Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.


ÉVANGILE SELON SAINT LUC

Cet Évangile a été écrit, environ vingt ans après l'Ascension de Jésus-Christ, par saint Luc, qui fut disciple et compagnon de saint Paul, et qui le suivit dans ses voyages.

CHAPITRE 1:1-38

Un ange
annonce à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste,
et six mois après, le même ange annonce à la Sainte Vierge celle de Notre Seigneur.

 I. 1-25;
II. 26-38.

RÉFLEXIONS

Ce qu'il y a à considérer sur la première partie de cette lecture regarde la naissance de Jean-Baptiste et son ministère.

Sur la naissance, il est à remarquer qu'elle eut quelque chose d'extraordinaire et de surnaturel. Il naquit d'un père avancé en âge et d'une mère âgée et stérile; Dieu fit annoncer cette naissance par un ange, et Zacharie qui ne pouvait la croire en fut assuré par un miracle que Dieu fit en le rendant muet.
Tout cela tendait à faire voir que Jean-Baptiste serait un homme extraordinaire et envoyé de Dieu; cette naissance était aussi une image et un prélude dé celle de Jésus-Christ, qui devait être encore plus miraculeuse, puisqu'il devait naître d'une vierge.

Pour ce qui est du ministère de Jean-Baptiste, il faut bien considérer ce que l'ange dit à Zacharie pour l'instruire de ce que son fils devait être un jour. Il lui annonça que ce fils serait rempli du Saint-Esprit, qu'il irait devant le Seigneur, que, comme un autre Élie, il ramènerait les hommes à Dieu et à la vie des justes par l'austérité de sa vie, par son autorité, par son grand zèle, et par la force de ses exhortations, et qu'il les préparerait ainsi à recevoir le Messie dont il serait le précurseur. Recueillons de là cette instruction importante que le dessein de Dieu, en envoyant Jean-Baptiste et ensuite Jésus-Christ, a été de convertir les hommes, de les retirer de leurs péchés, et d'en faire un peuple saint et adonné aux bonnes oeuvres.

Dans ce que l'ange dit à la bienheureuse Vierge, lorsqu'il lui annonça qu'elle serait la mère de Jésus-Christ, nous avons principalement à remarquer ces deux choses.
1. L'une, que le corps de Notre Seigneur fut formé de la substance de la Vierge par la vertu du Saint-Esprit,
2. et l'autre, que ce Jésus, qui devait naître de Marie, serait le Fils de Dieu; qu'on le verrait élevé à une très-grande gloire, et qu'il régnerait éternellement.

Ces paroles de l'ange nous enseignent donc que la naissance de Jésus-Christ a été miraculeuse et toute sainte, qu'il a véritablement pris notre nature, qu'il a été un homme semblable à nous, mais parfaitement saint et séparé des pécheurs.

Il est à remarquer enfin que la sainte Vierge eut d'abord de la peine à croire ce que l'ange vint lui annoncer, mais qu'après l'avoir entendu, elle ne douta pas que ce que Dieu lui avait fait dire n'arrivât. C'était là une preuve de sa foi et de sa piété, et c'est ainsi que nous devons ajouter foi aux promesses que Dieu nous fait dans sa parole, étant pleinement persuadés qu'il ne manquera jamais de puissance et de moyens pour les accomplir, quelque difficulté que nous voyions dans leur exécution.

CHAPITRE 1:39-80

Saint Luc rapporte:
1. La visite que la Sainte Vierge rendit à Élisabeth, et le cantique qu'elle prononça dans cette occasion;
2. la naissance de Jean-Baptiste, et le cantique de Zacharie, son père.

RÉFLEXIONS

Il faut considérer sur cette lecture, que la Sainte Vierge ayant été avertie pas l'ange Gabriel qu'Élisabeth, sa cousine, était aussi enceinte par un miracle, elle alla incontinent la voir, et qu'elle fut de plus en plus confirmée, par ce moyen, dans la croyance où elle était que le Messie naîtrait d'elle, selon que Dieu le lui avait fait dire. Mais ce qui doit principalement être remarqué, c'est le cantique que Marie prononça alors. On voit dans ce cantique la reconnaissance et la joie dont elle était transportée, dans le sentiment de la grâce que Dieu lui avait faite de la choisir pour être la mère du Messie; on y découvre sa profonde humilité, et en même temps sa foi, et la ferme persuasion qu'elle avait, que Dieu allait racheter son peuple et accomplir les promesses qu'il avait faites d'envoyer le Rédempteur. Ceci nous engage à honorer la mémoire de la Sainte Vierge, et à célébrer son bonheur, selon qu'elle le dit elle-même; à imiter sa piété, sa foi et ses autres vertus; à nous abaisser, comme elle, devant Dieu, dans le sentiment de ses grâces et de notre indignité; et surtout à louer Dieu de ce qu'il a envoyé au monde Jésus-Christ son Fils notre Sauveur, selon les promesses qu'il en avait faites autrefois par les prophètes.

Pour ce qui est de la naissance de Jean-Baptiste, elle fut accompagnée de diverses circonstances très-remarquables. Zacharie son père recouvra alors la parole par un miracle, et le bruit de cette naissance se répandit de tous côtés, en sorte que chacun attendait avec impatience ce que serait un jour cet enfant.

Tous ces événemens furent dispensés par la providence, afin de préparer les Juifs à regarder Jean-Baptiste comme un homme envoyé de Dieu, à recevoir sa prédication, et à croire au témoignage qu'il devait rendre à Jésus-Christ.

Enfin, dans le cantique que Zacharie prononça par l'inspiration du Saint-Esprit, on doit remarquer ces trois choses:
1. Sa joie, sa reconnaissance, et les actions de grâces qu'il rendit à Dieu de ce que le temps était venu auquel il délivrerait son peuple.
2. Zacharie fait voir ici une foi admirable. Quoique le Messie ne fût pas encore né, il est pourtant fermement persuadé qu'il allait être manifesté, et que le fils qui venait de lui naître serait son précurseur.
3. Enfin Zacharie marque, dans ce cantique, le but de la venue de Jésus-Christ, par ces mots: Après avoir été délivrés de nos ennemis, nous servirons Dieu sans crainte, dans la sainteté et dans la justice, tous les jours de notre vie.

Nous devons, comme Zacharie, et même beaucoup plus que lui, bénir Dieu de ce qu'il nous a sauvés par Jésus-Christ, et célébrer sa miséricorde, aussi bien que sa fidélité et la vérité de ses promesses. Et puisque Notre Seigneur est venu pour nous consacrer au service de Dieu, il est de notre devoir de répondre au dessein de sa venue, en servant Dieu fidèlement, et en vivant dans la sainteté et dans la justice, pendant tout le temps de notre vie.

CHAPITRE 2:1-20

C'est ici l'histoire de la naissance de Jésus-Christ.

RÉFLEXIONS

1. La première considération qu'il faut faire sur l'histoire de la naissance de Notre Seigneur, c'est que le Messie devant naître à Bethléhem, suivant les prophéties, la Providence y conduisit la Sainte Vierge, de la Galilée où elle demeurait, dans le temps qu'elle était prête à accoucher; et cela par le moyen d'un édit de l'empereur Auguste, qui avait ordonné qu'on fit un dénombrement de tous ses sujets, et que chacun se rendit pour cet effet dans la ville d'où il était originaire.
2. La seconde réflexion est, que Notre Seigneur naquit dans la bassesse et dans un état de pauvreté, étant né dans une hôtellerie, et ayant été couché dans une crèche. Dieu voulait faire connaître par là, à l'avance, que Jésus-Christ ne vivrait et ne régnerait pas dans la gloire et dans la pompe; que son règne serait tout spirituel, et que l'humilité et la pauvreté seraient son caractère.
3. Ce fut pour les mêmes raisons que cette naissance fut premièrement annoncée à des bergers, qui étaient des gens simples et d'une condition obscure, et non à des personnes riches et distinguées dans le monde. En tout cela les chrétiens ont de grandes leçons d'humilité. Il faut cependant remarquer que la naissance de Jésus fut rendue illustre, par l'apparition des anges et par le cantique qu'ils firent entendre dans les airs.
4. Enfin Dieu voulut que les bergers allassent à Bethléhem, pour voir l'enfant Jésus, et pour informer la sainte Vierge de tout ce qu'ils avaient vu et entendu de merveilleux, et qu'ensuite ils le publiassent partout, afin que cela servît à exciter l'attente des Juifs, et à les disposer à recevoir Jésus-Christ.

Toutes ces circonstances de la nativité de Notre Seigneur doivent fortifier notre foi et nous remplir de consolation et de joie. Nous devons surtout joindre nos louanges à celles des bergers et des saints anges, et bénir Dieu avec eux de ce que le Sauveur nous est né, et de ce que par ce moyen la paix a été donnée à la terre, et que la bonne volonté de Dieu envers les hommes a été si clairement manifestée.

CHAPITRE 2:21-53

Saint Luc rapporte
la circoncision de Jésus-Christ,
sa présentation au temple, et les actions de grâces que Siméon et Anne la prophétesse rendirent alors à Dieu.
Il récite ensuite comment Jésus-Christ, âgé de douze ans, fut trouvé dans le temple au milieu des docteurs.

 I. 21-40;
II. 41-52.

RÉFLEXIONS

1. Il faut remarquer en premier lieu ce qui est dit ici de la circoncision de Jésus-Christ, de sa présentation au temple, de la purification de la Vierge, et de l'offrande qu'elle fit selon la coutume. Dieu voulut que toutes ces choses fussent observées après que Notre Seigneur fut né, parce qu'elles étaient prescrites par la loi, et afin qu'il n'y eût rien en lui, d'où les Juifs pussent prendre avec raison occasion de le rejeter.
2. La grande joie que Siméon et Anne la prophétesse témoignèrent alors, et les louanges qu'ils rendirent publiquement à Dieu, sont une preuve de leur foi à de leur zèle. Surtout, cela marque que la naissance de Jésus-Christ est l'événement le plus heureux et le plus salutaire qui soit jamais arrivé, et qu'ainsi elle doit faire à jamais la matière de notre joie et de nos actions de grâces, d'autant plus que ce que Siméon avait dit dans son cantique a été accompli, et que nous sommes de ceux dont le Messie devait être le salut et la lumière.
3. Ce que Siméon dit à la Sainte Vierge de la gloire de son Fils, aussi bien que des contradictions et des souffrances auxquelles il serait exposé, tendait à lui faire connaître que le règne de Jésus ne serait par un règne temporel, et à le voir rejeté par les Juifs et nus à mort.

Pour nous nous devons apprendre de là que Jésus-Christ devait être reçu par les uns et rejeté par les autres, et que si sa venue est salutaire à ceux qui le reçoivent avec foi , elle est une occasion de scandale et de ruine pour les incrédules.
4. Ce qui arriva à Jésus-Christ, à l'âge de douze ans, lorsqu'il fut trouvé au temple au milieu des docteurs, est la seule circonstance qui soit venue à notre connaissance de l'histoire de sa vie, depuis sa naissance et son retour d'Égypte, jusqu'au commencement de son ministère. Cette particularité a été conservée, parce qu'elle montre qu'on voyait en lui, dès sa première jeunesse, des lumières, une sagesse et un zèle extraordinaire, qui faisaient voir qu'il serait un jour revêtu de l'esprit de Dieu, dans une mesure riche et abondante. Et par là Dieu voulait commencer à le faire connaître aux Juifs, et les disposer à profiter de son ministère, lorsqu'il l'exercerait au milieu d'eux.

CHAPITRE 3

Ce chapitre comprend trois choses:
la prédication de Jean-Baptiste,
le baptême de Jésus-Christ
et sa généalogie.

  I. 1-20;
 II. 21-22;
III. 23-38.

RÉFLEXIONS

Saint Luc nous apprend ici premièrement, qu'avant que Notre Seigneur parût, Jean-Baptiste fut envoyé, selon que les prophètes l'avaient prédit, pour préparer les Juifs à la recevoir. C'est ce qu'il fit, en prêchant la repentance, en exhortant le peuple à croire en celui qui viendrait après lui, en baptisant ceux qui recevaient sa doctrine, en dénonçant aux Juifs incrédules et impénitens, que, quoi qu'ils fussent les enfans d'Abraham, ils n'éviteraient pas la colère à venir, et que des pierres même Dieu susciterait d'autres enfans à Abraham; ce qui signifiait que les payens seraient appelés à leur place.

Tout cela tendait à faire comprendre aux Juifs que le règne du Messie allait être manifesté; mais que ce serait un règne tout spirituel et du ciel, et non un règne de la terre, comme ils l'avaient cru, et que personne n'aurait part aux avantages de ce règne que ceux qui s'adonneraient à la sainteté et à la vertu.

Ces instructions nous regardent aussi bien que les Juifs; elles font voir que sans l'amendement on ne saurait être disciple de Jésus-Christ, et qu'il ne reçoit dans son Église et dans son royaume que ceux qui font des fruits dignes de repentance.

Jean-Baptiste déclare outre cela qu'il ne sert de rien d'appartenir à l'alliance de Dieu et de marquer même au-dehors quelque zèle; mais qu'il faut montrer par les effets et par les oeuvres la sincérité de sa foi, et que les impénitens, non plus que les hypocrites, n'échapperont pas à la vengeance divine. L'exemple de ceux qui allaient écouter Jean-Baptiste et qui lui demandaient ses conseils, nous instruit aussi de notre devoir. Le caractère des vrais pénitens est de confesser franchement leurs péchés, de rechercher les instructions dont ils ont besoin, et de les suivre avec docilité.

Outre cela, les divers conseils que Jean-Baptiste donnait au peuple, aux péagers et aux soldats, nous montrent que chacun de nous doit s'acquitter fidèlement des devoirs de sa vocation, et éviter les péchés et les tentations dans lesquelles elle peut nous engager; et qu'en particulier il faut exercer la charité, et renoncer à l'avarice, à l'injustice, à la violence, et à la tromperie.

Ce qu'il faut considérer sur ce baptême de Jésus-Christ, c'est que Dieu voulut qu'il fût baptisé par Jean-Baptiste, et que dans cette occasion le Saint-Esprit descendit sur lui, et qu'on entendit une voix du ciel, afin que Jean-Baptiste lui-même, les Juifs et tous les hommes, regardassent Notre Seigneur comme le Fils de Dieu, et celui auquel il faut obéir.

Pour ce qui est de la généalogie de Jésus-Christ, que saint Luc rapporte, il faut savoir qu'elle est différente de celle de saint Matthieu; parce que saint Matthieu rapporte la généalogie de Joseph, l'époux de la Sainte Vierge, par Salomon fils du roi David; au lieu que saint Luc fait celle de la Vierge, par Nathan aussi fils de David. Jésus passait pour fils de Joseph, et il était tel selon la loi; mais il descendait d'Héli, et il était son fils, c'est-à-dire son petit-fils par Marie sa mère, qui était fille d'Héli. Mais ces deux généalogies s'accordent, en ce qu'elles font descendre notre Seigneur du roi David et du patriarche Abraham, ce qui est un des caractères auquel on devait reconnaître le Messie.

