Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.


ÉVANGILE SELON SAINT MARC

Cet Évangile a été écrit quelque temps après celui de Saint Matthieu, et comme l'on croit, environ dix ans après l'Ascension de Jésus-Christ, et cela par Saint Marc, sous les yeux de l'apôtre Saint Pierre.

CHAPITRE 1

Saint Marc rapporte en abrégé
la prédication de Jean-Baptiste.
le baptême de Jésus-Christ, sa tentation,
le commencement de sa prédication dans la Galilée, et la vocation de quelques apôtres.
Il récite ensuite la guérison d'un homme possédé d'un malin esprit, celle de la belle-mère de saint Pierre, de divers malades et d'un lépreux.

 I. 1-20;
II. 21-45.

RÉFLEXIONS

1. Saint Marc nous apprend, au commencement de son Évangile, que Jean-Baptiste fut envoyé, conformément aux oracles des prophètes, pour annoncer la manifestation du règne de Dieu, en prêchant la repentance, en baptisant ceux qui confessaient leurs péchés, et en avertissant le peuple que le Messie allait paraître. Par là Dieu voulait préparer les Juifs à recevoir Jésus-Christ et leur apprendre que le règne du Messie serait un règne spirituel, et qu'il venait au monde pour y établir la sainteté et pour convertir les hommes à Dieu. Ainsi nous devons regarder l'amendement et la pureté de la vie comme le but de la venue de Notre-Seigneur.

C'est aussi ce qu'il nous a appris lui-même, puisqu'il commença son ministère, en prêchant la repentance comme Jean-Baptiste, son précurseur, et en disant: Amendez-vous et croyez à l'Évangile.
2. Ce qui arriva lors du baptême de Jésus-Christ, la descente du Saint-Esprit et la voix que Dieu fit entendre du ciel, tendait à faire connaître à Jean-Baptiste et au peuple, que Jésus était le Fils de Dieu et celui dont tous les hommes doivent recevoir la doctrine avec obéissance et avec foi. Ce fut aussi pour faire voir que Notre-Seigneur était véritablement le Fils de Dieu, et pour en convaincre le diable, que Dieu voulut que Jésus fut tenté dans le désert.
3. Le choix que Jésus-Christ fit de quelques pêcheurs, pour en faire ses apôtres, marquait qu'il ne venait pas établir un royaume temporel et mondain, puisque ces gens-là n'avaient rien qui les distinguât dans le monde; cela prouve aussi que les fruits admirables de leur ministère ne venaient point d'eux mais que toute la gloire doit en être donnée à Dieu seul.
4. Notre-Seigneur se fit d'abord connaître par des miracles, dans lesquels on voyait paraître une puissance infinie, et en même temps une grande bonté. Ce fut là la voie que la providence choisit pour prouver aux Juifs que Jésus était envoyé de Dieu et que sa doctrine était véritable et divine; et ce qui devait encore plus en convaincre les hommes, c'est qu'il ne faisait ordinairement ces miracles qu'en faveur de ceux qui croyaient qu'il avait le pouvoir de les faire et qui l'en priaient.

Cependant il empêchait, autant qu'il le pouvait, que ces miracles ne fissent trop d'éclat; et il en usait ainsi par des raisons de prudence, de peur que ceux d'entre les Juifs qui l'auraient regardé comme le Messie ne fissent des émeutes pour le déclarer roi, dans la pensée où ils étaient que le Messie serait un roi temporel, ce qui aurait causé du trouble et engagé les Romains à s'opposer aux disciples de Jésus-Christ.
5. Enfin nous devons penser, en lisant le récit de toutes ces merveilles, que notre Sauveur n'étant ni moins puissant ni moins bon que lorsqu'il était sur la terre, il nous accordera tout ce qui regarde la guérison et le salut de nos âmes, encore plus certainement qu'il n'accordait autrefois aux malades la guérison des maux du corps.

CHAPITRE 2

Jésus-Christ
guérit un paralytique.
Il appelle Lévi, qui est saint Matthieu, à la charge d'apôtre;
il rend raison pourquoi il mangeait avec les pêcheurs et pourquoi il n'obligeait pas ses disciples à observer des jeûnes réglés comme les disciples de Jean-Baptiste et les pharisiens en observaient;
et il répond aux pharisiens qui blâmaient les apôtres de ce qu'ils avaient arraché des épis de blé en un jour de sabbat.

  I. 1-4;
 II. 5-13;
III. 14-17;
IV. 23-28.

RÉFLEXIONS

1. Ce qu'il faut premièrement remarquer dans la guérison du paralytique, c'est la foi de ceux qui le présentèrent à Jésus-Christ; elle paraît en ce que ne pouvant approcher de Notre-Seigneur, ils descendirent ce malade par le toit de la maison; et Jésus voyant une foi si admirable, fit en leur faveur le miracle qu'ils croyaient qu'il avait le pouvoir de faire.

Par là nous pouvons voir combien la foi est agréable à notre Sauveur, et combien elle est efficace pour obtenir de lui les grâces qui nous sont nécessaires. Après cela il paraît d'ici que Jésus-Christ, outre le pouvoir de délivrer des maladies, avait le droit et l'autorité de pardonner les péchés aux hommes.

Cela nous apprend que Jésus est non-seulement un prophète envoyé de Dieu, mais qu'il est le juge du monde, de qui seul nous pouvons attendre le salut et le pardon de nos fautes, moyennant la foi et la repentance.
2. Ce chapitre nous enseigne que Notre-Seigneur est venu au monde pour appeler les pécheurs à la repentance; c'est ce qu'il fit connaître en mangeant avec des péagers et avec des personnes que les Juifs regardaient comme de grands pécheurs. Cette doctrine doit nous remplir de confiance et nous faire reconnaître en même temps qu'il est absolument nécessaire de se repentir et de s'amender pour être sauvés.
3. Ce qui est dit ici que Jésus-Christ n'obligeait pas ses disciples à jeûner régulièrement comme ceux de Jean-Baptiste, doit s'entendre de cette manière: c'est que Notre-Seigneur avait des raisons particulières de ne pas astreindre alors ses disciples à ces sortes de jeunes; savoir, parce que tant lui que ses disciples étaient sans cesse occupés à aller en divers lieux ~ et qu'ils conversaient avec toutes sortes de personnes.

Cependant il déclare que, quand il ne serait plus au monde, ils seraient appelés non-seulement à jeûner, mais à de grandes souffrances, et que s'il ne les y exposait pas encore, c'était parce qu'ils n'étaient pas alors capables de les supporter; tout de même qu'une pièce d'étoffe neuve ne conviendrait pas à un vieux habit, et que du vin nouveau romprait de vieux vaisseaux.

Ainsi, il ne faut pas conclure de cet endroit de l'Évangile que Jésus-Christ condamne le jeune et la mortification; au contraire, cette doctrine suppose évidemment que Notre-Seigneur appelle ses disciples à une vie mortifiée et à porter leur croix. Enfin Jésus-Christ justifia l'action de ses disciples qui, pressés par la faim, avaient arraché des épis en un jour de sabbat; et il allégua, dans cette vue, ce que le roi David avait fait dans un cas à-peu-près semblable.

Cela nous enseigne que, dans une extrême nécessité, et lorsqu'on ne pourrait observer les lois extérieures de la religion sans qu'il en arrivât un grand mal, on peut s'en dispenser, pourvu que ce ne soit pas par mépris et que l'on s'attache toujours à l'essentiel de la piété. Ce serait une hypocrisie et une superstition semblable à celle des pharisiens d'en user autrement.

CHAPITRE 3

L'évangéliste rapporte
1. premièrement la guérison d'un homme qui avait une main sèche et celle de plusieurs autres malades.
2. La vocation des douze apôtres.
3. Ce que Jésus-Christ dit aux pharisiens qui attribuaient ses miracles à la puissance du diable.
4. La déclaration qu'il fit que ses vrais disciples lui étaient aussi chers que ses parens.

  I. 1-12;
 II. 13-19;
III. 20-30;
IV. 31-35.

RÉFLEXIONS

1. On découvre la grande bonté et la souveraine puissance de Notre-Seigneur dans les guérisons dont il est parlé dans ce chapitre; ainsi l'histoire de ces divers miracles est très-propre à affermir notre foi et à nous remplir de confiance en lui. On voit en particulier dans la guérison de cet homme qui avait une main sèche, l'aveuglement et la malice des pharisiens qui, au lieu de se rendre à cette merveille, se scandalisaient de ce que Jésus l'avait faite un jour de sabbat.

