Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.

AVIS DE L'ÉDITEUR

La Société Biblique de Paris distribuant la Bible sans notes ni commentaires, nous avons pensé qu'il serait utile d'offrir aux Protestans les Réflexions sages et pieuses de M. OSTERVALD, qui sont si généralement estimées.

Sur la demande de plusieurs Pasteurs, nous publions d'abord les Réflexions qui ont rapport au Nouveau Testament, parce que cet ouvrage se trouve dans un plus grand nombre de mains. Si, comme nous l'espérons, notre édition obtient du succès, nous nous, occuperons de la réimpression des Réflexions sur l'Ancien Testament.



ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU

Nous avons dans L'Évangile l'histoire de la naissance de Notre-Seigneur, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection, et de son ascension au ciel. Le devoir des chrétiens est d'apporter une grande attention et un grand respect à la lecture de ces livres divins, de les méditer continuellement, et de profiter des instructions qui y sont contenues.

Le premier des quatre Évangiles a été écrit par l'apôtre saint Matthieu, environ huit ans, comme l'on croit, après que Jésus-Christ eut quitté le monde.

CHAPITRE 1

Ce chapitre contient,
1. La généalogie de Jésus-Christ, depuis Abraham jusqu'à Joseph, l'époux de la Sainte Vierge.
2. Un récit abrégé de la naissance de Notre-Seigneur.

 I. I-17;
II. 18-25.

RÉFLEXIONS

La généalogie de Jésus-Christ, qui est rapportée dans ce 1er chap. de saint Matthieu, sert à montrer qu'il est descendu du patriarche Abraham et du roi David, selon que les prophètes l'avaient prédit; et l'histoire de sa conception et de sa naissance nous apprend qu'il est né de la Vierge Marie d'une manière miraculeuse, par l'opération du Saint-Esprit, conformément à ce qui avait été dit autrefois par le prophète Isaïe. L'une et l'autre de ces choses prouvent que Jésus est le Messie que Dieu avait promis d'envoyer, et que c'est en lui que les promesses de Dieu et les oracles du vieux Testament ont eu leur accomplissement; ce qui nous engage à le recevoir comme notre Sauveur, à nous soumettre à sa doctrine, et à rendre grâces à Dieu de ce qu'il nous a donné pour Rédempteur son Fils unique, qui est né de la postérité de David selon la chair, et qui est Dieu, sur toutes choses béni éternellement. Amen. (Rom. I. 33. et IX. 5).

CHAPITRE 2

Saint Matthieu rapporte quatre choses.
1. L'arrivée des Mages qui vinrent adorer Jésus-Christ après qu'il fut né. Ces Mages étaient des personnes éclairées et d'un rang distingué; et ils venaient de l'Arabie ou de quelque autre pays situé à l'orient de la Judée.
2. La retraite de Joseph et de Marie qui s'enfuirent en Égypte pour éviter la fureur d'Hérode.
3. Le massacre des enfans de Bethléhem qu'Hérode fit tuer pensant faire périr Notre-Seigneur.
4. Le retour de Joseph et de Marie en Judée après la mort d'Hérode.

  I. 1-12;
 II. 13-15;
III. 16-18;
IV. 19-23.

RÉFLEXIONS

1. La première réflexion qu'il faut faire sur ce chapitre, est que les Mages vinrent adorer Jésus après sa naissance, étant conduits vers lui par une étoile miraculeuse que Dieu fit paraître, et sans doute aussi par un avertissement qu'ils reçurent du ciel. Dieu voulut par là rendre cette naissance illustre, montrer la dignité de la personne de Jésus, et apprendre aux Juifs que le Messie qu'ils attendaient allait paraître. Cela marquait aussi que les payens seraient bientôt reçus dans l'alliance divine.
2. La démarche d'Hérode qui consulta les sacrificateurs et les docteurs juifs, et la réponse qu'ils lui firent, prouvent que l'on était alors dans l'attente du Messie, et que l'on croyait que Bethléhem serait le lieu de sa naissance.
3. Les hommages que ces étrangers rendirent à Jésus, petit enfant, en se prosternant devant lui, et en lui présentant leurs dons, doivent nous engager, nous qui savons qu'il est notre Sauveur et notre Dieu, à lui offrir nos adorations, nos louanges et notre amour; et il lui consacrer tout ce qui est en notre puissance.
4. L'on voit dans la conduite d'Hérode envers les Mages, et dans le massacre qu'il fit faire des enfans de Bethléhem, que ce prince artificieux et cruel employa tous les moyens possibles pour ôter la vie à l'enfant Jésus; et qu'ainsi Notre-Seigneur fut expose dès sa naissance à de grands dangers; ce qui montrait dès-lors que son règne ne serait pas de ce monde, et qu'il était né pour souffrir. Enfin l'on remarque dans cette histoire que Dieu, par les avertissemens qu'il fit donner aux Mages, et ensuite à Joseph, rendit les efforts d'Hérode inutiles; en sorte que les mesures que ce roi injuste et barbare avait prises pour faire périr Jésus, quelques sûres qu'elles parussent être, n'empêchèrent pas que Notre-Seigneur ne fût conservé en vie, qu'il ne revint dans la Judée, et qu'il n'y exerça dans la suite son ministère. Tous ces événemens font voir que la providence dirigeait d'une façon particulière tout ce qui arrivait à Jésus-Christ. On peut aussi recueillir de là que tous les efforts que les hommes peuvent faire ne sauraient empêcher l'exécution des desseins de Dieu, ni nuire à ceux qu'il favorise.

CHAPITRE 3

Ce chapitre a deux parties:
1. Dans la première, il est parlé de la prédication et du ministère de Jean-Baptiste;
2. et dans la seconde, Saint Matthieu rapporte le baptême de Notre-Seigneur.

 I. 1-12;
II. 13-17.

RÉFLEXIONS

Il faut faire d'abord cette considération générale sur la première partie de ce chapitre, qu'avant que Jésus-Christ parût, Jean-Baptiste fut envoyé de Dieu, selon les oracles des prophètes, pour annoncer aux Juifs la venue du Messie, et pour les exhorter à la repentance. Par là, Dieu voulait leur apprendre que le temps de la manifestation du règne du Messie était arrivé; mais que ce serait un règne spirituel et céleste, et non un règne temporel et mondain, comme ils le croyaient. C'était dans les mêmes vues que Jean-Baptiste déclarait aux Juifs que le privilège qu'ils avaient de descendre du patriarche Abraham ne les garantirait point de la vengeance divine qui était prête à tomber sur leur nation à cause de son incrédulité, et que Dieu appellerait d'autres peuples à leur place qui deviendraient les enfans d'Abraham par la foi. Enfin, il leur donnait à entendre que Jésus allait paraître, et que ce serait lui qui exécuterait les jugemens de Dieu sur les incrédules et sur les impénitens, et qui donnerait de glorieuses récompenses aux gens de bien. Ce fut ainsi que Dieu, par sa sagesse, voulut disposer les Juifs à recevoir Jésus-Christ, et les faire revenir des préjugés où ils étaient sur le règne du Messie, et qui les auraient empêchés de croire en lui. Ce que nous devons recueillir de la prédication de Jean-Baptiste, c'est que sans l'amendement et la sainteté de la vie, on ne peut être disciple de Jésus-Christ, ni entrer dans le royaume de Dieu. Elle nous apprend que comme les Juifs incrédules se vantaient en vain d'être les enfans d'Abraham, il ne sert de rien aux hypocrites d'être extérieurement dans l'alliance divine; que Jésus-Christ les discerne qu'il les séparera d'avec les justes; et qu'il nettoyera son Église en envoyant les méchans au feu éternel et en recevant les vrais fidèles dans son royaume. Pour ce qui est du baptême de Notre-Seigneur, il faut considérer que dans le temps qu'il allait commencer les fonctions de sa charge, Dieu voulut qu'il fût baptisé par saint Jean, son précurseur; que même il fit descendre le Saint-Esprit sur lui d'une manière visible; et qu'il déclara, par une voix venue du ciel, que Jésus était son Fils bien-aimé.

Ces choses arrivèrent pour montrer premièrement à Jean-Baptiste, et ensuite à tout le peuple, que Jésus était le Messie promis. Ainsi l'histoire du baptême de Jésus-Christ nous oblige à le regarder comme le Fils de Dieu, et à lui rendre une obéissance inviolable. Elle nous engage aussi à respecter le baptême par lequel nous avons été consacrés à Dieu pour être ses enfans et les héritiers de son royaume.

CHAPITRE 4

Saint Matthieu rapporte dans ce chapitre,
1. L'histoire de la tentation de Jésus-Christ.
2. La manière dont il commença à exercer son ministère dans la Galilée, en annonçant la venue du règne de Dieu, en choisissant des apôtres, et en faisant des miracles.

 I. 1-11;
II. 12-25.

RÉFLEXIONS

Il faut remarquer en général sur l'histoire de la tentation, que le diable, en tentant Notre-Seigneur, voulait éprouver s'il était le Fils de Dieu, et que Dieu permit cette tentation afin que le diable, convaincu de cette vérité, révérât la puissance de Jésus-Christ, et afin qu'il parût que Notre-Seigneur était venu au monde pour détruire le règne du diable. Il faut considérer après cela sur cette histoire, que puisque Jésus-Christ a été tenté, il ne faut pas être surpris si nous le sommes en diverses manières; mais que nous devons, à l'exemple de Notre-Seigneur, résister aux tentations, et particulièrement à celles qui pourraient nous porter à la défiance, à la présomption, à l'amour de la gloire et des biens du monde, ou qui tendraient à nous détourner du vrai service de Dieu et de la fidélité que nous lui devons.

La manière dont Jésus-Christ repoussa les tentations de Satan, en se servant de l'Écriture sainte, nous montre que c'est par la parole de Dieu que nous pouvons rendre les tentations inutiles et éteindre tous les traits enflammés du malin.

Il y a trois choses à remarquer sur la 2e partie de ce chapitre.
1. La première, que Jésus-Christ commença à exercer son ministère dans la Galilée, en prêchant l'amendement, comme Jean-Baptiste avait fait. Cela doit nous convaincre de plus en plus que la sainteté de la vie était le but de l'Évangile que Jésus-Christ venait annoncer, et que c'est aussi ce qu'il exige principalement de ses disciples.
2. Le choix que Notre-Seigneur fit en appelant des pêcheurs pour en faire ses apôtres, est remarquable; il prouve que le succès que leur prédication eut dans la suite ne venait pas d'eux-mêmes, et qu'on ne peut l'attribuer qu'à Dieu qui les revêtit de ses dons.
3. Enfin, les guérisons miraculeuses par lesquelles Jésus se fit d'abord connaître, tendaient à faire voir qu'il était envoyé de Dieu, que sa doctrine venait du ciel, et qu'il n'était venu au monde que pour le bien et le Salut des hommes.

CHAPITRE 5:1-20

Ce chapitre contient, avec les deux suivans, le sermon que Jésus-Christ fit sur la montagne. Dans la première partie de ce chapitre, Notre-Seigneur fait deux choses:
1. Il enseigne dans quelles dispositions il faut être pour parvenir au vrai bonheur.
2. Il parle de l'obligation où sont ses disciples de vivre dans une grande sainteté.

 I. 1-12;
II. 13-20.

RÉFLEXIONS

Le but de Jésus-Christ dans ce discours, qui est contenu dans les chapitres V, VI et VII de Saint Matthieu, est, en général, d'instruire ses disciples des principaux devoirs de la vie chrétienne; c'est pourquoi nous devons le lire avec une grande application et régler notre conduite par les divins préceptes qu'il contient.

Il y a deux considérations à faire sur la première partie de ce chapitre.
1. Les béatitudes nous enseignent en quoi consiste le vrai bonheur de l'homme, et à quoi l'on reconnaît les vrais disciples de Jésus-Christ.

Leur caractère est de n'avoir point le cÏur attaché aux richesses, ni aux plaisirs, ni à la gloire du monde; de vivre dans le détachement pour les biens de la terre, dans la douceur, dans l'humilité, dans la pureté et dans la paix; de désirer ardemment et par-dessus toutes choses d'être justes et de plaire à Dieu, et enfin de souffrir avec joie la persécution pour l'Évangile.
2. Jésus-Christ nous apprend que les disciples sont le sel de la terre et la lumière du monde; ce qui veut dire qu'ils doivent se distinguer des autres hommes par la sainteté de leur vie, et travailler à les éclairer et à les édifier par leurs instructions et par leurs bons exemples.

Il dit expressément, que tant s'en faut qu'il fût venu au monde pour dispenser les hommes d'observer la loi de Dieu; il était venu au contraire pour les obliger encore plus fortement à l'accomplir, et cela, de la manière la plus parfaite. Enfin, II. déclare qu'il ne recevra pas dans son royaume ceux qui n'auront pas une justice et une sainteté plus accomplie que celle qui était enseignée par les docteurs de la loi et par les pharisiens, qui passaient parmi les Juifs pour les plus éclairés et les plus saints. Toutes ces instructions de Notre-Seigneur doivent nous faire sentir l'obligation indispensable où nous sommes de nous étudier à une vie sainte, et même à aspirer de toutes nos forces à une grande perfection.

CHAPITRE 5:21-48

Jésus-Christ voulant montrer que ses disciples sont appelés à une grande sainteté, enseigne qu'il ne suffit pas de s'abstenir des grands crimes qui sont condamnés expressément dans la loi de Dieu, mais qu'il faut encore éviter les péchés qui paraissent moins considérables, et régler surtout les mouvemens du cÏur. Dans cette vue, il rapporte les commandemens qui regardent le meurtre, l'adultère, les sermens, la vengeance et l'amour du prochain. Il corrige les fausses interprétations que les Juifs donnaient à ces commandemens-là, et il en marque le véritable sens.

  I. 21-26;
 II. 27-32;
III. 33-37;
IV. 38-42;
 V. 43-48.

RÉFLEXIONS

L'explication que Notre-Seigneur donne aux principaux commandemens de la loi, nous enseigne que Dieu ne défend et ne punit pas seulement les crimes et les péchés crians qui sont exprimés dans le Décalogue, mais qu'il condamne et qu'il punit aussi les mauvaises pensées et les mauvais désirs, que les docteurs juifs ne regardaient que comme des fautes légères.