CHAPITRE 4:1-15

Saint Luc fait ici l'histoire du jeûne et de la tentation de Notre Seigneur, et il rapporte de quelle manière il commença à exercer son ministère dans la Galilée.

RÉFLEXIONS

1. Le jeûne de Jésus-Christ fut pour lui une préparation à l'exercice de son ministère, en quoi il ressembla à Moïse, qui avait aussi jeûné quarante jours, lorsque Dieu lui donna ses lois sur le Mont de Sinaï. Si Jésus-Christ a voulu jeûner, lui qui n'avait pas besoin de le faire pour se mortifier, nous ne devons pas négliger une pratique aussi utile que celle-là, nous à qui l'abstinence et la mortification sont si nécessaires.
2. Il faut savoir que, quand il est dit que le diable tenta Jésus-Christ, cela signifie qu'il voulut éprouver si Jésus était le Fils de Dieu; et Dieu permit que Notre Seigneur fut ainsi tenté, avant que de commencer à prêcher l'Évangile et à faire des miracles; afin que le diable étant convaincu que Jésus était véritablement le Fils de Dieu, il reconnût sa puissance, et que les démons obéissent aux ordres de Notre Seigneur, lorsque dans la suite il les chasserait de ceux qui en étaient possédés.

Le but de cette tentation était donc de montrer que Jésus-Christ était le Fils de Dieu, et qu'il venait au monde pour détruire le règne du diable.

À cette considération générale il faut en ajouter deux particulières.
1. L'une, que nous devons résister aux tentations, et surtout ne nous laisser jamais tenter par la défiance du secours de Dieu, ou par une présomption téméraire, ou par l'amour de la gloire et des biens du monde.
2. L'autre considération regarde le moyen de résister aux tentations. La retraite de Jésus-Christ dans le désert, son jeune, et la manière dont il repoussa les assauts du démon, nous enseignent, que la retraite, le jeûne, la prière, et la parole de Dieu, sont les moyens les plus efficaces, pour vaincre les tentations et pour rendre inutiles tous les efforts des ennemis de notre salut.

CHAPITRE 4:16-44

Notre Seigneur se trouvant à Nazareth un jour de sabbat dans la synagogue,
il y lut un oracle d'Ésaïe, qui marquait que Dieu enverrait le Messie, et qu'il le remplirait de son esprit, pour annoncer aux hommes les bonnes nouvelles du salut; et il montre que cet oracle était accompli en sa personne.
Il reprocha ensuite aux habitans de cette ville-là leur incrédulité, ce qui les irrita tellement, qu'ils voulurent le précipiter du haut d'une montagne; mais il échappa à leur fureur.
Il se rendit de là à Capernaüm, où il guérit un homme possédé du démon, la belle-mère de saint Pierre et plusieurs autres malades.
Il parcourut ensuite la Galilée en faisant des miracles et en prêchant l'Évangile.

 I. 16-30;
II. 31-44.

RÉFLEXIONS

Voici quel était le sens et le but du discours que Jésus-Christ fit dans la synagogue de Nazareth.
1. C'était premièrement de montrer que, puisqu'il était revêtu des dons du Saint-Esprit, et qu'il annonçait aux hommes l'heureuse nouvelle du salut, l'oracle d'Ésaïe qui est rapporté dans ce chapitre trouvait son accomplissement en lui.
2. Il voulait faire comprendre aux habitans de cette ville, parmi lesquels il avait été élevé, que leur incrédulité était cause qu'il ne faisait pas parmi eux les mêmes miracles qu'il avait faits ailleurs; tout de même qu'autrefois les prophètes Élie et Élisée avaient fait des miracles en faveur des étrangers plutôt qu'en faveur de ceux de leur nation.

Par là nous pouvons voir que ceux qui ont le plus d'occasions et de moyens de connaître la vérité, sont souvent ceux qui en profitent le moins. Mais cela montre aussi que Dieu prive de sa grâce et de sa présence salutaire ceux qui s'en rendent indignes.

La résolution que les habitans de Nazareth prirent de précipiter Jésus-Christ, est une nouvelle preuve de cette incrédulité qu'il leur avait reprochée, et de leur ingratitude. C'est ainsi que les pécheurs s'irritent contre ceux qui leur disent la vérité et qui leur reprochent leurs vices. Cependant Jésus-Christ donna une marque de sa puissance infinie, en échappant à la fureur de ces malheureux, qui voulaient lui ôter la vie.
3. Enfin les divers miracles, dont nous avons le récit sur la fin de ce chapitre, et par lesquels Notre Seigneur commença à se faire connaître dans la Galilée, et le soin qu'il eut de parcourir les villes de ces pays-là en annonçant l'Évangile, sont des preuves sensibles de son grand zèle, de sa puissance sans bornes, de la charité dont il était animé envers les hommes, et de la divinité de sa doctrine.

CHAPITRE 5

Saint Luc fait le récit
1. d'une pêche miraculeuse que Notre Seigneur fit faire à saint Pierre;
2. de la guérison d'un lépreux;
3. de celle d'un paralytique;
4. il rapporte la vocation de Lévi, qui était l'apôtre saint Matthieu, et ce que Jésus répondit à ceux qui trouvaient mauvais qu'il mangeât avec les pêcheurs, et que ses disciples ne jeûnassent pas comme ceux de Jean-Baptiste.

  I. 1-11;
 II. 12-16;
III. 17-26;
IV. 27-32;
 V. 33-39.

RÉFLEXIONS

On doit admirer la sagesse de Jésus-Christ aussi bien que sa puissance, dans la pêche miraculeuse dont nous avons ici l'histoire. Il fit ce miracle, pour confirmer saint Pierre et quelques-uns de ses collègues dans leur vocation de charge d'apôtre, et pour les assurer que leur ministère produirait de grands fruits.

Ce miracle dut faire d'autant plus d'impression sur eux, que Notre Seigneur l'ayant fait dans une chose qui regardait leur profession, puisqu'ils étaient pêcheurs, ils sentirent mieux la grandeur de cette merveille. Ce fut aussi l'effet qu'elle produisit sur saint Pierre qui, saisi d'admiration et de crainte à la vue de ce qui était arrivé, abandonna tout dès-lors pour suivre Notre Seigneur, ce que saint Jacques et saint Jean firent aussi.

Dans l'histoire du lépreux, on remarque que ce fut par sa foi et par ses prières qu'il obtint sa guérison, et que Notre Seigneur le renvoya au sacrificateur, et lui ordonna de présenter ce qui était prescrit par la loi de Moïse en pareil cas. Il en usa ainsi, pour faire voir d'autant mieux aux sacrificateurs la certitude du miracle qu'il venait de faire, et pour montrer qu'il observait tout ce que Dieu avait commandé dans sa loi.

Il y a ceci de particulier dans l'histoire du paralytique, que Jésus-Christ, avec la santé du corps lui accorda le pardon de ses péchés, et qu'il déclara qu'il avait le pouvoir de le faire, Nous devons reconnaître par là que Jésus-Christ a une souveraine autorité sur tous les hommes. Et comme ce fut la foi de ceux qui présentèrent ce paralytique à Notre Seigneur qui l'engagea à le guérir, cela nous montre que la foi est d'une grande vertu,
Celui qui veut ressentir les effets de la grâce de Dieu doit avoir de la confiance; et de toutes les grâces celle qui est la plus nécessaire, et que l'on obtient le plus sûrement de Jésus-Christ, c'est le pardon et la délivrance des péchés.

La vocation de saint Matthieu, qui était péager, ou receveur des impôts, fait voir que Notre Seigneur se choisit des apôtres et des disciples parmi des personnes qui étaient regardées avec aversion par les Juifs, comme les péagers.

À l'exemple de saint Matthieu, qui quitta son emploi dès que Jésus l'appela, il faut suivre la vocation divine, aussitôt qu'elle nous est adressée, et renoncer sans hésiter à tout ce qui pourrait y être un obstacle. Ce que Jésus-Christ dit aux pharisiens qui s'offensaient de le voir dans la compagnie des pécheurs, nous enseigne que le salut des pécheurs a été le but de sa venue au monde, mais qu'ils ne peuvent être sauvés sans la repentance; que ceux qui sont animés de l'esprit de Jésus-Christ ont une grande joie, lorsque Dieu ramène des pécheurs de leurs égaremens, et qu'ils recherchent avec empressement les occasions de les en retirer.

Enfin il faut savoir que, si Notre Seigneur n'obligeait pas ses disciples à jeûner, comme les disciples de Jean-Baptiste, on ne doit pas croire que Jésus-Christ et Jean-Baptiste fussent d'un sentiment différent sur le jeûne, ou que ces jeûnes que les disciples de Jean-Baptiste pouvaient bien observer, fussent au-dessus des forces des disciples de Notre Seigneur. La différence qu'il y avait à cet égard venait uniquement de ce que Jésus-Christ fréquentait toutes sortes de personnes sans distinction, et dans toutes les occasions qui se présentaient, au lieu que Jean-Baptiste menait une vie retirée. Mais cependant le Seigneur déclare qu'après son départ, ses disciples seraient appelés, non-seulement au jeûne, mais à de grandes souffrances, et que s'il ne les appelait pas encore alors à souffrir, c'était pour ménager leur faiblesse. De là nous devons recueillir que, bien loin que Jésus-Christ condamne le jeûne et une vie mortifiée, et qu'il permette à ses disciples de chercher les plaisirs ou de satisfaire leurs sens, il les appelle au contraire à vivre dans la sobriété, dans la mortification, et à porter leur croix.

CHAPITRE 6:1-19

Notre Seigneur
justifie ses disciples, qui étaient blâmés d'avoir arraché et mangé des épis de blé en un jour de sabbat;
il guérit un homme qui avait une main sèche,
et il établit les douze apôtres.

  I. 1-5;
 II. 6-11;
III. 12-19.

RÉFLEXIONS

La réflexion que nous devons faire sur ce que Notre Seigneur dit aux pharisiens, qui se scandalisaient de ce que ses disciples avaient arraché des épis de blé en un jour de sabbat, et de ce qu'il avait guéri lui-même en un semblable jour un homme qui avait une main sèche, c'est que les hypocrites et ceux que l'envie possède sont prompts à condamner les autres; ils blâment ce qui est innocent et permis, et même quelquefois des actions nécessaires et louables; et pendant qu'ils manquent aux devoirs les plus essentiels, qui sont toujours ceux de la piété et de la charité, ils sont scrupuleux dans les choses de petite importance.

Nous devons donc apprendre d'ici à nous éloigner de l'hypocrisie, de la superstition et des jugemens téméraires, et à nous attacher toujours à ce que la religion a de plus important, et à une piété solide éclairée, accompagnée de charité. Cela nous montre de plus, qu'il ne faut jamais omettre des oeuvres saintes et nécessaires, sous prétexte qu'il se trouve des personnes qui en jugent mal, et que l'appréhension de scandaliser des gens mal disposés ne doit jamais nous empêcher de faire notre devoir.

Ce qu'il y a à remarquer sur la vocation des apôtres, c'est que ces saints hommes, que le Seigneur choisit, pour être les dépositaires de sa grâce et pour convertir le monde, étaient des personnes simples et peu considérables. Ainsi l'on voit dans ce choix la vertu toute-puissante de Jésus-Christ, qui les revêtit des dons nécessaires pour un tel emploi, et la divinité de sa doctrine.

La mémoire de ces premiers ministres de l'Évangile doit être précieuse parmi les chrétiens; nous devons louer Dieu des grandes choses qu'il a faites par leur moyen, recevoir la doctrine qu'ils ont enseignée et qui est contenue dans leurs écrits, et pratiquer les saints commandemens qu'ils nous ont laissés en qualité d'apôtres de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, auquel l'obéissance, la louange et la gloire doivent être rendues aux siècles des siècles. Amen.

CHAPITRE 6:20-49

C'est ici un discours de Notre Seigneur, dans lequel il parle
de ce qui fait le bonheur ou le malheur des hommes;
de la charité; du soin qu'on doit avoir de conserver la paix;
de l'amour pour les ennemis;
des jugemens téméraires, et de quelques autres devoirs.
Et il conclut ce Il discours, en montrant par une similitude, qu'il ne sert de rien d'écouter sa parole, si on ne fait pas ce qu'il nous commande.

RÉFLEXIONS

Voici un discours qui renferme plusieurs belles instructions.
1. La première, que ceux qui sont pauvres, affligés, méprisés et persécutés, et qui avec cela sont humbles, patiens et pieux, sont les vrais disciples de Jésus-Christ; qu'ils seront heureux en ce monde et en l'autre; et qu'au contraire ceux que l'on croit les plus heureux, parce qu'ils vivent dans l'abondance et dans la joie, et que le monde les aime et les estime, sont très-misérables.
2. La seconde instruction est que nous devons aimer tous les hommes, même ceux qui ne nous aiment pas, leur rendre le bien pour le mal, et souffrir quelque injure ou quelque tort, plutôt que de nous venger, ou que d'avoir des disputes et des procès.
Jésus-Christ nous dit encore sur ce sujet, que si nous n'aimons que ceux qui nous aiment, nous ne valons pas mieux que les payens; mais que nous devons être miséricordieux et faire du bien à chacun, afin de ressembler à notre Père céleste, qui est bon envers les méchans et les ingrats.
3. Notre Seigneur défend les jugemens téméraires, et il dit que c'est une hypocrisie insigne que d'examiner et de censurer les défauts d'autrui, pendant qu'on ne se corrige pas de ses propres défauts, qui sont souvent plus grands que ceux des autres.
4. La quatrième instruction est renfermée dans ces paroles, que l'arbre se connaît par son fruit, et que c'est de l'abondance du coeur que la bouche parle. Cela veut dire que les hommes montrent ce qu'ils sont par leur conduite et par leurs discours, et que si nous voulons que nos actions et nos paroles soient bien réglées, nous devons purifier notre coeur.
5. Enfin Jésus-Christ déclare, de la manière la plus forte et la plus expresse, qu'il ne reconnaît point pour ses disciples ceux qui l'appellent leur Seigneur, et qui ne font pas ce qu'il commande.

Il montre, par la comparaison d'une maison bâtie sur le roc ou sur le sable, qu'il n'y a rien qui puisse ébranler ceux qui joignent à la connaissance de l'Évangile la pratique de leurs devoirs; au lieu que ceux qui se contentent d'écouter sa parole, et qui ne font pas ce qu'elle ordonne, ne sauraient résister aux tentations, ni parvenir au salut. Ce sont là les divines règles de la morale de Jésus-Christ; nous devons les avoir sans cesse devant les yeux, et les faire servir à notre avancement dans la piété.

CHAPITRE 7:1-23

Jésus-Christ
guérit le serviteur d'un capitaine payen,
ressuscite le fils d'une femme veuve, de la ville de Naïn;
et il répond aux disciples de Jean-Baptiste, qui étaient venus lui demander s'il était le Messie.

