Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.


ÉPÎTRE DE SAINT PAUL AUX PHILIPPIENS

Saint Paul écrivit cette Épître, de même que la précédente, étant prisonnier à Rome, environ l'an 61 de Jésus-Christ, pour remercier les chrétiens de la ville de Philippes d'une subvention qu'ils lui avaient envoyée à Rome par Épaphrodite, l'un de leurs pasteurs. Il les informe de son état, et il leur adresse diverses exhortations.

CHAPITRE 1

Saint Paul
1. commence par des actions de grâces et par des prières qu il fait pour l'affermissement des Philippiens dans la foi et dans la sainteté.
2. Il leur dit que sa prison avait servi à l'avancement de l'Évangile dans là ville de Rome.
3. Il témoigne qu'il était disposé à glorifier Jésus-Christ soit par la vie, soit par la mort, et qu'il ne souhaitait la vie que pour l'utilité de l'Église.
4. Il exhorte les Philippiens à une conduite digne de l'Évangile, et à la patience dans les afflictions.

  I. 1-11;
 II. 12-18;
III. 19-26;
IV. 27-30.

RÉFLEXIONS

1. On voit, dès l'entrée de cette Épître, le grand zèle et la parfaite charité de saint Paul dans les voeux qu'il présente à Dieu en faveur des Philippiens, et dans lés témoignages qu'il leur donne de son amour, et de la joie qu'il avait ressentie en apprenant leur constance dans la foi. Ceci apprend aux pasteurs à aimer leurs troupeaux d'une affection cordiale en Jésus-Christ, et à prier sans cesse pour l'entière sanctification des fidèles.
2. On doit admirer les voies de la Providence, qui voulut que saint Paul fût emprisonné à Rome, afin qu'il eût occasion d'annoncer l'Évangile dans cette première ville du monde, et que ses souffrances servissent à y étendre la religion chrétienne, et même à exciter le zèle de plusieurs personnes qui, auparavant, n'osaient pas faire une profession ouverte de l'Évangile. C'est ici un de ces exemples où l'on voit que ce que les ennemis de la vérité font pour la détruire ne fait souvent que contribuer à ses progrès.
3. Il faut remarquer que, quoiqu'il y eût des gens qui prêchaient l'Évangile par envie et par jalousie contre saint Paul, il se réjouissait pourtant de ce que le règne de Jésus-Christ était avancé par là. Dieu se sert quelquefois des personnes mêmes qui n'agissent pas par un bon principe pour faire son Ïuvre; mais, de quelque manière qu'elle se fasse, ceux qui, comme saint Paul, sont animés d'un vrai zèle, en ont de la joie, quand même il leur en arriverait quelque préjudice.
4. Les sentimens de cet apôtre sur la vie et sur la mort sont ceux de tous les vrais chrétiens. Ils sont toujours prêts à vivre et à mourir pour la gloire de Dieu; leur désir est de quitter le monde et d'être auprès du Seigneur, et s'ils souhaitent de vivre, ce n'est que pour être utiles à l'Église et à leurs prochains. Au reste, cet endroit de l'Épître aux Philippiens, où saint Paul dit que son désir était de partir de ce monde pour être avec le Seigneur, prouve clairement que les fidèles sont heureux et avec le Seigneur après leur mort, en attendant la résurrection, puisque si cela n'était pas, cet apôtre n'aurait eu aucune raison de souhaiter la mort plutôt que la vie.
5. La fin de ce chapitre marque que le devoir de tous les chrétiens est de se conduire d'une manière digne de l'Évangile, et de ne se point laisser ébranler par les afflictions, surtout lorsqu'ils souffrent à cause dé Jésus-Christ.

CHAPITRE 2

Saint Paul
exhorte d'une manière fort affectueuse les Philippiens à la concorde et à l'humilité; et pour cet effet il leur propose l'exemple de l'humiliation de Jésus-Christ et de la gloire où il a été élevé, et il leur représente que cela les engageait à travailler à leur salut avec humilité et avec persévérance.
Il leur recommande de vivre dans la paix et d'édifier, par une conduite pure et innocente, les payens, parmi lesquels ils vivaient, et il les assure qu'il souffrirait la mort avec joie pour confirmer leur foi si cela était nécessaire.
Il leur promet de leur envoyer Timothée, duquel il loue le zèle et la fidélité, et il leur recommande aussi Épaphrodite, l'un de leurs pasteurs, qui s'en retournait vers eux, après être relevé d'une grande maladie.

