuscité, nous ne pouvons pas douter qu'il ne soit le Fils de Dieu et qu'il n'ait parfaitement expié nos péchés par sa mort; nous avons surtout dans cette résurrection une image et un gage certain de la nôtre, ce qui doit fortifier puissamment notre foi et nous remplir d'espérance et de joie. Il faut aussi que la foi en Jésus-Christ ressuscité nous purifie et nous sanctifie, et qu'à l'imitation de Marie et des apôtres qui eurent une si grande joie de le revoir et qui marquèrent tant de zèle et tant d'amour pour lui, nous l'adorions comme Notre Seigneur et notre Dieu, en sorte que, marquant par notre obéissance la sincérité tic notre foi, nous parvenions par ce moyen au bonheur qu'il promet à tous ceux qui auront véritablement cru en lui.

CHAPITRE 21

Jésus se manifeste
aux apôtres près de la mer de Tibériade, et il leur donne des preuves de sa résurrection.
Il confirme saint Pierre dans l'apostolat, et il lui prédit ce qui devait lui arriver et à saint Jean; et c'est par là que finit l'Évangile.

 I. 1-14;
II. 15-25.

RÉFLEXIONS

1. On voit premièrement, dans ce chapitre, que Notre Seigneur voulut assurer les apôtres de sa résurrection, non-seulement en se montrant à eux et en mangeant en leur présence, mais en leur faisant voir des marques de sa puissance divine; cela doit nous persuader de plus en plus de cette grande vérité, de laquelle toute notre consolation dépend.
2. Jésus-Christ avant que de confirmer saint Pierre dans la charge d'apôtre, lui demanda par trois fois s'il l'aimait. Il exigea de lui ces trois déclarations, afin que cet apôtre sentit d'autant mieux le péché qu'il avait commis en le reniant par trois fois, et qu'il réparât le scandale qu'il avait donné par sa chute.

Cette conduite de Notre Seigneur montre qu'il ne nous reçoit en grâce que lorsque nous confessons nos péchés, que nous les réparons, et que nous rentrons dans notre devoir.

Mais ce qu'il demande de nous sur toutes choses, c'est que nous l'aimions de tout notre coeur; et l'on ne mérite pas d'être appelé son disciple, si l'où ne peut lui dire comme saint Pierre: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime.
3. Après que cet apôtre eut fait cette déclaration, Jésus-Christ le confirma dans l'apostolat; il lui dit de paître ses brebis, et il lui prédit même qu'il souffrirait le martyre; ce qui marquait que la fidélité de saint Pierre serait désormais à toute épreuve.

Dieu pardonne toujours à ceux qui se repentent véritablement, il leur accorde même de nouvelles grâces; mais le devoir de ceux à qui il a ainsi pardonné est de lui marquer leur fidélité pendant toute leur vie, par un zèle et par un attachement inviolable.
4. Enfin le Seigneur prédit que saint Jean demeurerait jusqu'au temps de sa venue; cela signifiait que cet apôtre vivrait jusqu'à ce qu'il eût vu la destruction de Jérusalem et la ruine des Juifs. Ce fut là un privilège que Jésus-Christ voulut accorder à ce disciple qu'il aimait.

Cette promesse fut accomplie: saint Jean parvint à une vieillesse fort avancée; il vécut long-temps après tous les autres apôtres, et environ trente, ans après la ruine de Jérusalem; et il vit avant sa mort l'accomplissement de tout qu'il avait entendu dire à Notre Seigneur touchant cette ruine et l'établissement de son règne.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online