  I. 1-10;
 II. 11-17;
III. 18-23.

RÉFLEXIONS

1. Dans la guérison du serviteur du centenier, on doit remarquer, d'un côté, l'humilité de cet officier, qui étant païen de naissance, ne se croyait pas digne que Jésus-Christ entrât chez lui; et de l'autre, la grandeur de sa foi, qui paraît en ce qu'il était persuadé que Notre Seigneur, quoiqu'absent, pouvait guérir son serviteur par une seule parole. L'éloge distingué que Notre Seigneur fit de la foi de ce centenier, en disant qu'il n'avait pas trouvé parmi les Juifs une foi semblable à la sienne, et le miracle qu'il voulut bien faire en sa faveur, font voir que rien ne lui est plus agréable que la foi et l'humilité, et qu'une foi vive et un profond sentiment de notre indignité, sont le sûr moyen d'obtenir de lui les effets de sa miséricorde.
2. L'autre miracle, que Notre Seigneur fit en ressuscitant le fils de la veuve de Naïn, est un événement où le pouvoir de Jésus-Christ paraît d'une manière encore plus éclatante, de même que sa bonté et la compassion qu'il avait des personnes affligées. Ainsi nous avons dans cette histoire des motifs bien forts à la confiance; elle doit surtout nous remplir de consolation, et nous persuader pleinement que Notre Seigneur ayant ressuscité en divers occasions des personnes mortes, il a le pouvoir de nous rendre la vie après notre mort, et qu'il le fera infailliblement au dernier jour, selon ses promesses.
3. La réponse que Jésus-Christ fit aux disciples de Jean-Baptiste est remarquable. Étant interrogé s'il était le Messie, il ne leur répondit pas directement; mais il se contenta de faire des miracles en leur présence; ce qui montrait plus clairement qu'on devait le regarder comme le Messie, que s'il eût dit ouvertement qu'il l'était. On voit, dans cette conduite de Notre Seigneur, une sagesse admirable, puis qu'en ne prenant pas la qualité de Messie, ce qu'il a toujours évité de faire publiquement, il faisait cependant tout ce qu'il y avait de plus propre à convaincre les hommes qu'il était ce grand Rédempteur, que Dieu avait promis d'envoyer, et que les Juifs attendaient.

CHAPITRE 7:24-50

Notre Seigneur
parle de Jean-Baptiste, et il décrit la nature et l'excellence de son ministère.
Il se plaint que le plus grand nombre des Juifs, et surtout les pharisiens et les docteurs de la loi, avaient rejeté le ministère de Jean-Baptiste et le sien.
Étant à table chez un pharisien, il pardonne à une femme pécheresse.

RÉFLEXIONS

1. Le sens de ce que Jésus-Christ disait aux Juifs, touchant le ministère de Jean-Baptiste, était que, tout de même qu'ils n'avaient pas vu en Jean-Baptiste un homme qui partit avec la pompe qui accompagne les ministres des rois de la terre, mais seulement un grand prophète, aussi ils ne devaient pas s'étonner de le voir lui-même dans la bassesse, ni le rejeter à cause de cela. Par où il voulait leur faire comprendre que le règne du Messie n'aurait rien de charnel, ni de mondain; et les obliger à s'arrêter uniquement à ce qu'il y avait de spirituel et de divin dans sa doctrine.
2. Jésus-Christ dit dans cette occasion que, quelque grand que fût Jean-Baptiste, le moindre du royaume de Dieu, c'est-à-dire de ses vrais disciples, serait plus grand que lui. Notre Seigneur parlait ainsi, parce que les chrétiens connaissent bien mieux le Messie et les raisons de sa venue, que Jean-Baptiste ne les connaissait. Ces paroles, qui nous instruisent de nos avantages, doivent nous inciter à y répondre et à nous en rendre dignes.
3. On voit ici, que les personnes qui étaient les plus méprisées et les plus décriées parmi les Juifs, furent touchées des exhortations de Jean-Baptiste et de celles de Notre Seigneur; mais que les pharisiens, et ceux qui paraissaient les plus éclairés, avaient rejeté ces exhortations, disant que la vie de Jean-Baptiste était trop austère, et trouvant que celle de Jésus-Christ était trop relâchée, parce qu'il se rencontrait souvent avec les pécheurs.
Cet exemple montre que les personnes qui ont le coeur mal disposé trouvent à redire à tout; avec quelque précaution qu'on se conduise, on ne saurait éviter d'être condamné par ces gens-là; mais ceux qui ont le coeur bon profitent avec empressement des moyens que Dieu leur présente, pour leur édification et pour leur salut.
4. L'histoire de la pécheresse est tout-à-fait remarquable. Elle nous instruit de la nature de la vraie repentance et de son efficace.

1. On voit, dans cette femme pénitente, le modèle de cette profonde humilité avec laquelle les grands pécheurs doivent déplorer leurs égaremens; et de cette vive douleur qui pénètre l'âme, qui paraît au-dehors par la confession, par les larmes, et par toutes les marques d'une sincère componction et d'une confusion salutaire, et qui produit un entier renoncement au péché.
2. On remarque ici avec quelle bonté le Sauveur du monde reçoit les vrais pénitens, et leur pardonne leurs fautes. Ce qu'il dit au pharisien, qui croyait que Jésus n'était pas un prophète, puisqu'il souffrait que la pécheresse s'approchât de lui et lui baisât les pieds, tendait à lui faire connaître qu'il savait bien ce que cette femme était; mais qu'il ne rejetait pas les grands pécheurs, lorsqu'il les voyait véritablement repentans, et que l'on ne devait pas non plus les rejeter ni les mépriser.

Il faut enfin faire une attention particulière à ces paroles de Notre Seigneur, que celui à qui il est beaucoup pardonné l'aimera davantage. Il nous apprend par là que ceux à qui Dieu a pardonné de grands péchés doivent l'aimer avec plus d'ardeur, et même qu'ils peuvent parvenir à un degré considérable de sainteté. C'est là une doctrine bien propre à encourager les pécheurs, et qui doit les animer à l'amour de Dieu, et à l'étude de la sainteté et des bonnes oeuvres.

CHAPITRE 8:1-25

Cette partie du chapitre VIII de saint Luc renferme trois choses:
1. savoir la parabole de la semence;
2. la déclaration que Notre Seigneur fait que ses vrais disciples lui étaient aussi chers que ses plus proches pareils;
3. le miracle qu'il fit en apaisant une tempête.

  I. 1-18;
 II. 19-21;
III. 22-52.

RÉFLEXIONS

Le dessein de Jésus-Christ, dans la parabole de la semence, était d'apprendre à ceux qui l'écoutaient, que tous les hommes ne reçoivent pas la parole de Dieu de la même manière.

La semence qui tombe auprès d'un chemin représente les personnes qui sont entièrement endurcies, et qui ne reçoivent du tout point cette parole. Par la semence qui tombe parmi les pierres, Notre Seigneur décrit l'état de ceux sur qui la parole fait quelque impression, qui la goûtent d'abord et la reçoivent avec joie; mais qui, n'étant pas bien affermis, ne persévèrent pas et succombent aux tentations. La semence qui tombe parmi les épines, nous met devant les yeux l'état de ces auditeurs en qui l'Évangile ne produit pas son effet, parce que leur coeur est occupé par l'amour des richesses et des voluptés, et possédé par les soins de cette vie. Mais par la semence qui est reçue dans un bon champ, et qui y produit beaucoup de fruit, Notre Seigneur marque l'effet que la parole produit sur ceux qui la reçoivent dans un coeur honnête et bon, et qui en rapportent les fruits avec persévérance.

C'est une similitude à laquelle nous devons faire une sérieuse et continuelle attention. Jésus-Christ en la proposant a voulu nous engager, comme il le dit lui-même, à prendre garde à la manière dont nous écoutons la parole de Dieu, et à nous bien examiner, pour voir si nous en faisons un bon usage.

C'est à quoi nous oblige encore la déclaration que Notre Seigneur fit, lorsqu'on lui vint dire que sa mère et ses proches parens demandaient à lui parler. Nous devons voir, par ce qu'il dit alors, que ce qui nous fait surtout avoir part à son amour, c'est une grande attention et un grand zèle à écouter sa parole et à faire sa volonté. Ce qui nous unit ainsi à Jésus-Christ, est aussi ce qui doit nous unir le plus étroitement les uns avec les autres. Les liens de la piété sont encore plus forts que ceux de la nature; et de tous les hommes, ceux à qui il faut le plus donner son affection et son estime, sont ceux qui aiment véritablement le Seigneur Jésus-Christ, et qui gardent ses commandemens.

Nous voyons enfin ici que Notre Seigneur, qui avait fait tant de miracles pour la délivrance des personnes affligées, voulut aussi en faire un en faveur de ses apôtres, en les délivrant d'un grand danger, lorsqu'ils étaient prêts à périr sur l'eau. Les apôtres craignirent dans cette occasion, et le Seigneur voyant la faiblesse de leur foi, les en reprit; mais il ne laissa pas de les délivrer. Nos faiblesses n'empêchent pas que Dieu ne nous accorde les secours qui nous sont nécessaires, pourvu que nous ayons recours à lui, avec sincérité et humilité.

Ceux que Dieu aime peuvent se rencontrer dans de fâcheuses extrémités, et leur faiblesse peut alors les jeter dans la crainte; mais le Seigneur ne les abandonne jamais; et en quelque état qu'ils se trouvent, il les favorise toujours de son amour et de sa protection.

CHAPITRE 8:26-56

Jésus-Christ fait trois miracles.
Il délivre Un démoniaque;
il guérit une femme malade d'une perte de sang;
et il ressuscite une jeune fille.

  I. 26-42;
 II. 43-48;
III. 49-56.

RÉFLEXIONS

Ce qui est ici rapporté de l'état déplorable où était depuis Iong-temps ce démoniaque que Jésus-Christ délivra, et les diverses circonstances de cette histoire, font voir la certitude et la merveille du miracle que Notre Seigneur fit dans cette occasion; aussi bien que la grande miséricorde qu'il exerça envers lui.

La permission que Jésus-Christ donna aux démons d'entrer dans les pourceaux, est aussi une preuve de la grandeur et de la vérité de ce miracle, et du pouvoir souverain que Notre Seigneur avait sur les démons. On voit même ici que ces esprits malins le craignaient et le redoutaient comme leur juge. Jésus-Christ ayant délivré cet homme, lui ordonna de raconter aux siens la grâce que Dieu lui avait faite. C'est ainsi que nous devons reconnaître et publier les bontés du Seigneur envers nous, lorsqu'il nous accorde quelque délivrance ou quelque autre faveur particulière.
Au reste, il faut considérer que, si les hommes ne sont plus exposés au pouvoir du démon, comme l'étaient ceux que Notre Seigneur délivrait, ils peuvent tomber d'une autre manière sous la puissance de cet ennemi de notre salut. C'est l'état funeste de ceux dont l'Écriture dit, (Éphés. II. I-9; II. Tim. II. 26.) que le diable agit en eux avec efficace, et qu'ils ont été pris dans ses pièges, pour faire sa volonté.

Dans la guérison de cette femme qui était malade d'une perte de sang, l'on doit principalement faire attention à ses sentimens et à sa conduite. N'osant pas se présenter devant Notre Seigneur, pour lui demander sa guérison, elle se contenta de toucher son habit; ce qui marquait sa profonde humilité, et en même temps la grandeur de sa foi et la haute opinion qu'elle avait de la puissance de Jésus-Christ. La délivrance prompte et miraculeuse que le Seigneur lui accorda, ne manifeste pas seulement la vertu divine qui était en lui, elle nous apprend aussi qu'avec l'humilité et la foi, nous trouverons toujours auprès de Jésus-Christ les secours nécessaires pour notre salut. Plus on se croit indigne d'avoir part à la grâce de Dieu, et plus il est disposé, à la répandre sur nous. C'est encore une chose digne d'être remarquée, que Notre Seigneur connut que cette femme l'avait touché, quoiqu'elle ne se fût pas adressée à lui; on voit par là que rien n'était caché à Jésus-Christ, et que les miracles qu'il opérait ne se faisaient que par sa volonté.

La résurrection de la fille de Jaïrus est un effet encore plus considérable de la puissance infinie de Notre Seigneur; et ce miracle, de même que quelques autres semblables qu'il a faits, ne nous permettent pas de douter qu'il ne puisse ressusciter les morts, et qu'il ne fasse un jour cette même merveille en notre faveur, selon qu'il nous l'a promis.

CHAPITRE 9:1-27

Saint Luc rapporte,
1. l'envoi des douze apôtres dans la Judée, et les instructions que Notre Seigneur leur donna;
2. l'opinion que le roi Hérode avait de Jésus-Christ;
3. le miracle de la multiplication de cinq pains et de deux poissons;
4. l'entretien que Notre Seigneur eut avec les apôtres, lorsqu'il leur demanda quels sentimens ils avaient de lui; et ce qu'il leur dit pour les avertir de sa mort, et pour les préparer eux-mêmes aux souffrances.

  I. 1-6;
 II. 7-9;
III. 10-17;
IV. 18-27.

RÉFLEXIONS

Ce qu'il y a à considérer sur l'envoi des apôtres, c'est que Jésus-Christ leur ordonna d'aller devant lui dans la Judée, afin de répandre partout la bonne nouvelle de la venue du Messie, et de préparer les Juifs, par leur prédication et par leurs miracles, à le recevoir. Par là Il voulait aussi les préparer eux-mêmes à aller dans la suite annoncer l'Évangile par toute la terre. Ce que l'on doit surtout remarquer dans ce que Jésus-Christ leur dit, c'est que le ministère des serviteurs de Dieu n'est utile qu'à ceux qui les reçoivent, et que ceux qui les rejettent attirent sur eux une sévère mais juste condamnation. Il paraît d'ici, en second lieu, que l'on avait une haute opinion de Notre Seigneur parmi les Juifs, puisqu'on croyait que c'était Élie, ou quelqu'autre prophète; mais c'est une chose très-remarquable, qu'Hérode, qui était un prince impie, et dans les sentimens des sadducéens qui niaient la résurrection, croyait que Jean-Baptiste, qu'il avait fait mourir, était ressuscité.

On doit regarder cela comme un effet des remords que ce prince ressentait d'avoir fait mourir ce saint homme. Quoique les impies rejettent les vérités de la religion, ils ne sont jamais bien affermis dans leurs sentimens; et lorsque leur conscience se réveille, ils reconnaissent les mêmes vérités qu'ils avaient révoquées en doute et niées auparavant.

Le miracle que Jésus-Christ fit en multipliant cinq pains et deux poissons, pour donner à manger à plusieurs milliers de personnes, est l'un des plus illustres qu'il ait faits, puisque ces gens-là furent autant de témoins qui allèrent répandre partout le bruit de cette merveille; ce qui servit à confirmer puissamment la vérité de la doctrine de Jésus-Christ et sa mission divine, et à disposer un grand nombre de personnes à croire en lui.

Ce que nous devons recueillir de l'entretien que Notre Seigneur eut avec ses disciples sur les sentimens qu'on avait de lui, et sur ce qu'ils en pensaient eux-mêmes, c'est que la foi en Jésus-Christ consiste à le regarder comme le Messie et le Fils du Dieu vivant; qu'il était venu au monde pour souffrir et pour mourir; que personne ne peut être chrétien, s'il n'a premièrement appris à renoncer à soi-même et à porter sa croix, et si il n'est disposé à faire toujours une profession publique de sa foi; et enfin, que le salut ou la perte de l'âme est la chose la plus importante de toutes, et que, bien loin de nous mettre en danger de perdre notre âme en voulant gagner le monde, il n'y a rien que nous ne devions être prêts à sacrifier pour la sauver.