  I. 1-13;
 II. 14-18;
III. 19-30.

RÉFLEXIONS

Nous apprenons d'ici,
1. que l'un des importans devoirs des chrétiens est d'être animés d'une véritable charité, de vivre entr'eux dans une parfaite union et dans un esprit d'humilité, et de regarder à l'intérêt des autres aussi bien qu'au leur.
2. Saint Paul nous met ici devant les yeux la profonde humiliation de Jésus-Christ qui, bien qu'il fût égal à Dieu, s'est abaissé jusqu'à la mort de la croix, et qui, par son obéissance et par ses souffrances, a été élevé à une gloire suprême. L'apôtre propose cet exemple pour nous apprendre que, si nous avons les mêmes sentimens d'humilité qui ont été en Jésus-Christ, nous parviendrons comme lui à la gloire.
3. Cette grave exhortation, employez-vous à votre propre salut avec crainte et tremblement, doit nous inspirer à tous une grande ardeur pour travailler continuellement, et avec une profonde humilité, à l'ouvrage de notre salut, nous servant pour cela des moyens que Dieu nous présente, entre lesquels l'un des plus efficaces est de recourir à lui par la prière, comme a celui qui produit en nous et la volonté et l'exécution par un effet de sa bonté.
4. Ce chapitre nous apprend de plus que les chrétiens doivent être éloignés des contestations et des disputes, et se distinguer par une conduite irrépréhensible, en sorte qu'ils brillent comme des astres parmi les gens pervers et corrompus.
5. La protestation que saint Paul fait qu'il était prêt à donner avec joie son sang et sa vie pour l'édification des Philippiens, montre que les vrais ministres de Jésus-Christ sont entièrement dévoués au service de Dieu et de son Église, que c'est là le but de tous leurs travaux, et que quand il faudrait même perdre la vie pour l'avancement du salut des hommes, ils la perdraient avec joie.
6. Le témoignage que l'apôtre rend à Timothée, l'éloge qu'il fait de sa sincérité et de son zèle, ce qu'il dit d'Épaphrodite, de sa maladie et de sa guérison, et la manière pressante dont il le recommande aux Philippiens, tout cela fait voir que les vrais pasteurs, qui ne cherchent que les intérêts de Jésus-Christ et qui exercent leur charge avec sincérité, méritent tout l'amour et toute l'estime des chrétiens, que leur vie et leur conservation doit être chère à l'Église, et qu'on doit les recevoir avec toute sorte de joie, les avoir en estime, et se soumettre à leurs instructions et à leurs exhortations.

CHAPITRE 3

Saint Paul
1. avertit les Philippiens de ne pas écouter les faux docteurs qui prêchaient l'observation de la circoncision et qui se glorifiaient des avantages extérieurs qui distinguaient les Juifs des autres peuples.
2. Il fait voir, par son exemple, que tous ces avantages, qu'il avait possédés lorsqu'il vivait dans le Judaïsme, étaient inutiles pour le salut et même nuisibles; et il dit qu'à cause de cela il y avait renoncé pour s'attacher à Jésus-Christ seul, et qu'il faisait des efforts continuels pour s'avancer de plus en plus dans la connaissance de Notre Seigneur, et pour parvenir à la perfection et à la gloire par une entière conformité à ses souffrances et à sa résurrection.
3. 3. Il exhorte les Philippiens à avoir les mêmes sentimens que lui et à éviter les faux docteurs, desquels il marque le caractère, en disant que c'étaient des hommes charnels, au lieu que les vrais chrétiens sont des hommes spirituels qui n'aspirent qu'au ciel.

  I. 1-4;
 II. 5-14;
III. 15-21.

RÉFLEXIONS

Il faut considérer en général, sur tout ce chapitre, que comme saint Paul exhortait les Philippiens à prendre garde aux faux docteurs qui voulaient les assujettir aux cérémonies de la loi de Moïse, il est très-important que les chrétiens se garantissent de l'erreur et de tout ce qui est contraire à la pureté de la foi.