Outre cette leçon générale et qui est fort importante, Jésus-Christ nous instruit sur ces quatre devoirs particuliers.
1. Le premier, que la colère et les termes méprisans et injurieux qui procèdent de la haine dont on est animé contre le prochain, assujettissent aussi bien à la condamnation que le meurtre; que bien loin de haïr personne, il faut travailler à avoir la paix avec tous les hommes; et qu'il ne nous est pas permis de nous présenter devant Dieu et de lui offrir nos prières, à moins que nous n'ayons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour nous réconcilier avec ceux qui ont quelque chose contre nous.
2. Le second devoir regarde la pureté et la chasteté. Notre-Seigneur nous enseigne que les désirs impurs rendent coupables devant Dieu tout de même que l'adultère et les crimes de l'impureté; que pour être chaste, il faut veiller sur soi-même, mortifier ses sens, arracher son Ïil, couper sa main, c'est-à-dire, se priver de ce qui nous serait le plus cher et le plus agréable; se mortifier et renoncer à tout ce qui pourrait nous être une occasion de chûte. Il nous apprend aussi à cette occasion, que les liens du mariage ne peuvent être rompus que par l'adultère; ce qui montre combien les chrétiens doivent être chastes.
3. La troisième instruction concerne le serment. La doctrine du Fils de Dieu sur cet article est, qu'il ne suffit pas d'éviter le parjure, qui est l'un des plus grands crimes; mais qu'il faut même se faire un scrupule de violer les sermens qui ne sont pas faits par le nom de Dieu, et s'abstenir entièrement des sermens vains et téméraires, en quelques termes qu'ils soient conçus, puisqu'ils sont défendus par la loi de Jésus-Christ, et d'ailleurs contraires au respect qui est dû à la divinité.
4. Le quatrième devoir est celui de la charité et de l'amour du prochain. Ce que Jésus-Christ nous ordonne à cet égard, c'est de nous abstenir de la vengeance, de souffrir les injures plutôt que de rendre mal pour mal, de nous relâcher de notre droit pour avoir la paix et pour éviter les disputes, d'aimer tous les hommes, même ceux qui nous haïssent, et d'imiter en cela Dieu notre père qui fait du bien à tous, et même aux méchans et aux ingrats. C'est là la loi de l'Évangile et de la vraie charité; et ce sera dans la pratique de tous ces devoirs que nous trouverons notre perfection et notre gloire.

CHAPITRE 6

Jésus-Christ instruit ses disciples
1. sur l'aumône, sur la prière et sur le jeûne; il leur montre comment il faut s'acquitter de ces actes religieux, et il leur recommande surtout d'y éviter l'hypocrisie et l'ostentation.
2. Il leur défend de travailler pour amasser les biens du monde et d'être en souci pour les besoins de cette vie, et il les exhorte à se reposer sur la providence, et à chercher avant toutes choses le royaume de Dieu et sa justice.

 I. 1-8;
II. 9-34.

RÉFLEXIONS

Le Sauveur du monde nous apprend ici,
1. premièrement, que l'aumône, la prière et le jeûne sont trois devoirs très importans dans la religion. Pour ce qui regarde le jeûne en particulier, puisque Jésus-Christ donne des règles sur la manière de jeûner aussi bien que sur la prière et sur l'aumône, il paraît évidemment que son intention a été que ses disciples jeûnassent; les jeûnes particuliers, qui sont ceux dont il s'agit dans ce chapitre, étant très-utiles pour mortifier la chair et pour se disposer à l'humiliation et à la prière, et ayant aussi été pratiqués par les apôtres, et ensuite dans tout le monde par tous les chrétiens.
2. Notre-Seigneur recommande d'éviter avec soin l'hypocrisie et la vaine gloire lorsqu'on fait la charité, lorsqu'on prie, et lorsqu'on jeûne; et de s'acquitter de ces devoirs avec sincérité et avec humilité, nous souvenant que nous sommes devant Dieu qui voit tout ce qui se passe dans le secret de notre coeur, et que les hypocrites n'ont aucune récompense à attendre de lui.
3. Puisque l'Oraison Dominicale est un formulaire de prière qui a Jésus-Christ pour auteur, et qu'elle comprend tout ce qui est nécessaire pour la gloire de Dieu et pour notre propre bonheur, l'usage que nous en devons faire est, premièrement, d'apporter un très-grand respect et beaucoup d'attention et de dévotion lorsque nous la présentons à Dieu; et en second lieu, de conformer non-seulement nos prières, mais aussi nos sentimens et notre conduite à cet excellent modèle que Jésus-Christ nous a laissé.
4. Notre-Seigneur nous déclare ici de la manière la plus expresse, que nous ne devons pas espérer que Dieu nous exauce et nous pardonne si nous ne pardonnons pas à ceux qui nous ont offensés. C'est sur quoi nous devons bien nous examiner toutes les fois que nous nous présentons devant Dieu pour lui offrir nos prières.
5. La cinquième leçon que ce chapitre nous donne, est de ne pas rechercher avec ardeur à amasser les biens de ce monde qui sont vains, inconstans, et dont divers accidens peuvent nous priver, mais de travailler plutôt à acquérir les biens du ciel qui sont les plus excellens et que rien ne saurait nous ravir. Jésus-Christ nous avertit sur ce sujet qu'il est dangereux d'aimer les richesses, que cet amour nous aveugle et attache nos inclinations à la terre, et qu'il n'est pas possible de servir Dieu et d'avoir le coeur libre et élevé à lui, pendant qu'on est possédé de l'amour des biens de ce monde. 6. Notre-Seigneur ne condamne pas seulement l'amour des richesses, il défend même de s'inquiéter et de se donner trop de soins pour les choses nécessaires à la vie. Il nous exhorte à nous confier en la providence qui, ayant soin des oiseaux et des autres créatures, pourvoira beaucoup plus aux besoins de ses enfans, qui sont d'une nature plus excellente, et qu'il destine à l'immortalité. Il nous dit que les soins temporels qui sont excessifs et accompagnés d'inquiétude et de défiance, sont inutiles, et d'ailleurs indignes des chrétiens. Enfin, il nous exhorte à chercher avant toutes choses ce qui peut plaire à Dieu et nous faire parvenir au royaume céleste; et il promet que si nous le faisons, Dieu nous accordera tout ce qui nous est nécessaire pour la vie du corps. Ce sont là des instructions que nous devons toujours avoir présentes au milieu des occupations de cette vie, afin qu'elles nous garantissent de l'attachement aux biens de la terre, et qu'elles nous engagent à rechercher principalement les biens éternels, qui nous sont réservés dans le ciel.

CHAPITRE 7

Notre-Seigneur parle des jugemens téméraires, de la prudence avec laquelle il faut proposer la vérité, de la prière et de son efficace. Il prescrit la règle de la justice et de la charité; il exhorte à entrer par la porte étroite et à éviter les faux docteurs. Il dit que tous ceux qui l'appellent le Seigneur n'entreront pas dans le ciel, et il montre, par une similitude, qu'il ne sert de rien d'écouter sa parole si l'on ne pratique pas ce qu'elle enseigne.

RÉFLEXIONS

Ce chapitre contient plusieurs instructions importantes.
1. La première, de ne pas juger témérairement du prochain, de ne le pas condamner avec rigueur, et de reconnaître nos propres défauts, afin de nous en corriger, plutôt que de rechercher curieusement et de reprendre les défauts des autres.
2. La seconde, de ne pas donner les choses saintes aux chiens; c'est une leçon de prudence dont le sens est, que quand on a à faire à des hommes charnels et profanes qui rejettent avec mépris et avec fierté la doctrine de l'Évangile, il ne faut pas la leur proposer, de peur qu'on n'expose la vérité et la piété à leur mépris, et qu'on ne s'attire leur haine.
3. Notre-Seigneur nous exhorte à prier Dieu avec confiance, et il nous assure que la prière est d'une très-grande efficace, moyennant qu'elle soit accompagnée de zèle et de persévérance, et que l'on demande à Dieu les véritables biens; c'est ce qu'il montre par la comparaison qu'il fait de Dieu avec les pères qui ne refusent pas à leurs enfans les choses nécessaires.
4. Il nous donne ici la règle de la justice et de la charité, qui est de faire aux autres tout ce que nous voudrions qu'ils nous fissent. C'est là une règle très-parfaite, et en même temps très-simple et très-claire que nous devons toujours avoir devant les yeux.
5. Il exhorte ses disciples à entrer par la porte étroite, c'est-à-dire à suivre le chemin de la foi et de la piété qui conduit au salut, bien que ce chemin soit suivi de peu de personnes, qu'il soit contraire aux passions et aux inclinations des hommes, et que l'on y soit même quelquefois exposé à la persécution, et il veut que l'on fuie le chemin de l'erreur et du vice qui paraît agréable à la chair, et où l'on voit marcher beaucoup de gens, mais qui mène à la perdition.
6. Il avertit ses disciples de se donner garde des faux docteurs et des imposteurs dont on devait voir un grand nombre dans la suite. La règle qu'il donne là-dessus, est de les examiner par leurs fruits, c'est-à-dire par leurs oeuvres et par leur conduite, et d'avoir aussi égard aux effets que leur doctrine peut produire, en voyant si elle tend à la gloire de Dieu et à rendre les hommes meilleurs,
7. Jésus-Christ déclare que tous ceux qui l'appellent leur Seigneur n'entreront pas dans le ciel; qu'il n'y recevra que ceux qui font sa volonté; et que plusieurs qui l'auront connu et qui auront même fait des miracles en son nom, seront exclus de son royaume parce qu'ils n'auront pas gardé ses commandemens. Enfin, Jésus-Christ conclut ce discours par la comparaison d'une maison qui serait bâtie sur le roc ou sur le sable, par où il nous apprend que c'est en vain que l'on écoute sa parole, si l'on n'observe pas ce qu'il nous commande; et que ceux qui manquent à ce devoir essentiel ne sauraient jamais persévérer ni résister aux tentations. Ainsi cette similitude nous montre l'usage que nous devons faire de la doctrine de Notre-Seigneur, et en particulier des instructions qui sont contenues dans ce chapitre et dans les deux précédens.

CHAPITRE 8:1-17

Notre-Seigneur
1. répond à un docteur de la loi et à un de ses disciples qui voulaient le suivre.
2. Il apaise une tempête.
3. Il délivre deux démoniaques.

  I. 1-4;
 II. 5-13;
III. 14-17.

RÉFLEXIONS

Comme c'est dans ce chapitre que commence le récit des miracles de Jésus-Christ,
1. la première réflexion qu'il faut faire ici, regarde ces miracles en général. On y découvre, d'un côté, la puissance infinie de Notre-Seigneur, qui guérissait toutes sortes de maladies par sa seule parole; et de l'autre, sa bonté et son amour envers les hommes; puisque ces miracles n'ont été que des bienfaits.
2. Après cela, il faut savoir que le but de ces miracles était de convaincre les hommes que Jésus était envoyé de Dieu, et de les engager à l'écouter et à croire en lui; c'est à cause de cela qu'il ne faisait ordinairement ses miracles qu'en faveur de ceux qui croyaient qu'il avait le pouvoir de les faire.
3. Outre ces réflexions générales, qu'on doit toujours avoir devant les yeux lorsqu'on lit l'Évangile, il faut remarquer dans la guérison du lépreux, que Jésus-Christ le guérit ayant égard à sa foi et à sa prière; par ou nous pouvons voir que Notre-Seigneur sauve et délivre ceux qui s'adressent à lui avec confiance et avec humilité.
4. Au reste, si Jésus-Christ ordonna au lépreux d'aller se montrer au sacrificateur et offrir ce qui était prescrit par la loi, ce fut pour convaincre les Juifs que cet homme était véritablement guéri, et afin qu'ils ne pussent pas accuser Jésus d'être ennemi de la loi de Moïse.
5. L'histoire du centenier qui demanda la guérison de son serviteur à Jésus-Christ, est surtout remarquable par la grande humilité et par la foi admirable de cet homme. Il ne se croyait pas digne de recevoir Jésus dans sa maison; mais il était persuadé que Notre-Seigneur pouvait, sans y aller, guérir son serviteur par une seule parole, avec la même facilité que lui, qui était officier, se faisait obéir par ses soldats. Les grandes louanges que Jésus-Christ donna à la foi du centenier, qui était payen de naissance, en disant qu'il n'avait pas trouvé une si grande foi parmi les Juifs, nous obligent à faire beaucoup d'attention à cet endroit de l'Évangile, et à imiter un si bel exemple d'humilité et de foi. Jésus-Christ prédit à cette occasion, que plusieurs viendraient d'occident et d'orient et seraient à table, au royaume de Dieu, et que les enfans du royaume seraient jetés dehors. Cela voulait dire que les payens viendraient de divers endroits du monde, pour entrer dans l'alliance divine et que les Juifs seraient rejetés, ce que l'événement vérifia peu après.
6. Enfin, la réflexion que saint Matthieu fait sur la guérison de la belle-mère de saint Pierre et de divers autres malades, en rapportant cet oracle d'Ésaïe: Il a pris nos langueurs et s'est chargé de nos maladies, nous instruit du but de tous ces miracles. Ils tendaient à montrer que Jésus-Christ était un Sauveur charitable, et qu'il n'était venu au monde que pour faire du bien aux hommes et pour les délivrer de tous leurs maux, principalement de leurs péchés.

CHAPITRE 8:18-34

Saint Matthieu récite divers miracles de Jésus-Christ:
la guérison d'un lépreux,
celle du serviteur d'un capitaine payen,
celle de la belle-mère de saint Pierre,
et de plusieurs autres malades.

  I. 18-22;
 II. 23-27;
III. 28-34.

RÉFLEXIONS

1. La réponse que Jésus-Christ fit à ce docteur de la loi qui voulait le suivre, tendait à lui apprendre qu'il ne devait pas s'attendre à trouver auprès de lui les avantages du monde. Ce qu'il dit à l'un de ses disciples, de laisser les morts ensevelir leurs morts, signifiait qu'il devait laisser le soin des choses temporelles à ceux qui n'étaient pas éclairés des lumières de l'Évangile; et que ceux qu'il appelait à être ses disciples devaient le suivre sans délai et être prêts à tout quitter et à renoncer aux choses de cette vie, même à celles qui étaient innocentes et permises, lorsqu'elles pouvaient les empêcher de s'acquitter des devoirs de leur vocation.
2. Dans le miracle que Jésus-Christ fit en apaisant une tempête, nous avons à remarquer, d'un côté, le pouvoir de Notre-Seigneur qui calmait les vents et la mer par sa seule parole; et de l'autre, la faiblesse des apôtres qui craignaient de périr.

Cet événement, qui tendait à confirmer leur foi, doit fortifier la nôtre et nous inspirer une parfaite confiance en la bonté et en la puissance de Jésus-Christ. On peut être dans une entière assurance, même au milieu des plus grands dangers, lorsqu'on est aimé de lui, et quand on l'a pour protecteur.
3. L'histoire de ces démoniaques que le Seigneur guérit nous fait voir que le démon exerçait alors sa puissance sur les hommes; mais que Jésus-Christ était venu pour lui ôter cette puissance et pour détruire son règne. À l'égard de ce qui arriva aux pourceaux qui se précipitèrent dans la mer, après que les démons furent entrés dans leur corps par la permission de Jésus-Christ, il faut considérer que cette perte fut une épreuve et un châtiment pour les habitans de ces quartiers-là. Notre-Seigneur voulut aussi faire voir que cet homme, qu'il venait de guérir, était véritablement possédé; il montra encore par là qu'il avait le pouvoir de commander aux démons, et que ces mauvais esprits ne pouvaient rien faire que par sa permission. Tout cela devait convaincre les hommes de l'autorité divine de Jésus-Christ, les instruire du but de sa venue au monde, et les persuader de la vérité de sa doctrine.