CHAPITRE 9:28-62

Notre Seigneur
est transfiguré en présence de trois de ses apôtres.
Il guérit un lunatique que ses disciples n'avaient pu guérir,
et il leur dit encore une fois qu'il serait condamné à la mort.
Il leur enseigne l'humilité, et il les blâme d'avoir empêché un homme qui ne les suivait pas, de chasser les démons en son nom;
il censure le zèle inconsidéré de deux de ses apôtres;
et il répond à trois personnes qui voulaient le suivre.

  I. 28-36;
 II. 37-42;
III. 43-45;
IV. 46-50;
 V. 51-56;
VI. 57-62.

RÉFLEXIONS

Nous avons, dans la transfiguration de Notre Seigneur et dans l'état de gloire où les apôtres le virent alors, une preuve convaincante de La vérité et de la divinité de l'Évangile, comme saint Pierre, qui fut présent à cette transfiguration, le remarque dans sa IIe Épître au chapitre I.

Moïse et Élie furent vus dans cette occasion avec Jésus-Christ, et les apôtres les entendirent s'entretenant avec lui de ce qu'il devait souffrir à Jérusalem, afin qu'il parût que c'était de lui que les prophètes avaient parlé. Dieu fit entendre une voix du ciel, après que Moïse et Élie se furent retirés, pour apprendre aux apôtres, et par leur moyen à tous les hommes, que désormais il ne fallait plus écouter que Jésus seul, et qu'il était infiniment plus grand que Moïse, qu'Élie, et que tous les prophètes. Enfin il parait d'ici que ces deux saints hommes, qui n'étaient plus au monde depuis plusieurs siècles, vivaient auprès de Dieu; d'où nous devons conclure que ceux qui ont servi Dieu fidèlement en cette vie, ne sont pas détruits ni anéantis par la mort.

On voit dans l'histoire du lunatique que la foi des apôtres était encore bien faible, comme Notre Seigneur le leur reprocha; mais cette foi se fortifia dans la suite, à mesure qu'ils furent mieux instruits et que leurs préjugés se dissipaient. Comme le peu de foi des apôtres fut cause qu'ils ne purent délivrer le lunatique, nos chutes et nos manquemens ne viennent que du défaut de foi; c'est pourquoi nous devons travailler à nous y affermir, et prier le Seigneur qu'il l'augmente de plus en plus en nous.

Les leçons d'humilité, que Notre Seigneur donnait à ses disciples, nous apprennent que les sentimens d'élévation, et l'amour de la gloire du monde sont indignes des chrétiens; qu'ils doivent au contraire chercher leur gloire dans l'humilité, et estimer tous ceux qui aiment Jésus-Christ, quand même ils seraient petits et méprisés dans le monde.

La réponse que Jésus-Christ fit à saint Jean, qui s'était opposé à un homme qui chassait les démons au nom de Jésus-Christ, parce que cet homme n'était pas à l'ordinaire avec les apôtres, nous enseigne qu'on ne doit jamais s'opposer, sous quelque prétexte que ce soit, à ceux qui travaillent sincèrement à l'avancement du règne de Notre Seigneur. Il faut faire cas de la piété partout où elle se trouve, puisque tout ce qui est bon ne peut venir que de Dieu. Il y a d'importantes considérations à faire sur la censure que Jésus-Christ adressa à saint Jacques et à saint Jean, lesquels, emportés par un zèle indiscret et par l'aversion que les Juifs avaient pour les samaritains, voulaient faire descendre le feu du ciel sur ces samaritains qui n'avaient pas voulu loger leur maître. Cela nous avertit de ne nous jamais laisser surprendre par l'esprit de vengeance, ni par un zèle faux et aveugle, tel qu'est toujours celui qui va à faire du mal aux hommes; mais d'être animés, comme Jésus-Christ l'a été, d'un esprit de douceur et de support envers tout le monde, et en particulier envers ceux qui ont d'autres sentimens que nous sur la religion.

Par les réponses que Notre Seigneur donna à ces trois personnes qui voulaient le suivre, il se proposait de leur faire connaître,
1. qu'il ne promettait point les commodités de cette vie à ses disciples;
2. qu'il faut être prêt à renoncer à tout pour l'amour de lui, même aux choses qui sont innocentes et légitimes, lorsqu'elles nous sont un obstacle à faire notre devoir;
3. que quand on s'est une fois engagé à son service, on doit suivre sa vocation et ne plus regarder du côté du monde.

CHAPITRE 10:1-24

Jésus-Christ choisit soixante et dix disciples;
1. il les envoie devant lui; il leur donne le pouvoir de faire des miracles, et les instructions nécessaires pour leur emploi; et il dénonce les jugemens de Dieu aux villes où il avait prêché et fait des miracles, et qui ne s'étaient pas amendées.
2. Les soixante et dix disciples rendent compte à Jésus-Christ du succès de leur voyage et de leur ministère et il prédit à cette occasion la chute du règne de satan.
3. Il loue Dieu de ce que l'Évangile était prêché et reçu par des personnes qui n'étaient pas distinguées ni considérées dans le monde; et il représente à ses disciples combien ils étaient heureux d'être instruits par lui des vérités de l'Évangile.

  I. 1-16;
 II. 17-20;
III. 21-24.

RÉFLEXIONS

1. Jésus-Christ, qui avait déjà choisi douze apôtres, voulut encore choisir soixante et dix disciples, qu'il envoya dans la Judée, afin de répandre plus promptement l'heureuse nouvelle de la venue du règne de Dieu, et afin qu'ils fussent dans la suite mieux en état d'aller prêcher sa doctrine dans tout le monde. Les instructions qu'il leur donna montrent que les serviteurs de Dieu doivent exercer leur charge avec fidélité, avec désintéressement et avec courage; que ceux qui ont le coeur bon et un esprit paisible les reçoivent, et que ceux qui refusent de les écouter seront inexcusables.
2. Les plaintes et les menaces que Jésus-Christ fait, contre ces villes de Galilée où il avait prêché et fait des miracles, nous avertissent que les peuples qui sont le plus favorisés des grâces du ciel, en abusent souvent d'une manière criminelle, et que ceux à qui Dieu fait annoncer sa parole, et qui n'en profitent pas, doivent s'attendre à la punition la plus sévère.
3. Sur ce que Jésus-Christ dit aux soixante et dix disciples, lorsqu'ils lui rendirent compte du succès de leur voyage et des miracles qu'ils avaient faits, il faut remarquer qu'il prédit la ruine prompte du règne de satan; ce qui arriva en effet peu après, par la prédication de l'Évangile. Il leur déclara de plus que, quoique ce fût un privilège bien glorieux pour eux de chasser les démons, ils devaient encore plus se réjouir de ce que leurs noms étaient écrits dans le ciel, c'est-à-dire de ce qu'ils étaient disciples de Jésus-Christ, et destinés à la gloire céleste. L'avantage d'appartenir à Dieu et d'être du nombre des vrais fidèles est infiniment plus considérable que le pouvoir de faire des miracles.
4. On doit aussi faire beaucoup d'attention aux louanges que Jésus-Christ rendait à Dieu, de ce que l'Évangile était reçu par les petits et par les humbles, pendant que les grands et ceux qui étaient regardés comme les plus sages le rejetaient. Ce n'est pas aux mondains et aux personnes qui sont remplies de la bonne opinion d'elles-mêmes que Dieu se révèle; c'est aux humbles et à ceux qui ont le coeur simple et droit.
5. Il faut bien remarquer ce que Notre Seigneur disait si fortement à ses disciples, qu'ils étaient heureux d'être instruits par lui et de connaître les vérités de l'Évangile, que les anciens prophètes ne connaissaient pas comme eux. Cet avantage nous est commun avec les apôtres; mais si nous ne profitons pas de notre bonheur, nous n'en serons que plus misérables, et il vaudrait mieux pour nous n'en avoir jamais joui.

CHAPITRE 10:25-42

Jésus-Christ
1. répond à un docteur de la loi qui lui avait demandé ce qu'il fallait faire pour avoir la vie éternelle.
2. Pour apprendre à ce docteur qu'il n'y a point d'homme qui ne soit notre prochain, il lui propose la parabole d'un homme qui était tombé entre les mains des voleurs.
3. Jésus étant allé loger dans la maison de Marthe et de Marie, il loue la piété de Marie, qui se tenait auprès de lui pour l'écouter.

  I. 25-28;
 II. 29-37;
III. 38-42.

RÉFLEXIONS

Cette lecture nous donne ces trois instructions.
1. La première, que le principal commandement de Dieu, et même l'abrégé de toute la religion, est d'aimer Dieu pardessus toutes choses, et d'aimer notre prochain comme nous-mêmes; que c'est là le moyen d'accomplir toute la loi et de s'acquitter de tous nos devoirs; et qu'ainsi c'est à quoi il faut s'attacher, si l'on veut parvenir à la vraie et solide piété, et par ce moyen à la vie éternelle.
2. La seconde, qu'il n'y a aucun homme qui ne soit notre prochain, et que nous ne devions aimer. C'est ce que Jésus-Christ enseigne par la parabole de ce Juif, qui ayant été blessé par des voleurs, ne fut secouru, ni par un sacrificateur, ni par un lévite, qui étaient juifs comme lui; mais qui fût assisté par un samaritain, qui était un étranger, et même d'une nation que les Juifs haïssaient.

Le but de Jésus-Christ était d'enseigner par là, que tous les hommes sans exception, même les étrangers et ceux qui ne nous aiment pas, sont nos prochains; que nous devons les aimer tous, leur faire du bien, et secourir les malheureux de tout notre pouvoir. C'était là une vérité claire et certaine, mais que les docteurs juifs les plus éclairés ne comprenaient pas bien.
3. La troisième instruction est prise de ce qui est dit dans ce chapitre de Marthe et de Marie. Le jugement que le Seigneur fit de la conduite de ces deux soeurs nous enseigne que notre principal soin doit être de nous attacher à lui et d'écouter sa parole; que les occupations de cette vie, quelque légitimes qu'elles soient, ne doivent jamais nous faire négliger la chose la plus importante, et la seule nécessaire; et que pour être heureux, il faut choisir, comme Marie, la bonne part, qui ne nous sera jamais ôtée.

CHAPITRE 11:1-28

Jésus-Christ
1. instruit ses disciples sur la prière.
2. Il guérit un démoniaque, et il répond aux pharisiens qui disaient que c'était par la puissance du diable qu'il chassait les démons.
3. Il propose la similitude d'un homme en qui le mauvais esprit rentre, après en être sorti.
4. Il parle du bonheur de ceux qui écoutent sa parole et qui la gardent.

  I. 1-13;
 II. 4-20;
III. 21-26;
IV. 27-28.

1. La première instruction que le Sauveur du monde nous donne ici concerne la prière, et en particulier l'Oraison Dominicale. Cette divine prière ayant Jésus-Christ pour auteur, et renfermant tout ce que nous devons demander de plus important, pour la gloire de Dieu, et ensuite pour nos besoins corporels et spirituels, nous devons la présenter à Dieu avec un singulier respect, avec toute l'attention possible, et en même temps avec une confiance toute particulière, puisqu'en demandant ce que Notre Seigneur nous ordonne de demander, nous ne pouvons pas douter que nos prières ne soient conformes à la volonté de Dieu.

Jésus-Christ nous a enseigné de plus que, si en priant les hommes avec instance on obtient d'eux ce qu'on souhaite, les prières obtiendront beaucoup plus de Dieu, qui est notre père, les véritables biens, qui sont les biens spirituels. Tout cela doit nous exciter fortement à prier avec zèle et à ne nous relâcher jamais dans ce saint exercice.
2. Nous voyons dans les pharisiens, qui attribuaient au diable les miracles que Jésus faisait par la vertu de l'Esprit de Dieu, que les gens qui ont un mauvais coeur, rendent inutiles les moyens les plus efficaces que Dieu emploie pour surmonter leur endurcissement, et que même ils ne font que s'affermir davantage dans leur malice.
3. La similitude du mauvais esprit, qui rentre dans un homme après en être sorti, signifie que les Juifs pour n'avoir pas profité de la présence et des miracles de Jésus-Christ, tomberaient dans un plus grand endurcissement, et qu'ils éprouveraient enfin la vengeance divine. C'est aussi ce qui arrive à tous ceux qui, après avoir reçu la grâce de Dieu, résistent à son opération et s'engagent de nouveau dans le péché.
4. Enfin la réponse que Notre Seigneur fit à cette femme qui admirait ses discours, nous enseigne que ce qu'il y a de plus glorieux et de plus avantageux pour nous, c'est d'entendre la parole de Dieu et d'en observer les préceptes. Cette importante instruction est renfermée dans ces paroles de Jésus-Christ: Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent.

CHAPITRE 11:29-54

Notre Seigneur
1. reprend l'incrédulité des Juifs, en proposant l'exemple des Ninivites et celui de la reine de Séba.
2. Il dit que cette incrédulité n'empêcherait pas que sa doctrine, qui était comme une lumière qui devait éclairer les hommes, ne fût annoncée; et il montre que, pour en profiter, il faut avoir un oeil pur et simple, c'est-à-dire l'esprit libre et dégagé de préjugés et de passions.
3. Étant prié à dîner chez un pharisien, il parle contre les pharisiens et les docteurs de la loi, il leur reproche leur hypocrisie, leur orgueil, et leur incrédulité; et il leur dénonce la malédiction de Dieu.

  I. 29-32;
 II. 33-36;
III. 37-115.

RÉFLEXIONS

1. Jésus-Christ nous enseigne ici par l'exemple de la reine de Séba et par celui des Ninivites, que ceux à qui Dieu a accordé un plus grand degré de lumières, et des avantages plus considérables pour le salut, doivent s'attendre à une condamnation plus sévère, s'ils négligent ces avantages, et s'ils persévèrent dans l'incrédulité.
2. Ce que Jésus-Christ disait de la chandelle qu'on met sur un chandelier, et de l'oeil qui est la lumière du corps, marquait deux choses:
1. l'une qu'il avait donné la connaissance de sa doctrine à ses disciples, afin qu'ils la répandissent partout;
2. et l'autre, que pour recevoir cette doctrine, et pour en connaître l'excellence, il faut que l'esprit soit bien disposé, et que le coeur soit pur et sincère.
3. Notre Seigneur reprochait aux pharisiens d'observer une pureté extérieure, d'affecter de grandes apparences de piété, d'humilité, et de zèle, de vertu, et de témoigner un grand respect pour la mémoire des prophètes; pendant qu'ils avaient le coeur plein d'avarice et d'orgueil, qu'ils persécutaient ceux que Dieu leur envoyait, et qu'ils empêchaient les hommes de croire en lui; à cause de quoi il les menace d'une totale ruine.