Outre cela, on peut recueillir d'ici que les vrais chrétiens se reconnaissent à ces quatre caractères.
1. Le premier, qu'ils ont pour les choses du monde les mêmes sentimens que saint Paul avait pour les avantages extérieurs qu'il possédait lorsqu'il était juif, c'est-à-dire qu'ils ne font aucun cas de ces choses-là au prix de l'excellence de la connaissance de Jésus-Christ, leur Seigneur, et qu'ils les regardent même comme nuisibles, lorsqu'elles les empêchent de suivre leur vocation.
2. Le second caractère des fidèles est, qu'à l'imitation de saint Paul, ils tendent à la perfection, se proposant toujours de devenir de plus en plus conformes à leur Sauveur, laissant les choses qui sont derrière eux et s'avançant vers celles qui sont devant eux, et tendant, par des efforts continuels, au but et au prix de leur vocation en Jésus-Christ,
3. La troisième marque des fidèles est qu'étant tous unis par une foi commune et par la croyance des mêmes vérités essentielles du salut, ils vivent dans la paix, et que quand même il y aurait entr'eux quelque diversité de sentimens sur des articles de moindre importance, ils ne se divisent point pour ce sujet.
4. Le dernier caractère que saint Paul donne aux vrais disciples de Notre Seigneur est, qu'au lieu que les hommes charnels ne sont affectionnés qu'aux choses de la terre et ont leur ventre pour Dieu, les vrais chrétiens vivent d'une manière spirituelle et céleste, et se conduisent connue des gens qui ont leur patrie dans le ciel, d'où ils attendent le Seigneur Jésus-Christ qui doit venir pour les ressusciter et pour les recevoir dans la gloire de son royaume.

CHAPITRE 4

Ce chapitre a deux parties.
La première contient des exhortations à la persévérance, à l'union, à la joie spirituelle, à la confiance en Dieu, et à une vie sainte.
Dans la seconde, saint Paul remercie les Philippiens de la subvention qu'ils lui avaient envoyée pour l'assister dans sa prison, et il prie pour eux.

 I. 1-9;
II. 10-23.

RÉFLEXIONS

La première partie de ce chapitre nous instruit sur ces cinq devoirs:
1. Le premier est de persévérer constamment dans la pureté de la foi et dans la piété.
2. Les exhortations à la paix que saint Paul adresse à Évodie et à Syntiche qui étaient deux femmes chrétiennes, lesquelles étaient sans doute dans des sentimens différens sur quelque article de la religion, font voir que les chrétiens doivent vivre en concorde les uns avec les autres, tâcher d'être unis de sentimens dans les choses de la foi, et se supporter s'ils ne sont pas à tous égards dans les mêmes pensées.
3. Le troisième devoir est de nous réjouir toujours en Dieu d'une joie spirituelle.
4. Le quatrième, de n'être point en inquiétude pour les choses de cette vie; mais de recourir à Dieu dans tous nos besoins et de nous reposer sur sa Providence.
5. Le cinquième devoir est d'une très-grande étendue, il consiste à nous attacher constamment à toutes les choses qui sont honnêtes, justes, pures, saintes, où il y a de la vertu, et qui sont dignes de louange.

Il faut faire deux réflexions sur la seconde partie de ce chapitre.
1. Saint Paul nous y enseigne, par son exemple, à être contens dans quelque état que nous nous rencontrions, soit que nous nous trouvions dans la pauvreté, soit que nous soyions dans l'abondance.
2. Les remercîmens que cet apôtre fait aux Philippiens de l'assistance qu'ils lui avaient envoyée à Rome pour le secourir dans sa prison, marquent un grand désintéressement et en même temps beaucoup de reconnaissance; et les vÏux qu'il adresse à Dieu pour eux à cette occasion nous apprennent que c'est une oeuvre très-agréable à Dieu que d'assister les nécessiteux, et en particulier ses fidèles serviteurs et ceux qui souffrent pour l'Évangile; que ces oeuvres de charité réjouissent et consolent les gens de bien, et que ce sont des sacrifices de bonne odeur que Dieu accepte et qu'il récompense selon les richesses de sa grâce, et avec gloire en Jésus-Christ.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online