Ce qu'il dit à ces ennemis de sa doctrine, et la juste indignation qu'il témoigna, nous montre combien il est offensé, quand on résiste à la vérité et quand on se sert du prétexte de la religion pour condamner des oeuvres de piété et de charité.
2. Le choix que Notre-Seigneur fit des douze apôtres pour être avec lui, et le pouvoir qu'il leur donna d'annoncer l'Évangile et de faire des miracles semblables aux siens, était un effet de sa grande sagesse aussi bien que de sa bonté envers les hommes, puisqu'il devait se servir dans la suite du ministère de ses apôtres pour faire prêcher l'Évangile par tout le monde.
3. La troisième réflexion concerne le crime des pharisiens, que Jésus-Christ accuse de blasphémer contre le Saint-Esprit. Saint Marc explique clairement en quoi ce blasphème consistait (voyez le verset 30); c'était en ce que les pharisiens, voyant que Notre-Seigneur chassait les démons, disaient qu'il faisait ces miracles par la puissance du diable, ce qui était un blasphème énorme contre le Saint-Esprit, et la marque d'une méchanceté d'où il n'y avait point de retour.
C'est là un exemple où l'on voit que, quand les hommes se sont une fois livrés à leurs préjugés et à leurs passions, ils s'endurcissent contre tout ce, qu'on peut leur proposer de plus clair et de plus fort, et qu'au lieu de se rendre, ils en deviennent encore plus méchans.
4. Ce que Jésus-Christ déclare qu'il aimait autant ses disciples que ses plus proches parens, nous apprend que le plus sûr moyen d'être aimés de lui est de s'attacher à écouter sa parole et à faire sa volonté, et que nous devons aussi à son imitation chérir particulièrement les personnes qui craignent Dieu, et les estimer préférablement à tous les hommes.

CHAPITRE 4

Ce chapitre contient:
1. La similitude de la semence et son explication;
2. une autre similitude de la semence qu'on jette dans la terre et qui produit son fruit quelque temps après;
3. la parabole du grain de moutarde;
4. le miracle que Jésus-Christ fit en apaisant une tempête.

  I. 1-25;
 II. 26-29;
III. 30-34;
IV. 35-41.

RÉFLEXIONS

L'explication que Jésus-Christ a donnée lui-même de la similitude de la semence, l'éclaircit parfaitement et en marque le sens et l'usage.

Voici ce que le Sauveur du monde a voulu nous y enseigner: La semence qui tombe sur le chemin représente ceux qui entendent l'Évangile mais qui ne le reçoivent point et qui n'en sont point touchés; la semence qui tombe en des lieux pierreux marque ceux qui ne reçoivent la parole de Dieu que pour un temps et qui, dans la persécution et dans la tentation, abandonnent Jésus-Christ; la semence qui tombe parmi les épines et qui est étouffée, est une image de ceux en qui cette parole produirait du fruit si le coeur n'était pas possédé par l'amour des biens ou des plaisirs du monde et par les soins de cette vie; et la semence qui est réelle dans une bonne terre désigne ceux qui ont le coeur bon et bien disposé et en qui l'Évangile produit du fruit et des effets salutaires.

L'usage que nous devons faire de cette parabole est de nous examiner nous-mêmes et de voir si nous sommes du nombre de ces endurcis sur qui la parole de Dieu ne fait aucune impression; ou de ces inconstans et de ces lâches qui, après avoir été touchés, ne persévèrent pas; ou de ces hommes charnels et attachés au monde en qui la parole est rendue inutile par l'amour des biens et des plaisirs de cette vie; ou enfin si nous sommes de ces fidèles auditeurs qui rapportent avec abondance les fruits que Dieu attend d'eux.

Mettons ces divines instructions dans nos coeurs et prenons garde, selon que Jésus-Christ nous y exhorte, à la manière dont nous les entendons, nous souvenant que Dieu augmente ses lumières et ses dons à ceux qui en font un bon usage, mais qu'il les ôte à ceux qui n'en profitent pas.

Le dessein de Jésus-Christ, dans la similitude de la semence qui germe et qui croît peu-à-peu, et dans celle du grain de moutarde, était de marquer que, quoiqu'il n'y eût pas alors beaucoup d'apparence que sa doctrine fit de grands progrès, vu la bassesse ou il était et le petit nombre de ceux qui embrassaient sa doctrine, elle serait reçue dans peu par tout le monde.

Jésus-Christ disait ces choses en paraboles au peuple, parce que s'il eût dit ouvertement que son Évangile serait annoncé aux autres nations, cela aurait rebuté et scandalisé les Juifs. Mais ces paraboles devinrent très-claires dans la suite, par l'établissement de l'Église chrétienne; ensorte qu'elles nous fournissent aujourd'hui une preuve invincible de la vérité de l'Évangile.

Dans le récit du miracle que Notre-Seigneur fit en calmant une tempête, on remarque l'extrême frayeur des apôtres qui craignaient de périr, quoiqu'ils eussent Jésus avec eux, ce qui montre que leur foi était encore faible, comme le Seigneur le leur reprocha; mais on y découvre aussi sa bonté envers eux, et une merveilleuse puissance qui les jeta tous dans l'admiration. Les enfans de Dieu sont exposés à divers dangers; ils ont leurs faiblesses et leurs craintes; mais il subvient à leurs infirmités, et après les avoir fait passer par l'affliction pour leur épreuve, il leur donne en les délivrant des témoignages de sa bonté qui fortifient leur foi et qui les remplissent de consolation et de joie.

CHAPITRE 5

Saint Marc
1. récite un miracle très-remarquable que Jésus-Christ fit en délivrant un homme qui était possédé d'une légion de démons.
2. La guérison d'une femme malade d'une perte de sang, et la résurrection de la fille de Jaïrus.

 I. 1-20;
II. 21-43.

RÉFLEXIONS

L'histoire du démoniaque est tout-à-fait digne d'attention; on y voit d'une manière sensible l'empire que les démons exerçaient alors sur les hommes par la permission de Dieu; mais on y voit aussi que Jésus-Christ avait un souverain pouvoir sur eux, qu'il devait détruire le règne du diable, et qu'il était toujours prêt à déployer sa puissance en faveur de ceux qui avaient besoin de son secours.

Notre-Seigneur, après avoir délivré ce démoniaque, permit aux démons d'entrer dans les pourceaux et de les précipiter dans la mer, afin de faire voir que cet homme avait été véritablement possédé du démon, et de prouver par ce moyen la vérité et la grandeur du miracle qu'il venait de faire; il le fit aussi pour montrer que les démons ne pouvaient rien faire que par sa permission, et pour châtier les habitans de ces quartiers-là, lesquels, selon que cela est dit dans cette histoire, ne voulurent pas souffrir le Seigneur parmi eux.

Nous devons bénir Dieu de ce que, depuis la venue de Jésus-Christ, le diable n'a plus le pouvoir qu'il avait autrefois sur les hommes, et considérer au reste que l'état de ce démoniaque, quelque déplorable qu'il fût, n'était pas si funeste que celui des pécheurs qui s'adonnent au mal et qui sont les esclaves de leurs passions.

Cet homme ne s'était pas mis volontairement dans ce triste état, et le démon ne pouvait lui nuire qu'en son corps; au lieu que les pécheurs se rendent eux-mêmes les esclaves du diable en faisant sa volonté, par où cet ennemi de Dieu et des hommes entraîne leurs âmes dans l'abîme de la perdition éternelle.

La guérison de cette femme dont Notre-Seigneur loua la foi, et qui fut délivrée de son mal en touchant le bord du vêtement de Jésus-Christ, prouve que l'humilité et la foi ont une grande efficace, que la confiance en Jésus-Christ n'est jamais vaine, et qu'il est toujours prêt à répandre ses grâces sur ceux qui s'adressent à lui dans ces dispositions. La souveraine puissance de Notre Seigneur paraît encore avec plus d'éclat dans la résurrection de la fille de Jaïrus. Sur quoi il faut considérer que Jésus-Christ, qui rendait la santé aux malades, rendait aussi la vie aux morts, et cela, non-seulement pour montrer d'autant mieux sa puissance infinie, mais aussi pour confirmer les promesses qu'il nous a faites dans l'Évangile de nous ressusciter au dernier jour.

Ainsi la considération de ce miracle doit produire en nous une ferme espérance de l'immortalité, nous remplir de consolation dans cette attente, et nous animer de plus en plus à l'étude de la sainteté et des bonnes oeuvres afin que nous puissions avoir part à cette résurrection bienheureuse que Jésus-Christ nous a promise.