Cela montre combien on se rend coupable, lorsqu'on est possédé par l'avarice et par l'orgueil, lorsqu'on rejette la parole de Dieu, et qu'on en vient jusqu'à détourner les autres hommes de la foi et de la piété, ce qui est le comble de la malice.

Surtout, ce discours de Notre Seigneur nous apprend que Dieu a en horreur l'hypocrisie, et que ceux qui s'attachent à une pureté extérieure, et qui négligent la pureté du coeur et de la conscience, lui sont en abomination.

Étudions-nous donc à la vraie sainteté; souvenons-nous que Dieu regarde principalement à l'intérieur, et que le seul moyen de lui plaire est d'avoir un coeur droit et rempli de charité, d'être véritablement humbles, de recevoir sa parole avec soumission, et de contribuer de tout notre pouvoir à amener les autres hommes à la foi et au salut.

CHAPITRE 12:1-34

Ce chapitre
1. contient un excellent discours de Notre Seigneur, dans lequel il exhorte ses disciples à ne pas dissimuler les vérités qu'ils avaient apprises de lui, mais à les annoncer publiquement. Et afin que la crainte des hommes ne les en empêchât pas, il leur dit qu'ils ne devaient craindre que Dieu, et il leur promet de les protéger et de les assister, lorsqu'ils paraîtraient devant les grands qui monde.
2. À l'occasion d'un homme qui avait un différent avec un autre pour un héritage, il parle contre l'avarice. il fait voir, par la parabole d'un homme riche, la folie de ceux qui ne songent qu'à amasser du bien; il montre qu'on ne doit pas être en souci pour les nécessités de la vie, mais qu'il faut se reposer sur la Providence, et s'attacher principalement à ce qui concerne le royaume de Dieu.
3. Enfin il dit à ses disciples que, quoiqu'ils fussent faibles et en petit nombre, ils ne devaient pas craindre de manquer de ce qui leur était nécessaire; et il les exhorte à faire un bon usage des biens de la terre.

 I. 1-12;
II. 13-34.

RÉFLEXIONS

1. Notre Seigneur nous instruit ici sur la profession de la vérité et sur l'amour des biens du monde. Sur le premier article, nous voyons dans ce chapitre, que les chrétiens, et surtout les ministres de Jésus-Christ, doivent faire une profession publique de la vérité, sans avoir peur des hommes, puisque les hommes ne peuvent tuer que le corps, au lieu que Dieu peut envoyer le corps et l'âme en enfer.

Par où Notre Seigneur établit, de la manière la plus claire, la distinction de l'âme et du corps, l'immortalité de l'âme, et les peines de la vie à venir. Il déclare de plus que Dieu veille pour ceux qui le craignent et qui souffrent à cause de lui; qu'il les assiste par son Esprit, et qu'il reconnaîtra au dernier jour pour siens ceux qui auront eu le courage de se dire ses disciples; mais qu'il ne reconnaîtra point ceux qui, par la crainte de la mort, n'auront pas osé faire une confession ouverte de leur foi. Ce sont là des considérations très-fortes, pour nous animer à une franche et sincère profession du christianisme.
2. Nous devons faire des réflexions sérieuses sur ce que Notre Seigneur a dit touchant l'amour des biens du monde, et en particulier sur la parabole de cet homme qui avait amassé, de grands biens et qui mourut dans le temps qu'il croyait en jouir.

Par là Jésus-Christ a voulu montrer que c'est une grande folie de ne songer qu'à amasser des biens, qu'il faudra quitter bientôt en mourant, et de négliger d'acquérir les biens du ciel, qui sont solides et éternels.
Il nous exhorte de plus à n'être pas en inquiétude pour les besoins du corps, mais à nous confier en la Providence qui pourvoit aux nécessités de toutes les créatures.
3. Il nous dit enfin que notre grand soin doit être de chercher avant toutes choses le royaume de Dieu, et qu'au lieu de donner tous nos soins aux biens de la terre et d'y mettre notre coeur, nous devons employer ces biens en aumônes, afin de nous assurer par ce moyen la possession des biens éternels.

CHAPITRE 12:35-59

Jésus-Christ
1. exhorte ses disciples à veiller et à se préparer continuellement à sa venue.
2. Il leur représente que les devoirs dont il avait parlé les regardaient d'une façon particulière, puisqu'ils étaient comme des dispensateurs établis dans la maison de leur maître, pour instruire les autres; et qu'ayant reçu une plus grande connaissance de la volonté de Dieu, ils seraient traités avec plus de sévérité, s'ils ne la faisaient pas.
3. Il les avertit qu'il s'élèverait de grands troubles dans le monde à l'occasion de sa doctrine.
4. Il déplore l'aveuglement des Juifs, qui ne reconnaissaient pas que le temps de la venue du Messie était arrivé; et il les exhorte à profiter de ce temps-là et à se réconcilier avec Dieu, pendant qu'ils le pouvaient.

  I. 35-40;
 II. 41-48;
III. 49-53;
IV. 54-59.

RÉFLEXIONS

Ce discours de Notre Seigneur tend à nous apprendre
1. que, puisque nous ignorons quand il viendra, et qu'il n'y a aucun temps où nous ne puissions être appelés à lui rendre compte, nous devons toujours veiller et être sans cesse appliqués à notre devoir, afin qu'il nous trouve occupés à bien faire;
2. que ceux à qui Dieu a donné sa connaissance, et principalement les ministres qu'il a établis sur son Église, doivent s'en servir pour l'utilité des autres, et pour la gloire de leur maître, s'ils ne veulent pas être punis comme des serviteurs infidèles; qu'en général celui qui a connu la volonté de Dieu, qui ne la fait pas, sera traité avec plus de rigueur, et que Dieu redemandera un plus grand compte à ceux à qui il aura accordé plus de lumières et plus de grâces.
3. Ce que Notre Seigneur dit, qu'il était venu mettre le feu et la division dans le monde, ne signifie pas qu'il fût venu dans ce dessein, ni que l'Évangile tende à diviser les hommes; au contraire, la venue de Jésus-Christ et l'Évangile n'ont pour but que de faire régner la paix; mais il voulait dire que les hommes, par un effet de leur malice, prendraient occasion de sa doctrine de se haïr et de se persécuter.

Notre Seigneur en avertir ses disciples, afin qu'ils ne fussent pas ébranlés quand la chose arriverait; ainsi nous ne devons pas non plus être surpris, lorsque nous voyons qu'il s'élève des troubles dans le monde à l'occasion de la religion.
4. Jésus-Christ disait aux Juifs qu'ils pouvaient facilement reconnaître que les temps de la manifestation du Messie étaient venus; mais nous devons en être bien plus persuadés, puisque nous en avons des preuves encore plus fortes dans tout ce qui est arrivé depuis ce temps-là. Ainsi nous serions entièrement inexcusables, si nous ne profitions pas mieux que les Juifs ne firent, du bonheur que nous avons de vivre dans un temps où la miséricorde de Dieu est si clairement manifestée, et si nous ne nous hâtions pas de faire notre paix avec lui et de prévenir son jugement, avant que nous soyons appelés à y paraître.

CHAPITRE 13

Notre Seigneur
1. exhorte les Juifs à profiter de ce qui était arrivé à quelques Galiléens, que Pilate avait fait mourir dans le temps qu'ils offraient leurs sacrifices, et à dix-huit personnes qui avaient été écrasées par la chute d'une tour.
2. Il ajoute dans cette vue la similitude du figuier stérile.
3. Il rend la santé à une femme qui était malade et courbée depuis dix-huit ans.
4. Il propose la similitude d'un grain de moutarde et celle du levain.
5. Il répond à ce qu'on lui demanda, s'il y aurait peu de gens qui fussent sauvés; il exhorte à entrer de bonne heure dans le chemin du salut; et il dit que les Juifs incrédules, qui n'avaient pas profité de sa présence, seraient exclus du royaume de Dieu, pendant que les autres peuples y seraient reçus.
6. Sur l'avis qu'on lui donne qu'Hérode cherchait à le faire mourir, il déclare qu'il ne craignait point ce prince rusé et artificieux; il dit que son ministère allait finir, et qu'il mourrait en effet bientôt; mais que ce serait à Jérusalem, et non dans la Galilée, où Hérode régnait, qu'il souffrirait la mort; et il déplore à cette occasion l'ingratitude, l'endurcissement, et la ruine de cette ville.

  I. 1-5;
 II. 6-10;
III. 11-17;
IV. 18-21;
 V. 22-30;
VI. 31-35.

RÉFLEXIONS

1. Notre Seigneur nous enseigne, dans ce chapitre, qu'on ne doit pas croire que ceux a qui il arrive quelque grand malheur soient toujours les plus criminels, ni que ceux que Dieu épargne soient meilleurs que les autres. Dieu supporte souvent, par des raisons de sagesse et de bonté, ceux qui sont plus coupables, pendant qu'il en afflige d'autres qui le sont moins; ainsi au lieu de nous flatter et de condamner ceux que Dieu châtie, nous devons profiter des malheurs qui leur arrivent et nous amender, de peur que nous ne soyons traités encore plus sévèrement qu'eux.
2. Le sens de la parabole du figuier stérile était que Dieu, qui avait déjà usé d'une longue patience envers les Juifs, employait alors les derniers moyens pour les convertir, en les faisant appeler à la repentance par Jésus-Christ; après quoi ils devaient être détruits, comme cela arriva en effet peu d'années après.

On voit dans cette parabole, que Dieu supporte les pécheurs avec beaucoup de patience; qu'il se sert des moyens les plus efficaces pour les amener à la repentance; mais que par leur impénitence ils attirent sur eux les derniers malheurs.
3. Jésus-Christ ayant guéri une femme qui était courbée depuis dix-huit ans, il y eut des personnes qui se scandalisèrent de ce qu'il avait fait ce miracle un jour de sabbat. Ce que Jésus-Christ dit, pour convaincre ces gens-là de leur ignorance et de leur malice, nous enseigne que l'exercice de la charité et des bonnes oeuvres est ce qu'il y a de plus nécessaire dans la religion; que ces devoirs sont toujours de saison, et que nous ne devons négliger aucune occasion de nous en acquitter, quand même il se trouverait des personnes assez mal disposées pour s'en scandaliser.
4. Les paraboles du grain de moutarde et du levain signifient que, quoique l'Évangile fût reçu par peu de gens, lorsque Jésus-Christ était au monde, et que les commencemens de son règne fussent bien faibles, on le verrait s'établir en tous lieux, et cela dans fort peu de temps, ce qui arriva aussi.

On doit faire une très-grande attention à ce que Notre Seigneur répondit, lorsqu'on lui demanda s'il y aurait peu de gens qui fussent sauvés: Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car je vous dis que plusieurs tâcheront d'entrer ne le pourront. Ces paroles nous apprennent, qu'au lieu de former des questions vaines et curieuses, sur les choses dont Dieu s'est réservé la connaissance et sur le salut des autres, notre principal soin doit être d'y parvenir nous-mêmes; que nous devons faire de continuels efforts pour cela, et y travailler de bonne heure; que quand l'occasion sera on ne pourra plus y être admis; et que les méchans n'auront alors pour partage que les remords et le désespoir de se voir exclus par leur faute de la béatitude céleste.
5. Ce que Notre Seigneur dit, qu'il ne craignait ni les ruses, ni la cruauté et que ce ne serait pas dans la Galilée, mais ce serait à Jérusalem qu'on le ferait mourir, nous montre que les méchans ne peuvent pas toujours exécuter leurs desseins, qu'ils ne sauraient empêcher ceux de Dieu, et qu'on ne doit rien craindre, quand on marche dans sa vocation.
6. Enfin, la tendresse avec laquelle Notre Seigneur déplore l'ingratitude et la ruine de Jérusalem, en disant qu'il avait voulu mettre les Juifs à couvert des jugemens de Dieu, mais qu'ils ne l'avaient pas voulu, montre bien clairement que Dieu n'a sur les hommes que des vues et des desseins d'amour et qu'il ne leur arrive de mal que celui qu'ils s'attirent eux-mêmes, en méprisant sa bonté, et en négligeant les offres de sa grâce.

CHAPITRE 14

Notre Seigneur
1. mangeant chez un pharisien, guérit un hydropique, et montre qu'on ne devait pas se scandaliser, s'il avait fait ce miracle un jour de sabbat.
2. Il donne des leçons d'humilité et de charité à ceux qui étaient à table.
3. Il leur propose la similitude du festin, auquel ceux qui étaient invités ne voulurent pas venir.
4. Il déclare que ceux qui voulaient devenir ses disciples devaient être prêts à renoncer à ce qu'ils avaient de plus cher, et même à leur vie; et il montre par deux similitudes la nécessité de ce devoir.

  I. 1-6;
 II. 7-14;
III. 15-24;
IV. 25-35.

RÉFLEXIONS

1. La guérison que Jésus-Christ accorda à un hydropique, montré qu'il était toujours prêt à faire du bien aux hommes et à soulager les misérables, et qu'il n'y avait aucune sorte de maladies qu'il ne guérît; et ce qu'il dit à ceux qui n'approuvaient pas qu'il eût fait ce miracle en un jour de sabbat, fait voir qu'il faut éviter les jugemens téméraires et l'hypocrisie, et qu'on doit profiter de toutes les occasions qui se présentent de faire des oeuvres de charité.
2. La seconde instruction que nous avons ici regarde l'humilité et la charité. Jésus-Christ nous recommande l'un et l'autre de ces devoirs, lorsqu'il dit que ceux qui cherchent à s'élever, seront abaissés devant Dieu, et même devant les hommes, au lieu que ceux qui s'humilient et qui s'abaissent seront élevés; et lorsqu'il nous exhorte à ne pas imiter les gens du monde, qui ne font accueil qu'aux riches et à leurs amis, et qui méprisent et négligent les pauvres et les misérables.
3. La parabole dit festin signifie que les Juifs, et surtout les plus considérables d'entr'eux, allaient être rejetés, pour n'avoir pas profité des invitations que Dieu leur fit faire par Jésus-christ et par les apôtres; et que ceux qui étaient les plus méprisés, et même les païens, recevraient cette grâce que les Juifs avaient rejetée.
Cette parabole regarde aussi les chrétiens qui ne répondent pas à leur vocation, et qui, sur de frivoles excuses, et surtout par l'attachement qu'ils ont pour les choses de la terre, négligent les offres de la miséricorde divine, et perdent, par ce moyen, le droit qu'ils avaient au salut.
4. Enfin Jésus-Christ nous avertit très-expressément que, pour être ses disciples, il faut avoir appris premièrement à renoncer à tout ce qui peut nous empêcher de le suivre. C'est à quoi tend la similitude d'un homme qui voudrait bâtir une tour, et celle d'un roi qui voudrait combattre un autre roi.

Par là il nous enseigne qu'il ne faut pas s'engager témérairement à son service, et qu'avant que de prendre le nom de chrétien et d'en faire la profession et le voeu, nous devons nous examiner nous-mêmes, pour voir si nous avons une résolution ferme de lui être fidèles, et si nous aurons le courage de résister aux tentations, de porter notre croix, et de travailler de toutes nos forces à amener les autres à la foi et à la piété, par nos lumières et par nos bons exemples.