CHAPITRE 9

Jésus-Christ
guérit un paralytique.
Il appelle saint Matthieu à la charge d'apôtre,
et il répond à ceux qui se scandalisaient de ce qu'il mangeait avec les pécheurs.
Il répond aussi à ceux qui lui demandaient pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas comme ceux de Jean-Baptiste.
il guérit une femme qui avait une perte de sang
il ressuscite une jeune fille,
il rend la vue à deux aveugles,
et il délivre un homme possédé du démon et muet.
Enfin, il exhorte ses disciples à prier Dieu d'envoyer des personnes qui travaillassent à la conversion des peuples.

  I. 1-8;
 II. 9-13;
III. 14-17;
IV. 18-34;
 V. 35-38.

RÉFLEXIONS

1. Il y a deux réflexions à faire sur la guérison du paralytique.
1. L'une, que Notre-Seigneur eut égard à la foi de cet homme et de ceux qui le lui présentaient; ce qui nous montre que c'est par la foi et par un humble recours a Jésus-Christ que nous pouvons avoir part aux effets de sa grâce.
2. L'autre, que puisque Jésus-Christ avait non-seulement le pouvoir de guérir les malades, mais aussi l'autorité de pardonner les péchés, nous devons le regarder comme notre juge et nous mettre en état d'obtenir de lui la rémission de nos offenses par la repentance et par la foi.
2. Ce que Jésus répondit à ceux qui trouvaient mauvais qu'il mangeât avec les péagers et les gens de mauvaise vie, nous apprend qu'il est venu au monde pour sauver les pécheurs; mais que le but de sa venue est aussi de les amener à la repentance; et qu'ainsi, sans l'amendement, on ne saurait parvenir au salut.
3. Il faut considérer que si Jésus-Christ n'assujettissait pas ses disciples à des jeûnes réglés, tels qu'étaient ceux des disciples de Jean-Baptiste, ce n'était pas que sa doctrine sur cet article fût différente de celle de son précurseur, ni qu'il condamnât les jeûnes; il les a recommandés par son exemple et par ses préceptes; et il appelle ses disciples à vivre dans la mortification, et non dans l'aise, et dans les plaisirs. Mais il en usait ainsi par la même raison qu'il ne menait pas lui-même une vie aussi retirée et aussi austère que Jean-Baptiste; et parce que son ministère l'obligeait à aller de lieu en lieu et à se rencontrer avec toutes sortes de personnes (Matt. IV. et VI. 16. et XVII. 21.). Au reste, il déclare que dans la suite ses disciples seraient appelés non-seulement à jeûner, mais à souffrir ce qu'il y avait de plus fâcheux; et que s'il ne les exposait pas encore à ces rudes épreuves pendant qu'il était avec eux, c'était parce qu'ils n'auraient pas pu les supporter; c'est ce qu'il représente par la comparaison d'un vieux habit et des vaisseaux à vin.
4. On voit dans la guérison de cette femme qui était malade depuis douze ans d'une perte de sang, que Notre-Seigneur guérissait les maladies les plus invétérées et les plus incurables; surtout on doit y remarquer l'humilité et la foi admirable de cette femme, qui, n'osant pas s'adresser à Jésus, était persuadée que si elle pouvait seulement toucher son habit, elle serait guérie; ce qui lui arriva aussi comme elle l'avait cru. Cet exemple montre que, quand on a recours à Jésus-Christ avec une profonde humilité et une ferme confiance, on obtient infailliblement les effets de sa miséricorde.
5. La résurrection de la jeune fille à qui Notre-Seigneur rendit la vie, prouve qu'il ne guérissait pas seulement les malades, mais qu'il rendait même la vie aux morts; cela doit nous convaincre pleinement qu'il était envoyé de Dieu et nous confirmer dans la croyance et dans l'attente de notre résurrection. 6. Il est dit, sur la fin de ce chapitre, que Jésus-Christ voyant que le peuple qui le suivait manquait d'instruction et de bons conducteurs, en eut pitié, et qu'il exhorta ses disciples à prier le maître de la moisson qu'il poussât des ouvriers dans sa moisson. Ces paroles, qui marquent la grande bonté dont notre Seigneur était animé, doivent nous inspirer les mêmes sentimens de compassion en faveur de ceux qui sont dans l'égarement, et nous exciter à prier Dieu qu'il envoie en tous lieux de fidèles ministres qui travaillent efficacement à la conversion des hommes et à l'établissement de son règne.

CHAPITRE 10

On voit dans ce chapitre,
1. la vocation et les noms des douze apôtres.
2. Les ordres que Jésus-Christ leur donna lorsqu'il les envoya la première fois annoncer la venue du règne de Dieu dans la Judée. Il leur dit qu'il s'élèverait de grands troubles dans le monde à l'occasion de l'Évangile, et qu'on les persécuterait; mais il les assure de la protection de Dieu, il leur propose son exemple, il les exhorte à ne point craindre les hommes, et à ne craindre que Dieu seul; il déclare ce qui arrivera à ceux qui le confesseront ou qui le renieront devant les hommes; enfin, il promet de récompenser ceux qui recevront ses disciples et qui leur feront du bien.

 I. 1-4;
II. 5-42.

RÉFLEXIONS

1. Jésus-Christ choisit autrefois les apôtres, pour être les témoins de sa vie, de sa prédication et de ses miracles; pour annoncer l'Évangile et pour faire aussi des miracles, premièrement parmi les Juifs, et ensuite par tout le monde. Puisque le Seigneur les avait choisis et que leurs noms ont été conservés dans les livres sacrés, leur mémoire doit être en bénédiction dans l'Église, et nous devons au reste les imiter dans leurs vertus et nous soumettre à la doctrine qu'ils ont enseignée, tant de vive voix que par leurs écrits.
2. Jésus-Christ défendit alors aux apôtres d'aller vers les payens et vers les Samaritains, et il leur ordonna d'annoncer l'Évangile aux Juifs seuls, parce que le temps n'était pas encore venu auquel les apôtres devaient aller par toute la terre. Ce fut pour la même raison qu'il leur dit de ne prendre aucune provision pour le chemin; cela n'était pas nécessaire alors, puisqu'ils n'allaient pas bien loin et que leur voyage devait être court, le but de cette première mission des apôtres n'étant que de répandre plus promptement parmi les Juifs la nouvelle de l'approche du règne de Dieu. Jésus voulait aussi leur apprendre par là à se reposer sur la providence.
3. Les instructions que Notre-Seigneur donna aux apôtres montrent que ceux qui prêchent l'Évangile doivent le faire d'une manière désintéressée, avec beaucoup de prudence, et avec zèle et hardiesse, sans craindre les hommes ni la mort.
4. Il nous apprend que sa doctrine n'est reçue que par des gens qui ont le coeur bon et un esprit paisible et doux; que c'est aux personnes de ce caractère que les ministres de l'Évangile doivent s'attacher; que quand ils rencontrent des gens qui ne veulent pas les recevoir, ils doivent se retirer; et que ceux qui auront ainsi rejeté les offres de la grâce de Dieu seront punis de la manière la plus rigoureuse.
5. On a dans ce discours de Jésus-Christ une forte preuve de la divinité de la religion chrétienne, en ce que les apôtres qui l'ont annoncée et ceux qui l'embrassèrent les premiers ont été exposés à diverses persécutions, et qu'ils ont scellé de leur sang la vérité de l'Évangile et la sincérité de leur témoignage.
6. On peut faire ici diverses réflexions très-utiles, et principalement les suivantes: Que ceux qui font profession de la vérité et de la piété sont souvent haïs et persécutés, mais que Dieu les assiste d'une façon particulière; qu'il ne faut pas craindre les hommes qui ne peuvent nuire qu'au corps, et qu'on ne doit craindre que Dieu seul qui peut jeter le corps et l'âme dans la géhenne; que les chrétiens doivent faire une profession ouverte de leur foi devant les hommes, même au péril de leur vie; qu'il s'élève souvent des troubles et des divisions dans le monde à l'occasion de l'Évangile, mais que cela n'arrive que par la faute des hommes; que les chrétiens doivent être prêts à renoncer à ce qu'ils ont de plus cher en ce monde pour suivre Jésus- Christ; et enfin que Notre-Seigneur récompensera abondamment la piété et la charité de ceux qui auront reçu ses disciples et qui les auront assistés.

Toutes ces considérations tendent à nous animer à faire une profession sincère et constante de la religion de notre Sauveur, à en pratiquer tous les devoirs, et à exercer avec plaisir les oeuvres de charité.

CHAPITRE 11

Jean-Baptiste ayant envoyé ses disciples vers Jésus-Christ pour lui demander s'il était le Messie,
1. Notre-Seigneur fait des miracles en leur présence.
2. Il parle de la nature et de l'excellence de la charge de Jean-Baptiste.
3. Il se plaint de l'endurcissement des Juifs qui n'avaient profité ni du ministère de Jean-Baptiste ni du sien, et il menace les villes de la Galilée où il avait prêché et fait des miracles, et qui ne s'étaient pas amendées.
4. Il loue Dieu de ce que les personnes qui avaient un esprit doux et humble recevaient sa doctrine, pendant que ceux qui passaient dans le monde pour les plus éclairés la rejetaient, et il convie tous ceux qui étaient travaillés et chargés de venir à lui.

  I. 1-6;
 II. 7-15;
III. 16-24;
IV. 25-30.

RÉFLEXIONS

Pour profiter de cette lecture, il faut remarquer
1. que si Jean-Baptiste envoya demander à Notre-Seigneur s'il était le Messie, on ne doit pas croire qu'il en doutât. Cela serait injurieux à ce saint homme, qui avait constamment déclaré que Jésus était le Fils de Dieu, et à qui Notre-Seigneur rend dans tout l'Évangile, et dans ce chapitre même, le témoignage le plus glorieux. Mais Jean-Baptiste envoya ces disciples vers Jésus pour les convaincre que Jésus était celui que les Juifs attendaient.
2. Cependant le Seigneur étant interrogé sur cela, ne voulut pas dire ouvertement qu'il fût le Messie; il se contenta de faire voir par des miracles qu'il l'était, et d'avertir les disciples de Jean de n'être pas scandalisés s'ils le voyaient dans un état de bassesse.
3. Ce fut dans les mêmes vues qu'il fit remarquer à ceux qui l'écoutaient que lorsqu'ils étaient allés entendre Jean-Baptiste dans le désert, ils n'y avaient pas vu un roseau agité du vent, c'est-à-dire, qu'ils n'y étaient pas allés pour un sujet de petite importance, ou pour voir une personne peu considérable. Il ajoute qu'ils n'y avaient pas vu non plus un homme qui parut avec éclat et avec pompe comme ceux qui sont à la cour des rois. Mais il dit qu'ils avaient vu en Jean-Baptiste un prophète, et même le plus grand des prophètes, puisqu'il était le précurseur du Messie; et que cependant depuis qu'il avait commencé à paraître, on s'était opposé à lui et au règne de Dieu dont il annonçait la venue. Jésus-Christ disait tout cela, pour montrer que le règne du Messie ne serait pas de ce monde, et qu'on ne devait pas être surpris si on le voyait aussi dans un état si humble et si abject, et s'il était rejeté.
4. On voit ici que les Juifs n'avaient profité ni de la prédication de Jean-Baptiste ni de celle de Notre-Seigneur, trouvant que la vie de Jean-Baptiste était trop-austère, et que celle de Jésus-Christ ne l'était pas assez. Rien ne peut satisfaire les hommes incrédules et corrompus; ils rejettent tous les différens moyens que Dieu emploie pour les gagner, et ils en prennent même occasion de s'endurcir davantage.
5. Les menaces que Jésus-Christ faisait contre les villes où il avait fait des miracles et qui ne s'étaient pas amendées, nous avertissent que les peuples auxquels Dieu fait le plus de grâces, et à qui l'Évangile est annoncé, sans en profiter, seront traités avec la dernière sévérité.
6. Notre-Seigneur rend grâces à Dieu de ce que les petits et les humbles recevaient sa doctrine, tandis qu'elle était rejetée par les grands et les sages du monde. Cela nous apprend que l'on ne saurait recevoir l'Évangile, si l'on ne renonce à la gloire du monde et à sa fausse sagesse.

Enfin, les invitations que Notre-Seigneur adresse à tous ceux qui sont travaillés et chargés, les conviant de devenir ses disciples, et les assurant que son joug est aisé et que son fardeau est léger, doivent nous inciter à aller à lui avec un humble et vif sentiment de notre misère, et avec un ardent désir d'en être délivrés; à nous soumettre à sa doctrine et à ses divins préceptes, et à être comme lui doux et humbles de coeur. C'est ainsi que nous trouverons auprès de lui le repos de nos âmes et une parfaite félicité.

CHAPITRE 12:1-21

Notre-Seigneur
1. justifie ses disciples qui arrachaient des épis de blé en un jouir de sabbat.
2. Il guérit un homme qui avait une main sèche, et il répond aux pharisiens qui se scandalisaient de ce qu'il avait aussi fait ce miracle en un pareil jour.
3. Il défend au peuple de publier ses miracles; sur quoi saint Matthieu rapporte un oracle d'Ésaïe, qui marque la prudence, l'humilité et la douceur qui paraîtraient dans la manière dont le Messie exercerait son ministère.

  1. 1-8;
 II. 9-15;
III. 16-21.

RÉFLEXIONS

Il faut faire ici trois considérations.
1. La première regarde la malice et l'hypocrisie des pharisiens, qui trouvaient mauvais que les disciples de Jésus-Christ eussent arraché des épis en un jour de sabbat, et que leur maître eût guéri en un semblable jour un homme qui avait une main sèche. Tel est le caractère des hypocrites et de ceux qui n'ont qu'un faux zèle. Ils se scandalisent des choses qui sont innocentes, et même quelquefois de celles qui sont bonnes, nécessaires et agréables à Dieu, pendant qu'ils négligent eux-mêmes les devoirs les plus essentiels de la religion et surtout celui de la charité.
2. On doit faire une attention sérieuse à ce que Notre-Seigneur dit dans cette occasion, et principalement à ces paroles: Je veux la miséricorde plutôt que le sacrifice. Apprenons de là que la religion ne consiste pas simplement dans des devoirs extérieurs et dans l'observation des cérémonies; qu'à la vérité ces devoirs sont indispensables et ont leur usage, lorsqu'on les pratique conformément aux intentions de Dieu qui les a établis; mais que ce que Dieu exige sur toutes choses, c'est que nous ayons une vraie charité et que nous exercions les oeuvres de miséricorde.
3. La troisième réflexion est tirée de la conduite de Jésus-Christ, qui ne voulait pas qu'on publiât ses miracles, et de ces paroles d'Ésaïe: Il n'éteindra pas le lumignon qui fume encore, et il ne rompra pas entièrement le roseau froissé. On voit reluire ici la grande prudence de Notre-Seigneur, qui évitait ce qui aurait pu faire trop d'éclat; on y découvre son humilité, sa douceur et sa condescendance; on y remarque surtout qu'il ne rebute personne, qu'il supporte les faiblesses des hommes avec beaucoup de patience, et que pendant qu'il y a encore en eux quelque chose de bon, il ne les abandonne pas. Cela doit d'un côté nous encourager et nous remplir de confiance, et de l'autre, nous engager à imiter notre Sauveur, à être comme lui humbles, doux et paisibles, à fuir l'ostentation, la vaine gloire, et à éviter l'aigreur et les disputes, usant d'un grand support envers les hommes, et ayant des égards et de la condescendance pour leurs faiblesses. Ce sera par la pratique de ces devoirs que nous ressemblerons à Jésus-Christ, et qu'il paraîtra que nous sommes véritablement ses disciples.