CHAPITRE 6:1-29

Il est ici parlé
1. de l'arrivée de Jésus-Christ à Nazareth et de l'incrédulité des habitans de cette ville;
2. de l'envoi des apôtres dans la Judée;
3. de la mort de Jean-Baptiste.

  I. 1-6;
 II. 7-13;
III. 14-29.

RÉFLEXIONS

Voici les réflexions qu'il faut faire sur les trois parties de cette lecture. La première regarde l'incrédulité et l'ingratitude de ceux de Nazareth qui ayant le bonheur d'avoir Jésus-Christ parmi eux, ne reconnurent pas que la sagesse et la puissance qui étaient en lui venaient de Dieu, et profitèrent si mal de sa présence; ce qui fut cause qu'il ne fit que peu de miracles dans ce lieu-là. Voilà comment les préjugés et la malice des hommes font qu'ils négligent les plus grands avantages dans le temps qu'ils leur sont offerts; cela montre aussi que si Dieu les prive de sa grâce, c'est parce qu'ils la méconnaissent et qu'ils y mettent eux-mêmes des obstacles.

Sur l'envoi des apôtres, il faut remarquer,
1. que Jésus-Christ, par un effet de sa sagesse et de sa bonté envers les Juifs, envoya les apôtres pour annoncer la venue du règne de Dieu dans la Judée, et qu'afin de rendre leur prédication plus efficace, il leur donna le pouvoir de faire des miracles.
2. Il leur défendit de prendre des provisions pour ce voyage, parce qu'il devait être court, et pour leur apprendre de bonne heure à se confier en la providence.
3. Il déclara que ceux qui ne voudraient pas les recevoir seraient punis très-rigoureusement, en quoi l'on voit la condamnation de ceux à qui Dieu fait présenter le salut et qui rejettent les offres de sa grâce.
4. Pour ce qui est de la mort de Jean-Baptiste, elle doit être attribuée à la haine dont Hérodias était aminée contre lui, parce qu'il condamnait son mariage avec Hérode, et à la lâche complaisance d'Hérode, qui sacrifia à cette femme impudique Jean-Baptiste, pour lequel il avait d'ailleurs de la vénération, et qu'il regardait comme un homme juste et saint.

On voit ici que les personnes vicieuses haïssent d'ordinaire ceux qui les reprennent de leur vie déréglée, que l'impureté aussi bien que la complaisance que l'on a pour les méchans ont toujours des suites funestes, et qu'il est dangereux de se lier par des sermens téméraires. Il est cependant à remarquer que Dieu permit que Jean-Baptiste perdit ainsi la vie, afin de préparer les Juifs à ce qui devait arriver à Jésus-Christ lui-même, dont ce saint prophète avait été le précurseur.

C'est enfin une chose digne d'attention qu'Hérode, qui était dans les sentimens des sadducéens, lesquels ne croyaient pas la résurrection, crût que Jean-Baptiste, qu'il avait fait décapiter, était revenu en vie. Cela fait voir que les impies et les incrédules n'ont aucune croyance fixe et arrêtée. Une conscience coupable est toujours en crainte; et dans les remords dont les méchans sont agités, ils admettent les vérités qu'ils rejetaient auparavant et ils se persuadent des choses qui sont contraires aux sentimens dont ils font profession.

CHAPITRE 6:30-56

Notre-Seigneur
1. nourrit cinq mille personnes d'une manière miraculeuse;
2. ses disciples étant exposés à une tempête, il va vers eux en marchant sur la mer;
3. et étant arrivé au pays de Génésareth, il y guérit plusieurs malades.

  I. 30-44;
 II. 45-52;
III. 53-56.

RÉFLEXIONS

Nous devons ici faire attention, en premier lieu, à la bonté de Notre Seigneur qui, voyant les besoins du peuple qui le suivait, fut ému de compassion envers eux et leur donna avec la nourriture de l'âme celle du corps, en multipliant les pains d'une manière miraculeuse. Il y a une circonstance particulière dans ce miracle, et qui le distingue des autres. C'est qu'il le fit en faveur d'un grand peuple, au lieu qu'il ne faisait les autres qu'en faveur de certaines personnes en particulier, ce qui devait rendre ce miracle plus fameux et plus éclatant.

Notre Seigneur fit voir ensuite cette même bonté, aussi bien que sa puissance et sa sagesse, lorsque ses disciples étant en danger de périr dans une tempête, il alla vers eux en marchant sur la mer, et qu'il fit cesser l'orage. Il paraît qu'il était nécessaire que le Seigneur fit ce nouveau miracle, pour convaincre pleinement ses disciples de sa puissance, puisque, comme l'évangéliste le remarque, ils n'avaient pas fait assez d'attention aux miracles qu'ils lui avaient vu faire auparavant. C'est ainsi que Jésus-Christ voulait confirmer leur foi, qui était encore faible, et les persuader de plus en plus qu'il était le Fils de Dieu.

Ce qui arriva dans cette occasion doit aussi produire en nous une pleine persuasion de la puissance sans bornes de Jésus-Christ, et du soin qu'il a des siens; il n'y a aucun péril d'où il ne puisse les tirer, ni aucune affliction dont il ne leur donne une heureuse issue; et c'est même dans ces occasions-là qu'il leur fait le mieux sentir combien il les aime.

Enfin, quand nous lisons que l'on apportait de toutes parts des malades à Notre Seigneur et qu'ils étaient tous guéris, même par le simple attouchement de ses habits, nous devons penser que s'il déployait ainsi sa puissance pour le soulagement et la guérison de ceux qu'on lui présentait, il n'est pas moins disposé à sauver tous ceux qui cherchent auprès de lui la délivrance des maux de l'âme; et c'est ce qui doit nous inciter à nous adresser avec confiance à ce Rédempteur charitable, pour être aidés dans tous nos besoins.

CHAPITRE 7

Ce chapitre a deux parties:
1. Les pharisiens se plaignant de ce que les disciples de Jésus-Christ ne se lavaient pas selon la continue des Juifs, il leur reproche qu'ils violaient eux-mêmes les commandemens de Dieu en enseignant que si un enfant avait consacré, à Dieu le bien dont il aurait pu assister son père ou sa mère, il était obligé d'accomplir ce voeu à la rigueur, et qu'il ne lui était plus permis de secourir son père et sa mère dans leur nécessité avec ce bien-là.

Notre Seigneur enseigne ensuite au peuple et à ses disciples ce que c'est qui souille l'homme, et ce que c'est qui ne le souille pas.
2. Après cela il va du côté de Tyr et de Sydon, où il guérit la fille d'une femme cananéenne; et revenant dans la Galilée, il guérit un homme sourd et muet.

 I. 1-23;
II. 24-37.

RÉFLEXIONS

Nous devons apprendre ici:
1. que c'est hypocrisie de pratiquer scrupuleusement des coutumes établies par les hommes et de violer les lois divines et les devoirs que Dieu a le plus expressément prescrits, et que le vrai service de Dieu consiste à garder ses commandemens; mais qu'il a en abomination le culte des hypocrites, qui prétendent l'honorer de la bouche ou par des pratiques extérieures, pendant que leur coeur est souillé et éloigné de lui.
2. Ce discours de Jésus-Christ nous enseigne que Dieu veut que les enfans honorent et assistent leurs pères et leurs mères, et que rien ne peut les dispenser de ce devoir;
3. que les sermens et les voeux, par lesquels on s'engage à faire des choses contraires à la loi de Dieu, ne lient point la conscience, et que ce serait pécher que de les accomplir;
4. que ce qui nous souille devant Dieu, c'est proprement ce qui vient du coeur; les mauvaises pensées, les désirs impurs et injustes, la haine du prochain, l'envie, l'orgueil, la fierté, et les autres passions de cette nature; que ces mauvaises pensées sont de vrais péchés, et que c'est la source de toutes les mauvaises actions que les hommes commettent.

Lorsque Jésus-Christ donnait ces instructions, il disait au peuple: Écoutez tous ceci et comprenez-le bien. Cet avertissement marque l'importance de cette doctrine et nous oblige à éviter sur toutes choses ce qui souille l'âme, et à tâcher d'acquérir la véritable pureté qui est celle du coeur.