CHAPITRE 15

Les pharisiens se scandalisant de ce que Jésus-Christ mangeait avec les pêcheurs,
il propose trois paraboles: celle de la brebis égarée,
celle de la drachme perdue,
et celle du fils prodigue et débauché. Son dessein dans ces trois paraboles est de montrer que Dieu appelle les pécheurs à la repentance, et qu'ainsi les pharisiens avaient tort de trouver mauvais qu'il fût dans la compagnie de ces gens-là.

  I. 1-7;
 II. 8-10;
III. 11-32.

RÉFLEXIONS

Les trois similitudes que ce chapitre contient tendent au même but, qui est, premièrement, de nous mettre devant les yeux la grande miséricorde de Dieu envers les pécheurs, et les soins qu'il prend pour les amener à la repentance; et en second lieu de montrer que comme leur conversion est très-agréable à Dieu, et qu'elle réjouit les saints anges, tous ceux qui aiment Dieu doivent aussi s'en réjouir et y contribuer de tout leur pouvoir, et non pas en avoir de la jalousie et du chagrin, comme les pharisiens, qui s'offensaient de voir Jésus dans la compagnie des gens de mauvaise vie.

C'est ce que marque surtout la parabole du fils débauché. Par ce fils, Notre Seigneur représente ceux qui étaient de grands pécheurs, ou que l'on regardait comme tels. Le retour de ce fils à la maison paternelle marque la conversion de ces pécheurs-là. La tendresse avec laquelle son père le reçut, montre que Dieu prend plaisir au retour des pécheurs qui s'amendent, et qu'il est plein de bonté envers eux.

La jalousie et le chagrin, que le fils aîné de la maison témoigna de ce que son frère avait été reçu avec tant de bonté et de joie, représente les sentimens de ces pharisiens qui se croyaient meilleurs que les autres, et qui se scandalisaient de ce que Notre Seigneur mangeait et conversait avec les péagers et les gens de mauvaise vie. C'est là le sens de cette belle parabole.

Elle nous fournit plusieurs réflexions très-utiles. Nous y voyons l'égarement des pécheurs et l'abus criminel qu'ils font des grâces de Dieu, la bonté que Dieu a de les châtier pour les rappeler à leur devoir, le retour de ceux qui reviennent à Dieu par la repentance, le pardon que Dieu accorde toujours à ceux qui recourent à lui, en confessant et en détestant leurs fautes, et enfin la joie que leur conversion doit donner à tous ceux qui ont de la piété et de la charité. Chacun doit faire les réflexions les plus sérieuses sur cette parabole, en la relisant, et en en méditant attentivement toutes les parties; mais les pécheurs surtout doivent s'en faire l'application, afin de s'encourager par là à retourner à Dieu par un prompt repentir et par une sincère conversion.

CHAPITRE 16

Jésus-Christ
montre, par la parabole du dispensateur infidèle, l'usage qu'on doit faire des biens du monde.
Il fait voir ensuite que l'amour des richesses est très-dangereux, et il censure les pharisiens qui étaient avares, et qui, dès le temps de Jean-Baptiste, s'étaient opposés à l'établissement du règne de Dieu.
Enfin, pour éclaircir et pour confirmer ce qu'il avait dit de l'usage qu'il faut l'aire des richesses, il ajoute la parabole dut mauvais riche.

  I. 1-12;
 II. 13-18;
III. 19-31.

RÉFLEXIONS

Tout ce chapitre tend à nous apprendre comment il faut se servir des biens de ce monde. Ce qui est dit du maître d'hôtel infidèle qui, pour se faire des amis, quitta aux débiteurs de son maître une partie de leur dette, ne doit pas être entendu comme si Jésus-Christ louait le procédé de cet homme, puisqu'une telle action serait une infidélité et une injustice manifeste.

Il a voulu simplement nous apprendre que, comme ce maître d'hôtel se procura des amis avec le bien de son maître, avant que de sortir de son service, nous devons nous assurer l'entrée dans une meilleure vie, en employant nos biens à des usages pieux et charitables. C'est pour nous porter à ce devoir, que Jésus-Christ a dit que ceux qui ne savent pas faire un bon usage des biens périssables de cette vie montrent par là qu'ils sont indignes de posséder les biens du ciel.

C'est dans la même vue qu'il déclare que l'on ne peut servir Dieu et aimer les richesses en même temps; et c'est ce qu'il prouve par l'exemple des pharisiens qui étaient avares, et auxquels il dit que, quoiqu'ils eussent une haute opinion d'eux-mêmes, ils étaient en abomination à Dieu et les ennemis déclarés de son règne. Mais c'est surtout à quoi tend la parabole du mauvais riche et de Lazare, par laquelle Notre Seigneur représente ce qui arrive à ceux qui, au lieu d'assister les misérables, se servent de leurs biens pour satisfaire leur luxe et leur sensualité.

Le Seigneur marque clairement ici que le faste, la vie molle, l'amour des plaisirs et le manque de charité, conduisent en enfer, quand même on ne commettrait pas de grands crimes.

Cette parabole nous présente outre cela diverses réflexions importantes. Nous y voyons que, si l'état des hommes en cette vie est bien différent, il le sera aussi après la mort, et que ce n'est point par ce qui arrive aux hommes en ce monde qu'il faut juger de leur bonheur on de leur malheur. Nous y découvrons que les justes jouissent après leur mort d'un doux repos, que les méchans sont dans les tourmens, et que l'état des uns et des autres est immuable et sans retour.

Ce que le patriarche Abraham répondit au mauvais riche, qui le priait d'envoyer Lazare à ses frères, nous enseigne que Dieu nous donne, pendant cette vie, dans sa parole, des moyens suffisans pour éviter la perdition; que ceux qui ne profitent pas de ces moyens n'ont aucune excuse, qu'ils ne doivent pas s'attendre que Dieu fasse des miracles pour les convertir, et que quand même il en ferait, ces miracles ne les persuaderaient pas.

Toutes ces instructions sont de la dernière importance, et nous ne saurions rien faire de plus utile que de les bien méditer.

CHAPITRE 17

Jésus-Christ
1. parle des scandales, du pardon des offenses, de l'efficace de la foi, et de l'obligation où nous sommes de faire ce que Dieu nous commande, sans prétendre rien mériter par là.
2. Il guérit dix lépreux.
3. Il répond aux pharisiens qui lui avaient demandé quand le règne de Dieu viendrait, et il leur dit qu'ils avaient déjà ce règne au milieu d'eux, quoiqu'ils ne le remarquassent pas.
4. De là il prend occasion d'avertir ceux qui l'écoutaient de ne pas suivre les faux messies; et il leur dit qu'ils regretteraient un jour l'avantage dont ils jouissaient alors, et qu'ils se trouveraient surpris par le jugement de Dieu, comme les hommes le furent autrefois par le déluge, et les habitans de Sodome par l'embrasement de cette ville.

  I. 1-10;
 II. 11-19;
III. 20-22;
IV. 23-37.

RÉFLEXIONS

Les instructions que ce chapitre renferme sont les suivantes:
1. que les scandales sont un grand mal; que de la manière dont les hommes sont disposés, c'est une chose inévitable qu'il arrivera des scandales, mais que ceux qui en sont les auteurs en porteront la peine;
2. que nous ne devons avoir aucun ressentiment contre ceux qui nous offensent, qu'il faut leur pardonner, et leur pardonner toujours, quand même ils reviendraient très-souvent à nous offenser;
3. que la foi étant aussi nécessaire pour plaire à Dieu et pour être sauvé, qu'elle l'était autrefois pour faire des miracles, nous devons nous y affermir de plus en plus, et prier le Seigneur, avec les apôtres, qu'il nous l'augmente;
4. qu'étant les serviteurs de Dieu, nous devons faire avec zèle tout ce qu'il nous commande, et en même temps avec une profonde humilité, nous souvenant que nous ne sommes que d'indignes et d'inutiles serviteurs, que nous ne faisons qu'une partie de notre devoir, qu'ainsi nous ne méritons rien, et que si Dieu veut bien récompenser notre obéissance, c'est de sa pure grâce.
5. La principale réflexion qu'il faut faire sur la guérison des dix lépreux, c'est qu'il n'y en eut qu'un qui vint remercier Jésus-Christ, et qu'encore c'était un samaritain qui eut plus de piété et de reconnaissance que les autres qui étaient Juifs.

Les hommes désirent d'être délivrés, quand ils sont dans la souffrance; mais la plupart oublient bientôt les délivrances que Dieu leur a accordées, et ils tombent dans l'ingratitude; tandis que ceux qui sont véritablement touchés des faveurs que Dieu leur accorde, en conservent le souvenir et lui marquent leur reconnaissance, non-seulement par des actions de grâces continuelles, mais surtout par leur obéissance et par le bon usage qu'ils font de ses bienfaits.

Ce que Jésus-Christ disait aux Juifs, que le règne de Dieu ne viendrait pas avec éclat, que ce règne était déjà venu et qu'il était même parmi eux, nous oblige à considérer que le règne de Notre Seigneur est spirituel et céleste, et que ceux qui, comme nous, ont l'avantage d'avoir ce règne au milieu d'eux, doivent prendre garde qu'il ne leur arrive, comme aux Juifs, de ne pas reconnaître leur bonheur et de ne s'en pas prévaloir; ce qui n'est pourtant que trop ordinaire. Jésus-Christ disait aux Juifs que bientôt ils se repentiraient de n'avoir pas profité de sa présence, et que la vengeance divine les surprendrait, comme le déluge avait surpris les habitans du premier monde, et comme le feu du ciel surprit les habitans de Sodome.

Cet avertissement nous regarde aussi bien que les Juifs. Ceux qui auront négligé les précieux avantages dont nous jouissons, et le temps de la miséricorde de Dieu, seront ainsi surpris dans leur aveuglément et dans leur sécurité, et ils périront dans leur impénitence. Puisque Notre Seigneur nous a avertis de ces choses, c'est à nous à y penser continuellement et à vivre, en attendant sa venue, dans la vigilance, dans la prière, et dans la pratique de toutes sortes de bonnes oeuvres, selon qu'il nous y exhorte.

CHAPITRE 18:1-17

Notre Seigneur
propose la parabole du juge inique,
celle du pharisien et du péager,
et il impose les mains à de petits enfans qu'on lui présenta.

  I. 1-18;
 II. 9-14;
III. 15-17.

RÉFLEXIONS

Saint Luc nous dit, dès l'entrée de ce chapitre, que le but de la parabole du juge inique est de nous apprendre qu'il faut toujours prier et ne se relâcher jamais. C'est ce que Jésus-Christ nous enseigne, en disant que si les hommes, même les méchans, tel que serait un juge injuste, se laissent enfin gagner par des prières et des sollicitations réitérées, Dieu, qui est la justice et la bonté même, exaucera beaucoup plus les prières qu'on lui adresse avec ferveur et avec persévérance.

Jésus-Christ a voulu nous apprendre plus particulièrement par là, que Dieu entend les cris et les prières de ses élus, et qu'il exercera une sévère vengeance sur ceux qui les oppriment injustement.

Par la parabole du pharisien et du péager, Jésus-Christ voulait faire entendre que ceux qui avaient une opinion avantageuse d'eux-mêmes, comme les pharisiens, et qui méprisaient les autres, étaient très-odieux au Seigneur, à cause de leur hypocrisie et de leur orgueil, et que ceux que l'on regardait comme les plus grands pécheurs devenaient l'objet de sa grâce, lorsqu'ils étaient pénétrés d'une profonde humilité et d'une sincère repentance, comme le péager tenait loin et n'osait pas même lever les yeux au ciel, mais qui se frappait la poitrine et disait: 0 Dieu! sois apaisé envers moi qui suis pécheur. Outre cela, l'exemple de ce pharisien, qui se glorifiait de n'être ni ravisseur, ni injuste, ni adultère, de jeûner deux fois la semaine et de donner la dîme de tout ce qu'il possédait, mais qui ne fut pas justifié devant Dieu, montre que les grands crimes ne sont pas les seuls obstacles au salut.

On peut être exempt des péchés crians et avoir même les apparences de la piété, et être cependant rejeté de Dieu, si le coeur est possédé par la bonne opinion de soi-même, par l'orgueil, par l'avarice, ou par d'autres passions cachées.

Il y a enfin trois réflexions à faire, sur ce que Jésus-Christ imposa les mains aux enfans qu'on lui présenta, et qu'il pria pour eux.
1. La première, que l'âge des petits enfans n'empêche pas que Notre Seigneur ne les aime et ne les bénisse.
2. La seconde, qu'en les consacrant à Dieu, par la prière et par la cérémonie du baptême, on se conforme à ce que Jésus-Christ fit dans cette occasion.
3. La troisième, que le royaume de Dieu n'est destiné qu'à ceux qui sont des enfans, en innocence, en douceur et en simplicité et qui reçoivent l'Évangile dans ces dispositions.

CHAPITRE 18:18-43

Notre Seigneur
1. répond à un homme riche qui lui demandait ce qu'il fallait faire pour être sauvé, et il prend occasion de là de dire que les richesses empêcheraient le salut de plusieurs personnes et de faire de glorieuses promesses à ceux qui abandonneraient leurs biens pour l'amour de lui.
2. Il prédit ses souffrances.
3. Il rend la vue à un aveugle près de Jérico.

  I. 18-30;
 II. 31-34;
III. 35-43.

RÉFLEXIONS

Ce qu'il faut recueillir de l'entretien que Notre Seigneur eut avec cet homme riche qui s'adressa à lui, c'est
1. que l'on ne peut obtenir la vie éternelle qu'en gardant les commandemens de Dieu;
2. qu'il y a des temps où l'on doit quitter tout ce que l'on possède et s'exposer à la pauvreté et à la persécution.
3. La surprise et la tristesse dont ce jeune homme fut saisi après avoir entendu Jésus-Christ, vérifie ce que le Seigneur dit dans cette occasion: c'est que les biens du monde sont souvent un grand obstacle au salut, parce que ceux qui les possèdent y ont ordinairement le coeur attaché.
4. Il paraît de là que si nous ne sommes pas appelés, comme les apôtres, à tout quitter pour suivre Jésus-Christ, nous devons éviter l'attachement aux biens périssables de cette vie, et les employer pour assister les misérables, et que ceux qui le feront, auront part, en cette vie et en l'autre, aux récompenses que Jésus-Christ promet à ceux qui, pour l'amour de lui, auront renoncé à l'amour des biens de la terre.
5. Il est à remarquer ensuite, qu'à mesure que le temps de la mort de Jésus-Christ approchait, il en parlait plus clairement aux apôtres, afin qu'elle les surprît moins; mais que les apôtres, nonobstant ce que leur maître leur avait dit en diverses occasions, ne pouvaient comprendre qu'il dût mourir; ce qui venait de leurs préjugés et de l'opinion où ils étaient que, Jésus étant le Messie, il régnerait dans le monde avec gloire.
6. Il faut enfin observer, sur la guérison de l'aveugle dont il est ici parlé, que Jésus-Christ, en guérissant cet homme qui lui donnait la qualité de Fils de David, qui signifiait la même chose que celle de Messie parmi les Juifs, faisait voir qu'il était véritablement le Messie. Au reste, notre Seigneur faisait de nouveaux miracles sur la fin de sa vie, et en approchant de Jérusalem, afin de donner à ses disciples et au peuple de nouvelles preuves de sa mission divine, et de diminuer le scandale que sa croix et sa mort devaient bientôt leur causer.