CHAPITRE 12:22-50

Jésus-Christ
1. guérit un démoniaque; et comme les pharisiens attribuaient ce miracle à la puissance du diable, Notre-Seigneur fait voir la fausseté et l'impiété de cette accusation, en disant que le diable ne détruirait pas son propre règne; il fait remarquer qu'il ne pourrait chasser les démons s'il n'avait pas une puissance plus grande que la leur; et il dit aux pharisiens que leur blasphème ne leur serait jamais pardonné, et que leurs discours impies étaient une preuve de l'extrême malice de leur coeur.
2. Étant prié par les pharisiens de faire un signe, il le refuse, et il les renvoie à sa résurrection, qui devait être la dernière et la plus forte preuve de sa mission divine. Il se plaint de leur incrédulité, et il allègue, dans cette vue, l'exemple des Ninivites, celui de la reine de Scéba, et une similitude.
3. Il déclare que ses vrais disciples lui étaient aussi chers que ses plus proches parens.

  I. 22-37;
 II. 38-45;
III. 46-50.

RÉFLEXIONS

Cette lecture nous engage à considérer,
1. Que les pharisiens, au lieu de reconnaître la vertu divine qui éclatait dans les miracles de Notre-Seigneur, disaient qu'il chassait les démons par la puissance du diable. On voit dans cet exemple, que les gens aveuglés par leurs passions résistent aux moyens les plus forts que Dieu emploie pour vaincre leur endurcissement.
2. Jésus-Christ déclare aux pharisiens que ce blasphème, par lequel ils attribuaient au diable ce qui venait de l'Esprit de Dieu, ne leur serait jamais pardonné, parce qu'un tel blasphème marquait une malice désespérée et un endurcissement insurmontable. On ne peut pas aujourd'hui commettre ce péché-là; mais on se rend extrêmement coupable lors qu'on tient des discours et que l'on a des sentimens profanes et impies, et lorsqu'on résiste à la vérité après l'avoir connue, et à la grâce du Saint-Esprit dont on sent l'opération en soi-même.
3. À l'occasion du blasphème des pharisiens, Jésus-Christ nous enseigne que les bons discours sont la marque d'un bon coeur, que les mauvais discours procèdent d'un coeur gâté, et que les hommes rendront compte de toutes les mauvaises paroles qu'ils auront dites. Cela nous apprend qu'un homme de bien se reconnaît par ses paroles, et que le moyen de les bien régler est de régler notre coeur.
4. Sur ce que les pharisiens, après tant de miracles que le Seigneur avait déjà faits en leur présence, le prièrent encore de faire un signe, nous devons considérer que les incrédules et ceux qui ont le coeur mauvais ne sont jamais contens, et qu'il n'y a rien d'assez clair ni d'assez fort pour les convaincre. Et le refus que Notre-Seigneur fit de faire ce signe, nous montre que, quand Dieu a fait inutilement ce qui était nécessaire pour surmonter l'endurcissement des hommes, il les abandonne justement à leur obstination.
5. Si l'exemple de la reine de Scéba et celui des Ninivites condamnaient les Juifs incrédules, ces exemples condamneront beaucoup plus les chrétiens qui ne s'amendent pas, puisque Dieu leur a fait plus de races qu'à ces juifs dont Jésus-Christ parle.
6. Par la similitude du mauvais esprit qui rentre dans un homme après en être sorti, Notre-Seigneur marquait les malheurs qui allaient tomber sur les Juifs, lesquels, après tout ce qu'il avait fait pour les délivrer de leur incrédulité, y persévéraient. Cela nous avertit que ceux qui ont eu part à la grâce de Dieu et qui en abusent, perdent cette grâce, et qu'ils tombent dans une plus grande condamnation. Enfin, puisque Jésus-Christ déclare que ceux qui font la volonté de Dieu lui étaient aussi chers que sa mère et ses parens, nous devons reconnaître que la piété et l'observation des commandemens de Dieu est la vraie marque des disciples de Notre-Seigneur, et ce qui nous fait avoir part à son amour; qu'ainsi nous devons nous appliquer sur toutes choses à écouter sa parole et à la garder. Cela nous montre aussi que les personnes qui aiment Dieu et qui le craignent, sont celles à qui l'on doit surtout donner son amour et son estime.

CHAPITRE 13:1-23

Notre-Seigneur
1. propose la parabole de la semence,
2. et ensuite il l'explique en particulier à ses disciples.

 I. 1-9;
II. 10-23.

RÉFLEXIONS

Il est nécessaire de remarquer en général, sur les similitudes qui sont contenues dans ce chapitre et dans divers autres endroits de l'Évangile, que Notre-Seigneur avait accoutumé, lorsqu'il enseignait, de se servir de similitudes et de paraboles; et qu'afin que ses disciples et le peuple pussent mieux les retenir, il les tirait des choses les plus simples et les plus familières.

Ces paraboles étaient de deux sortes. Il y en avait dont le sens était clair; mais les autres avaient quelque obscurité, et Jésus-Christ employait ces dernières lorsqu'il s'agissait de certaines vérités que ses auditeurs n'étaient pas alors en état de comprendre, et qu'il ne voulait pas dire ouvertement avant sa mort. Telles sont celles qui marquaient qu'on le ferait mourir, que les Juifs seraient rejetés, et que les payens seraient reçus à leur place. Il proposait ces vérités-là, sous des images et des similitudes qui étaient fort simples et aisées à retenir, et qui dans peu de temps seraient faciles à entendre, l'événement devant les rendre parfaitement claires. Ainsi, l'on voit reluire une grande sagesse dans ces paraboles; elles montrent que Jésus-Christ connaissait l'avenir; elles étaient la plupart prophétiques, et nous trouvons dans leur exact accomplissement des preuves convaincantes de la divinité de l'Évangile.

Le dessein de Jésus-Christ, dans la parabole de la semence, est d'enseigner à ses disciples comment la parole de Dieu est reçue par ceux à qui elle est annoncée.

Il y parle de quatre sortes de personnes.
1. Les premiers sont ceux sur qui cette parole ne fait aucune impression, et dont le coeur est entièrement endurci, c'est ce qui est représenté par la semence qui tombe sur le chemin.
2. Les seconds sont ceux qui reçoivent et qui goûtent la parole de Dieu, mais qui s'étant en gagés dans la profession de l'Évangile sans s'être bien examinés eux-mêmes, abandonnent la vérité et la piété lorsqu'ils sont exposés à la persécution ou à quelque autre tentation; c'est ce qui est signifié par la semence qui tombe parmi les pierres et qui lève, mais qui n'ayant point de racine sèche bientôt.
3. Notre-Seigneur parle de ceux en qui la parole est rendue inutile, par l'amour des richesses et par les soins de cette vie; tout de même que la semence qui tomberait parmi les épines y serait étouffée.
4. Les derniers sont ceux qui la reçoivent dans un bon coeur en qui elle produit son fruit et son effet, et qui persévèrent; ce qui est figuré par la semence qui est reçue dans une bonne terre et qui y fructifie abondamment. C'est là le sens et le but de cette belle parabole; elle tend à nous instruire de l'usage que nous devons faire de l'Évangile lorsqu'il nous est annoncé. Ce que Jésus-Christ dit à ses disciples dans le temps qu'il la leur expliqua, doit nous faire reconnaître combien nous sommes heureux d'être instruits de ces divines vérités, et d'avoir sur les mystères du royaume de Dieu, des lumières que les prophètes même n'avaient pas. C'est là un avantage précieux, dont nous devons nous prévaloir, de peur que nous ne tombions dans le crime et dans la condamnation de ceux qui voient et qui entendent, mais qui ne reçoivent pas la vérité et qui refusent de se convertir.

CHAPITRE 13:24-58

Jésus-Christ propose
la similitude de l'ivraie,
celle d'un grain de moutarde,
celle du levain,
celle d'un trésor caché et d'une perle de grand prix,
et celle d'un filet.
Il exhorte ses disciples à faire un bon usage de ses instructions, et il va à Nazareth où peu de gens crurent en lui.

 I. 24-50;
II. 51-58.

RÉFLEXIONS

Les similitudes de l'ivraie et d'un filet ont un même sens. Elles signifient, suivant l'explication que Notre-Seigneur en donna, que parmi ceux qui embrasseraient la profession de l'Évangile, il y aurait des hypocrites qui seraient mêlés avec les bons, et que cela aura lieu jusqu'à la fin du monde; mais qu'alors ils seront séparés, que les méchans seront envoyés au feu éternel, et que les justes seront reçus dans la gloire céleste.

L'usage que nous devons faire de ces paraboles, c'est de n'être pas scandalisés, si nous voyons parmi les chrétiens des personnes qui suivent l'erreur et le vice; d'être sur nos gardes et d'éviter le commerce des méchans, de peur qu'ils ne nous séduisent; d'avoir cependant toujours pour eux des sentimens de charité, et de travailler au reste, pour ce qui nous regarde, à être du nombre des justes, afin qu'à la venue de Jésus-Christ nous soyons reçus dans son royaume.

Par les similitudes d'un grain de moutarde et du levain, Notre-Seigneur voulait marquer que, quoiqu'il n'eût alors qu'un petit nombre de disciples, et que sa doctrine ne fut presque pas connue dans le monde, elle se répandrait bientôt par toute la terre. Mais Jésus-Christ disait cela en termes couverts et figurés, parce qu'il ne voulait pas alors dire ouvertement, crainte de scandaliser les Juifs, que les payens et tous les peuples entreraient dans l'Église.

Ces similitudes sont prophétiques, et l'on en voit le sens et la divinité dans l'établissement de la religion de Jésus-Christ, qui a été annoncée et reçue en tant d'endroits du monde, comme il l'avait prédit.

La similitude d'un trésor caché et celle de la perle, tendent à nous montrer qu'il n'y a rien de plus précieux, et de plus excellent que l'Évangile et les biens qu'il renferme; que le plus grand bonheur qui puisse nous arriver est de les posséder, et qu'ainsi il faut faire avec joie tout ce qui peut nous les procurer, et renoncer même à ce que nous avons de plus cher au monde, pour acquérir un si précieux trésor.

Nous devons, comme Jésus-Christ y exhortait ses disciples, retenir ces divines instructions, les mettre et les serrer dans notre coeur, afin d'en tirer continuellement les secours et les encouragemens nécessaires pour résister aux tentations, et pour nous animer à l'amour de Dieu et à la pratique des bonnes oeuvres.

L'on voit sur la fin de ce chapitre, que bien que les habitans de Nazareth entendissent la doctrine de Jésus-Christ et qu'ils vissent quelques-uns de ses miracles, ils ne crurent point en lui, parce qu'ils le regardaient comme le fils d'un charpentier et qu'il avait été élevé parmi eux; ce qui fit que Notre-Seigneur leur dit que nul prophète n'était reçu dans son pays. Les hommes méprisent souvent les faveurs que Dieu leur accorde et les avantages les plus précieux, lorsqu'ils sont communs et qu'ils peuvent en jouir sans peine; et Dieu voyant leur ingratitude, les en prive, comme cela arriva à ceux de Nazareth, à cause de leur incrédulité,

CHAPITRE 14

Saint Matthieu récite trois choses:
1. L'histoire de la mort de Jean-Baptiste.
2. Comment Jésus-Christ donna à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons.
3. Un autre miracle que Notre-Seigneur fit, lorsque ses disciples étant exposés à une tempête, il alla vers eux en marchant sur la mer.

  I. 1-12;
 II. 13-21;
III. 22-36.

RÉFLEXIONS

Il faut d'abord faire cette considération générale sur la mort de Jean-Baptiste, que Dieu voulut que ce saint homme, qui avait annoncé la venue du règne du Messie, mourut d'une mort violente, pour faire voir aux Juifs que ce règne ne serait pas un règne temporel, et afin qu'ils ne fussent pas scandalisés lorsque Jésus-Christ lui-même serait mis à mort.

Après cela, il faut remarquer que ce qui donna occasion à la mort de Jean-Baptiste, fut le zèle de ce saint prophète, qui reprit Hérode de son commerce criminel avec Hérodias, la haine que cette femme impudique avait conçue contre Jean-Baptiste, et la complaisance qu'Hérode eut pour elle. Les réflexions qu'il y a à faire sur cela sont: que les serviteurs de Dieu doivent reprendre toutes sortes de personnes avec courage et avec zèle, quand même ils s'attireraient par là la haine des méchans; que l'impureté et l'amour des plaisirs font commettre bien des crimes; et enfin qu'il peut arriver de grands maux, par les sermens téméraires, aussi bien que par la mauvaise honte et par la complaisance qu'on a pour les personnes vicieuses.

Le miracle des cinq pains a ceci de particulier qu'il fut fait en présence de plusieurs milliers d'hommes qui en furent les témoins et qui y eurent part; cette circonstance rend ce miracle encore plus certain, et elle prouve la merveilleuse puissance de Notre-Seigneur, de même que la grande bonté dont il était animé envers le peuple qui le suivait.

Enfin cet autre miracle que Notre-Seigneur fit lorsqu'il vint à ses disciples en marchant sur la mer, est aussi une preuve de son pouvoir sans bornes et de son amour pour ses disciples. Il voulut dans cette occasion faire marcher saint Pierre sur l'eau, pour fortifier la foi de cet apôtre et celle de ses collègues, et pour les assurer par là qu'ils feraient dans la suite les miracles les plus extraordinaires, et qu'aucun péril ne devait les ébranler.

Pour ce qui nous regarde, nous devons faire ici ces deux considérations:
1. l'une, que si les fidèles se trouvent dans le danger, Dieu vient à leur secours lorsqu'il en est temps;
2. l'autre, que comme le zèle et la foi de saint Pierre le firent d'abord marcher sur l'eau mais que la peur le fit enfoncer, ce n'est aussi que le manque de foi qui nous fait succomber dans les tentations et dans les dangers; mais qu'avec la foi et le secours du Seigneur nous les surmontons heureusement.

CHAPITRE 15

Jésus-Christ
justifie ses disciples sur ce qu'ils n'observaient pas la coutume des pharisiens et des Juifs qui se lavaient les mains avant le repas; ce que les Juifs faisaient non pour la propreté, mais par un principe de religion, croyant que sans cela ils n'auraient pas été nets.
Notre-Seigneur reproche aux pharisiens, qui se scandalisaient du procédé de ses disciples, de violer eux-mêmes la loi divine par leurs traditions, et surtout en enseignant que, si quelqu'un consacrait à Dieu le bien dont il aurait pu assister père et mère, il ne lui était plus permis après un tel voeu d'employer son bien au soulagement de son père ou de sa mère.
Ensuite le Seigneur montre ce que c'est qui souille l'homme et ce qui ne le souille pas.
Il guérit la fille d'une femme cananéenne et plusieurs malades,
et il donna à manger à quatre mille hommes avec sept pains et quelques poissons.