Sur la seconde partie de ce chapitre, il faut remarquer que Notre Seigneur étant prié par une femme payenne de guérir sa fille, il refusa de le faire, alléguant qu'il n'était pas juste de donner aux chiens le pain des enfans; ce qui voulait dire qu'il n'était pas raisonnable que Jésus-Christ fit en faveur des payens, qui étaient des étrangers, les miracles qu'il refusait en faveur des Juifs qui étaient le peuple de Dieu, et comme les enfans de sa maison. Notre Seigneur disait cela, parce que les payens ne devaient pas encore alors être égalés aux Juifs. Mais cette femme obtint enfin de lui, par sa profonde humilité, par sa persévérance, par sa foi, et par l'ardeur de son zèle, la grâce qu'elle venait lui demander.

On peut voir dans cette histoire, que les payens n'étaient pas exclus de la grâce de Dieu, et qu'ils devaient bientôt y être admis aussi bien que les Juifs. On y voit aussi que des prières accompagnées d'humilité et de zèle ont une grande efficace, et que si Dieu ne nous accorde pas incontinent ce que nous lui demandons, il en use ainsi pour exciter notre ardeur et pour nous donner un sentiment plus vif de notre indignité, mais qu'enfin on obtient tout de lui par la persévérance.

Au reste, on doit admirer, dans ce miracle et dans la guérison de cet homme à qui Jésus-Christ rendit l'ouïe et la parole, la facilité et la souveraine puissance avec laquelle il guérissait toutes sortes de maladies, et cette grande charité qui le portait en toutes occasions à secourir les malheureux et à faire du bien à tout le monde.

CHAPITRE 8:1-21

Jésus-Christ
nourrit miraculeusement quatre mille hommes.
Il refuse de faire un signe que les pharisiens lui demandaient,
et il avertit ses disciples de se donner garde du levain des pharisiens et du levain d'Hérode.

  I. 1-9;
 II. 10-13;
III. 14-21.

RÉFLEXIONS

1. On doit premièrement admirer ici la manière miraculeuse et pleine de bonté dont Jésus-Christ nourrit plusieurs milliers de personnes, avec sept pains et quelques poissons, comme il avait déjà fait peu auparavant. En faisant ce miracle, il se proposait non-seulement de pourvoir à la nourriture et aux besoins corporels de ceux qui le suivaient, mais il voulait les disposer à recevoir de lui la véritable nourriture, savoir celle de l'âme Au reste, la grande multitude de ceux en faveur de qui Notre Seigneur multiplia ainsi les pains et les poissons, et les pièces qui demeurèrent de reste et dont les apôtres emplirent sept corbeilles, sont deux circonstances qui servirent à confirmer la certitude de ce miracle et à le répandre de tous côtés.
2. Les pharisiens demandèrent à Jésus de leur faire voir un signe du ciel, mais il ne voulut en faire aucun. Il en usa ainsi très-justement, parce qu'ayant déjà fait tant de miracles dont ils n'avaient pas profité, ce signe n'aurait servi de rien et ne les aurait point touchés. Dieu, qui répond aux désirs des âmes simples et sincères, abandonne avec justice ceux qui résistent à la vérité, et après qu'il a mis en usage les moyens les plus propres pour convaincre les hommes, il n'est pas obligé d'en faire davantage; et il emploierait même inutilement de nouveaux moyens pour persuader des gens dont l'aveuglement est volontaire et accompagné de malice.
3. Les apôtres ayant oublié de prendre du pain avec eux, le Seigneur les avertit de se garder du levain des pharisiens et du levain d'Hérode, qui était de la secte des sadducéens. Cela voulait dire qu'ils devaient se donner garde de la doctrine des pharisiens, qui étaient des hypocrites et qui ne s'attachaient qu'aux traditions et aux dehors de la religion, et des sentimens impies des sadducéens qui niaient la résurrection des morts, et qui avaient encore d'autres erreurs pernicieuses. C'est ainsi que ce divin Sauveur, par un effet de sa sagesse, prenait ordinairement occasion des choses qui se présentaient de donner à ses disciples des instructions salutaires. Ce qu'il dit dans cette rencontre nous apprend de quelle importance il est de fuir toutes sortes de fausses doctrines, et surtout de s'éloigner des sentimens qui conduisent à la superstition et à l'hypocrisie, ou à l'impiété et à l'incrédulité.

CHAPITRE 8:22-38

Jésus-Christ
1. guérit un aveugle.
2. Il demande à ses disciples quelle opinion le peuple avait de lui, et ce qu'ils en croyaient eux-mêmes, et saint Pierre reconnaît qu'il est le Fils de Dieu,
3. Notre-Seigneur prédit sa mort.
4. Il exhorte ses disciples à se disposer à la souffrance et à faire profession publique de l'Évangile devant les hommes; et pour les y engager, il leur montre que c'est là l'unique moyen d'éviter la perte de leur âme.

  I. 22-26;
 II. 27-30;
III. 31-33;
IV. 34-38.

RÉFLEXIONS

Il y a ceci de particulier dans la guérison de l'aveugle dont il est parlé dans ce chapitre, que Notre-Seigneur ne le guérit pas tout d'un coup, mais qu'il le fit successivement.
1. Il en usa de la sorte pour éprouver la foi de cet aveugle, qui n'était peut-être pas assez forte, pour lui faire remarquer sa puissance d'une manière sensible par le progrès de sa guérison, et pour montrer, en ne faisant pas toujours ses miracles de la même manière, qu'il pouvait déployer la puissance divine qui était en lui, ou tout d'un coup, ou peu à peu et par degrés, et qu'il était le maître de faire ses miracles comme il le trouvait à propos.
2. On voit ici, en second lieu, que Jésus-Christ était regardé parmi les Juifs comme un grand prophète, mais que saint Pierre et les apôtres le regardaient comme le Fils de Dieu; c'est aussi là ce que nous devons tous croire du coeur et confesser de la bouche, si nous voulons être sauvés. Cependant le Seigneur défendit à ses disciples de publier qu'il fût le parce qu'il ne devait pas prendre ouvertement cette qualité avant sa mort.
3. Sur la prédiction que Jésus-Christ fit de ses souffrances, il est à remarquer qu'il en avertit ses disciples, afin de les disposer peu à peu à cet événement, auquel ils ne s'attendaient pas et qui aurait été capable d'ébranler leur foi. Ce fut pour les persuader d'autant mieux de la nécessité de cette mort, qu'il reprit si fortement saint Pierre qui, étant dans les préjugés des Juifs, ne pouvait comprendre que celui qu'il venait de reconnaître pour le Messie et le Fils de Dieu dût mourir.
Mais ce que cet apôtre ne comprenait pas alors est clair pour nous, qui savons que cette mort est le moyen dont Dieu s'est servi pour nous racheter.
4. Enfin Jésus-Christ nous apprend dans ce chapitre, que ceux qui veulent devenir ses disciples doivent renoncer à eux-mêmes, et être prêts à souffrir et même à perdre la vie pour l'Évangile, s'ils y étaient appelés; qu'il n'y a rien de plus important que la perte ou le salut de notre âme, et que nous devons faire une profession ouverte de la piété et de la vérité, si nous voulons que le Seigneur nous reconnaisse pour ses vrais disciples, et qu'il nous reçoive dans sa gloire lorsqu'il viendra juger le monde. C'est ainsi que Jésus-Christ instruisait les hommes des devoirs les plus nécessaires de la religion, et qu'il leur proposait les motifs les plus forts à s'en acquitter.

CHAPITRE 9:1-29

La première partie de ce chapitre contient trois choses:
1. La transfiguration de Jésus-Christ;
2. l'explication qu'il donna à ses disciples de ce qui avait été prédit, qu'Élie devait venir au monde;
3. la guérison d'un lunatique que les apôtres n'avaient pu guérir.