CHAPITRE 19:1-28

Saint Luc rapporte ici:
1. l'histoire de la conversion de Zachée;
2. la parabole des marcs.

 I. 1-10;
II. 11-28.

RÉFLEXIONS

Il y a trois réflexions principales à faire sur l'histoire de Zachée.
1. La première, que Notre Seigneur était venu pour appeler les pécheurs à la repentance, et que les personnes que les Juifs regardaient comme très-corrompues, et avec lesquelles ils ne voulaient avoir aucun commerce, tels qu'étaient les péagers, seraient reçues dans l'alliance divine.
2. La seconde, que Jésus-Christ se communique à ceux qui le cherchent, et que, lorsqu'il se présente à nous et qu'il nous appelle, il faut obéir avec promptitude et avec joie à notre vocation, comme Zachée le fit.
3. La troisième, que ceux qui ont du bien mal acquis doivent le restituer et s'en défaire, et que les riches sont particulièrement obligés d'exercer abondamment la charité envers les pauvres.

Pour ce qui est de la parabole de cet homme qui, allant partir pour un pays éloigné, donna des mares, c'est-à-dire diverses sommes d'argent à ses serviteurs, Notre Seigneur la proposa, comme saint Luc le dit,
1. pour désabuser ceux qui croyaient qu'il serait reconnu comme roi, et que son règne allait être manifesté dans le monde avec éclat;
2. pour leur faire comprendre qu'il serait au contraire rejeté, mais que ceux qui l'auraient servi fidèlement seraient élevés à une grande gloire, pendant que ceux qui ne se soumettraient pas à lui sentiraient les effets de sa puissance et souffriraient la peine de leur rébellion, ce qui marquait la ruine prochaine des Juifs.

L'usage que nous devons faire de cette parabole est d'y remarquer,
1. que Dieu nous accorde ses lumières et sa grâce, afin que nous les fassions valoir, chacun selon notre état et notre portée, pour sa gloire et pour le salut des autres hommes;
2. que les uns font un bon usage de cette grâce, et que les autres la rendent inutile par leur négligence;
3. que lorsque Notre Seigneur viendra pour juger les hommes, il donnera de glorieuses récompenses à ceux qui auront employé ses dons d'une manière conforme à ses intentions, mais qu'il punira avec sévérité et avec justice l'infidélité et l'ingratitude de ceux qui en auront abusé.

CHAPITRE 19:29-48

Jésus
fait son entrée royale à Jérusalem,
il répand des larmes sur la ruine de cette ville,
et il chasse du temple ceux qui le profanaient.

  I. 29-40;
 II. 41-44;
III. 45-48.

RÉFLEXIONS

Jésus-Christ voulut faire son entrée à Jérusalem le dimanche avant sa mort, pour montrer qu'il était ce Roi dont les prophètes avaient parlé; mais il la fit d'une manière fort simple, monté sur un ânon, afin qu'il parût que son règne n'était pas de ce monde. Ce qui arriva alors dût faire d'autant plus d'impression sur les apôtres, que Jésus-Christ leur ayant dit où ils trouveraient cet ânon, ils virent en cela une preuve de la connaissance qu'il avait de toutes choses.

Nous devons faire une grande attention à cet événement, où l'on voit si sensiblement la gloire de Jésus-Christ et en même temps sa parfaite douceur. Et comme ceux qui accompagnaient alors Notre Seigneur louaient Dieu hautement pour tous les miracles qu'ils avaient vu faire à Jésus, nous devons aussi nous réjouir et bénir Dieu, en considérant tout ce que notre Sauveur a fait pour racheter les hommes et pour établir son règne dans le monde.

Il faut remarquer ensuite que, lorsque Notre Seigneur s'en allait ainsi à Jérusalem, il déplora avec larmes la désolation de cette ville et les malheurs qui allaient tomber sur les Juifs, parce qu'ils avaient méconnu et négligé le temps auquel Dieu les avait visités en sa grâce. C'est là une preuve bien claire de la bonté de Dieu, dont le Seigneur était animé même envers ceux qui l'avaient rejeté et qui devaient le crucifier cette semaine-là.

Cela nous montre aussi que les hommes ne périssent que parce qu'ils ne profitent pas du temps auquel Dieu les visite et leur offre sa grâce; ainsi nous devons reconnaître les choses qui concernent notre paix, avant qu'elles nous soient ôtées de devant les yeux.

Enfin Jésus-Christ, en chassant du temple ceux qui y vendaient et qui y trafiquaient, fit paraître son autorité, divine aussi bien que son grand zèle.

Il y a deux réflexions à faire sur cette action de Notre Seigneur.
1. L'une, que c'est offenser Dieu grièvement et s'exposer à sa colère, que d'assister avec irrévérence dans les lieux où il est adoré et invoqué, et de ne lui rendre qu'un culte faux et hypocrite; ce qui lui est infiniment plus odieux que l'abus qui s'était introduit parmi les Juifs de vendre et d'acheter, dans l'enceinte du temple, les choses qui étaient nécessaires pour les sacrifices.
2. L'autre réflexion est, qu'à l'imitation de Jésus-Christ, il faut s'opposer à l'irréligion, à l'impiété, et soutenir toujours avec zèle les intérêts de la gloire de Dieu.

CHAPITRE 20:1-18

Jésus-Christ
répond aux principaux des Juifs qui lui demandaient d'où il tenait son autorité,
et il leur propose la parabole des vignerons.

 I. 1-8;
II. 9-18.

RÉFLEXIONS

IL faut remarquer que, lorsque les pharisiens demandèrent à Jésus d'où il avait reçu son autorité, le Seigneur, voyant que ce n'était pas dans une intention sincère de s'instruire qu'ils lui demandaient cela, mais uniquement pour le surprendre, ne trouva pas à propos de répondre à cette question.

Cependant, pour leur faire voir que leur ignorance était affectée et malicieuse, et qu'il leur était facile de reconnaître que son autorité venait de Dieu, il leur demanda si le baptême de Jean-Baptiste était du ciel ou des hommes, à quoi ils ne répondirent rien, n'osant pas dire leur pensée. Ce silence des pharisiens manifestait leur hypocrisie et leur malice, et prouvait qu'ils n'auraient point été persuadés, quoi que Jésus-Christ eût pu leur dire.

Dieu ne refuse jamais de se faire connaître à ceux qui ont un coeur sincère et qui aiment la vérité; mais pour ce qui est de ceux qui ne cherchent que des prétextes pour la rejeter, il les abandonne à leurs ténèbres et à leur malice, surtout quand il leur a donné des moyens suffisans pour connaître la vérité, et qu'ils ne s'y rendent pas.

Par la similitude des vignerons, Notre Seigneur voulait marquer en termes figurés,

1. que les principaux des Juifs le feraient crucifier, comme leurs pères avaient autrefois fait mourir les prophètes;
2. que nonobstant cela il deviendrait le chef et le roi de l'Église, et qu'il serait revêtu d'un pouvoir souverain;
3. que les Juifs seraient dans peu accablés des jugemens de Dieu et privés de son alliance;
4. que l'Évangile serait annoncé aux païens avec un succès admirable, et qu'ils jouiraient de tous les privilèges de l'alliance divine.

Cette parabole, qui était prophétique, fut parfaitement éclaircie par la gloire à laquelle Jésus-Christ fut élevé après sa résurrection et son ascension, par la destruction de Jérusalem, par la dispersion des Juifs et par la vocation des gentils.

Cependant ce qui arriva aux Juifs doit nous servir d'exemple, et nous convaincre pleinement que les chrétiens qui méprisent la grâce de Dieu et qui désobéissent à l'Évangile ne sauraient demeurer impunis, puisqu'ils ne rejettent pas moins Jésus-Christ que les Juifs le rejetèrent autrefois.

CHAPITRE 20:19-47

La seconde partie de ce chapitre renferme quatre chefs:
1. La réponse de Jésus-Christ à la demande qu'on lui fit s'il était permis de payer le tribut à l'empereur.
2. La réponse à une autre question que les sadducéens lui proposèrent sur la résurrection.
3. La question qu'il fit aux pharisiens sur ce que le Messie était appelé Fils de David.
4. Un avertissement à se donner garde des pharisiens et des docteurs de la loi.

  I. 19-26;
 II. 27-40;
III. 41-44;
IV. 45-47.

RÉFLEXIONS

1. Le but des pharisiens, lorsqu'ils demandèrent à Notre Seigneur s'il était permis de payer le tribut à l'empereur, était de le surprendre. Ils cherchaient un prétexte de l'accuser, ou d'être ennemi de l'empereur s'il disait qu'il ne fallait pas payer le tribut, ou de n'aimer pas sa nation s'il disait qu'il fallait le payer. Mais Jésus, par un effet de sa profonde sagesse, découvrit et évita ce piège en leur disant de rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Apprenons de là que Jésus-Christ veut qu'on reconnaisse l'autorité des princes et qu'on leur rende exactement l'obéissance et la fidélité qu'on leur doit, et en même temps que l'on s'acquitte religieusement des devoirs auxquels on est obligé envers Dieu.

On remarque la même sagesse de Jésus-Christ dans la manière dont il répondit aux sadducéens qui croyaient l'embarrasser, en lui proposant une question sur la résurrection. Il leur dit que cette question était vaine, puisqu'après la résurrection, les bienheureux seront immortels et semblables aux anges, et que le mariage n'aura plus lieu dans la vie à venir.
2. Après cela il leur prouve que les morts doivent ressusciter, en leur disant que Dieu s'était déclaré le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, après leur mort; d'où il suit que Dieu ne pouvant pas être le Dieu des morts, ces saints patriarches, de même que tous ceux qui sont imitateurs de leur foi, subsistent à leur mort, et que Dieu les ressuscitera. Ce discours de Notre Seigneur doit nous persuader pleinement que les morts ressusciteront, et nous porter au reste à vivre d'une manière pure et sainte, afin que nous soyons de ceux qui, comme Jésus-Christ le dit, seront jugés dignes d'avoir part au siècle à venir et à la résurrection des justes.
3. La demande que Jésus-Christ fit au docteur de la loi, comment le Messie pouvait être le fils et le Seigneur de David, tendait à leur faire voir que la dignité de la personne du Messie était beaucoup plus grande qu'ils ne le croyaient, et que quoiqu'ils pensassent être les plus éclairés dans l'intelligence des anciens oracles, leur ignorance était très-grande sur ce point, de même que sur plusieurs autres.

Au reste, il ne leur expliqua pas cette question, parce que cela aurait été inutile et qu'ils n'avaient point de docilité. C'est ainsi que le Seigneur abandonne à leur ignorance ceux qui ne veulent pas en sortir.
4. Enfin ce que Notre Seigneur dit contre les docteurs de la loi et les pharisiens, montre que l'avarice, l'orgueil et l'hypocrisie, sont des vices que le Seigneur déteste, et que nous devons nous donner garde de ceux en qui ils se rencontrent, et éviter nous-mêmes ces vices avec un grand soin.

CHAPITRE 21

On voit dans ce chapitre:
1. le jugement que Jésus-Christ fit de l'offrande d'une pauvre veuve;
2. ce qu'il dit à ses disciples touchant les signes de la ruine de Jérusalem et la fin du monde.
3. il représente combien cette ruine serait terrible.
Enfin il exhorte ses disciples à veiller, à prier, et à vivre dans la tempérance, afin de n'être pas surpris par sa venue.

  I. 1-4;
 II. 5-19;
III. 20-33;
IV. 34-38.

RÉFLEXIONS

1. Ce que Jésus-Christ dit à l'avantage de cette veuve qui mit deux petites pièces de monnaie dans un tronc, où les particuliers jetaient ce qu'ils voulaient donner pour l'usage du temple, nous apprend que tout ce que l'on consacre à des usages de piété ou de charité est agréable à Dieu, quand on le donne volontairement, et que les offrandes des pauvres, lorsqu'ils les font de bon coeur selon leur pouvoir, sont aussi bien reçues que celles des riches.
2. Il faut savoir que ce que Notre Seigneur avait prédit, en parlant des signes qui précéderaient la destruction de Jérusalem et du temple, arriva de la manière et dans le temps qu'il l'avait marqué. On vit paraître des séducteurs qui prirent le titre de messie; la Judée fut désolée par la guerre, par la famine et par la peste; les Juifs excitèrent des persécutions contre les disciples de Notre Seigneur; les Romains vinrent assiéger Jérusalem, la prirent, et la détruisirent avec son temple. Les habitans de cette ville se virent réduits aux dernières extrémités; ils furent passés au fil de l'épée, et ils souffrirent toutes les horreurs de la guerre. Les restes de ce peuple furent dispersés par tout le monde; ils le sont encore aujourd'hui, et Jérusalem ne s'est jamais relevée de cette désolation. Enfin toutes ces choses arrivèrent dans le temps que Jésus-Christ l'avait dit, savoir environ quarante ans après sa mort. Des prédictions aussi formelles que celles-là, et qui ont été si exactement vérifiées par l'événement, prouvent d'une manière invincible que Jésus-Christ était envoyé de Dieu, et que sa doctrine est véritable et divine.

Outre cela, cette destruction d'un peuple que Dieu avait tant aimé, et d'une ville qu'il avait choisie pour y établir son service, doit inspirer de la crainte à tout le monde; et comme l'on ne peut attribuer cette ruine qu'au péché que les Juifs commirent en rejetant et en crucifiant Notre Seigneur, cela montre bien clairement que Jésus est le Messie.
On peut aussi reconnaître par là à quoi doivent s'attendre les chrétiens qui le rejettent, par leur incrédulité et par leur désobéissance.
3. Ce qu'on lit dans ce chapitre doit nous faire penser à la fin du monde et au jugement dernier, à l'effroi et au désespoir dont les méchans seront saisis, et à la joie dont les justes seront remplis en ce jour-là. Enfin Notre Seigneur nous enseigne que le moyen de n'être pas surpris par sa venue, c'est de vivre dans la tempérance, dans la vigilance, et de prier continuellement. C'est ce que Jésus-Christ nous recommande par ces paroles qui sont la conclusion de ce discours:

Prenez garde à vous-mêmes, que vos coeurs ne soient appesantis par la gourmandise, par les excès de vin et par les inquiétudes de cette vie, de peur que ce jour-là ne vous surprenne subitement. Veillez-donc et priez en tout temps, afin que vous soyiez trouvés dignes d'éviter toutes ces choses et de subsister devant le Fils de l'Homme.

CHAPITRE 22:1-38

Saint Luc commence ici l'histoire de la passion de Jésus-Christ, et il rapporte:
1. le traité que Judas fit avec les Juifs pour leur livrer Notre Seigneur;
2. comment Jésus-Christ célébra la Pâque et institua la sainte Cène;
3. la prédiction qu'il fit de la trahison de Judas;
4. ce qu'il dit aux apôtres sur ce qu'ils disputaient entr'eux lequel serait le plus grand dans le royaume de leur maître.
5. Notre Seigneur prédit la chute et la repentance de saint Pierre, et il avertit ses disciples que le temps de sa mort était venu.