  I. 1-9;
 II. 10-20;
III. 21-31;
IV. 32-49.

RÉFLEXIONS

L'entretien de Jésus-Christ avec les pharisiens nous présente les réflexions suivantes:
1. Que les hypocrites font uniquement consister la religion et la piété dans des devoirs extérieurs, souvent vains et de très-petite importance; qu'ils observent scrupuleusement ces sortes de choses et condamnent ceux qui ne les observent pas, pendant qu'eux-mêmes manquent aux devoirs les plus importans et pèchent contre les commandemens de Dieu les plus exprès;
2. que le devoir des enfans envers père et mère est tout-à-fait inviolable, que rien ne les en peut dispenser, et qu'ils sont particulièrement obligés de les assister dans le besoin;
3. que les voeux et les sermens téméraires et contraires à la loi divine ne doivent point être gardés;
4. que Dieu rejette le culte de ceux qui ne l'honorent que de la bouche et des lèvres et dont le coeur est éloigné de lui, et qu'il veut être servi suivant qu'il l'a commandé dans sa parole, et non pas suivant les inventions et les commandemens des hommes.
5. Le Sauveur du monde nous enseigne que ce ne sont pas seulement les actions extérieures qui souillent les hommes et qui les rendent coupables devant Dieu, mais que ce sont aussi et principalement les mauvaises pensées, les mouvemens du coeur et les désirs qui tendent à l'impureté, à l'injustice, à l'orgueil, à la médisance et aux autres péchés, C'est là une doctrine très-importante et d'un grand usage; elle nous oblige à nous étudier surtout à la sainteté intérieure et à la pureté du coeur et de la conscience. On doit faire une attention particulière au miracle que Notre-Seigneur fit, en guérissant la fille de la cananéenne, Il refusa d'abord de guérir cette fille, parce que sa mère était payenne; et il en usa de la sorte non-seulement pour exciter le zèle de cette femme, mais aussi à cause que le temps n'était pas encore venu auquel les payens devaient être appelés, et parce que pendant son séjour sur la terre il ne faisait des miracles qu'en faveur des Juifs.

Mais voyant la persévérance et la profonde humilité de cette femme, il fit enfin ce qu'elle lui avait demandé. Dans cet exemple, nous voyons que les prières faites avec foi, avec humilité et avec persévérance, sont très-agréables à Dieu et très-efficaces; que si Dieu ne nous exauce pas d'abord, il le fait afin de nous éprouver, d'animer par là notre zèle, et de nous faire mieux sentir notre indignité; mais que lorsque nous continuons à l'invoquer avec ferveur, il nous accorde enfin les grâces que nous lui demandons. Au reste, on découvre dans ce miracle, de même que dans ceux que Notre-Seigneur fit en guérissant un grand nombre de malades et en nourrissant quatre mille hommes avec sept pains et quelques poissons, de nouvelles preuves de sa toute-puissance, et le récit de toutes ces merveilles doit nous inciter à louer Dieu et à lui donner gloire, comme le firent autrefois ceux qui furent les témoins de ces miracles.

CHAPITRE 16

Ce chapitre a quatre parties.
1. Jésus-Christ refuse de faire un prodige que les pharisiens lui demandaient, et il leur reproche leur aveuglement.
2. Il avertit ses disciples de se garder du levain des pharisiens et des sadducéens.
3. Ayant demandé aux apôtres quelle opinion ils avaient de lui, saint Pierre reconnaît qu'il était le Christ, le Fils du Dieu vivant, et Notre-Seigneur lui fait des promesses très-avantageuses.
4. Il prédit sa mort, il exhorte ses disciples à se préparer eux-mêmes aux souffrances; et pour les y engager, il leur montre de quelle importance est le salut et la perte de l'âme. il prédit aussi que quelques-uns de ses disciples ne mourraient point que son règne n'eût été établi et qu'il ne fût venu pour détruire les Juifs; ce qui a été accompli en ceux des disciples de Jésus-Christ qui vécurent jusqu'à ce temps-là, et particulièrement en saint Jean.

  I. 1-4;
 II. 5-12;
III. 13-20;
IV. 21-28.

RÉFLEXIONS

1. La première réflexion qu'on doit faire ici, concerne l'aveuglement des pharisiens qui, bien que Jésus-Christ eût fait tant de miracles et qu'ils dussent voir par là que les temps de la venue du Messie étaient arrivés, voulaient qu'il leur fit voir quelque signe, ce qu'il refusa très-justement de faire. Après que Dieu a donné des preuves suffisantes de la vérité de l'Évangile, si les hommes ne s'y rendent pas, ils ne doivent pas s'attendre que Dieu fasse des miracles continuels, pour vaincre leur incrédulité.
2. Le sens de l'avertissement que, Jésus-Christ donna aux apôtres, en leur disant de se garder du levain des pharisiens et des sadducéens, était qu'ils devaient s'éloigner de la doctrine des pharisiens qui s'attachaient aux dehors de la religion et aux traditions, et de sadducéens qui niaient la résurrection et l'immortalité de l'âme. Cet avertissement nous montre que l'on doit éviter avec un grand soin, dans la religion, la superstition et l'hypocrisie, aussi bien que les sentimens impies et libertins.
3. Il paraît de ce chapitre, que l'on avait une haute opinion de Jésus-Christ parmi les Juifs, et surtout que les apôtres avaient été pleinement persuadés qu'il était le Christ, le Fils du Dieu vivant. C'est aussi là la grande et la principale vérité, que les chrétiens doivent croire et confesser devant tout le monde.
4. La promesse que Jésus-Christ fit à saint Pierre, en lui disant: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et je te donnerai les clefs du royaume des cieux Act. Il et X, signifie que saint Pierre serait l'un des principaux ministres dont il se servirait pour établir son Église, et que ce serait lui qui jetterait les fondemens de l'Église chrétienne, en annonçant le premier l'Évangile tant aux Juifs qu'aux payens.
5. Jésus-Christ prédit sa mort, et il censura fortement saint Pierre qui, étant rempli des préjugés des Juifs, ne pouvait croire que le Messie dût mourir. Notre-Seigneur parla de la sorte, et il s'exprima en des termes forts, non qu'il n'aimât saint Pierre, mais pour lui faire mieux sentir, et à tous ses disciples, qu'il était nécessaire qu'il souffrit la mort, et qu'il y était résolu.

Enfin, les derniers versets de ce chapitre contiennent des instructions très remarquables, et particulièrement ces trois.
1. que la première chose que Jésus-Christ exige de ses disciples, c'est qu'ils renoncent à eux-mêmes et qu'ils se disposent aux souffrances, et que jamais le désir de conserver notre vie ne doit nous empêcher de suivre Jésus-Christ et de lui obéir;
2. que le salut et la perte de l'âme sont ce qu'il y a de plus important, et qu'il ne servirait de rien de gagner le monde entier si l'on perdait son âme;
3. que le Fils de Dieu viendra du ciel avec gloire, pour rendre à tous les hommes selon leurs oeuvres.

CHAPITRE 17

Ce chapitre contient,
1. l'histoire de la transfiguration de Jésus-Christ.
2. L'entretien qu'il eut avec les apôtres sur la venue d'Élie que les Juifs attendaient.
3. La guérison d'un démoniaque que les apôtres n'avaient pu délivrer.
4. Un miracle que Jésus fit pour payer le tribut que les Juifs donnaient pour l'entretien du temple et du service divin.

  I. 1-9;
 II. 10-13;
III. 14-23;
IV. 24-27.

RÉFLEXIONS

1. Notre-Seigneur voulut être transfiguré peu avant sa mort, en présence de trois de ses disciples, afin de fortifier leur foi et de les affermir contre le scandale que sa mort aurait pu leur donner. L'apparition de Moïse et d'Élie, qui furent vus alors, marquait que Jésus-Christ était celui dont les prophètes avaient prédit la venue, et qu'il était plus grand que les plus excellens prophètes, Cela prouve aussi que ces saints hommes n'étaient pas anéantis, et qu'ainsi il y a pour les gens de bien une autre vie après celle-ci. La voix que Dieu fit entendre du ciel dans cette occasion, nous apprend que Jésus est le Fils de Dieu, que c'est lui seul que nous devons écouter et à qui nous devons une parfaite obéissance.
2. Ce que Jésus-Christ dit à ses disciples, que Jean-Baptiste était cet Élie dont les prophètes avaient parlé, doit nous convaincre de la dignité de la personne de Jean-Baptiste et de l'autorité de son ministère. Dans l'histoire du lunatique, que les apôtres n'avaient pu guérir, on voit que Notre-Seigneur était revêtu d'un pouvoir auquel rien ne pouvait résister, et qu'il était en même temps plein de compassion envers les misérables. On y remarque d'un autre côté que le défaut de foi dans les apôtres fut cause qu'ils ne purent faire ce miracle, et qu'au contraire le père du lunatique obtint par sa foi la guérison de son fils. La foi est d'une grande efficace; elle n'est pas moins nécessaire pour le salut qu'elle l'était autrefois pour faire ou pour obtenir des miracles; ainsi nous devons travailler à nous y affermir.
3. La tristesse que les apôtres firent paraître, lorsque Jésus-Christ prédit sa mort, est une autre preuve de l'imperfection de leur foi; mais les chrétiens, qui savent que Jésus-Christ est mort afin de nous procurer le salut, doivent regarder cette mort comme le fondement de leur bonheur et de leur espérance. Enfin la manière miraculeuse dont Jésus-Christ paya le tribut est un effet remarquable de sa puissance. Il fit voir dans cette rencontre qu'il ne méprisait pas ce qui regardait la religion; et c'est là un exemple qui nous apprend à nous soumettre à l'ordre public, et à donner sans répugnance et avec plaisir quelque portion de nos biens, quand il s'agit du service de Dieu et des oeuvres de piété.

CHAPITRE 18

Les apôtres
demandent à Notre-Seigneur lequel d'entr'eux serait le plus grand dans le royaume des cieux. Ils lui firent cette question, parce qu'ils croyaient avec les Juifs que le Messie établirait son règne sur la terre et qu'il y aurait des dignités dans son royaume, Notre-Seigneur, pour les désabuser de cette opinion, met un petit enfant au milieu d'eux; il les exhorte à devenir semblables aux petits enfans; il les avertit de ne point mépriser ceux qui croyaient en lui quoi qu'ils fussent petits selon le monde. Il leur représente que c'est un grand péché que de scandaliser aucun des fidèles, et qu'il appelle même les plus grands pécheurs à la repentance et au salut. Tout ce discours de Jésus-Christ tendait à retirer les apôtres de l'opinion où ils étaient sur le règne du Messie et à leur inspirer des sentimens de charité et d'humilité.
Dans la seconde partie de ce chapitre, Jésus-Christ enseigne à ses disciples comment ils devaient se conduire envers leurs frères qui les auraient offensés, et ce que l'Église doit faire à l'égard de ceux qui ne veulent pas profiter de ses avertissemens. Après cela il montre, par une parabole, que nous devons nous pardonner les uns aux autres.

 I. 1-14;
II. 15-35.

RÉFLEXIONS

Jésus-Christ nous enseigne dans la première partie de ce chapitre,
1. que pour entrer dans le royaume des cieux, il faut être extrêmement humbles et avoir aussi peu d'attachement que les petits enfans pour la gloire et pour les honneurs du monde;
2. que l'on doit faire un très-grand cas de ses vrais disciples, quand même ils seraient peu considérables dans le monde; que les gens de bien sont chers à Dieu, qu'il faut les honorer et les consoler, que Dieu les fait garder par ses anges, et qu'il punira sévèrement ceux qui les auront méprises, affligés ou scandalisés. Ces considérations doivent aussi encourager les fidèles et les remplir d'une grande confiance.
3. Jésus-Christ nous enseigne que les scandales sont un grand mal, qu'il n'est pas possible qu'il n'en arrive, que cependant Dieu n'en est point la cause, qu'ils n'arrivent que par la faute des hommes, et que ceux qui en sont les auteurs porteront la peine de leur péché. Il s'ensuit de là, que nous devons éviter soigneusement le péché et le scandale, et que nous pouvons le faire en pratiquant les conseils que Jésus-Christ nous donne, et en évitant tout ce qui pourrait être pour nous ou pour les autres une occasion de chute.
4. Enfin ce que Notre-Seigneur dit ici, qu'il y a même de la joie au ciel pour un seul pécheur qui s'amende, fait voir qu'il ne nous est pas permis de mépriser personne, que nous devons au contraire procurer l'édification et le salut de tous les hommes, et en particulier la conversion des pécheurs, autant que nous le pouvons.

Dans la deuxième partie de ce chapitre,
1. Jésus-Christ établit l'autorité et la discipline de l'Église, et la nécessité des avertissemens tant particuliers que publics; il montre que tous les membres de l'Église doivent se soumettre à l'ordre qui y est établi, et que ceux qui refusent d'écouter l'Église doivent être réputés comme des payens et des péagers, c'est-à-dire qu'on ne peut plus les regarder comme membres de l'Église, et qu'il faut les retrancher de sa communion; et il déclare au reste que Dieu ratifie et confirme dans le ciel ce que l'Église fait conformément à ses intentions.
2. La promesse que Notre-Seigneur fait d'exaucer ceux qui s'assembleraient en son nom et d'être présent au milieu d'eux, nous enseigne que les prières qui se font dans un esprit d'union et de charité sont très-agréables à Dieu, de même que les assemblées que l'on forme pour le servir et pour l'invoquer.
3. Enfin Jésus-Christ nous instruit sur la nature et sur la nécessité du pardon des offenses. Il en explique la nature, en disant que l'on doit pardonner jusqu'à septante fois sept fois; ce qui marque que ce pardon doit être général et sans bornes, et qu'il faut pardonner à toutes sortes de personnes et toutes sortes d'offenses, même celles qui seraient continuées et réitérées; et cela en tout temps, sans jamais se rebuter. Il fait voir la nécessité de ce pardon par la parabole du serviteur à qui son maître avait quitté une dette fort considérable et qui ne voulut pas en quitter une très-petite à l'un de ses compagnons en service.

Cette parabole nous met devant les yeux:
1. L'infinie bonté de Dieu qui veut bien nous pardonner, à nous qui sommes ses créatures et ses serviteurs, quoique nos péchés soient grands et en grand nombre;
2. le crime et l'ingratitude de ceux qui refusent de pardonner aux hommes qui sont leurs égaux et dont les offenses sont très-légères en comparaison des péchés commis contre Dieu;
3. la terrible et juste punition de tous ceux qui ne pardonneront pas de bon coeur et à tout le monde, les offenses qu'ils pourraient avoir reçues.

CHAPITRE 19

Les pharisiens
1. demandent à Notre-Seigneur s'il était permis aux maris de répudier leurs femmes, comme cela se faisait parmi les Juifs. Il leur répond que ces divorces étaient contraires à la première institution du mariage et qu'il ne devaient plus avoir lieu.
2. Jésus-Christ bénit des petits enfans qu'on lui présente.
3. Un jeune homme riche lui demande ce qu'il fallait faire pour être sauvé, et Notre-Seigneur, voulant l'éprouver et voir s'il serait disposé à le suivre, lui dit de vendre tous ses biens. Cette réponse ayant rebuté ce jeune homme, Jésus-Christ déclara que l'attachement aux richesses empêcherait le salut de bien des gens; et il promet aux apôtres, qui avaient tout quitté pour le suivre, de les faire asseoir sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël; ce qui signifie qu'ils seraient élevés à une grande gloire lorsque son règne s'établirait, et qu'ils tiendraient un rang très-considérable dans l'Église. il promet aussi de récompenser ceux qui auraient tout abandonné pour l'Évangile.