I. 1-10;
II. 11-13;
III. 14-29.

RÉFLEXIONS

1. Notre-Seigneur fit voir sa gloire à trois de ses apôtres dans sa transfiguration, afin de les convaincre pleinement, par cette apparition magnifique, qu'il était le Fils de Dieu. Il le fit aussi, pour fortifier leur foi, qui devait être ébranlée par sa mort dans peu de temps. Moïse et Élie parurent dans cette occasion, pour faire voir que Jésus était ce grand Rédempteur dont les prophètes avaient parlé, et qu'il était même au-dessus des prophètes les plus illustres, entre lesquels Moïse et Élie tenaient le premier rang. Outre cela Dieu déclara alors, par une voix venue du ciel, que Jésus-Christ était son Fils bien-aimé, afin qu'il parla encore plus clairement que c'était lui que tous les hommes devaient désormais écouter et à qui ils devaient obéir. Cette transfiguration de Jésus-Christ est au reste une image de la gloire dans laquelle il paraîtra au dernier jour; et la présence de Moïse et d'Elle prouve que ces saints hommes vivaient après leur sortie du monde, et qu'ainsi il y a une autre vie après celle-ci pour les justes.
2. Notre Seigneur apprit à ses disciples, dans cette occasion, que Jean-Baptiste était cet Élie qui devait venir, selon la prédiction de Malachie. Ce nom avait été donné au précurseur du Messie, parce que, comme le prophète Élie, il devait réformer les moeurs des hommes et rétablir le pur service de Dieu. La manière honorable et distinguée, dont Jésus-Christ parla dans cette occasion de Jean-Baptiste, nous engage à reconnaître la dignité de la personne de ce grand prophète, à bien considérer le but de son ministère, et à nous soumettre à sa doctrine aussi bien qu'à celle de Jésus-Christ, qui est encore plus grand que son précurseur.
3. On doit remarquer dans la guérison du lunatique, que les apôtres ne purent le délivrer, parce qu'ils n'étaient pas assez persuadés qu'ils pouvaient opérer ce grand miracle au nom de Jésus-Christ; mais le Seigneur, ayant égard à l'état déplorable de ce jeune homme aussi bien qu'à la foi et aux larmes de son père, le guérit parfaitement, et par sa seule parole. Ce que Jésus-Christ dit aux apôtres dans cette occasion, nous montre que c'était par la foi, par la prière et par le jeûne qu'ils pouvaient obtenir de Dieu le pouvoir de faire des miracles. Ces moyens ne sont, ni moins efficaces, ni moins nécessaires, pour résister aux tentations et pour engager le Seigneur à nous accorder les secours les plus puissans de sa grâce; ainsi nous devons les pratiquer avec soin.

CHAPITRE 9:30-51

Notre Seigneur
1. avertit ses disciples que sa mort approchait.
2. Il les reprend sur ce qu'ils avaient disputé entr'eux qui serait le plus grand dans le royaume du Messie, et il leur enseigne l'humilité en mettant un petit enfant au milieu d'eux.
3. Il blâme saint Jean et ses autres disciples de ce qu'ils sont opposés à un homme qui chassait les démons en son nom, et il les avertit de ne scandaliser et de ne rejeter aucun de ceux qui croyaient en lui.
4. Il les exhorte à éviter tout ce qui pouvait être pour les autres ou pour eux-mêmes une occasion de scandale et de chute; il menace des peines de l'enfer ceux qui n'évitent pas les scandales; il leur représente qu'étant comme le sel de la terre, ils devaient travailler à édifier tous les hommes, ce qu'ils feraient surtout, en ne rebutant personne, en ayant pour tout le monde des sentimens de charité, et en vivant entr'eux dans l'union et dans la paix.

  I. 30-31-32;
 II. 33-37;
III. 38-42;
IV. 43-51.

RÉFLEXIONS

1. Il faut considérer ici que, si les apôtres ne comprenaient pas ce que Notre Seigneur leur disait de sa mort, cela venait de ce qu'ils ne pouvaient concevoir que le Messie dût mourir et souffrir un supplice ignominieux et cruel.
2. La dispute qu'ils eurent, pour savoir lequel d'entr'eux serait le plus grand dans le royaume du Messie, venait aussi de l'opinion où ils étaient que ce devait être un royaume temporel et semblable à ceux des rois de la terre. Jésus-Christ les désabusa de ces pensées, en mettant devant leurs yeux un petit enfant, par où il voulait leur inspirer des sentimens humbles, et leur apprendre à ne point s'élever les uns par-dessus les autres, et à ne mépriser personne. Cette leçon est pour tous les chrétiens; ainsi nous devons bannir de nos coeurs toutes les pensées d'orgueil et d'élévation, et ressembler aux enfans, en douceur, en innocence et en humilité.
3. Il est à remarquer que Notre-Seigneur reprit ses disciples de ce qu'ils avaient voulu empêcher un homme qui ne les suivait pas de chasser les démons au nom de Jésus-Christ. Cette censure nous enseigne bien clairement qu'il ne nous est jamais permis de rejeter aucun de ceux qui font profession d'aimer le Seigneur Jésus, mais qu'au contraire nous devons les regarder tous comme nos frères, les chérir et nous joindre à eux. C'est ce que Jésus-Christ nous apprend encore plus expressément, en disant que c'est un des plus grands péchés de mépriser ou de scandaliser aucun de ses disciples, quand même il y aurait quelque faiblesse en eux, ou qu'ils paraîtraient méprisables selon le monde.
4. Enfin notre Sauveur nous exhorte fortement, et sous les plus sévères menaces, à résister à tout ce qui peut être une occasion de chute, à renoncer courageusement à ce qui nous serait le plus cher, à mortifier nos inclinations, et à souffrir même ce qu'il y a de plus fâcheux, plutôt que de tomber ou de faire tomber les autres dans le péché, et que de s'exposer par là à être jetés dans la géhenne où le ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.

CHAPITRE 10:1-31

Jésus-Christ fait trois choses:
1. il répond aux pharisiens qui l'avaient interrogé sur le divorce, et il dit que la coutume qui était établie parmi les Juifs, de répudier les femmes pour toutes sortes de raisons, était contraire à l'institution du mariage.
2. Il bénit de petits enfans.
3. Il répond à un jeune homme riche qui lui avait demandé ce qu'il fallait faire pour être sauvé, et à cette occasion il dit que les richesses empêcheraient plusieurs personnes de croire en lui, mais qu'il récompenserait abondamment ceux qui abandonneraient leurs biens et tout ce qu'ils auraient de plus cher pour le suivre.

  I. 1-12;
 II. 13-16;
III. 17-31.

RÉFLEXIONS

Ce que Notre Seigneur dit aux pharisiens, sur le mariage, nous apprend que Dieu n'approuvait point les divorces tels que les Juifs les pratiquaient, quoique ces divorces eussent été tolérés jusqu'alors, à cause de l'humeur charnelle de ce peuple et de leur naturel porté à la désobéissance. Jésus-Christ dit expressément que ces sortes de divorces ne devaient plus avoir lieu parmi les chrétiens, non plus que diverses autres choses semblables que Dieu supportait autrefois; que les lois du mariage sont inviolables, et qu'elles lient aussi bien l'homme que la femme. Par où nous voyons que le Fils de Dieu a rétabli ces lois telles qu'elles étaient au commencement du monde, et qu'ainsi il n'est plus permis aux hommes ni aux femmes de se séparer et de se remarier, si ce n'est pour cause d'adultère.

La cérémonie de l'imposition des mains que Jésus-Christ pratiqua à l'égard des petits enfans, et les prières qu'il fit pour eux, ne permettent pas de douter qu'il n'aime les petits enfans, et que ce ne soit une pratique conforme à ses intentions de les offrir à Dieu par le baptême et par la prière. Cela nous montre aussi que le royaume des cieux n'est que pour ceux qui, comme les petits enfans, sont doux, innocens, et vides de l'amour du monde et de sa gloire.

Nous devons apprendre, de l'entretien que Jésus-Christ eut avec cet homme riche dont il est ici parlé, que l'on ne saurait entrer dans La vie éternelle si l'on ne garde les commandemens de Dieu; mais qu'il faut outre cela, en de certaines occasions, abandonner ses biens et tout ce que l'on possède en ce monde; qu'en général les chrétiens ne doivent pas s'attacher aux richesses, et que si Dieu leur en donne, ils doivent les employer à des usages de charité.

Nous recueillons de plus du discours de Notre-Seigneur, que ce renoncement aux biens du monde, quelque difficile qu'il paraisse d'abord, n'est point un devoir impossible à pratiquer, non plus que nos autres devoirs, et que ceux qui auront ainsi renoncé aux biens de la terre, comme les apôtres le firent autrefois, en seront abondamment récompensés en cette vie et en l'autre. Au reste, l'exemple de cet homme qui avait quelque chose de bon, et que Jésus-Christ aima à cause de cela, mais qui fut rebuté lorsque le Seigneur lui dit qu'il devait se défaire de ses biens, prouve qu'il se peut faire que des gens qui ont de bonnes intentions et quelques bonnes dispositions ne parviennent pas au salut. Cela leur arrive, lorsqu'ils n'ont pas le courage de faire tout ce qu'il faut pour l'obtenir et de renoncer à certaines passions qui les dominent et qui y sont un obstacle, et en particulier à l'amour des richesses et à l'attachement pour les biens du monde.