  I. 1-7;
 II. 8-20;
III. 21-23;
IV. 24-30;
 V. 31-38.

RÉFLEXIONS

1. La première réflexion qu'il faut faire ici est que Judas prit la résolution de livrer son maître aux Juifs, et que nonobstant que Jésus-Christ lui fit entendre qu'il connaissait son dessein, ce disciple infidèle ne laissa pas de l'exécuter. Comme ce fut l'amour de l'argent qui porta Judas à une action si perfide, on voit par là que cette passion, que les hommes ne croient pas fort dangereuse, les aveugle et les endurcit à un point qu'ils sont capables de tomber dans les derniers crimes, et qu'ils résistent à tout ce qui devrait les en détourner.
2. Sur ce que Notre Seigneur célébra la Pâque avec ses disciples et institua le sacrement de la Cène, il faut faire ces deux considérations.
1. L'une, qu'il observa jusqu'à la fin de sa vie tout ce qui était prescrit par la religion des Juifs; ce qui nous apprend à ne mépriser et à ne négliger jamais aucune des institutions divines.
2. L'autre, que nous devons regarder avec un grand respect ce saint sacrement que le Sauveur du monde établit alors pour être un mémorial de sa passion et de sa mort, et y participer avec une singulière dévotion toutes les fois que nous nous y présentons.
3. Il est à remarquer que, comme Jésus-Christ avait parlé de la venue du règne de Dieu dans ce dernier repas, cela donna occasion à ses disciples de demander lequel d'entr'eux serait le plus grand dans ce règne qu'ils croyaient devoir être un règne temporel. Mais le Seigneur les exhorta à se défaire des pensées charnelles qu'ils avaient sur le règne du Messie, et à prendre des sentimens d'humilité, leur promettant cependant de les élever à une grande gloire s'ils lui étaient toujours fidèles.

Ces leçons d'humilité et de renoncement aux grandeurs du monde, que Jésus-Christ a données tant de fois à ses disciples, apprennent à tous les chrétiens qu'il ne leur est pas permis de rechercher la gloire et l'honneur, et qu'étant les disciples d'un maître qui a été l'humilité même, ils ne doivent point penser à s'élever les uns pardessus les autres; et qu'au reste, la véritable gloire à laquelle il faut aspirer est celle qui se trouve dans l'humilité, et qui est réservée, dans le royaume de Dieu, à ceux qui imiteront Jésus-Christ et qui persévéreront dans son obéissance, au milieu des épreuves auxquelles ils auront été exposés.

Notre Seigneur avertit dans ce temps-là saint Pierre de sa chute; mais il l'assura en même temps qu'il avait prié pour lui afin que sa foi ne faillit point. Le péché et la repentance de cet apôtre confirmèrent la vérité de cette prédiction et de cette promesse.

Nous sommes extrêmement faibles, le plus souvent nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, et ce qui nous aveugle le plus et nous fait tomber, c'est la présomption; mais ce qui nous soutient et nous relève, c'est une sage défiance de nous-mêmes et la grâce du Seigneur. Ainsi nous devons implorer cette grâce avec beaucoup d'ardeur et d'humilité, et le prier qu'il ne nous abandonne pas à notre propre faiblesse, et qu'il nous affermisse dans la foi, en sorte qu'elle ne défaille jamais.

CHAPITRE 22:39-71

Jésus-Christ
1. souffre dans le jardin.
2. Il est pris par Judas.
3. Saint Pierre le renie et pleure sa faute.
4. Jésus est condamné devant le conseil des Juifs.

  I. 39-46;
 II. 47-54;
III. 55-62;
IV. 63-71.

RÉFLEXIONS

1. Dans le récit que saint Luc fait de ce que Jésus-Christ souffrit dans le jardin, on doit remarquer la tristesse de Notre Seigneur ses prières et sa résignation. Sa tristesse fait voir qu'il était sujet à toutes les faiblesses de notre nature.

La vue de cette mort qu'il allait endurer pour les péchés des hommes l'étonna; il eut même besoin d'être fortifié par un ange; mais ce trouble n'avait rien que d'innocent, et l'on ne doit pas penser que Jésus-Christ souffrit des peines semblables à celles des méchans, ni que Dieu fût irrité contre lui.

Ses prières nous enseignent à chercher notre consolation et notre force dans le recours à Dieu, lorsque nous sommes dans la détresse; et sa résignation à la volonté de son père nous apprend à nous soumettre en toutes choses, même dans les événemens les plus fâcheux, à ce qu'il plaît à Dieu de faire de nous. Au reste, après cet état de délaissement par où Jésus-Christ a passé, nous ne devons jamais perdre courage dans nos maux, pourvu que comme lui nous nous abandonnions entièrement à Dieu.
2. La manière dont Notre Seigneur fut pris montre que, quoiqu'il connût le dessein de Judas et qu'il eût pu éviter la mort, il se livra lui-même entre les mains des Juifs, parce qu'il était résolu de mourir pour accomplir les desseins de son père.
3. Ce que fit saint Pierre lorsqu'il frappa avec l'épée un des serviteurs du souverain sacrificateur, marque l'attachement que cet apôtre avait pour son maître; mais cette action procédait d'un zèle inconsidéré et d'un esprit de vengeance, c'est pourquoi Notre Seigneur l'en censura.

La violence et la vengeance déplaisent à Jésus-Christ et sont indignes de ses disciples; ainsi, nous devons nous en éloigner et imiter toujours la grande douceur de Notre Seigneur qui, pouvant punir ceux qui venaient le saisir, ne le fit pas, et donna même une preuve de sa bonté aussi bien que de sa puissance, en guérissant celui que saint Pierre avait blessé.
4. On voit ici que saint Pierre, qui avait témoigné tant de zèle pour Jésus-Christ, le renia par trois fois, étant entraîné par la crainte de la mort. La chute de cet apôtre fait voir que notre inconstance est grande, et que les tentations peuvent facilement nous surprendre, lorsque nous n'employons pas la vigilance et la prière pour les éviter. Cependant cet apôtre se releva de sa chute, au lieu que Judas tomba dans le désespoir. On revient plus facilement des fautes où l'on tombe par surprise que de celles que l'on commet de propos délibéré.
5. Enfin ce qui se passa, lorsque Notre Seigneur parut devant le Conseil des Juifs, fait voir qu'il ne fut condamné pour aucun crime et qu'il était entièrement innocent, puisque la sentence de sa condamnation ne fut fondée que sur ce qu'il avoua qu'il était le Fils de Dieu. Il fit pourtant cet aveu, et il se soumit à cette sentence si injuste; en quoi nous avons la preuve la plus convaincante qu'il eût pu nous donner de son amour, et un exemple de patience que nous devons toujours avoir devant les yeux.

CHAPITRE 23:1-25

Jésus-Christ
parait et est accusé devant Pilate, et ensuite devant Hérode; l'un et l'autre le déclarent innocent;
Pilate tâche de le délivrer; mais enfin, vaincu par les instances des principaux des Juifs, il le condamne à la mort.

 I. 1-13;
II. 14-25.

RÉFLEXIONS

1. On découvre d'abord ici l'injustice et la haine des principaux des Juifs qui, après avoir condamné Notre Seigneur, l'accusèrent faussement devant Pilate d'avoir voulu soulever le peuple et se faire roi, et qui demandèrent sa mort malgré tout ce que Pilate leur put dire pour les apaiser, jusque là qu'ils aimèrent mieux qu'on sauvât la vie à un meurtrier et à un séditieux qu'à Jésus-Christ.
2. Dieu permit que Pilate envoyât Jésus vers le roi Hérode, afin que la parfaite innocence de Notre Seigneur fût d'autant mieux reconnue, ce prince n'ayant pas trouvé qu'il eût rien fait qui méritât la mort.
3. Jésus-Christ paraissant devant Hérode, ne lui parla point, et il ne lui fit aucune réponse, parce que les questions que ce prince lui faisait ne procédaient pas d'aucun dessein qu'il eût de s'instruire, mais qu'elles ne venaient que d'une vaine curiosité et du désir qu'il avait de voir faire quelque miracle à Notre Seigneur. Dieu se fait connaître à ceux qui cherchent la vérité de bonne foi; mais pour ce qui est de ceux qui ne s'informent de la vérité que par curiosité et dans un esprit profane, il les laisse dans leur aveuglement.
4. En quatrième lieu, ou doit surtout faire attention à l'injustice de Pilate. Il était convaincu qu'on accusait Jésus à tort, il souhaitait de le délivrer, il le pouvait; mais il n'osa pas le faire, et après quelque résistance, il le condamna pour complaire aux Juifs. C'est ainsi que se conduisent les juges iniques, et en général tous ceux qui pèchent contre leur connaissance; ils ont plus d'égard aux hommes et à la politique, qu'à ce que Dieu, la justice et la conscience demandent. Cet exemple montre qu'il ne sert de rien d'avoir de bons sentimens et quelque désir de faire son devoir, qu'il serait même inutile de résister pendant quelque temps à la tentation, si l'on vient à y succomber; qu'au contraire on n'en est que plus coupable, et qu'ainsi, en toutes occasions, il faut consulter uniquement la conscience, et suivre ce qu'elle nous inspire, sans qu'aucune sollicitation ni aucun motif que ce puisse être nous en empêche jamais.



CHAPITRE 23:26-56

Saint Luc récite:
1. ce qui se passa lorsque Jésus fût conduit au supplice et pendant qu'il était sur la croix, et sa mort;
2. les prodiges qui arrivèrent;
3. sa sépulture.

  I. 26-46;
 II. 47-49;
III. 50-56.

RÉFLEXIONS

Voici les réflexions qu'il faut faire sur les diverses particularités de la passion de Notre Seigneur, qui sont rapportées par saint Luc.
1. On voit, dans ce que Jésus dit aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sa mort, que dans le temps même qu'on le conduisait au supplice et qu'on le faisait mourir si injustement, il était plus sensible aux malheurs qui allaient tomber sur les Juifs, qu'à ce qu'il souffrait lui-même. C'est là un exemple bien touchant de douceur et de patience, qui doit nous convaincre de la parfaite charité de Jésus-Christ, et nous engager à pardonner à ceux qui nous traitent avec injustice, et à nous intéresser pour les autres encore plus que pour nous-mêmes.
2. Ce sont les sentimens que doit aussi nous inspirer cette prière que Jésus fit dans le temps qu'on le crucifiait: Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.
3. Une troisième circonstance, qui est digne de toute notre attention, est ce que saint Luc rapporte de ces deux voleurs qui furent crucifiés avec Jésus-Christ:

1. On voit, dans l'un de ces voleurs, un exemple qui montre jusqu'où les hommes peuvent porter l'impiété, la méchanceté et l'endurcissement;
2. mais on remarque dans l'autre, qui reprit son compagnon et qui invoqua. Jésus-Christ comme son Sauveur et son roi, quoiqu'il le vit sur une croix, une foi admirable, une belle repentance et une grande humilité.

La promesse que Notre Seigneur lui fit: Tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis est un exemple illustre de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs repentans. Il ne faut pourtant pas abuser de cet exemple, en s'imaginant que l'on peut, sans hasarder son salut, attendre de se convertir à la fin de sa vie.

Cette promesse nous assure aussi que ceux qui meurent dans la grâce de Dieu sont dans un état de bonheur immédiatement après leur mort.
4. La mort de Jésus-Christ et sa sépulture doivent être considérées comme le dernier degré de son abaissement, et l'accomplissement du sacrifice qu'il a offert à Dieu pour l'expiation de nos péchés. Ainsi nous y trouvons le fondement de notre foi et de notre confiance, et de puissans motifs à ne point craindre la mort. Enfin les divers prodiges qui arrivèrent, lorsque Notre Seigneur fut crucifié et qu'il mourut, étaient destinés à faire voir qu'il était véritablement le Fils de Dieu. Ce fut aussi l'effet qu'ils produisirent sur le centenier qui gardait la croix, sur le peuple qui assista à ce spectacle, et en particulier sur les personnes qui avaient eu de l'attachement pour Jésus-Christ pendant sa vie. Mais ce fut ce qui parut encore plus clairement, lorsqu'il ressuscita le troisième jour après sa mort.

CHAPITRE 24

Jésus étant ressuscité,
des anges l'annoncent aux femmes qui étaient allées à son sépulcre;
il se fit voir ensuite à deux de ses disciples qui allaient à Emmaüs, et enfin aux autres apôtres.
Saint Luc finit son Évangile, en rapportant les derniers ordres que Notre Seigneur donna aux apôtres et son ascension.

  I. 1-12;
 II. 13-35;
III. 36-43;
IV. 44-53.

RÉFLEXIONS

Saint Luc nous apprend dans ce chapitre que Jésus-Christ étant ressuscité, sa résurrection fut annoncée par des anges aux femmes qui étaient allées à son sépulcre, et qu'après cela il se fit voir à deux disciples et enfin à tous les apôtres, qui s'assurèrent pleinement de sa résurrection, en lui parlant, en touchant son corps, et en le voyant manger en leur présence.

Ces diverses apparitions de Notre Seigneur confirment qu'il est ressuscité, et elles doivent puissamment fortifier notre foi et nos espérances, qui sont toutes fondées sur cette résurrection.

L'entretien que Jésus-Christ eut avec les deux disciples qui allaient à Emmaüs est remarquable. On y voit que, quoique ces disciples conservassent un tendre souvenir pour leur maître et qu'ils eussent même quelque espérance de sa résurrection, ils ne la croyaient pas encore, et que leur foi était bien faible; ce qui prouve qu'ils n'ont cru cette résurrection que sur des fondemens certains, et après en avoir été parfaitement convaincus.

D'un autre côté, on remarque que Jésus-Christ les instruisit sur le mystère de sa mort et sur sa résurrection, en leur expliquant les prophéties qui en avaient parlé. Cela doit nous inciter à lire et à méditer les oracles des prophètes, puisque nous y trouvons des prédictions si propres à nous confirmer dans la foi, et surtout puisque l'événement a si bien éclairci et vérifié ces oracles.

Nous avons, dans les derniers ordres que Jésus-Christ donna à ses disciples, l'abrégé de la doctrine de l'Évangile, qui revient à ceci:

C'est que Jésus-Christ est mort, qu'il est ressuscité, et qu'il a envoyé ses apôtres, pour annoncer par tout le monde la rémission des péchés, et pour exhorter les hommes à la repentance.

Enfin l'ascension de Notre Seigneur doit nous persuader pleinement qu'il est le Fils de Dieu. Et comme les apôtres, lorsqu'ils le virent monter au ciel, l'adorèrent et s'en retournèrent à Jérusalem remplis de joie et bénissant Dieu, nous devons aussi adorer Jésus-Christ comme notre Dieu et notre Sauveur, nous soumettre à lui, et nous réjouir continuellement, en pensant à la gloire où il est élevé à la droite de son père, et dans l'espérance ferme d'y être reçus un jour.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online