  I. 1-12;
 II. 13-15;
III. 16-30.

RÉFLEXIONS

1. Ce que Jésus-Christ dit ici au sujet des divorces qui étaient en usage parmi les Juifs, nous enseigne en général que bien des choses qui avaient été tolérées jusqu'alors, à cause de l'état de ce peuple et de leur humeur grossière et charnelle, ne doivent plus l'être parmi les chrétiens, parce qu'ils sont plus éclairés et que Dieu les appelle à une plus grande sainteté.
2. Nous apprenons ici que par l'institution divine, les lois du mariage unissent inséparablement et lient également l'homme et la femme, que ces lois doivent être gardées inviolablement, et qu'il n'y a que l'adultère qui puisse autoriser le divorce et donner la liberté de se remarier. Jésus-Christ dit de plus, que l'Évangile appelle les hommes à une grande chasteté, et que même il y aurait des chrétiens qui renonceraient absolument au mariage, pour mieux servir Dieu et pour travailler, avec plus de liberté à l'avancement de l'Évangile.
3. La bénédiction que Notre-Seigneur donna aux petits enfans qui lui furent présentés, nous fait voir que les enfans lui sont chers et qu'il est disposé à les recevoir et à les bénir; d'où l'on doit conclure que c'est une chose tout-à-fait conforme à ses intentions de les lui consacrer par la prière et par le baptême. Il a aussi voulu nous apprendre par là que, pour entrer dans le royaume de Dieu, nous devons ressembler aux petits enfans, en simplicité, en douceur et en innocence.
4. L'entretien que Notre-Seigneur eut avec ce jeune homme riche dont il est parlé dans ce chapitre, nous apprend que, pour entrer dans la vie éternelle, il faut garder les commandemens de Dieu, et être outre cela disposé à quitter tout ce que l'on possède en ce monde, lorsqu'on ne pourrait conserver ses biens sans manquer à ce qu'on doit à Jésus-Christ. La tristesse que ce jeune homme fit paraître à l'ouïe de ce que le Seigneur lui dit, marque que les richesses attachent ordinairement le coeur au monde; c'est pourquoi Jésus-Christ déclara qu'il était bien difficile que les riches voulussent se résoudre à renoncer à leurs biens pour entrer dans l'Église.

Cependant il dit que ce renoncement aux biens du monde n'est point une chose impossible, mais qu'il est au contraire possible, et même facile et agréable, avec les lumières de la foi et le secours de l'Esprit de Dieu. Si tous les chrétiens ne sont pas appelés à abandonner leurs biens, comme les apôtres le furent autrefois, ils doivent prendre garde que ces biens ne soient un obstacle à leur salut, éviter d'y mettre leur coeur, les posséder sans en abuser, et s'en servir à des usages de piété et de charité. C'est le moyen de se procurer un trésor dans le ciel et d'avoir part aux bénédictions par lesquelles Jésus-Christ promet de récompenser, en ce monde et en l'autre, ceux qui auront accompli tous ces devoirs.

CHAPITRE 20

Jésus-Christ
1. propose la parabole des ouvriers qui, étant allés travailler à la vigne à diverses heures du jour, reçurent tous le même salaire.
2. Il prédit sa mort et sa résurrection.
3. Il répond à la mère de saint Jacques et de saint Jean, qui lé priait que ses fils puissent tenir le premier rang dans son royaume.
4. Il rend la vue à deux aveugles.

  I. 1-16;
 II. 17-19;
III. 20-28;
IV. 29-34.

RÉFLEXIONS

1. Le but de Jésus-Christ, dans la parabole des ouvriers, était d'apprendre à ses disciples que les glorieuses promesses qu'il venait de faire à ceux qui quitteraient tout pour l'Évangile ne regardaient pas ses disciples seuls, mais que ceux qui seraient appelés après eux, même d'entre les payens, auraient part aux mêmes récompenses que ceux qui auraient été appelés les premiers; et que bien loin d'en avoir jalousie, ils doivent s'en réjouir. Il ne faut pas au reste abuser de cette parabole, ni en conclure qu'il soit assez tôt de se convertir à la fin de sa vie. Il faut considérer sur cela que tous ces ouvriers qui allèrent à la vigne à diverses heures du jour y allèrent dès que le maître de la vigne les y envoya; que ceux qui n'y allèrent qu'à la fin du jour n'y étaient pas allés plus tôt parce que le maître de la vigne ne les y avait pas envoyés, et que ce fut à cause de cela qu'ils reçurent le même salaire que les autres.

De là il paraît que ceux qui obéissent à leur vocation, en quelque temps que Dieu les appelle, obtiendront le salut. Mais cela ne regarde en aucune façon ceux qui, étant appelés depuis Iong-temps et même dès le commencement de leur vie, refusent de suivre leur vocation; au contraire cette parabole prouve qu'ils n'ont point d'excuse, et que nous sommes indispensablement obligés de travailler chacun de nous, avec fidélité et avec persévérance, et aussitôt que Dieu nous y appelle, à faire sa volonté.
2. Il faut remarquer dans ce chapitre que Notre-Seigneur voulut avertir ses disciples de sa mort qui devait arriver dans peu, afin qu'ils n'en fussent pas surpris.
3. L'on doit considérer ce qu'il répondit à la mère de saint Jacques et de saint Jean. Cette femme croyant avec les Juifs que le Messie régnerait sur la terre comme les rois du monde, espérait que ses deux fils tiendraient le premier rang dans son royaume, parce qu'ils étaient les parens de Notre-Seigneur et qu'il les avait même distingués des autres apôtres en diverses occasions. Jésus-Christ condamna cette demande, qui marquait que cette femme ne connaissait pas la nature de son règne, et qui était d'ailleurs capable de causer de la jalousie et de la division entre les apôtres. Il leur dit qu'au lieu de penser à tenir un rang distingué comme les grands du monde, ils devaient plutôt s'humilier et s'abaisser, et même se préparer à boire la même coupe que lui et à être baptisés de son baptême, c'est-à-dire à souffrir comme lui. Et pour leur inspirer ces sentimens, il leur allègue son exemple, disant qu'il était venu au monde pour y paraître comme un serviteur et y souffrir la mort.

Ceci nous avertit d'ôter de notre coeur l'ambition et l'orgueil, de ne point chercher à nous élever les uns au-dessus des autres, mais de vivre dans l'humilité et de porter notre croix, suivant en cela l'exemple que le Fils de Dieu nous a laissé. On voit sur la fin de ce chapitre, que Jésus-Christ donna en ce temps-là des marques de sa puissance, aussi bien que de la compassion dont il était animé envers les affligés, en rendant la vue à deux aveugles.

CHAPITRE 21:1-22

Notre-Seigneur
1. fait son entrée royale à Jérusalem.
2. Il chasse du temple ceux qui le profanaient.
3. Il répond aux pharisiens qui trouvaient mauvais que le peuple lui fit des acclamations.
4. Il fait sécher un figuier.

  I. 1-11;
 II. 12-13;
III. 14-17;
IV. 18-22.

RÉFLEXIONS

Pour comprendre la raison et le but de l'entrée royale de Jésus-Christ à Jérusalem, il faut savoir qu'il avait évité jusqu'alors de paraître avec éclat et d'être reconnu publiquement pour le Messie. Mais il voulut, six jours avant sa mort, montrer qu'il était le Messie promis par les prophètes, être reconnu eu cette qualité par le peuple qui l'accompagnait, et entrer dans le temple au milieu des acclamations d'une grande multitude de personnes. Cependant il le fit d'une manière qui ne ressentait point la pompe des rois de la terre, mais qui marquait beaucoup d'humilité et de douceur, et qui était conforme à ce que Zacharie avait prédit: que le Messie viendrait doux et humble, monté sur un âne; ce qui tendait à faire voir qu'il était ce grand roi que Dieu avait promis à son peuple, mais que son règne n'était pas de ce monde. Nous devons reconnaître ici la gloire de notre Rédempteur et en même temps sa grande bonté; et les acclamations de la multitude, qui entra avec lui à Jérusalem, doivent nous inciter, nous qui le connaissons beaucoup mieux que ce peuple ne le connaissait, à lui rendre nos hommages et à nous réjouir de sa venue, en disant: Béni soit celui qui est venu au nom du Seigneur.

L'action de Jésus-Christ, qui chassa ceux qui achetaient et qui vendaient aux environs du temple les choses nécessaires pour les sacrifices, était un effet de son grand zèle; et il voulut donner dans cette occasion, dans le temple même, des marques de son autorité céleste et divine. D'ici nous devons apprendre à ne pas profaner les lieux où Dieu est servi, soit en y paraissant avec irrévérence, soit en y rendant à Dieu un culte hypocrite. Pour ce qui est du miracle du figuier séché, Notre-Seigneur le fit pour affermir la foi de ses disciples dans le temps qu'il allait souffrir la mort, et pour les instruire de la vertu et de l'efficace de la foi et de la prière.

CHAPITRE 21:23-46

Jésus-Christ
1. répond à ceux qui lui demandaient raison de son autorité.
2. Il leur propose la parabole des deux fils qui avaient été envoyés à la vigne par leur père.
3. Celle des vignerons qui, après avoir tué les serviteurs de leur maître, tuèrent son propre fils.

  I. 23-27;
 II 28-32;
III. 33-46.

RÉFLEXIONS

Il faut remarquer, sur ce chapitre, que lorsque les pharisiens demandèrent à Jésus-Christ d'où il avait son autorité, il ne voulut pas leur répondre directement, mais qu'il se contenta de leur fermer la bouche en leur demandant ce qu'ils croyaient du baptême de Jean-Baptiste. Par là, il voulait convaincre d'une ignorance volontaire et malicieuse, et leur faire sentir qu'ils pouvaient facilement reconnaître que son autorité aussi bien que celle de Jean-Baptiste, son précurseur, venait du ciel.

Les chrétiens, à qui cette autorité est parfaitement connue, et qui savent que la doctrine de Jésus-Christ, de même que celle de Jean-Baptiste, est divine, doivent s'y soumettre, s'ils ne veulent pas tomber dans une incrédulité encore plus condamnable que celle des pharisiens.

La parabole des deux fils signifie que les personnes qu 'on regardait comme les plus corrompues avaient cru à la prédication de Jean-Baptiste, plutôt que les pharisiens et les principaux des Juifs qui devaient être les premiers à le recevoir, puisqu'ils faisaient profession d'être plus éclairés et plus saints que les autres. Nous avons dans cette parabole une image des pécheurs qui, touchés de repentance, rentrent dans leur devoir, et des mauvais chrétiens qui, s'étant engagés à servir Dieu et à lui obéir, violent leurs promesses et ne répondent pas à leur vocation.

La similitude des vignerons marquait trois choses:
1. Les grâces que Dieu avait faites de tout temps aux Juifs, en les choisissant pour son peuple et en leur envoyant à diverses fois ses serviteurs, et enfin son propre Fils;
2. l'ingratitude et la méchanceté des Juifs qui, au lieu de répondre à ces grâces, avaient rejeté et même persécuté les prophètes, et qui enfin crucifièrent Notre-Seigneur;
3. que Dieu punirait les Juifs en les détruisant, en leur ôtant son alliance, et en appelant les payens à leur place; et que Jésus-Christ, après avoir été rejeté par les chefs du peuple juif, serait élevé à une gloire suprême, comme cela avait été prédit par l'oracle du psaume CXVIII. Ce que cette parabole marquait est exactement arrivé, les Juifs ayant été détruits et rejetés, l'Évangile ayant été annoncé aux payens, et le règne de Dieu s'étant établi par tout le monde. C'est ainsi que Dieu prive de sa grâce et de son alliance ceux qui n'en profitent pas et qui ne rapportent pas les fruits qu'il attend d'eux.

CHAPITRE 22:1-22

Jésus-Christ
1. continue les discours du chapitre précédent, et il propose une nouvelle parabole, savoir celle des noces.
2. Il répond aux pharisiens qui lui demandèrent s'il était permis de payer le tribut à l'empereur.

 I. 1-14;
II. 15-22.

RÉFLEXIONS

Le sens de la parabole des noces est que les Juifs avaient été appelés les premiers au salut par Jésus-Christ, mais qu'ils le rejetteraient et qu'ils le feraient mourir, et qu'à cause de cela ils seraient détruits; qu'ensuite Dieu ferait présenter sa grâce aux payens, que les payens la recevraient et seraient admis dans son alliance, mais qu'il y aurait cependant des hypocrites parmi ceux qui entreraient dans l'Église, et que ces hypocrites recevraient aussi la juste peine qu'ils méritaient Tout ce que Jésus-Christ avait prédit par cette similitude a été accompli, la vengeance de Dieu étant tombée sur les Juifs incrédules, et les payens ayant été appelés et reçus dans l'Église.

Ce sont là des preuves incontestables de la divinité de l'Évangile et de la certitude des menaces qui y sont contenues.

Cela nous apprend aussi que Dieu fait une très-grande grâce aux hommes lorsqu'il les appelle au salut, et que ceux qui ne profitent pas des invitations que Dieu a la bonté de leur adresser, doivent s'attendre à sa plus sévère vengeance. Nous devons surtout considérer ce qui est dit de cet homme qui se mit à table sans avoir un habit nuptial et qui fut chassé de la salle du festin. Ce ne sont pas seulement ceux qui rejettent ouvertement l'Évangile que Dieu punira; les hypocrites qui, se disant chrétiens et vivant dans la communion extérieure de l'Église n'ont pas une foi et une piété sincères, n'éviteront pas la peine due à leur témérité.

Ceux qui demandèrent à Notre-Seigneur s'il était permis de payer le tribut à l'empereur, se proposaient de le rendre odieux au peuple s'il disait qu'on devait le payer, ou de l'accuser auprès de Pilate s'il répondait qu'il ne fallait pas le payer. La réponse que Jésus-Christ fit à cette question captieuse marque sa profonde sagesse, et elle nous enseigne que le devoir envers les rois et les princes, et le devoir envers Dieu, sont tous deux indispensables, et que ces deux devoirs ne sont point opposés l'un à l'autre, mais qu'au contraire ils s'accordent parfaitement. Ainsi nous devons les observer religieusement, nous soumettant aux puissances supérieures, et leur rendant ce qui leur est dû, en telle sorte pourtant que nous nous souvenions que les devoirs envers Dieu tiennent le premier rang, et que ce sont ceux dont il faut toujours s'acquitter premièrement et principalement.