CHAPITRE 10:32-52

Notre Seigneur
1. avertit ses disciples de sa mort et de sa résurrection.
2. Il répond à saint Jacques et à saint Jean qui, croyant connue le reste des Juifs que le Messie régnerait glorieusement sur la terre, le priaient qu'ils possédassent les premières dignités dans son royaume.
3. Il rend la vite à un aveugle près de Jérico.

  I. 32-34;
 II. 35-45;
III. 46-53.

RÉFLEXIONS

1. On doit considérer ici, en premier lieu, que le temps de la mort de Jésus-Christ approchant, il déclara plus ouvertement aux apôtres qu'il serait crucifié, et qu'il ressusciterait; mais ils furent troublés; et effrayés à l'ouïe de ce discours, parce qu'ils s'attendaient à voir leur maître régner glorieusement sur la terre. En cela on découvre la sagesse et la bonté de Jésus-Christ, qui voulait ainsi préparer ses disciples à ce qui devait lui arriver, et l'on y remarque aussi que ses disciples étaient alors dans de grands préjugés, et qu'ils ne savaient pas encore ce que Notre Seigneur devait faire pour sauver les hommes.
2. Il faut ensuite faire attention à ce que Jésus-Christ dit à saint Jacques et à saint Jean, qui prétendaient occuper un rang distingué dans son royaume. Il leur dit qu'au lieu de s'attendre à être élevés à des dignités, ils devaient se préparer à boire la même coupe, et à être baptisés du même baptême que lui, c'est-à-dire à passer par de grandes souffrances, et même à endurer la mort; et qu'ainsi ils devaient s'humilier et être les serviteurs les uns des autres, à l'exemple de leur maître, qui n'était venu au monde que pour servir et pour souffrir. Ces leçons et ce grand exemple d'humilité regardent tous les chrétiens, aussi bien que les apôtres, et nous devons nous les proposer continuellement afin de régler par là nos sentimens et nos moeurs.
3. Enfin la guérison que Notre-Seigneur accorda à cet aveugle qui implorait son secours avec tant d'ardeur est une nouvelle preuve de sa puissance et de sa grande charité, et nous en devons conclure que, s'il était si prompt à assister les misérables, il sauvera encore plus certainement tous ceux qui l'invoquent avec humilité et qui cherchent auprès de lui le salut et la vie.

CHAPITRE 11

Jésus-Christ fait son entrée royale à Jérusalem.
Il chasse du temple ceux qui le profanaient en y vendant des pigeons et d'autres bêtes pour les sacrifices, et en y changeant de l'argent.
Il fait sécher un figuier par sa parole,
et il répond aux pharisiens qui lui demandaient raison de son autorité.

  I. 1-11;
 II. 12-14;
III. 15-18; et 19-26;
IV. 27-33.

RÉFLEXIONS

1. Notre Seigneur fit son entrée royale à Jérusalem peu de jours avant sa mort, pour montrer qu'il était ce Roi et ce Sauveur que les Juifs attendaient et dont les prophètes avaient prédit la venue; ce qu'il avait évité de faire connaître publiquement pendant sa vie. Mais la manière dont il fit cette entrée, étant monté sur un ânon, marquait sa douceur et son humilité, et faisait voir que son règne n'aurait rien de commun avec celui des rois de la terre. Comme la gloire de Jésus-Christ et la nature de son règne nous sont beaucoup mieux connues qu'elles ne l'étaient à ce peuple qui l'accompagna dans cette occasion, nous avons encore plus de sujet de nous réjouir et de louer Dieu de ce qu'il nous a envoyé ce grand Sauveur et de ce que son règne a été manifesté.
2. Il faut remarquer que dans le même jour où Jésus-Christ fit son entrée royale, il se rendit au temple et qu'il en chassa ceux qui le profanaient, afin de faire sentir aux Juifs son autorité divine, et de leur montrer, en agissant dans le temple comme maître qu'il était le Fils de Dieu. De là nous devons apprendre à ne pas profaner ni par l'hypocrisie, ni par l'impiété, ni par l'irrévérence, les lieux où Dieu est adoré et invoqué.
3. Pour ce qui est du miracle du figuier séché, il faut savoir que cet arbre était d'une espèce particulière de figuiers qui conservaient pendant l'hiver leurs feuilles et leurs figues, et dont le fruit mûrissait au printemps.

Ainsi, Jésus voyant ce figuier qui avait des feuilles et qui pouvait aussi avoir des figues, y alla exprès chercher du fruit quoique ce ne fut pas la saison des figues communes, et il le fit pour avoir occasion de le faire sécher par un miracle, et de montrer par là à ses disciples, selon qu'il le leur dit, que la foi et la prière obtiennent tout de Dieu. Mais il les avertit expressément que la prière doit être faite dans un esprit de charité, et que quand nous nous présentons pour faire notre prière, nous devons nous pardonner les uns aux autres.
4. La réponse que Notre Seigneur fit aux pharisiens, qui lui demandaient de qui il tenait son autorité, avait pour but de leur faire sentir que leur incrédulité et leur aveuglement était volontaire, et que son autorité venait du ciel aussi bien que celle de Jean-Baptiste. Mais nous serions encore plus coupables que les pharisiens si, sachant que Jean-Baptiste et Jésus-Christ ont été envoyés de Dieu, nous ne nous soumettions pas à la doctrine qu'ils ont annoncée, et de laquelle nous faisons profession.

CHAPITRE 12:1-27

Jésus-Christ
propose la parabole des vignerons.
Il répond à la demande qu'on lui fit s'il fallait payer le tribut à l'empereur,
et à une autre demande que les sadducéens lui firent sur la résurrection.

  I. 1-12;
 II. 13-17;
III. 18-27.

RÉFLEXIONS

1. Le sens de la parabole des vignerons est que les Juifs, après avoir rejeté et persécuté les prophètes, feraient mourir le Fils de Dieu; qu'à cause de cela, Dieu les priverait de son alliance et les détruirait; qu'il ferait prêcher l'Évangile aux payens, et que Jésus, qui avait été rejeté par les principaux des Juifs, deviendrait le chef et le roi de l'Église, et serait élevé à la droite de Dieu.

Il y a sur cela deux réflexions à faire.
1. L'une, que tout ce que Jésus-Christ avait prédit arriva peu de temps après, par la ruine de Jérusalem, par la vocation des payens, et par l'établissement de son règne.
2. L'autre, que comme Dieu fit une sévère vengeance de l'ingratitude des Juifs, il punira encore plus l'infidélité de ceux qui auront méprisé les offres de sa grâce et désobéi à l'Évangile.
2. Dans la réponse que Jésus-Christ fit à la question qu'on lui proposa sur le tribut, nous voyons que Notre Seigneur découvrit le piège que les pharisiens lui tendaient, et qu'il évita ce piège en leur disant: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. D'où nous devons recueillir qu'il faut se soumettre à l'autorité des rois et des princes, et leur rendre tout ce qui leur est dû, et s'acquitter aussi inviolablement des devoirs auxquels la religion nous engage envers Dieu.
3. Notre Seigneur eut en ce temps-là un entretien remarquable avec les sadducéens qui niaient la résurrection des morts, et il répondit à la question qu'ils lui firent sur ce sujet d'une manière qui les confondit et qui leur fit voir qu'ils étaient dans une grande erreur.

Cet endroit de l'Évangile mérite bien de l'attention. Jésus-Christ y instruit sur la vérité de la résurrection et sur l'état des personnes qui ressusciteront; ce qui doit nous affermir dans la croyance de cette grande et consolante vérité, et nous porter à imiter la foi et la piété des patriarches dont le Seigneur s'est déclaré le Dieu, même après leur mort, et à vivre d'une manière pure et spirituelle, afin que nous puissions avoir part à la gloire d'une heureuse résurrection.

CHAPITRE 12:28-44

Jésus-Christ
1. répond à un docteur de la loi qui lui demandait quel était le plus grand commandement.
2. Il demande aux pharisiens comment le Messie pouvait être tout à la fois le Fils et le Seigneur de David.
3. Il censure l'hypocrisie des docteurs de la loi.
4. Il loue l'offrande d'une pauvre veuve.