CHAPITRE 22:23-46

Les sadducéens qui niaient la résurrection des morts,
1. proposent à Jésus-Christ le cas d'une femme qui avait eu sept maris, et lui demandent pour l'embarrasser duquel des sept elle serait femme après la résurrection; le Seigneur leur répond, en leur disant que le mariage n'aurait plus lieu dans la vie à venir, et en prouvant par l'Écriture que les morts ressusciteront.
2. Il répond à une question qu'un docteur lui fit sur le plus grand commandement de la loi.
3. Il demande aux pharisiens comment le Messie pouvait être tout ensemble le Fils et le Seigneur de David, à quoi ils ne purent répondre, et ce qu'il ne trouva pas à propos de leur expliquer.

  I. 23-33;
 II. 34-40;
III. 41-46.

RÉFLEXIONS

1. On doit remarquer, dans l'entretien que Jésus-Christ eut avec les sadducéens sur la résurrection, sa sagesse toute divine, et en même temps la force et l'évidence avec laquelle il les confondit et prouva la résurrection des morts.

Cet endroit de l'Évangile nous enseigne clairement deux choses.
1. L'une, qu'il est très-certain que les morts ressusciteront, et que ceux qui ont été agréables à Dieu pendant leur vie, comme les patriarches, ne sont pas anéantis par la mort; c'est là une doctrine qui est l'appui de notre foi et de toutes nos espérances.
2. L'autre chose, que le Sauveur du monde nous enseigne, regarde l'état des fidèles glorifiés. Il nous dit que les liens de la chair et du sang ne subsisteront plus dans la vie à venir, et que les bienheureux ne seront plus sujets aux nécessités du corps et de cette vie, mais qu'ils seront comme les anges de Dieu.

Cette considération doit nous engager à devenir dès-à-présent des hommes spirituels et à vivre dans une grande pureté, cela étant nécessaire pour parvenir à une heureuse résurrection.
2. Jésus-Christ nous propose ici une autre doctrine fort importante, c'est que le plus grand commandement de la loi est d'aimer Dieu de tout notre coeur, et notre prochain comme nous-mêmes. Puisque c'est là l'abrégé de toute la religion, notre grand soin doit être d'établir dans notre coeur ce vrai amour de Dieu et de tous les hommes.
3. Pour ce qui est de la question que Jésus-Christ fit aux pharisiens, comment le Messie pouvait être tout-à-la-fois le Fils et le Seigneur de David, il faut remarquer qu'il la leur proposa pour leur faire sentir leur ignorance, surtout en ce qui regardait la personne du Messie, et la nature de son règne; mais qu'il ne voulut pas leur expliquer cette question, parce qu'ils n'auraient pas compris ni cru ce qu'il leur aurait dit, et parce qu'aussi il n'était pas à propos qu'il parlât alors ouvertement de la gloire et de la dignité de sa personne.

Mais cette question est tout-à-fait claire pour les chrétiens, qui savent que Jésus-Christ en tant qu'homme est fils de David, puisqu'il est né de la postérité de ce roi, mais qu'en tant que Fils de Dieu, il est le Seigneur de David et de tous les hommes, Dieu l'ayant fait asseoir à sa droite, comme le Roi du monde et de l'Église, qui a une souveraine autorité sur toutes choses, et à qui aussi nous devons faire gloire d'obéir et d'être soumis.

CHAPITRE 23

Notre-Seigneur
parle contre les pharisiens et les docteurs de la loi (vers. 1-4).
Il reconnaît ce qu'il y avait de bon et de légitime dans leur doctrine et dans leur ministère, mais il les accuse d'être des hypocrites qui affectaient une grande apparence de sainteté (vers. 5-13).
Il dit qu'ils étaient remplis d'orgueil et que c'était eux qui rejetaient l'Évangile et qui empêchaient les autres de le recevoir (vers. 14-22).
Il les représente comme des avares et des impies qui faisaient servir la religion et la prière à leur intérêt; il remarque que leur doctrine sur les sermens était une preuve de leur impiété et de leur détestable avarice, en tant qu'ils enseignaient que les sermens, faits par l'or et par les dons que l'on offrait dans le temple et sur l'autel, liaient la conscience, plus que ceux que l'on aurait fait par l'autel on par le temple même. il ajoute qu'outre les dîmes prescrites par la loi, ils donnaient la dîme des herbes et de tout ce qui leur croissait, ce que Dieu n'avait pas commandé, et que cependant ils négligeaient les devoirs qui étaient de plus grande importance (vers. 25-32).
Il dit encore qu'ils paraissaient purs au-dehors, mais que leur coeur était très-corrompu, et qu'ils ornaient les tombeaux des prophètes pendant qu'ils faisaient mourir les serviteurs de Dieu (vers. 33-39).
Enfin, il déclare qu'ils attiraient sur eux et sur toute la nation les plus terribles jugemens de Dieu, et il déplore d'une manière fort tendre la destruction de Jérusalem qui devait arriver dans peu d'années.

RÉFLEXIONS

Il faut faire ces deux considérations générales sur ce chapitre:
1. la première, que Notre-Seigneur, étant sur le point de mourir, reprocha avec une sainte liberté et avec une autorité toute divine, aux scribes et aux pharisiens, leur hypocrisie, parce qu'il importait qu'il les fit connaître au peuple pour ce qu'ils étaient;
2. les malédictions redoublées que Jésus-Christ prononce, dans tout ce discours, contre les hypocrites doivent nous faire regarder l'hypocrisie comme un péché qui est très-odieux, surtout en ceux qui l'ont profession d'avoir de la piété et du zèle.

Les réflexions particulières que ce chapitre nous présente, sont:
1. que quand les ministres de la religion enseignent une doctrine pure et qu'ils vivent mal, il ne faut pas les imiter dans leurs actions, mais qu'on doit pourtant toujours les écouter et leur obéir quand ils disent la vérité;
2. que tous les disciples de Jésus-Christ, et particulièrement ceux qui ont charge dans l'Église, doivent être entièrement éloignés de l'hypocrisie, de l'ambition, de l'avarice, s'ils ne veulent pas ressembler aux pharisiens que Jésus-Christ maudit;
3. que leur devoir est d'entrer eux-mêmes les premiers dans le chemin du ciel et d'y faire ensuite entrer les autres, en contribuant de tout leur pouvoir à la conversion des pécheurs et à l'édification de tout le monde.
4. La censure que Notre-Seigneur fait de la doctrine des pharisiens sur l'article des sermens, montre que le serment se rapportant toujours à Dieu lui-même, on doit l'avoir en grande révérence, et que le parjure et la violation des voeux est un grand crime.
5. Nous voyons ici que l'une des marques auxquelles on reconnaît les hypocrites, c'est qu'ils affectent une sainteté extérieure et qu'ils sont exacts et scrupuleux dans les choses de peu de conséquence, mais qu'ils négligent ce qu'il y a de plus essentiel dans la religion, savoir, la miséricorde, la foi, l'obéissance à ce que Dieu commande. Ainsi nous devons nous attacher surtout à l'observation de ces devoirs les plus essentiels, purifier notre coeur et y établir la foi et une vraie crainte de Dieu. Cependant, quoique les devoirs extérieurs ne soient pas les plus nécessaires, on ne doit pas les négliger ni les mépriser. Jésus-Christ marque cela en disant: Il fallait faire ces choses-ci et ne pas négliger celles-là.

Les menaces que Notre-Seigneur fait contre les Juifs qui, après avoir fait mourir les prophètes, le feraient mourir lui-même, montrent que Dieu les détruit avec justice, et que l'ingratitude de ceux qui rejettent la parole de Dieu et ses serviteurs ne demeure pas impunie. La tendresse avec laquelle Jésus-Christ déplore la ruine des Juifs, qui avaient si mal répondu à la bonne volonté dont il était animé en leur faveur, prouve bien clairement que Dieu ne cherche que le salut des hommes, et qu'ils ne périssent que par le refus volontaire et obstiné qu'ils font des offres de sa grâce.

CHAPITRE 24

Notre-Seigneur
prédit la ruine du temple de Jérusalem (vers. 1-3),
et il parle des signés qui précéderaient cette ruine, et la fin du monde (vers. 4-8).
Il dit qu'il s'élèverait de faux prophètes et de faux messies, qu'il y aurait clés guerres, des famines, et toutes sortes de calamités (vers. 9-14);
que ses disciples seraient persécutés, et que l'Évangile serait prêché en divers lieux du monde (vers. 15-28).
Il dit de plus, que quand l'abomination qui doit causer la désolation entrerait dans le lieu saint, c'est-à-dire quand les idolâtres entreraient dans la Judée et assiégeraient Jérusalem et le temple, ce serait une marque que sa ruine allait arriver, et qu'alors il faudrait s'en retirer et prendre la fuite (vers. 29).
Il ajoute que le soleil et les astres seraient obscurcis; ce sont des expressions figurées tirées des prophètes, et elles signifient qu'il arriverait de grands changemens dans le monde et dans l'état des Juifs, et que l'on verrait des signes de la colère de Dieu qui rempliraient les hommes d'effroi (vers. 30-31).
Il dit encore que le signe du Fils de l'Homme paraîtrait; ce qui signifie que Jésus-Christ ferait voir d'une manière illustre et éclatante, en détruisant les Juifs et en établissant son règne, qu'il était le Fils de Dieu (vers. 32-41).
Il déclare que tout cela arriverait avant que la génération d'alors fût passée, que le temps précis de sa venue ne serait connu de personne, et que cette venue surprendrait tout le monde, comme le déluge surprit les hommes du temps de Noé (vers. 32-51).
Enfin, il exhorte ses disciples à veiller et à se tenir prêts, de peur qu'ils ne fussent surpris lorsqu'il viendrait.

RÉFLEXIONS

Il faut considérer premièrement, que tout ce que Jésus-Christ prédit ici touchant la ruine de Jérusalem arriva peu après son ascension. Il s'éleva plusieurs faux messies et plusieurs imposteurs qui, sous prétexte de zèle et de religion, séduisirent les Juifs et excitèrent des séditions dans toute la Judée. Il y eut des guerres dans lesquelles il périt une infinité de Juifs; la famine et la peste firent de grands ravages parmi eux; les apôtres et les chrétiens furent persécutés; l'Évangile fut prêché et s'établit en divers lieux; les Romains entrèrent dans la Judée, ils assiégèrent Jérusalem et la détruisirent avec son temple; et les chrétiens, qui profitèrent des avertissemens de Jésus-Christ et qui se retirèrent de cette ville-là, furent garantis, pendant que les Juifs périrent misérablement.

Tout cela arriva, comme Jésus-Christ l'avait déclaré en termes formels, avant que la génération d'alors fût passée, environ quarante ans après sa mort; ce qui prouve avec la dernière évidence la vérité et la divinité de ces prédictions, qui étaient déjà répandues dans le monde long-temps avant la destruction de Jérusalem. On voit dans cette ruine un exemple remarquable des jugemens de Dieu sur les incrédules, et de sa protection sur les fidèles. Enfin, l'exact accomplissement de ce que Notre-Seigneur avait dit de la destruction des Juifs et nous convaincre que ce qu'il a dit si expressément de la fin du monde et de la punition des méchans s'accomplira de même. Le temps de cette seconde venue du Fils de Dieu nous est caché aussi bien que celui de notre mort; ainsi nous devons nous y préparer continuellement, de peur que ce jour redoutable ne nous surprenne, comme le déluge surprit les hommes du temps de Noé, et comme les Juifs furent surpris par leur ruine. Jésus-Christ nous montre lui-même que c'est là l'usage que nous devons faire de tout ce discours, par la similitude du bon et du mauvais serviteur, et par cette exhortation qui marque le but de cette similitude, et de tout ce qui est contenu dans ce chapitre: Veillez, car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur viendra.

CHAPITRE 25

Notre-Seigneur, après avoir parlé dans le chapitre précédent de sa venue et avoir exhorté ses disciples à la vigilance, continue son discours, et il montre,
1. par la parabole des dix vierges, et
2. par celle des talens, la nécessité de veiller et de se préparer pour cette venue.
Il parle ensuite du jugement dernier.

  I. 1-13;
 II. 14-30;
III. 31-46.

RÉFLEXIONS

La parabole des vierges est prise de ce qui se pratiquait parmi les Juifs, dans les noces, où les filles avaient accoutumé d'aller au-devant de l'épouse avec des lampes allumées. Par cette parabole Jésus-Christ voulait apprendre à ses disciples qu'ils devaient attendre continuellement sa venue et s'y préparer. Les vierges sages représentent les vrais fidèles, qui vivent dans la foi, dans la vigilance et dans la pratique de leurs devoirs, en attendant que le Seigneur vienne, et les vierges folles sont l'image des faux chrétiens qui négligent ces devoirs.

La venue de l'époux qui vient à minuit et l'état où les vierges sages et les vierges folles se trouvèrent alors, signifie que Jésus-Christ viendra pour juger les hommes, lorsqu'ils ne s'y attendront pas; qu'alors ceux qui se seront tenus prêts seront remplis d'une sainte assurance et entreront avec lui dans sa gloire, pendant que ceux qui auront négligé de se préparer n'auront pour leur partage que la misère et le désespoir, et feront d'inutiles efforts pour être admis à la félicité des justes.

La parabole des talens marque ces trois choses:
1. que Dieu appelle les hommes à le servir, et qu'il leur accorde sa grâce et ses dons dans une mesure différente, afin qu'ils les emploient, chacun selon leur vocation, pour la gloire et pour le salut des autres;
2. que les uns, comme de fidèles serviteurs, font un bon usage de ses grâces, et que les autres les rendent inutiles par leur négligence;
3. que Dieu fera rendre compte aux uns et aux autres de leur conduite; qu'il louera et récompensera la fidélité de ceux qui se seront servis de ses dons pour avancer sa gloire, et que ceux qui en auront abusé seront punis de leur infidélité. Notre-Seigneur dit expressément que ces derniers n'auront aucune excuse, puisque Dieu n'est pas un maître rude et injuste qui veuille moissonner ou il n'a pas semé, c'est-à-dire qui exige des hommes ce qu'ils ne sauraient faire. Par l'une et l'autre de ces similitudes, Jésus-Christ nous enseigne de quelle manière il jugera ceux à qui il a donné sa connaissance, et il nous avertit de nous tenir constamment attachés à notre devoir et de le servir fidèlement chacun dans notre vocation.

Il y a quatre choses principales à remarquer dans la description du jugement dernier:
1. que Jésus-Christ descendra du ciel avec gloire, et que ce sera lui qui jugera le monde;
2. que tous les hommes sans exception paraîtront devant lui et qu'ils seront tous jugés;
3. qu'il les jugera par leurs oeuvres, et qu'il aura principalement égard aux oeuvres de charité et au bien que l'on aura fait à ses membres, parce que ses oeuvres-là sont des preuves et des effets de la foi et de l'amour qu'on a pour lui;
4. qu'il séparera les bons d'avec les méchans en recevant les bons dans le royaume des cieux, et en envoyant les méchans aux peines éternelles.

Puisque Jésus-Christ nous a expressément avertis de toutes ces choses, et que nous savons qu'il nous faudra paraître devant son tribunal pour recevoir selon le bien et le mal que nous aurons fait, notre plus grande attention doit être de nous conduire avec piété et avec crainte, pendant tout le temps de notre séjour en ce monde, de nous attacher à la pratique des bonnes oeuvres, et surtout des oeuvres de charité et de miséricorde, afin qu'au jour de la glorieuse et dernière apparition du Fils de Dieu, nous puissions paraître devant lui avec confiance et avec joie, et être du nombre de ceux auxquels il dira: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, possédez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde.

CHAPITRE 26:1-35

C'est ici que commence l'histoire de la passion de Notre-Seigneur.
1. Les sacrificateurs prennent la résolution de faire mourir Jésus-Christ.
2. Une femme l'oint avec une huile précieuse.
3. Judas traite avec les sacrificateurs pour leur livrer son maître.
4. Jésus-Christ célèbre la Pâque, et pendant le repas il parle de la trahison de Judas, il institue la sainte Cène, et il prédit que saint Pierre le renierait.

  I. 1-5;
 II. 6-13;
III. 14-16;
IV. 17-35.

RÉFLEXIONS

1. La première réflexion que l'on doit faire ici regarde le temps de la passion de Notre-Seigneur. Sachant qu'il devait être crucifié à la fête de Pâques, il se rendit à Jérusalem dans ce temps-là; et quoique les sacrificateurs n'eussent pas intention de le faire mourir durant cette fête, Dieu voulut qu'il mourût alors, parce que c'était le temps auquel on immolait l'agneau de Pâque, qui représentait le sacrifice de Jésus-Christ, et afin que les Juifs qui se rendaient de toutes parts pour la Pâque fussent les témoins de sa mort.
2. L'exemple de cette femme qui oignit Jésus-Christ avec un parfum précieux, doit nous inciter à honorer Notre-Seigneur par tous les moyens qui sont en notre puissance. Et ce que le Seigneur dit pour défendre l'action de cette femme, nous apprend qu'il reçoit avec bonté tout ce que nous faisons pour lui marquer notre amour et notre respect, qu'il faut juger charitablement des actions des autres, surtout lorsqu'elles partent d'un bon principe, et que nous ne devons jamais négliger d'assister les nécessiteux.
3. La convention de Judas avec les sacrificateurs nous fait voir dans quels crimes et dans quel endurcissement l'avarice peut jeter les hommes, et avec quel soin il faut prendre garde que cette passion ne se glisse et ne s'enracine dans notre coeur.
4. Jésus-Christ prédit la trahison de Judas, afin de lui faire comprendre que son dessein lui était connu, et afin que les apôtres vissent qu'il ne devait rien arriver à leur maître qu'il n'eut prévu, et à quoi Il n'eut voulu s'exposer.
5. Ce qui mérite surtout notre attention dans ce chapitre, c'est que Jésus-Christ, étant sur le point d'être crucifié, institua la sainte Cène pour être jusqu'à la fin du monde un mémorial de ses souffrances et de sa mort. Cela nous oblige à avoir cet auguste sacrement en grande révérence, et à le célébrer d'une manière conforme aux intentions de notre bienheureux Rédempteur. Enfin la prédiction que Jésus-Christ fit du reniement de saint Pierre prouve que Notre-Seigneur connaît les coeurs et l'avenir; et ce qu'il dit à cet apôtre, qui lui répondait avec tant d'assurance, nous apprend à ne présumer jamais de nos forces, à nous défier de nous-mêmes, et à nous tenir sans cesse en garde contre la tentation.

CHAPITRE 26:36-75

On voit ici:
1. Ce que Jésus souffrit dans le jardin;
2. comment il fut pris par Judas;
3. ce qui se passa lorsqu'il partit devant le conseil et qu'il y fut condamné;
4. la chute et la repentance de saint Pierre.

  I. 36-46;
 II. 47-56;
III. 57-68;
IV. 69-75.

RÉFLEXIONS

On doit faire une grande attention à ce que Jésus-Christ souffrit dans le jardin. Dieu voulut qu'il ressentît cette tristesse et ses frayeurs, afin que l'on vît qu'il mourrait pour les péchés des hommes et qu'il était sujet à toutes les infirmités innocentes de la nature humaine. Et nous devons juger, par l'état où Notre-Seigneur fut alors réduit, quelle est l'horreur du péché, et combien les peines que les méchans souffriront un jour seront terribles. Ces prières si humbles et si ferventes, que Jésus-Christ adressait à Dieu dans son agonie, nous enseignent à prier avec persévérance et avec humilité, lorsque nous sommes dans la souffrance. Nous avons, dans la résignation de Notre-Seigneur à la volonté de son Père, une preuve de sa parfaite obéissance aussi bien que de son grand amour envers nous, et un modèle de patience, que nous devons imiter en quelque état qu'il plaise à Dieu de nous mettre.

L'avertissement que Jésus-Christ donna aux apôtres de veiller et de prier, de peur qu'ils ne succombassent à la grande tentation où ils allaient être exposés, est un conseil salutaire qui nous apprend que la vigilance et la prière sont les principaux moyens de résister aux tentations, et qu'on y succombe dès qu'on néglige ces moyens-là. Dans la manière dont Jésus fut pris par Judas, on voit d'un côté la perfidie de ce malheureux disciple, et de l'autre que Notre-Seigneur s'exposait volontairement à la mort. L'action de saint Pierre, qui frappa avec l'épée un de ceux qui venaient prendre Jésus, était l'effet d'un zèle inconsidéré, et la censure que le Seigneur fit à cet apôtre nous montre qu'il n'est jamais permis de se venger ni d'en venir à la violence, en quelque occasion ni pour quelque sujet que ce puisse être.

Ce qu'il y a à remarquer sur la comparution de Jésus-Christ devant le conseil des Juifs, c'est:
1. que quelque effort que les Juifs fissent, pour trouver des faux témoins et un prétexte pour le condamner, il ne put être convaincu d'aucun crime, et qu'il ne fut condamné que parce qu'il avoua qu'il était le Fils de Dieu, en quoi l'on découvre la haine et l'injustice des Juifs, et la parfaite innocence de notre Sauveur.
2. La grande patience avec laquelle il souffrit tous les outrages qu'on lui fit, doit nous rappeler ce que saint Pierre (chap. II. 21) dit à ce sujet: que Christ a souffert Pour nous, nous laissant un mode, afin que nous suivions ses traces.
3. Ce que Notre-Seigneur dit aux Juifs qu'ils le verraient venant dans les nuées du ciel, mérite une attention particulière. Jésus-Christ parlait comme roi et comme Fils de Dieu dans le temps qu'on le condamnait; et l'établissement de son règne, de même que la ruine des Juifs, firent voir bientôt après la vérité de ce qu'il avait dit dans cette occasion.
4. La chute de saint Pierre qui, après avoir été averti par Notre-Seigneur et avoir protesté qu'il ne le renierait jamais, le renia jusqu'à trois fois, est un grand exemple de l'inconstance et de l'infirmité humaine. Ceux-là même qui ont de bonnes intentions peuvent faire de grandes chutes, quand ils ne se précautionnent pas contre la tentation; et pour s'en garantir, il importe de se défier de soi-même, de prier sans cesse et d'éviter les lieux et les occasions qui peuvent entraîner dans le péché.
5. Enfin il faut considérer que si le péché de saint Pierre fut grand, sa repentance fut prompte, et qu'il pleura amèrement sa faute. C'est ainsi que nous devons nous relever promptement de nos chutes et les réparer par les larmes d'une sincère pénitence et par un vrai amendement.

CHAPITRE 27:1-26

1. Judas, voyant que Jésus était condamné, reconnaît son crime et se donne la mort.
2. Jésus paraît devant Pilate, gouverneur de Jérusalem, qui, après avoir fait divers efforts pour le délivrer et pour apaiser les Juifs, prononce la sentence de sa condamnation.

RÉFLEXIONS

Les remords que Judas ressentit lorsqu'il vit qu'on allait faire mourir Jésus, l'aveu qu'il fit de son crime et sa fin tragique, font voir que Jésus était innocent et qu'il avait été condamné injustement. On voit aussi en cela l'état d'une conscience criminelle et l'horreur des remords et du désespoir dont les méchans sont agités, lorsqu'elle se réveille et que la vengeance divine les poursuit.

L'usage que les Juifs firent de l'argent que Judas leur rendit servit à perpétuer la mémoire de cet événement; c'était une preuve de l'injustice qu'ils avaient commise, et l'on y remarque l'accomplissement de l'oracle de Zacharie.

Sur ce qui se passa devant Pilate, il faut observer que Jésus-Christ avoua en sa présence, comme il l'avait avoué devant le Conseil, qu'il était le Messie. À l'exemple de Notre-Seigneur, nous devons confesser la vérité, même au péril de notre vie, toutes les fois que nous y sommes appelés.

On voit de plus, dans cette histoire, la fureur des Juifs que rien ne put adoucir et qui préférèrent à Jésus-Christ un meurtrier et un séditieux.

On y découvre l'innocence de Jésus qui fut reconnue par Pilate; mais on y remarque surtout l'iniquité de ce juge qui, après avoir longtemps résisté, consentit à sa mort, nonobstant les avertissemens que sa femme lui fit donner, et quoiqu'il fût persuadé qu'il condamnait un innocent. Nous avons en Pilate une image de ceux qui pèchent contre leurs lumières et qui sacrifient leur devoir et leur conscience à la crainte, à la complaisance et à l'intérêt, aussi bien que de ceux qui se croient innocens dans le temps qu'ils commettent les plus grands crimes, et qui rejettent sur les autres les fautes dont ils sont eux-mêmes les auteurs. Ceci nous avertit d'être toujours inviolablement attachés à notre devoir et de suivre les mouvemens de notre conscience, sans qu'aucune considération que ce soit nous en détourne.

Enfin l'on doit faire une grande attention là ces paroles que les Juifs prononcèrent lorsque Notre-Seigneur fut condamné: Que son sang soit sur nous et sur nos enfans. Ils éprouvèrent eux et leur postérité les effets de cette imprécation qu'ils firent contre eux-mêmes, Dieu ayant vengé sur cette nation la mort de son Fils, de par la ruine de leur ville et par l'état où ils ont été depuis et où ils sont encore aujourd'hui.

CHAPITRE 27:27-66

Saint Matthieu rapporte ici:
1. Le crucifiement de Jésus-Christ et Sa mort;
2. les prodiges qui arrivèrent alors;
3. sa sépulture.

  I. 27-50;
 II. 51-56;
III. 57-66.

RÉFLEXIONS

L'histoire de la passion de Jésus-Christ et le récit des ignominies et des douleurs auxquelles il fut exposé avant que d'être crucifié et pendant qu'il était sur la croix, nous engage à considérer qu'il a souffert toutes ces choses et qu'il est mort pour expier nos péchés et pour confirmer par ce moyen les promesses qu'il nous a faites de l'immortalité. L'usage que nous devons en faire de cet endroit si important de l'Évangile est de regarder cette mort connue le moyen admirable par lequel nous avons été sauves, de bénir la miséricorde de Dieu qui a ainsi livré son Fils à la mort, et la charité de notre bon Sauveur qui s'est donné soi-même pour nous, et de l'aimer comme il nous a aimés.

Les souffrances de Jésus-Christ doivent aussi nous faire renoncer au péché puisqu'il est mort pour le détruire, et nous apprendre à souffrir et à porter patiemment notre croix. Les divers prodiges qui arrivèrent à la mort de Jésus-Christ tendaient à faire sentir l'horreur du crime que les Juifs venaient de commettre en le crucifiant, et à montrer à tout le monde que Jésus était le Fils de Dieu.

Le déchirement du voile du temple marquait visiblement que le culte des Juifs allait prendre fin, que le temple allait être détruit, et que le ciel serait désormais ouvert aux hommes.

L'ouverture des sépulcres de ceux qui ressuscitèrent avec Notre-Seigneur, marquait que Jésus devait sortir du tombeau et que les morts ressusciteront au dernier jour par la vertu de la mort de Jésus-Christ et de sa résurrection. Notre-Seigneur fut enseveli, afin que l'on ne pût pas douter qu'il était véritablement mort, et Dieu voulut qu'on le mit dans un sépulcre où personne n'avait été mis, pour faire voir que ce serait bien lui qui ressusciterait. Les circonstances de sa sépulture, de même que celles de sa passion, nous découvrent l'accomplissement de plusieurs prophéties, et la pensée que Jésus a été enseveli est très-propre pour dissiper l'horreur que nous aurions sans cela du tombeau et de la mort, et pour nous élever à l'espérance de la résurrection et d'une meilleure vie. C'est enfin une chose digne de remarque que les Juifs firent fermer et garder soigneusement le sépulcre de Notre-Seigneur, de peur que les disciples n'enlevassent son corps; par là ils fournirent, contre leur dessein, des preuves incontestables de la vérité de sa résurrection.

CHAPITRE 28

Ce chapitre contient:
1. Un récit abrégé de la résurrection de Jésus-Christ;
2. ce que les Juifs firent pour persuader le peuple que ses disciples avaient enlevé son corps;
3. l'apparition de Jésus-Christ aux apôtres et les ordres qu'il leur donna avant que de monter au ciel.

  I. 1.10;
 II. 11-15;
III. 16-29.

RÉFLEXIONS

Il y a trois considérations principales à faire sur la résurrection de Jésus-Christ.
1. La première, que Dieu ayant envoyé ses anges pour le retirer du tombeau comme il l'avait prédit, cela prouve incontestablement qu'il est le Fils de Dieu;
2. que cette résurrection est un fait certain, qui a été attesté par les anges, par les femmes qui virent Jésus-Christ, et ensuite par les apôtres et par un grand nombre d'autres personnes;
3. et surtout que la résurrection de Notre-Seigneur est le fondement de notre salut et de toutes nos espérances, puisqu'elle nous assure que nous sommes pleinement réconciliés avec Dieu et que nous ressusciterons au dernier jour.

Les principaux des Juifs firent paraître leur obstination invincible et leur extrême malice, en s'efforçant de persuader au peuple que les disciples de Jésus avaient enlevé son corps; mais toutes leurs précautions furent inutiles, et ce qu'ils craignaient ne laissa pas d'arriver. C'est de la sorte que Dieu confond les méchans dans leurs desseins et que la vérité triomphe des efforts de ceux qui veulent l'opprimer. Enfin ce que Jésus-Christ disait à ses apôtres de la suprême puissance où il allait être élevé doit être bien considéré, de même que les ordres qu'il leur donna de prêcher l'Évangile et de baptiser, et la promesse qu'il leur fit d'être avec eux jusqu'à la fin du monde. On voit que Jésus-Christ parlait alors comme le roi du ciel et de la terre; il marquait clairement que sa doctrine allait se répandre parmi toutes les nations, qu'un grand nombre de personnes embrasseraient cette doctrine et recevraient le baptême, et que son Église subsisterait à jamais.

Le succès prompt et merveilleux de la prédication des apôtres et l'établissement de la religion chrétienne prouva dans la suite, et prouve encore aujourd'hui la vérité de ces derniers discours de Notre-Seigneur. Ce sont là tout autant de puissans motifs à croire en Jésus-Christ, à reconnaître la divinité de sa doctrine, et à garder tout ce qu'il nous a commandé de garder. En particulier, les chrétiens doivent apprendre d'Ici à regarder le baptême comme une institution sacrée de Notre-Sauveur, et à avoir en révérence cette sainte cérémonie par laquelle ils ont été consacrés au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online