  I. 28-34;
 II. 35-37;
III. 38-40;
IV. 41-44.

RÉFLEXIONS

1. Cette lecture nous donne une leçon très-importante; c'est que le premier commandement, et celui qui comprend tous les autres, est d'aimer Dieu de tout notre coeur, et notre prochain comme nous-mêmes; que c'est là ce que nous pouvons faire de plus agréable à Dieu, et ce qui vaut mieux que toutes les cérémonies et tous les devoirs extérieurs de la religion. Ceux qui ont bien compris cette vérité et qui travaillent par-dessus toutes choses à remplir leur coeur de cet amour sincère de Dieu et du prochain, sont dans la disposition où il faut être pour entrer dans le royaume de Dieu, selon que Notre Seigneur le déclare expressément.
2. Jésus-Christ ayant demandé aux scribes comment David appelait le Messie son Seigneur, au psaume CX, puisque le Messie était son fils, ils furent réduits au silence et ne purent lui répondre. Par cette question, le Seigneur voulut les convaincre de leur ignorance en présence du peuple; mais il ne leur expliqua pas cet oracle de David, parce qu'il ne voulait pas parler alors ouvertement de la dignité de sa personne, et parce que d'ailleurs cela eut été inutile, et que les pharisiens n'auraient pas cru ce qu'il leur aurait dit sur ce sujet. Mais cette question n'a rien d'obscur pour nous qui savons que Jésus-Christ est Fils de David, parce qu'il est descendu de lui à l'égard de sa nature humaine, mais qu'il est son Seigneur en tant qu'il est le Fils de Dieu.
3. Les reproches que Jésus-Christ faisait aux docteurs de la loi nous montrent que l'orgueil, l'hypocrisie et l'avarice sont des vices tout-à-fait condamnables, surtout dans ceux qui enseignent les autres, et dans les personnes qui font profession d'avoir de la piété.
4. Le jugement que Notre-Seigneur fit de l'offrande d'une pauvre veuve, qui jeta deux petites pièces de monnaie dans un tronc où l'on mettait ce qu'on voulait donner pour les usages du temple et du service divin, nous apprend que Dieu a principalement égard au coeur et à l'intention, et que les contributions et les aumônes des pauvres, quoiqu'elles soient de petite valeur, lui sont aussi agréables que celles des riches, lorsque les pauvres donnent autant que leur pauvreté le leur permet, et qu'ils le font par un principe de piété et de charité.

CHAPITRE 13

Jésus-Christ
parle des signes qui précéderaient la destruction du temple et de la ville de Jérusalem, et la fin du monde. Il dit qu'il paraîtrait de faux prophètes et de faux messies; que l'on verrait des guerres, des famines, et toutes sortes de calamités; que ses disciples seraient persécutés, et que l'Évangile serait annoncé par toute la terre.
Il prédit que les idolâtres entreraient bientôt dans la Judée, et qu'ils assiégeraient Jérusalem; qu'il paraîtrait de tous côtés des signes de la colère de Dieu; qu'alors le Fils de l'homme se montrerait dans sa gloire; et que ces choses arriveraient avant que la génération d'alors fût passée. Il exhorte ses disciples à se retirer en ce temps-là de Jérusalem.
Enfin, il leur recommande de se tenir prêts et de veiller en attendant sa venue, et pour les y engager, il leur dit que le temps précis de cette venue était inconnu et incertain.

RÉFLEXIONS

Ce discours du Fils de Dieu nous présente ces trois réflexions principales.
1. La première, que l'événement vérifia pleinement toutes ces prédictions de Notre Seigneur peu après son départ de ce monde. Plusieurs séducteurs parurent en ce temps-là, les Juifs furent affligés par la guerre et par toutes sortes de fléaux, les apôtres et les chrétiens furent persécutés, l'Évangile se répandit en divers lieux du monde, Jérusalem fut assiégée et détruite avec son temple par les Romains, les chrétiens qui en sortirent furent garantis de cette désolation, et enfin tout cela arriva avant que les hommes qui vivaient du temps de Jésus-Christ fussent tous morts, comme il l'avait prédit formellement.

Ce sont là des preuves de la vérité et de la divinité de l'Évangile auxquelles on ne saurait rien opposer, et des marques visibles de la vengeance divine sur les Juifs.
2. Ceci doit nous persuader que ce que Notre Seigneur a dit, d'une manière qui n'est pas moins formelle, de sa dernière venue, de la fin du monde, du jugement universel, et de la punition des méchans, ne manquera pas d'arriver.
3. La troisième réflexion est que le temps de cette venue nous est inconnu, de même que celui de notre mort, Dieu nous l'ayant caché par un effet de sa sagesse et de sa bonté; qu'ainsi nous devons y penser continuellement et nous y préparer par les prières, par une vie pure, et par la pratique de toutes sortes de bonnes oeuvres, servant Dieu fidèlement chacun dans notre vocation, afin que ce jour redoutable ne nous surprenne pas. C'est à quoi Notre Seigneur nous exhorte lui-même par ces paroles qui se lisent à la fin de ce discours et qui en marquent le but et l'usage.

Prenez garde à vous, veillez et priez, car vous ne savez pas quand votre Seigneur viendra; ce que je vous dis, je le dis à tous, veillez.

CHAPITRE 14:1-31

Saint Marc commence ici l'histoire de la passion de Jésus-Christ, il rapporte:
1. Qu'une femme oignit Notre Seigneur avec une huile précieuse;
2. que Judas promit aux Juifs de leur livrer son maître,
3. que Jésus-Christ célébra la Pâque la veille de sa mort, et que pendant le souper il prédit la trahison de Judas; qu'il institua la sainte Cène, et qu'il prédit aussi que saint Pierre le renierait.

  I. 1-9;
 II. 10-11;
III. 12-31.

RÉFLEXIONS

1. La première réflexion qu'il faut faire ici regarde l'action de cette femme qui répandit sur Jésus un parfum précieux. Notre Seigneur approuva cette action, il loua le zèle et les bonnes intentions de cette femme; il dit même que la mémoire de ce qu'elle avait fait serait conservée dans l'Église.

Dès là nous ne pouvons douter qu'il n'ait aussi pour agréable tout ce que nous ferons en vue de l'honorer. Ce qu'il dit à ceux qui voulaient que le prix de ce parfum fût donné aux pauvres, doit nous apprendre à éviter les jugemens téméraires, à ne pas condamner facilement les actions des autres, lorsqu'elles peuvent partir d'un bon principe, et à faire du bien aux pauvres toutes les fois que nous le pourrons.
2. L'exemple de Judas montre que l'avarice endurcit et aveugle les hommes à un tel point, qu'elle les pousse dans toutes sortes de crimes.
3. Puisque Jésus-Christ prédit la trahison de Judas, il parait de là que rien ne lui était caché, qu'il connaissait les coeurs et les desseins des hommes, qu'il savait ce qui devait lui arriver, et qu'ainsi il a souffert, volontairement tout ce qu'il a souffert.
4. Jésus-Christ célébra la Pâque avec ses disciples suivant la coutume des Juifs, pour faire voir qu'il était religieux observateur de tout ce qui était prescrit par la loi divine; mais il le fit surtout parce que son dessein était d'instituer la sainte Cène et de la mettre à la place de la Pâque des Juifs. C'est ce qui doit nous remplir d'un très-grand respect pour cette divine cérémonie, que Notre Seigneur a établie comme un mémorial de sa mort, et nous engager à la célébrer avec foi et avec reconnaissance, conformément à ses intentions.
5. Enfin la prédiction du reniement de saint Pierre suppose que Notre Seigneur avait une parfaite connaissance du coeur des hommes, et ce qu'il dit à cet apôtre, qui protestait qu'il ne l'abandonnerait jamais, doit nous inspirer une salutaire défiance de nous-mêmes, et nous porter à profiter des avertissemens que Dieu nous donne, et à chercher dans l'humilité, dans la vigilance, et dans la prière, la fermeté nécessaire pour n'être pas surpris par les tentations.

CHAPITRE 14:32-72

Saint Marc rapporte ici:
1. Ce que Jésus-Christ souffrit dans le jardin.
2. Comment il fuit pris par les Juifs qui étaient conduits par Judas.
3. Ce qui se passa lorsque Jésus fut présenté au conseil.
4. La chute de saint Pierre et sa repentance.

  I. 32-42;
 II. 43-52;
III. 53-65;
IV. 66-72.

RÉFLEXIONS

1. L'extrême tristesse que Notre Seigneur ressentit dans le jardin est l'une des circonstances les plus remarquables de sa passion. Elle nous découvre bien clairement que c'était pour expier les péchés des hommes qu'il souffrait; nous y voyons quelle est l'horreur du péché et de quel désespoir les méchans seront saisis lorsqu'ils seront rejetés de Dieu et qu'ils souffriront les peines dues leurs fautes.

Nous devons après cela, à l'imitation de Jésus-Christ qui, dans son agonie, priait avec tant de ferveur et avec une si parfaite soumission à la volonté de son père, invoquer Dieu avec persévérance lorsque nous sommes dans l'affliction, et en même temps avec une entière résignation à sa volonté, disant toujours:

Seigneur, non point ce que je voudrais, mais ce que tu veux.

Jésus-Christ nous, donne un avertissement bien important lorsqu'il dit: Veillez et priez, de peur que vous ne tombiez dans la tentation, car l'esprit est prompt et la chair est faible.

Il nous apprend par là que le moyen infaillible de ne pas tomber dans le péché est de nous défier de notre faiblesse, de veiller et de prier; mais que les tentations nous entraînent dès que nous nous négligeons de ce côté-là. On voit dans ce qui se passa lorsque Notre Seigneur fut pris, et dans ce qu'il dit alors à Judas et aux Juifs, qu'il ne fut pris et condamné que parce qu'il le voulait bien et parce que Dieu le permettait; c'est là pour nous un puissant engagement à aimer ardemment notre Sauveur qui s'est ainsi exposé volontairement à la mort pour nous, et à acquiescer en toutes choses à la volonté du Seigneur. On doit remarquer que Jésus parut devant le conseil, qu'il fut examiné, qu'on entendit des témoins, mais qu'il ne put être convaincu d'aucun crime, quelqu'efforts que les Juifs fissent pour trouver des accusations et des faux témoignages contre lui, et qu'il ne fut condamné que parce qu'il avoua qu'il était le Fils de Dieu. Tout cela fut dispensé par la Providence, pour faire voir la parfaite innocence de Notre Seigneur.
2. Cette grande douceur et cette patience qu'il fit paraître par ses discours et en souffrant toutes sortes d'indignités, est une preuve bien sensible de sa soumission à la volonté de son Père et de son amour envers nous, et un modèle de patience auquel nous devons nous conformer.
3. Après cela, il est à remarquer que Notre Seigneur avoua qu'il était le Fils de Dieu et qu'il dit aux Juifs qu'ils le verraient bientôt assis à la droite de Dieu, et venant dans sa gloire. Cela s'accomplit peu après, lorsque les Juifs furent détruits et qu'ils virent le règne de Notre Seigneur s'établir dans le monde.
4. Nous devons enfin profiter de la chute de saint Pierre qui renia son maître après avoir protesté si fortement qu'il ne l'abandonnerait jamais. Tout le monde, et même les personnes qui ont du zèle et de bons sentimens, peuvent voir ici que notre faiblesse est grande, et qu'il faut se précautionner contre les tentations. Et la repentance de cet apôtre, qui fut si prompte et si amère, nous apprend que, si nous avons fait quelque chute, nous devons nous en relever incontinent, en avoir une vive douleur, et la réparer par le recours à la miséricorde de Dieu et par une sincère conversion.

CHAPITRE 15

Jésus-Christ est présenté à Pilate qui, après avoir tâché de le délivrer, Consent enfin à sa mort. Il est crucifié, il meurt, et on l'ensevelit.

I. 16-47.

RÉFLEXIONS

Il y a quatre choses principales à remarquer dans ce qui se passa devant Pilate.
1. L'injustice et la fureur des Juifs que rien ne put apaiser et qui sollicitèrent avec tant d'instance la condamnation de Jésus, jusque là qu'ils lui préférèrent un meurtrier.
2. L'humilité, le silence et la patience de Notre Seigneur, qui se soumit à la sentence de Pilate, et qui souffrit sans se plaindre toutes les injustices qu'on lui fit. Ce sont là de fortes preuves de son amour pour les hommes, qu'il voulait sauver, et de sa soumission à la volonté de son Père; et c'est aussi un exemple de résignation pour ceux qui sont exposés à la souffrance et à l'injustice des hommes.
3. Il faut remarquer que l'innocence de Jésus-Christ fut pleinement reconnue par Pilate; ce qui aggravait le crime des Juifs et celui de ce gouverneur. Et enfin, que ce juge inique, après avoir refusé de faire ce que les Juifs voulaient, et tâché de sauver Jésus-Christ, prononça enfin la sentence de sa mort.

Pilate connaissait ce que la justice demandait, il avait même de bonnes intentions, mais il n'eut pas le courage de les suivre. C'est ainsi qu'en usent ceux qui pèchent contre leur conviction; ils connaissent leur devoir, ils ont quelque bonne volonté, mais, après avoir résisté quelque temps a la tentation, ils y succombent par la crainte qu'ils ont des hommes, par des vues de politique et d'intérêt, ou par quelque autre principe de cette nature. Au lieu que les gens de bien sont toujours attachés à leur devoir et suivent avec fermeté ce que la conscience leur dicte, sans que les égards humains soient capables de les en empêcher.

Ce que l'on doit principalement considérer dans la passion de Notre Seigneur, ce sont les douleurs de ce supplice cruel qu'il endura, la honte et l'ignominie à laquelle il fut exposé, ayant été crucifié au milieu de deux brigands, les outrages et les insultes que les pharisiens et les sacrificateurs lui firent pendant qu'il était attaché à la croix, et enfin sa mort qui termina ses souffrances.

On découvre en tout cela le profond abaissement du Fils de Dieu, le grand amour qu'il nous a porté, et l'exemple de la patience la plus parfaite.

Ainsi nous devons regarder cette mort comme le prix de notre rédemption et l'appui de notre foi, aimer ce bon sauveur qui nous a tant aimes, renoncer au péché qu'il est venu détruire par sa mort, et apprendre, par son exemple, à porter notre croix et à souffrir patiemment lorsque nous y sommes appelés.

L'histoire de la sépulture de Jésus-Christ et les informations que Pilate fit prendre avant d'accorder son corps à Joseph, prouvent qu'il a été véritablement mort, et qu'ainsi il est véritablement ressuscité. La considération de cette sépulture est aussi très-propre pour dissiper la crainte que nous pourrions avoir de la mort et du sépulcre, et pour nous élever à l'attente d'une meilleure vie.

CHAPITRE 16

Dans ce dernier chapitre de saint Marc, on voit:
1. L'histoire de la résurrection de Jésus-Christ;
2. les ordres qu'il donna aux apôtres avant que de quitter le monde; et
3. son Ascension.

  I. 1-14;
 II. 15-18;
III. 19-20.

RÉFLEXIONS

Ce qui est contenu dans ce chapitre établit premièrement la vérité, et la certitude de la résurrection de Jésus-Christ, puisqu'elle a été confirmée par l'apparition et par le témoignage des anges, et que Notre Seigneur fut vu par les femmes qui étaient allées à son sépulcre, et ensuite par les apôtres à diverses fois.

Nous devons considérer ensuite combien cette résurrection fut glorieuse, Dieu ayant envoyé des anges pour annoncer aux hommes qu'il était ressuscité. Ce merveilleux événement prouve donc que Jésus est le Fils de Dieu, et nous assure qu'il nous a parfaitement réconciliés à Dieu par son sacrifice, et qu'il a vaincu la mort et le sépulcre. Cette résurrection est aussi un gage certain de la nôtre; ce qui doit nous remplir de consolation et de confiance, et nous exciter puissamment à la piété.

Les ordres que Jésus-Christ donna aux apôtres d'aller prêcher et baptiser par tout le monde, et le pouvoir dont il les revêtit de faire toutes sortes de miracles, montrent qu'il parlait comme le roi de l'Église et le maître de toutes choses; et l'événement ayant répondu à ce qu'il avait dit, cela prouve d'une manière incontestable qu'il a été élevé à une souveraine puissance, et que l'Évangile est une doctrine céleste et divine.

Nous devons remarquer de plus que Jésus-Christ parle ici du baptême en des termes qui font voir que cette cérémonie est une institution divine; mais en même temps il déclare que le baptême ne peut sauver que lorsqu'il est accompagné d'une vraie foi.

Enfin, l'ascension de Jésus-Christ nous engage à le regarder comme celui qui a un pouvoir souverain sur tout le monde, et qui doit être notre juge. Et puisqu'il est aussi allé au ciel pour nous y préparer place, nous devons aspirer et tendre, par la piété et par les bonnes oeuvres, à ce glorieux séjour ou notre Rédempteur est entré, et où il est assis à la droite de Dieu.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online